Chapitre 27 : Préparer l’offensive

ShiroiRyu
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Chapitre 27 : Préparer l’offensive

« Où en est l’avancée des travaux ? »

« Roi Royan, les avancées sont bonnes bien qu’elles soient beaucoup trop nombreuses. Le royaume de Traslord a les moyens pour cela, néanmoins, nous ne pouvons pas maintenir ces installations aussi longtemps que vous l’aimeriez. »

« Qu’importe le temps que cela durera, nous devons réceptionner ces êtres démoniaques dès le moment où ils tentent de sortir de leurs tanières. Dois-je vous rappeler que j’ai entendu des rumeurs comme quoi certains d’entre eux auraient réussi à passer à travers les mailles de nos filets ? Et vous voulez que je laisse cela se reproduire ? »

Le jeune homme aux cheveux bleus était assis sur son trône, fixant l’homme qui devait avoir une quarantaine d’années, un genou au sol devant son monarque. N’osant pas relever la tête, il finit par bredouiller d’une voix un peu effrayée :

« N… Nan ! Bien sûr que non, roi Royan. Simplement, il faudrait peut-être considérer que la guerre contre ces êtres démoniaques n’est pas tout. »

« Qu’insinuez-vous donc par là ? Est-ce que je peux savoir ? »

« Et bien … Enfin, nous sommes heureux de voir que vous prenez votre rôle de roi très au sérieux, surtout après ces dernières années. Depuis votre retour, face à l’ouverture des portes démoniaques, votre peuple vous félicite pour vos actions à l’encontre des démons mais … »

« Mais quoi ? » questionna Royan, se redressant légèrement sur son trône, visiblement irrité.

« A part avec le royaume de Shunter, vous n’avez pas chercher à dialoguer avec les autres. Claudiska, notre allié depuis des générations, commence à s’inquiéter de votre silence envers lui. Il vous faudrait paraître chez eux ou recevoir leurs ambassadeurs. »

« Si ce n’est que ça pour que vous me laissiez me concentrer sur les tâches plus importantes, ce n’est pas un problème. Ils peuvent venir quand ils le désirent. Je ne cherche pas à briser nos relations avec Claudiska mais nous n’avons pas de temps de discuter pour des futilités. »

« Ce ne sont pas des futilités, Roi Royan. Vous devriez vraiment prendre les relations extérieures très au sérieux, je vous en pries. »

« Je … verrais en temps et en heure. Maintenant, laissez-moi tranquille plutôt. »

« Comme vous le désirez mais … roi Royan, réfléchissez-y sérieusement, je vous pries. »

« Je n’aime pas avoir à me répéter, surtout devant mes plus proches conseillers. »

Proches n’était pas le terme qu’il aurait aimé utiliser en temps et en heure mais bon, ce n’était pas bien grave, loin de là. Finissant par enfin être seul dans la salle du trône, il se laissa s’écrouler sur le dit-siège, passant une main sur son front tout en se demandant si tout cela n’allait pas s’arrêter un jour ou l’autre. Car oui, il était visiblement épuisé et il ne cherchait plus trop à s’en cacher pour le moment.

Du courrier ? Il venait de recevoir du courrier ? Le regard inquisiteur et le sourcil relevé lorsqu’on vint lui signaler cela, il demanda d’où ça provenait. Si c’était encore d’Honoros, il n’avait rien à voir avec eux. Il savait que certains clans œuvraient ensemble et avec l’extérieur pour combattre les démons mais lui …

« Je comptes m’en charger personnellement. Bon ? Cette lettre ? »

« Il s’agit d’une lettre de la plus haute importance envoyée par la reine de Shunter : Dame Manelena. Je vous la donnes tout de suite. »

« Vous avez mis autant de temps à me la livrer à cause de soi-disant poison à l’intérieur, c’est bien ça, n’est-ce pas ? Vous devriez pourtant savoir que je ne risques rien de ce côté. »

« Nous ne pouvons pas ne pas nous méfier de cette personne qui est responsable du déclin de ce monde depuis des … » commença à dire l’envoyé en tenant la lettre, s’arrêtant dans ses propos en voyant le regard meurtrier que lui lançait son roi.

« Vos commentaires personnels, vous les garderez pour vos compagnons ou vous-mêmes dorénavant. Me suis-je bien fait comprendre ? »

« Je … Je … Oui ! Oui, roi Royan ! Pardonnez mon insolence, cela ne se reproduira plus, je vous le promets ! » s’exclama l’homme, tremblant comme une feuille maintenant. Royan fit un mouvement de la main comme pour lui inciter à lui ramener la lettre.

« Qu’attends-tu donc, peux-tu me le dire ? Cette lettre m’est destinée. »

« Je .. Je … OUI ! Je vais me retirer aussitôt ! »

L’homme ne savait plus guère où se mettre. Décontenancé, incapable de prendre une décision correcte, il vint donner la lettre à son roi avant de s’enfuir au pas de course, n’osant pas se retourner de peur de l’offusquer encore plus. Lorsqu’il était à nouveau seul comme à son habitude, il finit par ouvrir la lettre, jetant un œil à son contenu. Qu’est-ce que Manelena voulait ? Depuis quelques semaines, les lettres s’accumulaient, surtout depuis le jour où il avait signalé qu’il avait retrouvé la trace de Tery.

« Une réunion diplomatique avec elle ? Directement ? »

S’il acceptait celle-ci, autant dire qu’il allait être forcé de faire de même avec Claudiska et Honoros. Mékalarma, inutile d’en parler. Ils ne voulaient rencontrer personne et moins il les voyait, mieux il se portait. Mais la lettre, pour quelle raison est-ce qu’elle voulait le voir ? Hein ? Oh … Vraiment ?

« Lancer une offensive directement sur les démons. C’est assez risqué mais … cela permettrait de leur porter un sale coup et de les forcer à ne plus remettre les pieds à la surface. »

C’était la meilleure chose à faire. Ces démons lui avaient retiré la personne qui était la plus importante à ses yeux. Mais celle-ci l’avait-elle au moins remarqué ? Il n’y avait eut que des « Prince » à chaque fois qu’elle s’adressait à lui. Il était tout simplement impossible de savoir ce qu’elle pensait réellement de lui ? Ou alors, il s’était imaginé tout ça au final ?

Il écrivait maintenant à Manelena pour lui signaler qu’il n’y avait aucun problème à ce qu’elle passe dans son royaume pour qu’ils discutent tous les deux de ce qu’ils allaient préparer. Tout le monde voyait leur relation d’un très mauvais œil, surtout à cause de la réputation de la reine de Shunter mais … qu’importe.

« C’est l’une des rares personnes que j’ai côtoyées pendant des années. »

Dire qu’il était proche d’elle était exagéré. Néanmoins, ils se connaissaient parfaitement tous les deux ou presque. Ils avaient été tous les deux plus que blessés par le cours des événements et il était alors difficile de ne pas se soutenir mutuellement. De toute façon, qu’importe si cela les dérangeait, il ne s’y intéressait guère.

« Qu’ils se plaignent, cela ne m’apporte rien du tout. »

Sa lettre fût assez rapide et brève à écrire. Il n’avait pas besoin d’écrire de longues phrases. Simplement signaler qu’il était d’accord pour le rendez-vous et qu’ils devaient alors se préparer à une laborieuse discussion car mettre en commun deux armées, avec leurs généraux et autres, ce n’était pas forcément à la portée de tout le monde.

Quelques jours plus tard, elle était là, accompagnée d’un régiment, comme tout monarque qu’elle était. Le jeune homme aux cheveux bleus l’attendait, sans un sourire. Elle-même n’était pas là pour se prêter au jeu des relations amicales. Oh, ils n’allaient pas se déclarer la guerre, ils ne se haïssaient pas, loin de là. Simplement, ils n’étaient pas là pour des futilités.

« Est-ce que tu as besoin que je te guide, Manelena ? »

« Je ne visite que très peu ton royaume, Royan. Si tu préfères, nous pouvons éviter de tourner autour du pot et nous rendre directement dans la salle où tu discutes avec tes généraux. »

« Je ne pense pas que cela soit si pressé que ça, non ? Nous allons juste discuter pendant quelques heures des dernières nouvelles de nos deux royaumes. D’ailleurs, avec ton arrivée, j’ai maintenant prévu aussi de recevoir l’ambassadeur de Claudiska. »

« C’est une bonne chose même si je n’ai pas mon mot à dire à ce sujet. Il faut que tu travailles tes relations avec les autres royaumes, tu as pris du retard. »

« J’ai entendu des rumeurs comme quoi tu travaillais d’ailleurs avec Honoros, pourquoi ? »

« Tu n’es pas au courant malgré ça ? Certains clans d’Honoros semblent s’être alliés avec les démons et profitent de leurs connaissances. A partir de là, Honoros est frappé de l’intérieur par un conflit entre les clans qui veulent résister aux démons et ceux qui oeuvrent avec ces derniers. Le premier groupe cherche donc des alliés potentiels. Je n’ai pas refusé de mon côté car je sais qu’ils ont aussi essayé avec Mékalarma, sans succès. Claudiska, ils ont eut du mal à cause de la distance mais cela devrait être bon. Quant à Traslord … » dit Manelena avant de s’arrêter pendant un bref instant, fixant Royan de ses yeux rubis.

« L’eau et le feu n’ont jamais fait bon ménage ensemble. On ne peut pas m’en vouloir de … »

« Ce n’est pas vraiment une excuse que j’attendais de ta part, Royan. »

« … … … Est-ce que tu es là pour m’apprendre la discipline royale ? Je n’ai … »

« Nullement. Simplement, tu sais aussi bien que moi avec ces dernières années passées ensemble que ce n’est pas en restant dans ton coin que tu pourras arranger le tout. »

« Actuellement, je n’ai besoin de rien d’autre que ta personne. Pourquoi irais-je chercher de l’aide à l’extérieur si ce n’est pas nécessaire ? Qu’est-ce qu’ils m’apporteraient ? »

« Des connaissances que toi et moi n’avons guère. Nous ne sommes pas parfaits, nous avons beaucoup à apprendre pour nous améliorer. Refuser les mains tendues, surtout quand elles sincères, c’est tout simplement se détruire à petit feu. »

« Manelena, tu parles comme lui … de façon un peu niaise. Est-ce que tu t’en rends compte ? Je crois que cela t’a affecté plus qu’il n’en faut. »

« Si nous pouvons éviter de parler de lui pendant que nous discutons des futurs projets à faire entre nos deux royaumes, cela serait une bonne chose. »

Mais ce n’était pas pour cette raison qu’elle n’allait pas tenir le jeune homme au courant des derniers événements concernant Elen, son ventre rond mais aussi la mère de Tery. D’ailleurs, quelques minutes après, ils étaient installés dans la salle de confort, discutant tous les deux comme si de rien n’était.

« Est-ce que tu as réussi à avoir des nouvelles de Tery et Elise depuis la dernière fois?3

« Pas le moins du monde. Je me demandes s’ils se cachent maintenant que nous sommes au courant qu’ils sont encore en vie mais surtout sous mon royaume. Et pour Elen ? Est-ce qu’ele a donné des signes d’amélioration ? »

« Je ne sais pas … vraiment mais j’ai l’impression qu’avec le fait qu’elle ait appris que Tery était encore en vie, elle a l’air d’aller mieux. Mais ce n’est qu’une impression hein ? Rien n’est vraiment confirmé de ce côté-là, je dois t’avouer. »

« Si elle va mieux, peut-être qu’elle se remettra en quête de le trouver. Si tel est le cas, il y a des chances qu’elle aille directement le chercher à la source. Si cela doit arriver, comment est-ce que nous allons devoir réagir ? »

« Et bien, nous verrons sur le moment même. Actuellement, ce n’est pas encore arrivé et il n’y a aucune raison que ça se passe ainsi malgré son caractère. De plus, tu oublies une petite donnée, Royan. Elle est enceinte. Je lui interdirais de partir à l’aventure tant que l’enfant ne sera pas né et même après. Il est hors de question que … Pourquoi est-ce que tu souris ? » demanda la femme aux longs cheveux argentés, rapidement irritée par quelque chose qu’elle n’avait pas l’habitude de la part de Royan.

« Tout simplement que malgré tout ce qui s’est passé, tu continues de la protéger. Enfin, les protéger puisqu’il s’agit d’elle et son enfant. »

« Je ne vais pas abandonner une femme enceinte, même si je n’ai pas la meilleure des relations avec elle, vu qu’il s’agit d’une connaissance.Je ne suis pas un monstre. »

« Est-ce que tu n’aurais pas agit comme tel avant de connaître Tery ? »

« … … … Il vaut mieux que tu arrêtes de me titiller sur ce point, Royan. Je n’aimerai pas être de mauvaise humeur pendant que nous discutions. Je vois néanmoins que tu es bien différent avec moi qu’avec les membres de ton peuple. »

« Humpf. Je vois, je vois. Tu veux me titiller aussi dans ce domaine, nous allons nous arrêter là. Néanmoins, savoir qu’elle va bien est une raison suffisante pour être heureux. Des nouvelles de Sérest et Séran ? Abandonner leur … fille, c’est bien leur genre. »

« Aucune. Depuis leur départ quelques jours après s’être assuré qu’Elen allait bien, je n’ai rien reçu d’autres. Ils m’ont simplement signalé qu’ils allaient vérifier si la source de tous leurs malheurs était toujours scellée ou non. Je ne sais pas de quoi ils parlaient mais cela semblait relativement important. De toute façon … »

« S’ils l’ont abandonnée une fois, ils l’abandonneront une seconde fois et ainsi de suite. Elle n’a personne sur qui s’agripper. Du moins, presque personne. Cela reste toujours aussi étonnant que tu t’es désignée pour t’occuper d’elle et de madame Vanian. »

« Toi aussi, tu lui donnes du madame ? » demanda Manelena, un peu surprise du terme utilisé par Royan alors que celui-ci hochait la tête, comme un peu embêté avant de se gratter la joue. Il finit par répondre d’une voix lente :

« Elle a tout mon respect pour avoir réussi à élever Tery alors que ce n’était pas une chose facile. Mais aussi pour avoir abandonner son passé, avoir son caractère et autres. »

« Il est vrai qu’elle reste … très impressionnante comme personne avec qui discuter. Cela explique pourquoi Tery était souvent droit dans ses bottes. »

« Et pourquoi est-ce qu’il était bien sage lorsque tu commençais à lever la voix. Il semblerait que cela lui rappelle sa mère, Manelena. »

Le jeune homme aux cheveux bleus s’était attendu à une réplique cinglante de la part de la femme aux yeux rubis mais rien n’arriva. Cell-ci émit juste un petit grognement avant de détourner la tête, évitant alors de répondre au roi provocateur de Traslord. Celui-ci finit par lui demander de le suivre, indiquant qu’ils allaient se rendre à la salle à manger. Pour la discussion avec les généraux, cela pouvait attendre un peu, non ?

