Chapitre 21 : Pensée et vérité

Chapitre 21 : Pensée et vérité

« Pfff… Sincèrement, pourquoi est-ce que je devrais en parler maintenant ? Et ici ? En quoi est-ce que cela a une importance, empereur Malark ? »

« Je veux savoir ce qu’il y a de si bien dans cette surfacienne pour que tu sois prêt à tout cela pour lui permettre de s’en sortir. Tu sais aussi bien que moi qu’elle allait sûrement se faire tuer dans les jours qui suivent si tu n’avais pas agi de la sorte, n’est-ce pas ? »

« Je… Enfin… Je… C’était la solution à laquelle je ne voulais pas penser, empereur Malark. C’est vraiment un choix auquel je ne voulais pas me résoudre. »

« Mais pourtant, c’est bien ce que tu as fait, n’est-ce pas ? »

« C’est le cas. Enfin, pour répondre à votre question, pour Manelena, c’est assez compliqué. Je la connais depuis maintenant plusieurs années. Elle est apparue toute en armure noire, j’ai été étonné mais impressionné de voir qu’une femme pouvait être maréchale dans une armée. C’est quand même le plus haut grade, j’ai cru comprendre. »

« Je ne sais pas comment fonctionne les différentes armées dans ce monde mais j’imagine que cela doit être plus ou moins le même partout. Dans notre cas précis, nous fonctionnons aussi de la sorte bien que mon conseiller militaire a aussi un rôle très important. Tu peux continuer tes propos, Tery Vanian. »

« Euh… Alors, j’en étais où ? Ah oui, euh, la différence entre Manelena et les autres, c’est qu’en rejoignant l’armée de Shunter, je me suis confronté à bon nombre de nobles qui pensaient pouvoir aisément me malmener. Elle, de son côté, ce n’était pas vraiment ça. Je veux dire, elle ne juge pas une personne sur ses origines mais ses compétences. Même si je dois avouer que j’ai eu la vie dure, je n’arrivais pas vraiment à m’en plaindre concrètement. »

Mais maintenant ? Est-ce qu’il devait encore continuer à parler ? Car vraiment, c’était un peu gênant, est-ce qu’ils s’en rendaient compte ? Surtout que Manelena était bien installée sur son dos, l’air de rien, avec un petit sourire aux lèvres.

« Il y avait autre chose de vraiment fabuleux, c’est qu’elle menait un double jeu. Enfin, fabuleux, disons que ça dépend du point de vue mais elle aimait participer directement à la bataille. Vous savez, elle n’hésitait pas à se mettre en avant, à combattre en première ligne, à participer aux missions les plus dangereuses. »

« Hmm, hmm… Mais est-ce vraiment cela qui t’a emmener à la voir de la sorte ? De ce que je peux comprendre, tu sembles plus la respecter comme une figure d’autorité que comme une femme, est-ce que tu n’es pas d’accord ? »

« Euh, je crois que c’est plus compliqué que ça, empereur Malark. Comment je pourrais vous expliquer ? Ah oui, je disais que Manelena était le genre de femmes qui aime participer directement aux conflits pour les résoudre mais elle a aussi un grand sens du devoir… et bien qu’elle se soit forgée une carapace au fil des années sous son armure noire, ce n’est pas pour autant qu’elle était complètement insensible. »

« Je ne suis pas certaine que je vais apprécier la suite de la conversation. »

C’était la femme aux cheveux argentés qui venait de couper brièvement la parole à Tery mais elle ne pouvait pas vraiment l’en empêcher. Elle avait attendu ce petit discours depuis si longtemps, maintenant, elle voulait l’entendre jusqu’au bout.

« Manelena a toujours mis son pays avant sa propre personne. Elle n’a pas hésité à se laisser donner en sacrifice pour que son armée, son père, son pays, tous ceux qui préféraient ignorer son véritable rôle et son existence, toutes ces personnes, puissent vivre alors que nous avions quatre armées qui se confrontaient à nous ! »

« Hmm ? Quatre armées ? Est-ce l’histoire de ces fameux médaillons et créatures légendaires ? Est-ce qu’il y a un rapport avec cela, Tery ? »

« C’est un peu avant l’éveil de ces créatures légendaires mais ça a un rapport avec tout ça, oui. Vous ne vous trompez pas. Néanmoins, il n’y a pas que ça. Je veux dire, quand j’ai compris qu’elle n’avait pas peur de cela, qu’elle était prête à mourir, j’ai voulu lui offrir une autre vie. C’est à ce moment que j’ai compris que je n’étais pas humain. »

« Ah oui, les cornes démoniaques, elles n’apparaissent qu’en de rares moments pour ceux qui n’y sont pas habitués et surtout qui sont des demi-démons, comme toi. »

Il hocha la tête aux propos de l’empereur. C’était ça … même s’il se demandait pourquoi est-ce que l’empereur s’amusait à lui couper la parole à chaque fois ? Encore que ce n’était pas véritablement un jeu mais bon…

« Enfin à cet instant, je ne me suis pas préoccupé de ce que j’avais en face de moi, de ce que le monde entier voulait, ma priorité était Manelena et personne d’autre. Je voulais qu’elle soit heureuse, qu’elle vive pour elle. Même si cela n’a pas été facile, je pense que j’ai réussi plus ou moins mon objectif. La voici maintenant devenue la reine de Shunter. Même si on peut aisément voir qu’être reine ne l’empêche pas de se mettre en danger sur le terrain. »

