Chapitre 112 : Garder son calme

ShiroiRyu
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Chapitre 112 : Garder son calme

« Alors, comment est-ce que tu vas, Tery ? »

« Mieux qu’hier, moins bien que demain, je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Je sais même pas ce qui s’est passé exactement pour tout dire. Je suis vraiment confus. »

« Tu devrais rester dans la tour des archimages ou au moins dans Omnosmos, jusqu’à ce que tu sois parfaitement rétabli. De toute façon, tu n’as plus rien à faire dorénavant. »

« Si seulement, j’aimerai y croire, je dois vous avouer, grand archimage Ernold. » soupira le jeune homme aux cheveux bruns. Celui-ci était hors de la salle des soins, accompagné par le reste du groupe sauf Sérest et Séran. Il ne savait pas où ils étaient et il ne devait pas se sentir concerné normalement par tout ça.

« Enfin bref, Tery, tu es la bienvenue ici et tu peux te reposer autant de temps qu’il le faudra. C’est la moindre des choses. D’ailleurs, je remarque que les tremblements de terre sont moins nombreux depuis que tu es arrivé. Je ne sais pas si cela a une explication raisonnable. »

« Sûrement plus que le fait que ça soit ma présence qui ait calmé ces tremblements. »

Il tentait de sourire mais l’humeur n’était pas là. Elen était à ses côtés, il avait encore eut de mauvaises pensées. Pourtant, il dormait paisiblement à ses côtés mais à part ça ? Rien à faire, il avait toujours des idées malsaines et mauvaises en tête. Mais surtout, alors qu’il s’était voué un amour « sans faille » à Elen, voilà que quelques heures après, c’était déjà oublié. Qu’est-ce qui se passait avec lui ?

« Tery ? Peut-être devrais-tu aller prendre un peu l’air ? Mais revenez quand vous aurez terminé, ça sera mieux que de payer une chambre dans une auberge. »

« Peut-être qu’il vaut mieux que je reste ici. Je ne sais pas trop quoi dire ou faire … »

« Tery Vanian, il faut que tu sortes. Si tu restes enfermé dans un même endroit pendant des jours et des jours, tu n’arrangeras rien du tout. Nous allons lui faire découvrir la vie à l’extérieur, Ernold. Nous verrons si nous reviendrons. »

L’ancienne maréchale de Shunter ne cherchait même pas à s’expliquer par rapport à sa dernière phrase. Sans même mettre en valeur le titre du gnomold, elle regarda Tery comme pour l’inciter à confirmer ses propos.

« Ah … On va peut-être le faire en fin de compte. De toute façon, si je reste des heures sans rien faire, je risque de devenir fou. Au moins, ça ne peut me faire que du bien. »

« Hum … D’accord alors ! J’accompagne Tery ! Royan ? Elise ? Vous allez partir de votre côté ou vous voulez venir ? »

« Pour la sécurité de Tery, je pense que c’est mieux que nous vous accompagnions, oui. »

HEY ! Pourquoi est-ce qu’il disait ça ? Elen le fixa pendant quelques secondes pour comprendre où il voulait en venir mais rien à faire, elle ne voyait pas.

« Est-ce que tu peux expliquer pourquoi tu dis de telles paroles, Royan ? »

« Je ne pense pas que ça soit nécessaire, Elen. Tout est aisé à comprendre par soi-même. »

« Bien entendu, bien entendu … » murmura Elen en fronçant les sourcils. Pourquoi est-ce qu’elle avait attendu quelque chose de la part de Royan ? Néanmoins, elle ne chercha pas à tergiverser plus longtemps, se retournant vers Tery : « Nous pourrions aller à la bibliothèque, qu’est-ce que tu en dis ? Ca ne serait pas une bonne chose ? »

« Revoir madame Jésiana et messire Périk ? Bien entendu, moi je suis d’accord ! On y va quand ? Dès maintenant, non ? Le plus vite sera le mieux ! »

« Je savais que cela te plairait, Tery. Ne perdons pas plus de temps alors. Le plus tôt sera le mieux. Je suis sûre et certaine qu’ils sont impatients de te revoir. Cela fait tellement longtemps. En plus, avec tes soucis, tu n’as pas vraiment pensé à leur écrire. »

C’était exact. Même si le sourire disparut des lèvres de Tery, il devait avouer qu’elle avait raison. Comme il n’avait pas eut de réponse de sa mère, il avait pas envisagé de demander e l’aide au couple de la bibliothèque pour qu’ils puissent faire le nécessaire pour retrouver sa mère. Quel imbécile ! Ils n’étaient pas n’importe qui, ils auraient put aisément trouver une solution et ainsi résoudre pas mal de problèmes.

« Pourquoi est-ce que je n’y ait pas pensé plus tôt ? Oui, on va aller leur rendre visite dès maintenant ! Le plus tôt sera le mieux ! Dépêchons-nous. »

Le jeune homme avait retrouvé un certain entrain impossible à ignorer. Il passa une main sur son front, l’épongeant doucement pour vérifier qu’il allait bien. Quittant en premier la tour des archimages, il semblait tout simplement en parfait état, comme si tout ce qui était arrivé depuis plusieurs jours n’existait plus.

« Faites attention à vous quand même. Tery n’est pas rétabli complètement. »

« Nous le savons parfaitement, grand archimage Ernold. Quant à vous, vous n’avez aucune idée d’où pourraient se trouver Sérest et Séran par hasar ? »

« Nullement, ils ne m’ont donné aucune indication. Ils ont simplement signalé qu’ils restaient dans Omnosmos pour préparer quelque chose sans me donner plus de détails. »

Préparer quelque chose ? Manelena fronça les sourcils. Elle n’appréciait guère de telles paroles, surtout lorsqu’il n’y avait vraiment aucune information qui pourrait leur indiquer exactement ce que faisait le couple. Néanmoins, le sourire de Tery était réel et bien là : après quelques jours à être enfermé dans cette fichue tour, il était normal qu’il veuille prendre le large et surtout voir autre chose que les murs de la chambre.

« Avant d’aller à la bibliothèque, par contre, j’aimerai juste me promener dehors. »

« Tout ce que tu veux, Tery. Nous sommes là pour toi, aujourd’hui. »

« Euh … Peut-être pas à ce point, Elen. Je ne suis pas aux portes de la mort non plus. »

« Tu me permets quand même d’être contente de voir que tu vas bien, non ? »

Oui oui, bien entendu. Il fit un petit sourire alors que ses premiers pas à l’extérieur étaient plus laborieux qu’il ne le pensait. Aucune raison valide à ça et pourtant, il était là … pfiou … Pfiou … prendre un peu l’air, ça lui ferait le plus grand bien.
Et maintenant ? Regard à gauche puis regard à droite et voilà qu’il vagabondait dans les rues comme le ferait n’importe quel jeune homme de son âge. Malheureusement, avec les récents évènements, les rues étaient désertes ou presque. Tery pourtant ne chercha pas à s’en plaindre, continuant de marcher comme si de rien n’était.

« Que veux-tu faire avant d’aller à la bibliothèque, Tery ? »

« Peut-être voir dans les ruelles marchandes ? Acheter des fruits ou autres ? Car bon, je ne veux pas dire mais les repas que l’on donne aux personnes qui ont besoin de soin, ce n’est vraiment pas la choix, c’est même … hum … »

« Dégueulasse, Tery Vanian. C’est le mot que tu cherches. »

« Je ne sais pas si je peux me permettre de parler de la sorte, Manelena. Ce n’est pas vraiment mon genre, tu sais ? Je ne parle pas ainsi naturellement. »

« Arrête donc de faire la mijaurée. On te prendrait presque pour une fille. »

Bah, vu son état actuel, il n’en était pas si loin hein ? Encore que bon, une fille, vu les personnes qui l’entouraient, il n’était pas sûr que le terme « faibles » corresponde réellement à Manelena ou quiconque d’autre. Encore peut-être qu’Elise mais ça …

« A quoi est-ce que tu réfléchis, Tery ? Tu as l’air de faire un effort surhumain à l’heure actuelle. Tu veux en parler ou non ? »

« Pas besoin, Manelena. Ce n’est rien de bien important si tu veux tout savoir. »

« Moui … Justement, je veux tout savoir mais je ne suis pas sûre que tu me donnes entière satisfaction malgré ce que je te poserais comme question … donc non merci, Tery. »

Pfiou ! Il haussa les épaules malgré les paroles de Manelena. Il ne voyait pas où elle voulait en venir réellement mais il ne chercha pas plus à le trouver. Le plus important était surtout qu’il pouvait profiter du bon air de la capitale. Hum … En parlant de bon air, ce n’était pas vraiment aussi plaisant qu’il l’aurait cru.

« C’est étrange, comment ça se fait que ça sente aussi … mauvais ? Enfin, pas mauvais, mais il n’y a autant de bonnes odeurs que d’habitude. »

« Rien d’anormal, Tery Vanian. Je te rappelle qu’une bonne parties des citoyens d’Omnosmos sont parties à cause des tremblements de terre. »

« C’est vrai mais … toutes les parfumeries n’ont quand même pas fermé ? Il doit bien y en avoir une ? Ou des boulangeries pour l’odeur de pain frais. »

Maintenant, il commençait à regretter sérieusement de ne plus voir autant de monde que ça dans les rues qu’il pouvait considérer comme désertes. Faisant un peu la moue, le jeune homme accéléra le mouvement dans sa marche, murmurant :

« On devrait aller tout de suite voir nos deux vénérables personnes. »

« Je crois que si tu appelles madame Jésiana de la sorte, elle risque de te faire passer un sale quart d’heure, Tery. » lui dit Royan avec une petite pointe d’inquiétude. Héhéhé ! A entendre la voix de Royan, cela lui rappelait un peu comment il voyait sa propre mère. Il était vrai que madame Jésiana lui donnait un peu cette impression d’être comme sa propre mère mais en plus âgée, bien entendu. Pfiou … Peut-être éviter la comparaison en fin de compte ? Ca serait mieux s’il tenait à la vie, hahaha.

« Et tu retrouves maintenant ton sourire niais, tu es désespérant, Tery Vanian. »

« Manelena, tu ne peux pas la boucler un peu ? A toujours avoir une pique à dire à Tery ? On est là pour qu’il puisse profiter de sa sortie, pas pour le rabaisser en permanence. »

« Je peux aisément lui dire ce que je pense de lui sans que tu sois obligée de t’en mêler. Ce n’est pourtant pas compliqué à comprendre, Elen. »

« Non, tu n’es pas obligée de le dire aussi ouvertement. S’il t’emme … embête autant, tu connais parfaitement l’une des nombreuses sorties d’Omnosmos. Tu es une plaie pour tout le reste du groupe et je ne suis pas la seule à le penser, Manelena. »

« Ah bon ? D’autres personnes dans le groupe pensent cela ? Elles peuvent toujours dire leurs noms … car vous savez une chose ? Si je dois me préoccuper de ce que les gens pensaient de moi, je ne serai jamais ce que je suis maintenant. Tery n’est pas aussi stupide que toi, Elen. Il comprend le réel sens de mes paroles. »

« Ah bon ? Moi je comprends ça ? » demanda Tery en clignant des yeux, un peu surpris par les propos de Manelena. Celle-ci fit de même, levant les yeux au ciel avant de pousser un profond soupir de désespoir.

« Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi, Tery ? Dis-le moi. Il vaut mieux que tu laisses tomber. Je crois que j’en espérais trop. »

« Tu peux aussi me le dire, Manelena. Tu sais, je ne suis pas plus bête qu’un autre. Je suis sûr et certain que si tu m’expliques, je … »

« Si je t’explique, cela rendra le tout encore plus inutile. Je préfère encore que tu laisses tomber, comme à ton habitude, Tery. Ce n’est pas comme si c’était la première fois. »

Garder le sourire pour aujourd’hui. Il allait juste garder le sourire. Il savait pertinemment qu’elle ne pensait pas à mal à son sujet mais bon, ça faisait toujours un peu … mal au coeur justement. Après, peut-être était-ce cela qu’elle voulait dire ? Qu’il ne doit pas prendre en considération les propos de Manelena et continuer d’avancer comme si de rien n’était ?

« Tery, ne t’en fait pas, ce n’est pas important, c’est juste Manelena. »

« Tu peux éviter l’appelation « juste », Elen ? Ca n’arrangera rien du tout. »

Même s’il sait que ça ne sert à rien de lui demander de faire un effort, elle n’en fera pas. Que ça soit pour Manelena ou quelqu’un d’autre. Elle n’a toujours que lui en tête. Après une bonne heure à marcher, ils finissent par arriver devant l’imposant bibliothèque où Périk et Jésiana travaillaient. A son grand soulagement, elle était ouverte et surtout, les tremblements de terre ne semblaient avoir causé aucun dégât.

« Bon et bien … ne perdons pas plus de temps alors. »

Pénétrant à l’intérieur, il se sentait déjà bien plus rassuré. Sans réelle explication à ce sujet, c’était tout simplement l’ambiance. La bibliothèque n’était pas remplie par les citoyens amateurs de lectures mais quelques personnes étaient présentes. Alors qu’à l’extérieur, un certain zèle restait présent, ici, tout était calme.

« Ah … Qu’est-ce que c’est reposant en fin de compte, vous ne trouvez pas ? »

« Tery, fais attention à ne pas parler trop fort. Je te rappelle que madame Jésiana n’apprécie pas vraiment que tu lèves la voix dans ce lieu. »

« C’est correct, Royan. On va éviter de la mettre en colère dès notre retour. Je me demande d’ailleurs où elle est … et aussi messire Périk. »

Pas d’inquiétude, ils étaient sûrement dans l’une des rangées remplies de livres. C’est vrai hein ? Puis cette personne à l’accueil, il ne la connaissait pas mais ce n’était pas bien grave. N’est-ce pas ? Alors pourquoi est-ce qu’il se présentait directement à cette femme d’une quarantaine d’années, le visage inquiet.

« Bonjour … pardonnez-moi de vous déranger mais … »

« Ils ne sont plus présents, désolée. » répondit aussitôt la femme avec un désintérêt assez violent. Le jeune homme déglutit longuement, bredouillant :

« Mais attendez au moins que je pose ma question, non ? Ca ne serait pas mieux ? »

« Je n’en ait pas besoin car vous allez poser la même que tant d’autres. Ils ne sont plus là et je ne sais pas où ils sont passés. Voilà tout. »

« Bon … Je voulais y aller gentiment mais puisque l’on m’y force … »

« Tery Vanian, çe ne sert à rien de s’em … » commença à dire Manelena alors que Tery plaçait ses mains sur le bureau de l’accueil, les lignes d’Alzar se présentant sur celles-ci.

« JE VEUX VOIR MESSIRE PERIK ET MADAME JESIANA ! JE VEUX SAVOIR OU ILS SONT ET SI VOUS COMMEN… »

Le jeune homme s’arrêta subitement, un livre venant le frapper dans le dos du crâne. Un petit cri de douleur se fit entendre de la part de Tery, celui-ci gémissant ensuite en se frottant le dos. Aie aie aie, mais qui qui s’amusait à lui balancer des bouquins ?

« Vous êtes fou ou quoi ?! Si madame Jésiana était là, vous seriez déjà sur un bûcher ! »

« Ne te préoccupe donc pas de ce que je pense, jeune homme. Tu ferais mieux de t’inquiéter de ton propre sort si tu continues de crier dans une bibliothèque. Quant à ce livre, je me suis chargée de te l’envoyer d’une position bien précise pour ne pas l’abîmer. »

AIE ! Jeune homme ! Difficile d’ignorer le titre qu’on venait de lui donner. Surtout de la part d’une voix féminine assez âgée. Une voix qu’il arriva à reconnaître tandis que la femme à l’accueil de la bibiothèque s’exclama :

« Mais madame Jésiana, vous m’aviez dit de ne pas … »

« Nous déranger alors que nous nous occupions de notre invitée, surtout en vue des tremblements de terre mais … ceci est un cas assez spécial. Tery Vanian, tu viens devant moi et tout de suite. Compris ? »

Hey hey hey ! Depuis quand est-ce que la vieille femme lui donnait des ordres ? Surpris par le ton de Jésiana, il s’approcha d’elle, restant un peu inquiet. L’air sévère, la vieille femme semblait pourtant en pleine forme. Il fit un petit sourire en disant :

« Je suis content de voir que vous allez bien, madame … »

« Tu vas très vite me suivre, jeune homme. » coupa t-elle en le tirant par l’oreille. HEY ! Mais ça faisait mal ! Mais surtout, pourquoi est-ce qu’il se laissait faire ? Il regarda Elen et les autres mais aucun n’osa prendre la parole, ni bouger. Même Manelena paraissait étonnée par les événements. « Vous pouvez nous suivre. Je pense que cela vous concerne autant que lui vue que vous l’accompagnez depuis longtemps. »


La seconde phrase avait été déclarée pour le reste du groupe, celui-ci se mettant en marche alors que des regards se tournaient vers eux. Ils avançaient à travers les allées jusqu’à passer par une porte, puis une seconde. Maintenant, ils étaient dans des couloirs mais surtout, Jésiana n’avait pas lâché l’oreille de Tery.

« Aie, aie, aie mais ça fait mal ! Vous pouvez pas laisser mon oreille, s’il vous plaît ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Vous pouvez me le dire ? »

« Qu’est-ce que tu n’as pas fait plutôt, non ? Tu vas très vite le savoir. »

« Euh … Pourquoi je ne suis pas très rassuré maintenant ? Enfin, non, ce n’est pas ça le problème ! Vous ne pouvez pas lâcher mon oreille, s’il vous plaît ? J’ai l’impression d’être fautif de quelque chose dont je ne suis même pas au courant ! »

« Dis-toi que c’est exactement cela, jeune homme. Quelqu’un était morte d’inquiétude à ton sujet, surtout en vue des derniers événements. Tu as encore commis pas mal de bêtises, n’est-ce pas ? Et je parle pas de tes actions dans les autres royaumes. »

Alors de quoi est-ce qu’elle parlait ? Mais surtout, qui pouvait être inquiet à son sujet ? Est-ce qu’elle parlait d’elle-même pour ne pas être gênée ? Peut-être que oui, ça la rendait encore plus attendrissante à ses yeux. Enfin, hors de question de le dire à voix haute.

« Tu peux rentrer, Tery. Elle t’attend. »

Hein ? Qui pouvait donc l’attendre ? Il cherchait un prénom féminin en tête mais non, ça ne pouvait pas être Krawnia. C’était tout simplement impossible mais surtout stupide. Elle aurait put les accompagner si ce n’était que ça …

« Il est vraiment là … mon fils. Tery … »

Il s’immobilisa sur le coup. He… Hey. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Pourquoi est-ce que sa mère était là ? Pourquoi est-ce qu’elle était couchée dans un lit, couverte de bandages sur de nombreuses parties de son corps ? Elle semblait très affaiblie.

« M… Maman ? Mais … Maman ? Enfin … Maman ? »

« Tu peux te répéter quinze fois, ça ne changera rien du tout, Tery. Je reste la même femme. Tu peux venir dans mes bras ? Je suis désolée de ne pas avoir put te répondre plus tôt. »

« Tu crois vraiment que je dois te dire : « C’est pas grave, ne t’en fait pas ? » Je m’en fous des lettres ! Je veux juste savoir ce qui s’est passé. Et aussi, qu’est-ce que tu fais là ? »

« Allons, Tery. Tu peux laisse ta mère se reposer un peu ? Allons ailleurs. » dit une voix masculine alors que Tery tournait son visage vers celle-ci.

« Messire Perik ? Vous êtes là ? Mais …Je crois que j’ai besoin d’explications et oui. »

« Tu les auras. Tu ferais mieux de la laisser tranquille pendant que je te raconterais tout. »

« Hey hey hey … Est-ce que je peux au moins serrer mon fils dans mes bras ? Il n’aura rien à craindre, je ne vais pas lui briser les os. Je sens à peine les miens. » rétorqua la femme allongée dans le lit. Depuis quand est-ce qu’elle parlait ainsi à messire Perik ? Tery s’avança vers sa mère, venant embrasser ses joues avant de l’enlacer bien qu’il faisait attention à ne pas la faire souffrir en vue de son état.

« Tant que tu es vivante, maman, je suis content, ça me suffit. »

« « Est-ce que l’on peut le récupérer maintenant ? Que l’on lui explique tout car il semblerait qu’il n’ait pas tout compris. »

« Il s’agit de mon fils, il est naturellement un peu lent par défaut à tout saisir. »

« Hey ! Maman, pas devant messire Périk et madame Jésiana, je te prie ! Sinon, ils risquent de se moquer de moi. Déjà que madame Jésiana m’a tiré l’oreille pour m’emmener ici, j’en souffre encore un peu pour tout te dire. »

« Oh ? Elle a fait ça ? Vraiment ? Quelle vilaine grand-mère que tu as, Tery. »

… … … Le jeune homme resta stoïque pendant quelques secondes, assimilant la nouvelle information qu’il venait de recevoir. Qu’est-ce que sa mère venait de dire à l’instant ? Il avait besoin qu’elle répète cela. Jésiana était sa grand-mère ? Et … donc Perik son grand-père ?

Chapitre 111 : La tuer

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Chapitre 111 : La tuer

« Son état ne s’améliore pas. Pour Elise, elle peut remarcher mais Tery … »

« Je ne sais pas ce qui se passe. Cela me paraît trop étrange. Il va falloir que l’on le garde près de chez nous car il se peut qu’il soit atteint par une maladie inconnue. »

« Vous plaisantez j’espère ? » s’écria Elen alors que tout le monde était hors de la chambre où Tery se reposait. Cela faisait déjà trois jours que le jeune homme n’avait pas bougé du lit.