« Tu viens à peine d’arriver, je pense que te reposer serait une meilleure chose pour le moment. Ne nous ne sommes pas à quelques heures près. »

« Je préfère te prévenir que si la discussion à table continue sur celle que nous avions dans ta salle, le peuple de Traslord va pleurer la perte de sa monarchie. »

« Je crois que je viens d’être terrifié à cette idée, Manelena, totalement maintenant. »

Il pouvait bien se moquer, il savait qu’elle ne le mettrait pas à exécution. Du temps s’était écoulé depuis leur première rencontre. Que cela soit lui avec Elen au tout début, peu de temps avant la mort de ses frères ou elle avec Tery lorsqu’il avait rejoint l’armée de Shunter.

« Bref, oui, allons d’abord nous sustenter. Ensuite, nous irons préparer les plans pour l’assaut sur les tanières de ces démons. J’espère que tu es prêt. »

« Plus que prêt. Je devrais plutôt te poser la question : est-ce que tu es certaine de ce que tu avances ? Nous n’avons aucune idée de ce qui nous attends et en même temps, contrairement à ici, ils seront à leurs avantages. »

« Ils ne savent rien de nos pouvoirs. Il est vrai qu’ils sont plus puissants que nous mais ce n’est qu’en apparence. Il suffit d’avoir plus d’expérience en combat que ces derniers pour prendre le dessus … mais aussi faire attention à leurs pouvoirs. A partir de là, si on reste sur nos gardes, il n’y aura rien à craindre et tout pourra très bien se passer. »

« Très bien, très bien … Mon armée ne s’était pas attendue à ce que Tery et Elise fassent leurs apparitions. » marmonna Royan, le regard venant s’assombrir à l’évocation du second nom dans ses propos. Sans faire un seul geste envers lui, la femme en armure noire croisa les bras à hauteur de sa poitrine avant de dire :

« Personne n’y pensait. Ce sont bien les démons les plus dangereux de leur race pour le moment. En espérant qu’ils n’ont pas d’atouts cachés dans leurs manches. Encore que de ce point de vue, je pense qu’il vaut mieux se méfier. Ils sont simplement pour le moment en découverte. C’est le meilleur moyen pour commencer à frapper. »

« Ils ne sauront pas comment réagir face à une telle situation et ne pourront pas se préparer en conséquence. C’est la seule idée un tant soit peu crédible si on veut se débarrasser des démons … et aussi les récupérer, n’est-ce pas ? »

« Je ne sais pas si c’est une bonne chose que de vouloir les récupérer. Nous ne sommes pas sûr que de toute façon, ils voudront nous suivre. »

« Ce n’est pas faux. Nous ne savons rien de ce qu’ils désirent vraiment. »

Manelena poussa un petit soupir comme pour répondre aux propos de Royan. Etaient-ils loin de la salle à manger ? Non pas qu’elle avait vraiment faim mais au moins, cela leur permettrait de changer de conversation.
D’ailleurs, dès qu’ils furent installés tous les deux, le repas se déroula dans le silence le plus complet. A part Tery et le reste du groupe, ils n’avaient pas tant de points communs que ça, loin de là. Oh … A part le fait qu’ils étaient de la royauté tous les deux. Mais même sur ce point, ils n’appliquaient pas les mêmes méthodes.

« Tu as changé, Royan. J’imagine que tu t’en es rend compte, n’est-ce pas ? »

« Il en est de même pour toi, Manelena. Est-ce pour le meilleur ou pour le pire ? Ce n’est pas à l’autre d’en décider pour soi-même. J’espère que le repas te convient. Traslord étant une nation en grande partie maritime, tu auras principalement du poisson. »

« Je n’en doutais pas le moins du monde bien que je sais que vous avez aussi de la viande. »

« Oui, bien entendu. Il ne faut pas exagérer non plus. Nous parlerons après le repas. »

C’était la meilleure chose à faire dans une telle situation. Les pensées de chacun étaient troubles et il était mieux pour eux de patienter quelques instants. Peut-être que plus tard, ils allaient mettre correctement en place de quoi préparer l’invasion sur les terres démoniaques mais avant tout ça, ils allaient devoir s’occuper de tout ce trouble.

« Alors, qu’est-ce que tu veux exactement faire, je peux savoir, Manelena ? »

Le repas allait bientôt se terminer mais pour l’un comme l’autre, il n’était pas encore question de partir comme si de rien n’était. Il se regardèrent tous les deux pendant de longues secondes, Manelena finissant par reprendre :

« Nous ne pouvons pas attaquer au hasard ces démons. Il y a tellement de grottes que cela serait problématique. De même, j’ai eut la surprise de mon côté de voir que les Gnomolds se chargeaient de la surveillance de quelques unes d’entre elles. »

« Toi aussi ? Même si c’est moins présent que chez vous, les Gnomolds existent dans notre royaume mais aussi dans celui de Claudiska. C’est d’ailleurs assez étrange, je ne l’avais jamais remarqué mais nos Gnomolds ont quelques uns de nos attributs. Pour Claudiska, ils ont aussi des petites ailes dans leurs dos. Certains arrivent à voler, d’autres non. »

« Je n’ai pas envie de m’imaginer ces créatures en train de voler. Je crois que cela serait la pire aberration qui existerait à mes yeux. Mais bon … On est pas là pour parler d’eux. C’est de ma faute mais ce que je veux dire, c’est qu’il est possible pour moi de les laisser se charger de plusieurs grottes. Ils nous restent hostiles mais en les ignorant, nous pourrons regrouper plus de forces dans quelques zones où les démons font leurs apparitions. »

« Hum … Cela laisse quand même beaucoup d’endroits. Séparer autant nos armées n’est pas une bonne chose, Manelena, tu le sais, non ? Tu étais l’ancienne maréchale de Shunter. »

« C’est exact. Ça ne sera pas aisé, loin de là. Il faut aussi que tu prennes en compte que nous ne connaissons pas vraiment plus que ça les différentes grottes où résident ces démons. Cela ne sert à rien de lancer une armée de plusieurs centaines de soldats dans un endroit où ils ne pourront s’y rendre que dix par dix. »

« Qu’est-ce que tu comptes faire alors ? Si tu m’en parles, c’est que tu as une idée bien précise en tête et je pense que nous n’allons pas foncer tête baissée dans la bataille. »

« Il y a des chances qu’il faille préparer quelques éclaireurs mais bien entourés et avec un équipement qui leur permettrait de nous tenir au courant le plus rapidement possible. De même, il nous faut le dit-équipement et pour cela, il va falloir le préparer. Enfin, vu qu’il s’agit de plusieurs grottes non-explorées, avoir de quoi produire de la lumière et d’autres choses … hum … Oui, il y a beaucoup à faire. »

« Manelena ? » questionna le jeune roi de Traslord en voyant que la femme aux cheveux argentés était maintenant plus que concentrée sur son objectif.

Rien à faire. Elle ne répondit pas. Il comprit bien assez tôt qu’elle était en train de réfléchir à toutes les éventualités, toutes les possibilités, toutes les nécessités. Oui, il en était certain. Elle était redevenue actuellement cette femme qui avait dirigé toute une armée.

Chapitre 26 : A la recherche d’informations

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Chapitre 26 : A la recherche d’informations

Cette fois-ci, la soirée se passa tranquillement. Elle ne chercha pas à s’éloigner en pleine nuit, comme à son habitude. Elle avait voulu juste profiter d’une nuit complète, ce qui n’était pas dans son habitude. Elle avait même eut beaucoup de mal à sombrer complètement dans le sommeil mais ce n’était pas bien grave, loin de là.
A force de patience et avec les yeux fermés, lorsqu’elle avait décidé de les rouvrir le lendemain, le soleil était déjà debout, et cela visiblement depuis quelques heures. Par contre, elle s’était endormie avec ses ailes sorties, ayant fermé la porte avant ça.

« Hmmmm… Ça fait vraiment du bien. Par contre … »

Voilà qu’elle cherchait à fouiller dans son sac, en retirant une petite brosse. Elle n’oubliait pas qu’elle était une jeune femme et qu’en tant que telle, elle avait besoin de se faire belle pour Tery ! Bon, ce n’était pas encore pour maintenant mais l’effort était là !

« Bon bon bon … Ce n’est pas tout ça mais un peu de toilette ! »

Et voilà qu’elle se faisait vraiment belle pour l’occasion. Ce n’était pas dans ses habitudes de se préparer dans une chambre mais même ainsi, voilà qu’elle gardait le petit miroir installé. C’était plutôt une bonne auberge pour posséder un tel équipement. Enfin, dans la précédente où elle avait put dormir, il n’y avait pas ça.

« Bon bon bon … Mais ça n’a pas l’air si mal que ça, non ? »

Oui ! Dans le fond, elle était plutôt jolie et ça lui convenait pas mal ce qu’elle était en train de voir. Elle eut un grand sourire, finissant par remette sa cape sur ses ailes. Elle avait un petit creux à cause du fait qu’elle se soit levée aussi tard. Elle descendit au rez-de-chaussée, la serveuse lui faisant un grand sourire :

« Oh ! Bonjour, mademoiselle. Est-ce que vous avez réussi à bien dormir ? J’espère que votre chambre était à votre goût. »

« C’était tout simplement parfait ! Je n’ai rien à redire de ce côté. C’était un bien bel endroit et c’est la première fois que j’ai dormi aussi longtemps. »

« A ce point ? C’est un véritable bonheur que de savoir que vous êtes comblée. Vous savez, on met toujours un petit point d’honneur à ce que tout soit parfait pour nos clients. »

« Je veux bien croire ça … Dites-moi, qu’est-ce que vous servez pour le petit-déjeuner ? Je ne pense pas qu’une bière soit prévue dans ces moments là, non ? » demanda Krawnia dans un sourire, la serveuse rédpondant de la même manière :

« Ah si vous saviez … Certains habitués en seraient déjà à leur troisième chope à l’heure où vous êtes descendue. Non, nous nous proposons des choses plus basiques, bien entendu ! »

Alors qu’elle lui ramène cela. Avec l’estomac qui gargouillait, elle allait peut-être tout de suite passer au déjeuner mais elle devait avouer qu’elle … avait sacrément faim. Peut-être que tout son corps était déréglé maintenant avec ce nouveau rythme ? Peut-être !

« J’en sais strictement rien, moi … Hmm … OH ! »


Elle avait redressé le visage en voyant que son repas arrivait. Ah oui ! C’était presque aussi copieux que le repas du soir ! Bon, c’est vrai qu’elle avait plutôt faim mais était-ce vraiment une bonne idée que de manger autant alors qu’elle s’était levée il y a peu ?
La réponse fut oui ! Elle n’eut aucun mal à manger et cela malgré la quantité plutôt importante de nourriture qui se trouvait dans son assiette. Difficile de nier qu’elle appréciait particulièrement le fait que ça soit un repas chaud. Comme amusée, la serveuse était restée non-loin d’elle, continuant de servir les rares clients présents à cette heure-ci.

« On croirait presque que la fin du monde est proche en vous voyant manger aussi vite. »

« Je ne sais pas si la fin du monde est proche mais je sais que ma faim était forte, très forte. Donc je préfère ne pas perdre la possibilité d’un bon repas ! »

« Vous avez vraiment une façon de parler assez particulière et étrange, pas que ça soit déplaisant, loin de là, hahaha ! »

« A ce point ? Je ne sais pas pourquoi vous dites ainsi mais bon … On va dire que je vais prendre ça comme un compliment, c’est ça, non ? »

« C’est le cas ! Enfin, un compliment, une remarque bénigne mais je vais retourner au travail. Je vous souhaites une bonne route en espérant que vous reviendrez chez nous bien assez tôt … Au passage, mademoiselle … »

Hum ? Qu’est-ce que la serveuse faisait exactement ? Elle s’était rapprochée d’elle, lui chuchotant dans l’oreille avec une pointe d’amusement :

« Vos ailes sont très belles. Ne vous focalisez pas sur les personnes qui ne les apprécient pas mais plutôt sur celles qui les aiment. Sincèrement, cela vous facilitera grandement la vie même si le premier groupe est plus nombreux que le second. Montrez-leur simplement que cela ne vous affecte pas et vous verrez très vite que ceux du second groupe rejoindront le premier en moins de temps qu’il n’en faut pour dire ouf. »

Hein ? Comment est-ce que cette femme pouvait le savoir ? Elle tenta de prendre la parole mais aucun son ne sortit de ses lèvres. Parmi les légendes urbaines, celle sur le fait que les auberges avaient des éperonnes aux capacités surnaturelles était l’une des plus récurrentes.
Du moins, elle pensait que c’était qu’une légende jusqu’à ce jour. Cette femme était au courant pour ses ailes ? Pourtant, elle avait réussi à les cacher tout le temps. Le seul moment où … NON ! C’est vrai que … peut-être, les employés avaient le double des clés par mesure de précaution s’il y avait un problème dans l’une des chambres mais … est-ce que ça voulait dire que cette femme était venue la voir pendant qu’elle dormait ? Avec ses ailes déployées et tout le reste ? Non … Mais … Elle ne comptait pas prévenir l’aubergiste, n’est-ce pas ?

