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Chapitre 16 : Perdus

Seconde partie : Un simple outil

Chapitre 16 : Perdus

« Ah… Comment se présente la situation ? »

« Mal, très mal, si je peux me permettre une petite remarque. »

La petit être bossu et ridé poussa un profond soupir. Il avait vécu tellement de décennies voire même plus, seul lui le savait, pour en arriver là. Mais il avait fallut que tout cela ne se passe pas comme prévu. Un peu désabusé, il reprit :

« Nous n’avons toujours aucune nouvelle de la reine de Shunter ? Nous ne savons pas où elle se trouve exactement ? »

« Outre le fait qu’elle se soit dirigée sous la surface, nous n’avons aucune autre indication à son sujet. Depuis l’attaque de certains d’entre nous sur la base des démons, nous ne savons rien de plus par rapport à sa situation. »

« Regrettable, vraiment regrettable. Comment allons-nous faire donc, sans elle ? »

« N’y a t-il vraiment aucune autre solution ? De ce que nous avons appris, lorsque la reine Manelena n’est pas dans son royaume, c’est le régent Hémurion qui a les rênes du royaume. »

« De ce que je sais à son sujet, c’est un être qui fait passer le peuple avant tout. Il n’est pas réellement apprécié par la noblesse du royaume mais ayant été à la tête des rebelles lors de l’attaque sur le précédent monarque, il a toute la confiance de Shunter. Oui, nous pourrions passer par lui, j’imagine. »

Ernold recommença à soupirer. Le fait qu’il ne connaisse pas plus que cela Hémurion était un problème en soi. Maintenant, sa propre race était responsable de tout ça … et il était donc fautif partiellement.

« Et des nouvelles… au sujet du jeune prince Royan ? »

« Il semblerait qu’il soit porté disparu lui aussi. Du moins, cela est dit avec un peu d’exagération. Ils seraient partis eux aussi sous la surface. »

« Eux aussi ? Vous voulez dire que… »

Ernold ne termina pas sa phrase alors que l’autre gnomold hochait la tête positivement. Comme affligé par le poids du monde sur ses épaules difformes, le gnomold se retrouva à ras-le-sol, pris d’une très grande fatigue.

« Tout cela aurait pu bien se passer si les peuples étaient capables de s’unir mais il a fallut que tout dégénère. Ah… Pourquoi as t-il fallu que ça se passe ainsi ? »

« Maître Ernold, vous avez voulu voir trop grand tout de suite. Rares sont les gnomolds à vivre depuis aussi longtemps que vous mais ils existent. Et certains ont gardé cette haine depuis autant de temps. Et bon, les différents peuples à la surface se battent toujours. »

« Les mékarlamiens ont toujours été un peuple problématique. Et notre race qui vit sur leurs terres n’est guère mieux. Claudiska et Traslord ont toujours été en bons termes depuis des décennies et depuis l’avènement de la reine Manelena et du prince Royan, nous pouvons considérer que Shunter est en bons termes avec Claudiska et Traslord. »

« Honoros, de son côté, cela dépend de chaque clan mais en grosse majorité, ils sont pour nouer des relations avec les autres nations. »

Les deux gnomolds continuaient de parler entre eux. Visiblement, chacun confirmait plus ou moins à l’autre le bilan de ces dernières années des plus mouvementées. Avec Omnosmos qui était en permanence sous surveillance, les portes démoniaques sous la tour des archimages étant constamment ouverte, il fallait dire que l’ambiance n’était pas forcément des plus bonnes. D’ailleurs, le fait plus étrange et presque « amusant » était justement qu’aucun démon n’était passé par cette double porte depuis son ouverture.

Rien, rien du tout, aucune personne. Comme si cet endroit n’avait été qu’un long dédale souterrain, il semblerait qu’il n’était pas le chemin de prédilection pour ceux qui voulaient espérer paraître à la surface. De toute façon, les démons n’étaient pas très enclins avec les réactions épidermiques des différentes races. Mais tout ça, c’était au début. Il avait appris les efforts de Tery, Elise et les autres.

C’était pourquoi il voulait aussi que son peuple fasse des efforts. Mais son peuple, ce n’était pas une seule culture mais plusieurs. Ils étaient plusieurs espèces de gnomolds, provenant des différents royaumes … avec différentes mentalités. C’est pourquoi tout cela était bien plus compliqué que le simple fait de chercher à discuter.

« Des fois, je me dis qu’ils sont bien plus enclins à la paix que nous autres. »

« En même temps, maître Ernold, nous devons nous mettre à leurs places. »

« Le passé est le passé. Ce n’est pas aux descendants de payer les erreurs de leurs ancêtres. S’ils comprennent ce qui s’est passé et qu’ils condamnent les actes de leurs ancêtres, c’est suffisant. Pourquoi tout le monde ne veut pas comprendre ? »

« Tout le monde ne possède pas la sagesse propre à votre longévité. Nous ne pouvons qu’écouter les paroles d’autrui et tenter de forger nos opinions en se basant sur celles-ci, bien qu’elles soient erronées ou porteuses de haine. »

« Je ne suis pas plus sage qu’un autre. Simplement, je veux oeuvrer à une entente parmi toutes les espèces. Est-ce vraiment sage que d’espérer une telle chose ? Seule un fou aux douces idées pourrait vraiment croire à ce projet. Mais au fil des années, je me rattache à cela en me disant que je vais suivre la même voie que mes ancêtres. Ah… Je ne suis pas immortel. »

« Nous autres, gnomolds, vivons bien plus longtemps que les autres espèces. Malheureusement, en vue de nos guerres incessantes contre les autres races des différentes nations, il est très rare de voir un gnomold aussi âgé que vous, maître Ernold. »

« Oh, il est vrai que mourir de vieillesse chez un gnomold, c’est presque propice à une fête sans précédent bien que ça soit saugrenu de fêter la mort d’un gnomold. »

« Surtout quand ce dernier ne peut même pas profiter de cette dernière fête. »

Des petits rires se firent entendre de part et d’autre. Il fallait décompresser un peu et à l’heure actuelle, c’était l’unique solution qu’ils se proposaient mutuellement. Le vieux gnomold reprit pourtant son sérieux quelques instants plus tard :

« Nous devons trouver une solution, néanmoins. »

« Je suis d’accord, maître Ernold. Mais nos différentes solutions commencent à s’amenuiser. Il est difficile de trouver une idée convenable. »

« Nous allons refaire une assemblée générale. Il va nous falloir contacter tous les clans pour qu’ils envoient leurs émissaires. Du moins, les clans majeurs de chaque nation. »

« Et dire que les honoriens ont gardé cette idée de clans. C’est assez amusant, vous ne trouvez pas, maître Ernold, au final ? »

« Je ne sais pas si le terme « amusant » convient mais je suis néanmoins d’accord. Bon, faisons une liste des clans et allons ensuite préparer tout cela. Ça va bien nous occuper pour quelques heures voire toute la soirée. »

Encore une où il n’allait dormir que très peu. Pourtant, le vieux gnomold ne s’en plaignait pas. Il savait ce que cela lui coûtait et ça ne l’avait jamais dérangé. Il n’avait pas vécu toutes ces années pour en arriver là et dire qu’il n’avait plus envie d’accomplir tout ça.

« Au cas où, je sais que cela va être assez mouvementé. Si tu veux bien prendre contact avec Rokar, j’ai le sentiment que je vais avoir besoin de lui dans les jours qui viennent. Est-ce qu’il est toujours en mission ? »

« Pour ce que vous lui avez demandé ? À ma connaissance, je crois bien que oui même si j’ai entendu qu’il avait délégué une partie de tout ceci à ses lieutenants et que cela s’était plutôt mal passé malheureusement. »

« Hmm ? Comment cela ? Est-ce les fameuses rumeurs comme quoi certains gnomolds ont tenté de s’en prendre aux démons qui étaient sous la protection du roi Royan ? »

« C’est bien cela. Il semblerait que certains ont piqué une crise, dans les termes utilisés par les rumeurs et autres sans… pour autant expliquer la raison de la dite-crise. »

« Mais est-ce que cela s’est terminé dans le sang ou non ? » demanda une nouvelle fois Ernold, son œil devenant bien plus vif en direction de son élève.

« Non, non, pas à ma connaissance ! Du moins, il n’y a eu aucune agression d’un côté ou de l’autre. Tout semble s’être remis en ordre mais… »

« Vu qu’ils n’ont pas expliqué cette raison, qui est l’un de nos plus grands secrets, même parmi notre propre espèce, les peuples des différentes nations doivent penser que nous ne sommes que des ingrats alors que nous avons tenté d’opérer une paix avec eux. Comme si tout cela n’avait été au final qu’un grand et gros gâchis. Ah… »

« Je vais aller préparer une première lettre pour Rokar, maître Ernold. »

Le gnomold savait qu’il devait laisser le grand archimage se plonger dans ses pensées. C’était pourquoi il se décidait à s’éloigner, comme si de rien n’était. Mais à peine avait-il ouvert la porte pour disparaître de l’autre côté qu’il revint, moins d’une minute plus tard.

« Maître Ernold, maître Ernold, c’est… c’est… »

« Est-ce que tu peux te pousser ? J’ai mieux à faire qu’attendre que tu serves de porte, nierk ! » s’exclama une voix assez forte derrière le gnomold, une main se posant sur l’épaule de ce dernier pour le déplacer sur le côté.

« Rokar. Eh bien, si je m’attendais à déjà t’avoir parmi nous. »

« Oh, vieux grigou, tu sais parfaitement que j’allais arriver en vue du foutoir que les gnomolds sont en train de faire. »

« Oh, tu sais, si nous commençons par là, il s’avère que Tery Vanian était si je ne me trompe pas, sur les terres que tu gardais à l’époque, n’est-ce pas ? »

« AH ! Je m’en doutais que malgré l’âge, tu étais toujours capable d’utiliser ta langue pour faire quelques paroles dignes d’une vipère ! »

« Eh bien, il me faut garder mes capacités pour être apte à répliquer à des jeunots comme toi, Rokar. Eh bien, si je m’attendais à ce que tu viennes aussi vite. »

« Et je vais me répéter : Tu le savais que j’allais me ramener. Avec tout ce bordel, c’est pas possible que je ne vienne pas te rencontrer pour tenter de régler la situation. »

Et sans aucune hésitation, comme si ça ne le dérangeait guère, il vint s’asseoir en face d’Ernold, celui-ci faisant un mouvement de la main pour dire à son apprenti que ce n’était pas bien grave. La différence de stature entre les deux gnomolds était effarante. Alors que d’un côté, Rokar était un « colosse » parmi les siens, avec ce qu’il fallait de muscles, de fourrure de bosses le rendant difforme, Ernold incarnait parfaitement l’usure du temps, avec un être plus rabougri et fatigué par les années.

« La situation est si dramatique pour que tu viennes en personne ? »

« Oh, allons bon, va pas faire comme si cela te troublait plus qu’il n’en faut. Dis-moi plutôt ce que tu avais en tête. À voir l’étonnement de ton apprenti, je sens que tu parlais de moi mais qu’il s’attendait pas à ce que j’arrive aussi vite. »

« Ah, toi et ton intuition, Rokar. Sans celle-ci, tu n’aurais jamais laissé une chance à ce jeune garçon démoniaque, n’est-ce pas ? »

« Suffit de voir le bordel que ça fout. Mon intuition s’est sacrément loupée ce jour-là. Pfff ! Maintenant, tout a dégénéré depuis l’ouverture de ces fichues portes ! »

« Et c’est toi que je dois remercier, Rokar. Tu sais à quel point je te suis redevable. »

« Ouais, ouais. Tu diras ça à d’autres hein ? » rétorqua Rokar, faisant un mouvement de la main pour signaler qu’il considérait les remerciements comme une quelconque foutaise.

« Si tu m’étais autant redevable que tu prétends l’être, on n’en serait pas là. »

« C’est exact et je tiens encore à m’excuser, Rokar. »

Nouveau grognement de la part de ce dernier. Celui-ci avait du mal à croire dans les paroles d’Ernold malgré qu’il ne semblait pas porté par de mauvaises intentions. Mais voilà, avec tout ce qui s’était passé ces derniers mois, autant dire que la confiance ne régnait pas totalement. Même si ce n’était pas contre Ernold spécifiquement.

« Bon, maintenant que je suis là, qu’est-ce que tu me voulais au final ? »

« Je vais organiser une réunion avec les différents clans des gnomolds. Je voudrais que toi et tes hommes soyez là pour protéger les environs et surtout que ça ne dégénère pas. »

« AH ! Mais tu te foutrais pas un peu de ma gueule ? J’ai pas besoin de te rappeler de la dernière, y a bien presque vingt ans ? »

« Disons qu’elle est est restée dans les mémoires mais pas forcément pour les bonnes choses, je peux le reconnaître, Rokar. »

« Et pourtant, tu es décidé à en relancer une ? Tu serais pas devenu gâteux avec l’âge ? »

« Situation extrême, mesure extrême. Je n’ai pas d’autres choix. Nous ne pouvons pas continuer sur cette voie si tous les gnomolds ne sont pas réunis sous une même égide. »

« Suffit pas de le dire pour que ça se produise. Faut pas croire que ça va marcher comme ça hein ? Ils vont tout simplement te rire au nez pour la grosse majorité. »

« Je sais parfaitement à quoi m’attendre et c’est bien pour cela que je compte sur ton soutien, Rokar. Avec toi à mes côtés, je sais que je serais bien plus en sécurité que si je confiais ma vie à quelqu’un d’autre. »

« T’es vraiment devenu sénile avec l’âge. »

« Eh bien, les vieilles personnes doivent être surveillées, qu’elles soient gnomolds ou non, tu ne crois pas ? Qui sait ce qui pourrait m’arriver si je ne suis pas sous surveillance constante pendant que je tente de faire mes projets ? »

Nouveau grognement de Rokar. Le vieux gnomold était plus qu’amusé par la situation, au contraire de l’autre gnomold. Pourtant, bien que sa respiration se faisait de plus en plus forte, il semblait retrouver son calme, fermant son œil valide avant de dire :

« Quand est-ce que cette foutue réunion aura lieu ? »

« D’ici quelques semaines, peut-être un mois ou deux ? Je n’ai pas encore envoyé les émissaires pour cela. À la base, normalement, tu devais en attendre un. »

« Ah… Et dire que je pensais aller me rendre dans ce foutu endroit souterrain pour éliminer quelques gnomolds et démons qui font un peu trop de zèle. »

« Hmm ? De quoi est-ce que tu parles ? » questionna Ernold, étant réellement surpris cette fois alors que Rokar lui répondait aussitôt :

« Rien de bien grave. Disons que j’ai appris que certains gnomolds avaient décidé de continuer à harceler les démons dans le monde souterrain. Et aussi qu’ils sont morts car les démons ont été défendu par des membres des races à la surface. »

« Oh ? Tu penses qu’il y a une chance que ça soit… Manelena ? Ou alors Tery ? »

« Je pense plus au petit gars de Traslord. »

« Le roi Royan ? Hmm, c’est vrai qu’en terme de délais, ça serait plus logique. Hmm, donc il est sûrement parti avec Elen. Hmm. »

« Ah ouais, la fille des deux divinités qui se trimballent dans le monde comme si elles avaient rien de mieux à faire de leurs jours ? »

« Rokar, on t’a jamais dit que tu étais plutôt aigri comme gnomold ? Et attention, pour qu’un gnomold te dise que tu es aigri, c’est que l’on atteint des sommets. »

Nouveau concerto de grognement de mécontentement de la part de Rokar. Bien entendu, vu qu’Ernold lui faisait une remarque. Il cherchait à voir jusqu’à quel point Rokar allait tenir… avant de finalement émettre un léger rire.

« Tu peux te décrisper, Rokar. Je crois que j’ai choisi le bon gnomold pour la surveillance de cette réunion. Je ne pouvais pas espérer mieux. »

« Comment ça ? Tu vas me faire croire que tu m’as fait passer un test ou quelque chose du genre ? Je suis pas un gnomold avec qui on s’amuse, Ernold. »

« Oh non, non. Ne t’en fait pas. Je voulais simplement savoir quelles étaient tes limites et tolérance par rapport à ton énervement. Je suis heureux de voir que tu as bien mûri. »

« Ne t’amuse pas trop à ce sujet, tu sais jamais ce qui peut arriver si tu franchis la limite. »

« Héhéhé. J’ai bien ma petite idée à ce sujet mais oui, cela ne sert à rien de t’inciter à ça, loin de là. Bon bon bon. Est-ce que tu veux quelque chose à boire ? À manger ? »

« Non, pas la peine. Mes hommes m’attendent. On a pas trop l’habitude de se traîner dans les environs donc ils veulent en profiter. Et puis, faut bien que quelqu’un surveille ces idiots, on ne sait jamais ce qu’ils pourraient commettre comme conneries. »

Il pesta tout en ayant un petit tic aux lèvres. Malgré tout, il avait fini par se relever, son unique œil valide posé sur Ernold avant de déclarer :

« Je m’en vais. Tu m’enverras un message quand et où la réunion se fera. »

« Prends bien soin de tes gaillards, Rokar. »

« Ce sont pas mes gamins non plus. Ils sont assez grands pour se débrouiller seul. »

« Hahaha mais pourtant, c’est bien dans ton groupe qu’il faut avoir connu le moins de morts… du moins, sauf pendant ce combat contre Tery, hein ? Quand tu l’as revu, quelques années plus tôt. »

« Ah… T’es vraiment qu’une sale fouine quand tu décides de t’y mettre. »

« Je tiens au bien-être de ma propre race. Il n’y a donc rien d’anormal à ce que je sois au courant de ces petites choses, tu ne crois pas ? »

Rokar pesta, comme à son habitude avant de fini quitter la pièce, laissant seul le vieux gnomold. Celui ne pût s’empêcher de rire tout seul, jusqu’à ce que son apprenti ne vienne, deux minutes plus tard, s’enquérir des nouvelles de son vieux maître.

« Maître Ernold, je suis toujours inquiet quand je le vois arriver. Ce n’est pas une bonne fréquentation, vous savez ? »

« Allons bon, mon brave Ninos, tu sais pourtant qu’il ne faut pas juger sur les apparences, non ? Surtout en tant que gnomold. Imagine si ces braves personnes que je connais avaient décidé de me juger sur mon apparence ? Jamais nous n’en serions là. »

Il ne précisa pas que ce n’était peut-être pas un bon constat final. Mais dans l’ensemble, à ses yeux, ils avaient réussi ce qu’il désirait et recherchait depuis le début. Le souci, c’est que sa vision était très précise et portée sur un futur qu’il espérait pas si lointain. En voyant Tery et Elen la première fois, il avait compris que c’était cette époque qui allait tout changer.

Et c’était pour cela qu’il faisait une prise de risque immense. Le secret des gnomolds, depuis des siècles, voire des millénaires, allait sûrement être révélé un moment ou à un autre. Il ne savait pas quand, il ne savait pas où mais il était certain que cela allait se produire.

« Je tiens à m’excuser pour mes paroles irrespectueuses. »

« Je ne vais guère en tenir compte, ne t’en fait donc point ! »

« Maître Ernold, est-ce que vous me révélerez un jour ce secret ? Avant qu’il ne soit annoncé aux yeux de tous ? »

« Hmm ? Tu es bien curieux comme apprenti. Mais qui sait ? Cette nouvelle n’est pas encore prête à être annoncée. Cela se prépare, il faut prendre la température et autre. Cela fait combien de temps que tu es à mon service ? »

« Quelques mois à peine, maître Ernold. »

C’était exact. Le vieux gnomold gardait son sourire aux lèvres. S’il avait pris un apprenti, c’était bien à cause des évènements récents. Un apprenti gnomold, le petit Ninos avait montré quelques facultés impressionnantes pour son jeune âge, oui. C’était pour cela qu’il était là.

Chapitre 15 : Supérieurs aux autres

Chapitre 15  : Supérieurs aux autres

« Tery, c’est devenu une manie ou quoi ? »

Elle parlait toute seule. Tery dormait contre elle, comme la dernière fois. Il fallait dire que le jeune homme avait passé une sale journée même s’il cherchait à ne pas trop le montrer. Elle le regarda, longuement, doucement, mais sûrement.

« Tu te compliques beaucoup trop la vie, Tery. Combien de fois je vais te le dire ? »

Elle avait un sourire aux lèvres. Un sourire qu’elle gardait pour elle. Un sourire qu’elle n’offrait à personne, sauf peut-être à l’homme dans ses bras, dans ce lit. Après la discussion avec le monarque, il s’était plongé dans un quasi-mutisme. Il avait à peine adressé la parole à Manelena et elle comprenait parfaitement pourquoi il agissait de la sorte.

Elle n’allait pas l’en empêcher. Elle n’était pas ainsi. Elle voulait simplement… qu’il soit peut-être comme au tout début ? Non, elle n’allait pas se mentir. Elle était exaspérée par son comportement lors de leur première rencontre mais… le voir autant démoralisé, comme s’il avait tout perdu, elle avait beaucoup de mal à le supporter.

Tery n’était pas comme ça. C’était un combattant. Quelqu’un qui avait montré maintes fois qu’il tenait bon face à l’adversité ! Alors pourquoi est-ce que ça ne se passerait pas ainsi ? Pourquoi fallait-il que cet endroit soit aussi mauvais ? Elle comprenait que Tery voulait vraiment que les démons, race dont il était issu, soient en paix avec les races de la surface. Tery était des deux, c’était alors normal.

« Ce petit côté niais et candide qui te caractérise tant, Tery. »

Ses doigts glissèrent dans la chevelure de Tery. Lorsqu’il était à côté d’elle, elle sentait cette chaleur qui l’envahissait. En même temps, à deux sous la même couette et avec un pantalon de la sorte et un haut qui l’étouffait ah… Oui, c’était normal.

« Stupides vêtements trop serrés. Je ferais bien de m’en débarrasser. Je me demande quelle serait sa réaction hmm… »

Elle l’avait pris par surprise, il y a bien longtemps, dans la bibliothèque de ses grands-parents. C’était même à ce moment là qu’elle avait réussi à se déclarer. Mais, elle n’était pas vraiment certaine en ce qui concernait Tery. Ce qu’il pensait de ça. Hmm… Le pire dans toute cette histoire, c’est qu’elle connaissait parfaitement les histoires de concubines et autres. Elle était même certaine que dans cette capitale, c’était monnaie courante.

Elle avait l’impression d’être retournée plusieurs siècles en arrière avec ces êtres. Hmm… Après, le concubinage ? AH ! Si Elen était la concubine, pourquoi pas ! Tant qu’elle restait en première position. Tsss … Elle pensait vraiment à des absurdités, n’est-ce pas ? D’ailleurs, elle voulait montrer à Tery qu’elle n’abandonnerait jamais le combat… pour qu’il fasse de même de son côté.

« Bon allez, on va plutôt te réveiller, hein ? Hmm… Comment est-ce que je pourrais faire ça de manière un peu sournoise ? Hmm… Tu veilles sur moi pendant que je sors ou plutôt l’inverse. Clari, tu n’aurais pas une idée ? »

Car oui, elle s’adressait sans aucun souci à la femme-golem. Ne s’attendant à aucune réponse de la part de celle-ci, elle cligna pourtant des yeux en pensant remarquer que Clari lui faisait un sourire du bout des lèvres, comme pour l’inciter à quelque chose.

« Ah oui, quand même, tu n’as pas froid aux yeux. Tu as raison. On ne peut vivre qu’une fois, enfin deux dans ton cas. Je sais ce que j’ai à faire. »

Il suffisait juste de rapprocher ses lèvres de celles de Tery et de les coller les unes contre les autres dans un long baiser langoureux… mais ce n’était pas son genre. Lentement mais sûrement, elle plaça ses doigts sur le nez de Tery, bloquant sa respiration alors que celui-ci semblait comme surpris, ayant visiblement l’habitude de respirer ainsi.

« AH ! Qu’est-ce qui se passe ?! Je … AAAAH ! Bouffée d’air ! »

Il s’était mis à haleter de surprise, reprenant une respiration alors que Manelena le regardait, avec une fausse neutralité peinte sur le visage.

« Eh bien, Tery ? Du mal à te lever ? Tu as l’air complètement rouge. »

« Je ne sais pas ce qui s’est passé, Manelena. J’ai… J’ai… pfiou. J’ai eu l’impression d’étouffer. J’ai encore dormi contre toi ? Pardon, ce n’était pas voulu de ma part. »

« Ce n’était pas voulu mais tu l’as quand même fait donc bon… j’imagine que c’est un peu tard pour s’excuser correctement, n’est-ce pas ? »

« Mais c’est étrange. Tu ne devrais pas hésiter à me repousser, Manelena. Je sais bien que je t’ai proposé de dormir avec moi pour… enfin, tu sais quoi… mais je ne pensais pas que ça se passerait de la sorte à chaque fois. »

« C’est la seule excuse que tu as trouvée, c’est bien ça, Tery ? Je m’attendais vraiment à mieux de ta part, je suis un peu déçue, je dois avouer. »

« Ce n’est pas une excuse mais la vérité, Manelena. Ce n’était pas vraiment mon but en t’invitant dans ma chambre. Je me suis contrôlé avec Elise, je vais me contrôler avec toi, je peux vraiment te promettre cela. »

« Et si je ne voulais pas que ça soit le cas ? »

Hein ? Il ne comprenait pas sur le coup pourquoi elle disait cela alors qu’elle finissait par se lever du lit. Comme hier, elle passa de l’eau sur le visage, maugréant contre elle-même alors que le jeune homme regardait le matelas trempé par la sueur. Vraiment… Et les habits n’étaient pas franchement mieux. Heureusement qu’ici, il n’était qu’un simple chevalier et que donc, il n’avait pas besoin de porter d’atours comme ça. Encore que oui, il se rappelait encore une fois de la magnifique tenue que Manelena avait mise il y a bien longtemps, à Omnosmos. Ah… C’était Omnosmos ? Il n’était plus vraiment certain.

