Chapitre 13 : Preuve de faiblesse

Chapitre 13  : Preuve de faiblesse

« Hmm… Comment s’est passé ta nuit, Manelena ? »

« Plutôt bien, pas un bruit, personne pour venir me déranger, rien de tout cela. Bref, j’ai dormi comme une souche et ce n’était pas déplaisant. »

« Hmm, tant mieux. Je dois avouer que je n’ai pas trouvé le sommeil aussi aisément. »

« Â cause d’hier, c’est cela ? » dit-elle dans une question qui se voulait légèrement rhétorique, le jeune homme hochant à peine la tête. « Tu n’as pas à t’en faire. Si quelque chose se produit ou se passe, nous serons alors mis au courant et nous pourrons réagir en conséquence. Continuer à s’inquiéter ne mènera à rien de bon. »

« Ce n’est pas des plus rassurants, Manelena. »

« Et cela, est-ce que ça te rassure ? » dit-elle en venant déposer ses lèvres sur la joue de Tery, l’embrassant brièvement. Il la regarda, interloqué par son action. « C’est comme ça que se saluent les amis proches, non ? Du moins, lorsqu’ils se retrouvent le lendemain. »

Pourquoi est-ce qu’elle posait la question ? Elise et… Clari dans le passé, agissaient de la sorte mais elle ? Ce n’était jamais le cas. Du moins, pas de cette manière. Et donc, le voilà complètement immobile, Manelena claquant des doigts devant ses yeux pour le faire réagir avant de finir par marmonner :

« Je savais bien qu’il ne fallait pas que je fasse ça ! Ça m’apprendra à… »

C’était maintenant elle qui s’arrêta dans ses paroles, Tery venant lui rendre la pareille. Malgré qu’elle laissait paraître un visage qui se voulait le plus neutre possible, une légère rougeur anima ses joues alors qu’il murmurait :

« C’est exact, Manelena. Bonjour à toi aussi. »

« Comment est-ce que tu vas de ton côté ? Enfin, à part ce sommeil pas si réparateur que ça en fin de compte, tu vas… bien ? »

« Ah, j’ai envie d’aller voir les autres démons, Héraisty et tout cela. Savoir comment cette première nuit s’est passée. Tu veux bien m’acccompagner ? »

« Même si tu ne voulais pas que je t’accompagne, tu aurais été obligée de me supporter. Désolée pour toi mais je ne le suis pas. »

Ah, elle avait retrouvé du mordant, comme à son habitude. Il ne cacha pas le petit sourire amusé qu’il avait aux lèvres avant de se remettre en route… pour aller prendre le petit-déjeuner dans la cantine. Bien entendu, ce n’était pas parce que Manelena était une reine à la surface qu’elle allait avoir un traitement de faveur. Et Tery, bien qu’il était le chevalier personnel d’Elise, n’allait pas manger à la même table que l’empereur.

« Tu verras, nous ne sommes pas si mal logés que ça quand même, non ? Déjà que tu as une chambre personnelle et je… »

« Je ne crois pas m’être plainte de ma situation, Tery. Tu sais, j’étais une simple soldate avant d’être maréchale. Tu penses vraiment que mon père approuvait mes actes ? »

« De ce que je sais au sujet de l’ancien roi de Shunter, je ne suis même pas sûr qu’il s’intéressait vraiment à ce que tu faisais. »

« Ce n’est pas faux, malheureusement. Enfin bref, tout ça pour dire que j’ai quand même mangé à la même table que d’autres soldats. Encore récemment, je ne fais pas de différence entre moi et les soldats. »

Il le savait parfaitement, c’était bien pour cela qu’il ne faisait pas plus de remarque. S’installant à table à la droite de Manelena, les deux personnes discutèrent, l’air de rien, observant à peine les regards dédaigneux de certains soldats. Dire qu’avant son retour avec les prisonniers, il avait réussi plus ou moins à calmer le jeu.

Malheureusement, il semblerait que cela n’avait pas duré assez longtemps. C’était triste mais bon, il ne pouvait rien faire contre ces personnes bien pensantes qui considéraient que ceux qui n’étaient pas d’accord avec elles étaient dans le tort. Et tout cela quitte à le prouver d’une manière assez violente.

Enfin, de ce côté, la violence, depuis que la femme golem avait éliminé le démon qui avait tenté de l’assassiner, cela avait permis de montrer aux autres qui espéraient le blesser pendant l’entraînement, qu’il valait mieux ne pas le prendre à la légère. D’ailleurs, la femme faite de pierre noire avait été des plus calmes depuis qu’il y avait Manelena. Elle les suivait, sans rien faire de plus. Mais elle semblait comme… heureuse que Manelena soit là.

« Dis moi d’ailleurs, bon, là, il n’y avait pas d’endroit spécifique vu que nous dormions dans des tentes sur le chemin mais… Clari dort toujours avec toi ? »

« Toujours. C’est comme mon ange gardien. Sans elle, je crois que je serais mort depuis déjà quelques mois. Je ne t’ai pas raconté ? »

« Je ne suis pas certaine. Malgré que nous avons passé pas mal de temps ensemble ces derniers temps… étrangement, nous n’avons jamais discuté de tout ça. »

« Peut-être que je ne voulais pas me lancer dans le sujet, ça se peut aussi. Enfin bref, je vais te raconter plus ou moins ce qui s’est passé. »

Et surtout, cela ferait un petit sujet de conversation avant qu’ils n’aillent voir les autres démons. Sur le coup, il n’allait pas omettre le fait qu’il dormait avec Elise, du moins, pas tout le temps et pas pendant cet évènement. Bien entendu, il s’était attendu aux grognements de Manelena mais surtout, il expliquait ce dont Clari était capable de faire.

« Je me suis toujours demandé… pourquoi est-ce qu’elle est aussi « vivante », Tery. Dans tes livres, rien ne parle de tout ça ? »

« Pas le moins du monde. Comme souvent, c’est juste pour créer différentes sortes de golem mais celui-ci, de base, il n’était pas prévu. Je ne pensais pas que je serais capable de donner vie à un golem permanent qui semble indestructible. »

Hum hum. Et elle en savait quelque chose. Elle avait été obligée de se confronter à Clari et cela n’avait pas été une partie de plaisir. Elle se rappelait aussi comment elle avait créée, la rage qui animait Tery et… en le regardant, là, maintenant, elle ne savait pas quoi penser.

Oui, il semblait totalement innofensif même si elle savait que ce n’était pas le cas. Elle sentait que le poids des années commençait à être trop lourd pour les épaules de Tery. Tery n’était pas quelqu’un de combattif, qui cherchait vraiment à montrer que la force avait loi. Non, c’était tout le contraire. Il avait toujours essayé de dialoguer auparavant, la majorité du temps. Maintenant ? Elle ne savait plus.

Le repas étant terminé, Tery et elle se dirigèrent vers la demeure d’Héraisty. Même si Manelena ne l’appréciait pas spécialement, pour une raison obscure que Tery ne voulait pas savoir, la démone restait vraiment adorable aux yeux de ce dernier. Pourtant, lorsqu’ils toquèrent à la porte et qu’elle ouvrit, ils sentaient que quelque chose clochait.

« Tery ! Manelena ! Vous êtes venus me chercher après avoir appris la nouvelle ? »

« Quelle… nouvelle ? » demanda Tery en la regardant avec interrogation, Manelena faisant de même, toute aussi étonnée que le jeune homme.

« Oh, d’accord. Je vois, vous nétiez pas au courant donc. Je crois que je vais devoir vous expliquer en chemin. Si vous voulez bien attendre que je me prépare un peu. »

Se préparer ? Ils allaient où ? Visiblement, c’était déjà décidé qu’ils n’allaient pas rester chez Héraisty mais à part ça, silence complet. Et d’après le ton employé par Héraisty, cela semblait assez grave. Quelques minutes passèrent et ils étaient tous les trois maintenant dehors, Héraisty au milieu de Tery et Manelena.

« J’ai appris qu’un assassinat avait eu lieu cette nuit. Quelque chose de vraiment horrible. J’ai été appelée dans la matinée mais je n’étais pas sûre que je devais m’y rendre seule. Heureusement que vous êtes passés, je ne voulais pas… sortir de chez moi, j’étais inquiète. »

« Mais inquiète à quel sujet, Héraisty ? Et puis, tu as parlé d’un assassinat. »

« Oui, Tery. Onos, tu te rappelles de lui ? »

Onos ? Il avait entendu le nom parmi les nombreux démons qui les accompagnaient mais à part cela, il ne pouvait pas vraiment prétendre le connaître. Pourtant, il venait d’hocher la tête positivement comme pour chercher à rassurer Héraisty.

« Je vais nous emmener sur les lieux du crime. Je suis habilité à pouvoir m’y rendre et avec toi à mes côtés, Tery, je suis certaine qu’on nous donnera plus d’informations. »

« Mais attends, Onos, il ne faisait pas partie de ceux qui avaient un « prisonnier » avec lui ? »

« Si si, une prisonnière même. De ce que j’avais cru comprendre, il s’était proposé pour elle et disons qu’ils… étaient assez proches, de ce que j’ai cru comprendre. »

« Cétait une soldate de Shunter, Tery. Viviana, si je ne me trompe pas. »

Le fait qu’elle parle d’elle au passé montrait que la femme aux cheveux argentés n’avait que peu d’espoir sur la santé de la dite-soldate. Le regard froncé, elle continua de suivre Héraisty, non-loin de Tery, jusqu’au lieu du drame. Contrairement à ce que le jeune homme pensait, il n’y avait que peu de curieux, la majorité des démons semblant en avoir rien à faire de ce qui s’était passé.

Et pour cause, le jeune homme vint déglutir en voyant l’état des deux cadavres au sol. Il reconnaissait vaguement les deux êtres allongés par terre, du moins, ce qu’il en restait. Car oui, la soldate semblait avoir été souillée par son agresseur ou ses agresseurs … mais à moitié dévorée en prime. Le démon avait eu la « chance » de ne pas avoir subi la première partie de l’agression même s‘il lui manquait la moitié du corps à lui aussi.

« On connaît les coupables ou… » commença à dire Manelena, son regard rubis se portant sur les passants, certains ayant un petit sourire aux lèvres.

« Il vaut mieux ne pas s’attarder sur leurs corps, Manelena. Tery ? Qu’est-ce que tu fais ? »

« Je ne vais pas laisser deux cadavres au beau milieu de la rue ! Ce sont des… compagnons. Il faut au moins qu’ils soient enterrés et… »

« Tery, je vais juste te demander d’être fort… et de ne rien faire, s’il te plaît. »

Le ton de Manelena se voulait froid et sec mais il sentait une pointe de colère. Il la regarda en écarquillant les yeux, ne comprenant pas ce qu’elle voulait dire. Enfin si, il comprenait mais il ne voulait pas comprendre !