« Malheureusement non, nous ne connaissons pas les symptômes de Tery et à partir de là, nous entrons en terres inconnues et donc, nous ne savons pas ce qui l’attend. »

Elen serrait les poings avec rage, sentant parfaitement qu’elle ne pouvait rien faire pour arranger les choses. Tery avait besoin d’elle et elle était tout simplement incapable de lui venir en aide. Son impuissance était telle qu’elle commença à se faire saigner les paumes de ses mains, ses ongles s’enfonçant dans sa chair.

« Elen ! Fais attention, on va aller bander tes mains. »

Elise avait rapidement remarqué le souci de la jeune demoiselle aux cheveux blonds, celle-ci se laissant faire avec réticence. La situation actuelle ne faisait qu’agacer de plus en plus Elen alors qu’Elise s’occupait de ses mains.

« Voilà, ça devrait aller beaucoup mieux maintenant, Elen. Tu ne crois pas ? »

« Ca n’ira pas mieux tant que Tery ne rouvrira pas les yeux. Pourquoi est-ce que nous sommes venus à Omnosmos ? Pour ce genre de résultats ? C’est bien ça ? »

« Tu ne dois pas te mettre en colère hein ? Je ne sais pas pourquoi c’est particulier chez Tery mais si cela a fonctionné pour moi, cela fonctionnera pour lui, tu ne crois pas ? »

« Je ne crois en rien en ce moment même … Elise. Je ne crois rien du tout. »

Et comment pouvait-elle lui dire qu’elle avait du mal à croire Tery maintenant ? Depuis … déjà plusieurs semaines, elle sentait qu’il était différente. Ou alors, c’était elle ? Peut-être que c’était elle qui était différente ? Elle n’en savait trop rien.
Tery n’envisageait peut-être plus d’avenir avec elle ? Depuis qu’il avait découvert qu’elle possédait les lignes d’Alzar ? Non, c’était plus profond. Ce n’était pas les lignes puisque Tery les possédait aussi. Et puis, entre lui, Manelena, Sérest et Elise, niveau lignes d’Alzar, ils étaient plus que servis. Encore que dans le cas de Tery et Elise, tout cela était uniquement à cause de leur corps démoniaque.

Mais … était-ce à cause d’elle ? Elle n’était plus assez bien pour Tery ? Peut-être qu’elle était trop effrayante pour lui ? C’était peut-être ça … oui. Elle prit une profonde respiration en fermant les yeux. Elle ne devait pas se laisser emporter par la tristesse. Mais elle ne pouvait pas nier qu’elle avait mal de voir Tery qui s’éloignait de plus en plus d’elle. Etait-ce le message que l’aigle tricéphale avait voulu lui donner avant de disparaître ? Ou alors parce qu’elle était impossible à contrôler lorsqu’elle s’emportait ?

Tellement de raisons pour expliquer qu’elle perdait Tery de jour en jour, sans même pouvoir empêcher cela. Et à côté … A côté … Elle voyait clair dans le jeu de Manelena. La demoiselle intouchable hein ? Son œil, oui !

Elle n’était pas stupide ou aveugle. Tery non plus. Est-ce qu’elle … ah … si au moins, Tery assumait tout ça. Est-ce qu’elle accepterait ? Non, non et non ! Elle n’acceptait pas la vérité ! Elle ne voulait pas que Tery parte ! Elle n’avait pas envie qu’il aille voir quelqu’un d’autre ! C’était pourtant aussi simple que ça à comprendre ! Aussi simple ! Et il n’y avait pas besoin de cinquante mille explications à ce sujet !

Elle aimait Tery malgré qu’il soit différent ! Elle aimait Tery et elle n’allait pas laisser une autre femme le lui prendre, même s’il s’ agissait d’une fichue reine de Shunter ! Son œil gauche devint rouge pendant quelques instants en fixant Manelena, un grognement sourd résonnant en elle alors que la femme aux cheveux argentés remarqua ce regard.

« Il y a un problème avec moi, Elen ? Tu as pas mieux à faire que de me regarder ? »

« Non, pas vraiment. Et toi, tu n’as pas un royaume à diriger ? »

« Je fais confiance à autrui pour cela. Je n’ai pas à m’en inquiéter pour le moment. La situation ici est assez grave pour que je doive rester dans les environs. »

« La situation actuelle ne nécessite pas ta présence. Tu n’es importante que pour ton royaume, Manelena. Et non, tu n’obtiendras pas de « reine » de ma part. »

« Je ne comptais pas en recevoir de toute façon. Et j’ai mieux à faire que de me lancer dans des disputes stériles et infantiles. »

Pour toute réponse, Elen fit une simple grimace. Elle n’avait pas tort sur le coup mais elle ne comptait pas donner raison à cette femme. Et puis quoi encore ? Le plus important était la sécurité de Tery mais … c’était à peine s’il était conscient.
Une demie-journée s’écoula et finalement, la soirée était déjà bien entamée. Isolé dans la chambre, Tery avait ses yeux ouverts, étudiant le plafond avec intensité. Quelque chose le perturbait mais il n’arrivait pas à mettre la main dessus.

« Je dois vraiment paraître plus qu’étrange aux yeux des autres. Elen a encore faillit se battre avec Manelena. Mais Elise … va bien, tant mieux. »

Même s’il n’était pas aussi proche d’Elise que Royan, même si elle était la dernière du groupe, si on ne comptait pas Sérest et Séran, elle restait pourtant celle qui était la plus à même de comprendre ce qu’il ressentait avec … le corps qu’il possédait.

« Je ne sais même pas si je peux me considérer comme un monstre ou non. »

L’éternelle question qui revenait dans son esprit. Chaque minute, chaque heure, chaque jour, il avait cette même interrogation qui continuait de parcourir son être. Ah … Et il n’avait malheureusement aucune réponse. Il commença à se lever : il était vraiment seul dans la pièce. Même Elen avait eut une interdiction de rentrer.

« Ca vaut mieux … sûrement, je crois … je ne suis pas sûr. »

Ça valait mieux car depuis l’instant où il s’était retrouvé devant les doubles portes, il était sûr … de ce qu’il avait entendu. Sûr et certain. Ce qui se trouvait de l’autre côté. La voix qui s’adressait à lui pendant quelques temps avant de disparaître pour plusieurs jours voire semaines. Et là ? Elle était revenue, plus forte, plus puissante. Il pouvait l’entendre de tous les côtés. Elle était omniprésente.

« Tu sais ce qu’elle est. Tout ton sang bouillonne à cette idée, n’est-ce pas ? »

« Vous ne voudriez pas me lâcher s’il vous plaît ? J’en demande pas plus que ça, quoi ! »

« Tout t’oppose à cette engeance. Elle n’est faite que pour une chose : être tuée. Tu la tueras de tes propres mains, sans aucune hésitation … car tu es un démon, comme moi, comme nous. »

« Cessez-ça ! Arrêtez de me parler dans le crâne ! »

Il n’ouvrait pas la bouche. Il ne faisait que penser, cherchant à voir si converser de cette manière lui permettrait d’obtenir une réponse de cet être qui se permettait de lui parler dans son crâne. Mais rien à faire, cette voix … était comme inscrite en lui. Elle répétait à chaque fois le même message, les mêmes paroles. Parfois, il y avait une différence. Elle se montrait plus insistante, plus autoritaire … et il avait l’impression d’y succomber.

« Je ne tuerais pas Elen … que vous le voulez ou non. Je l’aime. »

« Non. Tu ne l’aimes pas. Elle n’est qu’un objet que tous les démons cherchent à s’approprier car ils connaissent son utilité. »

« Je vous interdis de mettre en doute mes sentiments ! »

« Mais n’es-tu pas le premier ? Tu sens à quel point elle n’est pas celle que tu désires. Il y a une autre femme, plus proche, plus véritable, qui a les mêmes sentiments que toi. Elle est parfaite pour que tu engendres une descendance avec elle. »

« Ce n’est pas le cas ! Arrêtez de tourner dans ma tête ou alors, je risque de vraiment … »

« T’emporter, c’est le mot que tu voudrais dire, n’est-ce pas ? Pourtant, imagines donc les enfants que tu pourrais avoir avec elle ? Elle possède les lignes de ce créateur trop présomptueux, celui qui a donné vie à notre race avant de comprendre que cela causerait sa perte et celle de son opposée. Quel idiot : il a voulut croire qu’il était possible que deux êtres dont l’existence même les sépare puissent s’aimer. Il en est de même pour cette femme et toi. »

« La ferme ! Bouclez-là et lâchez-moi ! Je n’ai pas envie d’entendre votre foutue voix ! »

Surtout qu’il en était sûr maintenant : cette voix pouvait communiquer avec lui. Elle était capable de lui répondre et de l’inciter … à tuer Elen. Il était vrai que ces derniers temps, depuis le phénix peut-être, il doutait de son amour envers Elen mais … non. C’était Elen, il était convaincu qu’il était possible pour elle et lui de s’aimer. Même si cette voix voulait lui prétendre le contraire et qu’il avait plus de chances avec Manelena.

« Je suis là pour que tu évites de te tromper de voie, Tery Vanian. Tu n’as pas à changer de chemin. Ta route est déjà tracée, tu le comprendras bientôt. »

« C’est bien pour cela que je renie de telles choses. Vous ne pouvez pas me forcer ! »

Plus aucune réponse de la part de la voix. Celle-ci semblait avoir totalement disparu de son esprit alors qu’il marmonnait quelques paroles. Il était las, tellement las par cette situation. Il n’avait aucune idée de ce qu’il voulait faire, de ce qu’il devait faire. Il avait juste envie de se reposer et de ne rien faire d’autre.

« Je ne vais pas commettre ce qu’il me dit ! Je ne suis pas comme ça ! »

Alors pourquoi est-ce que sa voix est chevrotante ? Est-ce que dans sa tête, il a déjà envisagé ce cas précis ? Pourquoi est-ce qu’il avait pensé à la mort d’Elen ? ABSURDE ! Tout ça à cause de cet être qui lui adressait la parole dans sa tête !

« Je vais retourner me coucher … je sais que je n’aurais pas dû me lever. »

Il poussa un léger soupir désabusé avant de se retourner … pour faire face à Manelena. Il se frotta les yeux, remarquant qu’elle n’était plus présente maintenant. Qu’est-ce que … Il avait maintenant des visions ? Il était fatigué, visiblement très fatigué. C’en était à ce point pathétique, c’est bien ça ? Il était pathétique à un tel niveau que ça en devenait risible ?
« Qu’est-ce que tu fais debout, Tery Vanian ? »

« Normalement, tu n’es pas autorisé à te lever, mon tendre amour. »

Hein ? C’était Manelena qui venait … non. C’était Elen. Elen était à côté de Manelena, à sa hauteur. Il avait les deux femmes en face de lui. Il se frotta les yeux, comme pour voir s’il était en train de rêver. Il y avait de fortes chances que ça soit le cas. Il rêvait … et c’en était parfaitement risible. Comment est-ce qu’il pouvait rêver à ce point ?

