Chapitre 17 : Un long chemin

Chapitre 17 : Un long chemin

« Pfiou ! Pfiou ! Je n’arrive pas à croire que Tery et toi, vous ayez été obligés de vous battre constamment de la sorte, Elise ! »

« Je ne dirais pas que nous avons combattu tout le temps mais il est vrai que ce n’était pas du tout repos ! Et même quand on sera arrivés tout en bas, tu comprendras bien vite que ce n’était vraiment pas franchement mieux ! »

« À part les monstres, j’imagine qu’il y a aussi certains démons dont il faut se méfier ? »

« Comme partout, Royan. Comme partout ! Mais oui, tu as parfaitement compris où je voulais en venir, hahaha ! Enfin, ce n’est pas très drôle, je suis désolée ! »

Elle tentait de s’excuser mais il fit un mouvement de la main pour signaler que ce n’était pas bien grave ! Ils étaient là pour discuter… en plein combat ! Mais heureusement, avec les démons qui connaissaient déjà plus ou moins la faune et la flore environnantes mais aussi des soldats entraînés et Elen, ils étaient plutôt bien entourés.

« Je suis désolée de ne pas être aussi efficace que prévue mais vous savez, avec ma fille ! »

« De base, on n’emmène pas son bébé avec soi dans un endroit des plus dangereux et mortels, Elen ! » rétorqua Elise. « Mais bon, maintenant que c’est fait et que je sais que tu tiens absolument à ce que Tery voit son enfant, on fait avec ! »

« Hey ! J’ai envie qu’il rencontre enfin sa fille après tout ce temps ! Et je veux aussi le revoir, c’est aussi simple que ça ! Mais ne vous inquiétez pas, c’est juste que je dois faire attention à ne pas être attaquée, c’est tout ! »

Car oui, déjà qu’elle ne faisait que se battre avec son arc alors que son bébé était attaché solidement dans son dos via des lanières, l’empêchant de bouger pendant qu’elle marchait, il ne fallait pas oublier que certains ennemis étaient vraiment très problématiques car elle ne connaissait pas ou peu les créatures qu’ils affrontaient.

« Ne t’en fait pas pour ça ! Ce n’est pas un problème, ni une complainte de ma part ! Je voulais juste te dire ça comme ça ! Ne t’en fait donc pas ! On va le retrouver ton petit Tery et ensemble, vous pourrez enfin souffler un peu ! »

« Souffler un peu ? AH ! S’il ne tente pas de sauver le monde, aider un royaume, combattre des créatures mythiques, bref, toute l’histoire habituelle. »

« On dirait que tu en as gros sur le coeur alors que nous sommes en plein combat. »

« J’ai surtout envie de me dire que j’étais bien tranquille, là où nous étions la mère de Tery et moi, après cet… incident à Omnosmos ! Tranquilles, pas une personne pour nous déranger, il n’y avait pas de monstres sanguinaires, de médaillons à récupérer, de mékalarmiens complètement cinglés et le reste ! »

« Quand on retrouvera Tery, tu n’auras qu’à lui dire tout ça hein ? Je veux dire, je veux bien t’écouter te plaindre et tout le reste mais en même temps, je ne suis pas la bonne personne. »

« Je sais bien, je ne veux pas vous faire croire que je ne fais que me plaindre mais… ça me fait du bien d’extérioriser tout cela. »

« Si tu peux extérioriser le cerveau de l’animal qui fonce droit vers nous et… »

Une flèche, aussi grosse qu’un bras, passa juste à côté d’Elise qui n’avait pas eu le temps de terminer sa phrase. Quelques secondes plus tard, pénétrant dans la chair de la créature en fourrure ressemblant à un ersatz de rat géant avec un corps en partie chevalin, la flèche commença à briller avant de faire exploser le corps de la créature.

« Ne t’en fait pas, je parle beaucoup, Elise, mais ce n’est pas pour ça que je ne fais pas attention à ce que je fais ! »

« Je… vois ça. Je vais dire que c’est tant mieux en un sens, hahaha. Du moins, que c’est assez rassurant, enfin, j’espère. J’imagine que ça dépend du point de vue. »

Le rire semblait un peu forcé mais pas médisant. Elle était juste assez confuse car elle oubliait qu’Elen possédait une force… proche du divin ? Enfin, avec de tels parents, ce n’était pas vraiment étonnant à bien y réfléchir même si Elise semblait vouloir complètement ignorer ses origines. En même temps, savoir la façon dont elle est née et autre, ce n’était pas forcément des plus réjouissants.

« Pfiou ! C’est enfin terminé ! Mais comment est-ce que ça se fait qu’ils soient aussi nombreux ? Ce n’est pas normal non ? Un tel nombre… »

« Ils sont attirés par la chair des personnes de la surface. Je pense que Tery et les autres, qui sont déjà passés par là, ont eu les mêmes soucis. Il suffit que certains soldats soient morts, que les créatures de cet endroit aient décidé d’y goûter et maintenant, elles ne peuvent plus s’en passer. Comme nous arrivons en second, c’est nous qui en bavons. »

« D’accord, et comme on prend le même chemin que lui, puisque c’est toi qui nous guide, Elise, on risque de ne pas pouvoir se reposer bien souvent. »

« Hahaha, désolée… on pourrait demander aux autres démons qui sont avec nous mais de ce que j’ai compris, c’est le chemin généralement emprunté. Il y a des créatures bien plus sinistres dans le monde souterrain. Beaucoup d’espèces ne sont pas encore connues. Je crois que si on ne fait pas attention, cela pourrait très mal se finir. »

« D’accord, on va juste continuer en prenant le chemin habituel alors, Elise. »

Question de sécurité. S’ils ne savaient pas ce qui pouvait se terrer dans le monde souterrain, elle ne voulait pas mettre encore plus la vie de son enfant en danger. Encore qu’elle se considérait un peu comme une mère indigne sur le coup. Elle savait très bien qu’attendre aussi longtemps pour donner un prénom à son enfant, c’était ridicule.

Comme le fait de l’emmener ici, c’était tout simplement de la folie pure. Elle savait qu’elle n’était pas faite pour être mère… tout ça parce que Tery et elle avaient plusieurs fois fait cet acte, sans même faire attention aux conséquences. Mais elle ne regrettait rien, ni ce qu’elle avait fait avec Tery, ni l’enfant qui était né. C’est juste… qu’elle se sentait fatiguée.

Fatiguée, plus que la normale. Peut-être qu’elle en faisait trop ? Non, c’était même sûrement ça. Elle en faisait beaucoup trop… et elle veillait sur sa fille. Là, il n’y avait pas la mère de Tery. Ce n’était pas une combattante et il était hors de question d’emmener quelqu’un qui n’était pas apte sur le champ de bataille.

Elle ne pouvait que compter sur elle pour s’occuper de sa fille. Pourtant, elle ne cherchait pas à s’en plaindre. Elle avait juste fait un petit sourire amusé en regardant son enfant alors qu’ils se reposaient enfin tous ensemble. Elle était contente, elle était heureuse et ça se voyait. Elle n’allait pas se priver de ce bonheur.

C’était étrange mais… elle se sentait même mieux maintenant qu’elle veillait personnellement sur sa fille. Contrairement à auparavant, c’était elle et uniquement elle qui s’occupait de son enfant. Il n’y avait pas la mère de Tery pour l’épauler mais elle veillait à son bien-être. Elle vérifiait pourquoi est-ce que sa fille pleurait, elle reproduisait les gestes qu’elle avait si souvent vus avec la mère de Tery.

Et surtout, elle veillait à ce qu’elle dorme et vive correctement. À son grand soulagement, pour la nourriture, elle n’était pas la seule à avoir eu un enfant et les demoiselles du groupe l’épaulaient dans cette tâche. Elle n’était pas vraiment la mieux placée pour l’alimentation donc elle prenait tous les conseils, comme il le fallait.

« À son âge, toutes les dents ne sont pas encore formées, c’est pourquoi elle ne peut rien manger de consistant. Il faut faire quelques bouillies et autres. Oh, et comme on a plus ou moins l’habitude de ça dans l’armée, ne t’en fait pas, tu seras vite rodée ! »

« Mais comment savoir si ce n’est pas trop chaud ou autre ? »

« Eh bien, tu dois juste mettre un doigt dedans et tu sais si cela te brûle ou non ! »

Hmm ? Ah oui ! C’était tout ce qu’il y avait de plus logique en fin de compte ! C’était plein de bon sens ! Pourquoi est-ce qu’elle n’y avait pas pensé plus tôt ? Mais bon, maintenant, Elen était très bien intégrée dans le petit groupe et les autres soldats et démons les regardaient avec amusement. En même temps, il était rare que l’on ramène un bambin sur le terrain.

« Tery a vraiment de la chance de t’avoir. J’en connais pas beaucoup qui feraient ça pour un homme ! » déclara l’une des soldates.

« Eh bien, je crois que j’aime bien entendre de telles paroles. La prochaine fois, je vais forcer Tery à ce qu’il les dise lui-même ! »

« Mais Tery, je veux dire, y a la princesse Elise qui était toujours collée à lui, tu n’as pas peur que… enfin, c’est peut-être indiscret et… »

« Non ! Pas Elise, vous pouvez voir vous toutes qu’elle est totalement… oh. Eh bien, justement, il semblerait qu’Elise et Royan se sont absentés. Bref, je crois que Tery considère Elise comme une petite sœur, rien de plus, rien de moins ! »

« Oh, d’accord donc y a rien à craindre au final par rapport à lui, c’est bien ça ? »

« Hmm, je peux pas dire vraiment ça. » marmonna Elen avant de reprendre : « Même si Tery est la première personne que j’ai aimée… et la seule aussi, je sais qu’il y a une autre femme qui lui tourne un peu autour et dont je dois me méfier. »

« Ah bon ? Et de qui il s’agit ? Avec une femme comme toi, y a qui qui pourrait vraiment rivaliser ? J’arrive pas à voir. »

« Eh bien, vous la connaissez, c’est la reine de Shunter. »

C’était un peu difficile de ne pas médire sur Manelena mais en même temps, à voir les visages estomaqués des soldates, elle comprenait parfaitement que c’était une sacrée surprise pour elles. D’ailleurs, l’une ne put s’empêcher de dire :

« Ah oui, c’est sûr que c’est un tout autre niveau que nous. »

« Vrai qu’il faut bien une personne royale pour contrer une femme comme toi. Mais en même temps, euh, Tery, il n’a pas d’ascendant noble ou autre, non ? »

