Chapitre 44 : Un empereur au-dessus de tout

ShiroiRyu
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Chapitre 44 : Un empereur au-dessus de tout

« Elise, qu’est-ce que tu comptes faire exactement de lui ? »

« Oh pas grand-chose … Si tu te poses la question de savoir si je vais le laisser en vie, la réponse est non. De toute façon, j’imagine qu’avec ce que tu viens de faire, les gardes vont vraiment rappliquer, Tery. On va se débarrasser de lui vite fait. »

« Tu es sûre que l’on ne va pas avoir de problème de notre côté ? Après, c’est soit ça, soit on se fait tuer … enfin bon, pas comme si on avait le choix. »

A partir de là, il n’y avait pas cinquante mille solutions : ils allaient devoir se battre … et le renifleur était maintenant comme enjoué à cette idée. D’ailleurs, était-il vraiment un renifleur ou alors, il n’en avait aucune caractéristique ? Car il était quand même au courant par rapport à Elise et à lui. Peut-être que l’un des renifleurs l’avait prévenu ?

« Bon, je n’ai pas à me préoccuper de ça, j’ai juste besoin de l’éclater, non ? »

« Pas si je passe en première, Tery. Je ne vais laisser que des cendres de ce type. Il ne restera plus rien de lui après mon passage ! »

Comme pour prouver ses dires, voilà que le jeune homme aux cheveux brun eut juste le temps de reculer alors qu’Elise faisait apparaître des boules de feu dans ses mains, les envoyant une par une sur leur adversaire commun.4455

« C’est vraiment tout ce que tu as à me montrer ? Je pensais bien mieux de la fille du monarque. Comme quoi, il vaut mieux que … »

Un claquement de doigt et voilà qu’avant même que la première boule de feu n’atteigne sa cible, celle-ci explosa … un second claquement et cela s’accompagnait d’autres explosions, presque en série avant qu’un déluge d’explosions n’en suive.

« Et bien, maintenant, je ne t’entends plus vraiment, tu es déjà fatigué ? Tery ? Tu peux préparer l’une de tes surprises animées ? Je ne crois pas qu’il soit au courant. Ca sera parfait pour l’achever … oui, je préfère te le laisser. »

« Je ne sais pas si c’est vraiment une bonne idée mais bon … »

Il n’allait pas se plaindre qu’il fallait se débarrasser au plus vite de cet adversaire. D’un geste lent, il avait placé une main sur le sol fait de pierre, commençant à donner vie à un golem presque aussi grand que le couloir … que cela soit en taille mais aussi en épaisseur.

Cela devait être largement suffisant pour ce qu’ils comptaient faire, n’est-ce pas ? Tery ordonna au golem de commencer à balayer devant lui avant même que la fumée ne disparaisse de leur champ de vision.

« Qu’est-ce que .. OUARG ! C’EST QUOI CA ?! »

Le mur de droite vient de tremblement fortement, Tery se retenant de sourire. Il avait parfaitement compris ce qui venait de se passer. Et la disparition de la fumée lui confirma.

Le démon était tout simplement plaqué d’une main de pierre contre un mur, incapable de faire ne serait-ce qu’un simple mouvement tandis que le golem avait rapproché son visage de pierre de l’être. Il était possible de le voir ouvrir la bouche … mais aucun son ne sortit de celle-ci. Tery eut un petit sursaut … avant de soupirer.

« Qu’est-ce que je m’imagine dans le fond ? Ce n’est pas comme s’ils étaient capables de parler. C’est pas la première fois que je me dis ça. »

« Tery … Tu as ordonné à ton golem de le tuer ou bien … enfin … car là … »

Car là quoi ? Il eut à peine le temps de comprendre que le démon poussa un hurlement, la main de pierre pressant de plus en plus contre le mur … avant que le démon ne brise en morceaux la main de pierre, s’écriant :

« Vous pensez quoi là ?! Vous vous croyez où ?! Que je vais me laisser abattre par le premier démon venu ?! Et ce n’est pas parce que tu sais invoquer un golem que tu es au-dessus du lot ! Je vais vous exterminer tous les deux ! »

« Oh, il a la vie dure contrairement à ce que je pensais. Tant mieux, ça n’en rendra la tâche que bien plus intéressante ! Beaucoup plus même … »

Elise était visiblement plutôt amusée par la situation tandis que Tery obervait son golem avec un bras en moins. Hum … Pourquoi est-ce qu’il éprouvait de la tristesse de le voir avec un membre en moins ? Et surtout de la colère envers ce démon ?

« Je ne sais pas ce qui se passe dernièrement mais tu es prié de plus m’emmerder ! ET DE NE PLUS TOUCHER A MON GOLEM » !

Une main au sol puis une main sur un mur, puis sur l’autre mur. A chaque fois que le jeune homme posait la main sur une paroi, une main de pierre de la taille d’un corps apparaissait, cherchant à frapper le démon qui esquivait les coups, un par un.

« Vous ne pourrez pas m’avoir de cette façon ! Comment est-ce que des … »

« Qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi un mur se trouve t-il en cet endroit ? »

Le démon se figea sur le moment, comme paralysé par la peur, bien visible à cause de la sueur qui s’écoulait en même temps que du sang sur son front. Le mur derrière lui se fissura puis tomba rapidement en morceaux une main s’étant posée dessus.

« J’aimerai savoir … ce qu’une création de ce genre fait dans mon château. Toi … Tu es à son service, n’est-ce pas ? On m’avait signalé que l’un de ses agents avait décidé d’être une nuisance envers ma fille que je n’ai jamais vue. Je ne pensais pas qu’il aurait le culot de chercher à la tuer avant même que je ne puisses la voir. »

« Em … Empereur … Je … Je n’ai fait qu’obéir aux ordres et … »

« Disparais de mon existence et celle du peuple des démons, vaurien. Les êtres de ton genre n’ont aucune place dans le monde où je vis. »

La même main qui avait brisé ce mur s’était dirigée vers le démon. Tery comme Elise regardèrent ce qui était en train de se former. Cette sphère noire, cela ressemblait à de la magie provenant des lignes d’Alzar … mais il avait une étrange sensation … comme si elle était plus pure, vide de tout. Comme si elle avait toute substance qui s’approchait de cette boule. Le démon poussa un hurlement, tout son être se faisant tirer par la sphère, sa peau quittant son visage, puis ses muscles. Tout était en train de se faire avaler par la sphère et quelques secondes plus tard, il n’y avait plus aucune trace du démon.

« Il s’est passé … Il s’est passé quoi, là ? »

« Il a complètement disparu … Il n’y a plus rien du renifleur, plus rien du tout. »

« Hum ? Voilà donc celle qui est ma fille ? Et à côté, est-ce cette personne est celle dont même les plus grands renifleurs n’arrivent pas à trouver la lignée ? »

Il fallait le regarder, le regarder en face, lui tenir tête … mais avec cette magie dévastatrice, il n’était pas certain que ça soit le bon moment de faire l’affront. Autant, dans ses souvenirs, le roi de Shunter avait une certaine prestance, autant ici, il avait l’impression d’étouffer, qu’on l’empêchait de respirer et … il n’était pas certain de pouvoir tenir le coup longtemps.

« J’ai une idée de ce que tu es réellement … Quel est ton nom ? »

« Tery … C’est mon prénom. » dit le jeune homme cornu, arrivant enfin à regarder les yeux rubis qui le fixaient longuement. Oui … Des yeux rubis comme tous ceux qui utilisaient les lignes d’Alzar mais il avait l’impression que c’était … ceux de Manelena. Ils étaient naturels.

« Je vois, je vois … Ta génitrice a choisi un très bon prénom et toi … tu es Elise. »

« C’est exact. Comment est-ce que je dois vous appeler ? Vu que je viens … de tenir bon face à une tentative de meurtre sur ma personne, je ne sais pas trop ce que je dois penser. »

« Tu peux m’appeler père … ou empereur, cela dépendra de ce que tu as à raconter, de ce que tu as vécu, de ce qui va se passer. Pour l’heure, est-ce toi, Tery, qui est responsable de cela ? »

Les yeux … C’était uniquement ses yeux rubis qui le fixaient, comme pour lire en lui. De quoi est-ce qu’il parlait ? Des murs ? Du golem ? Des mains qui sortaient des murs ? Les explosions et autres, c’était Elise hein ?

« Le golem et les grosses mains de pierre, c’est moi. Je suis spécialisé dans les golems et dans la magie terrestre, empereur. Disons que j’ai été … forcé de me défendre. »

« Un golem ? Ah … Vraiment … Je vois. Quelle coïncidence. Je crois que le destin lui-même se mêle de cette histoire. Bien … Accompagnez tous les deux. Vous autres, nettoyez tout cela et faites que ces tâches soient disparues, que ces murs soient réparés, la prochaine fois que je passerai dans ce couloir. »

« Il en sera fait dans les plus brefs délais, empereur ! » répondit un soldat, l’autre s’en allant déjà aussitôt en courant pour prévenir les personnes compétentes. De leur côté, Elise et Tery se regardèrent. Il valait mieux éviter de refuser la proposition du monarque, non ?

D’ailleurs, qu’il se déplace avec aussi peu de gardes, c’était une marque d’insouciance ou de confiance ? Enfin bon, vue la puissance de la magie utilisée, c’était certainement le second cas. Cette magie, il aimerait bien en savoir plus.
Bon par contre, pendant la marche dans les couloirs, cette fois-ci, ils prenaient des chemins inconnus mais un silence pesant s’était installé. Il ne fallait pas qu’il prenne la parole … Il risquait de regretter ses paroles … et cela, il valait mieux éviter.

Maintenant qu’il lui tournait le dos, il était possible de le détailler. Il était grand … anormalement grand. Il devait bien mesurer deux mètres de hauteur voire plus. Oh, il avait déjà l’habitude avec Clari … … … mais surtout Manelena. Mais là, c’était pas vraiment naturel, à croire que l’aspect démoniaque influençait un peu ça.


A côté, on pouvait apercevoir des cheveux noirs bouclés lui allant jusqu’en haut du dos tandis que ses épaules étaient larges et imposantes. Ah … Il donnait vraiment l’impression d’être un monstre de guerre et de puissance. Il devait sûrement se battre fréquemment pour sa survie.

