Chapitre 44 : Des journées difficiles

ShiroiRyu

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Chapitre 44 : Des journées difficiles

Le réveil avait été bien plus appréciable qu’il ne l’aurait pensé. En même temps, avec Manelena dans ses bras, difficile de réellement se plaindre de la situation, n’est-ce pas ? Le jeune homme aux cheveux bruns ne s’était pas levé tout de suite, appréciant ces moments où il pouvait sentir Manelena contre lui.

Lorsque ce fut au tour de la femme aux cheveux argentés de se réveiller, il l’avait juste regardé, en silence, sans qu’un seul mot ne quitte ses lèvres. Y avait-il vraiment besoin de parler ? Elle colla son front contre le sien, rapprochant ses lèvres, son souffle chaud se faisant sentir contre les siennes.

« Manelena, je… » commença à dire Tery avant qu’elle ne scelle qu’un court instant un baiser. Elle se retira de ses bras avant de chuchoter :

« J’imagine que les paroles d’hier à l’encontre de Krawnia me concernent aussi, n’est-ce pas, Tery ? Ou… »

« Tu te trompes sur ce point. Je… Toi… Je suis indécis, désolé. Je suis vraiment un être horrible pour jouer avec tes sentiments. »

« Et moi ? Qu’est-ce que je devrais dire réellement ? Sans cette cruauté qui est la tienne, je n’aurais jamais eu cette possibilité, dans cette foutue capitale démoniaque hein ? »

« Je préfère ne pas trop y repenser, sincèrement. Cela ne me plaît pas vraiment. »

Elle fit juste un fin sourire et quitta définitivement sa couche avant de se lever et de s’étirer, permettant à Tery de profiter de la vision de ses courbes si souvent cachées sous cette épaisse armure noire depuis leur départ de la capitale démoniaque.

Captant aisément le regard de Tery sur elle, elle ne fit rien pour autant l’émoustiller plus que ça. Ce n’était pas l’heure pour cela et puis, il ne fallait pas oublier qu’elle était reine de Shunter. Elle avait quand même un peu de décence. Elle ne pouvait pas se pavaner comme une paon pour attirer la cible de ses désirs.

« Avec tout ça, nous avons encore beaucoup à faire, Tery. »

« Beaucoup à faire, beaucoup à faire. Le terme est peut-être un peu exagéré, non ? »

« Nous n’avons pas tant avancé que ça par rapport aux gnomolds. Et il ne faut pas oublier que l’armée d’Haiktos reste dans les environs. »

« Oui, c’est vrai. Bon, je vais aussi me lever. Je ne peux pas paresser plus que nécessaire. Je dois montrer l’exemple aussi, de mon côté. »

« C’est le mieux à faire. Par contre, tu vas sûrement t’attendre à des regards et des remarques de la part de l’autre cinglée. »

« Humpf, je le sais parfaitement et je m’y attends, ne t’en fait pas. Ce n’est pas comme si elle avait son mot à dire à ce sujet, Manelenea. »

Son mot ? Il était aisé de savoir de qui ils parlaient tous les deux. Il n’y avait qu’une seule personne dans leur champ de vision : Krawnia. Néanmoins, lorsqu’il quitta sa tente quelques secondes après Manelena, il n’y avait pas de demoiselle ailée qui l’attendait. Non.

Elle était encore là, néanmoins ? Il posa la question à quelques soldats, certains lui disant que oui, d’autres qu’elle s’était rapprochée de sa tente sans pour autant y pénétrer à l’intérieur. En même temps, il y avait des gardes pour surveiller sa tente, question de sécurité. Il était hors de question que le jeune homme reste sans protection.

« D’accord, d’accord. Elle n’a rien fait de bizarre à part cela ? »

« Pas vraiment. Elle traînait dans les environs sans rien dire ou faire. Je crois qu’elle voulait rentrer mais elle s’est arrêtée, puis elle a émis un léger grognement avant de se retourner et de s’éloigner. Rien de plus. »

« D’accord, d’accord. Donc en quelque sorte, elle est restée comme à son habitude, du moins, du peu que l’on peut connaître d’elle. »

« C’est peut-être pas dit de façon élégante mais ouais, y a de ça, chef. » compléta le soldat en hochant la tête positivement..

« Sur le coup, je ne suis pas sûr que l’élégance ait une quelconque importance hein ? »

« C’est pas faux, chef. Mais bref, je vais pas vous mentir qu’elle fait peur à pas mal d’entre nous. Même les démons ne l’apprécient pas. »

« Tant qu’elle n’est pas une menace pour notre armée et que je n’ai pas l’impression qu’elle risque d’exploser à tout instant, elle reste notre alliée. »

« D’accord, d’accord. Je voulais juste vous dire ça. Même si c’est juste la première journée, le truc, c’est qu’avec ce qui s’est passé avec les gnomolds, les autres sont vraiment pas rassurés. Ils ont peur qu’elle décide de les agresser comme ça, du jour au lendemain. »

« C’est normal en vue de comment elle a décidé d’agir. »

Et il s’éloigna enfin pour ne pas continuer cette discussion. Comme les oreilles indiscrètes pouvaient très aisément trouver leur domaine dans la base, il voulait éviter que ce message ne se transmette à Krawnia, surtout si le temps qu’il arrive à ses oreilles, il ait été modifié à cause des petites inconsistances.

« Ah… Pfiou… Je n’ai pas eu le temps hier mais je vais le faire aujourd’hui. »

Il allait plutôt se concentrer sur autre chose : l’histoire des gnomolds avec les démons. Il n’y avait peut-être que peu de chances qu’elle soit au courant mais qui ne tentait rien n’avait rien. Il se dirigea vers Héraisty, la voyant au loin en train de parler avec d’autres personnes. Attendant qu’elle ait terminé, il se rapprocha d’elle avant de la saluer en lui baisant les joues. Se laissant faire, elle lui demanda s’il avait bien dormi avec un petit sourire amusé.

« Euh, bien entendu, Héraisty, et toi ? »

« Oh, comme un loir. Disons que de toute façon, en vue de la situation actuelle, j’ai essayé de ne penser à rien et de tout simplement me concentrer sur ce qui va nous attendre. »

« Oui… Enfin, justement, je voulais te parler de quelque chose. Est-ce que tu étais au courant par rapport aux gnomolds ? Enfin, pas pour leur transformation mais… ce système de sacrifice de la part des divinités ? »

« Pour les gnomolds en eux-mêmes, je ne pouvais pas le savoir. Comme Zélisia et Alzar ont utilisé la magie des différents peuples pour sceller le monde souterrain, il n’y a aucune trace des « résultats » causés par cela puisqu’il n’y avait aucun démon pour en parler. Par contre, au sujet de la magie en elle-même, ce n’est pas la première fois que j’en entendais parler mais… cela ne modifiait pas le corps de façon permanente et interne. »

« Oh ? Et donc, qu’est-ce que tu peux en dire exactement ? »

« Ce que je peux en dire… Hmm… Eh bien… En fait, certains peuvent se faire via des contrats et autres. Un peu comme de l’esclavage. Les familles les plus nobles parmi les démons ont de nombreux esclaves, tu t’en doutes, non ? Eh bien, certains d’entre eux servent juste de « garde-manger ». Ils sont juste nourris et logés sans avoir réellement d’autres utilités. Ils ne peuvent pas quitter les environs des logements où ils sont entassés. »

« Mais c’est vraiment horrible. Enfin, je veux dire, c’est de l’esclavagisme oui, comme les autres mais… là, ils n’ont même aucune autre utilité que juste vivre pour mourir plus tard ? »

« Oh. Il y a d’autres types de magie qui permettent de récupérer celle des environs. Et cela sans contrat mais disons que ce n’est pas à la portée de tout le monde. »

« D’accord, d’accord. J’aimerais dire que je vois bien mais… ce que tu m’as dit, je ne savais pas que ça se faisait ainsi. »

« Oh, pourtant, la royauté et les plus haut-gradés militaires dans le monde démoniaque ont justement de quoi se préparer à ça. Ils ont de quoi se sustenter et d’utiliser des magies qui ne sont normalement guère accessibles à leurs personnes. »

« Est-ce que les pouvoirs magiques de l’empereur Malark sont du même genre ? » questionna Tery en se rappelant l’étrange sort de la part de l’empereur.