« Manelena, tu es vraiment en train de me demander de les abandonner ? »

« Nous ne pouvons pas faire autre chose. Ces démons pathétiques attendent que cela nous affecte mais il vaut mieux faire comme si de rien n’était. »

« Je suis d’accord avec elle, Tery. Même si Manelena n’est pas une démone, elle a très vite compris comment se passe notre mode de vie dans les plus basses sphères du monde souterrain. Nous serions bien mieux à juste prévenir les autres de faire très attention. »

« Et tu crois vraiment que je vais laisser passer ça ? Alors qu’ils ont assassiné, non, c’est même pire, vous avez vu ce qu’ils ont fait à Viviana ?! »

« Je le sais très bien, Tery. Mais tu ne peux pas t’en prendre à toutes les familles nobles de la capitale pour espérer trouver celle responsable de ce crime. »

« Et donc, on ne doit rien faire, c’est bien ça ?! »

« Tery, je n’ai pas dit une telle chose. Simplement, Héraisty, il y a de fortes chances que tu ne sois pas ciblée dans tout ça, tu l’as compris ? »

« Oui, Manelena. Ils vont s’en prendre aux démons qui ont décidé d’avoir des prisonniers avec eux. Ils veulent goûter à cette « nouveauté » et cette fraîcheur. Cela ne m’est jamais venu à l’esprit, je dois le reconnaître. »

« Donc ce que nous allons faire, Tery, maintenant, si tu veux bien te calmer, nous allons nous préparer à prévenir tout le monde. Héraisty, je ne connais pas vriament les démons et tout le reste, tu veux bien alors te charger de ça ? »

La renifleuse royale prit une profonde inspiration. Malgré ce qu’elle disait, elle était affectée tout autant que Tery, jetant un nouveau regard aux deux cadavres. Elle murmura :

« Pas de soucis, Manelena. Oui, je connais plus ou moins chaque famille qui a un prisonnier avec elle. Je vais leur transmettre ce qui s’est passé, s’ils ne sont pas déjà au courant, pour qu’ils puissent alors se préparer à réagir en conséquence. »

« Merci bien. Tery ? Nous allons rentrer au palais mais, avec ce que tu m’as dit hier, nous ne serons pas plus en sécurité, c’est bien ça ? »

« Pas le moins du monde. Ils peuvent rentrer dans le château de l’empereur, d’une façon ou d’une autre. L’empereur lui-même, je ne crois pas qu’il nous aidera. »

« Rien d’étonnant. La loi du plus fort est la meilleure, c’est ce que je crois remarquer ici. Ou alors, la loi du plus vil. J’imagine que cela doit dépendre de la façon dont on prend toute cette histoire. Bon… Ce fût bref, Héraisty, mais moi et Tery, nous allons retourner au château. »

« C’est normal. Nous ne sommes plus en sécurité ici. Tery ? Est-ce que tu pourras voir avec le monarque pour nous renvoyer en mission le plus tôt possible ? Avec moi… s’il te plaît. »

« Il est hors de question que je te laisse en arrière, Héraisty. Pas dans cette capitale. »

« Merci, Tery. »

Et sans un mot de plus, elle vient l’enlacer dans ses bras, restant ainsi pendant quelques secondes qui durent une éternité aux yeux de Manelena qui finit par lever ces derniers vers le plafond de pierre. C’est vraiment sinistre l’absence de ciel.

« Je n’aime définitivement pas ce monde souterrain… pour le moment. Et ce n’est pas avec e qu’ils viennent de faire qu’ils vont me permettre de l’apprécier. »

Elle avait marmonné ensuite quelques paroles incompréhensibles, Tery finissant par inciter Héraisty à le relâcher. Il l’adorait comme démone, ça ne faisait aucun doute.

« Je vais quand même voir si je ne peux pas avoir une prisonnière ou un prisonnier moi aussi. Je ne sais pas, me sentir seule chez moi, avec tout ça, je ne suis pas rassurée. »

« Mais si tu fais ça, tu risques d’être prise comme cible, Héraisty ! »

« Je le sais, Tery. Mais au moins, je ne serais pas seule. On se revoit demain alors ? »

Elle ne lui laissa pas tellement le choix. Après avoir posé sa question sans attendre de réponse, elle était déjà partie, comme si de rien n’était, laissant seuls Tery et Manelena. Celle-ci vint prendre la main de Tery dans la sienne, le forçant à la suivre pour reprendre le chemin vers le château. Elle était vraiment de mauvaise humeur sur le coup.

Et sur le chemin du retour, aucun ne chercha à converser avec l’autre. En même temps, qu’est-ce qu’ils pouvaient espérer dire ? Ils venaient de voir deux cadavres de personnes qui pouvaient être considérées comme « proches » ces dernières semaines ? Oh, des morts, en ayant été dans une armée, ce n’était pas la première fois… mais là, ils n’étaient pas sur un champ de bataille.

Ils étaient dans la capitale des démons, un endroit qui, normalement, devait être sécurisé ! Et ce n’était pas du tout le cas ! C’était tout le contraire ! Ils risquaient plus de se faire tuer qu’autre chose en restant dans un tel lieu. Finalement, lorsqu’ils arrivèrent au château, la main de Tery serra avec plus d’insistance celle de Manelena avant qu’il ne dise :

« Ce soir, Manelena, si cela ne te dérange pas, je voudrais plutôt… que tu dormes avec moi. Clari pourra veiller sur nous et surtout, je me… sentirais mieux. »

« Tu as besoin d’une nourrice pour te border, Tery ? Ah… Bon, c’est d’accord. »

Il ne s’était pas attendu à ce qu’elle accepte aussi rapidement mais il la remercia d’un petit hochement de tête. S’il n’avait pas besoin de s’expliquer pourquoi, cela lui faisait gagner un temps des plus précieux et il poussa un soupir de soulagement.

« Par contre, je te préviens, Tery. Tu ne vas pas t’imaginer des choses, d’accord ? »

« Ça ne sera jamais le cas, Manelena. Je ne vais pas profiter de ta personne, loin de là. Je ne suis pas comme ça, tu devrais pourtant le savoir. »

« Oui, c’est bien dommage d’ailleurs. »

« Hein ? Tu as dit quelque chose, Manelena ? »

« Rien du tout. Préparons-nous pour le reste de la journée et allons ensuite nous coucher. Clari va vraiment dormir en nous surveillant ? Elle ne va rien faire d’autre ? »

« Bien sûr que non. Qu’est-ce que tu voudrais qu’elle fasse précisément ? »

« Je ne sais pas, elle ne vient jamais te déranger pendant que tu dors ou autre ? C’est Clari quand même non ? Elle n’a pas son caractère ? »

« Je dirais que si mais… tu sais, c’est une femme-golem. Elle ne sera jamais réellement Clari, qu’on le veuill et qu’on le désire. C’est tout simplement impossible de ramener les morts à la vie, c’est pour cela que je veux éviter absolument que mes proches soient blessés. »

Elle avait lancé un sujet un peu fâcheux, elle le savait parfaitement. Elle le regarda alors qu’il faisait une petite mine dépitée. C’est vrai, le sujet restait toujours aussi douloureux aux yeux de Tery. Elle reprit d’une voix qui se voulait douce, ton inhabituel chez elle :

« La seule chose dont je suis certaine, c’est que malgré ce que tu dis, Clari est toujours là. Sous une autre forme mais aucun golem connu depuis des siècles n’avaint une apparence aussi parfaite et humaine, Tery. Je suis certaine que… même à l’intérieur de ce corps, ce n’est pas juste un amas de roche mais tout un travail d’orfèvre. »

« Un travail d’orfèvre ? Co… Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »

« Eh bien, je suis certaine qu’à l’intérieur de Clari, il y a une multitude d’organes fait de pierre. Tu n’as jamais remarqué que les yeux de Clari peuvent t’observer ? Et ne sont pas figés dans la pierre ? »

Hein ? Il ne s’était jamais posé la question, c’est vrai. Maintenant, il se tourna vers la femme-golem, la regardant en face. Elle avait bien des yeux de pierre mais, en faisant un pas de côté, les yeux suivaient sa personne. Ce qui voulait dire que c’était bien deux sphères qui composaient les yeux et ce n’était pas un simple « morceau » de roche qui représentait chaque œil. Il cligna des yeux, murmurant :

« C’est impressionnant, Manelena ! »

« Ca l’est et tu ne te rends pas compte de ce que tu as fait comme prouesse. D’ailleurs, il te faudra aussi me parler de ce que les démons pensent des golems par ici aussi. J’imagine que ça nous fera un sujet de conversation pour la nuit. »

« Ah oui, discuter dans le lit ? Pourquoi pas. »

C’était même une bonne chose. Il sera moins anxieux que maintenant. D’ailleurs, savoir Manelena à ses côtés, il avait du mal à mettre de l’ordre dans ses sentiments à l’heure actuelle. Il n’avait aucune idée de comment il devait réagir maintenant qu’il savait qu’elle allait dormir avec lui.

Enfin bon, avec tout ça et avec ce qui s’était passé par rapport à cet assassinat, il n’aura pas le temps de se reposer. Le reste de la journée se déroula aisément, comme si de rien n’était puis vint le moment où… il allait devoir dormir avec Manelena. D’ailleurs, comment est-ce qu’elle… oh… Oui, c’est bon. Lui-même s’était déjà préparé pour dormir avec juste un pantalon de toile et rien en haut.

« Qu’est-ce que tu espérais, Tery ? Que j’allais porter une nuisette ou quelque chose du genre ? Je ne suis pas en sécurité ici. »

D’accord mais bon, elle portait elle aussi un pantalon de toile et une chemise qui était un peu trop tirée par ses formes. C’est vrai. Il oubliait parfois que Manelena, sous son armure assez épaisse et noire, avait un charme féminin assez prononcé. Enfin, disons un charme égal à sa taille. Il détourna les yeux alors qu’elle finissait par s’installer dans le lit, à côté de lui.


Elle jeta un bref regard à la femme-golem, celle-ci étant parfaitement immobile, à côté de la fenêtre de la chambre. Même s’il ne lui avait rien dit, Clari avait pris cette position pour éviter qu’un nouvel attentat n’arrive par cet endroit. De plus, il suffisait alors de jeter un bref regard sur la porte pour qu’elle puisse agir là aussi.

Manelena le secoua légèrement de l’épaule, lui demandant s’il était toujours motivé à parler avant d’aller dormir. Il signala que oui, les deux personnes commençant à évoquer quelques petites anecdotes chacun de leur côté, à l’époque où ils étaient séparés. Même si cela avait duré un peu trop longtemps aux yeux de chacun, ils voulaient en parler. Et cette nuit-là passa bien plus rapidement que l’un et l’autre l’avaient prévue.

