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Chapitre 46 : Un homme marié

Quatrième axe : L’Engeance du Dévoreur

Chapitre 46 : Un homme marié

Combien de temps cela faisait-il qu’il n’avait pas vu son enfant ? Dans les faits, il ne l’avait jamais vue en vrai. S’il avait revu Elen sur le champ de bataille, c’était déjà quelque chose mais ce n’était pas suffisant. Elle lui manquait mais surtout, il voulait voir enfin sa fille. Pouvoir la prendre dans ses bras et la bercer.


Il ne prétendait pas être le meilleur des pères, en fait, il valait mieux même ne pas commencer à juger ses qualités sur ce point mais… il ne pouvait pas être comme ce déchet qui lui qui avait servi de paternel dans le passé. Un père qui abandonnerait son enfant, voire même qui irait sacrifier ce dernier pour sa propre vie.

« Je devrais arrêter de penser à des choses aussi saugrenues. »

Il avait fini par ouvrir les yeux, étudiant la toile de la tente dans laquelle il se trouvait. Manelena n’était pas à côté de lui. Il ne pouvait pas se permettre de laisser se faire ça tout le temps. Même si les jugements d’autrui, pour le coup, il s’en fichait, surtout dans une nation où visiblement la polygamie était autorisée et…

Il ne s’était jamais posé la question par rapport à la monarchie de Shunter mais aussi des autres nations. Mais pourquoi est-ce qu’il s’intéressait maintenant à ça ? Ah… Peut-être à cause de Krawnia. Cette femme ailée et délurée était… vraiment trop excentrique et un peu trop insistante aussi. Il ne voyait pas comment se débarrasser de son côté « pot de colle ».

« Oooooh ! Tery ! Vous voilà donc enfin ! »

En parlant de cette personne, il en voyait maintenant les plumes. Du moins, les plumes d’un seul côté puisqu’elle possédait une aile comme celle des chauve-souris d’un autre côté. S’il elle n’était pas aussi… excentrique, elle pourrait être vraiment appréciable.

Mais autant ne pas se faire vraiment trop d’illusions à ce sujet. Bon, il vint lui demander ce qu’elle voulait… car elle avait sûrement ses raisons, n’est-ce pas ? Du moins, il espérait qu’elle en avait une bonne plutôt que de…

« Eh bien, tout d’abord, est-ce que vous avez remarqué que je cherche à vous vouvoyer ? J’ai compris que vous étiez quelqu’un d’important aussi dans ce groupe. D’ailleurs, qu’ils soient démons, de Shunter, Claudiska ou autres, on dirait que vous avez l’âme d’un leader-né, n’est-ce pas hein ? C’est génial ! »

« Hmm ? C’est juste pour me prévenir de ça ? Et me faire cette remarque ? Vraiment ? »

« Ooooh que non ! Pas du tout ! Hahaha ! J’avais aussi envie de vous voir ! Que je puisse graver dans ma mémoire chaque parcelle de votre visage ! »

« Est-ce que vous avez au moins la moindre idée de ce que vous êtes en train de dire ? »

« Bien sûr que oui. N’est-ce pas normal que de vouloir se rappeler du moindre détail de la personne que l’on admire et idolâtre ? Et plus encore ? »

« Il vaut mieux terminer cette conversation dès maintenant. »

« Mais pourquoi cela ? Vous n’aimez pas que je vous vouvoie ? Est-ce que tu préfères le tutoiement ? Nous sommes pareils, toi et moi ! »

Maintenant qu’il avait décidé de l’écouter, il voyait très bien à quel point cette femme était… tordue. Et pas dans le bon sens. Elle était effrayante et dangereuse. Rester trop longtemps auprès d’elle risquait d’emmener de sérieux problèmes dans le futur. Mais à côté, sa puissance rivalisait voire dépassait celle des démons. Pour réussir à cela, qu’est-ce qu’elle avait subi ? Qu’est-ce qui s’était passé ?

« On va rester sur le tutoiement puisque nous nous connaissons d’avant que je ne sois nommé à ce poste militaire. Mais sinon, nous sommes différents et il va falloir que tu comprennes cela. Nous ne sommes pas pareils. »

« Mais si mais si, je suis certaine que si. Simplement, vous ne voulez pas le voir et c’est normal puisque ceux autour de nous ne peuvent pas nous comprendre. »

Qu’est-ce qu’elle fait ? Elle s’était rapprochée de lui, le regardant avec cette petite lueur de démence dans les yeux. Est-ce qu’elle comptait faire quelque chose de tordu ou sinistre ? Si tel était le cas, elle aurait une mauvaise surprise et…

Hein ? Une caresse sur les joues. Étrangement douce de la part de cette femme. Il cligna plusieurs fois pour comprendre réellement ce qui était en train de se passer. Il ne s’attendait pas à un tel geste, surtout de la part de Krawnia.

« Je pense que tu le comprendras le moment venu, hahaha ! Bon ! Il faut accomplir ce pour quoi nous sommes ici, n’est-ce pas ? »

Il s’apprêtait à lui répondre mais elle s’était déjà éloignée sans même attendre à ce qu’il n’ouvre la bouche pour ça. D’accord… Pfiou ! Elle n’avait rien fait de dangereux même si vraiment, le coup de cette caresse sur sa joue, ce n’était pas à quoi il s’attendait de sa part.

Pfiou. Il était peut-être plus exténué qu’il ne le pensait. Et pourtant, c’était encore la « matinée » si on pouvait dire ça comme ça. Avec ces cristaux illuminant le monde souterrain, ce n’était pas comme s’il était possible de réduite leurs éclats à l’état naturel.

« Qu’est-ce qu’elle te voulait, Tery ? T’as l’air chamboulé. »

« Oh… Manelena. Ce qu’elle me voulait ? Je crois que j’aimerais bien le savoir mais au final, j’en ai strictement aucune idée. »

« Si elle te pose un problème, tu n’as qu’à me le dire. Elle reste dangereuse puisqu’elle n’est pas vraiment contrôlable. Qu’est-ce qu’on a fait pour tomber sur une telle personne. »

« Je ne sais pas du tout. Disons que je ne m’attendais pas à ce qu’après tout ce temps, elle revienne vers moi. Et je peux juste te promettre qu’il ne s’est rien passé avec elle. »

« Tu n’as même pas besoin de me promettre une telle chose, c’est évident en te connaissant. »

« Est-ce que tu insinuerais un peu que je n’ai pas assez de cran pour ça ? »

« Plutôt que tu es ce qu’on appelle un herbivore. J’ai entendu ça à force d’être dans l’armée. C’est ce qu’on dit des hommes qui se laissent diriger par les femmes sans chercher à s’imposer face à elles. »

« Ce n’est pas totalement vrai et tu le sais très bien. Avec ce qui s’est passé quand nous étions dans la capitale, tu as très bien remarqué ce dont j’étais capable non ? »

« Tu restes un gentil petit mouton, Tery. Ce n’est pas parce que tu as décidé de mordre une seule fois que ça fait de toi un carnivore, désolée de ne pas être désolée à ce sujet. »

Il fait juste un petit rictus de dépit en l’écoutant. C’était exactement ça… mais il devait répliquer quelque chose quand même, non ? Ne pas se laisser faire !

« Si je suis un mouton, cela veut dire que tu es une renarde ? »

« Les renards attaquent les poules. Ce sont les loups qui s’attaquent aux moutons, petit Tery. »

Elle s’était placée à lui, accentuant sur le terme désignant sa taille. Par rapport à elle, il était vrai qu’il avait bien vingt centimètres de moins qu’elle mais ça ne voulait rien dire ! Il fit une légère moue avant de lui dire :

« Mais tu ne te plaignais pas du mouton, de ce que j’ai cru entendre hein ? »

C’était sa seule façon à lui de répliquer quand elle parlait ainsi. Pour autant, elle était comme amusée par ses propos tandis que lui-même cherchait à voir comment se sortir de là.. Malheureusement, rien d’autre ne lui arrivait au cerveau, l’incitant tout simplement à dire :

« Ah ben euh… Je t’ai cloué le bec, non ? »

« Hum, hum. Si tu as encore la volonté de parler de la sorte, c’est que tout va bien, non ? »

« Bien sûr, Manelena. » répondit-il sans vraiment saisir le sens de sa phrase.

Heureusement, pour le reste de la matinée, il n’avait pas été dérangé par Krawnia et à part les attaques de monstre, rien de plus n’avait été à noter. D’ailleurs, il avait oublié ce petit détail qui consistait au fait que plus ils remontaient vers la surface, « moins » les monstres étaient dangereux.

Comme une partie d’entre eux était des démons qui en avaient dévorés d’autres mais que ces démons n’étaient pas parmi les plus puissants à la base, alors la version monstrueuse et difforme n’était pas exceptionnellement fort. Du moins… plus à ses yeux maintenant. Il n’avait aucune idée si c’était à cause de son temps passé dans le monde souterrain ou alors parce qu’il connaissait ses origines ou alors parce qu’il avait Manelena à ses côtés. Il y avait tellement de raison mais aucune ne pouvait être confirmée.. Bon, un seul point était parfaitement visible : le massacre de monstre produit par Krawnia. Celle-ci n’avait aucune réticence à exterminer quiconque cherchait à le blesser, lui. Comme s’il avait un garde du corps un peu trop zélé. Qu’est-ce qu’il avait fait pour mériter ça ?

Bon, néanmoins, dans toute cette histoire, ce n’était que tout noir aussi. Malgré son comportement des plus singuliers, Krawnia restait une femme qui avait une certaine expérience dans le combat et cela, il ne fallait pas l’oublier.

Elle était plus qu’apte à se défendre et surtout à attaquer. Combien d’années avait-elle passé dans cette tour pour en arriver à ce stade ? Si elle avait été aimée normalement, dans une famille… hmm. En y pensant, il ne savait rien de la famille de Krawnia. Mais il avait la sensation que s’il posait la question, il n’allait pas obtenir la réponse qu’il désirait.

Alors, il valait mieux faire comme si de rien n’était et ignorer tout simplement ce qui se passait. Humpf… Par contre, il allait devoir expliquer certaines choses si Krawnia se montrait trop collante et insistante. Autant que le message soit bien clair.

Et il ne s’attendait pas à ce que cela arrive aussi vite en fin de compte. Quelques jours plus tard, alors qu’il allait se coucher dans sa tente, l’un des soldats qui gardait l’entrée de cette dernière lui signala que Krawnia voulait lui parler d’une chose urgente. Il avait été assez surpris par le ton mais avait accepté de la voir.

Pénétrant dans la tente, la femme de Claudiska était comme captivée par l’intérieur de celle-ci. Pourtant, il n’y avait pas de décoration ou autre. Non, c’était juste une tente un peu plus grande que les autres, avec plusieurs « pièces » puisque celle principale permettait alors d’avoir les différentes réunions avec les gradés de l’armée.

« Alors, Krawnia, qu’est-ce que je peux faire pour toi ? Qu’est-ce qu’il y avait de si urgent pour que tu viennes me voir alors qu’il est temps de dormir ? »

« Je n’en peux plus, Tery ! Je n’en peux plus ! »

« Hmm ? Mais de quoi est-ce que tu parles ? Tu es tremblante. Il y a un souci ? »

Ce n’était pas parce qu’elle était folle… qu’il allait ignorer la détresse de cette femme-ailée. Lui-même, qu’est-ce qu’il serait devenu si personne ne s’était occupé de lui ? Avec une pensée envers Manelena, il attendit que Krawnia prenne la parole à nouveau.

« Laissez-moi couver votre portée ! Vous méritez la plus grande des descendances ! »

« Hein que de quoi ? Attends un peu, j’ai l’impression d’avoir très mal entendu. »

« Je vais alors me répéter si ça ne vous dérange pas. Je veux que vous inséminiez mes œufs pour qu’ils puissent être fécondés et… »

« En fait, j’avais très bien entendu alors je vais t’arrêter tout de suite avant qu’il ne soit trop tard. Je ne vais pas faire ça et tu le sais très bien. »

« Si c’est au sujet de votre femme, vous n’avez pas à vous inquiéter. Nous parlons bien d’Elen, n’est-ce pas ? Si je ne me trompe pas de nom. »

« Tu ne vas pas mêler Elen à tout ça, compris ? C’est quoi cette idiotie maintenant ? Je peux savoir ce qui te prend de parler de ça ? »

« Je suis plus que sérieuse ! Je l’ai compris dès la première fois que je vous ai vu. »

« Ah oui ? Bref… Il vaut mieux que tu retournes te coucher. Je ne vais pas tromper ma femme avec une inconnue et surtout encore moins faire des enfants avec autrui. »

« Cela ne semble pas tellement vous déranger avec Manelena, n’est-ce pas ? »

Il eut un léger rictus, émettant un grognement de mécontentement. Si c’était une façon de tenter de la manipuler, il n’allait vraiment se mettre en colère. Il valait mieux qu’elle parte maintenant qu’il ne s’emporte.

« Vous savez, cela ne me dérange pas du tout d’être simplement une maîtresse. Mon seul désir est que vos descendants paraissent dans ce monde. »

« Et mon seul désir est que tu quittes la tente maintenant. Si tu continues ainsi, cela risque de dégénérer et il vaut mieux éviter que ça n’arrive, d’accord ? »

« Je vais alors vous souhaiter bonne nuit. Mais n’oubliez pas ma proposition, elle tiendra toujours ! Et mème si je ne suis pas aussi douée que Manelena, je veux quand mème tenter diverses choses. J’ai soif d’apprendre ! »

« Du balai… et dors bien. Par contre, ne t’avise plus de parler de ça. »

Et la voilà qui quittait enfin sa tente. Poussant un profond soupir, il se dirigea vers la pièce où il allait dormir. Le tissu était plus couvrant qu’ailleurs dans la tente, pour laisser place à plus d’intimité. D’ailleurs, il ne s’attendait pas à voir une femme aux cheveux argentés installée sur sa couche, léger sourire aux lèvres.

« Eh bien, tu en as mis du temps, Tery. »

« Manelena, pas toi quand mème ? Je vais t’avouer que je ne suis pas d’humeur. Tu es venue de quelle façon ? »

« Allons, allons. Tu ne penses pas que j’ai pris mes précautions par rapport à ta tente quand tu avais le dos tourné ? Je peux partir et venir quand je le désire, Tery. Bon… Qu’est-ce que tu attends pour venir prendre place à mes côtés ? »

Il était trop fatigué mentalement pour refuser ça. Venant s’asseoir non-loin de Manelena, celle-ci se redressa de la couche du jeune homme, lui disant :

« Je crois qu’elle est pas récupérable, Tery. Il y a des risques qu’elle pose de gros problèmes dans le futur si on ne l’arrête pas. »

« Mais qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Elle est puissante et je ne suis pas apte à vouloir tuer quelqu’un simplement car elle a un coup de folie. »

« Mème si toi, tu n’y arrives pas, si tu me le dis, je pourrais… »

« Je veux lui laisser une chance. Pas sur ce « point » mais sur le reste… »

Une chance de quoi ? Elle attendit qu’il continue sa phrase mais le jeune homme ferma les yeux, s’écroulant à côté d’elle. Elle ne bougea pas de sa position, sa main venant se placer sur le bras droit de Tery, reprenant la parole :

« Tu n’as vraiment pas très l’air loquace ce soir, Tery. »

« Qu’est-ce que tu veux que je te dise exactement ? Je… Enfin… Je ne veux pas m’imaginer faire à Krawnia ce que je ne voudrais pas que l’on me fasse alors que j’ai eu mes moments de folie, moi aussi. »

« Je vois maintenant pour quelle raison tu dis ça. Hmm… D’accord, Tery. Tu me laisses quand même un peu de place pour ce soir ? »

Ce n’était pas comme s’il avait vraiment le choix, n’est-ce pas ? Elle était juste en train de lui sourire alors qu’il se recroquevillait sur une partie de la couche. Néanmoins, elle ne semblait pas vouloir lui laisser vraiment la possibilité de s’en sortir aussi aisément.

Un bras passa autour de sa hanche et il se demandait si elle n’était pas en train d’inverser les choses entre eux. Ce n’était pas à lui de réagir de la sorte ? Car bon, sincèrement, ça ne se faisait pas, n’est-ce pas ? Du moins… pas de cette manière.

« Manelena, peut-être que dans le fond, il vaudrait mieux que… »

« Tu as besoin de souffler un peu, Tery. Tu es troublé et je suis certaine que les paroles de Krawnia t’ont troublé plus qu’il n’en faut. »

« Elle a quand même raison. Je suis vraiment faux-cul par rapport à Elen et il suffit de voir ce qui se passe en ce moment même entre nous deux. »

Pour toute réponse, elle rigola comme si elle n’était pas du tout dérangée par la situation. Pourtant, est-ce qu’elle se rendait compte qu’elle était une princesse ? Non, une reine ! Et qu’elle ne se comportait pas réellement comme il fallait ?

Mais d’un autre côté, Manelena n’était pas n’importe quelle reine. Maréchale donc ayant déjà dirigée une armée d’hommes et de femmes fidèles à ses ordres, elle savait comment se faire respecter. Ses décisions comme ses actes étaient reconnues de telle façon qu’elle n’avait aucune crainte à avoir ou presque.

Oui, si elle décidait qu’elle le voulait comme concubin et donc futur roi de Shunter, elle le pouvait, le peuple l’applaudirait. Surtout que maintenant, elle avait mis en place un régime qui correspondait plus comme celui de Traslord, avec un groupe politique pouvant prendre des décisions au nom de la reine sans qu’elle soit forcément derrière tout ça.

C’était plus ou moins l’idée première derrière la nomination d’Hémurion à ce poste si spécial mais surtout à être la « voix de la reine » pendant qu’elle n’était pas là. Ce n’était pas rien du tout ce qui était en train de se passer actuellement. D’ailleurs, il espérait qu’à la surface, tout était plus ou moins résolu de ce côté.

« Alors, qu’est-ce que tu comptes faire ? Me laisser poireauter et ne pas dormir ? »

« Si tu retires ta main, je peux mettre la mienne et on peut dormir. »

« Hmm, adjugé, vendu ! Fais attention à ne pas croire que tu peux m’avoir ! »

Ce n’était pas vraiment un jeu, hein ? Est-ce qu’elle s’en rendait compte ? Il la regarda juste avec un petit sourire alors qu’elle enlevait sa main de sa hanche. Comme promis, ce fût lui qui place la sienne au niveau de la hanche de la femme aux cheveux argentés. Il la regarda longuement, les yeux rubis de Manelena faisant de même, plongés dans les siens.

« Tery, tu sais qu’il est trop tard, de toute façon. Ce qui est fait… est fait. Mais si par malheur, Elen ne veut plus de toi… »

« Je le sais bien, Manelena. Tu seras là, pour moi. Comme tu l’as toujours été depuis que je t’ai « capturée ». Merci de ta présence à mes côtés. »

« Il y a pas de quoi. Je ne le fais pas pour n’importe qui, tu t’en doutes hein ? »

Il rigola à la dernière remarque de Manelena, rapprochant ses lèvres de celles de la reine de Shunter. Elle avait gardé les yeux ouverts alors qu’il l’embrassait brièvement. Elle se laissa faire quand il retira ses lèvres, le regardant avec tendresse.

« Eh bien, y a t-il une raison à un tel acte, Tery ? »

« Je crois que j’en avais simplement envie, est-ce que c’est suffisant comme condition ? »

« Je vais accepter cette raison. Elle me semble assez crédible. Dors bien. »

Marcher, combattre, dormir. Marcher, combattre, dormir. Cette vie était devenue assez monotone et pourtant, c’était bien celle qu’il avait acceptée. Encore qu’il était possible de se poser la question de la monotonie. Une vie comme la sienne était pourtant à mille lieux de celle d’un simple villageois de Leskar. S’il n’avait pas décidé de quitter un jour son village, il n’aurait sûrement jamais connu Elen, Manelena, Clari, tout le monde.

« Manelena, est-ce que tu crois… que si je ne m’étais pas engagé dans l’armée, nous nous serions rencontrés, toi et moi ? »

« Avec des si, on refait le monde, Tery. Cela ne sert à rien de regretter ce qui s’est déroulé dans le passé. Tu peux juste aller de l’avant. C’est grâce à toi que j’ai réussi. Allez, tu dois dormir. En tentant de discuter de la sorte, tu n’arriveras pas à trouver le sommeil. »

Et comme pour l’inciter à sombrer avec elle, elle se nicha contre son torse. Pourquoi pensait-il autant à ça dans ces moments-là ? Il avait l’impression de refaire toujours et encore la même chose, sans même chercher à se confronter à combattre cette lassitude. Est-ce qu’il avait tellement soif d’aller plus loin, de dépasser les limites ?
Dans le fond, est-ce que retrouver Elen était vraiment la finalité de toute son histoire ? Et ensuite ? Il y avait son… lien avec le Dévoreur. Il y avait aussi la noblesse démoniaque souterrain. Il y avait aussi les soucis liés à la surface. Est-ce que c’était… vraiment à lui de gérer ça ? Plongé dans ses pensées, il finit par enfin trouver le sommeil.

Chapitre 45 : Des lettres pour l’Empereur

Chapitre 45 : Des lettres pour l’Empereur

Les jours passèrent et il allait mieux au fur et à mesure. Bon, Krawnia était à nouveau collée à lui, cela n’avait malheureusement pas trop duré cet instant de paix mais… au moins, elle ne semblait pas trop vouloir tenter des approches un peu trop… insistantes.

Avec tout ça, il avait décidé définitivement de mettre de côté l’histoire des Gnomolds. De toute façon, tant qu’il n’avait pas de possibilités de discuter avec des gnomolds qui en connaissaient autant voire plus que celui qu’il avait rencontré, autant dire que ça ne servirait à rien de continuer à y réfléchir.

Mais ces détails, il avait décidé d’envoyer une lettre à l’empereur Malark. Malheureusement, contrairement au système d’envoi à la surface, il fallait juste reconnaître que celui des démons était encore à « l’ancienne ». Un messager, que ça soit sur une monture ou non, allait emmener la lettre.

« Il ne sera pas de retour avant une ou deux semaines. »


Cela avait été la remarque d’Héraisty lorsque le messager était parti. Il avait donc évoqué l’histoire des gnomolds et cherchait à savoir si l’empereur en connaissait plus à ce sujet. Même s’il ne s’attendait pas à grand-chose, il espérait quand même obtenir un tout petit plus d’informations à ce sujet.

Néanmoins, pour s’occuper, il avait prévu quelques chasses des créatures dans les alentours. Comme toujours, dès qu’il s’agissait de chasser, il préférait demander aux démons de l’armée si la créature qu’ils venaient d’abattre était un ancien démon ou non. Pour éviter ce souci de chair démoniaque et autre car même lui avait encore beaucoup de mal à comprendre exactement comment ça marchait. Cela parlait de brûler la chair du démon pour que ses pouvoirs disparaissent. Mais était-ce confirmé que cela fonctionnait de la sorte ? Mais si la chair était touchée mais pas le muscle, est-ce que ça marchait quand même ?


Beaucoup de questions, avec des points de vue théoriques, car en les posant à Héraisty, elle lui avait dit qu’elle ne connaissait pas la réponse. Par contre, écrire des lettres pour l’Empereur lui rappelait quelques petits souvenirs liés à Elen. Ah… Vraiment, il avait plus qu’envie de la revoir et de l’étreindre.

« Petite question, Tery. Nous montons de plus en plus. Nous devrions être proches de la surface, non ? Même si ce n’est pas toi qui nous conduit directement, tu as sûrement une petite idée à ce sujet, non ? »

« Hmm… Euh… Plus ou moins, je dirais. Je ne dis pas que nous serons arrivés dans un laps de temps assez court mais… dans les jours qui suivent, peut-être deux semaines au grand maximum. Mais pourquoi cette question ? »

« Car nous avons quand même un peu dérivé de notre chemin initial avec tout ce qui s’est passé. Et comme nous prenons bien plus de précautions maintenant, je voulais simplement me renseigner à ce sujet, rien de plus. »

« J’espère donc que mes réponses te sont satisfaisantes, Manelena. Je ne suis pas certain de pouvoir t’aider plus. Je ne suis pas celui qui connaît plus ou moins le chemin. »

« Je m’en doute mais ce n’est pas la première fois que tu montes et descends donc à force, tu dois quand même avoir un peu l’habitude. C’est bien toi qui a appris d’Héraisty au sujet des cristaux qui changent de couleur suivant la hauteur dans les souterrains. »

« C’est vrai. Mais en même temps, je ne peux pas confirmer si tout cela est vrai ou non. »

« Héraisty n’a aucune raison de te mentir. Néanmoins, cela ne veut pas dire qu’elle ne peut pas se tromper, loin de là. »

Il hocha la tête aux propos de Manelena, montrant par là qu’il comprenait ce qu’elle voulait dire. En même temps, Héraisty n’était pas la seule à les guider ceux qui indiquaient la marche à suivre parmi les démons, utilisaient aussi les cristaux comme repères.


Mais personne n’était parfait et il y avait sûrement une possibilité de prendre des chemins moins compliqués. Pour autant, le jeune homme aux cheveux bruns ne fit aucune remarque à ce sujet. Il était maintenant concentré sur la lettre qu’il avait envoyée au monarque. Comme ils allaient devoir attendre plusieurs voire semaines, il n’était pas certain qu’ils seront encore sous la surface lorsqu’il aura une réponse de sa part.

« Et si ça doit arriver… Ah… J’imagine qu’il va falloir me débrouiller seul. »

« Te débrouiller seul ? De quoi est-ce que tu parles à voix haute, Tery ? »

« Juste par rapport à ce que l’on va devoir faire en attendant la lettre de l’empereur Malark. »

« Hmm ? Mais justement, nous avions dit qu’on allait tout simplement gérer tout cela calmement, non ? En continuant de progresser. Qu’est-ce que je dois faire pour que tu penses à autre chose ? Et non, je te préviens, pas en public. »

« Qu’est-ce que … De quoi est-ce que tu parles ?! »

Aucune réponse de la part de l’intéressée. Seul un sourire était présent sur ses lèvres puisqu’elle ne portait pas son casque sur le moment. Brrr, il n’était pas vraiment certain de vouloir vraiment comprendre ce qui se passait.

Mais avec tout ça, pour quelques heures, il allait avoir l’esprit ailleurs. Ignorant bien le regard mauvais que Krawnia lançait à Manelena, il restait quand même sur ses gardes par rapport à la femme ailée. Si elle s’en prenait à Manelena, il allait pas vraiment le supporter… car il n’avait aucune possibilité de savoir si Manelena arriverait à tenir face à Krawnia. Manelena avait beaucoup d’expérience en combat mais Krawnia….