« Je fais vraiment des rêves bizarres et … »

« On va te ramener dans ton lit, Tery Vanian. JE vais te ramener dans ton lit. Si tu veux, tu pourras partager ma couche. Je sais que la chaleur humaine est parfaite pour guérir les maux. » déclara Manelena avant de se placer auprès de lui pour prendre son bras.

« Tery n’a besoin que d’une seule personne : moi-même. Disparais de notre champ de vision, charogne sentimentale. Tu n’as qu’à aller te présenter devant tes sujets. Il y aura bien un gueux pour attirer ton attention. Tu en as l’habitude, non ? » répondit Elen avant de faire de même.

« Euh, les filles, ne vous disputez pas. C’est juste ridicule de se battre pour … »

« Et si je t’arrachais les yeux, monstruosité incapable d’être définie par les dieux ? »

« Et si je te tailladais tes lignes d’Alzar pour montrer à quel point tu es inutile sans elles ? »

« Mais vous allez arrêter ? Vous vous écoutez toutes les deux ? »

Mais rien à faire. Il se sentait tiré des deux côtés … et aucune douleur pour autant. Il cligna des yeux pendant plusieurs secondes et voilà que Manelena était disparue. En face de lui, Elen était présente, ne portant que son simple justaucorps moulant.
C’était la première fois qu’il avait vue Elen … Il avait remarqué toute sa féminité à ce moment précis, lorsque cette cape était tombée, lorsque son masque s’était brisé. Il avait compris ce qu’était le coup de foudre. Cette frappe en plein coeur qui l’avait atteint. Il n’avait jamais voulu le lui dire, même encore maintenant, mais c’était à ce moment précis qu’il en était tombé amoureux. Mais voilà, si elle avait décidé de ne jamais se montrer, est-ce qu’il aurait quand même réussi à l’aimer ?
S’il n’avait jamais su qu’il s’agissait d’une fille ? Il … avait des sentiments pour Manelena, il ne pouvait pas les cacher éternellement … et tout le monde s’en doutait. Mais à côté, malgré les découvertes sur Elen, il était sûr et certain que c’était …

« Elen ? C’est quoi cette tâche de sang au niveau de ton ventre ? »

Il cligna des yeux alors qu’elle s’était rapprochée de lui. Un sourire aux lèvres, du sang s’en écoulant, il constata que sa main droite était recouverte du liquide rouge ? Lui … Lui ? LUI ! Il attrapa Elen mais alors qu’il voulait la prendre dans ses bras, ses mains s’étaient jointes autour du cou de la jeune femme. Il était en train de l’étrangler !

« Non … Non … NON ! JE NE VEUX PAS ! »

Mais pourquoi alors que ses mains serraient avec plus de force ? Pourquoi est-ce qu’il n’arrivait pas à ouvrir ses mains ? POURQUOI EST-CE QUE TOUT CA ETAIT IMPOSSIBLE ? Il ne voulait pas ! Il ne voulait pas de ça ! NON !

« Tery ! Je suis là ! Je suis là, c’est bon ! Je suis là … »

La voix d’Elen ? Les yeux embrumés par les larmes, il voyait Elen qui était auprès de lui. Elle était vivante, elle était vraiment vivante. Elle était là … Il était debout dans la chambre. Elen l’avait pris dans ses bras pour le serrer avec force.

« El… Elen … Tu es réelle ? El … Elen, tu es pas morte ? »

« Je suis vivante, plus que vivante, Tery. Mais qu’est-ce que tu fais debout ? Tu devrais être couché, vu ton état. Viens, je vais te ramener dans ton lit. Cet endroit est vraiment horrible. »

« Je pensais … je pensais vraiment t’avoir perdue, Elen. J’ai fait un cauchemar, je crois. Je te tuais … je te tuais complètement ! »

« Et pourtant, je suis vivante. Je n’aime pas Omnosmos, je n’aime pas cette tour des archimages et j’ai l’impression que ces portes démoniaques sous nous te rendent dingues. Viens donc par là, Tery. »

Elle le serrait tendrement contre elle avant de l’emmener dans le lit. Néanmoins, cette fois-ci, il n’était pas seul et elle plaqua la tête du jeune homme contre sa poitrine. Ses mains caressèrent les cheveux et le haut du dos de Tery avec une certaine tendresse.

Elle entendait la respiration coupée du jeune homme contre son sein. Elle releva un peu le visage de Tery mais celui-ci avait les yeux fermés, les larmes encore présentes sur son visage. Elle déposa un baiser sur son front, comme le ferait une mère à son enfant.

« Je crois que le quota d’émotions pour la soirée a été atteint. »

« Elen … Snif … Elen … Ah … Elen … Elen … »

Il répétait sans cesse le nom de la jeune femme. Elle aurait put en profiter mais l’état émotionnel du jeune homme l’empêchait d’imaginer autre chose. Elle n’allait rien faire qui allait emmener Tery dans un état pire que maintenant.

« Pauvre chou. Mon petit Tery à moi. Je suis là pou te protéger de ces êtres infâmes. »

Et ces personnes qui tentaient d’abuser de la gentillesse et de la candeur de Tery sur certains points. Elle n’était pas aveugle, pas du tout. Elle regardait juste la chevelure brune de l’homme qui était tout pour elle dans sa vie.

« Tery Vanian … tu es tout simplement à moi, rien qu’à moi et à personne d’autre. »

Elle utilisait son nom de famille et le possessif … car la réciproque était vraie. Tery possédait chaque parcelle de son corps. De la pointe de ses cheveux jusqu’au bout de ses doigts de pied. Elle était là en intégralité pour lui. Elle n’avait jamais désiré un autre homme de toute sa vie. Peut-être était-ce à cause de ce côté démoniaque ? Peut-être qu’elle était sous son pouvoir ? Elle eut un petit rire avant de dire :

« Tu m’as envoûtée, Tery. Tu devrais avoir honte d’abuser de moi. »

Maintenant qu’il dormait, elle déposait un tendre baiser sur ses lèvres. Le plus important … était qu’il se repose. Main sur le coeur de Tery, l’autre était sur le dos du jeune homme pour le garder auprès d’elle. Qu’importe ce que disaient Manelena et les autres, elle savait qu’elle était nécessaire à Tery pour qu’il ne perde pas la raison. Vouloir la tuer, elle ? Folie pure.

« Tery ne voudra jamais ma mort. »

Et elle-même ? Est-ce qu’elle voulait le tuer ? Si un jour, il devait se retourner contre elle … ou inversement ? Qu’elle devait l’éliminer pour la sécurité de ce monde ? Elle connaissait déjà la réponse. Elle irait l’emmener à la mort … mais dans ce cas précis, il ne serait pas seul. Elle chuchota tendrement :

« Je te rejoindrai dans la mort si cela doit arriver, Tery. »

Une mort certaine. Elle n’allait pas le laisser seul dans l’autre monde. Ah … Pourquoi est-ce qu’elle pensait à des choses aussi horribles ? Hum … Car elle n’allait peut-être pas bien dernièrement. Elle prit une profonde respiration avant de venir tout simplement se coller de plus en plus à Tery, jusqu’à sombrer dans le sommeil de son côté. Pendant la nuit, les deux corps s’étreignirent sans interruption, chacun cherchant du réconfort dans l’autre, se murmurant quelques mots doux bien que les deux personnes dormaient profondément. Au moins, Tery semblait s’être finalement apaisé après ses dernières crises.

Lorsqu’il se réveilla le lendemain, il n’avait plus aucun mal de crâne ou autre. Tout allait parfaitement … bien trop au goût du jeune homme. Pourtant, malgré la sueur et les vêtements qui collaient, il savait pourquoi il allait beaucoup mieux.

Elen était collée à lui et le bruit produit lorsqu’il chercha à se détacher à cause de leurs vêtements conjoints était assez horrible à entendre. Pourtant, il avait un léger sourire aux lèvres avant se mettre une main sur son front :

« Je suis vraiment dans un sale état … c’est assez pathétique quand on y réfléchit bien. »

Après avoir vérifié comment il allait, il plaça sa main sur la joue d’Elen pour ensuite aller l’embrasser. Ainsi, il était certain qu’elle se réveillerait. Comme prévu, les yeux bleus de la demoiselle s’ouvrirent avec lenteur, le regardant pendant quelques instants.

« Comment vas-tu, Tery ? Hum … Ca faisait bien longtemps que je ne m’étais pas endormie aussi paisiblement contre toi. »

« Tu veux dire quelques jours, c’est bien ça ? »

« Ne sois donc pas moqueur, Tery. Je suis vraiment très sérieuse dès qu’il s’agt de ton état de santé. Je n’ai pas envie de prévenir les autres, je suis désolée. »

« Tu n’es pas obligée de le faire. De toute façon, un soigner passera sûrement d’ici quelques minutes ou heures pour vérifier que je vais mieux. Il est déjà venu, j’imagine. »

« Je me demande ce qu’il a pensé de notre position. » murmura Elen d’un air taquin.

« Que j’étais vraiment très chanceux et qu’il va sûrement m’en vouloir pendant plusieurs années, ce n’est pas ça la bonne réponse ? »

« Hum … Vil flatteur mais je vais te l’accorder. Et la plus chanceuse entre nous deux, c’est moi. J’ai réussi à obtenir ton coeur alors même que tu veux ma mort. »

Le sourire du jeune homme disparaît aussitôt. Comprenant qu’elle venait de dire des paroles horribles, la demoiselle aux cheveux blonds commença à remuer dans le lit, bredouillant :

« Ce que je veux dire par là, c’est qu’après ce que tu m’as dit hier, cela pouvait paraître perturbant mais que je n’ai rien à craindre car je sais que tu ne me feras aucun mal ! »

« Tant mieux … car c’est vrai. C’est juste que depuis que nous sommes à Omnosmos … j’ai vraiment cette impression que tout est fait pour me donner la migraine. »

« Ma proposition en colère … enfin, d’hier, elle tient toujours. On peut quitter Omnosmos quand tu veux, Tery. »

« Il y a encore des choses à faire, Elen, je suis désolé mais … ce n’est pas possible. »

Elle ne le forçait pas à partir dès maintenant ! Juste que si les crises reprenaient, elle n’aurait … aucune hésitation à l’extirper de cet endroit.