Chapitre 12 : De simples prisonniers

Chapitre 12  : De simples prisonniers

« Je n’aime pas l’idée de l’empereur, surtout après notre discussion. »

« Pourtant, c’est un choix viable. Nous sommes des étrangers aux yeux des êtres qui vivent ici depuis des générations, Tery. »

« Ça ne change pas que je n’approuve pas cette idée, Manelena. »

Il avait retrouvé sa chambre. Il ne savait pas pour combien de temps il allait rester ici avant de repartir vers la surface, voulant absolument retrouver les autres, mais pour l’heure, il avait un autre souci en tête. L’empereur ne pensait pas à mal, loin de là. Mais…

« Je n’aime pas l’idée de te constituer prisonnière comme tous les autres membres de l’armée. C’est juste comme ça et pas autrement. »

« Il faut que tu vois ça d’une autre façon. En nous constituant prisonniers, nous montrons par là aux autres démons qui habitent la capitale que nous ne voulons pas prendre leur place. C’est bien là le souci : les gens détestent perdre ce qui leur est acquis. Pas besoin d’être un démon pour penser de la sorte. »

« Mais comment je vais devoir expliquer à ceux qui nous accompagnent depuis le début qu’ils sont maintenant considérés comme des prisonniers… politiques ? »

« Hmm, de ce que tu m’as dit concernant notre « état », nous n’allons pas vraiment finir dans un cachot, non ? Nous devons rester auprès de l’un des membres de la troupe qui nous a emmenés ici et nous ne pouvons pas nous déplacer seuls et librement dans la capitale. Ainsi, chaque démon qui était avec vous va se retrouver à s’occuper d’un soldat de la surface voire plusieurs. Je pense qu’il y a pire comme traitement. »

« Je n’avais pas envisagé ça comme ça. Mais donc, tu ne te sentiras pas vraiment prisonnière si tu restes à mes côtés ? »

« Hmm ? Qui a décidé que tu serais le démon qui serait en charge de ma personne ? »

Il cligna des yeux, cherchant à s’exprimer bien que la réplique de Manelena l’avait coupé dans son élan. Un peu abasourdi, il tente de retrouver une certaine contenance avant de se faire pincer la joue par Manelena qui a un petit sourire :

« Je plaisantais, Tery. Je sais que cela m’arrive rarement d’en rigoler mais tu devrais voir ta mine actuelle. Il est hors de question que ça soit quelqu’un d’autre qui veille sur moi. »

« Ah ! Euh… Tu m’as fait un petit peu peur, je dois avouer, Manelena. Et puis tu sais, faire de l’humour, ça te donne un certain charme puisque je m’y attendais pas. »

« … … … Tery ! Rah ! » s’exclama la femme aux cheveux argentés après quelques secondes, levant les yeux en l’air.

« Hey ! Qu’est-ce que j’ai dit de mal ? J’espère que je n’ai rien fait cette fois ! Je ne veux pas être fautif alors que pour cette fois, je ne pensais à rien de mauvais ! »

« Il faut parfois savoir se taire, Tery. Dans certains moments, c’est beaucoup mieux. »

Mais maintenant, il veut se renseigner un peu plus sur le côté « prisonnier » qui va être mis en place pour Manelena et les autres soldats. Il veut être sûr que tout va bien se passer et que cela risque de ne pas dégénérer. Il veut être certain que rien de mauvais ne se produise.

« Manelena, est-ce que tu veux bien m’accompagner voir Héraisty ? Je pense qu’elle est au courant de comment la législation doit se dérouler. »

« Cette Héraisty, maintenant qu’elle n’est plus avec nous, je trouve que tu es assez proche d’elle, c’est moi ou je me trompe ? »

« Disons que si on ne prend pas en compte Elise, elle est sûrement la démone en qui j’ai le plus confiance. Son rôle de renifleuse royale a été très important et malgré les apparences, elle a beaucoup de connaissances. »

« Malgré les apparences ? Tu dis cela pour te protéger d’une quelconque colère non ? Car de ce que j’ai pu voir pendant notre voyage à ses côtés, elle est plutôt mignonne comme démone bien qu’elle semble avoir soif de savoir. »

Hahaha. Il avait un léger rire aux lèvres. Il voyait où Manelena voulait en venir. Il était vrai qu’Héraisty avait une question pour tout et lorsqu’ils étaient arrivés à la surface, elle avait montré un intérêt plus qu’important pour tout ce qui l’entourait.

« Je dirais bien qu’elle est comme une petite sœur qui a envie de découvrir le monde pour la première fois mais y a un souci dans mon affirmation. »

« Ah bon ? Laquelle donc ? Car je ne vois pas, personnellement. »

« Eh bien, une petite sœur est moins âgée que soi-même non ? Et je penche plus pour le fait qu’elle doit avoir le double de notre âge au minimum. »

« Hmm, elle me paraît bien jeune quand même. Et de ce que j’ai cru voir, les démons et les gens de la surface ont plus ou moins la même croissance jusqu’à l’âge adulte. Après, il semblerait que ça soit plus… Rah ! Ce que je veux dire, c’est qu’elle ne me semble pas aussi vieille que tu penserais le croire ! »

« Moi,ce que je me demande, c’est comment nous en sommes arrivés à cette conversation sur l’âge d’Héraisty alors qu’il me suffira de lui demander la prochaine fois. »

« Tu n’as vraiment aucune délicatesse envers les femmes, Tery. Je pensais qu’à force, au fil des années, tu comprendrais mais… demander son âge à une femme ? Même si c’est une démone, je pense que certains principes transcendent les races. »

« Je ne suis pas certain qu’une mékalarmienne s’intéresse vraiment à son âge. » rétorqua t-il bien qu’il voyait où elle voulait en venir. Elle haussa les épaules, l’air de rien. Les mékalarmiens étaient vraiment … à part dans ce monde. Et les gnomolds qui habitaient la région de Mékalarma devaient l’être tout autant. Ah… Enfin bon, ils allaient plutôt se renseigner sur le statut de prisonnier dans ce monde démoniaque.

Bon, ce statut de prisonnier, ce n’était pas la même chose qu’un démon d’une famille inférieure au service d’une plus haute famille. Est-ce qu’ils allaient être maltraités ? Mal considérés parmi les démons ? Et aussi, est-ce qu’ils allaient quand même pouvoir être libres de leurs déplacement ? Ce qui serait ironique vu qu’ils seraient des prisonniers.

Tellement de questions mais il n’avait aucune réponse à l’heure actuelle. Le jeune homme était plongé dans un petit conflit, se disant qu’il valait mieux faire une réunion des membres du groupe qui avait servi à l’expédition ainsi que des futurs « prisonniers ». Contrairement à ce qu’il pensait, tous semblaient très bien prendre cette nouvelle.

« Contrairement au terme utilisé, c’est plus comme s’ils étaient des hôtes chez nous. » signala l’un des démons, plus âgé que la majorité des personnes présentes.

« Des hôtes ? Comment cela ? »

« Eh bien, disons que oui, ils ne peuvent pas se promener seuls dans la capitale. Certains démons sont très… enfin, vous voyez ce que je veux dire. Ils se croient supérieurs aux autres. Mais à côté, ils logent chez le démon ou la démone qui décide de les héberger. Ils n’ont pas de chaînes, ils peuvent dormir tranquillement et en sécurité, ils sont nourris, logés, bref, comme s’ils étaient des amis de la famille. De mon côté, je vais pouvoir en prendre deux ou trois avec moi car j’ai assez de place pour les accueillir. C’est mieux que rien. »

« Donc oui, vous avez pas à vous en faire. De toute façon, de ce que j’ai compris, vous avez pas à vous inquiétez pour la reine de Shunter, elle va rester avec vous. »

« Oui, oui, bien entendu. Disons que de toute façon, je ne laissais pas vraiment le choix. »

Il avait juste dit ça comme ça mais en voyant le regard des autres personnes, il se demandait s’il n’en avait pas fait trop ? Et avec tout ça, heureusement qu’il avait pensé à inviter Héraisty pour cette conversation, vu qu’à la base, il partait pour aller la rencontrer uniquement elle mais bon, une réunion, c’était mieux.

« Je ne suis pas vraiment ta propriété, Tery, tu le sais, n’est-ce pas ? »

« Je le sais, Manelena. Je le sais. Ne t’inquiète pas, je fais bien la différence, oui ! »

« Il vaut mieux pour toi. La personne qui me mettra la corde au cou n’est pas prête d’exister. »

« Et celle qui te mettra la bague au doigt, non plus, c’est bien ça ? »

Il avait rétorqué cela aussi vite qu’elle avait répondu, Manelena le regardant avec un peu de dépit… et de déception. Oups, il avait été peut-être un peu trop direct et dire qu’il voulait juste la titiller ! Il bredouilla :

« Pardon Manelena, je ne le pensais pas le moins du monde, tu le sais. »

« Oui, oui, bien entendu, Tery. De toute façon, soyons honnêtes, qui voudrait m’épouser hein ? Qui serait assez stupide pour ça, n’est-ce pas ? Je ne suis pas vraiment le genre de femme que l’on peut fréquenter en pensant que tout ira bien avec elle. »

« Mais si, mais si ! La preuve, c’est que je suis avec toi depuis des années ! »

« Sans pour autant avoir envisagé de finir ta vie avec moi, Tery. Ah .. .Cette conversation est tout simplement stupide et ridicule. »

« Ben euh, je dois quand même avouer que ça m’a souvent traversé l’esprit quand même. Je veux dire, pourquoi pas ? Je te connais depuis assez longtemps pour me dire que non, ce n’est pas une mauvaise idée et que c’est même pas déplaisant. »

« Euh… Est-ce que l’on peut retourner sur le sujet principal, s’il vous plaît ? »

Les démons étaient visiblement un peu gênés de la conversation et cela se comprenait. Tery toussota un peu comme pour se donner une certaine contenance. Du côté de Manelena, celle-ci n’avait rien dit, rien fait, restant parfaitement immobile avant de se diriger vers un mur pour s’y adosser. Tery la regarda faire, espérant que la réponse lui avait convenu.