« En fait, si si, c’est le cas même si on l’a appris que « récemment ».  En quelque sorte, Tery est issue d’une famille noble d’Omnosmos. Peut-être que vous avez entendu parler de la grande bibliothèque d’Omnosmos ? »

« Euh oui, c’est vraiment un endroit pour les personnes qui sont très instruites. Y a plus de livres qu’ailleurs et pour ceux qui veulent connaître l’histoire de chaque nation et aussi plein d’autres choses, c’est l’endroit parfait mais pourquoi cette question ? »

« Eh bien, je vous laisse deviner donc à ce sujet… ce que ça veut dire exactement. »

« Euh… Tery possède la grande bibliothèque d’Omnosnos ?! » demanda l’un des soldates, les autres ouvrant leurs yeux en grand. Elen rigola légèrement avant de faire un mouvement négatif de la fin, finissant par dire :

« Non, non ! Ses grands-parents sont ceux qui s’occupent de la bibliothèque et qui la possèdent. C’est compliqué mais dans le passé, sa mère, donc leur fille, avait décidé d’abandonner sa positionner sociale pour aller épouser quelqu’un qui n’était pas vraiment à leur goût. À partir de là, eh bien, c’est compliqué ! »

« Ah oui, t’as vraiment pas choisi l’homme le plus facile à aimer ! »

« Disons que je compte sur le fait que l’amour peut braver toutes les frontières mais des fois, ça reste sensiblement assez dur, hahaha ! »

Elle tentait de prendre ça avec le sourire même si des fois, elle savait qu’elle n’était pas à la hauteur par rapport à Manelena. En même temps, elle savait que Tery n’accordait aucune importance au titre de reine de Manelena.

Non, s’il était attiré par Manelena, c’était bien parce que celle-ci vraiment différente d’elle. En terme de comportement car bon, niveau physique à cette « hauteur », elle n’avait rien à lui envier. Encore que Manelena était vraiment très grande comme femme, il fallait avouer. Oui, par rapport à elle qui était assez petite. Y avait bien trente centimètres ? Voire plus ?

« Ah ben, vous êtes de retour. On dirait que vous avez fait la course. Vous êtes très essoufflés tous les deux. »

Elen n’avait pu s’empêcher d’adresser un petit sourire en direction du couple qui était revenu. Oui, ils étaient rouges aux joues et il était difficile de ne pas savoir ce qu’ils avaient accompli. D’ailleurs, elle se releva, son enfant dans ses bras, faisant attention tout en posant une main sur l’épaule d’Elise.

« Au cas où, je tiens à te dire que ça sera quelques mois très difficiles mais ensuite… »

« Hey ! Mais euh… Je ne crois pas que… Enfin, tu sais ! Rah ! Tu es en train de te moquer de moi, Elen ! C’est très mesquin de ta part ! »

Elle ? Se moquer d’Elise ? Ce n’était pas du tout son genre ! La jeune demoiselle à la chevelure blonde avait juste un petit sourire aux lèvres, comme pour lui montrer qu’elle était juste « heureuse » de voir qu’Elise et Royan profitaient enfin de leur couple.

Elle-même en avait largement abusé dans le passé mais maintenant, c’était de l’histoire ancienne. Elle comprenait qu’en agissant de la sorte avec Tery, elle l’avait un peu étouffé. Elle avait été dans l’excès et ce n’était pas une bonne chose. Elle ne pouvait pas agir de la sorte à l’encontre de Tery et faire ensuite comme si de rien n’était.

Du moins, plutôt ne pas se remettre en question. Et puis, elle était vraiment soulagée de voir que malgré les déboires causés avec l’ouverture des portes démoniaques, Elise et Royan étaient ensembles. Ils le méritaient, vraiment.

« Pourquoi ce sourire, Elen ? Tu as une sombre idée en tête pour nous ridiculiser ? »

« Roh, tu peux éviter de dire ça comme ça, Elise ? On dirait que je vais passer pour un monstre. Non, j’étais juste en train de me dire comment tu appelleras ton premier enfant si c’est un garçon ou une fille et… »

« À ce sujet, elle devrait réfléchir à plusieurs prénoms. » corrigea Royan sur un ton des plus sérieux avant de reprendre : « Au minimum, trois enfants, je dirais. »

« WOW ! Ah oui, euh… Elise, bonne chance ! Je savais pas que Royan se projetait aussi loin et visait dans le concret ! »

« Hahaha, tu comprends pourquoi je ne suis pas si pressée pour le moment ? Que je préfère que tout soit réglé et tranquille avant d’envisager tout ça ? »

« Oh que oui, tu n’as pas besoin de me donner plus d’explications. »

Un petit mouvement de la main pour signaler qu’ils allaient changer de sujet et ils étaient tous d’accord. Le reste de la soirée se déroula tranquillement, Elen étant bien entendu interdite de tour de garde puisqu’elle avait un enfant dont elle devait s’occuper.

« Priorité à ton enfant, la question ne se pose même pas. Moi-même et Royan, nous serons aussi chargés de faire un tour de garde. Pas de raison, ici, la royauté, on s’en fiche ! »

« Tu as bien appris les leçons de Manelena, on dirait. »

« Hahaha, je l’ai souvent remarqué mais je considère Manelena et Royan comme des modèles pour la royauté. Je me trompe sûrement, surtout quand j’ai pu voir… mon père mais bon ! Au moins, je sais que je ne me trompe pas de voie. »

« Même si Manelena, c’est Manelena, je dois reconnaître que oui, en tant que reine, on fait difficilement mieux… même si elle n’a pas forcément une personnalité très facile à supporter et que certains de ses actes étaient… problématiques. »

« Oh ! Personne n’est parfait, Elen ! Si tu tentes de l’être, où est alors le bonheur de trouver des petits défauts chez l’autre ? Ce sont les défauts qui nous rendent uniques. Il suffit de voir avec Royan. Il a encore beaucoup de mal à exprimer ses sentiments ! »

« Hey ! Ce n’est pas… enfin si un peu… mais … voilà ! »

Royan tentait de s’exprimer mais ne voyait pas comment contredire Elise sur le coup. Elen rigola légèrement, signalant qu’elle allait se coucher avec sa fille et leur souhaiter de bien dormir et faire de beaux rêves.

Le lendemain matin, rien n’était venu les déranger pendant la nuit et ils pouvaient reprendre la route. Elise proposa de se rendre dans l’un des villages qu’ils connaissaient avec Tery pour refaire un peu le plein. De toute façon, ils étaient enfoncés plus profondément dans le monde souterrain donc les villages ressemblaient plus à des villes avec plus de moyens en conséquence, ce qui était parfait pour leur groupe.

« Ça me semble être une idée raisonnable. Elen ? »

« Hmm… Oh, désolée, je veillais à ce que ma fille ait bien mangé. De mon côté, je dirais que oui. Il me faut quelques objets pour elle. Qu’importe que nous soyons de races différentes, certains objets « utilitaires » sont communs à toutes les races humanoïdes, hahaha. »

« Ou presque ! Tu ne peux jamais savoir sur quoi tu vas tomber, Elen ! »

Oh ? Qu’est-ce qu’Elise avait rencontré pendant sa session souterrain avec Tery ? Cela allait être une nouvelle histoire à raconter à Royan et elle lorsqu’ils auront une pause. Mais là, ils venaient à peine de se remettre en marche pour la journée !

« Elise, tu as une petite idée de la distance pour rejoindre Tery ? »

« Tu parles de rejoindre la capitale, plutôt, non ? Eh bien, on en a encore pour quelques semaines, je dirais. Avec les monstres qui nous attaquent et autres, on mettra un peu plus de temps que prévu mais ça, on ne peut rien y faire. »

La jeune femme aux cheveux blonds hocha la tête d’un air machinal. Elle comprenait parfaitement ce qu’Elise était en train de dire. Sans ces créatures qui les dérangeaient tous les deux ou trois jours, et encore, ils iraient beaucoup plus vite.

« Enfin, on peut encore s’estimer assez chanceux sur un point. »

« Ah oui, lequel Elise ? Car je vois pas, je dois t’avouer. »

« Eh bien, disons que nous ne sommes pas encore tombés sur les troupes de mes aînés. Avec elles sur notre passage, par contre, je suis pas certaine que ça se passerait aussi bien. »

Oh. Elle marquait un point. Elle avait bien raison. Ils n’étaient pas encore prêts à les affronter. Surtout que d’après ce qu’Elise avait dit à leur sujet, l’aîné de la fratrie était un combattant aguerri, que même Tery n’avait pas réussi à affronter et à tenir tête.

Et pourtant, elle savait pertinemment que Tery n’était pas le genre à ne pas prendre un combat au sérieux. Du moins, à tout donner quand la situation l’exigeait. Et donc, comment est-ce que tout cela avait été résolu ? Car elle était certaine que ça n’allait pas être aussi simple que ça, n’est-ce pas ?

« Disons qu’heureusement que nous avons pu arrêter ce combat, je ne suis pas certaine que Tery serait encore vivant à l’heure actuelle. Une « erreur » comme il peut si souvent en arriver quand un noble ou une personne de la royauté décide d’abuser de son pouvoir. »

« Ah oui, je vois le genre. Hmm… Bon ben, récupérons vite Tery et Manelena en espérant que cette fois-ci, on n’a pas encore une raison absurde qui nous fait nous séparer. Je commence à être vraiment lasse de tout ça. »

« Elen. C’est compréhensible ton agacement. Je crois que j’ai ressenti la même chose quand j’ai été séparé d’Elise et que… »

« Euh, on va dire que tu n’étais pas agacé mais enragé, Royan. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais c’était vraiment pas joyeux, oui. »

Royan émit un petit rictus. C’est vrai qu’il était plus enragé intérieurement qu’autre chose. Et que cela s’était un peu répercuté dans ses choix durant l’absence d’Elise. Ah, oui, c’était vraiment pas très glorieux.

« On va juste dire que… enfin… Elise me manquait terriblement. »

« Oooooh ! Mais qu’il est mignon quand il le veut, mon petit roi adoré ! » déclara Elise tout en lui pinçant la joue avec tendresse avant de venir l’embrasser tendrement là où s’était trouvé le pincement.

« S’il te plaît, Elise. C’est assez gênant si les autres nous regardent. »

« Oh ? Tiens donc ? Et depuis quand est-ce que tu te préoccupes de tout ça ? Je n’étais pas du tout au courant, Royan. »

« Euh, depuis le début, Elise ? Enfin, j’ai l’impression que tu te moques un peu de moi, est-ce que je me trompe ? »

Oooooh ! Elle le regarda avec un grand sourire, haussant les épaules pour l’air de faire croire qu’elle ne voyait pas le moins du monde de quoi il parlait. Royan leva les yeux vers le ciel ou plutôt le plafond de pierre. Elen soupira, au moins, elle était bien entourée.

