Chapitre 26 : De futures voies

Chapitre 26 : De futures voies

« Hum… J’ai l’impression que notre allure est ralentie depuis quelques jours, tu ne trouves pas, Royan ? » demanda Elise alors qu’ils marchaient au beau milieu d’une troupe composée de soldats et artisans. Certains étaient démoniaques, d’autres surfaciens, mais c’était un curieux mélange qui n’était pas déplaisant à voir.

« Je n’ai pas eu cette impression en particulier, je dois avouer. Pourquoi est-ce que tu penses une telle chose, Elise ? Tu peux l’exprimer ou non ? »

« Je pourrais mais je ne suis pas certaine que ça soit… nécessaire. C’est peut-être moi qui me fait des idées. Rien d’autre. »

« Peut-être ? Mais en même temps, tu n’as peut-être pas si tort que ça. J’ai aussi cette sensation que nous sommes ralentis. J’imagine que cela doit être à cause des créatures que nous rencontrons. Les éclaireurs sont sur le qui-vive pour éviter qu’elles ne causent des ennuis. Pour beaucoup, ils ne connaissent pas ces monstres. »

« Et même parmi les démons, si tu as entendu, ils ne sont pas tous forcément au courant. »

« Ah… Nous verrons en temps et en heure. J’ai déjà la sensation que nous sommes à des milliers de mètres sous terre, c’est affreux. »

« Oh, je suis certaine qu’on ne doit pas être si loin de la vérité. D’ailleurs, c’est étrange, j’ai toujours pensé plus que nous nous enfoncions, plus il ferait chaud et étouffant. »

« Je pense qu’il doit s’agit des roches autour de nous. Et de ces cristaux lumineux. De même, vu qu’il y a de l’eau souterraine, cela doit aussi réguler la chaleur. Et peut-être que moi-même, indirectement, avec mes pouvoirs, je refroidi les environs. »

Tout cela n’était que des probabilités mais Elise semblait s’y accrocher, hochant la tête alors qu’ils reprenaient encore et toujours la route. Elen parlait beaucoup moins, trop focalisée sur son enfant. Depuis qu’elle était une mère, elle semblait abandonner une bonne partie de ss idées farfelues mais pour combien de temps ?

« Hey, Royan, tu crois que ça serait une bonne idée si je… »

Elle se rapprocha de lui, commençant à lui parler dans l’oreille, avec discrétion. Le jeune roi de Traslord cligna des yeux, commençant à lui demander si elle pensait vraiment ce qu’elle disait, Elise répliquant :

« Bien entendu, c’est simplement qu’à l’heure actuelle, les voies utilisées sont toujours les mêmes, elles sont là depuis je ne sais combien de temps. »

« Oui mais là à envisager d’en créer une nouvelle pour que nous puissions retourner à la surface quand nous le désirons, c’est un peu fou, tu sais ? Et surtout, nous ne savons même pas où nous risquons de nous rendre, tu le sais ? »

« Mais à côté, cela ferait un endroit dont nous seuls connaîtrions le chemin. Je pense vraiment qu’il faudra en discuter avec tout le monde ce soir, pendant le repas. »

Elle voulait absolument avoir raison, hein ? Enfin, elle voulait absolument proposer cette idée et il était certain qu’elle trouvera du monde pour cela. Le jeune homme à la chevelure bleue ne fit qu’un petit sourire en direction d’Elise, comme pour lui signaler qu’il était d’accord avec elle..

« Pourquoi pas ? Nous n’avons rien à perdre avec tout cela, n’est-ce pas ? »

« C’est justement pour ça que je veux le proposer ! Car si ce n’est pas accepté, on fera comme d’habitude. Si c’est accepté, eh bien, on aura le temps d’y réfléchir car ça ne sera pas pour tout de suite de toute façon, hein ? »

« C’est vrai. Si tu veux, tu peux déjà en parler à Elen pour voir ce qu’elle en pense personnellement ? Car cela la concerne un peu non ? »

« Hmm… Tu as raison, Royan. Je vais te laisser tranquille pour quelques minutes alors ! »

Et la voilà maintenant déjà partie, comme si de rien n’était. Il la regarda faire comme si de rien n’était. Il ne pouvait s’empêcher de soupirer avec une petite pointe d’amusement. Comment est-ce qu’elle allait faire des fois, hein ?

« Elen ? Dis moi, est-ce que je peux te parler , »

« Bien entendu, Elise. Pourquoi est-ce que tu me poses la question ? Si tu as peur de me déranger par rapport à ma fille, ne t’inquiète pas, elle dort actuellement. »

« Elle est vraiment si mignonne, je tenais à te le dire. »

« Hmm ? Je le sais bien, c’est ma fille et son père est remarquable aussi. Elle ne pouvait qu’être mignonne, hein ? Hahaha. Mais que veux-tu plus précisément ? »

« Eh bien, j’ai parlé d’une idée à Royan et il semblait plutôt d’accord avec moi. Néanmoins, comme je veux en parler à tout le monde, je voulais d’abord avoir ton avis à ce sujet. Tu veux bien m’écouter ? »

« Bien entendu, bien entendu. Alors, dis moi tout. Je suis toute ouïe. »

« Hmm… J’avais envisagé la construction d’un tunnel nous ramenant à la surface. »

« D’accord… Mais à part ça ? Car ce n’est pas que ça non ? Pourquoi est-ce que tu veux faire un tunnel plus exactement ? Il y en a d’autres non ? »

Et voilà qu’Elise commença à expliquer plus précisément ce qu’elle voulait dire par là. La démone aux cheveux urburns évoqua les mêmes points qu’avec Royan. Après quelques minutes à parler de tout ça, Elen était maintenant vraiment songeuse.

« L’idée de nouveaux tunnels et donc grottes seulement connus par nous est excellente ! Cela veut dire que Tery pourrait faire des allers et venues sans que ça ne pose de soucis. Mais à côté, combien de temps avant qu’ils ne soient découverts ? Est-ce que tu as déjà réfléchi à cela ou pas, Elise ? Car je pense qu’il faut le prendre en compte. »

« Pas vraiment. Ma priorité était de trouver une autre sortie car je dois avouer qu’avec certains démons et les gnomolds, je ne suis pas certaine qu’utiliser une des sorties officielles soit vraiment conseillé. »

« Non, disons que y a de fortes chances qu’ils nous attendent, que ça soit une race ou l’autre. Nous sommes un peu entre le marteau et l’enclume. »

Elise regarda la jeune femme aux cheveux blonds, clignant un peu des yeux, hébétée par ses propos comme si elle se demandait si c’était bien elle qui avait cité une telle expression. Devant le regard décontenancé d’Elise, Elen bredouilla :

« Rester pendant plusieurs mois sans rien faire ou presque, aux côtés de la mère de Tery et avec Manelena qui arrivait, ça m’a permis de m’instruire encore un peu plus. »

« D’accord, d’accord. C’est vraiment surprenant quand on y réfléchit bien, faut se dire. »

« Hey, je ne suis pas plus idiote qu’une autre personne, tu sais ? »

Elle avait fait une petite moue en direction d’Elise, celle-ci rigolant affectueusement. Bien entendu, bien entendu. Ce n’était pas ça qu’elle voulait dire à la base, loin de là. Elle s’excusa néanmoins envers Elen, ne voulant pas la vexer.

« Merci pour tout, Elen. J’espère que les autres membres du groupe apprécieront l’idée. Je vais la proposer ce soir. »

Et le soir ne tarda pas à arriver. Pendant que chacun et chacune s’installait pour la soirée, attendant l’heure du repas, Elise faisait les cent pas dans la tente qu’elle partageait avec Royan. Bien entendu, le couple dormait ensemble.

« Tu ne vas pas me dire que tu stresses, Elise ? Pas toi quand même. »

« Eh bien si, ça m’arrive. J’ai peur que beaucoup trouvent mon idée ridicule ou absurde. Je ne sais pas comment il me faudra réagir si c’est le cas. »

« Certains seront surpris et étonnés mais même si d’autres protestent ou considèrent que c’est une absurdité, tu ne dois pas t’en faire. Il faut accepter les remarques de tout le monde si elles sont fondées. Ceux qui se permettent de t’insulter sans explication ne méritent pas ton intérêt ou ton inquiétude. Et puis… Hum… Comment dire ça ? »

« Oui ? Royan ? Tu veux dire quoi ? »

« Eh bien, si tu es si inquiète, je peux me placer à côté de toi si cela peut te rassurer. Qu’est-ce que tu en dis ? Tu préfères au cas où ? »

« Je voudrais bien, Royan… si tu veux bien. »

S’il proposait cela, c’est bien pour accepter. Cela serait étrange comme concept que de refuser une idée qu’il proposait. Mais il garda cette pensée pour lui. Elise était comme rassurée maintenant qu’elle savait qu’il serait là. Il avait plus l’habitude qu’elle pour ça.

Et la voilà au beau milieu d’un cercle composé de démons, de citoyens de Traslord, Honoros, Claudiska et Shunter. Et elle ? Elle était droite et immobile. Et elle prenait la parole, surtout. Elle commença à s’exprimer, lentement mais sûrement. Elle n’expliquait pas qui elle était, n’ayant plus besoin de se présenter.

« Nous sommes un groupe unique en soi… ou presque. Nous sommes des êtres qui ont transcendé les espèces pour avoir un but commun. Ici, il n’y a pas de démons, de surfaciens, d’adeptes d’Alzar ou de Zélisia. Ici, aucun être ne cherche à exprimer sa différence et sa supériorité mais une chose nous sépare encore. Une seule, contrôlée par des membres de nos races qui ne sont pas forcément enclins à apprécier tous les efforts commis. »

Elle parlait peut-être avec un peu trop d’exagération dans ses propos. Elle ne voulait pas être trop pompeux mais elle sentait que si elle s’exprimait comme d’habitude, elle risquait de ne pas être prise au sérieux, chose qu’elle ne désirait absolument pas à cet instant.

« Cette chose, ce sont les voies qui nous permettent de lier la surface et les démons. Je ne vais pas parler au nom de tous les démons ici présents, mais tous pourront confirmer une chose : ces portes qui bloquaient les issues menant à la surface n’étaient pas créées par la magie d’Alzar et Zélisia. Non, ce sont des fabrications démoniaques, des preuves que d’un côté comme de l’autre, nul n’aurait accepté ceux qui s’étaient opposés à eux pendant de nombreux siècles. »

Elle continuait, encore et encore. Elle ne voulait pas s’arrêter de parler. Pas à ce moment, pas à cet instant. Si elle s’arrêtait, elle n’aurait plus alors le courage de continuer. Elle devait arriver jusqu’au bout de son monologue, de son discours :

« Il n’aura fallut que quelques mois, peut-être une année pour que nous, nous tous ici présents, comprenions que nous n’étions pas différents les uns des autres. Nos craintes, nos forces, nos relations, nous sommes tous pareils et c’est pour cela que je vais vous proposer quelque chose qui permettra d’affirmer encore plus nos relations. »

Elle en arrivait au point crucial de son discours, le moment le plus important. Elle sentait que tout le monde la regardait, attendant qu’elle prononce, qu’elle décrive son idée :

« Nous allons créer un tunnel. Un tunnel façonné non pas par les démons ou alors parcouru par les surfaciens pour attaquer les démons. Non, ce tunnel sera fait par nos mains et nos efforts conjoints. Ce tunnel sera la première voie qui réconciliera nos races. Et ce tunnel sera là pour nous ramener à la surface, sans qu’il n’y ait de gnomolds ou autres pour nous barrer le passage. Qu’en dites vous ? »

Elle ne s’attendait pas à des exclamations de joie et des applaudissements et heureusement rien de tout cela n’arriva. Les gens discutaient entre eux, comme pour savoir le point de vue de l’autre sur l’idée de la jeune démone aux cheveux auburn.

« Royan, c’est bon ou mauvais signe, ce silence ? »

« Il faut patienter, parfois. Tout le monde ne sait pas forcément les enjeux de ta proposition mais comme je te l’ai dit, qu’importe le résultat, je serais là pour te soutenir. »

Ah… Elle voulait se sentir rassurée par les paroles de Royan mais elles étaient inefficaces à l’heure actuelle. Avec cette boule dans l’estomac, elle avait l’impression que tout son corps allait lâcher d’un moment à un autre.

« Vu que je suis à la recherche de mon démon à moi, je trouve que c’est une excellente idée ! » s’exclama une voix qu’elle reconnaissait facilement, Elen s’étant levée. « De plus, Royan et Elise nous montrent bien toutes les possibilités de notre monde grâce à leur couple. Je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas construire ce tunnel ! »

Cela avait été le début des réactions. Chacun et chacune élevait sa voix, affirmant sa prise de position par rapport à l’idée d’Elise. Tous étaient majoritairement d’accord, certains étaient neutres mais ne refusaient pas l’idée. Non, il n’y avait aucune voix qui contestait son idée. Mais tous n’étaient pas forcément convaincus de la justesse des propos de la demoiselle.