« Manelena, il faudra que l’on envisage de se laver, toi et moi. Enfin plus que ça. »

« Hein ? Tu insinuerais que je suis sale ? Ou alors, c’est une invitation à y aller ensemble ? »

Le ton employé n’avait rien de charmeur mais la question était naturelle, comme si elle la posait pour connaître réellement la réponse. Le rouge passa aux joues de Tery qui vint tousser légèrement pour se donner une certaine contenance avant de dire :

« C’est mieux que tu évites de dire d’aussi grosses bêtises, Manelena. Tu sais aussi bien que moi que je ne ferais jamais ça, n’est-ce pas ? »

« Je le sais bien. Jamais tu ne me proposeras une telle chose. C’est bien pour ça que je pose la question car je connais déjà la réponse. Tu as une meilleure mine. »

Une meilleure mine ? Il la regarda fixement, pendant quelques secondes avant de soupirer. Si elle le disait, c’est qu’il y avait peut-être une part de vérité. Mais bon, ce n’était pas pour ça que tout allait être arrangé non plus hein ?

« Au lieu d’aller voir Héraisty ou l’empereur aujourd’hui, passons juste une journée ensemble, Tery. Juste toi et moi, qu’est-ce que tu en penses ? Cela ne serait pas une idée si déplaisante, n’est-ce pas ? »

« Pourquoi pas, Manelena ? Je n’ai pas de raison de refuser donc nous pouvons y aller quand tu veux. Allons juste manger un peu et… »


Sans même lui laisser la possibilité de terminer sa phrase, la main de Manelena vint prendre la sienne avant de la serrer avec fermeté pour le tirer hors de la chambre. Quelques minutes plus tard, ils étaient dehors et… ils se dirigeaient vers la sortie de la capitale démoniaque. Qu’est-ce qu’elle comptait faire ? Même si les gardes les observaient avec suspicion, ils les laissaient passer. En même temps, Tery était de plus en plus connu donc il était normal qu’ils le laissent rentrer et sortir de la capitale démoniaque sans poser de questions.

« Manelena ? Qu’est-ce que tu fais là ? Je ne suis pas certain que ça soit très… sûr. »

« C’est bien parce que ça ne l’est pas que justement je veux que l’on se dirige par là. J’imagine que tu es au courant que nous sommes suivis, n’est-ce pas ? »

« Je sentais bien trois présences. Est-ce que tu crois que… »

« Dans ce monde, nous sommes d’accord que c’est la loi du plus fort qui est la meilleure, n’est-ce pas ? Alors, si on sent que l’on se fait agressés, nous ne serons pas en tort, tu es d’accord avec moi ou non ? »

« Je ne me suis jamais posé vraiment la question, il me faut t’avouer. Mais bon, dans tous les cas, j’imagine que l’on va tout simplement se défendre. »

Et maintenant, il comprenait pourquoi est-ce qu’elle avait décidé de se mettre en armure pour une sortie « classique » comme il aimerait le dire. Car au final, la dite sortie n’avait rien de vraiment basique. Lentement mais sûrement, ils vinrent traverser une zone recouverte par de nombreux rochers, finissant par disparaître derrière l’un d’entre eux, plus gros que les autres. Bien entendu, Clari était là aussi mais lorsque les trois démons se présentèrent, avec un sourire mauvais aux lèvres, Tery et Manelena faisaient face à ces derniers. Ils étaient armés mais surtout, ils possédaient quelques boursouflures sur le corps en divers endroits.

« Je vois, vous êtes au plus bas de l’échelle sociale de vos familles et vous avez l’habitude d’agresser et dévorer d’autres démons. »

« Ce sont donc des démons vraiment basiques, Tery ? Est-ce que tu crois qu’il s’agit des mêmes démons qui ont décidé de les… »

« Hey ! Vous vous prenez pour qui tous les deux ? À croire que nous ne sommes pas là ! On va régler votre compte à tous les deux ! »

« Hey, attends un peu, ils étaient pas trois à la base ? Où est-ce qu’elle est passée l’autre femme ? HEY ! VOUS DEUX ! VOUS… »

Ils avaient peut-être décidé de se mettre en position de combat mais ils ne comptaient pas vraiment lutter contre eux, loin de là. Une ombre se forma au-dessus de l’un des trois démons, Clari finissant par lui tomber dessus, de tout son corps de pierre, étrangement bien plus lourd qu’au départ. Un craquement sinistre et sonore se fit entendre, les deux autres démons se tournant vers elle, prêts à l’attaquer.

Mais avant même qu’ils ne puissent réagir, la femme de pierre leva un bras, poing fermé pour emporter l’un des démons au niveau de la tête, coinçant cette dernière contre le rocher avant de finir par exploser la pierre et le crâne en même temps. Le troisième démon, comprenant que qu’il ne s’en sortirait pas s’il restait, se préparait déjà à fuir mais un pieu de pierre traversa sa gorge, puis deux autres se plantèrent dans son dos, en terminant avec lui ou presque … puisque la femme-golem vint à sa hauteur, levant un pied de pierre … pour l’abattre sur le crâne une bonne fois pour toutes.

« Je me rappelais que Clari était bien plus douce que ça dans mes souvenirs, Tery. »

« Les souvenirs sont souvent faussés et bien loin de la réalité. Enfin, dans ce cas précis, c’est bien ça. Clari était plus… délicate dira t-on. Tu veux qu’on fouille les corps ? »

« Les morts n’ont plus besoin de leurs affaires. Au final, si nous avons des indices sur qui ils sont et de quelles familles ils font partie, peut-être que nous pourrons nous préparer à les réceptionner une nouvelle fois. Oh par contre, Tery, ne… »

Elle ne lui avait pas laissé finir sa phrase à son tour, montrant ses deux griffes de pierre. Il savait pertinemment ce qu’elle allait lui dire. Ne pas laisser d’odeur pour être certain que personne n’irait remonter jusqu’à eux.

Oui, il suffisait que certains se mettent à appeler les renifleurs royaux à la rescousse et il aurait alors de très gros problèmes. Oui… même si bon, il ne comptait pas dévorer ces saletés de démons. Par contre, que cela n’empêche pas Clari de faire un peu de ménage par rapport à ces cadavres.

« Il faudra juste que l’on trouve de quoi nettoyer Clari. Même si elle ne produit pas d’odeur, j’imagine que le sang sur ses pieds et autres, cela risque d’attirer l’attention non ? »

« C’est exact. Il doit bien avoir des lacs ou des ruisseaux dans les environs non ? D’ailleurs, tu as déjà essayé de remonter le cours de l’un d’entre eux ? Savoir où il mène ? »

« Pas du tout. Bon et maintenant ? Qu’est-ce que nous faisons ? À part chercher un endroit pour laver les poings et les pieds de Clari. »

« Eh bien, nous allons rentrer, tout simplement. Maintenant que nous avons plus ou moins montrés que ceux qui sont les proies peuvent devenir les chasseurs, j’imagine que ça va calmer quelques ardeurs parmi les démons, non ? »

« Je t’avoue que je n’en sais trop rien à ce sujet. Mais oui, il y a de très fortes chances que ça se passe de la sorte. Nous allons être tranquilles maintenant qu’ils savent à à quoi s’attendre… jusqu’à la prochaine tentative de leur part. »

« Hmm, et tu crois qu’ils vont aussi se calmer par rapport aux autres démons ? »

Ça, il ne pouvait pas le lui dire. Il n’en savait strictement rien. Mais bon, maintenant que c’était plus ou moins décidé, il était temps de rentrer dans la capitale. Et d’après ce qu’ils remarquaient, il y avait de l’effervescence. Heureusement, comme convenu, ils avaient juste perdu quelques minutes pour nettoyer Clari de son sang.

« Eh bien, il y a de l’agitation ? »

Des clameurs royaux. Qu’est-ce qu’ils faisaient là ? Et ils semblaient avoir des décrets en main ? S’installant parmi les démons, Tery laissa un peu de place à Manelena et Clari bien qu’il installait la première entre lui et la femme-golem.

« Oyez, oyez, l’empereur Malark et son conseil de ministres vous annoncent le présent décret qui prendra effet dès la fin de la lecture de ce dernier. »

Oyez, oyez ? Il tourna son visage vers Manelena, faisant un petit sourire bref. Ben oui, fallait quand même avouer qu’entendre de telles paroles, ça lui rappelait un peu Midès. Ah… Midès, ça lui manquait sa capitale de Shunter.

« En vue des nombreux visiteurs de la surface qui commencent à venir dans notre capitale, ces derniers ne seront pas autorisés à se déplacer sans l’accompagnement d’un membre d’une famille démoniaque résidant dans la capitale. Ils porteront le titre d’esclave et ne pourront plus se déplacer sans le dit-membre de la famille démoniaque. Classé au plus bas de la capitale, ils ne pourront donc commercer, discuter et être vu sans que leur accompagnateur ou accompagnatrice ne soit avec eux. »

Tery était éberlué, commençant à cligner des yeux. Ce n’était même plus de l’esclavagisme à ce niveau-là. Les membres de la surface n’avaient plus rien, rien du tout. Alors qu’il pensait pouvoir faire quelque chose avec les démons, il s’avérait que… c’était encore pire que prévu. Tentant de retrouver ses esprits, il bredouilla à Manelena :

« Allons-nous en. Il vaut mieux. Je ne veux plus rien entendre et… »

« Oh, je veux écouter la fin de mon côté, Tery. Jusqu’où cette farce va continuer. »

« Manelena, je ne suis pas certain que… je suis juste dégoûté. Je crois que ça ne sert à rien, vraiment à rien. C’est pire que tout, vraiment pire. »

Pourtant, il ne vint pas partir puisqu’elle avait décidé de rester. Et il écoutait encore ce décret stupide. Ce décret qui signalait que les esclaves de la surface n’avaient aucun droit mais surtout que la famille démoniaque qui possédait un esclave de la surface pouvait faire ce qu’il désirait de la personne.

« C’est vraiment pathétique… mais j’ai le sentiment que ce n’est pas de la faute à l’empereur Malark. Il a sûrement été « obligé » d’accepter. »

Manelena lui avait signalé de se mettre en route, prête à retourner auprès de Tery et Clari, mais surtout reprendre le chemin en direction du château. Une nouvelle fois, Tery s’était emmuré dans le silence, une nouvelle fois, Manelena cherchait à faire la conversation.

« Tu devrais vraiment arrêter de te préoccuper de toutes ces choses, Tery. »

« Du fait que j’ai emmené tout le monde à une mort certaine ? C’est ça ? »

« Pourquoi est-ce que tu penses forcément ainsi, Tery ? »

« Car c’est le cas, tu peux prétendre ce que tu veux mais la réalité, c’est que c’est le cas. Si j’avais su que ça se passerait ainsi, jamais je n’aurai emmené tout le monde dans cette capitale. Et voilà le résultat ! »

« Sais-tu pourquoi il y a eu ce décret ? Je suis certaine que tu n’as pas cherché à deviner le second sens de ce décret. »

« Et ça serait quoi ce sens secret dont tu es la seule à connaître le sens ? »

« Si tu me parles avec d’ironie, tu peux aller tout simplement te faire foutre, Tery Vanian. Est-ce que je me suis bien faite comprendre ? »

« Pardon… Manelena. Je ne voulais pas, c’est juste que… enfin, tu peux comprendre, n’est-ce pas ? Manelena, s’il te plaît. »

« Oui, oui, pas besoin de faire les yeux larmoyants, je peux comprendre aisément, Tery. Bref, ils viennent d’officialiser le statut d’esclaves pour les gens de la surface. Ce qui veut dire qu’à partir d’aujourd’hui, si un démon s’en prend à un esclave d’un autre démon, la justice viendra trancher et surtout, la famille du démon criminel risque de payer assez chèrement le prix. »

« Mais la justice dans un monde comme celui des démons… avec la loi du plus fort et… »

« Cette loi n’est là que pour le principe. Bien entendu qu’elle est toujours fonctionnelle mais si elle était la seule utilisable, cela reviendrait à avouer que nous ne sommes pas mieux que des bêtes sauvages, Tery. Nous valons bien mieux que ça. »

« Et pour les familles démoniaques qui ont un esclave et… »

« Hmm… Je sais ce à quoi tu penses. Tu imagines qu’il peut y avoir des problèmes internes dans les familles en elles-mêmes hein ? Car ce sont des soldats ou mercenaires qui sont partis comme ça pour aller explorer le monde à la surface ? »

Elle était capable de lire dans ses pensées ou quoi ? Car elle semblait comprendre son problème sans même qu’il n’ait à ouvrir la bouche. Et avec sa main posée sur son épaule, il se sentait encore plus ridicule et chétif qu’auparavant.

« Je ne pense pas que ça soit le cas. Même si nous allons ressembler simplement à des « objets de valeur », il y a des chances que les démons qui étaient partis au combat aient pris du galon dans leur famille respective. »

Donc que les démons qui étaient avec eux soient mieux vus ? Et peut-être que tout se passera bien ? D’ailleurs, en pensant à tout ça, il ne connaissait pas du tout la famille d’Héraisty. Il n’en avait jamais parlé avec elle. Est-ce qu’elle était en conflit avec eux ?

« Donc, tout va bien se dérouler ? Enfin, tu crois ? »

« Je ne sais pas, je ne peux pas lire dans l’avenir, Tery. Mais tout n’est pas aussi noir que tu le pensais hein ? Alors, arrête de te morfondre, c’est chiant. »

« Je ne veux pas me morfondre exprès, tu sais ? Je ne le fais pas pour le plaisir. »

« Mais je préfère quand tu as ton petit caractère habituel et niais. C’est ce qui fait ton charme. Et puis bon, cela veut dire que je suis ton esclave, n’est-ce pas ? »

« Mon esclave ? Euh, enfin, Manelena, c’est juste que… »

« Je serais alors obligée d’obéir au moindre de tes ordres. Obligée d’exécuter le moindre de tes désirs. Tu sais, cela tenterait beaucoup de personnes d’avoir une princesse à leurs pieds, hein, Tery ? Mais j’imagine que ce n’est pas ton cas. »

« Eh bien, vu que de base, tu es une reine et non une princesse, ce n’est pas la même chose. Et puis, tu as parfaitement raison. »

Encore qu’il ne cherchait pas à finir de « confirmer » que ça ne le tentait pas du tout. Car oui, il avait regardé Manelena quand elle avait évoqué le fait qu’il pouvait abuser d’elle comme il le désirait. Et à voir la femme aux cheveux argentés, il se demandait vraiment si ce n’était pas ce qu’elle… non, ce n’était pas le genre de Manelena.

« Eh bien ? Est-ce que tu es en train de t’imaginer des choses indécentes, Tery ? »

« Pas le moins du monde, Manelena. Je ne sais pas ce que tu es en train de t’imaginer mais ce n’est pas du tout le cas. »

« Hmm, ce n’est pas moi qui a ce regard un peu perdu, Tery. Ce n’est pas moi. Mais bon, de toute façon, pour cela, il faudrait que je me laisse faire et ce n’est pas mon genre. »

« Pas le moins du monde, Manelena. »

Et puis, il espérait que chacun avait ce même mode de pensée avec les surfaciens. Il fallait juste espérer… car il ne voyait pas comment faire autrement. S’il décidait de lâcher prise, tout serait alors terminé… et il n’y aurait pas de retour en arrière.

Chapitre 14 : Mauvais climat

Chapitre 14  : Mauvais climat

« Ah… Pourquoi est-ce que je m’en doutais ? »

La jeune femme aux cheveux argentés s’était réveillée en première, comme elle l’avait imaginé. Et surtout, elle avait la non-surprise de voir qu’elle et Tery s’étaient étreints pendant la nuit, le jeune homme ayant la tête calfeutrée contre ses seins. Ah… Un bon gros soupir singulier, signe non pas de son exaspération, loin de là, mais simplement qu’elle n’avait rien fait pour empêcher ça. Et surtout, son regard étudia Clari. La femme-golem n’avait pas bougé de son emplacement.

« Tu as vraiment fait ton rôle de gardienne jusqu’au bout hein ? Je trouve ça vraiment admirable dans le fond, n’est-ce pas ? »

Bien sûr, elle ne s’attendait pas à une réponse de la part de Clari. Par contre, elle devait peut-être faire réagir Tery ? Car même si cela faisait un bon bout de temps qu’ils n’avaient pas dormi ensemble, il ne fallait pas qu’il en profite trop. Encore que la question se posait pour savoir qui profitait de l’autre à l’heure actuelle.

Enfin… Elle commença doucement mais sûrement à le repousser d’une main, cherchant par là à se séparer de lui avant de reculer dans le lit. Ah… Vraiment quelle bouille d’ange quand il dormait hein ? Difficile à croire qu’il vivait des choses horribles presque au quotidien.

« Je ne suis pas forcément mieux hein ? Humpf … Bon allez, je ferais bien d’aller me passer un peu d’eau sur le visage. »

Même si elle n’était pas des plus féminines durant la journée, elle prenait quand même soin de son corps. Par contre hors de question de se laver plus que nécessaire en présence de Tery. De la pudeur, elle en avait, même si dans l’armée, elle avait bien vite remarqué que pour beaucoup d’hommes et de femmes du bas peuple, ce n’était pas grand-chose.

« De toute façon, pour le moment, ce n’est pas le lieu pour ça. »

Elle avait fini par se regarder dans le miroir en face d’elle. Elle n’avait pas une mauvaise mine. Elle n’était pas vilaine même si un peu décoiffée. Elle s’observa plus longuement, de haut en bas, comme si elle était en train de noter ses défauts physiques mais aussi ses qualités. Elle semblait aussi se comparer à une personne absente.

« Je ne pourrais jamais la remplacer, je sais bien. De toute façon, nous allons devoir tout faire pour tenter de retourner à la surface. »

C’était devenu presque une obligation. Elle sentait que tout cela allait dégénérer un peu trop rapidement. D’ailleurs, le fait que ces démons n’attendaient même pas une semaine pour agir montrait bien par là que la loi du plus fort était celle utilisée dans la capitale.

« Tery devrait normalement se faire dévorer tout cru. Et comment est-ce qu Héraisty peut elle aussi réussir à survivre ? »

Car oui, la démone, avec son caractère singulier, ne lui donnait pas l’impression d’être du genre à avoir une grande survivabilité. Peut-être cachait-elle sa véritable force ?

« Bon, Tery, tu te réveilles ou alors, il va falloir que je te foutes hors du lit ? »

« Hmm, non, maman, s’il te plaît. On est dimanche et… »

« Ah oui ? C’est comme ça que tu le prends ? Tu crois vraiment que je suis ta mère ou quoi ? Je vais te donner une raison de me craindre ! »

Elle s’était rapprochée du lit, craquant ses doigts avant de faire apparaître ses lignes d’Alzar sur ses bras. Aussitôt, elle souleva le lit avec facilité avant de le faire pencher sur le côté, faisant tomber le jeune homme sur le sol, tête la première.

« AIEEEEEEE ! Qu’est-ce qui se passe ?! Pourquoi je suis au sol ? »

« Car tu as cru que j’étais ta mère. Je ne suis pas si vieille par rapport à toi ! »

« Mais ce n’est pas une raison non plus pour me jeter comme un malpropre ! Je crois pas que tu aies remarqué que ça fait super mal, tout ça hein ? »

« Hmm ? Je le sais bien et ta mère m’a déjà dit qu’elle te le faisait souvent car tu n’étais qu’une feignasse à l’époque. Qu’est-ce que tu es devenu aujourd’hui hein ? »

« Un fainéant qui a eu du grade, c’est ça que tu veux dire ? » demanda le jeune homme dans un petit soupir de dépit, finissant par se relever en s’étirant et en gémissant un peu de douleur. C’est que ça faisait mal de se prendre le sol au réveil !

« Je n’ai pas déclaré cela, loin de là, d’accord ? »

Manelena émit un grognement de mécontentement alors que Tery était maintenant correctement réveillé. Il se tourna vers Clari, la remerciant pour sa surveillance avant de proposer à Manelena d’aller manger un bout à la cantine.

Et pour les projets de la journée ? Ils n’étaient pas obligés de s’adonner à l’entraînement quotidien des sodlats de la capitale, c’était pourquoi il proposa une nouvelle fois d’aller rendre visite à Héraisty, même si cela ne plaisait pas du tout à Manelena.

« Ouais, ouais, j’arrive, j’arrive ! Tu restes là, Héraisty ! On sait jamais ! »

Une voix féminine qu’ils ne reconnaissaient pas se fit entendre l’autre côté de la porte de la demeure d’Héraisty. La porte s’ouvrit, laissant paraître une femme encore plus grande que Manelena, aux oreilles pointues et à la musculature qui ne laissait place à aucun doute sur le fait qu’elle était sensiblement plus forte que Tery. Des cheveux rouge comme le sang, quelques cicatrices aux bras et une petite à la joue droite, ses yeux bruns fixèrent Manelena et Tery d’un air neutre… avant de faire un grand sourire.

« Oh mais c’est vous, cheffe ! Hey, Héraisty, c’est la reine de Shunter ! Et le petit gars dont elle est a… OUCH ! »

Elle n’avait pas terminé sa phrase, Manelena ayant envoyé son poing assez violemment dans le ventre de l’honorienne. Malgré le coup, elle pouffa plus qu’elle ne souffrait.

« Hahaha ! J’ai compris, j’ai compris, on doit rien dire ! T’es Tery, nan ? Bon ben, je suis la prisonnière d’Héraisty. Par contre, elle a pas encore réussi à me mettre les menottes ! »

« Tu sais bien que je ne ferais jamais ça, Lindé. Enfin bon, Tery, Manelena, vous avez décidé de venir me voir chaque jour ou quoi ? Je ne dis pas que je vais m’en plaindre mais aujourd’hui, je vais devoir aller travailler, vous savez ? »

« Je le sais bien, Héraisty. C’est simplement savoir… si ta nuit s’est bien passée ou non. Et d’aileurs, je ne savais pas que tu avais une prisonnière au final. »

« Oh, eh bien, après ce qui s’est passé hier, malgré tout ce que j’ai dit, je pense qu’il valait mieux pour moi que j’ai quelqu’un pour m’accompagner au cas où. Je ne suis pas tellement rassurée en fin de compte donc voilà. »

« Je me charge de protéger ma « maîtresse » quoi ! Elle est si petite par rapport à moi et puis, c’est une intellectuelle donc, ça serait marrant. »

Lindé semblait être le genre d’honorienne qui représentait parfaitement sa race. Même si elle ne semblait pas bien méchante, elle avait tout l’air d’une petite brute qui préférait foncer plutôt que de réfléchir. Un grand classique.

« Au cas où, personne n’est venu vous importuner, c’est bien ça, hein ? »

« Pas du tout, Tery. En même temps, je sais que tu t’inquiètes car nous sommes deux femmes mais j’ai constaté à quel point Lindé était puissante physiquement. Je ne m’inquiète pas trop, je dois vous avouer. Mais bon, on ne sait jamais. »

« Maintenant que tout le monde est sur les nerfs et surttout sur ses gardes, je pense que ça devrait se calmer un peu mais … quand même, restez toujours sur le qui-vive, d’accord ? »

« Est-ce que c’était uniquement pour ça que vous êtes venus ? » demanda une nouvelle fois Héraisty, Tery hochant la tête positivement.

« Il est beaucoup trop inquiet à votre sujet. Je n’arrête pas de lui dire que ce n’est pas bon mais il ne veut rien entendre, pour ne pas changer. Tu es usant, Tery. Et ce n’est pas faute de te prévenir à chaque fois, hein ? »

« Je suis désolé de me préoccuper des personnes que j’apprécie. C’est de ma faute, je le reconnais amplement, ha… ha… ha. »

Le rire qui accompagnait les paroles de Tery n’avait rien d’amusé. Avec tout ce qui s’était passé, il était normal et logique que de vouloir protéger les personnes qu’il appréciait. Â les écouter, il était fautif de vouloir leur sécurité.

« Mais maintenant que tu es ici, Tery, tu veux bien m’accompagner jusqu’a mon lieu de travail ? En même temps, je pourrais te parler de ce que j’ai appris. Cela risque de t’intéresser même si ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. »

« Je ne suis pas certain que cela me rassure, tu te doutes, non ? »

« Je le sais bien mais je sais aussi que tu aimerais être au courant. Enfin bref, tout cela pour te dire que j’ai appris que des partisans d’Halyza et Haiktos ont prévu de revenir dans la capitale dans les jours qui suivent. »

« Ce n’est pas déjà le cas ? Je veux dire, je ne crois pas qu’ils auraient laissé la capitale sans aucune personne pour les informer de la situation, non ? »

« Oui mais là, s’ils sont de retour, c’est bien à cause de nous, de ces prisonniers de la surface. Il faut que tu parles avec l’empereur Malark avant qu’il ne soit trop tard. J’ai la sensation que si nous ne faisons rien, cela va vite rendre la vie impossible pour nous tous. »

« Tu crois qu’ils vont tenter de manipuler les gens de la surface et les démons qui les accompagnent ? Même si majoritairement, il n’y a aucune chance ? »

« Je ne peux pas te dire, j’ai aussi appris une autre chose mais cela demande une vérification par contre car rien n’est sûr. »

« Et quelle est cette autre chose que tu veux nous révéler, Héraisty ? » questionna Manelena, les bras croisés. « Même si ce ne sont que des rumeurs, on ne sait jamais sur quoi on peut tomber donc il vaut mieux que tu nous le dises. »

« Les individus au service d’Halyza auraient visiblement des objets inconnus avec eux, qui proviendraient de la surface. Cela attire encore plus la méfiance et donc… »

« Ils auraient noué un contact avec des êtres de la surface… mais de quelle nation ? » compléta Manelena en grognant.

« Aucune idée, je ne peux pas vous le dire malheureusement. Enfin, je ne vais pas tarder à aller au travail ! Tu viens aussi, Lindé ? »

« Hahaha ! J’ai pas la gueule d’une… renifleuse royale, si c’est bien le nom ? Mais bon ! Au moins, ils viendront pas t’embêter là-bas ! »

« Au revoir, Tery. Au revoir, Manelena. On se revoit dans les prochains jour pour me dire comment s’est passé l’audience, d’accord ? »

« Cela sera fait, Héraisty. Je vais juste te dire de bien travailler en espérant que tout se passe bien là-bas, d’accord ? »

« Hihihi, merci beaucoup, Tery. Au revoir ! »

Elle répéta la même gestuelle, saluant les deux personnes avant de partir de son côté avec Lindé. À nouveau dehors avec Manelena, il murmura simplement de se mettre eux aussi en route. Allant vers la cour pour s’entraîner avec le reste des soldats, le duo commença quelques mouvements, ne faisant que s’affronter l’un et l’autre.

