Chapitre 6 : La vérité sur les gnomolds

ShiroiRyu
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Chapitre 6 : La vérité sur les gnomolds

« Et bien, et bien … Quelles aventures. J’ai du mal à croire que mon petit-fils crée autant de problèmes … mais après, vue la mère qu’il a eut et son enfance troublée par l’absence d’une figure paternelle, ce n’est pas si étonnant. »

« Oh … Mère, dois-je vous rappeler ce que père m’a raconté à votre sujet ? Vos nombreuses escapades pour pouvoir lire au pied d’un arbre ? »

« Periiiiiiiik ! Qu’est-ce que tu as osé ra… »

« Chuuuut … La petite dort, tu ne voudrais pas la réveiller, n’est-ce pas ? » dit faiblement le vieil homme, sa femme lui lançant un regard assassin car il savait parfaitement ce que ça voulait dire, n’est-ce pas ? Manelena s’empêcha de sourire, déclarant :

« C’est vrai … Nous avons autre chose à faire. Parler de Tery, c’est bien mais à la base, nous sommes venus pour Ernold. Est-ce que vous savez où nous pouvons le trouver ? »

« Il ne traîne plus aussi souvent que ça dans la tour des archimages. Par contre, on le voit fréquemment entouré par de nombreux gnomolds. J’imagine que si vous vous dirigez vers l’ambassade des gnomolds, vous le trouverez là-bas. »

« Ils ont une ambassade ? » s’exclama Elen avec surprise après les propos de Jésiana.

« Bien entendu, belle-fille. Que pensez-vous donc qu’est Omnosmos ? La capitale du monde est ouverte à toutes les espèces intelligentes et les gnomolds en font partie. »

« Vraiment ? Enfin, c’est vrai qu’ils vivent par tribus et autres … En même temps, Ernold et les gnomolds qui l’accompagnent sont loin d’être idiots. Mais de là à avoir une ambassade … puis aussi, en même temps, de ce que j’ai cru comprendre, ils ont une excellente armée, n’est-ce pas, Manelena ? »

« Ils se débrouillent parfaitement bien par rapport aux démons. C’est d’ailleurs à ce sujet que je veux interroger Ernold, je suis sûre qu’il nous cache des choses. »

« Hmm … Tenter d’extirper des informations à un gnomold, surtout au plus reconnu d’entre tous ? J’imagine que c’est à ce moment précis que je dois vous dire bonne chance, Manelena. »

« Hmm … Je ne comptes pas le torturer ou autres. Simplement lui poser quelques questions qui, je l’espère, obtiendront des réponses intéressantes. Vous pouvez nous guider ? »

« Malheureusement, Périk ne pourra pas nous accompagner. Il doit s’occuper de la bibliothèque, n’est-ce pas Périk ? »

« Mais … » commença à dire le vieil homme avant de s’arrêter. Le regard courroucé de sa femme ne lui laissait pas vraiment d’autres choix. « Oui, c’est vrai. Il faut quelqu’un pour faire tourner la boutique, comme on dirait chez nous. »

« J’ai l’impression que c’est dans le sang que les hommes de la famille Vanian sont obligés de s’accroupir devant leurs femmes. » chuchota Manelena à voix basse.

« Et pourtant, ce sont ces mêmes hommes qui ont réussi à conquérir nos coeurs. Disons que parfois … nous avons … quelques moments de faiblesse. Du balai, Périk ! Et arrêtes d’avoir ce sourire niais jusqu’aux lèvres sinon, je te l’arracherai avec mes propres mains. »

« Je … vais aller tout simplement m’occuper de la bibliothèque. Est-ce que vous voulez que je prenne l’enfant pour que vous soyez tranquilles ? »

Regard suspicieux de la part de Jésiana. Pour autant, elle se tourna vers Elen pour savoir ce qu’elle, la mère, pensait de tout ça. Elen sembla songeuse pendant quelques instants avant de finir par sourire et signaler que c’était bon.

« Je te préviens, si elle commence à pleurer, tu as intérêt à t’en occuper. Que je n’ai aucune plainte à ce sujet, est-ce bien compris ? »

« Je m’occupais bien de notre fille à cette époque, non ? Je suis rôdé bien que cela commence à faire quelques temps. J’espère ne pas avoir perdu la main. »

Et voilà que Jésiana déposa le bambin dans les bras de son grand-père, celui-ci étant tout simplement ailleurs, un sourire béat aux lèvres.

« Je ne sais pas si j’ai fait le bon choix … Enfin, suivez-moi avant que je décide de changer d’avis en ce qui le concerne. Il s’est occupé de notre fille adorée … et … quoi ? »

« Maman, tu penses à voix haute. Fais attention ou tu risques de perdre ta réputation de femme froide et insensible. J’ai déjà fait cette remarque à Manelena. »

« Si on peut éviter de me mêler à cette conversation, je serais plutôt contente, merci bien. » rétorqua la femme aux cheveux argentés en marmonnant qu’elle pourrait peut-être se taire un peu hein ? Cela ne regardait pas les autres.

« Hum … Ma fille, il vaut mieux parfois ignorer ce que l’on entends si on veut éviter d’avoir des ennuis dans le futur, n’es-tu pas d’accord avec moi ? »

« Parfaitement. Voulez-vous bien nous guider à l’ambassade des gnomolds ou dois-je le faire moi-même si l’emplacement n’a pas changé depuis tout ce temps ? »

« Tu peux nous guider, je vais discuter avec ta belle-fille et la reine de Shunter en attendant. Cela fait bien longtemps que je n’ai put leur parler. »

La mère de Tery haussa les épaules, comme pour signaler qu’elle s’était attendue à cette réponse depuis le début. Elle finit par pousser un léger soupir, non pas agacé ou ennuyé mais simplement légèrement blasé.

Le chemin ne fut guère très long. Comme la mère de Tery connaissait les lieux, malgré que cela faisait depuis bien longtemps, sauf une fois récemment, qu’elle n’était pas venue, tout n’avait pas tellement changé et cela malgré la présence des démons sous leurs pieds.

« Nous y voilà … Malgré les décennies, ça n’a vraiment pas changé. On dirait toujours une sorte de magasin sinistre et lugubre. Les gnomolds vivent vraiment différemment. »

« Evite de dire ça à l’intérieur, ma fille. Ils peuvent être très susceptibles si tu penses du mal de leurs us et coutumes. Question d’instinct de survie … Je dis ça pour toi. »

« Ne t’en fait pas, je suis rôdé avec celui qui traîne près de chez nous. Enfin, chez nous, cela commence maintenant à dater pour le village de Leskar. »

Sans chercher à faire perdurer la conversation, la vieille femme pénétra en première dans le bâtiment. Sans être dérangée par l’odeur, il était clair qu’ils étaient rentré dans un domaine propre aux gnomolds. Il n’y avait bien que très rarement d’autres races dans les environs tandis que la vieille femme se présentait au comptoir, un gnomold portant des lunettes commençant à la fixer, comme pour l’étudier avant de dire :

« Jé … Jésiana ! Cela faisait des mois voire des années que vous n’étiez pas passé ! »

« N’exagérez donc point. Je sais bien que depuis les derniers événements, je ne passes que très rarement mais de là à prétendre que je ne viens plus vous rendre visite … »

« Et qui sont ces jeunes gens que je ne connais guère ? »

« Et bien, il s’agit de ma fille, de ma belle petite-fille et disons d’une rivale à cette dernière ? »

« Le terme est très mal choisi, dame Jésiana. » marmonna Manelena en serrant les dents et les poings. Pour autant, elle ne pouvait pas lui donner tort sur le coup. Pour autant, le gnomold la regarda pendant quelques secondes à travers ses lunettes, déclarant :

« Je vois, je vois … Je savais que vous étiez quelqu’un d’exceptionnel, Jésiana mais de là à avoir la reine de Shunter comme rivale amoureuse de votre belle petite-fille … »

« Si nous pouvons éviter d’en arriver à le crier sur tous les toits, ça serait bien mieux. Dites-moi, est-ce qu’Ernold est dans les environs ? Depuis l’ouverture de ces fichues portes, je sais qu’il traîne souvent par ici. Elles voudraient lui poser deux ou trois questions s’il n’est pas trop occupé ce qui, je me doutes, risque d’être difficile. »

« Vous étiez une des personnes les plus ouvertes d’esprit à l’époque où les gnomolds étaient encore conspués dans Omnosmos, et cela malgré qu’Ernold était le grand archimage depuis des décennies voire des siècles. Je suis sûr et certain qu’il aura du temps pour vous. »

« Je n’ai fait que ce que j’estimais être bon à cette époque. Je ne regretterai jamais ce choix. »

« Bien bien, veuillez attendre ici. De toute façon, de ce que je crois remarqué, à part votre fille, ces personnes restent assez importantes, non ? La jeune femme aux cheveux blonds me dit quelque chose … bien que je n’en sois pas sûr. »

« Oh … Peut-être que vous étiez avec le grand archimage les rares fois où j’ai discuté avec lui ? C’est sûrement ça. »

« Peut-être, peut-être … Je ne me suis pas posé la question, je dois l’avouer. »

« Tu veux bien le laisser aller chercher le grand archimage, plutôt ? »

Manelena s’était tourné vers Elen en poussant un léger soupir. Elles n’avaient pas tellement de temps pour ça, hein ? Pour autant, le gnomold disparut pendant quelques minutes, revenant après pour leur dire dans un petit sourire qui pouvait sembler sinistre pour ceux qui n’étaient pas habitués à le voir.

« Le grand archimage Ernold est plus que ravi de vous voir. D’ailleurs, il a déclaré que c’était tant mieux car il voulait parler à Manelena aussi mais qu’il n’avait jamais le temps pour cela. »

« Et maintenant, nous allons pouvoir régler ça directement. »

« Et bien, je vous prie de bien vouloir me suivre. Cela devrait être résolu bien rapidement normalement. » dit le gnomold avant de les laisser passer pour prendre les devants du petit groupe. A travers les couloirs et les escaliers, il était facile de deviner que cela s’enfonçait assez profondément, comme s’ils rentraient dans un domaine secret.

« Je me suis toujours demandé pourquoi les démons n’ont jamais pensé à creuser la pierre pour tenter de faire d’autres sorties. » se questionna Elen, le gnomold répondant :

« Tout simplement car les dieux Alzar et Zélisia ont béni ce sol depuis des millénaires. Il est possible de creuser mais dès l’instant où les démons chercheront à passer autrement que par les entrées « prévues », ils seront repoussés. Et il en est de même pour nous autres. »

« Ah … Ils avaient vraiment que cela à faire, ces dieux. Ils ne pouvaient pas avvoir de meilleures idées en tête à la base ? Bon … »

« Nous y sommes. Le grand archimage Ernold est seul donc vous devriez être tranquilles, normalement. Pour les consommations et autres, je vais prévenir. »

Hum … Une simple porte en bois ? Jésiana toqua doucement, la voix du vieux gnomold se faisant entendre pour leur dire de rentrer. A l’intérieur, Manelena haussa un sourcil en regardant la pièce. Elle … ressemblait étrangement à celle de la tour des archimages.

« Héhéhé. A voir vos mines surprises, je me doutes de votre réflexion : Mais comment ? Disons que ce vieux gnomold a plus d’un tour dans son sac et que la magie n’a plus tellement de secrets pour lui depuis des décennies. »

« Mais quel âge avez-vous réellement ? » demanda Elen alors que le vieux gnomold se mettait à rire doucement, amusé par la question :

« Allons, ça ne se demande pas, n’est-ce pas ? Et puis, j’imagine que ce n’est pas cette question qui vous taraude, n’est-ce pas ? Que puis-je pour vous exactement ? Car je me doutes, Jésiana, que ce n’est pas vous-même qui vouliez me voir précisément, non ? »

« C’est exact, j’en suis désolée. Je vous laisses communiquer avec elles. J’imagine qu’il en est de même pour ma fille. Manelena ? »

« Je vais y venir tout de suite. J’imagine que vous êtes déjà au courant qu’une armée de gnomolds est venue nous aider à Traslord, n’est-ce pas ? Je ne vais pas m’en plaindre mais …. disons que je restes un peu suspicieuse. »

« En quoi donc ? Je vous écoutes. Je répondrais du mieux que je peux aux questions. »

« Hum … Tout simplement, comment est-ce que les gnomolds peuvent être aussi … adaptés à combattre les démons ? C’est vraiment étrange. »

« Etrange, cela dépend du point de vue … Mais savez-vous depuis quand les gnomolds existent, mademoiselle Manalena ? »

« Je n’ai pas vraiment … chercher à m’informer à ce sujet. Pourquoi une telle question ? Est-ce que cela a un rapport avec la mienne ? »

« Bien entendu que cela a un rapport … puisqu’il s’agit tout simplement de plusieurs siècles et millénaires. Les gnomolds sont encore plus anciens que les nombreuses races habitant ce monde. Nous étions là, face aux démons. Nous savons comment lutter contre eux … car nous les avons déjà affrontés dans le passé. »

« Cela remonte à des siècles ! Ce n’est pas vraiment d’actualité. Je ne vois pas ce que cela changerait réellement. Vous n’avez pas mieux à me dire réellement ? »

« Et pourtant, c’est tout simplement la vérité. Toute vérité n’est pas forcément bonne à dire, je le conçois mais oui, notre race est présente depuis tout ce temps. Nous étions là avant vous. »

Pour autant, elle semblait songeuse. En regardant le gnomold dont le nez bougeait légèrement, elle avait cette impression … qu’il ne dévoilait pas toute la vérité. Il ne mentait pas … par contre, il ne donnait que quelques miettes de ce qu’il savait réellement.

