Chapitre 46 : La goutte d’eau

Quatrième axe : Une véritable guerre

Chapitre 46 : La goutte d’eau

« Tery Vanian. »

La voix était froide, glaciale, sombre, sinistre. Tellement de qualificatifs pour définir ces deux mots côtes à côte. Le jeune homme était à genoux, la tête baissée. Il ne la relevait pas. Il n’avait pas le droit. Il ne pouvait pas. Cela était tout simplement impossible. Cela reviendrait à oser faire face au monarque, ce qu’il ne pouvait pas se permettre.

« Où sont mes enfants ? Pourquoi es-tu revenu seul ? »

« Ils ne … sont plus avec moi. Nous avons été agressé par les gnomolds … mais surtout trahi par une bonne partie … des diplomates qui nous accompagnaient. »

« DES EXCUSES ! JE NE VEUX PAS D’EXCUSES ! »

« Ce ne sont pas des excuses … je ne veux pas me dédouaner, empereur Malark. Je suis … J’étais responsable de leur sécurité et j’ai échoué. »

« Et pourtant, tu oses revenir en face de moi. Est-ce un dernier geste empreint de folie ? Ou alors, tu es là pour une unique raison. »

« Je ne sais pas où ils sont, je ne peux pas vous le dire … simplement qu’ils sont dans Shunter. J’ai … quelques lettres qui ont été confirmées comme authentiques. »

« Des lettres ? Et que veux-tu que je fasses de ces lettres ?! Si c’est pour m’annoncer que les deux aînés parmi mes enfants complotaient contre mon dos et les cadets, je n’ai pas attendu d’avoir attendu des lettres pour me confirmer ça ! »

« Ce n’est pas … vraiment ça … Enfin, il y en a … mais bon … la plus importante est écrite de la main d’Elise et je tenais absolument à vous la donner. Est-ce que … »

Il avait juste sorti les lettres, sans bouger. Il ne pouvait pas faire autrement. S’il relevait le visage, cela reviendrait à lui faire front. Il ne … pouvait pas. Pourtant, un coup de pied sur le sol vint lui indiquer qu’il pouvait se rapprocher.

Lentement mais sûrement, il fit quelques pas en direction de l’empereur Malark. Lentement … mais sûrement, il tendit les lettres avec celle d’Elise au-dessus des autres. D’un geste vif, Tery recula rapidement avant de se remettre en position, un genou au sol.

« Pourquoi est-ce qu’Elise … t’a donné cette lettre ? »

« Cette lettre, je ne l’ai pas reçue d’Elise. Elle était sur l’un des cadavres. Ces diplomates … sachant qu’ils ne pouvaient pas me battre, m’ont projeté au loin. Le temps que je revienne jusqu’à la zone de combat et … c’était terminé. »

« D’après cette lettre, elle a préféré partir avec les autres enfants et quelques soldats de confiance. Tout cela à cause de l’arrivée des gnomolds. »

« C’est exact. Les soldats étant des mercenaires pour la grosse majorité, ils n’étaient pas au courant des machinations des diplomates. »

« Et donc certains se sont sacrifiés face aux gnomolds … et ont décidé de protéger les enfants royaux. Tsss … Des êtres qui ne fonctionnent qu’à l’argent et qui, pour autant, ont plus de valeurs que ces fichus nobles ! »

Il serre la lettre entre ses mains avec rage, la froissant alors que le jeune homme aux cheveux bruns est maintenant en train d’observer le visage de l’empereur Malark. Il prend la peine de lire les autres lettres, serrant les dents avant de dire :

« Bien entendu, ceci explique pourquoi ils n’osent plus se présenter à moi et qu’ils sont repartis depuis tout ce temps. »

« Ces lettres, rien n’est dit qu’elles sont authentiques. Seule la lettre d’Elise est … »

« JE RECONNAIS PARFAITEMENT LEURS ECRITURES, TERY VANIAN ! »

Il s’arrête aussitôt dans ses propos, une nouvelle fois, comme paralysé par la peur. Non, la peur est bien réelle, bien concrète. Un seul mauvais geste, un seul mauvais pas et c’est fichu. C’est pourquoi il … il n’ose pas le contredire ou prendre la parole à nouveau. Pourquoi est-ce qu’il a fallût qu’il ouvre la bouche ?! Pourquoi ?!