Comme il connaissait la puissance de Manelena, il ne cherchait pas à se restreindre. Il voulait même montrer aux autres démons à quel point elle était forte. Ainsi, peut-être que certains éviteraient alors de lui chercher des noises… ou alors se mettront à plusieurs.

« J’ai l’impression que tu te donnais beaucoup plus que d’habitude, Tery. »

« Tu te fais sûrement des idées, Manelena. Je suis pareil qu’auparavant. Après le repas, j’aimerais voir si je peux avoir une audience avec l’empereur. Ce n’est pas comme avec toi, je ne peux pas vraiment rentrer dans la salle du trône sans raison valable. »

« Est-ce que tu insinues que tu peux venir comme tu veux chez moi ? »

« Disons que j’ai plus de facilités à rentrer car je connais la gentille reine qui dirige Shunter ? Est-ce que c’est une bonne excuse ? »

« Tsss, vraiment, pour qui est-ce que tu me fais penser ? Allons-y. »

Elle n’allait même pas chercher à se battre avec lui pour le coup. Il pouvait raconter n’importe quoi. Ne se préoccupant pas des regards des gardes du palais, le duo se dirigea jusqu’à la salle du trône, demandant aux soldats qui se tenaient devant la double porte si l’empereur Malark était là et surtout disposé à bien vouloir communiquer avec eux.

« Nous allons signaler votre présence. Si vous voulez bien patienter. »

Ce n’est pas comme s’ils pouvaient vraiment proposer autre chose, de toute façon. Attendant que le soldat revienne, celui-ci indiqua que l’empereur voulait bien les rencontrer. Pourtant, en le voyant en face à face, il était difficile de prétendre que l’empereur était ravi de les revoir tous les deux.

« Tery Vanian, Manelena ? Je ne t’appellerais pas reine en ces lieux, tu dois te douter. »

« Oui, j’ai plutôt compris ma position en vue de ce qui s’est passé hier. » répliqua la femme aux cheveux argentés, agaçant presqu’aussitôt l’empereur.

« J’ai appris ce qui s’est passé. C’est malheureux mais c’est plus fréquent que ce que l’on croit. Cela est dommage que ça soit arrivé sur l’un de vos camarades. »

« Ce n’est pas vraiment ça le problème, empereur Malark. Le souci résiderait plutôt dans le fait que cela risque de devenir de plus en plus flagrant. On ne peut pas considérer nous ouvrir vers la surface si des personnes qui en sont issues se font dévorer. »

« Comme tu le sais bien, ici, seule une loi peut régir les autres. »

« Celle du plus fort, empereur Malark. Mais ce n’est pas comme cela que les démons pourront finir par s’ouvrir aux autres races. »

« Tery Vanian, nous en avons assez discuté. Il est impossible de changer la mentalité d’une race juste parce que tu le désires et en quelques semaines. Cela prend des années voire des décennies. Surtout quand la dite race a été scellée et enfermée dans ce monde souterrain à cause de deux divinités. Est-ce que tu pensais vraiment que tout se passerait aussi aisément que ça ? Tu n’as pas imaginé que cela pourrait se produire ? »

« Je ne pensais pas que… enfin… Vous étiez au courant et vous n’avez rien fait ? »

« Je n’ai pas à réparer les erreurs d’autrui. Tu es le seul responsable de tes actes, Tery. Et avant que la reine de Shunter ne prenne la parole, ce qui semble la démanger, j’ai bien précisé de ses actes, non pas de ceux commis par les démons de la capitale. Cela est ancré dans leur sang et Tery devait s’en douter lui aussi. »

« Ce n’est pas une question de doute mais de… »

« De désir de voir le monde évoluer dans le bon sens, que cela soit du côté des surfaciens ou des démons, je le sais parfaitement, Tery Vanian. Mais le monde ne tourne pas forcément dans le sens que l’on désirerait. Il faut que tu te rentres ça dans le crâne. Tu as pourtant bien vu et même vécu cela, non ? Est-ce que toutes ces tentatives d’assassinat sur ta personne ne représentaient donc rien ? »

« Pas de ma faute de lui dire d’arrêter de croire que le monde est tout gentil et rose bonbon mais qu’importe ce que je dis et ce que je fais, il ne veut pas changer. »

Pour la première fois, l’empereur semblait comme amusé par les propos de Manelena, visiblement satisfait de voir que la jeune femme aux cheveux d’argent étaient d’accord sur son point de vue, ce qui lui faisait comprendre que malgré son timbre de voix provoquant lorsqu’elle s’exprimait, elle avait les caractéristiques d’une membre de la famille royale.

« Tery, les morts, ça arrivera tous les jours, que tu le veuilles ou non. En restant en plein coeur d’un endroit où plus tu es de sang noble, plus tu as de pouvoirs et de droits, ce ne sont pas les étrangers qui vont avoir le plus d’avantages. Toi, peut-être que tu n’as pas grand-chose à craindre, du moins, disons que tu auras moins de soucis que d’autres puisque de ce que j’ai compris, ça n’a pas empêché certains membres de la famille royale de vouloir t’éliminer. Héraisty, y a aussi des chances qu’elle soit tranquille. Son métier de renifleuse royale reste des plus importants mais à côté, son existence ne met pas en danger les bases même de la société formée par les démons. On ne sait pas même pas si elle est issue d’une origine assez haute parmi la noblesse ou non ! Mais les démons qui nous accompagnent ? De ce que j’ai compris, ce sont des démons désavoués par leurs familles pour la grande majorité d’entre eux. S’engager dans cette expédition, c’était leur permettre d’obtenir un peu de gloire et de se faire valoir aux yeux de leurs parents, proches et relations ! Je suis certaine que tous savaient que ça n’allait pas forcément bien se finir comme histoire. Mais est-ce que tu as entendu une complainte de leur part ? Non, ils étaient plus lucides que toi. La seule chose qu’il aurait mieux valu faire, c’est prévenir les surfaciens à ce sujet mais ça, tu n’y as pas pensé et j’ai manqué de vigilance. »

Elle avait parlé, beaucoup parlé même. Peut-être trop à son goût. Mais l’empereur avait eu la décence de ne pas lui couper la parole et Tery semblait comme affligé par les propos de Manelena. Les épaules affaissées, il finit par murmurer :

« Donc au final, ce que tu dis, c’est qu’importe ce que je fais, ce monde restera toujours aussi pourri, que ça soit à la surface que souterrain ? »

« Ce n’est pas ce que j’ai dit, Tery. Tery ? Hey ! » dit-elle en voyant que le jeune homme tournait le dos à l’empereur et à elle-même.

« Je vais juste aller prendre un peu l’air. Pardonnez-moi, empereur. »

« Tu es tout excusé, Tery Vanian. Sache néanmoins que tu n’es pas le seul à avoir cette vision même si tu manques de lucidité. »

« Pardon du dérangement encore une fois, empereur Malark. »

« De futures lois sont en préparation pour parler de ce que nous allons faire par rapport à l’arrivée des surfaciens. Néanmoins, je dois te prévenir : Il ne faut pas espérer que cela soit en leur faveur. De nouvelles règles seront annoncées. »

« Je vais aller le rejoindre. Empereur Malark. »

Manelena s’était brièvement inclinée devant le monarque, sentant qu’elle n’avait pas à continuer une conversation qu’elle trouvait assez déplaisante à la base. Retrouvant Tery bien vite, celui-ci avait toujours la tête baissée, marmonnant quelques mots, plus comme pour les baragouiner qu’autre chose :

« Inutile de toute façon, ça sert à rien. Je fais tout ça pour rien… »

« Tery, je préfère que tu arrêtes de te morfondre plutôt que de te voir dans cet état. »

« C’est facile pour toi de dire ça, Manelena. Tu n’as pas à devoir supporter l’échec constant de tes tentatives pour améliorer le monde. »

« C’est en se relevant de ses échecs que l’on fini par progresser, Tery. »

« De bien belles paroles. Ou alors, on peut voir ça comme ça. Chaque nouvel échec ne fait que t’enfoncer plus profondément. »

« Ah… Bon, qu’est-ce qui te ferait aller mieux, Tery ? » demanda t-elle en désespoir de cause, Tery s’arrêtant dans sa marche, les yeux émeraude se posant sur elle.

« Rien du tout ? Est-ce que cela te convient comme réponse, Manelena ? Je vais juste chercher un coin tranquille et réfléchir à comment rendre le monde meilleur… tout en envisageant les pires crasses dont seraient capables les personnes avec un peu d’intelligence. Vu que c’est dans le sang de chacun de plus vouloir faire souffrir l’autre que de l’aider et l’apprécier. »

« Je vois. Qu’importe ce que je te dirais, tu feras la sourde oreille. Alors bon, je ne sais pas pourquoi je vais perdre mon temps à discuter. Allons donc trouver un banc ou autre. »

« Hmm ? Mais je viens de te dire que je voulais être… »

« Tu n’as pas dit que tu voulais être seul, juste un endroit tranquille. »

Elle venait de lui couper la parole et il comprenait que ça ne servait à rien de discuter. Elle n’allait pas le laisser seul, surtout pas dans cet état. Le jeune homme poussa juste un petit soupir, fatigué et usé par les évènements. S’installant sur ce qui semblait être un banc, la mine assombrie, le jeune homme sombra dans le silence, Manelena faisant de même. Elle allait se montrer patiente… comme à son habitude avec Tery.

Chapitre 13 : Preuve de faiblesse

Chapitre 13  : Preuve de faiblesse

« Hmm… Comment s’est passé ta nuit, Manelena ? »

« Plutôt bien, pas un bruit, personne pour venir me déranger, rien de tout cela. Bref, j’ai dormi comme une souche et ce n’était pas déplaisant. »

« Hmm, tant mieux. Je dois avouer que je n’ai pas trouvé le sommeil aussi aisément. »

« Â cause d’hier, c’est cela ? » dit-elle dans une question qui se voulait légèrement rhétorique, le jeune homme hochant à peine la tête. « Tu n’as pas à t’en faire. Si quelque chose se produit ou se passe, nous serons alors mis au courant et nous pourrons réagir en conséquence. Continuer à s’inquiéter ne mènera à rien de bon. »

« Ce n’est pas des plus rassurants, Manelena. »

« Et cela, est-ce que ça te rassure ? » dit-elle en venant déposer ses lèvres sur la joue de Tery, l’embrassant brièvement. Il la regarda, interloqué par son action. « C’est comme ça que se saluent les amis proches, non ? Du moins, lorsqu’ils se retrouvent le lendemain. »

Pourquoi est-ce qu’elle posait la question ? Elise et… Clari dans le passé, agissaient de la sorte mais elle ? Ce n’était jamais le cas. Du moins, pas de cette manière. Et donc, le voilà complètement immobile, Manelena claquant des doigts devant ses yeux pour le faire réagir avant de finir par marmonner :

« Je savais bien qu’il ne fallait pas que je fasse ça ! Ça m’apprendra à… »

C’était maintenant elle qui s’arrêta dans ses paroles, Tery venant lui rendre la pareille. Malgré qu’elle laissait paraître un visage qui se voulait le plus neutre possible, une légère rougeur anima ses joues alors qu’il murmurait :

« C’est exact, Manelena. Bonjour à toi aussi. »

« Comment est-ce que tu vas de ton côté ? Enfin, à part ce sommeil pas si réparateur que ça en fin de compte, tu vas… bien ? »

« Ah, j’ai envie d’aller voir les autres démons, Héraisty et tout cela. Savoir comment cette première nuit s’est passée. Tu veux bien m’acccompagner ? »

« Même si tu ne voulais pas que je t’accompagne, tu aurais été obligée de me supporter. Désolée pour toi mais je ne le suis pas. »

Ah, elle avait retrouvé du mordant, comme à son habitude. Il ne cacha pas le petit sourire amusé qu’il avait aux lèvres avant de se remettre en route… pour aller prendre le petit-déjeuner dans la cantine. Bien entendu, ce n’était pas parce que Manelena était une reine à la surface qu’elle allait avoir un traitement de faveur. Et Tery, bien qu’il était le chevalier personnel d’Elise, n’allait pas manger à la même table que l’empereur.

« Tu verras, nous ne sommes pas si mal logés que ça quand même, non ? Déjà que tu as une chambre personnelle et je… »

« Je ne crois pas m’être plainte de ma situation, Tery. Tu sais, j’étais une simple soldate avant d’être maréchale. Tu penses vraiment que mon père approuvait mes actes ? »

« De ce que je sais au sujet de l’ancien roi de Shunter, je ne suis même pas sûr qu’il s’intéressait vraiment à ce que tu faisais. »

« Ce n’est pas faux, malheureusement. Enfin bref, tout ça pour dire que j’ai quand même mangé à la même table que d’autres soldats. Encore récemment, je ne fais pas de différence entre moi et les soldats. »

Il le savait parfaitement, c’était bien pour cela qu’il ne faisait pas plus de remarque. S’installant à table à la droite de Manelena, les deux personnes discutèrent, l’air de rien, observant à peine les regards dédaigneux de certains soldats. Dire qu’avant son retour avec les prisonniers, il avait réussi plus ou moins à calmer le jeu.

Malheureusement, il semblerait que cela n’avait pas duré assez longtemps. C’était triste mais bon, il ne pouvait rien faire contre ces personnes bien pensantes qui considéraient que ceux qui n’étaient pas d’accord avec elles étaient dans le tort. Et tout cela quitte à le prouver d’une manière assez violente.

Enfin, de ce côté, la violence, depuis que la femme golem avait éliminé le démon qui avait tenté de l’assassiner, cela avait permis de montrer aux autres qui espéraient le blesser pendant l’entraînement, qu’il valait mieux ne pas le prendre à la légère. D’ailleurs, la femme faite de pierre noire avait été des plus calmes depuis qu’il y avait Manelena. Elle les suivait, sans rien faire de plus. Mais elle semblait comme… heureuse que Manelena soit là.

« Dis moi d’ailleurs, bon, là, il n’y avait pas d’endroit spécifique vu que nous dormions dans des tentes sur le chemin mais… Clari dort toujours avec toi ? »

« Toujours. C’est comme mon ange gardien. Sans elle, je crois que je serais mort depuis déjà quelques mois. Je ne t’ai pas raconté ? »

« Je ne suis pas certaine. Malgré que nous avons passé pas mal de temps ensemble ces derniers temps… étrangement, nous n’avons jamais discuté de tout ça. »

« Peut-être que je ne voulais pas me lancer dans le sujet, ça se peut aussi. Enfin bref, je vais te raconter plus ou moins ce qui s’est passé. »

Et surtout, cela ferait un petit sujet de conversation avant qu’ils n’aillent voir les autres démons. Sur le coup, il n’allait pas omettre le fait qu’il dormait avec Elise, du moins, pas tout le temps et pas pendant cet évènement. Bien entendu, il s’était attendu aux grognements de Manelena mais surtout, il expliquait ce dont Clari était capable de faire.

« Je me suis toujours demandé… pourquoi est-ce qu’elle est aussi « vivante », Tery. Dans tes livres, rien ne parle de tout ça ? »

« Pas le moins du monde. Comme souvent, c’est juste pour créer différentes sortes de golem mais celui-ci, de base, il n’était pas prévu. Je ne pensais pas que je serais capable de donner vie à un golem permanent qui semble indestructible. »

Hum hum. Et elle en savait quelque chose. Elle avait été obligée de se confronter à Clari et cela n’avait pas été une partie de plaisir. Elle se rappelait aussi comment elle avait créée, la rage qui animait Tery et… en le regardant, là, maintenant, elle ne savait pas quoi penser.

Oui, il semblait totalement innofensif même si elle savait que ce n’était pas le cas. Elle sentait que le poids des années commençait à être trop lourd pour les épaules de Tery. Tery n’était pas quelqu’un de combattif, qui cherchait vraiment à montrer que la force avait loi. Non, c’était tout le contraire. Il avait toujours essayé de dialoguer auparavant, la majorité du temps. Maintenant ? Elle ne savait plus.

Le repas étant terminé, Tery et elle se dirigèrent vers la demeure d’Héraisty. Même si Manelena ne l’appréciait pas spécialement, pour une raison obscure que Tery ne voulait pas savoir, la démone restait vraiment adorable aux yeux de ce dernier. Pourtant, lorsqu’ils toquèrent à la porte et qu’elle ouvrit, ils sentaient que quelque chose clochait.

« Tery ! Manelena ! Vous êtes venus me chercher après avoir appris la nouvelle ? »

« Quelle… nouvelle ? » demanda Tery en la regardant avec interrogation, Manelena faisant de même, toute aussi étonnée que le jeune homme.

« Oh, d’accord. Je vois, vous nétiez pas au courant donc. Je crois que je vais devoir vous expliquer en chemin. Si vous voulez bien attendre que je me prépare un peu. »

Se préparer ? Ils allaient où ? Visiblement, c’était déjà décidé qu’ils n’allaient pas rester chez Héraisty mais à part ça, silence complet. Et d’après le ton employé par Héraisty, cela semblait assez grave. Quelques minutes passèrent et ils étaient tous les trois maintenant dehors, Héraisty au milieu de Tery et Manelena.

« J’ai appris qu’un assassinat avait eu lieu cette nuit. Quelque chose de vraiment horrible. J’ai été appelée dans la matinée mais je n’étais pas sûre que je devais m’y rendre seule. Heureusement que vous êtes passés, je ne voulais pas… sortir de chez moi, j’étais inquiète. »

« Mais inquiète à quel sujet, Héraisty ? Et puis, tu as parlé d’un assassinat. »

« Oui, Tery. Onos, tu te rappelles de lui ? »

Onos ? Il avait entendu le nom parmi les nombreux démons qui les accompagnaient mais à part cela, il ne pouvait pas vraiment prétendre le connaître. Pourtant, il venait d’hocher la tête positivement comme pour chercher à rassurer Héraisty.

« Je vais nous emmener sur les lieux du crime. Je suis habilité à pouvoir m’y rendre et avec toi à mes côtés, Tery, je suis certaine qu’on nous donnera plus d’informations. »

« Mais attends, Onos, il ne faisait pas partie de ceux qui avaient un « prisonnier » avec lui ? »

« Si si, une prisonnière même. De ce que j’avais cru comprendre, il s’était proposé pour elle et disons qu’ils… étaient assez proches, de ce que j’ai cru comprendre. »

« Cétait une soldate de Shunter, Tery. Viviana, si je ne me trompe pas. »

Le fait qu’elle parle d’elle au passé montrait que la femme aux cheveux argentés n’avait que peu d’espoir sur la santé de la dite-soldate. Le regard froncé, elle continua de suivre Héraisty, non-loin de Tery, jusqu’au lieu du drame. Contrairement à ce que le jeune homme pensait, il n’y avait que peu de curieux, la majorité des démons semblant en avoir rien à faire de ce qui s’était passé.

Et pour cause, le jeune homme vint déglutir en voyant l’état des deux cadavres au sol. Il reconnaissait vaguement les deux êtres allongés par terre, du moins, ce qu’il en restait. Car oui, la soldate semblait avoir été souillée par son agresseur ou ses agresseurs … mais à moitié dévorée en prime. Le démon avait eu la « chance » de ne pas avoir subi la première partie de l’agression même s‘il lui manquait la moitié du corps à lui aussi.

« On connaît les coupables ou… » commença à dire Manelena, son regard rubis se portant sur les passants, certains ayant un petit sourire aux lèvres.

« Il vaut mieux ne pas s’attarder sur leurs corps, Manelena. Tery ? Qu’est-ce que tu fais ? »

« Je ne vais pas laisser deux cadavres au beau milieu de la rue ! Ce sont des… compagnons. Il faut au moins qu’ils soient enterrés et… »

« Tery, je vais juste te demander d’être fort… et de ne rien faire, s’il te plaît. »

Le ton de Manelena se voulait froid et sec mais il sentait une pointe de colère. Il la regarda en écarquillant les yeux, ne comprenant pas ce qu’elle voulait dire. Enfin si, il comprenait mais il ne voulait pas comprendre !

« Manelena, tu es vraiment en train de me demander de les abandonner ? »

« Nous ne pouvons pas faire autre chose. Ces démons pathétiques attendent que cela nous affecte mais il vaut mieux faire comme si de rien n’était. »

« Je suis d’accord avec elle, Tery. Même si Manelena n’est pas une démone, elle a très vite compris comment se passe notre mode de vie dans les plus basses sphères du monde souterrain. Nous serions bien mieux à juste prévenir les autres de faire très attention. »

« Et tu crois vraiment que je vais laisser passer ça ? Alors qu’ils ont assassiné, non, c’est même pire, vous avez vu ce qu’ils ont fait à Viviana ?! »

« Je le sais très bien, Tery. Mais tu ne peux pas t’en prendre à toutes les familles nobles de la capitale pour espérer trouver celle responsable de ce crime. »

« Et donc, on ne doit rien faire, c’est bien ça ?! »

« Tery, je n’ai pas dit une telle chose. Simplement, Héraisty, il y a de fortes chances que tu ne sois pas ciblée dans tout ça, tu l’as compris ? »

« Oui, Manelena. Ils vont s’en prendre aux démons qui ont décidé d’avoir des prisonniers avec eux. Ils veulent goûter à cette « nouveauté » et cette fraîcheur. Cela ne m’est jamais venu à l’esprit, je dois le reconnaître. »

« Donc ce que nous allons faire, Tery, maintenant, si tu veux bien te calmer, nous allons nous préparer à prévenir tout le monde. Héraisty, je ne connais pas vriament les démons et tout le reste, tu veux bien alors te charger de ça ? »

La renifleuse royale prit une profonde inspiration. Malgré ce qu’elle disait, elle était affectée tout autant que Tery, jetant un nouveau regard aux deux cadavres. Elle murmura :

« Pas de soucis, Manelena. Oui, je connais plus ou moins chaque famille qui a un prisonnier avec elle. Je vais leur transmettre ce qui s’est passé, s’ils ne sont pas déjà au courant, pour qu’ils puissent alors se préparer à réagir en conséquence. »

« Merci bien. Tery ? Nous allons rentrer au palais mais, avec ce que tu m’as dit hier, nous ne serons pas plus en sécurité, c’est bien ça ? »

« Pas le moins du monde. Ils peuvent rentrer dans le château de l’empereur, d’une façon ou d’une autre. L’empereur lui-même, je ne crois pas qu’il nous aidera. »

« Rien d’étonnant. La loi du plus fort est la meilleure, c’est ce que je crois remarquer ici. Ou alors, la loi du plus vil. J’imagine que cela doit dépendre de la façon dont on prend toute cette histoire. Bon… Ce fût bref, Héraisty, mais moi et Tery, nous allons retourner au château. »

« C’est normal. Nous ne sommes plus en sécurité ici. Tery ? Est-ce que tu pourras voir avec le monarque pour nous renvoyer en mission le plus tôt possible ? Avec moi… s’il te plaît. »

« Il est hors de question que je te laisse en arrière, Héraisty. Pas dans cette capitale. »

« Merci, Tery. »

Et sans un mot de plus, elle vient l’enlacer dans ses bras, restant ainsi pendant quelques secondes qui durent une éternité aux yeux de Manelena qui finit par lever ces derniers vers le plafond de pierre. C’est vraiment sinistre l’absence de ciel.

« Je n’aime définitivement pas ce monde souterrain… pour le moment. Et ce n’est pas avec e qu’ils viennent de faire qu’ils vont me permettre de l’apprécier. »

Elle avait marmonné ensuite quelques paroles incompréhensibles, Tery finissant par inciter Héraisty à le relâcher. Il l’adorait comme démone, ça ne faisait aucun doute.

« Je vais quand même voir si je ne peux pas avoir une prisonnière ou un prisonnier moi aussi. Je ne sais pas, me sentir seule chez moi, avec tout ça, je ne suis pas rassurée. »

« Mais si tu fais ça, tu risques d’être prise comme cible, Héraisty ! »

« Je le sais, Tery. Mais au moins, je ne serais pas seule. On se revoit demain alors ? »

Elle ne lui laissa pas tellement le choix. Après avoir posé sa question sans attendre de réponse, elle était déjà partie, comme si de rien n’était, laissant seuls Tery et Manelena. Celle-ci vint prendre la main de Tery dans la sienne, le forçant à la suivre pour reprendre le chemin vers le château. Elle était vraiment de mauvaise humeur sur le coup.

Et sur le chemin du retour, aucun ne chercha à converser avec l’autre. En même temps, qu’est-ce qu’ils pouvaient espérer dire ? Ils venaient de voir deux cadavres de personnes qui pouvaient être considérées comme « proches » ces dernières semaines ? Oh, des morts, en ayant été dans une armée, ce n’était pas la première fois… mais là, ils n’étaient pas sur un champ de bataille.

Ils étaient dans la capitale des démons, un endroit qui, normalement, devait être sécurisé ! Et ce n’était pas du tout le cas ! C’était tout le contraire ! Ils risquaient plus de se faire tuer qu’autre chose en restant dans un tel lieu. Finalement, lorsqu’ils arrivèrent au château, la main de Tery serra avec plus d’insistance celle de Manelena avant qu’il ne dise :

« Ce soir, Manelena, si cela ne te dérange pas, je voudrais plutôt… que tu dormes avec moi. Clari pourra veiller sur nous et surtout, je me… sentirais mieux. »

« Tu as besoin d’une nourrice pour te border, Tery ? Ah… Bon, c’est d’accord. »

Il ne s’était pas attendu à ce qu’elle accepte aussi rapidement mais il la remercia d’un petit hochement de tête. S’il n’avait pas besoin de s’expliquer pourquoi, cela lui faisait gagner un temps des plus précieux et il poussa un soupir de soulagement.