« De ce que je connais de lui, il est capable de produire ses sorts sans avoir besoin d’un « garde-manger » à côté. Il est dit qu’en terme de magie, il est l’un voire le plus puissant des empereurs depuis des siècles voire des millénaires. Mais difficile de confirmer ou infirmer ceci quand on ne peut pas vraiment comparer. »

« Oui, c’est vrai. Enfin, donc en un sens… tu en sais mais pas plus que ça. Donc tu penses que les gnomolds disaient la vérité ? Du moins, pour toi, tu en es sûre ou non ? »

« Sûre et certaine. Il ne mentait pas. Et je pense que pas mal de démons connaissent au moins, via des rumeurs, au sujet de cette capacité. Mais ils devaient sûrement penser que ce n’était possible que pour eux. Que d’autres en soient capables, c’est peut-être cela qu’ils auront du mal à croire mais rien de plus. »

Hmm. Oui. C’était une bonne remarque de la part d’Héraisty. Mais au moins, il avait eu plus ou moins une confirmation : tout le monde considérait que les gnomolds n’avaient pas menti en racontant cette histoire. Alors qu’il s’apprêtait à partir en remerciant la démone, celle-ci avait toujours le même sourire qu’auparavant, disant d’une voix douce :

« Et de ton côté, tu as vraiment bien dormi, Tery ? »

« Euh… Oui, oui, mais pourquoi est-ce que tu me poses à nouveau cette question ? »

« Eh bien, je ne sais pas trop. Il semblerait qu’une personne avait décidé de se rendre discrètement dans ta tente, hier. Elle m’avait demandé quelques conseils pour faire cela de façon à ce que personne ne le remarque. »

« Eh bien, disons qu’elle s’est plantée grandement sur ce point. »

« Hmm ? Comment cela ? Qu’est-ce qu’elle a fait comme erreur ? »

« Oh, simplement le fait de quitter la tente ce matin, comme si de rien n’était. J’imagine que les gardes n’étaient pas au courant de sa présence, en vue de ce que tu viens de me dire. »

Il remarqua bien qu’Héraisty était en train de se demander s’il blaguait mais il hocha la tête négativement sans prononcer une parole de plus. Héraisty poussa un profond soupir, reprenant la parole pour dire d’une voix lente :

« J’imagine qu’elle était si heureuse d’avoir un instant avec toi qu’elle a abaissé sa garde lorsqu’il fallait éviter que ça ne soit le cas. »

« Bah, ce n’est pas si grave que ça. Je veux dire, j’imagine que c’est un secret de polichinelle. Et si cela peut te rassurer, il ne s’est rien passé entre elle et moi. »

« Mais pourquoi est-ce que cela devrait me rassurer ? »

« Eh bien, je ne sais pas trop mais… je m’imagine souvent que tu fais tout ça pour nous donc voilà, je pensais que ça serait normal que de te remercier, il ne faut pas ? »

« Je vous apprécie grandement, et peut-être plus. Surtout toi, Tery. Depuis que tu es venu dans ma vie, tout a changé radicalement. »

« Fais attention, on dirait vraiment que tu veux me complimenter. »

« Mais c’est exactement ce que je suis en train de faire, hahaha. Entre toi et Elise, j’ai découvert tout un nouveau monde. Et de nouvelles races. Et puis, j’ai tellement à en apprendre sur vous autres, je ne peux que continuer cela. »

« Tu sais que nous ne sommes pas des sujets d’expérience hein ? »

« Bien sûr que non, Tery. Je suis juste heureuse et contente. » répliqua la femme démoniaque.

« Alors je n’ai qu’à travailler pour que tu le restes. »

« Cela ne devrait pas être une tâche trop difficile, hahaha. »

Elle continuait de lui sourire et oui, il était plutôt heureux de la tournure des évènements. Il se sentait un peu soulagé. Même s’il avait toujours cette pensée néfaste par rapport à Krawnia, cela ne changeait pas qu’il devait se calmer et faire la part des choses. C’était pourquoi il allait prendre sur lui-même et juste voir le bon côté.

« De toute façon, tu sais où me trouver si tu as un besoin présent de venir parler, n’est-ce pas, Tery ? Il te suffira juste de venir dans ma tente. »

« Et que les soldats se posent des questions ? Ils finiront par se faire des idées. »

« Oh, je pense que c’est déjà le cas. Tu sais bien que les démons sont polygames, non ? Certains démons et démones ne font que chercher l’être le plus fort ou attirant, qu’importe le nombre de prétendants ou prétendantes aux pieds du dit être. »

« Mais je ne suis pas vraiment comme ça, désolé de le déclarer. J’espère que tu ne seras pas trop déçue par cette révélation, hahaha. »

« Pas le moins du monde puisque je ne suis pas attirée de cette façon par toi. Pas trop déçu non plus de ton côté ? »

Elle venait de répliquer presqu’aussitôt. Alors que les paroles étaient un peu directes et franches, le sourire qu’elle arborait montrait aisément qu’elle ne voulait pas qu’il le prenne mal. Pour toute réponse, il tira doucement la langue :

« Peut-être juste un petit peu ? Réellement, entre le désir et l’amour, c’est vraiment compliqué et différent. Et je ne veux pas que tu penses que c’est le second. »

« Car c’est le premier ? Hmm… Intéressant ! Mais je note cela pour un autre moment. Tu n’es pas le genre de démon à succomber réellement à tes désirs, n’est-ce pas ? Je veux dire, il suffit de voir avec Manelena pour comprendre que c’est… plus que ça. »

« Je suis assez perdu sur ce point. Je sais que… j’ai l’impression d’avoir tout le temps cette discussion, que cela soit avec toi ou alors dans ma tête mais… »

« Ce n’est pas un souci, si tu en as envie d’en parler, tu sais que je suis là. Et je sais aussi très bien que tu ne sais pas sur quel pied danser par rapport à Elen et Manelena. »

Il fit juste une petite moue qui se voulait souriante mais il était aisé de voir qu’il était plus triste qu’autre chose. Les évènements n’étaient pas anodins et le fait de ne pas voir Elen depuis si longtemps et surtout sans que cela tourne mal avait sûrement influencé sur sa décision mais… renier ce qu’il ressentait pour Manelena, cela ferait de lui un lâche.

« Je vais aller retrouver le reste des troupes. Je crois que l’on va être bon pour stationner un peu dans les environs. Nous sommes pas encore en sécurité mais je crois que plusieurs jours de repos sont réellement nécessaires. En venant jusqu’à toi, j’ai vu les soldats. »

« Ils n’ont pas une bonne mine et c’est difficile… de faire quelque chose pour les aider. »

« Ils sont stressés. Ils ne peuvent pas… penser autrement à ce qui s’est passé malheureusement. À partir de là, ils n’ont donc que leurs pensées à ruminer. »

« Peut-être qu’avec le temps, cela passera, tu crois ? »

« Pas vraiment mais il n’y a aucune parole réellement réconfortante dans ce genre de situation. Au grand maximum, nous pourrions voir pour faire quelque chose pour évacuer tout ça, via un travail à accomplir mais… ce n’est pas aussi simple. »

Il en savait quelque chose. Pour quelqu’un qui avait ruminé son passé pendant de longues années, et Manelena étant dans le même cas que lui, il était difficile de tirer un trait comme ça. Un évènement pour leur faire oublier leurs soucis ?

Difficile. Les loisirs des démons n’étaient pas mêmes que ceux de la surface. Et même à la surface, ils n’étaient pas forcément tous à avoir les mêmes loisirs. Souvent à cause de leurs différences raciales. Bref, tout ça était très compliqué et rien n’allait arranger la chose.