« Bon alors, au moins, vous me rassurez par rapport à tout ça. J’avoue que je n’ai pas encore l’habitude des us et coutumes des démons même si ça commence à faire un petit bout de temps que je suis parmi vous. »

« Y a pas de quoi, c’est normal que vous soyez inquiet, messire Tery. Certains démons d’une lignée noble n’hésitent pas à abuser de leur position. De notre côté, personne n’a à craindre grand-chose vu que nous nous connaissons depuis notre petit voyage. »

Héhéhé ! C’est vrai que durant cette petite session, ils avaient beaucoup discuté et combattu ensemble. Cela devait sûrement forger des liens. Ah, peut-être vraiment qu’il s’inquiétait pour pas grand-chose. Il poussa un petit soupir, finissant par déclarer :

« Bon, avec tout ça, peut-être que vous voulez déjà me dire qui va avec qui ? Du moins, tant que chaque démon a au moins une personne à sa charge et que tout le monde ne se retrouve pas chez le même démon. Vous en faites pas, Héraisty est excentrique mais pas méchante. Elle risque juste de vous parler pendant des heures et … AIE ! »

« Oups, désolée, Tery, je crois que mon pied a marché sur le tien ! »

Marcher ? Elle venait de lui écraser le pied oui ! Et sincèrement, ça ne faisait pas du bien ! C’était pas qu’il souffrait mais si ! Ouch ouch ouch ! Au moins, ça faisait rire les autres membres du groupe et tous comprenaient qu’il avait dit cela principalement pour tenter de se calmer plus que de calmer les autres.

« J’ai juste une question, comment est-ce que ça va se passer pour les autres démons ? »

« Les autres démons ? De qui est-ce que vous parlez ? »

« Ceux de la capitale. Vous avez dit que chaque « prisonnier » est relié à la famille qui l’héberge, plus ou moins, de ce que j’ai cru comprendre. Mais de ce que je sais, que ça soit via les relations extérieures ou au sein même de la famille, il y aura sûrement des problèmes qui vont se former non ? Tout le monde ne va pas rester là sans rien faire. J’en sais quelque chose… avec ce qui s’est passé avec la famille royale. »

« Ça sera à nous de protéger nos « prisonniers ». Il y a une part de responsabilité dans le fait de posséder un prisonnier. C’est pourquoi nous sommes autant responsables de sa sécurité que du reste. En même temps, cela veut dire que si un démon tente de s’en prendre au prisonnier d’un autre, la justice risque de ne pas apprécier cela. »

« Et malgré le fait que le prisonnier ne soit pas de la même classe sociale ? »

« Disons que cela concerne… la propriété d’autrui ? En quelque sorte, tu n’irais pas demander à la justice de trancher si quelqu’un venait ravager ta maison ? »

Tery entendit un grognement de la part de Manelena mais remarqua que visiblement, beaucoup de personnes de la surface réagissaient plus ou moins de la même manière qu’elle. Et même du côté des démons au final. Bref, cela semblait être un sujet assez… fâcheux.

« Dans le cas d’un esclave et d’un prisonnier, il « appartient » à la famille du démon. S’en prendre au prisonnier, c’est s’en prendre à la famille du démon. Après, il ne faut pas se mentir à soi-même. Dans de nombreux cas, la justice « occulte le sujet et fait comme si de rien n’était. J’imagine que c’est la même chez vous, non ? »

« Le fait que la justice soit surtout au service des puissants ? Vous en faites pas, c’est pareil partout. Dès qu’il y a du pouvoir en jeu, les lois ignorent superbement les plus faibles. »

C’était encore un petit soupir de dépit général qui se fit entendre. Â bien regarder les soldats démoniaques, il remarquait que la plupart d’entre eux n’avait pas vraiment une allure noble qui émanait d’eux. Il était certain qu’en les questionnant, il allait apprendre que la majorité d’entre eux était les derniers nés d’une famille noble ou alors les vilains petits canards de cette dernière. Mais bon, c’était un sujet personnel et ce n’était pas à lui d’en parler.

« Bon, au moins, avec tout ça, on va finir de voir qui va avec qui et ensuite, tout dépendra de la suite des évènements. Je ne peux pas parler au nom de l’empereur sans en avoir discuté avec lui auparavant. Il y a des chances que nous cherchions un autre chemin pour la surface. Et il ne faut pas oublier que nous avons des gens qui nous attendent là-bas. »

« Si seulement nous pouvions être en contact avec elles… »

Tery avait bien envisagé les lettres mais le monde souterrain était vraiment dangereux et il n’y avait que peu de chance que l’une de ces lettres ailées puisse arriver à destination. Entre les monstres et les démons qui dévoraient ces dit-monstres pour se transformer à moitié, les lettres n’arrivaient que rarement aux personnes auxquelles elles étaient destinées.

« Bon, maintenant que tout est fait, Tery, on peut y aller ? »

Manelena avait fini par revenir auprès de lui, le prenant par le bras pour le tirer à moitié et le forcer à se lever. Elle fit une petite salutation brève au reste des personnes présentes avant d’emmener Tery avec elle, Héraisty finissant par se lever à son tour pour les rejoindre.

« Hey, hey ! Manelena, pas besoin d’être aussi violente. Qu’est-ce qui te prends ? »

« Nous en avions fini avec eux, pas besoin de tergiverser plus longtemps. »

C’était lui ou elle semblait encore énervée ? Il pensait qu’avec ce qu’il avait dit auparavant, tout irait mieux mais il s’était peut-être trompé assez lourdement. Ça lui apprendra à vouloir trop bien faire. Alors qu’il allait ouvrir la bouche pour s’exprimer, Héraisty arriva derrière eux avant de dire dans un souffle :

« Eh bien, je ne pensais pas que ça se terminerait aussi vite ! Alors, comme ça, Manelena va rester avec toi, Tery ? »

« Disons que c’est pour le mieux. Elle reste la reine de Shunter, je préfère qu’elle soit dans mon champ de vision pour que rien de grave n’arrive. »

« C’est vraiment dommage. » murmura Héraisty en faisant une petite moue, Manelena clignant des yeux avant de dire d’une voix lente :

« Et pourquoi est-ce que c’est dommage ? Quel est le souci ? »

« Oh, je me disais que j’aurais bien aimé que Manelena vienne loger chez moi. Nous pourrions alors parler de la surface et de toutes ces choses ! Comment cela se passe la royauté à Shunter, le climat économique, et toutes ces choses. En tant que reine, elle n’a pas la même vision de Shunter que toi, Tery. »

« Je le sais bien mais je trouve ça presque un peu vexant, même si je n’arrive pas à expliquer pourquoi. Enfin bon, Manelena, qu’est-ce que tu… »

« Je vais rester avec toi, Tery. Héraisty, nous pourrons parler de tout ça même si je ne suis pas logée chez toi, non ? »

« Oui mais bon… C’est compréhensible ! Vous vous connaissez bien tous les deux. Et puis, ce n’est pas bien grave. Je crois que je vais voir pour plutôt m’occuper de tout ça d’un point de vue global. Il est vrai que je vis seule et qu’en plus, j’ai mon métier ! »

Cela sonnait plus comme des excuses mais Tery comme Manelena ne firent aucune remarque. Héraisty semblait assez déçue mais n’en montra pas plus, faisant juste un sourire aux deux personnes avant de signaler qu’elle allait repartir travailler. Après l’avoir saluée, Tery et Manelena se dirigèrent de leur côté vers le palais impérial.

« Bon, on peut dire que c’est plus ou moins résolu, non ? »

« Je dirais plus non que oui à ton interrogation. Ce n’est pas vraiment réglé. Il suffit juste de voir les regards que certains nous lancent. »

Hmm ? Les regards ? Il jeta juste un petit coup d’oeil discret autour d’eux tandis qu’ils continuaient leur marche. C’est vrai. Déjà à leur arrivée, il y avait bon nombre de démons qui montraient une certaine hostilité à leur groupe. Mais maintenant qu’ils étaient séparés et isolés, est-ce que tout allait vraiment se passer aussi bien que ça ?

« Qu’est-ce que je devais faire, Manelena ? Qu’est-ce que j’étais sensé faire ? Dis-le moi. J’ai l’impression qu’au final, qu’importe les responsabilités que l’on veut me donner, je ne serais jamais assez bon pour elles. Je suis complètement perdu ! »

« Hmm, il n’y a pas de bonnes ou mauvaises décisions sur le coup. Simplement, des fois, tu ne peux qu’accepter que tout n’ira pas forcément pour le mieux. C’est triste à dire mais tu ne dois pas oublier que tu ne peux pas régler les problèmes de tout le monde. Mais combien de fois je vais devoir te le dire pour que tu le comprennes, hein ? »

« Autant qu’il le faut, ah. J’ai maintenant… peur de ce qui risque de se passer. »

Peur ? Elle haussa un sourcil aux propos de Tery. Vraiment ? C’était juste maintenant qu’il le réalisait ? Elle plaça une main sur l’épaule du jeune homme, finissant par murmurer :

« Si tu es si inquiet, je peux rester à tes côtés pour veiller sur ta personne hein ? De toute façon, tu ne peux pas protéger tout le monde. Il faudra bien qu’ils apprennent à se défendre eux aussi. Et puis, je vais devoir aussi t’interroger, tu t’en doutes. »

« Hein que quoi ? Pourquoi est-ce que tu veux m’interroger ? »

« Il semblerait que l’idée de te marier à ma personne ne te dérange pas tant que ça, non ? »

La main posée sur son épaule était dénuée de gantelet métallique contrairement à l’habitude de la jeune femme. La main sur qui remontait doucement le long de l’épaule pour finir par poser un doigt sur la nuque de Tery.

« Bien sûr. Je ne… Je ne vais pas retirer mes paroles. Je… Je n’ai aucune raison de le faire. »

Brrr ! Il tremblait mais il ne savait pas si c’était de peur à cause de ce qui risquait de les attendre ou alors tout simplement de froid… ou autre chose. Pourquoi est-ce qu’elle se mettait à réagir de la sorte ?

« Et donc au final, ma présence n’est pas déplaisante, Tery ? Tu sais pourtant que je ne suis pas des plus faciles comme femme, non ? »

« Bien sûr que je le sais mais et alors ? Il faut accepter les bons côtés comme les mauvais. »

« Et quels sont mes bons côtés ? Et les mauvais ? »

« Euh, tu veux vraiment que j’aille faire une liste ici ? Au beau milieu d’une rue marchande ? Alors que nous allons retourner au château ? »

« Eh bien, nous avons encore un peu de route, n’est-ce pas ? Donc, tu vas pouvoir prendre tout ton temps pour m’expliquer mes défauts comme mes qualités. »

Euh… Il n’était vraiment pas très certain de saisir toute la personnalité de Manelena sur le coup. Mais au moins, une chose était sûre : elle était d’une humeur très… très… Le mot semblait ne pas vouloir apparaître dans ses pensées. Un adjectif qui ne semblait pas coller du tout avec la personnalité de Manelena : Charmeuse.

Car oui, la main avait fini par arrêter son petit jeu sur la nuque du jeune homme pour venir chercher les doigts de Tery et croiser les siens avec eux. Hmm, si cela lui permettait d’évacuer un peu son stress, il n’allait pas dire non.

