Chapitre 30 : Haine permanente

Chapitre 30 : Haine permanente

« Désolé, je ne suis pas d’humeur à parler. »

Le jeune homme aux cheveux bruns avait tout simplement placé sa main entre lui et une démone qui avait l’air d’une servante, continuant son chemin comme si de rien n’était. Même si le ton était poli, il ne laissait pas place à une réplique. Derrière lui, Manelena était présente, les bras menottés, comme à son habitude depuis maintenant quelques temps.

« Maître Tery, que se passe t-il ? Vous semblez énervé, non ? »

« Je ne suis pas énervé, ni rien du tout. Je ne suis rien du tout ! Pas besoin de m’interroger, je viens déjà de répondre à cette question ! »

« Hmm… D’accord, maître Tery. Si vous ne voulez pas en dire plus, cela est parfaitement compréhensible de votre part. »

« Oui, oui, bien entendu, j’en suis certain. »

Malgré les dires de Manelena, celle-ci fixait longuement le dos de Tery. Elle émit un léger grognement étouffé, ne voulant visiblement pas en dire plus pour le moment. Elle s’expliquera avec lui dans la soirée. Ce n’était pas le moment de ressasser de telles choses. Ils avaient à discuter, lui et elle, mais en privé.

Mais surtout, elle avait bien compris que quelque chose n’allait pas. Malgré tous ses efforts commis pour tenter de le rassurer, il avait été affecté grandement par la découverte sur ses origines. Dire qu’elle pensait qu’il avait réussi à tirer un trait… mais maintenant, elle comprenait qu’il avait gardé tout cela au fond de lui pour ne pas l’inquiéter, elle.

C’était… peut-être adorable mais pas pour elle. En n’arrivant pas à canaliser ses soucis, il aurait alors du mal à les extérioriser et elle en connaissait quelque chose ! Mais pour l’heure, elle n’avait pas la tête à ça et vraiment, ce n’était ni l’instant, ni l’endroit pour discuter de tout ceci.

« Je dois quitter le château maintenant. »

« Pas de soucis, messire Tery ! Faites attention à vous et passez une bonne journée. »

« Bonne ? Je ne suis pas certain. Il va encore avoir des couillons qui vont me chercher. Mais vu qu’ils ne comprendront jamais… »

Il avait marmonné cela dans sa barbe, un grognement sortant de ses lèvres alors que le voilà sorti du palais impérial avant que Manelena ne le suive en silence. Elle aussi rongeait son frein, très mécontente de ce qu’elle venait d’entendre.

Elle ne pouvait pas vraiment lui donner tort. Il avait même raison, ses dires étaient exactes. Des imbéciles de démon continuaient à le provoquer et cela allait vraiment mal finir… mais qu’il soit aussi médisant avec eux alors qu’il cherchait la majorité du temps à ce que ça se passe bien mieux, c’était tout aussi énervant pour elle que pour lui. Surtout qu’elle ressentait comme quelque chose de mauvais en lui, qu’elle n’arrivait pas à exprimer concrètement.

Quelque chose qu’elle avait déjà connu dans le passé mais dont elle n’était plus certaine. Et surtout, elle avait la sensation que c’était assez récent. Mais là, actuellement, elle n’avait pas le temps de chercher ce qu’était cette sensation.

Depuis que Tery la présentait à l’extérieur, quelques démons le respectaient plus mais d’autres le jalousaient. Et beaucoup de regards envieux et mauvais étaient tournés vers lui alors que le jeune homme semblait les ignorer.

Ou presque… Car oui, c’était totalement le contraire. Son visage se tourna lentement vers un duo de deux démons qui parlaient entre eux, en catimini tout en l’observant ainsi qu’elle. Un rictus mauvais se dessina sur les lèvres de Tery, celui-ci murmurant :

« Un souci, vous deux ? »


Et alors que l’un d’entre eux allait ouvrir la bouche pour répliquer, il s’arrêta dans son geste, déglutissant alors que son compagnon lui tirait le bras. Elle-même s’arrêta de bouger, Clari finissant par paraître à côté d’elle.

« Ah te voilà, toi ! J’imagine que tu n’as aucune idée qui pousserait Tery à réagir de la sorte hein ? N’est-ce-pas ou alors, est-ce que je me trompe ? »

« … … … Tête. » murmura faiblement une voix, provenant des lèvres pourtant scellées de la gemme de pierre. Manelena sursauta presque, étonnée.

Ce n’était pas la première fois que Clari faisait le coup mais ça ne changeait rien au fait que c’était si rare qu’elle ne pouvait qu’être surprise. La voix de Clari résonna une nouvelle fois, comme si elle avait toujours été présente à leurs côtés.

« Tery… Mal… Crâne. »

Mal de crâne ! Si Tery avait vraiment mal au crâne, cela correspondait à ce dont elle se rappelait ! Cela voulait dire une chose ! Alors que les deux démons avaient commencé à fuir, Manelena chercha à faire un mouvement en sa direction mais s’arrêta dans son geste. Non, elle ne devait pas briser l’îmage d’esclave qu’elle avait forgée depuis tout ce temps.

« Qu’est-ce qu’il y a, esclave ? Tu ressens le besoin de t’exprimer ? »

« Pas en ce moment même, maître Tery. Néanmoins, est-ce que je peux vous demander si vous entendez quelque chose ou non ? »

« Quelque chose ? Comme quoi donc ? Que cherches-tu exactement à savoir ? »

« Je ne sais pas, juste une voix, rien de plus ? »

« Cela ne te concerne pas, esclave. » déclara t-il lentement mais sûrement. Qu’il lui parle de la sorte pouvait paraître normal mais non, le vrai problème ne résidait pas dans ses paroles mais dans son regard. Rouge comme le sang, ses yeux étaient propres à la race des démons et pourtant, il semblait faire preuve de calme et sérénité. Seulement, elle connaissait parfaitement ce statut puisqu’elle l’avait porté pendant des années. Une rage muette.

Ce regard rubis. Elle l’avait porté pendant des années, plus d’une décennie même. L’homme à l’origine de celui-ci n’était plus de ce monde depuis déjà maintenant quelques années mais elle ne l’avait pas oublié. Comment en serait-elle capable ?

Cela avait été gravé dans son être et maintenant, elle comprenait que pour Tery, son propre père avait été remplacé par une personnalité bien plus présente et aberrante. Une personnalité qui avait bien trop souvent été présente.

Mais elle ne pouvait pas le lui dire maintenant. Elle l’observait, elle étudiait ses mouvements, ses réactions. Elle voulait être convaincue, certaine de ce qu’elle voyait. Elle ne voulait pas se tromper car sinon, Tery risquait de se braquer. Mais une chose dont elle était certaine, c’est que les autres démons le craignaient bien plus.

Il n’avait guère réussi à instaurer autre chose que de la peur dans le coeur de ces démons devenus bien trop faibles dorénavant. Et il semblait avoir réussi, via ce climat de terreur, à préserver la sécurité des autres membres du groupe. Eux aussi n’avaient plus rien à craindre… mais à quel prix ? Les yeux de Tery n’exprimaient plus aucune douceur et tendresse. Comme s’il était sous tension depuis son réveil jusqu’à ce qu’il se couche. Et encore lorsqu’il se couchait, il ne dormait pas tout de suite.

Elle n’avait rien tenté dans ces moments-là. Elle laissait le temps passer et elle s’endormait, ne cherchant pas à espérer que tout se soit arrangé à son réveil. Elle n’était pas si niaise que ça pour imaginer une telle chose. C’était pourquoi elle ne feignait pas l’ignorance mais elle ne cherchait pas à arranger les choses. Pas de cette manière.

Elle allait bien trouver une solution à ce problème mais pour cela, il fallait être patiente et attendre le bon moment pour « attaquer » Tery. Un bon coup l) où il ne s’y attendrait pas et ça serait tout simplement parfait.

« Maître Tery, qu’allons nous faire aujourd’hui ? »

« Rendre visite à Héraisty, cela fait longtemps. »

Hmm ? Qu’est-ce qu’il allait faire chez cette démone ? Pas qu’elle n’avait pas confiance en Héraisty, loin de là mais avec son comportement actuel, elle ne se sentait guère rassurée. Mais pour autant, en allant chez Héraisty qui semblait comme savoir que Tery allait lui rendre visite, étant en congé ce jour là, elle comprit qu’elle s’inquiétait pour rien.

Héraisty ne faisait aucune remarque sur le comportement de Tery comme s’il n’y avait rien qui changeait. Et quant à la soldate qui vivait avec elle sous sa garde, elle ne cherchait même pas à s’y intéresser, ignorant complètement Tery pour vaguer à ses occupations comme entretenir la lame de son arme.

Pourtant, alors qu’ils allaient partir après avoir discuté pendant deux bonnes heures, Héraisty demanda à Manelena de bien rester avec elle quelques minutes, devant parler de « trucs de femmes » que Tery ne pouvait pas entendre, surtout pas. Il haussa simplement les épaules avant de marmonner :

« Ne prenez pas trop de temps non plus. Il s’agit de mon esclave. »

Et si elle n’était pas là alors qu’il était venu avec elle, cela allait encore commencer à balancer des racontars qu’il aimerait éviter. Manelena avait remarqué que les yeux de Tery avaient varié entre le rouge en permanence et quelques instants où ils retrouvaient leur vert habituel. Cela dépendait du sujet de la conversation avec Héraisty.

« Est-ce que vous pouvez veiller sur lui, mademoiselle Manelena ? »

« C’est ce que je compte faire, oui. Mais pourquoi se préoccuper de lui ? »

« Eh bien, ça me semble normal. Il s’agit d’un ami. Je n’ai pas été très appréciée en tant que renifleuse royale, vous savez. Et pourtant, lui comme la princesse Elise ne se sont jamais privés de venir m’adresser la parole. »

« C’est bien leur genre à tous les deux. Et donc j’imagine que tu es inquiète à son sujet. »

« Qui ne le serait pas ? Ce changement de comportement me fait plus peur qu’autre chose. Je ne sais pas comment vous faites pour résister à son aura. Moi-même, j’ai du mal à ne pas m’évanouir car je sais qui il est réellement. »

Une aura ? Elle jeta un bref regard vers la porte où de l’autre côté, Tery l’attendait. C’était peut-être ça le petit côté malsain qu’elle avait ressenti alors ? Hmm, elle n’avait aucune pensée concrète qui pourrait lui affirmer cela mais si Héraisty le lui disait.