Chapitre 16 : Perdus

Seconde partie : Un simple outil

Chapitre 16 : Perdus

« Ah… Comment se présente la situation ? »

« Mal, très mal, si je peux me permettre une petite remarque. »

La petit être bossu et ridé poussa un profond soupir. Il avait vécu tellement de décennies voire même plus, seul lui le savait, pour en arriver là. Mais il avait fallut que tout cela ne se passe pas comme prévu. Un peu désabusé, il reprit :

« Nous n’avons toujours aucune nouvelle de la reine de Shunter ? Nous ne savons pas où elle se trouve exactement ? »

« Outre le fait qu’elle se soit dirigée sous la surface, nous n’avons aucune autre indication à son sujet. Depuis l’attaque de certains d’entre nous sur la base des démons, nous ne savons rien de plus par rapport à sa situation. »

« Regrettable, vraiment regrettable. Comment allons-nous faire donc, sans elle ? »

« N’y a t-il vraiment aucune autre solution ? De ce que nous avons appris, lorsque la reine Manelena n’est pas dans son royaume, c’est le régent Hémurion qui a les rênes du royaume. »

« De ce que je sais à son sujet, c’est un être qui fait passer le peuple avant tout. Il n’est pas réellement apprécié par la noblesse du royaume mais ayant été à la tête des rebelles lors de l’attaque sur le précédent monarque, il a toute la confiance de Shunter. Oui, nous pourrions passer par lui, j’imagine. »

Ernold recommença à soupirer. Le fait qu’il ne connaisse pas plus que cela Hémurion était un problème en soi. Maintenant, sa propre race était responsable de tout ça … et il était donc fautif partiellement.

« Et des nouvelles… au sujet du jeune prince Royan ? »

« Il semblerait qu’il soit porté disparu lui aussi. Du moins, cela est dit avec un peu d’exagération. Ils seraient partis eux aussi sous la surface. »

« Eux aussi ? Vous voulez dire que… »

Ernold ne termina pas sa phrase alors que l’autre gnomold hochait la tête positivement. Comme affligé par le poids du monde sur ses épaules difformes, le gnomold se retrouva à ras-le-sol, pris d’une très grande fatigue.

« Tout cela aurait pu bien se passer si les peuples étaient capables de s’unir mais il a fallut que tout dégénère. Ah… Pourquoi as t-il fallu que ça se passe ainsi ? »

« Maître Ernold, vous avez voulu voir trop grand tout de suite. Rares sont les gnomolds à vivre depuis aussi longtemps que vous mais ils existent. Et certains ont gardé cette haine depuis autant de temps. Et bon, les différents peuples à la surface se battent toujours. »

« Les mékarlamiens ont toujours été un peuple problématique. Et notre race qui vit sur leurs terres n’est guère mieux. Claudiska et Traslord ont toujours été en bons termes depuis des décennies et depuis l’avènement de la reine Manelena et du prince Royan, nous pouvons considérer que Shunter est en bons termes avec Claudiska et Traslord. »

« Honoros, de son côté, cela dépend de chaque clan mais en grosse majorité, ils sont pour nouer des relations avec les autres nations. »

Les deux gnomolds continuaient de parler entre eux. Visiblement, chacun confirmait plus ou moins à l’autre le bilan de ces dernières années des plus mouvementées. Avec Omnosmos qui était en permanence sous surveillance, les portes démoniaques sous la tour des archimages étant constamment ouverte, il fallait dire que l’ambiance n’était pas forcément des plus bonnes. D’ailleurs, le fait plus étrange et presque « amusant » était justement qu’aucun démon n’était passé par cette double porte depuis son ouverture.

Rien, rien du tout, aucune personne. Comme si cet endroit n’avait été qu’un long dédale souterrain, il semblerait qu’il n’était pas le chemin de prédilection pour ceux qui voulaient espérer paraître à la surface. De toute façon, les démons n’étaient pas très enclins avec les réactions épidermiques des différentes races. Mais tout ça, c’était au début. Il avait appris les efforts de Tery, Elise et les autres.

C’était pourquoi il voulait aussi que son peuple fasse des efforts. Mais son peuple, ce n’était pas une seule culture mais plusieurs. Ils étaient plusieurs espèces de gnomolds, provenant des différents royaumes … avec différentes mentalités. C’est pourquoi tout cela était bien plus compliqué que le simple fait de chercher à discuter.

« Des fois, je me dis qu’ils sont bien plus enclins à la paix que nous autres. »

« En même temps, maître Ernold, nous devons nous mettre à leurs places. »

« Le passé est le passé. Ce n’est pas aux descendants de payer les erreurs de leurs ancêtres. S’ils comprennent ce qui s’est passé et qu’ils condamnent les actes de leurs ancêtres, c’est suffisant. Pourquoi tout le monde ne veut pas comprendre ? »

« Tout le monde ne possède pas la sagesse propre à votre longévité. Nous ne pouvons qu’écouter les paroles d’autrui et tenter de forger nos opinions en se basant sur celles-ci, bien qu’elles soient erronées ou porteuses de haine. »

« Je ne suis pas plus sage qu’un autre. Simplement, je veux oeuvrer à une entente parmi toutes les espèces. Est-ce vraiment sage que d’espérer une telle chose ? Seule un fou aux douces idées pourrait vraiment croire à ce projet. Mais au fil des années, je me rattache à cela en me disant que je vais suivre la même voie que mes ancêtres. Ah… Je ne suis pas immortel. »

« Nous autres, gnomolds, vivons bien plus longtemps que les autres espèces. Malheureusement, en vue de nos guerres incessantes contre les autres races des différentes nations, il est très rare de voir un gnomold aussi âgé que vous, maître Ernold. »

« Oh, il est vrai que mourir de vieillesse chez un gnomold, c’est presque propice à une fête sans précédent bien que ça soit saugrenu de fêter la mort d’un gnomold. »

« Surtout quand ce dernier ne peut même pas profiter de cette dernière fête. »

Des petits rires se firent entendre de part et d’autre. Il fallait décompresser un peu et à l’heure actuelle, c’était l’unique solution qu’ils se proposaient mutuellement. Le vieux gnomold reprit pourtant son sérieux quelques instants plus tard :

« Nous devons trouver une solution, néanmoins. »

« Je suis d’accord, maître Ernold. Mais nos différentes solutions commencent à s’amenuiser. Il est difficile de trouver une idée convenable. »

« Nous allons refaire une assemblée générale. Il va nous falloir contacter tous les clans pour qu’ils envoient leurs émissaires. Du moins, les clans majeurs de chaque nation. »

« Et dire que les honoriens ont gardé cette idée de clans. C’est assez amusant, vous ne trouvez pas, maître Ernold, au final ? »

« Je ne sais pas si le terme « amusant » convient mais je suis néanmoins d’accord. Bon, faisons une liste des clans et allons ensuite préparer tout cela. Ça va bien nous occuper pour quelques heures voire toute la soirée. »

Encore une où il n’allait dormir que très peu. Pourtant, le vieux gnomold ne s’en plaignait pas. Il savait ce que cela lui coûtait et ça ne l’avait jamais dérangé. Il n’avait pas vécu toutes ces années pour en arriver là et dire qu’il n’avait plus envie d’accomplir tout ça.

« Au cas où, je sais que cela va être assez mouvementé. Si tu veux bien prendre contact avec Rokar, j’ai le sentiment que je vais avoir besoin de lui dans les jours qui viennent. Est-ce qu’il est toujours en mission ? »

« Pour ce que vous lui avez demandé ? À ma connaissance, je crois bien que oui même si j’ai entendu qu’il avait délégué une partie de tout ceci à ses lieutenants et que cela s’était plutôt mal passé malheureusement. »

« Hmm ? Comment cela ? Est-ce les fameuses rumeurs comme quoi certains gnomolds ont tenté de s’en prendre aux démons qui étaient sous la protection du roi Royan ? »

« C’est bien cela. Il semblerait que certains ont piqué une crise, dans les termes utilisés par les rumeurs et autres sans… pour autant expliquer la raison de la dite-crise. »

« Mais est-ce que cela s’est terminé dans le sang ou non ? » demanda une nouvelle fois Ernold, son œil devenant bien plus vif en direction de son élève.

« Non, non, pas à ma connaissance ! Du moins, il n’y a eu aucune agression d’un côté ou de l’autre. Tout semble s’être remis en ordre mais… »

« Vu qu’ils n’ont pas expliqué cette raison, qui est l’un de nos plus grands secrets, même parmi notre propre espèce, les peuples des différentes nations doivent penser que nous ne sommes que des ingrats alors que nous avons tenté d’opérer une paix avec eux. Comme si tout cela n’avait été au final qu’un grand et gros gâchis. Ah… »

« Je vais aller préparer une première lettre pour Rokar, maître Ernold. »

Le gnomold savait qu’il devait laisser le grand archimage se plonger dans ses pensées. C’était pourquoi il se décidait à s’éloigner, comme si de rien n’était. Mais à peine avait-il ouvert la porte pour disparaître de l’autre côté qu’il revint, moins d’une minute plus tard.

« Maître Ernold, maître Ernold, c’est… c’est… »

« Est-ce que tu peux te pousser ? J’ai mieux à faire qu’attendre que tu serves de porte, nierk ! » s’exclama une voix assez forte derrière le gnomold, une main se posant sur l’épaule de ce dernier pour le déplacer sur le côté.

« Rokar. Eh bien, si je m’attendais à déjà t’avoir parmi nous. »

« Oh, vieux grigou, tu sais parfaitement que j’allais arriver en vue du foutoir que les gnomolds sont en train de faire. »

« Oh, tu sais, si nous commençons par là, il s’avère que Tery Vanian était si je ne me trompe pas, sur les terres que tu gardais à l’époque, n’est-ce pas ? »

« AH ! Je m’en doutais que malgré l’âge, tu étais toujours capable d’utiliser ta langue pour faire quelques paroles dignes d’une vipère ! »

« Eh bien, il me faut garder mes capacités pour être apte à répliquer à des jeunots comme toi, Rokar. Eh bien, si je m’attendais à ce que tu viennes aussi vite. »

« Et je vais me répéter : Tu le savais que j’allais me ramener. Avec tout ce bordel, c’est pas possible que je ne vienne pas te rencontrer pour tenter de régler la situation. »

Et sans aucune hésitation, comme si ça ne le dérangeait guère, il vint s’asseoir en face d’Ernold, celui-ci faisant un mouvement de la main pour dire à son apprenti que ce n’était pas bien grave. La différence de stature entre les deux gnomolds était effarante. Alors que d’un côté, Rokar était un « colosse » parmi les siens, avec ce qu’il fallait de muscles, de fourrure de bosses le rendant difforme, Ernold incarnait parfaitement l’usure du temps, avec un être plus rabougri et fatigué par les années.