Non. Manelena possédait les lignes d’Alzar, il ne fallait pas l’oublier. C’est vrai que c’était devenu très commun, vu que tous les démons se basaient sur ça dans le monde souterrain mais à la surface, les lignes d’Alzar sur les différentes races restait quand même un phénomène assez rare. Il ne fallait pas l’oublier.

« Bon… Dans tous les cas maintenant, avec tout ça, nous avons encore de quoi faire. »

« Comme tu dis, Manelena. Ah… J’espère qu’elles vont bien. »

Oui, en se focalisant un peu sur Elen et Elise, cela sera plus facile. En se disant qu’il allait bientôt les revoir, il ne savait pas quand exactement, peut-être qu’il pourrait alors se concentrer pour arriver le plus rapidement à la surface.

Et même en étant à la surface, cela prendra un peu de temps pour envoyer du courrier et obtenir une réponse. Car oui, même avec les enveloppes volantes, il restait une chance qu’elles ne soient pas à la surface. Il pourra toujours écrire à sa mère, elle avait des nouvelles à lui donner aussi de son côté.

Avec tout ça, il se sentait un peu ragaillardi et en pensant aussi à ses grands-parents, il se disait qu’il y avait au final beaucoup de monde qu’il aimerait revoir à la surface. Enfin, sa priorité restait quand même Elen. D’ailleurs, comment expliquer concrètement au sujet de Clari ? La femme-golem était toujours aussi discrète, malgré son apparence. D’un autre côté, maintenant qu’ils étaient sortis de la capitale démoniaque et que lui-même avait Manelena à ses côtés, elle se faisait moins présente.
Elle avait été là, contre les gnomolds, en utilisant ses capacités et son corps fait de cette pierre de couleur noire, l’onyx. Sa résistance était telle qu’elle n’avait tout simplement reçu aucune « blessure » sur son corps. C’était un terme un peu étrange à décrire puisqu’elle ne pouvait plus être blessée par des moyens conventionnels.

Mais c’était réellement Clari et ça il ne pouvait pas se le retirer de la tête. Même si elle n’était pas exactement comme avant… c’était celle qu’il avait connue. Celle qu’il pouvait ouvertement appelé grande sœur sans aucune honte.

De quoi devrait-il avoir honte de toute façon ? Elle lui avait sauvé la vie à l’époque. Oui, cela commençait à remonter à plusieurs années mais le souvenir était encore frais dans sa mémoire. Hmm… Peut-être qu’un jour, il fera son deuil et…

À qui il ferait croire ça ? Il suffisait de voir qu’il avait donné vie à un golem ressemblant exactement à Clari pou comprendre qu’il ne le fera jamais. Pas de cette façon… Il n’avait toujours aucune idée de comment il avait réussi ce tour de force.

Oui… car cela tenait du domaine du miracle. Un miracle auquel il avait donné « vie ». Même si le terme pouvait paraître déplacé dans une telle utilisation. Enfin, dans tous les cas, le jeune homme aux cheveux bruns était satisfait de la tournure des évènements et il n’allait pas s’en plaindre.

Oui… S’en plaindre. C’était le bon terme encore une fois. Même s’il pouvait être pris pour un fou, il comprenait un peu le Dévoreur sur le coup. Avoir perdu un être que l’on aimait profondément et… Tiens, pourquoi est-ce qu’il pensait à lui maintenant ?

Non, non, il devait tout de suite arrêter. Cela allait très mal se finir s’il ne faisait pas attention. Il ne pouvait pas retomber dans ces travers, loin de là. Brrr ! Vivement qu’il retrouve celle qui était la plus chère à son coeur et il ne se posera alors plus de questions de la sorte. Il espérait vraiment avoir Elen en face de lui très bientôt. Il allait devoir s’excuser sur de nombreux points et aussi parler pendant longtemps, très longtemps. Il n’avait pas eu la possibilité de s’expliquer la dernière fois … comme tant de fois d’ailleurs. S’il avait pu, peut-être que tout cela ne serait jamais arrivé.

« Eh bien, si on m’avait dit que ce projet irait aussi vie, je ne suis pas certaine que je l’aurais cru. Et même maintenant, j’ai encore du mal. »

« Et pourtant, Elen, c’est bien ce qui est en train de se produire devant nos yeux. Tout le monde met la main à la pâte et c’est vraiment une chose merveilleuse. Je suis certaine que cette idée est excellente. Comme ça sera un tunnel non connu de la surface mais aussi des démons, nous avons donc un chemin secret. Pour combien de temps ? Cela sera difficile à savoir, il faudra sûrement le camoufler. Mais néanmoins, pas de poste de garde au service d’un membre de la noblesse ou de la famille royale, hahaha. »

« Elise, je tiens à te rappeler que tu es membre de la famille royale donc indirectement, ce nouveau tunnel sera plus ou moins géré par toi ou les personnes qui te suivent. »

« Merci de me briser mes petits rêves, Elen. C’est très sympathique de ta part. Plus sérieusement, ils ne doivent pas se douter un seul instant de ce que l’on fait exactement et c’est ça qui est vraiment une excellente chose. »

« Nous sommes assez discrets de notre côté ce qui est mieux, oui. Mais pendant combien de temps ? Je ne voudrais pas être pessimiste mais… »

« Tu n’as pas à l’être. Nous avons plus ou moins camouflés nos travaux. Il faudrait vraiment se concentrer sur la zone pour les trouver. »

« Et ce n’est pas ce qu’ils risquent de faire justement ? C’est plutôt problématique. »

« Oui et non, Elen. Encore une fois, j’ai pris mes précautions. Je ne veux pas qu’ils le repèrent donc pour cela, ils devront faire pas mal d’efforts pour y arriver. »

Elise était vraiment convaincue par son projet et Elen poussa un léger soupir. Peut-être que c’était elle le souci pour l’occasion. Elle s’en faisait plus que nécessaire… et ce n’était pas bon, loin de là. Elle prit une respiration plus forte que les autres avant de lui sourire :

« Si tu es certaine de ton coup, tant mieux alors. S’il le faut, de toute façon, tu sais où me trouver, d’accord ? Je vais aller voir ma fille. »

« Nous pouvons être deux pour l’occasion. Royan est en train de superviser le tout. Il doit quand même montrer qu’il est le roi de Traslord même si là, il est plus en train de jouer les apprentis chefs de chantier. »

« Peut-être une reconversion future, Elise ? Qui sait ce que l’avenir lui réserve ? »

« Ne va pas lui dire ça, il serait capable de le prendre au sérieux. Je sens qu’il a envie de faire comme Manelena : avoir une vie en-dehors de la royauté. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est avec moi, hahaha ! Non pas à cause de mon sang royal ! »

Elen ne répondit pas à Elise. Elle ne pouvait pas lui donner tort sur le coup. Que ça soit Manelena ou Royan, l’un comme l’autre, leur sang royal n’avait pas autant d’importance que pour beaucoup d’autres monarques. Oui, contrairement à la majorité des nobles, ils voyaient tout cela d’une bien autre façon. Une façon bien plus plaisante.

« Je vais aller retrouver mon prince royal à moi, enfin roi maintenant. »

« Fais donc Elise. Fais donc. » déclara Elen d’un petit mouvement de la main comme pour l’inciter à y aller dès maintenant alors qu’elle-même, tout sourire, était juste en train de prendre le chemin qui la mènerait à sa fille.

Ah… Sa fille… ou plutôt leur fille… à elle et Tery. Sauf que Tery ne pouvait même pas la prendre dans ses bras. Même si ce n’était pas vraiment un secret, le fait qu’elle ne puisse pas avoir le jeune homme auprès d’elle après tout ce temps commençait vraiment à lui travailler le mental. Elle espérait que tout soit résolu rapidement.

Mais l’espoir faisait peut-être vivre mais ce n’était pas ça qui allait ramener Tery plus rapidement à ses côtés. Elle le savait bien et ça lui dévorait le crâne. Elle n’allait pas devenir folle, loin de là. Depuis le jour où il l’avait plantée… à cause de ses sombres pensées et de cette manipulation par cette voix étrange, elle avait compris.

Elle avait compris que même en aimant autant Tery, elle ne pouvait pas réagir de la sorte. Mais elle n’était pas stupide. Elle avait parfaitement compris ce qui risquait de se passer avec Manelena auprès de Tery mais… elle ne pouvait pas y faire grand-chose. Qu’importe ce qu’elle tentait, tant qu’elle n’avait pas Tery à ses côtés, elle ne pouvait qu’être spectatrice.

Et si ça devait arriver ? Et si c’était déjà arrivé ? Comment devait-elle réagir ? Hurler dessus comme une damnée ? Une démone ? Qu’est-ce que cela changerait puisque la situation s’était déjà produite ? Comment ? Est-ce qu’elle devait lui pardonner alors qu’elle-même n’avait jamais eu d’écart ? Et s’il y avait eu un écart, combien de fois ?

Et s’il trouvait une excuse ? Et ensuite ? Comment faire ? Faire comme si de rien n’était ? Regarder Manelena continuer à tourner autour de Tery ? Et s’ils retombaient dans ses travers ? Que dans son dos, ils continuaient à se voir ? Voilà toutes les questions qui lui traversaient l’esprit à cet instant précis.

Elle était sûrement irrécupérable, elle s’en doutait mais… ce n’était pas non plus tout de sa faute hein ? Ah … Pourquoi est-ce qu’il n’était pas possible de s’envoyer de courriers ici ? Pourquoi est-ce que les lettres volantes ne fonctionnaient pas ici ? Avec elles, tout aurait été bien plus simple. Elle se rappelait de l’époque où encore, elle n’avait pas compris la portée de ses sentiments envers Tery.

Oui. Elle se rappelait de cette image qu’elle avait envoyé au jeune homme avec ce fameux miroir. Son premier moment où elle s’était considérée comme coquette. Elle en avait encore un peu le rouge aux joues rien qu’en y repensant, hahaha. Voilà, elle se sentait un peu mieux. Les souvenirs d’antan lui faisaient du bien.

Et elle savait qu’elle allait le retrouver un jour. En continuant de se fixer cela comme objectif, elle était convaincue qu’ils pourront un jour tout simplement couler des jours heureux. Pas d’aventure à l’horizon, pas de créature monstrueuse à affronter, pas de royaume à combattre. Tout cela sera derrière eux. Et derrière eux, il n’y aura alors pas besoin d’y jeter un œil.

« Qu’il me tarde de te la montrer pour qu’on lui donne un nom. »

Oui, elle le savait parfaitement. C’était plus qu’absurde de ne pas avoir donner de nom à cet enfant qui avait déjà dépassé sa première année. Sa fille comprenait déjà quelques mots, elle poussait des petits cris mais elle était heureuse et silencieuse pendant la nuit. Ce qui pouvait être étrange pour un enfant de cet âge.

Est-ce qu’elle en faisait trop pour elle ? Ou pas assez ? Cela dépendait sûrement du point de vue, elle en était certaine mais… en un sens, il y avait vraiment un souci. C’était le fait qu’elle se comporte de la sorte alors qu’il valait mieux pour l’enfant qu’il ait de l’amour et de l’affection tout autour de lui.

Pensée absurde. Sa fille était aimée et choyée. La question ne se posait même pas en fin de compte. Que ça soit par elle ou par sa grand-mère. D’ailleurs, les grands-parents de Tery seront sûrement ravis de la voir dès qu’elle pourra la leur montrer.

Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait la sensation qu’une certaine vieille dame serait complètement folle de joie de voir son arrière petite-fille. Oui, elle lui avait fait une bonne impression à chaque fois qu’elle l’avait vue et elle avait d’ailleurs compris que dans la famille Vanian, les femmes étaient très souvent fortes en terme de caractère.

D’ailleurs, c’était aussi en partie pour ça qu’elle devait redoubler d’efforts. Pour être à la hauteur de toutes les femmes de cette famille. En montrant ce dont elle était capable, elle serait alors plus qu’apte à représenter la famille Vanian. Le rouge vint parcourir ses joues. Dans les faits, c’était vrai que Tery et elle n’étaient pas mariés mais cela sera très vite réglé lorsque la situation sera stabilisée, héhéhé.

« Tu es vraiment si mignonne, tu le sais ? »

Peu à peu, sur le sommet du crâne de l’enfant, il était possible de voir quelques reflets blonds, comme sa mère. Si ce n’était pas la preuve la plus concrète qu’elle était bien sa fille, elle ne voyait pas ce qui pouvait le prouver alors. Enfin bon, la mère, c’était certaine. Le père ? La question ne se posait même pas. Elle n’avait fait la chose qu’avec lui, maintes fois, encore et encore.

D’ailleurs, c’était peut-être pour cela qu’elle avait porté son enfant aussi rapidement. Ils s’étaient plus ou moins comportés comme des bêtes, non pas sauvages mais disons… qu’il n’y avait jamais eu de retenue ou presque. Hmm … Ah … Elle plaça doucement un doigt sur la joue de sa fille endormie.

« Vraiment si mignonne. Tu es à croquer, mon amour. »

Un amour de petit bout de chou. Elle déposa brièvement un baiser sur la joue du bambin. Ils n’étaient qu’en début d’après-midi mais elle allait éviter de faire une sieste. Depuis la naissance de l’enfant, ça lui arrivait un peu plus souvent car il fallait bien qu’elle récupère des nuits où l’enfant se réveillait.

Heureusement, à l’époque, elle avait eu la mère de Tery avec elle mais elle ne pouvait pas toujours compter sur elle non plus. Cela ne pouvait pas être aussi simple que ça hein ? Du moins, pas de cette manière non plus. Mais là, l’enfant était au calme et bien sage. De toute façon, il y avait toujours quelqu’un pour la surveiller.

Car oui, même si c’était assez étrange, les femmes des différentes races dans leur groupe semblaient adorer la petite demoiselle. Peut-être était-ce l’instinct maternel qui primait ou alors autre chose qu’elle n’arrivait pas à expliquer mais elle avait la sensation que toutes considéraient l’enfant comme un trésor sacré.

C’était assez saugrenu à bien y réfléchir mais elle n’allait pas s’attarder sur ça, hahaha. En fait, elle préférait même ne pas trop y penser. Elle allait juste se contenter de se dire que chacune était heureuse de pouvoir lui rendre ce service. Oh, bien entendu, elle avait quand même pris des précautions pour éviter des gestes malheureux.

Il s’agissait de quelques mesures de sécurité pour être certaine que son enfant était entre de bonnes mains. Est-ce qu’elle faisait une erreur ? Oui et non. Elise avait voulu la rassurer en lui disant que tout le monde dans ce groupe voulait oeuvrer pour un but commun. De même, elle aussi comprenait parfaitement le fait que le bébé de Tery et Elen avait quelque chose d’assez exceptionnel sans forcément réussir à expliquer quoi exactement.

« Je me demande si c’est à cause de ses origines ou non. » chuchota doucement la femme aux cheveux blonds, songeuse à cette idée.

Tery était un être à moitié démoniaque. Elle-même était issue… de deux divinités. Enfin, deux êtres aux capacités exceptionnelles. Cela devait sûrement influencer d’une manière ou d’une autre, non ? Même si elle ne savait pas trop comment et de quelle façon.

C’était le genre de choses qui ne pouvait sûrement pas être étudiée d’un claquement de doigts. Enfin, avec tout ça, elle devait aller retourner voir Elise et Royan. Même si elle n’était pas totalement rassurée par l’avancée du projet, ça ne voulait pas dire qu’elle ne pouvait pas soutenir ce dernier.

Revenant auprès du couple royal, puisqu’on pouvait les considérer tous les deux ainsi, elle vint apporter sa pierre à l’édifice, commençant à user de ses capacités magiques pour épauler ceux qui travaillaient. Dans ces moments-là, elle regrettait doublement Tery. Déjà par son absence de présence mais aussi par le fait qu’avec sa capacité à créer des golems, il serait d’une utilité bien plus grande qu’elle. Autant dire qu’elle regrettait la main d’oeuvre que Tery pouvait emmener avec lui. Une main d’oeuvre plutôt importante et utile.

« Enfin, il me manque surtout et pas qu’un peu. »

« Hmm ? De qui donc ? Votre homme, c’est bien ça, non ? Enfin, Tery, si je me suis pas trompé de personne. » répondit calmement un démon à côté d’elle alors qu’elle tenait dans ses mains une lourde pierre, ses propres mains devenues des griffes de roche.

« Oui, oui, c’est bien Tery. Et oui, il me manque. »

« Ah ouais, je peux voir ça. Vous utilisez les mêmes griffes que lui. »

« Une simple coïncidence, hahaha. » dit-elle en rigolant légèrement. Elle-même ne croyait pas en son mensonge mais qu’est-ce qu’elle pouvait y faire, hein ? Dans tous les cas, elle allait se concentrer à la tâche et peut-être que par de petites actions comme ça, l’attente pour retrouver Tery sera moins difficile.

Chapitre 44 : Des journées difficiles

Chapitre 44 : Des journées difficiles

Le réveil avait été bien plus appréciable qu’il ne l’aurait pensé. En même temps, avec Manelena dans ses bras, difficile de réellement se plaindre de la situation, n’est-ce pas ? Le jeune homme aux cheveux bruns ne s’était pas levé tout de suite, appréciant ces moments où il pouvait sentir Manelena contre lui.

Lorsque ce fut au tour de la femme aux cheveux argentés de se réveiller, il l’avait juste regardé, en silence, sans qu’un seul mot ne quitte ses lèvres. Y avait-il vraiment besoin de parler ? Elle colla son front contre le sien, rapprochant ses lèvres, son souffle chaud se faisant sentir contre les siennes.

« Manelena, je… » commença à dire Tery avant qu’elle ne scelle qu’un court instant un baiser. Elle se retira de ses bras avant de chuchoter :

« J’imagine que les paroles d’hier à l’encontre de Krawnia me concernent aussi, n’est-ce pas, Tery ? Ou… »

« Tu te trompes sur ce point. Je… Toi… Je suis indécis, désolé. Je suis vraiment un être horrible pour jouer avec tes sentiments. »

« Et moi ? Qu’est-ce que je devrais dire réellement ? Sans cette cruauté qui est la tienne, je n’aurais jamais eu cette possibilité, dans cette foutue capitale démoniaque hein ? »

« Je préfère ne pas trop y repenser, sincèrement. Cela ne me plaît pas vraiment. »

Elle fit juste un fin sourire et quitta définitivement sa couche avant de se lever et de s’étirer, permettant à Tery de profiter de la vision de ses courbes si souvent cachées sous cette épaisse armure noire depuis leur départ de la capitale démoniaque.

Captant aisément le regard de Tery sur elle, elle ne fit rien pour autant l’émoustiller plus que ça. Ce n’était pas l’heure pour cela et puis, il ne fallait pas oublier qu’elle était reine de Shunter. Elle avait quand même un peu de décence. Elle ne pouvait pas se pavaner comme une paon pour attirer la cible de ses désirs.

« Avec tout ça, nous avons encore beaucoup à faire, Tery. »

« Beaucoup à faire, beaucoup à faire. Le terme est peut-être un peu exagéré, non ? »

« Nous n’avons pas tant avancé que ça par rapport aux gnomolds. Et il ne faut pas oublier que l’armée d’Haiktos reste dans les environs. »

« Oui, c’est vrai. Bon, je vais aussi me lever. Je ne peux pas paresser plus que nécessaire. Je dois montrer l’exemple aussi, de mon côté. »

« C’est le mieux à faire. Par contre, tu vas sûrement t’attendre à des regards et des remarques de la part de l’autre cinglée. »

« Humpf, je le sais parfaitement et je m’y attends, ne t’en fait pas. Ce n’est pas comme si elle avait son mot à dire à ce sujet, Manelenea. »

Son mot ? Il était aisé de savoir de qui ils parlaient tous les deux. Il n’y avait qu’une seule personne dans leur champ de vision : Krawnia. Néanmoins, lorsqu’il quitta sa tente quelques secondes après Manelena, il n’y avait pas de demoiselle ailée qui l’attendait. Non.

Elle était encore là, néanmoins ? Il posa la question à quelques soldats, certains lui disant que oui, d’autres qu’elle s’était rapprochée de sa tente sans pour autant y pénétrer à l’intérieur. En même temps, il y avait des gardes pour surveiller sa tente, question de sécurité. Il était hors de question que le jeune homme reste sans protection.

« D’accord, d’accord. Elle n’a rien fait de bizarre à part cela ? »

« Pas vraiment. Elle traînait dans les environs sans rien dire ou faire. Je crois qu’elle voulait rentrer mais elle s’est arrêtée, puis elle a émis un léger grognement avant de se retourner et de s’éloigner. Rien de plus. »

« D’accord, d’accord. Donc en quelque sorte, elle est restée comme à son habitude, du moins, du peu que l’on peut connaître d’elle. »

« C’est peut-être pas dit de façon élégante mais ouais, y a de ça, chef. » compléta le soldat en hochant la tête positivement..

« Sur le coup, je ne suis pas sûr que l’élégance ait une quelconque importance hein ? »

« C’est pas faux, chef. Mais bref, je vais pas vous mentir qu’elle fait peur à pas mal d’entre nous. Même les démons ne l’apprécient pas. »

« Tant qu’elle n’est pas une menace pour notre armée et que je n’ai pas l’impression qu’elle risque d’exploser à tout instant, elle reste notre alliée. »

« D’accord, d’accord. Je voulais juste vous dire ça. Même si c’est juste la première journée, le truc, c’est qu’avec ce qui s’est passé avec les gnomolds, les autres sont vraiment pas rassurés. Ils ont peur qu’elle décide de les agresser comme ça, du jour au lendemain. »

« C’est normal en vue de comment elle a décidé d’agir. »

Et il s’éloigna enfin pour ne pas continuer cette discussion. Comme les oreilles indiscrètes pouvaient très aisément trouver leur domaine dans la base, il voulait éviter que ce message ne se transmette à Krawnia, surtout si le temps qu’il arrive à ses oreilles, il ait été modifié à cause des petites inconsistances.

« Ah… Pfiou… Je n’ai pas eu le temps hier mais je vais le faire aujourd’hui. »

Il allait plutôt se concentrer sur autre chose : l’histoire des gnomolds avec les démons. Il n’y avait peut-être que peu de chances qu’elle soit au courant mais qui ne tentait rien n’avait rien. Il se dirigea vers Héraisty, la voyant au loin en train de parler avec d’autres personnes. Attendant qu’elle ait terminé, il se rapprocha d’elle avant de la saluer en lui baisant les joues. Se laissant faire, elle lui demanda s’il avait bien dormi avec un petit sourire amusé.

« Euh, bien entendu, Héraisty, et toi ? »

« Oh, comme un loir. Disons que de toute façon, en vue de la situation actuelle, j’ai essayé de ne penser à rien et de tout simplement me concentrer sur ce qui va nous attendre. »

« Oui… Enfin, justement, je voulais te parler de quelque chose. Est-ce que tu étais au courant par rapport aux gnomolds ? Enfin, pas pour leur transformation mais… ce système de sacrifice de la part des divinités ? »

« Pour les gnomolds en eux-mêmes, je ne pouvais pas le savoir. Comme Zélisia et Alzar ont utilisé la magie des différents peuples pour sceller le monde souterrain, il n’y a aucune trace des « résultats » causés par cela puisqu’il n’y avait aucun démon pour en parler. Par contre, au sujet de la magie en elle-même, ce n’est pas la première fois que j’en entendais parler mais… cela ne modifiait pas le corps de façon permanente et interne. »

« Oh ? Et donc, qu’est-ce que tu peux en dire exactement ? »

« Ce que je peux en dire… Hmm… Eh bien… En fait, certains peuvent se faire via des contrats et autres. Un peu comme de l’esclavage. Les familles les plus nobles parmi les démons ont de nombreux esclaves, tu t’en doutes, non ? Eh bien, certains d’entre eux servent juste de « garde-manger ». Ils sont juste nourris et logés sans avoir réellement d’autres utilités. Ils ne peuvent pas quitter les environs des logements où ils sont entassés. »

« Mais c’est vraiment horrible. Enfin, je veux dire, c’est de l’esclavagisme oui, comme les autres mais… là, ils n’ont même aucune autre utilité que juste vivre pour mourir plus tard ? »

« Oh. Il y a d’autres types de magie qui permettent de récupérer celle des environs. Et cela sans contrat mais disons que ce n’est pas à la portée de tout le monde. »

« D’accord, d’accord. J’aimerais dire que je vois bien mais… ce que tu m’as dit, je ne savais pas que ça se faisait ainsi. »

« Oh, pourtant, la royauté et les plus haut-gradés militaires dans le monde démoniaque ont justement de quoi se préparer à ça. Ils ont de quoi se sustenter et d’utiliser des magies qui ne sont normalement guère accessibles à leurs personnes. »

« Est-ce que les pouvoirs magiques de l’empereur Malark sont du même genre ? » questionna Tery en se rappelant l’étrange sort de la part de l’empereur.