« Par contre, je te préviens, Tery. Tu ne vas pas t’imaginer des choses, d’accord ? »

« Ça ne sera jamais le cas, Manelena. Je ne vais pas profiter de ta personne, loin de là. Je ne suis pas comme ça, tu devrais pourtant le savoir. »

« Oui, c’est bien dommage d’ailleurs. »

« Hein ? Tu as dit quelque chose, Manelena ? »

« Rien du tout. Préparons-nous pour le reste de la journée et allons ensuite nous coucher. Clari va vraiment dormir en nous surveillant ? Elle ne va rien faire d’autre ? »

« Bien sûr que non. Qu’est-ce que tu voudrais qu’elle fasse précisément ? »

« Je ne sais pas, elle ne vient jamais te déranger pendant que tu dors ou autre ? C’est Clari quand même non ? Elle n’a pas son caractère ? »

« Je dirais que si mais… tu sais, c’est une femme-golem. Elle ne sera jamais réellement Clari, qu’on le veuill et qu’on le désire. C’est tout simplement impossible de ramener les morts à la vie, c’est pour cela que je veux éviter absolument que mes proches soient blessés. »

Elle avait lancé un sujet un peu fâcheux, elle le savait parfaitement. Elle le regarda alors qu’il faisait une petite mine dépitée. C’est vrai, le sujet restait toujours aussi douloureux aux yeux de Tery. Elle reprit d’une voix qui se voulait douce, ton inhabituel chez elle :

« La seule chose dont je suis certaine, c’est que malgré ce que tu dis, Clari est toujours là. Sous une autre forme mais aucun golem connu depuis des siècles n’avaint une apparence aussi parfaite et humaine, Tery. Je suis certaine que… même à l’intérieur de ce corps, ce n’est pas juste un amas de roche mais tout un travail d’orfèvre. »

« Un travail d’orfèvre ? Co… Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »

« Eh bien, je suis certaine qu’à l’intérieur de Clari, il y a une multitude d’organes fait de pierre. Tu n’as jamais remarqué que les yeux de Clari peuvent t’observer ? Et ne sont pas figés dans la pierre ? »

Hein ? Il ne s’était jamais posé la question, c’est vrai. Maintenant, il se tourna vers la femme-golem, la regardant en face. Elle avait bien des yeux de pierre mais, en faisant un pas de côté, les yeux suivaient sa personne. Ce qui voulait dire que c’était bien deux sphères qui composaient les yeux et ce n’était pas un simple « morceau » de roche qui représentait chaque œil. Il cligna des yeux, murmurant :

« C’est impressionnant, Manelena ! »

« Ca l’est et tu ne te rends pas compte de ce que tu as fait comme prouesse. D’ailleurs, il te faudra aussi me parler de ce que les démons pensent des golems par ici aussi. J’imagine que ça nous fera un sujet de conversation pour la nuit. »

« Ah oui, discuter dans le lit ? Pourquoi pas. »

C’était même une bonne chose. Il sera moins anxieux que maintenant. D’ailleurs, savoir Manelena à ses côtés, il avait du mal à mettre de l’ordre dans ses sentiments à l’heure actuelle. Il n’avait aucune idée de comment il devait réagir maintenant qu’il savait qu’elle allait dormir avec lui.

Enfin bon, avec tout ça et avec ce qui s’était passé par rapport à cet assassinat, il n’aura pas le temps de se reposer. Le reste de la journée se déroula aisément, comme si de rien n’était puis vint le moment où… il allait devoir dormir avec Manelena. D’ailleurs, comment est-ce qu’elle… oh… Oui, c’est bon. Lui-même s’était déjà préparé pour dormir avec juste un pantalon de toile et rien en haut.

« Qu’est-ce que tu espérais, Tery ? Que j’allais porter une nuisette ou quelque chose du genre ? Je ne suis pas en sécurité ici. »

D’accord mais bon, elle portait elle aussi un pantalon de toile et une chemise qui était un peu trop tirée par ses formes. C’est vrai. Il oubliait parfois que Manelena, sous son armure assez épaisse et noire, avait un charme féminin assez prononcé. Enfin, disons un charme égal à sa taille. Il détourna les yeux alors qu’elle finissait par s’installer dans le lit, à côté de lui.


Elle jeta un bref regard à la femme-golem, celle-ci étant parfaitement immobile, à côté de la fenêtre de la chambre. Même s’il ne lui avait rien dit, Clari avait pris cette position pour éviter qu’un nouvel attentat n’arrive par cet endroit. De plus, il suffisait alors de jeter un bref regard sur la porte pour qu’elle puisse agir là aussi.

Manelena le secoua légèrement de l’épaule, lui demandant s’il était toujours motivé à parler avant d’aller dormir. Il signala que oui, les deux personnes commençant à évoquer quelques petites anecdotes chacun de leur côté, à l’époque où ils étaient séparés. Même si cela avait duré un peu trop longtemps aux yeux de chacun, ils voulaient en parler. Et cette nuit-là passa bien plus rapidement que l’un et l’autre l’avaient prévue.

Chapitre 12 : De simples prisonniers

Chapitre 12  : De simples prisonniers

« Je n’aime pas l’idée de l’empereur, surtout après notre discussion. »

« Pourtant, c’est un choix viable. Nous sommes des étrangers aux yeux des êtres qui vivent ici depuis des générations, Tery. »

« Ça ne change pas que je n’approuve pas cette idée, Manelena. »

Il avait retrouvé sa chambre. Il ne savait pas pour combien de temps il allait rester ici avant de repartir vers la surface, voulant absolument retrouver les autres, mais pour l’heure, il avait un autre souci en tête. L’empereur ne pensait pas à mal, loin de là. Mais…

« Je n’aime pas l’idée de te constituer prisonnière comme tous les autres membres de l’armée. C’est juste comme ça et pas autrement. »

« Il faut que tu vois ça d’une autre façon. En nous constituant prisonniers, nous montrons par là aux autres démons qui habitent la capitale que nous ne voulons pas prendre leur place. C’est bien là le souci : les gens détestent perdre ce qui leur est acquis. Pas besoin d’être un démon pour penser de la sorte. »

« Mais comment je vais devoir expliquer à ceux qui nous accompagnent depuis le début qu’ils sont maintenant considérés comme des prisonniers… politiques ? »

« Hmm, de ce que tu m’as dit concernant notre « état », nous n’allons pas vraiment finir dans un cachot, non ? Nous devons rester auprès de l’un des membres de la troupe qui nous a emmenés ici et nous ne pouvons pas nous déplacer seuls et librement dans la capitale. Ainsi, chaque démon qui était avec vous va se retrouver à s’occuper d’un soldat de la surface voire plusieurs. Je pense qu’il y a pire comme traitement. »

« Je n’avais pas envisagé ça comme ça. Mais donc, tu ne te sentiras pas vraiment prisonnière si tu restes à mes côtés ? »

« Hmm ? Qui a décidé que tu serais le démon qui serait en charge de ma personne ? »

Il cligna des yeux, cherchant à s’exprimer bien que la réplique de Manelena l’avait coupé dans son élan. Un peu abasourdi, il tente de retrouver une certaine contenance avant de se faire pincer la joue par Manelena qui a un petit sourire :

« Je plaisantais, Tery. Je sais que cela m’arrive rarement d’en rigoler mais tu devrais voir ta mine actuelle. Il est hors de question que ça soit quelqu’un d’autre qui veille sur moi. »

« Ah ! Euh… Tu m’as fait un petit peu peur, je dois avouer, Manelena. Et puis tu sais, faire de l’humour, ça te donne un certain charme puisque je m’y attendais pas. »

« … … … Tery ! Rah ! » s’exclama la femme aux cheveux argentés après quelques secondes, levant les yeux en l’air.

« Hey ! Qu’est-ce que j’ai dit de mal ? J’espère que je n’ai rien fait cette fois ! Je ne veux pas être fautif alors que pour cette fois, je ne pensais à rien de mauvais ! »

« Il faut parfois savoir se taire, Tery. Dans certains moments, c’est beaucoup mieux. »

Mais maintenant, il veut se renseigner un peu plus sur le côté « prisonnier » qui va être mis en place pour Manelena et les autres soldats. Il veut être sûr que tout va bien se passer et que cela risque de ne pas dégénérer. Il veut être certain que rien de mauvais ne se produise.

« Manelena, est-ce que tu veux bien m’accompagner voir Héraisty ? Je pense qu’elle est au courant de comment la législation doit se dérouler. »

« Cette Héraisty, maintenant qu’elle n’est plus avec nous, je trouve que tu es assez proche d’elle, c’est moi ou je me trompe ? »

« Disons que si on ne prend pas en compte Elise, elle est sûrement la démone en qui j’ai le plus confiance. Son rôle de renifleuse royale a été très important et malgré les apparences, elle a beaucoup de connaissances. »

« Malgré les apparences ? Tu dis cela pour te protéger d’une quelconque colère non ? Car de ce que j’ai pu voir pendant notre voyage à ses côtés, elle est plutôt mignonne comme démone bien qu’elle semble avoir soif de savoir. »

Hahaha. Il avait un léger rire aux lèvres. Il voyait où Manelena voulait en venir. Il était vrai qu’Héraisty avait une question pour tout et lorsqu’ils étaient arrivés à la surface, elle avait montré un intérêt plus qu’important pour tout ce qui l’entourait.

« Je dirais bien qu’elle est comme une petite sœur qui a envie de découvrir le monde pour la première fois mais y a un souci dans mon affirmation. »

« Ah bon ? Laquelle donc ? Car je ne vois pas, personnellement. »

« Eh bien, une petite sœur est moins âgée que soi-même non ? Et je penche plus pour le fait qu’elle doit avoir le double de notre âge au minimum. »

« Hmm, elle me paraît bien jeune quand même. Et de ce que j’ai cru voir, les démons et les gens de la surface ont plus ou moins la même croissance jusqu’à l’âge adulte. Après, il semblerait que ça soit plus… Rah ! Ce que je veux dire, c’est qu’elle ne me semble pas aussi vieille que tu penserais le croire ! »

« Moi,ce que je me demande, c’est comment nous en sommes arrivés à cette conversation sur l’âge d’Héraisty alors qu’il me suffira de lui demander la prochaine fois. »

« Tu n’as vraiment aucune délicatesse envers les femmes, Tery. Je pensais qu’à force, au fil des années, tu comprendrais mais… demander son âge à une femme ? Même si c’est une démone, je pense que certains principes transcendent les races. »

« Je ne suis pas certain qu’une mékalarmienne s’intéresse vraiment à son âge. » rétorqua t-il bien qu’il voyait où elle voulait en venir. Elle haussa les épaules, l’air de rien. Les mékalarmiens étaient vraiment … à part dans ce monde. Et les gnomolds qui habitaient la région de Mékalarma devaient l’être tout autant. Ah… Enfin bon, ils allaient plutôt se renseigner sur le statut de prisonnier dans ce monde démoniaque.

Bon, ce statut de prisonnier, ce n’était pas la même chose qu’un démon d’une famille inférieure au service d’une plus haute famille. Est-ce qu’ils allaient être maltraités ? Mal considérés parmi les démons ? Et aussi, est-ce qu’ils allaient quand même pouvoir être libres de leurs déplacement ? Ce qui serait ironique vu qu’ils seraient des prisonniers.

Tellement de questions mais il n’avait aucune réponse à l’heure actuelle. Le jeune homme était plongé dans un petit conflit, se disant qu’il valait mieux faire une réunion des membres du groupe qui avait servi à l’expédition ainsi que des futurs « prisonniers ». Contrairement à ce qu’il pensait, tous semblaient très bien prendre cette nouvelle.

« Contrairement au terme utilisé, c’est plus comme s’ils étaient des hôtes chez nous. » signala l’un des démons, plus âgé que la majorité des personnes présentes.

« Des hôtes ? Comment cela ? »

« Eh bien, disons que oui, ils ne peuvent pas se promener seuls dans la capitale. Certains démons sont très… enfin, vous voyez ce que je veux dire. Ils se croient supérieurs aux autres. Mais à côté, ils logent chez le démon ou la démone qui décide de les héberger. Ils n’ont pas de chaînes, ils peuvent dormir tranquillement et en sécurité, ils sont nourris, logés, bref, comme s’ils étaient des amis de la famille. De mon côté, je vais pouvoir en prendre deux ou trois avec moi car j’ai assez de place pour les accueillir. C’est mieux que rien. »

« Donc oui, vous avez pas à vous en faire. De toute façon, de ce que j’ai compris, vous avez pas à vous inquiétez pour la reine de Shunter, elle va rester avec vous. »

« Oui, oui, bien entendu. Disons que de toute façon, je ne laissais pas vraiment le choix. »

Il avait juste dit ça comme ça mais en voyant le regard des autres personnes, il se demandait s’il n’en avait pas fait trop ? Et avec tout ça, heureusement qu’il avait pensé à inviter Héraisty pour cette conversation, vu qu’à la base, il partait pour aller la rencontrer uniquement elle mais bon, une réunion, c’était mieux.

« Je ne suis pas vraiment ta propriété, Tery, tu le sais, n’est-ce pas ? »

« Je le sais, Manelena. Je le sais. Ne t’inquiète pas, je fais bien la différence, oui ! »

« Il vaut mieux pour toi. La personne qui me mettra la corde au cou n’est pas prête d’exister. »

« Et celle qui te mettra la bague au doigt, non plus, c’est bien ça ? »

Il avait rétorqué cela aussi vite qu’elle avait répondu, Manelena le regardant avec un peu de dépit… et de déception. Oups, il avait été peut-être un peu trop direct et dire qu’il voulait juste la titiller ! Il bredouilla :

« Pardon Manelena, je ne le pensais pas le moins du monde, tu le sais. »

« Oui, oui, bien entendu, Tery. De toute façon, soyons honnêtes, qui voudrait m’épouser hein ? Qui serait assez stupide pour ça, n’est-ce pas ? Je ne suis pas vraiment le genre de femme que l’on peut fréquenter en pensant que tout ira bien avec elle. »

« Mais si, mais si ! La preuve, c’est que je suis avec toi depuis des années ! »

« Sans pour autant avoir envisagé de finir ta vie avec moi, Tery. Ah .. .Cette conversation est tout simplement stupide et ridicule. »

« Ben euh, je dois quand même avouer que ça m’a souvent traversé l’esprit quand même. Je veux dire, pourquoi pas ? Je te connais depuis assez longtemps pour me dire que non, ce n’est pas une mauvaise idée et que c’est même pas déplaisant. »

« Euh… Est-ce que l’on peut retourner sur le sujet principal, s’il vous plaît ? »

Les démons étaient visiblement un peu gênés de la conversation et cela se comprenait. Tery toussota un peu comme pour se donner une certaine contenance. Du côté de Manelena, celle-ci n’avait rien dit, rien fait, restant parfaitement immobile avant de se diriger vers un mur pour s’y adosser. Tery la regarda faire, espérant que la réponse lui avait convenu.

« Bon alors, au moins, vous me rassurez par rapport à tout ça. J’avoue que je n’ai pas encore l’habitude des us et coutumes des démons même si ça commence à faire un petit bout de temps que je suis parmi vous. »

« Y a pas de quoi, c’est normal que vous soyez inquiet, messire Tery. Certains démons d’une lignée noble n’hésitent pas à abuser de leur position. De notre côté, personne n’a à craindre grand-chose vu que nous nous connaissons depuis notre petit voyage. »

Héhéhé ! C’est vrai que durant cette petite session, ils avaient beaucoup discuté et combattu ensemble. Cela devait sûrement forger des liens. Ah, peut-être vraiment qu’il s’inquiétait pour pas grand-chose. Il poussa un petit soupir, finissant par déclarer :

« Bon, avec tout ça, peut-être que vous voulez déjà me dire qui va avec qui ? Du moins, tant que chaque démon a au moins une personne à sa charge et que tout le monde ne se retrouve pas chez le même démon. Vous en faites pas, Héraisty est excentrique mais pas méchante. Elle risque juste de vous parler pendant des heures et … AIE ! »

« Oups, désolée, Tery, je crois que mon pied a marché sur le tien ! »

Marcher ? Elle venait de lui écraser le pied oui ! Et sincèrement, ça ne faisait pas du bien ! C’était pas qu’il souffrait mais si ! Ouch ouch ouch ! Au moins, ça faisait rire les autres membres du groupe et tous comprenaient qu’il avait dit cela principalement pour tenter de se calmer plus que de calmer les autres.

« J’ai juste une question, comment est-ce que ça va se passer pour les autres démons ? »

« Les autres démons ? De qui est-ce que vous parlez ? »

« Ceux de la capitale. Vous avez dit que chaque « prisonnier » est relié à la famille qui l’héberge, plus ou moins, de ce que j’ai cru comprendre. Mais de ce que je sais, que ça soit via les relations extérieures ou au sein même de la famille, il y aura sûrement des problèmes qui vont se former non ? Tout le monde ne va pas rester là sans rien faire. J’en sais quelque chose… avec ce qui s’est passé avec la famille royale. »

« Ça sera à nous de protéger nos « prisonniers ». Il y a une part de responsabilité dans le fait de posséder un prisonnier. C’est pourquoi nous sommes autant responsables de sa sécurité que du reste. En même temps, cela veut dire que si un démon tente de s’en prendre au prisonnier d’un autre, la justice risque de ne pas apprécier cela. »

« Et malgré le fait que le prisonnier ne soit pas de la même classe sociale ? »

« Disons que cela concerne… la propriété d’autrui ? En quelque sorte, tu n’irais pas demander à la justice de trancher si quelqu’un venait ravager ta maison ? »

Tery entendit un grognement de la part de Manelena mais remarqua que visiblement, beaucoup de personnes de la surface réagissaient plus ou moins de la même manière qu’elle. Et même du côté des démons au final. Bref, cela semblait être un sujet assez… fâcheux.

« Dans le cas d’un esclave et d’un prisonnier, il « appartient » à la famille du démon. S’en prendre au prisonnier, c’est s’en prendre à la famille du démon. Après, il ne faut pas se mentir à soi-même. Dans de nombreux cas, la justice « occulte le sujet et fait comme si de rien n’était. J’imagine que c’est la même chez vous, non ? »

« Le fait que la justice soit surtout au service des puissants ? Vous en faites pas, c’est pareil partout. Dès qu’il y a du pouvoir en jeu, les lois ignorent superbement les plus faibles. »

C’était encore un petit soupir de dépit général qui se fit entendre. Â bien regarder les soldats démoniaques, il remarquait que la plupart d’entre eux n’avait pas vraiment une allure noble qui émanait d’eux. Il était certain qu’en les questionnant, il allait apprendre que la majorité d’entre eux était les derniers nés d’une famille noble ou alors les vilains petits canards de cette dernière. Mais bon, c’était un sujet personnel et ce n’était pas à lui d’en parler.

« Bon, au moins, avec tout ça, on va finir de voir qui va avec qui et ensuite, tout dépendra de la suite des évènements. Je ne peux pas parler au nom de l’empereur sans en avoir discuté avec lui auparavant. Il y a des chances que nous cherchions un autre chemin pour la surface. Et il ne faut pas oublier que nous avons des gens qui nous attendent là-bas. »

« Si seulement nous pouvions être en contact avec elles… »

Tery avait bien envisagé les lettres mais le monde souterrain était vraiment dangereux et il n’y avait que peu de chance que l’une de ces lettres ailées puisse arriver à destination. Entre les monstres et les démons qui dévoraient ces dit-monstres pour se transformer à moitié, les lettres n’arrivaient que rarement aux personnes auxquelles elles étaient destinées.

« Bon, maintenant que tout est fait, Tery, on peut y aller ? »

Manelena avait fini par revenir auprès de lui, le prenant par le bras pour le tirer à moitié et le forcer à se lever. Elle fit une petite salutation brève au reste des personnes présentes avant d’emmener Tery avec elle, Héraisty finissant par se lever à son tour pour les rejoindre.

« Hey, hey ! Manelena, pas besoin d’être aussi violente. Qu’est-ce qui te prends ? »

« Nous en avions fini avec eux, pas besoin de tergiverser plus longtemps. »

C’était lui ou elle semblait encore énervée ? Il pensait qu’avec ce qu’il avait dit auparavant, tout irait mieux mais il s’était peut-être trompé assez lourdement. Ça lui apprendra à vouloir trop bien faire. Alors qu’il allait ouvrir la bouche pour s’exprimer, Héraisty arriva derrière eux avant de dire dans un souffle :

« Eh bien, je ne pensais pas que ça se terminerait aussi vite ! Alors, comme ça, Manelena va rester avec toi, Tery ? »

« Disons que c’est pour le mieux. Elle reste la reine de Shunter, je préfère qu’elle soit dans mon champ de vision pour que rien de grave n’arrive. »

« C’est vraiment dommage. » murmura Héraisty en faisant une petite moue, Manelena clignant des yeux avant de dire d’une voix lente :

« Et pourquoi est-ce que c’est dommage ? Quel est le souci ? »

« Oh, je me disais que j’aurais bien aimé que Manelena vienne loger chez moi. Nous pourrions alors parler de la surface et de toutes ces choses ! Comment cela se passe la royauté à Shunter, le climat économique, et toutes ces choses. En tant que reine, elle n’a pas la même vision de Shunter que toi, Tery. »

« Je le sais bien mais je trouve ça presque un peu vexant, même si je n’arrive pas à expliquer pourquoi. Enfin bon, Manelena, qu’est-ce que tu… »

« Je vais rester avec toi, Tery. Héraisty, nous pourrons parler de tout ça même si je ne suis pas logée chez toi, non ? »

« Oui mais bon… C’est compréhensible ! Vous vous connaissez bien tous les deux. Et puis, ce n’est pas bien grave. Je crois que je vais voir pour plutôt m’occuper de tout ça d’un point de vue global. Il est vrai que je vis seule et qu’en plus, j’ai mon métier ! »

Cela sonnait plus comme des excuses mais Tery comme Manelena ne firent aucune remarque. Héraisty semblait assez déçue mais n’en montra pas plus, faisant juste un sourire aux deux personnes avant de signaler qu’elle allait repartir travailler. Après l’avoir saluée, Tery et Manelena se dirigèrent de leur côté vers le palais impérial.

« Bon, on peut dire que c’est plus ou moins résolu, non ? »

« Je dirais plus non que oui à ton interrogation. Ce n’est pas vraiment réglé. Il suffit juste de voir les regards que certains nous lancent. »

Hmm ? Les regards ? Il jeta juste un petit coup d’oeil discret autour d’eux tandis qu’ils continuaient leur marche. C’est vrai. Déjà à leur arrivée, il y avait bon nombre de démons qui montraient une certaine hostilité à leur groupe. Mais maintenant qu’ils étaient séparés et isolés, est-ce que tout allait vraiment se passer aussi bien que ça ?

« Qu’est-ce que je devais faire, Manelena ? Qu’est-ce que j’étais sensé faire ? Dis-le moi. J’ai l’impression qu’au final, qu’importe les responsabilités que l’on veut me donner, je ne serais jamais assez bon pour elles. Je suis complètement perdu ! »

« Hmm, il n’y a pas de bonnes ou mauvaises décisions sur le coup. Simplement, des fois, tu ne peux qu’accepter que tout n’ira pas forcément pour le mieux. C’est triste à dire mais tu ne dois pas oublier que tu ne peux pas régler les problèmes de tout le monde. Mais combien de fois je vais devoir te le dire pour que tu le comprennes, hein ? »

« Autant qu’il le faut, ah. J’ai maintenant… peur de ce qui risque de se passer. »

Peur ? Elle haussa un sourcil aux propos de Tery. Vraiment ? C’était juste maintenant qu’il le réalisait ? Elle plaça une main sur l’épaule du jeune homme, finissant par murmurer :

« Si tu es si inquiet, je peux rester à tes côtés pour veiller sur ta personne hein ? De toute façon, tu ne peux pas protéger tout le monde. Il faudra bien qu’ils apprennent à se défendre eux aussi. Et puis, je vais devoir aussi t’interroger, tu t’en doutes. »

« Hein que quoi ? Pourquoi est-ce que tu veux m’interroger ? »

« Il semblerait que l’idée de te marier à ma personne ne te dérange pas tant que ça, non ? »

La main posée sur son épaule était dénuée de gantelet métallique contrairement à l’habitude de la jeune femme. La main sur qui remontait doucement le long de l’épaule pour finir par poser un doigt sur la nuque de Tery.

« Bien sûr. Je ne… Je ne vais pas retirer mes paroles. Je… Je n’ai aucune raison de le faire. »

Brrr ! Il tremblait mais il ne savait pas si c’était de peur à cause de ce qui risquait de les attendre ou alors tout simplement de froid… ou autre chose. Pourquoi est-ce qu’elle se mettait à réagir de la sorte ?

« Et donc au final, ma présence n’est pas déplaisante, Tery ? Tu sais pourtant que je ne suis pas des plus faciles comme femme, non ? »

« Bien sûr que je le sais mais et alors ? Il faut accepter les bons côtés comme les mauvais. »

« Et quels sont mes bons côtés ? Et les mauvais ? »

« Euh, tu veux vraiment que j’aille faire une liste ici ? Au beau milieu d’une rue marchande ? Alors que nous allons retourner au château ? »

« Eh bien, nous avons encore un peu de route, n’est-ce pas ? Donc, tu vas pouvoir prendre tout ton temps pour m’expliquer mes défauts comme mes qualités. »

Euh… Il n’était vraiment pas très certain de saisir toute la personnalité de Manelena sur le coup. Mais au moins, une chose était sûre : elle était d’une humeur très… très… Le mot semblait ne pas vouloir apparaître dans ses pensées. Un adjectif qui ne semblait pas coller du tout avec la personnalité de Manelena : Charmeuse.

Car oui, la main avait fini par arrêter son petit jeu sur la nuque du jeune homme pour venir chercher les doigts de Tery et croiser les siens avec eux. Hmm, si cela lui permettait d’évacuer un peu son stress, il n’allait pas dire non.

Chapitre 11 : Traîtres

Chapitre 11  : Traîtres

« Vous avez compris, vous tous, hein ? Hors de question de laisser les démons derrière nous. Ce village n’a rien fait. Si les gnomolds sont présents, c’est bien parce qu’ils nous ont suivi. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser d’autres mourir pour nos erreurs ! »

Ce n’était pas vraiment un cri de guerre mais ce n’était pas ça le plus important. Le message était bien passé aux oreilles de tout le monde. Les fortifications étaient là, elles n’étaient pas des plus solides mais cela devrait faire l’affaire.