« La situation est si dramatique pour que tu viennes en personne ? »

« Oh, allons bon, va pas faire comme si cela te troublait plus qu’il n’en faut. Dis-moi plutôt ce que tu avais en tête. À voir l’étonnement de ton apprenti, je sens que tu parlais de moi mais qu’il s’attendait pas à ce que j’arrive aussi vite. »

« Ah, toi et ton intuition, Rokar. Sans celle-ci, tu n’aurais jamais laissé une chance à ce jeune garçon démoniaque, n’est-ce pas ? »

« Suffit de voir le bordel que ça fout. Mon intuition s’est sacrément loupée ce jour-là. Pfff ! Maintenant, tout a dégénéré depuis l’ouverture de ces fichues portes ! »

« Et c’est toi que je dois remercier, Rokar. Tu sais à quel point je te suis redevable. »

« Ouais, ouais. Tu diras ça à d’autres hein ? » rétorqua Rokar, faisant un mouvement de la main pour signaler qu’il considérait les remerciements comme une quelconque foutaise.

« Si tu m’étais autant redevable que tu prétends l’être, on n’en serait pas là. »

« C’est exact et je tiens encore à m’excuser, Rokar. »

Nouveau grognement de la part de ce dernier. Celui-ci avait du mal à croire dans les paroles d’Ernold malgré qu’il ne semblait pas porté par de mauvaises intentions. Mais voilà, avec tout ce qui s’était passé ces derniers mois, autant dire que la confiance ne régnait pas totalement. Même si ce n’était pas contre Ernold spécifiquement.

« Bon, maintenant que je suis là, qu’est-ce que tu me voulais au final ? »

« Je vais organiser une réunion avec les différents clans des gnomolds. Je voudrais que toi et tes hommes soyez là pour protéger les environs et surtout que ça ne dégénère pas. »

« AH ! Mais tu te foutrais pas un peu de ma gueule ? J’ai pas besoin de te rappeler de la dernière, y a bien presque vingt ans ? »

« Disons qu’elle est est restée dans les mémoires mais pas forcément pour les bonnes choses, je peux le reconnaître, Rokar. »

« Et pourtant, tu es décidé à en relancer une ? Tu serais pas devenu gâteux avec l’âge ? »

« Situation extrême, mesure extrême. Je n’ai pas d’autres choix. Nous ne pouvons pas continuer sur cette voie si tous les gnomolds ne sont pas réunis sous une même égide. »

« Suffit pas de le dire pour que ça se produise. Faut pas croire que ça va marcher comme ça hein ? Ils vont tout simplement te rire au nez pour la grosse majorité. »

« Je sais parfaitement à quoi m’attendre et c’est bien pour cela que je compte sur ton soutien, Rokar. Avec toi à mes côtés, je sais que je serais bien plus en sécurité que si je confiais ma vie à quelqu’un d’autre. »

« T’es vraiment devenu sénile avec l’âge. »

« Eh bien, les vieilles personnes doivent être surveillées, qu’elles soient gnomolds ou non, tu ne crois pas ? Qui sait ce qui pourrait m’arriver si je ne suis pas sous surveillance constante pendant que je tente de faire mes projets ? »

Nouveau grognement de Rokar. Le vieux gnomold était plus qu’amusé par la situation, au contraire de l’autre gnomold. Pourtant, bien que sa respiration se faisait de plus en plus forte, il semblait retrouver son calme, fermant son œil valide avant de dire :

« Quand est-ce que cette foutue réunion aura lieu ? »

« D’ici quelques semaines, peut-être un mois ou deux ? Je n’ai pas encore envoyé les émissaires pour cela. À la base, normalement, tu devais en attendre un. »

« Ah… Et dire que je pensais aller me rendre dans ce foutu endroit souterrain pour éliminer quelques gnomolds et démons qui font un peu trop de zèle. »

« Hmm ? De quoi est-ce que tu parles ? » questionna Ernold, étant réellement surpris cette fois alors que Rokar lui répondait aussitôt :

« Rien de bien grave. Disons que j’ai appris que certains gnomolds avaient décidé de continuer à harceler les démons dans le monde souterrain. Et aussi qu’ils sont morts car les démons ont été défendu par des membres des races à la surface. »

« Oh ? Tu penses qu’il y a une chance que ça soit… Manelena ? Ou alors Tery ? »

« Je pense plus au petit gars de Traslord. »

« Le roi Royan ? Hmm, c’est vrai qu’en terme de délais, ça serait plus logique. Hmm, donc il est sûrement parti avec Elen. Hmm. »

« Ah ouais, la fille des deux divinités qui se trimballent dans le monde comme si elles avaient rien de mieux à faire de leurs jours ? »

« Rokar, on t’a jamais dit que tu étais plutôt aigri comme gnomold ? Et attention, pour qu’un gnomold te dise que tu es aigri, c’est que l’on atteint des sommets. »

Nouveau concerto de grognement de mécontentement de la part de Rokar. Bien entendu, vu qu’Ernold lui faisait une remarque. Il cherchait à voir jusqu’à quel point Rokar allait tenir… avant de finalement émettre un léger rire.

« Tu peux te décrisper, Rokar. Je crois que j’ai choisi le bon gnomold pour la surveillance de cette réunion. Je ne pouvais pas espérer mieux. »

« Comment ça ? Tu vas me faire croire que tu m’as fait passer un test ou quelque chose du genre ? Je suis pas un gnomold avec qui on s’amuse, Ernold. »

« Oh non, non. Ne t’en fait pas. Je voulais simplement savoir quelles étaient tes limites et tolérance par rapport à ton énervement. Je suis heureux de voir que tu as bien mûri. »

« Ne t’amuse pas trop à ce sujet, tu sais jamais ce qui peut arriver si tu franchis la limite. »

« Héhéhé. J’ai bien ma petite idée à ce sujet mais oui, cela ne sert à rien de t’inciter à ça, loin de là. Bon bon bon. Est-ce que tu veux quelque chose à boire ? À manger ? »

« Non, pas la peine. Mes hommes m’attendent. On a pas trop l’habitude de se traîner dans les environs donc ils veulent en profiter. Et puis, faut bien que quelqu’un surveille ces idiots, on ne sait jamais ce qu’ils pourraient commettre comme conneries. »

Il pesta tout en ayant un petit tic aux lèvres. Malgré tout, il avait fini par se relever, son unique œil valide posé sur Ernold avant de déclarer :

« Je m’en vais. Tu m’enverras un message quand et où la réunion se fera. »

« Prends bien soin de tes gaillards, Rokar. »

« Ce sont pas mes gamins non plus. Ils sont assez grands pour se débrouiller seul. »

« Hahaha mais pourtant, c’est bien dans ton groupe qu’il faut avoir connu le moins de morts… du moins, sauf pendant ce combat contre Tery, hein ? Quand tu l’as revu, quelques années plus tôt. »

« Ah… T’es vraiment qu’une sale fouine quand tu décides de t’y mettre. »

« Je tiens au bien-être de ma propre race. Il n’y a donc rien d’anormal à ce que je sois au courant de ces petites choses, tu ne crois pas ? »

Rokar pesta, comme à son habitude avant de fini quitter la pièce, laissant seul le vieux gnomold. Celui ne pût s’empêcher de rire tout seul, jusqu’à ce que son apprenti ne vienne, deux minutes plus tard, s’enquérir des nouvelles de son vieux maître.

« Maître Ernold, je suis toujours inquiet quand je le vois arriver. Ce n’est pas une bonne fréquentation, vous savez ? »

« Allons bon, mon brave Ninos, tu sais pourtant qu’il ne faut pas juger sur les apparences, non ? Surtout en tant que gnomold. Imagine si ces braves personnes que je connais avaient décidé de me juger sur mon apparence ? Jamais nous n’en serions là. »

Il ne précisa pas que ce n’était peut-être pas un bon constat final. Mais dans l’ensemble, à ses yeux, ils avaient réussi ce qu’il désirait et recherchait depuis le début. Le souci, c’est que sa vision était très précise et portée sur un futur qu’il espérait pas si lointain. En voyant Tery et Elen la première fois, il avait compris que c’était cette époque qui allait tout changer.

Et c’était pour cela qu’il faisait une prise de risque immense. Le secret des gnomolds, depuis des siècles, voire des millénaires, allait sûrement être révélé un moment ou à un autre. Il ne savait pas quand, il ne savait pas où mais il était certain que cela allait se produire.

« Je tiens à m’excuser pour mes paroles irrespectueuses. »

« Je ne vais guère en tenir compte, ne t’en fait donc point ! »

« Maître Ernold, est-ce que vous me révélerez un jour ce secret ? Avant qu’il ne soit annoncé aux yeux de tous ? »

« Hmm ? Tu es bien curieux comme apprenti. Mais qui sait ? Cette nouvelle n’est pas encore prête à être annoncée. Cela se prépare, il faut prendre la température et autre. Cela fait combien de temps que tu es à mon service ? »

« Quelques mois à peine, maître Ernold. »

C’était exact. Le vieux gnomold gardait son sourire aux lèvres. S’il avait pris un apprenti, c’était bien à cause des évènements récents. Un apprenti gnomold, le petit Ninos avait montré quelques facultés impressionnantes pour son jeune âge, oui. C’était pour cela qu’il était là.

Chapitre 15 : Supérieurs aux autres

Chapitre 15  : Supérieurs aux autres

« Tery, c’est devenu une manie ou quoi ? »

Elle parlait toute seule. Tery dormait contre elle, comme la dernière fois. Il fallait dire que le jeune homme avait passé une sale journée même s’il cherchait à ne pas trop le montrer. Elle le regarda, longuement, doucement, mais sûrement.

« Tu te compliques beaucoup trop la vie, Tery. Combien de fois je vais te le dire ? »

Elle avait un sourire aux lèvres. Un sourire qu’elle gardait pour elle. Un sourire qu’elle n’offrait à personne, sauf peut-être à l’homme dans ses bras, dans ce lit. Après la discussion avec le monarque, il s’était plongé dans un quasi-mutisme. Il avait à peine adressé la parole à Manelena et elle comprenait parfaitement pourquoi il agissait de la sorte.