« Qu’est-ce que c’est que cette aura dont tu parles, Héraisty ? »

« Oh, une aura, c’est quelque chose comme… »

« Je sais plus ou moins ce qu’est une aura mais pourquoi spécifiquement sur Tery ? »

« Oh, il n’y a pas que Tery qui possède une telle aura. L’empereur Malark aussi, quelques rares haut-gradés militaires. Peut-être des nobles, oh le reste de la royauté. »

« Hmm ? Pourtant, je ne crois pas qu’Elise ou l’empereur Malark aient ça. Du moins, je n’ai jamais ressenti cela en les observant. »

« C’est normal puisqu’il faut une certaine « condition » mentale pour cela. »

« Et laquelle donc ? Enfin, j’ai ma petite idée sur celle-ci mais je préfère l’entendre de vive voix pour être sûre de ne pas me tromper. »

« La colère, la rage, la hargne, beaucoup de sentiments puissants mais surtout qui peuvent être négatifs. Et je crois que Tery est en plein dedans. »

« D’accord, d’accord, j’ai eu exactement les informations que je voulais. Merci beaucoup Héraisty et ne t’en fait pas, je vais le remettre comme avant. »

« Sans utiliser la violence, bien entendu ? Vous me le promettez ? »

« AH ! Je préfère ne pas promettre des choses dont je ne suis pas certaine ! »

Elle n’avait même pas chercher à dire cela sur un ton autre que neutre. Elle ne voulait pas rire de la situation. Tery avait un comportement déplaisant mais elle salua Héraisty avant de retourner auprès de lui. Il ne demanda rien au sujet de ce qu’elle avait discuté avec Héraisty et c’était tant mieux. Pas que ça soit personnel, mais si elle pouvait éviter d’en parler, ça serait bien mieux.


Et de toute façon, de ce qu’elle voyait avec Tery, il ne semblait même pas intéressé par la conversation. Il marchait droit devant lui et elle se demandait même pourquoi est-ce qu’ils étaient partis voir Héraisty. Heureusement qu’elle avait compris qu’il avait évoqué le fameux départ de leur troupe très bientôt, départ organisé par l’empereur lui-même.

« Nous irons dîner tous les deux dans la chambre, Manelena. »

« Comme vous le désirez, maître Tery. Avez-vous un autre ordre à me donner ? »

« Que les préparations commencent par rapport à ce que tu sais. »

« Notre départ, c’est bien ça ? » dit-elle en chuchotant par rapport à auparavant.

« C’est exact. Nous ne tarderons plus trop. On va s’occuper de ces soucis très bientôt. »

Mais est-ce qu’il pensait réellement qu’elle allait le laisser faire ? Car là, elle bouillonnait de l’intérieur. Cela commençait à l’agacer plus que tout et si ça continuait, il allait s’en prendre une bien bonne dans la figure lorsqu’ils seront seuls.

D’ailleurs, cela ne tarda pas. Lors du repas emmené dans la chambre commune, elle n’avait de cesse de le fixer du regard, continuant d’observer ses yeux rubis avec intensité. Aucune fois, ils ne changeaient de couleur.

« Tery Vanian. Pouvons-nous parler, toi et moi ? Maintenant que nous sommes seuls tous les deux ? Et ne t’avise même pas de me dire que tu me donnes l’autorisation. »

« Alors veux-tu me poser la question, Manelena ? Vu que tu n’espère pas une réponse négative de ma part, c’est qu’elle est inutile non ? »

« Oh, car je vais te briser en morceaux si tu continues à me parler sur ce ton là. Tu veux voir comment je vais y arriver ? Car ça va être très simple hein. »

« Nullement, je n’ai pas besoin de cela. Mais pourquoi est-ce que tu te sens tant en colère, Manelena ? Y a t-il un problème dont tu ne peux pas parler ? »

« Oh que si, je peux clairement en parler ! Je vais même le faire ! Tout d’abord, est-ce que tu t’es regardé dans un miroir dernièrement ?! »

Mouvement négatif de la tête de la part de Tery. C’est bien ce qu’elle pensait ! Elle le souleva par le col, Tery s’apprêtant à réagir mais elle l’avait emmené aussitôt devant un miroir assez grand pour qu’ils puissent se regarder l’un et l’autre, côte à côte.

« Dis-moi si c’est normal ! Dis moi si c’est normal la tête que tu affiches ! »

Et elle le tirait maintenant presque par les cheveux pour lui coller la face contre le miroir, le forçant à regarder les yeux rouges qu’il affichait. Des yeux rouges comme les siens mais elle… elle était née ainsi. Peut-être était-elle un concentré de dépit et de rage ? Mais aussi de haine et de colère ?

« Pourquoi mes yeux sont comme ça ? Je n’ai pas… mes cornes ? Ah si. »

Il avait parlé avec neutralité, continuant de s’observer dans le miroir. Il semblait guère perdu, nullement étonné, simplement, il posait cette question.

« Tery. Est-ce que tu vas réellement bien ? Dis-le moi, en toute honnêteté. »

« Je ne sais pas, Manelena. Je… Je… Je crois que non ? J’en sais rien. Je… Enfin… Je… »

Et maintenant, elle remarquait bien qu’il était perturbé et absent. Il était comme ailleurs et elle voulait garder sa propre colère pour le punir mais… c’était difficile. Cet endroit le façonnait d’une telle façon que si elle cherchait à l’enfoncer, il risquait de ne jamais sortir des abysses dans lesquelles il était en train de plonger. Elle chuchota :

« Tery, cette voix est de retour… n’est-ce pas ? »

Il sursauta sur le coup, comme pris en défaut ou par surprise. Il tourna son visage vers elle, la fixant comme s’il était étonné qu’elle ait compris cela aussi facilement.

« Tery… Vanian. Je te connais depuis plusieurs années. Peut-être plus que le voudrait la décence et la conduite d’une reine envers un « simple sujet » de son royaume. »

« Il est de retour. Et maintenant, il le dit ouvertement. Il dit… que c’est mon père. Que je suis sa chair, même pas son enfant. Il dit simplement que je suis sa chair. Il dit que je vais pouvoir terminer ce qu’il a commencé, que l’engeance que je suis mettra un terme à ces races qui ont décidé de le forcer à maudire leurs existences et… et… je veux pas l’écouter ! J’étais très bien comme j’étais ! Mais maintenant que l’empereur m’en a parlé, maintenant qu’il m’a dit qu’il était encore.. vivant ! Que j’étais sa création ! Que j’étais toutes ces choses ! Puis y a aussi les attaques sur mes amis, la situation autour et… et… »

Il tentait de terminer sa phrase mais déjà, il se tenait la tête entre les mains, poussant un petit sanglot de rage alors qu’elle venait le serrer dans ses bras. Voilà. Il valait mieux qu’il vide son sac, qu’il puisse ensuite repartir sur des bases bien plus saines maintenant. Enfin, ce n’était qu’une question de point de vue.

« Tery, tu as besoin de te reposer. Et surtout de penser à autre chose. J’ai une solution. »

« La…quelle, Manelena ? » demanda faiblement Tery alors qu’elle l’emmenait sur le lit, tombant en arrière pour l’emporter avec elle. Elle le lova contre sa personne, lui caressant le dos avec tendresse tout en disant :

« Tu ne vas plus bouger et reste ainsi jusqu’à ce que tu dormes. Bon, il ne faut pas compter sur moi pour que j’aille te chanter une comptine mais… disons que tu peux rester rassuré, je vais veiller sur ta personne. C’est compris ? »

Aucune réponse de la part de Tery. Le jeune homme, avachi sur sa personne avait déjà fermé les yeux, ne semblant avoir attendu que ça depuis plusieurs minutes. Elle poussa un soupir, levant les yeux au ciel en se demandant ce qu’elle avait pour mériter une telle chose. Mais voilà, elle n’allait pas s’en plaindre, c’était elle qui l’avait proposé.

« Bon… J’imagine que l’on va sauter le repas du soir de toute façon. »

Heureusement qu’elle lui avait de préciser qu’ils mangeraient dans la chambre et qu’il préviendrait lorsqu’ils iront manger. Donc pour l’occasion, cela voulait alors dire qu’ils étaient seuls tous les deux.

« Hmm… Mais comment je vais régler ce problème en réalité, moi ? »

Car elle avait beau retourner le problème de toutes les façons, les faits étaient que le jeune homme n’allait pas bien du tout et qu’elle n’avait rien pour arranger tout ça. Comment améliorer la condition de Tery ?

Demander de l’aide à l’empereur Malark ? AH ! Il était en partie responsable de la situation ! Elle en était même à se demander s’il n’avait pas fait exprès que tout dégénère de la sorte car il devait être sûrement au courant de l’état dans lequel Tery se retrouvait après avoir appris au sujet du Dévoreur.

Elle n’aimait pas l’Empereur. Elle n’arrivait pas à savoir exactement ce qu’il voulait. De ce que Tery lui avait dit, il cherchait à mettre en avant Elise, son unique fille à moitié-démone. Mais en même temps, en faisant apprendre à Tery qu’il était le fils du Dévoreur, qu’est-ce qu’il aurait à gagner sur le fait que l’humanité toute entière, que ça soit à la surface ou dans les souterrains soit décimée ?

« Il y a plusieurs zones d’ombre qu’il me faudrait éclaircir. »

Mais là, elle n’allait bientôt plus avoir le temps vu que malheureusement, elle avait compris qu’ils allaient bientôt tous partir pour une nouvelle expédition à la surface. Encore une. Combien de fois est-ce que Tery avait essayé de revenir ? L’une avait été empêchée par sa propre personne mais les autres ?

Hmm… Actuellement, elle sentait que les échecs cumulés de la part du jeune homme n’avaient rien arrangé en la situation actuelle. S’ils ne faisaient pas attention, cela pouvait très vite dégénérer et pas forcément pour un bon résultat.

Hmm… Bon ? Qu’est-ce qu’elle allait faire de Tery endormi contre elle ? Dans cette position des plus plaisantes pour le jeune homme, elle aurait du mal à se déplacer. La réponse n’allait pas être bien difficile. D’un mouvement de la main droite, celle de gauche retenant Tery contre elle, elle avait tiré la couverture sur leurs corps, qu’importe qu’ils soient encore habillés. Tery allait juste dormir au maximum.

Et dès demain, elle verra si cette nuit de sommeil lui avait permis d’évacuer un peu tout ça. Mais pourquoi est-ce qu’elle se mettait si souvent en colère contre lui alors que dans le fond, elle voulait tout simplement l’aider ? Était-ce parce qu’elle se sentait redevable par rapport à lui ? De l’avoir extirpé de cette haine qu’elle subissait dans le passé ?