« Je suis complètement perdu. Cela ne sert à rien. »

« Mais non, Tery. Tu trouveras une solution. Comme tu en as trouvé une pour Elise, une pour Manelena, une pour nous tous. Tu devrais arrêter de te dévaloriser. »

« Ce n’est même pas une question de me dévaloriser ou autre. C’est simplement que… je me sens parfois si faible. J’ai l’impression d’être juste transporté d’histoire en histoire. Comme si je n’étais qu’une simple marionnette. »

« Hmm… Non, tu es responsable de tes décisions, je ne pense pas que tu peux prétendre cela, Tery, loin de là. »

« Si seulement j’arrivais à me convaincre autant que tu tentes de me convaincre, je suis sûr qu’à nous deux, nous devrions arriver à quelque chose. »

« Et si tu allais voir Manelena ? C’est toujours elle qui est là pour te remonter les bretelles, non ? Allez, zou, tu devrais y aller maintenant ! »

Et c’était presque si elle décidait de le mettre dehors. Oh, il savait parfaitement que ce n’était pas le cas mais elle voulait le motiver. Elle posa une main sur son dos avant de le pousser légèrement en avant, comme pour l’inciter à faire le premier pas.

Ce n’était pas bien difficile de retrouver Manelena, contrairement à Krawnia d’ailleurs. Il ne l’avait vraiment pas vue de la matinée. Dans tous les cas, ce n’était pas un souci. Léger sourire aux lèvres, il se rapprocha de Manelena.

« Hmm ? Eh bien, ce sourire en dit long. Qu’est-ce qui te tracasse, Tery ? »

« Ah… On dirait bien que je n’ai pas réussi à le rendre plus sincère que je le pensais. Comme quoi, je me suis bien trompé, hahaha. Ah… C’est juste comme ça. »

« Héraisty t’a sûrement envoyé si tu viens vers moi. Ce n’est pas de ton plein gré. »

« Hey ! Tu donnes l’impression que je viens juste te voir quand j’ai des soucis. »

« Des soucis ? Pas tout le temps mais disons que je suis un peu comme ton phare dans la nuit souterraine, tu ne crois pas ? »

« C’est joliment dit et… c’est peut-être un peu vrai, Manelena. Mais si je vais encore te raconter mes ennuis, tu ne risques pas de te lasser. »

« Sûrement, oui. Et si je vais sûrement finir par trouver cela super chiant, désolée de ne pas être désolée de te le dire concrètement hein ? »

« Ce n’est pas grave. C’est juste comme d’habitude, n’est-ce pas ? Bon… C’est au sujet des gnomolds. Je ne sais pas si cela était une bonne idée que de les laisser partir. »

« Hmm ? Tu voulais les tuer donc ? » demanda Manelena, le regardant avec un peu d’étonnement, Tery faisant rapidement un geste négatif de la main.

« Non, non ! Pas du tout ! Je ne pensais pas ça. Pas de la sorte. Je me disais juste si cela était vraiment utile… que de les faire partir. Peut-être que si nous avions décidé… »

« De les garder avec nous, nous aurions alors réussi à les « apprivoiser » et à en savoir plus ? Non, tu te trompes lourdement, Tery. Ils étaient prêts à reprendre le combat si ce gnomold avait décidé. Mais en vue de la surprise de ses partenaires, il semblerait que ce secret soit bien gardé. Si tu veux vraiment en connaître plus, il faudra voir avec Ernold si un jour, nous arrivons à remonter à la surface. »

« Tu crois qu’Ernold nous en dira plus ? »

« Il vaut mieux pour lui. Je suis certaine qu’il est en partie responsable de cette situation déplorable avec les gnomolds. Mais aussi l’ouverture des portes démoniaques, je suis certaine qu’il n’y avait pas que le couple de dieux derrière tout ça. Cela ne m’étonnerait pas qu’ils aient travaillé de concert dans cette histoire. »

Il… devait avouer qu’il n’avait jamais fait le rapprochement. Maintenant qu’elle en parlait, c’était vrai. Cela n’était pas si anormal que ça. Cela semblait même assez logique à bien y réfléchir. La situation durant ces dernières années montrait bien qu’ils avaient été… ah. Comme des pantins. Le terme venait de traverser son esprit et… il se sentait à nouveau très las sur le moment. Cela n’allait jamais s’arrêter hein ?

« On aura besoin de tellement d’explications. Je ne sais même pas ce qui va nous attendre au final, Manelena. »

« Ce qui va nous attendre ? Hmm… Difficile à dire, il faut avouer. Nous allons continuer à monter au fur et à mesure jusqu’à arriver à la surface, gardons ce but en tête. Et cela malgré tout ce qui s’est passé dernièrement. »

C’est vrai. Garder cet objectif principal en tête. Avec l’armée ennemie et les gnomolds, ils avaient beaucoup dérivé. Il avait bien fait d’écouter les paroles d’Héraisty : Encore une fois, Manelena avait les idées bien plus lucides que lui.

Chapitre 43 : La vie d’antan

ShiroiRyu

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Chapitre 43 : La vie d’antan

« Confirmation qu’ils sont tous partis ? »

« Un éclaireur a décidé de les suivre discrètement oui, c’est bien le cas. Ils ne sont plus autour de nous. Nous sommes en sécurité. »

« Pendant ce temps, j’avais demandé un bilan pour savoir combien d’hommes nous avons perdus et aussi l’état des blessés. »

« Les pertes sont minimes, les blessés sont néanmoins assez importants, voire même graves. Mais aucun n’est en danger de mort. »

« D’accord, il y a plus ou moins une bonne nouvelle. Nous allons perdre quelques heures mais essayez de trouver les cadavres de tous les démons vivants dans les environs. On va quand même leur offrir une sépulture décente. »

C’était la moindre des choses. Ils n’avaient pas demandé à se faire exterminer par des créatures dont ils n’avaient jamais entendu parler avant aujourd’hui. Ah… Et c’était vraiment pas joyeux. Durant le combat, il n’avait pas vraiment été se préoccuper de ça mais… que ça soit femmes et enfants, ils n’avaient fait aucune distinction à ce sujet.

Ah… Et bien entendu, certaines femmes avaient protégé leurs enfants du mieux qu’elles le pouvaient mais cela n’avait pas réussi à les sauver. C’était bien là l’horreur de la guerre. Et en un sens… Il se disait qu’il avait été chanceux que cela n’ait été qu’armée contre armée lorsqu’il s’était retrouvé aux côtés de Manelena, enfin la maréchale Nali à l’époque. Au moins, dans une bataille de la sorte, ils affrontaient des êtres qui étaient eux aussi préparés à mourir.

Mais les villageois ? Ils n’avaient rien demandé. Ils n’étaient que de nombreuses victimes… et à l’heure actuelle, les démons étaient bien plus nombreux à faire partie de ce côté que l’inverse. Oui, comme il se trouvait parmi eux, il avait aisément pu voir à quel point les dégâts étaient nombreux.

Comme les démons se combattaient entre eux à cause de cette capacité à pouvoir se nourrir d’autrui pour obtenir plus de pouvoirs, les démons étaient son propre ennemi sur ce terrain. Et comme la peur était la règle première des races de la surface par rapport aux démons, les premiers n’hésitaient pas à attaquer les seconds même s’ils n’étaient pas belliqueux.

C’était un gros bordel, il le reconnaissait amplement et il espérait vraiment qu’un jour, tout cela allait se résoudre. Même si Sérest et Séran étaient deux dieux imbéciles, leurs intentions n’avaient jamais été mauvaises et ils aspiraient à un monde en paix. Avec une pensée aussi simplette que ça, s’il le disait à haute voix, on irait lui rire au nez… mais c’était sûrement possible. Une paix globale et complète, non, il ne fallait pas rêver. Mais que les cinq nations de la surface soient en paix avec celle des démons, c’était possible.

Surtout que pour Mékalarma, il suffisait de mettre en position les nombreux mékalarmiens porteurs des lignes de Zélisia, qui avaient été manipulés et torturés par les autres mékalarmiens. Peut-être qu’il pensait aussi à les manipuler, c’était vrai, mais pour une bonne cause. Enfin, ils n’en étaient pas encore là, bien loin même.