« Ce n’est pas trop compliqué de ne jamais pouvoir dormir sur ses deux oreilles ? »

« Est-ce à moi que tu t’adresses, Tery ? Sais-tu au moins à qui tu t’adresses ? »

Depuis l’époque où il répondait avec insouciance à Manelena avec la même question, il avait mûri … et surtout, il savait que cette époque était révolue. C’est pourquoi il resta silencieux pendant quelques secondes, finissant par répondre quelques secondes après :

« Je voulais juste … me renseigner. Ce renifleur, ou du moins si c’en était un réellement, avait évoqué le fait que l’empereur était souvent la proie de quelques démons qui espéraient l’éliminer pour mettre à mal son pouvoir. »

« Mes propres enfants envoient souvent des assassins pour tenter de m’éliminer. Grand bien leur en fasse. S’ils ne sont pas capables de venir par eux-mêmes, ils ne méritent guère que je m’intéresse à eux maintenant qu’ils sont adultes. »

« Est-ce que cela veut dire que je dois envisager de vous tuer aussi ? » demanda Elise d’une voix calme, Tery étant sure que l’empereur était en train en ce moment même bien qu’il leur tournait le dos. Il s’était d’ailleurs immobilisé, répondant :

« Comme tu le désires. Si tu es motivée à commencer dès maintenant, tu peux le faire … mais est-ce que tu veux prendre ce risque ? »

« Non. Je veux juste … des réponses à mes nombreuses questions … et aussi être sûre de la sécurité pour moi-même et Tery. C’est aussi simple que cela. Nous ne sommes pas encore certains que nous ne soyons plus en danger. »

« Si cela peut éviter de vous montrer trop rassurés, sachez que vous ne serez dorénavant plus jamais en sécurité tous les deux. Vos noms et surtout le tien, Elise, seront bientôt connus de tous et de toutes parmi les démons. Vous n’aurez sûrement plus une minute de répit sans que l’on tente de vous assassiner. Ainsi est la sinistre vie qui vous attend. »

« Ah … Pourquoi est-ce que j’ai posé cette question idiote ? » soupira Elise, comme déçue de la réponse bien qu’elle s’y attendait fortement en fin de compte.

« Car tu viens d’arriver depuis peu. Il va falloir que je revois toute ton éducation par rapport à notre monde … mais tes connaissances de l’extérieur vont nous être très importantes. Il faut que tu le saches, n’est-ce pas ? »

« J’ai compris que ce n’était pas pour moi que vous vouliez que je sois présente … et en vue de ce que j’ai appris par rapport à mes … frères et sœurs, il semblerait que ça ne sera guère mieux. Ah … Je m’en doutai grandement en fin de compte »

Elle pouvait soupirer autant qu’elle le désirait, la situation n’allait pas changer pour autant. Elle le savait très bien, malheureusement. D’ailleurs, une autre question la taraudait et même si ce n’était peut-être pas le moment, il fallait bien qu’elle sorte de sa bouche.

« Quel est votre nom, d’ailleurs … père ? » finit-elle par poser après quelques secondes, surtout pour utiliser ce terme auquel elle n’était guère habituée, surtout avec un parfait inconnu. D’ailleurs, l’empereur lui-même ne semblait pas s’y attendre.

« Hum … C’est vrai que tu n’es pas au courant. Je suis connu dans tout le royaume mais cela est étonnant que mon nom n’ait jamais été cité. »

« Disons que moi et Tery, nous ne sommes pas très sociaux … à la base. Donc les discussions dans les tavernes et les auberges, c’est pas vraiment ce qui nous intéresse. »

« Tu es vraiment très loquace, voire un peu impertinente alors qu’en dépit que tu sois de ma chair et de mon sang, j’en reste ton roi. N’oublierais-tu pas par hasard ta place ? »

« Excusez-là, empereur. Elle est encore un peu chamboulée, vous savez. Il y a moins d’un mois, nous étions parmi les démons vivants proches de la surface, nous faisions des explorations dans Traslord et toutes ces choses. En un mois, on a découvert tellement de choses, entre les différentes strates, ses habitants, ses monstres, nous sommes perdus. »

Il avait posé son regard sur lui, Tery s’immobilisant de peur d’avoir trop parler. Peut-être qu’il valait mieux s’abstenir ? Mais en même temps, il cherchait réellement des informations à ce sujet. C’était un peu tard pour reculer, non ?

« Oui. Disons cela ainsi.Vous me semblez encore trop candides pour avoir de mauvaises intentions à mon sujet … mais c’est généralement ces personnes les plus candides qui deviennent les plus dangereuses si on ne fait pas attention. Mon nom est Malark, empereur du royaume souterrain des démons. »

Pour toute réponse, Tery vint s’incliner respectueusement devant ce dernier, Elise faisant de même de son côté. Pfiou … L’ambiance n’était pas électrique mais on ne pouvait pas dire non plus qu’elle était vraiment très réjouissante à bien y réfléchir.

« Bon … Nous sommes bientôt arrivés à la salle du trône. Dans celle-ci, nous pourrons parler plus librement de ce que nous allons faire de vous … de vous deux, oui. »

« Vous auriez des détails aussi en ce qui me concerne ? » demanda Tery, un peu surpris.

« J’ai ma petite idée à ce sujet … mais rien qui ne soit confirmé. C’est pourquoi je vais plutôt songer à ce que tu ne sois jamais trop éloigné de ma fille ou de mes environs. S’il avère que mes suppositions soient exactes … Ta maîtrise de l’invocation des golems, elle est récente ? Ancienne ? Enfin … Nous en parlerons plus tard. »

Il avait déclaré qu’ils se rendaient vers la salle du trône et cela était maintenant le cas. Contrairement à auparavant, la route était bien moins longue et voilà que des soldats se présentaient sur leur route, laissant le passage au monarque et ses deux invités. D’ailleurs, était-ce normal que ça soit l’empereur Malark lui-même qui fasse ce déplacement ?

Bon après, vu que c’était lui qui avait fait le « ménage » par rapport à ce renifleur qui avait chercher à attenter à sa vie et à celle d’Elise, c’était peut-être la moindre des choses … bien qu’il le sentait beaucoup plus dur et froid que le roi de Shunter. Ah … Le défunt roi, plutôt. Les portes de la salle du trône s’ouvrirent, Malark rentrant en premier, suivi par Elise et Tery qui restaient guère trop loin de lui. Il n’y avait personne … même pas un simple soldat pour faire la garde s’il y avait un problème.

« Bien … Parlons-donc. Vous avez fait un long chemin jusqu’ici. »

« C’est peu de le dire. » marmonna Elise alors qu’ils restaient tous les deux debout. Ils n’avaient pas vraiment envie de jeter un œil au décor de la salle du trône tandis que le monarque s’était d’ailleurs assis sur ce dernier. Contrairement à ce qu’il avait pensé, Tery pouvait constater que le trône était plutôt … doux visuellement ? Il ne savait pas pourquoi, il s’était imaginé un trône en pierre, dur et solide, qui devait sûrement faire mal au dos … mais non pas un trône en tissu, ressemblant à un beau siège sur lequel on pouvait bien s’installer. Oui, non, ce n’était vraiment pas l’idée qu’il avait en tête.

« Mon trône est-il si intéressant que cela, Tery ? »

« Oh … Euh pas vraiment, je pensais juste au fait qu’il n’était pas en pierre. »

… … … Ah. Sa trop grande bouche venait encore de faire son office. Il remarqua le sourcil droit de l’empereur qui se leva, comme pour s’interroger sur la teneur des propos du jeune homme aux cheveux bruns. Elise, de son côté, poussa un profond et long soupir :

« Ce n’est pas parce qu’il s’agit de l’empereur des démons qu’il doit forcément siéger sur un trône en pierre noire. Comme il ne fait pas de décorations à base du crânes qui proviennent de ses ennemis, Tery. »

« HEY ! Je n’ai pas été jusque là, Elise. Ne va pas raconter n’importe quoi à mon sujet non plus hein ? Je tiens à te dire que … »

« Je me demande si les rares démons qui sont nés à la surface sont tous autant des spécimens comme vous autres. Au moins, vous êtes divertissants, tous les deux. »

« Je ne sais pas si je dois prendre cela comme un compliment ou non mais … merci, empereur Malark. Et pardonnez-moi pour cette remarque sur votre trône. »

« Disons que je m’attendais à des personnes … bien plus amères vue la situation. »

« Je crois qu’on a eut notre dose avant d’ouvir ses portes. »

« A ce sujet, vous allez devoir m’expliquer en détails la méthode exacte que vous avez accompli pour pouvoir ouvrir ses portes. »

« Cela risque d’être très long. » déclara Tery en regardant l’empereur, celui-ci hochant la tête positivement. Visiblement, ça ne le dérangeait pas le moins du monde.

« C’est un moindre mal par rapport à ce qui s’est passé en plus d’une vingtaine d’années. Et encore, je n’évoque là que depuis le moment où vous êtes nés, tous les deux. »

« J’aimerai simplement … savoir une chose avant. » dit Elise, ses yeux rivés sur son père. « Est-ce que je peux vous poser une question ou non ? »

« Cela dépend de la teneur de cette dernière. Est-ce qu’elle mérite une réponse de ma part ? Possèderais-je la réponse à celle-ci ? »

« Il y a de fortes chances que oui … donc … Qu’est-ce que je suis pour vous ? A part un enfant né à partir d’une seringue et d’une mère dont je ne sais rien à la surface ? Un simple objet ou un peu plus que ça ? »

« Oh … Question très pertinente mais … est-ce que tu désires vraiment obtenir la réponse à celle-ci ? Je te laisse encore la possibilité de reculer. »

« Vu que Tery et moi avons tout perdu en arrivant ici, dans le monde des démons, je crois bien que je n’ai aucune réticence par rapport à cela. Donnez-moi alors la réponse. »

« Tu es mon enfant, comme les autres. Je ne fais aucune différence suivant la façon dont tu as été conçue. De même, le fait que tu aies survécu à la vie à la surface et que tu sois à l’origine de l’ouverture des portes démoniaques te loge à une meilleure place que quelques uns de tes frères et sœur. Est-ce que tu es rassurée maintenant ? »

« Je ne sais pas si on peut vraiment évoquer ce … terme pour mon sentiment actuel. Mais oui, j’ai eut la réponse que je désirais … en partie. »

« Hum ? Y a t-il un souci par rapport à mes propos ? »

« Simplement, je ne sais pas ce que je dois penser par rapport au fait que j’ai été envoyée et isolée pendant deux décennies dans un monde complètement différent du mien. Comment dois-je interpréter cela ? »

« Ce n’est pas à moi de répondre à cette question. Je ne suis pas dans ton esprit … et nous avons mieux à faire. Il va falloir prévenir les servantes de préparer ta chambre et celle d’invités pour Tery. »

Ahem … Est-ce qu’il devait signaler qu’il préférait dormir avec Elise ? Même s’il risquait de gros problèmes s’il ouvrait la bouche pour cela ? Car il n’était pas sûr que ça ne soit pas mal … interprété de la part du roi ou des servantes. Pfiou … Comment tout ça allait se passer ?