Mais en voyant le nuage de poussière qui commençait à se soulever, elle savait que les gnomolds arrivaient. Et visiblement, ils n’étaient pas là pour faire la conversation. Non, ils avaient aperçu le village et ils n’hésitaient pas un seul instant. En entendant les cris de guerre, qu’elle, Elen et Royan connaissaient pour les avoir si souvent entendus, elle eut un léger frisson. Dire que quelques temps auparavant, ils combattaient ensemble.

« On ne peut pas changer la nature profonde d’une créature. »

Il valait mieux se dire ça. En demandant à l’un des démons spécialisés dans la reconnaissance le nombre de gnomolds qu’il voyait, elle comprenait que les gnomolds étaient bien moins nombreux qu’eux. Mais voilà, si le nombre avait une quelconque importance, cela se saurait. Dans le cas des gnomolds, ils valaient bien plusieurs soldats entraînés. Du moins, s’ils étaient parmi les meilleurs de leur race.

« ATTENTION À CHAQUE MOUVEMENT DE LA PART DES ENNEMIS ! »

Oui, cette fois-ci, c’était Royan qui avait intimé l’ordre, tendant la main droite pour signaler que c’était l’heure de se préparer à la « réception » des dégâts qu’ils allaient subir. Il fallait juste que son armée comprenne que cela ne servait à rien de chercher à lancer une attaque avant qu’ils ne soient à portée.

D’ailleurs, le point qu’il ne fallait pas oublier, c’était la petite surprise qu’ils réservaient à ces gnomolds. Les premiers arrivèrent non-loin des fortifications de fortune … mais se retrouvèrent subitement engloutis par le sol, des pieux enfoncés dans leurs chairs. Malgré leur résistance propre aux blessures, la plupart des gnomolds tombèrent sans se relever.

Les autres ? Ils utilisèrent la magie pour se débarrasser des pièges, blessés salement pour certains mais toujours capables de se battre. Elise fit un petit claquement de la langue dédaigneux, marmonnant :

« Je pensais que nous en aurions eu bien plus de la sorte. Je me suis visiblement bien trompée à ce sujet, ça m’apprendra. »

« Nous en avons déjà éliminé une partie, Elise. Maintenant, il va falloir se préparer à la confrontation directe. Que ceux armés de boucliers passent devant les autres ! S’ils tentent de nous avoir à distance via des sorts, il faudra bien se lancer dans une confrontation directe. »

« Je vais m’en charger de mon côté ! Je vais guider nos gars ! Elen peut continuer ses attaques à distance non ? Avec son arc, elle peut faire pas mal de choses pour nous soutenir ! Et puis, elle n’est pas seule pour attaquer donc ça devrait passer ! »

Oui, ils pouvaient compter sur un soutien à distance alors qu’elle observait son épée et son bouclier. Ah… Dire que c’était avec ça qu’elle avait combattu aux côtés de Tery. Rien à redire, elle aimait Royan mais Tery lui manquait grandement.

Quittant les fortifications, accompagnée par de nombreux démons et soldats, elle s’élançait au contact des gnomolds. Finissant ceux qui avaient réussi à s’extirper des pièges, elle ne se privait pas pour les tuer, quitte à ce que ça soit dans le dos.

« N’hésitez pas à les tuer à plusieurs s’il faut ! Ce n’est pas le moment de faire dans le courage et dans l’honneur ! »

Oui, l’honneur, c’était bien… mais ce n’était pas ça qui permettrait de survivre dans un combat contre les gnomolds ! D’ailleurs, certains s’arrêtaient, surpris de la voir. Hmm, c’était bien ce qu’elle pensait. Ces gnomolds étaient au courant de leur présence dans ces lieux. Elle hurla en direction des gnomolds les plus éloignés :

« QU’EST-CE QUE VOUS FAITES ICI ?! LE PRINCE ROYAN A POURTANT DÉCLARÉ QU’IL N’Y AVAIT PLUS À ATTAQUER LES DÉMONS ! »

« Démone ! C’est la démone qui accompagne le roi de Traslord ! Ce sont des traîtres ! NE LAISSEZ AUCUN VIVANT ! »

D’accord. La conversation avait été aussi vite écourtée qu’elle n’avait été lancée. Elle se serait doutée que ce n’était pas des envoyés d’Ernold ou même des gnomolds comme ce Rokar. Ce dernier avait fait preuve d’une certaine intelligence contrairement à bon nombre de ses semblables.

Mais avec tout ça, elle surveillait les villageois qui se mêlaient à la bataille. Certains reculaient, effrayés, leurs armes tremblotant dans leurs mains. Il fallait s’en douter, ils n’étaient pas habitués à de telles créatures.

Il y avait bien des monstres plus horribles visuellement que les gnomolds dans le monde souterrain mais à la différence de ces derniers, ils n’avaient pas ce regard de prédateur haineux, comme s’ils étaient à l’origine même de ce sentiment de rage à leur encontre.

« Rappelez-vous ! Protégez un maximum de villageois même parmi ceux qui combattent ! Montrez-leur ce que vous valez ! »

En leur indiquant de se valoriser aux yeux des plus démunis, elle espérait exacerber légèrement leur vanité de noble … oh et leur côté un peu chevaleresque. Un soldat se devait de protéger les plus faibles, cela devrait être la norme. Mais que ça soit à la surface comme souterrain, les êtres les plus forts abusaient de leurs pouvoirs sur les plus faibles.

C’était pourquoi elle était là. Même si bon nombre de nobles ne la considéraient pas comme légitime au titre de princesse du royaume souterrain, aux côtés de son père l’empereur Malark, elle espérait montrer à ceux qui combattaient à ses côtés ce qu’elle valait… et que la noblesse n’était pas qu’un titre dont on se vantait… mais aussi des responsabilités.

« On dirait bien que j’ai pris exemple sur Manelena, moi. Je suis pas mieux que Royan. »

Un petit rire quitta ses lèvres au moment où elle enfonçait son épée dans le corps d’un gnomold, des flammes parcourant la lame pour faire flamber la créature poilue et bossue. C’est vrai ! Si Royan avait pris un peu exemple sur Tery, elle devait avouer qu’en ayant appris qu’elle était une princesse, le seul exemple qui lui venait à l’esprit était Manelena.


Et quel exemple hein ! Une poigne de fer, un coeur plus tendre qu’il n’y paraissait. Des décisions parfois dures mais nécessaires. Elle avait toujours montré que le bien de son peuple passait avant le reste, quitte à devoir prendre des choix difficiles comme avec son père. Même si dans ce cas précis, le destin… et deux foutus démons avaient décidé de s’en mêler.

Ces démons qui étaient responsables de toute cette histoire. Ah… Mais elle préférait voir le côté positif plutôt qu’une sale trogne de gnomold en face d’elle. Sans ça, elle n’aurait jamais découvert le monde souterrain, d’autres personnes comme elle. Jamais elle n’aurait connu ses origines, ni celles de Tery, bien que ces dernières restaient troubles.

« Mais quand on retrouvera Tery, tout ira définitivement pour le mieux. »

Tous ensemble, ils pourront régler la majorité des problèmes. AH ! Elle para le coup de hache d’un gnomold, sentant une lame d’air lui entailler la hanche assez salement. Elle n’avait pas fait assez attention ! Elle émit un grognement de colère, regardant le gnomold avant de laisser paraître quelques flammes autour d’elle.

« Ça va sentir le cochon grillé dans quelques secondes ! »

Tout son corps se retrouva parcouru par les flammes avant que son pied ne vienne décocher un coup dans l’entrejambe du gnomold. Outre la douleur primaire et propre à tout mâle qu’importe l’espèce, le coup était accompagné d’une flamme, faisant consumer là aussi l’homme-bête à l’intelligence sous-développée.

« Foutu gnomold, ça peut pas comprendre sa place hein ? Faut toujours que ça vienne chercher les embrouilles même quand je décide d’être tranquille. »

« PRINCESSE ELISE ! VOUS ALLEZ BIEN ?! »

Oh ? Un démon qui venait non-loin d’elle, ayant remarqué la blessure et le bref combat qui avait eu lieu. Hahaha ! Elle eut un léger sourire, elle le reconnaissait, avec ses écailles. C’était l’un des deux gardes démoniaques qui étaient restés avec eux lorsqu’ils avaient été séparé de Tery lors de cette tentative d’assassinat.

« Ça va, ne t’en fait pas. J’ai connu bien pire dans mon existence hein ? Comment se déroule la situation ? On s’en sort bien ? »

« On accuse quand même quelques blessés assez importants et même quelques pertes. Mais les soldats n’hésitent pas à se mettre à plusieurs sur un gnomold sauf que les gnomolds font de même de leur côté. »

« Ce qui veut dire qu’il faut absolument que personne ne soit isolé ! Si tu peux transmettre ce message à chaque soldat lorsque tu retourneras auprès des autres et… pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? Je n’ai pas dit de bêtise, non ? »

« Ah mais je ne vais pas pouvoir transmettre le message vu que je vais rester avec vous, princesse Elise. Vous avez bien dit de ne laisser personne isolé non ? »

« Rah bon sang, quand même, prendre les paroles de la princesse au pied de la lettre, tu exagères, tu sais ? Enfin bon, je veux bien que tu reviennes mais il faut quand même transmettre le message à tout le monde. »

« Oh, ça ne sera pas difficile à faire. » s’exclama le démon reptilien avant de provoquer plusieurs bourrasques autour de lui, faisant voleter les cheveux auburn de la demoiselle en arrière, lui arrachant un petit cri de surprise. « Voilà, c’est fait. »

« Hein ? Et comment ça ? Qu’est-ce que tu as fait exactement ? Je veux savoir ! »

« Oh, j’ai simplement utilisé le vent pour porter mon message aux plus proches soldats en leur disant de bien répéter ce dernier à un maximum de membres de notre armée. »

Elle le regarda d’un air dubitatif, se demandant s’il plaisantait mais en le voyant aussi sûr de lui, elle poussa un léger soupir avant de déclarer :

« Bon, on va dire que ça passe mais la prochaine fois, il vaudrait mieux que tu me préviennes quand tu fais un tel sort. Même si l’idée est appréciable, il faut le reconnaître. »

« Héhéhé, j’ai donc l’autorisation de protéger votre dos, princesse ? »

Il n’avait même pas besoin de poser la question. Elle se plaça dos à lui, regardant leurs adversaires. Un bref coup d’oeil et elle voyait que les soldats encore en vie et blessés se réunissaient par groupe de dix environ. Parfait.

Enfin, parfait reviendrait à n’avoir aucune perte mais dans le cas présent, il ne fallait pas faire la fine bouche, surtout qu’elle pouvait voir que les rares villageois qui les accompagnaient, étaient au centre des cercles formés par les soldats. Pour autant, à voir cette lueur dans leurs yeux, elle comprenait qu’ils avaient ce même esprit combatif que les soldats. Oui, elle était très satisfaite de la tournure des évènements.

« J’imagine que je devrais vous remercier pour le travail accompli, n’est-ce pas ? »

Elle avait ce petit sourire mutin aux lèvres, remarquant l’air perplexe dans dans les yeux du gnomold qui lui faisait face. Héhéhé ! Bien entendu, il ne comprenait rien à ses paroles mais ce n’était pas bien important. Elle lui fit un clin d’oeil avant d’ouvrir la bouche, crachant un souffle enflammé, digne des flammes d’un phénix, le gnomold poussant un hurlement strident, courant vers elle, toujours en flamme, son fléau en main.

« Oh mince, il était plus résistant que les précédents, lui ! »

« S’il veut bien se pousser ! Je ne suis pas certain que le roi Royan accepte qu’une créature de la sorte touche sa princesse ! »

Hum ? Un coup de pied dans le ventre du gnomold et voilà qu’il fut renvoyé en arrière, plusieurs mètres au loin avant de succomber à ses brûlures. Oh, oui, elle n’était pas seule.

« TRAÎTRES ! VOUS ÊTES DES TRAÎTRES À VOTRE PROPRE RACE ! »

Les rares gnomolds encore vivants hurlèrent en leur direction, commençant à reculer. Généralement, ils cherchaient à se battre jusqu’à la mort mais dans ce cas précis, ils étaient plutôt réticents. Ils avaient sûrement besoin de revenir là d’où ils provenaient, pour une raison ou autre, obscure ou pas.

« Humpf… Laissez-les fuir, nous ne sommes pas là pour les attaquer mais défendre le village. Nous devrions retourner auprès des villageois. Comptez les morts, notez leurs noms et occupons nous des blessés. »

Elle avait donné quelques consignes aux soldats, retournant auprès de Royan. Celui-ci eut un léger rictus en voyant l’entaille à la hanche de la jeune femme aux cheveux auburn, commençant déjà à montrer quelques signes d’inquiétude.

« Ce n’est rien, Royan. Je te rassure. Par contre, si on peut plutôt s’occuper des vrais blessés, ça serait beaucoup mieux. »

« Combien de morts ? Y en a t-il parmi les villageois ? »

« Aucun pour les villageois. Pour nous, je n’ai pas compté malheureusement mais j’ai demandé à ce qu’on s’occupe de ça. »

Elle était un peu fatiguée, elle devait l’avouer mais est-ce qu’elle voulait le montrer à Royan ? Nullement. Mais lorsqu’elle arriva au village, elle remarqua les visages étonnés des habitants démoniaques, tous la fixant avec inquiétude plutôt qu’avec soulagement.

« Eh bien, euh… Il y a un souci avec mon visage ? »

« Non non ! Nullement ! Non, pardonnez-nous ! Nous ne voulions pas vous offenser ! »

Hein ? C’était quoi cette crainte dans la voix ? Pour quelle raison est-ce qu’ils avaient peur en la regardant ? Elle continua à se rapprocher mais voilà que les villageois faisaient un pas en arrière avant que l’un d’entre eux ne se mette à genoux, criant :

« Pardonnez notre impudence, votre altesse Elise ! »

« Votre altesse Elise ? Euh… Mais vous ne saviez pas que j’étais la fille de l’empereur Malark ? Je pensais l’avoir dit. »

« NON NON ! Nous n’étions pas au courant ! Si cela avait été le cas, nous n’aurions jamais osé demander à la princesse elle-même de venir nous protéger ! »

« Euh, je vais être claire sur un point : vous n’avez rien demandé. C’est nous qui avons décidé de vous aider, rien de plus rien de moins. Pas vrai, Royan ? »

« Peut-être devrais-tu les prévenir que je suis aussi le roi de Traslord ? Au point où nous en sommes, autant révéler plus ou moins qui nous sommes, non ? Bien que j’estime que tout cela est plus ou moins radical à mes yeux. »

En voyant le regard effaré des villageois, il semblerait qu’avoir prévenu au sujet de ce qu’il était n’avait pas été la meilleure idée qui soit. Ah… Mais maintenant, comment ils allaient régler cette situation ?

« BON ! On s’occupera de discuter de tout ça dès qu’on aura fini de soigner les blessés, d’accord ? Je ne sais pas comment vous avez été mis au courant mais vous n’avez rien à craindre. Je ne suis pas comme mes aînés ! »

Même si elle avait la sensation qu’elle parlait à un mur, autant dire qu’elle n’était pas des plus joyeuses à cet instant précis. En apprenant que l’un des villageois qui combattaient avait entendu le fait qu’elle était la princesse du monde souterrain parmi les discussions en pleine bataille entre les soldats, elle maugréa.

Elle ne voulait pas d’un traitement privilégié ! C’était peut-être pour ça qu’elle avait évité implicitement de parler de ses origines ? Sans même s’en rendre compte, elle cachait sa véritable nature… et peut-être que cela allait lui porter préjudice dans le futur.

« C’est vraiment trop compliqué des fois… »

Elle maugréa tout en observant les villageois. Tout le monde détournait le regard maintenant. Aucun n’osait poser les yeux sur elle ou même Royan. Et certains étaient même en train de chuchoter tout en regardant Elen, cherchant à savoir ce qu’elle était vraiment.

Ah ! Si on leur disait qu’elle était l’enfant de deux divinités, du moins des réincarnations de deux divinités, elle était certaine qu’ils allaient tirer de drôles de têtes. Mais comment les convaincre de sa bonne foi ? Car pour l’heure, rien ne prouvait cela malheureusement.
Est-ce qu’en se mettant à genoux ? Non, elle n’allait pas se rabaisser à ça. Ce n’était pas une question de vanité ou vantardise, c’est juste que c’était inutile. Personne n’aurait rien à y gagner en agissant de la sorte.

« Dites, madame la princesse, merci de nous avoir protégés ! » murmura une petite voix alors qu’elle n’avait même pas remarqué qu’une jeune fille, âgée de peut-être cinq-six ans, tirait sur le tissu de sa tenue. Ah, un enfant démoniaque, avec ses petites cornes si adorables. Oh, elle avait un visage crasseux et ses mains n’étaient pas des plus propres, venant salir sa tunique et elle allait…

« NON ! Reviens par ici ! Pardonnez-là, princesse ! Elle ne voulait pas souiller vos… »

« MAIS PUTAIN VOUS ALLER ARRÊTER ?! »

Elle venait d’exploser aux propos de la mère de la petite démone, les deux hurlant de peur, la jeune fille se recroquevillant dans les bras de sa mère qui la recouvrait pour la protéger. Royan avait couru aussitôt en direction d’Elise alors qu’il était normalement occupé à vérifier l’état de santé des blessés aux côtés d’Elen. Elen elle-même qui tenait son enfant contre elle, utilisant sa magie de sa main disponible pour apaiser les douleurs de l’autre.

« Je vais devoir le répéter combien de fois pour que ça rentre dans le crâne de tout le monde hein ?! On peut me le dire ?! Ici, je ne suis pas la princesse ! JE SUIS UNE DÉMONE ! »

« Mais… » commença à dire un villageois, tremblant de tout son être.

« Y a pas de mais ! Rentrez-vous ça dans le crâne ! On va continuer à fortifier votre village pour vous protéger des dangers extérieurs et ceux qui viennent d’apparaître comme les gnomolds ! On va aussi préparer quelques messagers pour qu’ils puissent aller à l’extérieur et envisager quelques convois pour faire le chemin jusqu’ici ! Je ne plaisantais pas lorsque je disais que vous allez être le premier village de démons à officiellement avoir une route commerciale avec une nation de la surface. Maintenant, on va arrêter de mettre mon titre de princesse en valeur car ça fait même pas un an que je suis au courant que je suis issue de la famille impériale démoniaque. »

« Mais mais mais… » chercha à déclarer un autre villageois avant d’être une nouvelle fois interrompu par Elise.

« Mais y a pas de mais ! Je ne fais pas ça car je suis une princesse ! Je ne fais pas ça car nous sommes de la même race ! Je fais ça parce que je suis moi ! Alors maintenant, on va finir de s’occuper de tout le monde et on va fêter le fait qu’on a réussi à protéger le village tout en faisant une cérémonie pour ceux qui sont morts au combat ! »

Elle espérait qu’après cette courte discussion, le message était bien passé. Les villageois comme les soldats étaient penauds mais s’exécutaient. Surtout, elle revint auprès de la mère et de la jeune fille, tapotant doucement le crâne de cette dernière en lui murmurant de ne pas avoir peur. Elle avait juste élevé la voix pour que chacun comprenne son message.

C’était sa façon à elle de s’exprimer et elle ne comptait pas changer ça juste parce que les gens pensaient qu’elle était comme ses aînés. Pendant combien de générations la monarchie démoniaque maltraitait les simples villageois ? Et sûrement pas qu’elle ! Il y avait de fortes chances que les nobles ne fassent guère mieux.

Mais bon, après son petit éclat, le village semblait apaisé. Les morts avaient été enterrés, une cérémonie silencieuse a eu lieu et c’était le plus important. Ils pouvaient fêter ça, comme elle l’avait proposé mais… elle avait le sentiment qu’il fallait mettre tout ça au clair.

« Royan, est-ce que tu voudras bien m’accompagner ? Je veux parler au chef du village mais je crois que je vais avoir besoin de toi. »

« Oh ? Et pour quelle raison ? Tu as sûrement quelque chose en tête non ? D’ailleurs, moi-même, je me demande ce que les gnomolds voulaient dire par traîtres. »

« Cela, je m’en fous complètement, je vais t’avouer. Nous avons décidé de tendre la main vers les démons comme nous l’avons fait pour eux. S’ils sont jaloux au point de vouloir nous tuer car ils ne sont pas les seuls avec qui nous voulons régler ce souci pacifiquement, ça ne regarde qu’eux de toute façon hein ! »

« De la jalousie ? Je ne suis pas certain, Elise. »

Hein ? Elle avait dit cela sans réellement le penser ! Elle ne pouvait pas expliquer ce qui se passait dans la tête de ces créatures poilues et bossues. Sa priorité pour elle, à l’heure actuelle, c’était de mettre en action ce vaste plan concernant ce village de démons !

Chapitre 10 : Collaboration

Chapitre 10  : Collaboration

« Et voilà, nous pouvons apercevoir un village. »

Elise avait pris la parole, pointant du doigt vers l’horizon. Dans ce dernier, il était possible de voir à une bonne distance, ce qui semblait être un village de petite taille. Avec des bâtiments en pierre dans un triste état, ils semblaient néanmoins assez solides. C’était le genre de village généralement ignoré par tout le monde, qui arrivait à vivre difficilement dans une demi-autarcie.

« Est-ce que nous allons dormir là-bas, Elise ? Ça me semble vraiment trop petit pour que nous puissions y faire quelque chose de correct. »

« Oh non, non. Il ne vaut mieux pas espérer pouvoir dormir là-bas. S’il y a une auberge, ça serait déjà une chance, Elen. Non, ce que je veux montrer par là, c’est qu’un village de démons n’est pas si différent d’un village de Shunter ou d’une autre nation. »

Oh ! Elle voyait où elle voulait en venir exactement ! C’était une très bonne idée de sa part. En présentant des villageois « normaux » à l’armée des gens de la surface, accompagnés de quelques démons, ils comprendront qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter à ce sujet.

Elle approuva l’idée d’Elise d’un mouvement de la tête alors que la femme aux cheveux auburn présentait la dite-idée à Royan. Celui-ci l’accepta volontiers, montrant par là une volonté de faire avancer les choses, comme auparavant.

« Et s’il se montrent agressifs, comment devons-nous réagir ? » demanda un soldat des Traslord en face d’Elise lorsque Royan signala ce qu’ils comptaient faire.

« N’ayez aucune inquiétude à ce sujet. Vous allez très vite comprendre ce que je veux dire par là. Avançons donc. »

Elle semblait si sûre d’elle ça en était presque inquiétant. Pour autant, tous s’exécutèrent et dès lors qu’ils posèrent un pied dans le village, aussitôt trois démons se présentèrent à eux. Âgés d’une quarantaine d’années physiquement, ils tenaient des fourches dans les mains, tremblant de partout.

« Qu… Qu’est-ce que l’armée… veut de nous ? »

« A… Attends un peu ! Regarde un peu à quoi ils… ils ressemblent ! »

« C’est la première fois que je vois des démons comme ça ! Vous, vous pensez qu’ils sont venus nous dévorer ? Si c’est le cas, il faut… il faut que j’aille prévenir les… »

« Fuis pas ! À deux, on n’arrivera jamais à tenir ! Et puis, ils sont déjà prêts à… »

« Je crois qu’on va plutôt devoir vous expliquer la situation hein ? Car j’ai l’impression que vous êtes en train de vous fourrer le doigt dans l’oeil jusqu’au coude ! »

« Euh… Vous êtes une démone non ? Et à voir vos atours, vous venez de bien plus profond que le commun des démons. Pour… Pourquoi est-ce que vous êtes ici ? »

Quelques explications allaient être nécessaires. Et pas des moindres ! Pour autant, elle s’avança, demandant aux autres de ne faire aucun mouvement brusque de la part du reste de l’armée, que ça soit Royan, Elen ou même le simple soldat ou capitaine.

« Nous ne venons pas vous faire du mal, soyez en rassurés. Nous voulons simplement discuter avec vous, de tout et de rien. »

« Hein ? Que… de quoi ? Discuter avec nous ? C’est une mauvaise blague ? Je veux dire, qu’est-ce que des gueux comme nous pouvons faire pour vous aider ? »

« Oh, vous allez très vite le savoir. Hey ! Vous pouvez venir ! Venez parler de tout et de rien avec ces gentilles personnes ! »

À croire qu’elle s’adressait à une bande d’enfants. Elle demandait cela principalement aux membres de l’armée qui provenaient de la surface, déclarant aux démons de bien vouloir rester en retrait. Ce n’était pas un ordre mais un conseil de sa part.

Et sur quoi questionner les paysans et les enfants ? Elle laissait libre court aux soldats de bien chercher les sujets. Bon, de ce qu’elle voyait, c’était assez difficile. D’un côté comme de l’autre, la barrière de la peur était plus forte que celle linguistique. Oui, ils avaient de la chance qu’ils parlent tous la même langue, qu’importe les différences entre les nations. Chacun avait quelques mots propres à sa nation mais dans les faits, malgré les différences physiques, ils s’exprimaient tous de la même manière.

« Au moins, Alzar et Zélisia ont eu une bonne idée sur le coup. »

C’était Elen qui venait de proférer une telle parole, finissant par se rapprocher elle aussi. Dans les faits, elle était aussi considérée comme un simple soldat et donc elle pouvait chercher à dialoguer. D’ailleurs, vu qu’elle avait sa fille dans les bras, une démone se rapprocha d’elle, portant elle aussi son enfant dans ses bras.