Chapitre 11 : Traîtres

Chapitre 11  : Traîtres

« Vous avez compris, vous tous, hein ? Hors de question de laisser les démons derrière nous. Ce village n’a rien fait. Si les gnomolds sont présents, c’est bien parce qu’ils nous ont suivi. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser d’autres mourir pour nos erreurs ! »

Ce n’était pas vraiment un cri de guerre mais ce n’était pas ça le plus important. Le message était bien passé aux oreilles de tout le monde. Les fortifications étaient là, elles n’étaient pas des plus solides mais cela devrait faire l’affaire.

Mais en voyant le nuage de poussière qui commençait à se soulever, elle savait que les gnomolds arrivaient. Et visiblement, ils n’étaient pas là pour faire la conversation. Non, ils avaient aperçu le village et ils n’hésitaient pas un seul instant. En entendant les cris de guerre, qu’elle, Elen et Royan connaissaient pour les avoir si souvent entendus, elle eut un léger frisson. Dire que quelques temps auparavant, ils combattaient ensemble.

« On ne peut pas changer la nature profonde d’une créature. »

Il valait mieux se dire ça. En demandant à l’un des démons spécialisés dans la reconnaissance le nombre de gnomolds qu’il voyait, elle comprenait que les gnomolds étaient bien moins nombreux qu’eux. Mais voilà, si le nombre avait une quelconque importance, cela se saurait. Dans le cas des gnomolds, ils valaient bien plusieurs soldats entraînés. Du moins, s’ils étaient parmi les meilleurs de leur race.

« ATTENTION À CHAQUE MOUVEMENT DE LA PART DES ENNEMIS ! »

Oui, cette fois-ci, c’était Royan qui avait intimé l’ordre, tendant la main droite pour signaler que c’était l’heure de se préparer à la « réception » des dégâts qu’ils allaient subir. Il fallait juste que son armée comprenne que cela ne servait à rien de chercher à lancer une attaque avant qu’ils ne soient à portée.

D’ailleurs, le point qu’il ne fallait pas oublier, c’était la petite surprise qu’ils réservaient à ces gnomolds. Les premiers arrivèrent non-loin des fortifications de fortune … mais se retrouvèrent subitement engloutis par le sol, des pieux enfoncés dans leurs chairs. Malgré leur résistance propre aux blessures, la plupart des gnomolds tombèrent sans se relever.

Les autres ? Ils utilisèrent la magie pour se débarrasser des pièges, blessés salement pour certains mais toujours capables de se battre. Elise fit un petit claquement de la langue dédaigneux, marmonnant :

« Je pensais que nous en aurions eu bien plus de la sorte. Je me suis visiblement bien trompée à ce sujet, ça m’apprendra. »

« Nous en avons déjà éliminé une partie, Elise. Maintenant, il va falloir se préparer à la confrontation directe. Que ceux armés de boucliers passent devant les autres ! S’ils tentent de nous avoir à distance via des sorts, il faudra bien se lancer dans une confrontation directe. »

« Je vais m’en charger de mon côté ! Je vais guider nos gars ! Elen peut continuer ses attaques à distance non ? Avec son arc, elle peut faire pas mal de choses pour nous soutenir ! Et puis, elle n’est pas seule pour attaquer donc ça devrait passer ! »

Oui, ils pouvaient compter sur un soutien à distance alors qu’elle observait son épée et son bouclier. Ah… Dire que c’était avec ça qu’elle avait combattu aux côtés de Tery. Rien à redire, elle aimait Royan mais Tery lui manquait grandement.

Quittant les fortifications, accompagnée par de nombreux démons et soldats, elle s’élançait au contact des gnomolds. Finissant ceux qui avaient réussi à s’extirper des pièges, elle ne se privait pas pour les tuer, quitte à ce que ça soit dans le dos.

« N’hésitez pas à les tuer à plusieurs s’il faut ! Ce n’est pas le moment de faire dans le courage et dans l’honneur ! »

Oui, l’honneur, c’était bien… mais ce n’était pas ça qui permettrait de survivre dans un combat contre les gnomolds ! D’ailleurs, certains s’arrêtaient, surpris de la voir. Hmm, c’était bien ce qu’elle pensait. Ces gnomolds étaient au courant de leur présence dans ces lieux. Elle hurla en direction des gnomolds les plus éloignés :

« QU’EST-CE QUE VOUS FAITES ICI ?! LE PRINCE ROYAN A POURTANT DÉCLARÉ QU’IL N’Y AVAIT PLUS À ATTAQUER LES DÉMONS ! »

« Démone ! C’est la démone qui accompagne le roi de Traslord ! Ce sont des traîtres ! NE LAISSEZ AUCUN VIVANT ! »

D’accord. La conversation avait été aussi vite écourtée qu’elle n’avait été lancée. Elle se serait doutée que ce n’était pas des envoyés d’Ernold ou même des gnomolds comme ce Rokar. Ce dernier avait fait preuve d’une certaine intelligence contrairement à bon nombre de ses semblables.

Mais avec tout ça, elle surveillait les villageois qui se mêlaient à la bataille. Certains reculaient, effrayés, leurs armes tremblotant dans leurs mains. Il fallait s’en douter, ils n’étaient pas habitués à de telles créatures.

Il y avait bien des monstres plus horribles visuellement que les gnomolds dans le monde souterrain mais à la différence de ces derniers, ils n’avaient pas ce regard de prédateur haineux, comme s’ils étaient à l’origine même de ce sentiment de rage à leur encontre.

« Rappelez-vous ! Protégez un maximum de villageois même parmi ceux qui combattent ! Montrez-leur ce que vous valez ! »

En leur indiquant de se valoriser aux yeux des plus démunis, elle espérait exacerber légèrement leur vanité de noble … oh et leur côté un peu chevaleresque. Un soldat se devait de protéger les plus faibles, cela devrait être la norme. Mais que ça soit à la surface comme souterrain, les êtres les plus forts abusaient de leurs pouvoirs sur les plus faibles.

C’était pourquoi elle était là. Même si bon nombre de nobles ne la considéraient pas comme légitime au titre de princesse du royaume souterrain, aux côtés de son père l’empereur Malark, elle espérait montrer à ceux qui combattaient à ses côtés ce qu’elle valait… et que la noblesse n’était pas qu’un titre dont on se vantait… mais aussi des responsabilités.

« On dirait bien que j’ai pris exemple sur Manelena, moi. Je suis pas mieux que Royan. »

Un petit rire quitta ses lèvres au moment où elle enfonçait son épée dans le corps d’un gnomold, des flammes parcourant la lame pour faire flamber la créature poilue et bossue. C’est vrai ! Si Royan avait pris un peu exemple sur Tery, elle devait avouer qu’en ayant appris qu’elle était une princesse, le seul exemple qui lui venait à l’esprit était Manelena.


Et quel exemple hein ! Une poigne de fer, un coeur plus tendre qu’il n’y paraissait. Des décisions parfois dures mais nécessaires. Elle avait toujours montré que le bien de son peuple passait avant le reste, quitte à devoir prendre des choix difficiles comme avec son père. Même si dans ce cas précis, le destin… et deux foutus démons avaient décidé de s’en mêler.

Ces démons qui étaient responsables de toute cette histoire. Ah… Mais elle préférait voir le côté positif plutôt qu’une sale trogne de gnomold en face d’elle. Sans ça, elle n’aurait jamais découvert le monde souterrain, d’autres personnes comme elle. Jamais elle n’aurait connu ses origines, ni celles de Tery, bien que ces dernières restaient troubles.

« Mais quand on retrouvera Tery, tout ira définitivement pour le mieux. »

Tous ensemble, ils pourront régler la majorité des problèmes. AH ! Elle para le coup de hache d’un gnomold, sentant une lame d’air lui entailler la hanche assez salement. Elle n’avait pas fait assez attention ! Elle émit un grognement de colère, regardant le gnomold avant de laisser paraître quelques flammes autour d’elle.

« Ça va sentir le cochon grillé dans quelques secondes ! »

Tout son corps se retrouva parcouru par les flammes avant que son pied ne vienne décocher un coup dans l’entrejambe du gnomold. Outre la douleur primaire et propre à tout mâle qu’importe l’espèce, le coup était accompagné d’une flamme, faisant consumer là aussi l’homme-bête à l’intelligence sous-développée.

« Foutu gnomold, ça peut pas comprendre sa place hein ? Faut toujours que ça vienne chercher les embrouilles même quand je décide d’être tranquille. »

« PRINCESSE ELISE ! VOUS ALLEZ BIEN ?! »

Oh ? Un démon qui venait non-loin d’elle, ayant remarqué la blessure et le bref combat qui avait eu lieu. Hahaha ! Elle eut un léger sourire, elle le reconnaissait, avec ses écailles. C’était l’un des deux gardes démoniaques qui étaient restés avec eux lorsqu’ils avaient été séparé de Tery lors de cette tentative d’assassinat.

« Ça va, ne t’en fait pas. J’ai connu bien pire dans mon existence hein ? Comment se déroule la situation ? On s’en sort bien ? »

« On accuse quand même quelques blessés assez importants et même quelques pertes. Mais les soldats n’hésitent pas à se mettre à plusieurs sur un gnomold sauf que les gnomolds font de même de leur côté. »

« Ce qui veut dire qu’il faut absolument que personne ne soit isolé ! Si tu peux transmettre ce message à chaque soldat lorsque tu retourneras auprès des autres et… pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? Je n’ai pas dit de bêtise, non ? »

« Ah mais je ne vais pas pouvoir transmettre le message vu que je vais rester avec vous, princesse Elise. Vous avez bien dit de ne laisser personne isolé non ? »

« Rah bon sang, quand même, prendre les paroles de la princesse au pied de la lettre, tu exagères, tu sais ? Enfin bon, je veux bien que tu reviennes mais il faut quand même transmettre le message à tout le monde. »

« Oh, ça ne sera pas difficile à faire. » s’exclama le démon reptilien avant de provoquer plusieurs bourrasques autour de lui, faisant voleter les cheveux auburn de la demoiselle en arrière, lui arrachant un petit cri de surprise. « Voilà, c’est fait. »

« Hein ? Et comment ça ? Qu’est-ce que tu as fait exactement ? Je veux savoir ! »

« Oh, j’ai simplement utilisé le vent pour porter mon message aux plus proches soldats en leur disant de bien répéter ce dernier à un maximum de membres de notre armée. »

Elle le regarda d’un air dubitatif, se demandant s’il plaisantait mais en le voyant aussi sûr de lui, elle poussa un léger soupir avant de déclarer :

« Bon, on va dire que ça passe mais la prochaine fois, il vaudrait mieux que tu me préviennes quand tu fais un tel sort. Même si l’idée est appréciable, il faut le reconnaître. »

« Héhéhé, j’ai donc l’autorisation de protéger votre dos, princesse ? »

Il n’avait même pas besoin de poser la question. Elle se plaça dos à lui, regardant leurs adversaires. Un bref coup d’oeil et elle voyait que les soldats encore en vie et blessés se réunissaient par groupe de dix environ. Parfait.