Chapitre 43 : Connaître l’inconnu

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Chapitre 43 : Connaître l’inconnu

« Sommeil facile, petit-déjeuner des plus copieux, c’est vraiment la belle vie par ici. »

« Pour autant, si tu regardes bien sur les côtés, tu remarqueras que tout le monde n’a pas forcément le même déjeuner. Comme quoi hein … »

Elise avait toujours une remarque à faire mais en même temps, il ne pouvait pas lui donner tort sur le coup puisqu’il était vrai que d’autres démons mangeaient des mets encore plus raffinés et délicats … même pour un simple petit-déjeuner.

« Et puis, la discussion avec cette servante hier, ça m’a un peu coupé l’appétit, Tery. »

« C’était hier … et de quoi est-ce que tu parles exactement, Elise ? De quoi est-ce qu’il s’agit ? Car là, j’en ait pas vraiment idée, je dois avouer. »

« Je veux parler du fait qu’il suffit que l’on mange un peu de chair de ces créatures souterraines pour obtenir une partie de leurs pouvoirs. Qui sait si on ne mange pas du démon en ce moment même ? Comment en être sûr ? »

« Tout simplement en évitant de se poser cinquante questions, Elise. Sincèrement, ça ne mènera à rien de se faire un mauvais bourdon … si c’est l’expression. »

« Je sais bien que … tu es d’accord mais en même temps … En plus, tu ne l’as peut-être pas vu hier mais on a été percé par des aiguilles. J’ai remarqué ça en me lavant. »

Des aiguilles ? Elle présenta son bras droit, laissant paraître ce qui semblait être un trou minuscule au niveau d’une veine. Il fit de même avec ses propres bras, cherchant un trou avant de finir par le trouver, murmurant :

« Pourquoi est-ce qu’ils auraient fait ça ? Tu crois qu’ils ont cherché à nous injecter quelque chose en nous ? Peut-être que l’on va devenir d’horribles monstres ? »

« C’est pas franchement drôle, Tery ! Pas du tout ! » s’exclama Elise avec colère.

« D’accord, d’accord, je reconnais facilement quand j’ai raconté une bêtise. Je tiens à m’excuser, Elise. Je ne pensais pas que tu le prendrais mal. »

« Surtout après ce que j’ai dit, c’est ça ? Est-ce que tu te moques vraiment de moi ? »

« Vous semblez toujours aussi actifs, vous deux. Avez-vous passé une bonne nuit ? » demanda une voix masculine, Tery et Elise arrêtant de se chamailler pour se tourner vers la personne qui venait de leur adresser la parole.

« Vous êtes … l’un des renifleurs d’hier, n’est-ce pas ? Pour la nuit, elle a été excellente. C’est vraiment un endroit merveilleux … par contre … »

« Hum ? Oui ? S’il y a des réclamations, je pourrais les donner à l’aubergiste et … »

« Ca serait plutôt par rapport aux aiguilles plantées dans nos bras. Enfin … les trous. »

« Oh … Euh … Hum … On va dire que je suis en partie là pour ça. » dit le renifleur de façon un peu évasive. Visiblement, il avait été surpris par les propos de Tery mais avait très vite retrouvé une certaine contenance alors que Tery finissait de déjeuner.

« Et donc, vous allez nous expliquer ce que c’est ou non ? » continua Elise, le renifleur regardant autour de lui avant de dire sur un ton plus faible :

« Finissez de manger, prenez vos affaires et suivez-moi, nous avons à parler. Cela concernera principalement vous, mademoiselle Elise. »

Principalement elle … pour ne pas changer. Le jeune homme aux cheveux bruns évita de faire la remarque, voyant qu’Elise s’était déjà levée pour retourner vers la chambre. Il fit de même, récuparant ses affaires et celles de la jeune femme avant de retrouver le renifleur. Celui-ci quitta l’auberge avec eux, murmurant :

« Bon … On va dire que nous avons eut les résultats sanguins … en ce qui vous concerne. On sait de quel sang vous êtes tous les deux. Du moins, pour mademoiselle Elise, c’est facile. »

« Qu’est-ce qu’elle est en vrai ? Duchesse du monde démoniaque, c’est ça ? »

« Oh … Ce n’est pas à moi de vous le révéler directement. J’imagine que ça sera à sa propre famille de le faire. Les retrouvailles vont être très remarquées. »

Retrouvailles ? Famille ? Interloqué, il regarda Elise. Ils allaient retrouver la famille d’Elise ? Enfin, celle dont elle était originaire ? Enfin, son sang quoi ! Euh … Même s’il avait trouvé que cela avait été un peu lent ces dernières semaines, là, ce n’était pas l’inverse ?

« Est-ce que tu es prête émotionnellement, Elise ? A ça ou non ? »

Le jeune homme aux cheveux bruns s’était adressé à sa compagne mais celle-ci était bien moin apeurée que lui, répondant d’une voix calme et stoïque :

« Allons-y … vu que j’ai deux mots à dire à ma … « famille » »

« Attention quand même à vos paroles, vous comprendrez sur le moment que ce n’est pas à dire à la légère, n’est-ce pas ? »

« Oui oui, bien entendu, je serais sage et respectable à ce moment précis. Vous pouvez nous y emmener ? C’est dans une autre ville ? »

« Nullement, là où nous nous rendons, c’est au … « coeur » de la capitale. Encore qu’il ne s’agit pas de son centre, paradoxalement. Accompagnez-moi, cela va prendre une ou deux heures de marche et nous aurons ensuite terminé. »

Encore de la marche … mais bon, visiblement, il semblerait que tout soit bientôt fini. Ainsi, il ne chercha pas à se plaindre et Elise fit de même de son côté. Par contre, niveau tenue, ils étaient vraiment bien différents des autres … et il était impossible de les ignorer. Ils remarquèrent le regard de quelques soldats qui se tournaient vers eux, prêts à agir avant de s’arrêter en voyant visiblement avec qui ils étaient accompagnés.

Déjà la précédente ville avait été un endroit splendide avec ces cristaux mais ici … ces tours, ces bâtiments, ces ruelles marchandes, ces véhicules montés, ces tenues extravagantes, ces innombrables servants et servantes qui étaient présents un peu partout, c’était …indécent. Pour autant, ce n’était rien par rapport à l’endroit où le renifleur les emmenait.

Plus ils avançaient, plus il avait l’impression qu’ils dépassaient une nouvelle échelle sociale et de noblesse. Toutes les vingt à trente minutes, les bâtiments devenaient encore plus luxueux, plus grands, plus impressionnants … et le nombre de servants et servantes augmentaient pour un nombre bien moindre de nobles.

« Vous pouvez apercevoir le lieu où nous rendons d’ici là. Il se trouve en face de vous. »

Le lieu ? Ah … Car même s’il s’agissait un bâtiment, il était tellement grand et imposant qu’on pouvait considérer qu’il était une partie de la ville à lui seul ? Car oui, les tours, les murs de pierre, les soldats … voire même chevaliers, qui se présentaient dans les ruelles, c’était bien ce qu’il était en train de s’imaginer ? En regardant Elise, peut-être qu’elle aussi … n’est-ce pas ? Pour autant, le jeune homme aux cheveux bruns finit par murmurer :

« Elise … Tu penserais que … par hasard, tu … »

« Je ne veux pas y penser. C’est trop … C’est n’importe quoi. J’ai été élevée par un aubergiste qui m’a considéré comme sa fille pendant tout ce temps. Je l’ai … tué par mégarde lorsque je suis devenue adulte, lorsque j’ai perdu le contrôle de mes pouvoirs. Ce qui se se passe, ce n’est juste pas possible. Ce n’est pas … ce qui doit m’attendre. »

Elle était apeurée, n’est-ce pas ? Elle avait tout fait pour montrer un air détaché et désintéressé mais la réalité revenait de plein fouet en ce moment même. Pfiou … Bon, peut-être qu’en prenant sa main, elle allait se sentir rassurée ? Le jeune homme glissa doucement vers celle d’Elise, l’agrippant fermement alors qu’elle paraissait presque choquée.

« Tu n’es pas vraiment obligé … Tery, tu sais, je crois être assez adulte et grande … »

« Et si tu peux donc juste te taire quand il le faut, n’est-ce pas ? » dit Tery, la jeune femme plongeant dans un mutisme particulier puisqu’elle était en train de sourire à moitié bien que discrètement. Bon … Ce n’était pas tout ça mais il fallait y aller !

« Nous devrions nous dépêcher. J’espère que vous n’êtes pas en train de vous disputer. Cela ferait assez mauvais genre là où je vais vous emmener. »

« Vous en faites pas, on sait bien se tenir. D’ailleurs, la façon dont vous utilisez les termes, cela donnerait presque l’impression que c’est vous qui risqueriez de ne pas bien paraître non ? Enfin, j’imagine que cela ne vous préoccupe pas trop. »

« Les renifleurs ne sont pas là pour se pavaner en public. Nous sommes là pour notre efficacité. Nos habits ne sont pas faits de tissus de grande qualité. »

« Oh … Ce n’était pas une complainte, loin de là. Moi et Elise, nous avons encore tellement à découvrir à ce sujet, vous comprenez. C’est vraiment nouveau à nos yeux. Excusez-moi si je vous aie vexé par mes paroles, ce n’était guère ce que je désirais. »

Et voilà ! Bon … au moins, en faisant une discussion, même absurde, avec ce démon, il avait l’impression que le temps passait plus rapidement. Pour autant, lorsqu’ils arrivèrent aux portes de ce château colossal, des gardes se positionnèrent, bloquant l’accès :

« Interdiction de pénétrer à l’intérieur sauf si vous avez une autorisation. »

« Cette démone est l’autorisation en elle-même. J’imagine que vous n’avez pas été mis au courant ? Peut-être devriez vous interroger les renifleurs royaux ? »

« Hey … Toi ! Vas-y dès maintenant. Même si on le connaît à force, on est jamais trop sûrs. J’ai pas envie de perdre mon boulot. » dit un garde à l’autre, celui-ci marmonnant que c’était toujours lui qui se tapait la corvée de course. « Et évite de te plaindre, si t’es nul aux jeux de dés, c’est pas de ma faute. Vas falloir apprendre à gruger comme les autres. »

« Ouais, ouais, ouais, j’y vais, j’y vais. » dit finalement le garde avant de s’éloigner en courant en arrière, disparaissant dans les couloirs.

Il ne fallut que quelques minutes pour que le soldat revienne, essoufflé mais seul. Visiblement, vu son visage apeuré, la discussion ne s’était peut-être pas passée aussi bien que prévue.

« Faut qu’on les laisse rentrer absolument sinon, on risque d’avoir de gros problèmes. »

« Ne me dit pas que l’ordre vient … de lui directement ? » demanda le garde alors que le second hochait la tête faiblement. Rapidement, la lance qui obstruait le passage se dégagea, laissant place au renifleur, à Tery et à Elise, pour leur permettre d’avancer. « Si j’étais vous, j’irais me dépêcher avant qu’il soit trop tard. »

« La faute à qui, hum ? Mais bon … Vous en faites pas, je dirais que vous avez fait votre travail et qu’on ne peut pas vous en vouloir d’empêcher la réunion d’une enfant à sa famille. »

Enfant, enfant, Elise était adulte hein ? Mais vue comment les deux soldats étaient tendus, il valait peut-être mieux s’abstenir de faire la remarque. Il était pas certain que ça soit apprécié par la personne qu’ils allaient rencontrer … voire les personnes.