Elle n’allait pas l’en empêcher. Elle n’était pas ainsi. Elle voulait simplement… qu’il soit peut-être comme au tout début ? Non, elle n’allait pas se mentir. Elle était exaspérée par son comportement lors de leur première rencontre mais… le voir autant démoralisé, comme s’il avait tout perdu, elle avait beaucoup de mal à le supporter.

Tery n’était pas comme ça. C’était un combattant. Quelqu’un qui avait montré maintes fois qu’il tenait bon face à l’adversité ! Alors pourquoi est-ce que ça ne se passerait pas ainsi ? Pourquoi fallait-il que cet endroit soit aussi mauvais ? Elle comprenait que Tery voulait vraiment que les démons, race dont il était issu, soient en paix avec les races de la surface. Tery était des deux, c’était alors normal.

« Ce petit côté niais et candide qui te caractérise tant, Tery. »

Ses doigts glissèrent dans la chevelure de Tery. Lorsqu’il était à côté d’elle, elle sentait cette chaleur qui l’envahissait. En même temps, à deux sous la même couette et avec un pantalon de la sorte et un haut qui l’étouffait ah… Oui, c’était normal.

« Stupides vêtements trop serrés. Je ferais bien de m’en débarrasser. Je me demande quelle serait sa réaction hmm… »

Elle l’avait pris par surprise, il y a bien longtemps, dans la bibliothèque de ses grands-parents. C’était même à ce moment là qu’elle avait réussi à se déclarer. Mais, elle n’était pas vraiment certaine en ce qui concernait Tery. Ce qu’il pensait de ça. Hmm… Le pire dans toute cette histoire, c’est qu’elle connaissait parfaitement les histoires de concubines et autres. Elle était même certaine que dans cette capitale, c’était monnaie courante.

Elle avait l’impression d’être retournée plusieurs siècles en arrière avec ces êtres. Hmm… Après, le concubinage ? AH ! Si Elen était la concubine, pourquoi pas ! Tant qu’elle restait en première position. Tsss … Elle pensait vraiment à des absurdités, n’est-ce pas ? D’ailleurs, elle voulait montrer à Tery qu’elle n’abandonnerait jamais le combat… pour qu’il fasse de même de son côté.

« Bon allez, on va plutôt te réveiller, hein ? Hmm… Comment est-ce que je pourrais faire ça de manière un peu sournoise ? Hmm… Tu veilles sur moi pendant que je sors ou plutôt l’inverse. Clari, tu n’aurais pas une idée ? »

Car oui, elle s’adressait sans aucun souci à la femme-golem. Ne s’attendant à aucune réponse de la part de celle-ci, elle cligna pourtant des yeux en pensant remarquer que Clari lui faisait un sourire du bout des lèvres, comme pour l’inciter à quelque chose.

« Ah oui, quand même, tu n’as pas froid aux yeux. Tu as raison. On ne peut vivre qu’une fois, enfin deux dans ton cas. Je sais ce que j’ai à faire. »

Il suffisait juste de rapprocher ses lèvres de celles de Tery et de les coller les unes contre les autres dans un long baiser langoureux… mais ce n’était pas son genre. Lentement mais sûrement, elle plaça ses doigts sur le nez de Tery, bloquant sa respiration alors que celui-ci semblait comme surpris, ayant visiblement l’habitude de respirer ainsi.

« AH ! Qu’est-ce qui se passe ?! Je … AAAAH ! Bouffée d’air ! »

Il s’était mis à haleter de surprise, reprenant une respiration alors que Manelena le regardait, avec une fausse neutralité peinte sur le visage.

« Eh bien, Tery ? Du mal à te lever ? Tu as l’air complètement rouge. »

« Je ne sais pas ce qui s’est passé, Manelena. J’ai… J’ai… pfiou. J’ai eu l’impression d’étouffer. J’ai encore dormi contre toi ? Pardon, ce n’était pas voulu de ma part. »

« Ce n’était pas voulu mais tu l’as quand même fait donc bon… j’imagine que c’est un peu tard pour s’excuser correctement, n’est-ce pas ? »

« Mais c’est étrange. Tu ne devrais pas hésiter à me repousser, Manelena. Je sais bien que je t’ai proposé de dormir avec moi pour… enfin, tu sais quoi… mais je ne pensais pas que ça se passerait de la sorte à chaque fois. »

« C’est la seule excuse que tu as trouvée, c’est bien ça, Tery ? Je m’attendais vraiment à mieux de ta part, je suis un peu déçue, je dois avouer. »

« Ce n’est pas une excuse mais la vérité, Manelena. Ce n’était pas vraiment mon but en t’invitant dans ma chambre. Je me suis contrôlé avec Elise, je vais me contrôler avec toi, je peux vraiment te promettre cela. »

« Et si je ne voulais pas que ça soit le cas ? »

Hein ? Il ne comprenait pas sur le coup pourquoi elle disait cela alors qu’elle finissait par se lever du lit. Comme hier, elle passa de l’eau sur le visage, maugréant contre elle-même alors que le jeune homme regardait le matelas trempé par la sueur. Vraiment… Et les habits n’étaient pas franchement mieux. Heureusement qu’ici, il n’était qu’un simple chevalier et que donc, il n’avait pas besoin de porter d’atours comme ça. Encore que oui, il se rappelait encore une fois de la magnifique tenue que Manelena avait mise il y a bien longtemps, à Omnosmos. Ah… C’était Omnosmos ? Il n’était plus vraiment certain.

« Manelena, il faudra que l’on envisage de se laver, toi et moi. Enfin plus que ça. »

« Hein ? Tu insinuerais que je suis sale ? Ou alors, c’est une invitation à y aller ensemble ? »

Le ton employé n’avait rien de charmeur mais la question était naturelle, comme si elle la posait pour connaître réellement la réponse. Le rouge passa aux joues de Tery qui vint tousser légèrement pour se donner une certaine contenance avant de dire :

« C’est mieux que tu évites de dire d’aussi grosses bêtises, Manelena. Tu sais aussi bien que moi que je ne ferais jamais ça, n’est-ce pas ? »

« Je le sais bien. Jamais tu ne me proposeras une telle chose. C’est bien pour ça que je pose la question car je connais déjà la réponse. Tu as une meilleure mine. »

Une meilleure mine ? Il la regarda fixement, pendant quelques secondes avant de soupirer. Si elle le disait, c’est qu’il y avait peut-être une part de vérité. Mais bon, ce n’était pas pour ça que tout allait être arrangé non plus hein ?

« Au lieu d’aller voir Héraisty ou l’empereur aujourd’hui, passons juste une journée ensemble, Tery. Juste toi et moi, qu’est-ce que tu en penses ? Cela ne serait pas une idée si déplaisante, n’est-ce pas ? »

« Pourquoi pas, Manelena ? Je n’ai pas de raison de refuser donc nous pouvons y aller quand tu veux. Allons juste manger un peu et… »


Sans même lui laisser la possibilité de terminer sa phrase, la main de Manelena vint prendre la sienne avant de la serrer avec fermeté pour le tirer hors de la chambre. Quelques minutes plus tard, ils étaient dehors et… ils se dirigeaient vers la sortie de la capitale démoniaque. Qu’est-ce qu’elle comptait faire ? Même si les gardes les observaient avec suspicion, ils les laissaient passer. En même temps, Tery était de plus en plus connu donc il était normal qu’ils le laissent rentrer et sortir de la capitale démoniaque sans poser de questions.

« Manelena ? Qu’est-ce que tu fais là ? Je ne suis pas certain que ça soit très… sûr. »

« C’est bien parce que ça ne l’est pas que justement je veux que l’on se dirige par là. J’imagine que tu es au courant que nous sommes suivis, n’est-ce pas ? »

« Je sentais bien trois présences. Est-ce que tu crois que… »

« Dans ce monde, nous sommes d’accord que c’est la loi du plus fort qui est la meilleure, n’est-ce pas ? Alors, si on sent que l’on se fait agressés, nous ne serons pas en tort, tu es d’accord avec moi ou non ? »

« Je ne me suis jamais posé vraiment la question, il me faut t’avouer. Mais bon, dans tous les cas, j’imagine que l’on va tout simplement se défendre. »

Et maintenant, il comprenait pourquoi est-ce qu’elle avait décidé de se mettre en armure pour une sortie « classique » comme il aimerait le dire. Car au final, la dite sortie n’avait rien de vraiment basique. Lentement mais sûrement, ils vinrent traverser une zone recouverte par de nombreux rochers, finissant par disparaître derrière l’un d’entre eux, plus gros que les autres. Bien entendu, Clari était là aussi mais lorsque les trois démons se présentèrent, avec un sourire mauvais aux lèvres, Tery et Manelena faisaient face à ces derniers. Ils étaient armés mais surtout, ils possédaient quelques boursouflures sur le corps en divers endroits.

« Je vois, vous êtes au plus bas de l’échelle sociale de vos familles et vous avez l’habitude d’agresser et dévorer d’autres démons. »

« Ce sont donc des démons vraiment basiques, Tery ? Est-ce que tu crois qu’il s’agit des mêmes démons qui ont décidé de les… »

« Hey ! Vous vous prenez pour qui tous les deux ? À croire que nous ne sommes pas là ! On va régler votre compte à tous les deux ! »

« Hey, attends un peu, ils étaient pas trois à la base ? Où est-ce qu’elle est passée l’autre femme ? HEY ! VOUS DEUX ! VOUS… »

Ils avaient peut-être décidé de se mettre en position de combat mais ils ne comptaient pas vraiment lutter contre eux, loin de là. Une ombre se forma au-dessus de l’un des trois démons, Clari finissant par lui tomber dessus, de tout son corps de pierre, étrangement bien plus lourd qu’au départ. Un craquement sinistre et sonore se fit entendre, les deux autres démons se tournant vers elle, prêts à l’attaquer.

Mais avant même qu’ils ne puissent réagir, la femme de pierre leva un bras, poing fermé pour emporter l’un des démons au niveau de la tête, coinçant cette dernière contre le rocher avant de finir par exploser la pierre et le crâne en même temps. Le troisième démon, comprenant que qu’il ne s’en sortirait pas s’il restait, se préparait déjà à fuir mais un pieu de pierre traversa sa gorge, puis deux autres se plantèrent dans son dos, en terminant avec lui ou presque … puisque la femme-golem vint à sa hauteur, levant un pied de pierre … pour l’abattre sur le crâne une bonne fois pour toutes.