« Qu’allons nous faire maintenant, Tery ? »

« Cela ne sert à rien de rester par ici et je pense que pour les gnomolds, il y a une bonne chance qu’ils remontent à la surface. On va pouvoir continuer notre chemin. »

« Au cas où, Tery, tu te doutes que nous risquons fortement de rencontrer d’autres villages dans cet état mais avec… des morts depuis plusieurs jours voire semaines hein ? »

« Je le sais bien… Les gnomolds seront sûrement passés par là, il n’en est pas possible autrement mais qu’est-ce que je peux vraiment y faire ? »

« Rien du tout. » termina de compléter Manelena alors qu’il marmonnait quelques paroles dans sa barbe. Elle venait de l’extirper de ses pensées mais il ne pouvait pas lui en vouloir. Il fallait avancer à nouveau, sans un regard de plus vers les morts. Il avait juste une partie de ses pensées qui était concentrée sur les gnomolds.

Ce fut après une bonne heure de marche, lorsqu’ils s’étaient remis en route qu’il avait finalement posé la question qui le taraudait à Manelena. Qu’est-ce qu’elle pensait exactement de la situation avec les gnomolds ? Pendant qu’elle restait à ses côtés, elle pensa pendant quelques instants avant de dire :

« Ce gnomold qui a pris la parole était sincère. Cela peut sembler tirer par les cheveux mais il y avait quelques mois, années, nous n’étions même pas au courant de l’existence des démons donc bon, rien d’impossible. »

« Mais maintenant ? Qu’est-ce qu’on doit faire surtout ? »

« Hmm ? Rien du tout ? Ce n’est pas à nous de gérer la crise des gnomolds. On ne peut pas se concentrer sur une histoire perdue depuis des millénaires. N’oublions pas nos premiers objectifs, d’accord, Tery ? »

« D’accord, c’est vrai. J’ai un peu tendance à m’éparpiller pour ne pas changer. »

Et ce n’était pas vraiment dit d’une façon gênée ou autre, c’était juste un constat. Il n’était pas d’humeur à plaisanter de toute façon, en vue de la situation actuelle. Mais il n’avait pas envie de s’énerver en direction de Manelena qui n’avait rien fait.

« Disons plutôt que c’est à cause d’une nouvelle à laquelle personne ne pouvait s’attendre, que ça soit pour des personnes comme nous ou pour les démons. »

« Comme nous ? Tu me considères encore comme un citoyen de Shunter ? »

La question paraissait absurde, vraiment absurde puisqu’elle avait fait disparaître son casque pour le regarder de ses yeux rubis. Elle se demandait s’il était sérieux mais à le voir ainsi, elle lui donna une petite baffe sur le dos du crâne, ayant fait disparaître son gantelet juste avant. Elle répondit :

« Nous avons déjà eu cette conversation, Tery. De nombreuses fois, même. Tu es Tery Vanian. Tu es né à la surface, tu as une mère là-bas, des amis aussi. Tu es de là-bas. »

« Hahaha… Oui. Parlons d’autre chose. Il vaut mieux sinon tu risques de te mettre en colère et je préfère éviter cela, surtout si je suis fautif. »

« Tu crains tellement mon courroux ? Enfin bon… Si ce n’est que ça, je peux te donner des idées d’autres sujets. Comme savoir ce que tu comptes faire lorsque nous allons retrouver Elen et les autres ? Tu as déjà prévu un truc ? »

« Pas vraiment. Enfin, ma priorité va être de voir mon enfant, j’imagine. Pouvoir le prendre dans mes bras et le regarder. Car tu sais, j’ai toujours du mal à croire que je suis père. Ce n’était pas vraiment la vie que j’envisageais en quittant mon village natal à l’époque. »

« Cela ne m’étonne pas. Tu crois que je me voyais être assise sur un trône ? Alors que j’ai toujours été rejetée par mon père ? »

« Pas vraiment, j’imagine. Comme quoi, parfois, on part vraiment bien loin de ce que l’on imaginait avoir prévu pour soi. Mais… Est-ce que tu regrettes tout ça maintenant ? »

« Pas le moins du monde. Je suis plus que satisfaite de la situation actuelle même si je ne suis pas encore totalement heureuse. Il me manque un petit truc que je ne peux malheureusement pas obtenir aussi aisément que je le voudrais. »

« Et c’est quoi ce… petit truc ? » demanda Tery tout en scrutant Manelena du regard. Qu’est-ce qu’une reine comme elle pouvait désirer de plus que ce qu’elle avait déjà maintenant ? Elle rétorqua, remettant son casque sur son crâne :

« Rien de spécial et qui te concerne. Enfin, on peut dire ça comme ça même si ça sonne un peu faux malheureusement. »

« Un peu faux malheureusement ? Tu ne veux pas me le dire car c’est sensé être secret ou alors juste parce que c’est moi ? »

« Principalement parce que c’est toi. Et que je suis certaine que tu es capable de deviner de ce dont il s’agit si tu décides d’y réfléchir un peu plus longuement. »

Y réfléchir un peu plus longuement ? C’était peut-être bien plus personnel qu’il ne le pensait alors. Et si tel était le cas, il valait mieux pour lui alors ne pas s’en mêler plus longuement. Peut-être qu’il ferait mieux tout simplement de…

« OOOOOOOOH ! De quoi est-ce que vous parlez ? OOOOOH ! Tery ! »

Ah oui. Elle. C’était étrange de ressentir un peu de colère envers une personne qui ne lui voulait absolument pas de mal mais voilà… Krawnia était agaçante. Bien plus que dans la tour et s’il ne faisait rien, cela n’allait pas s’arranger. Surtout qu’elle était apparue comme une ombre dans son dos, sans même que Manelena ou lui-même ne la remarque. S’il avait commencé à discuter d’un sujet très important et grave, elle aurait pu tout entendre.

« Bon, Krawnia, il va falloir que l’on discute, toi et moi. »

« Mais quand tu le veux, Tery ! Je suis pendue à tes lèvres quand tu le désires ! »

« Ce n’est pas ce que j’ai dit. Ah… Et puis, j’étais en train de discuter avec Manelena. »

« Hmm, hmm, oh, ce n’est pas bien important ça. Elle peut rester, Tery ! »

« Ce n’est pas là où je voulais en venir… » commença à soupirer le jeune homme. Ne pas montrer son agacement, ne pas montrer. Cela ne servirait à rien, ça serait contre-productif et surtout, il tentait de dire du regard à Manelena de ne pas réagir.

« Je compte bien rester, oui, puisque j’étais en train de discuter avec Tery, Krawnia. »

« Oh mais oui, mais oui, tu peux parler. De toute façon, tu n’es qu’une connaissance pour lui, non ? Enfin, une amie, c’est bien ça ? »

Sur le coup, la femme en armure noire s’était arrêtée. Comme si elle venait d’être touchée en plein coeur par la remarque, elle s’apprêtait à répliquer mais Tery l’arrêta, posant sa main sur le gantelet noir de Manelena.

« Elle est plus qu’une amie puisqu’elle est la personne en qui j’ai le plus confiance à l’heure actuelle dans le monde souterrain. Je pourrais lui confier ma vie en toute sérénité. »

Krawnia regarda Tery avec de grands yeux, presque étonnée par ses propos alors que lui-même sentait la poigne de Manelena se faire moins forte. Krawnia pencha la tête sur le côté, fixant encore une fois la femme en armure puis Tery avant de dire :

« Oh, je commence à voir, oui. Mais ce n’est pas bien grave. »

« Disons que ça l’est quand même vu que tu t’interroges sur le degré de ma relation avec elle. Je la connais depuis bien plus longtemps que je ne te connais. »

« Oh, mais ne t’en fait pas, cela s’arrangera très vite hahaha ! Il faut juste me laisser un peu de temps, rien de plus ! »

« Et je trouve d’ailleurs ton caractère vraiment étrange. Je ne sais pas ce qui s’est passé depuis la dernière fois mais tu as l’air radicalement différente, tu le conçois ? »

« Je suis surtout libre de cette foutue tour dont je ne pouvais pas me débarrasser ! Maintenant qu’il n’y a plus besoin de gardienne pour garder le gardien, il n’y avait plus aucune raison de rester à garder cet endroit ! Hahaha ! »

« D’accord, d’accord mais tu sais, tu n’es pas obligée de me coller. »

« Il me le faut, il me le faut ! Tu sais quoi ? Je vais te raconter tout ce qui s’est passé depuis que tu es parti ! Tu verras, comme c’est assez long ! »

« Assez long ? Hmm… Tu peux garder cela pour plus tard ? Nous verrons cela cette nuit, d’accord ? Maintenant, si tu veux bien me laisser, il me faut discuter de choses assez importantes avec Manelena. »

« Hmm… D’accord. » marmonna Krawnia en faisant une petite moue dépitée.