« Mais dans quelle galère est-ce que je me suis mise ? On va plutôt terminer le repas et aller voir ailleurs si j’y suis. » se dit-elle, peu rassurée. La serveuse était peut-être sympathique mais une simple mesure de précaution valait mieux que deux non-prévues.

PFIOU ! Le destin pouvait se montrer très capricieux parfois. Qu’une personne inconnue, même si elle se trouvait maintenant à Traslord, lui dise de telles choses, ça la chamboulait plus qu’elle ne le pensait. Même si cette personne était de Traslord vue qu’elle ne possédait pas une paire d’ailes, ça ne changeait rien à ses dires.

« Dire qu’il m’a fallut attendre plus de vingt ans pour ces mots … ah … »

Si seulement, elle pouvait les entendre se répéter à ses oreilles, elle serait tout simplement heureuse. Mais voilà, être heureuse n’allait pas l’emmener jusqu’à Tery et maintenant qu’elle était dans le royaume où normalement, il était apparu ces derniers temps, elle allait se mettre en quête d’informations à son sujet ! Et plus vite que ça, s’il vous plaît !

Par contre, par où commencer ? Car elle en avait strictement AUCUNE idée ! Oh enfin si, elle en avait une mais c’était relativement dangereux. Cela consistait à chercher l’une de ces zones où les démons apparaissaient et ensuite, les suivre pour voir où était leurs tanières. Elle ne savait pas vraiment leur mode de vie sauf que c’était souterrain.

« Je me demandes s’il n’est pas un peu triste de ne pas pouvoir retourner à la surface comme il le voudrait tant. Je … sens bien que ça doit le gêner. Je connais sa condition puisqu’elle est comme la mienne depuis toutes ces années. »

C’était sûrement pour ça qu’elle se sentait si proche du jeune homme aux cheveux bruns. Car ils vivaient la même chose. Tiens, cette femme qui était cornue elle aussi, est-ce que c’était une rivale ? Elle ne s’en rappelait plus vraiment mais ça restait une femme avec des cornes donc potentiellement dangereuse.

« Je ferais bien de me méfier un petit peu quand même par mesure de précaution. »

C’était peut-être la plus dangereuse dans le groupe vu qu’elle était plus proche de Tery que le reste, en terme de race. Deux démons qui voyageaient ensemble. Hum … Bon … Après quelques heures à voler dans le ciel, elle devait reconnaître qu’il faisait plutôt frais en Traslord. Heureusement, elle était bien loin de Shunter. Elle savait que là-bas, les températures étaient glaciales avec de nombreux icebergs, des zones enneigées et autres. Oh pas en Shunter même bien entendu mais cette partie de Traslord.

« Je n’ai pas la tenue adéquate pour aller trouver la famille de Tery et me présenter à cette dernière en tant que future femme ! »

D’ailleurs, en pensant à la famille, la sienne, elle n’avait jamais cherché à en avoir des nouvelles. Moins elle les connaissait, mieux elle se portait. Oh bien entendu, elle les haïssait pour ce qu’ils avaient fait : l’abandonner. Mais ça ne voulait pas dire qu’elle allait les chercher dans tout Claudiska pour leur faire payer cet acte.

« J’ai franchement bien mieux à faire de mes journées que d’aller chercher des personnes qui ne m’intéressent guère. »

Bon, l’ironie de la chose était qu’elle voyageait dans Traslord pour trouver quelqu’un qui ne savait même pas qu’elle était en train de le rechercher depuis des semaines. Comme quoi, elle aimait être vraiment complexe comme femme. Mais cela l’amusait d’être aussi « spéciale ».

Par contre, l’idée d’aller chercher directement dans l’une des antres des démons pour espérer mettre la main sur Tery, elle était certaine que même en étant « spéciale », cela ne passerait pas. Est-ce qu’elle devait essayer la carte « Royan » pour tenter d’avoir encore plus d’informations ? Rien ne lui permettait de ne pas essayer, non ?

« Dans le pire des cas, je n’aurai qu’un refus au grand maximum. »

C’était exactement ça et pas autrement. Rien ne lui interdisait d’aller se rendre directement au palais de Traslord, du moins, celui des glaces, car elle avait appris qu’il y en avait plusieurs bien que deux étaient « inutilisés » depuis quelques années, époque sinistre où les deux autres princes étaient morts.

« Je n’ai rien à perdre … puisque je ne possèdes rien. »

Ce mode de pensée était peut-être un peu plus que dévastateur mais il fallait reconnaître qu’il était sacrément utile dans une telle situation. La femme aux cheveux noirs avait maintenant un endroit où se rendre, mieux encore, un endroit très précis !

« Allons-y alors avant qu’il ne soit trop tard ! »

Hmm … Par contre, un autre point de réflexion vint titiller son cerveau ! Elle allait devoir trouver de quoi s’équiper plus chaudement car il était tout simplement hors de question qu’elle finisse comme un glaçon dans cet endroit.

« Mes ailes sont si douces et si fragiles … Brrr … »

Et déjà, elle avait la sensation que la chaleur n’était pas vraiment présente dans les environs, ce qui était visiblement très dérangeant pour elle. D’un petit mouvement des ailes, elle avait finit par atterrir dans une ville côtière sur l’une des nombreuses îles qui composaient l’est de Traslord. Là aussi, rien de bien surprenant.
Elle avait appris et s’était mise au courant à ce sujet : il existait plusieurs dizaines voire centaines d’îles, de plus ou moins grande taille à l’Est de Traslord. Et c’était difficile de les ignorer vu qu’il s’agissait souvent du seul point où on pouvait se reposer. Par contre, le plus étonnant, c’était le regard que certains déposaient sur elle lorsqu’elle vint atterrir au sol.

« Vous avez remarqué ? Elle vient de Claudiska, non ? »

« Il n’y a que les personnes originaires de là-bas qui peuvent voyager sans même prendre de bateau. Même nos ailés qui sont nés par ici n’ont pas assez de force dans les ailes pour être capables de faire un aussi long voyage. »

« Vous avez remarqué ses ailes aussi ? J’ai l’impression de les avoir déjà vues quelque part. Mais je ne crois pas que ça soit possible. C’est une légende de Claudiska. Pourquoi est-ce qu’elle partirait de là-bas ? Elle en a aucune raison normalement. »

Oh, même ici, il y avait des rumeurs à son sujet. Il y avait bien quelques regards inquiets et soucieux. Est-ce qu’elle devait cacher ses ailes ? C’était peut-être un peu tard maintenant que certains les avaient remarqué. Hum … Elle n’avait pas été très maligne sur le coup.

Mais bon, c’était ainsi et pas autrement ! Elle décida que par mesure de sécurité, il valait mieux ne pas trop tenter le démon. Dès qu’elle eut la possibilité de se cacher quelque part, voilà qu’elle remettait sa capuche et sa cape. Et maintenant, il n’y avait donc plus à s’en faire. Sauf sur un point : faire les boutiques.

« Et bien, ma petite .. enfin grande dame, qu’est-ce que je peux faire pour vous ? »

« Euh … Bonjour ? Je comptes me rendre à l’Ouest de Traslord et j’aimerai donc des vêtements assez chauds ou du moins capables de contenir la chaleur. Est-ce que vous auriez ça ? Sachant que je viens de Claudiska … »

« Oh donc des vêtements qui laissent passer les ailes. Ne vous en faites pas, vu le nombre de claudiskiens qui proviennent de l’Est je ne suis pas le seul magasin à posséder des vêtements … maintenant, niveau beauté, je surpasse les autres. »

Elle s’était rendue dans la première boutique de couture qu’elle avait trouvé. L’homme était assez agréable dans sa démarche et elle avait même un petit sourire aux lèvres en l’entendant parler de la sorte. De ce qu’elle avait cru remarqué, n’était-ce pas plutôt l’unique boutique de cette île en terme de vente de vêtements ? De l’autre côté, elle avait eut un bref moment d’hésitation avant de le saluer. Elle avait toujours plus de mal que prévu … sur ça. Cela risquait de lui jouer un mauvais tour un jour ou l’autre.

« Je ne sais pas exactement ce qui me conviendrait. Je comptes vraiment atteindre la zone ouest de Traslord, comme si j’allais me rendre à Shunter. »

« Ah oui, donc les endroits les plus froids de notre beau royaume. Je peux vous demander pourquoi si ce n’est pas trop indiscret ? »

« Pour aller rencontrer le prince … enfin le roi de Traslord, rien que ça. »

Le vendeur perdit son sourire, clignant des yeux quelques fois comme pour se demander s’il avait bien entendu ce qu’elle venait de prononcer et cela avec le sourire. Il valait peut-être mieux la mettre en garde tout de suite.

« Euh … Je ne suis pas sûr que ça soit une bonne idée. Vous êtes peut-être pas au courant mais depuis quelques mois, ce n’est pas vraiment la joie dans le royaume. Vous avez sûrement entendu parler des démons et de tout le reste. »

« C’est ça mais pourquoi n’est-ce pas une bonne idée ? C’est vrai que demander à rencontrer le roi, ce n’est pas vraiment … conseillé mais je l’ai déjà rencontré dans le passé, lorsqu’il se trouvait à Claudiska, il y a peut-être une année de cela. »

« C’est vrai qu’il est parti en un long voyage et qu’on l’a appris que récemment mais … bref, c’est plus dans son caractère actuel que je vous conseilles de vous méfier. Il est beaucoup moins facile à vivre qu’auparavant. Enfin, vous êtes prévenue. Je suis vendeur, pas là pour des ragots ou autres. Bon, vous pouvez me suivre ? Je vais vous montrer ce que j’ai comme marchandise en espérant que ça ne soit pas gâché. »

« Je ferais attention à la moindre de mes paroles si on m’autorise à le rencontrer. »

« Oui, c’est vrai qu’il faudra déjà franchir cette première étape. »

« Je le sais bien, hahaha ! Vous en faites pas ! Montrez-moi ce qu’il y a de plus beau chez vous, je suis sûre que cela sera suffisant pour m’ouvrir les portes. »

Le vendeur tenta de lui dire qu’il n’en était pas vraiment convaincu mais le sourire de Krawnia ne laissait guère de place au doute. Elle était plus que sûre qu’elle allait y arriver. A voir si maintenant, elle allait pouvoir garder une telle conviction pour plus tard. La femme aux yeux dorés se dirigeait tranquillement et doucement à la suite du vendeur.
Une trentaine de minutes plus tard, elle avait les mêmes habits qu’à son entrée. Par contre, la différence était que son sac semblait plus rempli. Elle n’avait pas besoin de mettre son achat pour le moment, il faisait encore assez bon dans les environs bien qu’un peu humide.

« Heureusement que j’avais de l’argent … Je ne savais pas que cela reviendrait aussi cher à Traslord. La vie est vraiment différente par ici. »

Elle ne le remarquait que maintenant mais … c’était un tout autre mode de vie. Vu qu’ils habitaient sur des île flottantes, certains parfois sur des bateaux volants qui vagabondaient dans tout Claudiska, il n’y avait que peu de zones où trouver de l’eau en grande quantité. Oh bien entendu, cela existait … mais elle-même avait les yeux grands ouverts en regardant ce qui semblait être un imposant bateau de pêcheur avec au moins une dizaine de personnes sur son pont. Le plus étonnant n’était pas ces derniers mais plutôt les poissons pêchés. Ils étaient … immenses ! Mais vraiment, du genre colossaux ! Elle ne s’était pas attendue à ça, pas du tout et elle les regardait, bouche bée.

« Ben dis donc, je crois qu’on a attiré une donzelle aujourd’hui. »

« Et en plus, elle est loin d’être vilaine, je dirai même tout le contraire ! »

« Qu’est-ce que vous voulez, la petite dame ? Intéressée par la pêche ? »

Oh ? Hein ? OH ! Ils s’adressaient à elle, n’est-ce pas ? Bon, c’était vrai qu’elle donnait l’impression d’être complètement subjuguée par ce qu’elle voyait et … ils n’avaient pas tort. Les yeux toujours rivés sur le résultat de leur pêche, elle dit d’une voix enjouée :

« Ce n’est pas trop difficile de pêcher ces poissons immenses ? Chez nous, ils font peut-être qu’un cinquième de cette taille généralement et là, vous en avez récupéré tellement … »

« C’est le métier qui veut ça … et aussi nos lignes. Certains maîtrisent l’eau depuis des générations tandis que d’autres maîtrisent la magie élémentaire du vent. Suffit juste de pouvoir se coordonner et hop ! »

« Je crois qu’elle parlait plus du fait qu’il s’agissait de gros poissons, pas de comment qu’on arrive à les capturer. Depuis le début, elle te regarde pas, elle est plus intéressée par la poiscaille que par ta tronche, désolé pour toi ! »

« Et merdeeeeeeeeeeeee ! Bon ben … On va dire que certains se laissent faire, d’autres sont plutôt réticents et aiment se frotter à nous. C’est pas aussi marranr que ça en a l’air. »

« Oh, je vois, je vois ! Et si on vole au-dessus de l’eau, est-ce qu’il y a une chance que ces poissons tentent de nous gober ? »

Les pêcheurs la regardèrent avec surprise, ne s’étant visiblement pas attendu à une telle question de la part de la femme aux longs cheveux noirs. L’un d’entre eux se passa une main derrière le crâne avant de s’exclamer :

« Ceux-là, pas vraiment mais il est vrai que j’ai déjà entendu parler de quelques claudiskiens qui se seraient fait bouffer complètement par des poissons immenses, genre qui font au moins cinq à dix fois la taille de ceux-là. »

« Oh … C’est intéressant ! Je n’aurai alors qu’à faire attention lorsque je vais voler entre chaque île en me dirigeant vers l’ouest, merci ! »

Et voilà qu’elle partait avec un petit sourire aux lèvres, laissant les pêcheurs un peu abasourdis par la dernière réplique de la jeune femme. Qu’est-ce qu’elle venait de dire ? Est-ce qu’elle avait insinué que depuis Claudiska, elle était venue ici en volant ? Ce n’était pas vraiment possible. Plus aucun de ces hommes-oiseaux n’agissait de la sorte, et cela depuis très longtemps. Il fallait une maîtrise des vents marins sur-développée pour ne pas sombrer dans les mers autour des îles et se noyer.