La marche fut silencieuse. Personne n’osait parler, loin de là. Le seul bruit était celui des pas du trio alors que pourtant, quelques gardes étaient placés de part et d’autre. Ils étaient dans un château, cela lui rappelait des souvenirs … de Shunter.

Pas forcément le bon moment pour y penser, il le savait parfaitement … mais en même temps, difficile d’ignorer ce qui se passer. Il n’y avait plus aucun doute sur les origines d’Elise. Ils en étaient sûrs et certains. Elise … Elle tremblait de plus en plus et ce n’était pas sa main dans la sienne qui allait la rassurer. Il s’en voulait … un peu.

« Devant le monarque, vous serez vraiment priés de bien vous comporter. J’imagine que vous avez parfaitement compris la situation, n’est-ce pas ? »

« Oui … Ce que je dois comprendre surtout, c’est qu’à mon sujet, on ne sait rien, hein ? »

« A l’heure actuelle, vous êtes bien le cadet de nos soucis, si vous voulez tout savoir. »

« Bon au moins, comme ça, c’est franc et direct, j’en attendais pas tant. »

Il avait répondu de façon un peu ironique, comme pour bien monter que de telles paroles ne l’affectaient pas le monde. Au moins, maintenant, ils étaient sûrs par rapport à la situation. Pfiou … Comment est-ce qu’ils allaient devoir se tenir ? Car autant, Manelena, il avait appris à la connaître, autant cette personne qu’ils allaient rencontrer …

« Comment est le roi ? » finit-il par demander après quelques secondes tandis qu’ils continuaient à marcher dans les couloirs, toujours plongés dans le silence. C’était étrange et vraiment très saugrenu … Il ne s’attendait pas du tout à une telle ambiance. Il s’imaginait que cela serait bien plus vivant mais au final, il en était rien.

« Comment est le roi ? Hum … Difficile à exprimer par des mots. Disons que s’il est le roi, c’est bel et bien par rapport à sa force. Ce que vous devez savoir, c’est que chaque roi … ou reine … dévore celui de la génération précédente lors du passage du trône. »

« Hors de question que je bouffe un démon. » déclara Elise aussitôt.

« Oh … Ne vous en faites pas à ce sujet, vous n’êtes pas la seule dans la course au trône. »

« Sachant que je ne veux pas participer à cette dernière, je veux juste voir la tête de mon … géniteur et visiblement aussi du reste de ma famille d’après vos paroles. »

« Oh … Ce n’est pas à moi de régler les conflits de famille. Je ne fais que vous emmener. Mais si vous voulez rencontrer le reste de votre famille, cela sera difficile puisqu’ils sont un peu éparpillés dernièrement. On va dire qu’ils ont quartier libre et qu’ils peuvent se rendre où ils le désirent. »

« Tant mieux si nous nous comprenons alors. Bon … C’est encore loin par contre ? »

Elle ne devenait pas un peu agaçante ? Enfin, pas pour lui mais il pouvait comprendre qu’elle risquait d’énerver le renifleur à cette allure. Pour autant, celui-ci ne semblait pas vraiment s’en préoccuper, continuant d’avancer comme si de rien n’était.

Bah … S’il arrivait à supporter Elise, c’était une bonne chose mais pour combien de temps ? Le jeune homme aux cheveux bruns était plus intéressé par la décoration sur les murs. C’était assez austère mais en même temps, il voyait plusieurs tableaux de différents démons et démones. Pfiou … Aucun sourire sur ces derniers, juste un aspect royal omniprésent. D’ailleurs, certains de ces démons portaient des armures et des armes, allant de l’épée à la hache à deux mains, rien que ça.

« Dites … Par rapport aux guerres et toutes ces choses, est-ce que tous les démons acceptent le roi comme leur souverain … ou parfois, cela dégénère ? »

« Parfois ? Ah ! Bien trop souvent même … Être le roi du monde souterrain, c’est avoir réussi à survivre à toutes ces épreuves … et celles qui arrivent un peu chaque semaine. C’est bien pour cela que le roi dévore la génération précédente, cela lui permettant d’acquérir toute l’expérience nécessaire à sa survie … mais pour cela, il doit aussi prouver sa valeur. Ah … Vous allez avoir beaucoup de mal à vous faire une place, mademoiselle Elise. »

« Je dois répéter cela combien de fois pour que vous puissiez comprendre ? »

« Je pensais que mes paroles étaient assez explicites. En tant que fille du monarque ayant vécue à la surface, vous allez être une cible de choix pour le reste de votre famille. Vos connaissances sur la surface seront privilégiées par rapport à tout le reste. »

« Pour cela, ils devront passer par moi. » commença à dire Tery, cherchant par là à rassurer Elise qui avait légèrement blêmie. Elle ne s’était peut-être pas attendue à ça … du moins, de cette manière. C’est pourquoi il se voulait être présent.

« Oh, je n’en doute pas un seul instant … mais bon, il semblerait que la prochaine succession soit riche en rebondissements ! Et qui sait ce qui nous attends à la surface, n’est-ce pas ? C’est comment, franchement ? On en lit des bouquins anciens et entiers mais aucun démon à part vous deux, n’a vécu aussi longtemps à la surface … et les éclaireurs envoyés là-bas ne sont pas encore assez entraînés pour survivre voire y vivre assez longtemps pour nous donner plus de détails à ce sujet. Est-ce vrai qu’il y a un astre solaire et lunaire ? »

Wow ! Un changement de sujet aussi rapide avait de quoi surprendre. Le jeune homme aux cheveux bruns regarda le renifleur, un peu interloqué, ne sachant pas réellement quoi répondre avant de finalement se décider :

« Bien sûr … On les appelle le Soleil et la Lune. Selon l’endroit où nous nous trouvons à la surface, ils sont plus ou moins présents. Ainsi, dans certaines zones, le Soleil restera présent pendant presque toute une journée tandis qu’ailleurs, certains ne l’ont peut-être jamais vu. »

« Intéressant, vraiment très intéressant, vous voyez, vous devriez parler de ça puisqu’en ce qui concerne votre odeur et votre sang, nous n’arrivons pas à savoir de quelle famille vous êtes. Si en plus de ces connaissances, vous savez vous battre, vous arriverez alors très vite à vous faire une place, ce qui est nécessaire si vous espérez survivre en ces lieux. »

Hum … Bon, il devait danser sur quel pied avec ce type ? Car entre ses « conseils » et ses « questions », autant dire qu’il était difficile de savoir ce qu’ils devaient penser réellement de ce type. Pour autant, ce n’était pas le moment de se préoccuper de ça.

Pfiou … Ils n’avaient pas assez marché tous les trois ? Il avait l’impression que ça ne finissait jamais … et cela commençait doucement mais sûrement à le fatiguer mentalement. Il voulait que cela se termine et il avait l’impression qu’il repassait dans les mêmes couloirs, peut-être à cause du fait qu’il revoyait certains tableaux ?

« Dites … Nous sommes bientôt arrivés ? Je crois que faire retarder le roi, ce n’est pas une bonne chose, n’est-ce pas ? Si vous vous êtes perdu, on va se débrouiller tous les deux seuls. »

« Ah mais … Attendez un peu ! Nous y sommes bientôt ! Vous ne serez pas déçus et … »

« Bon, j’ai plus l’impression que votre but est de nous faire perdre notre temps en attendant d’autres personnes, n’est-ce pas ? »

« Qu’est-ce qui vous faite dire cela, mademoiselle Elise ? » demanda le renifleur, finissant par s’arrêter, tremblant un peu de tout son être.

« J’ai bien l’impression que tu nous prends pour des imbéciles depuis le début. C’est bien gentil de répondre à nos questions et de nous en poser mais on marche, on marche et bizarrement, il n’y a pas un seul garde sur notre chemin, ce qui est étrange pour le château du monarque de ce monde. Même ‘il est surpuissant, il en est pas immortel et il doit avoir de nombreux soldats pour le protéger. »

« Ils sont simplement en pause, vous en avez bien vu deux à l’entrée, non ? »

« Oui mais après, plus rien du tout … et il semblerait qu’ils étaient effrayés plus qu’autre chose, n’est-ce pas ? Bon … De toute façon, je crois bien que j’ai vu clair dans votre jeu. Vous travaillez pour l’un de mes frères ou l’une de mes sœurs non ? »

« Mais qu’est-ce que vous êtes en train de vous imaginer, vous … »

Une flamme. Il avait juste eut le temps de voir une flamme partir d’Elise qu’il fit un pas en arrière, esquivant alors ce qui allait s’abattre sur le renifleur. Du moins, c’est ce qui était prévu avant que le renifleur ne fasse un saut sur le côté pour éviter la flamme.

« Vous devriez arrêter cela, mademoiselle Elise. Agresser un renifleur, cela reste un crime très grave, vous le savez, non ? »

« Je n’en sais rien vu que je connais rien à vos lois ici mais vu que je suis de sang royal, je n’ai pas à appliquer ces lois sur moi … surtout si cela consiste à me défendre d’une agression visant à me tuer avant même que je ne rencontre ma famille. »

« Ah … Vraiment, vous rendez la chose bien plus compliquée et difficile, vous vous en rendez compte ? Vous n’arrangez rien du tout en agissant de la sorte, c’est vraiment dommage. Qu’est-ce qui vous a mis la puce à l’oreille ? »

« Hum … peut-être le fait que vous n’étiez pas parmi les renifleurs d’hier ? Vous savez, j’ai été serveuse dans une auberge durant la majorité de ma vie. Avec cela vient une mémoire visuelle et auditive assez grande pour nous permettre de nous rappeler des visages, des commandes et autres. Il est vrai que je suis un peu rouillée dernièrement mais bon … Merci de me permettre de me remettre à niveau très vite. »

« Tsss … Et dire que pour l’autre imbécile, cela était bien plus … »

« Simple ? C’est le bon terme ? » murmura Tery en fronçant les sourcils, les lignes d’Alzar apparaissant en même temps que ses cornes. Une main posée sur l’un des murs du couloir, voilà que deux autres firent leurs apparitions, scellant complètement le couloir de part et d’autre. « C’est vrai que je suis un idiot. Je n’avais pas remarqué ça … »

« Pas bien grave, Tery. Je me méfies de tout ce qui m’entoure et il a eut la malheureuse idée de nous signaler ce que ma famille complote en son sein … à partir de là … il a signé son propre arrêt de mort. Eliminons-le. »

L’homme cornu émit un petit rire, comme amusé par les propos du duo. En tant que renifleur, il n’était pas à prendre à la légère … et puis, il n’était pas bloqué avec eux, ils étaient bloqués avec lui, voilà toute la différence dans cette situation.