Chapitre 110 : Ce fameux démon

ShiroiRyu
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Chapitre 110 : Ce fameux démon

« Comment est-ce que Tery va ? »

« Il est au repos, à côté d’Elise qui n’est pas franchement dans un meilleur état. Merci de nous avoir laissé une chambre pour leur permettre de se coucher, grand archimage Ernold. »

« Il n’y a pas de quoi, c’est la moindre des choses que je pouvais faire pour vous. Mais je ne pensais pas qu’il réagirait ainsi, loin de là. Est-ce que c’est fréquent ? »

« Des fois cela ne se produit pas du tout et à d’autres moments, c’est très fréquents. Dès qu’il faut utiliser ses pouvoirs démoniaques ou alors, il entend une voix dans sa tête. Elise a le même souci, c’est bien ça, Royan non ? » demanda Elen en se tournant vers le prince.

« C’est exact. Je ne devrais pas me faire du souci à son sujet et pourtant, je reste anxieux. Je ne sais pas exactement ce que je dois faire dans une telle situation. »

« Tu n’as pas à t’en faire pour ta servante, Royan. Elle va bien, il lui faut juste du temps. Par contre, vous devriez faire attention. Cette voix, est-ce qu’il nous en avait plus à ce sujet ? Peut-être Elen ? Tu restes la plus proche de Tery. »

Sérest avait fait un petit sourire moqueur à Royan qui ne releva pas le terme « possessif » utilisé pour Elise. Tous les regards convergeaient vers Elen alors qu’ils étaient dans un salon où un servant avait ramené de quoi boire et manger pour le vieux gnomold et ses invités.

« Hum … A part que la voix l’appelait « mon fils », je crois, il ne m’a rien dit d’autre de bien spécial. Ça restait très étrange mais bon … »

« Une voix qui l’appelait son fils ? Vraiment ? » demanda le gnomold en clignant des yeux.

« Oui oui, bien entendu. Et elle lui incitait à faire du mal. Un peu comme une sorte de mauvaise conscience qui désirait tout ravager sur son passage. Il faut avouer que c’était surprenant et vraiment très déplaisant aussi. Mais à part ça, Tery restait le même .. du moins, généralement, sauf pendant les combats contre les créatures légendaires. »

« Il n’est pas le seul à être différent pendant ces moments-là. » corrigea Manelena tout en jetant un œil à Elen. « Tu oublies de préciser à l’archimage que tu es porteuse des lignes de Zélisia mais aussi d’Alzar et que tu aimes un peu tout ravager autour de toi. »

« Comment cela ? Vous possédez les deux types de lignes ? »

« C’est … exact mais Manelena n’avait pas besoin de le crier sur tous les toits. Si j’évite de le dire à tout le monde, c’est bien parce que je sais que je ne suis pas totalement comme les autres non plus. Qu’est-ce que ça t’apporte ? »

« Personnellement ? Rien du tout, ce n’est même pas de la satisfaction. C’est simplement que le plus dangereux à l’heure actuelle n’est pas Tery mais plutôt toi, tu le sais personnellement, non ? Que tu es un danger pour Tery et aussi pour tout le monde. Tu ne sais pas contrôler les lignes d’Alzar contrairement à moi ou Tery à chaque fois, on est proche du drame. Alors bon, maintenant, on va se concentrer sur ça au lieu de Tery. »

« Je ne sais même pas où tu veux en venir et qu’est-ce que ça va nous apporter. Tant que je ne fais pas de mal à Tery, c’est le plus important pour toi ! »

« Cela ne sert à rien de vous disputer, mesdemoiselles. Nous n’irons nulle part de la sorte. Je pourrais vous parler plus en détails de la raison qui a poussé Alzar et Zélisia à créer ces portes démoniaques et à sceller tout un peuple. Qu’est-ce que vous en dites ? » déclara le grand archimage alors que Royan se tournait vers Sérest :

« Ce n’est pas ce que vous nous aviez raconté ? Avec ce grand démon qui n’a pas arrêté de dévorer autrui jusqu’à devenir de plus en plus monstrueux. »

« C’est exact, prince Royan. Néanmoins, le grand archimage a sûrement plus de connaissance sur le sujet et je pense qu’il est bon de pouvoir l’écouter. Si vous vouliez bien prendre la parole, messire Ernold, nous serons ravis de vous écouter. »

« Oh … Hum … Soit, puisqu’il en est ainsi, je n’ai aucune raison de m’en priver. »

Le sourire qu’il faisait était assez spécial à regarder. Les dents jaunis, un peu pointues, comme celles des autres Gnomolds, n’avaient l’air guère rassurantes mais bon … c’était à cause de sa race et non du personnage en lui-même.

« Par quoi pourrais-je commencer ? Vous voulez peut-être savoir son nom à la base ? Avant que je ne vous parle de son histoire, du moins, de ce que l’on connaît à son sujet. »

« Faites comme le désirez. Nous avons tout notre temps pendant que Tery et Elise se réveillent. Comment est-ce que ce démon s’appelait alors ? »

« Ce démon s’appelait … »

« Grand archimage Ernold ! Vous devez venir très rapidement ! Ce sont vos deux invités dans la chambre des soins ! » s’exclama un sorcier en rentrant dans la pièce sans prévenir, en état d’alerte. Sans même laisser la possibilité à quelqu’un de répondre, Manelena et Elen l’avaient déjà poussé sur le côté pour quitter la pièce à toute allure.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi autant d’effroi ? »

« Hein euh … Mais, enfin bon, ça ne comporte … enfin … » bredouilla le sorcier, encore un peu secoué par ce qu’il venait de prendre sans même savoir d’où ça venait. Le gnomold d’un âge avancé arriva jusqu’à lui, Royan étant parti derrière Elen et Manelena tandis que Sérest et Séran restaient aux côtés d’Ernold.

« Est-ce qu’ils ont commencé à pousser des cris ? » demanda l’imposant homme d’Honoros. Le sorcier cligna des yeux, surpris que ces personnes savaient déjà de quoi il allait parler.

« Oui, c’est exactement ça mais … vous avez entendu ces cris ? Normalement, cette pièce est insonorisée, non ? Comment est-ce que vous avez put … »

« Les gens de l’extérieur sont incapables d’entendre ce qui se passe à l’intérieur, pas l’inverse. Néanmoins, non, nous n’avons rien entendu. Allons-y, ça ne présage rien de bon. »

Malgré son âge avancé, la créature marchait d’un pas encore vif et rapide tandis que Sérest et Séran s’observaient en silence, décidant de l’accompagner. Après deux bonnes minutes, ils entendaient des cris, de nombreuses personnes se trouvant devant la porte de la salle de soin.

« Dispersez-vous ! Je n’arrive pas à croire que même dans cette tour, on soit sujet aux commérages et aux oreilles indiscrètes ! »

« Grand … Grand archimage. Nous avons entendu des cris horribles mais nous avons été repoussé par une femme aux cheveux d’argent. Elle nous a même menacé de nous tuer ! »

« Et elle en aurait été capable si elle le désirait. Allez, du balai, ce qui se trouve dans cette pièce ne concerne aucun d’entre vous ! »

Les cris provenaient uniquement de Tery alors que les trois retardataires pénétraient dans la pièce. Couchés dans des lits différents, Tery et Elise étaient en proie à des souffrances intenables. Du moins, Elise se tortillaient de douleur en gémissant, comme dans un mauvais rêve où tout se passait très mal … mais dans le cas de Tery, il s’agissait plutôt d’effroi insoutenable. Ernold voyait Manelena qui le plaquait sur le lit pour l’empêcher de bouger, Elen, décontenancée, ne sachant pas quoi faire.

« Mais mais mais … Tery ! TERY ! »

« Boucle-la , Elen ! Tu crois que c’est en criant que Tery va arrêter d’hurler à la mort ? Dites, vous n’avez pas un sort pour l’endormir ou le paralyser ? Car là, si vous le remarquez pas, j’utilise mes lignes d’Alzar pour le retenir … et j’ai beaucoup de mal ! »

« Laissez-moi faire. »

Ce ne fût pas Ernold qui prit la parole mais Séran. Le mari de Sérest avait déjà les lignes de Zélisia qui paraissaient sur ses bras et son visage. Manelena attendit qu’il arrive à sa hauteur avant de relâcher Tery. Pendant un bref instant, le jeune homme aux cheveux bruns se redressa, comme possédé mais une paume claque contre son torse, une petit onde de choc se produisant, faisant briser les quelques vases et autres objets de porcelaine ou de verre dans les environs. Pris d’un léger soubresaut sur le moment, le corps de Tery retomba lourdement sur le lit, inanimé, Elen s’exclamant :

« Qu’est-ce que tu lui as fait, Séran ?! »

« Je lui ait tout simplement administré une bonne dose de ma force liée à la déesse Zélisia. Rien de plus. Ses pouvoirs démoniaques commençaient à prendre le dessus. »

« Pourriez-vous faire de même sur Elise … je vous prie ? » demanda Royan. Bien qu’il tentait de rester imperturbable, le ton était néanmoins inquiet. Séreste se voulut rassurante :

« Nous allons le faire mais ça ne sera pas aussi « violent » visuellement que pour Tery. Il est vraiment à part … même parmi les démons. »

« Il va falloir vraiment que vous vous expliquiez beaucoup mieux tous les deux, je pense que vous savez pourquoi, n’est-ce- pas ? » dit Manelena en fronçant les sourcils.

« Cela n’a rien de surprenant que de demander plus d’informations, oui. »

« Alors que voulez-vous savoir de plus que ce que vous connaissez déjà ? »

« La vérité ? Ce concept me semble pas si étrange que ça non ? Expliquez-nous tout ce que l’on doit savoir par rapport à celle-ci, voilà tout. »

« Sur ce fameux démon ? Sur le mode de vie qui l’entoure ? Celui des autres démons ? Il s’avère qu’il y a de fortes chances que les démons qui se trouvent derrière les portes démoniaques vouent une haine certaine au reste du monde. Il faut dire que des siècles et des millénaires dans « l’obscurité » et de vie souterraine n’aident pas à forger une meilleure opinion des geôliers, tu ne crois pas ? »

« Ce n’est pas de ça dont je veux parler, vous le savez parfaitement. »

Manelena a le regard dur et sévère, fixant Sérest qui lui adressait la parole depuis le début. Elle commençait à être lassée de ce petit jeu … donc ils allaient éviter hein ? De continuer à dire des bêtises, n’est-ce pas ? Surtout qu’elle n’était pas de bonne humeur à cause de l’état de Tery. Elle n’était vraiment pas de bonne humeur.