Chapitre 29 : Une existence au service de tous

Chapitre 29 : Une existence au service de tous

« Hmm… Royan ? On est déjà le soir ? »

Elle s’était finalement réveillée, attendrie de voir que Royan dormait à côté d’elle. Elle se sentait en pleine forme mais elle pensait que Royan l’aurait réveillée pour ce qu’ils avaient prévu. Bah, ce n’était pas bien grave. Elle se leva de leur lit partagé, juste deux lits collés l’un à l’autre et quitta la tente.

Eh bien, pour une soirée, il n’y avait pas grand monde. Pour autant, lorsque certains soldats se tournèrent vers elle pour lui dire « Bonjour, princesse Elise », elle cligna des yeux. Bonjour ? Vraiment ? Depuis quand ? Est-ce qu’elle aurait dormi un peu plus que prévu ?

« Euh bonjour à vous. Mais nous sommes déjà le matin ? »

« Oh, le roi Royan nous a dit que vous dormiez comme une souche et qu’il fallait absolument éviter de vous réveiller. C’est pourquoi tout le monde a évité du bruit. Vous avez bien dormi ? Vous allez bien ? »

« Oui oui, pas de soucis de sommeil. J’ai dormi comme un bébé. Mais vous ? Rien à signaler ? Enfin, vous n’étiez sûrement pas les soldats de garde, non ? »

« Oh si si ! Mais aucun problème. On a quand même fait une double surveillance avec deux qui sont partis en éclaireurs et revenus. On voulait éviter qu’il n’y ait un autre groupe sur notre dos, mesure de précaution. »

« Vous avez très bien fait, je tiens à vous remercier. Hmmm … Mais vous avez un peu une idée de l’heure ? Par rapport à la surface ? »

« Oh, si nous jugeons sur les cristaux lumineux, depuis le temps, je crois que nous sommes encore à l’aube, hahaha. »

« Oh… J’ai vraiment dormi toute la nuit. Je devais être fatiguée. Bon ben, puisqu’il en est ainsi, cela veut dire que je vais pouvoir m’atteler à la tâche et cuisiner un peu pour tout le monde. Du moins, aider les cuisiniers, je vais pas m’estimer être aussi douée qu’eux. »

Elle se montrait quand même assez raisonnable quoi. Mais pour le moment, cela allait l’occuper pour attendre le réveil d’un peu tout le monde. Retroussant ses manches, elle se dirigea vers la tente principale là où devant celle-ci, déjà plusieurs démons et surfaciens s’attelaient à la tâche.

« Bonjour, bonjour ! Je viens vous demander si vous n’auriez pas une petite tâche pour moi ? Toute simple puisque je me suis réveillée il y a peu. »

« Alors, votre première tâche, princesse Elise, ça va être d’avoir quelque chose de consistant dans le ventre. Travailler le ventre vide n’emmènera que des problèmes. »

Oh ! Euh… Oui ! Ils marquaient un point sur le coup. Elle cligna des yeux avant d’hocher la tête. Elle allait les écouter et manger un bout avant de les épauler. Cela serait beaucoup mieux pour elle comme pour eux.

« Bonjour Elen. Bonjour Royan. Bonjour tout le monde. »

« Hmmm ? Elise ? Que fais-tu avec les cuisiniers ? » demanda le jeune homme en se frottant un peu les yeux, encore légèrement endormi.

« Eh bien, comme j’étais réveillée depuis pas mal de temps, je voulais faire quelque chose de mon temps libre donc je me suis proposée pour les aider, voilà tout ! »

« Bien, bien, bravo alors. Tu sembles aller bien mieux. Hier, tu t’es endormie comme une souche. Je ne voulais pas te réveiller. »

« Tu n’as pas à t’excuser, Royan. Je suis fautive. Il semblerait que j’étais bien plus fatiguée qu’il n’y paraissait. Tu ne peux pas t’en vouloir pour quelque chose qui ne concerne que moi hein ? Si c’était vraiment un souci, je te le dirais ! »

Elle avait toujours ce sourire si ravissant aux lèvres. Cela semblait aller bien mieux qu’hier, signe qu’elle avait repris du poil de la bête. Car hier, il fallait avouer que ses sentiments alternaient entre la joie et la tristesse et que cela avait été sacrément perturbant.

« Eh bien, qu’est-ce que les cuisiniers nous ont préparé de bon ? »

« Oh Royan, toi, tu n’as pas la même chose que les autres. »

Il haussa un sourcil, étonné par les propos de la jeune demoiselle. Pourquoi est-ce qu’il n’avait pas la même chose ? Oh… En la regardant, il voyait qu’elle semblait attendre beaucoup de lui. Son regard brillait d’une certaine lueur qu’il avait du mal à décrire. Et lorsqu’elle lui servit sa portion, elle restait immobile devant lui, les mains sur le ventre.

« Euh… Elise ? Est-ce que je peux ou… ? »

« Oui, oui, tu peux déjà te mettre à manger. Ne t’en fait pas pour moi, j’ai déjà mangé, hahaha. Je suis en pleine forme ! »

Ce n’était pas le fait de savoir si elle s’était nourrie. Plutôt le fait qu’elle reste plantée devant lui comme pour l’observer manger. Ce n’était pas malicieux mais vraiment un peu perturbant. Heureusement, il arrivait à passer outre son regard et…

« Hmmm, mais, ce n’est pas… »

« Si si, tu sais, c’est difficile d’oublier pour une ancienne serveuse ce que les gens aiment et réclament. Donc chaque petite parole de ta part est gravée dans mon esprit, Royan. »

« Et donc, tu as demandé aux cuisiniers de… »

« C’est exact ! Tu peux continuer à manger et me dire ce que tu en penses ? »

« C’est juste excellent ! Mais tu as bien fait de demander aux cuisiniers de préparer ça ! »

« Oh, non, j’ai juste demandé les ingrédients. Ce repas est de moi, Royan. »

Toute sourire, elle le regardait avec un petit air amusé en le voyant encore plus surpris que prévu. Elen aussi avait observé cela avec un certain intérêt, évitant de soupirer de tendresse mais aussi de dépit. Elle pensait brièvement à Tery et se disait que ça serait parfait pour quand elle allait le retrouver.

« Alors, alors, Royan ? »

« C’est très bon, Elise. Mes félicitations. Je ne te savais pas aussi bonne cuisinière. Tu me caches encore beaucoup de secrets du genre ? »

« Je ne me savais pas cuisinière non plus ! C’est juste que ce matin, en me levant, je me disais que j’aimerais te faire plaisir et j’ai pensé que ça serait une bonne façon de te le montrer. »

« Eh bien, je suis le plus heureux des hommes à cet instant précis. »

« Dites les deux amoureux, évitez de trop fanfaronner hein ? » déclara finalement Elen bien qu’elle disait ça en souriant. « Je vais finir par être jalouse. »

« Oh, mais tu n’as pas à t’en faire, Elen. Je suis certaine que tu te rattraperas amplement lorsque Tery sera de retour, n’est-ce pas ? »

Pour toute réponse, Elen rigola légèrement avant de retourner à son repas. Après les évènements d’hier, aujourd’hui, ils allaient principalement se reposer et faire avancer le travail sur le tunnel. Ils allaient devoir positionner quelques soldats pour éviter que des créatures ne viennent déranger les travailleurs.

« Je trouve que ça avance bien en une journée. Est-ce que l’on a mesuré la distance traversée par nos travailleurs en un jour ? »

« Si nous arrivons à atteindre quelques kilomètres, nous pourrions déjà être heureux. Nous n’avons pas l’habitude de travailler de la sorte donc il y a encore beaucoup de lacunes à combler et de nombreuses précautions. Mais cela devrait aller au fur et à mesure, je pense que nous aurons une bonne accélération d’ici deux semaines à un mois environ. »

Elise et Royan parlaient avec le démon qui semblait diriger les opérations. Ce n’était pas quelqu’un du village mais l’un des membres de leur groupe. Et son efficacité n’était plus à prouver avec le temps. C’était lui qui avait aussi aidé par rapport aux tentes et autres constructions pour rendre la vie du groupe plus aisée.

« Par contre, qu’est-ce que vous avez fait de l’équipement trouvé sur les cadavres de cette troupe d’éclaireurs qui vous ont attaqué hier ? »

« Hmm ? Nous avons tout récupéré. Là où ils sont, ils en auront plus besoin de toute façon. On ne sait jamais, cela peut être utile. Par contre, les honoriens de notre groupe sont clairement agacés que nous envisagions d’utiliser de l’équipement issu d’un clan conspué par d’autres. Donc il y a des chances que l’on aille faire fondre tout ce qui est métallique pour récupérer les matériaux. Pourquoi cela ? »

« Si nous arrivons à fabriquer d’autres outils, peut-être nous pourrions mieux travailler. »

Cela serait aussi simple que ça ? Elise avait déclaré cette idée comme une évidence alors que les artisans la regardaient, un peu interloqués. Ceux d’Honoros clignèrent des yeux avant de s’observer, un grand sourire aux lèvres :

« Quoi de mieux que bafouer l’armement d’un autre clan en utilisant ce dernier pour obtenir des outils en fondant ses métaux ? »

« Ouais, ça me semble excellent ! C’était une bonne idée, princesse ! On va s’y mettre tout de suite ! Pourquoi nous y avons pas pensé auparavant ! »

Hahaha… Euh … C’était pas vraiment comme ça qu’elle voyait les choses mais elle n’allait pas vraiment les contrarier, loin de là. Et puis, maintenant qu’ils sont plus que motivés, autant dire que ça serait une bonne chose. Ils étaient gagnants sur tous les points.

« Pendant ce temps, je vais aller discuter avec nos deux mékarlarmiens. »

Oui, elle se parlait à elle-même mais elle savait que Royan l’avait entendu. Elen ? Elle était occupée ailleurs, avec sa fille. On ne pouvait donc pas lui en vouloir de se focaliser plus sur elle que sur l’histoire des mékarlmiens. De toute façon, il lui suffira juste de lui raconter ce qui s’était dit, voilà tout.