« Comment est-ce qu’elle s’appelle ? C’est une fille, n’est-ce pas ? »

« Je n’ai pas encore décidé. Je préfère attendre que je retrouve son père pour que nous puissions discuter à ce sujet tous les deux. »

« Ah oui ? Un mari infidèle ? Un homme qui a pas assumé sa coucherie ? Je veux dire, ça serait pas le premier, ça serait pas le dernier. Ici, on n’a pas trop ça. Avec cent habitants ou deux cent habitants au grand maximum, on se connaît tous. Si y en a un qui tente un coup dans le dos comme ça, tu peux être sûre qu’il va plus être le bienvenue dans les environs. »

« Je vois, je vois, mais non, ce n’est pas tout ça. Disons que son père a eu quelques problèmes mentaux, a tenté de me tuer quand j’étais enceinte et… »

« Ben ma brave, tu dois sacrément l’aimer si tu veux encore le retrouver après ça ! Je dirais bien que c’est beau l’amour mais moi, je pourrais jamais faire ça ! »

« Ah mais non ! Attendez, je vais vous expliquer ! Ça sera bien plus compréhensible si je tente de vous raconter plus en détails ! Enfin, ceux qui sont importants ! »

Elle n’allait pas expliquer qu’elle était à l’origine de l’ouverture des portes démoniaques et de toutes ces choses ! Mais peut-être expliquer le souci de Tery par rapport à cette possession et tout le reste non ?

La voilà maintenant en train de discuter avec cette mère de famille démoniaque, racontant plus ou moins son histoire alors que celle-ci l’écoutait comme si de rien n’était. En la voyant faire, les autres membres de l’armée commencèrent à s’ouvrir, cherchant à parler eux aussi. Bien entendu, ils étaient confus, bien entendu, ils faisaient des erreurs mais voilà, les villageois semblaient comprendre leur inquiétude et discutaient de leur plein gré.

Et pendant ce temps ? Elise avait demandé aux autres démons, ceux de l’armée, pour voir s’il n’était pas possible de chasser un peu les monstres dans les environs. Des monstres comestibles. Cela permettrait peut-être aux villageois de souffler un peu mais aussi de faire un repas correct pour toute l’armée et le village.

Est-ce qu’elle cachait son titre de princesse du monde démoniaque ? C’est exact. Ce n’était pas qu’elle en avait honte mais qu’ainsi, leur comportement ne change pas à son encontre. Voilà tout simplement. Quelques heures plus tard, un banquet avait été installé. Il n’y avait pas assez de tables pour tout le monde, c’était vraiment un village d’une taille minuscule mais cela ne dérangeait pas les soldats, plus habitués à manger par terre. Elise, elle-même assise à côté de Royan, sur le sol, chuchota en regardant tout ce monde :

« Tu vois, ce n’est pas une si mauvaise chose. Ils ne sont vraiment pas différents de vous autres, n’est-ce pas, Royan ? »

« Je ne me suis jamais posé la question, tu sais ? J’étais déjà au courant en t’ayant à mes côtés, Elise. C’est pourquoi je n’avais aucune crainte. »

« Mais quel charmeur quand il s’y met ! Je ne te savais pas aussi mielleux, Royan. »

« Je n’ai fait qu’énoncer une vérité, Elise. Tu devrais pourtant le remarquer à force non ? »

Hmm, hmm. Aucune remarque à faire en plus à ce sujet. Elle jeta un bref regard à Elen pour voir ce qu’elle faisait, voyant que la jeune femme aux cheveux blonds s’occupait de sa fille, aux côtés de la mère de Tery. Les deux femmes s’étaient grandement rapprochées depuis que la mère de Tery veillait sur elle avec cet… incident.

Et puis, il s’agissait quand même de la grand-mère de l’enfant dans les bras d’Elen. Cela devait jouer aussi sur le tout, hein ? Hmm … Elle posa son regard sur Royan qui mangeait en silence, lui-même concentré sur le buffet qui se déroulait devant ses yeux.

Elle plaça ses mains sur son ventre, semblant le masser comme pour vérifier quelque chose. Aucune chance que ça se produise aussi vite, n’est-ce pas ? Mais bon, plus elle voyait Elen, plus elle commençait à être envieuse.

« Chaque chose en son temps. Ça serait beaucoup trop dangereux de faire ça dès maintenant. Il vaut mieux que j’évite, hein ? »

« Hmm ? De quoi est-ce que tu parles, Elise ? Tu as l’air d’avoir une idée derrière la tête. »

« Oh, je pensais simplement à notre avenir, c’est tout. »

« Notre avenir ? J’espère que tu envisages que de bonnes choses alors. »

« Oh, plus que tu ne le crois. Je peux te poser une question, Royan ? Combien en voudrais-tu ? » demanda t-elle sans pour autant préciser le sujet, Royan répondant aussitôt :

« Au minimum trois. Euh… On parle bien de futurs enfants, c’est ça ? »

« Trois ? Attends un peu, tu as précisé au minimum ? »

« Bien entendu. Je ne veux pas que notre enfant soit seul comme moi. Je veux qu’il ait des frères et des sœurs, ou que de l’un ou l’autre. Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve. »

Oh par Alzar et Zélisia. Elle posa à nouveau les mains sur son ventre, le regardant longuement avant de chuchoter d’une petite voix intimidée :

« Tu vas sérieusement devoir travailler, toi. »

« Hein ? A qui est-ce que tu parles encore, Elise ? Cela commence à faire beaucoup en si peu de temps, tu sais. »

« Oh, comme d’habitude, les projets d’avenir. Je me parle à moi-même, rien de bien grave, je peux te le promettre, Royan. Profitons plutôt de la soirée, non ? »

En plus, elle n’était pas aveugle, les villageois commençaient à danser avec quelques soldats. Elle ne pensait pas que son idée marcherait aussi bien. Peut-être qu’elle devait présenter l’idée qu’elle avait en tête ? Hmmm. Cela pouvait attendre demain. Elle vint chercher la main de Royan, l’invitant à la suivre pour aller danser avec tout ce beau monde.

Demain était un autre jour et les idées fusaient dans son esprit. Elle allait parler de tout ça à Royan, plus tard, dans la nuit, lorsqu’ils seront en train de dormir… ou alors après la préparation de leur futur. Elle n’avait pas encore décidé, hahaha !

Le lendemain matin était des plus appréciables et pour cause ! Avachie à moitié sur Royan, elle lui avait proposé son idée et il avait accepté. La seule chose qu’il restait à faire maintenant, c’était de la mettre en marche. Pour cela, il fallait trouver le chef du village. Cela n’avait pas été difficile, ce dernier s’étant présenté devant eux, armé au tout début. Bon, d’accord, il n’avait pas été des plus courageux vu comment il tremblait mais pourtant, il leur avait tenu tête, ce qui montrait qu’il n’avait pas été nommé chef pour de mauvaises raisons.

« Euh, vous êtes certains de ce que vous voulez faire ? Je veux dire, notre village n’a rien à offrir mais quand même… »

« Je suis sûr et certain que cela n’est que pour un temps. En permettant à nos troupes de vous épauler à la tâche et de nous installer autour de vous, nous pourrons alors faire de votre village, le premier village qui accepte les surfaciens. Qu’est-ce que vous en dites ? »

« Si vous me permettez d’en discuter avec les gens du village. »

C’était normal que de demander l’avis de ses camarades. C’était même une marque de sagesse qu’il appréciait tout particulièrement. Le jeune homme à la chevelure bleutée laissa le chef discuter avec les habitants alors que lui-même retournait auprès d’Elen et les autres.

La réponse ne tarda pas à se faire entendre, unanime de la part des villageois. Ainsi, ils acceptaient tous l’idée proposée par Royan. Sans se montrer médisant, il comprenait que les villageois n’avaient pas l’habitude d’avoir de telles propositions et de voir aussi loin que ça. Bon… Par contre, cela voulait dire qu’ils allaient devoir rester ici quelques jours.

« Elen m’a dit que ça ne la dérangeait pas, qu’elle sent que ça plairait à Tery que l’on prenne une telle initiative. Hmm… Mais quand même, ce n’était pas prévu à la base. »

« Tu devrais arrêter de parler à voix haute. » lui dit une voix féminine à côté de lui, Elen bordant son enfant. « Ça se voit que tu as trop traîné aux côtés de Tery. Tu as pris une mauvaise habitude de sa part, Royan. »

« Une mauvaise, tu es certaine, Elen ? »

« Pas le moins du monde, hahaha ! Je me dis que c’est une bonne chose. Malgré les apparences, Tery a vraiment marqué chacun d’entre nous à sa façon. Un peu comme Clari. »

« Clari a toujours été une grande sœur… pour tout le monde, sauf Manelena. Je crois que Tery voulait lui ressembler un peu dans le fond et ça marchait… assez bien. »

« C’était le seul garçon du groupe si on évitait de considérer mes… parents comme tels. Enfin, seul garçon à part toi, je veux dire. »

« C’est exact, j’imagine que c’est quelque chose à prendre en considération et en compte. »

Elle n’allait pas dire qu’elle imaginait que Royan prenait Tery comme exemple. Souvent, les hommes avaient du mal à assumer de telles choses. Ce n’était pas du tout son genre de se mettre en valeur de la sorte, de toute façon.

Bon… Elle allait voir comment la situation se déroulait par rapport aux soldats. Les soldats démoniaques étaient un peu moins enclins à travailler que les soldats de la surface mais elle comprenait pourquoi. Pour eux, il s’agissait simplement d’un village comme les autres. La totalité des soldats ici avait plus de noblesse et de puissance que le village tout entier.

Pour autant, ils allaient devoir faire un petit effort ! Et c’était bien pour cela qu’elle allait les convaincre de mettre la main à la pâte et plus vite que ça ! Même s’ils maugréaient, elle pouvait aussi remarquer qu’ils semblaient apprécier le fait que des gens de la surface veuillent bien aider les démons les plus démunis, chose qui ne se serait jamais produite avec d’autres démons provenant de la capitale.

« Ah… Enfin bon… Peut-être que je devrais faire un petit tour des environs avec quelques éclaireurs. Pour la chasse et le reste. »

« Fais attention à toi, Elise. Même si je sais que les monstres des environs ne peuvent rien contre toi, je préfère quand même être plus rassuré si tout se passe bien. »

AH ! Elle déposa un rapide baiser sur ses lèvres avant d’aller rejoindre deux autres démons et deux soldats de Traslord. À eux cinq, ils étaient largement suffisant pour se défendre et pour fuir si vraiment ça dégénérait.

Ce n’était même pas une question de crainte ou autre. En vue de sa propre force et des flammes qu’elle utilisait, il n’y avait aucun doute que la majorité des créatures des environs n’allait rien pouvoir faire face à elle.

Mais quelque chose clochait. Oui, ils trouvaient bien des créatures des environs … mais elles étaient mortes et d’après les traces, ce n’était pas des morsures ou des griffures, signes qu’elles s’étaient combattues entre elles.

« Hey, y a des traces de pas dans les alentours. Vous les reconnaissez ? »

C’était l’un des deux démons qui venait de poser la question, signalant les dites-traces à Elise et au reste du groupe. Aussitôt, le groupe se rapprocha mais en voyant l’inquiétude et la surprise se dessiner sur leurs visages, il osa demander :

« Qu’est-ce qui se passe ? Vous savez à quelle bête ça appartient ces traces ? »

« Oui, et ce n’est pas bon signe. Il faut absolument prévenir les autres ! On annule l’exploration ! Il faut que l’on se prépare ! »

« Mais attendez ! De quoi s’agit-il ?! » demanda le second éclaireur démoniaque, aussi perplexe que le premier.

« Des gnomolds ! Des gnomolds sont arrivés ! S’il est trop tard, le village mais aussi l’expédition sera en danger ! »

« On ne peut pas les considérer comme nos alliés, plus après ce qui vient de passer ! Les démons passent avant ces bêtes sanguinaires ! » s’égosilla un soldat après Elise, montrant bien qu’il était parfaitement en accord avec les propos de la femme aux cheveux auburn.

Rapide ! Il fallait être encore plus rapide ! Elle demanda si l’un savait utiliser correctement la magie du vent pour leur faire avoir une accélération, un soldat démoniaque signalant que oui, des lignes vertes apparaissant sur ses bras avant qu’il ne les pointe derrière lui.

Aussitôt, une petite bourrasque se fit sentir, emportant les cinq personnes avec elle, leur permettant de prendre une avance indéniable. Mais le plus important était d’arriver au village avant que les gnomolds. Il n’y avait aucun doute qu’ils allaient trouver ce dernier.

« Elise ? Vous êtes déjà de retour ? Mais tu es essoufflée. Vous êtes tombés sur un monstre plus fort que les autres ? »

« Gnomolds ! Des gnomolds vont arriver dans les environs ! »

« Mais qu’est-ce que… Attends, il faut prévenir Elen et les autres ! Il va falloir expliquer tout cela plus en détails, tu t’en doutes hein ? »

Elle allait expliquer ce qu’il fallait expliquer mais pour l’heure, il valait mieux que tout le monde se réunisse ! Avec le chef du village et les rares démons capables de se battre, voilà qu’ils étaient tous en cercle, Elise commençant à raconter ce qu’ils avaient trouvé.

« Il ne faut pas se faire d’illusions. Il y a des chances qu’ils soient sur notre piste. Et même si nous avons utilisé la magie du vent pou accélérer nos déplacements, ils seront sur le village au grand maximum dans la journée de demain. »

« Qu-Qu’allons nous faire ? » demanda le chef du village, tremblant de tout son être. « Nous ne sommes pas des combattants, vous avez très bien pu le voir, non ? Nous serons incapables de nous défendre. Même si nous connaissons pas ces créatures, la description que vous en donnez fait froid dans le dos. »

« Et vous faites bien de vous méfier. Je ne plaisante pas lorsque je dis que ces monstres sont terrifiants. Pour une obscure raison, ils haïssent plus que tout les démons. »

« Comment… Comment allons nous faire ? Qu’est-ce que nous pouvons faire ? »

« Ne vous inquiétez pas, je vais me répéter mais lorsque nous avons parlé d’une collaboration, ce n’était pas à sens unique. Et de toute façon, il y a de fortes chances qu’ils veulent juste nous retrouver mais aussi éliminer un maximum de démons. Donc… »

Donc… Il était aisé de savoir ce qu’ils allaient faire. La princesse démoniaque tapa dans ses mains. Tout le monde se tourna vers elle, attendant ses consignes. Rapidement, la magie était mise en œuvre, aidée par diverses fortifications. Les villageois les regardaient avec étonnement. Eux aussi étaient capables de magie, peut-être à moindre puissance mais bon…

« Je ne savais pas que nous pouvions utiliser la magie de cette façon. »

« Hein ? Comment vous faites alors pour vous défendre ? »

Elle posait une question relativement simple aux villageois mais elle sentait qu’à part s’armer avec quelques outils rudimentaires, ils n’étaient vraiment pas prêts. Bon ben, cela voulait dire une seule et unique chose : cours de rattrapage avec épreuve physique !

Et voilà. En moins de deux heures, les fortifications étaient installées, ils avaient même creusé des tranchées, préparer quelques pieux et autres. À bien y réfléchir, c’était même à se demander si ce n’était pas mieux protégé que l’avant-poste et… non, elle exagérait un peu.

Mais au moins, pour une défense de fortune, c’était déjà pas si mal que ça. L’autre composante qui restait inconnue par contre, c’était le nombre de gnomolds. Mais aussi comment allait réagir les villageois. Heureusement, elle pouvait compter sur les soldats, Elen et Royan au cas où. Pour la mère de Tery, elle s’occuperait de sa petite-fille, des femmes et des enfants du village. Oui, il ne fallait pas oublier son « aura ». Elle restait une femme issue de la noblesse, avec le charisme qui correspondait.

À l’horizon, ils pouvaient finalement voir les torches et les flammes des gnomolds. Ils étaient plus nombreux qu’elle ne le pensait. Une sombre pensée vint l’envahir : s’ils étaient arrivés jusqu’ici, cela voulait dire que les gardiens des portes à l’entrée de la grotte… Brrr ! Non, ce n’était pas le moment de penser aux morts !

Chapitre 9 : Bêtes de foire

Chapitre 9  : Bêtes de foire

« La capitale ! ENFIN ! Après tout ce temps ! »

Combien de temps ? Il avait cherché à compter le nombre de jours puis de semaines mais il avait fini par perdre le fil. Peut-être qu’il demandera à Héraisty, très discrète depuis que Manelena était là, pour lui donner des informations à ce sujet.

« Tery, comment est-ce que nous allons faire ? Nous ne pouvons pas être très discrets, tu t’en doutes, n’est-ce pas ? »

« Normalement, nous avons annoncé notre présence, il y a de cela quelques temps. Si nous nous présentons, cela devrait passer. Enfin, j’espère. »

Et c’était dans ce genre d’instants qu’elle le regardait avec une pointe de désarroi. Hey ! Elle devait s’attendre à quoi ? Il n’était pas ami avec tout le monde hein ? Mais bon, il attendait de retrouver Héraisty parmi le groupe pour parler avec elle :

« Il serait peut-être mieux que nous passions devant, Héraisty. Tu as ton sceau de renifleuse royale, non ? Donc à partir de là, ça devrait aller, non ? »

« J’imagine que oui. Mais en même temps, ce n’est pas si grave. Nous sommes nombreux mais ce n’est pas la première fois que ça arrive hein ? »

« Oui, oui, mais bon, si on peut tout mettre de notre côté. Ce sont les premiers gens de la surface qui arrivent dans la capitale. Je suis certain que ce n’est pas quelque chose d’inaperçu hein ? Tu vois où je veux en venir ? »

« Oui, oui, mais tu n’as pas à t’en faire. Avec l’empereur Malark, tout le monde sera en sécurité. Et puis, si tu as remarqué, certains démons et démones sont devenus assez proches des surfaciens. D’ailleurs, tu crois que je peux breveter ce terme pour définir toutes les races qui sont issues de la surface ? »

« Euh… De ce point de vue, là, je ne peux pas t’aider. Il faudra voir s’il n’y a pas un terme déjà utilisé dans l’un des livres de la bibliothèque royale. Mais sinon, j’imagine que tu auras carte blanche et … MAIS ! Ce n’est pas le sujet, Héraisty ! »

Elle émit un léger rire en voyant que Tery avait été décontenancé. Oui, oui, ils pouvaient y aller maintenant. Et d’ailleurs, pour la peine, elle fit quelques pas en avant, dépassant aisément Tery, celui-ci la rattrapant vite fait.

Voilà ! Ils étaient tous les trois, lui, Héraisty et Manelena, devant le reste des troupes et ils finissaient par arriver à hauteur des soldats protégeant l’entrée de la capitale, du moins l’une d’entre elles. En vue de la taille de la capitale des démons, Manelena savait qu’il y avait plusieurs entrées. De toute façon, dès qu’une ville se développait assez, il était impossible de laisser qu’une seule issue. C’était un bon moyen pour engorger la dite-issue et provoquer plus de problèmes qu’autre chose.

« Nous pouvons rentrer, Manelena. »

Hein ? Elle n’avait même pas écouté la conversation, pour savoir s’ils pourraient rentrer sans aucune difficulté ou s’il fallait se battre. Après tout, les dernières villes sur lesquelles ils étaient tombé, ils avaient eu quelques soucis. Avec ces regards dédaigneux et envieux, elle avait bien vite compris que plus ils descendaient, plus les démons étaient racistes à l’encontre des gens de la surface. Mais surtout…

« À partir de maintenant, aucune personne ne se sépare du groupe. Nous sommes combien ? »

Oui, ils pouvaient rentrer mais ils allaient faire d’abord faire un petit tour de l’armée. Oui, il allait demander à Héraisty de prendre des notes même. Qu’ils sachent combien il y avait de démons, de shunteriens et toutes ces choses. Oui, il était passé en mode sérieux sur le coup car ça avait son importance.

Une bonne dizaine de minutes plus tard, il demandait à Héraisty ses chiffres, savoir s’ils avaient les mêmes. Manelena était restée immobile, croisant les bras, une mine un peu boudeuse en regardant Tery et Héraisty. Les deux démons discutaient entre eux comme deux bons amis voire peut-être un peu plus.

« Bon, on dirait que nous avons le même compte, Héraisty. »

« Ce qui veut dire que tant que l’on garde ce même nombre, tout devrait bien se passer. »

Alors, ils n’avaient plus qu’à y aller maintenant. Prenant les devants, Tery et Héraisty signalèrent à l’armée de se mettre à les suivre. Et Manelena ? Elle se plaçait aussitôt à côté de Tery, faisant semblant d’ignorer le monde qui l’entourait.

À l’intérieur de la capitale, ils ne passaient pas inaperçus. Sur le chemin, Tery demandait aux deux éclaireurs démoniaques de bien vouloir se mettre en avant, à la même hauteur qu’eux. La raison était simple. Ils allaient servir de « preuves » pour aller voir l’empereur Malark. Sans eux, il n’aurait pas vraiment la confirmation qu’ils aient vraiment transmis le message.

Enfin, peut-être que certains penseraient qu’il prenait trop de précaution mais dans ce cas présent, il valait mieux quand même être certain de la chose. Pour l’occasion, c’était quand même sa vie ainsi que celle de Manelena qu’il mettait en danger. Il ne pouvait pas faire comme si de rien n’était.

« OH ! Chevalier Tery ! Vous voilà donc ! L’empereur Malark vous attend ! »

D’accord. Le fait que les gardes à l’entrée du palais viennent le reconnaître et surtout lui dire que l’empereur lui-même désirait le voir, c’était quelque chose. Est-ce que l’empereur était sous un bon jour ? Si tel était le cas, ça serait parfait.

Mais là, comme à son habitude, il était stressé. Pourtant, ce n’était pas la première fois qu’il voyait l’empereur mais comme bien souvent, il avait fait une promesse et comme bien souvent, il n’avait pas réussi à la tenir. Il allait vraiment finir par le payer de sa vie.

« Tout le monde ne pourra pas accéder à la salle du trône. Désolé mais cela est une simple mesure de sécurité. » expliqua l’un des gardes devant les portes menant à l’empereur.

« Ce n’est pas un souci. Je sais qui va m’accompagner. Cinq personnes, c’est bon ? »

Car oui, autant demander à Manelena, Héraisty et les deux éclaireurs de bien vouloir le suivre. D’ailleurs, si lui était stressé, il en était de même pour les deux démons. Oh, ils l’avaient sûrement déjà vu lors de leur mission mais bon, ce n’était pas pour cela que l’empereur n’avait pas une aura oppressante.

« Voilà, j’ai choisi. Nous pouvons ? » répéta le jeune homme aux cheveux bruns, les gardes hochant la tête pour les laisser pénétrer dans la salle du trône.

Profonde respiration, il jetait un regard à Manelena et Héraisty. La seconde était en train de trembler légèrement alors que Manelena semblait comme imperturbable. Bien entendu, il comprenait que ça ne lui faisait aucun effet. Étant elle-même une personne issue de la royauté, elle avait cette même aura lorsqu’elle décidait de montrer ce qu’elle était réellement. Oui, l’avoir à ses côtés était rassurant sur le coup.

« Tery Vanian, approche-toi donc. Nous devons parler, toi et moi. »

« Oui empereur Malark, j’arrive tout de suite. »

Pfiou, il devait aller en premier donc. Super, voilà qui était rassurant hein ? Il avait ce petit sourire déçu mais ne remarqua pas tout de suite que Manelena venait avancer en même temps que lui. Hey ! Qu’est-ce qu’elle… Elle n’avait pas compris ce que l’empereur venait de dire ? Elle allait avoir de gros problèmes, là ! Il valait mieux qu’elle arrête tout de suite au cas où car l’empereur n’allait pas prendre ça à la légère.


Et à voir comment les mains se crispaient sur le trône, il sentait que ça allait vite dégénérer. Surtout que Manelena ne s’inclinait pas devant le monarque, comme lui venait de le faire face à l’empereur Malark. STOP ! MANELENA ! Il ne pouvait pas le lui dire à voix haute mais elle risquait vraiment sa vie !

« Hmm ? Qui est-ce donc, Tery ? Je pensais m’être clairement exprimé. »

« L’actuelle reine de Shunter, Manele… »

« La reine de Shunter, l’un des royaumes à la surface, n’est-ce pas, Tery ? D’après ce que tu me racontais, il s’agit de celle se basant principalement sur l’élément de la terre. Avec des forêts luxuriantes, des montagnes imposantes et tout le reste. »

Est-ce qu’il venait de couper la parole à Manelena ? C’était exactement ça et Manelena paraissait presque étonnée et choquée bien qu’elle restait muette, ne reculant pas pour autant. Elle avait compris qu’elle venait de subir une marque de non-respect de cet homme autant qu’elle l’avait fait de son propre côté en venant se placer au niveau de Tery.

« C’est exact. Elle n’est pas seulement la reine de Shunter mais aussi l’ancienne maréchale de l’armée du royaume. Ainsi, ses prouesses sur le terrain égalent celles politiques. Sans elle, le royaume de Shunter aurait disparu depuis déjà plusieurs années. »

« Hmm, hmm, je vois. C’est donc elle dont tu parlais si souvent lorsque tu évoquais Shunter pendant que nous parlions. Intéressant. Sa stature, sa chevelure et son regard pourraient porter à croire qu’elle a du sang démoniaque en elle. »

Les yeux de l’empereur se posèrent sur Héraisty, comme pour attendre de voir si elle avait fait son bilan personnel en la matière. Celle-ci trembla sous le regard, venant se racler la gorge avant de dire d’une voix plus forte que prévue :

« Je n’ai ressenti aucune trace démoniaque sur son être. Néanmoins, rien n’est dit qu’elle ne descendrait pas d’une lignée de démons d’une époque très lointaine, bien avant que tout cela ne se soit passé avant que les portes ne soient formées. »

« Hmm … Une très lointaine descendante des démons ? Les yeux rubis naturels sont la marque des démons, des purs démons. Même ma fille Elise ne les possède pas. »

« Je ne suis pas une démone. Du moins, mes parents n’étaient pas des démons. Je ne sais pas de quel côté cela peut venir et en un sens, je m’en fous complètement. »

« Euh, Manelena. Doucement sur le langage, je sais bien que… »

« Elle n’a pas sa langue dans sa poche. Au moins, cela évite les ronds de jambe auxquels je suis généralement habitué. »

« Il faut quand même lui pardonner, empereur Malark. Je ne dirais pas qu’elle ne pense pas ses propos mais… elle ne sait pas quand il ne faut pas les exprimer. »

« Oh, c’est bon, Tery ! Autant que l’empereur sache tout de suite à qui il a affaire, ça sera bien mieux pour tout le monde ! »

« Ah … Il faut néanmoins qu’elle comprenne sa position. Ici, nous ne sommes pas dans son royaume, Tery. Est-ce que tu peux le lui expliquer ? »

« C’est bien ce que je veux tenter de faire mais je ne suis pas certain qu’elle veuille m’écouter malheureusement. Mais je peux tenter de… »

« Non, tu n’auras pas besoin de faire cela, Tery. Je veux juste que tu me donnes des nouvelles du front. Tu m’as envoyé des éclaireurs pour me demander une audience tout en occultant ce qui m’intéressait vraiment. »

« Ça serait alors bien mieux de laisser parler Manelena. C’est elle qui est au courant de comment se trouvait Elise ainsi que Zalek et Wandy. »

« Il me refile la patate chaude. Merci bien, Tery. Tu me revaudras ça. »

« Désolé, Manelena, mais c’est toi qui avait Elise, Zalek et Wandy. Moi-même, je n’ai pas réussi à remettre la main sur elle. »

« Pas vraiment convaincue mais bon… Enfin bref, si vous voulez tout savoir, Elise coule des jours heureux auprès de Royan, le roi actuel de Traslord. »

« Hmm, ce nom aussi me dit quelque chose. Mais ce roi a quel âge environ ? Je ne me souviens pas que j’ai eu des détails à ce sujet. » demanda l’empereur, comme si Manelena avait déjà posé les pieds sur un terrain miné.