« Au sujet de ce démon, nous pourrions parler de la base même de son existence mais ce n’est pas cela qui est « intéressant » mais ce qu’il est devenu maintenant. Ce qu’il est réellement. Ce n’est que ça qui t’intéresserait, non ? »

« Est-ce que je dois me répéter à chaque fois ou non ? Qu’est-ce que c’est que cette voix qui s’adresser à Tery. Est-ce que c’est l’un des démons de l’autre côté des portes démoniaques ? Les deux qui se sont joués de nous pendant des années ? »

« C’est peut-être plus profond que cela. Les démons possèdent des pouvoirs que nul ne connaît. Peut-être sont-ils dotés de télépathie ? »

« Vous vous moquez de moi ? Je pensais que vous étiez au courant de tout ce qui concerne ces êtres et aujourd’hui, vous me prétendez le contraire ?! »

« Nous le sommes … mais cela par rapport à d’antan. Tout a radicalement changé en plusieurs millénaires. Nos informations sont sûrement erronées depuis le temps. »

« Ahem. Excusez-moi … mais de quoi parlez-vous exactement ? » demanda le vieux gnomold, intrigué par ce début de conversation entre Manelena et le couple. Sérest se tourna vers lui, faisant un léger sourire avant de répondre :

« Nous sommes les réincarnations d’Alzar pour ma part … et Zélisia pour mon mari. »

« Sauf votre respect, êtes-vous sûre d’aller bien ? Peut-être que la fatigue vous empêche de réfléchir convenablement. Vous devriez vous reposer. »

« Oh … messire Gnomold, je pense que ces quelques paroles peuvent vous rassurer sur la véracité de nos êtres. » s’exprima doucement Sérest avant de se rapprocher de lui. Elle commença à lui chuchoter quelques mots, les yeux du Gnomold s’ouvrant par la surprise :

« Mais comment vous êtes au … enfin non, les amis des Gnomolds peuvent le savoir mais normalement, nous ne le dévoilons pas ainsi. Je suis désolé mais ce n’est pas suffisant et … »

« Je pense qu’un être comme vous est au courant d’autre chose. »

Et voilà qu’elle recommençait à lui chuchoter une nouvelle fois. Le Gnomold fit un pas en arrière, visiblement perturbé, bredouillant :

« Ce n’est pas possible. Normalement, c’est inconnu, sauf de quelques rares Gnomolds de ma caste. Et vous ne semblez pas être malveillants pour avoir obtenu cette information d’une façon peu glorieuse. Je … Qu’est-ce que vous savez d’autre ? »

« Malheureusement, certains point doivent rester obscurs. Nous ne faisons que nous préparer à l’inévitable, malheureusement. »

« L’inévitable … je vois … je vois … il est vrai que c’est dommage. C’est vraiment d’en arriver que ça en soit arrivé à là. Mais c’est compréhensible, oui. » dit calmement le gnomold, cherchant à retrouver une certaine contenance qu’il avait bien perdue.

« Et si vous arrêtiez vos commérages, tous les deux ? Grand archimage ou non, j’ai déjà eut mon quota de messe-basses ces derniers mois. »

« Vous n’avez rien à craindre, reine Manelena de Shunter. Je peux néanmoins vous confirmer une chos : ce qu’ils ont dit est véridique. Ce sont bien les réincarnations de nos dieux. »

« Tiens donc, bien entendu. » dit la femme aux cheveux argentés en haussant les épaules.

« Je vois à quel point vous semblez sceptique et c’est compréhensible. Néanmoins, le doute n’est plus permis à ce sujet. Pouvez-vous nous raconter plus en détails ce qu’est ce démon responsable de votre motivation à créer ces portes démoniaques?3

« Pas beaucoup plus que ce que nous avons déjà donné comme informations à nos compagnons de route. Tout cela a plus un rapport avec les capacités innées des démons que celui-ci spécifiquement. »

« Vous voulez donc sûrement parler de leur métabolisme qui est apte à … dévorer autrui, dont leurs congénères, pour devenir plus puissants ? Je me suis toujours demandé ce qui s’est passé par la tête d’Alzar pour donner autant de pouvoirs à une seule race ? »

« Je pensais que la diversité était un mal. Donner un seul avantage à une race était leur montrer qu’ils étaient imparfaits. Au final, j’ai compris que la perfection était plus une source de mal qu’autre chose. »

La voix de Sérest se fit entendre, le gnomold clignant des yeux avant de comprendre la bévue qu’il avait commise. Malgré qu’il était l’être le plus éminent dans Omnosmos, il semblait plutôt troublé et gêné, Sérest faisant un geste de la main :

« Ne vous formalisez pas de mes propos, messire Ernold. L’erreur est normale. Nous ne donnes pas vraiment l’impression d’être ce que nous sommes réellement. »

« Vous me fatiguez tous. A vous entendre, on croirait que cela vous amuse de cacher la vérité et tout le reste. Tsss … Vraiment. »

Manelena ne chercha pas à obtenir plus d’informations, retournant auprès de Tery. Maintenant qu’il était calmé, elle allait veiller sur lui. Personne n’avait véritablement pris la parole à part le grand archimage et le couple de divinités réincarnées. Tous n’avaient fait qu’écouter sans un mot, sans une parole, ce qui se passait là.

« Je crois que pour aujourd’hui, il vaut mieux s’arrêter. N’oubliez pas de veiller sur Tery et Elise alors. Je vais retourner à mon bureau. Si vous le désirez, nous pourrons vous laisser quelques chambres. Vous êtes nos invités. »

« Merci beaucoup, messire Ernold. Je ne sais pas ce que les autres décideront mais nous serons ravis de rester dans les environs. » déclarèrent Sérest et Séran.

Les autres ? Aucun ne répondit. En silence, ils étaient auprès de Tery et Elise. Malgré les cornes bien présentes sur le crâne de chacun, tous n’en avaient guère cure. Le plus important pour eux était surtout qu’ils aillent mieux. Néanmoins, ce fut Elen qui murmura :

« Nous n’avions pas pris de chambres pour une seconde journée, normalement. Je ne sais plus, je ne sais pas … mais merci quand même. Oh … Il n’est plus là. »

« Il est parti depuis déjà quelques minutes, oui, Elen. Mais je pense qu’il se doutait que nous restions ici pour la soirée. Nous devrions laisser Tery et Elise se reposer. »

Comme si ce n’était pas déjà le cas hein ? Manelena ne chercha pas à faire de remarques mais le regard qu’elle lançait à Sérest était lourd de reproches. Elle savait pertinemment que tout ce qui arrivait était à cause de cet archimage à la noix mais aussi de ce couple maudit. Ils pouvaient prétendre qu’ils étaient des dieux, elle les considérait comme des êtres de pacotille. De parfaits nuisibles à ses yeux.

Et elle ne pouvait pas apprécier de tels êtres. Pourtant, Tery ne valait pas beaucoup mieux. Elle regarda Elen qui semblait parfaitement dans son monde, isolée de tous et de toutes. Tsss, vraiment, n’est-ce pas, hein ? Elle ne remarquait même plus sa présence.

Stupide, c’était tout simplement stupide … mais cela la calmait véritablement. Elle ferma les yeux, croisant les bras à hauteur de sa poitrine alors que sa tête était baissée en direction u sol. Assise tout simplement sur une chaise, elle semblait elle aussi se reposer comme si de rien n’était. Et pourtant, elle était là, silencieuse, yeux clos mais toujours vaillante.

« Nous allons vous laisser tranquilles. Tery et Elise sont hors de danger. »

Manelena tressaillit faiblement aux derniers propos de Sérest. De ce qu’elle venait de dire, l’état de Tery et Elise auparavant … était dangereux ? Grr … Elle devait contrôler sa colère, la focaliser. Même si son père était mort, même si elle avait décidé de lui pardonner, elle devait éviter de se laisser influencer de la sorte. Sinon ? Elle ne vaudrait pas beaucoup mieux qu’Elen qui laissait libre court à ses instincts primaires à cause de ses lignes d’Alzar. Fichus démons, fichus gnomolds, fichus dieux. Ils étaient toujours présents pour empêcher Tery de vivre convenablement. Et encore … ils n’avaient pas trouvé la localisation de sa mère.

« De quoi est-ce que je me mêle ? »

La mère de Tery ne concernait que ce dernier et personne d’autre. Pourquoi est-ce qu’elle devrait se mêler de tout ça hein ? Rah … Elle et ses basses préoccupations ! Depuis le jour où Tery était rentré dans sa vie, tout avait été chamboulé dans son crâne. Tout depuis cet instant ! Maintenant, elle ne savait plus où donner de la tête ! Elle ne savait plus quoi faire, elle ne savait plus quoi dire, elle ne savait plus rien.
« Fichus démons. S’ils pouvaient tous disparaître. »

« Hmm … Manelena ? » murmura faiblement la voix de Tery alors qu’elle rouvrait ses yeux. Ceux émeraude du jeune homme étaient en train de la fixer.

« Est-ce que … tu as entendu ce que j’ai dit ? »

« Tu le chuchotait à peine, Manelena. Elen est en train de dormir elle aussi. Qu’est-ce qui … pourquoi je suis couché dans un lit ? »

« Est-ce que tu as entendu ce que j’ai dit ? » répéta t-elle. « Tu as fait une crise devant les portes démoniaques. Malgré ta tentative d’être fier et fort, tu n’as impressionné personne sur le coup. Est-ce que tu as entendu … oui ou non ? »

« Je l’ai entendu … et je sais parfaitement que tu le penses réellement. Je ne suis pas stupide au point de ne pas l’avoir remarqué. C’est l’un d’entre eux qui a manipulé ta famille … et aussi emmener à la mort tes parents. »

« Tais-toi, s’il te plaît. Tu n’exprimes même pas une once de colère et ça … m’énerve. »

« Pourquoi est-ce que je devrais être en colère contre toi ? Car tu dis le fond de tes pensées ? »

« Car tu sais pertinemment que … dans mes paroles … tout n’est pas fondé. »

Avec tendresse, il plaça sa main sur la sienne pour lui faire un agréable sourire bien qu’elle remarquait quelque chose d’étrange : il donnait l’impression d’être si faible. Ca ne lui plaisait pas le moins du monde. Elle ne retira pas sa main, son regard se posant sur Elen puis Royan et Elise qui étaient plus loin. Discrètement, les doigts croisèrent ceux de Tery.

« Si tu préfères que je précise ma pensée, cela concerne bien tous les démons. Ces êtres qui te mettent dans cet état, Tery Vanian. »

« C’est pour cela que je ne m’emportais pas. Avec toi, il y a toujours un sens caché qu’il faut connaître, hahaha. Oui … vraiment … »

« Nous devrions partir d’Omnosmos le plus tôt possible, Tery. Cela sera mieux pour toi. »

« Nous verrons … je suis fatigué, je crois. Demain, je veux aller à la bibliothèque, Manelena. J’ai envie d’aller voir … Jésiana et Périk. »

Alors qu’il dorme pour le moment. Elle allait veiller sur lui, comme à son habitude.