Et maintenant, elle s’éloignait enfin et il poussa un profond soupir soulagé. Sincèrement, il aurait tellement préféré que ça ne se passe pas ainsi mais bon, il ne pouvait rien y faire et ça l’énervait passablement, il devait avouer.

« Elle est assez irritante quand elle décide de s’y mettre. »

« Je le sais bien… mais elle a l’air… un peu folle. Je ne suis pas certain que ça soit vraiment conseillé de la garder à nos côtés. » murmure doucement Tery pour éviter qu’il ne soit entendu. Bien entendu, il ne pouvait rien y faire mais…

« Cela serait contre-productif. Elle est très utile et sait se battre. Je sais bien que cela serait peut-être pas vraiment ton genre mais… »

« Si je dois un peu la manipuler, je pense que je le ferais. Si c’est pour la sécurité de tout le monde, je préfère ne pas prendre trop de risque. »

« C’est compréhensible. Ah… Je ne vais pas mentir, je suis assez fatiguée avec toutes ces bêtises. Mais maintenant, nous en sommes débarrassés pour au moins quelques heures. »

« Je n’avais pas la tête à supporter ces élucubrations. »

Et maintenant, ils pouvaient alors parler de tout et de rien. Mais voilà, est-ce qu’ils avaient un nouveau sujet de conversation ? Ils avaient été coupé en plein dans leur élan. C’était assez triste mais bon… maintenant, il ne voyait pas vraiment quoi dire d’autre.

Et comme convenu, ils étaient arrivés jusqu’à la nuit et il devait tenir parole… en quelque sorte. Krawnia était venue le voir dès qu’ils avaient terminé et elle voulait absolument lui raconter sa vie depuis son départ de la tour.

« Alors, il faut savoir que tout d’abord, j’ai été réprimandée car je n’ai pas réussi vraiment à défendre le gardien de la tour. Mais bon, qu’est-ce que je pouvais y faire réellement hein ? Je veux dire, qu’est-ce que ça aurait changé ? »

« Je ne vois pas où tu veux en venir réellement. Tu veux bien me donner plus de détails ? Car sinon, je vais être assez perdu, je crois bien. »

« Eh bien, c’était prévu qu’il meure non ? Alors, pourquoi est-ce que je devais réellement me sentir concernée par tout ça ? »

« Eh bien, c’était plus ou moins ton travail. Donc ça ne serait pas si étonnant que ça que tu te concentres dessus quand même. »

Pourquoi est-ce qu’il était avec elle ? Pourquoi est-ce qu’il était aussi exaspéré ? Car il n’avait pas le sentiment que cette femme ailée l’apprécie réellement. Non, elle était vraiment comme une… fanatique. Oui, une fanatique qui était juste captivée par ce à quoi elle vouait un… culte ? Un culte… sur sa propre personne ? Vraiment ? Maintenant qu’il avait juste imaginé cette idée, il commençait à être vraiment effrayé. Cela ne lui plaisait pas du tout.

« Dans tous les cas, j’en avais juste rien à faire de tout ça. Ce sont eux qui m’ont obligée ! »

« C’est vrai que tu en avais parlé à l’époque. »

Et il tentait de raviver des souvenirs. Comme il ne s’y intéressait guère réellement, c’était plus compliqué que prévu mais il allait quand même tenter de faire de son mieux de ce côté. Elle avait bien raconté y a longtemps qu’elle était considérée comme une sorte de « pestiférée » par ses semblables, non ?

« Ce n’était pas à cause de tes ailes que tu as été enfermée là-bas ? »

« Si, bien entendu ! Car oui, il paraîtrait que des ailes qui ne sont pas uniformes peuvent causer un grand malheur et tout le reste ! Ce n’est pas crédible du tout, n’est-ce pas hein ? Tu ne trouves pas ? Qu’ils racontent n’importe quoi ? »

« Disons qu’il y a l’art et la manière… et qu’ils ne semblent pas doués dans l’un et l’autre. »

C’était sa façon à lui de répondre aux propos de la femme ailée. Celle-ci avait toujours son petit air dément dans le regard et il se sentait encore une fois plus que mal à l’aise. Si elle continuait à le fixer ainsi, il n’était pas certain de pouvoir tenir plus longtemps une conversation avec elle. Il détourna légèrement la tête avant de dire :

« Dans tous les cas, ce qui est fait est fait. »

« Et oui ! Mais maintenant, ils n’ont plus de possibilités de me retenir ! Cela les embête tellement hahaha ! De toute façon, ils ne sont plus là pour donner leurs avis. »

« Qu’est-ce que cela veut dire exactement ? »

« Ce que ça veut dire, hahaha ! Ils ont voulu se battre avec moi car ils voulaient m’empêcher de partir. Malheureusement, ils ne peuvent que le regretter ! »

« Tu étais obligée d’en arriver à de telles extrémités ? »

« Ooooooh ! Ils ne m’ont pas vraiment laissé le choix, hein ? Moi, si on veut m’empêcher de faire quelque chose, eh bien, je vais forcer ! C’est tout ! »

Il avait l’impression de converser avec une sourde. Il était certain que cette discussion n’allait mener nulle part. Il était alors temps de changer de sujet et de demander autre chose. Prenant une profonde respiration, il demanda :

« Tu étais au courant pour la situation avec les gnomolds ? »

« Hmm ? Bien sûr que non. Pourquoi est-ce que je me serais intéressée à eux ? Je veux dire, leur passé, ça ne me concerne pas. Ils peuvent pleurer, j’en avais rien à faire. Je voulais juste pouvoir te revoir, Tery ! »

Et la dernière phrase avait une intonation qui ne lui plaisait pas vraiment. Il connaissait cet autre type de regard. Elen l’avait eu parfois, pendant qu’ils avaient un peu de temps pour eux deux. C’était le regard d’une carnassière. Elle avait de la suite dans les idées sauf qu’il en était hors de question ! Pas avec elle ! Pas du tout !

« Je tiens à le répéter mais je suis un homme marié et je ne vais pas trahir ma femme. »

« Hmm… Hmm.. Mais d’ailleurs, cette femme n’est pas celle avec qui tu étais auparavant, non ? Je veux dire, là, il s’agit de la reine de Shunter, si je ne me trompe pas. Auparavant, tu étais avec une femme aux cheveux blonds. »

Gloups ! Il vint déglutir, comme pris en défaut. Elle avait très vite compris ce qui s’était passé entre Manelena et lui ? Pourtant, il ne le criait pas sur tous les toits. Non, ils évitaient même d’en parler ou d’y faire allusion. Depuis qu’ils avaient quitté la capitale, ils n’avaient rien fait et il ne comptait rien faire de plus.