« Et quand est-ce que nous devons préparer ces tunnels ? »

« Eh bien, je fais confiance à nos amis démoniaques pour nous dire quand nous sommes assez proches de la capitale. Sans pour autant être trop proches non plus, car je pense que ça ne sera pas de simples travaux. Durant le reste du voyage, le temps que nous trouvions l’endroit parfait, je vais vous questionner pour savoir qui serait capable d’oeuvrer pour ça pendant que les autres continueront à surveiller les environs. Néanmoins, je vais aussi vous demander à vous tous de me dire si quelqu’un s’y connaît en architecture et autres. Car creuser un tunnel, ça ne sera pas à la portée de tous et il nous faudra prendre nos précautions. De même, si nous trouvons d’autres villages dans les environs, il ne faudra pas avoir peur de dialoguer avec eux. Qui sait, peut-être que certains viendront nous rejoindre ? »

Maintenant qu’elle avait fini de proposer son idée, elle était comme ragaillardie par tout ça et commençait déjà à parler de tout et de rien, sans même se soucier. Royan garda un sourire aux lèvres avant de finalement la laisser seule. Il n’avait plus besoin de veiller sur elle, elle allait se débrouiller. Il retrouva Elen, venant s’asseoir à côté d’elle :

« C’est tout ce qui importait, n’est-ce pas ? »

« Tu as fait le bon choix. Je suis certain que Tery serait heureux de voir que nous pouvons nous débrouiller sans lui. »

« Quand tu parles comme ça, je ne suis pas rassuré, je suis désolé. Cela donne l’impression… qu’il va mourir et je ne veux pas penser à ça. »

« Ce n’était pas mon but, Royan. Je veux aussi le retour de Tery mais… si j’ai dit que j’appréciais son idée, ce n’est pas pour rien. Je crois vraiment en ces idées. »

« Moi aussi. Mais en même temps, je suis un peu inquiet. Malgré tout ce qui s’est passé, nous n’avons pas rencontré tant de démons que ça. Je ne sais pas, cela ne me rassure qu’à moitié. »

« Tu te fais trop de soucis mais pour une bonne raison. Néanmoins, si cela peut te rassurer, l’explication doit être en rapport avec les gnomolds. Je suis certaine que certains ont pris d’autres tunnels et sont déjà en train de descendre eux aussi. Cela ne m’étonnerait pas que des démons ont été envoyés pour les réceptionner à leur façon. »

« D’accord, donc nous ne sommes pas un groupe assez inquiétant pour qu’ils soient plus concernés par nous que par des gnomolds. En un sens, ça reste assez vexant, tu ne trouves pas ? » demanda Royan en regardant la femme aux cheveux blonds.

« Bof, tu sais, j’imagine que je pourrais m’en remettre. Ce n’est pas comme si leurs avis nous intéressaient non ? Je veux dire par là, on ne va pas aller se montrer devant eux pour qu’ils soient concernés par nos faits et gestes non, hein ? »

« Oui bien entendu, je vois où tu veux en venir. C’est juste que c’est étrange qu’ils préfèrent focaliser des gnomolds qu’un groupe comme nous. »

« Pas si étonnant ou étrange. On a bien vu que les gnomolds haïssaient les démons. J’imagine que ça doit être réciproque. Le pourquoi par contre ? On ne peut pas le savoir si aucune des deux races ne décide d’ouvrir sa bouche pour ça. »

« Ce n’est pas faux, tu as parfaitement raison. Je ne sais pas pourquoi je n’y ait pas pensé après tout ? »

« Car tu es trop focalisé sur Elise pour le moment. Il suffit de la voir pour comprendre que tu étais bien trop inquiet pour elle autant qu’elle l’était pour ses idées, voilà tout. »

Encore une fois, elle avait raison. Bien qu’il avait souvent vu les débordements d’Elen par rapport à Tery, il comprenait qu’elle parlait en tant que femme qui avait expérimenté tout ça. Une femme qui ne connaissait rien auparavant aux sentiments amoureux… comme Royan et Elise en ce moment même.


Elle tapota doucement le crâne du jeune adulte devenu plus grand qu’elle au fil des années avant de lui faire un léger sourire. Royan eut des petites rougeurs aux joues, marmonnant en repoussant à peine la main :

« Je ne suis plus un enfant, Elen. S’il te plaît, qu’est-ce que les soldats vont penser de moi si tu me fais ça en public ? »

« Ooooh, ils penseront que du bien. Souvent les rois et reines impressionnent par leurs auras, montrant par là qu’ils sont intouchables. »

« Je voudrais bien qu’ils gardent cette idée de moi et que je puisse alors ensuite… »

« Trop tard, Royan. Trop tard ! Tu es devenu un homme mais tu resteras toujours le petit frère du groupe. Désolé, c’est gravé dans la roche. »

« Pfff… Vraiment. Heureusement que vous n’êtes pas toujours là hein ? »

« Tu as parfaitement montré que nous te manquions bien trop pour que cela ne te fasse aucun effet, tu n’as pas besoin d’être gêné. »

Il ne l’était pas ! Il ne fallait pas qu’elle raconte n’importe quoi non plus hein ? Enfin, il n’allait pas le crier sur tous les toits. Elle exagérait vraiment quand elle le voulait. Cela se voyait qu’elle allait bien mieux.

« On ne devrait pas s’amuser aux dépends d’autrui. Surtout d’un membre de la royauté. »

« Tu seras un membre de la royauté à mes yeux quand j’aurais perdu la mémoire. Ce n’est pas encore prêt d’arriver, Royan, désolée pour toi. »

Il marmonna quelques paroles, disant que ce n’était pas vraiment juste, elle répliqua que oui, la vie était injuste. Mais maintenant qu’Elise s’était enfin calmée, ils allaient pouvoir retourner auprès d’elle et manger un bout comme les autres.

Un tel projet allait être enfin réalisé. Ce n’était pas un rêve. Bien sûr, elle avait évité de trop en parler avant de finalement se jeter à l’eau. Maintenant, elle s’en voulait presque d’avoir trop tardé à en parler.

Heureusement, elle avait pris son courage à deux mains et maintenant, elle sentait qu’elle allait bien dormir. D’ailleurs, Elen lui fit une petite remarque à ce sujet, ayant vu son air fatigué. Elle lui avait signalé d’aller se coucher, chose qu’elle fit bien vite.

Elen avait décidé de faire un petit tour de garde avec quelques soldats, songeuse. Elle s’imaginait un peu ce qui se passait à l’heure actuelle. Elle voudrait être aussi forte qu’Elise. Crier ce qu’elle désire et recherche. Elle l’avait dit quand elle avait retrouvé ses esprits, il y a plusieurs moi de cela.

Mais maintenant ? Elle en avait moins la force. Peut-être parce qu’il y avait eu de nombreux échecs par rapport à Tery. Que deux fois de suite, ils avaient échoué à se revoir correctement et à rester ensemble ? Il y avait tellement de raisons qui la faisaient reculer.

Mais bon… Avec ce tunnel, Tery ne serait pas qu’un lointain souvenir. Non, il sera définitivement près d’elle, ça sera du concret. Il n’aura pas à se faire d’illusions, loin de là. Elle est certaine qu’ils allaient être bientôt réunis, elle et lui.

Ah … Peut-être qu’elle devait trouver un projet plus concret ? Comme élever sa fille bien plus correctement qu’elle ne le faisait ? Elle n’avait aucune idée pour savoir actuellement, cela allait ou non. D’habitude, elle avait l’aide de la mère de Tery mais ici, elle devait apprendre à se débrouiller seule ou presque.

Car oui, heureusement, les femmes du groupe venaient l’épauler, du moins, celles qui étaient déjà mères de famille. Le plus surprenant à ce sujet restait les femmes démoniaques. Elles semblaient avoir à peine son âge et pourtant, certaines lui disaient qu’elles avaient déjà plusieurs enfants en âge de partir à la guerre.

D’ailleurs, l’une d’entre elles était justement venu avec son fils et sa fille. Et ils étaient présents ! En les regardant, elle avait bien remarqué les similitudes mais bon… Enfin, toute aide était bonne à prendre et elle avait accepté le coup de main de la part de cette femme.

C’était d’ailleurs grâce à ce coup de main qu’elle avait compris à quel point les démons étaient pareils que les gens de la surface lorsqu’il s’agissait d’élever leurs enfants. Du moins, à la base, car elle n’en savait rien pour leurs éducations. Bien que les deux enfants de cette démone semblaient la respecter et lui obéir. Ah, repenser à ça lui avait permis d’évacuer un peu ce stress avant d’aller se coucher. Elle allait bien dormir, auprès de sa fille.

Chapitre 25 : Une invitée non-annoncée

Chapitre 25 : Une invitée non-annoncée

« Eh bien ? Je pensais être rouillé mais il semblerait que je ne sois pas si usé que ça. Vous ne profitez pas un peu pour vous relâcher pendant mon absence ? »

L’homme à la chevelure noire avait le sourire aux lèvres. Rien de prétentieux, plus amusé qu’autre chose alors qu’il tenait deux petit labrys dans ses mains bien qu’une aura les entourait, signe qu’ils étaient dans un entraînement. Aux pieds du maréchal, plusieurs soldats étaient au sol, certains étant sonnés par les coups.

« Aie, aie, aie, ça faisait mal tout ça, quand même. »

« Difficile à croire qu’il ait moins le temps de s’entraîner ! »

« Hmm ? Mais je ne crois pas avoir dit cela. Même si je ne peux plus venir aussi souvent aux entraînements, il faut bien que je me maintienne de mon côté, vous savez, les gars. Sinon, je vais finir par me ramollir et ça, je veux éviter hein ? »

« Hey, mais ça, nous n’étions pas au courant ! »

« Eh bien, maintenant vous le serez, n’est-ce pas ? Allez, on se relève ! J’ai encore envie de m’entraîner de mon côté, ne me dites pas que vous êtes déjà fatigués hein ? »

« Dites ? Je peux participer, moi ? Hahaha ! »

Hmm ? Une voix féminine accompagnée d’un certain rire qu’il ne reconnaissait pas. Son regard se tourna vers une étrange femme… qui ne portait pas l’uniforme des soldats de Shunter. Pour autant, cela n’avait rien de si anormal puisqu’elle avait de nombreux attributs la désignant comme une citoyenne de Claudiska. Des membres de cette race existaient dans l’armée de Shunter mais ils étaient rares.

« Et vous êtes ? Car je ne crois pas que vous faites partie des soldats de Shunter. Voire même que vous êtes une citoyenne de cette ville. »

« AH ! Je me disais bien que j’avais complètement oubliée quelque chose ! Dire que ce n’est pas la première fois que l’on m’en fait la remarque en prime, hahaha ! Je m’appelle Krawnia, enchantée ! J’étais la personne en charge de la tour de Pirsey, tour qui culmine dans les cieux comme à son habitude, héhéhé ! »

La tour de Pirsey ? Là encore, on touchait un peu à la légende bien qu’elle était bien réelle. La femme ne semblait pas mentir, avec son aile de chauve-souris d’un côté, une de corbeau de l’autre… et ses yeux dorés. Elle avait une allure assez étrange, surtout avec ses longs cheveux noirs. Et il n’avait aucune explication mais il ne ne sentait pas à l’aise sous ce regard doré qui se posait sur lui.

« Pourquoi est-ce que la femme en garde de la tour de Pirsey se trouve ici ? »

« Eh bien, c’est simple ! J’ai cru entendre que beaucoup de gnomolds venaient par ici dernièrement mais surtout, je voulais retrouver quelqu’un ! Je n’ai pas l’impression qu’il soit là, c’est dommage, vraiment dommage. Aaaaah ! Où est-il ? »

« Qui donc ? Et donc que faites-vous par ici ? »

« Hum ? Je ne sais pas si je m’exprime correctement mais je pensais que si. J’ai signalé que je cherchais quelqu’un. J’ai remarqué quelques vilains gnomolds mais j’étais trop occupée à espérer le revoir que je ne me suis pas intéressée à eux. »

« Qui est cette personne que vous recherchez ? »

Il n’aimait pas particulièrement se répéter mais cette femme semblait assez folle. C’est pourquoi il restait quand même méfiant. Elle se tourna vers Hémurion, déclarant :

« Mais Tery Vanian, bien entendu ! Qui d’autre pourrait donc m’intéresser ? L’adepte d’Alzar, le tueur de géants, je ne peux que parler de lui ! »

« Tery ? Encore une personne ? Et qu’est-ce que vous lui voulez exactement ? »

« Mais l’accompagner, bien entendu ! Il ne pourrait en être autrement ! Ah… Les gens sont vraiment si simplets à Shunter. Bon, où est-ce qu’il est ? J’imagine que vous n’allez pas vouloir me le dire sauf si je dois me battre contre vous ? Vous ne seriez pas le premier, hahaha ! Et sûrement pas le dernier ! »

« Hum, je vois, je vois. Malheureusement, je ne peux pas vous dire où se trouve Tery Vanian. Il en va de sa sécurité. »

« Hein ? Tu le sais donc… et tu ne veux pas me le dire ? Mais c’est vraiment vilain de ta part, vraiment très vilain, tu sais ? »

« Ce n’est pas une question de vilenie de votre part. Tant que je ne sais pas quels sont vos objectifs réels, je ne peux pas vous permettre de vous guider. »

« Ah… Vraiment, au moins, cela change des autres excuses. Faudra pas trop se plaindre hein ? Bon bon bon ! Comment je vais faire alors ? Hmmm ? Faut donc faire comme si c’était un entraînement, c’est bien ça ? »

Elle semblait se désintéresser complètement de tout en réalité. C’était à peine si elle regardait Hémurion, l’air de lui demander s’il voulait vraiment se battre. Un soldat, légèrement plus grand que les autres, se rapprocha d’elle tout en disant :

« Vous inquiétez pas, maréchal Hérmurion ! Je vais me char… »

« Oh du balai, le gros. » coupa sèchement Krawnia tout en pointant une main vers le soldat, produisant une bourrasque qui le projeta contre un mur. Aussitôt, les autres soldats se positionnèrent en formation d’attaque, armes pointées vers elle. « Vous en faites pas, il est pas mort, juste un peu secoué et il aura mal au dos. J’ai pas que ça à faire, hahaha ! »

« Bon, visiblement, je sens qu’il n’y a pas d’autres alternatives hein ? Je ne voulais pas en arriver là… mais en même temps, si je refuse un duel qui protégerait Tery, je crois qu’elle m’en voudrait énormément. »

« Hmm ? Qui qui en voudrait à qui ? J’ai l’impression que tu me caches quelque chose. Va falloir s’exprimer plus correctement après ta raclée ! »

« Tu parles beaucoup mais dans ce duel, tu ne comptes pas utiliser tes lignes, j’espère ? Cela serait vraiment décevant si tu comptes revoir Tery. »

Il voulait gagner un peu de temps. Il n’avait aucune idée de son but réel à cette femme ailée. Il ne savait pas si celle-ci était une ennemie ou non. Elle ne semblait pas concrète et lucide le moins du monde. Il ne pouvait pas prendre de risque pour le moment.