« De ce que je connais de lui, il est capable de produire ses sorts sans avoir besoin d’un « garde-manger » à côté. Il est dit qu’en terme de magie, il est l’un voire le plus puissant des empereurs depuis des siècles voire des millénaires. Mais difficile de confirmer ou infirmer ceci quand on ne peut pas vraiment comparer. »

« Oui, c’est vrai. Enfin, donc en un sens… tu en sais mais pas plus que ça. Donc tu penses que les gnomolds disaient la vérité ? Du moins, pour toi, tu en es sûre ou non ? »

« Sûre et certaine. Il ne mentait pas. Et je pense que pas mal de démons connaissent au moins, via des rumeurs, au sujet de cette capacité. Mais ils devaient sûrement penser que ce n’était possible que pour eux. Que d’autres en soient capables, c’est peut-être cela qu’ils auront du mal à croire mais rien de plus. »

Hmm. Oui. C’était une bonne remarque de la part d’Héraisty. Mais au moins, il avait eu plus ou moins une confirmation : tout le monde considérait que les gnomolds n’avaient pas menti en racontant cette histoire. Alors qu’il s’apprêtait à partir en remerciant la démone, celle-ci avait toujours le même sourire qu’auparavant, disant d’une voix douce :

« Et de ton côté, tu as vraiment bien dormi, Tery ? »

« Euh… Oui, oui, mais pourquoi est-ce que tu me poses à nouveau cette question ? »

« Eh bien, je ne sais pas trop. Il semblerait qu’une personne avait décidé de se rendre discrètement dans ta tente, hier. Elle m’avait demandé quelques conseils pour faire cela de façon à ce que personne ne le remarque. »

« Eh bien, disons qu’elle s’est plantée grandement sur ce point. »

« Hmm ? Comment cela ? Qu’est-ce qu’elle a fait comme erreur ? »

« Oh, simplement le fait de quitter la tente ce matin, comme si de rien n’était. J’imagine que les gardes n’étaient pas au courant de sa présence, en vue de ce que tu viens de me dire. »

Il remarqua bien qu’Héraisty était en train de se demander s’il blaguait mais il hocha la tête négativement sans prononcer une parole de plus. Héraisty poussa un profond soupir, reprenant la parole pour dire d’une voix lente :

« J’imagine qu’elle était si heureuse d’avoir un instant avec toi qu’elle a abaissé sa garde lorsqu’il fallait éviter que ça ne soit le cas. »

« Bah, ce n’est pas si grave que ça. Je veux dire, j’imagine que c’est un secret de polichinelle. Et si cela peut te rassurer, il ne s’est rien passé entre elle et moi. »

« Mais pourquoi est-ce que cela devrait me rassurer ? »

« Eh bien, je ne sais pas trop mais… je m’imagine souvent que tu fais tout ça pour nous donc voilà, je pensais que ça serait normal que de te remercier, il ne faut pas ? »

« Je vous apprécie grandement, et peut-être plus. Surtout toi, Tery. Depuis que tu es venu dans ma vie, tout a changé radicalement. »

« Fais attention, on dirait vraiment que tu veux me complimenter. »

« Mais c’est exactement ce que je suis en train de faire, hahaha. Entre toi et Elise, j’ai découvert tout un nouveau monde. Et de nouvelles races. Et puis, j’ai tellement à en apprendre sur vous autres, je ne peux que continuer cela. »

« Tu sais que nous ne sommes pas des sujets d’expérience hein ? »

« Bien sûr que non, Tery. Je suis juste heureuse et contente. » répliqua la femme démoniaque.

« Alors je n’ai qu’à travailler pour que tu le restes. »

« Cela ne devrait pas être une tâche trop difficile, hahaha. »

Elle continuait de lui sourire et oui, il était plutôt heureux de la tournure des évènements. Il se sentait un peu soulagé. Même s’il avait toujours cette pensée néfaste par rapport à Krawnia, cela ne changeait pas qu’il devait se calmer et faire la part des choses. C’était pourquoi il allait prendre sur lui-même et juste voir le bon côté.

« De toute façon, tu sais où me trouver si tu as un besoin présent de venir parler, n’est-ce pas, Tery ? Il te suffira juste de venir dans ma tente. »

« Et que les soldats se posent des questions ? Ils finiront par se faire des idées. »

« Oh, je pense que c’est déjà le cas. Tu sais bien que les démons sont polygames, non ? Certains démons et démones ne font que chercher l’être le plus fort ou attirant, qu’importe le nombre de prétendants ou prétendantes aux pieds du dit être. »

« Mais je ne suis pas vraiment comme ça, désolé de le déclarer. J’espère que tu ne seras pas trop déçue par cette révélation, hahaha. »

« Pas le moins du monde puisque je ne suis pas attirée de cette façon par toi. Pas trop déçu non plus de ton côté ? »

Elle venait de répliquer presqu’aussitôt. Alors que les paroles étaient un peu directes et franches, le sourire qu’elle arborait montrait aisément qu’elle ne voulait pas qu’il le prenne mal. Pour toute réponse, il tira doucement la langue :

« Peut-être juste un petit peu ? Réellement, entre le désir et l’amour, c’est vraiment compliqué et différent. Et je ne veux pas que tu penses que c’est le second. »

« Car c’est le premier ? Hmm… Intéressant ! Mais je note cela pour un autre moment. Tu n’es pas le genre de démon à succomber réellement à tes désirs, n’est-ce pas ? Je veux dire, il suffit de voir avec Manelena pour comprendre que c’est… plus que ça. »

« Je suis assez perdu sur ce point. Je sais que… j’ai l’impression d’avoir tout le temps cette discussion, que cela soit avec toi ou alors dans ma tête mais… »

« Ce n’est pas un souci, si tu en as envie d’en parler, tu sais que je suis là. Et je sais aussi très bien que tu ne sais pas sur quel pied danser par rapport à Elen et Manelena. »

Il fit juste une petite moue qui se voulait souriante mais il était aisé de voir qu’il était plus triste qu’autre chose. Les évènements n’étaient pas anodins et le fait de ne pas voir Elen depuis si longtemps et surtout sans que cela tourne mal avait sûrement influencé sur sa décision mais… renier ce qu’il ressentait pour Manelena, cela ferait de lui un lâche.

« Je vais aller retrouver le reste des troupes. Je crois que l’on va être bon pour stationner un peu dans les environs. Nous sommes pas encore en sécurité mais je crois que plusieurs jours de repos sont réellement nécessaires. En venant jusqu’à toi, j’ai vu les soldats. »

« Ils n’ont pas une bonne mine et c’est difficile… de faire quelque chose pour les aider. »

« Ils sont stressés. Ils ne peuvent pas… penser autrement à ce qui s’est passé malheureusement. À partir de là, ils n’ont donc que leurs pensées à ruminer. »

« Peut-être qu’avec le temps, cela passera, tu crois ? »

« Pas vraiment mais il n’y a aucune parole réellement réconfortante dans ce genre de situation. Au grand maximum, nous pourrions voir pour faire quelque chose pour évacuer tout ça, via un travail à accomplir mais… ce n’est pas aussi simple. »

Il en savait quelque chose. Pour quelqu’un qui avait ruminé son passé pendant de longues années, et Manelena étant dans le même cas que lui, il était difficile de tirer un trait comme ça. Un évènement pour leur faire oublier leurs soucis ?

Difficile. Les loisirs des démons n’étaient pas mêmes que ceux de la surface. Et même à la surface, ils n’étaient pas forcément tous à avoir les mêmes loisirs. Souvent à cause de leurs différences raciales. Bref, tout ça était très compliqué et rien n’allait arranger la chose.

« Je suis complètement perdu. Cela ne sert à rien. »

« Mais non, Tery. Tu trouveras une solution. Comme tu en as trouvé une pour Elise, une pour Manelena, une pour nous tous. Tu devrais arrêter de te dévaloriser. »

« Ce n’est même pas une question de me dévaloriser ou autre. C’est simplement que… je me sens parfois si faible. J’ai l’impression d’être juste transporté d’histoire en histoire. Comme si je n’étais qu’une simple marionnette. »

« Hmm… Non, tu es responsable de tes décisions, je ne pense pas que tu peux prétendre cela, Tery, loin de là. »

« Si seulement j’arrivais à me convaincre autant que tu tentes de me convaincre, je suis sûr qu’à nous deux, nous devrions arriver à quelque chose. »

« Et si tu allais voir Manelena ? C’est toujours elle qui est là pour te remonter les bretelles, non ? Allez, zou, tu devrais y aller maintenant ! »

Et c’était presque si elle décidait de le mettre dehors. Oh, il savait parfaitement que ce n’était pas le cas mais elle voulait le motiver. Elle posa une main sur son dos avant de le pousser légèrement en avant, comme pour l’inciter à faire le premier pas.

Ce n’était pas bien difficile de retrouver Manelena, contrairement à Krawnia d’ailleurs. Il ne l’avait vraiment pas vue de la matinée. Dans tous les cas, ce n’était pas un souci. Léger sourire aux lèvres, il se rapprocha de Manelena.

« Hmm ? Eh bien, ce sourire en dit long. Qu’est-ce qui te tracasse, Tery ? »

« Ah… On dirait bien que je n’ai pas réussi à le rendre plus sincère que je le pensais. Comme quoi, je me suis bien trompé, hahaha. Ah… C’est juste comme ça. »

« Héraisty t’a sûrement envoyé si tu viens vers moi. Ce n’est pas de ton plein gré. »

« Hey ! Tu donnes l’impression que je viens juste te voir quand j’ai des soucis. »

« Des soucis ? Pas tout le temps mais disons que je suis un peu comme ton phare dans la nuit souterraine, tu ne crois pas ? »

« C’est joliment dit et… c’est peut-être un peu vrai, Manelena. Mais si je vais encore te raconter mes ennuis, tu ne risques pas de te lasser. »

« Sûrement, oui. Et si je vais sûrement finir par trouver cela super chiant, désolée de ne pas être désolée de te le dire concrètement hein ? »

« Ce n’est pas grave. C’est juste comme d’habitude, n’est-ce pas ? Bon… C’est au sujet des gnomolds. Je ne sais pas si cela était une bonne idée que de les laisser partir. »

« Hmm ? Tu voulais les tuer donc ? » demanda Manelena, le regardant avec un peu d’étonnement, Tery faisant rapidement un geste négatif de la main.

« Non, non ! Pas du tout ! Je ne pensais pas ça. Pas de la sorte. Je me disais juste si cela était vraiment utile… que de les faire partir. Peut-être que si nous avions décidé… »

« De les garder avec nous, nous aurions alors réussi à les « apprivoiser » et à en savoir plus ? Non, tu te trompes lourdement, Tery. Ils étaient prêts à reprendre le combat si ce gnomold avait décidé. Mais en vue de la surprise de ses partenaires, il semblerait que ce secret soit bien gardé. Si tu veux vraiment en connaître plus, il faudra voir avec Ernold si un jour, nous arrivons à remonter à la surface. »

« Tu crois qu’Ernold nous en dira plus ? »

« Il vaut mieux pour lui. Je suis certaine qu’il est en partie responsable de cette situation déplorable avec les gnomolds. Mais aussi l’ouverture des portes démoniaques, je suis certaine qu’il n’y avait pas que le couple de dieux derrière tout ça. Cela ne m’étonnerait pas qu’ils aient travaillé de concert dans cette histoire. »

Il… devait avouer qu’il n’avait jamais fait le rapprochement. Maintenant qu’elle en parlait, c’était vrai. Cela n’était pas si anormal que ça. Cela semblait même assez logique à bien y réfléchir. La situation durant ces dernières années montrait bien qu’ils avaient été… ah. Comme des pantins. Le terme venait de traverser son esprit et… il se sentait à nouveau très las sur le moment. Cela n’allait jamais s’arrêter hein ?

« On aura besoin de tellement d’explications. Je ne sais même pas ce qui va nous attendre au final, Manelena. »

« Ce qui va nous attendre ? Hmm… Difficile à dire, il faut avouer. Nous allons continuer à monter au fur et à mesure jusqu’à arriver à la surface, gardons ce but en tête. Et cela malgré tout ce qui s’est passé dernièrement. »

C’est vrai. Garder cet objectif principal en tête. Avec l’armée ennemie et les gnomolds, ils avaient beaucoup dérivé. Il avait bien fait d’écouter les paroles d’Héraisty : Encore une fois, Manelena avait les idées bien plus lucides que lui.

Chapitre 43 : La vie d’antan

Chapitre 43 : La vie d’antan

« Confirmation qu’ils sont tous partis ? »

« Un éclaireur a décidé de les suivre discrètement oui, c’est bien le cas. Ils ne sont plus autour de nous. Nous sommes en sécurité. »

« Pendant ce temps, j’avais demandé un bilan pour savoir combien d’hommes nous avons perdus et aussi l’état des blessés. »

« Les pertes sont minimes, les blessés sont néanmoins assez importants, voire même graves. Mais aucun n’est en danger de mort. »

« D’accord, il y a plus ou moins une bonne nouvelle. Nous allons perdre quelques heures mais essayez de trouver les cadavres de tous les démons vivants dans les environs. On va quand même leur offrir une sépulture décente. »

C’était la moindre des choses. Ils n’avaient pas demandé à se faire exterminer par des créatures dont ils n’avaient jamais entendu parler avant aujourd’hui. Ah… Et c’était vraiment pas joyeux. Durant le combat, il n’avait pas vraiment été se préoccuper de ça mais… que ça soit femmes et enfants, ils n’avaient fait aucune distinction à ce sujet.

Ah… Et bien entendu, certaines femmes avaient protégé leurs enfants du mieux qu’elles le pouvaient mais cela n’avait pas réussi à les sauver. C’était bien là l’horreur de la guerre. Et en un sens… Il se disait qu’il avait été chanceux que cela n’ait été qu’armée contre armée lorsqu’il s’était retrouvé aux côtés de Manelena, enfin la maréchale Nali à l’époque. Au moins, dans une bataille de la sorte, ils affrontaient des êtres qui étaient eux aussi préparés à mourir.

Mais les villageois ? Ils n’avaient rien demandé. Ils n’étaient que de nombreuses victimes… et à l’heure actuelle, les démons étaient bien plus nombreux à faire partie de ce côté que l’inverse. Oui, comme il se trouvait parmi eux, il avait aisément pu voir à quel point les dégâts étaient nombreux.

Comme les démons se combattaient entre eux à cause de cette capacité à pouvoir se nourrir d’autrui pour obtenir plus de pouvoirs, les démons étaient son propre ennemi sur ce terrain. Et comme la peur était la règle première des races de la surface par rapport aux démons, les premiers n’hésitaient pas à attaquer les seconds même s’ils n’étaient pas belliqueux.

C’était un gros bordel, il le reconnaissait amplement et il espérait vraiment qu’un jour, tout cela allait se résoudre. Même si Sérest et Séran étaient deux dieux imbéciles, leurs intentions n’avaient jamais été mauvaises et ils aspiraient à un monde en paix. Avec une pensée aussi simplette que ça, s’il le disait à haute voix, on irait lui rire au nez… mais c’était sûrement possible. Une paix globale et complète, non, il ne fallait pas rêver. Mais que les cinq nations de la surface soient en paix avec celle des démons, c’était possible.

Surtout que pour Mékalarma, il suffisait de mettre en position les nombreux mékalarmiens porteurs des lignes de Zélisia, qui avaient été manipulés et torturés par les autres mékalarmiens. Peut-être qu’il pensait aussi à les manipuler, c’était vrai, mais pour une bonne cause. Enfin, ils n’en étaient pas encore là, bien loin même.

« Qu’allons nous faire maintenant, Tery ? »

« Cela ne sert à rien de rester par ici et je pense que pour les gnomolds, il y a une bonne chance qu’ils remontent à la surface. On va pouvoir continuer notre chemin. »

« Au cas où, Tery, tu te doutes que nous risquons fortement de rencontrer d’autres villages dans cet état mais avec… des morts depuis plusieurs jours voire semaines hein ? »

« Je le sais bien… Les gnomolds seront sûrement passés par là, il n’en est pas possible autrement mais qu’est-ce que je peux vraiment y faire ? »

« Rien du tout. » termina de compléter Manelena alors qu’il marmonnait quelques paroles dans sa barbe. Elle venait de l’extirper de ses pensées mais il ne pouvait pas lui en vouloir. Il fallait avancer à nouveau, sans un regard de plus vers les morts. Il avait juste une partie de ses pensées qui était concentrée sur les gnomolds.

Ce fut après une bonne heure de marche, lorsqu’ils s’étaient remis en route qu’il avait finalement posé la question qui le taraudait à Manelena. Qu’est-ce qu’elle pensait exactement de la situation avec les gnomolds ? Pendant qu’elle restait à ses côtés, elle pensa pendant quelques instants avant de dire :

« Ce gnomold qui a pris la parole était sincère. Cela peut sembler tirer par les cheveux mais il y avait quelques mois, années, nous n’étions même pas au courant de l’existence des démons donc bon, rien d’impossible. »

« Mais maintenant ? Qu’est-ce qu’on doit faire surtout ? »

« Hmm ? Rien du tout ? Ce n’est pas à nous de gérer la crise des gnomolds. On ne peut pas se concentrer sur une histoire perdue depuis des millénaires. N’oublions pas nos premiers objectifs, d’accord, Tery ? »

« D’accord, c’est vrai. J’ai un peu tendance à m’éparpiller pour ne pas changer. »

Et ce n’était pas vraiment dit d’une façon gênée ou autre, c’était juste un constat. Il n’était pas d’humeur à plaisanter de toute façon, en vue de la situation actuelle. Mais il n’avait pas envie de s’énerver en direction de Manelena qui n’avait rien fait.

« Disons plutôt que c’est à cause d’une nouvelle à laquelle personne ne pouvait s’attendre, que ça soit pour des personnes comme nous ou pour les démons. »

« Comme nous ? Tu me considères encore comme un citoyen de Shunter ? »

La question paraissait absurde, vraiment absurde puisqu’elle avait fait disparaître son casque pour le regarder de ses yeux rubis. Elle se demandait s’il était sérieux mais à le voir ainsi, elle lui donna une petite baffe sur le dos du crâne, ayant fait disparaître son gantelet juste avant. Elle répondit :

« Nous avons déjà eu cette conversation, Tery. De nombreuses fois, même. Tu es Tery Vanian. Tu es né à la surface, tu as une mère là-bas, des amis aussi. Tu es de là-bas. »

« Hahaha… Oui. Parlons d’autre chose. Il vaut mieux sinon tu risques de te mettre en colère et je préfère éviter cela, surtout si je suis fautif. »

« Tu crains tellement mon courroux ? Enfin bon… Si ce n’est que ça, je peux te donner des idées d’autres sujets. Comme savoir ce que tu comptes faire lorsque nous allons retrouver Elen et les autres ? Tu as déjà prévu un truc ? »

« Pas vraiment. Enfin, ma priorité va être de voir mon enfant, j’imagine. Pouvoir le prendre dans mes bras et le regarder. Car tu sais, j’ai toujours du mal à croire que je suis père. Ce n’était pas vraiment la vie que j’envisageais en quittant mon village natal à l’époque. »

« Cela ne m’étonne pas. Tu crois que je me voyais être assise sur un trône ? Alors que j’ai toujours été rejetée par mon père ? »

« Pas vraiment, j’imagine. Comme quoi, parfois, on part vraiment bien loin de ce que l’on imaginait avoir prévu pour soi. Mais… Est-ce que tu regrettes tout ça maintenant ? »

« Pas le moins du monde. Je suis plus que satisfaite de la situation actuelle même si je ne suis pas encore totalement heureuse. Il me manque un petit truc que je ne peux malheureusement pas obtenir aussi aisément que je le voudrais. »

« Et c’est quoi ce… petit truc ? » demanda Tery tout en scrutant Manelena du regard. Qu’est-ce qu’une reine comme elle pouvait désirer de plus que ce qu’elle avait déjà maintenant ? Elle rétorqua, remettant son casque sur son crâne :

« Rien de spécial et qui te concerne. Enfin, on peut dire ça comme ça même si ça sonne un peu faux malheureusement. »

« Un peu faux malheureusement ? Tu ne veux pas me le dire car c’est sensé être secret ou alors juste parce que c’est moi ? »

« Principalement parce que c’est toi. Et que je suis certaine que tu es capable de deviner de ce dont il s’agit si tu décides d’y réfléchir un peu plus longuement. »

Y réfléchir un peu plus longuement ? C’était peut-être bien plus personnel qu’il ne le pensait alors. Et si tel était le cas, il valait mieux pour lui alors ne pas s’en mêler plus longuement. Peut-être qu’il ferait mieux tout simplement de…

« OOOOOOOOH ! De quoi est-ce que vous parlez ? OOOOOH ! Tery ! »

Ah oui. Elle. C’était étrange de ressentir un peu de colère envers une personne qui ne lui voulait absolument pas de mal mais voilà… Krawnia était agaçante. Bien plus que dans la tour et s’il ne faisait rien, cela n’allait pas s’arranger. Surtout qu’elle était apparue comme une ombre dans son dos, sans même que Manelena ou lui-même ne la remarque. S’il avait commencé à discuter d’un sujet très important et grave, elle aurait pu tout entendre.

« Bon, Krawnia, il va falloir que l’on discute, toi et moi. »

« Mais quand tu le veux, Tery ! Je suis pendue à tes lèvres quand tu le désires ! »

« Ce n’est pas ce que j’ai dit. Ah… Et puis, j’étais en train de discuter avec Manelena. »

« Hmm, hmm, oh, ce n’est pas bien important ça. Elle peut rester, Tery ! »

« Ce n’est pas là où je voulais en venir… » commença à soupirer le jeune homme. Ne pas montrer son agacement, ne pas montrer. Cela ne servirait à rien, ça serait contre-productif et surtout, il tentait de dire du regard à Manelena de ne pas réagir.

« Je compte bien rester, oui, puisque j’étais en train de discuter avec Tery, Krawnia. »

« Oh mais oui, mais oui, tu peux parler. De toute façon, tu n’es qu’une connaissance pour lui, non ? Enfin, une amie, c’est bien ça ? »

Sur le coup, la femme en armure noire s’était arrêtée. Comme si elle venait d’être touchée en plein coeur par la remarque, elle s’apprêtait à répliquer mais Tery l’arrêta, posant sa main sur le gantelet noir de Manelena.

« Elle est plus qu’une amie puisqu’elle est la personne en qui j’ai le plus confiance à l’heure actuelle dans le monde souterrain. Je pourrais lui confier ma vie en toute sérénité. »

Krawnia regarda Tery avec de grands yeux, presque étonnée par ses propos alors que lui-même sentait la poigne de Manelena se faire moins forte. Krawnia pencha la tête sur le côté, fixant encore une fois la femme en armure puis Tery avant de dire :

« Oh, je commence à voir, oui. Mais ce n’est pas bien grave. »

« Disons que ça l’est quand même vu que tu t’interroges sur le degré de ma relation avec elle. Je la connais depuis bien plus longtemps que je ne te connais. »

« Oh, mais ne t’en fait pas, cela s’arrangera très vite hahaha ! Il faut juste me laisser un peu de temps, rien de plus ! »

« Et je trouve d’ailleurs ton caractère vraiment étrange. Je ne sais pas ce qui s’est passé depuis la dernière fois mais tu as l’air radicalement différente, tu le conçois ? »

« Je suis surtout libre de cette foutue tour dont je ne pouvais pas me débarrasser ! Maintenant qu’il n’y a plus besoin de gardienne pour garder le gardien, il n’y avait plus aucune raison de rester à garder cet endroit ! Hahaha ! »

« D’accord, d’accord mais tu sais, tu n’es pas obligée de me coller. »

« Il me le faut, il me le faut ! Tu sais quoi ? Je vais te raconter tout ce qui s’est passé depuis que tu es parti ! Tu verras, comme c’est assez long ! »

« Assez long ? Hmm… Tu peux garder cela pour plus tard ? Nous verrons cela cette nuit, d’accord ? Maintenant, si tu veux bien me laisser, il me faut discuter de choses assez importantes avec Manelena. »

« Hmm… D’accord. » marmonna Krawnia en faisant une petite moue dépitée.

Et maintenant, elle s’éloignait enfin et il poussa un profond soupir soulagé. Sincèrement, il aurait tellement préféré que ça ne se passe pas ainsi mais bon, il ne pouvait rien y faire et ça l’énervait passablement, il devait avouer.

« Elle est assez irritante quand elle décide de s’y mettre. »

« Je le sais bien… mais elle a l’air… un peu folle. Je ne suis pas certain que ça soit vraiment conseillé de la garder à nos côtés. » murmure doucement Tery pour éviter qu’il ne soit entendu. Bien entendu, il ne pouvait rien y faire mais…

« Cela serait contre-productif. Elle est très utile et sait se battre. Je sais bien que cela serait peut-être pas vraiment ton genre mais… »

« Si je dois un peu la manipuler, je pense que je le ferais. Si c’est pour la sécurité de tout le monde, je préfère ne pas prendre trop de risque. »

« C’est compréhensible. Ah… Je ne vais pas mentir, je suis assez fatiguée avec toutes ces bêtises. Mais maintenant, nous en sommes débarrassés pour au moins quelques heures. »

« Je n’avais pas la tête à supporter ces élucubrations. »

Et maintenant, ils pouvaient alors parler de tout et de rien. Mais voilà, est-ce qu’ils avaient un nouveau sujet de conversation ? Ils avaient été coupé en plein dans leur élan. C’était assez triste mais bon… maintenant, il ne voyait pas vraiment quoi dire d’autre.

Et comme convenu, ils étaient arrivés jusqu’à la nuit et il devait tenir parole… en quelque sorte. Krawnia était venue le voir dès qu’ils avaient terminé et elle voulait absolument lui raconter sa vie depuis son départ de la tour.

« Alors, il faut savoir que tout d’abord, j’ai été réprimandée car je n’ai pas réussi vraiment à défendre le gardien de la tour. Mais bon, qu’est-ce que je pouvais y faire réellement hein ? Je veux dire, qu’est-ce que ça aurait changé ? »

« Je ne vois pas où tu veux en venir réellement. Tu veux bien me donner plus de détails ? Car sinon, je vais être assez perdu, je crois bien. »

« Eh bien, c’était prévu qu’il meure non ? Alors, pourquoi est-ce que je devais réellement me sentir concernée par tout ça ? »

« Eh bien, c’était plus ou moins ton travail. Donc ça ne serait pas si étonnant que ça que tu te concentres dessus quand même. »

Pourquoi est-ce qu’il était avec elle ? Pourquoi est-ce qu’il était aussi exaspéré ? Car il n’avait pas le sentiment que cette femme ailée l’apprécie réellement. Non, elle était vraiment comme une… fanatique. Oui, une fanatique qui était juste captivée par ce à quoi elle vouait un… culte ? Un culte… sur sa propre personne ? Vraiment ? Maintenant qu’il avait juste imaginé cette idée, il commençait à être vraiment effrayé. Cela ne lui plaisait pas du tout.

« Dans tous les cas, j’en avais juste rien à faire de tout ça. Ce sont eux qui m’ont obligée ! »

« C’est vrai que tu en avais parlé à l’époque. »

Et il tentait de raviver des souvenirs. Comme il ne s’y intéressait guère réellement, c’était plus compliqué que prévu mais il allait quand même tenter de faire de son mieux de ce côté. Elle avait bien raconté y a longtemps qu’elle était considérée comme une sorte de « pestiférée » par ses semblables, non ?