« Ce n’est pas celle de mes deux aînés … mais bien de leurs plus proches partenaires. Des nobles véreux qui n’ont plus aucune prestance depuis déjà quelques années ou décennies. Des familles en déclin qui sont prêtes à tout pour retrouver un peu de stature. Des déchets comme il faudrait tous les faire disparaître. Des familles qui vont disparaître. »

« Qu’est-ce que … Qu’est-ce que vous … »

« Mes chevaliers vont aller chercher chaque membre des dites-familles qui sont présents dans la capitale. Ils vont servir de leçon. »

Gloups. Le jeune homme aux cheveux bruns a parfaitement saisi le message implicite derrière cette récupération. Une leçon … comme la précédente. Il compte purger le monde des démons. Mais pas seulement, n’est-ce pas ? Car oui, l’empereur le juge.

« Quant à toi, pour ta mission que tu as échouée, qu’est-ce … que je vais faire de ta personne ? Qu’est-ce que tu penses subir ? »

« J’accepterai chaque punition. La mort est même … le choix le plus logique, empereur Malark. Je pensais vraiment … qu’il était possible … de retrouver un climat de paix. Nous avions fait les premiers pas … mais il s’avère que je n’ai pas été assez prudent et … »

« Tu veux vraiment mourir de mes mains ? Pour être libéré de ce poids et de ce fardeau ? »

« Ce n’est pas un fardeau. Simplement, il n’y a rien qui m’attends ici. Je suis … soulagé qu’Elise soit à la surface mais elle m’accompagnait depuis le début … sans même savoir exactement pourquoi. Tout ça à cause de cette voix. Je … suis soulagé mais … seul. »

« Cette voix. Ce n’est pas la première fois que tu en parles. »

Et surtout, le ton utilisé par Tery ne laisse pas de place au doute sur sa sincérité. Il … se sent mal … Il a été vraiment ici … dans le but d’être puni, d’être préparé à mourir mais rien de tout cela ne va arriver … Le monarque le regarde toujours avec ces mêmes yeux chargés de haine et de rage avant de dire :

« Mes enfants étaient vivants au moment de l’écriture de cette lettre. Qui sait si depuis le temps, ils ne sont pas morts ? Comment peux-tu confirmer cela ? »

« Elise … Elle … Elle est capable de se protéger avec des flammes. J’ai déjà remarqué cela auparavant mais ces flammes ne sont pas que … destructrices. J’ai l’impression qu’elle est aussi capable de soigner des plaies … ou de faire s’échapper à la mort les personnes qui l’entourent. Mais ça, c’est elle qui doit le décider … »

« Ses flammes ressemblent à celles d’un oiseau de feu décrit dans nos livres. Il paraîtrait qu’il a été une horreur pour notre peuple pendant des siècles. Il était comme … immortel ? »

« L’oiseau ? Vous ne voulez pas parler d’un phénix ? C’est l’une des créatures gardiennes qui protégeait la surface de l’ouverture des portes démoniaques. »

« Comment … est-ce que vous avez réussi à l’abattre ? »

« En le tuant en continu. Ce n’était pas moi qui en a été responsable mais … disons que j’ai fini dans un sale état … et que voilà, ça s’est exalté en pensant que j’étais mort et que la personne qui a fait ça n’a eut aucun répit jusqu’à être sûre que la créature soit définitivement incapable de se régénérer une nouvelle fois. Chaque être a ses limites. »

Mais pourquoi est-ce qu’il parlait de ça avec l’empereur ? Est-ce qu’il … s’était calmé ? Non, pas vraiment, c’était tout le contraire. L’imposant monarque avait toujours cette envie destructrice dans les yeux … mais en même temps …

« Je devrais te tuer pour avoir faillit à ta mission. Voilà ce que c’est que d’avoir des chimères dans les yeux. La surface a corrompu vos pensées et vos réflexions. A force de trop y penser, vous avez oublié les principes même de la survie. »

Les principes même … de la survie. C’est vrai qu’en se trouvant sous la surface, là où on pouvait se faire tuer en un seul claquement de doigts si on parlait mal ou si on était d’un côté ou de l’autre, c’était pas la même chose qu’à la surface.
Et ce n’était pas franchement mieux. Pour autant, il n’était pas là pour faire une remarque à ce sujet. Ca reviendrait juste à se faire trucider par l’empereur. Celui-ci ne comptait pas le tuer mais ça ne voulait pas dire qu’il n’avait aucune idée en tête … loin de là.