Chapitre 42 : Méli-mélo démoniaque

ShiroiRyu
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Chapitre 42 : Méli-mélo démoniaque

« Bon … C’est vraiment le grand luxe par ici. C’en est effrayant. »

« Tery, tu devrais toucher ces draps et ces couettes, c’est … prodigieux ! » s’exclama Elise alors qu’il soupirait doucement. Qu’est-ce qu’ils avaient de si … oh. Elle avait raison. C’était sacrément doux mais en même temps, il sentait parfaitement la chaleur dans le tissu. Cela sera un vrai plaisir de dormir et … oh, d’ailleurs.

« C’est un lit double, Elise. Tu éviteras de prendre toute la couverture, n’est-ce pas ? »

« Hum, tu me dis ça alors que la dernière fois, c’est toi qui t’aie mis dans un cocon de couverture car tu avais un peu froid ? Tu crois que je l’ai oublié ou quoi ? »

« Je me dis que peut-être, il aurait valu mieux que ça soit le cas, Elise. Ah … On va explorer les autres pièces ? Car si c’est la chambre la moins spacieuse de l’auberge, j’ai l’impression qu’elle fait trois ou quatre fois la taille de notre précédente chambre. C’est vraiment un tout autre monde, ça en est effrayant. »

« Tu te répètes, Tery. Pour quelqu’un qui est effrayé, tu ne le montres pas vraiment. »

« C’est surtout une expression, Elise. Bon, tu viens que l’on teste ce lit ? Hum … Non, quand je parle comme ça, ça peut porter à confusion. »

« Je sais bien que cela fait plusieurs mois mais je suis certaine que tu aies capable de te retenir encore quelques semaines voire mois de plus, n’est-ce pas ? »

Et Elise qui en rajoutait une couche. Erf ! Il déposa son sac sur le lit avant de vérifier les autres pièces. D’accord, même la salle de bain était imposante et s’il n’y avait que ça… Une petite pièce qui ressemblait à un bureau pour pouvoir écrire et déposer des livres. D’ailleurs, à bien regarder autour de lui, il s’exclama :

« Ca donne l’impression que certains y vivent à l’année ! Ils ont sûrement de sacrés moyens pour arriver à ça ! J’arrive pas à le croire … »

« Ca en est effrayant, c’est bien ça ? » déclara Elise, son visage restant stoïque.

« Hin hin hin … très amusant, n’est-ce pas ? Que cela est drôle de s’amuser de ma personne, n’est-ce pas ? » dit-il en souriant à la jeune femme.

« Tu voulais dire « n’est-il-pas ? », non ? Puisque nous sommes visiblement de haute lignée, nous devrions commencer à apprendre à bien nous comporter en société. Alors, Tery, tu vas m’imiter. Courbette, rond de jambe, s’incliner et autres. D’ailleurs, ils n’ont pas cinquante fourchettes, couteaux et cuillères lorsqu’ils mangent ? »

« Je t’avoue que je n’ai jamais vraiment vu Manelena se comporter de la sorte. Une fourchette, c’est une fourchette. Pareil pour Royan. »

« Je crois que ces deux personnes sont loin d’être les parfaits exemples dont nous avions besoin, Tery. C’est pas vraiment le genre de roi et reine issus d’un livre de contes. »

« Je me doutes. Encore que Royan, ça pourrait aller mais … Manelena, on parle quand même d’une femme qui se balade en armure noire, qui combat en première ligne, qui a voyagé dans le monde entier, combattu des créatures légendaires et … »

« Bon d’accord, ce sont bien des héros de contes mais sûrement pas de fées. » corrigea Elise en comprenant que si elle n’arrêtait pas Tery maintenant, cela ne serait jamais le cas.

« Ah là, par contre, je ne peux pas te donner tort. La vie avec eux n’est pas celle à laquelle on pourrait s’attendre réellement. »

Mais bon, ils allaient arrêter d’en parler hein ? Il avait réussi à ne pas trop penser à Elen et Manelena ces derniers jours avec la situation actuelle … donc s’ils pouvaient éviter de le faire replonger dans ses souvenirs douloureux, il ne dirait pas non.

Mais bon, Elise n’était pas forcément au courant que … Hum … En vue du regard qu’elle lui lançait, elle aussi souffrait toujours de cette situation … et ils ne faisaient rien du tout pour l’améliorer. Ils l’empiraient même … en s’éloignant de plus en plus de la surface.

« Bon bon bon … Maintenant qu’on est là, je pense que je vais en profiter pour me faire un brin de toilette. Tery, tu passes après moi ? »

« Fais donc, fais donc, Elise. Je vais regarder un peu par la fenêtre. »

Voir quoi ? Il ne savait pas trop. Il ne s’était pas vraiment posé la question à l’heure actuelle. Enfin, en jetant un œil dehors, ce qu’il pouvait remarquer, c’était pas seulement quelques nobles qui se promenaient mais les nombreux démons qui les suivaient, avec divers objets entres les mains. Des serviteurs, n’est-ce pas ? Il y avait aussi quelques servantes et … hum … Vu qu’il était en hauteur, il remarquait que celles-ci devaient laisser un sacré aperçu de leurs formes d’après les tenues qu’elles arboraient.

« Messire ? Mademoiselle ? » demanda une voix en même temps qu’il entendait quelques coups à la porte. Hum ? Quoi ? Une servante ? Maintenant ? Ah bon … Il valait mieux qu’il ouvre la porte, il était civilisé.

« Oui ? Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » demanda Tery, observant brièvement la démone. D’accord, elle n’était pas vraiment plantureuse mais elle avait ce qu’il faut là où il le fallait. Si on rajoutait que les découpes dans ses vêtements lui laissaient le tissu coller à sa peau. Oui enfin bon, ça ne changeait pas qu’elle avait un air surpris dans le regard :

« Euh … Faire pour moi ? Mais c’est plutôt l’inverse. On m’a envoyé pour savoir si vous aviez besoin de quelque chose. Je suis à votre service durant toute la durée de votre séjour. »

« Notre séjour ne va pas être très long hein ? Il sera même plutôt court, donc je ne vois pas trop ce dont nous aurions besoin. On connaît à peine cet endroit. Nous venons d’arriver. »

« Oh … Soit. Mais sachez que nous proposons divers services à nos clients et clientes, cela va de la préparation de la chambre aux massages en passant par le fait de se faire nourrir. Nous accomplirons le moindre de vos désirs, qu’ils soient masculins ou féminins. Le bonheur de nos clients passe avant tout le reste, sachez-le. »

« Euuuuh …. Euuuuh … D’accord, le message est bien passé, merci. » dit simplement Tery, ne sachant guère réellement où se mettre maintenant.

« Puis-je prendre congé maintenant, messire ? »

« Bien entendu, bien entendu ! Vous pouvez disposer. Merci quand même pour m’avoir prévenu. Je vous souhaites une bonne journée ! »

« Il en va de même pour vous. Passez une bonne journée et n’hésitez pas à sonner si vous avez besoin d’une chose quelconque. Je suis à votre entière disposition. »

Oui oui ! Il avait compris la première fois mais il semblerait que la démone voulait vraiment qu’il l’invite à l’intérieur sauf que ce n’était pas possible ! Pas parce qu’il y avait Elise mais bel et bien parce qu’il ne pouvait pas se permettre ça. Il avait une certaine décence qui manquait clairement à cette servante … mais elle n’avait pas l’air méchante.

« Au revoir, mademoiselle … Est-ce que vous avez un nom ? »

« Erety, pour vous servir. » dit-elle tout en se courbant devant lui. Mais non, mais non, pas besoin de se mettre autant en valeur.

Il attendit qu’enfin elle parte pour pouvoir refermer la porte derrière lui. Bon … Ce n’était pas tout ça mais bon, Elise en mettait du temps, n’est-ce pas ? Elle s’était pas endormie dans le bain quand même ? Par contre, il était pas indécent, il allait patienter sagement.

Elise sortit de la salle de bain après plusieurs minutes, demandant à Tery de qui il s’agissait. Le jeune homme répondit tout simplement que s’ils avaient besoin d’un service, il y avait une personne à disposition pour cela. Peut-être pour le repas dans la chambre ?

« Je te promets que cela fait le plus grand bien. Et que dire des produits. J’ai l’impression d’être une reine dans un tel lieu, Tery ! »

« Attention à ne pas faire que cette impression devienne la réalité, Elise ! »

« Et si c’était le cas … Est-ce que ça changerait quelque chose entre nous, Tery ? »

« Je ne pense pas. Tu seras toujours Elise et je serai toujours moi. A partir de là, pas besoin de plus d’indications à ce sujet, non ? »

Et maintenant, si elle voulait bien lui pardonner, il allait aussi se laver de son côté ! Le jeune homme aux cheveux bruns partit en direction de la salle de bain, s’y engouffrant à l’intérieur avant de pousser un cri de surprise. Bon dieu, c’était pas une baignoire mais un lac quoi ! On pouvait y rentrer au moins six ou huit personnes ! Bon, la vision de voir huit personnes dans une même baignoire était … déplaisante mais voilà.

Et maintenant, il allait voir comment était l’eau chaude. Se déshabillant en intégralité, voilà qu’il se dirigeait tout simplement vers la baignoire, jetant quand même un œil aux différentes huiles essentielles et autres objets inconnus. C’était bien la première fois … qu’il voyait de telles choses. Comment est-ce que ça marchait ? Il ouvrit un flacon, reniflant à l’intérieur.

« Bon ! Ca a plutôt une bonne odeur ! On va mettre ça ! Puis ça aussi ! »

Et ça encore ! Il ne savait pas trop ce qu’il faisait tomber dans l’eau mais il remarquait que cela produisait pas mal de mousse. Bah … Ca ne semblait pas être bien dangereux de toute façon. Trente minutes plus tard, le voilà propre comme un sous neuf, Elise faisant une petite moue avant de se rapprocher de lui.

« Et bien, qu’est-ce que tu fais ? Tu veux devenir une renifleuse comme les autres ? »

« Hum … Dis moi, mais tu cocottes. Avec quoi est-ce que tu t’es parfumé ? »

« Je ne sais pas vraiment ? Il y avait tellement de flacons mais je ne pouvais pas tous les utiliser donc bon … j’ai pris au hasard ! »

Au hasard ? Elle cligna des yeux, essayant de voir s’il était sérieux mais au regard qu’il lui lançait, elle comprit que … oui. Ah … Qu’est-ce qu’elle allait faire de lui ? Elle se le demandait … elle se le demandait vraiment.