Enfin, parfait reviendrait à n’avoir aucune perte mais dans le cas présent, il ne fallait pas faire la fine bouche, surtout qu’elle pouvait voir que les rares villageois qui les accompagnaient, étaient au centre des cercles formés par les soldats. Pour autant, à voir cette lueur dans leurs yeux, elle comprenait qu’ils avaient ce même esprit combatif que les soldats. Oui, elle était très satisfaite de la tournure des évènements.

« J’imagine que je devrais vous remercier pour le travail accompli, n’est-ce pas ? »

Elle avait ce petit sourire mutin aux lèvres, remarquant l’air perplexe dans dans les yeux du gnomold qui lui faisait face. Héhéhé ! Bien entendu, il ne comprenait rien à ses paroles mais ce n’était pas bien important. Elle lui fit un clin d’oeil avant d’ouvrir la bouche, crachant un souffle enflammé, digne des flammes d’un phénix, le gnomold poussant un hurlement strident, courant vers elle, toujours en flamme, son fléau en main.

« Oh mince, il était plus résistant que les précédents, lui ! »

« S’il veut bien se pousser ! Je ne suis pas certain que le roi Royan accepte qu’une créature de la sorte touche sa princesse ! »

Hum ? Un coup de pied dans le ventre du gnomold et voilà qu’il fut renvoyé en arrière, plusieurs mètres au loin avant de succomber à ses brûlures. Oh, oui, elle n’était pas seule.

« TRAÎTRES ! VOUS ÊTES DES TRAÎTRES À VOTRE PROPRE RACE ! »

Les rares gnomolds encore vivants hurlèrent en leur direction, commençant à reculer. Généralement, ils cherchaient à se battre jusqu’à la mort mais dans ce cas précis, ils étaient plutôt réticents. Ils avaient sûrement besoin de revenir là d’où ils provenaient, pour une raison ou autre, obscure ou pas.

« Humpf… Laissez-les fuir, nous ne sommes pas là pour les attaquer mais défendre le village. Nous devrions retourner auprès des villageois. Comptez les morts, notez leurs noms et occupons nous des blessés. »

Elle avait donné quelques consignes aux soldats, retournant auprès de Royan. Celui-ci eut un léger rictus en voyant l’entaille à la hanche de la jeune femme aux cheveux auburn, commençant déjà à montrer quelques signes d’inquiétude.

« Ce n’est rien, Royan. Je te rassure. Par contre, si on peut plutôt s’occuper des vrais blessés, ça serait beaucoup mieux. »

« Combien de morts ? Y en a t-il parmi les villageois ? »

« Aucun pour les villageois. Pour nous, je n’ai pas compté malheureusement mais j’ai demandé à ce qu’on s’occupe de ça. »

Elle était un peu fatiguée, elle devait l’avouer mais est-ce qu’elle voulait le montrer à Royan ? Nullement. Mais lorsqu’elle arriva au village, elle remarqua les visages étonnés des habitants démoniaques, tous la fixant avec inquiétude plutôt qu’avec soulagement.

« Eh bien, euh… Il y a un souci avec mon visage ? »

« Non non ! Nullement ! Non, pardonnez-nous ! Nous ne voulions pas vous offenser ! »

Hein ? C’était quoi cette crainte dans la voix ? Pour quelle raison est-ce qu’ils avaient peur en la regardant ? Elle continua à se rapprocher mais voilà que les villageois faisaient un pas en arrière avant que l’un d’entre eux ne se mette à genoux, criant :

« Pardonnez notre impudence, votre altesse Elise ! »

« Votre altesse Elise ? Euh… Mais vous ne saviez pas que j’étais la fille de l’empereur Malark ? Je pensais l’avoir dit. »

« NON NON ! Nous n’étions pas au courant ! Si cela avait été le cas, nous n’aurions jamais osé demander à la princesse elle-même de venir nous protéger ! »

« Euh, je vais être claire sur un point : vous n’avez rien demandé. C’est nous qui avons décidé de vous aider, rien de plus rien de moins. Pas vrai, Royan ? »

« Peut-être devrais-tu les prévenir que je suis aussi le roi de Traslord ? Au point où nous en sommes, autant révéler plus ou moins qui nous sommes, non ? Bien que j’estime que tout cela est plus ou moins radical à mes yeux. »

En voyant le regard effaré des villageois, il semblerait qu’avoir prévenu au sujet de ce qu’il était n’avait pas été la meilleure idée qui soit. Ah… Mais maintenant, comment ils allaient régler cette situation ?

« BON ! On s’occupera de discuter de tout ça dès qu’on aura fini de soigner les blessés, d’accord ? Je ne sais pas comment vous avez été mis au courant mais vous n’avez rien à craindre. Je ne suis pas comme mes aînés ! »

Même si elle avait la sensation qu’elle parlait à un mur, autant dire qu’elle n’était pas des plus joyeuses à cet instant précis. En apprenant que l’un des villageois qui combattaient avait entendu le fait qu’elle était la princesse du monde souterrain parmi les discussions en pleine bataille entre les soldats, elle maugréa.

Elle ne voulait pas d’un traitement privilégié ! C’était peut-être pour ça qu’elle avait évité implicitement de parler de ses origines ? Sans même s’en rendre compte, elle cachait sa véritable nature… et peut-être que cela allait lui porter préjudice dans le futur.

« C’est vraiment trop compliqué des fois… »

Elle maugréa tout en observant les villageois. Tout le monde détournait le regard maintenant. Aucun n’osait poser les yeux sur elle ou même Royan. Et certains étaient même en train de chuchoter tout en regardant Elen, cherchant à savoir ce qu’elle était vraiment.

Ah ! Si on leur disait qu’elle était l’enfant de deux divinités, du moins des réincarnations de deux divinités, elle était certaine qu’ils allaient tirer de drôles de têtes. Mais comment les convaincre de sa bonne foi ? Car pour l’heure, rien ne prouvait cela malheureusement.
Est-ce qu’en se mettant à genoux ? Non, elle n’allait pas se rabaisser à ça. Ce n’était pas une question de vanité ou vantardise, c’est juste que c’était inutile. Personne n’aurait rien à y gagner en agissant de la sorte.

« Dites, madame la princesse, merci de nous avoir protégés ! » murmura une petite voix alors qu’elle n’avait même pas remarqué qu’une jeune fille, âgée de peut-être cinq-six ans, tirait sur le tissu de sa tenue. Ah, un enfant démoniaque, avec ses petites cornes si adorables. Oh, elle avait un visage crasseux et ses mains n’étaient pas des plus propres, venant salir sa tunique et elle allait…

« NON ! Reviens par ici ! Pardonnez-là, princesse ! Elle ne voulait pas souiller vos… »

« MAIS PUTAIN VOUS ALLER ARRÊTER ?! »

Elle venait d’exploser aux propos de la mère de la petite démone, les deux hurlant de peur, la jeune fille se recroquevillant dans les bras de sa mère qui la recouvrait pour la protéger. Royan avait couru aussitôt en direction d’Elise alors qu’il était normalement occupé à vérifier l’état de santé des blessés aux côtés d’Elen. Elen elle-même qui tenait son enfant contre elle, utilisant sa magie de sa main disponible pour apaiser les douleurs de l’autre.

« Je vais devoir le répéter combien de fois pour que ça rentre dans le crâne de tout le monde hein ?! On peut me le dire ?! Ici, je ne suis pas la princesse ! JE SUIS UNE DÉMONE ! »

« Mais… » commença à dire un villageois, tremblant de tout son être.

« Y a pas de mais ! Rentrez-vous ça dans le crâne ! On va continuer à fortifier votre village pour vous protéger des dangers extérieurs et ceux qui viennent d’apparaître comme les gnomolds ! On va aussi préparer quelques messagers pour qu’ils puissent aller à l’extérieur et envisager quelques convois pour faire le chemin jusqu’ici ! Je ne plaisantais pas lorsque je disais que vous allez être le premier village de démons à officiellement avoir une route commerciale avec une nation de la surface. Maintenant, on va arrêter de mettre mon titre de princesse en valeur car ça fait même pas un an que je suis au courant que je suis issue de la famille impériale démoniaque. »

« Mais mais mais… » chercha à déclarer un autre villageois avant d’être une nouvelle fois interrompu par Elise.

« Mais y a pas de mais ! Je ne fais pas ça car je suis une princesse ! Je ne fais pas ça car nous sommes de la même race ! Je fais ça parce que je suis moi ! Alors maintenant, on va finir de s’occuper de tout le monde et on va fêter le fait qu’on a réussi à protéger le village tout en faisant une cérémonie pour ceux qui sont morts au combat ! »

Elle espérait qu’après cette courte discussion, le message était bien passé. Les villageois comme les soldats étaient penauds mais s’exécutaient. Surtout, elle revint auprès de la mère et de la jeune fille, tapotant doucement le crâne de cette dernière en lui murmurant de ne pas avoir peur. Elle avait juste élevé la voix pour que chacun comprenne son message.

C’était sa façon à elle de s’exprimer et elle ne comptait pas changer ça juste parce que les gens pensaient qu’elle était comme ses aînés. Pendant combien de générations la monarchie démoniaque maltraitait les simples villageois ? Et sûrement pas qu’elle ! Il y avait de fortes chances que les nobles ne fassent guère mieux.

Mais bon, après son petit éclat, le village semblait apaisé. Les morts avaient été enterrés, une cérémonie silencieuse a eu lieu et c’était le plus important. Ils pouvaient fêter ça, comme elle l’avait proposé mais… elle avait le sentiment qu’il fallait mettre tout ça au clair.

« Royan, est-ce que tu voudras bien m’accompagner ? Je veux parler au chef du village mais je crois que je vais avoir besoin de toi. »

« Oh ? Et pour quelle raison ? Tu as sûrement quelque chose en tête non ? D’ailleurs, moi-même, je me demande ce que les gnomolds voulaient dire par traîtres. »

« Cela, je m’en fous complètement, je vais t’avouer. Nous avons décidé de tendre la main vers les démons comme nous l’avons fait pour eux. S’ils sont jaloux au point de vouloir nous tuer car ils ne sont pas les seuls avec qui nous voulons régler ce souci pacifiquement, ça ne regarde qu’eux de toute façon hein ! »

« De la jalousie ? Je ne suis pas certain, Elise. »

Hein ? Elle avait dit cela sans réellement le penser ! Elle ne pouvait pas expliquer ce qui se passait dans la tête de ces créatures poilues et bossues. Sa priorité pour elle, à l’heure actuelle, c’était de mettre en action ce vaste plan concernant ce village de démons !