« Ceci expliquerait pourquoi les gnomolds attaquaient certains villages sans que ces derniers n’aient fait quelque chose, n’est-ce pas ? »

« C’est exact. Certains … gnomolds sont un peu exaltés sur ce point et veulent faire une purge de tout ce qui est mauvais et malsain … bref, des démons. Comme il est aisé pour nous de les repérer car nous avons les moyens pour cela, nous pouvons réagir en conséquence. »

« C’est … pour cela que le village de Leskar a été attaqué ? » demanda la mère de Tery en regardant le grand archimage. « Car mon fils est … un démon ? »

Quelques lignes brunes étaient visibles sur ses bras. Attaquer tout un village, commettre de nombreux meurtres et presque un massacre pour agresser un enfant, surtout le sien, il était normal de ne pas réagir calmement à une telle nouvelle.

« C’est exact mais pas seulement, il y avait au… »

Hochement de tête négatif de la part de Manelena qui se trouvait derrière la mère de Tery. Le geste n’échappa pas à Jésiana et Elen ainsi que le vieux gnomold qui toussota un peu :

« Tous les gnomolds ne sont pas ainsi. Il semblerait que la décision de Rokar de laisser vivre cet enfant était la bonne, non ? »

« Et en contrepartie, j’ai perdu mon mari ! Où est-ce que tout ceci est bien ?! »

« Ma fille … Calmes-toi. Ce n’est pas pour cela que nous sommes ici, tu le sais, n’est-ce pas ? Manelena, est-ce que tu as d’autres questions ? »

« Bien entendu, je ne comptes pas lâcher ce poisson tout de suite. Surtout que je suis sûr qu’Ernold est un puits de connaissance sur le sujet, n’est-ce pas ? »

« Oh ? Bien entendu, je répondrais à toutes ces questions sans aucun souci, mais vous semblez vouloir obtenir des réponses précises, n’est-ce pas ? »

« Si les gnomolds sont aussi anciens que vous le prétendez, pourquoi n’avons-nous eut à peine quelques informations sur les démons ? Vous auriez put aisément en parler non ? »

« Les secrets les mieux gardés sont ceux dont on ignore complètement l’existence. Si nous avions décider de commencer à évoquer l’existence de cette race souterraine, de nombreux êtres auraient chercher à les faire sortir de là bien plus tôt. Et même en agissant de la sorte, vous avez remarqué que cela n’a pas servi à grand-chose, n’est-ce pas ? »

« Je ne dirais pas ça … comme ça. Les événements se sont déroulés de telle façon que nous n’avions guère vraiment le choix. »

« Ainsi, le fait que l’existence des démons avant l’ouverture des portes démoniaque ne soit guère connue n’a rien d’anormal. Ce n’était qu’une mesure préventive. »

« Humpf … Et je n’ai pas terminé. Si les gnomolds sont vraiment là depuis aussi longtemps que les démons, est-ce que vous êtes à l’origine des … »

« Portes ? Mesures anti-démons et tout le reste ? Bien entendu, pourquoi cela serait-il si différent ? Allons bon … Ce n’est pas une chose facile, n’est-ce pas ? »

« Car cela reviendrait à dire que toutes les espèces qui existent dans ce monde vous sont redevables et cela depuis des millénaires ! »

« Et … Est-ce que c’est si étrange que cela à imaginer ? » questionna le gnomold, toujours sans retirer son sourire de ses lèvres.

« C’est pas une question d’étrangeté ou non ! C’est … C’est … juste … C’est juste … »

« Juste si aberrant de se dire que l’ennemi de toutes les races de ce monde est pourtant celui qui se charge de la sauvegarde de ce dernier ? Maintenant, le plus important n’est pas mon histoire mais vos croyances. Est-ce que vous imaginez un seul instant que j’ai menti ? »

« Non. » déclara aussitôt Manelena. L’heure n’était pas aux mensonges et de toute façon, le gnomold avait beaucoup mieux à faire, elle en était sûre et certaine. Par contre, il continuait d’avoir de nombreuses parts d’ombre dans toute cette histoire.

« J’ai une petite question moi aussi, si je peux la poser. » demanda Elen, songeuse. Heureusement, la mère de Tery semblait s’être calmée après tout ce temps. « J’ai une petite question donc … Qu’est-ce que les autres races faisaient ? C’est bien beau de dire que les gnomolds ont tout accompli, que ce sont des sauveurs et tout … mais les autres ? »

« Malheureusement, si je vous donne cette information, je pense que vous n’apprécierez pas la réponse … donc il vaut mieux que je ne vous la dises pas. »

« Et pourquoi cela ? Qu’est-ce qu’il y a de si important à gâcher que nul ne doit savoir ? »

« Disons que cela remettrait en cause toute l’existence des différentes races de ce monde. Je ne crois pas que cela serait très appréciable, n’est-ce pas ? »

« Et pourquoi cela ? » se répéta Manelena, visiblement de plus en plus irritée.

« Car l’hystérie générale et l’incompréhension seront telles que nous assisterons au même drame qui a emmené ce monde à sa quasi-destruction à cette époque reculée. »

« Je ne crois pas que je pourrais me satisfaire d’une telle rép… »

Elle s’arrêta dans ses propos, le regard bienveillant du gnomold s’étant mue en un sentiment de malaise qui s’installa chez elle. C’était quoi ça ? Il pensait vraiment l’impression en agissant de la sorte ? Elle n’était pas du genre à se soumettre et …

« La seule information que vous obtiendrez et qui vous sera utile est que les gnomolds ne seront jamais du côté des démons. Il en va de notre race, de notre existence même. Le prix à payer à travers les millénaires est toujours aussi lourd. »

« Mais est-ce que … vous êtes nos alliés ? »

« Je ne peux pas répondre à cette question malheureusement. »

Manelena poussa un profond soupir empreint de désarroi. Vraiment, plus ils avançaient dans la discussion, plus elle avait l’impression qu’ils s’enfonçaient, tout simplement. Elle se gratta la joue, finissant par déclarer :

« Bon, puisqu’il en est ainsi, autant … dire que la discussion est terminée, n’est-ce pas ? Mais avant, j’ai une dernière question : qu’est-ce que vous pensez des démons ? Et de ce qui leur a été infligé ? Et soyez honnête, surtout. »

Chapitre 5 : L’aide d’un gnomold

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Chapitre 5 : L’aide d’un gnomold

« Pfiou … J’avais un peu oublié à quel point Omnosmos, ce n’était pas la porte à côté. »

« Et pourtant, Elen, je tiens à te rappeler qu’Omnosmos est normalement au centre du monde. La capitale est à égale distance de tous les royaumes, pas de disparités de ce côté-là. »

« Je ne suis pas sûre que les gens s’intéressent vraiment à ce détail, madame Vanian. » répondit poliment la femme aux cheveux blonds, bébé attaché au niveau de sa poitrine pour ne pas être obligé de le porter tout le temps.

« Et bien, ils devraient, ça les instruirait et ça ne leur ferait pas vraiment de mal, de temps en temps ! AH ! Enfin bon … Pas bien grave. »

« Heureusement que vous n’avez pas à marcher pour vous rendre jusqu’à Omnosmos, n’est-ce pas, vous deux ? » déclara Manelena, soupirant juste quelques secondes après. Elles étaient à trois sur le cheval. Heureusement … Heureusement qu’il était sensiblement plus grand que le commun des chevaux. Bon, il était aussi assez unique en soi.

« C’est pas faux. Sinon, nous mettrions plusieurs journées pour y arriver. »

« C’est déjà le cas, Elen. Nous en sommes à trois jours, n’est-ce pas, Manelena ? »

« Je ne comptes pas vraiment les journées, sauf si cela s’avère nécessaire suivant la situation. A l’heure actuelle, rien ne m’y oblige donc je vous fais confiance. »

« Bien bien bien … Visiblement, tu es plus concentrée sur la route qu’autre chose. D’ailleurs, est-ce que tu es obligée de porter cette lourde armure pendant que tu chevauches ? »

« Je n’ai pas le choix. Tout le monde ne connaît pas forcément cette apparence … contrairement à la nouvelle reine de Shunter. »

« Tout le monde n’a pas entendu parler de la maréchale Nali ? Avec son imposante armure noire ? Je ne suis pas vraiment sûre, Manelena. » corrigea Elen tout en rigolant.

« Hum … Disons que je suis plus une rumeur ou une légende, je n’ai pas visité tout Shunter non plus, malgré mon expérience. A côté, mon visage a été représenté de nombreuses fois depuis que je suis reine. »

« C’est vraiment pas simple, n’est-ce pas ? D’ailleurs, la lettre que tu as envoyée, elle contenait quoi ? C’était pour qui ? Un amour caché ? »

« … … … Si tu veux tomber du cheval, continues à me provoquer et ça sera fait. » murmura Manelena. « Cette lettre est pour Hémurion, si tu te rappelles de son nom. Je devais lui donner de nombreuses consignes et autres sur ce qu’il fallait faire pendant mon absence. »

« Il n’a pas pris l’habitude avec tes nombreux voyages vers Traslord ? Tu devrais plutôt faire attention, non ? Pas que le peuple croit que tu es une reine nullement présente. »

« Le peuple comprendra que je ne fais pas cela pour le plaisir mais pour lui. »

« Si seulement c’était aussi simple que ça. »

« Elen, depuis quand est-ce que tu t’y connais en sociabilité ? Je te rappelle que tu as vécu dans un orphelinat pendant des années et qu’après tout ça, tu étais à peine en train de parler avec autrui. Si tu as rencontré Tery, ce n’était qu’un coup de chance. »

« Oh … Je pense quand même qu’une fille comme moi est plus sociable qu’une fille comme toi. Enfin, deux femmes puisque nous avons passé l’âge des enfantillages. »

« Mesdemoiselles, on arrête tout de suite de se chamailler pour des broutilles. Me suis-je bien faite comprendre ? Je l’espère pour vous sinon … »

Sinon, cela risquait de barder et il fallait être certain d’une chose, ça n’allait pas être plaisant le moins du monde, n’est-ce pas ? Manelena émit simplement un grognement en réponse aux propos de la mère de Tery alors qu’Elen se focalisait à nouveau sur son enfant. Le voyage dura encore deux journées avant qu’Omnosmos ne soit dans leur champ de vision.

« Nous y voilà enfin. Euh … Oh … Manelena, ça n’a pas tellement changé non ? »

« Par rapport au fait que les portes démoniaques soient ouvertes ? C’est exact … et c’est tant mieux. Cela pose beaucoup moins de problèmes de cette manière. »

« Ce n’est pas vraiment ce que je voulais dire par là … mais enfin bon … Ce n’est pas vraiment ça le souci ou autres. Ah … Zut. RAH ! Je veux dire : Les démons n’attaquent pas Omnosmos de l’intérieur normalement ? »

« Omnosmos n’est pas du genre à s’écrouler dès la première attaque. Si tu t’inquiètes à leur sujet, tu peux être rassurée. Ils ont plus que les moyens de se défendre. Aucun démon n’a réussi à traverser les portes souterraines. »

Elen poussa un grand soupir de soulagement, Manelena sachant pertinemment pourquoi cela. Les portes … avaient été ouvertes par Tery mais indirectement par elle à cause de son sang. Il en était de même pour Sérest et Séran.

« D’accord, tant mieux. Aucun risque d’être agressée alors pendant que nous nous promenons en ville, c’est ça ? » demanda une nouvelle fois Elen. « J’aimerai … éviter de mettre en danger ma fille si c’est possible. Même si c’est un peu tard. »

« Pour réclamer une telle chose ? Plus que tard, même. Mais ne t’en fait pas, de toute façon, s’il y a vraiment un souci, je n’hésiterai pas à utiliser les pouvoirs que m’a offert Séran. »

« Tu en parlais déjà auparavant mais … concrètement, qu’est-ce qu’il a fait exactement ? »

« Me donner la possibilité d’utiliser la magie de Zélisia … Enfin, les lignes de Zélisia. C’est un cadeau inestimable et unique en soi. »

« Je me doutes bien mais … donc Royan a eut la même chose de la part d’Alzar ? Enfin de Sérest ? Si j’ai bien compris ce que tu disais, non ? » demanda une nouvelle fois Elen. Elle ne pouvait toujours pas les considérer réellement comme ses parents malgré tout.