« Disons que je ne m’attendais pas à ce que les gnomolds et les mékalarmiens travaillent ensemble pour tenter de tous nous enterrer, ou du moins, les démons. »

« Mais est-ce que vous êtes satisfait de ma réponse ? Empereur Malark ? »

« Je ne pense pas. Tu dis t’être voué à cette femme mais tu en aimes une autre ? Cela est assez perturbant, tu ne crois pas ? Tu ne sais pas te décider ? »

« Ah mais non ! Euh… Enfin… C’est qu’Elen est mon premier amour. Manelena, je ne sais pas vraiment si… enfin, j’imagine que oui. Je l’aime aussi. Je ne sais pas si c’est le même genre d’amour qu’Elen vu que ce n’est pas un premier amour mais je ne veux pas qu’il lui arrive quelque chose de mal, je veux qu’elle soit heureuse, je veux être à ses côtés et qu’elle sache que je vais veiller sur elle. Je ne suis pas vraiment l’homme parfait, bien loin de là mais je veux lui faire comprendre que je suis là pour elle. »

« Et cela malgré les nombreuses fois où tu l’as abandonnée ? Comme cette Elen ? Quand tu as décidé de briser après tout ce temps le sceau qui empêchait le monde de la surface et le monde souterrain ? Est-ce que tu es certain qu’une telle promesse est légitime quand on connaît cette situation ? Qu’en dis-tu exactement, Tery Vanian ? »

« Que même si beaucoup de promesses sont brisées, l’important n’est pas la finalité mais le fait que la personne croit en cette promesse et s’y accroche. Qu’elle sache que si cette promesse trouve une fin, ce n’est pas parce que je le voulais mais que je n’ai rien pu faire pour empêcher ça. »

« Je pense que j’ai obtenu ce que j’ai désiré. Ce n’est pas à moi de décider si ces paroles conviennent ou non à la personne à laquelle elles étaient adressées. »

Ah, oui. C’était vrai. Lentement mais sûrement, le jeune homme se tourna vers Manelena pour lui faire face, attendant de voir ce qu’elle allait dire. Celle-ci avait un visage neutre bien qu’on pouvait aisément remarquer qu’elle se forçait.

« Je dirais que c’est plutôt pas mal comme déclaration. Je crois que le mieux aurait été d’allier le geste aux paroles pour la peine. »

« Je ne suis pas comme ça et je ne le serais jamais, Manelena. Tu dois t’en douter non ? »

« C’est bien pour cela que c’est assez sidérant que je puisse entendre cela de ta part. Enfin bon, c’est aussi comme ça que je t’ai toujours connu. Je ne peux pas y faire grand-chose, n’est-ce pas, Tery ? Et vous-même, empereur Malark, maintenant que vous avez entendu ma réponse, est-ce que vous êtes satisfait de celle-ci ? »

« Disons que vous êtes deux cas très problématiques… et que l’avenir vous réserve quelque chose de bien sombre et funeste. »

« Qu’est-ce que vous êtes en train de raconter là ? »

« Je ne pensais pas qu’il était déjà temps de te le signaler, Tery mais… je sais de quelle lignée démoniaque tu es issu. »

Hein ?! Il s’était aussitôt retourné vers l’empereur, les yeux grands ouverts. Est-ce qu’il avait mal entendu ou alors, l’empereur Malark lui-même venait de dire… mais…

« Je croyais que ce n’était pas le cas ! Vous disiez ne pas savoir, empereur Malark ! Comment donc… De quelle façon vous… »

« J’ai mes propres connaissances dans ce domaine et même les renifleurs royaux ne peuvent pas deviner tes origines puisque… cette odeur si particulière n’est connue de personne, sauf de chaque monarque. »

« Mais mais mais… Je veux dire pourquoi me l’avoir caché ? Qu’est-ce que vous aviez à y gagner ? Est-ce que cela risque de mettre à mal la monarchie ou quelque chose du genre ? »

« Tu ne me sembles pas être le genre de démon attiré par le pouvoir. C’est même pour cela que c’est plus inquiétant que toute autre chose. »

« Qu’est-ce que vous voulez dire par là, empereur Malark ? »

« Tout simplement que tu es très puissant, Tery. »

Euh… Manelena venait de prononcer une phrase bizarre. Lui, très puissant ? Bon d’accord, il était vrai qu’il n’était pas comme le commun des mortels mais de là à dire qu’il était très puissant ? Il ne savait pas trop. Elle lui donna une petite tape derrière le crâne avant de reprendre d’une voix un peu lasse :

« Le fait que tu sois très puissant mais non intéressé par la sphère politique, militaire ou autre fait de toi quelqu’un de libre. Et quelqu’un qui n’a aucun lien qui le retient peut devenir très dangereux s’il s’avère qu’il possède ta puissance. »

« C’était aussi son cas, il y a de cela quelques millénaires. Et plusieurs données concordent par rapport à toute cette histoire. »

« Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? » répéta une nouvelle fois le jeune homme aux cheveux bruns, un peu abasourdi par les propos du monarque.