« La reine de Shunter est la reine de Shunter. Et je compte bien retrouver Elen. »

« Ah oui Elen ! C’était son nom, c’est vrai ! Ce n’est pas que je l’ai oublié mais on va dire que ce n’était pas vraiment ma préoccupation première, hahaha ! »

Et elle trouvait cela amusant ? Ce n’était pas du tout son cas personnellement, loin de là. Mais la conversation était maintenant terminée. Il s’apprêtait à lui dire de partir mais elle avait déjà repris la parole, enjouée :

« Les gens d’ici sont très loquaces. Enfin, pour certains d’entre eux. D’autres m’en veulent pour avoir tué quelques uns des leurs mais ce n’est pas grave, hein ? Je veux dire, ils devaient s’attendre à mourir en venant se confronter à moi. C’est la guerre ! »

« Cela ne veut pas dire qu’ils doivent faire comme si de rien n’était. Cela ne fonctionne pas de la sorte, Krawnia. »

« BAH ! Je vous jure, les mentalités des gens de l’extérieur. Vous aimez vraiment vous compliquer la vie, n’est-ce pas ? Vous autres. »

« Ce n’est pas une question de se prendre la tête. Par contre, je vais aller me coucher. Tu peux donc aller dans ta tente. Tu en as normalement une à toi. »

Elle s’exclama que oui avant de lui sourire. Encore ce sourire qui le mettait mal à l’aise. Mais heureusement, elle quitta bien la tente et il pouvait enfin se reposer. Du moins, il tentait car il ne trouvait pas le sommeil, couché en observant la toile de la tente.

Quand il entendit du mouvement, il ferma subitement les yeux, s’immobilisant complètement. Des pas qui se rapprochaient de lui. Des pas certains, confiants, qui allaient directement vers lui… et la couverture se releva avant qu’un corps ne vienne se nicher contre le sien.

« Je vais lui faire comprendre quelque chose à cette folle. »

Une seule phrase, une voix et un corps aisément reconnaissables. Un corps qui était bien installé contre le sien. Il sentait les bras de Manelena le ramener contre elle mais aussi ses jambes venir l’entourer. Elle ne fit rien de plus, elle savait qu’il était réveillé mais elle ne comptait pas s’arrêter, loin de là. Et il comprenait parfaitement ce qu’elle cherchait à accomplir. Elle voulait le marquer de son odeur, de son empreinte. Peut-être qu’il n’avait pas assez bien… compris à quel point Manelena l’aimait.

Chapitre 42 : Sacrifice

ShiroiRyu

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Chapitre 42 : Sacrifice

« De quoi vous parlez ? Leurs ancêtres ? »

« Les ancêtres ? Qu’est-ce que vous baragouinez ? » demanda calmement Manelena après les propos du gnomold. « Vous prétendez être nos ancêtres ? Vous avez la même espérance de vie que nous, peut-être un peu plus au grand maximum. De là à prétendre et à raconter n’importe quoi, il n’y a qu’un pas hein ? »

Elle avait dit cela avec une petite pointe d’ironie, ne cachant guère dans son ton le fait qu’elle avait beaucoup de mal à croire les paroles de ce gnomold. Il manquait encore un peu trop de détails pour qu’il soit crédible dans ses dires.

« Notre race est votre ancêtre ! Vous avez préféré complètement ignorer et abandonner tout un pan de l’histoire juste pour vous valoriser ! Vous n’y connaissez rien ! Rien du tout ! »

« Et si vous en disiez un peu plus ? Car j’ai la sensation que même les démons ne sont pas forcément au courant de ce que vous racontez. »

Et comme preuve de sa bonne foi, il avait décidé de faire disparaître ses griffes de pierre. Oui, il ne pouvait pas faire plus mais en même temps, ce gnomold était presque comme traumatisé. Mais est-ce que ces gnomolds allaient arrêter ce combat eux aussi ?

« Pourquoi… est-ce que l’on ferait la même chose que vous ? » demanda le gnomold, en comprenant bien où voulait en venir le jeune homme dans sa démarche.

« C’est à vous de voir. Vous semblez en avoir sur la conscience et… J’ai aussi besoin de savoir. Je préfère mourir en sachant ce qui se passe plutôt qu’en étant idiot. »

« Tu es vraiment comme les rumeurs en parlent hein ? Toujours prêt à discuter avant le reste hein ? Tsss… Et qui nous dit qu’après, tu vas pas chercher à tous nous tuer ? »

« Et c’est la même pour vous, non ? Vous êtes ici pour éliminer chaque démon présent dans le monde souterrain. Vous savez aussi bien que moi que vous avez commencé une mission suicide puisqu’elle n’aura de fin que lorsque vous serez tous morts, est-ce que je peux me tromper ? Ou alors, est-ce que j’ai raison ? »

« Tsss… Tu me fais chier ! POURQUOI TU ES LÀ ?! »

Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il était ici ? Car c’était sa place. C’était une question vraiment étrange de la part du gnomold et les autres avaient toujours ce côté belliqueux. Un combat, est-ce qu’un combat pouvait vraiment s’arrêter comme ça ? Car juste deux personnes avaient décidé de le stopper pour parler ? Après, ils n’étaient pas une gigantesque armée, de chaque côté.

« Je suis là parce que vous vous êtes trouvés sur mon chemin, rien de plus. À la base, je ne pensais même pas vous avoir en face de moi, loin de là même. »

« Tsss, tu peux faire autant le fanfaron que tu le veux, ça ne changera rien aux faits ! Pas du tout même ! Tu ne peux pas tenter d’arranger des millénaires comme ça ! »

« Je n’ai pas dit ça et je ne compte pas le faire. Je n’ai pas à réparer des trucs qui se sont produits lorsque je n’étais pas né. Ce n’est pas à moi de faire tout ce travail. Mais si je peux tenter de faire quelque chose pour éviter que ça ne se reproduise, je ne vais pas me priver. Mais pour ça, il faudrait me dire exactement ce qui s’est passé. »

« AH ! Qu’est-ce que tu sais exactement des portes démoniaques hein ? Sais-tu pourquoi elles ont été crées ?! Pourquoi Zélisia et Alzar ont agi de la sorte ? »

« Pour empêcher le Dévoreur de ravager ce monde non ? Car de ce que j’ai cru comprendre, il n’était pas vraiment prévu que les démons se retrouvent bloqués sous la surface. On peut dire que cela ressemble à des dommages collatéraux. »

« DOMMAGES COLLATÉRAUX ! HAHAHAHA ! BORDEL ! »

Hmm ? Le gnomold était maintenant complètement hilare mais pourtant, lui-même avait la sensation qu’il se moquait de lui. Est-ce qu’il y avait une raison à ça ? Il ne savait pas trop mais il n’appréciait que moyennement tout ça. Pourtant, il attendait de voir à ce que le gnomold se calme, les autres membres de sa race le regardant avec autant de surprise que l’armée en face d’eux.

« Dommages collatéraux. Ces pauvres petits démons ! Ces démons qui continuaient de vouloir se battre sans cesse contre les races de la surface simplement pour que leur dieu Alzar s’envoie en l’air avec Zélisia discrètement ! »

« Je ne peux pas te donner tort sur le coup. Et je leur ai déjà fait la remarqué à ce sujet. Enfin, je crois… Je ne suis plus sûr. »

Le gnomold le regarda un peu, interloqué, en cherchant à voir s’il était devenu fou ou s’il pensait vraiment ce qu’il disait. Mais il y avait des chances qu’à l’époque, il ait parlé de cela avec eux quand il avait appris diverses choses. Cela remontait maintenant à pas mal de mois… voire même une année.

« Mais de toute façon, que ça soit les démons ou les races de la surface, les deux camps étaient fautifs. Zélisia n’était pas une sainte, loin de là. Elle avait crée plusieurs races avec chacune ayant ses propres caractéristiques tout en les laissant s’entretuer. »

« Nierk. C’est exactement ça. C’est ça de posséder trop de pouvoirs ! On commence à créer des aberrations mais ces saletés… ces deux saletés qui se prétendaient être des dieux ! Ils n’ont eu aucune hésitation ! Ils n’ont pas demander leurs avis aux races de la surface ! »

« Qu’est-ce que cela allait changer ? Les races de la surface n’auraient plus de raison de se battre avec les démons. Elles étaient gagnantes. Même s’il resterait les querelles liées aux différentes races et nations mais ça, c’est un autre souci. »

« Les démons étaient un ennemi commun mais ça, qu’est-ce qu’on s’en fout. Ce n’était pas ça le plus important ! Pas du tout ! Le plus important, c’est de nous avoir utilisé comme des pions pour créer ces foutues portes partout dans le monde ! »

« Utiliser… comme des pions ? » répéta Tery aux propos du gnomold.