« La prochaine fois que tu veux prendre un bain, dis-le moi. »

« Euh … Non merci, Elise. Je ne suis pas intéressé par le fait que tu viennes dans la baignoire avec moi. J’ai quand même certaines limites. Même avec Elen, je n’ai pas été aussi l… »

« Non mais espèce d’idiot ! C’était pas pour prendre un bain avec toi mais simplement pour être sûr que tu ne fasses aucune bêtise ! »

« Hey … Je ne suis pas un gamin, je sais encore me laver correctement hein ? Je ne vois pas ce qui te fait dire ça … Bon par contre, y a une étrange odeur et je ne sais pas d’où elle vient. Tu as une idée ? » demanda t-il alors qu’elle se donnait une claque sur le front.

« Peut-être de toi ? Car tu as mélangé tout et n’importe quoi ? Et tu es presque bon pour en reprendre un second. Tu veux que j’appelle une servante pour te faire un décrassage ? »

« Non merci. C’est le genre de servantes qui propose plus qu’il n’en faut et … je n’ai pas vraiment besoin de ça. Ah … Faudra t’en accommoder, Elise. »

« De quoi ? Tu crois vraiment que tu vas t’installer dans le lit comme ça ? Tu vas dormir sur le fauteuil et si tu n’es pas content, c’est pareil ! Ou alors, tu va reprendre un bain et faire disparaître cette odeur, c’est à toi de voir. »

« Grmbl … Bon, d’accord, j’y retourne. Je vous jure, les femmes, des fois. »

« Et tu évites de te plaindre, d’accord ? Et tu fais ça avec le sourire, s’il te plaît ! »

Ca ne lui plaisait pas justement hein ? Il s’éloigna de la jeune femme cornue avant de retourner dans la salle de bain. De son côté, c’était à son tour à Elise de jeter un œil par la fenêtre, un peu songeuse par rapport aux événements.

« Je n’avais jamais remarqué … mais ces démons ont une drôle d’allure. »

Chez ceux qu’elle connaissait, ils étaient majoritairement comme elle ou Tery. C’est à dire humanoïdes avec des cornes de démon en permanence. Bon chez eux, les cornes pouvaient disparaître bien qu’ils évitaient de trop les cacher mais là … ici, ce n’était pas pareil. Certains démons n’étaient pas cornus.

« Mais surtout, ils ressemblent à des … gens de la surface. »

Oh pas comme ça forcément ! Pas uniquement ! Non, c’est juste qu’elle remarquait des branchies, des oreilles de citoyens d’Honoros, des ailes comme ceux de Claudiska, oui … C’était ça ! En fait, c’était des démons mais avec des attributs provenant des races de la surface ! Qu’est-ce que ça voulait dire exactement ?

« Pour des démons qui n’ont jamais vu la surface depuis des siècles, c’est étrange. »

Mais en même temps, ce n’était pas à elle de faire une réflexion de la sorte. Elle provenait de la surface donc bon … elle était sûrement moins démone que la majorité de ces êtres.

« Bon ! Elise, est-ce que ça te convient maintenant ? »

Il était revenu de la salle de bain, torse nu, avec juste son pantalon comme habit. Les cheveux encore trempés, il s’était approché d’elle, penchant la tête pour qu’elle puisse le sentir. La jeune femme aux cheveux auburn poussa un cri avant de lui prendre la serviette et de dire d’une voix énervée mais inquiète :

« Mais tu es malade ou quoi ? Tu veux justement tomber malade en étant trempé comme ça ? Et oui, l’odeur est partie ! Manquerait plus que tu n’ailles pas bien pour les prochains jours. »

« Hey, tu n’as pas à t’en faire, je suis du genre très résistant. Si tu commences à te faire du souci pour les moindres petites choses, tu ne seras pas sortie de l’auberge. »

« Je ne compte pas en partir mais j’ai quand même le droit de me préoccuper de ta santé. Bon, sinon, Tery, tu avais vu que certains démons sont comme les races de la surface ? »

« Pendant que l’on marchait dans la capitale jusqu’à l’auberge ? Oui, brièvement. J’ai trouvé ça étrange et je me demandais si ce n’était pas des émissaires mais au final, vu que certains avaient des cornes, je me doutais que ce n’était pas le cas. »

« Ah ! Et tu n’as pas pensé à m’en parler dès que nous étions seuls ? »

« Sincèrement, j’en voyais pas l’utilité. Si ça t’intéresse tant que ça, on peut interroger la servante à ce sujet. Moi, ce qui m’ennuie le plus, ce sont les autres démons. »

« Quels autres démons ? De quoi est-ce que tu parles maintenant ? »

Il avait fini par remettre son haut après qu’elle ait fini de le sécher. Oui bon, cela l’avait particulièrement gêné qu’elle fasse ça mais il avait préféré ne rien dire à ce sujet. Mais voilà qu’elle lui avait posé une nouvelle question, Tery répondant :

« J’ai vu des démons en partie monstrueux … comme ceux de l’extérieur. »

« Tu veux dire … la sale bête à moitié araignée ? Mais mais mais … »

« Ils se promenaient dans la rue comme si de rien n’était. En fait, ils paraissaient … normaux, pas comme s’ils avaient perdu le contrôle de leur corps. »

« Je crois que ça fait trop de découverte pour nous en si peu de temps, Tery. Tu parlais d’interroger la servante, j’imagine que ça va être nécessaire. »

Comme elle le voulait. C’est bon, il était propre et correctement habillé. Elise demanda ce qui lui prenait, Tery ne préférant pas répondre. Bon, alors, il suffisait d’appuyer sur ce bouton, n’est-ce pas ? Et ensuite, qu’est-ce que ça allai faire ? Des petits coups à la porte se firent entendre, moins de deux minutes plus tard.

« Rentrez donc, mademoiselle Erety ! »

« Comme vous le voulez, messire Tery. » répondit une voix féminine de l’autre côté de la porte avant qu’elle ne finisse par s’ouvrir. Elen murmura :

« Messire Tery ? Mademoiselle Erety ? Vous voulez que je vous laisses seuls ou quoi ? »

« Oh, vous n’êtes pas seul ? Si je ne me trompe pas, vous êtes mademoiselle Elise, n’est-ce pas ? » demanda la servante en s’inclinant devant la jeune femme aux cheveux auburn.

« Oui oui, c’est exactement ça. On avait … quelques questions à te poser si ça ne te dérange pas trop d’en parler, bien entendu. Si tu n’as pas envie, ça se comprendrait. »

« Je suis là pour y répondre. Posez-les donc mais sachez que je ne suis pas certaine de pouvoir répondre à tout ce que vous allez me demander. »

« Ca va pas être trop dur. Première question : Comment se fait-il qu’il y ait des démons avec des ailes, des oreilles pointues, des branchies voir des bras écailleux dehors ? »

« Oh ? Mais ils sont nés ainsi. Je pense que vous vous inquiétez sur le fait qu’ils ont fini par avaler trop d’autres êtres mais non, les démons les plus nobles possèdent de tels attributs. »

« Toi-même, est-ce que tu en possèdes ? » demanda Elise, croisant les bras, yeux rivés sur la démone en face d’elle. Celle-ci hocha la tête positivement, finissant par se retourner. Dans son dos, voilà que deux petites ailes de plumes bleues firent leurs apparitions. Elles n’étaient pas miniatures mais … cela donnait l’impression que …

« Je suis incapable de pouvoir voler avec. Je peux planer pendant quelques secondes mais les vols me sont interdits. Je ne suis qu’une servante, vous comprenez. »

« Et j’imagine que cela ne va jamais s’améliorer un jour, n’est-ce pas ? » dit Elise, empêchant complètement Tery de se mêler à la conversation. Pour toute réponse, la servant paru songeuse pour quelques secondes, finissant par déclarer :

« J’imagine que si je dévore bon nombre de chairs issues de créatures ailées, elles devraient pouvoir pousser et grandir ou au moins me permettre de voler plus convenablement. »

« Mon autre question concerne … ces démons qui sont en partie monstrueux. Normalement, ceux qui commencent à dévorer d’autres démons perdent la tête, non ? »

« Oh … Vous voulez parler des démons les plus faibles, n’est-ce pas Les hautes lignées démoniaques sont habituées à dévorer d’autres démons. Cela leur permet de se renforcer tout en gardant le contrôle de leurs corps. Néanmoins, parfois, tout ne se passe pas aussi bien que prévu et certains membres d’une lignée disparaissent complètement car ils n’ont pas réussi à ne pas franchir leurs limites. Tout est une question de volonté. »

« Est-ce que … tu as toi-même déjà mangé d’autres démons ? »

« Cela est une question un peu personnelle … mais non. Je n’ai fait que dévorer quelques monstres pour pouvoir être à la hauteur de la tâche qui est la mienne. Dévorer d’autres démons est hors de portée pour le moment et je n’ai même pas à envisager une telle chose. »

Oh … Cela commençait doucement à lui donner mal au crâne. Il n’était pas certain d’avoir tout saisi mais en clair, les races démoniaques pouvaient dévorer les créatures qui vivaient sous-terre pour acquérir un peu de leurs forces … mais comment est-ce que cela marchait ? Car lui et Elise avaient déjà mangé un peu de ces créatures sans que cela ait un effet sur leurs corps pour autant, non ?

« Merci, nous avons eut toutes les informations dont nous avions besoin. »

« Est-ce qu’il vous faut autre chose, messire Tery ? » demanda Erety en se tournant vers le jeune homme qui n’avait pas put dire un seul mot de toute la conversation. D’ailleurs, le fait qu’elle le questionne le perturba légèrement, Tery lui répondant :

« Je crois qu’Elise a demandé tout ce qu’il fallait. Merci pour vos réponses, mademoiselle Erety. Pour l’heure, nous n’avons besoin de rien d’autre. »

« Si vous me permettez, je vais alors disposer et retourner à mes occupations. Vous pouvez sonner quand vous le désirez, comme la première fois. »

« D’accord, mademoiselle Erety. Bonne journée à vous. »

« Et il en va de même pour vous … et vous aussi, mademoiselle Elise. » corrigea la servante après une petite absence, Elise n’émettant qu’un petit grognement de mécontentement avant d’attendre que la servante parte pour se tourner vers Tery :

« Vraiment, déjà avec la renifleuse, maintenant avec elle, tu exagères ! »

« Mais je n’ai rien fait du tout, Elise. Tu ne vas pas être jalouse d’elle aussi quand même ? Tu es ma seule priorité en ces lieux Fais quand même attention à ne pas exagérer. »

Il lui rappelait qu’elle avait Royan mais elle garda son air boudeur. Rah … Les femmes ! Mais bon, il comprenait aussi qu’elle le surveillait à moitié sauf qu’il était un jeune homme … ouais non. Respectable, ça pouvait pas convenir à quelqu’un qui aimait deux femmes en même temps. Pff … Deux femmes, ça voulait pas dire trois ou plus ! RAH ! Et surtout, pourquoi avait-il besoin de se justifier ? Il y avait bien plus important là !