« C’est plus compliqué que d’avoir ou ne pas avoir … C’est vraiment plus difficile que ça … »

« BON ! Toute façon, ne nous préoccupons pas de ça hein ? J’ai posé la question mais tu n’es pas obligée d’y répondre dans les détails ! »

Tant mieux car elle n’avait vraiment rien à dire sur le sujet. Pas que cela l’embêtait mais presque. Aux portes d’Omnosmos, les gardes l’arrêtèrent mais Manelena retira aussitôt son casque, déclarant d’une voix calme :

« Vous pouvez nous laisser passer, n’est-ce pas ? »

« Euh … Oui bien entendu, reine Manelena ! Ne nous vous attendions pas, c’est tout ! »

« Une petite visite à … un vieil ami, dira t-on. Ernold est-il dans la ville ? »

« Depuis l’ouverture des portes démoniaques, il ne l’a toujours pas quittée. Il est très concentré à la protection de la ville. Sans lui, nous serions déjà disparus depuis bien longtemps. » répondit le soldat avec fierté bien qu’il n’était en rien responsable de cette situation loin d’être alarmante en fin de compte pour le moment.

« Bien bien bien … tant mieux alors. Il se trouve dans la tour des Archimages ? »

« Ahem … Plutôt dans l’un des bâtiments aux alentours. La tour des Archimages est sous surveillance constante à cause des démons, on veut éviter que le grand archimage finisse blessé par une erreur de notre part. »

« C’est légitime. Bon, est-ce que nous pouvons passer alors ? Nous avons une seconde visite aussi à faire … Montrer un enfant à ses arrières-grands-parents. »

Et du regard, elle vint désigner tout simplement le bambin qui était dans les bras d’Elen. Celle-ci fit un grand sourire aux gardes avant que ces derniers ne finissent pas dire :

« Bien entendu, bien entendu. Faites donc, reine Manelena, mademoiselle, madame. »

Petit hochement de tête respectueux envers Elen et la mère de Tery de la part des soldats. Ils avaient plus que l’habitude que des personnes de haute noblesse rentrent par ici, du moins, avant que les démons n’aient surgit des entrailles de la terre.

« Bon … Par où allons-nous alors, Manelena ? Tout de suite en direction d’Ernold ? »

« Non, vu que nous ne savons pas exactement où il se trouve, le mieux est d’aller voir les grands-parents de Tery … donc dame Jésiana et messire Périk. »

« C’est vrai. Ils seront peut-être au courant de sa position … même si je pense qu’ils auront bien mieux à faire par rapport à un certain évènement. »

« Ils sont au courant ou non ? Je ne sais pas si vous avez écrit une lettre ou pas. Normalement, j’en avais laissé au cas où il aurait de gros problèmes. » demanda Manelena, jetant un œil vers la mère de Tery pour attendre sa réponse.

« Hmmm … Ma mère est normalement très discrète sur ses sentiments mais il lui arrive parfois, il est vrai, d’avoir quelques réactions … un peu excessives. »

« Hmm ? Elle est pourtant d’un naturel assez discret, d’après mes souvenirs. Oui, souvenirs, car cela fait quand même … depuis quelques temps que je n’ai plus vus les grands-parents de Tery. J’ai réussi à leur écrire une ou deux fois pour être sûrs qu’ils n’étaient pas en danger. Ah … Cela reste assez étonnant de se dire qu’ils ne craignent guère la situation … alors qu’ils sont âgés. Vous êtes vraiment une famille surprenante. »

Elle s’était adressée à la mère de Tery, celle-ci éclatant de rire, comme si une telle parole était pourtant guère étonnante de la part de Manelena.

« Et bien .. Qu’est-ce que je peux dire pour notre défense ? Je suis une femme qui a abandonné son titre de noblesse et une vie de luxe dans Omnosmos pour élever un enfant à problèmes dans un village perdu de Shunter et non-loin d’un campement gnomold. Si je n’étais pas une forte tête, je ne sais pas ce que je serais. »

« C’est pas faux … Vous avez entièrement raison … »

« Et puis … Ah … Devoir aussi m’occuper d’un enfant pendant plus d’une décennie alors que tous me demandaient de me remarier le plus tôt possible. Enfin bon … »

« Il est vrai que vous n’avez pas eut beaucoup de facilité avec Tery. Ah … J’imagine qu’enfant, il était tout aussi perturbateur. »

« Plutôt discret en fait, tout le contraire. Et là, aujourd’hui, après tout ce qui s’est passé, j’en suis à me demander s’il s’agit vraiment du même enfant que j’ai élevé. »

« J’espère que vous ne vous posez pas réellement cette question hein ? Je sais que Tery pose énormément de problèmes mais si sa propre … AIE ! »

Elen regarda avec étonnement ce qui venait de se passer. Manelena, malgré sa grande taille, venait de se prendre un coup de poing sur le sommet du crâne. Encore choquée par le coup, Manelena sembla sonnée alors que la mère de Tery s’exclamait :

« C’est mon fils. Mon unique famille, la chair de ma chair. L’enfant que j’ai porté et élevé pendant toutes ces années. Même s’il s’est mis ce monde à dos, je ne lui tournerais pas le mien. Il en est hors de question. Même si j’apprenais qu’il ne s’agissait pas de mon enfant, en vue de toutes ces histoires de démons, cela ne changera rien … Je l’ai vu grandir pendant toutes ces années et rien ne pourra effacer ça. »

« Vous n’étiez pas obligée de me frapper. Il y a vraiment des crimes de lèse-majesté qui se perdent un peu partout là … Grrr … »

« Il ne s’agit que d’un crime s’il y a vraiment intention de ridiculiser ou blesser la personne royale, n’est-ce pas ? » corrigea la mère de Tery tout en faisant un petit sourire.

« Ne commencez donc pas à jouer sur les mots. Vous savez parfaitement de quoi je veux parler, n’est-ce pas ? J’aimerai éviter d’être plus ridiculisée encore. »

« Si une personne se moque réellement de toi, Manelena, je m’en chargerai personnellement. » dit la mère de Tery en posant ses yeux sur elle.

« Je crois vraiment entendre Tery … mais je n’ai pas besoin de ça, je sais me défendre. »

« Et pourtant, ce n’est pas parce que quelqu’un sait se défendre qu’obligatoirement, on va éviter de vouloir le protéger. »

« C’est définitif : vous êtes vraiment la mère de Tery. Vous utilisez les mêmes répliques que lui. Je vais finir par croire qu’il est là. »

Mais il valait mieux éviter. Elle ne voulait pas trop se démoraliser non plus. Elle regarda un peu l’intérieur d’Omnosmos. Contrairement à ce qu’elle pensait, c’était plus animé que prévu. Ainsi, il y avait bien plus de monde, tant mieux.

« On a pas l’impression que les démons sont juste sous nos pîeds. »

« Ah ça, il vaut mieux se méfier, je dirais. Rien n’est moins sûr que ce genre de situation. Cela pourrait très mal tourner si on ne fait pas attention. »

« Ah bon, Manelena ? Tu n’as pas dit justement qu’aucun démon n’a réussi à sortir de la zone ? Enfin, de ces doubles portes ? Ou alors, j’ai mal compris tes propos ?

« Non, non, c’est bien cela … simplement, méfiez-vous. Ne pensez pas que tout est résolu en un seul claquement de doigts ou presque, c’est tout ce que j’ai à vous dire, voilà tout. »

« Message très bien passé pour ma part. Tu n’auras pas à t’en faire, cela n’est pas un souci. »

La mère de Tery comprenait très vite mais elle n’était pas certaine que ça soit le cas d’Elen. Celle-ci était maintenant concentrée à s’occuper de sa fille, la berçant pendant qu’elles marchaient toutes les trois en direction de la tour des archimages … avant de s’arrêter.

« Ils n’ont pas dit que le grand archimage était introuvable ou presque ? »

« Introuvable, je ne crois pas … mais il n’était pas dans la tour des archimages. Nous allions plutôt nous rendre chez mes parents. »

Ils seraient normalement contents de toutes les revoir … normalement. Mais aussi, à la base, il ne devrait y avoir aucun souci. C’était juste une simple visite de routine … ou presque. Les trois femmes continuèrent leur marche, changeant de ruelle jusqu’à arriver à l’imposante bibliothèque d’Omnosmos.

« Et dire que … Tery est le petit fils de deux bibliothécaires renommés dans Omnosmos voire dans le monde entier … Je ne sais pas s’il réfléchit parfois à son héritage. »

« Oh ? Tu parles du fait qu’il a déjà évoqué plusieurs fois l’idée de venir travailler ici avec ses grands-parents lorsque tout sera terminé, Manelena ? »

« C’est … exact. Je vois qu’il t’en a aussi parlé, Elen. Enfin … Je le vois mal travailler ici. »

« Tu es sérieuse, Manelena ? Tu ne le vois pas travailler là-bas ? »

« Bien sûr que je ne suis pas sérieuse ! Tery aurait toute sa place là-bas ! On ne dirait pas comme ça mais il a montré qu’il adorait les livres ! On pense que c’est juste un combattant qui ne sait que se battre ou résoudre par la force quelques conflits mais en réalité, il veut juste opter pour une solution pacifique. C’était la même chose avec les créatures légendaires. Ces dernières n’ont JAMAIS chercher à l’écouter ! Non, elles voulaient juste le tuer, sans même lui laisser la possibilité de s’expliquer ! »

« Pas besoin de t’énerver, Manelena. Je pense que tout le monde sait … à ce sujet. »

Elen avait répondu doucement, très doucement, contrairement à son habitude où elle était toujours pleine de zèle et d’entrain. Manelena prit une profonde respiration, signalant par là qu’elle allait écouter les propos d’Elen pour une fois.

« Pardon … Ca ne se reproduira plus. J’ai juste … eut un petit moment de faiblesse. »

« Faiblesse ? Je ne sais pas si on peut vraiment parler de faiblesse, tu exagères encore et toujours, Manelena. Tu n’es pas faible. AH ! Nous sommes enfin arrivées ! »

Elle venait de s’exclamer avec joie, se retrouvant devant les imposantes portes de la plus grande bibliothèque d’Omnosmos. A l’intérieur, il y avait bien quelques lecteurs présents, certains cherchant le livre de leurs rêves ou étaient déjà installés sur des chaises.

Elles ? Et bien, elles se dirigeaient vers l’accueil, là où une vieille femme réceptionnait les départs et les arrivés ainsi que le retour des livres et autres. Lorsqu’elle aperçu la mère de Tery, elle se leva subitement, surprise … mais s’immobilisa en voyant qui l’accompagnait. Non, ce n’était pas à cause de Manelena mais … Elen et ce qu’elle avait en main.

« Je … crois qu’il va falloir que je prennes une pause. PERIK ! REMPLACES-MOI A L’ACCUEIL ! ET TOUT DE SUITE ! »

« Bien entendu, mon amour ! Tout suite ! Ce que tu veux bien entendu ! Oh, bonjour … Oh ! Oh ! O… Oh … » commença à dire un vieil homme qui était arrivé à toute allure.

Lui aussi s’immobilisa sur le moment, se demandant s’il était en train de rêver en voyant le petit être dans les bras de la jeune femme aux cheveux blonds. Depuis la dernière fois, il était vrai qu’elle avait changé un peu de coiffure, se laissant pousser une partie des cheveux mais elle était toujours aussi reconnaissable.

« Nous ne pouvons pas fermer la bibliothèque plus tôt, Jésiana ? »

« J’espère que tu plaisantes, Périk … et que c’est le cas car tu as toujours eut un humour des plus douteux. Et la réponse est non si tu étais sérieux. »

« Je m’en doutais un peu … On ne pourra pas m’en vouloir d’avoir essayé. » dit-il en poussant un léger soupir fatigué. Il était visiblement très déçu et …

« S’il le faut, si ce n’est pas compliqué, je peux me charger de vous remplacer à l’accueil. »

Toutes les têtes se tournèrent vers Manelena, Jésiana clignant des yeux mais laissant la femme aux cheveux argentés continuer à prendre la parole :

« Je ne suis pas idiote pour ne pas savoir comment fonctionne ce poste. Et de toute façon, ce qu’Elen va vous raconter, je suis déjà au courant. »

« Et il est vrai que tu es souvent venue avec Tery par ici. D’accord, soit. Mais attention, que tu sois reine de Shunter ne changera rien à ta position ici. Commets des erreurs et tu risques de m’entendre, Manelena. Bien compris ? »

« C’est donc vraiment dans le sang des femmes de la famille Vanian de n’avoir aucune considération pour les titres royaux, j’ai l’impression. »

Et c’était un véritable soupir de la part de Manelena qui quitta les lèvres de cette dernière. Elle avait la nette impression que Jésiana se moquait d’elle autant que sa fille. Néanmoins, en voyant le sourire ravi du grand-père de Tery, elle savait qu’elle avait fait le bon choix.

« Allons donc dans la salle de repos. Vous pourrez vous installer et surtout tout nous raconter. » s’exclama Périk avec joie, prenant les devants.

« … … … Merci, Manelena. J’en avais presque mal au coeur de l’empêcher de voir sa fille … et visiblement son arrière-petit-enfant. »

« Allez y vite avant que je ne change d’avis, ça vaudra mieux. » murmura Manelena en se demandant si elle avait vraiment fait le bon choix.

Pour autant, lorsqu’elle fut seule, elle observa les différents rayons du coin de l’oeil. Heureusement, il n’y avait personne ou presque … qui venait la déranger. Lentement, ses yeux se posèrent sur un rayon en particulier.
Sans un mot, une rougeur vint recouvrir ses jours avant qu’elle ne passe deux doigts sur ses lèvres. Ce … n’était pas le moment d’avoir une poussée de sentiment nostalgique. Tout ça était derrière elle, qu’elle le veuille ou non.