« Plus jeune que Tery. Disons qu’il a atteint sa majorité il y a de cela un ou deux ans. Mais il a vécu avec nous pendant plusieurs années, parcouru le monde à nos côtés sans jamais se plaindre alors que sa famille a été assassinée par quelques traîtres et deux démons et… Tery ? » finit-elle par dire, se tournant vers le jeune homme à la chevelure brune.

« Si tu parles des deux vieux, je n’ai trouvé aucune trace d’eux. Je crois avoir même posé la question à l’empereur Malark mais il n’avait aucune donnée à ce sujet les concernant. »

L’empereur Malark posa son regard sur Tery, sans prendre la parole, cherchant à savoir de qui il parlait. Tery commença à donner à nouveau les détails sur le prêtre et le directeur de l’orphelinat, ces deux démons qui avaient été responsables de bon nombre de malheurs à la surface mais aussi plus ou moins à l’origine de l’ouverture des portes démoniaques.

« Ah oui, eux deux. Nous en avions conclu qu’il y avait de fortes chances qu’ils soient au service de l’un de mes aînés Halyza ou Haiktos. D’après la description, s’ils sont aussi âgés, c’est qu’ils ont déjà bien vécu et qu’ils ont une certaine expérience. De même, vous parlez de deux démons jumeaux, ce qui reste une chose assez rare dans le monde souterrain. »

Et voilà que le monarque expliquait à Manelena que lorsque deux démons naissaient en même temps, dans le cas de jumeaux, leurs pouvoirs étaient fusionnels. Séparés, ils étaient faibles et chétifs mais ensemble, leurs force étaient incommensurables bien qu’il suffisait d’en affaiblir un pour réussir à battre l’autre.

« C’est bon à noté, ça. Car si je leur mets la main dessus, je peux juste vous promettre une mort lente et douloureuse pour eux. »

« Avant cela, il me faudra les interroger pour savoir diverses choses concernant l’ouverture des portes démoniaques, depuis quand cette idée est prévue par mes aînés et… Enfin, j’imagine que cela a eu du bon. J’ai pu voir le visage de ma fille Elise. »

Hmm ? Manelena cligna des yeux, un peu étonnée. C’était elle ou alors le visage de l’empereur, à cet instant, avait complètement changé pour quelque chose de plus doux. Pourtant, quelques secondes après, il était à nouveau impassible comme si de rien n’était.

« Revenons en plutôt à cette reine de Shunter. Je pense qu’il va être bon de mettre correctement les points sur les i. »

Gloups. Pourquoi est-ce qu’il sentait que tout cela allait mal se passer ? Le fait que l’empereur se focalise à nouveau sur Manelena ne venait pas le rassurer. Pourtant, il contrôlait ses tremblements, voulant paraître neutre. S’il touchait à Manelena, il se devait de la défendre et… il ne pouvait pas rester les bras croisés.

« Ici, ton titre ne veut rien dire, jeune femme. Tu pourrais être la déesse de la surface qu’il n’aurait aucune importance en ces lieux. Encore plus dans notre capitale. »

Il sentait que Manelena venait de se crisper sur place. Doucement, il devait lui prendre la main mais il remarquait que c’était impossible. Elle venait de les refermer en un poing. Oh non, si elle décidait de s’en prendre à l’empereur Malark, autant dire qu’elle était morte ! Il devait vraiment calmer le jeu avant que ça ne dégénère !

« As-tu une remarque à faire, reine de Shunter ? »

« Oh, une seule. Si on croit que je vais m’asseoir sur mon titre pour espérer une quelconque reconnaissance dans la capitale, pas mal de démons vont être déçus. Par contre, cela veut dire que si on me provoque et qu’on m’agresse, je n’aurais aucune hésitation à balayer le sol avec leurs visages. C’est bien cela… empereur Malark ? »

Le sourire mauvais qu’elle avait aux lèvres soulignait parfaitement l’impertinence de ses propos. Elle n’avait pas hésité une seule seconde dans ses dires et ses yeux rubis fixaient constamment le démon assis sur son trône. Et ce dernier finit par se lever, montrant par là toute sa stature et sa grandeur. Manelena haussa un sourcil, ne s’étant visiblement pas attendue à ce qu’il soit aussi imposant en terme de hauteur.

« Cela me semble des plus logiques. Même si dans la capitale, beaucoup de démons considèrent que la noblesse dont ils sons issus leur octroie tous les droits, je ne vais pas empêcher des surfaciens de se protéger. »

« C’est donc que vous envisagez déjà qu’il y ait de possibles attaques sur nos personnes. »

« Vous êtes les premiers membres de la surface à arriver jusqu’ici, dans notre capitale. Certains démons sont « intéressés » par ce que vous représentez. Un intérêt des plus malsains qui peut très vite dériver. Il en était de même pour Tery et Elise à leur arrivée. Je ne pense pas qu’il y ait besoin de signaler qu’ils ont subit quelques tentatives d’assassinat. Tery t’a sûrement déjà mise en garde à ce sujet. »

« Disons qu’il l’a déjà évoqué auparavant, oui. »

« Néanmoins, puisque Tery est revenu et puisque vous avez des nouvelles à me donner concernant Elise, vous êtes les bienvenus dans la capitale. Nous allons trouver quelques logements pour les êtres qui vous accompagnent. »

« De mon côté, je peux sûrement héberger la reine Manelena. »

Héraisty avait fini par reprendre la parole, se tournant vers la femme aux cheveux argentés. Celle-ci cligna des yeux quelques secondes, cherchant à comprendre pourquoi une telle proposition avant que Tery ne tente de murmurer, peut-être pas assez bas :

« J’imagine qu’Héraisty veut en savoir beaucoup plus qu’il n’en faut sur le mode de fonctionnement de la royauté à la surface. »

« Oh pas que ça … mais il est vrai que c’est parmi mes sujets. »

« Alors je n’ai plus qu’à dire bonne chance, Manelena. » répondit Tery en voyant l’air abasourdi de l’actuelle reine de Shunter.

« Oh toi, tu ne perds rien pour attendre. Héraisty, si tu veux, je pourrais te donner quelques détails concernant Tery pendant qu’il était dans l’armée de Shunter. »

« HEY ! Ce n’est pas le su… Ahem, pardon, empereur Malark. »

« Ce n’est rien. Mais je trouve que tes deux compagnons ne parlent que très peu. Sont-ils si intimidés que ça ? »

Ses com… AH ! Les deux éclaireurs ! C’est vrai qu’eux, c’était encore pire qu’Héraisty. Ils n’avaient pas bougé de leur position, raides comme des piquets.

« Je pense que oui. Disons que la situation actuelle fait qu’ils ne savent pas trop ce qu’ils doivent dire ou faire. Néanmoins, sans eux, nous n’aurions jamais pu nous rendre jusqu’ici. Je voudrais bien les remercier comme il se doit mais j’avoue que je n’ai aucune idée de la méthode pour y arriver. »

« Je vais me charger de cela, Tery. Néanmoins, j’imagine que tu veux faire la visite des lieux à l’encontre de la reine de Shunter ? »

« Oh et pas que d’elle. Si cela est possible, avec votre autorisation, j’aimerais bien que le reste du groupe, qui attend dehors, puisse aussi venir. Enfin, peut-être pas en une fois, quitte à ce que nous soyons séparés en divers petits groupes mais au moins, que les gens de la surface puissent voir l’architecture démoniaque mais aussi ses habitants. »

« Je ne vois rien qui me dérange dans cette proposition. Vous pouvez vagabonder comme vous le désirez, tant que vous ne causez pas de troubles. »

« Juste une petite question avant d’y aller : Il n’y a aucun partisan d’Haiktos ou Halyza dans les environs ? Je veux éviter les ennuis. Et d’ailleurs, ceux de Lylé sont… »

« Ma purge a continué. Je ne dirais pas qu’une pensée unique règne maintenant dans la capitale mais ceux qui sont décidé un jour de les suivre sont maintenant bien plus calmes et tranquilles. Ils ne devraient pas vous causer du tort. »

Pfiou ! Tery poussa un profond soupir, signalant qu’il allait disposer maintenant s’il le désirait. Par contre, alors qu’il indiquait aux autres personnes présentes de bien vouloir le suivre, l’empereur lui rappela qu’il voulait que les deux éclaireurs restent avec lui dans la salle. Il avait à discuter avec eux. Il voyait bien leur regard apeuré mais il ne pouvait rien y faire. Il posa juste une main sur leurs épaules, chuchotant :

« N’ayez aucune crainte. Vous n’avez rien à vous reprocher. Vous avez fait du très bon travail. Je suis certain que tout va bien se passer. »

Et il les laissa seuls, indiquant la sortie à Héraisty et Manelena. Quittant la salle du trône, il fallait maintenant… Ah ! C’était un vrai tintamarre devant la salle du trône. À l’intérieur de celle-ci, ils n’avaient rien entendu mais là, la petite troupe discutait entre elle, soucieuse de ce qui s’était passé à l’intérieur de la salle du trône. Rajoutant à cela quelques employés du château et gardes, et voilà que les discussions allaient bon train, dans tous les sens.

Bon… Avec la situation actuelle, peut-être que tout allait se passer pour le mieux dans la capitale. Il resterait sur ses gardes mais… au moins, la situation était stabilisée. Il devait tenir bon… même s’il était vraiment fatigué et usé de ne pas pouvoir régler la situation. Il avait l’impression qu’il allait craquer à chaque instant. Il se devait d’être fort. Il allait bien finir par retrouver tout le monde, une bonne fois pour toutes.

Chapitre 8 : Première expédition

Chapitre 8  : Première expédition

« C’est vraiment dommage. »

« Oui, Royan. Malheureusement, c’est impossible pour nous de profiter de l’avant-poste que Tery et les autres avaient installé. C’est dommage car c’était une bonne place pour nous installer et permettre l’exploration de la grotte. »

« Mais entre la bataille qui a eu lieu et les dégâts occasionnés, autant dire que c’est malheureusement impossible d’en faire quelque chose. »

« C’est bien pour cela que nous avons pris un autre chemin, n’est-ce pas ? »

Royan répondit avec un petit sourire. Ils étaient peut-être mille au grand maximum. Bien entendu, dans une grotte, ça semblait vraiment être trop important comme chiffre mais les grottes faites par les démons étaient tout sauf petites. C’est pourquoi il n’y avait pas à s’inquiéter par rapport à l’armée qu’ils avaient prise avec eux.

« Le plus important, c’est que les démons sont d’accord pour nous emmener. De toute façon, ils sont heureux de pouvoir guider leur princesse. »

« Elise, princesse des démons. Je reste toujours étonné de ce titre. »

« Pourquoi ? Car il ne me colle pas du tout à la peau, c’est ça ? » demanda t-elle d’une voix un peu amusée alors que Royan semblait déjà chercher ses mots, un peu perdu et confus.

« Hein ? Mais non, mais non, ce n’est pas du tout ça ! C’est tout le contraire ! Je veux dire que… enfin, ce n’est pas ça du tout ! »

« Rooooh ! On dirait que tu vas marcher sur des œufs. Je tiens à te rappeler que je sais à quel point tu as du mal à exprimer tes sentiments et tes émotions. »

« Oui, oui, enfin bon… à ce point quand même. Enfin, ce n’est pas aussi simple que ça. Tu le sais hein ? Enfin… tu le sais bien, non ? »

Et maintenant, il était vraiment confus et gêné. Dire qu’à leur première rencontre, il en avait été de rien. Le jeune homme aux cheveux bleus avait tellement changé depuis cet instant. Oh et elle aussi d’ailleurs ! Tout ça grâce à Tery, Elen et les autres. Oui, d’ailleurs, au sujet d’Elen, cette fois-ci, elle avait décidé de les accompagner mais avec son enfant dans les bras. Et il n’y avait pas qu’elle, la mère de Tery était aussi avec eux.

« Madame Vanian, vous êtes certaine que ce n’est pas trop fatiguant pour vous ? »

« Tu penses vraiment que j’ai l’air d’une femme oisive, Royan ? J’ai passé des années à m’occuper de Tery et même lorsqu’il est parti, je n’ai pas lésiné sur les efforts. »

« En même temps, madame Vanian, d’après ce que Tery a dit, vous l’attendiez de pied fermer pour le punir comme il se doit. »

« Mon fils me connaît si bien… mais vu que j’étais la seule à faire son éducation… »

« Et puis, de ce que vous avez dit et aussi de la part de ses grands-parents, vous étiez apte à lui apprendre l’écriture, la lecture et tout… »

« J’ai eu une éducation assez poussée en tant que fille de nobles d’Omnosmos. Même si je me suis enfuie pour fonder une famille, je n’ai jamais voulu oublier mes racines et tout ce que j’ai appris dans ma jeunesse. Il fallait bien que je puisse transmettre ça à mon fils. »

« Dommage qu’il n’était pas doué pour comprendre qu’Elen était une femme avant que ça ne soit collé sous son nez. » déclara Elise en rigolant, Elen ayant tourné la tête vers eux en entendant son prénom, demandant :

« Oui ? Il y a un souci avec moi ? J’ai cru que l’on parlait de moi. »

« Non, non, Elen. Enfin si. On disait que Tery était sacrément aveugle pour ne pas avoir deviné que tu étais une femme avant que tu le lui dises. »

« Oh, tu sais, tout le monde ne l’a pas remarqué, Elise. » répliqua la femme aux cheveux blonds, léger sourire aux lèvres en gardant son enfant dans ses bras.

« Elen. Pour tout avouer, il était aisé de le voir mais je me demandais si c’était une fantaisie de la part des porteurs des lignes de Zélisia avec un masque. Ne voulant pas paraître médisant à cause de mon statut de prince de l’époque, j’ai donc préféré me taire. »

« Oh… Euh, et qu’est-ce qui trahissait le fait que je sois une femme ? »

« Cela t’inquiète maintenant après tout ce temps ? Cela fait plusieurs années déjà. » déclara le roi de Traslord alors que la femme aux yeux bleus attendait la réponse.

« Eh bien, il n’est jamais trop tard pour corriger ses erreurs qui pourraient réapparaître dans le futur. Alors, si tu veux bien. »

« Eh bien, tout simplement tes réactions ? Tu étais très féminine dans celles-ci et il était vraiment difficile de se tromper. Des fois, ta cape bougeait plus que nécessaire et cela permettait de savoir que tu étais une femme aussi. Mais quand même, comment est-ce que Tery n’a rien pu voir ? » questionna une nouvelle fois Royan, se tournant vers la mère de Tery pour espérer une réponse plus détaillée.

« Après la mort de son père, Tery a été très renfermé sur lui-même. Tant qu’il écoutait mes cours, cela me convenait mais je ne l’ai jamais empêché de sortir de la demeure. Simplement, il préférait ne pas le faire. Je crois que ça a été mon erreur principale dans tout cela. Il aurait fallut que je me montre plus ferme mais aussi l’inciter à aller dehors pour se faire des amis. »

« Oh, mais maintenant, vous savez, il a plus que de simples amis. »

« C’est exact, Elen. C’est exact. Et il y est arrivé par ses propres moyens. Mais bon, toutes ces choses auraient pu être évitées si j’avais décidé de mieux m’occuper de lui et… »

« Cela ne sert à rien de penser au passé, madame Vanian. On ferait mieux de se tourner vers le futur pour que l’on puisse enfin retrouver Tery une bonne fois pour toutes. »

Surtout qu’elle avait une fille à lui présenter. LEUR fille. Elle se rapprochait inexorablement de son premier anniversaire et elle voulait montrer les boucles blondes qui se formaient déjà un peu sur son crâne ainsi que les adorables yeux verts qu’elle possédait.

« Ah. Le temps que nous retrouvions Tery, je dois vraiment imaginer un moyen de l’empêcher de se mouvoir. »

« Il y a bien une corde comme idée, Elen. Mais je ne suis pas certain que ça soit ton genre. »

« Je ne veux pas être trop attachante ou forcer le tout aux yeux de Tery. Je veux que ça vienne autant de lui que de moi dans toute cette histoire, si je peux me permettre. »

« Tu le peux, tu le peux. Et c’est normal et légitime de ta part de penser de la sorte. Mais de ce que je sais, je n’ai jamais entendu Tery se plaindre de toi. »

Elle n’allait pas en dire plus à la mère de Tery. De toute façon, cette sensation que cette conversation avait déjà été faite dans le passé lui revenait en mémoire. Elle n’avait pas été la meilleure des petites amies et Tery avait son lot de défauts. Personne n’était parfait et elle ne pouvait s’empêcher d’être légèrement anxieuse à l’idée que Manelena soit avec Tery.

En même temps, elle n’était pas stupide. Elle avait parfaitement compris les sentiments de la maréchale à l’encontre de Tery. Enfin, maréchale, reine, tout ça. Elle avait beaucoup plus de titres qu’elle et son existence était bien plus importante mais… ce n’était pas pour ça qu’elle était anxieuse. Qu’est-ce qui se passerait si Tery lui annonçait qu’il l’abandonnait, elle ?

Ou alors qu’il n’était pas certain de ses sentiments ? Oui, c’était plus cette problématique là qu’autre chose. Elle le savait parfaitement. Elle n’était pas stupide. Elle n’était pas aveugle. Tery n’avait jamais réussi à se décider réellement, malgré tout ce temps passé ensemble. Les quelques erreurs commises, les réactions qu’elle avait eu et lui. Il fallait aussi qu’elle mette les points sur les i avec Tery !

« Ah ! Pourquoi est-ce que nous nous sommes arrêtés ? »

Elle avait bien fini par voir qu’ils n’avançaient plus, Elen faisant attention à sa fille dans ses bras alors que tout devant, Elise et Royan semblaient discuter avec des démons. Oh ? L’architecture était assez basique par ici. Il y avait quelques bâtiments dans la grotte, ce qui confirmait le fait que cet endroit, s’ils étaient déjà un peu sous terre, était beaucoup plus grand que prévu. Et c’était quoi ces gigantesques portes qui semblaient creusées dans la pierre. Ca lui rappelait de mauvais souvenirs et elle commença à trembler.

« Ohla, Elen. Attention ! Je vais la prendre. Ça ne va pas ? »

Heureusement que la mère de Tery était là. Récupérant l’enfant, elle jeta un regard anxieux à Elen, celle-ci étant parcourue par quelques petits tremblements en voyant la double porte au loin. Ce n’était pas la même que celle d’Omnosmos. Il n’y avait pas de gravure étrange représentant les monstres légendaires, ni de sceaux ou autres. Rien de tout cela mais… Elle plaça une main sur son ventre, continuant de trembler.

« Elen ? Tu es vraiment pâle. Tu veux t’asseoir ? »

Encore une fois, la mère de Tery lui proposait son aide et elle préférait ne pas la refuser. Assise sur une pierre, elle cherchait à reprendre son souffle alors que la femme d’un certain âge maintenant lui demandait :

« Que se passe t’il ? Depuis que tu as vu cette double porte, tout semble aller de travers. »

« C’est juste… Omnosmos. La griffe dans le ventre… et tout le reste. »

« Oh, je vois. Du moins, je peux imaginer. C’est vrai. Cet instant-là. Cela t’a rappelé ce que Tery t’a fait alors qu’il n’était pas vraiment conscient de ses actes. »

« C’est ça. Ce n’est peut-être pas une bonne idée pour moi que d’aller dans ce monde. »

« Qu’est-ce que tu racontes donc comme bêtise ? »

« Je ne sais pas justement. Peut-être que ce n’est pas ma place. Il semblerait que les démons ne me supportent pas. Je suis… enfin, vous savez ce que je suis réellement. »

« Hmm, je pense que ça, ce n’est que ton point de vue. Ceux qui nous accompagnent depuis des jours n’ont pas l’air dérangé par ta présence, tu as remarqué ? »

« Mais pendant combien de temps il en sera ainsi ? Je ne peux pas vraiment les forcer à m’apprécier et en même temps, je… »

« Tu ne peux pas les forcer à te détester. Mais sinon, je vais garder ma petite-fille dans mes bras. Va rejoindre Royan et Elise. Peut-être qu’ils pourront te dire pourquoi est-ce que ça met autant de temps à nous laisser rentrer. »

C’est vrai. Elle avait parfaitement raison. Elle se releva, se mettant correctement debout avant de se tapoter un peu le corps. Bon, un petit bisou à sa fille qui dormait paisiblement dans les bras de sa grand-mère. Elle se savait chanceuse que sa fille soit le calme incarné. Elle était certaine que dans quelques années, elle sera une jeune demoiselle remarquable.

Mais pour l’heure, elle demandait à ce qu’on la laisse passer. Les soldats comme les démons ne se privant pas tandis qu’elle arrivait à la hauteur de Royan et Elise. Et de ce qu’elle voyait, Elise était visiblement énervée et agacée. Elen se plaça à côté de Royan qui remarqua sa présence, disant d’une voix calme avant même qu’elle ne le questionne :

« Ils ne veulent pas nous laisser passer. Elise tente d’utiliser la carte de la princesse. »

« Mais cela ne semble pas vraiment marcher en vue de ses réactions. »

« Pas vraiment, malheureusement. Je ne sais pas pourquoi ils sont si inquiets mais on dirait bien qu’ils ont l’air assez effrayés par l’armée qui nous accompagne. »

« Un mélange de différentes espèces et des démons. Même si nous ne sommes pas plusieurs dizaines de milliers, je me doute que ça doit être impressionnant. Mais de quoi ont-ils peurs ? Est-ce qu’ils ont au moins osé vous le dire ? »

« C’est ce que je voudrais bien savoir mais bon… Il suffit de tendre l’oreille pour écouter ce qu’Elise va dire. Enfin, même si ça va être assez vulgaire. »

« Elle n’est pas vraiment née princesse, hahaha. » compléta Elen en se grattant la joue alors qu’Elise tapait du pied droit sur le sol, de plus en plus agacée.

« Mais c’est quoi qui cloche avec vous ?! C’est pas la première fois pourtant ! »

« C’est une mesure de sécurité. Nous pourrions vous laisser passer mais en vue des dernières nouvelles, tout le royaume souterrain préfère prendre ses précautions. »

« Prendre ses précautions ? Mais pour quelle raison ! Expliquez-vous, bon sang de bor… »

« ELISE ! S’il te plaît, tu dois penser à ton langage ! »

Elen venait se de boucher les oreilles alors que Royan avait crié juste à côté d’elle, Elise se raidissant avant de marmonner quelques mots comme « C’est pas juste. » et « Pourquoi, moi je ne peux pas ? » Elen avait maintenant un sourire désolé alors que les démons gardant la porte jetaient un œil derrière Elise pour voir l’homme aux cheveux bleus.

« Qui est-ce donc ? Pour qu’il puisse s’exprimer de la sorte envers vous ? »

« Simplement le roi actuel de Traslord, l’une des nations situées à la surface. Oh et aussi mon futur mari même si bon, y a encore des choses pour que ça soit vraiment officiel. »

« Vo… Votre mari ?! Et qu’est-ce que… l’empereur Malark va penser de ça ? »

« Eh bien, si vous me laissez passer, peut-être que je pourrais avoir la réponse hein ? Car vous pensez que je compte voyager avec tout ce beau monde pour aller cueillir des fleurs ou quoi ? Bon, maintenant que vous savez pourquoi, on peut rentrer ? »

« Je… Euh… Qu’est-ce qu’on fait ? Les consignes sont les consignes mais… »

« En même temps, il paraîtrait que la princesse Elise était morte. Et les deux plus jeunes membres royaux aussi. Pourtant, ils… »

« Ah ! Princesse Elise, si vous êtes vraiment la princesse, où se trouvent donc votre jeune frère et votre jeune sœur ? »

« Ils sont en sécurité quelque part. J’ai commis une bêtise la première fois, elle ne se reproduira pas. Je ne compte pas laisser d’autres démons savoir où ils sont. Bon, je dois me répéter combien de fois ? »

Ce n’était pas qu’elle était impatiente mais en fait si. Et surtout, elle sentait que les démons allaient finalement les laisser passer. Il fallait juste forcer encore un peu le passage et ils obtiendraient alors la possibilité d’aller à la capitale. Bon, d’accord, ils avaient du chemin pour s’y rendre mais voilà.

« Bon, j’imagine qu’on va pouvoir vous laisser rentrer mais on doit vous mettre au courant. Les monstres sont particulièrement extatiques. »

« Bah, j’ai déjà été les affronter dans le passé. Bon, nous sommes plus nombreux, ça devrait être plus aisé mais en même temps, je suis certaine qu’il n’y a pas que ça hein ? »

« Non non, si nous agissons de la sorte, c’est bien parce que depuis quelques semaines, il y a une troupe composée de gens de la surface et de démons qui vagabonde dans les… »

« QUOI ?! QUI DONC ?! VOUS AVEZ DES NOMS ?! »

Elen avait presque bousculé Elise pour arriver à la hauteur du démon, celui-ci sursautant sur place en tremblant un peu, bredouillant :

« Lâ… Lâchez-moi ! Au secours ! Elle a le regard d’une folle ! »

« Elen ! Tu peux te calmer ?! » s’écria Elise en venant la tirer en arrière, Elen reprenant son souffle plusieurs fois, cherchant à se calmer comme réclamé.