« Cette surface, je lui ait laissé une chance. J’ai voulu croire à vos folles idées que de vouloir prôner la paix avec elle … mais visiblement, je me suis fourvoyé. J’ai été pendant un temps … aussi naïf que vous. »

« Que… Où voulez-vous en venir, empereur Malark ? »

Il n’appréciait pas vraiment la tournure des événements. Il ne la sentait pas du tout ! En fait, il avait même peur d’entendre la suite … mais celle qui arriva n’était pas du tout celle à laquelle il s’attendait. C’était même … tout le contraire.

« Je vais d’abord faire une purge complète des démons désobéissants. Cette fois-ci, les familles ont été trop loin. Je vais aller même lancer sur les familles minoritaires, celles qui sont rattachées aux plus grandes, proches de la surface. »

Les familles minoritaires ? Est-ce qu’il est en train de parler de ces démons qui ne demandent rien du tout ? Ceux qui se trouvaient juste quand ils avaient … traversé les portes démoniaques ? Ils … Ils vivaient paisiblement ! Ils avaient déjà une existence assez difficile, reniés par les autres démons et incapables de se protéger correctement !

Pourquoi eux ? Ils n’ont rien fait … Rien du tout. Il regarda l’empereur avec incompréhension. Est-ce qu’au final, il n’était plus assez lucide à cause de la haine qu’il ressentait à cet instant précis ? Non … C’était juste complètement fou !

« Je vais faire comprendre à Haiktos et Halyza leurs erreurs. Ils sauront que cette fois-ci, c’était celle de trop … et qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Trop gentil … J’ai été trop gentil … Leurs mères étaient déplorables, c’est normal alors que les pommes ne tombent jamais trop loin de l’arbre. »

Une remarque cynique de sa part. Il ne peut pas lui en vouloir … mais s’il ne l’arrête pas maintenant, Tery aura le sentiment qu’il le regrettera toute sa vie. Les démons peuvent avoir une vie normale ! A la surface ! Il en est certain ! Si même … Alzar et Zélisia pensaient que c’était possible, pourquoi pas l’empereur ? Pourquoi pas lui ? Car il n’était … qu’humain ? Non, ce n’était pas une excuse valide pour agir de la sorte !

« Et pour … la surface ? Qu’est-ce que vous allez faire ? »

« Tu as parlé des gnomolds. Ces créatures ne font que chercher la confrontation sans dialoguer. Si elles n’avaient pas été là, une partie de tout ça ne serait pas arrivé, non ? »

« Je … ne peux pas nier que oui, cela aurait été différent, oui. »

« Alors, il va falloir les effacer définitivement … de la surface. »

Eradiquer complètement les gnomolds ? Mais tous ne sont pas mauvais ! Comme ceux d’Omnosmos ! Pourquoi agir aussi … violemment ? Non, l’empereur n’était pas dans son état normal mais lui parler à cet instant précis, c’était s’emmener directement à la mort. Il ne peut qu’attendre … que tout se calme.

« N’as-tu donc rien à dire, Tery ? »

« Je … ne peux pas donner mon avis, empereur Malark. Je trouve juste que … c’est trop précipité mais si je dois retourner à la surface, je le ferais. Je veux retrouver Elise, Wandy et Zalek avant qu’il ne soit trop tard. »

« Trop précipité ? Tout ça ne va pas se faire en une journée. »

« Je le sais bien mais … peut-être que … que vous devriez attendre un peu ? Réfléchir à tête reposée ? Je … Je n’ai pas vraiment à vous dire ce qui est bon ou mauvais, je sais … »

« CE N’EST PAS CE QUE JE VEUX ENTENDRE, TERY VANIAN ! »

Un nouveau cri de fureur et de rage. Il a l’impression de marcher sur des œufs. Non, ce n’est pas qu’une impression. L’empereur est prêt à le tuer au moindre faux pas. Mais il ne peut pas accepter simplement ses propos et faire comme si de rien n’était !