« Je me rappelais que Clari était bien plus douce que ça dans mes souvenirs, Tery. »

« Les souvenirs sont souvent faussés et bien loin de la réalité. Enfin, dans ce cas précis, c’est bien ça. Clari était plus… délicate dira t-on. Tu veux qu’on fouille les corps ? »

« Les morts n’ont plus besoin de leurs affaires. Au final, si nous avons des indices sur qui ils sont et de quelles familles ils font partie, peut-être que nous pourrons nous préparer à les réceptionner une nouvelle fois. Oh par contre, Tery, ne… »

Elle ne lui avait pas laissé finir sa phrase à son tour, montrant ses deux griffes de pierre. Il savait pertinemment ce qu’elle allait lui dire. Ne pas laisser d’odeur pour être certain que personne n’irait remonter jusqu’à eux.

Oui, il suffisait que certains se mettent à appeler les renifleurs royaux à la rescousse et il aurait alors de très gros problèmes. Oui… même si bon, il ne comptait pas dévorer ces saletés de démons. Par contre, que cela n’empêche pas Clari de faire un peu de ménage par rapport à ces cadavres.

« Il faudra juste que l’on trouve de quoi nettoyer Clari. Même si elle ne produit pas d’odeur, j’imagine que le sang sur ses pieds et autres, cela risque d’attirer l’attention non ? »

« C’est exact. Il doit bien avoir des lacs ou des ruisseaux dans les environs non ? D’ailleurs, tu as déjà essayé de remonter le cours de l’un d’entre eux ? Savoir où il mène ? »

« Pas du tout. Bon et maintenant ? Qu’est-ce que nous faisons ? À part chercher un endroit pour laver les poings et les pieds de Clari. »

« Eh bien, nous allons rentrer, tout simplement. Maintenant que nous avons plus ou moins montrés que ceux qui sont les proies peuvent devenir les chasseurs, j’imagine que ça va calmer quelques ardeurs parmi les démons, non ? »

« Je t’avoue que je n’en sais trop rien à ce sujet. Mais oui, il y a de très fortes chances que ça se passe de la sorte. Nous allons être tranquilles maintenant qu’ils savent à à quoi s’attendre… jusqu’à la prochaine tentative de leur part. »

« Hmm, et tu crois qu’ils vont aussi se calmer par rapport aux autres démons ? »

Ça, il ne pouvait pas le lui dire. Il n’en savait strictement rien. Mais bon, maintenant que c’était plus ou moins décidé, il était temps de rentrer dans la capitale. Et d’après ce qu’ils remarquaient, il y avait de l’effervescence. Heureusement, comme convenu, ils avaient juste perdu quelques minutes pour nettoyer Clari de son sang.

« Eh bien, il y a de l’agitation ? »

Des clameurs royaux. Qu’est-ce qu’ils faisaient là ? Et ils semblaient avoir des décrets en main ? S’installant parmi les démons, Tery laissa un peu de place à Manelena et Clari bien qu’il installait la première entre lui et la femme-golem.

« Oyez, oyez, l’empereur Malark et son conseil de ministres vous annoncent le présent décret qui prendra effet dès la fin de la lecture de ce dernier. »

Oyez, oyez ? Il tourna son visage vers Manelena, faisant un petit sourire bref. Ben oui, fallait quand même avouer qu’entendre de telles paroles, ça lui rappelait un peu Midès. Ah… Midès, ça lui manquait sa capitale de Shunter.

« En vue des nombreux visiteurs de la surface qui commencent à venir dans notre capitale, ces derniers ne seront pas autorisés à se déplacer sans l’accompagnement d’un membre d’une famille démoniaque résidant dans la capitale. Ils porteront le titre d’esclave et ne pourront plus se déplacer sans le dit-membre de la famille démoniaque. Classé au plus bas de la capitale, ils ne pourront donc commercer, discuter et être vu sans que leur accompagnateur ou accompagnatrice ne soit avec eux. »

Tery était éberlué, commençant à cligner des yeux. Ce n’était même plus de l’esclavagisme à ce niveau-là. Les membres de la surface n’avaient plus rien, rien du tout. Alors qu’il pensait pouvoir faire quelque chose avec les démons, il s’avérait que… c’était encore pire que prévu. Tentant de retrouver ses esprits, il bredouilla à Manelena :

« Allons-nous en. Il vaut mieux. Je ne veux plus rien entendre et… »

« Oh, je veux écouter la fin de mon côté, Tery. Jusqu’où cette farce va continuer. »

« Manelena, je ne suis pas certain que… je suis juste dégoûté. Je crois que ça ne sert à rien, vraiment à rien. C’est pire que tout, vraiment pire. »

Pourtant, il ne vint pas partir puisqu’elle avait décidé de rester. Et il écoutait encore ce décret stupide. Ce décret qui signalait que les esclaves de la surface n’avaient aucun droit mais surtout que la famille démoniaque qui possédait un esclave de la surface pouvait faire ce qu’il désirait de la personne.

« C’est vraiment pathétique… mais j’ai le sentiment que ce n’est pas de la faute à l’empereur Malark. Il a sûrement été « obligé » d’accepter. »

Manelena lui avait signalé de se mettre en route, prête à retourner auprès de Tery et Clari, mais surtout reprendre le chemin en direction du château. Une nouvelle fois, Tery s’était emmuré dans le silence, une nouvelle fois, Manelena cherchait à faire la conversation.

« Tu devrais vraiment arrêter de te préoccuper de toutes ces choses, Tery. »

« Du fait que j’ai emmené tout le monde à une mort certaine ? C’est ça ? »

« Pourquoi est-ce que tu penses forcément ainsi, Tery ? »

« Car c’est le cas, tu peux prétendre ce que tu veux mais la réalité, c’est que c’est le cas. Si j’avais su que ça se passerait ainsi, jamais je n’aurai emmené tout le monde dans cette capitale. Et voilà le résultat ! »

« Sais-tu pourquoi il y a eu ce décret ? Je suis certaine que tu n’as pas cherché à deviner le second sens de ce décret. »

« Et ça serait quoi ce sens secret dont tu es la seule à connaître le sens ? »

« Si tu me parles avec d’ironie, tu peux aller tout simplement te faire foutre, Tery Vanian. Est-ce que je me suis bien faite comprendre ? »

« Pardon… Manelena. Je ne voulais pas, c’est juste que… enfin, tu peux comprendre, n’est-ce pas ? Manelena, s’il te plaît. »

« Oui, oui, pas besoin de faire les yeux larmoyants, je peux comprendre aisément, Tery. Bref, ils viennent d’officialiser le statut d’esclaves pour les gens de la surface. Ce qui veut dire qu’à partir d’aujourd’hui, si un démon s’en prend à un esclave d’un autre démon, la justice viendra trancher et surtout, la famille du démon criminel risque de payer assez chèrement le prix. »

« Mais la justice dans un monde comme celui des démons… avec la loi du plus fort et… »

« Cette loi n’est là que pour le principe. Bien entendu qu’elle est toujours fonctionnelle mais si elle était la seule utilisable, cela reviendrait à avouer que nous ne sommes pas mieux que des bêtes sauvages, Tery. Nous valons bien mieux que ça. »

« Et pour les familles démoniaques qui ont un esclave et… »

« Hmm… Je sais ce à quoi tu penses. Tu imagines qu’il peut y avoir des problèmes internes dans les familles en elles-mêmes hein ? Car ce sont des soldats ou mercenaires qui sont partis comme ça pour aller explorer le monde à la surface ? »

Elle était capable de lire dans ses pensées ou quoi ? Car elle semblait comprendre son problème sans même qu’il n’ait à ouvrir la bouche. Et avec sa main posée sur son épaule, il se sentait encore plus ridicule et chétif qu’auparavant.

« Je ne pense pas que ça soit le cas. Même si nous allons ressembler simplement à des « objets de valeur », il y a des chances que les démons qui étaient partis au combat aient pris du galon dans leur famille respective. »

Donc que les démons qui étaient avec eux soient mieux vus ? Et peut-être que tout se passera bien ? D’ailleurs, en pensant à tout ça, il ne connaissait pas du tout la famille d’Héraisty. Il n’en avait jamais parlé avec elle. Est-ce qu’elle était en conflit avec eux ?

« Donc, tout va bien se dérouler ? Enfin, tu crois ? »

« Je ne sais pas, je ne peux pas lire dans l’avenir, Tery. Mais tout n’est pas aussi noir que tu le pensais hein ? Alors, arrête de te morfondre, c’est chiant. »

« Je ne veux pas me morfondre exprès, tu sais ? Je ne le fais pas pour le plaisir. »

« Mais je préfère quand tu as ton petit caractère habituel et niais. C’est ce qui fait ton charme. Et puis bon, cela veut dire que je suis ton esclave, n’est-ce pas ? »

« Mon esclave ? Euh, enfin, Manelena, c’est juste que… »

« Je serais alors obligée d’obéir au moindre de tes ordres. Obligée d’exécuter le moindre de tes désirs. Tu sais, cela tenterait beaucoup de personnes d’avoir une princesse à leurs pieds, hein, Tery ? Mais j’imagine que ce n’est pas ton cas. »

« Eh bien, vu que de base, tu es une reine et non une princesse, ce n’est pas la même chose. Et puis, tu as parfaitement raison. »

Encore qu’il ne cherchait pas à finir de « confirmer » que ça ne le tentait pas du tout. Car oui, il avait regardé Manelena quand elle avait évoqué le fait qu’il pouvait abuser d’elle comme il le désirait. Et à voir la femme aux cheveux argentés, il se demandait vraiment si ce n’était pas ce qu’elle… non, ce n’était pas le genre de Manelena.

« Eh bien ? Est-ce que tu es en train de t’imaginer des choses indécentes, Tery ? »

« Pas le moins du monde, Manelena. Je ne sais pas ce que tu es en train de t’imaginer mais ce n’est pas du tout le cas. »

« Hmm, ce n’est pas moi qui a ce regard un peu perdu, Tery. Ce n’est pas moi. Mais bon, de toute façon, pour cela, il faudrait que je me laisse faire et ce n’est pas mon genre. »

« Pas le moins du monde, Manelena. »

Et puis, il espérait que chacun avait ce même mode de pensée avec les surfaciens. Il fallait juste espérer… car il ne voyait pas comment faire autrement. S’il décidait de lâcher prise, tout serait alors terminé… et il n’y aurait pas de retour en arrière.