Chapitre 41 : Une grande lignée

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Chapitre 41 : Une grande lignée

« Ah … Ils ont le réveil difficile, n’est-ce pas ? »

« D’après ce qu’ils ont dit, pour le gars, c’est plus une grosse fatigue. Pour la fille, c’est juste qu’elle n’a pas envie de se réveiller. Sinon, ils font quoi les renifleurs ? »

« Ils arrivent, ils arrivent. » déclara le premier garde au second alors que Tery et Elise étaient installés sur un lit, les yeux clos. Leurs corps se soulevaient, signe qu’ils étaient en bonne santé et respiraient calmement.

« Quand même … Faire se déplacer nos meilleurs renifleurs, ce sont quoi ces types ? »

« Tu veux savoir ? C’est qu’une rumeur mais en fait … » commença à chuchoter le second garde au premier, celui-ci clignant des yeux, abasourdi parce qu’il venait d’entendre.

« Non … Tu plaisantes hein ? Tu rigoles, quoi. C’est pas possible que ces deux-là … »

« Peut-être pas les deux mais au moins l’un d’entre eux. Après, faut attendre que ça se confirme … Le truc, c’est que c’est difficile et là, ils ont été le voir par principe et par simple mesure de précaution. Tu te doutes qu’il va sûrement pas apprécier qu’on lui demande ça. »

« Ouais … Oser lui demander de se faire renifler, c’est que les renifleurs ont vraiment l’impression qu’ils ont pris le gros lot en ce qui les concerne. » soupira l’un des deux hommes, observant Tery et Elise comme si de rien n’était. Vraiment, ces deux personnes.

Lorsqu’il rouvrit les yeux, il était encore en train d’observer ce plafond de pierre. Cela devenait une habitude ces derniers temps, n’est-ce pas ? Il était … franchement mécontent de tout ça. Il n’était pas certain que cela lui plaise.

« Ah ! Le voilà en train de se réveiller, tant mieux. Cela se fera plus en douceur alors. »

« Ca ne se fera pas en douceur si on me m’explique pas ce qui est en train de se passer. Je n’ai pas l’air attaché … mais ça ne change pas … que je me rappelle de ce qui s’est passé. »

« Comme l’invocation d’un golem, le refus d’obtempérer et tout le reste ? »

Il n’avait aucune idée de qui adressait la parole mais il allait très vite calmer cette personne. Grommelant, il fit un mouvement sur le côté, voyant Elise qui était assise sur un lit, des personnes devant elle, en train de la renifler.

« Merveilleux ! Vraiment merveilleux ! Ce n’est pas possible et pourtant … »

« Quand il va apprendre cela … quand le peuple va l’apprendre ! Non … Il faut d’abord que l’on voie avec lui … que l’on sache exactement ce qu’il faut faire. »

« Bon, maintenant, on devrait aller voir ce jeune homme. Tous les autres renifleurs ont été unanimes, on ne sait pas ce que sont ses origines. »

« Vous savez que je suis réveillé, n’est-ce pas, hein ? » dit Tery en soupirant.

« Tant mieux, tant mieux. Est-ce que vous allez vous laisser faire comme votre amie ? »

« Je ne vois pas pourquoi je refuserais maintenant … De toute façon, je n’ai pas vraiment le choix alors bon … Faites le plus vite possible et que l’on passe à autre chose. »

Il disait cela avec une certaine nonchalance et fatigue. Dire qu’il était exténué, c’était un peu une exagération mais se faire renifler au réveil … ce n’était pas vraiment le genre de réveils qu’il préférait. Pire encore, il s’imaginait un animal en train de lui faire ça puis lui lécher la joue, yerk. Voilà quoi ! Bon, ce n’était pas bien grave …

« Qu’est-ce que cela a donné pour Elise ? Au final, vous en savez plus sur ses origines ? »

Autant faire la conversation du mieux qu’il le pouvait, non ? En vue de la situation, ça ne serait pas si étrange que ça, n’est-ce pas ? Elise s’était tournée vers lui, visage un peu défait avant de lui répondre :

« Il semblerait que .. je sois vraiment très spéciale, Tery. Je n’en sais pas plus à ce sujet mais … ils vont m’emmener à ma famille, plus tard. Enfin, ma vraie famille. »

« Pourquoi est-ce que tu fais cette tête alors ? C’est sûr que ce n’était pas vraiment ce à quoi on s’attendait en venant ici mais … c’est mieux de connaître ses origines, non ? »

« Sûrement, Tery, sûrement … Enfin, je crois que c’est le mieux possible » dit Elise, n’osant toujours pas le regarder directement. « En même temps, cela veut dire moi … mais pas forcément toi, Tery. Je devrais y aller seule »

« Oh … Je vois, je vois … Vraiment, ils aiment nous compliquer la vie. »

Il lui parlait comme si les autres n’étaient pas présents. Pour autant, il y avait bien cinq personnes qui étaient en train de le renifler. Cinq personnes de tout âge. Tery se laissa faire, voyant les mines perplexes de chacun avant qu’ils ne se mettent à discuter entre eux :

« Alors, votre résultat ? Qu’est-ce que vous en pensez ? Vous avez une idée ou pas ? »

« Rien du tout … J’arrive pas à savoir ce qu’il est exactement, c’est vraiment perturbant. »

« Moi de même. Cette odeur ne me dit rien. Je ne sais pas d’où elle provient et pourtant, j’en ait reniflé des personnes dans toute ma vie. »

« Qu’est-ce que l’on doit faire ? On ne peut pas le laisser ainsi. Son odeur est très forte, très puissante, elle est même … aussi puissante que la sienne. »

« On a pas le choix. On doit aussi l’emmener, par mesure de précaution. »

« Vous savez, à force de parler d’odeur très forte, je vais finir par croire que je sens vraiment plus que mauvais. Ce n’est quand même pas ça, rassurez-moi ? »

« AH ! De l’humour sur l’hygiène ! Cela faisait bien longtemps ! Cela se voit que vous venez de la surface. Plus personne n’ose se moquer de l’odeur et des renifleurs depuis longtemps. »

Tant mieux alors. Il était là pour se rappeler à leurs bons souvenirs. Il était sûr et certain qu’ils allaient très bien s’apprécier tous ensemble, hein ? Hahaha … Ouais, très bien s’apprécier. Il était plutôt en colère … même s’il voulait éviter de le montrer.

« Bref … Au final, qu’est-ce que vous allez faire de moi ? Que je sache si je vais mourir ou non. Je ne suis pas très au courant des us et coutumes. »

« Vous tuer ? Même si vous n’étiez pas un démon comme ceux de la capitale, rien que le fait que vous accompagniez dame Elise fait de vous un être remarquable. Vous saurez être récompensé comme il se doit mais … voilà, vous n’avez pas à vous inquiéter. »

« Justement, ce n’est pas en disant cela … que je vais sûrement plutôt m’inquiéter ? »

« Ce n’est pas faux … mais bon, on va plutôt se réjouir. Le peuple entier va se réjouir de la présence de dame Elise ! »

Dame Elise. C’était la seconde fois qu’il parlait de la sorte. La première fois, il s’était dit qu’il s’agissait d’une erreur mais maintenant, l’erreur était difficile à ignorer, n’est-ce pas ? Et devant le regard abasourdi d’Elise, il comprenait aussi … qu’elle ne savait pas pourquoi est-ce que cette personne l’appelait ainsi. Super !

« A partir de là, c’est vraiment une aubaine … mais il nous faut quand même vous faire patienter une journée environ. Nous devons prendre des dispositions. »

« Cela ne m’étonne pas vraiment, je dois vous avouer. Mais bon, vous connaissez votre boulot, je vais pas vous empêcher de le faire. »

« On ne fait vraiment plus de démons comme vous par ici … Vous semblez presque insultant mais vous donnez plus l’impression d’indifférence. »

« Disons plutôt que ça fait déjà presque deux semaines voire plus que moi et Elise, nous sommes traînés de tous les côtés. Alors … une journée de plus, ce n’est pas dramatique. »

« Difficile de savoir si c’est une vision pessimiste ou optimiste de votre part. Vous êtes quelqu’un qui me rend assez perplexe, je dois avouer. »

Pour toute réponse, le jeune homme vint juste hausser les épaules, comme si de rien n’était. Bah … Qu’est-ce qu’il voulait qu’il lui dise ? Par contre, il avait bien entendu un grognement a moment où il avait parlé d’Elise. Quoi ? Fallait l’appeler Dame Elise maintenant ? Non merci. Elise était Elise, il n’allait pas faire ça avec elle maintenant.

« Par contre, on va vous trouver un endroit bien plus décent que ces lits de garde pour la nuit. Vous allez sûrement dormir dans la meilleure auberge de la capitale. »

« Non à nos frais, n’est-ce pas ? » dit le jeune homme aux cheveux bruns, un brin suspicieux dans le regard alors que le renifleur lui répondit en rigolant :

« Lorsque l’on va expliquer vos cas au tavernier, il fera cela gratuitement, hahaha ! »

Tant … mieux, non ? Il sentait que ce n’était pas à cause de lui mais bel et bien par rapport à Elise. Il n’avait aucune idée de ce qu’elle était exactement mais … c’était visiblement énorme. Ah … Mais bon … Est-ce qu’ils allaient les laisser seuls un peu ?

« Dès que vous vous sentirez capables de marcher, suivez nous. Vous avez vos affaires ? »

« Bien entendu … Dont mes livres sur les golems. » dit le jeune homme, faisant hausser un sourcil à deux renifleurs présents.


Il avait bien parlé au pluriel … et il avait bien parlé des golems. Est-ce qu’il était un peu jaloux de l’intérêt que les renifleurs avaient pour Elise ? Hum … Difficile à savoir, difficile à dire mais en même temps … Aucun ne fit de remarque. C’était dommage. Personne n’avait mordu à l’hameçon qu’il avait tendu.

Il entendit le petit rire amusé d’Elise, celle-ci se rapprochant de lui, lui chuchotant que ce n’était pas bien de vouloir être le centre d’intérêt alors que généralement ,tous les deux préféraient plutôt être discrets, n’est-ce pas ? Pourquoi ce revirement à 180 degrés ?

Il n’allait pas lui expliquer. Mais bon, quand même, les golems … C’était bien les seuls êtres de confiance en cet endroit à part Elise. Il fallait dire que c’était ses créations même si depuis Omnosmos, il n’était plus … si rassuré. Il y avait quelque chose d’étrange dans ces golems et il ne pensait pas exactement à la conception de ces derniers. Non, c’était bien différent … sans pour autant réussir à exprimer comment exactement.

« Vous êtes capables de marcher un ou deux kilomètres ? » demanda le renifleur en chef, du moins, celui qui leur parlait depuis le début.