« Je pense que le mieux est de faire une petite marche dans mes quartiers privés. Même mes serviteurs ou les personnes les plus proches, que cela soit militaires, politiques ou liées par la famille, n’y ont accès. »

« Euh, alors, pourquoi est-ce que nous y aurions le droit ? »

« Tu poses beaucoup de questions vraiment inutiles, Tery Vanian. Tu devrais te taire quelques fois, comme le fait si bien cette jeune reine de Shunter. D’ailleurs, en vue de votre relation si spéciale et unique, tu es autorisée à nous suivre. »

« Oh je pense que là, je peux vous remercier de cet honneur, empereur Malark. »

Pour la première fois, Tery vit Manelena qui s’inclinait respectueusement. Pourquoi est-ce que le ton avait changé en si peu de temps ? Il n’était vraiment pas sûr de tout saisir. En fait, il avait surtout l’impression que les deux membres de la royauté parlaient un langage qu’eux seuls étaient capables de comprendre.

« J’ai une petite question le temps que l’on arrive jusqu’à vos quartiers, empereur Malark. »

« Hmm ? Tu peux la poser, Manelena. » déclara l’imposant démon alors qu’il se levait du trône, passant à côté d’eux pour prendre les commandes de la marche.

« Ce que vous allez révéler sur Tery, est-ce que cela risque de le chambouler au point de lui faire perdre la tête ? Car je dois avouer que je suis un peu lasse de lui remettre du plomb dans la cervelle à force. »

« Tu es là pour cela… et Tery peut donc compter sur toi. Lui, n’a pas eu cette chance à son époque. Mais trêve de bavardages, je vais vous y emmener. »

« Nous vous suivons, empereur Malark. »

D’accord, ce n’était pas qu’une impression. Il était totalement à côté de la conversation. Alors que Manelena était capable de saisir les propos de l’empereur, lui, il se demandait vraiment ce qui se passait. Et pourquoi est-ce qu’elle s’inquiétait de sa santé mentale ?

« Que personne ne vienne nous déranger. »

Une seule phrase de la part de l’empereur et les deux soldats qui gardaient les portes de la salle du trône vinrent se raidir. L’un d’entre eux signala qu’il allait passer le message, bredouillant dans ses paroles avant de se mettre à courir aussitôt.

« Ah… Cela est bon d’instaurer la peur dans chacun, cela prouve qu’ils me craignent mais il faut avouer que des fois, cela est plus ennuyeux et fatiguant que prévu. Ou alors, je commence à être las d’être l’empereur. »

« Las d’être empereur ? C’est peut-être pour cela que vous étiez heureux d’avoir Elise ? »

« Ce n’est pas le sujet de cette conversation, Tery Vanian. Continu… »

« Je voulais savoir : est-ce que chaque membre de la fratrie d’Elise est… né d’une mère différent ? Vous évoquiez le fait que les démons pouvaient être polygames, non ? »

« C’est exact. Et pour répondre à ta question, je n’arrive plus à me rappeler si je l’avais évoqué mais oui, ils sont tous nés d’une mère différente, une démone que j’ai épousée, et une démone que j’ai éliminée de mes propres mains à cause de sa soif de pouvoir. Il n’y a bien que la mère d’Elise dont je ne sais rien. Je n’ai jamais pensé à lui poser la question. »

« De ce que j’ai cru comprendre, elle est devenue orpheline. Moi-même, dans le fond, mon père n’était pas véritablement mon père. Je ne sais pas trop comment vous avez fait pour qu’il y arrive… sans faire « cela » avec ma mère mais bon… »

« Cela est un étrange concept que je pourrais t’expliquer plus tard mais… Alzar nous a permis de nous développer avec chaque autre race d’une façon ou d’une autre. Je ne suis pas certain que vous pouvez tous vous développer entre chaque race, non ? »

« Je… ne me suis jamais posé la question, je dois avouer. Manelena ? Est-ce que tu es au courant si les Mékalarmiens et autres peuvent se reproduire avec nous ? »

« On ne peut pas plutôt changer de conversation ? C’est vraiment étrange et saugrenue comme réflexion hein ? Je tenais à le signaler ! »

Pour une fois que Manelena donnait un point de vue aussi « franc » sur un tel sujet, il valait mieux s’arrêter. L’empereur leva juste un sourcil, l’air de se dire que ce n’était pas si grave que ça tandis que Tery finissait par se taire. Au final, il n’allait pas savoir la réponse de si tôt visiblement. Après quelques minutes de marche, ils passèrent diverses portes, certaines gardées, d’autres non, jusqu’à plusieurs couloirs où ils étaient les seuls à se déplacer dessus.

« C’est vraiment un endroit dont vous êtes le seul à avoir accès, empereur Malark ? »

« Ces couloirs ont plusieurs millénaires. J’imagine que certains architectes ou autres employés ont été chargé de les entretenir, comme certaines salles mais pas toutes. Ce qu’il est devenu de ces employés et architectes ? Je n’en sais rien et cela ne m’intéresse pas. »

« Oh, d’accord, d’accord. Mais il faut avouer que c’est assez sinistre. »

« C’est le but de cet endroit. S’il était accueillant, beaucoup tenteraient d’y avoir accès mais non, je ne peux pas le permettre et je ne veux pas le permettre. »

« Mais pourquoi nous y donner accès alors que même vos enfants n’y ont pas le droit ? »

« Car tu es là, Tery Vanian. Tu es de sa lignée. Cela veut dire qu’il est peut-être alors temps de régler cette histoire. Je n’ai fait que suivre l’idée des précédents empereurs. Mais je ne pensais pas que cela arriverait un jour, du moins, pendant mon règne. »

« Mais qu’est-ce qui peut me rendre plus spécial qu’un membre de la famille royale ? »

« Tu vas très vite le découvrir. Nous sommes arrivés. »

Oh ? Ce n’était qu’une simple porte en bois. Elle semblait être usée et les murs autour démontraient un très grand âge. En jetant un bref coup d’oeil autour d’eux, Tery remarquait que le couloir était sûrement le plus ancien qu’ils aient parcouru. Ouvrant la porte qui s’était mise à grincer après avoir posé la main dessus, il pénétra dans la pièce, laissant Tery et Manelena rentrer à l’intérieur.