Tenant fermement ses deux labrys dans ses mains, il observa Krownia avec attention, attendant de voir ce qu’elle allait utiliser comme arme dans ce combat. Elle sembla songeuse, se mettant à siffloter avant d’avoir un large sourire.

« Bon, ce n’est pas tout ça mais je vais faire pour que ça soit un peu accéléré hein ? Faudra pas m’en vouloir mais si je dois attendre encore un peu plus de temps pour le retrouver, je ne voudrais pas devenir complètement folle hahaha ! »

« Tu est certaine que ce n’est pas déjà le cas ? »

Il avait demandé sans ironie aucune, fixant simplement Krownia qui avait fini par faire apparaître un long manche entre ses doigts, une lame courbée se trouvant à l’un des deux bouts. Une faux. La lame était recouverte d’une légère aura bleue, signe qu’elle n’affecterait pas avec son véritable tranchant.

« Est-ce que je dois promettre de ne pas vous tuer ? Il vaut mieux prévenir que guérir, n’est-ce pas ? Cela serait vraiment dommage que le maréchal ne décède lors d’un simple entraînement hahaha ! Ce n’est pas ça ? »

« Il vaut mieux que tu te taises. »

Il avait arrêté de chercher à tutoyer cette… personne. Cela ne servirait à rien, aucun résultat ne pourrait être convenable pour un être comme elle. Elle utilisait une arme avec une allonge bien plus importante que ses haches. Il n’y avait alors pas cinquante solutions pour réussir à l’atteindre. Il suffisait de… foncer sur l’adversaire !

« Ooooh ? La seule prise de contact que je veux avec un homme, ce n’est pas avec ta personne. Tu m’excuseras de ne pas te laisser t’approcher ! »

Hein ?! Il s’arrêta dans son mouvement de course alors qu’elle venait de brandir sa faux pour tracer une ligne horizontale sur le sol, comme un chemin à ne pas traverser. À quelques centimètres de cette dernière, il pouvait remarquer la profondeur de la ligne.

« Tu caches bien ton jeu, n’est-ce pas, Krawnia ? »

« Hmm ? Mais je n’ai jamais cherché à ne pas dévoiler ma puissance. Ce n’est que comme ça que l’on se fait respecter dans ce monde, non ? Il faut écraser complètement toute volonté de recommencer à me provoquer en duel chez l’adversaire. »

« Tu es vraiment cinglée… même si c’était déjà connu depuis le temps. »

Et le temps était relativement court vu que cela faisait à peine quelques minutes qu’il connaissait cette femme. Il n’avait aucune idée de ce qu’elle allait emmener comme ennui mais une chose était certaine : il n’allait pas la laisser faire !

Maintenant qu’il avait plus ou moins jaugé l’allonge de l’arme de Krawnia à cause de l’attaque qu’elle avait faite, il savait comment réagir. Il se rapprochait de son adversaire une nouvelle fois mais avec un peu plus de sécurité dans les mouvements.

« Dis-moi, tu n’es pas maréchal pour rien hein ? »

Pourquoi est-ce qu’elle posait la question maintenant ? Il la regarda un peu de travers, amorçant un coup avec son labrys, coup qui était aussitôt paré. Malgré la force dans sa frappe, la lame ne vint même pas s’enfoncer dans le bois de la faux.

« Je me disais que tu étais un peu plus fort que la moyenne en fin de compte, hahaha ! Même si ça ne sera pas suffisant pas du tout ! »

« Il vaudrait mieux pour toi que tu te taises, jeune femme. Tu parles beaucoup trop. »

« Faut bien faire un peu de conversation ! Les autres ne s’en privaient pas, disant qu’ils allaient alors m’éclater, m’écarteler, me faire des choses et tout le reste. Mais toi, tu ne dis rien du tout. C’est presque vexant ! »

Le dialogue était inutile avec cette femme. S’il voulait rester concentré, c’était son problème. Il n’avait pas à chercher à dialoguer avec cette folle. Le souci, c’est qu’il ne pouvait pas envisager de la tuer. Il était certain qu’elle n’était pas… mauvaise envers Tery mais elle allait causer de gros problèmes s’il la laissait faire.

Le combat continua pendant plusieurs minutes, Krawnia semblant plus s’amuser qu’autre chose avec Hémurion, ce dernier n’étant pas pour autant en reste. Il tenait aisément face à Krawnia même si celle-ci n’était visiblement pas autant sérieuse que lui.

« Vraiment, tu te débrouilles bien ! Je ne pensais pas que ça existait des combattants aussi bons que ceux qui accompagnaient Tery ! »

« Je suis le maréchal Hémurion. Je suis l’homme qui gère les affaires du royaume de Shunter quand la reine Manelena n’est pas là. Si je dois tomber face au premier adversaire qui apparaît à l’improviste, je… »

« Bon ! J’en ai assez ! Cela ne m’amuse plus ! J’ai pas envie d’être obligée d’utiliser la magie alors que j’ai dit que je n’allais pas le faire ! »

« Est-ce que je considère que tu abandonnes le duel ? »

« On va dire ça comme ça ! Pfff ! Ce que c’est chiant, je voulais juste savoir où était Tery, moi ! Il n’est pas revenu après tout ce temps et avec ces démons qui sont apparus un peu partout, j’en avais assez de la tour, moi ! »

« Si tu te calmes et que tu évites d’être aussi agressif ou folle, je pourrais te répondre. »

Le fait qu’elle décide d’arrêter le duel alors qu’il savait pertinemment qu’il aurait perdu avec le temps, montrait qu’elle n’était pas complètement « cinglée ». Il y avait donc une possibilité de discuter avec elle, tant mieux.

« Je vais t’écouter alors. Où est-ce que Tery se trouve ? Il s’est passé quoi ? Toutes ces choses ! Je ne peux pas rester là sans rien faire ! Hahahaha ! »

« Hum… Si tu veux tout savoir, tu ne trouveras pas Tery à la surface. Il est malheureusement parti depuis des mois voire plus d’une année dans le monde souterrain. Je pense que tu es quand même au courant au sujet des démons, non ? »

« Tsss, oui, ces démons. De véritables plaies mais j’ai trop à faire pour me préoccuper d’eux ! Ce sont donc eux qui ont enlevé Tery ? Je vais leur faire payer ! »

« Non, non, ce n’est pas ainsi. Ah… Suis-moi, je ne peux pas forcément en parler à voix haute devant tout le monde. Il semblerait que tu n’es au courant de rien, ce qui n’est pas étonnant. Tu connais à peine Tery, tu ne peux pas tout savoir à son sujet. »

« Oh que si ! Je connais tellement de choses ! Mais il est disparu de mes radars depuis… ce que vous avez appelé l’ouverture qui a emmené les démons ! »

Ah… Vraiment. Ils allaient devoir reprendre tout depuis le début. Pour autant, cela ne le dérangeait pas. Au moins, elle n’allait pas causer plus de problèmes qu’il n’en faut. Il avait encore beaucoup à faire avec elle mais tant mieux… cela serait ennuyeux qu’elle cause plus d’ennuis avec son caractère.

L’invitant à manger avec lui à une table, il cherchait principalement à canaliser son « exubérance ». Il allait plus la considérer ça ainsi qu’autre chose. Cela serait beaucoup mieux pour cette future discussion.

« Alors, par où je dois commencer ? Tu étais au courant pour Tery qui se trouvait à Omnosmos ou non ? »

« Bien sûr que oui, hahaha ! Je sais aussi pour ses parents, il n’y a aucun doute. Héhéhé. Enfin, ses parents et ses grands-parents. »

« Mais comment tu peux connaître ce genre d’informations ? »

« Oooooh ! Les nobles et les rois ne sont pas les seuls à avoir certains réseaux d’informations, hein ? Héhéhé… Je suis au courant de beaucoup plus qu’on ne pourrait le croire ! »

« Hum ? Ah bon ? Comment cela ? »

« Héhéhé ! Simplement, ça ne concerne que Tery, les autres personnes, je m’en fiche complètement. Même s’il est un peu trop bien entouré depuis toutes ces années. »

Il fronça les sourcils, comme s’il cherchait à cerner cette femme. Il semblait plus ou moins comprendre ce qu’elle était exactement et ce n’était pas forcément rassurant. Oui, elle était peut-être atteinte d’une démence bien caractéristique.

« Bref. Tery Vanian n’a pas posé un pied à la surface depuis un bon bout de temps. Te donner un endroit précisément serait impossible. Pour autant, si tu veux vraiment le trouver, tu ne vas pas avoir d’autres solutions que d’aller dans les différents repaires d’où sortent les démons. Y en a un peu partout dans le monde dorénavant. »

« RAAAAAAH ! Qu’est-ce que c’est inutile cet endroit ! Je me doutais bien qu’en venant ici, je n’aurais pas ce que je voudrais, raaaaah ! »

« Eh bien, je suis désolé au nom du royaume de Shunter, de ne pas pouvoir répondre à vos attentes. Il vous faudra pour autant vous y faire. Si vous voulez donc retrouver Tery, il va vous falloir vous rendre dans l’une des grottes, comme je l’ai répété. »

« Mais cet endroit, j’imagine qu’il est gigantesque, non ? Pfff ! C’est vraiment navrant. »

Elle marmonnait et maugréait, visiblement mécontente des évènements avant de finir par se lever, se dirigeant vers la sortie de la salle pour se restaurer. Elle reprit d’une voix un peu plus forte pour qu’Hémurion puisse entendre :

« Je n’ai donc plus aucune raison de rester ici. Je vais m’en aller ! »

« Évitez de causer quelques ennuis sur votre chemin, d’accord ? Si je dois apprendre qu’il y a quelques morts malheureux, je serais alors obligé de réagir en conséquence. »

« Hmm ? Oh, sauf s’ils le désirent vraiment, j’évite de tuer inutilement. J’ai bien mieux à faire que de perdre mon temps avec quelques cadavres derrière moi, hahaha ! »

« Hmm, si tu le dis. Tu es prévenue. Tu peux disposer maintenant. »

« Oh ? Et si quelques soldats décident de me barrer le passage pour que je puisse m’en aller, je suis autorisée à leur donner une petite leçon ? »

« Ils ne sont pas aussi ridicules au point de réagir comme des enfants mal éduqués. »

« Donc, je peux leur donner une petite leçon si nécessaire ! Merci bien ! C’est tout ce que je voulais entendre, hahaha ! »

Mais ce n’était pas ce qu’il avait dit ! Il la regarda partir, plus affligé qu’autre chose par cette femme qui ne semblait rien comprendre. Enfin, bon débarras ! Plus vite elle ne sera plus dans le château voire le royaume, mieux ce sera !

« Et bonne chance pour toi, Tery, pour la supporter. »

Il avait dit cela à haute voix bien que personne ne pouvait lui répondre. Simplement, il se demandait comment s’était passé réellement leur rencontre car il n’était pas stupide. Il voyait parfaitement à quel point elle était accro au jeune homme.

Et ce genre de femmes pouvait être un vrai souci, surtout qu’il savait que Tery n’était pas seul, loin de là. Il était en couple et surtout, avec Manelena dans les parages, il n’était pas vraiment certain que tout se passe bien, loin de là.

Ailleurs, déjà bien loin du château de Midès, la femme aux différentes ailes s’était déjà mise à les déployer avant de décoller dans les airs. Visiblement un peu agacée par le fait de ne pas avoir retrouvé Tery, elle marmonna pour elle-même :

« Je vais juste devoir trouver l’un de ces fameux démons, l’obliger à parler pour me dire d’où il est venu… et ensuite, je n’aurais qu’à explorer cet endroit. »

Explorer … et éliminer quiconque se mettra en travers de son chemin. Ah non, c’était un peu extrême comme réaction, d’après la petite discussion qu’elle avait eu avec le maréchal Hémurion. Hmm… Maintenant juchée sur l’une des plus hautes branches d’un arbre, elle s’était mise à étudier autour d’elle.