« Ce n’était pas à cause de tes ailes que tu as été enfermée là-bas ? »

« Si, bien entendu ! Car oui, il paraîtrait que des ailes qui ne sont pas uniformes peuvent causer un grand malheur et tout le reste ! Ce n’est pas crédible du tout, n’est-ce pas hein ? Tu ne trouves pas ? Qu’ils racontent n’importe quoi ? »

« Disons qu’il y a l’art et la manière… et qu’ils ne semblent pas doués dans l’un et l’autre. »

C’était sa façon à lui de répondre aux propos de la femme ailée. Celle-ci avait toujours son petit air dément dans le regard et il se sentait encore une fois plus que mal à l’aise. Si elle continuait à le fixer ainsi, il n’était pas certain de pouvoir tenir plus longtemps une conversation avec elle. Il détourna légèrement la tête avant de dire :

« Dans tous les cas, ce qui est fait est fait. »

« Et oui ! Mais maintenant, ils n’ont plus de possibilités de me retenir ! Cela les embête tellement hahaha ! De toute façon, ils ne sont plus là pour donner leurs avis. »

« Qu’est-ce que cela veut dire exactement ? »

« Ce que ça veut dire, hahaha ! Ils ont voulu se battre avec moi car ils voulaient m’empêcher de partir. Malheureusement, ils ne peuvent que le regretter ! »

« Tu étais obligée d’en arriver à de telles extrémités ? »

« Ooooooh ! Ils ne m’ont pas vraiment laissé le choix, hein ? Moi, si on veut m’empêcher de faire quelque chose, eh bien, je vais forcer ! C’est tout ! »

Il avait l’impression de converser avec une sourde. Il était certain que cette discussion n’allait mener nulle part. Il était alors temps de changer de sujet et de demander autre chose. Prenant une profonde respiration, il demanda :

« Tu étais au courant pour la situation avec les gnomolds ? »

« Hmm ? Bien sûr que non. Pourquoi est-ce que je me serais intéressée à eux ? Je veux dire, leur passé, ça ne me concerne pas. Ils peuvent pleurer, j’en avais rien à faire. Je voulais juste pouvoir te revoir, Tery ! »

Et la dernière phrase avait une intonation qui ne lui plaisait pas vraiment. Il connaissait cet autre type de regard. Elen l’avait eu parfois, pendant qu’ils avaient un peu de temps pour eux deux. C’était le regard d’une carnassière. Elle avait de la suite dans les idées sauf qu’il en était hors de question ! Pas avec elle ! Pas du tout !

« Je tiens à le répéter mais je suis un homme marié et je ne vais pas trahir ma femme. »

« Hmm… Hmm.. Mais d’ailleurs, cette femme n’est pas celle avec qui tu étais auparavant, non ? Je veux dire, là, il s’agit de la reine de Shunter, si je ne me trompe pas. Auparavant, tu étais avec une femme aux cheveux blonds. »

Gloups ! Il vint déglutir, comme pris en défaut. Elle avait très vite compris ce qui s’était passé entre Manelena et lui ? Pourtant, il ne le criait pas sur tous les toits. Non, ils évitaient même d’en parler ou d’y faire allusion. Depuis qu’ils avaient quitté la capitale, ils n’avaient rien fait et il ne comptait rien faire de plus.

« La reine de Shunter est la reine de Shunter. Et je compte bien retrouver Elen. »

« Ah oui Elen ! C’était son nom, c’est vrai ! Ce n’est pas que je l’ai oublié mais on va dire que ce n’était pas vraiment ma préoccupation première, hahaha ! »

Et elle trouvait cela amusant ? Ce n’était pas du tout son cas personnellement, loin de là. Mais la conversation était maintenant terminée. Il s’apprêtait à lui dire de partir mais elle avait déjà repris la parole, enjouée :

« Les gens d’ici sont très loquaces. Enfin, pour certains d’entre eux. D’autres m’en veulent pour avoir tué quelques uns des leurs mais ce n’est pas grave, hein ? Je veux dire, ils devaient s’attendre à mourir en venant se confronter à moi. C’est la guerre ! »

« Cela ne veut pas dire qu’ils doivent faire comme si de rien n’était. Cela ne fonctionne pas de la sorte, Krawnia. »

« BAH ! Je vous jure, les mentalités des gens de l’extérieur. Vous aimez vraiment vous compliquer la vie, n’est-ce pas ? Vous autres. »

« Ce n’est pas une question de se prendre la tête. Par contre, je vais aller me coucher. Tu peux donc aller dans ta tente. Tu en as normalement une à toi. »

Elle s’exclama que oui avant de lui sourire. Encore ce sourire qui le mettait mal à l’aise. Mais heureusement, elle quitta bien la tente et il pouvait enfin se reposer. Du moins, il tentait car il ne trouvait pas le sommeil, couché en observant la toile de la tente.

Quand il entendit du mouvement, il ferma subitement les yeux, s’immobilisant complètement. Des pas qui se rapprochaient de lui. Des pas certains, confiants, qui allaient directement vers lui… et la couverture se releva avant qu’un corps ne vienne se nicher contre le sien.

« Je vais lui faire comprendre quelque chose à cette folle. »

Une seule phrase, une voix et un corps aisément reconnaissables. Un corps qui était bien installé contre le sien. Il sentait les bras de Manelena le ramener contre elle mais aussi ses jambes venir l’entourer. Elle ne fit rien de plus, elle savait qu’il était réveillé mais elle ne comptait pas s’arrêter, loin de là. Et il comprenait parfaitement ce qu’elle cherchait à accomplir. Elle voulait le marquer de son odeur, de son empreinte. Peut-être qu’il n’avait pas assez bien… compris à quel point Manelena l’aimait.

Chapitre 42 : Sacrifice

Chapitre 42 : Sacrifice

« De quoi vous parlez ? Leurs ancêtres ? »

« Les ancêtres ? Qu’est-ce que vous baragouinez ? » demanda calmement Manelena après les propos du gnomold. « Vous prétendez être nos ancêtres ? Vous avez la même espérance de vie que nous, peut-être un peu plus au grand maximum. De là à prétendre et à raconter n’importe quoi, il n’y a qu’un pas hein ? »

Elle avait dit cela avec une petite pointe d’ironie, ne cachant guère dans son ton le fait qu’elle avait beaucoup de mal à croire les paroles de ce gnomold. Il manquait encore un peu trop de détails pour qu’il soit crédible dans ses dires.

« Notre race est votre ancêtre ! Vous avez préféré complètement ignorer et abandonner tout un pan de l’histoire juste pour vous valoriser ! Vous n’y connaissez rien ! Rien du tout ! »

« Et si vous en disiez un peu plus ? Car j’ai la sensation que même les démons ne sont pas forcément au courant de ce que vous racontez. »

Et comme preuve de sa bonne foi, il avait décidé de faire disparaître ses griffes de pierre. Oui, il ne pouvait pas faire plus mais en même temps, ce gnomold était presque comme traumatisé. Mais est-ce que ces gnomolds allaient arrêter ce combat eux aussi ?

« Pourquoi… est-ce que l’on ferait la même chose que vous ? » demanda le gnomold, en comprenant bien où voulait en venir le jeune homme dans sa démarche.

« C’est à vous de voir. Vous semblez en avoir sur la conscience et… J’ai aussi besoin de savoir. Je préfère mourir en sachant ce qui se passe plutôt qu’en étant idiot. »

« Tu es vraiment comme les rumeurs en parlent hein ? Toujours prêt à discuter avant le reste hein ? Tsss… Et qui nous dit qu’après, tu vas pas chercher à tous nous tuer ? »

« Et c’est la même pour vous, non ? Vous êtes ici pour éliminer chaque démon présent dans le monde souterrain. Vous savez aussi bien que moi que vous avez commencé une mission suicide puisqu’elle n’aura de fin que lorsque vous serez tous morts, est-ce que je peux me tromper ? Ou alors, est-ce que j’ai raison ? »

« Tsss… Tu me fais chier ! POURQUOI TU ES LÀ ?! »

Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il était ici ? Car c’était sa place. C’était une question vraiment étrange de la part du gnomold et les autres avaient toujours ce côté belliqueux. Un combat, est-ce qu’un combat pouvait vraiment s’arrêter comme ça ? Car juste deux personnes avaient décidé de le stopper pour parler ? Après, ils n’étaient pas une gigantesque armée, de chaque côté.

« Je suis là parce que vous vous êtes trouvés sur mon chemin, rien de plus. À la base, je ne pensais même pas vous avoir en face de moi, loin de là même. »

« Tsss, tu peux faire autant le fanfaron que tu le veux, ça ne changera rien aux faits ! Pas du tout même ! Tu ne peux pas tenter d’arranger des millénaires comme ça ! »

« Je n’ai pas dit ça et je ne compte pas le faire. Je n’ai pas à réparer des trucs qui se sont produits lorsque je n’étais pas né. Ce n’est pas à moi de faire tout ce travail. Mais si je peux tenter de faire quelque chose pour éviter que ça ne se reproduise, je ne vais pas me priver. Mais pour ça, il faudrait me dire exactement ce qui s’est passé. »

« AH ! Qu’est-ce que tu sais exactement des portes démoniaques hein ? Sais-tu pourquoi elles ont été crées ?! Pourquoi Zélisia et Alzar ont agi de la sorte ? »

« Pour empêcher le Dévoreur de ravager ce monde non ? Car de ce que j’ai cru comprendre, il n’était pas vraiment prévu que les démons se retrouvent bloqués sous la surface. On peut dire que cela ressemble à des dommages collatéraux. »

« DOMMAGES COLLATÉRAUX ! HAHAHAHA ! BORDEL ! »

Hmm ? Le gnomold était maintenant complètement hilare mais pourtant, lui-même avait la sensation qu’il se moquait de lui. Est-ce qu’il y avait une raison à ça ? Il ne savait pas trop mais il n’appréciait que moyennement tout ça. Pourtant, il attendait de voir à ce que le gnomold se calme, les autres membres de sa race le regardant avec autant de surprise que l’armée en face d’eux.

« Dommages collatéraux. Ces pauvres petits démons ! Ces démons qui continuaient de vouloir se battre sans cesse contre les races de la surface simplement pour que leur dieu Alzar s’envoie en l’air avec Zélisia discrètement ! »

« Je ne peux pas te donner tort sur le coup. Et je leur ai déjà fait la remarqué à ce sujet. Enfin, je crois… Je ne suis plus sûr. »

Le gnomold le regarda un peu, interloqué, en cherchant à voir s’il était devenu fou ou s’il pensait vraiment ce qu’il disait. Mais il y avait des chances qu’à l’époque, il ait parlé de cela avec eux quand il avait appris diverses choses. Cela remontait maintenant à pas mal de mois… voire même une année.

« Mais de toute façon, que ça soit les démons ou les races de la surface, les deux camps étaient fautifs. Zélisia n’était pas une sainte, loin de là. Elle avait crée plusieurs races avec chacune ayant ses propres caractéristiques tout en les laissant s’entretuer. »

« Nierk. C’est exactement ça. C’est ça de posséder trop de pouvoirs ! On commence à créer des aberrations mais ces saletés… ces deux saletés qui se prétendaient être des dieux ! Ils n’ont eu aucune hésitation ! Ils n’ont pas demander leurs avis aux races de la surface ! »

« Qu’est-ce que cela allait changer ? Les races de la surface n’auraient plus de raison de se battre avec les démons. Elles étaient gagnantes. Même s’il resterait les querelles liées aux différentes races et nations mais ça, c’est un autre souci. »

« Les démons étaient un ennemi commun mais ça, qu’est-ce qu’on s’en fout. Ce n’était pas ça le plus important ! Pas du tout ! Le plus important, c’est de nous avoir utilisé comme des pions pour créer ces foutues portes partout dans le monde ! »

« Utiliser… comme des pions ? » répéta Tery aux propos du gnomold.

« Ils ont usé de nos corps jusqu’à la moelle ! Alors qu’ils étaient occupés à fonder les deux portes démoniaques d’Omnosmos, les portes principales qui serviraient de fermeture totale par rapport au monde souterrain, vous pensez que les autres portes se sont formées comment hein ?! Vous en avez une simple idée ?! »

« Pas le moins du monde. Expliquez donc. Vous êtes en train d’insinuer que … ce sont les races de l’époque qui ont réussi à créer les portes démoniaques. Du moins, celles qui retenaient les différentes grottes et autres endroits scellés complètement. »

« C’est exact ! Les races de l’époque ont été sacrifiées pour les imbécilités de deux êtres trop puissants et incapables de contrôler leurs hormones ! Deux êtres trop stupides qui sont incapables d’arrêter leur création devenue trop puissante même pour eux ! Deux êtres qui ont rendu ces races difformes et bossues ! »

… … … Il venait de marquer un temps d’arrêt, comme pour laisser au groupe de Tery d’assimiler l’information. D’après le regard des gnomolds derrière celui qui s’exprimait, il semblerait que même eux n’étaient pas totalement au courant de tout.

« Les races sont devenues… des gnomolds ? C’est ça que vous voulez dire ? »

Un rictus se dessina sur les lèvres du dit-gnomold, comme pour confirmer les dires de Tery. Les gnomolds… actuels… étaient les descendants des races d’autrefois. Des races comme celles actuelles. C’était tout simplement impossible ! Il n’y avait aucune ressemblance et…

« Il y a quelque chose qui cloche dans ce que vous dites. Comment est-ce que c’est possible que vous soyez nos… ancêtres alors que nous sommes la preuve vivante que nous sommes totalement différents de vous. » déclara Manelena avant même que Tery ne puisse parler.

« Vous savez aussi bien que moi que les enfants ne naissent pas directement avec leurs magies inscrites en eux. Les lignes élémentaires n’apparaissent qu’après quelques années. C’est ça qui a permis à ces enfants de ne pas devenir comme nous. Nous avons été vidés de notre magie jusqu’au plus profond de nos corps, les modifiant pour devenir ce que nous sommes actuellement. Nos enfants, ont eu la chance de rester normaux. »

« Et il n’y avait aucune possibilité de revenir en arrière, c’est ça ? Vous étiez sans magie ? Comment avez-vous fait pour avoir alors des descendants qui sont aptes à avoir de la magie ? Et comment… il manque trop d’informations ! »

« J’en ai trop dit ! Je devrais plutôt vous exterminer maintenant ! Comme ça, vous… »

« Et pourquoi cela serait si grave que nous soyons au courant ? Qu’est-ce qui vous empêcherait de raconter tout cela autour de vous ? »

« Imbécile… Comme si des gens allaient croire des gnomolds ! Tu as vu nos trognes et tu veux prétendre que vous allez nous écouter ?! »

« Pourtant, Ernold est bien le plus grand archimage respecté de tout Omnosmos ! Pourtant, c’est un gnomold ! Lui n’a pas hésité à s’ouvrir aux autres races et tout le monde le respecte ! Même parmi vos pairs, j’en suis certain ! »

Et même si… Ernold avait bien caché son jeu par rapport aux portes démoniaques et autres vérités qu’il s’était gardé de dévoiler, il savait que le vieil archimage ne pensait qu’à la même chose que Zélisia et Alzar, enfin Séran et Sérest.

« Les gnomolds sont comme vous autres. Chaque gnomold est différent. Ce n’est pas parce qu’une poignée de gnomolds a décidé d’abandonner leur passé et leur histoire que tout le monde pense pareil ! » éructa le gnomold, plus qu’enragé par les dires de Tery.

Et pourtant, il ne faisait rien pour améliorer la situation. Malgré qu’il tentait de communiquer avec ce gnomold, ayant enfin appris quelque chose dont il ne se serait jamais douté, il voulait vraiment… trouver une solution pacifique. Une solution aberrante en vue du massacre commis par les gnomolds.

« Tery, ces gnomolds ne nous apporteront rien de plus. Il vaut mieux les exterminer. » murmura Manelena alors que Tery hochait la tête négativement.

« Si je peux éviter, je veux éviter… »

« Eux ne te laisseront pas réellement le choix, Tery. Tu le sais aussi bien que moi. Il faut te montrer raisonnable, non ? »

« Je vais me montrer raisonnable mais je veux le fin mot de cette histoire. Il me manque des détails que je n’ai pas encore obtenus ! »

En entendant le soupir fatigué de Manelena, il comprenait parfaitement qu’elle en avait assez du côté bon samaritain qui pouvait paraître chez lui sans même prévenir. Mais voilà, ce côté bon samaritain avait une raison d’être là. La raison était simple, il voulait TOUT savoir, tout depuis le début. Les moindres détails. Il reprit la parole :

« Les enfants et autres, vous ne voulez pas nous en dire plus à leur sujet ? »

« Qu’est-ce que tu veux que je te raconte de plus hein ? Ces enfants irrespectueux, pensant que nous étions des monstres alors que nous étions leurs parents ! C’est comme ça et pas autrement ! Nous étions différents d’eux alors que nos corps ont été sacrifiés pour eux ! »

« Vous n’avez pas tenté d’expliquer à vos enfants ce qui s’était passé ? Du moins, les gnomolds de l’époque à leurs enfants ? »

« Bien sûr que si, espèce d’imbécile ! Même si nous ne comprenions pas tous exactement ce qui s’était produit, certains d’entre eux, adeptes de la magie, avaient compris la situation. Et ils étaient heureux de voir qu’ils avaient mis un terme à l’existence du Dévoreur ! »

« Alors pourquoi les enfants n’ont pas accepté ça ? Ce n’est pas normal ! Les enfants devraient être heureux de voir que leurs parents s’étaient sacrifiés pour eux ! »

« Car ils n’étaient que des gamins. Des gamins aux cervelles malléables et éponges ! Des gamins incapables de réfléchir par eux-mêmes ! Si facilement manipulables entre eux ! Ils étaient différents des gnomolds et ce qui est différent est dangereux et mauvais ! Cela a toujours été le cas avec les races de ce monde ! »

Il avait vraiment la sensation d’avoir un cours d’histoire de la part du gnomold mais en même temps, c’était lui qui le demandait. Il ne pouvait en vouloir qu’à lui-même hein ? Il prit une profonde respiration avant de se mettre à réfléchir plus longuement à la situation. Avec tout cela, il allait finir par obtenir ce qu’il désirait ? C’est que peu à peu, il finissait par obtenir des informations importantes.

« Peu à peu, ceux qui étaient restés « normaux » se sont mis à grandir, devenant des adultes mais le mal était déjà fait. Au bout de deux siècles, nous autres étions répudiés et avons été chassés de là où nous vivions ! »

« Pourtant, je suis certain qu’il y avait des endroits où… »

« NON ! Et tu le sais aussi bien que moi, espèce de petit con ! Tu as très bien vu à quoi ça ressemble de nos jours ! Fais pas semblant d’être un putain d’aveugle ! Y a bien qu’à Omnosmos que les gnomolds sont tolérés et encore seulement certains qui seraient proches du grand archimage ! »

« Et je suis certain que vous prenez votre cas pour une généralité. Certains gnomolds ont fait une alliance avec Mékalarma pour éliminer les démons. Ce qui veut dire que tous ne sont pas réfractaires aux gnomolds. »

Peut-être que la discussion n’avait plus aucune raison de durer. Dans les faits, il avait visiblement plus ou moins eu tout ce qu’il recherchait. Il n’avait rien besoin de plus. Mais maintenant ? Quoi faire ? Attaquer les gnomolds et confirmer leurs dires ? Les laisser vivre alors qu’ils avaient commis des crimes sur des innocents ?

« Des millénaires se sont écoulés et au final, l’existence des démons n’était connue que de certains gnomolds. Les races de la surface, elles avaient totalement oublié que les démons existaient auparavant. »

Encore une fois, difficile de nier. Lui-même avait appris que « récemment » l’existence des démons et il était certain que c’était le cas de tous les membres du groupe armé, du moins en prenant en compte seulement ceux issus des races de la surface.

« Mais maintenant que les portes démoniaques sont ouvertes, il est possible de voir que les démons ne sont pas aussi mauvais que les gnomolds le pensaient ! Pareil pour les autres races ! Il est possible d’arrêter tout ça mais il faut le vouloir ! »

« On ne le veut pas. C’est bien trop tard pour chercher des excuses ! Il ne faut… »

« Est-ce que les gnomolds qui ne sont pas au courant de cette histoire pensent comme vous ?! Ou tentent au moins d’arranger les choses ?! Car oui, bizarrement, des fois, l’ignorance peut aider à réconcilier des races ! »

« Et quand elles apprennent la vérité alors hein ?! Tu crois que c’est aussi simple ?! »

« Oui, ça l’est ! Car c’est du passé ! Et que le passé, c’est bien de s’y accrocher pour connaître ses origines mais ça ne veut pas dire que ça doit être lui qui doit définir notre route ! Sinon, ça reviendrait à dire que je suis destiné à n’être que Tery ! »

« Tery ? Genre Tery ? » demanda le gnomold, comme un peu étonné. Ben quoi ? Ils ne savaient même pas à qui ils avaient affaire depuis le début ou quoi ?

« Oui, je suis Tery. Tery Vanian plus précisément. Pourquoi ? C’est si surprenant que ça ? De base, vous m’en voulez et plus encore à cause de tout ça donc bon… »

« Tery Vanian ! Celui dont Rokar n’arrêtait pas de parler ! AH ! C’est donc toi ! C’est toi le fichu démon qui est à la base de tous nos ennuis ! C’est TOI ! »

« Je ne compte pas m’enfuir ou autre. Vous pouvez criez autant que vous le voulez mais il va falloir quand même que vous vous expliquiez un peu. Qu’est-ce qui vous étonne ? »

« C’est toi ! C’est toi dont parlait Rokar ! C’est toi ! C’est toi qui a ouvert les portes démoniaques ! On avait aucun détail sur à quoi tu ressemblais mais c’était toi ! Rokar nous a dit de ne rien te faire ! Que tu es au service d’Ernold et d’autres stupidités ! »

« Rokar aurait vraiment fait ça ? Lui ? J’imagine que vous êtes en train de dire une bien mauvaise blague sur le coup. Ce n’est pas crédible du tout. »

Oui. Pourquoi est-ce que Rokar ferait ça ? Oh, dans les faits, s’il commençait à s’y attarder, de nombreuses fois, Rokar aurait put le tuer mais il ne l’avait jamais fait. Même si depuis le temps, le rapport de force s’était inversé, ça ne changeait pas qu’il aurait moins de scrupule à l’éliminer. Mais pourquoi Rokar dirait du bien des démons ?

« Rokar est au service d’Ernold depuis des lustres, tsss ! C’était lui qui était chargé de surveiller un village où se trouvait une engeance démoniaque. C’était toi ! Il a osé nous mentir en disant qu’il l’avait éliminée rapidement ! »

« Non, je ne pense pas qu’il ait menti. Ce qu’il vous a dit est véridique même s’il n’a pas donné toutes les informations. Il devait sûrement parler du démon qui s’est considéré comme mon père bien que ça sonne totalement faux et creux. »

« Faux et creux ! Tu avoues donc que Rokar a… »

« Non, je parlais du démon, pas de Rokar. Je pense qu’il avait compris que mon… père était un démon pur contrairement à moi qui a eu une mère humaine. C’est pourquoi il l’a éliminé mais pas moi. Du moins, c’est la seule raison plausible. »

Pourquoi est-ce qu’il était en train de raconter tout ça à des gnomolds ? Surtout que maintenant, il voyait bien que ces derniers avaient repris leurs souffles mais aussi… avaient soigné leurs blessures. Rien d’anormal puisqu’il en était de même de leur côté.

« Mais pas toi ? Car tu es juste à moitié démoniaque ? Rokar n’aurait jamais fait ça ! Sauf… Sauf si… Sauf si… Il était au service d’Ernold depuis le début ! »

« Et vous alors ? Vous ne semblez pas être n’importe quel gnomold. J’ai bien remarqué que ceux qui vous accompagnent n’étaient pas plus au courant que nous autres. Ce qui veut dire que vous devez être assez spécial aussi, n’est-ce pas ? »

« Tsss. Pour une fois que nous avions la possibilité de nous rendre dans le monde souterrain, ils ont préféré assurer la sécurité des gnomolds. Surtout avec cette folle qui est devenue une traîtresse ! On avait bien fait ! »

« C’est vrai que Krawnia n’est pas vraiment celle en qui j’aurais le plus confiance. »

« Hihihi ! Tu devais Tery, tu devrais. Il n’y a que toi à mes yeux, tu sais ? »

Non mais même ainsi, malgré tout ce qu’elle disait, il restait plus ou moins imperméable à ses propos. Ce n’était pas qu’il ne lui faisait pas confiance mais… en fait si. Elle n’était pas digne de confiance, c’était tout.

« Bref, il vaut mieux l’ignorer. Dans tous les cas, je n’ai plus envie de continuer à vous affronter. Et non, avant même que vous ne disiez quelque chose, ce n’est pas de la pitié. »

« Alors pourquoi tu veux éviter ça hein ? On veut vous faire la peau. On veut tous vous crever, vous, les démons, les traîtres, tous ceux qui ont osé nous abandonner ! »

« Oui mais sur le coup, ça ne servirait à rien. Avec ce qui vient de passer ici, vous allez attirer l’attention d’un groupe bien plus dangereux que le nôtre et je n’ai clairement pas envie de leur tomber dessus. Si vous êtes suicidaires, vous n’aurez qu’à les affronter mais je tiens à la sécurité de mes membres. Vous pouvez haïr le monde autant que vous le désirez mais ça ne doit pas vous inciter à un massacre gratuit de votre propre groupe. »

« Tu te prends pour qui pour nous faire la morale hein ? Tu crois qu’on va t’écouter juste parce que tu as décidé d’ouvrir ta bouche comme ça ? »

« Ce n’est pas une question de vous faire la morale. Vous avez réussi à arriver jusqu’ici avec pas mal de chance. »

Est-ce qu’il cherchait à les énerver ? Pas le moins du monde. Il voulait juste que ça soit bien clair à leurs yeux qu’ils n’étaient pas tombés sur l’armée la plus inquiétante du monde souterrain. Ce combat ne mènerait à rien mais surtout, le gagnant de cet affrontement serait dans un bien triste état et ferait une cible plus que facile pour les créatures souterraines.

« Tu me fatigues… Tu peux toujours rêver pour que notre espèce apprécie ce que tu viens de faire. Pire ! Tu as une odeur encore plus horrible que celle des démons. Je ne sais pas d’où elle vient précisément on va se retirer pour le moment. T’as juste intérêt à bien noter que la prochaine fois, on ne sera pas aussi sympas. BON ! On se retire les gars ! »

Même si la plupart des gnomolds étaient mécontents de la situation, tous acquiescèrent aux propos de celui qui avait tant discuté avec Tery. Manelena, à côté du jeune homme, plaça une main sur son épaule, lui disant pendant que les gnomolds s’éloignaient :

« Ce n’est peut-être pas une victoire qui provient d’un combat glorieux mais… C’était le bon choix, Tery. Nous ne pouvions pas nous permettre de perdre trop d’hommes. »

Il avait bien fait et elle voulait qu’il le reconnaisse. Accepter cette reconnaissance lui permettrait d’avoir plus confiance en lui. Oui, ils avaient obtenu bien plus que la simple « sécurité » des membres du groupe. Ils avaient appris une nouvelle vérité.