« Oh… Mais c’est… une bibliothèque ? »

C’était la première chose qu’il pouvait remarquer et signaler. C’était une magnifique bibliothèque, oui, très ancienne, mais remplie d’innombrables ouvrages. Oh, elle n’était pas aussi grande que celle de ses grands-parents mais il y avait des livres partout. Que cela soit à gauche, à droite, en hauteur, sur un bureau, vraiment partout.

« Ces livres contiennent le savoir ancestral des empereurs et impératrices depuis des générations jusqu’à l’époque où nous étions encore reliés à vous. »

« Euh, vous voulez dire… comme genre depuis des milliers d’années, c’est bien ça ? »

« C’est exact. Moi-même, j’ai déjà écrit plusieurs livres. Il nous faut être érudits pour que nous puissions transmettre notre savoir aux futures générations. »

« Mais un savoir basé sur quoi exactement ? Est-ce que vous pouvez nous le dire ? » finit par demander Manelena alors que l’empereur avait un faible sourire :

« Sur le royaume, ses habitants, les familles nobles, leurs avancées, leurs disparitions, toutes ces choses… mais la plus importante nous prend la majorité du temps. »

« Euh… Et quelle est la donnée la plus importante du royaume démoniaque ? » demanda à son tour Tery, sur un ton un peu fébrile.

« Le Dévoreur. »

Un simple mot et Tery sentait un puissant frisson l’envahir, comme si tous les pores de sa peau venaient de se redresser. Ce n’était pas la première fois qu’il avait entendu ce nom mais, de la bouche même de l’empereur, cela avait une connotation différente, plus sinistre. Et il n’était vraiment pas rassuré par tout ça.

« Le Dévoreur ? Vous parlez de ce démon ? Enfin, j’ai cru comprendre, je sais plus… »

« Des explications sur le Dévoreur seront données, Tery. Le plus important est ce que je vais te dire à ce sujet et… »

« Empereur Malark, je vois parfaitement où vous voulez en venir alors si vous voulez bien patienter un peu. Bon sang, Tery, tu peux pas me retirer ces chaînes ? »

Elle lui avait montré ses mains toujours reliées par la chaîne en métal et les bracelets du même matériau utilisé. Tery bredouilla quelques mots, venant prendre la clé qu’il avait dans sa poche pour débarrasser Manelena de ses chaînes. Dès qu’elle eut ses mains libérées, elle vient les placer sur les épaules de Tery, le regardant droit dans les yeux.

« Tery, ce que tu vas apprendre, il faut absolument que tu l’acceptes. Qu’importe ce que cela représente, d’accord ? »

« Euh, tu es un peu effrayante sur le coup, Manelena. Pourquoi est-ce que… »

« Viens par là, toi. J’ai pas envie que tu replonges dans les abysses. Une fois mais pas deux ce foutu truc. Vous pouvez le lui dire. »

Hein mais mais mais ! Il se retrouva calfeutré contre la poitrine de Manelena, le dos de son crâne bien amorti par les doux oreillers de la femme aux cheveux d’argentés. Si elle se montrait aussi gentille, c’est que c’était assez grave, n’est-ce pas ?

« Bon, nous n’allons pas tergiverser plus longtemps, Tery. Tu es issu de la chair même du Dévoreur. Tu es donc de sa lignée. »

« Attendez un petit peu quand même. Je voulais juste dire enfin… Je… »

« Tu n’es pas réellement son enfant. Du moins, pas de cette façon à laquelle tu penses. »

« Mais attendez un peu, empereur Malark ! » s’écria le jeune homme, retenu par les bras de Manelena au niveau de son torse.

« Tu es un morceau de chair, une engeance issue du Dévoreur qui a été emmenée jusqu’à une femme de la surface pour donner naissance. Tu es la première tentative de … »

« ASSEZ ! QU’EST-CE QUE VOUS ÊTES EN TRAIN DE RACONTER ? »

« Tu es ma première tentative de chercher non pas une porteuse démoniaque mais une porteuse de la surface. Et c’est visiblement ce qui a permis de te donner naissance. »

« MAIS MERDE ! VOUS M’ÉCOUTEZ ?! »

Manelena mettait un peu plus de force dans ses bras pour retenir, le jeune homme n’ayant visiblement plus de retenue face à l’empereur en face de lui. Le monarque démoniaque attendit quelques minutes, le temps que Tery s’épuise et finisse par à peine gigoter dans les bras de Manelena. Il n’était… qu’un morceau de chair.