« Bon … J’ai tout ce qu’il faut par ici. D’après le temps et l’heure, je ne suis qu’en début d’après-midi. Je peux donc m’en aller ! »

Pas besoin de rester plus longtemps par ici. Elle s’éloigna du village où elle avait mis pied, attendant une bonne quinzaine de minutes de marche pour avoir assez de distance avec cet endroit avant de laisser déployer ses ailes. Quelques secondes plus tard, elle était déjà dans les cieux mais elle ne regardait pas vraiment devant elle.

« Alors, certains d’entre vous tenteraient de me dévorer ? »

Elle s’adressait aux poissons qu’elle pouvait remarquer dans la mer, certains d’entre eux l’observant tout en faisant des bulles. Parfois, elle ralentissait juste pour pouvoir les étudier plus longuement. Oh, certains se rapprochaient de la surface et ils étaient à peine plus gros ou petits que ceux que les pêcheurs avaient réussi à attraper sur leur bateau.

« Dommage que je n’ai pas de temps à perdre avec vous ! Si je veux retrouver Tery, je vais plutôt devoir me débrouiller pour chercher des indices sur les démons, pas sur la vie maritime. Allez, bye, bye !: Bonne chance à vous ! »

Et voilà qu’elle décollait en ligne droite, volant simplement à la surface de l’eau pour créer des vagues derrière elle. Sur son chemin, elle remarqua quelques bateaux, passants à côté d’eux sans même s’arrêter.
Maintenant qu’elle était à Traslord, une toute nouvelle expérience débutait et elle allait devoir apprendre tout depuis le début ou presque. Interdiction de s’arrêter ! Quitte à découvrir tout ce qui entourait Claudiska, royaume qu’elle n’avait jamais quitté avant ces derniers jours. Et tout cela simplement pour retrouver un homme ! Elle était folle … mais heureuse. Mais elle était folle ! Et cela, elle ne s’en cachait pas !

Chapitre 25 : Malgré les frontières

ShiroiRyu
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Chapitre 25 : Malgré les frontières

Héhéhé ! Depuis sa visite dans le dernier village, elle était heureuse, vraiment très heureuse. Il fallait dire qu’elle avait obtenu ce qu’elle désirait : Une tenue pour cacher ses ailes et sa chevelure ! A partir de là, elle était donc maintenant apte à pouvoir traverser chaque ville et village de Claudiska sans aucun souci. Elle allait même pouvoir communiquer avec les personnes qui l’entouraient sans que ces derniers ne tentent de la tuer et lui arracher les ailes. Bon, d’ailleurs, c’était le moment d’essayer, n’est-ce pas ?

« Bon bon bon … Cette tenue n’est pas vilaine du tout en plus. »

Une belle cape rouge liée à une capuche de même couleur. Oui … Mais surtout, elle était des plus imposantes. Bon le seul souci, c’est qu’il fallait bien replier les ailes pour ne pas les froisser et les blesser mais ça faisait exercer une petite pressure un peu désagréable. Le déplacement allait juste être un peu plus difficile mais rien de bien dramatique. Pfiou … Pourquoi est-ce qu’elle se sentait comme une jouvencelle qui découvrait pour la première fois le monde Claudiska ? Elle savait déjà à quel point il était horrible et laid, ce n’était pas nouveau et rien n’allait arranger les choses hein ?

« Hahaha … Peut-être parce que je sais que ça changera rien ? »

Elle était un peu défaitiste mais on ne passait pas une vingtaine d’années entourée par des personnes qui vous haïssaient sans avoir le comportement qui allait en conséquence hein ? Elle eut un léger soupir désabusé avant de s’entourer de la cape rouge. Ce n’était pas le moment de flancher. Hum … Pour ses cheveux, autant les laisser avec ses ailes, ça ne servait à rien de vouloir les mettre en chignon, cela reviendrait à avoir une vilaine bosse sur le derrière du crâne. Bon … On ne voyait que son visage … mais normalement, il n’était pas si connu que ça, n’est-ce pas ? Elle pouvait donc aisément s’en sortir … normalement.

« Et bien, ma grande dame, c’est la première fois que je vous vois ici ! Z’êtes en pélerinage ? »

« Hein … Euh … C’est à moi que vous parlez ? »

« Bien entendu, à qui d’autres vous voudriez que je m’adresse ? Les visiteurs sont vraiment très rares chez nous. Faut dire qu’on est qu’un petit village de rien du tout ! »

« Oh euh hein … Non. Ca m’a l’air très bien, vous savez ! »

« Voilà que vous êtes toute perturbée, hahaha ! Vous en faites pas, on ne pince pas par ici. Vous trouverez facilement l’auberge dans le village, c’est l’un des plus gros bâtiments des environs de toute façon. Bonne chance par ici ! »

Elle était juste en train d’assimiler ce qui venait de se passer. Elle avait encore beaucoup de mal à croire qu’elle avait eut une conversation normale avec quelqu’un de sa race. C’était si … unique que cela l’avait complètement perturbée.
Elle ne savait pas le moins du monde comment elle devait réagir et c’était pour ça qu’elle s’était exprimée en bredouillant quelques mots. Enfin, elle regardait le villageois partir, jugeant un peu ses ailes dans son dos. Usées et ternes, elles étaient vraiment différentes des siennes qui étaient resplendissantes voire magnifiques.

« A se demander s’ils ne sont pas au final jaloux de moi. »

Peut-être ? C’est vrai que ça serait une raison plausible au fait qu’ils la détestaient tous. La jeune femme sous sa capuche rouge reprit la route, se dirigeant vers l’auberge. Elle avait accumulée une coquette somme puisqu’elle ne pouvait pas vraiment l’utiliser avant aujourd’hui. Donc, se faire un petit repas chaud ne serait pas une mauvaise idée.

« Tiens ! Une nouvelle tête ! Laissez-moi deviner : Z’êtes de passage dans le coin et vous repartez directement après votre repas, c’est bien ça ? Vous êtes du genre nocturne ? »

« Euh … Oui, je suis bien nocturne, oui, oui ! Mais une chambre ne me ferait pas de mal justement ! Et aussi un repas, enfin et une boisson. Enfin, un peu tout ! »

« Hahahaha ! Vous avez l’air bien amusante comme femme. On pourrait presque croire que c’est la première fois que vous venez dans une auberge. »

« Voyons, un petit peu de sérieux quand même. Comment cela pourrait être le cas ? J’ai plus de vingt ans, presque vingt-cinq ! »

« Et pas froide aux yeux pour donner ce genre de petits détails personnels. Ouais, je pense que je vais bien vous aimer. Alors, vous voulez savoir le repas du soir ou vous préférez que l’une de mes serveuses vous donne le menu ? »

Elle était maintenant songeuse. Dans le fond, elle n’y avait pas vraiment réfléchit mais peut-être que ça ne serait pas une mauvaise idée que de prendre le repas du chef ! Elle signala que ce qu’il préparait pour ce soir sera parfait pour elle avant qu’elle ne regarde autour d’elle. Il n’y avait pas tant de monde que ça, sûrement beaucoup d’habitués. Ils l’ignoraient complètement sauf quelques oeillades discrètes.

On vint lui servir et avec le sourire de la servante, s’il vous plaît ! Encore un peu abasourdie par tout ça, elle la remercia avant d’observer son repas. Cela ressemblait à une soupe chaude, avec quelques morceaux de lard bien épais tandis qu’on lui ramenait un pichet de vin. C’est vrai qu’elle avait de l’argent et qu’elle pouvait donc en profiter mais … wow .

« C’est vraiment pas la même sensation en fait ?! »

Elle était en train de se nourrir et s’abreuver comme si elle venait de sortir d’un jeun de plusieurs semaines. Elle était littéralement en train de dévorer tout ce qui se trouvait dans son assiette et et elle buvait directement au pichet, sans se préoccuper de ce qu’elle montrait comme image d’elle. Dans cette situation, toute façon, elle en avait déjà une plus que mauvaise, ce n’était pas comme si rien n’allait s’arranger.

« C’est peut-être le contraire, justement … Ca peut s’arranger dans le fond. »

Est-ce qu’elle était juste prête à garder sa chevelure et ses ailes cachées pendant tout ce temps où elle allait vivre en communauté ? Sachant qu’elle comptait voyager ? BAH ! Si c’était pour avoir une telle nourriture et boisson, elle pouvait clairement faire un petit sacrifice de temps en temps. Ses yeux dorés jugèrent ceux qui l’entouraient. Bah … quoi ? Maintenant, tous la regardaient en train de manger.

« C’est délicieux ! Je vais pas me priver de le signaler, non ? »

« Hahaha ! Elle n’a pas tort la demoiselle. Au moins, avec une telle franchise, ça lui sera plus qu’utile dans la vie même si parfois, il ne faut pas hésiter à édulcorer ses propos ! »

« Oh ? Euh … Je noterai ça pour la prochaine fois, merci ! Je n’étais pas au courant à ce sujet mais d’accord, merci ! »

Elle n’était pas sûre d’avoir vraiment tout saisi dans les propos autour d’elle mais vu qu’elle était en train de parler comme si de rien n’était avec d’autres personnes, il fallait avouer que ça ne la dérangeait pas le moins du monde. Du moin,s, pour l’heure ! Car elle n’avait aucune idée de comment la situation allait s’avancer maintenant.

« Pfiou … Je crois que j’ai bien mangé ! Je vais peut-être aller dans ma chambre ! »

Elle alla récupérer la clé, saluant les personnes présentes avant de grimper à l’étage pour aller en direction de sa chambre. A l’intérieur, POUF ! Elle s’écroula sur le lit. Ah oui, quand même, elle y avait le droit dans la tour mais cette sensation qu’elle retrouvait après plusieurs mois, elle était loin d’être déplaisante. Et puis, c’était pas vraiment pareil dans la tour. Ce n’était pas aussi moelleux et bon.

« Bon bon bon … Et maintenant, j’imagine que c’est l’heure d’aller faire une petite sieste que j’ai bien méritée, même si ce n’est pas l’avis de tous ! »

Mais par mesure de précaution, elle allait simplement dormir avec tous ses habits pour ne pas que ses ailes se dévoilent. Bon, par contre, le réveil, elle sentait que ça allait être difficile … et en même temps, le sommeil, ça n’allait pas être mieux.


Et comment ça ? Tout simplement qu’elle n’arriva pas à trouver le sommeil aussi facilement que prévu. Il fallait s’en douter en un sens. C’était dommage mais ici, elle restait entourée par des inconnus. S’ils apprenaient la vérité, ils n’hésiteront pas un seul instant à vouloir lui arracher les ailes et à la jeter comme un malpropre voire pire.

« Hahaha .. Au final, ça n’a rien changé. »

Peut-être qu’elle avait plus de commodités, qu’elle allait pouvoir faire les courses et autres mais ça ne changeait rien à la situation. Il était tout simplement impossible pour elle de pouvoir dormir correctement. Ah … C’était risible, vraiment risible et pathétique. La jeune femme à la longue chevelure noire tenta de fermer les yeux.

« Je dois me concentrer, ce n’est pas possible autrement. Peut-être qu’en ne pensant à plus rien du tout, je ferais alors le vide dans mon esprit et tout ira bien mieux ? »

C’était une solution comme une autre. Pourtant, elle n’y croyait pas le moins du monde. Oui, c’était ainsi et pas autrement. Yeux clos, yeux clos, plus rien du tout. Mais ses pensées se focalisaient sur les paroles d’autrui, sur les murmures de ceux et celles qui l’entouraient. Dans cette chambre, elle était seule mais elle avait décidé de fermer la fenêtre. Avec ses capacités sensorielles surpassant celles des autres et sa maîtrise de l’élément du vent, elle était capable de comprendre le moindre murmure d’autrui. Utile … et non.

Disons que pour découvrir des secrets, c’était une bonne chose. Par contre, pour entendre les insultes soufflées à son encontre, c’était tout de suite bien moins plaisant mais … elle ne pouvait rien y faire malheureusement. C’était ainsi et pas autrement. Finalement, au bout d’une bonne demie-heure à tourner sur le matelas, elle arriva à plonger dans un sommeil qui se voulait réparateur.

Sommeil très court, qui dura à peine quatre heures. Quatre heures, mais c’était largement suffisant pour elle. La nuit était tombée entre temps et maintenant, elle restait assise sur le lit, les jambes ramenés à hauteur de son visage. Sa tête posée dessus, elle observait la lune à travers la fenêtre de sa chambre. A cette hauteur, les nuages ne la cachaient guère.

« Elle est vraiment belle … et si inaccessible en même temps. »

Un peu comme elle, n’est-ce pas ? Elle eut un petit rire pour elle-même mais ce n’était pas bien grave et important. Du moins, ce n’était pas le moment de trop réfléchir. Elle avait vu que sa petite expérience lui permettait d’avoir une vie à peu près normale. Elle n’allait pas sauter toutes les étapes et se remettre en route !