Chapitre 41 : Abandon

Chapitre 41 : Abandon

« Ne laissez aucun gnomold en vie ! Éliminez-tous jusqu’à ce qu’ils disparaissent ! »

Il avait crié une nouvelle fois la consigne aux soldats avant de se concentrer pour faire apparaître ses griffes de pierre. Cette fois-ci, il ne s’agissait pas de monstres issus d’anciens démons ou de créatures des souterrains. Non, c’était des gnomolds, des êtres qui avaient montré une intelligence et des capacités bien plus développées qu’on n’aurait pu jamais le croire. Un petit grognement de dépit quitta ses lèvres au moment où il se disait :

« Pourquoi est-ce qu’ils ne peuvent pas tous être comme Ernold ? »

« Tery, tu n’as pas le temps de penser à ces inepties. Il va falloir que tu montres l’exemple ! Élimine des gnomolds à la pelle comme démonstration ! »

Une démonstration de boucherie. Oui, bien sûr. Il n’avait pas perdu la main au point d’être en danger face aux gnomolds, n’est-ce pas ? Même s’il n’était pas stupide, il savait pertinemment à quel point ces créatures étaient dangereuses, encore plus envers les démons.

Il avait fini par se jeter dans la bataille, sans même une once d’hésitation. S’il commençait à douter de ce qu’il faisait, autant abandonner tout de suite. Rapidement, il se retrouva à hauteur d’un gnomold, parant sa lame avec une griffe avant de nicher son autre griffe dans le corps du gnomold.

Hmm… Bien entendu, c’est ce qu’il pensait. Cela ne pouvait pas être aussi simple. Alors qu’il avait imaginé traverser le corps du gnomold avec facilité, il ne pouvait que constater qu’il n’avait pas réussi à percer aussi bien qu’il l’aurait désiré.

« Tss… Vous êtes vraiment tenaces, hein ? »

« Toi ! Toi ! Toi ! C’est toi ! C’est toi le responsable de tout ça ! Nous avons été mis au courant ! C’est toi qui doit payer ! C’est toi qui doit souffrir ! »

« Au courant de quoi ? Hmm… Enfin, qu’importe ! Je ne vais pas perdre mon temps plus longtemps par rapport à ceci ! »

De sa griffe qui avait paré le coup, il recommença une nouvelle frappe, plus puissant que la précédente pour venir trancher le bras poilu qui tenait l’arme du gnomold. Celui-ci poussa un hurlement très vite éteint par la seconde griffe qui s’était insinuée dans sa bouche.

« C’est beaucoup plus simple quand on décide de passer par des raccourcis. »

Il venait de dire cela à ceux qui combattaient à ses côtés. Si les gnomolds avaient la peau dure, il ne fallait pas hésiter à passer par d’autres endroits. Qu’ils ciblent les yeux, la gueule, bref des zones moins protégées et qui avaient une bien plus grande efficacité.

Jetant un œil sur le côté, il cherchait à voir si Manelena n’avait pas de problème. Mais bon, comme il s’en doutait, elle était plus qu’apte à se battre et était même surtout très motivée. Visiblement, des adversaires plus coriaces, ça lui manquait. Ou alors, elle en profitait pour se déchaîner après tout ce qui s’était passé dans la capitale ? Difficile à dire.

Dans tous les cas, il était en train d’observer la bataille du mieux qu’il le pouvait. En tant que combattant au corps à corps, il était difficile d’avoir une vision d’ensemble et donc, il ne pouvait que compter sur ses yeux. Est-ce que son armée arrivait à prendre le dessus sur les gnomolds ? Beaucoup avaient déjà expérimenté un combat face à eux mais cela ne changeait pas que les gnomolds étaient toujours galvanisés en affrontant les démons.

« Ils ont vraiment l’air de ne pas les porter dans leurs coeurs. »

Le pire est qu’il avait toujours considéré les gnomolds comme une engeance maléfique pour les différentes nations de ce monde. Au final, il s’avérait que les gnomolds considéraient eux-mêmes les démons comme encore plus mauvais qu’eux. Et dire que lui avait crû que si Ernold était un gnomold capable d’être le grand archimage, il y avait une chance pour tous les gnomolds. Non, il ne devait pas penser comme ça. S’il voulait oeuvrer pour un monde en paix avec les démons, il fallait faire comprendre que les démons n’étaient pas tous mauvais. Et donc qu’il en était de même avec les gnomolds !

Sauf que ce n’était pas le moment de se déconcentrer. Ces gnomolds n’étaient clairement pas là pour chercher ne serait-ce qu’une parcelle de dialogue. Ils espéraient surtout les éliminer et cela sans même avoir envie de dialoguer. Il suffisait de voir ce qui s’était passé avant qu’ils ne les trouvent. Il était hors de question de faire ne serait-ce qu’une seule concession en leur direction.

« Reculez un peu et soufflez pour les plus blessés d’entre vous ! »

Une consigne toute simple mais qui pourtant montrait la difficulté de la situation. S’il devait annoncé une telle chose, c’est que ses soldats étaient blessés plus qu’on ne pouvait le croire. Dans tous les cas, il préférait jouer la précaution et la sécurité.

« Ces gnomolds savent aussi se soigner et sont vraiment de grosses teignes. »

Il avait dit cela aux démons à ses côtés. Certains étaient déjà essoufflés et blessés mais tous étaient encore bien vaillants. Néanmoins, il voulait vraiment que ça soit gravé dans leurs crânes que ces gnomolds ne comptaient pas en laisser réchapper l’un des leurs si par malheur, ils n’arrivaient pas à les battre.

« Vous êtes à nos côtés, chef. Vous ne devriez pas vous en faire pour ça. Nous, on s’inquiète pas, on sait ce qui nous attendait en vous suivant hein ? »

« Et puis, c’est un peu pareil pour ceux de la surface. Ils suivent leur reine Manelena. S’ils s’inquiétaient pour aussi peu, ils devraient alors arrêter d’être des soldats. »

« Ne disons pas cela non plus. Certains sont peut-être juste moins « engagés » que nous dans cette lutte. Enfin, normalement de notre côté, nous sommes en grande partie originaires des familles nobles les moins aisées de la capitale donc nous savons qu’il n’y a pas vraiment de possibilités comme avenir autre que ça. »

« Ouais, et je peux te dire à quel point ma famille était fière et heureuse de voir que j’étais revenu de la surface en vie et surtout avec une personne de celle-ci. De base, nous n’étions déjà pas vraiment une famille importante alors bon… »

« Concentration, les gars ! J’arrive pas à croire que c’est moi qui vient de dire ça ! »

Oui, maintenant qu’il avait lancé un peu le sujet, les soldats étaient en train de discuter. En même temps, ils le pouvaient vu qu’ils n’étaient pas en affrontement direct avec les gnomolds, une autre partie de l’armée étant occupée avec eux.

« Par contre, qu’est-ce que nous devons faire ? J’ai entendu parler d’une créature ailée qui accompagne les gnomolds. Elle est bien plus puissante qu’eux et arrive à martyriser nos troupes. On dirait qu’elle s’amuse plus qu’autre chose. »

« Vous savez par où elle se trouve ? Si tel est le cas, je peux essayer de m’en charger personnellement. Cela sera bien mieux que rien. »

« Sur le flanc droit, vous êtes certain que ça va aller et… »

« C’est plutôt à moi de dire ça ! Faites comme je l’ai dit ! Les blessés en arrière et ne vous faites pas prendre en tenaille ! Soignez un maximum si possible et tout sera bon ! » s’écria Tery avant de se mettre à courir pour s’éloigner.


De toute façon, ils n’étaient pas seuls. Ils avaient Manelena avec eux, ça devrait aller ! Il n’avait pas à s’inquiéter pour si peu ! Maintenant, il allait mettre la main sur cette fameuse personne qui causait bien plus de problème qu’autre chose.

Comment la repérer ? En regardant vers les cieux ? Cela ne semblait pas être une mauvaise idée si on décidait d’y accorder de l’importance. Dans tous les cas, il devait quand même se préparer mentalement à une forte confrontation.

« HIHIHIHI ! Eh bien, c’est tout ce que les démons ont à me mettre sous la dent ? Dire que je pensais que vous seriez plus costauds que les autres vu que vous étiez en un gros grand groupe ! Mais même les gnomolds peuvent vous éliminer ! Hahaha ! »

Une voix féminine. Il n’arrivait pas vraiment à la reconnaître mais il avait quand même la sensation de l’avoir déjà entendue auparavant… mais il y a bien longtemps. Il tourna sa tête vers l’origine de cette voix, regardant en hauteur avant de cligner des yeux.

Une aile de chauve-souris et une autre couverte par les plumes. Une femme provenant de Claudiska ! Impossible de ne pas la reconnaître mais même ainsi… Il y avait autre chose. Il connaissait la race mais cette personne… Il était certain de…

« OOOOH ! OOOOOOOOH ! OOOOOOOOOOOOOH ! »

Un cri strident, accompagné par deux autres et la bataille semblait comme s’être stoppée. Oui, toutes les têtes se retournèrent vers la femme ailée, celle-ci ayant déployé chacune de ses ailes, un sourire parcourant ses lèvres alors qu’il était certain qu’elle était en train de le fixer du regard. Un regard exalté.

« Tu es donc là ! Te voilà enfin ! Tery Vanian ! Je n’ai jamais pu t’oublier ! HAHAHA ! »

« Euh… Euh… Oui ? » dit-il en tentant de rester sur ses gardes.

Le truc, c’est qu’il ne ressentait aucune animosité de la part de cette femme. Elle n’était pas un danger pour lui… mais pour son entourage. Et c’était pourquoi il était encore plus méfiant. Pourtant, il eut juste le temps de cligner des yeux… qu’elle était là.

Oui. Elle était à sa hauteur, son sourire pouvant être presque ravissant s’il n’était pas dérangeant. Oui, il se sentit déglutir, comme pris d’une certaine nausée. Mais pourtant, il était prêt à réagir si elle venait l’attaquer et…

« OOOOOH ! Que ça fait si longtemps ! Tellement longtemps que j’attendais de te revoir ! JE t’ai cherché partout ! Dans toute la surface et dans ce monde souterrain ! Je t’ai enfin retrouvé après tout ce temps ! »

Et le voilà maintenant embrassé par la jeune femme ailée, celle-ci le gardant contre elle alors que ses propres griffes avaient été prêtes à réagir… avant de s’arrêter. Il venait de recevoir une embrassade de la part de cette femme et maintenant qu’elle était collée à lui, il arrivait enfin à la reconnaître ! Mais bien entendu ! Comment est-ce qu’il avait pu oublier ça ?

« Tu es la gardienne du pilier ! Enfin de l’époque ! Du pilier de l’aigle bicéphale ! Krawnia, si je ne me trompe pas ! Mais qu’est-ce que tu fais ici ? Et en même temps, accompagnée par des gnomolds ! C’est toi qui… »

« Oh ! Ces gnomolds, ils ne m’intéressent pas le moins du monde, tu sais ! » coupa t-elle en faisant un geste de la main comme pour balayer ce sujet qui ne l’intéressait guère.

« Euh je crois que je vais avoir besoin de bien plus d’explications et informations que ça. »

« Oh mais donc après cette bataille, n’est-ce pas ? Si ce n’est que ça, je vais vous aider ! Ce sont les gnomolds, vos ennemis ? »

« Oui mais tu sais, avec ce que tu as fait et… » commença à dire Tery, encore plus perplexe qu’auparavant tandis que la femme ailée le décollait enfin de ses bras.

« Alors, ça ne sera pas bien difficile. J’ai réussi à en exterminer pas mal avant qu’ils ne viennent m’autoriser à les accompagner. Les gnomolds sont si agressifs et mauvais par nature, c’est à se demander pourquoi ils existent ! »

« Car ils ont le droit d’exister, comme les démons. » dit-il en grognant un peu, mécontent alors qu’il n’oubliait pas qu’ils étaient en plein combat.

« Le droit d’exister ? Hmmm… C’est un peu bizarre comme concept mais d’accord ! Mais pourtant, vous n’hésitez pas à les tuer, non ? »

« Car nous ne faisons que nous défendre. Mais nous n’allons pas les provoquer sur leurs terres pour venir les abattre. C’est là toute la différence. »

Pourquoi est-ce qu’il avait la sensation qu’elle n’avait pas du tout le même mode de pensée que lui ? Est-ce que la solitude dans cette tour lui avait bouffé le cerveau plus qu’il ne le pensait ? Enfin, ce n’était pas à lui de lui donner des cours. C’était une femme adulte, elle pouvait normalement se débrouiller seule sans avoir besoin d’un soutien.

Ou alors il se trompait complètement ? Mais avec tout ça, il pouvait maintenant compter sur une nouvelle partenaire pour ce combat contre les gnomolds même s’il sentait que ce n’était que le début d’une nouvelle source d’ennuis.

« MANIPULATEUR ! Les démons sont tous des manipulateurs ! »

Le cri de rage d’un gnomold venait de briser le cours de ses pensées. Ah… C’était sûrement un des gnomolds qui venaient de tomber sur Krawnia. Ou plutôt l’inverse. Et des manipulateurs ? Il n’avait rien faire pour ça tandis qu’il retournait auprès de Manelena. Celle-ci le regardait avec perplexité en demandant :

« Est-ce que tu veux bien m’expliquer ce qui se passe ? Je crois me rappeler de cette femme ailée mais à part ça, elle est quoi ? »

« Krawnia. Je n’ai pas tout saisi mais elle était avec les gnomolds mais dès qu’elle m’a vu, elle est passée de notre côté. »

« Hmm ? Et tu as décidé de la laisser faire ? Je suis pas certaine de comprendre exactement où tu veux en venir, je dois avouer. »

« Je ne sais même pas ce que je veux exactement non plus de mon côté aussi. » soupira Tery en marmonnant quelques autres mots.

Elle voyait bien qu’il était vraiment embêté par la situation. Oui, il n’était pas ravi de la présence de Krawnia mais surtout de ce changement de camp aussi surprenant qu’impromptu. Comme quoi s’il ne faisait pas attention, cela pouvait vraiment finir… mal.

« Bon, Tery, tu sais ? Ne va pas te mettre martel en tête. On s’occupe d’exterminer les gnomolds et ensuite, on ira interroger Krawnia. Je crois qu’elle a pas mal de choses à nous dire. D’accord ? Cela te va ? »

« De toute façon, je n’ai pas trop le choix, non ? »

Il n’avait pas vraiment dit cela avec ironie mais plus avec dépit. Les gnomolds étaient tous comme enragés, encore plus qu’auparavant. La trahison de Krawnia avait vraiment fait du mal à leur organisation.

« RÉUNISSEZ-VOUS ENSEMBLE ! FAUT LES BUTER ! TOUS ! »

Oh ? Il y avait sûrement un gradé parmi les gnomolds. C’était normal. Jamais cette espèce n’aurait laissé Krawnia les diriger. Ils avaient sûrement utilisé la femme ailée comme elle les avait utilisés. Oui… C’était tout à fait logique.

La voix provenait d’où ? Il n’avait pas eu la possibilité de s’y attarder et il espérait que Manelena pourrait le guider. D’ailleurs, ce fût ce que la femme en armure noire avait comme idée en tête puisqu’elle s’était mise à courir en disant aux soldats de se débrouiller sans elle. Alors qu’il se présentait à ses côtés, elle lui déclara :

« Coupons la tête et le corps tombera. Enfin, ça marche généralement comme ça. »

Pour les groupes, n’est-ce pas ? Mais ici, il s’agissait de gnomolds. Ce n’était pas vraiment la même chose et elle le savait aussi bien que lui. Si un chef tombait, un autre aurait la force et la volonté d’en trouver un autre aussitôt, et cela en plein combat.

Oui, à sa connaissance, il ne se rappelait pas avoir vraiment connu de gnomolds craintifs et effrayés. Non, même s’ils étaient apeurés, ils ne fuyaient jamais. Ils étaient toujours prompts à se battre et à attaquer tout ce qui leur faisaient face.

Et là, c’était exactement ce qui était en train de se passer. Il avait réussi à retrouver Krawnia, Manelena l’ayant guidé jusqu’à elle. Maintenant ? Qu’est-ce qu’il allait pouvoir dire ou faire ? Les gnomolds étaient encore nombreux et Krawnia était légèrement blessée.

« Vous vous vous… C’est vous ! C’est toi ! Le démon responsable de cette trahison ! »

« Ooooooh ! Tery ! Tu es venu voir comment j’allais ? C’est si gentil mais tu n’as pas à t’inquiéter, je vais parfaitement bien, oui ! »

« Non, non, ce n’est pas ça. Enfin, peut-être un peu mais… ces gnomolds. Vous êtes vraiment venus pour moi ? » demanda Tery alors qu’il s’adressait au gnomold qui s’était exprimé avec virulence en le voyant arriver.

« Tous les démons mais surtout celui qui a ouvert ces portes ! C’est toi et toi seul ! »

« Pour autant, Ernold, le grand archimage d’Omnosmos ne semblait pas être plus préoccupé que ça. Alors pourquoi vous autres, vous êtes incapables de réagir comme lui ? »

Il avait posé une nouvelle question, restant sur ses gardes. Oui, il tentait quand même la communication avec ces saletés ! Ces saletés qui n’ont pas hésité un seul instant à tuer des femmes et des enfants.

« Je devrais vous le faire payer, vous le savez bien hein ? Mais je veux une raison ! Je veux savoir pourquoi vous vous focalisez absolument sur moi ! »

« Traîtres ! Tous ces enfoirés sont des traîtres ! Tous des traîtres qui se sont rapprochés des mondes ! Vous êtes des déchets ! Tu les as tous manipulés ! »

« Je n’ai rien manipulé du tout. Manelena n’a pas été contrôlée par moi ou autre. Vous racontez n’importe quoi mais comme bien souvent, avec vous, les gnomolds, il n’y a pas de demie-mesure, hein ? »

« Comment est-ce que tu nous parles ? Saleté ! JE VAIS TE … »

« LA FERME ! » hurla aussi violemment Tery que le gnomold. POURQUOI ?! Pourquoi fallait-il absolument que ça se passe toujours ainsi ?! « J’ai fait des efforts avec Ernold, j’ai fait des efforts avec Rokar ! Et pourtant, il a attaqué mon village natal ! Mais non, vous, vous voulez juste tout foutre en l’air comme si de rien n’était ! »

« Vous ne pouvez pas comprendre ! Surtout pas un foutu démon ! Tes ancêtres ne t’ont donc rien appris ?! Vrai que vous avez été enfermés pendant des siècles ! »

« Heureusement, je suis né à la surface et d’une mère formidable alors que mon père était un démon ! Donc vos excuses foireuses ne marchent pas avec moi. »

« Excuses, excuses, excuses ! FOUTU DÉMON ! »

« Vous pouvez prétendre ce que vous voulez mais ça ne changera rien aux faits. Vous êtes belliqueux et n’envisagez que la manière forte. À partir de là, il n’est pas possible de vous comprendre car vous faites tout pour que l’on ne vous comprenne pas. »

Le gnomold était énervé, les autres aussi. Les démons étaient en train de souffler, les soldats aussi. Tout le monde semblait considérer ce répit comme salvateur mais lui-même continuait d’allumer la mèche qui mènerait à une nouvelle bataille.

Oui… S’il agissait comme ça, c’était la seule récompense qu’il allait avoir mais il fallait percer l’abcès avant qu’il ne soit trop tard. Avant que ça ne dégénère encore plus. Il avait besoin de plus d’explications. Ces gnomolds étaient sur le point de craquer, il le savait ! Et Krawnia était dans le même état d’esprit, prête à tout ravager.

« Tu n’as rien remarqué pour notre race, n’est-ce pas ? Tu en vois même ici présent ! Ils sont tous là ! Il y a de toutes les sortes ! »

De toutes les sortes ? Comment ça ? Qu’est-ce que le gnomold racontait ? Oui, il y avait des gnomolds, mais aussi des shunteriens et autres. Enfin, de son côté, ils avaient un peu de toutes les races sauf des mékalarmiens. Mais les mékalarmiens, pour qu’ils travaillent avec une autre race, il fallait se lever tôt. Comme dépité en voyant Tery se retourner brièvement vers ses camarades, le gnomold reprit :

« Tsss, il fallait s’en douter. T’es complètement aveugle. Et pourtant, je suis certain que d’autres parmi vous l’ont remarqué. »

« Tery, il veut parler des caractéristiques physiques des gnomolds. Comme les honoriens, mékalarmiens et autres, les gnomolds, suivant leur nation d’origine, ont des caractéristiques différentes. Du genre, ceux issus de Mékalarma ont des écailles sous leurs fourrures.  Et ce sont d’ailleurs les plus teigneux à combattre. » chuchota Manelena.

« Ah ! On parlait de ça ! Hmm… Oui, j’étais au courant, hmm… Enfin, je veux dire, j’avais bien remarqué ça mais… quel est le rapport ? C’est juste une race qui arrive à s’acclimater à son environnement, non ? Des animaux en sont capables aussi. »

« AH ! HAHAHAHA ! Ça se voit que vous êtes trop stupides pour comprendre. En même temps, en parlant de ceux qui ont décidé d’abandonner leurs ancêtres, il ne fallait pas s’attendre à quelque chose de plus intelligent de votre part ! »

« Et qu’est-ce que tu veux… Hein ? »

Il s’était arrêté dans ses paroles, interloqué par celles du gnomold. À côté de lui, il sentait que Manelena était dans le même état d’esprit. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Abandonner leurs ancêtres ? Et c’était quoi le rapport avec les gnomolds ? Il manquait une information capitale ! Et encore une fois, les gnomolds la détenaient !

Chapitre 40 : Jeu de piste

Chapitre 40 : Jeu de piste

« Vous êtes certains de ce que vous avancez ? »

« Sûrs et certains. Il peut pas y avoir d’erreurs à ce sujet ! »

« D’accord, d’accord. Merci pour ces réponses. Nous allons vous laisser. Moi et mes troupes n’allons pas déranger plus longtemps la tranquillité de votre village. »

« Bah ! Ne vous en faites pas, vous nous avez rendu un fier service en éliminant les monstres des alentours et en nous offrant une partie d’entre eux. Je pense que notre village sera paisible pour un petit moment. »

« Tant mieux alors, je suis content pour vous. » répondit doucement Tery avec un léger sourire. Ce qu’ils faisaient dans ce village ? La même chose que les autres villages depuis maintenant pas mal de jours.

Depuis la présence de l’armée d’Haiktos, il préférait jouer la carte de la sécurité. Il ne pouvait pas se permettre d’avoir à nouveau affaire à eux. Et en même temps, il obtenait des informations d’une autre importance capitale.

Lorsqu’ils s’éloignèrent du village qu’ils venaient de traverser, tout en ayant débarrassé ce dernier des monstres qui l’avoisinaient, il posa ses yeux sur Manelena avant de dire :

« Je ne m’attendais pas à avoir une telle information. Est-ce que tu penses que… »

« Je ne connais pas beaucoup d’autres groupes qui seraient composés de démons et de races provenant de la surface, tu sais ? »

« Oui mais bon… en même temps, on ne sait jamais… Dommage que ça soit juste une rumeur provenant d’un marchand qui se promène de village en village. Et peut-être qu’il parlait de nous ? C’est tout à fait possible non ? »

« C’est exact mais maintenant, intérieurement, est-ce que tu préfères penser que c’est le groupe d’Elise ou alors le nôtre qu’ils évoquaient ? »

« Tu marques un point. Imaginons le meilleur avant le pire ! »

Et s’ils avaient une chance de retrouver Elise et les autres… enfin surtout Elen dans son cas, alors, il devait s’accrocher à cette idée ! Au lieu de considérer que c’était tout simplement un coup du sort. Pfiou ! Maintenant, clairement, il était en forme et sur motivé par cette nouvelle. C’était sûrement pour cette raisons qu’ils avançaient à une allure plus rapide que les précédents jours.

En plus, ça ne pouvait pas être que du hasard le fait que les derniers villages traversés disaient la même chose concernant ce groupe hétéroclite. Un groupe comme le sien quoi ! Pfiou… Il avait la sensation que c’était peut-être la première fois depuis longtemps qu’ils étaient aussi proches de retrouver les autres. Il remarquait à peine la mine soucieuse de Manelena. Celle-ci n’était peut-être pas autant ravie que lui de retrouver Elise et les autres bien que cela soit pour une raison futile et ridicule.

Plusieurs espèces différentes, jamais le même chemin… et ils avaient une étrange idée en tête puisque visiblement, d’après les villages visités, ils étaient en train de chercher des outils et autres pour travailler la terre. Après une discussion avec Manelena et Héraisty ainsi que les chefs des différentes escouades de leur petite armée, ils en étaient venus à cette conclusion : ils étaient en train de créer de nouveaux chemins.

Des chemins vers où ? Sûrement la surface, ce n’était pas comme si c’était vraiment une bonne idée que de chercher à vouloir tracer d’autres voies vers la capitale. Par contre, cela voulait dire qu’Elise ne désirait d’ailleurs pas retrouver son père. C’était quoi alors son but réel dans toute cette histoire ?

« Si nous continuons à fouiner dans les environs et à nous renseigner… »

« Oui Tery, nous finirons bien par tomber sur eux, c’est exact. »

« Quelle super nouvelle ! Enfin, si c’est bien Elen et les autres qui nous attendent. Dommage que nous ne pouvons pas leur laisser de message. »

« Beaucoup trop dangereux, Tery. Tu le sais très bien qu’il y aurait une chance que ces informations données puissent être utilisées contre nous. »

Il s’en plaignait un peu mais ça ne changeait rien. Elle avait totalement raison sur le fait que ça serait de l’imbécilité que de permettre aux ennemis des deux autres armées que de savoir où ils se trouvaient.

Pour autant, s’il avait pu laisser un simple petit mot, comme pour signaler juste qu’ils étaient passés par ici, sans indiquer plus de détails, cela lui aurait bien plu. Mais bon, il ne pouvait pas tout faire non plus, surtout sans aucune précaution.

Enfin bon… Il allait juste attendre que ça se passe et qui sait, peut-être qu’à la toute fin, il aura alors la surprise de les retrouver. Pour l’heure, maintenant, l’armée d’Haiktos était loin derrière eux et il avait justement chercher à avoir quelques informations dans les différents villages. Juste en envoyant les démons de la propre armée qu’il dirigeait.