Chapitre 109 : Un regret

ShiroiRyu
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Chapitre 109 : Un regret

« Bonjour, Manelena. Déjà debout ? »

« Comment est-ce que tu crois que je peux dormir aussi aisément alors que nous étions sept à dormir dans une même pièce ? »

« Je ne sais pas, je ne faisais que poser la question. Moi-même, je t’avoue que j’ai eut du mal à fermer l’oeil de la nuit. Et ce n’est pas le tremblement de terre vers minuit qui a arrangé le tout. Enfin, Elen dort comme une marmotte. Tu as déjà pris le petit-déjeuner ou … »

Elle fit un petit mouvement de la main pour l’inciter à s’y rendre avant que Tery ne parte en direction du comptoir, questionnant l’aubergiste à ce sujet. Quelques minutes plus tard, il était revenu, souriant avant de s’installer à côté de Manelena.

« Sincèrement, Tery, tu es en tel manque d’affection que tu viens auprès de moi ? »

« Ca ne serait pas très flatteur de ma part envers toi, non ? Si je te considérais comme une remplaçante pour ça. Si ça peut te rassurer, non, ce n’est pas le cas. J’ai juste envie de parler, encore et encore, avec toi, rien de plus. »

Oh ? Elle cligna des yeux sans rien dire de plus. Quel beau parleur lorsqu’il s’y mettait hein ? Est-ce qu’il s’en rendait compte ? Mais bon, ça ne la dérangeait pas. Elle se surprenait même à sourire avant de lui donner un petit coup de poing sur le sommet du crâne.

« Est-ce que tu as un peu réfléchis à ma proposition, Tery ? Pour après que nous ayons finis de discuter avec le grand archimage ? Ce n’est plus qu’une questions d’heures, de ours au grand maximum. Il faut que je saches. »

« Je ne sais pas si j’arriverai à convaincre Elen à ce sujet, Manelena. Tu sais à quel point elle est … jalouse de toi. Je ne vois pas comment faire. »

« Jalouse ? A tort ou à raison ? Hum ? Qu’est-ce que tu en dis ? »

« Euh … Euh .. Je préfère ne pas vraiment y répondre, Manelena. Par contre, j’ai … autre chose à faire avant. Je n’ai pas oublié … que j’ai aussi ma mère à retrouver. Je ne sais pas où elle est et je n’ai aucune nouvelle. C’est la seule famille qui me reste, Manelena. Après ça, je pense que ça sera bon de mon côté. »

« C’est vrai … Ta mère m’a laissé une bonne impression. Il faut dire que s’occuper d’un enfant comme toi en étant seule, il fallait avoir une sacrée force de caractère. »

« Et tu ne sais pas tout à mon sujet, Manelena ! Ce que je faisais pendant l’enfance au point de la rendre presque folle. Enfin bon … ça reste la personne la plus importante à mes yeux. Donc voilà, Manelena. Après qu’on ait fini, je me chargerai de savoir où se trouve ma mère et ensuite … et ensuite … J’ai l’impression que tout ça ne sera jamais fini. »

Même si pourtant, c’en était terminé des créatures légendaires, Tery poussa un profond soupir avant de poser sa tête contre la table. Il voulait juste être tranquille, rien de plus. Pouvoir se dire pendant quelques années : il n’y a aucun problème, on peut se reposer !

Peu à peu, les deux personnes furent rejointes par Sérest et Séran. Chacun avait un sourire aux lèvres, plutôt radieux alors que Tery demandait ce qui se passait. Sérest murmura tout doucement qu’il semblait y avoir deux personnes qui s’étaient rapprochées cette nuit, malgré qu’elles dormaient dans deux lits différents. Clignant des yeux, il regarda si Sérest parlait de lui et Manelena mais la femme ailée reprit :

« Oh, rien de spécial … mais disons qu’ils n’ont pas arrêté de se fixer durant toute la nuit. C’était plutôt attendrissant. On pourrait presque croire à un conte de fées surtout lorsque l’on sait de quelles classes sociales ils sont issus tous les deux. »

« Qu’est-ce que … AH ! Vraiment ? Vous avez vu ça ? Je n’ai rien remarqué dans le bateau mais est-ce que … non ? Enfin, je ne pense pas mais … »

« De quoi est-ce que vous parlez de bon matin ? » demanda une voix masculine, celle du prince alors que Tery sifflotait en changeant aussitôt de conversation.

« De rien, de rien. Tu as bien dormi ? Elise aussi ? Elen fait encore la grasse matinée ? »

« Il semblerait bien, quant à mademoiselle Elise, elle est en train de se préparer avant de descendre. Pourquoi est-ce que tu me poses cette question ? »

« Oh ? Je me disais que tu serais peut-être au courant, rien de plus. »

Sérest eut un léger rire amusé alors que Tery continuait de détourner la tête. Vraiment, cela pouvait paraître très simple de se moquer de Royan mais plus que de la moquerie, c’était de l’affection. Il était heureux de remarquer que le prince avait réussi à s’ouvrir à autrui même s’il savait que cela datait depuis pas mal de temps … sauf qu’il ne le montrait pas.

Le reste du petit-déjeuner se passa tranquillement, du moins, presque puisqu’une secousse vint faire trembler toute l’auberge. Pourtant, en regardant autour de lui, le jeune homme remarquait que presque personne n’y tenait compte, soulevant juste leurs assiettes.
Ah oui … c’était si navrant à ce point pour que tout le monde en ait presque rien à faire ? Enfin, il avait agit de la même façon et il comprenait pourquoi les gobelets pour boire étaient aussi épais. Au moins, lorsqu’ils tombaient sur la table pour rouler jusqu’à quitter cette dernière pour atteindre le sol, ils ne se brisaient pas.

« On essayer de se dépêcher de trouver Ernold, d’accord ? » déclara Tery alors que tous acquiesçaient. Il allait sûrement avoir des informations pour expliquer ce phénomène devenu récurent. Périk et Jésiana pourront attendre quelques heures de plus.

Prêts à se mettre en route, le groupe quitta l’auberge bien que Tery signalait qu’ils comptaient revenir. Normalement, tout n’allait pas se résoudre en une journée. Si c’était aussi simple que ça, il n’aurait jamais commencé à chasser des créatures mythiques. Se dirigeant vers la tour des archimages, le jeune homme ne ne chercha pas à discuter avec les autres membres de son groupe. La raison principale ? Il était en train de réfléchir à ce qu’il allait dire à Ernold lorsqu’il allait le voir. Le grand archimage allait réagir comment ?

« Voir le grand archimage Ernold ? Vous plaisantez, j’espère ? Vous êtes qui ? »

Zut, de nouveaux gardes. Comme s’ils avaient besoin de ça maintenant. Le jeune homme poussa un léger soupir, demandant alors à voir l’un des archimages pour que ce dernier explique la situation aux soldats. Néanmoins, même pour cela, le soldat ne bougea pas de sa position. Manelena était déjà prête à réagir en serrant le poing mais Tery la stoppa, hélant l’un des sorciers qui passaient par une autre entrée.

« HEY ! Vous êtes là, vous ? Enfin, on vous attendait ! Ernold veut vous voir tout de suite. »

« C’est ce que l’on tente de faire mais il semblerait que ce gentil monsieur ne veut que la protection du grand archimage, on peut pas lui en vouloir »

Tery avait désigné le soldat qui avait conversé avec le groupe depuis dix minutes. Le sorcier poussa un léger soupir avant de leur indiquer de le suivre. Il était vrai que tout avait été chamboulé depuis quelques temps et donc, tout le monde n’était pas encore au courant des nombreux changements opérés.

« Vous avez réussi, n’est-ce pas ? Je vous avoue que je ne sais pas où tout ça va nous mener mais je compte sur vous pour que ça se calme. J’imagine que vous n’aviez pas prévu ça ? »

« Pas le moins du monde, pas le moins du monde, je dois avouer à mon tour. Je ne sais même pas pourquoi cela se passe ainsi. »

« C’est bien ce qui me semblait. Seul le grand archimage n’a guère eut peur sur le moment, comme s’il s’y attendait depuis longtemps. Vous savez, un Gnomold peut vivre longtemps, très longtemps, plus qu’un humain. A partir de là, on s’est souvent demandé ce qu’était exactement le grand archimage. Depuis, on évite de se poser la question. »

Ah bon ? Le jeune homme ne put s’empêcher de sourire un peu bêtement aux propos du sorcier jusqu’à l’emmener devant la porte derrière laquelle se trouvait le Gnomold. Quelques petits coups et voilà qu’une voix leur demandait d’entrer.

« Messire Ernold, j’ai une bonne nouvelle pour vous. Ils sont finalement arrivés. »

« Une bonne nouvelle ? Une excellent nouvelle, vous voulez dire ! Vous pouvez nous laisser seuls maintenant. Merci beaucoup. »

« Bien, comme vous le désirez. Tery ? Vous autres ? Bonne journée à vous tous. » déclara le sorcier avant de s’éloigner. Tery le regarda partir, le trouvant bien sympathique … alors qu’il ne connaissait même pas son prénom !

Le vieux Gnomold avait quitté son siège, marchant déjà vers la sortie de son bureau pour leur indiquer qu’il ne fallait pas espérer se reposer dès maintenant. Après à peine une minute dans les couloirs, la tour fut secouée par des tremblements mais le Gnomold ne sembla guère y tenir compte, continuant sa marche.

« Alors, par où je dois commencer ? Par les félicitations pour votre réussite ou autre chose ? Qu’est-ce que vous en dites ? Vous avez réussi, n’est-ce pas ? »

« Je pense qu’Omnosmos et vous-même en avez la preuve depuis tout ce temps non ? »

« Disons que ces dernières semaines étaient assez mouvementées, oui, Tery. Au moins, tu ne perds pas ton humour. Comment vas-tu ? Et vous autres ? Tiens … Il ne manque pas quelqu’un ? Où est donc la jeune femme toujours souriante ? »

« … Elle est malheureusement décédée à Shunter. »

« Oh ? Vraiment ? Toutes … mes condoléances. Elle avait un caractère vraiment unique. »

« Je le sais très bien, messire Ernold. Je le sais parfaitement mais … cela fait déjà plusieurs semaines donc je tente de passer à autre chose, voilà tout. »

« Il le faut. Ce n’est pas en restant focalisé sur le passé que vous pourrez alors avancer. Il vous faut penser au meilleur de cette personne pour ne pas l’oublier sans pour autant que son fantôme ne dévore votre esprit. »

« Est-ce que l’on peut parler d’autre chose ? Si ça ne vous dérange pas trop ? De quoi aviez-vous besoin de notre part ? Car j’imagine que ce n’est pas encore complètement terminé, n’est-ce pas ? Malgré leurs morts ? »

« C’est exact ! Venez donc me suivre, je pense que je pourrais mieux vous expliquer dans de meilleures conditions, bien meilleures. »

Le jeune homme leva un sourcil tandis qu’ils continuaient de marcher dans les couloirs. Tous savaient exactement où il se rendaient. Sous la tour des archimages, il n’y avait qu’un endroit, normalement interdit d’accès pour quiconque. Des minutes s’écoulèrent jusqu’à finir par les emmener à un endroit constamment provoqué par des tremblements de terre.