Voilà. Elle était à nouveau dehors, comme si de rien n’était. Bon, elle était passée par la fenêtre. Comme elle avait payé pour sa chambre, ce n’était pas comme si elle était en train de fuir comme une voleuse non plus hein ? Mais se promener dans la nuit étoilée, c’était une habitude dont elle voulait profiter un maximum.

« Ah … Bon … Les frontières sont de plus en plus proches. Là-bas, je n’aurais plus besoin de cacher mes ailes, hahaha. C’est une bonne chose ! »

Elle allait voyager, voyager, voyager, comme à son habitude. Sans jamais réellement s’interrompre, elle était endurante, très endurante. Ses repos étaient présents au minimum tandis qu’elle volait au-dessus des nombreuses îles, tel un oiseau de proie. Parfois, quelques gardes cherchaient à l’arrêter avant de comprendre qui il s’agissait.


Certains avaient même le courage de lui dire de ne pas passer au-dessus de leur village ou ville pour éviter d’apporter le mauvais sort. Dans ce genre de situations, elle faisait alors un petit détour. Oui, ça ne lui plaisait toujours pas qu’on l’insulte de la sorte mais au moins, ils tentaient de s’exprimer en sa direction, ce qui n’était quand même pas rien dans le fond.

Peut-être qu’un jour, à part Tery et ses compagnons, d’autres s’adresseront à elle malgré ses ailes ? Un jour, peut-être, oui. Mais même ainsi, qui sait si elle-même accepterait une telle situation ? Car rien n’était moins sûr dans le fond. Le fait de se retrouver considérée comme une paria pendant toutes ces années avait joué sur son mental.

« La confiance règne, règne, règne … mais pas avec moi dans les alentours. On ne peut pas me faire confiance et je ne peux pas offrir la mienne comme si de rien n’était ! »

C’était aussi simple que ça. Ah … OH ! Il était temps de commencer à descendre peu à peu, n’est-ce pas ? Preuve qu’elle se rapprochait de la frontière entre Claudiska et Traslord. Elle n’avait jamais quitté le pays mais il fallait bien une première fois à tout.

« Bon ben, qui c’est qui va se jeter à l’eau ? C’est Krakra ! » s’exclama t-elle pour elle-même.


Heureusement qu’elle ne donnait pas ce surnom à d’autres sinon, elle ne saurait pas où se mettre. Pour autant, la femme aux cheveux noirs vint descendre, remettant correctement ses ailes sous sa cape mais aussi sa capuche. Une simple mesure de précaution alors qu’elle finissait par arriver devant le poste de garde.

« Stop … Expliquez la raison de votre traversée sur les terres de Traslord. Pouvez-vous confirmer que vous n’êtes pas une démone ? »

Ah … Euh … La sécurité avait été un peu renforcée depuis le temps, non ? Elle retira la capuche, avec un peu de désillusion vue qu’elle venait à peine de la mettre. Ses yeux dorés se posèrent sur les gardes. Tant qu’elle ne montrait pas ses ailes, cela devait passer, n’est-ce pas ? Les gardes l’observèrent avant de dire :

« Les démons sont incapables de cacher leurs cornes et il n’y a aucune trace comme quoi vous vous les êtes arrachées. Est-ce que vous pouvez juste nous signaler la raison de votre traversée ? Nous ne faisons que notre travail. »

« Simplement de l’exploration et aventure. Je n’ai jamais quitté Claudiska depuis que je suis née et je me suis enfin dit que c’était le bon moment pour ça, rien de plus. »

« Oh … Hum … Faites attention à vous quand même. Les soldats de Traslord sont bien moins sympathiques que nous, surtout depuis leur nouveau roi. »

« Je prends bonne note de vos propos et je vous remercies. Je ne me m’inquiète pas. »

Elle salua les gardes, traversant la frontière avant de finalement jeter un bref regard en arrière. Oh… Donc à partir de là, est-ce que ça voulait vraiment dire … qu’elle avait quitté Claudiska ? Pfiou … Elle était un peu impressionnée, un peu inquiète mais en même temps, elle devait avouer que c’était assez … entraînant ?

« Je ne pensais pas que ça serait aussi simple. Hahaha ! A moi donc la découverte de ce nouveau monde ! Ça va être vraiment une excellente nouvelle ! »

Pour qui ? Ben pour elle seulement ! Elle n’allait pas partager son bonheur avec autrui. Par contre, le fait de voir tous les nuages au-dessus d’elle, il fallait avouer que ça avait un petit côté un peu perturbant. Elle se demanda si le ciel pouvait vraiment lui tomber sur la tête mais aussi si elle arriverait à traverser les nuages, ils étaient vraiment haut.

« Peut-être que je devrais juste arrêter de me préoccuper de ces futilités comme si de rien n’était ? Hmm … Ca serait sûrement beaucoup mieux, oui ! »

Elle tapa du poing contre sa poitrine. Le plus important était d’aller à la rencontre des citoyens de Traslord. D’ailleurs, ce ne fût pas bien difficile de trouver un petit village non-loin de la frontière entre les deux royaumes. Un village qui était des plus prospères à première vue. Bien qu’il ne soit pas très grand, son auberge était assez imposante et les bâtisses étaient très bien entretenues. Hmm … L’afflux de voyageurs devait sûrement leur permettre un train de vie des plus appréciables contrairement à d’autres villages.

« Bah … Je ne suis pas là pour faire des réflexions sur l’économie liée aux flux. »

Bon bon bon ! Nouvelle session dans l’auberge alors ? La femme aux cheveux couleur d’onyx se dirigea vers celle-ci, regardant aussitôt autour d’elle lorsqu’elle pénétra à l’intérieur. Et bien, c’était exactement ce qu’elle pensait au début : Il y avait une foule immense et personne ne tourna son visage vers elle lorsqu’elle arriva.

« Au moins, je ne risque pas d’attirer l’attention. Gardons les ailes cachées au cas où. »

Et maintenant ? Direction vers le comptoir pour aller commander à boire. Lorsqu’elle la vit se présenter à lui, la tavernier haussa un sourcil, disant :

« Vous allez vers Claudiska ou alors vous en revenez ? C’est vraiment étrange, n’est-ce pas ? Je sens que vous êtes l’une de ces femmes-oiseaux mais étrangement, votre regard doré me perturbe un peu. Vous savez que ce n’est pas le bon moment pour se rendre à Traslord et … »

« Qu’importe ! Vous n’avez pas tort du tout ! Je comptes bien me rendre à Traslord, comme vous l’avez parfaitement deviné, hahaha ! »

« Soit … Vous savez que c’est très dangereux en ce moment hein ? On est peut-être dans un village du royaume mais je tiens à prévenir chaque personne qui compte s’enfoncer dans le royaume. Une simple précaution. Perdre un client, ça serait vraiment dommage. »

Oh ! Elle comprenait parfaitement où l’homme voulait en venir. Néanmoins, elle commanda une simple bière tout en signalant qu’il n’avait pas à s’en faire par rapport à tout ça. D’un geste nonchalant de la main, elle dit ensuite :

« Je suis assez grande pour me débrouiller seule. J’ai vécu comme ça pendant des années ! Dites-moi, y a t-il des rumeurs par rapport à la personne qui dirigeait la tour unifiant les relations entre Claudiska et Traslord ? »

« Cette grande tour que l’on voit au loin ? Oui, y a des rumeurs depuis quelques mois. Paraîtrait que y avait en fait un oiseau géant là-haut. J’en sais pas plus mais c’était avant un incident. Et cet incident serait responsable de la venue de ces … démons. Ces types cornus dont j’entends souvent parler dernièrement. »

« Oh, d’accord, d’accord. Et euh … hum … Comment dire … Par rapport à la gardienne de la tour, vous aviez des informations à son sujet ? »

« Elle ? Ouais, bien entendu, mais ça, c’est maintenant dépassé. Paraitrait qu’elle s’est enfuie comme une lâche après la mort de l’oiseau géant au sommet de la tour. C’était une porteuse de malédictions à tel point qu’elle aurait été responsable du décès de l’aigle bicéphale quoi. »

« Wow … C’est sacrément violent non ? Comme affirmation. Elle aurait de tels pouvoirs ? Ca ne serait pas un peu exagéré par hasard ? »

« Ah moi, vous savez, ce que je vois pas, je crois pas mais disons que je sais que ça a la vie dure par ici. Tous les citoyens de Claudiska qui passent par ici et qui en parlent, ça n’a jamais été en bien . Vous voulez une table pour manger un morceau ? Vous restez pour la journée ? »

« Hmm … Les réponses sont oui et oui ! Je veux bien pour chacun, hahaha ! »

« Vraiment, z’allez l’air d’être sacrément heureuse. Je sais pas trop ce qui vous met dans cet état mais ça me fait plaisir de vous faire plaisir ! »

« Je suis aisée à rendre souriante. Mais vraiment … Je pensais que c’était beaucoup plus compliqué par rapport à tout ça. Comme quoi, des fois, on s’inquiète pour pas grand-chose. »

« Je ne vois pas de quoi vous parlez mais qu’importe. Si vous avez faim, attendez donc que je demandes au cuisinier de préparer le repas ! »

Pour toute réponse, la femme aux cheveux noirs vint faire un grand sourire enjoué. Elle était plus que souriante, visiblement enjouée par tout ça. Elle se dirigea à une table, un peu isolée des autres. Oui, bon, elle n’allait pas chercher à se faire draguer non plus hein ? D’ailleurs, si quelqu’un cherchait à s’approcher d’elle, elle allait juste les renvoyer poliment. Si cela ne suffisait pas, un petit coup de vent sous la forme d’un mur invisible leur empêchera de continuera à converser avec elle.

« Autant passer une bonne session en étant tranquille. J’espère juste … que Tery va bien, héhéhé. Mais maintenant, je suis là où il se trouve. »

Et donc, il ne fallait plus qu’une question de chance et donc trouver un endroit où les démons apparaissaient. A Claudiska, ils n’avaient pas vraiment ce souci et donc, elle n’avait que peu d’information à ce sujet et cela lui sera plus que problématique.

« Votre repas, mademoiselle. Je vous emmènes à boire pendant que vous mangez. »

Une serveuse qui lui faisait un sourire délicat. Cacher ses ailes pour obtenir une telle réaction, elle avait encore un peu de mal à s’admettre que cela lui était beaucoup plus utile qu’elle n’y pensait. C’était juste … dramatique … d’en arriver à ça.

« Oh ? Merci merci. Je vous remercie beaucoup. C’est très sympathique et je vais patienter mais prenez votre temps. Remerciez le cuisinier pour le repas. »

Elle était un peu fatiguée … psychologiquement. C’était étrange mais oui, elle se sentait un peu usée. C’était comme perdre son identité à chaque fois qu’elle décidait de chercher un instant de calme et tranquillité. Autant dire que ce n’était pas vraiment ce qu’elle appréciait à cet instant. Mais … Un petit effort.

« Vous semblez un peu triste, mademoiselle. Est-ce que vous voulez en parler ? »

« Oh, je ne penses pas que ça soit un sujet que je dois évoquer avec quelqu’un, j’en suis vraiment désolée. J’espère que vous comprendrez. »

« Je comprends parfaitement et c’est à moi de m’excuser. Je me mêles de choses qui ne me regardent pas. Mais des fois, certaines personnes ont besoin de se confier. »

« Je vous remercies de votre sollicitude. »

Et ce fût la fin de la conversation. Malgré le fait qu’elle était heureuse de pouvoir manger et dormir normalement, une part d’elle restait définitivement triste de cette situation.

Chapitre 24 : Oiseau solitaire

ShiroiRyu
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Chapitre 24 : Oiseau solitaire

« Lalala … Lalala … Lalalalalalala ! »

Une jeune femme était en train de chantonner gaiement, ne semblant pas se préoccuper de ce qui se trouvait autour d’elle. Il fallait dire qu’il n’y avait que des nuages et que seul le battement régulier de ses ailes se faisaient entendre dans l’immensité bleutée qui l’entourait. Souriante, elle avançait tranquillement, comme si la vie n’était qu’un long souffle tranquille, se laissant bercer par le vent et les mouvements aériens pour la guider.

« Je me demandes où je vais être emmenée aujourd’hui. Hum … Ah … Cela fait déjà si longtemps depuis ce jour où ils sont partis. »


Maintenant de dos par rapport au sol, comme si elle n’était nullement effrayée que ce dernier se rapproche dangereusement d’elle si ses ailes stoppaient leurs mouvements, elle observa le ciel. A cette hauteur, il y avait bien moins de nuages mais pourtant, ils étaient encore présents et elle en profitait pour les compter.

« Un, deux, trois, nous sommes aux abois. Quatre, cinq six, on nous aura pas par surprise. »

Petit comptine qu’elle venait d’inventer. Elle appréciait deux fois plus les paroles dernièrement. Il fallait dire que maintenant qu’elle était libre de tout engagement, certains ne se gênaient pas pour tenter de lui faire la peau.

« Ah … Je vous jure. Un petit moment de calme et de tranquillité, n’est-ce pas trop demander ? Vous pourriez pas me laisser en paix pour quelques heures ? »

D’un geste nonchalant, voilà qu’elle créait quelques lames d’air autour d’elle, des cris résonnant comme des échos, signe que les corps de ses poursuivants tombaient les uns après les autres. Un long soupir aux lèvres, elle gardait les yeux fermés tout en disant :

« Au moins, je m’amusais … Je ne sais toujours pas si c’était un coup de foudre. »


Mais si ce n’était pas le cas, comment expliquer ce qu’elle avait ressenti à son apparition, à ses paroles, à son départ ? Malgré ses obligations, elle avait désiré partir d’ici mais ce n’était plus le cas maintenant et elle était libre comme l’air !