Ainsi, sans même attirer plus l’attention sur eux, ça permettrait d’éviter de prendre les mêmes voies qu’eux. Et surtout, ils arrivaient à créer l’illusion qu’ils n’étaient pas passés par ces chemins pour éviter que des éclaireurs ennemis ne tombent par mégarde sur eux. Car oui, ils ne pouvaient être certains que l’armée d’Haiktos ignore la disparition de quelques éclaireurs car ils auraient décidé de les éliminer. C’était pourquoi il avait préféré envisager cette méthode plutôt qu’une autre… plus violente.

Oui, des combats inutiles, ça ne les aiderait guère. C’était pourquoi il voyait cela de la sorte. Mais maintenant, est-ce que ça serait suffisant pour contenter tout le monde ? Certains dans l’armée avaient soif de batailles. Et c’était souvent eux qu’il envoyait lutter contre les monstres environnants pour les chasser et s’en servir comme nourriture.

« Héraisty, je voulais te demander puisque Tery ne peut pas vraiment répondre sur ce sujet. Mais comment est-ce que vous faites pour savoir si le monstre chassé n’est pas un ancien démon ? Et donc qu’il n’y a pas un risque que vous deveniez fous ou comme eux ? »

« Oh non, ne vous inquiétez pas. Même si c’était le cas, tant que nous cuisons la viande, cela suffit à détruire une bonne partie de ce qui nous permet de profiter de la puissance des autres démons. C’est d’ailleurs pour cela que certains n’hésitent pas à se consumer avant de mourir, tout simplement pour éviter que leur puissance ne puisse pas être utilisée contre leurs partenaires et autres. »

« Et c’est aussi pour ça que j’imagine que la décapitation a si souvent lieu parmi vous. »

Pour toute réponse à la réplique de Manelena, Héraisty ne fit qu’un petit sourire presque désolé. C’était exact. Ils décapitaient les démons pour une seule et bonne raison : les empêcher de se faire flamber ou de rendre impossible la consommation pour obtenir leurs pouvoirs. Cela ne fonctionnait pas tout le temps et il y avait bien d’autres façons de pourrir l’existence d’autrui.

Comme le fait de posséder un corps empoisonné qui emmènera le démon qui tentera de le dévorer à la mort. S’ils brûlaient le corps pour le cuire et donc empêcher que le poison ne les affecte, il y avait alors de très fortes chances que les pouvoirs ne soient plus transmissibles. C’était bien plus compliqué qu’il n’y paraissait.

« Ah oui… J’imagine que ce sont donc beaucoup de faibles démons qui se dévorent entre eux et qui finissent par devenir des monstres, c’est ça ? »

« Oui, comme ils sont incapables de se protéger entre eux, il faut bien que certains finissent par dépasser les autres. Malheureusement, d’un autre côté, ils sont trop faibles d’esprit qu’ils sont alors incapables de se contenir et de se retenir. »

« Ce qui donne les créatures monstrueuses que l’on affronte. Tiens, petite question : ces monstres sont… incapables de communiquer entre eux ou avec nous. Aucun ne ressemble à un autre ou presque mais… est-ce qu’ils peuvent se reproduire ? »

« C’est assez rare et les résultats sont aussi horribles que tu peux l’imaginer et le penser. Mais bon, il n’y a bien que les nobles démoniaques tordus qui s’amusent à faire ça. »

« Vous avez vraiment certains cas parmi vous… enfin, je dis ça mais dans chaque royaume et nation, il y a toujours des éléments « problématiques. ». »

« Je le sais bien et c’est pour ça que je ne m’en fais plus que nécessaire. C’est dommage mais c’est ainsi que le monde tourne et bouge. »

C’était assez … neutre comme réaction mais Manelena ne s’interrogea pas plus à ce sujet. Héraisty avait bien montré qu’elle avait bien plus la tête sur les épaules qu’elle ne le montrait en apparence. De ce qu’elle avait saisi de la démone, elle avait sûrement mûri grâce à Tery et Elise.

« Jamais tu n’as été intéressée à l’idée de dévorer d’autres démons ? »

« Non, car j’ai très vite appris ce que cela faisait de perdre son humanité. En tant que renifleuse royale, les tests… étaient vraiment assez ardus et pas du tout plaisants. Sincèrement, personne ne mériterait de faire de tels tests. »

« D’accord, d’accord, ne t’en fait pas, je ne vais pas demander plus de détails à ce sujet. Je crois que ça reste quelque chose d’assez sensible. »

« Disons que ce n’était pas tout rose et que bon, c’est derrière moi. D’un autre côté, cela devrait te rassurer de savoir que je ne veux pas me transformer en l’une de ces créatures juste pour avoir plus de puissance. »

« Même si j’imagine que les vrais monstres sont les démons qui arrivent à garder leur forme originale malgré qu’ils dévorent autrui, c’est ça ? »

« Ils sont très rares, ils font souvent partie de la très haute noblesse et même de la monarchie ou des proches de cette dernière. Mais oui, certains démons sont capables de cela. Mais ils ne peuvent dévorer qu’un démon en de très rares occasions. »

« Ah bon ? Et pourquoi cela ? Qu’est-ce qui les empêche d’en dévorer autant qu’ils désirent ? Il y a une raison à ça ? »

« Tout simplement le contrôle de soi. Déjà réussir à garder leur forme actuelle tout en dévorant un autre démon pour obtenir ses pouvoirs, cela demande une concentration de tous les instants. Ensuite, ils doivent réussir à contenir cette nouvelle source de puissance durant un certain laps de temps. Pour beaucoup de démons, cela peut prendre des années voire même une ou deux décennies. »

« Hmm… C’est un sujet que je ne connaissais pas du tout. Merci bien pour ces informations. C’est toujours intéressant à savoir. »

« Si tu veux, je pourrais t’en parler à d’autres moments car ce n’est pas vraiment le bon lieu pour ça. Mais je ne savais pas que tu t’intéressais à ça ? »

« Disons que j’aime bien en savoir plus sur mes ennemis. Vous êtes une race qui n’était pas connue il y a de cela quelques années, ou du moins, complètement oubliée. »

« Ce n’est pas très plaisant de s’entendre dire que l’on est considéré comme un ennemi, Manelena, mais bon, j’imagine que c’est parce que tu cibles plus particulièrement certains démons dans cette affirmation, non ? »

C’était exact. La femme en armure noire voulait connaître plus de détails. Ainsi, certains démons arrivaient à garder une apparence… normale. Cela voulait dire qu’il y avait une forte chance qu’Haiktos et Halyza aient déjà dévoré un ou deux démons. Peut-être même plus ? Bien entendu, elle ne se leurrait pas : Il lui manquait trop d’informations et peut-être qu’Héraisty aurait justement ces dernières.

« S’il faut, je viendrais discuter avec toi sous ta tente ce soir, Héraisty. »

« Tery ne risque t-il pas d’être jaloux de ne pas t’avoir à ses côtés ? » demanda la démone aux yeux verts avec un petit air malicieux.

« Oh, j’imagine qu’une nuit sans moi ne devrait pas trop le déranger. Ce n’est pas comme… ah, non. Rien du tout. Mais toi, aucun souci à ce que je vienne ? »

« Pas le moins du monde. Tu peux remarquer que malgré que nous soyons très nombreux, je ne discute pas vraiment avec beaucoup de personnes. La force de l’habitude, dira t-on. Alors si quelqu’un vient me voir pour justement vouloir discuter avec moi, qui suis-je pour m’en plaindre ? Une bien piètre personne. »

« Ne tombons pas dans le mélodrame, non plus. Je suis certaine que si tu faisais aussi le premier pas, ça passerait. »

Mais ce n’était ni le lieu, ni le moment pour parler d’un tel sujet. Autant garder cela pour ce soir avec le reste. D’ailleurs, juste pour aller titiller un peu le jeune homme aux cheveux bruns, Manelena était retournée auprès de lui, expliquant ce qui allait se passer ce soir.

Héraisty pouvait remarquer qu’il paraissait un peu dépité d’après l’expression sur son visage mais qu’il hochait la tête comme pour dire qu’il comprenait. Manelena lui donnait un petit coup de coude dans la hanche, semblant dire une plaisanterie qui fit sourire Tery bien qu’il rougissait aussi. Qu’est-ce qu’elle avait bien pu dire ?

Lorsqu’elle revint auprès d’elle, Manelena lui déclara que c’était résolu et que ce soir, elles allaient pouvoir discuter de tout leur soûl sans même avoir à s’inquiéter. Elle ira rejoindre Tery si vraiment la conversation ne prendrait pas toute la nuit.

« Et c’est le fait que tu lui aies dit ça qui l’a fait rougir ? »

« Oh non, pas du tout. C’est plutôt la méthode pour le réveiller et lui signale ma présence. Rien de bien saugrenu… mais sur ces petites choses, il peut paraître encore un peu candide. »

« Je ne sais trop rien à ce sujet. J’ai eu quelques histoires quand j’étais plus jeune mais j’ai très vite compris ça ne m’intéressait pas vraiment. »

« Ne t’en fait pas. Un jour, ça te tombera dessus sans même que tu t’en rendes compte. »

« Comme toi avec Tery, c’est bien ça ? »

« Exactement. Même si j’ai refusé ces sentiments pendant de longues années. Et que j’ai tout fait pour les étouffer. En même temps, avant certains évènements, ce n’était juste que de l’intérêt relatif envers sa personne. Puis peu à peu… »

« Oh non ! Je ne veux pas que tu en dises plus maintenant ! Il me faut en garder un peu pour ce soir ! Cela serait dommage de perdre quelques sujets de discussion. »

« Tu es vraiment diabolique quand tu veux t’y mettre. » soupira Manelena bien qu’elle était visiblement plus amusée qu’autre chose.

« Disons que je sais simplement comment obtenir quelques informations quand cela s’avère nécessaire. Et je crois que ça sera du donnant-donnant, non ? »

« Des informations contre des informations. Mais de là à comparer ce qu’elles valent, si tu es vraiment certaine que ça te paraît être une bonne monnaie d’échange. Mais il t’en faut vraiment peut, tu le sais ? »

Elle le savait parfaitement mais c’était ça qui rendait le tout plus intéressant. De plus, il fallait bien se divertir tant qu’ils ne trouvaient pas les informations qu’ils désiraient hein ? Enfin, surtout Tery puisque c’était lui qui voulait absolument cela.

Dans tous les cas, ils continuaient leur session d’exploration et Tery n’avait aucune idée de ce qui se tramait dans son dos entre les deux femmes. Pour l’occasion, le jeune homme repassait les troupes en revue pendant qu’ils avançaient.

Il allait à gauche, à droite, sans même réellement se soucier des monstres. Comme l’armée d’Haiktos était passée dans les environs, ils n’avaient pas trop à craindre et même si cela était le cas, ils étaient assez nombreux pour les combattre. Pour l’occasion, ils avaient toujours quelques blessés mais aucun mort n’avait été à signaler depuis leur départ.

Ce qui était vraiment la meilleure nouvelle ces derniers jours. Par contre, ce qui était une moins bonne nouvelle, cela avait été le village dévasté qu’ils avaient en face d’eux après une longue marche. Comment et pourquoi ? Qu’est-ce qui… s’était passé ?

« Essayez de trouver des survivants ! Si vous voyez un ennemi, n’hésitez pas à l’abattre ! Ou au moins à le blesser gravement ! La priorité reste aux soins ! »

Des consignes simples et claires. Il ne pouvait rien faire ou dire de plus. Oh bien sûr, il aidait quand même aux recherches mais à leur grand désarroi, c’était à peine s’ils trouvaient des cadavres et quand c’était le cas, ils n’étaient pas du tout en bon état. Même pour un soldat endurci, il y avait de quoi vouloir vider ses entrailles.

Pour autant, aucun ne se sentit mal car tous savaient que ce n’était pas le moment de flancher. À regarder ce village dévasté, il y avait une sinistre impression que les créatures étaient peut-être encore dans les environs. D’ailleurs, comme d’habitude, Manelena et Héraisty n’étaient jamais trop loin de lui. Cela malgré le fait que Clari était toujours présente à ses côtés. Comme la femme-golem ne s’exprimait jamais, il avait parfois tendance à penser qu’elle n’existait pas.

« J’ai une bonne ou une mauvaise nouvelle, Tery. Cela dépend du point de vue que l’on prend par rapport au sujet. Est-ce que tu veux le savoir ou pas ? »

« Tu peux toujours le dire. Dans le fond, qu’est-ce qui pourrait être pire que ça, Manelena ? »

« Eh bien… Disons qu’en vue des ruines et du sang, l’attaque est assez récente. »

Et pour sa petite remarque, elle déclarait juste par là que ça voulait dire qu’il y avait de fortes chances que les responsables de cette soient toujours dans les environs. Et donc qu’ainsi, ils devaient préparer au cas où une défense et une riposte.

« Vous, allez prévenir ceux qui sont dispersés de se réunir en groupes et de faire attention à leurs alentours. Vous resterez avec eux. »

C’était l’unique message qu’ils devaient transmettre. En même temps, il préférait que les messagers ne tentent pas de revenir vers eux, de risque de se faire agresser par surprise sur le chemin du retour. Déjà qu’à l’aller, il y avait aussi de fortes chances que ça soit le cas.

Et puis vinrent les premiers cris, les premières flammes en direction du plafond et aussitôt, il avait ordonné à tout le monde de l’accompagner alors qu’il se mettait à courir en direction des cris et des flammes.

« YERK YERK YERK ! Encore eux ?! Ils ont jamais leurs comptes ? »

« Ils ont des armures, ils vont peut-être offrir un peu plus de résistance en fin de compte, gnéhéhéhé ! Toute façon, ils ne peuvent rien contre nous ! »

« Hmmm ? Ce n’est pas ici qu’il se trouve, ah… Bon ben éliminons-les encore et encore, je vais aller voir ailleurs si je le trouve ! »

Des voix aisées à reconnaître pour leurs petits ricanements mais… Il ne s’était pas vraiment attendu à les rencontrer dans le monde souterrain. Arrivant au niveau des voix, il s’écria :

« Qu’est-ce que des gnomolds font par ici ?! »

Et on ne parlait pas de deux ou trois gnomolds perdus, loin de là. Non, il y en avait vraiment tout un groupe, peut-être autant que le leur. Comment est-ce qu’ils avaient réussi à se déplacer jusqu’ici ?

« Qu’est-ce que vous foutez ici ?! » répéta le jeune homme avec énervement. Il voyait déjà plusieurs de ses soldats dans un triste état et certains étaient même au sol, ne bougeant plus.

« Nierk ?! On dirait bien qu’il nous connaît, lui. T’es qui, toi ? »

« C’est moi qui pose les questions, vous avez compris ?! » s’égosilla t-il avant de prendre une profonde respiration. Non, il n’allait pas perdre son calme maintenant. Cela serait tout simplement ridicule et stupide.

« Héhéhé… On n’a pas besoin de te répondre. Vous allez rejoindre les autres. On va juste se débarrasser de votre race une bonne fois pour toutes. Vous n’auriez jamais dû tenter de remonter à la surface, saleté de démons ! »

« Je proviens déjà de la surface et visiblement, il y a encore des groupes d’imbéciles parmi les gnomolds pour ne pas comprendre ce que les différentes races tentent de faire ! »

Et puis, ça ne servait à rien de discuter avec ces gnomolds. Leurs armes étaient déjà tâchées de sang frais et ils n’avaient eu aucune hésitation à attaquer des démons innocents. Alors, à partir de là, il n’y avait aucune raison de se retenir face à ces être stupides.

« Éliminez les jusqu’au dernier. Puisqu’ils veulent jouer à cela, autant qu’ils comprennent ce que cela fait de passer de l’autre côté. »

« Fais attention, Tery, tu pourrais presque me ressembler en disant cela… mais ainsi sont tes ordres. On va commencer l’extermination. » murmura Manelena en passant à côté de lui, son épée commençant déjà à être parcourue par de l’électricité. Ces gnomolds avaient besoin d’une bonne leçon… et il était alors temps de la leur lui donner ! Peut-être qu’elle allait en garder un ou deux en vie… pour une interrogation, malgré les paroles de Tery.

Chapitre 39 : Passés inaperçus

Chapitre 39 : Passés inaperçus

« Gauche, droite, haut, bas. »

« Tery, tu n’es pas obligé non plus de prendre toutes mes consignes au pied de la lettre non plus hein ? Mais oui, c’est la bonne méthode. »

« Je veux être certain de bien saisir tout ce que tu m’as dit hier. Je suis en train de vérifier si les cristaux changent « rapidement » de couleur ou s’il faut quand même une bonne distance en terme de hauteur pour que ça soit vérifié. »

Hahaha. Elle se retint de sourire en le regardant. Il avait parfaitement raison de se poser la question. Même si elle n’avait pas tout précisé, à dessein, hier, en agissant de la sorte, il pouvait alors commencer à calculer la hauteur des cristaux et autres. Grâce à cette donnée, il serait alors possible de vérifier la dite hauteur mais aussi de voir à quelle profondeur ils étaient plongés depuis le début. Enfin, depuis le début, il sera difficile de le calculer exactement puisqu’ils n’avaient pas pris cette donnée en compte lors de leur arrivée sous la surface il y avait maintenant plusieurs semaines… ou mois ?

Une autre donnée qu’elle n’avait pas pris en compte là aussi. Elle n’avait pas penser à calculer le nombre de jours depuis qu’ils étaient arrivés. Il fallait dire en même temps que les journées dans cette capitale n’avaient pas été des plus reluisantes et que malgré tout, elle avait sûrement chercher à effacer en partie celles-ci de sa mémoire. Bien que d’un autre côté, il y avait certains évènements qui la poussaient à apprécier la capitale. Des évènements bien plus plaisants à se rappeler. D’ailleurs, elle remarquait que malgré le fait qu’ils dormaient ensemble, Tery et elle ne faisaient rien de plus.

Pas que ça la dérangeait, elle n’était pas comme ses femmes qui se sentaient obligées sur l’homme qu’elles désiraient mais c’était vrai que maintenant qu’elle et Tery l’avaient fait, elle avait comme un feu qui la dévorait de l’intérieur. Ce n’était pas comme une sensation de manque, non, elle avait assez de contrôle de soi pour éviter que ça ne se termine ainsi mais… Peut-être avoir cette sensation de rattraper le temps perdu. Et en même temps, de vérifier toutes les façons que Tery avait de l’aimer.

En fait, elle comprenait aisément pourquoi et comment Elen pouvait le désirer, et pas seulement pour le comportement. Oh, elle n’avait aucune idée de comparaison et clairement, ce n’était pas son objectif mais ces instants avec Tery étaient gravés dans sa mémoire. Oui, elle avait la sensation qu’il pensait à elle et pas sa propre personne dans ces moments.

Était-il le meilleur des amants ? Elle n’en savait clairement rien. Par contre, ce dont elle était certaine, c’est qu’il était attentionné et pour une femme comme elle qui avait toujours vécu avec dureté et froideur, cela lui procurait un certain bien. Plongée dans ses pensées, elle ne remarquait qu’à peine qu’ils continuaient d’avancer et surtout écoutait peu les propos de Tery alors qu’elle ne faisait qu’hocher la tête positivement.

Pour une fois, elle pouvait bien se permettre de ne pas être sur ses gardes et de lui faire confiance, non ? Dans tous les cas, sa main qui était jointe à la sienne l’avait été de façon discrète et cela malgré qu’elle portait de son côté un gantelet noir métallique.

« Je me dis quand même que nous devrions trouver une sorte de petite montagne, Manelena. »

« Hum ? Hein ? Oh, oui, bien entendu, Tery. »

« Je me dis que si on utilise une montagne comme repère et si nous avons un peu de chance, nous pourrons trouver plusieurs cristaux de couleurs différentes. Maintenant, le gros souci, c’est de savoir si c’est régulier. Genre, si c’est tous les dix mètres de hauteur, ou alors cent, et si ça recommence en boucle et tout ça. »

« Cette histoire de cristaux te passionne vraiment, Tery. Tu sais qu’il n’y a pas que ça, hein ? Il faut aussi te concentrer sur le reste. »

« Je le sais bien mais bon… Ce qui est plaisant, c’est qu’Héraisty peut m’aider. »

« Hum, hein ? Comment ça ? » demanda Manelena perdant ses rêveries et son sourire sous son casque. « Comment peut-elle t’aider ? »

« Eh bien, en tant que renifleuse, cela reste une démone un peu intellectuelle et elle m’a confirmé tout simplement qu’elle est plus qu’apte à me renseigner sur les cristaux même si elle m’a signalé qu’elle préfère l’idée que je découvre par moi-même. »

« Tu n’étais pas non plus obligé de tout lui raconter, Tery Vanian. Il y a des choses qui ne se partagent pas avec autrui hein ? »

Hmm. Au revoir la bonne humeur et les rêveries. Merci le retour au monde réel par Tery. Des fois, elle se demande s’il ne le ferait pas un petit peu exprès pour l’embêter ? Si tel était le cas, elle se fera une joie de lui tirer les oreilles.

Enfin bon, au moins, ça occupait le jeune homme pendant l’ascension vers la surface. Une ascension un peu retardée par quelques monstres vu que finalement, certains démons avaient proposé de les attirer via quelques parfums et autres phéromones. Visiblement, certains avaient de la suite sur les idées. Par contre, aucun n’allait chercher à les dévorer, non. Ils étaient exterminés pour pouvoir ensuite chasser plus tranquillement quelques animaux souterrains comme ces imposants lézards rocailleux.

D’ailleurs, certains de ces lézards, plus gros que les autres, possédaient des cristaux sur leurs dos. Mais même s’ils étaient plus aisément repérables, Héraisty avait signalé à Tery qu’ils étaient aussi bien plus dangereux, ce qui expliquait qu’aucun prédateur ne venait les attaquer. Enfin, aucun ou presque. Ceux qui désiraient vraiment s’en prendre à eux ne s’inquiétaient pas pour cela.

Tant de petites choses à apprendre et pourtant, il fallait les retenir. Et maintenant qu’il en avait parlé avec Héraisty, celle-ci ne semblait pas se priver de lui donner des cours directement sur le terrain. Il avait aussi très bien compris que dans le fond, il aurait dû commencer par ça bien plus tôt.

« Chef, chef, chef ! Y a les éclaireurs qui veulent vous voir ! C’est urgent ! »

Hein ? Il avait été coupé dans ses pensées par la venue d’un soldat. Celui-ci était visiblement honorien en vue de sa taille et de ses oreilles. Tery lui laissa le temps de reprendre sa respiration, le soldat étant visiblement essoufflé par la course.

« Où sont les éclaireurs ? Comme je ne peux pas avoir une vision d’ensemble, je ne peux pas vraiment savoir d’où ils proviennent. On leur avait demandé un tour des environs. »

« Ils arrivent vers vous, c’est juste qu’ils sont un peu épuisés et que comme nous ne sommes pas tous ensemble, ils doivent encore faire un peu de chemin. »

Hmm, non pas qu’il trouvait ça étrange mais il était vrai qu’en se séparant en petits groupes, avec peu de distance entre chacun d’entre eux. L’être en face de lui était tout simplement un messager, aussi apte et rapide que les éclaireurs, nécessaire pour se déplacer à toute allure et faire les transmissions entre les différents groupes.

« Dès qu’ils se seront assez reposés, qu’ils viennent… même si le plus tôt sera le mieux si c’est vraiment urgent. Oh et puis non, je vais faire mieux. Je vais me déplacer. Manelena, Héraisty, vous pouvez gérer le groupe ? »

« Je voudrais plus être à tes côtés à cet instant précis mais non, je serais bien trop lente. On va donc éviter. Tu peux y aller. »

Cela ressemblait presque à une autorisation de sa part et il avait juste un petit sourire amusé aux propos de Manelena. Néanmoins, il avait décidé de suivre le messager, commençant à courir à toute allure sur la pierre. D’ailleurs, il utilisait cette dernière pour glisser le plus rapidement possible jusqu’à arriver aux éclaireurs.

Pfiou ! Premier constat et soulagement : ils n’étaient pas blessés. Ils étaient principalement fatigués et usés jusqu’à la moelle. Second point : Ils étaient presque comme effrayés de quelque chose mais quoi ? Il n’allait pas tarder à le savoir.

« Chef… Chef vous vous êtes déplacés pour nous ? »

« Il le faut bien, non ? Surtout si c’est si urgent. Et vu que vous semblez être au bord de l’évanouissement, je ne vais pas prendre le risque. Dites-moi en une phrase les grandes lignes. Qu’est- ce qui s’est passé ? »

« Nous… Nous avons trouvé toute une escouade. D’après les armoiries visibles sur leurs armures, drapeaux et autres, il s’agit d’une escouade au service d’Haiktos. »

Armoiries et autres ? En y réfléchissant plus longuement, c’est vrai qu’Elise et lui, quand ils étaient accompagnés, n’avaient rien qui prouvait qu’Elise était une descendante légitime du roi. Oh, à part bien entendu la renifleuse dénommée Héraisty qui avait confirmé cela.

« Et est-ce qu’ils vous ont repéré ? Car si c’est le cas, vous venez de les emmener directement sur nous, mais je ne pense pas que vous ayez fait ceci, non ? »

« Non, non ! Pas du tout mais … En vue de leur nombre, l’un de nos groupes risque de tomber sur eux et il faudra réagir ! »

« Hmm… Merci beaucoup. Reposez-vous. Je vais sûrement prendre le messager de votre groupe en plus du mien. Comme ça, avec la décision prise, nous pourrons vous la transmettre le plus rapidement possible. Je vais retourner dans mon groupe, reposez-vous. »

Il s’était répété mais c’était bien parce qu’il voyait que les éclaireurs étaient vraiment épuisés. Maintenant, il avait repris la route pour retourner auprès de Manalena et Héraisty. C’était logique de leur demander des conseils.