« Pardonnez-moi mais vous êtes nouvelle ? C’est la première fois que je vous vois ici. Dame Jésiana ou sir Périk sont convalescents ? »

« Nullement mais ils ont eut une affaire importante à régler, c’est pourquoi je les remplace pour quelques heures. Dites-moi donc ce qui ne va pas. »

« Et bien, c’est simplement pour rendre ce livre. J’ai un peu de retard mais … »

« Donnez-moi ce livre et disparaissez, je ferais comme si de rien n’était. »

Pas qu’elle était d’humeur généreuse, c’est surtout qu’elle ne connaissait pas les tarifs donc bon. Elle fit un petit mouvement de la main pour lui dire de déguerpir. En plus, c’était un jeunot qui devait à peine être sorti de l’adolescence. Mais sinon, c’était un métier plutôt tranquille. Dommage qu’elle en ait un qui était bien plus important et donc il était impossible de quitter le poste. Ah … Oui … Et il fallait retrouver ce foutu Ernold.

Chapitre 4 : Donner la bonne nouvelle

ShiroiRyu
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Chapitre 4 : Donner la bonne nouvelle

« Dis moi, Manelena, quand est-ce que tu pars d’ici ? Tu comptes dormir ce soir ? »

« Je pense que je vais me reposer ici pour une journée ou deux, oui. J’irais explorer les environs, comme d’habitude, pour être sûre que nul ne vienne vous déranger. »

« Oh, ne t’en fait donc pas pour ça, il n’y a personne d’assez fou pour venir dans un tel lieu isolé du reste du monde. Mais ensuite, que comptes-tu faire exactement ? Est-ce que tu veux en parler ou non ? Je ne te forces pas. »

« C’est pas une question de me forcer ou non, c’est pas comme ça. Simplement, je ne sais pas vraiment … Je pensais vérifier juste à Midès que tout se passe bien avec Hémurion et ensuite, je comptais me rendre à Omnosmos. »

« Omnosmos ? » demanda la mère de Tery une nouvelle fois, un peu étonnée. « Depuis l’ouverture de ces portes démoniaques, la capitale n’est plus aussi radieuse qu’auparavant mais bon, les démons n’arrivent pas à remonter à la surface par là. »

« Et je compte bien tout faire pour que ça continue ainsi … mais ce n’est pas le sujet. Je ne suis pas là pour vérifier comment ça se passe de ce côté, loin de là. Je voulais juste discuter avec Ernold au sujet de … Clari en golem mais aussi d’un peu tout le reste. Cette armée de gnomolds n’était pas vraiment prévue à la base mais je l’ai acceptée pour Traslord. J’ai plusieurs questions à lui poser et il vaudra mieux pour lui qu’il y réponde. »

« Ne soit pas trop violente non plus, d’accord ? Par contre … Elen ? »

La femme aux cheveux blonds était en train de bercer son enfant dans ses bras, souriante et heureuse avant de relever son visage vers la mère de Tery, la regardant avec interrogation. Sans chercher à poser la question, elle attendait que celle-ci reprenne :

« Que dirais-tu de m’accompagner à Omnosmos ? Je suis sûr que des arrières-grands parents seraient vraiment très heureux de voir leur arrière-petite-fille. »

« Revoir madame Jésiana et messire Périk ? Ca serait avec joie ! Mais … Est-ce qu’ils seront d’accord ? Je veux dire … Avec les événements concernant Tery et … enfin … tout ça. »

« Je suis aussi butée que ma mère et donc, si on se chamaillera toutes les deux, je suis sûre et certaine qu mon père acceptera pleinement votre présence. Et il en est de même pour toi, Manelena. Enfin, si cela ne te dérange pas tellement. »

« Je me dis surtout que j’aurai préféré être prévenue. Je n’ai qu’un cheval actuellement et bien qu’il soit assez costaud, je ne sais pas s’il supportera trois personnes et des affaires sur lui. »

« Oh ! Tu n’auras qu’à éviter de mettre ton armure sur lui, non ? Enfin, c’est bien l’armure qui fait la majorité de ton poids, n’est-ce pas ? » demanda Elen avec un petit sourire ironique.

« Tu as de la chance que ton enfant soit dans tes bras, toi sinon, je ne me serais pas privée de te mettre une beigne. Tu veux remplacer Tery sur le fait de m’agacer facilement ? Car si tel est le cas, on va très vite régler ça à ma manière hein ? Compris ? »

« Et si vous ne vous calmez pas toutes les deux, je me chargerai de ce qui reste. Pas de bagarre inutile sous mon toit. » compléta sèchement la mère de Tery, jetant un regard plus qu’éloquent à Manelena et Elen. Celle-ci reprit en rigolant :

« Ce n’était qu’une simple boutade, rien de plus. Je n’en veux pas à Manelena et je pensais qu’elle avait compris que je ne faisais que plaisanter. »

« Ton humour équivalent à celui de Tery, ça ne vole jamais très haut … mais en même temps, tu as sûrement raison pour ma monture. Je pense qu’elle devrait pouvoir vous supporter toutes les deux … enfin toutes les trois. »

« Alors, c’est donc décidé. Nous nous en irons ainsi et pas autrement ! Quelle bonne nouvelle que voilà, j’imagine la surprise qu’ils vont avoir. »

Bien qu’elle avait paru menaçante quelques secondes auparavant, le sourire de la femme qui commençait doucement à accuser son âge faisait chaud au coeur. Depuis des mois, elle s’occupait d’Elen sans sourciller, n’ayant pas quitter cet endroit. Cela lui fera le plus grand bien et Manelena poussa un léger soupir.

Oui … Elle ne pouvait pas vraiment dire que ce n’était pas une bonne idée. De base, rien que d’envisager le fait de les emmener était une mauvaise chose. Si elles se trouvaient ici, c’était pour une bonne raison : le fait que personne ne puisse les trouver et surtout pas les démons.

Elle n’avait pas envie qu’ils apprennent que l’enfant de l’enfant des deux dieux existe. Oui, rien que de penser à ça, cela lui donnait une certaine migraine qui la fit grogner de mécontentement. Elle aurait … préféré que ça ne se passe pas de la sorte.

Mais bon, lorsqu’elles avaient une idée en tête, ça ne servait à rien de tergiverser. Oui, dans la famille Vanian, les femmes étaient de vraies têtes de mule et Elen complétait parfaitement ce tableau. Oh …. Hum … Pourquoi est-ce qu’elle avait eut une idée stupide ? Genre … Est-e que ce tableau pouvait aussi la contenir, elle ?

A quoi est-ce qu’elle pensait des fois ? C’était tout simplement stupide. Ca n’avait pas sa place dans ses pensée et il valait mieux pour elle qu’elle fasse un peu le ménage dans tout ça. Par contre, cela voulait dire aussi qu’elle allait devoir préparer sa monture à un nouveau long voyage. Heureusement qu’elle n’était jamais accompagnée.

Enfin, ça, c’était avant. Maintenant, elle allait avoir deux autres personnes, enfin non, trois maintenant, avec elle. Elle allait devoir donc se préparer mentalement au long chemin qui allait l’attendre. Le point positif, même si elle ne le reconnaissait pas, c’est que cela allait lui faire de la compagnie pendant le voyage.

« Manelena, je vais aller voir si ton cheval a à manger et à boire. Comme ça, je vais aussi lui dire qu’il va devoir nous supporter. »

« Je ne suis pas sûre qu’il vous comprendra mais vous pouvez toujours tenter de faire la conversation avec lui, madame Vanian. »

« Je vois que tu as trop traîné avec mon fils, toi aussi. » compléta la mère de Tery.

Hey ! Ca voulait dire quoi, ça ? La mère de Tery ne chercha pas à détailler plus longtemps ses propos tandis qu’elle s’éloignait, laissant seules les deux femmes avec le bambin dans les bras de l’une d’entre elles. Elen se leva quelques instants après, déclarant :

« Bon … Avec les avantages d’avoir un enfant, les inconvénients sont aussi présents. »

« Qu’est-ce que tu veux dire par là ? C’est quoi les désavantages ? »

« Disons que ça ne se retient pas lorsqu’il y a un besoin naturel à combler. » répondit tout simplement Elen avant de s’éloigner de la cuisine.

« Mouais … Je vois de quoi tu veux parler. J’imagine que tu n’as pas besoin de moi pour ce genre de choses, n’est-ce pas ? Je vais plutôt me promener, comme convenu. »

« Bon ben bonne balade. Moi, ça va être du courage dont je vais avoir besoin. Je ne suis toujours pas habituée à tout ça … hahaha. »

Elle avait pourtant le sourire aux lèvres, comme si cette épreuve était tout simplement bénéfique pour la jeune femme aux cheveux blonds. Elle était en âge d’avoir un enfant et c’était même le cas. Par contre, elle-même … de son côté. Est-ce qu’elle faisait vieille fille ?

Elle n’ne avait aucune idée et elle se demandait pourquoi elle était en train d’y penser. Qu’est-ce que cela changerait qu’elle soit vieille fille ou non ? Elle ne comptait pas se marier ou porter … un enfant … et même faire une descendance. Il en était hors de question.
La lignée royale allait s’arrêter avec elle. C’était ce qu’elle avait prévue depuis longtemps, depuis le jour où elle avait compris au sujet de sa mère et de son père. Même si ce dernier n’avait au final que été manipulé par ce foutu démon, ça ne changeait rien à ses actions pendant toutes ces années. Jamais un seul instant … il n’avait eut un moment de regret n’est-ce pas ? Pourquoi est-ce … qu’elle y pensait maintenant ?

Pourquoi ? Est-ce que le fantôme de son père allait la hanter ? Non … Elle n’était pas aussi crédule que Tery. Elle n’allait pas entendre de voix. Non, elle n’était pas aussi faible que Tery … pas de la sorte, pas comme ça. Elle était bien plus forte, oui.

« Humpf … Allons plutôt voir comment il va, ce cheval. »

Elle avait presque l’impression qu’il allait se mettre du côté de la mère de Tery s’il devait choisir entre sa maîtresse et elle. Mouais … Pas vraiment une bonne nouvelle si elle peut le dire hein ? Mais bon … Elle avait quitté la demeure pour se diriger vers là où normalement devait se trouver son cheval.

« Et bien, et bien … Tu en as un sacré appétit. Je savais qu’une ou deux carottes te plairait. Cela change du foin ou de l’herbe, n’est-ce pas ? »

« Huuuu ! » s’exclama la bête équine tandis que Manelena arrivait à leur niveau à tous les deux, regardant la scène en croisant les bras. Est-ce qu’elle devait dire que c’était si mignon et attendrissant comme paysage ou pas ? Ouais … Non … En fait non, ça n’allait pas convenir. Pas comme ça, n’est-ce pas ? Du moins … Pas à ses yeux.

« Alors, vous tentez de vous approprier l’animal d’une autre, madame Vanian ? »

« Qu’est-ce que tu racontes comme bêtise, Manelena ? Je m’occupe simplement de ce magnifique animal. C’est vraiment une bien belle bête. »

« Je le connais depuis une dizaine d’années environ. Il m’a toujours servi et malgré les blessures, il a toujours été là pour moi. Ce n’est pas forcément la qualité qui fait ce qu’il est mais plutôt sa ténacité. »

« Et aussi avoir réussi à te supporter pendant tout ce temps, n’est-ce pas ? »

« C’est vraiment que cela mérite aussi des félicitations … mais rappelez-vous à qui vous vous adressez, madame Vanian. Je ne suis pas … »

« Tu es une amie proche de mon fils. C’est ce statut qui passe avant celui de reine de Shunter à mes yeux. Le reste n’a guère réellement d’importance, Manelena. »

« Je ne crois pas que ça marche ainsi dans le monde réel, madame Vanian. Vous le savez non ? Surtout vous, qui provenez d’une famille noble. »

« C’est une époque révolue dont je ne veux pas vraiment parler … Mais après, c’est une époque où j’ai … aimé et j’ai fait des choix. A partir de là, ça ne devrait pas trop te surprendre que les règles de la noblesse ne me concernent plus tellement. »

« C’est exact … mais après, je n’ai pas à juger. Normalement, la princesse d’un royaume ne devrait pas être au combat en première ligne pendant une guerre. »

Oui, elle n’était pas vraiment un bon exemple, elle non plus hein ? En la regardant, elle remarqua que la mère de Tery était en train de sourire, tapant dans ses mains.

« Maintenant que nous avons assez parlé, il va me falloir préparer quelques affaires pour le voyage. J’ai aussi remarqué de ton côté que tu … n’en avais aucune. »

« Je n’aime pas perdre de temps sur ces futilités. Généralement, la tenue que je porte me suffit pour les prochains jours. Si je commence à … »

« Tu devrais vraiment être un petit peu plus coquette et prendre soin de toi. Je pense que cela te permettrait de gagner quelques points aux yeux d’une certaine personne. »

Hum ? Est-ce qu’elle allait préciser le nom ou pas ? La femme aux cheveux argentés attendait simplement de voir si ça allait être le cas. Lentement mais sûrement … mais rien n’arriva. La mère de Tery était repartie vers la petite maisonnette, laissant Manelena seule avec sa monture. Elle flatta la crinière de cette dernière, marmonnant :

« Je vous … jure … De quoi est-ce que ça se mêle ? Je peux aisément … être correcte et porter une tenue pour un foutu bal, simplement … »

Ce n’était pas son genre, voilà tout. Mais elle devait reconnaître qu’elle avait apprécié … ce moment passé avec Tery à Omnosmos. Oui, c’était le genre de souvenirs qu’elle gardait.