Chapitre 20 : Le regard des autres

Chapitre 20 : Le regard des autres

« Tu vas avancer, oui ?! »

« Je le fais, maître Tery. S’il vous plaît, ne me frappez pas ! »

Il avait tiré ce qui semblait être une chaîne. Celle-ci emmenait jusqu’à un collier de métal alors que Manelena avait des menottes de métal aux poignets, forcée de garder la tête baissée. Ils étaient blessés, autant l’un que l’autre depuis les évènements d’il y a deux jours. Cela ne guérissait pas aussi rapidement que prévu.

La femme aux cheveux d’argent avait à peine son visage visible après les évènements, souvent camouflé par sa chevelure. Elle ne semblait exprimer aucune émotion, à part de la crainte par rapport à Tery. Les démons autour d’eux ne disaient rien du tout, ayant comme un sourire satisfait en vue de la situation.

« Vous avez complètement ravagé votre chambre ! Mais qu’est-ce qui s’est passé ?! »

« J’ai simplement remis à sa place une surfacienne impertinente. Je crois que j’ai été trop beaucoup trop clément en fin de compte. J’ai donc réglé ce problème. »

« Ouais, on a vu ça et on a entendu ça mais vous êtes blessé ?! Il faut la punir et… »

« Elle n’est pas dans un meilleur état. Elle a été déflorée, cela doit être visible parmi tout ce sang. Je pense qu’elle a déjà été assez punie. Et si je la brise trop, nul ne reconnaîtra qu’elle est la reine de Shunter. Je préfère la garder vivante. D’ailleurs, vais aller l’emmener se laver, ça serait bête qu’elle finisse infectée ! »

Cela avait été la première conversation de la journée après cette nuit fatidique. Quand tout s’était calmé, il avait pris Manelena par le bras, des haillons dans les bras ainsi que ses propres vêtements. Il avait été difficile de l’emmener dans un coin isolé pour se laver tous les deux, sans que les servants ne viennent les déranger.

Il avait alors rétorqué que c’était à sa propre esclave de faire le travail et que nul ne devait l’en empêcher sinon, il s’occupera personnellement de la personne qui osait le déranger. Et dans la salle pour se laver ? Eh bien, il murmurait quelques mots à Manelena, allant doucement laver le corps nu de la femme aux cheveux gris.

Et elle ? Elle faisait de même ? Elle ne parlait qu’à peine, comme songeuse. Oui, il était vrai que cela pouvait être gênant d’observer le corps de chacun, couvert d’entailles, de blessures et autres mais… cela ne dérangeait ni l’un, ni l’autre maintenant. Elle avait collé sa poitrine nue contre le dos de Tery, sa tête sur son épaule.

« La prochaine fois que tu fais un truc du genre, Tery, tu… »

« Je suis si désolé, Manelena. Tellement désolé, Manelena mais… je… ce n’est pas fini. Je vais partir de cet endroit malsain, je vais demander à ce que tout le monde nous rejoigne. Mais cela va prendre encore quelques jours, je suis… tu peux tenir le coup ? »

« Imbécile. C’est moi qui avait proposé de jouer le jeu. Simplement, toi, tu as été très loin. »

Elle pouvait dire même « trop » loin en vue de ses actes mais elle sentait à quel point il avait été aussi affligé qu’elle parce qu’il avait osé lui faire. Comme pour enfoncer le coup, elle poussa un soupir triste, déclarant :

« Et dire que je me réservais pour l’homme que j’aimais. Ma première fois, envolée. »

Elle sentit que le jeune homme venait de se raidir contre elle, se redressant comme s’il venait de subir un choc électrique. Elle l’entendit commencer à renifler et bredouiller avant qu’elle ne vienne placer ses bras autour de sa taille.

« Tu es définitivement un imbécile. La méthode était vraiment trop violente mais elle aura le mérite d’être efficace. Il ne faudra rien dire à Héraisty et aux autres, ça sera à eux de deviner à leur façon. Bon… Hmm… »

« Manelena, jamais rien n’effacera ce que j’ai fait sur toi. Comme tu l’as dit, tu étais… »

« Oh mais tu peux pas te taire un peu, Tery ? Sur le coup, je n’ai pas compris et j’étais vraiment prête à te tuer. En fait, je le suis toujours si j’avais su que tout cela était fait à dessein… et d’ailleurs ça l’est. Mais j’ai compris tes circonstances et même si tu as tellement exagéré, il me faut avouer que… Oh mais je sais comment tu vas te faire pardonner. »

« Hein ? Euh et comment, Manelena ? »

« Eh bien, quand nous serons plus tranquilles, tu n’auras qu’à me faire oublier cette soirée horrible d’une façon ou d’une autre, non ? »

Et s’il n’avait pas compris l’allusion, Manelena vient glisser un doigt le long de son torse, le faisant tournoyer doucement. Il déglutit légèrement, c’était un peu tard pour revenir en arrière maintenant mais…

« C’est d’accord, Manelena. Mais ce qui s’est passé hier, jamais en vrai, je ne l’aurais fait ! Je voulais juste que tu sois au courant, d’accord hein ? »

« Hmm ? Bien entendu, comme si en vrai, tu étais capable de commettre une telle atrocité. Encore que vu que ça s’est réellement produit, c’est que tu as une petite part dominatrice au fond de toi, Tery, tu ne crois pas ? »

« Je préfère ne pas trop y penser, Manelena. Ce n’est pas du tout moi, et tu le sais bien. »

« Tu peux dire ça à mon corps hein ? C’est lui qui a bien subi « ce que tu n’es pas » cette nuit, hein ? Pfiou, d’ailleurs, Tery, à ce sujet, je crois que… »

« Chut, chut, chut ! Manelena, stop, s’il te plaît ! »

Pourtant, c’est elle qui vient rire, très faiblement. Pfiou… Elle devait pourtant être enragée, énervée, vouloir étrangler Tery, mais le corps de ce dernier comme le sien était dans un triste état. Et surtout, elle continuait à embêter le jeune homme jusqu’à ce qu’ils aient fini de se laver. Il avait demandé de nouveaux habits, spécifiques pour elle, ainsi que des chaînes plus solides. Ils n’avaient pas encore fini toute cette histoire.