« Si nous devons nous confronter à eux, les pertes seraient trop grandes de notre côté et je crois même que l’on risquerait de perdre. »

« Je le sais très bien, Manelena. Et vu que nous ne pouvons éviter la confrontation, autant dire que cela s’annonce très mal pour nous. Je ne suis pas certain que nous pourrons nous en sortir. Qu’est-ce qu’on va faire exactement ? »

« Et si… vous demandiez aux troupes non-démones de se mettre de côté, voire de se cacher pendant que nous autres, démons, nous parlerions avec eux. » déclara Héraisty alors que Tery clignait des yeux, s’exclamant :

« Mais c’est bien trop dangereux ! Héraisty ! S’ils savent qui tu es, tu es morte ! »

« Même s’ils savent qui je suis, je reste une renifleuse royale et je pense m’en sortir. Et puis, si je dois être condamnée, c’est mieux que nous tous, non ? Fais-moi confiance, tout va bien se passer, j’en suis sûre et certaine. »

Comment est-ce qu’elle pouvait être aussi confiante à cet instant précis ? Il n’en savait rien et ça ne le rassurait pas. D’ailleurs, il en tremblait un peu mais Manelena posa une main sur son épaule, regardant fixement Héraisty avant de dire :

« Tu es certaine de ce que tu fais, Héraisty ? Si tu en est convaincue, alors, il n’y a aucune raison de t’arrêter. Mais il faut que tu sois sûre à cent pour cent. »

« J’en suis sûre et certaine. Je sais ce que je dois dire et ce que je dois faire. »

Et lui dans tout ça ? Il ne pouvait pas dire ce qu’il pensait ? Est-ce qu’il devait juste attendre que ça se passe ? Et juste souffrir en silence ? Il eut un petit soupir de tristesse avant de murmurer à son tour :

« Fais simplement attention à toi, Héraisty. Je ne veux pas perdre une amie précieuse. »

« Ne t’en fait pas, tout va bien se passer. Si cela peut te rassurer, je sais exactement ce que je veux faire, hahaha. »

Ce qu’elle veut faire ? Comment est-ce qu’il pouvait vraiment croire ce qu’elle disait ? Mais pourtant, c’était ce qu’il devait faire. Il prit une profonde respiration une nouvelle fois avant de la laisser s’éloigner. Lui de son côté, il allait préparer les troupes.

Et rapidement, plusieurs minutes après, l’armée s’était divisée en deux. Il n’y avait pas autant de démons que de soldats de la surface et peut-être qu’elle allait s’en tirer ? Dans tous les cas, toute sa troupe était éparpillée de telle façon qu’il serait difficile de les repérer. Et lui ? Malgré tout ce qu’il avait dit, il avait voulu absolument voir au loin ce qui se passait.

« Ils sont tellement nombreux… »

Ce fut le premier constat qu’il avait remarqué en observant tout ça de sa « cachette ». Ils étaient tellement nombreux… tellement nombreux. Il se répétait cela alors qu’il déglutissait. Il arrivait à voir Héraisty qui avait « pris les commandes » du groupe en train de marcher vers un démon qui semblait être celui qui dirigeait l’armée d’Haiktos.

Impossible de les entendre, il était beaucoup trop loin. Il aurait pu venir avec elle mais… cela aurait été tout simplement une mauvaise idée. Il était connu comme le chevalier de la princesse Elise. Mais en même temps, Héraisty, elle n’avait pas de souci ? Elle ne risquait pas d’être reliée à eux ?

Pour le reste des démons du groupe, aucune crainte de ce côté mais ça ne changeait rien du tout vu qu’il suffisait juste que l’un soit reconnu pour que ça dégénère. Et ça, vraiment, ce n’était pas du tout ce qu’il espérait.

Combien de minutes s’étaient écoulées ? Car il avait l’impression que le temps venait de se stopper. Déglutissant, il voyait bien les soldats de l’armée d’Haiktos qui passaient parmi les membres du groupe dirigé par Héraisty.

Oui, ils étaient clairement en train de faire une inspection pour être certains qu’Héraisty ne mentait pas. Mais mentir sur quoi ? Sur le fait qu’ils n’y avaient que des démons ? Héraisty n’avait pas voulu parler de ce qu’elle comptait faire exactement..

Encore d’autres minutes, cela devait bien faire une demie-heure. Il en était sûr et certain maintenant. Pourquoi est-ce que ça prenait autant de temps ? Est-ce que les soldats d’Haiktos se doutaient de quelque chose ? Si c’était le cas, ils allaient vraiment tous mourir !

Il devait réagir ! Mais le temps qu’il arrive pour prévenir le reste de l’armée, ils allaient tous se faire tuer ! Pourquoi est-ce qu’il avait accepté la proposition d’Héraisty ? Il le regrettait totalement maintenant ! Elle allait mourir et les autres soldats aussi ! Pire encore, si parmi les démons du groupe d’Héraisty, il y avait des traîtres à la solde d’Haiktos ? Ou Halyza ?

Ils étaient alors au courant de toute l’histoire ! Ils allaient … Non. Vraiment. VRAIMENT ! Il ne devait pas y penser ! Cela n’allait pas se passer ainsi et… Pourquoi est-ce qu’il voyait certains soldats d’Haiktos qui semblaient rire avec d’autres démons dans le groupe ?

« Il y a des traîtres ! IL Y A DES TRAÎTRES ! »

Il veut hurler, c’est même presque le cas avec sa bouche qui s’ouvre mais il vient de forcer son poing dans sa bouche avant de cligner des yeux. Et il est vraiment en train de le mordre jusqu’au sang avant de finalement remarquer que l’armée d’Haiktos est en train de continuer son chemin, comme si de rien n’était.

« Terminé ? Ils s’en sont sortis ? Vraiment ? »

Il avait encore du mal à le croire. Il était incrédule par rapport à tout ça. C’était n’importe quoi. Il détestait être aussi peu confiant par rapport à la situation. Mais il devait attendre, encore une trentaine de minutes, surtout qu’Héraisty et son groupe avaient repris la route, l’air de rien. Normal d’agir de la sorte. Ils ne pouvaient pas les attendre. Cela serait beaucoup trop dangereux et stupide.

Finalement, il était retourné auprès de Manelena et les autres. Elle ne posa aucune question sur les traces de morsure sur le poing droit de Tery, demandant simplement si tout s’était bien passé. Il rétorqua :

« Je n’en sais rien ! Rien du tout ! Mais ils sont encore vivants. »

« C’est donc que tout s’est bien passé. Allons-y. Nous n’allons pas la faire attendre plus longtemps. Je ne pensais pas qu’elle y arriverait sans aucun souci mais excellente nouvelle. »

HEIN QUOI ?! Elle venait de dire ouvertement qu’elle n’avait pas confiance en Héraisty ou alors il venait de très mal entendre ?! Il la regarda, un peu interloqué, cherchant à voir si elle plaisantait ou non. Mais ce n’était pas possible hein ?
Après avoir réuni le groupe à nouveau, ils se remirent en marche pendant deux bonnes heures. Oui, il avait fallut deux heures complètes pour qu’un message démoniaque n’arrive à leur hauteur et déclare :

« Chef Tery ! Dame Héraisty m’a chargé de vous emmener jusqu’à notre point de ralliement. Bien que nous n’en n’avions guère, elle l’a appelé ainsi. »

« D’accord, d’accord. Ne perdons pas une minute de plus. Si nous attendons trop longtemps, qui sait ce qui pourrait se passer ? On va vous accompagner. »

Il voulait surtout parler avec Héraisty, se rassurer sur tout ça et être certain que tout allait se passer pour le mieux. Tant qu’il n’avait rien pour se convaincre qu’elle était en parfaite santé, son stress n’allait pas diminuer.

« Oh ? Vous voilà enfin ! Désolée, j’ai préféré m’éloigner et… HEY ! Eh bien ?! »

Elle s’était exclamée en sentant que Tery venait de se jeter sur elle pour l’enlacer. Pfiou. Elle ne s’était pas attendue à une telle accolade de la part du jeune homme, mais en voyant Manelena qui soupirait, elle comprenait que ça n’avait rien d’anormal.

« Qu’est-ce qui se passe donc ? On dirait que tu as presque vu un fantôme. »

« Ce n’est pas ça ! Tu es indemne… et les autres aussi ! Je vous observais de loin. J’ai vu que ça traînait et j’ai cru… que… enfin… »

« Que ça se passait mal ? Disons qu’ils se pensaient plus malins que nous et qu’on a juste joué le jeu, n’est-ce pas ? » dit Héraisty avant de se tourner vers trois soldats démoniaques qui se rapprochèrent d’eux en souriant.

« Ah ça… Comment est-ce qu’on s’appelle quand on trompe un groupe avec un autre ? »

« Double jeu ? » dit le second soldat au premier qui avait posé la question.

« Et quand on trompe le second groupe avec le premier groupe en lui faisant croire que l’on est du second groupe qui trompe le premier ? »

« Je sais juste que j’ai mal au crâne. » déclara le troisième démon en souriant, se massant les tempes alors que Manelena répondait :

« Agent triple, tout simplement. Vous êtes au service de l’empereur Malark, c’est bien ça ? »

« De base, on va dire qu’officiellement, nous sommes au service d’Haiktos. Mais en réalité, ce n’est pas trop ça. Mais pour un simple chef de troupe comme celui que nous avons rencontré, il ne peut pas vraiment deviner la tromperie. »

Pfiou… Pfiou… Le jeune homme aux cheveux bruns poussa plusieurs soupirs comme s’il venait enfin d’être soulagé d’un poids sur la conscience, regardant les démons.

« Et j’imagine que vous aviez interdiction de nous le dire, c’est ça ? Héraisty, tu étais au courant ou alors… tu l’as découvert ? »

« Je l’ai tout simplement découvert ces derniers jours. Certains soldats avaient une petite « aura » ou odeur un peu différente des autres. J’avais la sensation qu’ils étaient plus que de simples soldats. Et puis, en même temps, ils faisaient partie des nouveaux arrivants pour deux d’entre eux, n’est-ce pas ? »

« Oui, nous sommes venus apporter de l’aide à notre premier envoyé. Mais bon, maintenant que vous le savez, cela sera plus difficile de… »

« Je vais juste faire comme si je n’en savais rien. Me connaissant, il se pourrait que j’oublie ce genre de détails très rapidement si j’estime que ce n’est pas un danger pour moi-même et les personnes qui m’accompagnent. Je vous fais confiance. »

« Et si tu veux bien me relâcher, Tery ? C’est que tu me fais un peu mal, je dois avouer, hahaha. Même si c’est mignon de ta part. »

« AH ! Euh … Désolé … Ce n’était pas voulu ! Enfin, pas comme ça, je voulais dire. Je suis vraiment confus, pardon. »

Il tentait encore de s’excuser, une fois de plus, toujours une fois de plus… en espérant que cela conviendrait à la jeune femme cornue. Celle-ci avait le regard rieur derrière des lunettes alors qu’il avait enfin décidé de se détacher d’elle.

« Pardon.. .Vraiment. Et je suis désolé, j’étais vraiment inquiet. J’avais peur qu’ils vous encerclent tous pour vous exterminer. »

« Tu t’en fais beaucoup trop pour nous, Tery. Nous avons décidé de jouer le jeu et nous étions prêts aux conséquences. Cela aurait rendu votre tâche plus difficile mais nous étions conscients de ce que nous faisions. C’est pourquoi tu n’avais pas à t’en faire. Ah… Ils n’osent pas toucher aux renifleurs royaux et j’ai toujours mon badge avec moi et quelques armoiries liées à ma famille. S’ils se sont renseignés, ils savent alors ce que j’étais. »

Cela faisait beaucoup à apprendre sur le coup. Pour autant, il allait faire comme s’il avait tout compris. Il regarda Héraisty, souriant juste un peu. Elle cachait bien son jeu. Elle n’avait pas survécu dans ce monde hostile juste à cause de son métier. Il devait… vraiment faire plus confiance à de nouvelles personnes qui lui étaient proches.

Chapitre 38 : Des informations capitales

Chapitre 38 : Des informations capitales

« Bon… Je tiens juste à terminer par un rappel de notre objectif premier : retrouver l’un des groupes de la surface qui se balade dans les souterrains. »

Et voilà. Il avait terminé un petit discours comme il le faisait chaque jour. Ce n’était pas qu’il en avait rien à faire, loin de là. Simplement, il voulait juste que leur mission principale soit bien ancrée dans le cerveau de chacun : il n’était pas question d’envisager de retourner à la surface. Du moins, ils allaient monter peu à peu mais ils allaient prendre leur temps pour y arriver, du temps qui allait être nécessaire pour explorer les environs.

« Même discours à la même heure au même endroit, Tery. Tu ne te lasses pas ? »

« Pas le moins du monde, Manelena. Il faut bien cela pour être certain que tout se passe bien. Ah… Nous y allons si lentement, nous n’avons pas encore rencontré de villes ou villages bien que ça fait déjà une semaine que nous sommes partis. »

« En même temps, nous évitons ces derniers, c’est donc normal de pas les trouver, non ? »

« Hin hin hin. Oui, je sais bien que j’ai dit ça de la sorte mais… ce que je veux dire, c’est que nous avons trouvé surtout des monstres et aucun démon. Je pensais vraiment que nous aurions quelques ennuis en partant mais il semblerait que non. »

« Ils ne veulent pas prendre plus de risque que cela. C’est compréhensible. Ils savent pertinemment que cela serait très ennuyeux pour eux que de se confronter à nous. Par contre, d’un autre côté, si nous tombons sur un contingent des deux autres membres de la famille royale, il risque d’y avoir du grabuge. »

« Je pensais plus ou moins à eux, oui. Mais bon… Est-ce que tu as déjà mangé ? »

Un petit sourire suffit à lui répondre que non et il l’invitait alors à prendre un morceau avant de marcher tout en dégustant leurs plats. Oui, cela ne serait pas très copieux et en même temps, il fallait éviter de manger trop lourd pour la marche.

La dite-marche ne tarda pas, dès qu’ils avaient fini de démonter les tentes et le reste et les voilà tous repartis pour plusieurs heures à monter et descendre des chemins de pierre, passant rarement par des coins boisés et parsemés par les herbes.

D’ailleurs, Tery était même un peu étonné de voir des arbres pousser dans un tel endroit mais avec les explications des démons, il avait fini par comprendre que même si c’était très rare, la végétation arrivait à se développer grâce aux cristaux qui parcouraient les zones. Ces cristaux lumineux et qui produisaient de la chaleur, utilisés aussi dans les villes, étaient vraiment très utiles.

Alzar avait vraiment eu une bonne idée en venant créer ce monde souterrain. Il avait prévu beaucoup de choses malgré le défaut principal de ne pas être à la surface pour voir fleurir les vertes prairies. Oui, dans sa jalousie, il était quand même assez intelligent. Alors vraiment, comment est-ce qu’ils en étaient arrivés à ce que ça dégénère autant ?

« Il faudra vraiment qu’on remette la main sur eux, Manelena. »

« Qui donc ? Si tu ne donnes pas de nom, je ne peux pas savoir, tu te doutes ? »

« Sérest et Séran. Ils en connaissent bien plus qu’ils ne le prétendaient et je veux des explications sur beaucoup de choses, dont le Dévoreur. »

« Je vois, je vois… enfin, je ne pense pas qu’ils te répondront ou alors de façon évasive. Enfin, je veux dire, tu étais pas conscient réellement à ce moment précis mais ils n’ont quand même pas eu vraiment d’hésitation à se sacrifier et à envisager la mort de leur fille non plus hein ? Je ne sais pas trop ce qui se passe dans leurs têtes, je dois avouer. »

« Ouais, je m’en doute. Je ne peux pas espérer grand-chose de plus de leur part de toute façon. » marmonna Tery.

Il avait juste chercher un sujet de conversation mais au final, le résultat était le fait qu’il s’énervait plus qu’autre chose. Et pour une raison vraiment stupide en plus. Car il ne fallait pas espérer mettre la main sur eux avant un bon bout de temps. Et de toute façon, il espérait plutôt retrouver Elen et les autres avant Sérest et Séran.


Pas qu’il n’appréciait pas Sérest et Séran mais le reste du groupe avait plus d’importance qu’eux. Oui, il n’avait même pas vu ne serait-ce que l’ombre du couple divin pendant ces dernières années donc bon…

Pendant qu’il était plongé dans ses pensées, il jetait quand même un œil autour d’eux. De toute façon, il avait aussi envoyé quelques éclaireurs et autres pour être sûr de ne pas tomber dans un piège sordide ou quelque chose du genre..

Oui, il touchait vraiment du bois car même s’il semblait se plaindre que de ne pas avoir rencontré d’autres personnes démoniaques. Ouais, franchement, il avait beaucoup de mal à accorder sa confiance à autrui s’ils rencontraient des démons qu’ils ne reconnaissaient pas.

« Tu as l’air assez tendu, Tery. Est-ce que tu veux en parler ? »

Avec ses réflexions internes, il n’avait pas remarqué que Manelena avait laissé sa place à Héraisty et que celle-ci s’était rapprochée pour se mettre à sa hauteur. Elle avait vraiment de jolis yeux derrière ses lunettes, hein ?

« Je ne vois pas tellement ce que je pourrais te dire de toute façon. Donc je pourrais t’en parler mais vu que je ne sais pas ce que je veux dire exactement, je ne crois pas que cela nous mènerait à quelque chose de toute façon. »

« Ou peut-être que cela pourrait te soulager un peu ? Même si c’est de tout et de rien, qu’est-ce que tu en dis ? »

« J’en dis que je n’en sais rien mais bon… Au point où j’en suis, hein ? Pourquoi ne pas essayer ? Bon… Qu’est-ce que je peux te raconter ? Simplement, que je pensais à des personnes que je connaissais avant d’arriver dans le monde souterrain ? »

« Tu peux dire leurs noms. Nous en avons si souvent parlé que je pourrais presque prétendre les connaître aussi bien que toi, hein ? » lui déclara Héraisty tout en souriant.

« Sérest et Séran. Ils en connaissaient bien plus qu’il n’y paraissait et au final, toute cette histoire avec le monde souterrain est en partie de leur faute. »

« De leur faute… ou grâce à eux, non ? Cela doit dépendre du point de vue, tu ne crois pas ? Cela reviendrait presque à dire que tu es triste de m’avoir rencontrée. »

« Ce n’est pas du tout ça ! Et disons que… L’objectif était bon, la méthode l’était beaucoup moins, c’est tout. Je suis plus dépité qu’autre chose. »

« Hahaha, c’est normal mais… Au moins, je ne peux qu’apprécier cette idée de leur part. Grâce à cela, j’ai pu enfin aller à la surface, ce n’était pas qu’une chimère inventée dans les livres. J’ai aussi rencontré les différentes espèces de la surface, et aussi la princesse demi-démone et un charmant jeune homme aussi. »

« Tiens, pour ce dernier, faudra me le présenter, je ne suis pas certain de le connaître. » dit-il dans un petit sourire qui se voulait amusé.

« Oh… Il a quand même son caractère. Difficile de savoir s’il est sociable ou non mais je pourrais en parler pendant des heures car c’est vraiment un sujet très intéressant. »

« Un simple sujet d’étude ? C’est assez triste pour lui, non ? Vous n’auriez pas de parole plus tendre envers sa personne ? »

« Oh… Il ne va pas s’en offusquer car il sait que c’est bien plus que ça. Comme il est provenu de l’extérieur, il en avait rien à faire de mes origines, de ma place dans la hiérarchie et toutes ces choses. C’est devenu mon ami naturellement. »

« Ohla, on va peut-être arrêter là, Héraisty. Je crois que je vais être gêné à force. »

Elle rigola doucement, lui murmurant ensuite qu’elle préférait qu’il soit gêné par ses paroles plutôt que maussade par les pensées qui l’habitaient. Grâce à cela, il était plus d’entrain pour discuter de ses projets avec Manelena, attendant qu’elle soit à nouveau dans son champ de vision pour se rapprocher d’elle.

« Manelena ? On peut converser, toi et moi ? »

« C’est déjà ce que nous faisons actuellement non ? Mais oui, on le peut. Tu me sembles d’un peu meilleure humeur. Je vais être un peu jalouse des capacités d’Héraisty à pouvoir réussir ceci alors que j’en suis incapable. »

« Ce n’est pas ça. Tu es très bien dans ce que tu fais, Manelena. Je voulais justement te parler d’une chose importante. Tu sais que j’ai dit que l’on devait éviter de rencontrer des villages et des démons sur notre route, non ? »

« Si c’est pour me dire que tu as changé d’avis, je serais plus que déçue. »

« Ce n’est pas vraiment ça. Simplement, je veux te parler du projet plus en détails. »

« Eh bien, comme je te l’ai dit, je t’écoute donc tu peux tout me dire, Tery. »

Ce n’était pourtant pas difficile et pourtant, il mettait plusieurs secondes avant de trouver les premiers mots. C’était juste une idée un peu folle mais par rapport à tout ce qu’il avait proposé, c’était pourtant si commun et banal.

« Alors… Pfiou… Tu sais, j’ai dit de ne pas aller chercher des démons mais en même temps de ne pas aller à la surface. Pourtant, j’ai déjà réfléchis à bien plus tard et je me dis que j’aimerais bien que l’on creuse des galeries vers la surface. »

« C’est quoi cette idée saugrenue ? Une galerie vers la surface ? Et pour quoi faire ? »

« Non non. Je veux dire, si on y réfléchis bien. Les grottes qui mènent à la surface, ce sont sûrement des grottes naturelles car si tu observes bien, lorsque nous en sortons, on se retrouve bien trop souvent dans la campagne ou en plaine forêt ou même dans une prairie quoi. »

« Mais c’est pourtant facile à expliquer, ça, Tery. Dis-toi que ces grottes sont là depuis des millénaires, non ? Ce qui veut dire qu’à cette époque, ces grottes devaient sûrement être bien plus utiles et surtout non-éloignées de plusieurs villes. »

« Oui mais maintenant, ce n’est plus le cas puisque le monde à la surface a évolué non ? Je n’y avais pas pensé sur le coup mais tu as parfaitement raison. Mais voilà, je voulais surtout me dire… si on se rapproche des démons, on pourrait envisager de créer des entrées vers le monde souterrain non-loin de quelques villes de Shunter. »

« Tu es beaucoup trop gentil, stupide et candide. Et oui, tu es tout ça à la fois. Tu as vraiment une vision de ce monde totalement différente des autres. »

« Je ne le fais pas exprès. Et pourtant, en vue de ce qui s’est passé, je sais parfaitement que ça pourrait donner un résultat des plus horribles mais… »

« Tu ne peux pas t’empêcher de le proposer. C’est dans ta nature la plus profonde, je le sais très bien, Tery. C’est pour cela que tu es vraiment adorable. »

« Adorable… Je ne sais pas si c’est flatteur. Mais bon, j’imagine que pour un tel compliment, il me faut mettre ma virilité de côté, c’est ça ? »

« Exactement. Ce n’est pas comme si je ne l’avais pas vue fréquemment ces derniers temps hein ? Mais bon, par rapport à ton idée, elle mérite d’être creuser et prise en réflexion mais tu sais, ça ne se fera pas comme ça. Peut-être déjà qu’il vaudrait mieux travailler sur une route partant d’une grotte démoniaque pour guider jusqu’à un village. Cela sera déjà une première étape. On ne peut pas brûler ces dernières. »

« Donc cela reste quand même une idée intéressante ? »

« Bien entendu. Pourquoi je prétendrais le contraire ? C’est quand même une belle chimère mais si personne ne s’accroche à ces dernières, bon nombre d’inventions n’auraient jamais vu le jour. Donc oui… Même si on prétend que tu n’es qu’un rêveur, tu dois t’accrocher à tout ça pour qu’un jour, ça se réalise. »

« Quand tu parles ainsi, je crois ne pas être le seul à rêver, Manelena. »

« Disons que j’ai rencontré quelqu’un qui m’a offert un avenir alors qu’auparavant, je n’avais jamais envisagé la possibilité que cela me soit possible. »

C’était aussi simple que ça. Le jeune homme était cette personne mais ça, il devait s’en douter. Par contre, elle n’allait pas être trop sentimentale non plus. Bien qu’elle arborait un sourire, elle était déjà en train de réfléchir plus longuement à la proposition de Tery.

Bien entendu, tout cela était dans sa tête et méritait d’être travaillé. Déjà, cela serait difficile d’envisager une telle chose tant qu’il y aura encore les deux factions des enfants de l’empereur Malark. Haiktos et Halyza, si elle ne se trompait pas dans les noms.

Oui, il ne fallait pas se mentir. S’ils tentaient quelque chose, ces deux-là allaient leur mettre des bâtons dans les roues et autant dire qu’ils n’allaient pas vraiment avancer. Même si on mettait ce problème de côté, d’autres restaient présents. Il suffisait de voir comment elle avait été obligée de vivre en arrivant dans la capitale.

Les démons… étaient effrayants sur bien des plans. Ils vivaient d’une façon bien différente de la leur par rapport aux différentes classes sociales. Encore que non, elle ne devait pas se leurrer. Si à la surface, les nobles avaient la possibilité de dévorer autrui pour posséder plus de force, ils n’hésiteraient pas une seule seconde.

C’était ancré dans l’histoire des puissants, le fait d’assouvir encore plus ceux qui étaient sous leurs jougs. C’était pourquoi il y avait tant de précautions à prendre. Elle-même, en position de force, elle pouvait aisément briser ceux qu’elle désirait mais… ce n’était pas ce qu Tery voudrait, n’est-ce pas ? Oui… Si elle se retenait autant, c’était bien parce que Tery était à ses côtés, qu’elle avait changé grâce à lui.
Mais dans le fond, elle n’oubliait pas sa place dans le monde… et en même temps, elle savait parfaitement que son rôle n’était pas de montrer ne serait-ce que la moindre faiblesse face aux nobles et aux citoyens de base. Certains être, dans ce monde, avaient besoin d’être dirigés. Sans cela, ils étaient complètement perdus et incapables de survivre.


Tout était une question d’équilibre et elle était certaine que Tery n’était pas apte à cela. Non, il aspirait à une vie tranquille, comme à ses débuts, lorsqu’il avait voulu quitter le village de Leskar. Mais avec la force des éléments et du destin, le voici encore maintenant au centre de tout. Était-ce par ce qu’elle savait qu’il n’était pas à sa place qu’elle voulait le protéger ?

À cause de son caractère si particulier ? Elle… allait l’aider dans ses objectifs, dans ses rêves. Bien qu’il n’était pas réellement candide, une partie de Tery gardait cette innocence. Elle pouvait trouver tellement d’explications à tout ça mais ce n’était pas le moment de penser à ça.

Car oui, à force de marcher, marcher, marcher, tout en pensant à l’idée de Tery, ils avaient fini par devoir une pause et elle ne comprit cela que lorsque Tery posa une main sur son épaule pour la secouer doucement et lui dire :

« Manelena ? Je sais bien que tu serais capable de marcher toute la journée sans interruption mais tout le monde n’a pas forcément notre endurance non plus. Ils ont besoin de souffler un petit peu, d’accord ? Tu as l’air un peu ailleurs. »

« Pour une fois que c’est moi et pas l’inverse, n’est-ce pas ? »

Il pouffa un peu à la réflexion de Manelena. Sur le coup, il l’avait franchement bien mérité mais bon… il ne le prenait pas mal du tout, loin de là. Puis bon, le repos, c’était pour les braves et des braves, il en avait tout autour de lui.