« Ah … Jusqu’à Traslord, je vais en mettre du temps, beaucoup de temps. Surtout si on décide de continuer à me déranger en permanence, n’est-ce pas ? »

Mais cette fois-ci, il s’agissait de rapaces qui avaient décidé de faire d’elle leur prochain gueuleton. Finalement, les yeux s’ouvrirent, laissant paraître deux pupilles dorées avant qu’elle ne se redresse dans les airs, déployant ses ailes. L’une était faite de plumes noires, comme celle d’un corbeau tandis que l’autre ressemblait à celle d’une chauve-souris. La longue chevelure noire flottait derrière elle, un petit éclat blanc de tissu se trouvant au bout alors qu’elle craquait ses doigts en finissant de dire :

« Vous avez vraiment décidé de me fatiguer tout le long de la journée, hein ? Si vous n’avez pas compris que je n’ai plus aucune raison de rester dans cette tour, vous ne pourrez rien faire pour m’en empêcher. Il est mort et c’est tout ce que cela implique ! Maintenant du vent ! »

Et voilà qu’elle recommençait un joli petit carnage bien particulier avec ces rapaces qui espéraient pouvoir se faire un gueuleton avec elle. La jeune femme aux cheveux noirs n’avait aucun problème pour les éliminer, terminant son œuvre quelques instants après l’avoir commencée. Et oui, le ménage, c’était comme ça qu’elle l’accomplissait.

« J’espère que vous avez compris la leçon, les enfants. Maintenant, ne revenez plus me déranger, c’est bien compris ? Si tel est le cas, je préfère être seule. Du moins, pas vraiment .. mais pas en votre compagnie, quoi. »

Ah … Bon, elle allait peut-être devoir se trouver un petit village où se reposer, non ? Ce n’était pas tout ça mais avec le sang sur ses habits, un petit décrassage ne serait vraiment pas du luxe pour elle. OUAIP ! Elle avait pas vraiment fière allure.

« On attire pas les mouches avec du miel ! »

… … … Hmm. Elle n’était pas vraiment certaine qu’elle était en train de se complimenter en se comparant de la sorte. Encore que si, vu qu’elle s’incarnait dans le miel, c’était pas une mauvaise chose dans le fond mais ce n’était pas le bon moment pour se mettre en valeur ! Elle allait plutôt chercher un bon bain !

« On veut pas de vous dans cet endroit ! C’est pourtant pas compliqué ! »

« Même contre de l’argent ? Vous êtes vraiment difficile en affaires … ou alors, quelque chose vous dérange chez moi ? Je vous écoutes, je suis vraiment toute ouïe à ce sujet. »

« Tu le sais parfaitement ! On ne veut pas de d’une être maudite par son sang ! »

« Tout cela simplement à cause de mes ailes, n’est-ce pas ? »

« Tu pues la mort et la corruption. Tu es néfaste et tu emmènes le mauvais présage rien qu’en apparaissant. Tu portes malchance ! »

« Ah ces vieilles comptines. Même dans des endroits perdus dans Claudiska, on finit par les entendre, visiblement, hein ? Bon, c’est dommage mais qu’importe, je trouverais sûrement ailleurs un endroit qui voudra bien de moi. »

C’est pour cela qu’elle avait tout simplement quitté le village après s’être servi dans le marché aux légumes. Oh, elle avait de quoi payer mais personne ne voulait de son argent. Résultat ? Elle se servait elle-même et si cela les dérangeait, ils pouvaient toujours tenter de l’arrêter. Ca serait bien beau comme résultat, ah ! Mais aucun n’allait oser une telle chose.

« Bandes de connards écervelés. La prochaine fois, je n’aurai aucune hésitation à vous exterminer tous pour vous apprendre à me traiter comme une paria. »

De bien belles paroles mais qu’elle n’allait jamais mettre en action. Elle était comme ça : non-violente. Ce n’était pas vraiment très crédible mais ce n’était pas un problème, loin de là. La femme aux ailes si différentes vint s’installer contre un rocher, observant les légumes qu’elle avait récupérés. Au moins, avec ça, elle pouvait se faire un petit repas. Le problème, c’est que ça manquait de viande. Elle marmonna :

« Peut-être que j’aurai pu me servir chez le boucher ! »

AH ! Il aurait sûrement tenté de lui couper les ailes avec son hachoir mais qu’importe, elle n’aurait pas eut vraiment de mal à l’arrêter, et cela à mains nues si nécessaire. Hum … Maudite, malédiction, porteuse de mauvais événements.

« Je vais presque finir par croire que la tour, ce n’était pas une si mauvaise chose. »

HAHAHA ! Non … Même pas en rêve. Elle n’était pas conne, elle savait pourquoi ils avaient tant voulu qu’elle gère cette dernière. Tout simplement pour qu’elle soit isolée et que personne ne puisse subir sa malédiction. C’était n’importe quoi ! Bien entendu, quelques malheureux devaient l’accompagner mais généralement, il s’agissait de fouteurs de troubles. Et bien souvent, ils étaient très calmes après qu’elle se soit chargée d’eux.

« Y a bien qu’à Claudiska que je suis traitée comme une moins que rien. »

Et encore, moins que rien, ça voulait dire qu’on envisageait de la considérer comme quelque chose. Sauf que la réalité était toute autre : On ne voulait VRAIMENT PAS la voir en peinture. Il en était hors de question, ne serait-ce même que converser avec elle. Ouais, tout ça parce qu’elle avait été abandonnée à la naissance, mise dans un orphelinat et que même dès quatre ans, l’orphelinat avait mystérieusement brûlé.
Depuis ce jour, même si une famille avait essayé de l’adopter, ça n’avait pas duré. Moins d’une année avait suffit à ce que l’homme de la maison se retrouve sans emploi, que la mère perde toute fertilité et ainsi de suite et que leur seul garçon ait un accident mortel. A partir de là, sa réputation était faite ! Ah … Sacrée réputation.

« Limite, si on m’avait traité de gourgandine ou de femme de joie, je suis sûre que ma vie aurait été largement meilleure. Chienne de vie, oui. »

Tout cela aurait été beaucoup plus simple normalement. Du moins, c’est ce qui était prévu. Que tout se passe bien mieux, tout ça … mais dans le fond, il valait mieux ne plus trop espérer de ce côté là. AH ! Quelle idiotie ! La seule chose qui la motivait, c’était ce petit coup de foudre qu’elle avait ressenti en le voyant.


Ce moment où elle avait compris qu’il avait une vie aussi laide que la sienne … sauf qu’il avait réussi à combattre le destin pour former ce petit groupe. Les créatures légendaires, les dieux, toutes ces choses, elle s’en foutait royalement ! AH ! Elle voulait juste vivre … et ces personnes qui accompagnaient le jeune homme, surtout les deux femmes accrochées à ses basques, elles n’avaient pas besoin d’être là. Elle voulait se l’approprier, se le garder rien que pour elle et personne d’autre.

« Mais avant toute chose, je ferais bien de le retrouver. »

Les murs avaient des oreilles et elle-même avait laissé traîner les siennes pour obtenir quelques brides d’informations. Oh, elle restait quand même d’un statut assez élevé dans la hiérarchie militaire de Claudiska. Elle avait réussi à savoir diverses informations sur ce qui se passait à Traslord, Shunter et Omnosmos. Honoros et Mékalarma pouvaient aller se faire voir, ces deux pays étaient inintéressants pour elle, loin de là.

De toute façon, en y réfléchissant bien, pourquoi est-ce qu’elle irait les voir ces deux ? Ce n’était pas comme si elle était amie avec eux. Ils n’allaient pas faire copain-copine et se parlaient comme s’ils se connaissaient depuis des années hein ?

« Ah … Qu’est-ce que je suis seule en fin de compte. J’ai vraiment personne sur qui compter. Et je parie même que Tery en a rien à faire de moi. »

Oh ça, pas besoin de parier, elle en était clairement convaincue, hahaha ! Mais bon, elle n’avait pas à être triste. C’était ainsi et pas autrement … et oui. Le jeune homme aux cheveux bruns avait juste mieux à faire, comme tenter de sauver le monde. Même si elle n’avait pas vraiment saisi la raison qui poussait un groupe à tuer les créatures légendaires … hum, en fait, si. Dans le fond, ce n’était pas dur de savoir pourquoi.

« Sûrement avec ces portes démoniaques. Ah … Ces démons. »

Ce qu’elle pensait d’eux ? Et bien, rien du tout justement. Elle ne pensait rien de tout ça. Pourquoi est-ce que cela changerait maintenant ? Ah … Elle n’avait aucun apriori par rapport aux démons. Les démons n’étaient-ils pas les parias de ce monde ? Dans le fond, si on y réfléchissait bien, elle était même plus proche des démons que du reste du monde.

« Ma pauvre fille, dans quelle galère navigues-tu depuis que tu es née ? »

Oh, c’était bien, ça. Se parler toute seule, ça permettait au moins d’entendre le son de sa voix si charmante, celle que nul ne voulait entendre dans Claudiska. Oui, suffisait juste d’ouvrir la bouche pour qu’on pense qu’elle lance un mauvais sort à l’encontre de ceux ou celles qui n’avaient pas réussi à boucher leurs oreilles à temps.

« Ils sont vraiment d’un ridicule à toute épreuve. S’ils ne comprennent pas ça … »

Sa voix était très belle et elle était même certaine que si elle se décidait à se lancer dans la carrière de barde, avec un instrument à vent, elle pourrait faire des miracles dans les auberges C’est vrai qu’en y réfléchissant bien, ce n’était pas une mauvaise idée pour gagner sa croûte. Ouais ! C’était une bonne idée en fin de compte !

« Je ferais bien de la noter dans un coin de ma tête. »

En fait, elle n’avait pas été renvoyée de la tour, encore que maintenant, il n’y avait plus rien à garder. Bon, d’accord, il restait quelques monstruosités issues des temps anciens dans la tour mais hey, elle n’était pas là pour faire tout le sale boulot des autres non plus hein ? Un peu de décence quand même ! Elle pouvait très bien se débrouiller comme une grande ! Hahaha !
En fait, elle était perdue. Pas géographiquement, elle savait où se rendre mais elle sentait bien que son cerveau commençait à la malmener alors qu’elle cherchait une solution à tout ça. C’était … vraiment difficile, n’est-ce pas ? Hum … Toujours assise dans son coin, isolée des autres, elle mangeait les quelques fruits volés une nouvelle fois. Au moins, ils étaient délicieux, c’était un peu ça qui lui mettait du baume au coeur.

« Tu te contentes vraiment de n’importe quoi, ma grande. »

Difficile de tenir le coup moralement lorsque tout allait mal. BAH ! Elle était plus forte que ça ! Une bonne baffe dans la figure et on y retournait ! Ouais, autant voir la vie du bon côté ! Enfin, même si la vie ne voulait pas vraiment d’elle, hein ?
Pfiou ! Vu qu’il était impossible d’espérer dormir dans ce village et surtout se prendre une chambre pour se laver, il n’y avait pas d’autres solutions. Soyez naturelle, soyez naturiste dans la nature. Déployant ses ailes, elle quitta cet endroit qu’elle avait maudit par sa seule présence, du moins, les rumeurs partiront dans ce sens s’il y a une mauvaise récolte cette année ou autre, elle s’envola jusqu’à trouver un coin d’eau. Pour cela, pas trop de difficultés, il suffisait de tendre l’oreille et de profiter du vent.
Ce dernier, sous couvert d’être un peu humide, lui indiquait alors l’endroit où elle pouvait se désaltérer mais surtout se faire un brin de toilette. ZOUP ! Les habits jetés en vrac au sol comme si de rien n’était, la femme aux ailes différentes plongea sous le cascade, appréciant l’eau sur son corps en poussant un profond soupir de soulagement.

« Bon, elle est un peu froide mais qu’importe, on ne va pas s’en plaindre plus qu’il n’en faut, hahaha ! Ah … Et les animaux aussi. »

Elle avait jeté un bref regard en direction de quelques fouineurs qui s’interrogeaient sur la présence de la femme ailée non-loin de là. Pour autant, lorsqu’elle se tourna vers eux, sans un sourire, elle vint dire :

« Vous n’avez pas encore remarqué ce que je suis ? Vous voulez peut-être de l’aide ? »

Pour toute réponse de la part des animaux, certains montrèrent les crocs, d’autres décampèrent alors qu’elle sortait d’un pas lent de l’eau, se rapprochant des habits qu’elle enfila comme si de rien n’était malgré qu’elle soit trempée.

« Ces idiots, ils savent pas quand le danger est présent, n’est-ce pas ? »

Si encore, elle perdait son temps à bien vouloir les attaquer, chose qui était bien incertaine. Pfff … Elle ne pouvait même pas être tranquille pour quelques minutes. Les animaux avaient un certain instinct qui leur permettait de comprendre qu’elle n’était pas du tout faite pour eux.

« Je ne suis faite pour personne de toute façon. A partir de là, la question ne se pose même plus. » se dit-elle à elle-même, haussant les épaules. Bon, ce petit coin de paradis allait-il lui servir d’endroit où dormir ? Hmm … Telle était la question qu’elle se posait en ce moment même. Ca n’avait pas l’air déplaisant mais avec les animaux sauvages dans les environs, si l’un, mû par la peur, tentait de s’en prendre à elle, ça pouvait très vite dégénérer.

« BAH ! Ce n’était pas comme s’ils étaient vraiment effrayants de toute façon. »

Elle fit un petit mouvement négatif de la main comme pour bien montrer qu’il allait en falloir bien plus pour réussir à lui faire peur. Choisissant un arbre, elle finit par grimper à ce dernier, rigolant toute seule en se rappelant une chose très importante : ses ailes n’étaient pas faites pour la décoration ! Elle s’envola plus aisément, finissant par trouver une branche assez épaisse et résistante, s’adossant à l’écorce de l’arbre.