Et c’était pour cela qu’ils se promenaient dans les ruelles. Ils voulaient que le message passe parfaitement dans ces lieux, que chacun et chacune puisse observer ce qui se passait. Il évitait exprès le regard des démons qui avaient été avec eux pendant la montée puis la descente du monde souterrain.

Oui, il ne cherchait pas à converser. En fait, il « paradait » avec Manelena à ses côtés, Manelena qui était dans une tenue bien différente de celle de son arrivée. Oui, avec des habits qui lui donnaient vraiment l’impression d’être juste un objet sexuel bon à jeter s’il le désirait, dévoilant une bonne partie de sa poitrine, mais aussi de ses jambes.

Et Tery ? Le jeune homme arborait ses cornes, comme si de rien n’était. Manelena continuait d’avoir la tête baissée, gênée et honteuse, du moins, en apparence. De plus, il avait appris de bonnes choses au sujet de Manelena. Il n’avait pas été le premier à tenter de lever la main sur elle sauf qu’elle avait aisément annihilé les démons qui avaient tenté quoi que ce soit sur elle.

Contrairement à cette pauvre soldate qui n’avait pas eu de chance, Manelena était bien plus forte et il avait compris aussi que lui-même était plus puissant qu’il n’y paraissait. Les nobles démons de cette capitale n’étaient pas aussi forts qu’il ne l’aurait cru. Enfin, tout cela l’avait emmené à imaginer ce plan lorsqu’il avait compris que la vie de Manelena était en danger si elle continuait sur cette voie.

C’est pourquoi il avait agit d’une telle manière. C’était la solution de dernière chance. En venant punir Manelena de la sorte, la souiller, la mettre plus bas que terre, il faisait comprendre sa position aux yeux de tous les démons. Bien entendu, dans la réalité et en privé, c’était bien loin de tout ça. C’était bien différent.

Mais cette mesure extrême, il s’en voulait encore maintenant. Il allait s’en vouloir pendant des jours, des mois, peut-être jusqu’à la fin de sa vie. Bien entendu, il y avait le fait qu’il avait trompé Elen mais si ce n’était « que » cela. Il avait violé Manelena et ça, il ne pouvait jamais enlever cette tâche sur son être.

Il s’arrêta au beau milieu de sa marche quand deux soldats se dirigèrent jusqu’à lui, jetant un petit regard en direction de Manelena qui se cacha derrière le jeune homme. L’un des deux soldats s’adressa à Tery, lui disant :

« Tery ? Y a l’empereur Malark qui veut que tu ailles le voir. »

« Hmm ? Maintenant, j’imagine. Une royauté qui irait attendre un simple type comme moi, ça n’existe pas. Viens par là, toi. » dit-il en tirant un peu sur la chaîne reliée au collier de métal de Manelena, celle-ci poussant un petit cri.

« On peut ramener ton esclave si tu préfères. »

« Ah non, non. Cela devrait aller. Je vais justement la montrer à l’empereur pour qu’il voit ce que j’ai fait de l’ancienne reine de Shunter car il n’y a aucun doute que déjà en haut, ils ont sûrement trouvé un remplacement pour elle. »

« Comme tu veux, c’était qu’une proposition. » signala le second garde, visiblement déçu.

Pas besoin de demander pourquoi il était déçu spécifiquement. Comme le premier garde, il était aisé de voir qu’ils pensaient pouvoir profiter de Manelena si elle n’était pas avec Tery. Pourtant, il en était hors de question, le jeune homme cornu reprenant le chemin jusqu’au château impérial, arrivant devant la salle du trône, attendant qu’on le présente avant de pénétrer à l’intérieur.

« Vous voilà, tous les deux. Que tout le monde quitte la salle du trône. »

Hmm ? C’était donc relativement important pour qu’il demande une telle chose. Tery observa du coin de l’oeil les soldats qui quittaient la pièce. La salle du trône étant des plus imposantes, s’ils se dirigeaient jusqu’au trône, il n’y avait aucune chance que quelqu’un puisse les entendre.

« Bon, vous pouvez arrêter la comédie, tous les deux. Vous n’êtes pas crédible. »

« Ah ! Euh… Vraiment ? Vous pensez que… »

« Tery, le mieux aurait été de continuer à jouer le jeu justement pour le contredire et lui montrer qu’il a complètement tort. »

« Ah ! Donc, c’est un peu… tard, n’est-ce pas ? » dit Tery alors que Manelena poussait un profond soupir, ne pouvant pas vraiment croiser les bras en vue de ses chaînes.