« C’est bien les portes démoniaques qui sont responsables de ces tremblements ? » demanda Manelena bien que la réponse était aisément visible et facile à ressentir.

« Depuis que la dernière créature est morte, les portes démoniaques ne cessent de trembler, ce qui provoque ces secousses en continu. Néanmoins, vous n’avez rien à craindre, loin de là. Les portes sont toujours solidement fermées. »

« Mais au final, est-ce que nous n’avons pas fait que les affaiblir ? Si nous n’avions pas combattu les créatures légendaires, tout cela ne serait jamais arrivé non ? »

Elen avait posé une question qui la taraudait depuis le début. Bien que cela ne l’avait nullement dérangé que d’affronter ces monstres colossaux, elle ne pouvait s’empêcher de se dire que toute cette histoire était dérangeante.

« Cela ne serait jamais arrivé, oui. »

« Alors pourquoi est-ce que l’on fait ça ? Pourquoi est-ce que l’on tente d’ouvrir les portes ? »

« Nous ne tentons pas de les ouvrir. Comme je vous l’aie signalé il y a de cela maintenant pas mal de temps, il faut plus que tuer les créatures légendaires pour que les portes démoniaques s’ouvrent. Dans le pire des cas où cela devait arriver, il faut comprendre que la déesse Zélisia et le dieu Alzar désiraient une telle chose, malgré le temps qui passe. »

« Et est-ce pour cela que l’on doit considérer que c’est une bonne chose ? »

« Nullement, demoiselle Elen, nullement. Mais il faut comprendre qu’emprisonner toute une race n’a jamais été très plaisant à accomplir. N’avez-vous aucun regret quand vous imaginez que des personnes qui sont comme Elise et Tery n’ont peut-être jamais vus la lumière depuis des siècles voir des millénaires ? »

« Je ne sais pas si je dois avoir des regrets. Ce n’est pas comme si à part Tery et Elise, les rares démons rencontrés m’ont laissé un bon souvenir. A ce sujet, Trozeral était l’un d’entre eux. Du moins, l’une de ses têtes avait des capacités démoniaques. »

« Oh ? Vraiment ? C’est intéressant à savoir, cela. Il faudra peut-être que nous en discutions plus longuement à ce sujet. Mais pour le moment, rendons-nous jusqu’aux portes démoniaques. Que vous voyez qu’il n’y a rien à craindre. »

Oui, bien entendu. Le seul qui se sentait mal à ce moment précis était Tery. Bien qu’il évitait de le montrer, il respirait un peu plus rapidement qu’auparavant et surtout de la sueur s’écoulait de son front alors qu’il continuait d’avancer.

« Attention, elles deviennent de plus en plus fortes. S’il le faut, essayez de vous retenir à quelqu’un d’autre ou alors, utilisez vos pouvoirs aériens pour ça. Si vous ne touchez pas le sol, vous ne pourrez pas perdre pied, n’est-ce pas ? »

C’est vrai. Sérest ne semblait avoir aucun souci à se déplacer malgré les tremblements qui prenaient de l’ampleur à chaque seconde. Tery regarda Elen, espérant qu’elle saurait faire quelque chose pour eux. Les lignes blanches apparurent sur ses bras avant qu’elle ne vienne l’aider à léviter un peu au-dessus du sol.

« Ca me donne l’impression d’être un fantôme que de flotter de la sorte. »

« C’est une bonne impression, non ? Tu ne crois pas? »

« Je ne sais pas trop à ce sujet, je dois avouer. Je n’ai pas l’habitude. Il faudrait plutôt demander à Sérest si c’est amusant ou plaisant. Tu en dis quoi, Sérest ? »

« Hum ? Tu me demandes vraiment mon avis, Tery ? Et bien, pour ma part, cette sensation de pouvoir aller de tous les côtés est vraiment très agréable. Tu ne peux pas vraiment comprendre avant de l’avoir fait une première fois. C’est plutôt exceptionnel. Tu as juste envie de t’envoler encore plus haut. Bon, ici, il y a le plafond, nous ne sommes pas aidés. »

« Ce n’est pas faux … mais bon, les paroles d’Elen ne sont pas dénuées de sens. »

Voilà qu’il remettait sur le tapis les propos dits par Elen quelques minutes auparavant. Les portes démoniaques, la nécessité de tuer les créatures légendaires, toutes ces choses. Dans les faits, au départ, il n’avait voulu que se défendre. Ensuite, il avait cherché à comprendre pourquoi est-ce que les créatures voulaient à tout prix l’attaquer. Et enfin pour terminer, il avait décidé de les trouver pour les abattre.

« Je ne sais pas ce que je devais faire réellement à ce moment précis, je dois avouer. »

« Toutes ces préoccupations ne te concernent plus, Tery. Tu dois vivre au moment présent Nous y voilà. Observez donc les portes démoniaques. »

Oui, c’est ce qu’ils étaient tous en train de faire. Les portes démoniaques avaient les cinq symboles élémentaires gravés. Chaque symbole représentait l’un des royaumes de ce monde mais surtout l’élément principal qui le composait. Chaque symbole n’était plus … maintenant que les créatures légendaires avaient fini par disparaître.

« Je ne sais pas pourquoi … mais cela me rend triste. » murmura Elen en se rapprochant de la double porte dont émanait une terrifiante aura démoniaque.

« Pourquoi cela, Elen ? Qu’est-ce qui te rend triste dans tout ça ? Tu peux me le dire ? Enfin, si tu en as envie, bien entendu. Si tu ne veux pas, je comprendrais aussi. »

« Je ne sais pas comment l’expliquer, Tery. Juste que je suis un peu triste. Comme l’a dit Ernold, de l’autre côté, combien y a t-il de personnes comme toi, non-belliqueuses mais cornues ? Qui veulent seulement nous découvrir ? Des démons particulièrement mauvais comme l’Oracle ou le Grand Prêtre existent bien entendu … mais il en est de même pour Shunter et les autres nations, non ? Je me demande si ouvrir ces portes ne seraient pas plutôt une bénédiction qu’une malédiction. »

« Que veux-tu que je te dise exactement, Elen ? Moi-même, je suis assez confus. Par contre, grand archimage Ernold,que vas t-il se passe maintenant ? »

« Les tremblements de terre finiront par s’arrêter comme à chaque fois. »

« A chaque fois ? Comment cela ? Ce n’est pas la première fois ? » demanda Tery avec une pointe d’inquiétude. Il n’avait jamais été mis au courant à ce sujet.

« Dès qu’un symbole finissait par « s’éteindre », Omnosmos était parcouru par des tremblements de terre. Cette fois-ci, ils sont plus nombreux et ne font que durer. Néanmoins, cela finira par s’arrêter à force. Ils sont déjà plus espacés et moins forts qu’auparavant. »

Ah … Et pourtant, le vieux Gnomold poussait un profond soupir empreint de lassitude. Manelena le regarda brièvement, les bras croisés tandis que Royan et Elise n’avaient pas pris la parole depuis la descente. D’ailleurs, Royan semblait plus préoccupé par Elise, celle-ci ayant souvent une main sur son front.

« Elise ? Tu as chaud ? Mal au crâne ? »

« Je ne sais pas … mais … rester ici me donne la nausée, je ne me sens pas bien. »

« Je crois que nous ferions mieux de retourner en haut. Tery ? Vous n’avez aucun souci ? »

« Aucun pour ma part, ça va parfaitement bien. » dit-il dans un sourire alors que Manelena émettait un grognement à peine audible. Elle n’appréciait pas forcément car elle était capable de voir que Tery allait tout sauf bien. Elle s’approcha de lui avant de le forcer à se soutenir à elle. Ses yeux rubis qui étudiaient le jeune homme, elle dit :

« Tu vas parfaitement bien, oui. Mais une simple mesure de précaution vaut mieux que tout le reste. Tu m’accompagnes et tu ne fais rien d’autre, compris ? Nous pouvons y aller. »

« Mais je suis capable de marcher, Manelena ! Je sais me débrouiller hein ? »

« C’est à moi de le décider ou non. Tu es en « parfait état » comme tu le signales. Je connais le parfait état des soldats de Shunter lorsqu’ils tentent de bien se faire voir par moi. »

Mais ce n’était pas pareil ! Qu’est-ce qu’elle racontait hein ? Il se laissa faire mais Elen était déjà arrivée à leur hauteur, signalant qu’elle pouvait aisément s’en occuper. Manelena ne daigna pas la regarder, lui disant tout simplement :

« Arrêtes donc tes bêtises, Elen. Ce n’est pas comme si tu avais le corps pour. Tu es trop petite et chétive pour ça. Laisses donc faire les adultes. »

« Non mais pour qui est-ce que tu te prends, je peux savoir ? »

« Je ne mettrais pas mon statut social en avant pour une querelle de la sorte. Tu n’as pas le physique pour soulever Tery qui est juste dans un sale état malgré tout ce qu’il dit. »

« Je t’ai dit que j’étais capable de m’en occuper ! TERY ! Tu peux réagir aussi hein ? Tu ne crois pas que tu devrais t’en mêler un petit peu par hasard ? »

Le jeune homme reste muet. Sincèrement, s’il s’en occupe maintenant, il va juste avoir plus d’ennuis qu’autre chose. Surtout que les autres ne font rien pour s’en mêler eux aussi donc … Mais Elen commença à le tirer par le bras, lui arrachant un petit cri de douleur.

« Hey ! Doucement, toutes les deux. Je ne suis pas un sac que l’on traîne ! »

« Tu pourrais juste indiquer à Manelena qui est ta petite amie car elle n’a pas l’air de se rappeler sa place, c’est tout ! Je n’en demande pas trop, Tery ! »

« Mais pourquoi tout de suite tout rapporter à cela, je peux savoir ? Je vais me débrouiller seul, ça sera beaucoup mieux pour tout le monde. »

Il repoussa doucement Manelena avant de se tenir bien droit pour montrer que tout allait pour le mieux. Même si ce n’était pas le cas, il accéléra pourtant ses mouvements pour monter les escaliers en premier et retourner au rez-de-chaussée de la tour des archimages.

Parfois, il était agacé par une telle situation. En fait, son plus gros souci résidait principalement qu’une part de lui était fière de cet intérêt que lui portait Manelena et Elen, des petites crises entre elles. Mais là, aujourd’hui, il n’avait pas la tête à cela. Il avait surtout l’impression que sa tête allait exploser s’il ne faisait rien pour stopper une telle chose. Comment c’était possible de lui faire autant mal ? AAAAAAAAAH ! Purée ! Mal au crâne !

« Euh … Vous allez bien ? » lui demanda un sorcier qui passait dans les environs.

Aucune réponse de la part du jeune homme. Celui-ci avait juste relevé son visage, ses yeux devenus rouge sang alors qu’il serrait les dents. Le sorcier poussa un petit cri d’effroi avant de s’éloigner vite fait. Mal … MAL … MAL ! IL RECOMMENCAIT A AVOIR MAL !