« Bonjour, je ne vous dérange pas trop ? »

« Oh ! Princesse Elise, bien sûr que non, loin de là ! Vous êtes toujours la bienvenue parmi nous ! Seulement, nous ne vous attendions pas de si tôt dans la matinée ! »

« Oh n’exagérez donc pas ! Si on commence comme ça, on va ensuite dire que même l’air que je respire est béni par Zélisia. Déjà que ça serait saugrenu vu que je suis une démone, mais en plus, je ne veux pas prendre la grosse tête ! »

« Hahaha ! Nous voyons, nous voyons mais nous ne pensions pas en arriver à une telle extrêmité, ne vous inquiétez donc pas à ce sujet. »

« Pfiou, tant mieux ! Alors donc, je peux vous écouter. Enfin, je veux vous écouter ! Et Royan aussi, si ça ne vous dérange pas d’avoir plus d’une personne. Nous voudrions en connaître plus sur l’origine des mékalarmiens, leur histoire et tout. Vous n’êtes pas obligés de tout nous révéler, c’est juste que votre race reste si mystérieuse. »

« Oh mais vous savez, ça n’a rien de si extraordinaire, malgré les apparences. »

« Je suis certaine que si ! Donc je vous laisse commencer. Car je ne sais pas du tout vers quoi vous voulez vraiment débuter. »

« Euh… Nous pourrions parler du statut particulier des adeptes de Zélisia et Alzar dans notre culture. Tu en dis quoi, toi ? »

« Ça me semble être une bonne idée. Tout d’abord, je pense qu’il n’y a pas besoin de vous rappeler que pour un mékarlarmien, il est aisé de savoir quel élément il maîtrise puisque cela se répercuter sur nos écailles en particulier. »

« Oui oui, même si vous êtes les premiers mékarlarmiens à écailles blanches que je rencontre, pour ma part. Et toi, Royan ? »

« Il en est de même de mon côté. Mon statut royal ne m’offre pas de relation privilégiée avec les mékarlarmiens, loin de là. »

« Oh ! Avant que vous continuiez, si vous êtes en blanc pour les adeptes de Zélisia, il existe donc des… mékalarmiens aux écailles noires ? »

« Exactement mais nous préférons ne pas parler d’eux. En plus d’être terrifiants et cruels, pire que les gnomolds et les démons, ils sont d’une puissance sans pareil parmi les mékarlarmiens. Même pour nous, nous cherchons à éviter ou alors à les isoler. Certaines missions consistent même à les éliminer. »

« Très sympathique… mais ce n’est pas si rare malheureusement. C’est la même un peu partout d’ailleurs. Dès que tu es « gênant » ou une « plaie », certains n’hésitent pas à utiliser les grands moyens pour se débarrasser de toi. »

« Nous le savons parfaitement mais l’adage : « Moins nous en savons, mieux nous nous portons » n’a jamais été mieux appliqué que chez nous. »

« Je ne suis pas certaine que ça soit quelque chose dont il faut se vanter, nous sommes d’accord, n’est-ce pas ? »

« Il n’y a aucune raison de se vanter d’agir de la sorte. C’est pourquoi nous nous attarderons pas plus longtemps à ce sujet. »

Et c’était une excellente chose ! Maintenant, elle attendait qu’ils reprennent et cela ne tarda pas à se faire rapidement entende. Tout d’abord, le système politique, cela parlait d’un dirigeant et elle se rappelait que Tery en avait parlé y a bien longtemps, avec le fait qu’il en avait tué deux alors que ce n’était pas ce qu’il désirait à la base.

Mais surtout, il apprenait que chaque « type » de Mékalarmien s’affrontait pour savoir qui sera le dirigeant. C’est pourquoi les meilleurs éléments de chaque élément étaient justement prêts à se battre jusqu’à la mort pour obtenir le droit de diriger.

Après avoir obtenu ce droit, pendant une année, tous devaient lui obéir bien que cela n’empêchait pas les tentatives de meurtre et autres. Et après cela ? Eh bien, dans les faits, Royan se dit que ça expliquait pourquoi il y avait eu aussi rapidement un second dirigeant après le premier et que cela ne semblait pas avoir choqué la populace.

« Que pourrions-nous vous raconter d’autre ? Si nous voulons quand même vous apprendre des choses que vous ne connaissiez pas. »

« Sans rentrer dans les détails, peut-être nous parler de ce que vous avez subi ? Enfin de vos sciences et technologies ? Enfin, ces choses qui ont fait que vous étiez considérés comme du bétail pour votre propre espèce. Pourquoi et comment est-ce que les Mékalarmiens en sont arrivés là ? Qu’est-ce qui as poussé votre race à agir de la sorte envers ses propres citoyens ? Car c’est de la barbarie ! »

« Oh… Tout cela est uniquement pour une recherche de puissance. Le meilleur moyen d’écraser les adversaires. Vous savez, en y regardant ça de plus près, les démons réagissent de la même façon. »

« Maintenant que vous le dites, eux se dévorent, vous vous… comment ça marche en fait ? »

« Les parties de nos corps sont utilisées comme matériaux. Principalement, nos écailles ont de la magie en elles, ce qui permet alors de les utiliser aisément. Sinon, nos os et notre chair sont aussi très utiles. Du cuir, et tout le reste. »

« Mais comment vous faites pour tout ce qui est en acier et autre ? »

« Eh bien, on fait fondre le tout avec nos parties et voilà le résultat. Enfin bon, je dois vous avouer que ces derniers mois ont été assez rudes. Les Mékalarmiens ont appris que les armes faites à partir de Mékalarmiens porteurs des lignes de Zélisia faisaient des blessures horribles sur les démons, au point que certains d’entre eux ne pouvaient se soigner, qu’importe la méthode utilisée. Mais pour fabriquer de tels objets, il fallait tout « utiliser » chez un Mékalarmien, tout en le gardant en vie. »

Royan et Elise déglutirent, comprenant ce qu’il voulait dire par là. Il n’y avait pas cinquante mille solutions dans de tels dires. Cela devait être effroyable d’être gardé en vie, de manière artificielle pour juste permettre aux autres de produire leurs équipements.

« Pfiou… Et le mode de vie ? Comment ça se passe en famille ? En communauté ? Toutes ces choses au sein d’une même famille ? »

« Ne tentez pas trop d’avoir l’affection et l’amour des membres de votre famille. Oh, cela existe mais dès qu’il s’agit de vouloir montrer que l’on est celui qui aura le plus d’honneur dans le futur, les combats sont déjà très rudes. »

« D’accord… Pfiou.. Bon, à vous écouter, ce n’est définitivement pas réjouissant. Je pense que sur le coup, je préfère encore quand vous soyez heureux et joyeux. Enfin, plutôt, considérez que vous êtes les bienvenus ici et que c’est votre nouveau foyer. Enfin, un foyer qui se déplace et tout le reste. Sans être considérés comme des mercenaires, on va dire. »

Car oui, les mercenaires, c’était encore autre chose. Des soldats payés pour agir et qui se déplaçaient de royaume en royaume. Eux, c’était simplement parce que pour l’heure, ils n’avaient pas le choix. Ils avaient chacun un toit du moins pour la majorité d’entre eux.

« Merci pour toutes ces informations. Je pense que je vous poserais des petites questions comme ci, comme ça. »

« Il n’y a aucun souci, princesse Elise. Vous venez quand vous le désirez ! Nous serons toujours là ! Encore une fois, nous vous remercions de nous garder parmi vous malgré nos petites particularités. »

« Ooooh ! Vous savez, en y réfléchissant, il n’y avait bien que Royan et Clari qui étaient « normaux » dans notre groupe donc ne vous inquiétez pas, je suis habituée à ces petites choses qui nous rendent différents. »

Et elle s’en alla, accompagnée de Royan. Même si elle savait que Royan ne le montrait pas, il semblait assez surpris du fait qu’elle soit vraiment capable de se comporter comme une membre de la royauté alors qu’elle ne savait ses origines que depuis quelques mois. Lorsqu’il avait fini par lui poser la question, elle avait signalé qu’elle avait juste cherché à imiter les nobles qui passaient quelques fois dans l’auberge où elle avait travaillé.

« Royan ? Tu penses qu’ils enverront une nouvelle patrouille quand ? Tu crois que nous devrions préparer quelques pièges et autres ? »

« Cela me semble nécessaire. De même, il faudrait voir si nous ne pouvons pas utiliser de la magie pour être sûrs que ces pièges soient vraiment efficaces ou alors créer des illusions pour qu’ils tombent dans ces pièges. Plus vite nous arriverons alors à éviter qu’ils ne sachent où nous sommes, mieux ce sera pour notre sécurité. »

« Cela sera difficile vu que les démons sont normalement habitués à la magie. Et les monstres pourraient se risquer à nous trouver. »

« Et en créant différentes voies, Elise ? Qu’est-ce que tu en dis ? S’ils se perdent dans un semblant de labyrinthe, peut-être que nous gagnerons du temps encore ? »

« C’est une chose à étudier mais ils peuvent très bien détruire les murs du labyrinthe et aller tout droit et ensuite, nous… »

« Il suffira alors de piéger ce chemin aussi. Dès qu’ils tomberont sur plusieurs pièges à la suite, ils arrêteront de réagir de la sorte. »

Elle avait l’impression que Royan était parfois aussi étonnant que Manelena. Enfin, étonnant dans le fait que ce genre de tactiques, elle les voyait plus provenir de la part de la reine de Shunter que de Royan. Vraiment, chacun avait subi l’influence de ceux qui n’étaient plus à leur côté pour le moment.

« Qui sait… Royan ? Tu crois qu’il y a une minuscule chance que Tery et Manelena entendent parler via des rumeurs de cet endroit ? »

« Si nous restons dans les environs et que nos continuons notre travail, ce n’est pas impossible, oui. Loin de là, je dirais. »

« Alors, je pense que pour Elen, il faut que nous restions ici. Si par chance, Manelena et Tery viennent, je suis certaine qu’elle sera plus qu’heureuse. »

« Cela ne va pas nous faciliter la tâche mais la raison me semble légitime et honorable. Donc, je suis d’accord avec toi, Elise. Mais gardons cette raison secrète. Même si je suis certain qu’Elen apprécierait que l’on fasse tout ça pour elle, tu as remarqué qu’elle a changé, non ? Elle ne pense plus uniquement à sa personne et Tery. Elle risquerais de s’en vouloir si elle considérait que nous ralentissions le groupe juste pour elle. »

C’est pourquoi elle acceptait ce qu’il disait. Garder le silence sur ces petites choses « sans importance » était le meilleur moyen pour que tout se déroule pour le mieux. Mais il fallait obtenir des résultats et c’était cela qu’elle espérait.

Chapitre 28 : Éradication nécessaire

Chapitre 28 : Éradication nécessaire

« Ne laissez aucun d’entre eux s’échapper ! Bloquez toutes les issues ! »

Elise criait encore même si elle se trompait à moitié dans ses paroles. Des issues ? Alors qu’ils n’étaient pas dans un bâtiment mais à l’extérieur ? Pour autant, les soldats comprenaient où elle voulait en venir, se plaçant autour des soldats démoniaques restants.