« Hmm … Ca me semble plutôt pas mal pour sécher et faire un bout de sieste, aaah ! »

Oui. Fermer les yeux mais toujours avec un sommeil que d’un œil. Question de sécurité : Les coups dans le dos, elle en connaissait un bon nombre et cela ne lui avait jamais fait du bien dans le dos, elle devait reconnaître. Hmm … Non, pas du tout.
Pourtant, lorsqu’elle se réveilla, quelques heures plus tard, ce fût tranquillement. La nuit était tombée depuis déjà longtemps de ce qu’elle pouvait voir à travers les feuilles de l’arbre mais c’était justement loin d’être dérangeant, c’était même … parfait ?

« Bon ben … Petit oiseau de nuit, à toi de voyager dans la tranquillité. »

A part quelques créatures nocturnes, elle allait pouvoir profiter d’un confort de voyage des plus plaisants. Nul n’allait la déranger pendant qu’elle allait prendre la voie des airs. Alors … Bon, elle n’aimait pas vraiment le froid mais vu qu’Honoros et Mékalarma ne la concernaient pas, elle allait quand même se rendre à Traslord.

Là-bas, en se renseignant peut-être auprès des soldats en leur faisant un peu de charme, elle n’était pas disgracieuse, avait quelques formes et autres, elle pouvait aisément se mettre en valeur et cela sans aucun souci vu qu’ils n’étaient pas au courant des rumeurs à son sujet. D’ailleurs, elle était même certaine que ses ailes différentes pouvaient lui donner un aspect exotique loin d’être déplaisant !

« Héhéhé … Tu seras une véritable reine là-bas, ma grande. »

Enfin, elle exagérait juste un petit peu la situation. Elle n’était pas stupide au point de croire qu’ils allaient se laisser amadouer aussi facilement. Le jeune demoiselle aux cheveux noirs prit une profonde inspiration, faisant paraître ses lignes vertes avant de s’envoler vers les cieux, brisant quelques branches sur son passage.
Quelques instants après, elle était déjà avec une vue sur l’horizon mais aussi une vision complète de l’île sous elle avec le fameux bois où elle avait trouvé refuge pour la journée. Hmm … Elle avait bien ses fruits dans son sac ? Ouip ! Donc, elle n’avait pas à s’en faire le moins du monde. Elle se dit :

« Je peux tenir facilement deux ou trois jours avec. Dommage que je ne sois pas comme ces adeptes, ils peuvent manier plusieurs éléments en même temps, j’aurai bien gelé ma nourriture pour être sûre de pouvoir la garder quelques temps de plus. Enfin bon, c’est dommage mais on va faire avec. En route ! Traslord est encore bien loin. »

Des journées voire des semaines car avec l’arrivée des démons, il ne fallait pas espérer pouvoir traverser les frontières comme on le voulait. Parfois, on pouvait tenter de faire un peu de forçing mais c’était relativement déconseillé si on ne voulait pas avoir trop d’ennuis avec l’armée du royaume qu’on tentait de traverser.
Enfin, tout ça était bien beau mais ça n’allait pas arranger ses affaires. Si aussi, elle pouvait cacher un peu ses ailes. OH ! Oui, c’était une bonne idée mais en même temps, on reconnaissait trop aisément son visage et c’était assez problématique. Hmm … En fait, si elle voulait mener une vie tranquille, il valait mieux vivre camouflée de partout ?

« Grmbl. Tout ça pour pouvoir leur plaire et obtenir quelques informations. »

Mais bon, parfois, pour obtenir ce que l’on désire, il fallait faire quelques sacrifices. Tant qu’on ne lui demandait pas de couper l’une de ses ailes ou de changer quelque chose sur son corps, il en était hors de question. Par contre, trouver une longue cape pour cacher ses ailes, une capuche pour son visage … Oui. C’était peut-être possible d’accéder à tout ça.

Ca ne lui ferait pas mal hein ? De pouvoir discuter avec des gens un peu normalement. D’habitude, elle ne se préoccupait pas du tout de cela mais vu qu’elle avait besoin d’informations à ce sujet, elle avait devoir faire un petit effort. Un effort tout simplement pour un coup de folie de sa part car oui, c’était de la pure folie qu’elle faisait.
Comment expliquer autrement le désir de retrouver quelqu’un qui ne savait même pas que vous existez ? Qui n’en a sûrement rien à faire de votre petite présence dans ce monde gigantesque ? Il n’y avait aucune explication comme il n’y avait aucun raisonnement un tant soit peu valide pour qu’elle agisse de la sorte.

« C’est tout simplement n’importe quoi mais c’est ainsi. Si seulement je pouvais tomber sur l’un de ces démons pour l’interroger, peut-être qu’il me donnerait des indications. »

Mais en même temps, elle y croyait difficilement. Si ces démons étaient aussi monstrueux que les rumeurs le prétendaient, autant ne pas espérer grand-chose de ce côté. Ah … L’espoir, ça faisait bien longtemps qu’elle ne s’y raccrochait plus. Mais en même temps, ça ne voulait pas dire qu’elle perdait toute volonté, loin de là.


C’est juste qu’elle ne voulait pas, lorsque la situation était mauvaise, penser que tout allait s’arranger. Non, son coup de folie que de partir en voyage à la recherche de Tery, c’était bien la première fois qu’elle agissait aussi impulsivement pour une émotion qui la taraudait depuis maintenant plusieurs mois durant.

BON ! Trouver un petit village ou autre, s’accaparer de quoi se faire une une cape et une capuche et ensuite, se fondre parmi la foule dans une auberge pour avoir un peu plus d’informations. Oui, c’était une excellente idée ! Mais pourquoi est-ce qu’elle ne l’avait jamais fait auparavant ? Elle n’en avait aucune idée !

En fait, si, elle le savait mais … hum … Oh ! Petit village en bas ! Comme un oiseau de proie, voilà qu’elle fonçait vers ce dernier, finissant par atterrir au sol alors que déjà, elle regardait les personnes qui se tournaient vers elles. D’abord les sourires puis en voyant ses ailes, les sourires devinrent des mimiques presque haineuses.

« Vous en faites pas, je ne fais que passer. »

« Tu ne devrais même pas passer ! Disparais, monstre ! On ne veut pas de toi chez nous ! »

« Quelques emplettes … ou je me sers par moi-même. C’est à vous de décider. »

Elle allait se promettre de tenir parole sur ce qu’elle avait décidé d’accomplir. Se noyer dans la foule après avoir changé un peu sa tenue, elle était certaine que c’était la décision à prendre pour enfin réussir à avancer dans ce monde pourri. Un sourire mauvais se dessina sur ses lèvres : S’ils ne voulaient pas lui permettre de se camoufler correctement, autant qu’ils soient préparé à ce qui pouvait leur arriver, n’est-ce pas ? Ils risquaient juste de le regretter.

Chapitre 23 : La voie des démons

ShiroiRyu
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Chapitre 23 : La voie des démons

« Bon … Ce n’est pas tout ça les gars mais aujourd’hui, il est temps de s’y mettre. Préparez-vous au déplacement, on nous attends à la surface. »

« Vous êtes sûrs que c’est sécurisé de ce côté ? » demanda un homme aussi cornu que celui à qui il s’adressait. Un petit rictus se dessina sur les lèvres de l’autre homme qui reprit :

« Sûr et certain. J’ai déjà fait le déplacement là-bas. A partir de là, la question ne se pose même pas, compris ? Allez, on se dépêche. »

« Nous ne sommes qu’une dizaine. Et si il y a un pépin là-bas ? » demanda une nouvelle fois le premier être démoniaque, l’autre finissant par prendre une profonde respiration.

« Je vais réduire ce chiffre à neuf si tu continues. Voilà pourquoi j’aime pas ceux qui comprennent rien à la situation. Dire que dans les autres sections du royaume souterrain, ils forcent les démons à s’entretuer pour aller à la surface. On devrait faire de même. »

« Euh … Je ne suis pas adepte de la barbarie, je tiens à vous le signaler. »

« Ce n’est pas un problème si tu n’as pas le choix … si tu commences à ne pas la boucler, l’intello. Si tu es avec nous, c’est bien pour ton côté diplomate et pas ta puissance, l’avorton. Alors, tu vas la fermer et tu vas te préparer, compris ? »

« Je … Enfin, je … J’ai compris le message. »

Il valait mieux se taire. Certains démons n’étaient que des brutes sans cervelle comme il pouvait encore le constater maintenant. Définitivement muet, il regardait les autres démons dans les environs. Oui, ils n’étaient pas franchement mieux que celui qui était leur chef. Il était donc le seul à être un peu présentable ?

« Quand est-ce que nous y allons, tout simplement ? »

« Quand les autres auront fini de se curer le nez ! HEY ! LES GARS ! Vous vous maniez ou vous vous voulez que je vous aide ?! »

« Hey, désolé, chef, j’en avais un gros qui me grattait, pfiou. J’ai même l’impression qu’il était vivant ! Vous voulez voir ? »

Des brutes … épaisses. Il savait bien que les démons de ce coin n’étaient pas vraiment les plus éclairés qui soient mais à ce point ? Le démon à lunettes se massa le front et les cornes. Cela allait être compliqué de faire son travail avec une telle équipe. Surtout que le chef du groupe rigolait aussi grassement que les autres à la blague douteuse de leur camarade. Qu’est-ce qu’il faisait parmi eux ? Son propre chef lui en voulait ou quoi ?

« C’est une occasion unique que je t’offre. Pouvoir dialoguer avec ceux de la surface, les rares qui ne veulent pas notre mort. Tu pourras sûrement avoir une sacrée montée en grade suivant comment tout ça se déroule ! »

Il se répétait machinalement ce qu’il lui avait dit mais à voix haute, le groupe le regardant :

« Ben tiens ,ça prétend être le plus intelligent mais en fait, ça entend des voix et ça se parle seul, hahaha ! Je vous jure, ces types ! »

« Je répétais simplement ce que mon chef de guilde m’a dit par rapport à la situation, rien de plus, rien de moins. Ce n’est pas quelqu’un comme toi qui pourrait servir pour la diplomatie. »

« Je rêve ou tu es en train de m’insulter ? Fais gaffe à ta gueule ! »

« Je ne pensais pas que tu serais capable de comprendre mes propos. Tu es peut-être plus intelligent que tu en as l’air. Comme quoi, tu as réussi à me surprendre. »

Le démon émit un grognement, prêt à réagir mais deux autres vinrent l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard. Remettant correctement ses lunettes sur son nez, l’être cornu haussa simplement les épaules avant de s’éloigner. Tant qu’ils n’étaient pas partis, il n’avait aucune raison de les côtoyer plus que nécessaire.

« Vous me préviendrez quand nous serons partis, ça sera mieux. »

« Ouais ouais, comme quoi, vaut mieux se méfier des fois ! »

Le chef du groupe ne précisait pas par rapport à quoi mais le démon à lunettes savait parfaitement de qui il parlait exactement. Pour autant, il fit comme si de rien n’était, haussant simplement les épaules. Ce n’était pas bien grave de toute façon, loin de là. Il avait mieux à faire que de chamailler comme un enfant avec ces personnes.

Pourtant, trente minutes plus tard, on revenait le chercher pour lui signaler qu’il était temps de se mettre en route. Le chemin ne fut pas des plus laborieux bien que long, très long. Aucune créature monstrueuses dans les parages et ils arrivèrent jusqu’aux portes qui servaient de barrage entre leur monde et celui de la surface.

« Faites gaffe quand même là-bas hein ? On sait jamais à quoi s’attendre. »

« Tu vas pas t’y mettre toi non plus ! Si t’es encore vivant, c’est que c’est pas aussi dramatique que ça hein ? De toute façon, ils nous attendent. »

« Je sais bien hein ? Mais je fais que mon boulot, moi. Bref, je vous aie prévenus. »

Et voilà que les gardes rigolaient maintenant avec le groupe. Ah … Pourquoi est-ce qu’il fallait absolument que l’intelligence du démon moyen soit aussi basse ? A croire qu’il était une exception qui ne faisait que confirmer cette règle. Enfin bon, il valait mieux ne pas se concentrer sur des petites choses comme ça et plutôt sur sa propre mission.
Voilà qu’à nouveau, une marche commença mais plus courte que la précédente. C’était la première fois qu’il allait à la surface et il devait avouer qu’il était un peu anxieux. D’après certains livres, cet endroit était magnifique mais parasité par de nombreuses races humanoïdes qui se croyaient supérieures à eux. Autant dire que les livres ne racontaient pas vraiment de très bonnes choses sur les êtres d’en haut.

« Si ce sont autant des bêtes que les nôtres, la discussion va être difficile. »

Et rien qu’à l’idée d’y penser, cela le faisait désespérer ou presque. Il poussa un profond soupir désabusé et finit par se cacher les yeux avant de se mettre à haleter. Cette chaleur ! C’était quoi ça ? Il avait l’impression d’être dans une fournaise alors qu’il voyait une étrange lueur dans le ciel. Ce n’était pas causé par un cristal … mais une sorte d’astre gigantesque. D’après les légendes, il s’agissait bien du soleil ?

« C’est vraiment bizarre comme sensation. C’est bizarre mais pas vraiment déplaisant non plus. Ah … Il fait chaud. Mais on est donc bien dans Honoros ? »

Des rochers à perte de vue, un peu de verdure et voilà tout ce qu’il fallait voir dans cet endroit. Hmm, d’accord, c’était donc ainsi et pas autrement ? Pourquoi pas ? Mais bon, où étaient donc les honoriens ? Sous cette chaleur aveuglante, il avait du mal à voir devant lui mais pouvait apercevoir des êtres plutôt grands et imposants, aux oreilles pointues.

« Est-ce que ce sont eux les fameux honoriens ? »

« Fameux, fameux, je ne sais pas vraiment mais c’est bien le groupe qui nous attendait. Essaies de ne pas te faire dessus lorsqu’ils vont t’adresser la parole, ce ne sont pas des êtres commodes, loin de là, compris ? »

HEY ! Pour qui est-ce que ce foutu démon le prenait ? Il était quand même un peu plus respectable qu’un simple démon de pacotille. Mais il fallait avouer qu’il entendait le bruit de nombreuses armes métalliques et certains portaient aussi des armures de cuir ou des plastrons. Ils n’avaient pas trop chaud dans cette armure ? Vraiment ?