Chapitre 14 : Mauvais climat

Chapitre 14  : Mauvais climat

« Ah… Pourquoi est-ce que je m’en doutais ? »

La jeune femme aux cheveux argentés s’était réveillée en première, comme elle l’avait imaginé. Et surtout, elle avait la non-surprise de voir qu’elle et Tery s’étaient étreints pendant la nuit, le jeune homme ayant la tête calfeutrée contre ses seins. Ah… Un bon gros soupir singulier, signe non pas de son exaspération, loin de là, mais simplement qu’elle n’avait rien fait pour empêcher ça. Et surtout, son regard étudia Clari. La femme-golem n’avait pas bougé de son emplacement.

« Tu as vraiment fait ton rôle de gardienne jusqu’au bout hein ? Je trouve ça vraiment admirable dans le fond, n’est-ce pas ? »

Bien sûr, elle ne s’attendait pas à une réponse de la part de Clari. Par contre, elle devait peut-être faire réagir Tery ? Car même si cela faisait un bon bout de temps qu’ils n’avaient pas dormi ensemble, il ne fallait pas qu’il en profite trop. Encore que la question se posait pour savoir qui profitait de l’autre à l’heure actuelle.

Enfin… Elle commença doucement mais sûrement à le repousser d’une main, cherchant par là à se séparer de lui avant de reculer dans le lit. Ah… Vraiment quelle bouille d’ange quand il dormait hein ? Difficile à croire qu’il vivait des choses horribles presque au quotidien.

« Je ne suis pas forcément mieux hein ? Humpf … Bon allez, je ferais bien d’aller me passer un peu d’eau sur le visage. »

Même si elle n’était pas des plus féminines durant la journée, elle prenait quand même soin de son corps. Par contre hors de question de se laver plus que nécessaire en présence de Tery. De la pudeur, elle en avait, même si dans l’armée, elle avait bien vite remarqué que pour beaucoup d’hommes et de femmes du bas peuple, ce n’était pas grand-chose.

« De toute façon, pour le moment, ce n’est pas le lieu pour ça. »

Elle avait fini par se regarder dans le miroir en face d’elle. Elle n’avait pas une mauvaise mine. Elle n’était pas vilaine même si un peu décoiffée. Elle s’observa plus longuement, de haut en bas, comme si elle était en train de noter ses défauts physiques mais aussi ses qualités. Elle semblait aussi se comparer à une personne absente.

« Je ne pourrais jamais la remplacer, je sais bien. De toute façon, nous allons devoir tout faire pour tenter de retourner à la surface. »

C’était devenu presque une obligation. Elle sentait que tout cela allait dégénérer un peu trop rapidement. D’ailleurs, le fait que ces démons n’attendaient même pas une semaine pour agir montrait bien par là que la loi du plus fort était celle utilisée dans la capitale.

« Tery devrait normalement se faire dévorer tout cru. Et comment est-ce qu Héraisty peut elle aussi réussir à survivre ? »

Car oui, la démone, avec son caractère singulier, ne lui donnait pas l’impression d’être du genre à avoir une grande survivabilité. Peut-être cachait-elle sa véritable force ?

« Bon, Tery, tu te réveilles ou alors, il va falloir que je te foutes hors du lit ? »

« Hmm, non, maman, s’il te plaît. On est dimanche et… »

« Ah oui ? C’est comme ça que tu le prends ? Tu crois vraiment que je suis ta mère ou quoi ? Je vais te donner une raison de me craindre ! »

Elle s’était rapprochée du lit, craquant ses doigts avant de faire apparaître ses lignes d’Alzar sur ses bras. Aussitôt, elle souleva le lit avec facilité avant de le faire pencher sur le côté, faisant tomber le jeune homme sur le sol, tête la première.

« AIEEEEEEE ! Qu’est-ce qui se passe ?! Pourquoi je suis au sol ? »

« Car tu as cru que j’étais ta mère. Je ne suis pas si vieille par rapport à toi ! »

« Mais ce n’est pas une raison non plus pour me jeter comme un malpropre ! Je crois pas que tu aies remarqué que ça fait super mal, tout ça hein ? »

« Hmm ? Je le sais bien et ta mère m’a déjà dit qu’elle te le faisait souvent car tu n’étais qu’une feignasse à l’époque. Qu’est-ce que tu es devenu aujourd’hui hein ? »

« Un fainéant qui a eu du grade, c’est ça que tu veux dire ? » demanda le jeune homme dans un petit soupir de dépit, finissant par se relever en s’étirant et en gémissant un peu de douleur. C’est que ça faisait mal de se prendre le sol au réveil !

« Je n’ai pas déclaré cela, loin de là, d’accord ? »

Manelena émit un grognement de mécontentement alors que Tery était maintenant correctement réveillé. Il se tourna vers Clari, la remerciant pour sa surveillance avant de proposer à Manelena d’aller manger un bout à la cantine.

Et pour les projets de la journée ? Ils n’étaient pas obligés de s’adonner à l’entraînement quotidien des sodlats de la capitale, c’était pourquoi il proposa une nouvelle fois d’aller rendre visite à Héraisty, même si cela ne plaisait pas du tout à Manelena.

« Ouais, ouais, j’arrive, j’arrive ! Tu restes là, Héraisty ! On sait jamais ! »

Une voix féminine qu’ils ne reconnaissaient pas se fit entendre l’autre côté de la porte de la demeure d’Héraisty. La porte s’ouvrit, laissant paraître une femme encore plus grande que Manelena, aux oreilles pointues et à la musculature qui ne laissait place à aucun doute sur le fait qu’elle était sensiblement plus forte que Tery. Des cheveux rouge comme le sang, quelques cicatrices aux bras et une petite à la joue droite, ses yeux bruns fixèrent Manelena et Tery d’un air neutre… avant de faire un grand sourire.

« Oh mais c’est vous, cheffe ! Hey, Héraisty, c’est la reine de Shunter ! Et le petit gars dont elle est a… OUCH ! »

Elle n’avait pas terminé sa phrase, Manelena ayant envoyé son poing assez violemment dans le ventre de l’honorienne. Malgré le coup, elle pouffa plus qu’elle ne souffrait.

« Hahaha ! J’ai compris, j’ai compris, on doit rien dire ! T’es Tery, nan ? Bon ben, je suis la prisonnière d’Héraisty. Par contre, elle a pas encore réussi à me mettre les menottes ! »

« Tu sais bien que je ne ferais jamais ça, Lindé. Enfin bon, Tery, Manelena, vous avez décidé de venir me voir chaque jour ou quoi ? Je ne dis pas que je vais m’en plaindre mais aujourd’hui, je vais devoir aller travailler, vous savez ? »

« Je le sais bien, Héraisty. C’est simplement savoir… si ta nuit s’est bien passée ou non. Et d’aileurs, je ne savais pas que tu avais une prisonnière au final. »

« Oh, eh bien, après ce qui s’est passé hier, malgré tout ce que j’ai dit, je pense qu’il valait mieux pour moi que j’ai quelqu’un pour m’accompagner au cas où. Je ne suis pas tellement rassurée en fin de compte donc voilà. »

« Je me charge de protéger ma « maîtresse » quoi ! Elle est si petite par rapport à moi et puis, c’est une intellectuelle donc, ça serait marrant. »

Lindé semblait être le genre d’honorienne qui représentait parfaitement sa race. Même si elle ne semblait pas bien méchante, elle avait tout l’air d’une petite brute qui préférait foncer plutôt que de réfléchir. Un grand classique.

« Au cas où, personne n’est venu vous importuner, c’est bien ça, hein ? »

« Pas du tout, Tery. En même temps, je sais que tu t’inquiètes car nous sommes deux femmes mais j’ai constaté à quel point Lindé était puissante physiquement. Je ne m’inquiète pas trop, je dois vous avouer. Mais bon, on ne sait jamais. »

« Maintenant que tout le monde est sur les nerfs et surttout sur ses gardes, je pense que ça devrait se calmer un peu mais … quand même, restez toujours sur le qui-vive, d’accord ? »

« Est-ce que c’était uniquement pour ça que vous êtes venus ? » demanda une nouvelle fois Héraisty, Tery hochant la tête positivement.

« Il est beaucoup trop inquiet à votre sujet. Je n’arrête pas de lui dire que ce n’est pas bon mais il ne veut rien entendre, pour ne pas changer. Tu es usant, Tery. Et ce n’est pas faute de te prévenir à chaque fois, hein ? »

« Je suis désolé de me préoccuper des personnes que j’apprécie. C’est de ma faute, je le reconnais amplement, ha… ha… ha. »

Le rire qui accompagnait les paroles de Tery n’avait rien d’amusé. Avec tout ce qui s’était passé, il était normal et logique que de vouloir protéger les personnes qu’il appréciait. Â les écouter, il était fautif de vouloir leur sécurité.

« Mais maintenant que tu es ici, Tery, tu veux bien m’accompagner jusqu’a mon lieu de travail ? En même temps, je pourrais te parler de ce que j’ai appris. Cela risque de t’intéresser même si ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. »

« Je ne suis pas certain que cela me rassure, tu te doutes, non ? »

« Je le sais bien mais je sais aussi que tu aimerais être au courant. Enfin bref, tout cela pour te dire que j’ai appris que des partisans d’Halyza et Haiktos ont prévu de revenir dans la capitale dans les jours qui suivent. »

« Ce n’est pas déjà le cas ? Je veux dire, je ne crois pas qu’ils auraient laissé la capitale sans aucune personne pour les informer de la situation, non ? »

« Oui mais là, s’ils sont de retour, c’est bien à cause de nous, de ces prisonniers de la surface. Il faut que tu parles avec l’empereur Malark avant qu’il ne soit trop tard. J’ai la sensation que si nous ne faisons rien, cela va vite rendre la vie impossible pour nous tous. »

« Tu crois qu’ils vont tenter de manipuler les gens de la surface et les démons qui les accompagnent ? Même si majoritairement, il n’y a aucune chance ? »

« Je ne peux pas te dire, j’ai aussi appris une autre chose mais cela demande une vérification par contre car rien n’est sûr. »

« Et quelle est cette autre chose que tu veux nous révéler, Héraisty ? » questionna Manelena, les bras croisés. « Même si ce ne sont que des rumeurs, on ne sait jamais sur quoi on peut tomber donc il vaut mieux que tu nous le dises. »

« Les individus au service d’Halyza auraient visiblement des objets inconnus avec eux, qui proviendraient de la surface. Cela attire encore plus la méfiance et donc… »

« Ils auraient noué un contact avec des êtres de la surface… mais de quelle nation ? » compléta Manelena en grognant.