Elle pouvait apercevoir des gnomolds qui rejoignaient leur groupe, quelques animaux qui en pourchassaient d’autres… mais rien qui ne semblait ressembler à un démon. Oh, elle s’était quand même renseigné par rapport à ces derniers. Ils avaient des cornes et des yeux rouges, petit détail supplémentaire : ils avaient aussi les pouvoirs d’Alzar.

« Ils peuvent être autant démoniaques qu’ils le désirent, ils ne remplaceront jamais Tery ! »

C’était même une évidence à ses yeux. ENFIN BON ! Elle allait se diriger vers un village. Elle ne manquait pas forcément de vivres et autres mais elle était toujours amusée par les réactions effrayée de ces personnes. Oui, ils étaient tous horrifiés à cause de ses ailes, c’est bien pour cela qu’elle était là, ici, seule… en attendant de retrouver Tery.

« Pfiou… J’imagine que je vais devoir allez étudier les alentours. Si ce sont des démons millénaires ou je ne sais quoi, ils ne doivent pas avoir une grotte proche de la capitale de Shunter de toute façon. Ils ont sûrement bien d’autres idées en tête, ah ! »

Surtout, elle ne pensait pas qu’ils seraient assez stupides pour se jeter à corps ouvert dans un monde inconnu. Elle ne pouvait pas prétendre ne pas les comprendre. Elle avait ressenti la même chose auparavant mais maintenant, c’était bien différent. C’était totalement différent… ce qui s’offrait à elle, c’était une existence auprès de Tery.

Un homme qui l’avait vraiment considéré pour ce qu’elle était. Elle ne pouvait pas oublier cet homme, c’était tout simplement impossible. C’était celui qui lui était destiné.et qu’elle attendait depuis qu’elle était née.

« Personne ne mettra la serre sur Tery sans passer par moi, il en est hors de question ! Si une femme tente de s’en mêler… »

Cette fois-ci, il n’y aura plus de gentille Krawnia. Même si nul n’était là pour l’observer, elle fit briller les serres qui remplaçaient ses pieds, signe que sur le moment, elle serait bien capable de mettre sa menace à exécution. Mais pour ça, il fallait déjà réussir à retrouver Tery, ce qui n’était pas une mince affaire.

Mais elle avait eu un indice précieux, à ne pas ignorer. Tery… Tery… Tery… Elle répéta ce nom gaiement avant de reprendre son envol au-dessus d’une première forêt. Elle allait très vite retrouver ce qu’elle recherchait, elle en était certaine. Les paroles d’Hémurion avaient été la dernière chose dont elle avait besoin.

Chapitre 24 : Prêts à tout révéler

Chapitre 24 : Prêts à tout révéler

« Maréchal Hémurion ! Maréchal Hémurion ! »

« Hmm ? Qu’est-ce qui se passe pour que vous soyez autant apeurés ? »

« Des gnomolds ! Toute une troupe de gnomolds cherche à voir la reine Manelena ! Qu’est-ce que nous faisons ? On ne peut pas les repousser ! Ce n’est pas ce que la reine désire ! »

« Hmm… Elle m’avait bien dit de me méfier d’eux et en vue de la situation actuelle, cela se comprend parfaitement. Avec les informations données par nos éclaireurs, ils sont sûrement au courant que nous ne sommes guère prêts à les pardonner et à faire comme si de rien n’était en vue de leurs actions. Néanmoins, laissez rentrer les gnomolds les plus importants, comme leur chef, leur message ou quelqu’un du genre. »

L’homme assis non pas sur le trône, il n’oserait jamais, mais sur un siège de très bonne facture, installé néanmoins dans la salle du trône, fit un petit mouvement de la main pour inciter le soldat à se mettre en action.

Celui-ci bredouilla quelques mots, hochant la tête vivement, soucieux et inquiet avant de s’éloigner à toute allure et vitesse, partant comme s’il avait un démon aux trousses, prêt à tenter de le tuer sans crier gare.

Quand même. La reine était une sacrée femme. Le nommer maréchal de la nouvelle armée de Shunter mais en même temps, éviter qu’il n’aille sur le devant de la scène face aux démons et aux gnomolds. Résultat, il avait plus la sensation qu’elle lui avait donné ce titre pour qu’il puisse la remplacer lorsqu’elle partait sur le terrain qu’autre chose.

« Elle est quand même plus maline qu’une simple combattante. J’imagine que c’est ça qui nous différencie, elle et moi. »

Il savait parfaitement qu’il avait été manipulé comme un débutant mais… s’il avait accepté ce poste, c’est qu’à ses yeux, il n’y avait aucun doute sur le fait que Manelena était la reine parfaite pour Shunter. Du moins, celle que le peuple méritait même si parfois, il se demandait si elle n’en faisait pas un peu trop par rapport à Tery Vanian. Il savait de qui il s’agissait et il s’était renseigné à son sujet… mais voilà quoi.

Enfin, malgré tout cela, il savait bien que la reine Manelena était encore assez jeune et il fallait bien que jeunesse se fasse. De plus, Tery n’était pas un mauvais parti même si quelques histoires sur ses origines avaient été sources de rumeurs, bien souvent fondées d’ailleurs. Oui, il semblerait qu’il soit un démon, mais qu’en même temps, sa famille soit originaire d’Omnosmos.

Enfin dans tous les cas, elle n’avait pas choisi le parti le plus aisé car il semblerait AUSSI qu’il soit en couple avec une certaine demoiselle. Ah… Les histoires d’amour, c’était vraiment très compliqué. Au moins, cela prouvait que la reine de Shunter n’était pas non plus une femme parfaite, chose que le peuple ne désirait pas forcément.

« Ils en mettent du temps. Ne me dites pas que les gnomolds sont incapables de décider par eux-mêmes pour une chose aussi simple que celle-là ? »

Car oui, il était plongé dans ses pensées mais ça ne changeait rien au fait qu’ils n’étaient toujours pas présents et que cela devenait inquiétant. Il s’apprêtait déjà à se lever, signe d’un léger agacement avant d’entendre et voir les portes de la salle s’ouvrir, un léger rictus se dessinant sur ses lèvres.

Il avait du mal, beaucoup de mal avec les Gnomolds. Il n’était pas le seul, les soldats aussi n’étaient vraiment pas très motivés par ces derniers mais la reine Manelena avait fait des efforts pour leur tendre la main et tous n’étaient pas si mauvais. Pour autant, les gnomolds qui se trouvaient devant eux, étrangement, aucun ne semblait faire le fanfaron ou chercher à leur tenir tête. Reprenant la place sur son siège, il déclara :

« Veuillez vous présenter et expliquer la raison de votre visite. »

« Hey, c’est toi qui parle ou c’est moi ? »

Ils étaient au final que deux gnomolds et d’après l’allure qu’ils donnaient, c’était vraiment à se demander s’ils avaient ne serait-ce qu’une once de charisme. Ils étaient deux êtres de petite taille, même parmi les gnomolds. L’avait une armure de cuir sur le corps et un cimeterre à la ceinture tandis que l’autre était un peu plus intellectuelle de ce qu’il pouvait remarquer. Avec ses petites lunettes sur le museau, un livre dont la reliure en cuir était usée par le temps dans les mains, Hémurion attendait de voir lequel des deux allait finir par se présenter. Après une bonne minute de ce spectacle, il finit par dire :

« Je n’ai pas tout mon temps pour vos chamailleries à tous les deux. Et je ne vais pas me répéter. Vous ne me semblez pas être des troubles-fête donc exprimez vous. »

« Bon euh, j’y vais ! Nous… Nous sommes là pour savoir ce que le royaume de Shunter a décidé à l’encontre des gnomolds par rapport aux actions de certains d’entre eux lors des dernières attaques contre les démons ! »

« Hmm ? Cela, n’est-ce pas ? Vous devriez donc avoir plus ou moins une idée, non ? »

« Nous… Nous préférons l’entendre de vive voix. Même si tous les gnomolds ne sont pas d’accord avec ce qui s’est passé, de nombreux chefs sont prêts à assumer leurs départs. »

« Hmm… Je voudrais déjà savoir ce qui est passé par la tête de vos compagnons gnomolds pour décider d’agir aussi stupidement après cette paix fragile qui était instaurée entre les différents pays et gnomolds. »

« Niark ! Euh… Pardonnez-moi, c’est une mauvaise habitude ! J’ai reçu des consignes comme quoi, si cela s’avérait nécessaire, je pourrais vous raconter l’histoire de notre race, dans les détails les plus sombres. »

« Je ne suis pas certain que cela m’intéresse maintenant. Je veux plus obtenir une réponse à la question que je viens de poser. »

« Bien entendu, bien entendu ! Euh… Alors, c’est simplement plusieurs clans dissidents qui se sont alliés avec les Mékalarmiens pour éliminer les autres nations et les démons en même temps. De ce que j’ai appris, il semblerait qu’ils aient des armes surpuissantes. »

« Cela, je pouvais déjà le savoir, plus ou moins. Ce n’est pas suffisant. Pourquoi les gnomolds n’ont pas cherché à arrêter leurs congénères ? »

« Vous pourriez poser la même question aux honoriens, non ? Les clans évitent de s’ingérer dans les affaires des autres clans. Question de bon sens pour éviter des guerres entre nous. »

Ce n’était pas le gnomold à lunettes qui avait pris la parole pour lui répondre mais l’autre, celui avec son armure en cuir. Il avait presque répondu avec un peu de dépit, comme si la question de la part d’Hémurion était aberrante.

« Hum. Au moins, vous ne tentez pas de vous dédouaner en vous faisant passer pour des victimes. Je pense que nous allons pouvoir alors discuter un peu plus sérieusement de toute cette histoire. Suivez-moi donc, la salle du trône n’est pas forcément la mieux placée et il faut que les différents conseillers et militaires puissent aussi vous entendre. »

« Non, non ! Nous ne sommes pas là pour parler à tout le monde mais seulement à la reine de Shunter ou alors à son maréchal. Vous êtes bien son maréchal, non ? »

« C’est exact… bien que ça soit un peu tard pour se poser la question, non ? »

Il avait répondu à son tour avec une petite pointe d’ironie bien qu’il s’agissait plus d’une taquinerie qu’autre chose. Quand les gnomolds ne se montraient pas hargneux, ils avaient tout d’une race assez amusante en soi.

« Oups ! Ah ouais, il a pas tort en fait ! Euh … Ben… Euh, ouais ! Enfin euh.. .Voilà quoi ! Si vous êtes bien son maréchal, on peut parler ! Enfin, on voulait vous expliquer pourquoi certains clans de gnomolds ont cherché à s’opposer à vous alors qu’auparavant, ils étaient de votre côté ! Enfin, du côté des différentes nations ! »

« Bah, ce n’est pas difficile que vous parlez des démons, non ? »

« Ouais, ouais, c’est bien ça ! C’est la faute aux démons, pas aux différentes nations ! Enfin, pas la faute aux démons spécifiquement, pas à tous les démons ! Enfin, nous sommes là justement pour tenter d’éclaircir le sujet ! »

« Et pourtant, vous semblez être encore embrouillés que moi sur le sujet. »

« Ah ben euh… C’est pas faux en même temps mais on nous a envoyé car nous étions doués ! Enfin, lui, l’est doué pour me protéger, moi pour parler ! »

« Ah oui, j’ai cru voir ça, je confirme. »

« Hey ! Faut pas se moquer de nous ! C’est vraiment sérieux ce qu’on est en train de dire ! Faut pas croire hein ! » s’exclama le gnomold à lunettes, sautillant sur place, tenant ses binocles pour éviter qu’elles ne tombent.

« Et depuis quand êtes-vous à cette position, l’un et l’autre ? »

« Euuuuuh… On peut y réfléchir un peu ? J’ai pas compté depuis longtemps ! »

Divertissant, comme deux petits animaux. Peut-être était-ce un peu prétentieux de sa part alors qu’il était un homme du peuple mais c’était vraiment ce qu’il pensait en voyant ces gnomolds qui devaient dans le fond être bien plus jeunes qu’ils ne voulaient le prétendre.