« AH ! Voilà donc nos fameux démons ! C’est donc vous qui allez vous charger de converser avec nous ? Vous avez vos différents points ? »

« Vous n’êtes pas plutôt ceux qui vont nous guider jusqu’à vos diplomates ? » demanda le démon à lunettes en regardant l’honorien dans les yeux, celui-ci clignant de ces derniers pendant quelques instants avant de s’exclamer :

« Hahahaha ! Mais c’est un petit marrant celui-là ! Où est-ce que vous l’avez trouvé ? »

« Disons qu’il vient de l’une de nos guildes. On fait avec les moyens du bord hein ? Mais ils sont souvent chargés des relations marchandes et commerciales entre différents villages et villes dans le monde souterrain. »

« Ah oui … Un intellectuel, rien que ça. Et bien, mon petit gars, tu vas vite voir que ça se passe pas toujours comme prévu … ou presque. Ils ont décidé qu’on devait vous emmener les voir. Oui, pour une fois qu’ils décident de quelque chose ces types. »

« Qui se ressemble s’assemble. » continua de dire le démon en remarquant à quel point le groupe de démons semblait bien s’entendre avec celui des honoriens.

Vraiment, ils étaient bien une trentaine au total mais à part les cornes et les oreilles pointues, il aurait été difficile de voir la différence entre eux. Heureusement qu’ils parlaient tous la même langue car dans de telles conditions, cela aurait été difficile autrement. Mais bon, c’était un point positif : Tous s’entendaient à merveille.

Mais tout ça n’était qu’une apparence. Dès l’instant où il s’était mis assis sur un fauteuil pour être face à un homme habillé dans un style élégant, mêlant tissu de soie et quelques babioles qui devaient valoir un certain prix, il avait compris que tout ça pouvait très vite mal tourner.

« Alors, alors, alors … Votre apparition sur les terres d’Honoros ne sont pas passées inaperçues. J’imagine que vous êtes déjà au courant qu’une partie de votre peuple a put s’installer non-loin de notre région pour former une communauté « protégée » par nos soins, n’est-ce pas ? Mais, comme nous le savons tous, ce n’est pas suffisant, loin de là. »

« C’est exact, je ne comptes pas m’arrêter en si bon chemin et j’ai été envoyé pour pouvoir discuter plus en détails de nombreux points qui pourraient être intéressants »

« Oh ? Et de quels points parlez-vous donc ? Je suis tout ouïe. »

« D’une relation commerciale, bien entendu. Votre armement est assez spécial et nous envisageons aussi de notre côté de vous faire partager nos connaissances dans ce domaine. Peut-être qu’un échange de matériaux pourrait aussi vous aider. »

« Les nombreux démons qui sont venus à la surface ne portaient pas réellement d’armures ou d’armes intéressantes. Comment croire vos paroles ? »

« Bien entendu, quelques preuves seront nécessaires des deux côtés. Nous ne voudrions pas brusquer le début d’une belle amitié en agissant de la sorte. De même, vous êtes le seul clan à nous avoir toléré, c’est bien ça, non ? »

« C’est bien ça, oui. Pourquoi une telle question si vous connaissez la réponse ? »

« Oh, il s’avère que j’ai entendu des rumeurs comme quoi des émissaires d’autres clans d’Honoros avaient essayé de nous contacter mais étaient tombés dans une embuscade. »

L’honorien haussa un sourcil, semblant ne pas avoir entendu une telle histoire. Pour autant, est-ce qu’il devait croire les paroles de ce démon qui se révélait bien plus intriguant que prévu ? Hum … C’était difficile de savoir exactement, il fallait avouer. Peut-être jouer la sécurité suivant les consignes données ?

« Bon, d’accord, je vois où vous voulez en venir mais donc … Non, nous avons tous à y gagner en coopérant, n’est-ce pas ? »

« C’est très facile à dire … mais en est-il de même à faire ? Mais oui, nous devons vous remercier pour l’aide apportée aux membres de notre race bien que nous ne vivons pas en clans contrairement à vous autres honoriens. »

« Nous avons tout simplement trouvé divers avantages à vous préférer comme alliés plutôt que comme adversaires. Dans ce monde hostile où chacun voudrait votre mort, il est bon d’avoir quelques épaules sur lesquelles s’appuyer, non ? »

« Cela dépend des épaules. Enfin bon, maintenant que nous nous comprenons parfaitement tous les deux, nous allons pouvoir passer aux choses sérieuses. Je vais parler au nom de ma guilde. » termina de dire le démon à lunettes, visiblement très concentré maintenant.

La discussion dura plusieurs heures, à la grande surprise des honoriens qui parlaient et s’entraînaient avec quelques démons. Il fallait dire qu’ils ne s’attendaient pas à ce que ces derniers ramènent un gringalet à lunettes avec eux, preuve comme quoi ils avaient un peu plus d’intelligence qu’ils ne le pensaient.. Néanmoins, même si cette pensée commune traversait les esprits de chaque honorien, aucun n’allait le dire à voix haute, non pas par peur de brusquer leurs « invités » mais simplement pour éviter de faire capoter leur relation. Tout cela pouvait être plus que bénéfique pour chacun et à l’heure actuellement, les honoriens présents appréciaient plutôt la présence des démons à leurs côtés ;

« Alors, comme ça, s’occuper de ses cornes, c’est une marque de coquetterie ? »

« Je ne te le fais pas dire ! J’ai connu une démone, elle passait au moins deux heures à lustrer, frotter, tailler ses cornes de telle sorte qu’elles poussaient bien droites et toute le reste ! Hahaha ! Je te jures, c’est pas une blague ! »

« Je veux bien te croire, ah! De notre côté, c’est surtout les boucles d’oreille dont elles raffolent. Vue la longueur de ces dernières, tu te doutes que pour se rendre belles, elles ont le choix. Encore que chez nous … »

« Je vois plutôt vos femmes avec des mini-crânes taillés au bout des oreilles. Elles n’ont pas l’air commodes de votre côté. »

« Ah ben ça, je te le fais pas dire. La majorité évite de chercher les crosses et je te promets que certains généraux honoriens ne bronchent pas vraiment lorsque leurs femmes décident de rappliquer dans les campements. D’ailleurs, généralement, ils évitent les adultères car sinon, y en a certains qui finissent par être obligés de manger leurs cou…. »

« HEY ! VOUS DEUX ! Vous avez fini de parler ?! A vous de rentrer sur le terrain pour que vous montriez de quoi vous êtes capables ! Au boulot ! »

L’honorien et le démon se regardèrent pendant quelques secondes, sortant leurs armes. Le démon tenait dans chaque main un cimeterre tandis que l’honorien avait opté pour une lourde masse à deux mains. L’affrontement semblait presque inégal mais visiblement, l’honorien avait là toute son expérience et sa maîtrise du combat.
Malgré la vitesse d’exécution des attaques chez le démon, celui-ci n’arriva pas à placer une seule frappe sur son adversaire. L’honorien n’avait aucun mal à parer les mouvements, souriant tout en disant d’une voix calme :

« Tu es trop facile à lire dans tes mouvements. Pour un honorien qui combat depuis longtemps, on peut voir en toi comme dans un livre ouvert. Tu recherches simplement la puissance dans tes coups et y a rien à dire de ce côté-là ! J’en ait des fourmis dans les mains à chaque frappe que tu donnes, hahaha ! »

« Je pensais pas que ça serait aussi difficile. Grrr ! Surtout que l’on ne doit pas utiliser nos pouvoirs pour un simple entrainement ! »

« Hey hey hey ! Déjà, on a mis des protections sur nos armes pour éviter que l’on ne se blesse mutuellement. Si on commence à utiliser la magie, ça risque de dégénérer ! »

« C’est pas faux, je voudrais pas avoir à blesser un futur ami. »

« Hahaha ! Petit malin, si on était pas en entraînement, je crois que je t’aurais cogné assez fortement sur le sommet du crâne pour t’apprendre à te foutre de moi ! Mais t’as de la chance, je suis vraiment de bonne humeur, je vais pas le faire ! »

Et voilà que le combat continuait, comme si de rien n’était. L’ambiance entre les deux groupes était plutôt bonne, contrairement à d’autres endroits où le clan des griffes sanglantes et les démons semblaient prêts à s’entretuer malgré la relative « confiance » entre eux.

Pour autant, après trois jours d’âpres discussions où aucun des deux groupes ne semblait reculer devant l’autre pour faire des concessions, un cri se fit entendre dans le campement, den honorien hurlant :

« ESPION ! ESPION ! IL Y A UN ESPION ! »

Un espion ? D’un autre clan ? Qu’importe de quel clan il provenait, c’était le moment de lui faire regretter son choix d’avoir tenté d’en apprendre plus sur cet endroit. Ce fût bien la première fois que les deux races se mirent sur un accord commun, la chasse à l’homme aux oreilles pointues commençant alors sous les tons d’un « jeu » entre les deux parties.

« Disons que si l’un des démons finit par attraper cet espion, vous nous laisserez l’emporter avec nous. On le traitera très bien … »

« Oh, de notre côté, si on finit par le capturer, on lui fera regretté d’être né avant qu’il ne rejoigne nos ancêtres. Mais ça serait dommage que cela influence nos futures relations. »

« Hahaha ! Influence, influence, il ne faudrait peut-être pas trop exagérer … et pendant que l’on parle, les autres sont déjà partis en chasse ! »

A leur tour de commencer à se mettre en action alors ! Ca ne servait à rien de déblatérer plus longtemps par ici ! Les deux êtres commencèrent à courir avant de se séparer. Il y avait même quelques cris de bêtes sauvages dans les environs.

Le décor n’était guère plaisant à regarder, alternant simplement entre surfaces rocheuses, petits monts, coins très peu boisés et pourtant, tout cela rendait difficile la recherche de l’espion qui continuait de leur échapper comme si de rien n’était. Les honoriens comme les démons s’étaient séparés en plusieurs duos et trios pour couvrir une plus grosse zone.

« Et bien, il est doué avec ses petites pattes notre espion ! Je n’arrive même pas à repérer sa trace ! On sent l’habitude hein ? »

« Il connaît bien la zone contrairement aux démons. Malheureusement, ils ne nous seront d’aucune utilité et nous-mêmes, nous allons avoir beaucoup de mal à le capturer à cette allure. Tsss, je vous jures, ça nous apprendra à ne pas faire gaffe. Je pensais que nous étions préparés à ça ! Je me demandes jusqu’où est-ce qu’il a put nous entendre. »

« Oh, ça ne sera pas difficile à connaître vu qu’il a va passer un interrogatoire assez « musclé ». J’avoue que j’aimerai bien voir les méthodes qu’utilisent les démons pour ça. »

Ah ben il n’était pas le seul ! Les démons restaient des êtres dont ils ne connaissaient rien et inversement. Pendant des décennies, des siècles voire des millénaires, cette race avait été séparée de toutes les autres. A partir de là, difficile de se faire un avis à peu près correct et potable à ce sujet mais bon, tout ça pouvait très vite s’arranger s’ils arrivaient à former des relations commerciales, politiques et autres avec ceux qu’ils côtoyaient.

« HAHAHA ! Finalement attrapé ! »

« MA … MA JAMBE ! MA JAMBE ! »
Une femme. C’était une femme aux longues oreilles pointues. Celle-ci hurlait à raison : sa jambe gauche avait été fauchée tout simplement par l’arme d’un être cornu alors que déjà, tout le monde se réunissait autour d’elle pour l’empêcher de se mouvoir. Le démon responsable de son état rangea sa faux derrière lui, sourire mauvais aux lèvres tout en disant d’une voix loin d’être rassurante :

« Et bien, tu nous auras fait courir. On ne t’a jamais dit de pas mettre son nez là où il ne fallait pas ? C’est dommage pour toi que ta vie semble s’arrêter ici bas. »

« Ah .. Ah … Ah … Ma jambe ! Putain mais ça veut pas s’arrêter ! »

Elle se tenait le haut de sa cuisse gauche, celle-ci continuant de saigner abondamment alors que la femme honorienne avait les larmes aux yeux, quelques plaies au visage et au corps alors qu’elle haletait et bavait entre un mélange de salive et de sang. Le démon, grand sourire aux lèvres s’était rapproché d’elle pour en terminer avec. Mais dès l’instant où il fût à portée, la femme plongea une main dans son décolletée, en sortant une dague, prête à viser la carotide du démon.

« Non non et non. Ca ne se passera pas comme ça. »

Un soleret de métal vint plaquer violemment le bras dont la main tenait l’arme au sol, brisant en même temps les os. L’homme aux oreilles pointues, visiblement le chef de la petite troupe d’honoriens qui avait été envoyée pour poursuivre l’espionne, eut un grand sourire aux lèvres avant de se tourner vers le démon :

« Voyez-vous, les pleurs d’une femme honorienne font partie des choses parmi les plus fausses dans ce monde. Ne les croyez jamais. »

« Je … Je vois … Hahaha … Et dire que je pensais que chez nous, nous avions de sacrés cas, faut avouer que de votre côté, ce n’est guère mieux. »

« Par contre, attention à ne pas se moquer d’elles, vraiment, on le déconseille et je vous dis pas comme on évite toutes discussions dès qu’elles ont ce souci mensuel, vous voyez de quoi je veux parler hein ? »

Oh que oui … Mais pour celle qui était au sol, il ne fallait pas espérer qu’elle voie le le lendemain arriver pour elle. Après la petite séance « d’interrogation », il y avait de très fortes chances qu’elle n’en réchappe pas. C’était vraiment dommage pour elle mais à force de jouer avec le feu dans Honoros, on finit toujours par se brûler.