« Pardon, je… Vous pouvez nous en dire plus ? Qui sont ces démons ? Ces gens qui les accompagnent ? Vous avez des détails ? »

« Des détails, des détails, on voudrait bien mais on garde juste cet endroit pour éviter que ça rentre et ça sorte comme du royaume démoniaque comme si de rien n’était. Nous ne sommes pas sensés avoir plus de détails. »

« A part le fait qu’il s’agit du chevalier personnel de la princesse Elise et… HEY ! Attendez un petit peu ! » s’exclama le second démon, comme si une illumination venait de lui traverser l’esprit en regardant la demoiselle aux cheveux flamboyants. « Où est votre chevalier personnel, princesse Elise ? »

« Nous avons été séparé et c’est en partie pour cela que je voudrais bien le retrouver avant qu’il ne soit trop tard justement. »

« Oh, euh, d’accord. Enfin, nous allons vous autoriser à passer mais faites vraiment attention. Si on commence comme ça, on risque de se retrouver avec un afflux de personnes venant du monde à la surface et je ne suis pas sûr que tous les démons accepteraient ça. »

« Je n’en doute pas un seul instant. Mais c’est en décidant de s’ouvrir aux autres que le peuple des démons pourra en ressortir grandi. En restant figés et ancrés dans des principes désuets et qui datent d’un ancien temps, nous n’allons pas pouvoir nous en sortir. »

Le démon signala qu’il était pas très doué pour tout ce qui était politique ou philosophique, répondant qu’il allait juste demander l’ouverture des portes. Elen était revenue auprès de la mère de Tery, récupérant sa fille pour la bercer. Royan et Elise se regardaient tendrement tous les deux alors que les portes s’ouvraient finalement.

« Enfin une bonne chose qui est faite. Nous allons pouvoir avancer. »

« Espérons simplement que les prochaines rencontres seront plus rapides et aisées. Je ne suis pas certaine de garder mon calme et… Pourquoi est-ce que tu souris, Royan ? »

« Oh pour rien, je me demandais simplement ce que c’était lorsque tu ne gardais pas ton calme, c’est tout. Rien de plus, rien de moins. »

« Oh, toi, tu vas voir ce soir comment c’est quand je m’énerve et que je m’emporte. »

Sauf que le ton employé par Elise n’était guère agressif, on pouvait même deviner que c’était tout le contraire chez la jeune femme aux cheveux auburn. Celle-ci avait plutôt un sourire enjôleur et légèrement carnassier.

« Bon les deux amoureux, on n’a pas le temps pour les câlins et tout le reste. On doit aller retrouver le groupe de Tery et Manelena au plus tôt ! »

Et cette fois, c’était Elen qui prenait les commandes de la troupe. Pour la majorité des soldats de la surface, ils savaient à quel point la femme aux cheveux blonds était importante, exécutant les consignes qu’elle donnait tandis que les démons se regardaient entre eux, cherchant à savoir s’ils devaient faire de même ou non.

« Dans tous les cas, nous devons les guider jusqu’à la capitale. Ou du moins, jusqu’à ce que nous retrouvions d’autres membres de notre armée, non ? »

« Elle va nous laisser la guider quand elle va comprendre le dédale que c’est plus bas. »

Ils n’avaient donc pas vraiment à s’en faire à ce sujet. Les démons se rassuraient de la sorte alors qu’il était enfin temps de retourner dans un endroit qu’ils connaissaient bien. Enfin, connaître tout du royaume souterrain était exagéré mais au moins, ils n’étaient pas en terre complètement inconnue contrairement à la surface.

Et d’ailleurs, dès qu’ils purent poser les pieds sur le sol rocailleux, de nombreux soupirs de soulagement se firent entendre parmi les membres de l’armée hétéroclite, tous provenant des démons qui étaient dans la dite-armée.

Aussitôt, lorsque les soldats de la surface se retrouvèrent entourés uniquement par de la roche, certains préparaient déjà quelques flammes pour éclairer les environs, les démons les prévenant qu’ils pouvaient compter sur la végétation luxuriante pour la luminosité.

« Nous allons retrouver Tery. Nous allons enfin le retrouver. »

Elen parlait à voix basse mais pas assez pour que personne ne puisse l’entendre. La mère de Tery, non-loin d’elle au cas où elle aurait à nouveau un petit « problème » haussa un sourcil avant de placer une main sur son épaule.

« Je prendrais ma petite-fille lorsque ça sera le cas. Tu pourras alors lui sauter dessus à ton aise. Qu’est-ce que tu en dis ? »

« J’en dis que je ne sais pas ce que je ferais sans vous, madame Vanian. »

« Si seulement il pouvait penser la même chose quand nous le retrouverons. »

C’était maintenant au tour d’Elen d’avoir un sourire désolé à l’encontre de la mère de Tery. Il était vrai que c’était très rare qu’une mère de famille ne parte à l’aventure pour son fils.

Chapitre 7 : L’accord de l’empereur

Chapitre 7  : L’accord de l’empereur

« Tery, tu es certain qu’ils n’auront aucun problème ? »

« Je ne peux pas en être sûr à 100 % mais je pense qu’il y a de très fortes chances qu’ils arrivent à faire ce que je désire. Nous nous rapprochons de plus en plus de l’endroit où je veux nous emmener, Manelena. »

« Humpf. Ce n’est pas ça le souci, Tery. Simplement, si par hasard, ils tombent sur des membres démoniaques des deux aînés royaux dont tu parlais, cela pourrait très mal se passer non ? C’est pour ça que je me répète. »

« C’est pour ça aussi que j’ai décidé de n’envoyer que deux éclaireurs qui ont déjà fait leurs preuves en tant que spécialiste de la rapidité. Je n’ai rien à craindre pour eux. Ils accompliront leur mission et reviendront aussi vite que possible. »

« Si seulement je pouvais avoir cette confiance absurde en autrui, Tery. » soupira la femme aux cheveux argentés, Tery lui adressant un petit sourire. Comme à son habitude, c’était lui qui guidait ou presque le groupe. Préférant laisser cette tâche à des personnes plus spécialisées dans le repérage, le jeune homme aux cheveux bruns était donc derrière un petit groupe de démons bien qu’il restait bien en avant par rapport au reste des membres.

« Et pourtant, tu l’as, non ? Envers une certaine personne. »

Elle le fixa pendant un court instant alors qu’ils continuaient à marcher, le regardant avec un peu de désarroi. Finalement, elle émit un nouveau soupir, comme si elle se demandait s’il venait vraiment de prononcer cette absurdité. Les yeux baissés en regardant vers l’avant, elle relâcha quelques mots assez vagues comme « C’est exact. » et « Je peux pas te donner tort. ».

« Héhéhé, avec toi à mes côtés, je suis bien plus rassuré de toute façon. »

« Car je suis forte et puissante, Tery ? »

« Nullement. Tout simplement car tu es la personne qui est la plus proche de moi. »

Elle se lassait peut-être un peu trop rapidement. Ou alors, elle devenait vraiment ramollie à force de l’écouter parler. Dans les deux cas, elle était vraiment à l’aise en sentant Tery non loin d’elle. Et pourtant, elle était en territoire hostile. Discrètement, mais sûrement, comme à son habitude depuis qu’ils étaient enfouis sous terre, elle rechercha la main de Tery pour la croiser avec la sienne.

Un contact simple et rapide, mais qui avait le mérite de l’apaiser même si elle ne voulait pas l’avouer ou le crier sur tous les toits. De toute façon, ça ne concernait que sa personne et celle de Tery. Les autres n’avaient pas à s’y intéresser.

« Cela fait déjà trois jours, n’est-ce pas, Tery ? Qu’ils sont partis, non ? »

« Oui, si je ne me trompe pas, vu qu’ils sont que deux, ils peuvent se déplacer plus rapidement et cela devrait prendre moins de temps qu’avec nous dans leurs pattes. Disons que d’ici une bonne petite semaine, ils seront de retour, normalement. »

D’accord, d’accord. Elle lui répondit d’un petit hochement de tête positif, cherchant par là à lui montrer son acceptation dans ses propos… jusqu’à ce qu’elle repose la même question le lendemain, comme une certaine routine qui s’installait.

Par contre, malgré les apparences, ils dormaient chacun dans une tente différente. Le jeune homme dormait avec d’autres démons, partageant aussi son sommeil avec quelques membres des races de la surface. Manelena, de son côté, faisait de même. Ce qui était une bonne chose car cela montrait que la reine de Shunter ne se comportait pas comme une femme égoïste, vaniteuse et trop imbue de sa personne.

Et c’est dans ce climat de sérénité que les deux éclaireurs étaient revenus. Après une rapide inspection pour être certain qu’ils étaient en bonne santé, Tery leur demanda de bien vouloir le suivre alors qu’il déclarait une pause pour l’occasion. Accompagné de diverses personnes importantes de chaque race mais aussi de Manelena, ils se retrouvèrent à l’écart.

« Alors, dites-moi ce que vous avez appris, je veux tout savoir. »

« Eh bien, déjà, nous avons pu nous rendre à la capitale sans aucun souci. Aucun ennui pour rentrer, ils nous ont laissé comme si de rien n’était. »

« C’est une excellente chose. Mais est-ce que vous avez eu le droit à une audience avec l’empereur Malark ? »

« Oui ! Mais heureusement que vous aviez préparé un message à son attention sinon, nous n’aurions même pas pu nous rapprocher de cet endroit. »

« J’ai préféré être prévoyant. Le plus important est que vous ne soyez pas tombés sur des personnes bien plus problématiques. C’est une excellente nouvelle que voilà. »

« Et encore, attendez d’entendre celle que l’on va vous donner. Je suis certain que vous allez être plus qu’heureux à ce sujet ! »

« Ne nous emballons pas et dites-moi plutôt s’il a accepté ma demande. »

« Il est d’accord pour rencontrer la reine de Shunter et donc quelques personnes importantes de la surface, mais simplement si vous les accompagnez. »

« Est-ce que mon argument a fait mouche ou non ? Celui concernant Elise. »

« Même si rien ne pourra le confirmer complètement, il semblerait que pouvoir lui permettre d’entendre plusieurs voix à ce sujet a penché la balance en notre faveur. »

« Tant mieux, tant mieux. Et aucune agression ou regard mauvais vers vous pendant que vous étiez en train d’avancer dans la capitale ? »

« Hmm, plus des regards suspicieux vu que nous n’avions pas vraiment une bonne allure, hahaha ! Mais à part ça, rien de spécial. »

« Hmm, et par rapport aux bruits de couloir ? Et rumeurs ? Rien à rapporter ? »

Il sentit le regard de Manelena qui vint se poser plus fermement sur le sien. C’est vrai. Il n’avait pas parlé de tout ça à la reine de Shunter mais il était certain qu’elle ne faisait pas mieux de son côté, n’est-ce pas ? Elle avait quand même caché le fait qu’Elen était vivante et avait même son enfant.

« Les deux aînés de l’empereur Malark sont toujours portés disparus. Du moins, leurs armées vagabondent sous la surface mais il paraîtrait que de nombreux envoyés sont aussi sur celle-ci pour forger quelques nouvelles alliances. »

« Sûrement avec les clans d’Honoros dissidents. Tsss… Ou alors tout simplement des gens qui n’ont aucune idée de ceux avec qui ils s’allient. »

« Tery. » dit sèchement une voix féminine, Manelena ayant croisé les bras au niveau de sa poitrine. Ses yeux rubis étaient clairement posés sur lui, comme pour bien lui signaler qu’elle n’avait pas du tout apprécié ce qu’il avait fait.

« Euh ? Oui ? Manelena ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Le monde n’est pas tout blanc ou tout noir. Tu ne peux pas prétendre que tu es du côté des gentils alors que les deux membres de la famille de l’empereur sont du côté des méchants. Depuis quand tu as une vision aussi obtuse que ça ? »

« Depuis que ces deux membres royaux ont essayé de me tuer. »

« Ce qui en fait tes ennemis mais pas forcément ceux des autres. Chacun peut trouver son intérêt à les rejoindre plutôt qu’à venir du nôtre, tu ne crois pas ? »

« Humpf. Mais ils nous affronteront alors… »

« En connaissance de cause ? Bien entendu ! Qu’est-ce que tu pensais ? Tery, Tery, Tery. Ces derniers mois sans avoir eu la lumière du soleil taper le sommet de ton crâne auraient ramolli ce dernier au point que tu es incapable de réfléchir correctement ? »

« Tu n’es pas obligée de réagir de la sorte, Manelena. »

« Bien sûr que si ! Tu serais encore le genre à laisser une chance à ton adversaire si tu apprenais qu’il avait à un animal à s’occuper, une famille à nourrir et tout le baratin habituel ! Tery, tu t’es empêtré dans une histoire aussi monumentale que les autres et tu essayes de t’en tirer avec de la facilité comme d’habitude. »

« Tu n’es pas obligée de me rabaisser devant tout le monde, Manelena. »

« RAAAAAH ! Mais c’est pas une question de te rabaisser ou autre ! C’est même tout le contraire, Tery ! Je suis même … non, je ne le dirais pas à voix haute devant tout le monde. Enfin bref, tout ça pour te dire que si tu veux une phrase que te balancerait un haut-gradé dans une taverne : « L’ennemi, c’est l’autre. » Ceux qui se tiendront en face de nous ne seront peut-être pas forcément que des démons mais aussi des êtres de la surface qui auront décidé de rallier… RAAAAAH ! C’est quoi encore leurs noms ?! J’en ai tellement rien à faire de ces deux personnes que je n’arrête pas de les oublier ! »

« Haiktos et Halyza. Et attention, de ce que j’ai appris, ils auraient l’âge d’être nos grands-parents. Enfin, Haiktos a plus de la soixantaine d’années. »

« Ah ouais, ce petit détail. Les démons vivent bien plus longtemps que nous. D’ailleurs, dans ton cas, ça va se passer comment ? Et Elise ? »

« Le fait que je sois à moitié démon ne changera rien à mon métabolisme. Je vais vieillir comme tout le monde. Comme un citoyen de Shunter, si cela peut te rassurer. »

« Peuh ! Me rassurer… Enfin, ce n’est pas le sujet. Tu devrais plutôt reprendre la conversation principale, ils nous regardent tous. »

La faute à qui hein ? Il n’avait fait que donner les informations qu’elle réclamait alors qu’il se concentrait à nouveau sur leur tâche principale ; Mais de toute façon, c’était déjà décidé. Il avait obtenu ce qu’il désirait. Il ne restait plus qu’une seule chose à dire :

« Vous avez bien mérité de vous reposer, tous les deux. Pour l’occasion, nous avions déjà fait un bon bout de chemin donc vous n’avez pas à vous inquiétez. Vous pouvez prendre votre temps, on va installer le camp ici pour la soirée. »

« Merci pour tout, messire Tery. »

« Ce n’est pas à vous de me remercier mais l’inverse. Vous avez accompli votre mission et je suis rassuré de savoir que l’empereur voudra bien de mon audience avec lui. »

Et maintenant ? Eh bien, il devait réfléchir à ce qu’il allait dire à l’empereur. Bon, il serait accompagné de Manelena, ça, c’était certain. Mais ensuite ? Hmmm, l’empereur connaissait Héraisty vu qu’elle avait été celle envoyée pour les renifler, lui et Elise à l’époque. Encore deux autres personnes et ça serait bon. Peut-être demander à Manelena à ce sujet, au cas où.

« Hmm ? Il y a un souci, Tery ? Tu es complètement ailleurs. Ils sont tous partis depuis que tu leur as dit que la réunion était terminée. »

Hein ? Depuis quand est-ce qu’il avait dit ça ? Il ne s’en rappelait même pas. Encore une fois, il s’était plongé dans ses pensées peut-être plus que nécessaire. Mais surtout, il se prit une petite tape derrière le crâne de la part de l’ancienne maréchale qui vint le tirer par le bras pour qu’il la suive.

« Toi et moi, nous allons devoir parler, Tery. »

« Comme d’habitude, Manelena mais là, tu commences à me faire un peu mal, tu sais. »

« Et tu sais aussi bien que moi que quand j’ai à user de la force, même pour une broutille de la sorte, c’est que tu as fait une connerie sans que je sois au courant. »

« Aie, aie, aie ! Mais c’est quoi où que tu m’en veux, Manelena ? Je n’ai rien fait d’étrange ou bizarre cette fois-ci. »

« On doit se faire mutuellement confiance, Tery. C’est pourtant ce que je t’ai dit. »

« Oui … et ? Je te fais confiance, tu n’as même pas à douter de ça alors pourquoi ? »

« Car ce n’est pas réciproque. Je devais sûrement me faire des idées. »

« Mais si tu ne veux pas t’expliquer, comment est-ce que je peux comprendre, Manelena ? »

« Tu devrais pourtant le savoir, non ? Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas prévenu pour la seconde demande par rapport aux éclaireurs ? »

« Tu parles de la recherche d’informations sur les deux membres royaux ? Je ne voulais pas te déranger avec ça et … AIE ! »

Il venait de se prendre un coup de poing derrière le crâne, assez fort pour le faire pencher en avant alors qu’il gémissait, cherchant aussitôt une explication. Sauf qu’en regardant Manelena, il voyait bien la fureur peinte dans ses yeux.

« Mais pourquoi ? Je veux dire, c’est où, le souci ? »

« Tu as bien écouté ce que j’ai dit lorsque nous étions avec les autres non ? Prendre de telles décisions, sans réfléchir exactement aux conséquences, c’est une idiotie de premier ordre ! »

« Je le sais bien ! C’est toujours une connerie de ma part à tes yeux ! Je n’ai rien d’un expert en politique comme toi ou même en stratégie militaire ! Ça ne date pas d’hier ! »

« Et tu vas continuer à te plaindre pendant combien de temps alors ? Tu peux me le dire ? »

« Je… enfin… Pfff. C’est toi qui me fait la gueule et c’est moi qui m’en prend plein la tronche et qui me fait rabaisser. »

« C’est pas une question de te rabaisser. C’est… RAAAAAH ! BORDEL ! C’est bien pour ça que je n’aime pas les relations avec autrui ! Je suis nulle avec ça ! »

Hein ? Mais pourquoi est-ce qu’elle s’énervait maintenant ? Et surtout contre elle-même ? Il la regarda, un peu étonné, cherchant à comprendre ce qui lui causait des soucis.

« Tu disparais pendant des mois, quand tu reviens, on se tape sur la tête, je devrais t’en vouloir et chercher ta mort pour ce que tu as fait. Résultat, je t’ai laissé fuir plusieurs fois de suite car au final, j’étais incapable de vraiment vouloir te tuer. On compte ça, on compte les discussions avec Elen et les autres, et tout le reste et … Pfff… »

« Manelena ? Manelena ? Est-ce que tu veux en parler ? »

Il n’avait aucune idée exacte de ce qui se passait mais il sentait que Manelena était perturbée, plus ou moins autant que lui. Mais comment est-ce qu’il allait faire ? La prendre dans ses bras ? Elle tremblait un peu, sûrement de rage. Manelena n’avait jamais peur ou alors que très rarement. Elle s’exprimait de la sorte car c’était dans son caractère. Est-ce qu’il en avait trop fait ? Mais à côté, il n’avait rien fait de spécial justement !

« Que c’est chiant… qu’est-ce que c’est vraiment chiant. »

Elle marmonnait non-loin de lui, Tery ayant toujours tendu un peu les bras, comme pour l’inviter à s’y engouffrer. Le truc, c’est qu’il ne savait pas si c’était ça qu’elle recherchait ou pas. Le jeune homme aux cheveux bruns était parfaitement immobile avant de reprendre :

« Manelena, est-ce que tu veux parler un peu ? »

« Cela servirait à quoi, Tery ? Je veux dire : Faut être honnêtes. Tu ne changes pas de mode de vie en quelques mois alors que tu as toujours vécu de la sorte. J’ai jamais été très douée pour me rapprocher d’une personne. Résultat ? Eh bien, tu l’as devant toi. Je suis complètement bonne à jeter et … »

« Manelena, cela fait plusieurs années que tu voyages avec moi. Bon, il y a eu des séparations et tout ça, mais promis, tu es très différente de celle que tu étais auparavant. C’est à moi de m’excuser. Je ne devrais pas me dire que tu as besoin d’être protégée de mes actions. C’est simplement que l’empereur Malark n’est pas vraiment facile et que les enfants royaux ne sont pas franchement mieux. En vue de ce qui s’était passé avec Elise, j’ai voulu prévoir le coup sauf que j’ai été trop prévoyant, trop protecteur et … »

« Tu devrait comprendre que parfois, même quelqu’un comme moi, a bien envie de se sentir protégée non ? Juste un bref instant alors que nous ne faisons que combattre depuis que nous sommes dans ses souterrains. »

« Tu exagères un petit peu, quand même, ce n’est pas tant que … »

Hmm, elle n’avait pas vraiment tort à bien y réfléchir. Lorsqu’ils ne pouvaient pas se reposer dans les rares villages ou villes qu’ils côtoyaient, ils voyageaient … et combattaient. Et les combats étaient plutôt nombreux maintenant.

« C’est pas faux mais… tu te bats parfaitement bien ! Tu tiens tête à ces créatures démoniaques alors que c’est la première fois que tu les rencontres ! De mon côté, je n’en menais pas large à l’époque, Manelena ! »

« Tu crois que c’est si facile ? Pas du tout, Tery ! Pas du tout ! Ces créatures sont bien plus fortes que toi et moi ! Je l’ai aisément remarqué ! »

« Oui mais nous ne sommes pas que tous les deux. Tu ne vas pas oublier Héraisty, les démons puis aussi les soldats. Malgré les apparences, on sent qu’ils ont tous de l’expérience dans les combats contre les démons et même s’ils n’étaient pas préparé, ils ont bien montré qu’ils y arrivaient non ? »

« Sauf que je ne veux pas me sentir impuissante face à ces foutus monstres ! »

« Et pourquoi ça ? C’est quoi le souci ? Enfin, sauf le fait qu’ils risquent de te tuer mais c’est bien pour ça que nous sommes tous ici, Manelena. »

« Si je n’ai plus la force, qu’est-ce que je suis alors à tes yeux ? »

« … … … Hein ? » bredouilla Tery après quelques secondes d’incompréhension. C’était quoi cette question de la part de Manelena ? Il… était perplexe.

« Je suis un symbole de force, de royauté, de puissance, à tes yeux. Je suis celle qui a toujours était plus douée dans l’art du combat. J’ai toujours fait preuve de compétences dans la stratégie militaire, je sais me faire entendre et obéir par rapport aux soldats. Je suis une figure dans l’armée et… si je suis incapable de combattre correctement de nouveaux dangers, il me restera quoi ? Si même mon plus proche compagnon n’est pas confiant sur ma force par rapport aux évènements qui nous attendent, qu’est-ce qu’il me reste ? »

« Mais attends un petit peu, Manelena, c’est pas comme ça que… ça se passe. »

« Sois honnête, Tery ! Si je n’avais pas eu cette force, ce caractère au départ, est-ce que tu aurais vraiment cherché à me connaître ?! »

Mais pourquoi fallait-il que ça lui tombe dessus maintenant ? Tout ça parce qu’ils étaient seuls, lui et elle ? Sans Elen, Royan, Elise ? Et les autres soldats ? Non, là, il avait un instant de faiblesse de la part de Manelena et la moindre parole de travers pouvait tout mettre à mal. Il devait faire absolument attention à tout ce qu’il disait.

« Manelena, tu sais, je te l’ai déjà dit plusieurs fois. Ce n’est pas pour le symbole que tu représentais que je t’ai apprécié mais pour ce que tu étais… L’aide que tu m’as apporté, les points communs qui nous reliaient. Plein de fois, c’est sûr, j’étais subjugué par ta puissance, mais ce n’est qu’une partie de la raison qui me poussait à t’apprécier. Il y a tellement d’autres choses qui font que je t’aime, Manelena. »

« M’aimer ? » chuchota t-elle en levant ses yeux rubis vers lui. Enfin, même en baissant la tête, elle restait plus grande que lui. Il n’y avait aucune arme dans ses yeux mais … il sentait aisément la tristesse à l’intérieur de ces derniers.

« Euh… Bien entendu. Tu le savais, n’est-ce pas ? Non ? »

Est-ce que vraiment, il pouvait faire ça ? Sincèrement. L’empereur Malark lui avait dit que chez les démons, c’était possible et que… AH ! Non ! Sincèrement ! Profiter de Manelena dans un moment de faiblesse de sa part, ça serait vraiment pathétique de sa part. Et même s’il voyait les lèvres de la jeune femme aux cheveux argentés qui se rapprochaient des siennes, il bougea son visage au dernier moment pour venir embrasser son front.

« Manelena, il se peut que tu aies besoin de te reposer, d’accord ? Mais je veux que tu inscrives ça dans ta tête et que tu le gardes pour toujours. Tu es très importante pour moi, trop même. Ce n’est pas Manelena la Reine ou Manelena la Maréchale que j’aime mais celle que je peux côtoyer tous les jours. Sans toi à mes côtés dans ce monde souterrain, il y aurait de fortes chances que j’ai déjà perdu espoir. Mais tu es là. Tu es ma lumière dans cette obscurité. Je veux que tu restes là. »

« Ta lumière ? Pour une porteuse des lignes d’Alzar ? Qu’est-ce que c’est ironique, Tery. Tu crois vraiment que ça marche ce genre de répliques ? »

Et pourtant, elle avait retrouvé le sourire. C’était pas ça le plus important ? Elle nicha la tête de Tery contre sa poitrine, le gardant contre elle, sans un geste de plus. Elle était sa lumière dans ce monde d’ombre. C’était ça qu’elle avait voulu entendre, savoir qu’elle était importante pour lui et pas uniquement pour sa force.