Il se doit quand même de le contredire ! De s’opposer à lui ! Pourquoi est-ce qu’il se sent ainsi alors qu’il était venu avec l’idée qu’il allait mourir ? Il voulait précipiter sa mort en fin de compte, c’est bien ça ? Car c’est bien vers ça qu’il part à cet instant même. Il s’est relevé et se tient droit face à l’empereur, malgré la distance.

« Je … ne peux pas vous laisser entendre ce que vous désirez, empereur Malark. Ca m’est tout simplement impossible. »

« Quitte à me tenir tête ? J’ai été très clément en décidant de te laisser vivre … car j’ai bien compris que les plus jeunes de mes enfants t’appréciaient … mais ne dépasses pas les bornes, je peux te faire disparaître en un claquement de doigt. »

« Mais est-ce que tout ça vous soulagera ? »

« Ce n’est pas une question de soulagement ! Tu peux disparaître de mon champ de vision mais … tu n’as pas intérêt à fuir. Tu seras en première ligne, à chaque instant, jusqu’à ce les derniers de mes enfants soient revenus … ou morts. »

« Il n’en sera pas autrement, empereur Malark. »

Il peut enfin quitter la salle du trône. Le message a été transmis … et avec lui, les prémices de ce qui semble être un nouveau cataclysme. A force de voir tout cela avec des yeux émerveillés, de croire en la beauté de ce monde, qu’il soit souterrain ou à la surface, il s’est trompé lourdement. Il en paye … le prix alors.

« Tery ! Tu es encore en vie ! » s’exclama la jeune demoiselle aux cheveux émeraude. Elle l’attendait nerveusement, non-loin de l’entrée du bâtiment.

« Encore ? Ca donne … l’impression que tu ne pensais pas me revoir vivant. »

« Tu sais aussi bien que moi qu’il y avait une quasi-certitude que ça … soit le cas. Mais comment ? Non, je préfère que tu attendes. Tu vas venir chez moi et on va en parler. Calmement, longuement, sûrement. »

« J’imagine que tu … ne me laisses pas vraiment le choix ? »

« Tu imagines très bien, Tery. Pas dans cette situation. Je suis soulagée … si soulagée. Allons-y dès maintenant, s’il te plaît. »

« Même si ça me plaisait pas, je te suis. Mais ne t’en fait pas, je t’accompagne. »

Pourquoi il n’accepterait pas de faire ça hein ? Il n’a aucune raison de refuser. Le jeune homme se met à suivre Héraisty, l’air de rien alors qu’il observe les alentours. Hum … Est-ce qu’il a déjà été chez elle ? D’après ses souvenirs … il ne s’en rappelle plus justement.

« Désolée si c’est un peu désordonné, tu comprends qu’en vivant seule … »

« Tu n’as pas à t’inquiéter, je ne vais pas te juger sur l’état de l’endroit où tu habites. »

« Tant mieux … car c’est pas vraiment joyeux, si je peux me permettre, entre nous. »

A ce point ? Hey, sur le coup, elle n’est pas vraiment rassurante quand elle s’exprime ainsi. Il va assister à une vraie porcherie ? Bon, néanmoins, en vue de la situation actuelle, il sera pas vraiment d’humeur à se moquer d’elle.

Pour autant, lorsqu’il pénètre dans ce qui semble être la demeure d’Héraisty, il ne peut que remarquer que l’endroit est propre … plus qu’il ne le pensait. Où est vraiment le souci ? Oh, d’accord, il y voit de nombreux livres et bizarrement, il se doutait que ça serait ainsi mais à part ça … rien de si étrange non ?

« Je ne suis pas certain de bien comprendre, Héraisty. Tu veux bien m’expliquer ? »

« Tu … plaisantes, n’est-ce pas ? C’est un vrai capharnaüm ! »

« Bof … Pas plus que je l’imaginais. Sinon, est-ce que ces livres sont issu de la bibliothèque ? Car j’ai l’impression qu’il y en a trop. »

« Ahem … Ca, c’est encore autre chose, Tery. Disons juste que j’ai fait un emprunt à très long terme … et qu’il faudra que je voie pour les rendre un jour ou l’autre. »

« Si tu étais dans la bibliothèque de mes grands-parents, du moins, enfin, du côté maternel, ceux … qui sont à la surface … »

« Oui ? Qu’est-ce qu’il y a avec eux ? »

« Disons que tu ne t’en sortirais pas vraiment indemne … et que tu serais traînée par les pieds jusqu’à la bibliothèque en implorant leur clémence. »

« Tu es sûr qu’ils sont humains … du moins de la surface ? » demanda la démone aux cheveux verts avec appréhension, cherchant à voir s’il exagérait … ou non.