« Réduisez leur nombre au maximum ! N’en gardez que quelques uns vivants, pas besoin de tous ! Qu’ils comprennent où est leur place ! »

Elen s’était arrêté d’attaquer. Leur armée avait maintenant un avantage définitif. Cela ne serait plus qu’une fraction de minutes avant que le combat ne soit conclu. Mais bon, elle n’avait pas ranger son arc pour autant.

« Vous semblez vraiment exténués, vous deux ? Cela va aller ? »

« Hein ? Euh.. .Vous vous préoccupez vraiment de nous ? » demanda l’un des deux mékalarmiens après la question d’Elen à leur encontre.

« Y a quoi de si étrange ? En vue de l’aide que vous avez apportée, ça me semble logique non ? Donc bon, si au moins, vous êtes capables de parler, c’est que ça va. Ne bougez pas d’ici, vous en avez assez fait pour nous. »

« Euh, nous allons bien, merci de votre préoccupation, c’est très gentil de votre part, nous tenions à ce que vous le sachiez. »

« Hahaha ! Y a pas de quoi ! Vous êtes bizarres pour des mékalarmiens, mais sachez juste que ce n’est pas un mal. »

Elle aussi avait décidé quelques ronds de jambe en les écoutant. Ils la regardèrent, un peu perplexes jusqu’à ce que des cris se fassent entendre, le commandant ennemi commençant à éliminer ses propres soldats, prêt à en dévorer un morceau.

« OH QUE NON ! On ne va pas te laisser faire ! »

Avant même qu’un morceau n’aille dans sa bouche, le commandant avait perdu son bras, des gerbes de sang volant dans tous les sens alors qu’il hurlait à la mort, s’écroulant à genoux. Aussitôt, plusieurs mains le forcèrent à rester au sol, lui retirant toute possibilité d’attaquer et de se défendre.

« Lâchez-moi, bande de chiens galeux ! Lèche-bottes au service d’une traînée à moitié démone ! Vous devriez avoir honte de suivre une créature comme elle ! »

« Oups… J’ai cru très mal entendre, n’est-ce pas ? J’ai l’impression que l’on vient de me comparer à une dame de plaisir, non ? » murmura Elise, se ramenant au niveau du commandant, sourire mauvais aux lèvres. Celui-ci avait été relevé à peine pour qu’elle puisse le regarder de haut. « Mais ne t’en fait pas, je ne vais pas te tuer puisque j’ai besoin d’en savoir un peu plus sur ce que font mon frère et ma sœur. Et ne t’en fait pas, je saurais te faire parler, Manelena m’a donné quelques petites astuces au cas où. »

Royan déglutit à côté d’elle. Même sans avoir pris la parole, il était aisé de voir à quel point il était peiné pour le commandant. Bien que les soldats ne comprenaient pas ce que cela impliquait, il jeta un petit regard en arrière, vers Elen.


Il était certain qu’Elen avait aussi appris quelques diverses choses de la part de Manelena bien qu’elle ne voulait pas le montrer. S’il s’agissait vraiment de torture, comme Elise le proclamait, il avait déjà mal pour le commandant.

« Bon, si nous sommes certains qu’il n’y a aucun démon qui a réussi à s’enfuir, récupérez les cadavres de tout le monde. Nous irons nous occuper de faire un charnier pour les leurs tandis que nous ferons une sépulture décente pour nos combattants. »

Comme auparavant, elle reprenait un peu les rênes de la troupe même si elle tournait parfois son visage vers Royan pour être certaine qu’elle agissait comme il le fallait. Il lui répondait alors juste par un sourire et une main qui chercha la sienne.

Un peu plus tard, ils étaient à nouveau dans le campement à l’entrée du tunnel qu’ils avaient commencé à creuser. Comme elle l’avait demandé, les cadavres avaient été tous ramenés, Elise demandant à ce qu’on fasse le tri.

« Je ne veux pas que l’un de ces démons soit mélangé avec nos vaillants combattants. Quant à toi… Hmm … Oh, c’est vrai que tu continues de saigner, n’est-ce pas ? En même temps, perdre un bras, ça doit être horrible. Je ne voudrais pas que tu succombes avant d’avoir parlé. Je vais donc t’offrir un petit aperçu de ce qui t’attend. »

Elle avait observé le bandage de fortune sur le moignon ensanglanté du commandant démoniaque. Imbibé de sang, le bandage était à peine efficace mais elle posa une main sur celui-ci avant d’avoir un grand sourire.

« Pas besoin de lui donner un morceau de bois. Il est plus aisé pour nous d’entendre nous supplier de lui laisser la vive sauve. »

Et son corps s’enflamma subitement, de courtes flammes qui ne risquaient pas de toucher une autre personne sauf si elle était au contact ce qui était le cas pour le commandant ennemi. Celui-ci poussa un hurlement, incapable de mouvoir alors sa chair sanguinolente se faisait cautérisée de force.

Quelques instants suffirent pour que le démon se mette à haleter, les larmes, le moignon ayant laissé place à de la chair brûlée mais dont le sang ne s’écoulait plus. Cela avait été drôlement efficace, plus qu’elle ne l’avait imaginé.

« Leçon apprise ou tu comptes encore faire le fanfaron ? »

« Tu peux toujours courir, sale… »

« Je ne vais pas être ton ennemie. Je veux simplement avoir une confirmation que ce sont bien des démons au service d’Haiktos et d’Halyza qui ont décidé de venir nous attaquer en pensant qu’ils seraient capables de nous battre. »

« HAHAHA ! Haiktos ? Vraiment ? Comme si nous allions nous cacher en nous faisant passer pour des démons à son service ! »

« Donc une petite confirmation comme quoi vous êtes bien au service d’Halyza, ma sœur aînée. C’est déjà bon à savoir. Mais on dirait que vous avez une sacrée dent contre Haiktos. Il faut se dire qu’il doit sûrement mettre à mal bon nombre d’entre vous d’après mes souvenirs. Même Tery n’arrivait pas à le battre lors de cette séance d’entraînement. »

« HAHAHA ! Haiktos… Ouais, juste bon à faire la guerre et aller sur le terrain pour se battre, il n’a pas les compétences d’un chef, contrairement à dame Halyza. »

« Dame Halyza, dame Halyza, je vais finir par croire qu’elle aurait presque plus de classe que Lyzé mais si elle est comme cette dernière, elle a sûrement juste tenté et réussi de vous séduire. Ah… Mes sœurs qui se sentent obligées d’utiliser leurs charmes pour… »

Un crachat ensanglanté vint atteindre sa joue, le démon n’ayant pas cherché à se retenir. Déjà un soldat s’apprêtait à en terminer avec le malandrin mais Elise l’arrêta dans son mouvement, son sourire s’accentuant.

« Oh ? Il semblerait que vous n’appréciez pas vraiment que l’on insulte votre petite déesse personnifiée, hein ? C’est un peu comme si elle était votre… Zélisia hein ? »

Et puis, comme si elle se doutait de ce qu’il allai faire, elle lui donna un coup de genou dans le menton, le second crachat qu’avait préparé le démon lui retombant sur le visage en même temps que quelques dents fissurées se présentaient dans sa bouche.

« Tu n’aimes pas que l’on parle de Zélisia ? Et pourtant, c’est un peu ce que vous pensez d’elle non ? Votre dévotion presque religieuse, elle y ressemble tellement. »

« NE COMPARE PAS CETTE SALOPE DE DIVINITÉ À NOTRE DAME HALYZA ! »

« C’est triste, et pourtant, je peux continuer longtemps. Sincèrement ,de ce que j’ai vu, Halyza est juste le genre de démone qui ne sait rien faire par elle-même. Au moins, Haiktos avait une certaine prestance. Il faut dire ce qu’il est. »

« Haiktos ne sera plus qu’un lointain souvenir ! Hahaha ! Il sera mort comme les autres ! »

« Ah oui ? Et si c’est par des types comme vous, je suis pas certaine qu’il ait quelque chose à craindre. Vous êtes si faibles. »

« Comme nous ? Héhéhé. Nous ne sommes que des éclaireurs. Non ! Dame Halyza a forgé des alliances avec de nombreux peuples à la surface. Vos armes et armures sont d’une qualité différente des nôtres mais nos meilleurs hommes sont capables de les améliorer et de nous donner encore plus l’avantage sur les autres démons ! D’ici quelques mois, vous serez tous morts et soumis à notre dame ! »

« Ah… Vraiment. Pour quelqu’un qui avait décidé de ne pas l’ouvrir beaucoup, tu parles bien plus que je ne le pensais. Enfin bon, j’ai plus ou moins obtenu tout ce que je pouvais avoir d’une personne comme toi ? Tu as bien dit que tu provenais d’un simple groupe d’éclaireurs, non ? Est-ce que je me trompe ? »

« Tsss ! En plus, t’es complètement bouchée. Je viens de te le… AAAAAAAAAH ! »

« Bon alors, je n’ai plus besoin de toi. Tu peux mourir. »

Elle l’avait empêché de terminer sa phrase, plaçant sa main sur le visage du démon, commençant à produire une flamme qui consuma l’intégralité de son corps. Quelques secondes suffirent à le réduire en cendres, faisant un petit geste de la main pour les balayer hors de la tente dans laquelle elle se trouvait.

« J’espère que je n’ai pas été trop violente pour vous ? »

Elle s’adressait aux soldats qui l’entouraient, mais aussi à Royan et Elen. Ces deux derniers ne répondirent pas, les soldats hochant la tête négativement.

« Il était prévu qu’il meure après l’interrogatoire. Je ne pouvais pas laisser un tel être vivre trop longtemps parmi nous. Il aurait été capable de manipuler quelqu’un pour se délivrer. Il n’en restait pas moins un puissant démon. »

Mais plus assez puissant pour elle. Elle commençait à ressentir les effets d’être la fille du monarque du monde démoniaque. Elle l’avait déjà compris auparavant, depuis cette révélation mais elle acceptait sa condition, son sang acceptait d’être cette fille.