Mais aussi le genre de souvenirs dont elle ne voulait pas parler ouvertement. Oui, c’était privé et ça ne concernait personne d’autre. Pour le reste de la journée, elle vint aider la mère de Tery avec les différentes tâches ménagères, faisant hausser un sourcil à Elen.

« Je … ne pensais pas que tu étais capable de ça, Manelena, c’est vraiment surprenant ! »

« De quoi donc ? Attention à ce que tu vas dire … car si c’est pour me provoquer, tu sais parfaitement que tu peux très vite me trouver. »

« Ben … Que veux-tu que je te dises ? Je suis pas habituée à te voir faire ça, c’est tout. »

« Je sais très bien m’entretenir et pareil pour le logement où j’habite. Ce n’est pas parce que j’ai été une maréchale qu’aussitôt, je suis habituée à vivre dans une porcherie. Ca ne se passe pas comme ça dans le monde réel. »

« Je n’ai jamais dit cela … Je ne faisais que vanter tes capacités à combattre la poussière. »

« Elen, si tu continues comme ça, je récupère ton enfant et tu vas aider Manelena, compris ? »

Message très bien passé de la part de la mère de Tery. Elle savait se montrer très persuasive lorsqu’elle le voulait hein ? Oh que oui ! Si elle ne voulait pas avoir de soucis, cela allait être juste motus et bouche cousue dorénavant, n’est-ce pas ?

Le ménage fait, la journée s’écoula plus paisiblement qu’au départ tandis que la soirée arriva plus rapidement que prévue. A table, les trois femmes discutèrent posément, Elen confiant sa fille à Manelena pendant qu’elle se faisait un brin de toilette. Le bambin dans les bras, Manelena n’osait plus bouger, presque paralysée.

« Je sais bien que … c’est qu’un bébé mais … mais … »

« C’est si mignon, n’est-ce pas ? Enfin, quand ça dort. Et puis quand ça décide de se réveiller, c’est un véritable cauchemar … puis tu le vois grandir peu à peu et … »

« Vous voudriez pas plutôt le récupérer ? Je suis pas du tout à l’aise avec tout ça, moi. »

« Hmm … Non. Elen te l’a confié, tu dois te débrouiller seule. Qu’est-ce que le peuple de Shunter penserait de leur reine s’il apprenait qu’elle n’est pas capable de tenir un bambin dans ses bras. Ca ne serait pas ridicule ? »

« Ne vous moquez … pas … Vous savez aussi bien que moi que … je n’y connais rien. »

« Et oui, tu ne fais que le répéter depuis que tu es arrivé. C’est une raison de plus pour te préparer le jour venu. Tu auras déjà de l’expérience. »

« Je n’aurai jamais d’enfants. Je ne suis pas une femme faite pour ça. » dit-elle avant de murmurer à voix basse : « Et de toute façon, quel homme sensé voudrait de moi ? »

« L’une des choses que je ne pourrais jamais reprocher à mon fils, c’est son goût en matière de femmes. » répondit la mère de Tery, sans pour autant s’adresser à Manelena.

« Hein que quoi ? C’est … pour quelle raison, cette remarque ? »

« Oh, pour rien, pour rien. Je ne vois pas pourquoi je dirais cela. Et puis, d’après ce que je vois, ça ne semble pas la déranger, la petite puce, non ? »

Ah ? Vraiment ? Manelena baissa ses yeux rubis sur l’enfant qui dormait paisiblement, un petit sourire hagard aux lèvres. Vraiment ? Elle était en train de sourire alors que ce n’était même pas sa mère qui était en train de la border ?

« Vraiment … Les gamins, ça ne comprend rien à rien. C’est … juste si stupide. »

« Stupide ne serait pas vraiment le bon terme, je dirais, dans une telle situation. » déclara la mère de Tery dans l’autre pièce, ayant entendu les propos de Manelena.

« Et comment est-ce que je dois appeler ça alors ? J’ai un bébé dans les bras et je ne sais pas quoi en faire, madame Vanian. C’est en train de dormir et … »

Elle s’arrêta dans ses propos, sentant que ça bougeait dans ses bras. Un regard à gauche, un regard à droite, furtif dans les deux cas. Elle … Elle … Elle allait se réveiller et pleurer, n’est-ce pas ? C’est toujours ainsi avec les bébés et …

Rien de rien. L’enfant avait ouvert ses petits yeux bleus, l’observant sans un mot, sans un cri, sans un pleur. Et elle faisait de même. C’était … l’enfant de Tery et Elen, hein ? C’était … un bel enfant, elle en était certaine. Mais pourquoi est-ce qu’elle … avait envie de pleurer ? Pourquoi maintenant ? En ce moment précis ?

Pourquoi … est-ce qu’elle se sentait si faible en cet instant ? Elle avait les bras qui tremblaient et ne savait pas du tout comment réagir. Elle … Elle souleva le bébé pour le ramener à hauteur de son visage avant de murmurer :

« Il faut … absolument que je ramène … ton père à la maison. »

Oui, elle en était définitivement convaincue que c’était la meilleure chose à faire en ce moment précis. Elle … n’avait pas d’autres choix. Elle devait le faire … et trouver un moyen … mais comment ? Déjà, réussir à le faire ressortir de sa tanière, une nouvelle fois encore. Mais en vue de ce qu’ils ont pris … et aussi de cette apparition golemique, ça allait être très compliqué, n’est-ce pas ?

« C’est juste … n’importe quoi. Je dois … m’occuper de toi pour le moment. »

Elle tentait de communiquer avec l’enfant mais elle savait bien que c’était complètement inutile. L’enfant n’allait pas lui répondre et lui dire ce qu’il en pensait. Ah … Bon … La mère de Tery n’était pas dans la pièce, Elen était en train de prendre un peu de repos bien mérité. Il n’y avait vraiment personne dans les alentours.

« C’est peut … être pas si mal que ça d’avoir un enfant. »

Elle pouvait le voir grandir et devenir ce qu’elle n’avait jamais pu être. Elle pouvait lui créer un monde où elle serait en paix et libre de faire ce qu’elle désire. Oui … Tant à faire.

Les lèvres embrassèrent le front du petit être, le bambin poussant un petit cri de joie presque inaudible. Ah oui ? Il adorait ça ? Vraiment … Il lui en fallait très peu pour être heureux hein ? Elle recommença une seconde fois, même réaction.

« On ne m’a pas donné le mode d’emploi en ce qui te concerne. C’est comme ça que tu fonctionnes ? Il faudra vraiment demander à ta mère à ce qu’elle te donne un prénom … même de substitution à la base. »

Par principe car bon … Elle reste un être vivant. Et si Elen ne veut pas trouver un prénom correct pour elle, elle s’en chargera. Pour autant, elle continue de l’observer, doucement, en silence, comme si de rien n’était. Elle est là … Elle attend.

« Ne me dit pas que tu cherches à en avoir un troisième hein ? »

Ah … Vraiment, les enfants, ça en profitait un maximum. Elle embrassa le front une troisième fois, l’air de rien avant se de dire qu’il y avait une vieille femme qui allait pas se priver pour ça. Oui, elle avait très bien compris que Jésiana, la grand-mère de Tery, sous ses airs bourrus, était quelqu’un d’adorable.

Ah … Ce n’était pas tout ça … mais entre le voyage, les petits travaux ménager et ne plus bouger pendant de longues minutes, elle se sentait un peu assoupie. C’était … épuisant en fin de compte. Elle allait juste fermer les yeux et se laisser bercer.

« Je suis enfin de retour, Manelena. Je peux reprendre ma fille et merci encore pour … »

Le dernier mot ne quitta pas les lèvres d’Elen. Celle-ci se gratta un peu la joue, quittant vite la pièce pour aller chercher la mère de Tery. Rapidement, les deux femmes arrivèrent à nouveau dans la pièce, la mère de Tery soupirant, amusée :

« Et cela veut me faire croire que c’est terrifiant, n’est-ce pas ? »

« J’avoue qu’elle ne paraît pas très crédible dans ce rôle maintenant mais … J’imagine que je vais devoir laisser ma fille quelques minutes de plus. »

« Ca serait mieux. Tu risques de les réveiller toutes les deux. On dirait bien qu’une personne avait vraiment besoin de se reposer. »

« Elle est en sécurité ici, comparé à ailleurs. Elle peut se laisser aller … Ah … Si Tery voyait cela, je me demande comment il réagirait. »

Et pourtant, elle n’était pas crédule. Elle savait parfaitement ce que cela représentait cet enfant aux yeux de Manelena. Et pourtant, cette dernière n’avait rien du monstre d’insensibilité qu’elle tentait de montrer aux yeux des autres.

« Et bien … Pendant ce temps, préparons nos affaires pour Omnosmos, qu’en dis-tu ? »

« Ca me semble être une bonne idée. Je vous rejoins. » dit Elen après quelques secondes, laissant seules Manelena et l’enfant de Tery et Elise dans ses bras. Les yeux clos, elles dormaient paisiblement, bien plus que ne l’aurait pensé la reine de Shunter.

Chapitre 3 : Le divin enfant

ShiroiRyu
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Chapitre 3 : Le divin enfant

« Ah … Après tout ce temps, me voilà en territoire connu. »

Elle était descendue de son cheval, le prenant par les rênes tout en commençant à marcher maintenant à travers les bois. Il n’y avait qu’un seul endroit au bout du chemin, un endroit où vivaient paisiblement deux femmes. Deux femmes … et visiblement une surprise.

« Qu’est-ce que … c’est que ça ? » demanda la femme aux cheveux argentés en posant son regard rubis sur Elen. Celle-ci était assise sur un rocking-chair mais surtout … était en train de border quelque chose dans ses bras.

« Tiens donc … Manelena. Bonjour à toi aussi. Tu n’es pas venue depuis longtemps. »

« On va dire que j’ai eut une certaine confrontation à Traslord, il y a de cela quelques jours ou semaines. Je ne suis pas d’humeur en à en parler pour le moment. Tu te sens capable de m’expliquer ? Je … C’est bien ce que je pense ? »

« Ca s’appelle un bébé. Tu en as sûrement déjà vu dans ton existence, Manelena, non ? »

« Ce n’est pas … vraiment la réponse que j’attendais. C’est … » commença à dire Manelena alors que la femme aux cheveux blonds lui souriait. Après tout ce temps, sa chevelure hirsute était toujours là mais maintenant couplée à une longue chevelure blonde lui allant jusqu’en haut du dos. Elle rigola tout en lui coupant la parole :

« C’est bel et bien … ma fille … mon enfant … et celui de Tery. »

« Hum … Bravo, c’est le bon terme dans une telle situation, c’est ça ? » demanda Manelena, comme peu convaincue de ses propres paroles. Elen ne fit qu’un petit hochement de tête positif, murmurant :

« Je ne sais pas encore son nom … malgré les jours qui passent. Madame … Enfin, la mère de Tery est à l’intérieur si tu veux aller la saluer aussi. »

« C’est ce que je vais faire, tu n’as pas besoin de moi pour cela, n’est-ce pas ? Je vais juste devoir envisager de quoi pouvoir le nourrir la prochaine fois que je passerais ici. »

« Ne t’en fait pas sur ce point, elle avait déjà tout prévu. Enfin, de la nourriture spécialement pour un enfant en bas âge, je ne dis pas non mais pour le moment, nous avons de quoi tenir. Tu veux que je viennes à l’intérieur pour nous donner des nouvelles du front ? »

« Vu … que cela concerne Tery et Elise, je pense que tu pourrais être intéressée, oui. »

« Tery ?!? JE … Oups. Oh doucement, doucement … Désolée. » dit-elle alors qu’elle s’était levée un peu brusquement, surprenant le bambin qui commença doucement à pleurer. Aussitôt, elle chuchota quelques paroles, comme pour le rassurer. Doucement… Doucement … Elle n’avait pas à s’en faire. Elle était là, pour elle.