« Euh eh bien, de mon côté, ça doit faire quatre lunes ou cinq mais j’ai été éduqué par l’un des meilleurs druides gnomolds ! »

« Pour moi, cela doit bien faire un cycle lunaire. Enfin, le truc que disent les races comme vous pour le fait que ça fait un tour complet dans le monde. Vous appelez ça anniversaire pour les naissances, je crois bien ! »

« Donc une année environ, si j’arrive à saisir vos propos. Vous êtes assez jeunes en fin de compte, je ne m’y attendais pas. Comme quoi. »

« Mais mais mais ! C’est pas parce qu’on débute qu’on est pas à prendre au sérieux ! NIARK ! Les maréchaux, ça devrait pas se comporter comme ça ! »

« Ce n’est pas faux. C’est à moi de m’excuser. Mon comportement n’est pas tolérable et mes propos non plus. Néanmoins, j’ai bien pris conscience du fait que la majorité des gnomolds veut continuer à oeuvrer avec les différentes nations. Le message sera transmis à la reine Manelena quand elle reviendra. »

« Vous êtes sûr qu’elle reviendra ? »

« Elle est bien plus hargneuse et teigneuse qu’un gnomold. Si la reine succombait à une attaque de gnomolds et mékalarmiens, cela serait bien triste pour le royaume de Shunter. »

« Vous risque pas des ennuis en la décrivant de la sorte ? »

« Oh pas qu’un peu, mais bon… C’est vraiment une tête de mule, qu’importe ce que je dis ou je fais donc bon… «

« Euh… Donc, au final, qu’est-ce qu’il faut qu’on dise aux autres gnomolds, dites ? »

« Que Shunter n’est pas encore prêt à fermer toutes les voies diplomatiques à l’encontre des Gnomolds. Néanmoins, cela sera la dernière chance que l’on nous offrirons. Au prochain mouvement de la sorte, nous rentrerons dans une guerre avec pour but d’exterminer tous les clans des Gnomolds de Shunter. »

« Vous le pensez vraiment ? »

« Je le pense vraiment, oui. En tant que Gnomolds, vous ne devriez pas poser une telle question. Votre race est vraiment têtue et obtus quand elle le veut. »

« Euh ben d’accord ! Niark ! Je me demande si les autres avaient raison de nous choisir pour cette mission. T’en penses quoi, toi ? »

« Oh moi, j’en pense que tant qu’on sait qu’ils veulent pas nous tuer, ils seront contents là-bas ! Faut juste les prévenir que ça veut pas dire qu’ils ne nous tueront pas tout de suite ! »

« Allez, vous pouvez quitter la salle. Les soldats vont vous guider. D’ailleurs, je vais leur dire que vous pouvez passer par la cuisine pour prendre de quoi vous sustenter sur le chemin. »

« Niark ?! C’est vrai ?! On peut vraiment ? Z’êtes sympa comme faux roi ! »

Parfaitement. Il avait parfaitement compris le manège des gnomolds en envoyant ces deux… apprentis à lui. Il voyait parfaitement dans le jeu des gnomolds mais pourtant, il avait accepté de tomber dans ce petit piège. Les deux gnomolds quittèrent la salle du trône, visiblement enjoués alors qu’Hémurion avait bien prévenu les soldats.

Les Gnomolds savaient que pour une majorité de race, envoyer des débutants à peine sortis de l’enfance et adolescent, pourrait jouer sur les émotions du leur interlocuteur. Oh, il était raisonnable pour ne pas tomber dans le piège. Simplement, les gnomolds avaient bien montré leur désir de se faire pardonner.

Manenela avait été claire à ce sujet. Elle désirait absolument que tout se passe pour le mieux avec les gnomolds. Elle semblait avoir plusieurs coups d’avance et il comprenait pourquoi malgré le fait qu’il ait été chef des rebelles, il était bien en retard par rapport à elle et sur beaucoup trop de plans pour que cela soit possible à rattraper.

Ah… Et dire qu’il devait aussi préparer les réunions avec Traslord et les autres nations. Sauf Mékalarma. Autant il n’y avait aucun doute à ce sujet que Manelena envisageait de travailler sur le pardon avec les Gnomolds, autant pour les Mékalarmiens, elle n’exprimait aucune pitié envers ces derniers.

En un sens, il comprenait son point de vue. Les Mékarlarmiens étaient d’une grande intelligence, ayant souvent montré preuve d’une certaine ingéniosité. Mais malheureusement, les trois quarts du temps, elle était mise à mauvaise contribution, cherchant à éliminer les autres nations sans même laisser la possibilité de discuter.

Autant dire que pour le coup, là encore une fois, il était d’accord avec elle. Hum… Maintenant qu’il était à nouveau seul dans la salle du trône, il ressentait à nouveau un certain ennui. Ce silence était pesant et il marmonna pour lui-même :

« Tsss, quand même, c’est pas difficile de comprendre pourquoi elle préfère carrément aller sur le terrain. Que c’est barbant. »

Oh, bien sûr, des rois et reines qui aiment rester sur leur trône des jours durant, cela existait et c’était même bien plus fréquent qu’une reine comme Manelena. Mais il avait la sensation que le monde avait changé avec son ascension mais aussi aussi du jeune Royan sur le trône de Traslord. Il ne savait pas si cela était à cause des actions de Tery mais en quelques années, tout avait été bouleversé.

Et le bouleversement était global. Les créatures légendaires n’étaient plus des mythes, étaient mortes peu de temps après être apparues, les démons de certaines légendes rumeurs et légendes existaient pour de vrai, des forces surnaturelles étant présentes partout dans ce monde. Des guerres avaient eu lieu, des alliances avaient été formées, mais pas uniquement. Tout avait été tellement… rapide qu’il était possible de se demander si dans le fond, le monde entier n’était pas plongé dans un rêve permanent… ou un cauchemar.

« Ah… Maréchale Manelena, ou reine Manelena. Vous avez réussi à vous entourer d’une sacrée bande de personnes. »

Ah… Mais c’était une excellente chose. Simplement, lui qui avait été le chef des rebelles, il se demandait en fin de compte si c’était vraiment la position qu’il désirait actuellement. Celle de remplacer la reine en son absence.

« Je vais finir par croire que je me suis trompé de voie depuis le début. »

Pourtant, il connaissait ses propres qualités. Il n’avait pas guidé ces peuples issus des milieux pauvres et défavorisés, à cause des évènements causés par l’ancien roi, comme ça, juste pour le désir et par sa voix. Non, il était comme eux. Il avait subi. C’était juste… que pour lui, les évènements se rattachaient principalement à Shunter.

« Et de son côté, la reine Manelena voit ça de manière plus globale, sur l’ensemble de ce monde… mais aussi souterrain. Elle est impressionnante. »

C’était peut-être pour ça que le peuple lui faisait confiance. Dans le passé, le précédent roi avait été un excellent combattant mais lui-même avait appris de la part de la reine Manelena que le roi avait été manipulé lentement mais sûrement par le grand prêtre pendant de longues années, sans qu’elle-même ne puisse y faire grand-chose.

Le grand prêtre. Cela avait été source de rumeur car il avait été rare qu’il se présente. Un homme qui se basait sur la religion de Zélisia. Dans les faits, il n’y avait jamais eu réellement de culte par rapport aux divinités. Certains priaient Zélisia dans quelques villes et villages mais il n’y avait jamais eu de culte officiel.

C’était pourquoi de son propre côté, il avait toujours trouvé cela suspicieux que le roi s’entoure d’un homme comme lui, sachant que le dit-homme ne cherchait même pas à prendre le pouvoir ou à mettre en avant la déesse Zélisia. Mais c’était lui qui avait été responsable de l’éveil des créatures légendaires.

« Et indirectement, c’est l’actuelle Reine qui avait aidé à cela via des médaillons. »

Oui. Elle devait vraiment lui faire confiance pour dévoiler des choses aussi importantes. Prétendre que ça ne lui plaisait pas serait un mensonge. La reine Manelena savait qu’elle pouvait compter sur lui. Qu’elle ne voulait pas cacher la vérité même sur des points assez personnels comme son amour pour Tery.

Elle lui avait demandé s’il aimait quelqu’un et il avait signalé que oui, mais que cette personne était morte depuis des années, à cause du roi indirectement. Celui-ci, de part ses actions de recherches et de fouilles des médaillons, avait causé beaucoup de tort dans de nombreux petits villages.

Et dès l’instant où certains pouvaient profiter de leur position de force, ils n’hésitaient pas. Que cela soit un noble ou un simple soldat. Hmm… Hmm, il valait mieux qu’il arrête d’avoir ce genre de pensées. Il ne gagnerait rien du tout à se rappeler ces souvenirs douloureux. Tout cela était maintenant du passé et derrière lui. Il devait se tourner vers l’avenir et tout faire pour qu’il soit radieux pour l’ensemble de Shunter et ses habitants.

« Hey, maréchal Hémurion, vous revenez quand sur le terrain d’entraînement ? »

« Hmm ? Est-ce une façon de s’adresser à celui qui dirige le royaume en l’absence de la reine Manelena ? » questionna l’homme dans sa trentaine, attendant quelques secondes avant de sourire à un soldat qui était accompagné par un autre. Plongé dans ses pensées, il se promenait dans les couloirs du château royal et avait fini par tomber sur ces deux personnes.

« Oh euh… Désolé ! C’était pas voulu, maré… »

« Ne vous inquiétez donc pas. Je ne fais que plaisanter. Et ça serait avec grand plaisir. Il faut que l’on se rappelle que l’ancienne maréchale n’hésitait pas à aller sur les têtes des soldats pour leur apprendre la discipline, non ? »

« Euh et plus encore. Mais enfin, la reine Manelena n’agissait pas de la sorte par pur désir sadique. Faudrait pas que vous fassiez ça comme elle en pensant que c’est une bonne méthode hein ? Vous avez pas du tout les mêmes enseignements et… »

« Je suis plus un soldat qu’autre chose. Si on espère de moi que je puisse faire apprendre quelque chose aux soldats, ils n’ont pas vraiment de chance. »

« Faut pas dire ça comme ça ! Vous êtes un excellent tacticien ! »

Tacticien, ce n’est pas entraîneur. Mais il voyait que le soldat, qui avait fait partie des troupes rebelles à l’époque de l’assaut sur Midès, n’allait pas changer d’avis. Hémurion poussa un petit soupir avant de répondre :

« Au point où j’en suis, un peu d’exercice ne peut pas me faire de mal. Nous allons nous y rendre alors ! Vous pouvez me guider ? »

Pas besoin de dire que même si cela faisait déjà quelques temps qu’il officiait en tant que remplaçant de la reine Manelena, il ne connaissait toujours pas totalement les lieux. Bien sûr, il avait tout visité mais… en même temps, malgré tout ça, il se perdait assez fréquemment. Ces bâtiments gigantesques étaient un certain luxe que des familles nobles adoraient mais ce n’était pas du tout son style.

« Ah mais avec joie ! Suivez-nous donc ! Je pense que les copains vont être contents de vous revoir. Vous pouvez moins venir. »

« Ah ça… Ce n’est pas à moi qu’il faut s’en plaindre. J’espère quand même que les nobles ne viennent pas vous… enquiquiner, n’est-ce pas ? »

« Oh non, de ce côté là, nous sommes assez tranquilles. Peut être qu’ils ont compris que ça ne servait à rien de s’opposer aux décisions de la reine ? »

« Disons que certaines mentalités ont changé. On va pas dire que tout est parfait dans le meilleur des mondes mais qu’il y a eu de grandes améliorations. »

Et maintenant, il avait fini de discuter avec les deux soldats, arrivant jusqu’au terrain d’entraînement. Hmm, oui ça lui ferait du bien. Il était un peu rouillé.

Chapitre 23 : L’amour du Dévoreur

Chapitre 23 : L’amour du Dévoreur

« Je n’ai pas de père, ma mère a été un simple objet bon être fécondé, je me demande à quoi je vais réellement servir dans ce monde ? »

« Tu ne va pas commencer à désespérer non plus, Tery. Ne t’inquiète pas pour ça. »

« Manelena, je voudrais bien te voir. Est-ce que tu vois ce que ça veut dire ? Que je suis juste… je ne sais même pas ce que je suis ! »

« Tery Vanian, imbécile qui se rapproche de ces vingt-cinq ans, je crois bien. J’ai arrêté de compter à force, je ne sais pas quelel date nous sommes. Tu es peut-être plus vieux maintenant. Mais bref, tu viens du village de Leskar, tu as une mère adorable bien qu’avec un très fort caractère quand elle le décide. Tu as passé la majorité de ta vie reclus dans ta maison depuis l’attaque de ton village par les gnomolds, ainsi que la mort de ton père qui a tenté de te livrer aux gnomolds pour survivre. »

« Je n’ai pas besoin d’un cours sur mon existence, Manelena, je… »

« Non, tu n’as pas à me couper la parole. Tery, tu as été libre de décider par toi-même pendant des années. Pourquoi est-ce que ça changerait maintenant ? C’est grâce à toi si je ne suis plus simplement la maréchale Nali mais… Manelena, la reine de Shunter. Tu m’as permis d’être différente, d’envisager une autre vie. »

« Oui mais la mienne était toute tracée… et quelle trace ! C’est tellement… »

« Je vais te forcer à la boucler, Tery ! »

Et cette fois-ci, c’était à nouveau à elle d’amorcer l’attaque. Sans prévenir, elle le coucha sur le lit, collant ses lèvres sur les siennes, bloquant ses bras pour l’empêcher de se mouvoir. Il chercha à se débattre pendant quelques secondes avant de se laisser succomber à cette étreinte des plus agréables. Le baiser continua pendant une bonne minute, Manelena n’étant visiblement pas prête à le laisser respirer puisqu’elle mêlait sa langue dans la bouche de Tery, faisant une intrusion digne d’une dévergondée.

« Je crois que c’est le bon moment pour que j’ai à te le dire, Tery Vanian. »

« De… De quoi, Manelena ? » murmura le jeune homme, encore un peu hébété, la femme aux cheveux argentés essuyant la salive de ses lèvres de quelques doigts, restant au-dessus de lui.