« Malgré ce que les gardes nous ont fait, ça devrait aller pour moi. » dit le jeune homme aux cheveux bruns, passant une main derrière son crâne.

« De mon côté, c’est bon aussi … enfin, je crois ? Tout se chamboule un peu trop vite dans ma tête, j’avoue que je suis légèrement perdue. »

Elle tenta de rire mais on pouvait entendre un peu de nervosité dans sa voix. Elle cherchait elle aussi à se rassurer. La situation était calme et pourtant, difficile d’ignorer qu’elle était lourde. Ces renifleurs, en appelant Elise « Dame », venaient tout simplement de confirmer une chose qu’il avait remarqué depuis le premier reniflement : Elise était sûrement très haute placée dans la société des démons.

… … … En fait, à cette allure, il ne voyait qu’une seule lignée pour Elise. Il n’osait pas le dire à voix haute car il avait le sentoment qu’Elise ne s’en remettrait pas. Et vu comment elle pouvait réagir, parfois tout feu, tout flamme, c’était mieux d’y aller doucement mais sûrement. Ah … Bon … C’est pas tout ça mais en route ?

Comme dans les précédentes villes, le simple fait d’être accompagné par des renifleurs attirait le regard des autres sur eux. Et pourtant, ces démons, ils avaient de sacrés vêtements … mais ils n’étaient pas tous luxueux contrairement à ce qu’il pensait. Certains avaient presque l’air de simples démons, comme ceux issus de la strate la plus proche de la surface.

« C’est peut-être au final que des foutaises depuis le début … humpf. »

« Vous semblez dépité par le fait qu’il y ait des démons de basse stature parmi nous, n’est-ce pas ? Vous avez l’oeil … c’est une bonne chose. »

« Vous allez peut-être m’expliquer pourquoi, c’est ça ? » dit Tery en soupirant, ne s’attendant pas vraiment à une réponse positive de la part de cet homme.

« Ils font partie d’une lignée plus ou moins éloignée de celles parmi les plus nobles démoniaques. Ainsi, on pouvait leur laisser le choix : soit ils vivaient libres mais ne pourront jamais mettre les pieds dans la capitale, soit ils obéissent à nos ordres et peuvent alors habiter en ces lieux. Autant dire que pour la grande majorité, le choix est vite fait. »

« Une vie de servitude … certains sont prêts à tout, même à perdre leur dignité, pfff. »

« Et oui mais vous allez très vite comprendre pourquoi ils n’hésitent pas. »

Un sourire aux lèvres. A voir s’il était mauvais ou non. De toute façon, ce n’était pas à lui de faire la morale en ces lieux. Il ne les connaissait pas et il n’était pas assez bien pour pouvoir juger de la situation. De toute façon, si cela leur plaisait hein ? C’était eux et uniquement eux que ça regardait. Lui-même, qu’est-ce qu’il en avait à faire ?

« Toute situation n’est pas forcément blanche ou noire. Certaine familles se montrent odieuses avec leurs employés tandis que d’autres sont bien plus souples. »

« Je n’avais pas posé la question, vous n’étiez pas obligé d’en parler hein ? »

« Votre regard en disait bien plus que vos lèvres. Je n’ai fait que répondre à cela., rien de plus, rien de moins. Vous n’allez pas me faire la morale à ce sujet, n’est-ce pas ? »

« Pas vraiment … Ce n’est pas mon genre. De toute façon, ce que font ces familles de nobles ne me regardent pas. Je n’ai pas à m’en soucier. »

« Et vous le faites … alors que vous ne savez même pas à quelle famille vous appartenez. Enfin, nous non plus visiblement. »

Petit trait d’humour ou alors, il avait mal compris ? Bah … Peut-être que oui ? Pour l’heure, ce n’était pas ça le plus important. A force de marcher, il venait à peine de remarquer … qu’ils étaient au beau milieu d’un jardin. Hey ! Depuis quand ?! Un regard à gauche et à droite et voilà qu’il était possible de voir des bancs et des champs de fleur.

« On est dans les jardins royaux ou quoi ? »

Déjà, le fait de voir un jardin, c’était un peu choquant mais surtout … Il voyait bien d’autres bâtiments, des maisonnées, des magasins … Ca voulait dire quoi ? Il se fit tirer la manche par Elise, celle-ci lui désignant la demeure majestueuse en face d’eux.

« Mais c’est un palace ou quoi ? » reprit le jeune homme aux cheveux bruns, éberlué par ce qu’il voyait. En levant les yeux en l’air, il n’était pas sûr d’y voir bien clair … mais est-ce qu’il était possible de voir le sommet du toit ? Il fallait plisser les yeux pour que ça soit le cas. Un petit rire, encore une fois. Il devait avoir l’allure d’un paysan sortit de se campagne.

« C’est là où vous allez résider tout simplement. C’est une auberge, la plus belle et la plus grande de la capitale. Surpris ? »

« Euh … Pas qu’un peu. D’ailleurs, à quoi est-ce que cela sert une auberge dans la capitale ? Que je sache, les villes ne s’ouvrent pas aux êtres extérieurs, n’est-ce pas ? »

« Certains démons peuvent vouloir trouver un refuge, se donner rendez-vous dans un lieu secret. Cet endroit n’est pas définitivement fermé à l’extérieur mais les conditions d’accès sont très ardues et difficiles. Autant dire qu’il n’y a aucune chance ou presque de pouvoir y accéder en temps normale, c’est pourquoi il n’y a pas besoin que vous vous interrogiez à ce sujet. »

« Et si je veux quand même savoir, est-ce que vous allez me répondre ? »

« Je pourrais … mais cela n’est pas nécessaire. Pénétrons plutôt à l’intérieur, que vous constatiez un peu la beauté des lieux par vous-mêmes. »

La beauté des lieux. C’était toujours relatif par rapport à la personne et … … … Euh. Tery s’immobilisa, Elise faisant de même de son côté. D’accord, c’était pas du tout ce à quoi il s’attendait en venant ici mais il fallait reconnaître que la décoration lui faisait un sacré effet. Comment pouvait-il expliquer cela ? C’était une impression de luxure indécente, entre les chandeliers accrochés au plafond, les meubles faits en pierre ou en bois mais au ciselage inégalé, c’était … exagéré. Beaucoup trop exagéré.

« J’imagine que cela appartient à la famille la plus riche de la capitale voire du royaume ? »

« Vous imaginez bien … mais en même temps, vu le luxe de cet endroit, vous comprenez aisément que tout le monde ne peut pas se payer une chambre et qu’en même temps, pour décorer ce lieu, la famille qui s’en est chargée a dépensé des milles et des cents. »

« Bien entendu, cela est logique et va de soi … rien d’anormal alors. »

Enfin, si, tout était anormal mais bon. Toujours en tournant son visage à gauche et à droite pour étudier les lieux, Tery suivait les renifleurs jusqu’à ce qu’Elise lui donne un petit coup dans la hanche pour lui signaler d’arrêter.

« Nous sommes devant l’aubergiste … si c’en est un. »

Car oui, en vue du luxe de ses vêtements, la question était légitime et on pouvait se demander s’il n’avait pas été forcé de tuer un noble pour porter une aussi belle parure. Pour autant, Tery tendit l’oreille distraitement, écoutant la conversation entre les renifleurs et l’homme.

« Ce que vous me demandez est quand même … »

« Votre renommée n’en sera que plus grande. Vous pourrez vous vanter lors de la cérémonie, n’est-ce pas une excellente chose ? »

« Bien sûr que si … Hum … C’est simplement que j’ai du mal à y croire en les regardant mais en même temps, ce n’est pas la première fois que vous me demandez un tel service. Mais à chaque fois, j’y ait gagné … plus que j’en ait dépensé. Hum … Je peux en discuter ? »

« Faites vite alors, il se peut que dès demain, tout soit déjà réglé. »

« Hmm … Bon ! D’accord, c’est compris. Mais une seule chambre et pas forcément la meilleure, c’est bien compris ? Nous avons des hôtes prestigieux parmi nous. »

« Oh … Bien plus que vous ne le pensez, bien plus. » dit le renifleur en chef avant de se tourner vers Tery et Elise. « Vous pouvez suivre cette personne. Pour l’heure, nous en avons assez fait de notre côté. Je vais vous laisser tranquille jusqu’à demain ou au grand maximum trois à quatre jours. Bonne chance. »

« Bonne chance pour quelle raison ? Y a t-il besoin de la chance pour dormir ici ? »

« Qui sait ? Peut-être que vous allez découvrir de nouvelles personnalités qui pourraient vous plaire ? Vous vous trouvez dans la capitale du monde souterrain et démoniaque. »

« Si seulement, hein ? Mais on sait que la vie n’est pas aussi simple. Et Elise ne décroche pas un seul mot depuis que nous sommes arrivés, ça en est presque effrayant. »

« Si je n’ai rien à dire, Tery, je ne vais pas parler hein, tu ne crois pas ? »

« Ah ben voilà, suffisait que j’évoque ce point pour qu’elle décide de me corriger, hahaha. »

Une chambre pour deux. Ce n’était pas un problème. Ils avaient l’habitude de dormir ensemble. Par contre, il avait aucune idée de ce qui allait composer la chambre et peut-être qu’il appréhendait ce moment précis.

Même à Omnosmos, il n’avait jamais cherché à dormir dans un endroit trop luxueux, bien plus qu’il ne l’était lui-même. C’est pourquoi une telle auberge était une première fois pour lui. Et encore, une « auberge », c’était un terme péjoratif dans ce cas précis.

« Pour les massages, l’heure du repas, des informations supplémentaires, ces personnes vont à votre disposition. Vous pouvez leur parler et elles vous obéiront. Si vous avez des questions plus précises, vous pouvez toujours venir me voir mais je suis quelqu’un de très occupé. Mais pour l’heure, voici la clé de votre chambre commune. Cela ne vous dérange pas, non ? »

« Non, non, pas le moins du monde. Merci beaucoup d’avance. On va juste dire que moi et Elise, on ne sait pas vraiment où se placer avec tout ça. »

« Je vois, je vois … Enfin, son flair ne s’est jamais trompé auparavant. Pourquoi le ferait-il maintenant, n’est-ce pas ? Je vous souhaite une bonne journée. Vous pouvez faire la visite des lieux quand vous le désirez mais ne perturbez pas les autres clients, compris ? »

« Le message est très clair, ne vous en faites pas. »

Il avait la clé en main, observant celle-ci. Rien que dans le métal utilisé, il avait l’impression qu’elle valait bien quelques pièces à elle seule. Et vue ce qu’elle allait ouvrir … Elle valait encore bien plus. Pour autant, Elise attendait avec au moins autant d’impatience que lui qu’il ouvre la porte et qu’ils puissent visiter la chambre de luxe. Et encore … Le luxe, d’après les dires de l’aubergiste, ce n’était même pas ce qui les attendait mai ça serait bien suffisant.