Heureusement que les sessions actuelles ne posaient aucun problème. Ils ne se plaignaient pas et se déplaçaient sans qu’il n’y ait de soucis. Dans tous les cas, ils étaient maintenant tous assis, en train de boire un petit coup et de manger un morceau. Installé à côté de Manelena, c’était assez tranquille et paisible, pas de quoi se prendre la tête.

Au moins, il avait parlé de ce qu’il pensait à Manelena donc il était plutôt soulagé. Oh, pas trop d’illusions non plus. Avec les paroles de l’ancienne maréchale, il savait pertinemment qu’elle avait voulu lui mettre de l’eau dans son vin pour qu’il ne s’imagine pas déjà avoir accompli son idée comme si de rien n’était.

« Dans tous les cas, j’ai quand même la sensation étrange que nous avançons plutôt bien, non ? Tu ne trouve pas, Manelena ? »

« Même si nous faisons quelques détours, j’ai remarqué des petites nuances dans les cristaux suivant le nombre de mètres que nous descendons ou montons. »

« Ah oui ? Comment ça ? Je n’ai jamais vraiment remarqué autre chose qu’un changement de coloration mais à part ça… »

« C’est déjà pas mal que tu aies vu ceci, je dois t’avouer. D’habitude, c’est à peine si tu t’intéresses à ce qui t’entoure, à part les personnes. Oui, il y a une différence de couleurs. Sans être une femme de science, tu sais les couleurs de l’arc-en-ciel, non ? »

« Bien sûr que oui. Rouge, orange, jaune, bleu, vert, indigo et violet. Si c’est bien ça. »

« Et dans l’ordre en plus, tu m’épates vraiment sur le coup, Tery. »

Il ne savait pas du tout si elle était en train de se moquer de lui ou non. Dans tous les cas, il n’allait pas s’en plaindre et allait considérer que c’était un compliment de sa part.

« Mais bref, j’ai vu que suivant si nous montons ou nous descendons, les cristaux ne sont pas de même couleur. Cela permet alors de définir des hauteurs différentes et donc de localiser où nous sommes. Savoir si nous sommes plus descendus que montés ou l’inverse. »

« Je pense que les démons sont déjà au courant à ce sujet, non ? »

« Je ne suis pas certaine. J’imagine que certains, qui travaillent dans la cartographie, doivent travailler dessus mais à part ça, je pense que la majorité considère simplement que ce sont de jolis cristaux de couleur. »

« Comment est-ce que tu peux en arriver à cette conclusion, Manelena ? »

« Sur le fait que personne parmi les démons avec nous nous en a parlé. »

Ah ? Oui… C’est vrai. Maintenant qu’elle le disait, aucun démon n’avait évoqué le fait que les cristaux pouvaient servir de repères. Enfin, pas juste de repère visuelle par rapport à leur lueur mais aussi la coloration.

« Quand même… Manelena, qu’on le veuille ou non, c’est vraiment surprenant ce que tu me dis. Comment est-ce que tu as pu deviner ça ? »

« Simplement en réfléchissant, je t’ai déjà dit. Quand tu dois te méfier de tout ton entourage, tu es obligée d’avoir l’oeil sur tout. »

« C’est un peu triste, dis comme ça. Tu aurais d’autres choses à m’apprendre ? »

« Mieux vaut tard que jamais, n’est-ce pas ? Que tu me proposes de t’apprendre des petits choses élémentaires pour survivre dans ce monde hostile, c’est appréciable. »

« Hey… C’est bon hein ? Pas besoin de me ridiculiser non plus. Je ne voulais pas… »

« Je ne peux pas prétendre le contraire. C’était plaisant de m’amuser à tes dépends mais soyons donc un peu plus sérieux. Je vais te dire ce que j’ai remarqué d’autre durant notre voyage, d’accord ? Qu’est-ce que tu en dis ? »

« Tant qu’il n’y a pas d’autres piques du genre, je pense que je peux m’en remettre. »

Il avait terminé de dire ça en soupirant. Pas que ça soit lassant mais voilà. Ah… Elle allait lui expliquer des petites choses pourtant vitales et importantes. Enfin, surtout le lui rappeler car oui, elle n’hésitait pas à lui dire que s’il avait écouté à l’époque où il était dans l’armée de Shunter, elle n’aurait pas eu à répéter ça plus tard.

« Y a péremption à ce sujet. Comme si je pouvais me rappeler de tout… »

« Tery Vanian. » murmura t-elle d’une voix qui lui faisait bien rappeler celle autoritaire d’il y avait maintenant plusieurs années. « Je n’aime pas vraiment que l’on plaisante sur cela. Ces connaissances sont très importantes, je tiens à te prévenir. »

« Je le sais bien, pardon, Manelena. Je t’écoute maintenant. »

Et c’était mieux pour lui qu’il l’écoute, oui ! Dans tous les cas, ils allaient pouvoir retourner, non pas en enfance, mais à une époque où ils n’étaient pas égaux, où elle était la cheffe et lui le simple soldat. Une époque qu’elle appréciait visiblement.

De bons petits souvenirs pour elle et lui. Mais là, vu qu’il lui fallait un professeur, elle n’allait pas s’amuser. Vu qu’il voulait avoir quelques piqûres de rappel, elle allait exécuter cette tâche avec appréciation.

« Peut-être que tu veux t’installer sur mes genoux pour écouter, Tery ? »

Bah ! C’est si gentiment proposé ! Il plaça sa tête sur les genoux de Manelena, comme si de rien n’était. Elle ouvrit la bouche, interloquée… avant de ne rien dire, du moins par rapport à ce geste. Elle l’avait cherché. Elle allait commencer le cours.

Chapitre 37 : Assauts à la surface

Chapitre 37 : Assauts à la surface

« Qu’est-ce que vous me dites ?! »

« Dé… Désolé mais c’est ce que les éclaireurs viennent de dire ! Mékalarma est en train de lancer diverses attaques sur les autres royaumes. »

« Quels sont les royaumes touchés ? Ceux qui ont des frontières communes à Mékalarma ? Ou alors, ils se sont enfoncés plus profondément ? »

Mauvaise nouvelle. Et il fallait que la reine Manelena ne soit pas là. Ce n’était pas de la faute à cette dernière. Il savait parfaitement que si elle voulait retrouver Tery, ce n’était pas forcément qu’une question de sentiments mais aussi parce que ce dernier avait été vital ces dernières années et en rapport avec les évènements qui avaient parcouru le royaume.

« Bon, pour la situation actuelle, quelles sont les informations chez nous ? »

Il avait repris la parole alors que l’homme devant lui, un genou au sol, tête baissée, n’osait pas lever cette dernière. Il tremblait mais non pas à cause d’Hémurion mais des nouvelles qu’il apportait, guère bonnes.

« Nous n’avons pas eu vent de groupes de Mékalarma dans notre empire mais Claudiska est touchée de plein fouet bien qu’ils ont de quoi tenir. De même, pour Honoros, il semblerait que les armées mékalarmiennes peuvent passer dans certaines régions là-bas sans aucun souci, ce qui semble correspondre au fait que des clans travaillent avec eux. »

« Il fallait s’en douter pour Honoros. Certains clans travaillent avec des démons, donc pourquoi pas d’autres avec Mékalarma. »

« Ils doivent avoir de sacrés moyens, si je peux me permettre. Vous savez aussi bien que moi que les Mékarlarmiens ne font que rarement confiance aux espèces autres qu’eux-mêmes. »

« Oui, on parle d’une relation de confiance. Mais là, s’ils ont eu un quelconque commerce ou autre, ils n’auraient aucun souci pour cela. De même, certains Mékalarmiens peuvent aisément gérer ce point de vue. »

Mais cela restait une nouvelle vraiment déplaisante. Et comment faire pour prévenir la maréchale ? Enfin, la reine de Shunter ? Les lettres ne pouvaient être transmises dans le monde souterrain. En même temps, il n’y avait pas que ça. Continuant de fixer l’homme qui lui avait transmis ces informations, il reprit :

« Pour les Mékalarmiens, est-ce que Claudiska a donné plus de détails sur eux ? »

« Je n’ai fait que transmettre les informations que j’ai reçues mais si vous voulez plus à leur sujet, je peux peut-être me renseigner. »

« Je voudrais savoir comment les Mékalarmiens comptent se battre, la manière, les méthodes, l’armement utilisé. Toute information utile dans une guerre. »

« Ça… Ça sera fait dans les plus brefs délais ! »

Et le voilà maintenant parti, laissant Hémurion seul. Ce dernier quitta aussi bien rapidement la salle du trône, là où il prenait les messages normalement destinés à la reine. Il avait besoin de décompresser et de réfléchir un peu à la situation.


Dans une telle situation, la première consigne était d’obtenir un maximum d’informations via des éclaireurs. D’un autre côté, il devait commencer à faire une inspection de tout le royaume pour être sûr qu’il n’y avait pas des couches de traîtres ou de mékalarmiens prêts à attaquer Shunter de l’intérieur. En rajoutant aussi le fait de mettre quelques défenses aux frontières du royaume, cela devrait déjà être une bonne base.

« Il ne reste plus qu’à aller donner ces différentes consignes. »

C’était étrange comme depuis le fait qu’il n’était plus le chef des rebelles, il trouvait que donner des ordres, ce n’était plus aussi plaisant. Peut-être à cause du fait qu’il n’avait plus à se déplacer autant qu’auparavant ? Manelena avait le bon rôle quand même.

Elle lui donnait tous les devoirs et autres à faire pendant qu’elle allait se la couler douce ailleurs. Enfin, il exagérait. Il savait pertinemment qu’elle ne menait pas une partie de plaisir, loin de là. Dire qu’elle avait été enlevée par les démons… encore que Tery était parmi ces derniers. Cela devrait bien se passer normalement..

Oui. Il n’était pas aveugle et personne ne l’était dans l’entourage de la reine. Mais étrangement, cela ne dérangeait personne. Qu’elle soit amoureuse d’un roturier qui n’avait aucun titre de noblesse, c’était bien là le moindre mal de sa part. Ensuite, il était vrai que les nobles qui n’avaient pas été très « satisfaits » de la tournure des évènements n’étaient plus vraiment là pour poser problème.

Oui, lui et ses hommes s’étaient chargés d’être certains qu’ils ne chercheraient pas à préparer un coup d’état ou autre. Une simple mesure de précaution. Et puis, ils travaillaient dans le milieu, ils savaient donc comment tout ça commençait et donc comment couper le mal à la racine avant qu’il ne soit trop tard ou que le dit-mal soit trop développé.

Quelques minutes plus tard, il sortait d’une autre pièce dans les longs dédales du château. Il avait fait ce qu’il y avait à faire. Est-ce qu’il pouvait espérer se détendre un peu ? Il n’en était pas totalement certain malheureusement. Il avait encore beaucoup à accomplir et il n’y avait que peu de chance qu’on lui laisse ces minutes de répit.

« Pourquoi est-ce qu’ils attaquent maintenant ? Est-ce qu’ils veulent profiter de la confusion actuelle avec les démons pour récupérer des territoires ? »

Mais pourtant, Mékalarma n’était pas guidée par des êtres stupides. Non, c’était tout le contraire. Les Mékalarmiens étaient plutôt intelligents, ils n’agiraient pas simplement pour obtenir plus de terres.

« Quelle idée saugrenue ont-ils en tête ? »

Mais pour ça, il faudrait interroger des membres de cette espèce, quitte à les… « forcer » à parler, d’une façon ou d’une autre. Hmm… Là, il imaginait trop de choses en si peu de temps. Cela pouvait devenir une autre source d’ennuis. Patience était le maître mot.

Ailleurs, dans un autre pays, lui-même divisé en trois régions bien distinctes, d’autres personnes s’affairaient dans une salle du trône vacante de son propriétaire.

« Quelles étaient les consignes du roi Royan à ce sujet ? Il avait prévu que ça se passerait non ? Donc il doit sûrement avoir une idée ! »

« Épauler du mieux qu’on le peut la nation qui se fait agressée par Mékalarma. Dans le cas actuel, il s’agirait d’aider Claudiska. »

« Alors préparons plusieurs de nos troupes pour cela. De plus, si nous ne faisons rien, il faut savoir que nous serons les prochains sur la liste. »

« Et pour Shunter ? Nous ne plaçons personne aux frontières ? » demanda un homme après les propos prononcés par les trois autres personnes.

« Nous n’avons rien à craindre d’eux. La reine de Shunter n’est pas présente actuellement et l’homme qui se charge des affaires du royaume n’est pas belliqueux. »

« Vous êtes certain ? J’ai cru comprendre que c’était un ancien chef rebelle, non ? »

« Et si un chef rebelle s’est retrouvé à cette position alors que la reine actuelle de Shunter était connue pour ses actes militaires, c’est qu’il a certainement fait ses preuves. Bref, que l’on vienne rapatrier toutes les troupes aux frontières de Shunter, nous transmettrons un message à cet homme nommé Hémurion pour lui faire part de cette information et lui donner les explications nécessaires à la situation. »

« C’est le mieux à faire oui, dans une telle situation. »

« Nous sommes donc tous d’accord, c’est bien ça ? » demanda l’un des hommes présents, les autres venant acquiescer d’un hochement de tête positif.

Au moins, ils avaient trouvé une solution rapide à ce problème. Maintenant, un autre était à l’ordre du jour, tout aussi important et très vite, les discussions reprirent.

« Au sujet du roi Royan, est-ce que nous avons des informations sur l’endroit où il se trouve ? Est-ce qu’ils sont déjà plongés dans les souterrains démoniaques ? Il est dit que les lettres ne peuvent pas circuler librement là-bas. »

« Normalement, de ce que j’ai compris, ils prévoient d’envoyer un éclaireur à chaque fois pour qu’il retourne à la surface. Ils se font transmettre des messages les uns après les autres jusqu’à ce que le dernier soit à la surface et puisse alors envoyer une lettre. »

« C’est un système assez compliqué mais en même assez ingénieux. Enfin, je crois que c’était ainsi que les gens communiquaient à longue distance auparavant. »

« Oh, dans certains villages reculés, ils continuent d’appliquer cette méthode mais ce n’est pas là le sujet de la réunion. Donc, le roi Royan n’a pas encore envoyé de message. Hum… Ce n’est pas forcément bon signe mais en même temps, il est bien accompagné. Entre sa… future femme. »

À ce terme, les différents hommes et femmes se regardèrent comme pour confirmer ce qui venait de se dire. À leurs yeux, il n’y avait aucun doute que l’actuel roi de Traslord allait se marier avec cette démone.

« Ah… Dire qu’au départ, nous pensions qu’il était devenu fou. »

« Oh mais il l’était, n’oubliez pas lorsqu’elle n’était pas là ! C’est plutôt elle qui arrive à le calmer. Mais en même temps, après la mort de ses parents et de ses frères, nous pensions qu’il allait rester figé comme une statue de glace jusqu’à la fin de sa vie. »

« Avoir une descendance royale est une merveilleuse nouvelle et nous devons embrasser cette dernière, oui. Qu’importe qu’elle soit d’origine à moitié démone. Cette jeune femme, bien qu’elle semble avoir des origines un peu honoriennes, nous a bien montré qu’elle ne tenait guère compte des royaumes et autres. »

« Pour elle, le plus important était Royan… et c’est peut-être pour cela que notre jeune roi en est tombé amoureux. Une personne comme elle, ce n’était pas à la surface que nous l’aurions trouvée. Non, c’est elle qui a trouvé Royan. »

« Et puis, avez-vous déjà discuté avec Elise ? » demanda l’une des femmes du conseil. « Vous devriez l’écouter. Malgré les apparences, elle a bien précisé que pour elle, ce n’était pas pour son sang royal qu’elle aimait notre roi mais pour ce qu’il était. Elle a même tenu à dire qu’elle était elle-même issue de la famille royale de ce monde souterrain. Bien que nous ne pouvons pas le confirmer ou l’affirmer, il est vrai qu’il y a une certaine prestance qui émane d’elle. »

« Et elle sait se faire apprécier. Elle m’a expliqué de mon côté, qu’avant de devenir une démone, ou du moins de savoir qu’elle l’était, elle travaillait en tant que serveuse dans une auberge. Malheureusement, et elle n’a pas cherché à le cacher, quand elle a découvert ses pouvoirs, elle a tout incendié par accident et a causé la mort de l’homme qui l’élevait mais aussi des clients. »

« Oh par Zélisia, que c’est triste. » « Mais maintenant, ses pouvoirs, elle les contrôle ? » « Quel drame, elle doit terriblement s’en vouloir. »

« Elle a précisé aussi que sans Tery et ses compagnons, elle aurait sûrement perdu la tête et aurait continué à tout ravager sans même s’en rendre compte. »

« Au moins, nous pouvons dire qu’elle a le sang chaud, n’est-ce pas ? » dit l’un des hommes du conseil alors que certains rires se firent entendre, bien vite étouffés.

« Un peu de sérieux, je vous prie. Nous sommes réunis ici car la situation n’est pas à prendre à la légère. Nous ne devrions pas parler de cela. »

C’était vrai. Ils étaient dans une situation presque de crise et faire comme si de rien n’était, n’allait rien arranger à la dite situation. Il y avait sûrement des espions mékalarmiens dans Traslord. Sinon, comment expliquer que Mékalarma décide d’attaquer alors que les deux royautés de Shunter et Traslord ne sont pas présentes ? Tout cela était bien trop suspicieux pour ne pas être pris en compte. Et ils allaient devoir chacun contacter les différentes familles de Traslord des trois régions pour tirer cela au clair.

Loin, bien plus loin, dans les régions qui formaient Honoros, un clan était déjà en ébullition à cause des évènements liés à Mékalarma. Pour autant, la personne assise devant un bureau était songeuse et un peu agacée. Des cheveux auburn bien que les pointes étaient vertes, elle était aussi imposante que les membres de sa race. Ses yeux bleus fixaient divers papiers posés sur le bureau tandis que deux hommes se trouvaient de l’autre côté, semblant attendre ses consignes qui arrivèrent bien rapidement :

« Envoyez des messages le plus vite possible à nos différents alliés ! »

« Ça sera comme fait, cheffe ! Est-ce qu’on doit aussi prévoir des messagers pour être certains qu’ils soient transmis ? »

« Hmm… Deux précautions valent mieux qu’une ! Faites comme ça, oui ! Il faut absolument que nous formions une coalition ou du moins, que l’on tente de repousser les mékalarmiens ! Vérifiez aussi quel clan n’a pas été attaqué par les mékalarmiens alors que ces derniers ont passé leurs terres, cela nous permettra de savoir qui sont des traîtres ou non ! »

« Comme il sera fait, cheffe ! Nous y allons alors ! »

« Attendez quand même que j’écrive le contenu des messages ! Un excès de zèle ne nous emmènera que plus d’ennuis ! Il faut qu’ils comprennent la situation et donc qu’ils comprennent à quel point cela peut être très dangereux s’ils décident de se ne pas se réunir avec nous. Mais il ne faut pas que cela soit perçu comme une menace. »

« Cela se voit que c’est vous la cheffe, cheffe. »

« Et pas besoin de tenter de me complimenter ! Ah… Sincèrement, je trouve que tout ça est bien plus usant que le reste. Sincèrement, vous me fatiguez, rien que d’y penser. »

« C’est pas voulu, cheffe ! Promis, juré ! C’est juste que vu que ça a été décidé que ça serait vous qui irez gérer les relations diplomatiques extérieures, eh bien, on doit vous appeler ainsi. C’est ce qu’à dit le chef, cheffe ! »

« Ah… Vous êtes pas des lumières mais au moins, vous êtes serviables, hein ? Tout le monde ne peut pas forcément être aptes à ça. Aaaah ! Je me demande quand même comment se débrouille Hérik de son côté. Il me manque. »

« Est-ce que vous voulez aussi lui envoyer un message ? » demanda l’un des deux hommes alors que la femme était songeuse avant de faire un mouvement négatif de la main :

« On va éviter, je risque de mélanger travail et vie privée. Pour le moment, on va se concentrer sur nos missives d’alliance, ça sera bien mieux. »

AH ! Une alliance ! Si on lui avait dit un jour qu’elle serait à l’origine d’autres alliances à part celle avec le clan des Ragnans, elle ne l’aurait jamais cru. Mais voilà, c’était pourtant ce qui était en train de se passer devant ses yeux. On lui avait confié une tâche bien trop importante pour elle qui préférait être sur le terrain.

« Dites, vous auriez pas un texte pour m’aider ? Enfin des paroles ou un truc du genre ? »

« Un texte ? Ohlala… Vous l’avez pourtant bien dit, cheffe. C’est pas vraiment nous qui sommes faits pour cela hein ? »

« Oui mais vous êtes plutôt sincères et directs dans vos propos. Si vous deviez proposer une alliance à un autre clan alors que la situation est grave avec une armée ennemie venue de l’extérieur, qu’est-ce que vous diriez ? »

« Euh… Eh bien, qu’on va faire une bonne bagarre puis après qu’on va faire une bonne bouffe ? Ouais, j’imagine que ça va être un truc comme ça. »

« Bon, marquons qu’il est envisagé de faire un festin après nos victoires contre l’envahisseur mékalarmien. Ensuite ? Toi ? Des idées ? » demanda t-elle au second homme, celui-ci étant en train de réfléchir grandement. Malgré qu’ils n’étaient pas vraiment des plus « éclairés », les deux hommes étaient plus que concentrés à la tâche.

« Ben moi, je dirais un truc sur l’honneur que de combattre à leurs côtés pour un ennemi commun. Que ça serait merveilleux que si on doit mourir, ça soit aux côtés d’un frère de race et toutes ces choses. »

« Mince, vous êtes plus doués qu’on pourrait le croire. Merci les gars, je crois que je vais finir par avoir des idées ! Je vais continuer à écrire, merci bien ! »

« Tant mieux, cheffe ! Vous voulez que l’on reste le temps que vous écriviez ? »

« Non non, allez vous chercher un truc à boire et à manger, vous l’avez bien mérité. Dites bien que c’est en mon nom. »

« Oh, c’est vrai ? Merci cheffe ! Vraiment ! » s’exclamèrent les deux hommes en choeur avant de partir de la tente, tout guillerets. Elle poussa un soupir légèrement amusé, il en fallait vraiment peu pour plaire aux mâles hein ?

Pour autant, elle n’avait pas menti. Leurs propos lui avaient permis d’y voir plus clair dans ce qu’elle allait écrire. Avec ça, elle était certaine que les lettres passeraient bien plus facilement car écrites avec le… coeur ? Cela pouvait paraître étrange de penser de la sorte mais non.

En Honoros, les émotions et les sentiments mis dans les différentes tâches pour servir le clan étaient plus forts que chez les autres races. Oui, on se battait avec le coeur et on mettait du coeur à l’ouvrage. Autant de dires pour exprimer tout l’entrain et la motivation des Honoriens pour servir le clan.

Oui, c’était pour ça qu’elle avait demandé leurs avis. Car elle savait pertinemment qu’ils pensaient avec le coeur et que dans ces moments précis, c’était le plus important. Et voilà que sa plume dessinait divers mots sur une première lettre, puis une seconde quelques minutes plus tard et ainsi de suite.

Lorsqu’elle avait terminé, elle se massa le poignet droit, marmonnant que c’était plus épuisant que de se battre pendant des heures contre autrui. Mais voilà, c’était fait et avec ça, tout allait se mettre en marche, elle en était certaine.

« Je me demande comment ça se passe à la surface. »

« Bah, Royan, tu sais aussi bien que moi que tes conseillers sont très doués. Tu crois qu’ils faisaient comment quand tu n’étais pas là ? »

« Je sais bien mais en même temps, tout a tellement changé ces dernières années. On ne sait pas trop ce qui peut nous attendre hein ? »

« Je veux bien que tu t’inquiètes pour un rien mais quand même… »
Elise posa délicatement une main sur l’épaule de Royan, lui faisant un petit sourire. Oui, il s’en faisait beaucoup trop pour son peuple et elle avait bien vite découvert lorsqu’ils s’étaient rencontrés, qu’il était beaucoup plus empathique qu’il ne le montrait.

« Si vraiment il y a un problème, ne t’en fait pas, nous pourrons réagir en conséquence mais là, continuons notre projet, non ? »

« D’accord, d’accord, tu as parfaitement raison, je le sais bien mais… pfiou. Je ne sais pas, je suis un peu anxieux quand même. J’ai un mauvais pressentiment, c’est tout. »

« Mauvais pressentiment, mauvais pressentiment. Ah… Dès que nous serons plus ou moins bien installés, on verra pour envoyer du courrier. En plus, tu as bien saisi que nous allons commencer par créer des routes avec quelques villages isolés parmi les souterrains démoniaques, et enfin, nous pourrons envoyer du courrier pour avoir des contacts à la surface. Cela te convient, Royan ? »

« Bien sûr, Elise. Bien sûr. Hmm… Je me fais sûrement des idées, tu as raison. »

Il ne voyait que ça de toute façon pour expliquer la situation actuelle. Il prit une profonde respiration, un peu dépité. Oui, il se faisait sûrement des idées. Il valait mieux continuer les travaux même s’il savait qu’Elen préférait continuer à cherche des informations pour retrouver Tery. Il ne pouvait pas lui en vouloir.

« Heureusement que nous laissons Elen explorer les environs. »

« Oh, je ne suis pas folle. La retenir pour rien et l’inciter à rester ici, ça nous causerait plus de problèmes qu’autre chose. Tant qu’elle laisse sa fille ici, je sais à quel point les souterrains démoniaques sont traîtres et peuplés de créatures monstrueuses. Je ne voudrais pas qu’il y ait un accident par erreur. »

« Surtout que si accident il y a, je ne préfère pas être là quand Tery l’apprendrait. »

« Pour ça, il faut déjà que l’on mette le grappin sur lui mais aussi Manelena. »

Humpf ! Mais elle préférait ne pas dire à voix haute ce qu’elle pensait du fait que les deux personnes étaient seules de leur côté. Impossible d’ignorer les sentiments de l’actuelle reine de Shunter à l’encontre de Tery. Et vu qu’ils étaient seuls tous les deux, il y avait de fortes chances que Manelena cherche à mettre le grappin sur Tery si ce n’était pas déjà fait. Bah ! Ce n’était pas à elle de gérer cette relation, elle avait déjà tant à faire avec la sienne !