« Alors, je veux que tu te rentres ça dans le crâne. »

Elle avait fini par relâcher ses bras, prenant son visage à deux mains, ses yeux rubis plantés dans ceux émeraude du jeune homme. Son visage était si près de celui de Tery, il pouvait sentir son souffle contre ses lèvres :

« Je t’aime. C’est compris ? Je vais pas te faire un grand discours et te donner tous les détails qui expliqueraient pourquoi je t’aime mais il que ça reste coincé dans ton esprit : je ne vais pas aimer n’importe quel homme. Je ne vais pas aimer un ersatz ou une parodie de démon ou de personne de la surface. La personne que j’aime, ce n’est pas une amourette. »

« Tu avais dit pas de longs discours, Manelena et pourtant, ce que tu… »

« Tu ne sais jamais quand tu dois te taire. Bon sang, j’avais ce poids sur la conscience. Je ne suis même pas certaine de t’avoir signalé mes sentiments dans la bibliothèque de tes grands-parents à Omnosmos. Maintenant, c’est fait. »

« Mais comment est-ce que tu peux… et avec ce que l’on a appris, je… »

« Encore une fois, je n’ai pas attendu les révélations pour décider de t’aimer. Bien entendu, si cela avait des révélations horribles comme par exemple, je ne sais pas, que tu manges des bébés mékarlarmiens, là, je crois que j’aurais décidé de de tuer de mes propres mains. »

« Mais je suis le descendant ou je ne sais quoi… du Dévoreur. C’est un démon qui a causé tellement de… »

« Le Dévoreur est le Dévoreur. Ce n’est pas parce que tu as son sang que tu es obligé de suivre sa voie. Je suis peut-être mal placée vu qu’au final, je suis devenue la reine de Shunter alors que mon père m’a renié pendant tout ce temps mais ça ne change rien du tout ! Raaaaah ! Comment est-ce que je peux expliquer tout ça à monsieur tête de veau. »

Hein ? C’était quoi cette insulte ? Il cligna des yeux, se demandant si Manelena venait vraiment de l’insulter de cette manière ? C’était juste qu’il n’avait aucune idée de ce que ça voulait dire exactement. Il était vraiment perplexe sur le coup. Surtout que c’étiat une insulte vraiment… ridicule, non ? Il ne savait pas vraiment quoi penser.

« Tery ? Dormons tous les deux. L’empereur nous a dit que nous pourrons discuter à nouveau de tout ça. Oh… Et j’ai bien précisé dormir. De toute façon, nous serons tranquilles. »

Et voilà qu’elle déposait un nouveau baiser sur ses lèvres, s’installant à côté de lui avant de le prendre dans ses bras sans aucune gêne. Avec tout ce qui s’était passé, il ne savait pas exactement sur quel pied il devait danser mais dans tous les cas, il allait accepter la proposition de Manelena.

La tête nichée contre son corps, il trouva bien plus rapidement le sommeil qu’il ne l’aurait pensé. Manelena, quant à elle, restait éveillée, l’observant dormir. Parfois, elle avait quelques spasmes nerveux, ayant du mal à contrôler la colère qui l’animait, les traits de son visage se distordant sous la colère, puis quelques secondes plus tard, elle retrouvait un visage beaucoup plus serein.

« Ah… Ce qui est fait est fait… Si je m’attardais vraiment sur ma féminité, j’aurais vraiment commencé depuis des années. »

Et puis, ça ne servait à rien de continuer à penser à ça. Si elle… cherchait vraiment une raison à ça, elle allait à nouveau se plonger dans une colère sourde et stupide, qui ne mènerait à rien. Et puis, en voyant Tery dormir de la sorte, il était le parfait exemple de l’eau qui dort. Jamais, elle n’aurait imaginé qu’il soit capable d’un tel acte. Et même si cela avait été à dessein, ce qui avait été fait avait été fait. Oui, elle se répétait mentalement ce qu’elle venait de prononcer quelques instants plus tôt. Finalement, c’était à son tour de dormir d’un sommeil plus profond qu’elle ne le pensait.

Le lendemain, Tery avait demandé à retrouver le monarque pour pouvoir à nouveau parler de cette histoire. Il voulait plus de réponse, plus de détails, plus d’informations sur le Dévoreur. Moins de trente minutes s’écoulèrent et les voilà à nouveau dans le couloir menant aux quartiers personnels du Monarque.

« Que cherches-tu exactement comme informations, Tery ? »

« Tout ! Tout ce que je peux savoir sur le Dévoreur, dans ses moindres détails ! Pourquoi il se fait appeler ainsi ? Pourquoi il est ainsi ? Toute l’histoire ! »

« Hum… Devrais-je d’abord commencer par les bases. Le Dévoreur était un démon comme tous les autres. Il était issu de la race créée par Alzar, race unique de la part de cette divinité, contrairement aux autres races créées par Zélisia. La particularité du Dévoreur, je ne connais plus son véritable prénom, ce dernier n’ayant jamais été gardé malgré les nombreux empereurs et impératrices qui se sont succédé. Hmm.. .Où j’en étais ? Ah oui, la particularité du Dévoreur était une capacité d’assimilation particulièrement impressionnante. Comme vous le savez, nous autres, démons, pour devenir plus puissants, sommes capables de nous phagocyter les uns aux autres pour progresser. Bien entendu, si la créature est trop faible, cela ne changera rien. Mais dans le cas du Dévoreur, même la plus infime créature avait son importance mais surtout, il était sensiblement différent des autres démons. »

« Cela ne veut pas me dire… pourquoi ou comment je suis né de la part d’un simple morceau de peau ! Ce n’est pas normal et… »

« C’est pourtant ainsi que naissent les démons. Nous avons la même méthode que les autres races entre nous mais pour de meilleures chances de réussite avec les autres races, celle du lambeau de peau est la plus sûre. »

« C’est tout simplement aberrant et saugrenu ! Comment est-ce même possible que ça… enfin que ça se passe comme ça ! Vous êtes en train de me dire que… »

« Je ne vois pas où tu veux en venir mais cesse donc de me couper la parole. Alzar a voulu que sa race, bien que parfaite, puisse s’accoupler avec celles de Zélisia. Je n’ai pas besoin d’expliquer la relation si unique entre lui et Zélisia, entre amour et conflit. Deux êtres totalement différents et qui pourtant cherchaient à s’aimer. Les races qui existent dans ce monde sont leurs créations, toujours prêtes à s’opposer mais pourtant aptes à s’aimer si elles le désiraient. Tout n’est qu’une question de volonté. »

« Continuez plutôt sur le Dévoreur. Je sais déjà plus ou moins au sujet des deux divinités qui ne sont pas tant que ça des divinités, juste des êtres bien plus puissants que nous. »

« Oh ? Tu le penses aussi ? Soit… Bref, le Dévoreur était un démon exceptionnel, comme signalé. Ses capacités étaient au sommet des démons. Même s’il n’était pas considéré comme l’empereur, beaucoup ne pouvaient que le considérer comme le plus puissant d’entre nous tous. Et malgré ses possibilités de dévorer autrui, il n’utilisait que très rarement cette capacité. Car oui, le Dévoreur avait un défaut, un énorme défaut aux yeux des démons, mais peut-être des races toutes entières. »

« Et quel est ce défaut ? Pour que vous le mettiez autant en avant ? »

« Trop gentil. Il était beaucoup trop gentil. Tu te doutes pertinemment qu’un démon aussi puissant que lui va attirer bon nombre de problèmes, n’est-ce pas ? »

« Oui, la question ne se pose pas vraiment. Mais à part ça ? »

« Il a été souvent obligé de combattre mais la majorité du temps, il laissait la vie sauve à ses agresseurs, les renvoyant simplement parmi les leurs en leur faisant promettre de ne pas recommencer, d’une façon ou d’une autre. »

« Hmm… De la gentillesse ou de l’imbécilité, j’imagine que ça dépend du point de vue. » déclara Manelena entre ses dents, ses yeux rubis se posant brièvement sur Tery.

« C’est ce que beaucoup pensaient de lui. Néanmoins, les faits étaient là et il n’était pas possible de prétendre le contraire en voyant le Dévoreur. »

« Alors ? Qu’est-ce qui s’est passé exactement ? Pourquoi est-ce que je suis un morceau de chair du Dévoreur ? À part le fait que vous vouliez voir s’il était possible d’obtenir un descendant de cette… chose. »

« Tout d’abord, il me faut te prévenir au sujet du Dévoreur. Ce dernier avait aussi une autre particularité. En fait, il était remplit de contradictions. Mais c’était ce qui faisait son être en détail en fin de compte. »

« Comment cela ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Qu’Alzar et Zélisia étaient bien meilleurs que ne le pensaient les différentes races de ce monde, que ça soit les démons ou celles de la surface. Le Dévoreur s’est attaché à une personne de la surface lors d’une bataille à laquelle il a été obligé de participer. »

« Attaché dans le sens… tombé amoureux ? Vous voulez dire ça ? »

« C’est exact. Ce terme était méconnu de la majorité des démons. Pour nous, il s’agissait plutôt de trouver des partenaires compatibles pour obtenir les meilleurs gênes dans nos descendances. Encore qu’aujourd’hui, cela n’a pas totalement changé. »

« Ah, il ne fallait pas trop s’en douter en vue du fait que la polygamie est autorisée chez les membres de votre race hein ? »

Manelena avait lâché cette réplique sur un ton plein d’ironie, l’empereur Malark se tournant vers elle, un sourire presque dissimulé dessiné sur ses lèvres :

« Et j’imagine que la place de l’amante ne semble pas vous déplaire, reine de Shunter. Les surfaciens ne sont pas si différents dans leurs mœurs en réalité. »

« Humpf ! Je ne peux pas donner tort à vos propos… en partie. Mais ne croyez pas que je vais me contenter de cette place que vous évoquez. »

« Je ne crois pas que je devrais me mêler de vos chamailleries royales mais… est-ce que l’on pourrait continuer sur le Dévoreur, s’il vous plaît ? »

« Hmm… Tu sauras presque tout ce que tu dois savoir à son sujet. Où en étions nous plus précisément, Tery ? »

« Vous plaisantez, non ? Nous en étions au fait que le Dévoreur aimait quelqu’un de la surface ! C’est pourtant quelque chose d’important ! Enfin, j’imagine ! »

« Tu imagines bien, oui. Le Dévoreur détestait les guerres et en vue de son amour pour cette surfacienne, tu dois te douter qu’il voulait éviter d’avoir à les combattre. Pourtant, en raison d’un certain évènement, il n’a malheureusement pas eu trop le choix et s’est alors retrouvé obligé de prendre part à cette guerre. »

« Et vous ne voulez sûrement pas nous dire pourquoi il a été obligé, non ? »

« Je pense que tu es apte à le deviner par toi-même, Tery. »

« À cause de son amour. Je ne suis pas certain que cela ait été bien vu par les démons et les êtres de la surface. Peut-être que certains ont menacé de s’en prendre à celle qu’il aimait car ils savaient que tenter de s’en prendre au Dévoreur lui-même était tout bonnement impossible. Est-ce que je me trompe ou alors, je suis proche de la vérité ? »

« Tu es bien plus proche de la vérité que tu ne le penses, Tery. C’est exact. Cet amour n’a plu à personne. Même dans la propre famille du Dévoreur, on considérait cela comme du gâchis alors qu’ils le laissaient faire tout ce qu’il désirait, chose normale en vue des ses capacités. »

« Si c’était si normal, il n’avait pas à se laisser faire. Il est en droit de faire ce qu’il désire. Surtout pour une raison qui ne le concernait que lui, sans mettre en péril les différentes races. Il avait le droit d’aimer qui il désire. »

« Tout le monde n’avait pas ce même mode de pensée, Tery Vanian. Autant Alzar et Zélisia, en vue de leurs statuts de divinité, cherchaient à ce que les gens acceptent cet amour. »

« Alzar, Zélisia… Qu’est-ce qui leur a pris d’agir de la sorte ? Depuis le début, ils se mêlent d’histoires qui ne les concernent pas. Ils font… n’importe quoi ! »

Et à tout écouter, et en se rappelant d’à peu près tout, il avait la sensation qu’ils étaient responsables de tous les malheurs qui lui étaient tombés dessus depuis ces dernières années. Oui, peut-être qu’Alzar et Zélisia avaient de « bonnes » intentions mais ces dernières étaient très problématiques.

« De ce que j’ai compris, à la surface, vous les considérez comme des divinités, mais pour nous autres démons, Zélisia et Alzar sont des êtres juste bien plus puissant que le commun des démons. Ainsi, nous pensons qu’ils sont imparfaits et sont donc aptes à commettre des erreurs. Beaucoup trop d’erreurs d’ailleurs. »

« Oui, enfin, des erreurs en vue de leur puissance, ce sont des erreurs qui peuvent causer la perte de plusieurs milliers de personnes et encore, je trouve que je suis bien gentil sur le coup. S’ils veulent si bien faire que ça, pourquoi est-ce qu’ils ne réfléchissent pas plus longtemps à leurs actes ? Pourquoi c’est si compliqué de leur part ? J’ai l’impression qu’ils font tout pour rater ou presque. Vraiment, ces deux idiots… »

« Certains des précédents monarques considéraient Alzar et Zélisia comme de gentils simplets avec de bonnes intentions et de grands pouvoirs. Le souci, c’est que des pouvoirs de la sorte, sans qu’ils n’aient conscience de ce qu’ils font, cela peut donner des résultats dramatiques. »

« Dire que nous sommes en train de parler de deux divinités comme s’il s’agissait de deux enfants turbulents. »

Manelena avait légèrement soupiré à cette idée. En même temps, tout cela avait un rapport avec le Dévoreur, ce n’était pas de la faute à Tery s’il était relié à ce dernier et qu’indirectement, Zélisia et Alzar revenaient sur le devant de la scène.