« Bon au moins, cela finira de convaincre tout le monde que tu n’es pas là pour plaisanter, Elise quand cela s’avère nécessaire. »

« Les évènements sont plus qu’importants. Je ne peux pas me permettre de faire comme si de rien n’était, Royan. Et puis surtout… »

Elle baissa les yeux, silencieuse pendant quelques secondes, ne semblant pas vouloir terminer sa phraser avant de pourtant le faire peu de temps après :

« Je suis l’unique responsable de ces morts, aujourd’hui. Si je n’avais pas ouvert ma grande bouche, tout cela ne serait jamais arrivé. »

« Il te faut tirer un trait sur le passé, Elise. Si tu continues de t’accrocher à tout ça, tu ne pourras plus jamais avancer. Ils ne t’en veulent pas pour les morts, ils sont heureux d’être tous ressortis en vie. Et puis bon, il s’agissait de soldats, ils savaient ce qui allaient les attendre en venant nous rejoindre. »

« Oui mais tu vois, je ne suis pas plus heureuse comme ça, Royan, désolée. »

« Tu n’as pas à t’excuser. De toute façon, nous avons appris des choses importantes aujourd’hui. Tes deux aînés ne collaborent pas ensemble. »

« C’est ce que nous pourrions croire mais ce démon était trop zélé et fanatique qu’il aurait été aisé de le manipuler, non ? »

« Ce n’est pas faux mais donc, gardons quand même une part de réalisme. Il y a quand même de bonnes chances qu’ils ne soient pas alliés. Il faudra obtenir plus d’informations. »

Mais surtout, il avait réussi à lui faire changer un peu les idées. Il était assez satisfait d’y être arrivé. Maintenant qu’ils en avaient fini avec les démons, peut-être était-il temps d’interroger les deux mékalarmiens ? Lui-même devait avouer qu’il n’avait pas pensé à parler avec eux, n’ignorant pas leurs présences mais à part ça… ils avaient évité jusqu’à aujourd’hui de se retrouver au combat.


Il proposa donc d’aller voir les deux mékalarmiens, et surtout savoir s’ils étaient en état de discuter. Comme Elen et Elise avaient accepté, la première ayant récupéré sa fille. Le plus surprenant avait été les réactions des mékarlarmiens. Dès l’instant où Elise allait ouvrir la bouche, ils vinrent s’inclinent devant elle, s’exclamant :

« Pardonnez-nous, princesse Elise, pour avoir utilisé nos pouvoirs sans votre accord ! »

« Euh… Je voudrais bien vous pardonner mais vous avez fait quoi de mal ? Et depuis il faut que je vous donne votre accord pour cela ? »

« Nous sommes de mauvais citoyens de Mékalarma. Nos pouvoirs liés à Zélisia sont puissants, très puissants mais nous n’avons presque aucune endurance. Nous nous sommes enfuis il y a longtemps car notre race voulait nous tuer, vu que nous étions inutiles, même en tant qu’armes et armures. Nous vous laissons imaginer ce que nous aurions donné en tant que tels. Des armes et armures parmi les plus fragiles existantes. »

Trop d’informations, beaucoup trop d’informations ! Elle tentait de comprendre le tout, espérant que ses deux compagnons y arriveraient mais eux aussi semblaient autant perplexes qu’elle. Ah… Cela n’allait vraiment pas les aider.

« Mais pourquoi est-ce que vous nous dites ça ? »

« Nous ne voulons pas être rejetés ici aussi ! Pendant des semaines, nous avons passé beaucoup de temps à regarder les démons et les surfaciens s’entendre comme s’ils étaient tous unis ! Pareil avec votre discours ! Vous ne semblez pas faire de différences entre les races ! Nous ne voulons plus être des mékalarmiens ! Nous voulons être des personnes comme toutes les autres ! Nous ne voulons pas être sacrifiés à cause de nos pouvoirs ! Nous voulons pas être transformés en armes ou armures ! Nous avons vu tellement de… »

« Allons, allons. Calmez-vous donc tous les deux. Ici, il n’y a rien de tout cela. Tout d’abord car nous n’en avons pas les capacités. Ensuite, tout simplement car ce n’est pas notre but, loin de là. On veut simplement retrouver nos compagnons et aussi retrouver mon père. »

« Votre père, l’empereur des démons. Nous avons entendu cela comme les autres. Et vos compagnons, il s’agit du démon l’origine des portes démoniaques, enfin de leurs ouvertures, c’est bien ça ? Et l’autre personne, c’est la reine de Shunter. »

« Vous êtes quand même bien au courant pour des déserteurs, non ? »

« Les Mékalarmiens sont vaniteux et vantards par nature. Donc s’ils peuvent déclarer des choses qui ridiculisent les autres nations, ils ne vont pas se priver. Ainsi, le fait que ce démon nommé Tery, proche de la reine Manelena, soit la cause de tout ceci, est connu de tout Mélakarma. Nous sommes désolé si nous vous avons insulté. »

« Oh non, vous en faites pas, j’ai eu ma dose d’insultes pour la journée et ça ne venait pas de votre part. Mais bon, grâce à vous, nous avons réussi à nous en sortir et surtout, vous nous permettrez de montrer que comme les gnomolds, les mékalarmiens ne veulent pas forcément que tout se finisse dans le sang et la guerre. »

Et pour cela, elle leur adressa un petit sourire franc et sincère, montrant par là qu’elle était très sérieuse dans ses dires concernant les deux mékalarmiens. Néanmoins, elle ne comptait pas en terminer là, déclarant :

« Mais si vous avez envie de parler à nouveau de Mékalarma, je suis certaine que cela intéressera beaucoup de gens par ici. Votre peuple reste très secret vu qu’il ne veut pas se rendre accessible à beaucoup de monde. »

« Euh, si cela vous intéresse vraiment, ça ne nous dérange pas. »

« En même temps, c’est vrai que peu de gens connaissent les mékalarmiens à part les mékalarmiens eux-mêmes. »

Et la raison à cela ? La peur que l’on leur vole leur technologie ? Ils n’en savaient trop rien, ils devaient avouer. Mais si c’était le prix à payer pour rester vivre parmi eux et être plus ou moins en sécurité, cela leur semblait peu.

« Comptez sur nous alors, princesse Elise. Vous pouvez considérer que votre demande sera donc satisfaite ! »

« Oh mais je n’ai aucun doute à ce sujet, j’en suis certaine, hahaha ! Bon, je vais sûrement aller me reposer un peu, je suis fatiguée. Que chacun fasse de même. »

Elle avait donné quelques consignes. Chacun pouvait faire ce qu’il désirait, ce n’était pas un ordre précisément. Elle sentait juste qu’avec tout ce qu’ils avaient eu comme émotions aujourd’hui, cela serait pour le mieux.

Retrouvant Royan dans leur propre tente, le jeune homme aux cheveux bleus était légèrement songeur avant de dire calmement :

« Je ne pensais pas que les mékalarmiens se confieraient aussi facilement à nous. Tu dois sûrement faire une très bonne impression. »

« Hey ! Tu dis ça comme ça… comme si c’était si étrange ! C’est un peu vexant que tu ne penses pas que ta chère femme soit capable d’une telle chose ! »

« Oh, je n’ai pas dit ça, pas du tout. Enfin non… c’est juste que les Mékarlarmiens sont encore moins approchables que les gnomolds et donc, savoir que deux d’entre eux sont prêts à se révéler à nous, c’est surprenant. »

« Eh oui, que veux-tu, ta chère petite femme arrive à charmer même les plus récalcitrants de mékalarmiens. Tu devrais faire attention. »

« Est-ce que cela veut dire que tu comptes te mettre en avant pour obtenir ce que tu veux ? »

Il avait demandé cela avec le plus grand des sérieux, fixant du regard Elise qui se sentit soudainement gênée en bredouillant :

« Mais qu’est-ce que tu es en train de t’imaginer, je peux savoir ? Ce n’est pas comme ça, tu sais hein ? Je ne ferais pas ça ! Je ne suis pas comme Lylé, moi ! »

« Lylé ? Ah oui, l’une de tes sœurs aînées. Tu m’en avais parlé, non ? Mais dis-moi, tu es vraiment rouge aux joues ou c’est moi ? »

« Fais pas l’innocent ! Tu sais pourquoi je suis rouge comme une tomate ! Tout ça, c’est de ta faute et personne d’autre ! »

Elle lui avait presque crié dessus mais il l’attrapa doucement par la hanche avant de la ramener contre lui, plaçant son front contre le sien avant de lui chuchoter :

« Cela, c’est pour t’apprendre à jouer avec mes sentiments. Espérons que tu le regretteras assez longtemps pour t’en souvenir, n’est-ce pas ? »

Elle commença à déglutir un peu, comprenant qu’elle était tombée dans son piège. Dire qu’elle voulait juste s’amuser tout doucement. Mais elle était si peu habituée aux réactions de la sorte de la part de Royan, elle en était encore troublée.

« Royan, tu ne veux pas me montrer que je suis juste à toi et uniquement à toi ? Je ne sais pas trop ce que j’ai mais ces derniers jours, je ne suis jamais rassasiée. »

« Hum… Euh, attendons plutôt la nuit pour cela, si tu veux bien ? »

Attendre la nuit, c’est long mais elle comprenait. Elle allait devoir faire attention à ne pas porter sa voix trop haute. Mais de toute façon même quand c’était ainsi, il arrivait à la faire taire via de multiples baisers qui l’étouffaient.

Elle posa ses mains sur son propre ventre, comme une jeune femme sage. C’est vrai, les fois après la première, ils avaient été assez expressifs mais maintenant, ils préféraient quand même prendre quelques précautions pour ne pas déranger les autres.

« Je vais rester un peu ici, Royan. Si tu veux parler avec les autres, tu le peux, d’accord ? »

Il hocha la tête, lui demandant juste si ça allait par mesure de précaution. Elle déclara que oui, il n’avait pas à s’en faire. Lorsqu’elle se retrouva seule, elle s’observa. Elle avait vraiment du mal à se contrôler ces derniers jours.

« J’espère que je ne suis pas en train de tomber malade. Il ne manquerait plus que ça se passe alors que nous sommes en pleins travaux. Je dois être forte. »

C’était juste qu’elle avait le ventre qui se retournait parfois. Oh, pas au point de vomir non plus mais disons qu’avec le combat et autre, elle avait eu du mal à ne pas se retenir de redécorer le sol de sa bile. Mais heureusement, rien de tout cela n’était arrivé. Elle ne voulait pas en parler à Royan, ne voulant pas l’effrayer. Elle s’installa simplement sur le lit de camp, sombrant rapidement dans le sommeil, oubliant la petite soirée prévue avec son homme.

Chapitre 27 : Déjà vu

Chapitre 27 : Déjà vu

« Pfiou ! Dire que ça va progresser bien plus vite que prévu, si ce n’est pas une bonne nouvelle, ça. Heureusement que ce village avait ce qu’il fallait et nous a proposé ses services, tu ne crois pas, Royan ? »

« Ils ont été un peu prompts à accepter mais j’imagine qu’ils n’ont pas vraiment pensé qu’ils avaient le choix en nous regardant. »

« Pourtant, je me suis présentée comme la princesse Elise. Cela a sûrement joué un peu quand même sur leur décision, non ? »

Il hocha la tête, comme si cela sonnait une évidence. Le souci, c’est qu’il avait considéré la décision d’Elise d’un peu trop dangereuse à son goût/. Et sauf qu’il n’avait pas réussi à le lui dire. À partir de là, il était maintenant un peu tard pour revenir en arrière.