« On va dire que oui, maintenant, il faut voir ce que l’empereur Malark nous veut. Pourquoi nous avoir contacté, empereur ? »

« La situation a plus ou moins dégénéré. Certains pensaient te retirer des « griffes » de Tery en prétextant que cela ne se fait pas à une surfacienne. Malheureusement pour eux, je déteste l’hypocrisie plus que tout et cela ne m’a pas dérangé de me débarrasser d’eux. »

« Je ne sais pas trop quoi dire, empereur Malark. Je ne peux pas vous remercier car la situation est vraiment affligeante dans la capitale. »

« Tu ne peux pas changer des siècles d’histoire juste par ta présence, Tery Vanian. Je te l’ai déjà dit et répété. Néanmoins, ton exaction par rapport à l’actuelle reine de Shunter a fait quelques émules. Les démons pensent que les autres démons de ton groupe font subir les mêmes sévices à leurs compagnons. »

« Je ne sais pas si c’est vraiment réjouissant que l’on me considère comme un violeur. »

« Non pas comme un violeur mais quelqu’un qui sait abuser de son autorité face aux races inférieures. Pour les démons, tu es comme un parasite aux yeux de beaucoup. Tu n’as pas l’allure et le comportement d’un démon. Du moins, c’était ce qu’ils pensaient avant que ton coup d’éclat ne se fasse connaître. En même temps, à voir votre état à chacun, j’ai l’impression que la reine de Shunter n’était pas au courant. »

« Et pas qu’un peu, je l’ai cogné pour lui faire comprendre comment on traite une femme. »

« Hum, tu es peut-être plus démoniaque que je ne le pensais, Tery. »

Sincèrement, il devait prendre comment la remarque de l’empereur ? Car oui, il semblait le complimenter mais il ne se sentait pas ravi sur le coup. Dans le fond, c’est vrai que maintenant, les autres démons devaient penser à des choses horribles de sa part.

« Bref, empereur Malark, il n’y avait que ça dont vous vouliez me parler ? »

« Nullement, loin de là, Tery Vanian. Je sais ce que tu comptes faire et il est peut-être alors temps de te dire ce que je sais à ton sujet. »

« À mon sujet ? Comment cela ? Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? »

Il était Tery Vanian. Il avait déjà eu la surprise d’être un démon, après toutes ces années. Qu’est-ce qu’ils allaient encore lui révéler d’assez sinistre ? Qu’est-ce qui allait encore être pire ? Est-ce qu’il n’avait pas assez souffert ?

« Mais auparavant, je voulais savoir une chose par rapport à ces surfaciens. Pourquoi eux ? Pourquoi non pas les démons ? Car depuis le début, tu sembles avoir fait ton choix. »

« Ce n’est pas une question de choix, empereur Malark. Je suis autant pour les démons que pour les surfaciens. Vous savez, tous les démons ne sont pas aussi… »

« Tu peux t’exprimer librement dans cette pièce. Nulle parole n’en sortira. »

« Aussi horribles que ceux qui se trouvent dans la capitale. Beaucoup de villages démoniaques ont des habitants très appréciables, qui sont là pour aider leur prochain. C’est juste que comme partout, dès qu’une personne a du pouvoir, elle en abuse, la grosse majorité du temps. Je ne suis pas pro-surfacien ou pro-démon, je veux autant la paix de l’un et de l’autre côté. Simplement, en revenant ici, avec la reine de Shunter, je pensais vraiment que ça serait un premier pas pour oeuvrer pour la paix, malgré tous les déboires. Et résultat ? Je… »

Il cherchait ses mots, les paroles qu’il fallait mais comment est-ce qu’il pouvait exprimer le fait qu’il avait tout simplement souillé la reine de Shunter ? Non, pire que ça, il avait souillé la femme qu’il aimait par ses actes. Il était impardonnable ! Il n’y avait pas de retour en arrière ! Il se prit une légère tape dans le dos, Manelena, malgré ses habits, avait une stature fière et droite, comme son véritable rang l’exprimait.

« Il ne faut pas abandonner pour aussi peu, Tery. L’empereur Malark sera sûrement d’accord avec moi sur le fait que ce n’est pas en abandonnant à la première difficulté que l’on peut forger un royaume. Je suis même certaine qu’il a bien plus de sang que la majorité des démons, est-ce que je me trompe ? »

« Cela ne concerne pas une surfacienne, Manelena. » rétorqua l’empereur bien qu’il n’infirmait pas les propos de la femme aux cheveux d’argent.

« Tout cela pour dire que ton idée reste bonne, Tery. Mais qu’il faudra sûrement « forcer » les plus puissants démons à se plier à ta volonté. Ici comme ailleurs, la loi du plus fort restera la meilleure. Je pense que ce que tu m’as fait a fait comprendre à certains démons que tu étais prêt à pas mal de « sacrifices » pour arriver à tes fins. Peut-être que tu as marqué quelques points dans certaines familles haut-placées. Et c’est ce qui dérange, n’est-ce pas ? »

Elle avait fini par reposer ses yeux sur le monarque, ne semblant pas réellement attendre de confirmation de la part de ce dernier même si celui-ci poussa un soupir agacé. Visiblement, il était un peu énervé par les remarques de Manelena, des remarques qui faisaient mouche à chaque fois. Elle n’était pas devenue reine par hasard.