« Qu’est-ce que je peux apprendre réellement au sujet du Dévoreur, empereur Malark ? Je veux vraiment tout connaître à son sujet, son véritable nom, sa localisation, son histoire, son amour, tout… j’ai la sensation qu’il le faut. »

« Cela prendra beaucoup de temps, Tery Vanian. Trop pour que tu puisses rester ici en sécurité. Je sais parfaitement ce que tu comptes faire et d’ici peu, tu seras envoyé à nouveau en mission. Je recherche toujours ma fille pour qu’elle revienne parmi nous. De même, je vais devoir travailler à ce qui s’est passé concernant les surfaciens ne se reproduisent plus. »

« Vous pensez vraiment y arriver ? Vous m’avez pourtant dit que … cela était impossible. »

« Je n’ai pas dit impossible. J’ai signalé que cela allait prendre du temps, beaucoup de temps. Mais si ma fille s’est entichée d’un roi à la surface et que le rejeton du Dévoreur a aussi des sentiments pour des personnes de la surface, alors, je n’ai pas à m’y opposer. »

« Je tenais à vous remercier mais en même temps… »

« Une nouvelle mission à l’extérieur. Et cette fois-ci, si vous pouvez éviter d’échouer en partie, ma patience a ses limites. »

« C’est sûr qu’après tous les échecs à la suite, vous ne devez pas vraiment trouver cela très appréciable, je veux bien vous croire. »

Mais en avaient-ils fini avec le Dévoreur ? Il n’avait eu que quelques brides d’informations, ce n’était pas autant qu’il espérait. Mais peut-être que le fait que l’empereur avait détourné un peu le sujet pour justement éviter de continuer à discuter du Dévoreur ?

« Tery Vanian. Le fait que tu puisses crée des golems est une chose qui te rend unique dans ce monde. Cette femme nommée Clari, incarnée par ce golem, c’est elle la preuve que tu es issu du Dévoreur. La magie du Dévoreur était unique en soi. Il est impossible de ramener les morts à la vie, qu’importe la magie, qu’elle soit de Zélisia, d’Alzar, démoniaque ou de la surface. »

« Alors pourquoi… enfin pourquoi… Je sais bien que Clari est morte mais sous cette forme de golem, elle est presque considérée comme vivante, non ? »

« Presque est justement le terme qui différencie un être totalement mort ou non. Presque, c’est bien comme cela que tu peux définir cette femme-golem. Elle est morte et ne reviendra jamais à la vie. Presque, c’est ce que le Dévoreur ne voulait pas croire. »

« Comment ça ? Vous en avez trop dit et… »

« Reviens avec ma fille et je te conterai alors tout le reste. Cela devrait te suffire comme motivation, est-ce que je me trompe ? »

Le jeune homme aux cheveux bruns eut un léger rictus de dépit comme pour confirmer qu’il n’était pas vraiment enchanté à cette idée mais dans le fond, qu’est-ce qu’il pouvait y faire réellement hein ? Enfin, enchanté de devoir fonctionner de la sorte. Retrouver Elise, il en serait plus qu’heureux, Elen aussi d’ailleurs.

« Considérez que ça sera fait. Et par contre, pour le groupe, je vais sûrement vouloir le constituer moi-même, ça ne vous dérange pas, j’espère. »

« Je vois pourquoi tu me demandes une telle chose et tu connais aussi ma réponse à ce sujet. Vous avez la possibilité d’emporter démons et surfaciens avec vous. Peut-être allez vous devoir faire une nouvelle force, un peu plus grande que la précédente mais oui, tu peux emporter avec toi tous ceux qui étaient déjà présents auparavant. »

« Tant mieux alors. Je ne sais pas trop comment l’exprimer correctement mais je pense que c’est quelque chose de nécessaire donc… merci pour tout. »

« Tu es vraiment étrange, et plus proche du Dévoreur que tu ne veux le penser. Me remercier en vue de tout ce qui s’est passé est un concept vraiment tordu. Néanmoins, je ne suis pas dans ta tête. Pour l’histoire du Dévoreur, je vais replonger dans ces livres pendant votre absence à tous les deux. »

« Tiens, vous espérez me revoir dans un futur proche, empereur Malark ? » demanda Manelena avec une légère pointe d’ironie amusée.

« Cela me semble légitime, non ? De devoir envisager de futures rencontres avec l’une des reines surfaciennes ? Il semblerait que vous ayez encore beaucoup à apprendre sur la diplomatie, jeune reine de Shunter. »

« Hahaha ! Ah… Moi, jeune. J’ai bien trois ou quatre ans de plus que lui. » dit-elle en désignant Tery du doigt.

« Eh bien, vous n’êtes encore que des enfants à mes yeux. Et mes aînés ont bien le double voire le triple de votre âge, du moins, j’imagine. »

« Ah… Ouais, y avait ce petit détail. Tery, tu veux bien me remettre les chaînes s’il te plaît ? Il va falloir que nous ressortions tous les trois. »

« Je crois que pour beaucoup, l’inverse serait plus crédible. »

Elle rétorqua aux derniers propos de l’empereur que justement, c’était bien parce qu’elle-même n’avait pas envisagé que Tery fasse ça que ça l’avait surprise, et dans le bon sens. Alors que les gens la voient comme ça, toute penaude et enchaînée, c’était justement parfait pour l’image publique de Tery. Hmm… Quant à celle privée, c’était à elle de s’en charger… en tête à tête. Mais ça, c’était à elle de s’en occuper… et aussi à lui d’ailleurs un peu.

Chapitre 22 : Un simple morceau de chair

Chapitre 22 : Un simple morceau de chair

« Vous plaisantez, n’est-ce pas ? Dites-moi simplement que vous plaisantez, même si c’est pour juste me mentir et me rassurer. »

« Cela ne servirait à rien de te mentir. Pourquoi se voiler la face, Tery ? Il était temps que tu l’apprennes. Il y a tellement de points communs entre toi et le Dévoreur. »

« Je n’ai rien à voir avec lui ! RIEN DU TOUT ! C’est compris ?! Et vous me dites que je n’ai même pas été conçu normalement ?! Je dois le prendre comment ?! »

« Tery, s’il te plaît, il vaut mieux que tu te calmes. Il vaut mieux attendre que l’empereur s’exprime plus correctement à ce sujet. Je suis certaine qu’il a beaucoup à nous dire, non ? »

« Je veux bien lui expliquer plus en détails ce qui le concerne mais peut-être vaudrait-il mieux laisser rentrer la femme-golem. Je sens qu’elle est derrière la porte et qu’elle n’hésiterait pas à la détruire ou du moins tenter si je ne l’arrête pas maintenant. »

« Clari… C’est quoi le rapport avec Clari ? »

Clari. C’était vrai. Depuis qu’il était de retour ici, il avait presque oublié sa présence. En fait, il l’avait même totalement occultée… mais elle était toujours là. La femme-golem, malgré tout ce qui s’était passé, n’avait jamais vraiment disparu. Elle était même présente pendant ce qu’il avait fait à Manelena. Comment… Maintenant… Comment Clari aurait réagit ? Elle l’en aurait empêché non ? Mais la femme-golem n’avait rien fait.

« Tu peux rentrer, création dotée d’une âme. »

Dotée d’une âme. Comment ça ? Manelena haussa un sourcil. La femme-golem possédait une âme ? Tery ne lui avait jamais parlé de ça, non ? Alors pourquoi est-ce que…

« Tery, qu’est-ce que tu as fait exactement à Clari ? »

« Je ne sais pas… mais… mais lorsqu’elle est morte, je sais que j’étais tellement enragé envers ce monde, je sais plus… je sais… juste une sphère… quelque chose de sphérique. Je l’ai avalé. Et quand j’ai réussi à créer ce golem, je sais que la sphère était partie et… »

« Il s’agit tout simplement de l’implantation de l’âme dans un corps de golem. Mais il est vrai que c’est la première fois que j’assiste à cela. Il n’y a bien que dans les livres sur un certain point précis que l’on peut en entendre parler. »

L’empereur avait laissé place à la femme à la peau de pierre noire, celle-ci se rapprochant de Tery. Comme à son habitude, son visage était figé dans la pierre et pourtant, ses yeux exprimaient une certaine inquiétude et tendresse.

« J’imagine que tu le veux un peu pour toi, c’est ça, Clari ? »

Manelena relâcha le jeune homme, la femme-golem ouvrant juste à peine les bras comme pour inviter Tery à s’y engouffrer. Celui-ci, décontenancé et perturbé, vint s’en approcher, jusqu’à ce que les bras se referment au niveau de sa taille, le collant contre le corps d’onyx.

« Et si nous commencions depuis le début, qu’en dites-vous ? »

« Je voudrais bien, on dirait que Tery s’est enfin calmé. »

« Il va falloir m’excuser hein ? Je sais pas trop… comment je dois prendre ce genre de nouvelles. Vous pouvez commencer, empereur Malark. »

Manelena jeta un œil au jeune homme, évitant de faire une remarque sur le fait qu’il semblait être bien plus calme dans les bras de cette femme-golem que dans les siens. Il n’y avait aucune raison pour que ça soit de la jalousie mais… elle était un peu perturbée, oui.

« Alors tout d’abord, tu dois te demander pourquoi tu es de la famille du Dévoreur, n’est-ce pas ? Du moins, de sa lignée ? »

« Vous avez dit… que je n’étais qu’un morceau de peau. Mais le Dévoreur est un ancien démon millénaire, du moins, qui existait depuis des millénaires. Normalement, il est mort depuis tout ce temps, non ? »

« Non, il n’est pas mort. Il ne l’a jamais été. Malgré la puissance de Zélisia et Alzar, les deux divinités n’ont réussi qu’à le sceller et à le rendre comme mort. Il se trouve dans un lieu gardé secret, seulement connu par l’empereur ou l’impératrice actuelle. Il y a une interdiction de révéler cet emplacement à quiconque, une interdiction que chaque membre de la royauté, depuis des générations, a accepté d’obéir. »

« C’est étrange… quand on sait que la famille royale comme les nobles, aime bien se mettre des bâtons dans les roues puisque bon, l’assassinat, toutes ces choses, c’est assez commun non ? Alors comment cela se fait-il que les empereurs et impératrices acceptent d’obéir ? »

« Par peur. Car la découverte du Dévoreur instaure la peur en eux et même moi, je crains ce dernier. Lorsque l’on me l’a présenté, la première fois, j’ai compris à quel point la différence entre lui et moi était abyssale. »

« Dans ce monde souterrain où la force fait loi, vous voulez dire que même « mort », le Dévoreur peut aisément vous éliminer ? »

« Comme je l’ai déjà exprimé, il n’est pas réellement mort. Il est en léthargie… et donc, il est encore vivant, bien qu’il ne puisse plus rien faire. Mais simplement par sa présence, il peut vous écraser et vous réduire à l’état de larve. C’est pourquoi le commun des démons n’est pas au courant même de son existence et ceux qui connaissent son histoire ne savent guère qu’il est encore envie. »

« Mais alors, je… Pourquoi avoir fait ça ? Qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Quelle est la raison qui vous a poussé à faire cela ? »

« Le fait de voir si cela était possible. » déclara tout simplement l’empereur, Tery clignant des yeux pour se demander s’il avait bien entendu ou non.

« Si cela était possible ? Vous… plaisantez, hein ? Qu’est-ce qui vous pousserait réellement à faire ça ? Ce n’est pas possible de juste décider une telle chose pour une futilité comme ça ! »

« Donner naissance à un démon via la chair ou le sang de ce dernier, bon nombre de familles démoniaques le font quand il n’est plus possible pour eux de procréer via les moyens conventionnels. Dans le cas du Dévoreur, chaque démone qui avait reçu sa chair pour permettre d’enfanter est morte dans d’horribles souffrances. »

« Et… vous avez donc essayé via une personne de la surface, c’est ça ? »

« Comme tu le sais, il est possible qu’en de très rares moments, vraiment infimes, les sceaux qui bloquaient les sorties du monde démoniaque vers la surface s’affaiblissent et laisser passer les démons les plus faibles. »

« Je le sais, sinon, je ne serais pas là, Elise non plus d’ailleurs. »

« Nous avons simplement pris des démons proches de la surface, dont les pouvoirs étaient si minimes qu’on pouvait considérer qu’ils étaient inexistants. »

« D’accord et donc, sans même savoir si le projet avait réussi, vous avez décidé de faire de même quelques années plus tard avec Elise, c’est bien ça ? »

« Les demi-démons existaient à une époque très reculée, lorsque nous n’étions pas séparés des personnes de la surface. Là aussi, ce n’était qu’un test de ma part pour savoir s’il était possible de créer à nouveau des demi-démons. »

« Satisfait du résultat ? » demanda Tery avec une pointe d’ironie qu’il ne chercha pas à dissimuler devant le monarque.