« Ils ont usé de nos corps jusqu’à la moelle ! Alors qu’ils étaient occupés à fonder les deux portes démoniaques d’Omnosmos, les portes principales qui serviraient de fermeture totale par rapport au monde souterrain, vous pensez que les autres portes se sont formées comment hein ?! Vous en avez une simple idée ?! »

« Pas le moins du monde. Expliquez donc. Vous êtes en train d’insinuer que … ce sont les races de l’époque qui ont réussi à créer les portes démoniaques. Du moins, celles qui retenaient les différentes grottes et autres endroits scellés complètement. »

« C’est exact ! Les races de l’époque ont été sacrifiées pour les imbécilités de deux êtres trop puissants et incapables de contrôler leurs hormones ! Deux êtres trop stupides qui sont incapables d’arrêter leur création devenue trop puissante même pour eux ! Deux êtres qui ont rendu ces races difformes et bossues ! »

… … … Il venait de marquer un temps d’arrêt, comme pour laisser au groupe de Tery d’assimiler l’information. D’après le regard des gnomolds derrière celui qui s’exprimait, il semblerait que même eux n’étaient pas totalement au courant de tout.

« Les races sont devenues… des gnomolds ? C’est ça que vous voulez dire ? »

Un rictus se dessina sur les lèvres du dit-gnomold, comme pour confirmer les dires de Tery. Les gnomolds… actuels… étaient les descendants des races d’autrefois. Des races comme celles actuelles. C’était tout simplement impossible ! Il n’y avait aucune ressemblance et…

« Il y a quelque chose qui cloche dans ce que vous dites. Comment est-ce que c’est possible que vous soyez nos… ancêtres alors que nous sommes la preuve vivante que nous sommes totalement différents de vous. » déclara Manelena avant même que Tery ne puisse parler.

« Vous savez aussi bien que moi que les enfants ne naissent pas directement avec leurs magies inscrites en eux. Les lignes élémentaires n’apparaissent qu’après quelques années. C’est ça qui a permis à ces enfants de ne pas devenir comme nous. Nous avons été vidés de notre magie jusqu’au plus profond de nos corps, les modifiant pour devenir ce que nous sommes actuellement. Nos enfants, ont eu la chance de rester normaux. »

« Et il n’y avait aucune possibilité de revenir en arrière, c’est ça ? Vous étiez sans magie ? Comment avez-vous fait pour avoir alors des descendants qui sont aptes à avoir de la magie ? Et comment… il manque trop d’informations ! »

« J’en ai trop dit ! Je devrais plutôt vous exterminer maintenant ! Comme ça, vous… »

« Et pourquoi cela serait si grave que nous soyons au courant ? Qu’est-ce qui vous empêcherait de raconter tout cela autour de vous ? »

« Imbécile… Comme si des gens allaient croire des gnomolds ! Tu as vu nos trognes et tu veux prétendre que vous allez nous écouter ?! »

« Pourtant, Ernold est bien le plus grand archimage respecté de tout Omnosmos ! Pourtant, c’est un gnomold ! Lui n’a pas hésité à s’ouvrir aux autres races et tout le monde le respecte ! Même parmi vos pairs, j’en suis certain ! »

Et même si… Ernold avait bien caché son jeu par rapport aux portes démoniaques et autres vérités qu’il s’était gardé de dévoiler, il savait que le vieil archimage ne pensait qu’à la même chose que Zélisia et Alzar, enfin Séran et Sérest.

« Les gnomolds sont comme vous autres. Chaque gnomold est différent. Ce n’est pas parce qu’une poignée de gnomolds a décidé d’abandonner leur passé et leur histoire que tout le monde pense pareil ! » éructa le gnomold, plus qu’enragé par les dires de Tery.

Et pourtant, il ne faisait rien pour améliorer la situation. Malgré qu’il tentait de communiquer avec ce gnomold, ayant enfin appris quelque chose dont il ne se serait jamais douté, il voulait vraiment… trouver une solution pacifique. Une solution aberrante en vue du massacre commis par les gnomolds.

« Tery, ces gnomolds ne nous apporteront rien de plus. Il vaut mieux les exterminer. » murmura Manelena alors que Tery hochait la tête négativement.

« Si je peux éviter, je veux éviter… »

« Eux ne te laisseront pas réellement le choix, Tery. Tu le sais aussi bien que moi. Il faut te montrer raisonnable, non ? »

« Je vais me montrer raisonnable mais je veux le fin mot de cette histoire. Il me manque des détails que je n’ai pas encore obtenus ! »

En entendant le soupir fatigué de Manelena, il comprenait parfaitement qu’elle en avait assez du côté bon samaritain qui pouvait paraître chez lui sans même prévenir. Mais voilà, ce côté bon samaritain avait une raison d’être là. La raison était simple, il voulait TOUT savoir, tout depuis le début. Les moindres détails. Il reprit la parole :

« Les enfants et autres, vous ne voulez pas nous en dire plus à leur sujet ? »

« Qu’est-ce que tu veux que je te raconte de plus hein ? Ces enfants irrespectueux, pensant que nous étions des monstres alors que nous étions leurs parents ! C’est comme ça et pas autrement ! Nous étions différents d’eux alors que nos corps ont été sacrifiés pour eux ! »

« Vous n’avez pas tenté d’expliquer à vos enfants ce qui s’était passé ? Du moins, les gnomolds de l’époque à leurs enfants ? »

« Bien sûr que si, espèce d’imbécile ! Même si nous ne comprenions pas tous exactement ce qui s’était produit, certains d’entre eux, adeptes de la magie, avaient compris la situation. Et ils étaient heureux de voir qu’ils avaient mis un terme à l’existence du Dévoreur ! »

« Alors pourquoi les enfants n’ont pas accepté ça ? Ce n’est pas normal ! Les enfants devraient être heureux de voir que leurs parents s’étaient sacrifiés pour eux ! »

« Car ils n’étaient que des gamins. Des gamins aux cervelles malléables et éponges ! Des gamins incapables de réfléchir par eux-mêmes ! Si facilement manipulables entre eux ! Ils étaient différents des gnomolds et ce qui est différent est dangereux et mauvais ! Cela a toujours été le cas avec les races de ce monde ! »

Il avait vraiment la sensation d’avoir un cours d’histoire de la part du gnomold mais en même temps, c’était lui qui le demandait. Il ne pouvait en vouloir qu’à lui-même hein ? Il prit une profonde respiration avant de se mettre à réfléchir plus longuement à la situation. Avec tout cela, il allait finir par obtenir ce qu’il désirait ? C’est que peu à peu, il finissait par obtenir des informations importantes.

« Peu à peu, ceux qui étaient restés « normaux » se sont mis à grandir, devenant des adultes mais le mal était déjà fait. Au bout de deux siècles, nous autres étions répudiés et avons été chassés de là où nous vivions ! »

« Pourtant, je suis certain qu’il y avait des endroits où… »

« NON ! Et tu le sais aussi bien que moi, espèce de petit con ! Tu as très bien vu à quoi ça ressemble de nos jours ! Fais pas semblant d’être un putain d’aveugle ! Y a bien qu’à Omnosmos que les gnomolds sont tolérés et encore seulement certains qui seraient proches du grand archimage ! »

« Et je suis certain que vous prenez votre cas pour une généralité. Certains gnomolds ont fait une alliance avec Mékalarma pour éliminer les démons. Ce qui veut dire que tous ne sont pas réfractaires aux gnomolds. »

Peut-être que la discussion n’avait plus aucune raison de durer. Dans les faits, il avait visiblement plus ou moins eu tout ce qu’il recherchait. Il n’avait rien besoin de plus. Mais maintenant ? Quoi faire ? Attaquer les gnomolds et confirmer leurs dires ? Les laisser vivre alors qu’ils avaient commis des crimes sur des innocents ?