« Aucune idée, je ne peux pas vous le dire malheureusement. Enfin, je ne vais pas tarder à aller au travail ! Tu viens aussi, Lindé ? »

« Hahaha ! J’ai pas la gueule d’une… renifleuse royale, si c’est bien le nom ? Mais bon ! Au moins, ils viendront pas t’embêter là-bas ! »

« Au revoir, Tery. Au revoir, Manelena. On se revoit dans les prochains jour pour me dire comment s’est passé l’audience, d’accord ? »

« Cela sera fait, Héraisty. Je vais juste te dire de bien travailler en espérant que tout se passe bien là-bas, d’accord ? »

« Hihihi, merci beaucoup, Tery. Au revoir ! »

Elle répéta la même gestuelle, saluant les deux personnes avant de partir de son côté avec Lindé. À nouveau dehors avec Manelena, il murmura simplement de se mettre eux aussi en route. Allant vers la cour pour s’entraîner avec le reste des soldats, le duo commença quelques mouvements, ne faisant que s’affronter l’un et l’autre.

Comme il connaissait la puissance de Manelena, il ne cherchait pas à se restreindre. Il voulait même montrer aux autres démons à quel point elle était forte. Ainsi, peut-être que certains éviteraient alors de lui chercher des noises… ou alors se mettront à plusieurs.

« J’ai l’impression que tu te donnais beaucoup plus que d’habitude, Tery. »

« Tu te fais sûrement des idées, Manelena. Je suis pareil qu’auparavant. Après le repas, j’aimerais voir si je peux avoir une audience avec l’empereur. Ce n’est pas comme avec toi, je ne peux pas vraiment rentrer dans la salle du trône sans raison valable. »

« Est-ce que tu insinues que tu peux venir comme tu veux chez moi ? »

« Disons que j’ai plus de facilités à rentrer car je connais la gentille reine qui dirige Shunter ? Est-ce que c’est une bonne excuse ? »

« Tsss, vraiment, pour qui est-ce que tu me fais penser ? Allons-y. »

Elle n’allait même pas chercher à se battre avec lui pour le coup. Il pouvait raconter n’importe quoi. Ne se préoccupant pas des regards des gardes du palais, le duo se dirigea jusqu’à la salle du trône, demandant aux soldats qui se tenaient devant la double porte si l’empereur Malark était là et surtout disposé à bien vouloir communiquer avec eux.

« Nous allons signaler votre présence. Si vous voulez bien patienter. »

Ce n’est pas comme s’ils pouvaient vraiment proposer autre chose, de toute façon. Attendant que le soldat revienne, celui-ci indiqua que l’empereur voulait bien les rencontrer. Pourtant, en le voyant en face à face, il était difficile de prétendre que l’empereur était ravi de les revoir tous les deux.

« Tery Vanian, Manelena ? Je ne t’appellerais pas reine en ces lieux, tu dois te douter. »

« Oui, j’ai plutôt compris ma position en vue de ce qui s’est passé hier. » répliqua la femme aux cheveux argentés, agaçant presqu’aussitôt l’empereur.

« J’ai appris ce qui s’est passé. C’est malheureux mais c’est plus fréquent que ce que l’on croit. Cela est dommage que ça soit arrivé sur l’un de vos camarades. »

« Ce n’est pas vraiment ça le problème, empereur Malark. Le souci résiderait plutôt dans le fait que cela risque de devenir de plus en plus flagrant. On ne peut pas considérer nous ouvrir vers la surface si des personnes qui en sont issues se font dévorer. »

« Comme tu le sais bien, ici, seule une loi peut régir les autres. »

« Celle du plus fort, empereur Malark. Mais ce n’est pas comme cela que les démons pourront finir par s’ouvrir aux autres races. »

« Tery Vanian, nous en avons assez discuté. Il est impossible de changer la mentalité d’une race juste parce que tu le désires et en quelques semaines. Cela prend des années voire des décennies. Surtout quand la dite race a été scellée et enfermée dans ce monde souterrain à cause de deux divinités. Est-ce que tu pensais vraiment que tout se passerait aussi aisément que ça ? Tu n’as pas imaginé que cela pourrait se produire ? »

« Je ne pensais pas que… enfin… Vous étiez au courant et vous n’avez rien fait ? »

« Je n’ai pas à réparer les erreurs d’autrui. Tu es le seul responsable de tes actes, Tery. Et avant que la reine de Shunter ne prenne la parole, ce qui semble la démanger, j’ai bien précisé de ses actes, non pas de ceux commis par les démons de la capitale. Cela est ancré dans leur sang et Tery devait s’en douter lui aussi. »

« Ce n’est pas une question de doute mais de… »

« De désir de voir le monde évoluer dans le bon sens, que cela soit du côté des surfaciens ou des démons, je le sais parfaitement, Tery Vanian. Mais le monde ne tourne pas forcément dans le sens que l’on désirerait. Il faut que tu te rentres ça dans le crâne. Tu as pourtant bien vu et même vécu cela, non ? Est-ce que toutes ces tentatives d’assassinat sur ta personne ne représentaient donc rien ? »

« Pas de ma faute de lui dire d’arrêter de croire que le monde est tout gentil et rose bonbon mais qu’importe ce que je dis et ce que je fais, il ne veut pas changer. »

Pour la première fois, l’empereur semblait comme amusé par les propos de Manelena, visiblement satisfait de voir que la jeune femme aux cheveux d’argent étaient d’accord sur son point de vue, ce qui lui faisait comprendre que malgré son timbre de voix provoquant lorsqu’elle s’exprimait, elle avait les caractéristiques d’une membre de la famille royale.

« Tery, les morts, ça arrivera tous les jours, que tu le veuilles ou non. En restant en plein coeur d’un endroit où plus tu es de sang noble, plus tu as de pouvoirs et de droits, ce ne sont pas les étrangers qui vont avoir le plus d’avantages. Toi, peut-être que tu n’as pas grand-chose à craindre, du moins, disons que tu auras moins de soucis que d’autres puisque de ce que j’ai compris, ça n’a pas empêché certains membres de la famille royale de vouloir t’éliminer. Héraisty, y a aussi des chances qu’elle soit tranquille. Son métier de renifleuse royale reste des plus importants mais à côté, son existence ne met pas en danger les bases même de la société formée par les démons. On ne sait pas même pas si elle est issue d’une origine assez haute parmi la noblesse ou non ! Mais les démons qui nous accompagnent ? De ce que j’ai compris, ce sont des démons désavoués par leurs familles pour la grande majorité d’entre eux. S’engager dans cette expédition, c’était leur permettre d’obtenir un peu de gloire et de se faire valoir aux yeux de leurs parents, proches et relations ! Je suis certaine que tous savaient que ça n’allait pas forcément bien se finir comme histoire. Mais est-ce que tu as entendu une complainte de leur part ? Non, ils étaient plus lucides que toi. La seule chose qu’il aurait mieux valu faire, c’est prévenir les surfaciens à ce sujet mais ça, tu n’y as pas pensé et j’ai manqué de vigilance. »

Elle avait parlé, beaucoup parlé même. Peut-être trop à son goût. Mais l’empereur avait eu la décence de ne pas lui couper la parole et Tery semblait comme affligé par les propos de Manelena. Les épaules affaissées, il finit par murmurer :

« Donc au final, ce que tu dis, c’est qu’importe ce que je fais, ce monde restera toujours aussi pourri, que ça soit à la surface que souterrain ? »

« Ce n’est pas ce que j’ai dit, Tery. Tery ? Hey ! » dit-elle en voyant que le jeune homme tournait le dos à l’empereur et à elle-même.

« Je vais juste aller prendre un peu l’air. Pardonnez-moi, empereur. »

« Tu es tout excusé, Tery Vanian. Sache néanmoins que tu n’es pas le seul à avoir cette vision même si tu manques de lucidité. »

« Pardon du dérangement encore une fois, empereur Malark. »

« De futures lois sont en préparation pour parler de ce que nous allons faire par rapport à l’arrivée des surfaciens. Néanmoins, je dois te prévenir : Il ne faut pas espérer que cela soit en leur faveur. De nouvelles règles seront annoncées. »

« Je vais aller le rejoindre. Empereur Malark. »

Manelena s’était brièvement inclinée devant le monarque, sentant qu’elle n’avait pas à continuer une conversation qu’elle trouvait assez déplaisante à la base. Retrouvant Tery bien vite, celui-ci avait toujours la tête baissée, marmonnant quelques mots, plus comme pour les baragouiner qu’autre chose :

« Inutile de toute façon, ça sert à rien. Je fais tout ça pour rien… »

« Tery, je préfère que tu arrêtes de te morfondre plutôt que de te voir dans cet état. »

« C’est facile pour toi de dire ça, Manelena. Tu n’as pas à devoir supporter l’échec constant de tes tentatives pour améliorer le monde. »

« C’est en se relevant de ses échecs que l’on fini par progresser, Tery. »

« De bien belles paroles. Ou alors, on peut voir ça comme ça. Chaque nouvel échec ne fait que t’enfoncer plus profondément. »

« Ah… Bon, qu’est-ce qui te ferait aller mieux, Tery ? » demanda t-elle en désespoir de cause, Tery s’arrêtant dans sa marche, les yeux émeraude se posant sur elle.

« Rien du tout ? Est-ce que cela te convient comme réponse, Manelena ? Je vais juste chercher un coin tranquille et réfléchir à comment rendre le monde meilleur… tout en envisageant les pires crasses dont seraient capables les personnes avec un peu d’intelligence. Vu que c’est dans le sang de chacun de plus vouloir faire souffrir l’autre que de l’aider et l’apprécier. »

« Je vois. Qu’importe ce que je te dirais, tu feras la sourde oreille. Alors bon, je ne sais pas pourquoi je vais perdre mon temps à discuter. Allons donc trouver un banc ou autre. »

« Hmm ? Mais je viens de te dire que je voulais être… »

« Tu n’as pas dit que tu voulais être seul, juste un endroit tranquille. »

Elle venait de lui couper la parole et il comprenait que ça ne servait à rien de discuter. Elle n’allait pas le laisser seul, surtout pas dans cet état. Le jeune homme poussa juste un petit soupir, fatigué et usé par les évènements. S’installant sur ce qui semblait être un banc, la mine assombrie, le jeune homme sombra dans le silence, Manelena faisant de même. Elle allait se montrer patiente… comme à son habitude avec Tery.