« Très. Vous êtes les deux preuves vivantes qu’il est possible de renouer des liens avec la surface et le passé. Ce qu’aucun empereur démoniaque n’avait tenté auparavant, je l’ai testé et je l’ai réussi. Je ne pouvais être plus satisfait. »

Le ton était neutre, complètement neutre. Comme si tout cela n’était que le fruit d’un désir scientifique préparé depuis si longtemps. L’empereur serra doucement le poing, non pas énervement, reprenant la parole :

« J’ai posé bon nombre de questions à Elise pendant qu’elle était là. Son mode de développement, comment ses pouvoirs se sont déclarés, ses envies de chair démoniaque, elle ne savait pas quoi répondre mais il valait mieux qu’elle n’apprenne pas les raisons de sa naissance. Elle est beaucoup moins stable que toi, tu l’as remarqué, non ? »

« Moi ? Quelqu’un de stable ? Alors que je peux entendre une voix qui me dit d’haïr toutes les races de ce monde ? C’est une blague, n’est-ce pas ? »

« Nullement. Cette voix, j’ai enfin compris de qui il s’agissait et c’est bien là le problème. Mais maintenant, tu es libre d’apprendre si tu le désires à qui elle appartient. »

« Pas besoin, j’ai aisément compris de mon propre côté. C’est ce… Dévoreur. Ou plutôt, je dois l’appeler comment ? Père ? Je suis le fils d’une créature ancestrale ? »

« Sans jouer avec l’ironie dans ta voix, je ne peux que confirmer tes dires. »

« Qu’est-ce qu’il me veut exactement ? Car bon, il est entièrement responsable de mon état et de mes sauts d’humeur. Je suis certain que… des fois, il peut me contrôler. »

« Te contrôler complètement ? Cela m’étonnerait. Du moins, ce n’est pas dans ses capacités. Du moins, de ce qui est marqué dans ces livres ancestraux. »

« Et peut-être que vos livres ne sont pas complets ? Qu’est-ce qui vous fait penser qu’ils détiennent toute la vérité ? »

« Tu es devenu bien plus agressif depuis que tu es dans cet endroit, Tery. Est-ce la proximité avec le Dévoreur qui te met dans cet état ? » questionna l’empereur, visiblement peu réceptif au fait que le jeune homme lui parlait de la sorte.

« Non, je le suis à cause de tout ce que je viens d’apprendre ! Est-ce que vous pensiez que j’allais sauter de joie en apprenant tout ça ?! Et qu’est-ce que vous voulez que je fasses maintenant hein ? Qu’est-ce que vous voulez faire avec tout ça ?! »

« Voir tes réactions, te faire apprendre un peu plus tes origines, ce que j’ai comme projet et ce qui va donc se passer. »

« Des projets ? Comment ça ? Qu’est-ce que vous avez en tête ? » demanda le jeune homme aux cheveux bruns, s’enfouissant un peu plus dans les bras de la femme d’onyx, celle-ci ayant relevé son regard figé en direction de l’empereur.

Il avait aussitôt ressenti une légère aura courroucée de la part de la créature de pierre ayant l’apparence de Clari. Et pourtant, il gardait le sourire, nullement inquiet par la situation.

« Sais-tu pourquoi j’ai laissé cette femme-golem venir ici plus exactement ? »

« Pour vous moquer encore un peu plus de ma personne, non ? »

« Nullement. Ce n’est pas dans mon intérêt et je n’ai rien à y gagner. Non, je veux simplement voir la preuve que tu es bien son descendant… et cette créature de pierre est la preuve que je ne pouvais qu’attendre. Elle est parfaite… »

« Clari est « née » comme je l’ai expliqué lors de l’attaque contre les armées de la surface, il y a de cela quelques mois. »

« Et c’est exactement ce à quoi je m’attendais personnellement dès l’instant où j’ai senti ce que tu pouvais être.exactement. Le Dévoreur avait la particularité d’être le démon à l’origine de la magie de création des golems. »

« Vous racontez n’importe quoi ! Je ne suis pas le seul à pouvoir créer des golems ! »

« Mais peut-être que la reine à tes côtés pourra répondre à cette question : as-tu déjà vu des golems aussi développés que ceux de Tery ? »

« Non. Je savais que certaines personnes, très rares, possédaient deux ou trois livres… mais même ainsi, elles étaient incapables de faire des golems aussi diversifiés que les tiens, Tery. »

« Aussi diversifiés… comme ceux de sang, ceux issus des végétaux et le reste ? »

« Oui, Tery. Et on ne parle même pas de ce golem qui te tient dans ses bras à l’heure actuelle. C’est la plus belle représentation de tes capacités. »

« Je ne sais pas si on peut vraiment dire ça… comme ça. C’est assez perturbant. Belle représentation ? C’est vrai que… Clari est jolie sous cette forme. »

Il était peut-être temps d’y aller ? Du moins, de faire quelque chose pour cela ? Il ne savait pas trop quoi dire exactement. Plus maintenant. Il avait obtenu plus de réponses que nécessaire à des questions qu’il ne s’était jamais posé.

« Empereur, est-ce qu’il est possible de partir d’ici maintenant ? Je ne suis pas vraiment sûr de me sentir très bien. Il vaut mieux… que je m’éloigne d’ici. »

« Hmm ? Tu es fiévreux ? Est-ce que le Dévoreur est en train de te parler ? »

« Non, non. Je crois que c’est le surplus d’informations. Je n’avais pas vraiment prévu que ça se passe ainsi. Je suis désolé. »

« Il est vrai que tu n’étais pas prévenu de ma part à ce sujet. Je n’avais pour but de te faire une mauvaise surprise, loin de là. J’espère que tu comprendras cela de ma part. »

« Je le sais bien. Il fallait de toute façon que ça sorte un jour. Le plus tard aurait été le mieux mais je ne peux pas vous en vouloir de me prévenir ainsi. Je suis fautif, je dois l’avouer. »

« Ouais mais non, Tery. Tu n’es fautif de rien du tout. Je ne pense pas que l’empereur imaginait que tu réagirais de la sorte. Du moins, s’il annonce que c’est le cas, je ne vais pas apprécier mais je suis certaine que ce n’est pas son genre, n’est-ce pas ? »

« J’ai beaucoup mieux à faire que de m’amuser à ces enfantillages. La vérité se devait d’être révélée et maintenant que je t’ai emmené ici, Tery, nous pourrons continuer la suite de nos discussions dans la salle du trône. »

« Vous n’avez pas peur que quelqu’un puisse écouter ce que vous dites là-bas ? » demanda Manelena tout en chuchotant à Tery de lui remettre ses chaînes. Elle allait devoir reprendre son rôle, n’est-ce pas ?

« Ils ne sont pas assez fous pour cela. De même, j’ai déjà pris quelques mesures par rapport à ma salle pour que rien ne puisse être entendu à l’extérieur. De même, je suis capable de ressentir les présences dans cette pièce. Cela me permet d’être certain que nul intrus ne tente de s’immiscer sans que je ne sois au courant. »

« Ah oui, je vois, tout est prévu du début jusqu’à la fin, n’est-ce pas ? Enfin bon… Merci Tery, je vais rejouer mon plus grand rôle : celle d’une pauvre esclave. »

« Je crois que je vais aller me reposer, empereur Malark. Ou au moins, aller marcher un peu. Je crois que ça sera mieux. Si ça ne vous dérange pas, je viendrais vous poser d’autres questions plus tard. Après que j’ai retrouvé quelques couleurs. »

Car oui, il n’était pas stupide. Il savait qu’il devait être bien pâle avec toute cette histoire. Il ne se sentait vraiment pas bien du tout… et il ne pouvait rien faire pour changer ça. La porte fût refermée derrière le monarque alors qu’ils recommençaient à marcher dans les différents couloirs. Manelena était derrière Tery, Clari était aux côtés du jeune homme et l’empereur menait la marche jusqu’à ce qu’ils sortent des quartiers privés de Malark.

« Nous pouvons nous séparer maintenant, Tery. Tu viendras me voir quand tu te sentiras mieux. Il n’est pas une mauvaise chose. Simplement, il n’a pas eu une histoire facile. »

« Je… je voudrais bien dire que je le sais bien mais… je n’y connais rien. Vous me raconterez tout ça la prochaine fois, d’accord ? »

« C’est exact. Tu es vraiment blanc au visage. Si tu te sens mal, tu passeras voir un soigneur. Il pourra s’occuper de t’aider à dormir. Quant à toi… » termina de dire l’empereur, tournant son visage vers Manelena qui avait à nouveau son visage d’esclave effrayé. « Tu as pris la voie la plus difficile possible. Tu auras beaucoup de difficultés à l’avenir. »

« AH ! Je suis née avec des difficultés ! Je suis la fille unique d’un ancien roi. Alors qu’il pensait avoir une autre descendance, il s’avère que ma mère est morte à cause des méfaits d’un démon s’étant fait passé pour un prêtre de notre religion. À côté de cela, il me faut rajouter le fait que je possédais les lignes d’Alzar, rien que ça ! »

« Hmm… D’après ce que Tery m’a dit, le fait de posséder des lignes d’Alzar était un mauvais présage à la surface, c’est bien ça ? »

« Était ? Ça l’est toujours, rien n’a changé par rapport à ça ! Enfin bon, je ne vais pas tergiverser plus longtemps à ce sujet. Simplement, je sais dans quoi je me suis lancé et même si ça sera plus que difficile, je ne vais pas abandonner cet imbécile. Lui-même tente de s’en sortir, donc bon… Sinon, je peux vous demander quelque chose pour lui ? »

Elle se tourna vers Tery qui était toujours un peu blême. Il avait vraiment très mal accusé le coup par rapport à cette révélation. Elle s’inclina respectueusement devant le monarque, laissant à nouveau paraître son visage inquiet devant ce dernier et Tery. Oui, il fallait éviter que trop de regards se posent sur elle. Pour autant, elle commença à chuchoter à peine quelques mots, l’empereur haussant un sourcil avant de faire de même, Manelena finissant par hocher la tête comme pour signaler que c’était parfait. Il était temps maintenant d’y aller et vint terminer la discussion d’une voix faible :

« Je vais raccompagner mon maître dès maintenant. Maître Tery, veuillez me suivre, je tiens à vous prier d’accepter cette main qui est là pour vous. »

Et même si elle avait des chaînes, sa main vint chercher doucement celle de Tery, lui montrant par là qu’elle était complètement dans son rôle. Lentement mais sûrement, Tery vint se mettre à se déplacer en direction de sa chambre.

À l’intérieur de celle-ci, le jeune homme aux cheveux bruns s’était assis, sans un mot, le regard tourné vers le sol. Manelena referma correctement la porte derrière eux. Dire que la chambre était à nouveau en parfait état, comme si de rien n’était.

« Tery, est-ce que tu peux me retirer cela ? Je voudrais voir si ce que l’empereur m’a dit s’avère exact ou non. Je voudrais voir si ça marche. Cela nous faciliterait beaucoup la vie si on veut rester discrets. Enfin, c’est pour nous deux. »

« D’accord, Manelena. Désolé, ce n’est pas la forme. »

Il cherchait des excuses mais la réalité était là, devant lui. Il retira les chaînes de Manelena, celle-ci poussant un soupir apaisé en se frottant les poignets. Qu’on le veuille ou non, il fallait quand même avouer que ça lui faisait le plus grand bien.

« Bon et maintenant… Faisons cette petite chose que j’ai demandé à l’empereur. »

Elle n’était pas certaine d’y arriver du premier coup mais si elle ne tentait pas, elle ne pouvait pas alors savoir. Elle commença à incanter une formule que le jeune homme ne connaissait pas, celui-ci relevant la tête. Il sentait un courant d’air dans la pièce mais pourtant, il n’y avait aucune trace de vent ou autre. Lorsqu’elle avait terminé, elle se dirigea vers la porte, finissant par l’ouvrir avant de la refermer après être passée de l’autre côté.

« Maître, est-ce que vous m’entendez ? Maître ? »

Aucune réponse de la part de Tery. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres avant qu’elle ne rentre à l’intérieur de la chambre à nouveau. Le jeune homme la regarda, un peu étonné, attendant de voir ce qu’elle allait dire :

« J’ai juste demandé quel sort il avait lancé dans la salle du trône pour que personne ne puisse entendre ce qui se disait à l’extérieur. Heureusement, en vue de la taille de cette pièce, il n’y avait pas trop à s’inquiéter non plus. »

« Euh… D’accord, mais ensuite ? Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? »

« Pour que nous puissions discuter tranquillement, sans que l’on ait à craindre qu’on nous entende. Tu pensais quoi d’autre, Tery ? Enfin bon… Maintenant que je suis certaine que tu n’as rien entendu quand j’ai crié de l’autre côté, on va pouvoir parler. Tu vas pouvoir vider ton sac avec moi à côté, d’accord ? »

« Je ne suis pas certain que ça soit une bonne idée mais puisque tu le veux tant. »

Il poussa un profond soupir avant qu’elle ne lui dise qu’elle ne lui laissait pas vraiment le choix sur le coup. Il allait mal et elle comptait bien lui redonner le moral et le sourire. De n’importe quelle façon.

« Par où tu voudrais commencer, Tery ? Dis-moi ce que tu penses de toute cette histoire. Si y a des zones d’ombre, si tu as d’autres questions, tout ça. »

« Mais ça servirait à quoi ? Tu en sais autant que moi, Manelena. »

« Fais plutôt ce que je te dis, c’est un conseil. Tu verras où je veux en venir ensuite. »

Bon, comme elle désirait. Il n’était juste pas certain de la manœuvre. Mais elle semblait si convaincue, il ne voulait pas la décevoir. Il avait eu sa dose aujourd’hui.