« Oh bien sûr, ils le sont vraiment. Simplement, ma mère a hérité de leur caractère et disons qu’avec un tel comportement, tu ne cherches pas tellement à faire le fier face à eux. Sauf si tu as envie que ça se termine mal. »

« Vraiment … très rassurant, il faut avouer. Du moins, c’est ce que j’aimerai dire mais je ne le suis pas vraiment, Tery, hahaha. »

« Et je suis vraiment très sérieux à ce sujet. Ils peuvent être très effrayants. Du moins, on dit ça … mais ils restent des personnes avec un grand coeur. »

Et le voilà qui recommence à soupirer. Dire qu’à l’heure actuelle, qui sait, s’il avait été plus prudent, il serait entouré par sa famille et ses amis. Oui … C’était sûrement une bien belle illusion qu’il avait en tête … une chimère ridicule.

« Tu as l’air vraiment soucieux, Tery. Tu veux en parler ou … »

« Ca ne changera rien à ce qui a été fait, Héraisty mais merci de ta sollicitude. Merci de m’avoir invité par ailleurs. Ca reste très coquet comme endroit. »

« Comme je vis seule, je n’ai pas besoin d’un grand logement. Et vu que je n’ai pas de goûts … de luxe, et bien, on va dire que ça réduit très vite la taille nécessaire. »

C’est exact. Il demanda où il pouvait s’installer, la démone lui signalant que tant que ce n’était pas sur un livre ou un papier important, qu’il prenne la place qu’il désire. Ah oui, vraiment, de ce côté-là, il y avait une sacrée différence entre la renifleuse royale qui était d’un sérieux à tout épreuve … et là.

Bon ben, faisant attention à prendre un livre derrière lui pour le déposer correctement sur l’une des rares places libres d’un des nombreux bureaux disposés de part et d’autre dans la pièce, avant de s’installer dans un fauteuil. Et maintenant ? Pourquoi est-ce qu’elle l’a invité ici ? Car au final, à part pour parler, il en a aucune autre idée.

« Si ça te dit, Tery, ce soir, tu peux dormir ici. Je pense que ça te fera le plus grand bien … après les derniers événements. En toute amitié, hein ? »

« Je ne suis pas certain que … ça soit une bonne idée. Si les gens l’apprennent et que … »

« Il y a depuis bien longtemps que je ne me préoccupe plus des rumeurs à mon sujet. D’ailleurs, en parlant de rumeurs, devines qui a totalement disparu ? »

« Jyanos ? Ah oui ? Vraiment ? Qu’est-ce qu’il est devenu ? Qu’est-ce qui s’est passé ? »

« Et bien, il semblerait qu’après le petit incident … enfin, la mise à mort de tu-sais-qui, il a préféré disparaître, ni vu, ni connu. Il savait qu’il était une future cible privilégiée de la fureur de l’empereur Malark. »

« C’est vrai en un sens. Tu marques un point. Enfin, je vais accepter ta proposition si elle tient toujours, Héraisty. Je n’ai pas très faim et … »

« Tu crois que j’aurai changé d’avis en quelques minutes ? Bien entendu que tu peux rester ici si je viens de te le dire ! »

« Désolé. » dit-il en concluant avec un faible sourire. Vraiment … Il était juste désolé … C’était l’unique chose qu’il pouvait lui dire à cet instant précis. Il ne voyait pas d’autre mot.

S’excuser … S’excuser pour tout ce qu’il avait fait … tout ce qu’il avait échoué … tout ce qu’il n’avait pas réussi à accomplir. Et finalement, dans tout ça, il ne remarquait qu’à peine maintenant Clari. Clari … telle une ombre … elle était là. Il n’était pas seul … mais ce n’était pas … pareil que la vraie. Personne ne pouvait remplacer les êtres disparus.