« Espérons juste que tout se passe bien, c’est tout ce que je désire. »

Il chuchotait ça pour lui-même, évitant que quelqu’un ne l’entende. Avec leurs discussions de ces derniers jours et tout le reste, il n’avait pas l’esprit tranquille. Et cela le taraudait plus qu’il ne le pensait. Il voulait bien en parler à Elen mais il y aurait un petit risque qu’elle en discute ensuite avec Elise et il ne voulait pas qu’elle soit froissée qu’il ait gardé ça pour lui. Les sentiments amoureux des femmes, c’était vraiment compliqué.

Pour autant, ce n’était pas pour cela qu’il devait la prendre avec des pincettes. Le jeune homme aux cheveux bleus retourne auprès d’Elise, prenant une profonde respiration avant de placer ses mains sur ses épaules.

« Elise, je voulais te dire quelque chose d’assez important. »

« Hmm ? Oui ? Je t’écoute, Royan. Pourquoi tu as cet air si peiné en me regardant ? »

« C’est juste que… je ne veux pas que tu sois vexée mais, je tenais à te dire que tu as peut-être faire une idiotie en parlant au village. »

« Hein ? Idiotie ? Mais comment ça ? Je veux bien que tu dises ça mais seulement si tu me donnes des explications, Royan ! Car là, je vois pas de quoi tu parles ! »

« Tu as clairement annoncé à tous et à toutes que la princesse Elise était en vie… mais surtout non-loin du village. Plus nous descendons, plus nous nous rapprochons de la capitale, c’est bien ce que tu as dit, n’est-ce pas ? »

« Oui oui, c’est exact mais… où veux-tu en venir ? »

« Tout le monde dans le village ne veut pas forcément que la princesse Elise soit en vie. »

« MINCE ! Tu crois vraiment qu’il y aurait des gens qui… » commença à dire Elise alors que Royan hochait la tête positivement. Elle déglutit, regardant Royan, bien plus inquiète maintenant. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle avait commis une erreur aussi grossière sans même y faire attention. Elle… Elle venait peut-être de tous les condamner.

« Tu n’as pas à t’en faire, Elise. Nous pouvons régler cela. »

« Qu’est-ce que tu racontes, Royan ? Ils ne sont même pas au courant qu’ils vont peut-être tous mourir par ma faute d’ici les prochaines heures ou les prochains jours ! »

« Personne ne viendra décéder tant qu’ils sont sous ma protection. Et surtout pas à cause de certains démons qui veulent nous mettre des bâtons dans les roues, compris ? »

« Co… Compris, Royan. Je suis… Je suis vraiment désolée. »

À force d’être trop enjouée avec son idée, elle en avait totalement oublié les règles de sécurité élémentaires. Et voici où ils en étaient maintenant ! Tout ça parce qu’elle n’avait pas pris ses précautions ! Ah… Non, elle ne devait pas pleurer. Mais pourquoi est-ce qu’elle craquerait maintenant et pas avant ?

« Elise, va donc voir Elen pour te calmer. Cela sera beaucoup mieux que de traîner sur place, comme un chien en cage. »

« Tu n’es pas obligé de me parler, comme ça, Royan ! »

« Hein ? Mais, je ne t’ai pas crié dessus, Elise. Allons, Elise. Tu n’as pas à t’en faire, je t’ai promis que j’allais te protéger, je tiens toujours mes promesses, tu le sais non ? »

Elle n’ose pas lui répondre verbalement. Elle n’ose pas relever son visage vers lui. Elle est juste… là. Elle pensait avoir bien fait depuis le début mais ce n’est pas le cas en fin de compte. Elle s’était trompée sur toute la longueur.

« Ce n’est pas bien de dire ça, Royan. Je pensais pas que… Je ne pensais pas que j’allais pleurer, pas comme ça. Pas devant tout le monde. »

« Eh bien, ça arrive. Je vais aller expliquer la situation. Quant à toi, va voir Elen ; »

Il finit par enfin la relâcher, la jeune femme aux cheveux auburn retournant penaude auprès d’Elen, commençant à expliquer ce qui s’était passé. Elle s’attendait à des réprimandes de la part de la demoiselle aux cheveux blonds, mais celle-ci s’occupait de son enfant, déclarant que ça arrivait à tout le monde de faire des erreurs. Elle-même n’avait clairement rien à dire à ce sujet, loin de là même.

Elle était très mal placée alors que des gaffes, elle ne pouvait plus les compter tellement elles étaient nombreuses. Et certaines avaient été très dangereuses pour le groupe. C’est pourquoi, définitivement, elle allait plutôt lui dire que tout allait s’arranger et cela malgré ses erreurs. Elle pouvait apprendre de ces dernières hein ?

« Nous allons commencer à explorer les environs. Certains sont déjà en train de creuser. Je pensais avoir compris que nous ne le ferions pas avant d’être bien installés mais on dirait qu’ils veulent faire du zèle. Je trouve ça un peu gênant de vouloir faire un tunnel alors que nous devons encore nous déplacer pour retrouver Tery et les autres. »

« Pourtant, ce n’est pas si étrange, Elen. »

Peut-être qu’elle ne l’avait pas expliqué correctement mais elle et Tery, à l’époque, alors qu’ils voyageaient et exploraient les environs de la capitale après avoir été reçus là-bas, avaient remarqué que la capitale démoniaque était au plus profond des souterrains mais aussi au centre de ces derniers. Comme une gigantesque cuve qui emmenait tout dans le fond.

Ainsi, au plus proche de la capitale, les zones n’étaient pas si élargies que ça et vu qu’ils avaient marché pendant un bon bout de temps depuis qu’ils étaient ici, même en creusant le tunnel à côté d’eux et en explorant les environs, ils devraient très vite retourner au point de départ. Elen se gratta la joue, comme légèrement embêtée, murmurant :

« Mais si vous faites cela, ça ne veut pas dire que les démons de la capitale risquent de nous trouver bien plus facilement eux aussi. »

« Non, j’y ai pensé sur le coup mais la majorité est si prétentieuse et narcissique qu’après avoir découvert les environs, il n’y a généralement aucune garde qui patrouille dans les environs. Il faut comprendre qu’ils ont un mode de vie qui est « Dévorer ou être dévoré. » Si des personnes se perdent dans les alentours, c’est triste pour eux mais les monstres ne se priveront pas de les écharper. »

« Oui mais cela veut dire que nous aussi, Elise. Et les brigands ou autres ? »

« AH ! Les Brigands, étrangement, avec Tery, nous n’en avons pas vu tant que ça. Peut-être que les monstres étaient d’anciens démons hors-la-loi qui se sont transformés ? Mais de ce côté-là, nous n’avons pas à nous en faire, la discrétion est assurée ! »

« D’accord, tant mieux, c’est plus rassurant maintenant que tu le dis ainsi. »

Elise avait retrouvé le sourire. Il lui en fallait peu à cet instant précis et elle était perplexe à l’idée que son comportement était très irrégulier ces derniers temps. Mais au moins, maintenant qu’elle avait été un peu complimentée par Elen, elle allait observer les travaux sur le tunnel. De base, il n’allait pas être très compliqué.

Les « architectes » du groupe avaient signalé comment ils allaient réaliser ce petit tour de passe-passer. De base, ils allaient tout simplement creuser en ligne droite, installer un espace assez grand pour y entreposer des outils et quelques emplacements pour les soins et autres. Puis ensuite, ils allaient commencer à creuser pour monter… puis recommencer et ainsi de suite. Cela ne servait à rien de faire un long tunnel qui allait uniquement monter jusqu’à la surface. Ceux qui voudront le traverser avaient besoin de plusieurs endroits où se reposer.

Et vu qu’ils n’allaient pas laisser la nature travailler à leur place, il fallait imaginer tout cela comme si seuls les démons et les surfaciens allaient traverser ce tunnel. Après une rapide réflexion, ils en avaient conclu que ce projet n’était pas uniquement un simple tunnel mais quelque chose de bien plus grand et important, ils étaient en train de préparer une véritable voie qui pourrait être commerciale, vivable et autres. Dans les souterrains, les villages démoniaques n’avaient aucune route qui permettrait de les faire se rejoindre entre eux. Via l’instinct, les démons savaient plus ou moins quelle route prendre pour arriver à une nouvelle destination. Ainsi, le projet qu’ils étaient en train de monter était quelque chose en son genre pour toute la race démoniaque. Avec la fusion des connaissances du monde de la surface et des démons, ils pouvaient envisager de grandes choses !

En parlant de grandes choses, cela voulait dire aussi qu’ils allaient pouvoir vraiment… créer tout ceci. Il fallait juste du temps, cela n’allait pas prendre quelques jours, c’était sûrement un projet titanesque, qui allait nécessiter des mois et des mois mais… Ah… Tiens ? Royan et Elen ne sont pas là ? Ah oui, c’est vrai ! Ils avaient dit qu’ils partaient en patrouille avec quelques soldats pour être sûr qu’ils ne soient pas dérangé pendant qu’ils travaillaient.

« J’imagine que tu ne m’as pas demandé de rester sur mes gardes juste pour le plaisir, Royan. Et surtout sans Elise, n’est-ce pas ? »

« Depuis qu’elle a prévenu par mégarde à notre sujet, je ne suis pas rassuré. Tu peux dire que c’est une mauvaise prémonition mais ainsi, je ne suis pas… enfin… »

« Pas besoin d’en dire plus. Je suis un peu rouillée, alterner entre la marche et m’occuper de mon enfants, s’il y a besoin de se battre, ça ne sera pas un problème. Mais… tu te rappelles de ce qu’Elise a dit sur les démons qui habitent les strates les plus profondes ? »

« Qu’ils sont bien plus puissants que ceux proches de la surface, oui. »

« Alors, à partir de là, tu comprendras que si nous tombons sur des démons néfastes, il ne faudra pas hésiter sur les coups. »

Il n’était pas le roi de Traslord parce qu’il était candide. Et Elen était la mieux placée pour savoir cela, non ? Elle avait été là… quand ses frères avaient été… Hmm, il secoua la tête négativement. Il n’avait aucune raison de se rappeler de ces mauvaises choses.

Oui, c’était le passé et le présent était la seule chose dont il devait se préoccuper. Mais pour ça, il fallait être sûr qu’il avait un futur qui lui serait accessible. Plongé dans ses pensées, il s’arrêta au même moment que les membres de son groupe.