« Ca a l’air inutilement compliqué … Je ne comprends même pas pourquoi vous avez décidé d’en faire un, surtout en vue de la situation actuelle. Ce n’est pas bon pour elle. »

« Des fois, le destin décide pour nous. J’ai eut de la chance d’être enceinte de l’homme que j’aime et de pouvoir donner la vie à son enfant, et cela malgré les événements qui nous ont séparé tous les deux. Elle est une miraculée … »

« Je sais parfaitement que c’est un vrai miracle qu’elle soit encore en vie et ça ne me rend pas triste de savoir qu’elle va bien, loin de là. Simplement … Vu ce qui se passe, je ne suis pas certaine que ça soit vraiment le bon moment, voilà tout. »

« Il n’y a pas de bons ou mauvais moments dans ces instants. Et toi-même, ne me dit pas que cela ne t’a jamais traversé l’esprit, non ? »

« Est-ce que j’ai vraiment l’air d’être une femme qui veut un enfant ? Alors que je suis sur le champ de bataille la majorité du temps ? Que j’ai été une maréchale et une femme militaire pendant plus de la moitié de ma vie ? »

« L’un n’empêche pas l’autre. Tu devrais me répondre honnêtement. Alors ? Cela ne t’a jamais donné envie d’en avoir un ? Pendant un court instant ? »

« J’ai bien mieux à répondre qu’à ce genre d’idioties. » coupa sèchement Manelena avant de rentrer à l’intérieur de la petite maison.
Non, ce n’était pas un sujet qu’elle voulait évoquer, surtout pas avec elle car oui, cela lui était déjà arrivé, parfois, d’imaginer une telle chose. Pour quelle raison ? Hum … A quel moment ? Hum … C’était vraiment privé mais il n’y avait pas tellement de moments où elle avait imaginé … avoir un enfant.
Peut-être le plus important, c’était lors de cette scène, dans la bibliothèque d’Omnosmos, celle des grands-parents de Tery. Son principal moment de faiblesse, celle où elle avait osé se découvrir et montrer ses émotions.

Oui … C’était bien là le moment où elle avait vraiment désiré se laisser aller, partir loin de toutes ces histoires de créatures légendaires, portes démoniaques et autres. Mais voilà, tout cela n’est jamais arrivé et maintenant, elle était amère.

Des mois se sont écoulés, Elen a donné vie à un bel enfant. Elle le sait, elle n’a aucun doute à ce sujet. Tery et Elen sont plutôt jolis donc leur enfant devrait rayonner de beauté d’ici quelques années, faisant tourner de nombreuses têtes.

« Oh ? Mais qui vois-je donc ? Manelena ! Comment te portes-tu ? Cela faisait un bout de temps que tu n’étais pas passé par là. » déclara une voix féminine qu’elle n’eut aucun mal à reconnaître puisqu’il s’agissait de celle de la mère de Tery qui sortit de la cuisine.

« Disons que la situation a été un peu … problématique. »

« Tu veux peut-être en parler ? Ou non ? Enfin … J’imagine que si. Mais bienvenue … enfin bon retour parmi nous. Tu nous diras comment se porte Royan et tout le reste à table. Je vais préparer le repas pour la peine. Elen ? L’enfant ne te martyrise pas trop ? »

« C’est un véritable petit ange. Il pleure parfois mais pas autant que je le pensais. »

« Et puis, de ce que je crois me rappeler, tu as vécu dans un orphelinat donc des enfants en bas âge, tu devais en connaître depuis longtemps, non ? »

« C’est exact, je suis habituée … Enfin, en bas âge mais ils savaient déjà marcher. Et puis, je n’étais pas seule et en même temps … Oh … Ca me rappelle des souvenirs, des bons, des mauvais. Cela commence à dater. »

Un petit sourire triste se dessina sur ses lèvres. Oui, elle ne l’avait pas oubliée. Même si ses pensées étaient tournées vers l’avenir, parfois, il suffisait juste d’évoquer un peu le passé pour que cette personne revienne dans sa mémoire.

« Enfin bon, ce n’est pas tout ça mais est-ce que vous avez besoin d’aide pour le repas ? »

« Et c’est toi qui me la propose ? Alors que tu as les mains prises avec ta fille ? Manelena va m’aider, qu’elle le veuille ou non. »

« Et visiblement, on ne laisse pas de choix à l’actuelle reine de Shunter. » soupira la femme aux cheveux argentés, la mère de Tery se tournant vers elle avant de dire sur un ton amusé :

« Si tu accordais autant d’importance aux apparences et à ton titre, tu ne serais pas là avec nous deux. Je ne dis pas que tu ne prends pas ton rôle au sérieux mais ça ne serait pas très crédibles que tu me dises que tu ne veuilles pas m’aider car tu es la reine. »

« … … … Je comprends parfois d’où vient le caractère irritant de Tery. Espérons que cela saute la future génération sinon, je crois que mes nerfs ne tiendrons pas. »

« Ma fille sera parfaite. Elle sera élevée dans un monde où elle n’aura rien à craindre, que ça soit les guerres, les démons, les créatures légendaires et autres. »

« Hmm … Tu sais qu’en parlant de démons, tu évoques aussi Tery dedans, hein ? » corrigea Manelena alors qu’Elen répondait aussitôt :

« Si Tery était un véritable démon, cela se saurait depuis le temps. C’est la même pour Elise … n’est-ce pas ? Tu as dit que tu les avais rencontrés, non ? Du moins, encore une fois. Et si tu n’as pas le visage dévasté, c’est qu’ils sont encore vivants malgré votre rencontre. Ce qui implique que malgré tout ce que tu veux dire, tu aimerais tout faire pour qu’il revienne ici parmi nous et qu’il en est de même pour Elise. »

« Depuis quand … est-ce que tu réfléchis autant, de ton côté ? »

« Hein ? Mais est-ce qu’elle est en train de m’insulter devant ma fille ou je rêves, madame ? »

« Si vous vous bagarrez toutes les deux, je risque surtout de vous priver de nourriture. D’ailleurs, en parlant de nourriture, je vais aller d’abord voir si ton cheval a du foin et à boire, Manelena. Je suis sûre que tu l’as encore laissée là, comme si de rien n’était. »

Vue qu’elle avait entièrement raison, Manelena ne chercha pas à la contredire, ni à ouvrir la bouche. Lorsque la mère de Tery quitta la pièce, elle poussa un bon gros soupir, Elen se mettant à rigoler doucement avant de chuchoter :

« On ne dirait pas mais … elle est très martiale, hein ? »

« Si elle avait été dans l’armée, je pense que j’aurai eut fort à faire pour garder ma place de maréchale à cette époque. Heureusement, cette époque est révolue et elle est bien plus âgée que moi. Et bien entendu, je t’interdis d’aller lui répéter ce que je viens de dire. »

« Sur le fait que tu la traites de vieille ? Je ne suis pas comme ça, Manelena. Par contre, je veux bien que tu m’en dises plus au sujet de Tery et Elise. Vous … vous êtes encore affrontés ? Vous n’avez pas chercher à dialoguer ? »

« Si c’était aussi simple que ça, Elen … Si seulement ça l’était … mais ce n’est pas le cas, tu sais ? Ca ne marche pas aussi facilement dans la vraie vie. »

« Je le sais parfaitement mais rien ne m’empêche de l’espérer. Tu ne l’as pas blessé hein ? »

« C’est … plus compliqué que ça. Je vais attendre qu’elle revienne et vous le dire. » marmonna Manelena en détournant un peu la tête, ayant déjà commencer à installer les couverts et le reste de la table pour le futur repas.

« Tu sais, quand je te vois ainsi, je me dis que si tu avais montré ce côté-là à Tery, j’aurai vraiment eut à m’inquiéter à l’époque. »

« Est-ce que tu me provoques, Elen ? Car si c’est le cas, que tu aies un enfant ou non, je n’aurai pas de réticence à te frapper, compris ? »

« C’est bien de la provocation … mais juste pour te dire, je compte me remettre en forme à peu près correctement. Je vais vouloir t’accompagner et … »

« Tu peux arrêter de dire des idioties plus grosses que ta tête ? Tu as un enfant maintenant, tu peux pas t’amuser à courir dans les vertes prairies et à chasser du gnomold. »

HUMPF ! La femme aux cheveux blonds ne répondit pas. Manelena pouvait dire ce qu’elle voulait, elle s’était déjà décidé depuis la naissance de sa fille. La mère de Tery arriva quelques minutes plus tard, un peu de paille dans ses cheveux, observant Manelena en fronçant les sourcils, mécontente.

« La prochaine fois, n’oublie pas de remercier ta monture pour le chemin fait. Elle m’a presque dévoré la main lorsque je lui ait tendu à manger. »

« Je m’excuses, madame Vanian. J’y penserai la prochaine fois, je vous le promets. »

« Tant que tu as compris, tant mieux. Et Elen, je t’interdis de rire d’elle. Merci pour la mise en place des couverts, Manelena. Vous pouvez vous installer, je vais préparer le repas. »

Les deux femmes s’exécutèrent, n’osant pas vraiment désobéir à la cheffe de la demeure. Qu’importe le rang social, il y avait visiblement un consensus qui signalait qu’il valait mieux ne pas manquer de respect à la mère de Tery.

« Bon … Maintenant que nous sommes toutes là, je peux donc tout vous raconter. »

« Nous t’écoutons. Le repas mettra un peu de temps à chauffer. »

« Donc … Je dois commencer par la réunion avec Royan à Traslord. Là-bas, je ne suis pas venue seule. Les … gnomolds étaient aussi de la partie. »

Haussement de sourcil dubitatif de la part d’Elen. Elle ne s’attendait pas vraiment à entendre que les gnomolds étaient présents mais surtout … pour quelle raison ? A part Ernold et ceux qui étaient autour de lui, ils n’avaient pas vraiment de bonnes fréquentations, hein ?

« Disons juste que … Comment est-ce qu’il s’appelle encore, celui qui a pourrit la vie de Tery dans son enfance. Vous connaissez son nom, n’est-ce pas ? »

« Rokar ? Ne me dit pas qu’il était avec vous … SI tel est le cas, j’espère que vous … »

« Non, non, il n’était pas avec nous, loin de là. C’est plutôt son cousin ou un membre de sa famille qui s’appelle Rézar. Bref, il est venu avec une armée de gnomolds pour aller combattre les démons. Autant dire que j’étais suspicieuse au départ mais ils ont plus que prouvé leur valeur … et leur combattivité. C’est étonnant mais ils sont vraiment très forts. Ca en est assez impressionnant quand on y réfléchit bien. Cela m’a surpris. »

« Pour qu’ils puissent te surprendre, c’est que ce n’est pas quelque chose de léger, n’est-ce pas ? Mais bref, ensuite, qu’est-ce qu’il y a eut ? Nous t’écoutons. »

« Hmm … Passons tout de suite à la chasse. Grâce aux capacités des soldats de Traslord mais de Royan lui-même, nous avons réussi à piéger une troupe d’éclaireurs démoniaques. Ce n’était pas la première, ça ne sera pas la dernière. »

« Laisses-moi deviner : Dans ce groupe, est-ce qu’il y avait Tery et Elise ? » dit Elen, sachant pertinemment que sa question n’avait pas besoin de réponse.

« Pas seulement … Pas seulement … mais surtout, ils avaient changé depuis le temps. J’avais à peine reconnu Tery dans cette armure. Et pareil pour Elise qui avait changé de tenue et portait un masque ou une cagoule, je ne me rappelles plus exactement. »

« Il portait une armure ? Genre, comme la tienne, c’est ça que tu veux dire ? »

« Hum, je crois qu’elle n’était pas aussi épaisse et lourde mais elle devait faire son poids quand même. Mais bref, ce n’est pas le sujet principal. Ils se sont cachés parmi les autres démons jusqu’à ce que nous ayons réussi à les acculer et qu’ils ont été obligé de s’entraider pour pouvoir survivre. Ce que j’ai noté, principalement, c’est que les capacités d’Elise étaient encore plus puissantes que la dernière fois. Sa maîtrise des flammes est totalement différente d’il y a quelques mois, ou même de l’époque d’Omnosmos. Cette « libération » en tant que démone l’a vraiment renforcée. »

« Je dirais bien que c’est une bonne nouvelle mais vu sa position maintenant par rapport au reste du monde, il vaut mieux ne pas l’avoir comme ennemie. Et pour Tery alors, qu’est-ce que ça a donné ? Il se bat toujours avec des griffes ? »

« Toujours avec des griffes et hmm … merci. Je continue après le repas. »

La mère de Tery avait commencé à servir les plats pour toutes, les trois femmes s’installant à table tandis qu’elles mangeaient quelques secondes après. Le repas fut plus tranquille que prévu, Manelena ne cherchant visiblement pas à faire la conversation.

Il fallut attendre que le vaisselle soit faite pour que Manelena remercie la mère de Tery pour le repas, Elen faisant de même, surveillant que sa fille dans ses bras ait le lait maternel, accomplissant le geste sans réelle pudeur sur le moment.