Chapitre 10 : Collaboration

Chapitre 10  : Collaboration

« Et voilà, nous pouvons apercevoir un village. »

Elise avait pris la parole, pointant du doigt vers l’horizon. Dans ce dernier, il était possible de voir à une bonne distance, ce qui semblait être un village de petite taille. Avec des bâtiments en pierre dans un triste état, ils semblaient néanmoins assez solides. C’était le genre de village généralement ignoré par tout le monde, qui arrivait à vivre difficilement dans une demi-autarcie.

« Est-ce que nous allons dormir là-bas, Elise ? Ça me semble vraiment trop petit pour que nous puissions y faire quelque chose de correct. »

« Oh non, non. Il ne vaut mieux pas espérer pouvoir dormir là-bas. S’il y a une auberge, ça serait déjà une chance, Elen. Non, ce que je veux montrer par là, c’est qu’un village de démons n’est pas si différent d’un village de Shunter ou d’une autre nation. »

Oh ! Elle voyait où elle voulait en venir exactement ! C’était une très bonne idée de sa part. En présentant des villageois « normaux » à l’armée des gens de la surface, accompagnés de quelques démons, ils comprendront qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter à ce sujet.

Elle approuva l’idée d’Elise d’un mouvement de la tête alors que la femme aux cheveux auburn présentait la dite-idée à Royan. Celui-ci l’accepta volontiers, montrant par là une volonté de faire avancer les choses, comme auparavant.

« Et s’il se montrent agressifs, comment devons-nous réagir ? » demanda un soldat des Traslord en face d’Elise lorsque Royan signala ce qu’ils comptaient faire.

« N’ayez aucune inquiétude à ce sujet. Vous allez très vite comprendre ce que je veux dire par là. Avançons donc. »

Elle semblait si sûre d’elle ça en était presque inquiétant. Pour autant, tous s’exécutèrent et dès lors qu’ils posèrent un pied dans le village, aussitôt trois démons se présentèrent à eux. Âgés d’une quarantaine d’années physiquement, ils tenaient des fourches dans les mains, tremblant de partout.

« Qu… Qu’est-ce que l’armée… veut de nous ? »

« A… Attends un peu ! Regarde un peu à quoi ils… ils ressemblent ! »

« C’est la première fois que je vois des démons comme ça ! Vous, vous pensez qu’ils sont venus nous dévorer ? Si c’est le cas, il faut… il faut que j’aille prévenir les… »

« Fuis pas ! À deux, on n’arrivera jamais à tenir ! Et puis, ils sont déjà prêts à… »

« Je crois qu’on va plutôt devoir vous expliquer la situation hein ? Car j’ai l’impression que vous êtes en train de vous fourrer le doigt dans l’oeil jusqu’au coude ! »

« Euh… Vous êtes une démone non ? Et à voir vos atours, vous venez de bien plus profond que le commun des démons. Pour… Pourquoi est-ce que vous êtes ici ? »

Quelques explications allaient être nécessaires. Et pas des moindres ! Pour autant, elle s’avança, demandant aux autres de ne faire aucun mouvement brusque de la part du reste de l’armée, que ça soit Royan, Elen ou même le simple soldat ou capitaine.

« Nous ne venons pas vous faire du mal, soyez en rassurés. Nous voulons simplement discuter avec vous, de tout et de rien. »

« Hein ? Que… de quoi ? Discuter avec nous ? C’est une mauvaise blague ? Je veux dire, qu’est-ce que des gueux comme nous pouvons faire pour vous aider ? »

« Oh, vous allez très vite le savoir. Hey ! Vous pouvez venir ! Venez parler de tout et de rien avec ces gentilles personnes ! »

À croire qu’elle s’adressait à une bande d’enfants. Elle demandait cela principalement aux membres de l’armée qui provenaient de la surface, déclarant aux démons de bien vouloir rester en retrait. Ce n’était pas un ordre mais un conseil de sa part.

Et sur quoi questionner les paysans et les enfants ? Elle laissait libre court aux soldats de bien chercher les sujets. Bon, de ce qu’elle voyait, c’était assez difficile. D’un côté comme de l’autre, la barrière de la peur était plus forte que celle linguistique. Oui, ils avaient de la chance qu’ils parlent tous la même langue, qu’importe les différences entre les nations. Chacun avait quelques mots propres à sa nation mais dans les faits, malgré les différences physiques, ils s’exprimaient tous de la même manière.

« Au moins, Alzar et Zélisia ont eu une bonne idée sur le coup. »

C’était Elen qui venait de proférer une telle parole, finissant par se rapprocher elle aussi. Dans les faits, elle était aussi considérée comme un simple soldat et donc elle pouvait chercher à dialoguer. D’ailleurs, vu qu’elle avait sa fille dans les bras, une démone se rapprocha d’elle, portant elle aussi son enfant dans ses bras.

« Comment est-ce qu’elle s’appelle ? C’est une fille, n’est-ce pas ? »

« Je n’ai pas encore décidé. Je préfère attendre que je retrouve son père pour que nous puissions discuter à ce sujet tous les deux. »

« Ah oui ? Un mari infidèle ? Un homme qui a pas assumé sa coucherie ? Je veux dire, ça serait pas le premier, ça serait pas le dernier. Ici, on n’a pas trop ça. Avec cent habitants ou deux cent habitants au grand maximum, on se connaît tous. Si y en a un qui tente un coup dans le dos comme ça, tu peux être sûre qu’il va plus être le bienvenue dans les environs. »

« Je vois, je vois, mais non, ce n’est pas tout ça. Disons que son père a eu quelques problèmes mentaux, a tenté de me tuer quand j’étais enceinte et… »

« Ben ma brave, tu dois sacrément l’aimer si tu veux encore le retrouver après ça ! Je dirais bien que c’est beau l’amour mais moi, je pourrais jamais faire ça ! »

« Ah mais non ! Attendez, je vais vous expliquer ! Ça sera bien plus compréhensible si je tente de vous raconter plus en détails ! Enfin, ceux qui sont importants ! »

Elle n’allait pas expliquer qu’elle était à l’origine de l’ouverture des portes démoniaques et de toutes ces choses ! Mais peut-être expliquer le souci de Tery par rapport à cette possession et tout le reste non ?

La voilà maintenant en train de discuter avec cette mère de famille démoniaque, racontant plus ou moins son histoire alors que celle-ci l’écoutait comme si de rien n’était. En la voyant faire, les autres membres de l’armée commencèrent à s’ouvrir, cherchant à parler eux aussi. Bien entendu, ils étaient confus, bien entendu, ils faisaient des erreurs mais voilà, les villageois semblaient comprendre leur inquiétude et discutaient de leur plein gré.

Et pendant ce temps ? Elise avait demandé aux autres démons, ceux de l’armée, pour voir s’il n’était pas possible de chasser un peu les monstres dans les environs. Des monstres comestibles. Cela permettrait peut-être aux villageois de souffler un peu mais aussi de faire un repas correct pour toute l’armée et le village.

Est-ce qu’elle cachait son titre de princesse du monde démoniaque ? C’est exact. Ce n’était pas qu’elle en avait honte mais qu’ainsi, leur comportement ne change pas à son encontre. Voilà tout simplement. Quelques heures plus tard, un banquet avait été installé. Il n’y avait pas assez de tables pour tout le monde, c’était vraiment un village d’une taille minuscule mais cela ne dérangeait pas les soldats, plus habitués à manger par terre. Elise, elle-même assise à côté de Royan, sur le sol, chuchota en regardant tout ce monde :

« Tu vois, ce n’est pas une si mauvaise chose. Ils ne sont vraiment pas différents de vous autres, n’est-ce pas, Royan ? »

« Je ne me suis jamais posé la question, tu sais ? J’étais déjà au courant en t’ayant à mes côtés, Elise. C’est pourquoi je n’avais aucune crainte. »

« Mais quel charmeur quand il s’y met ! Je ne te savais pas aussi mielleux, Royan. »

« Je n’ai fait qu’énoncer une vérité, Elise. Tu devrais pourtant le remarquer à force non ? »

Hmm, hmm. Aucune remarque à faire en plus à ce sujet. Elle jeta un bref regard à Elen pour voir ce qu’elle faisait, voyant que la jeune femme aux cheveux blonds s’occupait de sa fille, aux côtés de la mère de Tery. Les deux femmes s’étaient grandement rapprochées depuis que la mère de Tery veillait sur elle avec cet… incident.

Et puis, il s’agissait quand même de la grand-mère de l’enfant dans les bras d’Elen. Cela devait jouer aussi sur le tout, hein ? Hmm … Elle posa son regard sur Royan qui mangeait en silence, lui-même concentré sur le buffet qui se déroulait devant ses yeux.

Elle plaça ses mains sur son ventre, semblant le masser comme pour vérifier quelque chose. Aucune chance que ça se produise aussi vite, n’est-ce pas ? Mais bon, plus elle voyait Elen, plus elle commençait à être envieuse.

« Chaque chose en son temps. Ça serait beaucoup trop dangereux de faire ça dès maintenant. Il vaut mieux que j’évite, hein ? »

« Hmm ? De quoi est-ce que tu parles, Elise ? Tu as l’air d’avoir une idée derrière la tête. »

« Oh, je pensais simplement à notre avenir, c’est tout. »

« Notre avenir ? J’espère que tu envisages que de bonnes choses alors. »

« Oh, plus que tu ne le crois. Je peux te poser une question, Royan ? Combien en voudrais-tu ? » demanda t-elle sans pour autant préciser le sujet, Royan répondant aussitôt :

« Au minimum trois. Euh… On parle bien de futurs enfants, c’est ça ? »

« Trois ? Attends un peu, tu as précisé au minimum ? »

« Bien entendu. Je ne veux pas que notre enfant soit seul comme moi. Je veux qu’il ait des frères et des sœurs, ou que de l’un ou l’autre. Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve. »

Oh par Alzar et Zélisia. Elle posa à nouveau les mains sur son ventre, le regardant longuement avant de chuchoter d’une petite voix intimidée :

« Tu vas sérieusement devoir travailler, toi. »

« Hein ? A qui est-ce que tu parles encore, Elise ? Cela commence à faire beaucoup en si peu de temps, tu sais. »

« Oh, comme d’habitude, les projets d’avenir. Je me parle à moi-même, rien de bien grave, je peux te le promettre, Royan. Profitons plutôt de la soirée, non ? »

En plus, elle n’était pas aveugle, les villageois commençaient à danser avec quelques soldats. Elle ne pensait pas que son idée marcherait aussi bien. Peut-être qu’elle devait présenter l’idée qu’elle avait en tête ? Hmmm. Cela pouvait attendre demain. Elle vint chercher la main de Royan, l’invitant à la suivre pour aller danser avec tout ce beau monde.