« Des millénaires se sont écoulés et au final, l’existence des démons n’était connue que de certains gnomolds. Les races de la surface, elles avaient totalement oublié que les démons existaient auparavant. »

Encore une fois, difficile de nier. Lui-même avait appris que « récemment » l’existence des démons et il était certain que c’était le cas de tous les membres du groupe armé, du moins en prenant en compte seulement ceux issus des races de la surface.

« Mais maintenant que les portes démoniaques sont ouvertes, il est possible de voir que les démons ne sont pas aussi mauvais que les gnomolds le pensaient ! Pareil pour les autres races ! Il est possible d’arrêter tout ça mais il faut le vouloir ! »

« On ne le veut pas. C’est bien trop tard pour chercher des excuses ! Il ne faut… »

« Est-ce que les gnomolds qui ne sont pas au courant de cette histoire pensent comme vous ?! Ou tentent au moins d’arranger les choses ?! Car oui, bizarrement, des fois, l’ignorance peut aider à réconcilier des races ! »

« Et quand elles apprennent la vérité alors hein ?! Tu crois que c’est aussi simple ?! »

« Oui, ça l’est ! Car c’est du passé ! Et que le passé, c’est bien de s’y accrocher pour connaître ses origines mais ça ne veut pas dire que ça doit être lui qui doit définir notre route ! Sinon, ça reviendrait à dire que je suis destiné à n’être que Tery ! »

« Tery ? Genre Tery ? » demanda le gnomold, comme un peu étonné. Ben quoi ? Ils ne savaient même pas à qui ils avaient affaire depuis le début ou quoi ?

« Oui, je suis Tery. Tery Vanian plus précisément. Pourquoi ? C’est si surprenant que ça ? De base, vous m’en voulez et plus encore à cause de tout ça donc bon… »

« Tery Vanian ! Celui dont Rokar n’arrêtait pas de parler ! AH ! C’est donc toi ! C’est toi le fichu démon qui est à la base de tous nos ennuis ! C’est TOI ! »

« Je ne compte pas m’enfuir ou autre. Vous pouvez criez autant que vous le voulez mais il va falloir quand même que vous vous expliquiez un peu. Qu’est-ce qui vous étonne ? »

« C’est toi ! C’est toi dont parlait Rokar ! C’est toi ! C’est toi qui a ouvert les portes démoniaques ! On avait aucun détail sur à quoi tu ressemblais mais c’était toi ! Rokar nous a dit de ne rien te faire ! Que tu es au service d’Ernold et d’autres stupidités ! »

« Rokar aurait vraiment fait ça ? Lui ? J’imagine que vous êtes en train de dire une bien mauvaise blague sur le coup. Ce n’est pas crédible du tout. »

Oui. Pourquoi est-ce que Rokar ferait ça ? Oh, dans les faits, s’il commençait à s’y attarder, de nombreuses fois, Rokar aurait put le tuer mais il ne l’avait jamais fait. Même si depuis le temps, le rapport de force s’était inversé, ça ne changeait pas qu’il aurait moins de scrupule à l’éliminer. Mais pourquoi Rokar dirait du bien des démons ?

« Rokar est au service d’Ernold depuis des lustres, tsss ! C’était lui qui était chargé de surveiller un village où se trouvait une engeance démoniaque. C’était toi ! Il a osé nous mentir en disant qu’il l’avait éliminée rapidement ! »

« Non, je ne pense pas qu’il ait menti. Ce qu’il vous a dit est véridique même s’il n’a pas donné toutes les informations. Il devait sûrement parler du démon qui s’est considéré comme mon père bien que ça sonne totalement faux et creux. »

« Faux et creux ! Tu avoues donc que Rokar a… »

« Non, je parlais du démon, pas de Rokar. Je pense qu’il avait compris que mon… père était un démon pur contrairement à moi qui a eu une mère humaine. C’est pourquoi il l’a éliminé mais pas moi. Du moins, c’est la seule raison plausible. »

Pourquoi est-ce qu’il était en train de raconter tout ça à des gnomolds ? Surtout que maintenant, il voyait bien que ces derniers avaient repris leurs souffles mais aussi… avaient soigné leurs blessures. Rien d’anormal puisqu’il en était de même de leur côté.

« Mais pas toi ? Car tu es juste à moitié démoniaque ? Rokar n’aurait jamais fait ça ! Sauf… Sauf si… Sauf si… Il était au service d’Ernold depuis le début ! »

« Et vous alors ? Vous ne semblez pas être n’importe quel gnomold. J’ai bien remarqué que ceux qui vous accompagnent n’étaient pas plus au courant que nous autres. Ce qui veut dire que vous devez être assez spécial aussi, n’est-ce pas ? »

« Tsss. Pour une fois que nous avions la possibilité de nous rendre dans le monde souterrain, ils ont préféré assurer la sécurité des gnomolds. Surtout avec cette folle qui est devenue une traîtresse ! On avait bien fait ! »

« C’est vrai que Krawnia n’est pas vraiment celle en qui j’aurais le plus confiance. »

« Hihihi ! Tu devais Tery, tu devrais. Il n’y a que toi à mes yeux, tu sais ? »

Non mais même ainsi, malgré tout ce qu’elle disait, il restait plus ou moins imperméable à ses propos. Ce n’était pas qu’il ne lui faisait pas confiance mais… en fait si. Elle n’était pas digne de confiance, c’était tout.

« Bref, il vaut mieux l’ignorer. Dans tous les cas, je n’ai plus envie de continuer à vous affronter. Et non, avant même que vous ne disiez quelque chose, ce n’est pas de la pitié. »

« Alors pourquoi tu veux éviter ça hein ? On veut vous faire la peau. On veut tous vous crever, vous, les démons, les traîtres, tous ceux qui ont osé nous abandonner ! »

« Oui mais sur le coup, ça ne servirait à rien. Avec ce qui vient de passer ici, vous allez attirer l’attention d’un groupe bien plus dangereux que le nôtre et je n’ai clairement pas envie de leur tomber dessus. Si vous êtes suicidaires, vous n’aurez qu’à les affronter mais je tiens à la sécurité de mes membres. Vous pouvez haïr le monde autant que vous le désirez mais ça ne doit pas vous inciter à un massacre gratuit de votre propre groupe. »

« Tu te prends pour qui pour nous faire la morale hein ? Tu crois qu’on va t’écouter juste parce que tu as décidé d’ouvrir ta bouche comme ça ? »

« Ce n’est pas une question de vous faire la morale. Vous avez réussi à arriver jusqu’ici avec pas mal de chance. »

Est-ce qu’il cherchait à les énerver ? Pas le moins du monde. Il voulait juste que ça soit bien clair à leurs yeux qu’ils n’étaient pas tombés sur l’armée la plus inquiétante du monde souterrain. Ce combat ne mènerait à rien mais surtout, le gagnant de cet affrontement serait dans un bien triste état et ferait une cible plus que facile pour les créatures souterraines.

« Tu me fatigues… Tu peux toujours rêver pour que notre espèce apprécie ce que tu viens de faire. Pire ! Tu as une odeur encore plus horrible que celle des démons. Je ne sais pas d’où elle vient précisément on va se retirer pour le moment. T’as juste intérêt à bien noter que la prochaine fois, on ne sera pas aussi sympas. BON ! On se retire les gars ! »

Même si la plupart des gnomolds étaient mécontents de la situation, tous acquiescèrent aux propos de celui qui avait tant discuté avec Tery. Manelena, à côté du jeune homme, plaça une main sur son épaule, lui disant pendant que les gnomolds s’éloignaient :

« Ce n’est peut-être pas une victoire qui provient d’un combat glorieux mais… C’était le bon choix, Tery. Nous ne pouvions pas nous permettre de perdre trop d’hommes. »

Il avait bien fait et elle voulait qu’il le reconnaisse. Accepter cette reconnaissance lui permettrait d’avoir plus confiance en lui. Oui, ils avaient obtenu bien plus que la simple « sécurité » des membres du groupe. Ils avaient appris une nouvelle vérité.