« Bon … Bref, pour Tery, je vais reprendre donc. Tery a été très … combatif, comme à son habitude. Et comme pour Elise, il a fait de gros progrès en terme de puissance. Ses golems ont été de véritables plaies à combattre. »

« Ca ne date pas d’hier, ça, non ? Je veux dire, rien de nouveau par rapport à d’habitude, n’est-ce pas ? Ou justement, tu veux dire que … »

« Laisses-moi terminer, Elen. Je pense que cela va vous surprendre autant l’une que l’autre. Tery a commencé à s’épuiser grandement, à force d’invoquer des golems. Ces golems étaient très puissants mais surtout, ils étaient nombreux et il n’hésitait pas à tout faire pour éliminer un maximum de gnomolds et de soldats. Nous étions dix fois plus. En même temps, je me chargeais de le combattre mais il était difficile de savoir ce que nous devions faire exactement dans une telle situation. Disons que … c’était assez compliqué. »

« Est-ce que tu avais envie de le tuer ou non ? C’est la seule question qu’il faut vraiment se poser, je dirais. Qu’est-ce que tu as pensé sur le moment ? »

« C’est … compliqué à dire en réalité mais bon … Ma priorité était de le rendre inconscient pour ensuite l’emmener à Shunter. Là-bas, cela aura été assez difficile pour lui de s’enfuir et surtout, nous aurions eut une longue discussion. Du côté d’Elise, elle était concentrée à affronter Royan et j’ai préféré ne pas me mêler de ça … vu que de toute façon, j’étais occupée avec Tery. Mais voilà … Ce qui a fait changer le cours du combat, c’est son avant-dernier golem. Un golem d’une taille immense, d’au moins bien dix mètres de hauteur. Je crois que les pertes étaient colossales pour réussir à l’abattre, surtout grâce au travail des gnomolds. »

« Mais ce golem, normalement, si je me rappelles, ça épuises Tery, non ? Comme ce que tu as dit, n’est-ce pas ? Ou alors, je me trompes peut-être. »

« Tu ne te trompes pas. Tery était … à bout de souffle. Je voyais parfaitement qu’il avait du mal à rester raisonnable, et surtout, il commençait à délirer. Je crois que la voix dans sa tête recommençait à lui parler. J’ai l’impression que celle-ci profite de sa fatigue et de ses émotions quand il est perturbé pour prendre … un peu le contrôle de son corps. »

La mère de Tery comme Elen hochèrent la tête ensemble. Oui … Ce que signalait Manelena n’avait rien de vraiment nouveau mais … cela était toujours aussi déplaisant à entendre. Surtout que le regard rubis de la femme aux cheveux argentés vint s’assombrir :

« J’en reviens à un point … qu’Elen doit confirmer. Elen … Est-ce que tu te rappelles de quand la voix a commencé à parler de plus en plus souvent à Tery ? »

« Je … Cela … remonte à longtemps et il n’était pas … très loquace à ce sujet. »

« Oui, je le sais parfaitement mais … tu devrais en avoir une idée, non ? »

« Je crois que ça a commencé de plus en plus fréquemment … à la mort de Clari. Pourquoi est-ce que tu veux parler de ça ? Elle est morte … depuis longtemps. »

« Tery a fini par s’évanouir … comme je le désirais. Mais en contrepartie, il y a eut un étrange golem qui s’est formé devant lui. Je pensais pouvoir le détruire malgré son apparence mais j’ai été obligée de constater … que j’en étais incapable. »

« Tu n’as pas réussi à détruire un golem ? Pourtant, il était de quelle taille ? Et tu as parlé de son apparence, il y avait quelque chose à voir avec ? »

« … … … Le golem avait l’apparence de Clari. De haut en bas. Il lui ressemblait trait pour trait. J’avais l’impression qu’une statue d’elle se formait devant moi. Je crois que Tery considérait Clari de façon bien plus importante que je ne le pensais. Dans les faits, je … m’en doutais un peu mais … vraiment, elle … »

Elle s’arrêta de parler, ayant visiblement du mal à continuer. Pour autant, les deux autres femmes ne firent aucune remarque, songeuses tout autant qu’elle. Elen ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit, comme si elle attendait les propos de Manelena.

« C’était exactement Clari … J’avais l’impression de la voir en face de moi. C’était une représentation parfaite … et animée. Et son arme aussi … Elle a réussi à me repousser avant de récupérer Tery et de partir avec les démons survivants. »

« Repousser … Et Tery ? Et Elise ? Enfin et Elise ? »

« Disons que tout ce qui s’est produit a secoué un peu tout ça et elle est tombée sur Royan. Je n’ai pas besoin de rentrer plus dans les détails mais on va dire qu’ils sont encore moins enclins à essayer de s’entretuer, les deux là. Ah … Je vous jure, des fois. »

Elle avait poussé un léger soupir. Elle avait enfin terminé et elle savait que c’était le genre de nouvelles qu’elles n’appréciaient pas forcément. Elle attendit quelques secondes, la mère de Tery finissant par prendre la parole à son tour :

« Merci pour nous avoir donné ces nouvelles, Manelena. Grâce à toi, je pourrais dormir un peu plus tranquillement encore. Clari … Je ne l’ai pas tellement connue mais le jour où elle est venue avec vous, elle avait tout l’air d’une gentille fille. »

« Elle était plus que gentille, madame Vanian. Elle était toujours souriante, avec son humour toujours au top. Elle respirait juste la joie de vivre. Et Tery l’adorait même si elle se montrait collante, il me l’a souvent dit qu’il la considérait comme sa grande sœur. Il paraîtrait qu’elle avait un grand frère à l’époque, qui possédait les lignes d’Alzar mais qui en est mort … en préférant se suicider. Je crois que c’est aussi pour ça qu’ils étaient très proches tous les deux. »

« Je m’en doutais un peu. Ah … Manelena ? Est-ce que cette golem … était protectrice ? »

Plus qu’il n’en fallait aux yeux de l’actuelle monarque de Shunter. Mais … Elle était certaine qu’avec elle à ses côtés, Tery était en sécurité pour un bon moment.

Chapitre 2 : Epuisés

ShiroiRyu
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Chapitre 2 : Epuisés

« Comment dois-je réagir avec ça ? » demanda Tery tout en regardant les soldats qui étaient positionnés devant sa porte. Ce n’était pas un peu exagéré ?

« Je ne sais pas vraiment … On ne peut pas dire qu’il ne prenne pas ta protection au sérieux. »

« Oui mais bon … Je suis qu’un simple démon, comparé à toi qui est sang royale. Nous ne sommes pas du tout de même valeur, hein ? »

« Pas de la même valeur … Tu crois qu’on doit mettre un prix sur nos têtes ? Bon, à part ceux qui veulent notre mort, j’imagine que pour eux, il y a vraiment une bourse qui attends ceux qui y arriveront. Dommage que les assassins de la sorte ne valent pas grand-chose. »

« Fais quand même attention à toi … malgré les gardes et autres, on ne sait pas vraiment … ce qui nous attends. L’autre gaillard n’était franchement pas doué mais j’imagine qu’en vue de mon état, ils vont commencer à nous attaquer réellement maintenant. »

« Hmmm ? Tu crois vraiment qu’ils vont trouver le courage pour ça ? »

« Il n’y a pas besoin forcément de courage. Il suffit juste d’un peu de volonté, d’un joli magot comme récompenser et certaines personnes n’hésiteraient pas à tuer père et mère pour ça. »

Elle voyait parfaitement où le jeune homme aux cheveux bruns voulait en venir mais bon … Ceux qui allaient tenter de leur sauter à la gorge allaient voir une mauvaise surprise. Du côté de Tery, cela allait être de la pure folie que d’espérer s’en prendre à lui. Comment pouvaient-ils simplement imaginer passer outre Clari, sous cette forme de femme golem ?

« Ils vont avoir une mauvaise surprise à force, ces types. Ca va être sacrément violent. »

« Je ne sais pas si on peut dire ça comme ça, Elise mais … de ton côté ? Comment est-ce que tu vas faire ? Il est hors de question que je dorme avec toi pour te protéger. »

« Hum ? C’est sûr que depuis que l’on sait mes origines, on évite mais ça ne me dérangerait pas. En plus, je me sentirais vraiment rassurée, il faut avouer mais … sinon, ne t’inquiète pas. Je suis du genre à réagir au quart de tour avec une flamme si nécessaire ! »

Il voyait de quoi elle parlait. Elle avait un tempérament de feu et elle n’hésitait pas vraiment à le montrer si cela s’avérait nécessaire. Il eut un léger sourire avant de dire :

« Bon … Je n’ai qu’à te faire confiance alors, si j’ai bien compris le message. »

« C’est exact ! Tu n’as pas vraiment le choix de toute façon hein ? Et puis bon … Si j’ai vraiment un souci, je suis sûr que tu viendras me secourir, prince charmant. »

« Tu as vu la gueule de ton prince ? J’ai vraiment plutôt l’allure d’un pouilleux voire de l’idiot du village de Leskar qu’autre chose. » dit-il avec une petite pointe d’ironie.

« Qu’est-ce que tu racontes là ! Tu n’as pas l’air de ça ! Tu es beau comme un démon ! Enfin, je comprends pourquoi Elen est tombée amoureuse de toi dès le premier jour. »

AHEM ! Sujet fâcheux ! Ils peuvent en changer, non ? Disons qu’il était pas vraiment à l’aise à l’idée de parler d’Elen. Et puis surtout, se faire complimenter de la sorte, aussi ouvertement par Elise, voilà quoi. C’était vraiment … très difficile.

« Je peux savoir ce que j’ai fait pour mériter autant de compliments d’ailleurs ? »

« Autant, autant, je disais juste que tu étais un bon parti, voilà tout. Rien de plus, rien de moins, Tery. Ne commence pas à t’y croire un peu trop non plus hein ? »

Il eut un léger sourire. C’était bête mais bon … Ah … Ca allait bien mieux. Enfin, il restait un peu fatigué mais il avait connu bien pire. Il n’allait pas s’en plaindre. Par contre, en parlant de ne pas se plaindre, il avait une petite remarque à faire.

« Dis moi, Elise, est-ce que tu as été parler à ton père récemment ? Enfin, assez longtemps. »

« Euh … Pas plus que ça, pourquoi ? Il y a un souci ? Il m’en aurait normalement parlé si c’était le cas … enfin, je l’espère. »

« Tu n’as donc … sûrement pas remarqué les nombreuses cernes qu’il a aux yeux alors. »

« Des cernes ? J’imagine qu’il est fatigué non ? Être l’empereur d’un royaume, ça ne reste pas de tout repos. Manelena aussi devait être dans cet état généralement, non ? »

« Je pense qu’il y a autre chose. Notre retour, tout en étant affaiblis, doit jouer dessus. Je crois qu’il est vraiment très inquiet au sujet de toi et moi. »

« Ah ben ça, je ne vais pas le laisser tranquille plus longtemps ! Il doit se reposer, absolument ! Je vais aller le voir et lui dire deux mots à ce sujet ! »

« Je te rappelle qu’il s’agit quand même de l’empereur … et qu’il peut faire disparaître celui ou celle qui l’importune d’un mouvement de la main. Fais attention à tes propos et modères tes paroles, d’accord ? Je n’aimerai pas … ne pas te retrouver. »

« Hahaha, ne t’en fait pas. Je sais comment communiquer avec mon père. Je ne suis pas aussi bête que tu le penses hein ? »

« Je n’ai jamais dit cela, Elise. Je veux juste te mettre en garde, c’est tout. Je préférerais que tu n’aies pas de problèmes, est-ce une mauvaise chose de ma part ? »

Il tente de manipuler les mots pour leur donner un autre sens. Comme ça, il est certain que la jeune femme aux cheveux auburn comprenne bien qu’il voulait juste qu’elle aille voir l’empereur et tente de l’aider à se reposer. De son propre côté, il n’a pas à s’en faire. Il va juste avoir de dormir un peu et d’ici quelques temps, ça ira mieux.

« D’ailleurs, je te fais des compliments mais toi, tu attends quoi pour m’en faire ? »

« Pourquoi je devrais te complimenter ? Tu es déjà parfaite comme démone, non ? »

« Joli rattrapage … et dis avec une honnêteté déconcertante. Je valide ! »

Elle eut un grand éclat de rire. Il lui en fallait très peu pour être heureuse mais c’était largement suffisant à ses yeux. Finissant par s’asseoir aux côtés de Tery, elle le regarda pendant quelques secondes, passant une main sur sa joue droite.

« Et toi de ton côté, tu n’as pas franchement une meilleure mine. Est-ce que l’on est certain que c’est vraiment efficace leurs soins ? Je ne vois pas d’amélioration depuis ton réveil. Ca commence à me rendre relativement inquiète, tu sais ? »

Il ne peut s’empêcher de sourire. Elle se fait du souci et c’est très sympathique de sa part mais elle n’a pas à s’en faire à son sujet. Il va bien et c’est le plus important. Du moins, il n’est pas malade, c’est tout ce qui compte, non ?

« Pff … Vraiment, je vous jure, c’est n’importe quoi. Tu ne me réponds même pas, Tery ! »

« Que voudrais-tu que je te dise, Elise ? Je ne me sens pas … « mal » donc c’est une amélioration en un sens, non ? Je pense d’ailleurs que la santé de l’empereur passe avant la mienne, tu devrais donc plutôt aller le voir au lieu de rester avec moi. »

« Ca, tu vois, c’est à moi de le décider hein ? Je suis libre de mes choix et de tout le reste ! »

« Ce n’était qu’une proposition comme une autre. Je ne vais pas te forcer … Humpf. J’aimerai bien que cette femme golem soit capable de parler. J’aimerai bien … pouvoir discuter avec elle. J’aimerai bien savoir si c’est … vraiment Clari ou non. »

« Tery, je … Clari est morte. Je ne crois pas qu’une créature, même qui lui ressemble fortement, soit vraiment capable d’être elle. Je ne veux pas te vexer hein ? Je ne veux pas que tu te mettes en colère … mais … »

Il n’était pas en colère. Il tapota le crâne d’Elise avec douceur. Simplement, il aimait bien avoir quelques chimères de la sorte et … c’était vraiment une illusion que de croire que cette femme golem pouvait vraiment être Clari.