Demain était un autre jour et les idées fusaient dans son esprit. Elle allait parler de tout ça à Royan, plus tard, dans la nuit, lorsqu’ils seront en train de dormir… ou alors après la préparation de leur futur. Elle n’avait pas encore décidé, hahaha !

Le lendemain matin était des plus appréciables et pour cause ! Avachie à moitié sur Royan, elle lui avait proposé son idée et il avait accepté. La seule chose qu’il restait à faire maintenant, c’était de la mettre en marche. Pour cela, il fallait trouver le chef du village. Cela n’avait pas été difficile, ce dernier s’étant présenté devant eux, armé au tout début. Bon, d’accord, il n’avait pas été des plus courageux vu comment il tremblait mais pourtant, il leur avait tenu tête, ce qui montrait qu’il n’avait pas été nommé chef pour de mauvaises raisons.

« Euh, vous êtes certains de ce que vous voulez faire ? Je veux dire, notre village n’a rien à offrir mais quand même… »

« Je suis sûr et certain que cela n’est que pour un temps. En permettant à nos troupes de vous épauler à la tâche et de nous installer autour de vous, nous pourrons alors faire de votre village, le premier village qui accepte les surfaciens. Qu’est-ce que vous en dites ? »

« Si vous me permettez d’en discuter avec les gens du village. »

C’était normal que de demander l’avis de ses camarades. C’était même une marque de sagesse qu’il appréciait tout particulièrement. Le jeune homme à la chevelure bleutée laissa le chef discuter avec les habitants alors que lui-même retournait auprès d’Elen et les autres.

La réponse ne tarda pas à se faire entendre, unanime de la part des villageois. Ainsi, ils acceptaient tous l’idée proposée par Royan. Sans se montrer médisant, il comprenait que les villageois n’avaient pas l’habitude d’avoir de telles propositions et de voir aussi loin que ça. Bon… Par contre, cela voulait dire qu’ils allaient devoir rester ici quelques jours.

« Elen m’a dit que ça ne la dérangeait pas, qu’elle sent que ça plairait à Tery que l’on prenne une telle initiative. Hmm… Mais quand même, ce n’était pas prévu à la base. »

« Tu devrais arrêter de parler à voix haute. » lui dit une voix féminine à côté de lui, Elen bordant son enfant. « Ça se voit que tu as trop traîné aux côtés de Tery. Tu as pris une mauvaise habitude de sa part, Royan. »

« Une mauvaise, tu es certaine, Elen ? »

« Pas le moins du monde, hahaha ! Je me dis que c’est une bonne chose. Malgré les apparences, Tery a vraiment marqué chacun d’entre nous à sa façon. Un peu comme Clari. »

« Clari a toujours été une grande sœur… pour tout le monde, sauf Manelena. Je crois que Tery voulait lui ressembler un peu dans le fond et ça marchait… assez bien. »

« C’était le seul garçon du groupe si on évitait de considérer mes… parents comme tels. Enfin, seul garçon à part toi, je veux dire. »

« C’est exact, j’imagine que c’est quelque chose à prendre en considération et en compte. »

Elle n’allait pas dire qu’elle imaginait que Royan prenait Tery comme exemple. Souvent, les hommes avaient du mal à assumer de telles choses. Ce n’était pas du tout son genre de se mettre en valeur de la sorte, de toute façon.

Bon… Elle allait voir comment la situation se déroulait par rapport aux soldats. Les soldats démoniaques étaient un peu moins enclins à travailler que les soldats de la surface mais elle comprenait pourquoi. Pour eux, il s’agissait simplement d’un village comme les autres. La totalité des soldats ici avait plus de noblesse et de puissance que le village tout entier.

Pour autant, ils allaient devoir faire un petit effort ! Et c’était bien pour cela qu’elle allait les convaincre de mettre la main à la pâte et plus vite que ça ! Même s’ils maugréaient, elle pouvait aussi remarquer qu’ils semblaient apprécier le fait que des gens de la surface veuillent bien aider les démons les plus démunis, chose qui ne se serait jamais produite avec d’autres démons provenant de la capitale.

« Ah… Enfin bon… Peut-être que je devrais faire un petit tour des environs avec quelques éclaireurs. Pour la chasse et le reste. »

« Fais attention à toi, Elise. Même si je sais que les monstres des environs ne peuvent rien contre toi, je préfère quand même être plus rassuré si tout se passe bien. »

AH ! Elle déposa un rapide baiser sur ses lèvres avant d’aller rejoindre deux autres démons et deux soldats de Traslord. À eux cinq, ils étaient largement suffisant pour se défendre et pour fuir si vraiment ça dégénérait.

Ce n’était même pas une question de crainte ou autre. En vue de sa propre force et des flammes qu’elle utilisait, il n’y avait aucun doute que la majorité des créatures des environs n’allait rien pouvoir faire face à elle.

Mais quelque chose clochait. Oui, ils trouvaient bien des créatures des environs … mais elles étaient mortes et d’après les traces, ce n’était pas des morsures ou des griffures, signes qu’elles s’étaient combattues entre elles.

« Hey, y a des traces de pas dans les alentours. Vous les reconnaissez ? »

C’était l’un des deux démons qui venait de poser la question, signalant les dites-traces à Elise et au reste du groupe. Aussitôt, le groupe se rapprocha mais en voyant l’inquiétude et la surprise se dessiner sur leurs visages, il osa demander :

« Qu’est-ce qui se passe ? Vous savez à quelle bête ça appartient ces traces ? »

« Oui, et ce n’est pas bon signe. Il faut absolument prévenir les autres ! On annule l’exploration ! Il faut que l’on se prépare ! »

« Mais attendez ! De quoi s’agit-il ?! » demanda le second éclaireur démoniaque, aussi perplexe que le premier.

« Des gnomolds ! Des gnomolds sont arrivés ! S’il est trop tard, le village mais aussi l’expédition sera en danger ! »

« On ne peut pas les considérer comme nos alliés, plus après ce qui vient de passer ! Les démons passent avant ces bêtes sanguinaires ! » s’égosilla un soldat après Elise, montrant bien qu’il était parfaitement en accord avec les propos de la femme aux cheveux auburn.

Rapide ! Il fallait être encore plus rapide ! Elle demanda si l’un savait utiliser correctement la magie du vent pour leur faire avoir une accélération, un soldat démoniaque signalant que oui, des lignes vertes apparaissant sur ses bras avant qu’il ne les pointe derrière lui.

Aussitôt, une petite bourrasque se fit sentir, emportant les cinq personnes avec elle, leur permettant de prendre une avance indéniable. Mais le plus important était d’arriver au village avant que les gnomolds. Il n’y avait aucun doute qu’ils allaient trouver ce dernier.

« Elise ? Vous êtes déjà de retour ? Mais tu es essoufflée. Vous êtes tombés sur un monstre plus fort que les autres ? »

« Gnomolds ! Des gnomolds vont arriver dans les environs ! »

« Mais qu’est-ce que… Attends, il faut prévenir Elen et les autres ! Il va falloir expliquer tout cela plus en détails, tu t’en doutes hein ? »

Elle allait expliquer ce qu’il fallait expliquer mais pour l’heure, il valait mieux que tout le monde se réunisse ! Avec le chef du village et les rares démons capables de se battre, voilà qu’ils étaient tous en cercle, Elise commençant à raconter ce qu’ils avaient trouvé.

« Il ne faut pas se faire d’illusions. Il y a des chances qu’ils soient sur notre piste. Et même si nous avons utilisé la magie du vent pou accélérer nos déplacements, ils seront sur le village au grand maximum dans la journée de demain. »

« Qu-Qu’allons nous faire ? » demanda le chef du village, tremblant de tout son être. « Nous ne sommes pas des combattants, vous avez très bien pu le voir, non ? Nous serons incapables de nous défendre. Même si nous connaissons pas ces créatures, la description que vous en donnez fait froid dans le dos. »

« Et vous faites bien de vous méfier. Je ne plaisante pas lorsque je dis que ces monstres sont terrifiants. Pour une obscure raison, ils haïssent plus que tout les démons. »

« Comment… Comment allons nous faire ? Qu’est-ce que nous pouvons faire ? »

« Ne vous inquiétez pas, je vais me répéter mais lorsque nous avons parlé d’une collaboration, ce n’était pas à sens unique. Et de toute façon, il y a de fortes chances qu’ils veulent juste nous retrouver mais aussi éliminer un maximum de démons. Donc… »

Donc… Il était aisé de savoir ce qu’ils allaient faire. La princesse démoniaque tapa dans ses mains. Tout le monde se tourna vers elle, attendant ses consignes. Rapidement, la magie était mise en œuvre, aidée par diverses fortifications. Les villageois les regardaient avec étonnement. Eux aussi étaient capables de magie, peut-être à moindre puissance mais bon…

« Je ne savais pas que nous pouvions utiliser la magie de cette façon. »

« Hein ? Comment vous faites alors pour vous défendre ? »

Elle posait une question relativement simple aux villageois mais elle sentait qu’à part s’armer avec quelques outils rudimentaires, ils n’étaient vraiment pas prêts. Bon ben, cela voulait dire une seule et unique chose : cours de rattrapage avec épreuve physique !

Et voilà. En moins de deux heures, les fortifications étaient installées, ils avaient même creusé des tranchées, préparer quelques pieux et autres. À bien y réfléchir, c’était même à se demander si ce n’était pas mieux protégé que l’avant-poste et… non, elle exagérait un peu.

Mais au moins, pour une défense de fortune, c’était déjà pas si mal que ça. L’autre composante qui restait inconnue par contre, c’était le nombre de gnomolds. Mais aussi comment allait réagir les villageois. Heureusement, elle pouvait compter sur les soldats, Elen et Royan au cas où. Pour la mère de Tery, elle s’occuperait de sa petite-fille, des femmes et des enfants du village. Oui, il ne fallait pas oublier son « aura ». Elle restait une femme issue de la noblesse, avec le charisme qui correspondait.

À l’horizon, ils pouvaient finalement voir les torches et les flammes des gnomolds. Ils étaient plus nombreux qu’elle ne le pensait. Une sombre pensée vint l’envahir : s’ils étaient arrivés jusqu’ici, cela voulait dire que les gardiens des portes à l’entrée de la grotte… Brrr ! Non, ce n’était pas le moment de penser aux morts !