« Eh bien, eh bien. Visiblement, les informations étaient fondées. »

« Dommage qu’on ait éliminé la démone qui nous a donné les dites-informations, haha. »

« Comme quoi, il est très laid de rapporter. Enfin, on ne va pas bouder notre plaisir. Cela doit être le groupe dont on parle depuis des semaines. Ils sont donc bien arrivés parmi nous. Dame Halyza se ravie que l’on fasse un peu de nettoyage. La traînée à moitié démone doit être dans les environs et… »

Le démon qui avait parlé tourna la tête juste au bon moment alors qu’une entaille ensanglantée se dessina sur sa joue, Royan ayant des lignes bleues sur son visage et sa main tendue vers le démon.

« Moins d’insultes. Il n’y a pas besoin d’imaginer pourquoi vous êtes ici. Vous venez de le dire par vous-même, non ? Alors, combattons jusqu’à ce qu’il ne reste plus… »

« Hum ? Dites, votre équipement et tout le reste, ils viennent de quel clan d’Honoros ? » coupa Elen en fronçant les sourcils. Derrière elle, quelques soldats, issus d’Honoros commencèrent à fixer les démons, clignant des yeux en remarquant que la jeune femme aux cheveux blonds disait la vérité. C’était bien ça !

« Il s’agit du clan des Slypian. Un clan connu pour faire preuve d’une grosse cruauté et manipulation pour obtenir ce qu’il désire. Nous pensions qu’il avait disparu depuis quelques mois… mais en fait, ils œuvraient pour ces démons. »

Sur le coup, Elen ne pouvait que confirmer par la pensée les propos du soldat. Elle ne connaissait pas tous les clans d’Honoros mais il était vrai qu’elle remarquait un emblème ressemblant à une tête de serpent de face, comme si l’emblème lui-même venait observer sa future victime.

« Bon, comme l’a dit dame Halyza, aucun survivant. Nous n’avons pas besoin de vous autres de toute façon, vous nous êtes inutiles. TUEZ LES TOUS ! »

Et voilà que l’assaut avait débuté. Pour autant, dès le premier démon qui fonça vers eux, une flèche dorée, teintée de lumière vint se nicher dans son crâne, la lumière prenant une tournure orange avant que la tête du démon n’explose sur le coup, le tuant net tout en repoussant ses comparses. Elen avait fait apparaître son arc, regard froncé :

« Désolée de ne pas l’être. J’ai cru entendre quelques insultes sur une amie qui m’est très chère. J’imagine que vous comprendrez que je ne pouvais pas laisser une insulte être impunie, n’est-ce pas ? Qui est le suivant ? »

Et bien entendu, aucun rire ou pointe d’amusement dans la voix. Non, elle ne semblait même pas se moquer de leurs adversaires. Ses démons n’étaient pas là pour plaisanter. Ils désiraient se battre jusqu’à la mort et elle allait leur offrir ce qu’ils désiraient. Elle observa Royan qui avait sorti lui aussi son arme ainsi que les autres soldats.

« LYNCHEZ-LES ! IL NE DOIT EN RESTER AUCUN ! OCCUPEZ-VOUS DE CETTE ARCHÈRE ! » hurla une nouvelle fois celui qui semblait être le commandant de cette petite troupe encore que dans les faits, ils étaient au moins aussi nombreux qu’eux… voire même peut-être plus vu qu’il y avait pas mal de personnes restées en arrière.

Les deux troupes se rencontrèrent, Elen reculant déjà. En tant qu’archère, cela ne servait à rien de combattre au contact. Comment elle pourrait faire pour se défendre de toute façon ? Mais elle gardait un œil sur Royan, au cas où tout tournerait plus mal que prévu. Elle ne voulait pas avoir à rapporter sa mort à Elise. Cette dernière risquerait de devenir folle et démente… comme Tery avec Clari.

« Hors de question de revivre ça une nouvelle fois. »
Elle ne permettrait pas à Tery de revivre une horreur de la sorte. Ni Tery, ni Elise, ni personne parmi ceux qu’elle aimait. Même Manelena ! Elle tira une flèche dans l’air, en direction des troupes ennemies. Si elle arrivait à abattre ce « commandant » avant les autres démons, peut-être qu’ils arrêteraient leur combat.

Non, autant ne pas se bercer d’illusions. Ces imbéciles étaient là pour un unique but : servir leur princesse Halyza et sûrement pour une belle somme d’argent vu qu’ils n’avaient aucune réticence à accomplir leur objectif.

« Mais c’est quoi cette force ?! »

Elle avait entendu un soldat crier à côté d’elle, se faisant projeter en arrière, une longue entaille ensanglantée tracée à la diagonale sur sa poitrine. L’armure avait été traversée avec une telle facilité que cela en était déconcertant. Cet équipement sur leurs adversaires ne semblait pas pourtant être des plus impressionnants.

Et pourtant, et pourtant … Il était en même temps bien plus efficace qu’il ne le serait aux mains d’un surfacien. Est-ce que les démons étaient capables d’améliorer l’équipement qu’ils portaient ? Non, si c’était le cas, cela rendrait le combat tout simplement impossible ! Ce n’était que le fruit du hasard !

« Ne vous laissez pas dominer par la peur ! Des démons, on en a déjà souvent affrontés ! De plus, nous en avons parmi nous ! Ils vous aideront à savoir combattre ceux qui veulent nous empêcher de retrouver nos compagnons ! »

Elle ne savait pas si cela allait vraiment donner du courage aux membres du groupe mais il fallait tenter un maximum. Mais plus le combat perdurait, plus elle remarquait que bon nombre des membres étaient en train de finir blessés, voire même morts pour une partie.

Comment faire pour les contrer ? Comment y arriver ? Elle-même était la seule à être vraiment efficace mais elle ne pouvait pas lutter contre une armée entière. Alors qu’elle remarquait que les démons entouraient Royan et trois soldats qui tentaient de le protéger, une vive lueur blanche traversa la zone tranchant net plusieurs démons ennemis alors qu’elle arrivait à voir la forme de cette lueur. Une hache à double lame ? Et pourquoi est-ce qu’elle sentait la puissance de Zélisia dans celle-ci ?

« Pfiou ! J’étais pas sûr que ça allait marcher mais tant mieux ! HEY ! Tu peux faire de même ! Tu vas tenter quoi ? »

« On va voir si la magie fonctionne quand on la fusionne ! »

Magie fusionnée ?! Comment ça ? Elle tourna son visage pour voir deux Mélakarmiens. C’est vrai ! Elle avait presque totalement oublié leurs existences mais ils avaient récupéré des Mékalarmiens. Ces hommes-reptiles… mais ils avaient des écailles blanches et la magie de Zélisia déferlait dans leurs corps avec une aisance certaine.

Le second Mékalarmien à côté du premier qui réceptionna sa hache, vint faire quelques signes d’une main, en direction d’un groupe de démons ennemis qui était habitué à attaquer à distance, la foudre venant s’abattre sur eux. Mais à contrario d’une foudre normale, celle-ci était imprégnée d’une magique qu’elle connaissait que trop bien.

« Une foudre… divine ? C’est possible ça ? »

Pour elle, c’était une évidence que d’utiliser ses flèches pour les imprégner de la magie de Zélisia mais même la magie, il était possible de faire ça ? Et quelle efficacité de la part des mékalarmiens, elle arriva à leur hauteur, se plaçant non-loin d’eux, arc bandé :

« Je vais me charger de votre protection ! Continuez vos attaques ! Aucun démon n’arrivera à vous approcher ! Visez ceux à distance ! »

« Vous en faites pas, c’est considéré comme déjà fait ! Euh… Par contre, on voulait pas se cacher, c’est promis ! »

« Mais de quoi vous parlez là ?! Sans vous, nous n’aurions aucune chance de pouvoir battre ces démons ! On vous doit sûrement la vie ! Mais pour ça, il faut que l’on termine ce combat et le plus vite possible ! »

« Ah ! Bon ben, euh, on s’expliquera après alors ! »

Pour des Mékalarmiens, ils étaient loin d’être prétentieux ces deux-là. C’était surprenant mais pas déplaisant. Surtout qu’ils faisaient honneur à leur race. Et cette fois-ci, la roue venait de tourner. Comme quoi, il suffisait juste d’un peu d’élan pour pouvoir permettre à leur groupe de prendre l’avantage.

Ils avaient été chanceux, chanceux d’avoir deux porteurs de Zélisia avec eux. Elle-même comprenait ce que ça voulait dire : Les démons supportaient difficilement Zélisia, étant en conflit permanent vu que tous ne pouvaient que posséder les lignes d’Alzar. Cela devait alors se faire aussi ressentir dans leur métabolisme.

Ah… Pfiou… Pfiou… Les autres membres de l’armée pouvaient souffler un peu mais hors de question pour elle et les deux Mékalarmiens d’arrêter le combat maintenant. Il fallait continuer jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de leurs adversaires.

« ROYAN ! J’ARRIVE ! TA FEMME EST À TA RESCOUSSE ! »

« Elise ?! Mais qu’est-ce qu’elle fait ici ? Elen ! On ne l’avait pourtant pas prévenue non ? Enfin, quelqu’un est sûrement parti pendant le combat pour les prévenir ! »

Mais au point que les renforts puissent arriver ? Ils combattaient depuis combien de temps ? Et leurs adversaires semblaient infatigables ! Enfin, malgré tout, ils périssaient quand même entre leurs mains, ce qui était une bonne chose pour leur propre survie.

Et avec l’arrivée des renforts mais surtout une Elise qui est rentrée en combat comme une furie en voyant son « chouchou » blessé, l’hécatombe se fait ressentir dans les troupes adverses. En même temps, Elise n’était pas une princesse démoniaque pour rien. Elle avait passé beaucoup de temps avec Tery sous terre. Et Royan qui venait se placer à côté d’elle et des deux Mékalarmiens. Il n’avait plus besoin de combattre.

« J’ai l’impression qu’ils se sont tellement améliorés pendant qu’ils étaient seuls. »

« Ce n’est pas le moment d’être jalouse, Elen. Disons plutôt que pour survivre à deux, dans un tel endroit, on devrait plutôt être heureux qu’ils soient devenus bien plus forts. »

« Oui, enfin, dans les faits, on va dire que sur le coup, tu serais complètement à la ramasse si un jour, elle décide de se mettre en colère. D’ailleurs, tu as pas remarqué qu’elle avait un comportement un peu trop… expressif ces derniers jours ? »

Hmmm ? Elle aussi l’avait remarqué ? Il pensait être le seul à avoir vu ce genre de petit changement chez Elise. Si elle avait une explication, il était prêt à l’entendre mais pour ça, il fallait d’abord en terminer avec ce combat.