« J’ai juste envie d’y croire. Ca me permettrait de me sentir moins seul … moins … coupable. De me dire qu’elle est encore vivante. »

« Hein ? Mais Tery, de ce que tu nous as dit, elle t’a sauvé la vie et … »

Elle s’apprêtait à lui dire qu’il n’avait pas à réagir de la sorte mais elle fût arrêté par les mouvements de la créature faite de pierre. Celle-ci s’était rapprochée aussitôt de Tery, venant le serrer dans ses bras faits de pierre avant qu’Elise ne s’exclame :

« Tery ! C’est toi qui a demandé ça ? Tu sais que si tu voulais vraiment … un câlin. »

« Ce n’est pas moi, pas moi du tout. Je n’ai pas demandé ça, je ne suis pas comme ça et … Euh … Elle a une sacrée poigne mais … elle ne veut pas me faire de mal. »

« Oui mais alors, elle vient de te désobéir ? Tu devrais l’arrêter plutôt non ? »

« Je ne sais pas … Est-ce que tu peux arrêter ? C’est très gentil de ta part mais … c’est assez gênant en fait en un sens. »

Il s’adressait à la femme golem, celle-ci retirant ses bras et stoppant son enlacement en direction de Tery. Ahem … Il … ne savait pas trop comment il devait réagir dans une telle situation hein ? C’était vraiment très compliqué et un peu gênant aussi d’ailleurs.

« Bon ben … euh … Comment est-ce que je peux dire ça exactement ? »

« Hmmm ? Qu’est-ce que tu tentes de déblatérer surtout, Tery ? Car là, quand tu parles de la sorte, on ne comprend rien à ce que tu dis, tu t’en rends compte ? »

« Je sais pas ! Je suis perplexe par rapport à cette femme golem. Je sais bien que ce n’est pas Clari mais en même temps, cette réaction, c’est exactement elle et … »

Il vint poser une main sur son front, recommençant à être en sueur et à respirer bruyamment. Il finit par se coucher sur le lit sur lequel il était assis depuis le début de la conversation :

« Je commence à avoir la migraine … Je me sens si … faible … vraiment. J’ai l’impression que ma tête va exploser, Elise. »

« Je vais aller chercher les soigneurs. Ce n’est pas normal ! Tu as d’autres symptômes ? »

« Je … J’ai l’impression que ma magie ne veut pas revenir ou à peine … Je me demande si c’est … à cause d’elle ou non. » dit-il en tournant son visage vers la Clari de pierre.

« A cause d’elle ? Qu’est-ce qu’elle a fait de si spécial ? »

« Pas elle réellement mais … pour la maintenir en vie, j’ai l’impression que je ne peux pas l’en empêcher et c’est elle qui doit puiser dans ma magie. Je crois qu’il faut que j’attende que ça se régénère. Je ne sais pas … comment marchent les limites de la magie en une personne. Est-ce que nous avons des limites ? Je ne sais pas … »

« C’est pas le genre de questions que je me posais, je dois t’avouer. Bon, tu restes couché, tu fermes les yeux et tu attends que j’aille chercher des gens plus doués que moi pour ça. »

Et oui, pas trop le choix. S’exécutant, il resta immobile, couché sur le lit tandis qu’il voyait Elise partir de la chambre. Il était à nouveau … seul … comme si de rien n’était. Il regardait juste à gauche et à droite, l’air de rien.

« Tu … es une sacrée golem, n’est-ce pas ? Je sais pas si tu es vraiment Clari mais … je me sens plus rassuré quand tu es là. »

« … … … » Aucune réponse de la part de la femme golem. Il s’en doutait un peu mais bon … ça fait toujours légèrement mal. Il finit par fermer les yeux, comme convenu.


Il va juste se reposer. Il a l’impression que sa magie ne reviendra pas de sitôt et … il n’a aucune bonne explication pour ça. Est-ce qu’il avait raison … par rapport au fait que ça serait … elle qui lui prenait constamment de la magie ? Peut-être que oui.

Le sommeil le rattrapa bien rapidement. Plongé dans ce dernier, il ne bougeait qu’à peine dans le lit, ayant besoin d’un repos réparateur. Simplement, il se savait surveillé … mais protégé. Il était sous bonne garde et il en était certain.

« Vous pensez vraiment que l’on peut se charger des soins avec … ça à côté ? »

« « Ca » le surveille et le protège au cas où vous auriez une tentative de geste malheureux. Et surtout « Ca » est capable de produire de la magie de vent et d’agir très rapidement. »

« Ahem … C’est un ami de la famille royale, nous ne voulons absolument pas de problèmes, vous savez hein ? Mais oui … Mais nous l’avons déjà ausculté. »

« Vous pourriez plutôt surveiller son flux magique ou un truc du genre ? Savoir s’il est encore présent ou très faible, bref, avoir de ses nouvelles ! »

C’était une étrange demande mais Elise surveillait la Clari de pierre du coin de l’oeil. Celle-ci n’avait esquisser qu’un seul mouvement lorsque deux démons étaient rentrés avec elle, chargés de soigner une nouvelle fois le jeune homme démoniaque aux cheveux bruns.

« C’est vraiment étrange. Il est comme … éteint. Il est toujours présent mais … éteint. »

« Eteint ? Comment ça ? Je l’ai vu utiliser de la magie mais elle était ridicule ! »

« Oui oui, elle existe toujours, simplement, elle est … vide de ressource. On dirait qu’il n’a plus aucune magie en lui. Par contre, je ressens une très forte magie en cette créature. »

« C’est … normal. Il semblerait qu’elle soit dotée d’une vie propre. Elle a sa propre magie, comme je vous l’ai déjà dit. C’est une créature très importante qu’il a réussi à invoquer. »

« C’est un golem … donc une invocation mais … cela fait depuis combien de temps qu’elle est là ? » demanda le soigneur en regardant Elise avec interrogation.

« Ca, je ne sais pas trop … Disons que ça fait depuis notre retour … et bien avant … Peut-être une semaine alors ? Deux ? »

« Ne cherchez pas plus d’explications. Deux semaines à garder une créature de la sorte en état, c’est tout simplement de la folie. Il faut une source constante de magie pour qu’elle reste animée. Normalement, les golems se détruisent d’eux-mêmes au bout d’un moment mais lui, on dirait qu’il fait tout pour l’empêcher qu’il se détruise. »

« C’est donc lui le seul fautif ? Et vous ne pouvez rien faire ? »

« On ne peut pas vraiment forcer la disparition de l’invocation. Il se pourrait que toute la magie qui se trouve à l’extérieur soit instable … et produise une explosion. Et en vue de ce que ce golem semble être, ça serait une catastrophe. »

« D’accord … Merci. Vous pouvez vous en aller. » dit-elle d’un air sombre. Cela ne lui convenait pas … Cela ne lui convenait pas du tout. Est-ce que Tery avait la moindre idée qu’il se détruisait la santé avec cette invocation ? Elle était plus problématique que prévu !

Lorsqu’il se réveilla, quelques heures plus tard, Elise était assise, les yeux clos. Il la voyait, assoupie tandis que lui-même jeta ensuite un regard vers la créature golemique. Elle était tout à fait inerte, comme si … elle dormait elle aussi.

« J’ai pas l’impression que mon état s’est amélioré depuis tout ce temps. »

C’était une évidence mais c’était le genre d’évidence dont il pourrait aisément se passer. Il se redressa dans le lit, sans gémir, ni rien, mais ce mouvement avait suffit à faire s’ouvrir les yeux d’Elise qui marmonna lentement :

« Tery … Faut vraiment qu’on parle tous les deux. J’ai … des choses à te dire. »

« Si tu peux éviter de bailler pendant que tu me le dis, y a aucun souci mais à part ça, je veux bien t’écouter. Qu’est-ce que tu veux me révéler exactement ? »

« Je … Attends juste quelques secondes, le temps que je retrouve mes esprits. » dit-elle en mettant une main devant sa bouche. Malgré la situation et le fait qu’elle semblait sérieux, il avait le sourire aux lèvres, patientant jusqu’à ce qu’elle soit apte à lui répondre.

« Bon … Je sais pourquoi tu ne peux pas utiliser ta magie aussi bien qu’avant, Tery. Du moins, c’était que des hypothèses, maintenant, ça tend à se confirmer … »

« Ton ton n’a pas l’air très rassurant, je dois avouer, Elise. Mais vas-y, je t’écoutes. Dis moi où est le souci alors, qu’on règle ça une bonne fois pour toutes ! »

« C’est elle … Clari. Elle te pompe toute ta magie en permanence. Il paraitrait que de base, les golems ne sont pas faits pour durer aussi longtemps mais dans ton cas, cela fait comme une éternité, Tery. Il faudrait … que tu la fasses disparaître. »

« Non. » dit tout simplement le jeune homme aux cheveux bruns, croisant les bras devant Elise. Celle-ci fronça le regard mais il fait de même de son côté.

« Arrêtes tes bêtises, Tery. Sans ta magie, tu ne vaux pas mieux qu’un simple humain de base. Tu ne pourras pas te défendre et … »

« Humain de base ? Nous sommes humains, Elise. Je le suis toujours … et je refuse de faire disparaître Elise une nouvelle fois. Il en est hors de question. »

Fin de la discussion. Pour autant, il remarquait les lignes d’Alzar qui apparaissaient sur le visage de la jeune femme aux cheveux auburn.

« Si tu fais ne serait-ce qu’une chose à son encontre, Elise, considères-moi comme mort et ne m’adresse plus la parole. Je me suis bien fait comprendre ? »

« C’est qu’un golem ! Tu pourras facilement en créer d’autres ! Tu n’es pas obligé de la garder, elle ! Je préfère te savoir en bonne santé que mort assassiné ! »

« Je ne pourrais pas mourir ! Elle sera là pour me protéger ! Qu’est-ce que tu crois ? Que je ne prends pas mes précautions ou quoi ? Je ne suis pas stupide à ce point ! »

« Tu es stupide … Tu te laisses encore avoir par tes émotions. A chaque fois, ça s’est mal terminé. Est-ce que je dois te rappeler tout ça ? »

Pas besoin de faire un dessin … mais il en est hors de question. Pendant qu’ils se battaient verbalement tous les deux, la femme golem s’était approchée du duo, finissant par se mettre à genoux devant le lit où Tery se reposait.

« Qu’est-ce qu’il y a, ma grande ? Tu n’as pas à te faire de soucis pour moi. »

Il n’était pas vraiment certain que la créature puisse le comprendre mais qu’importe, qu’elle soit rassurée, il n’allait pas … Hein ? Pourquoi est-ce qu’elle posait sa main sur la sienne ? Qu’est-ce qu’elle faisait exactement avec ça ?

HEIN ?! Il sentait … de la magie qui affluait de la part de la femme golem. Qu’est-ce qu’elle … Qu’est-ce qu’elle était en train de faire ? C’était quoi ça ? Hey hey ! Pas qu’il était inquiet, il était juste surpris mais peut-être pas dans le bon sens !

« Elle va tenter de t’arracher le bras ?! TERY ! Pousses-toi de là, je me charge … »

« Tu ne fais rien ! Je ne ressens aucune agressivité de sa part ! Enfin, c’est logique vu qu’il s’agit d’une créature sans sentiments mais attends un peu … »

Ils ne pouvaient que patienter. Il sentait vraiment la magie qui sortait du corps de Clari pour venir … s’insinuer en lui. Comme si tout ça était naturel. Ooooh … OOOOH ! C’était … C’était vraiment étrange comme sensation ! Il se sentait bien, très bien même ! Ooooh !

« Elle … Elle est en train de me rendre ma magie mais … Attends un peu ?! Je ne veux pas que tu disparaisses, Clari ! Je veux que tu restes ! »

Il avait chercher à retirer sa main mais celle-ci fut prise de force par celle de pierre de la femme golem. Elle ne semblait pas vouloir la lâcher et il … était en train de rêver ou elle était en train de lui sourire ? Clari … était en train de lui sourire ?

Ca … va … aller ? Pourquoi est-ce qu’il avait l’impression d’entendre sa voix lorsqu’elle bougeait les lèvres bien qu’aucun son ne sortait de sa bouche. Il … Il n’avait pas envie qu’elle meure. Pas maintenant alors qu’il venait de la retrouver ! Il ne voulait pas de ça ! NON !

Non … Non … Non. Elle ouvrit sa main, laissant celle de Tery se retirer avant de se remettre debout, comme si de rien n’était. La main se pierre se plaça sur le sommet du crâne de Tery, le caressant doucement alors qu’il clignait des yeux.

« Ma magie … Je … Elise, elle est revenue. Elle est … Elle est vraiment revenue … »

« Comment… Je … Tery … Tu es encore en train de pleurer. »

C’est vrai ça ? Il passa une main sur ses yeux. C’est vrai. Il pleurait comme une madeleine. Pourquoi ? Il était pas aussi émotif normalement. Et pourquoi est-ce qu’Elise pleurait aussi ? Il allait bien, c’est tout ! Il … Il allait bien. Mais cette femme golem, Clari, il était vraiment sûr et certain … que c’était Clari en elle.