« Ce qu’elle dit est vrai, Tery. Parmi les soldats qui étaient avec toi, bon nombre d’entre eux sont des fils ou filles de familles nobles. Parmi elles, certaines sont bien connues dans la capitale. Le fait est que ses familles ont envoyé leurs enfants te rejoindre dans le but de t’étudier et de se débarrasser en partie d’eux. Vu que leurs enfants sont revenus avec des surfaciens, les dit-enfants, qui n’étaient pas haut placés dans la hiérarchie familiale ont gagné un peu de grade dans ces dernières. »

« Euh… mais qu’est-ce que vous voulez dire exactement par là ? »

« Que ces familles sont intéressées par la surface et ses habitants. Que tes exactions ne sont pas passées inaperçues. Que ce que tu penses être inutile est tout le contraire au final. Tout est finalement lancé et si tu continues sur cette voie, alors, tu finiras par obtenir ce que tu recherches ici bas. Il te suffirait d’aller directement parler aux chefs des différentes familles ou du moins à leurs représentants pour comprendre ce que tu as fait. »

Il ne savait pas trop si c’était vraiment une bonne idée mais une nouvelle tape dans le dos de Manelena et voilà qu’elle déclarait à la place de Tery :

« Si tu dois te rendre dans de tels endroits, tu es prié de ne pas abaisser ta garde. Peut-être que vous avez des intérêts communs mais ces familles n’hésiteront pas à te bouffer tout cru si tu leur en offres la possibilité. Et bien entendu, comme je vais devoir t’accompagner, tu ne pourras pas t’abaisser à m’adresser la parole ou attendre que je vienne t’aider. D’ailleurs, empereur Malark, pourquoi vous me permettez de m’exprimer aussi aisément ? »

« Tu es vraiment impertinente comme femme, je suis certain qu’on te l’a souvent dit, n’est-ce pas ? » signala l’empereur Malark en fronçant les sourcils, peu habitué à ce qu’on s’exprime de la sorte envers lui dans sa salle.

« Disons que je n’ai pas été élevée avec des froufrous et des robes malgré mon statut de reine. Mon père m’a renié pendant pas mal d’années, il m’a fallut faire ma place dans l’armée sans que nul ne sache mes origines. Je ne vais pas vous raconter toute mon histoire. Pourriez-vous expliquer à Tery pourquoi vous faites tout ceci ? »

« Tu peux aisément lui expliquer par ta propre personne puisque tu es au courant de tout, il semblerait. Ensuite, Tery répondra à ma question te concernant. »

« Bon bon bon… Puisqu’il en est ainsi, Tery. Si tu veux tout savoir, l’empereur Malark est aussi prompt à faire changer les choses du côté des démons. Malheureusement, même avec son statut d’empereur, il ne peut pas tout accomplir. Je pense qu’il a décidé de t’aider de manière indirecte tout cela depuis l’apparition de sa fille issue de la surface. Est-ce que je me trompe, empereur Malark ? Vous avez vu qu’il était possible pour votre enfant de vivre à la surface, accompagné par de nombreux surfaciens, sans aucun problème. Votre enfant ! Issu de votre corps et de celui d’une femme de la surface ! D’ailleurs, à ce sujet, il faudra m’expliquer comment vous faites car ça a l’air d’être assez… saugrenu. »

« Humpf. Nous procréons de la même façon que les surfaciens. »

« Oh mais à la surface, vous savez, les mékalarmiens naissent dans les œufs. Les Claudiskins aussi, si je peux me permettre. Je ne veux pas parler de cette méthode. Vous semblez ne pas avoir besoin de… rapports pour ça. »

« Assez avec ces questions. Je n’y répondrais que lorsque la mienne aura eu une réponse. »

« Et de quoi il s’agit, empereur Malark ? » demanda Tery après quelques secondes d’hésitation, ne sachant guère réellement où se placer avec tout cela.

« Ta relation avec cette surfacienne. Je ne me fais pas d’illusions par rapport à Elise. Je sais pertinemment que toi et elle, il n’y a jamais rien eu et il n’y aura rien mais… cette relation entre toi et cette surfa… »

« Vous pouvez m’appeler Manelena, cela ne me dérange pas, Malark. »

Un grognement de la part de l’empereur se fit entendre, Manelena gardant son sourire aux lèvres alors que l’empereur reprenait la parole :

« Manelena. Quelle est ta relation avec elle ? Si ce n’était qu’une femme comme toutes les autres, tu n’aurais jamais commis de tels actes. De même, de ce que je sais avec ce que tu as raconté, tu es normalement déjà avec quelqu’un, n’est-ce pas ? Alors pourquoi cette femme ? Car il s’agit d’une reine ? »

« Hein ? Bien sûr que non ! Pas du tout ! Enfin, Manelena, ce n’est pas parce que c’est une reine, pas du tout, empereur Malark ! »

Et voilà que maintenant, il était gêné et confus. Comment est-ce qu’il allait expliquer cela correctement ? L’empereur attendait des explications visiblement. Surtout qu’il avait posé une question cruciale : Et Elen dans tout ça ?

« Par rapport à Elen, je compte vraiment lui expliquer la situation quand je pourrais enfin la revoir ! Il n’y a même pas besoin de se poser la question ! »

« Hum hum. Libre à toi. Beaucoup de démons sont dans la polygamie bien que cela soit beaucoup de non-dit. Une femme ou un homme principal et plusieurs amants ou amantes. Mais cela ne regarde qu’eux. »

« D’accord, d’accord. Euh, est-ce que la réponse vous satisfait ou pas ? »

« Pas vraiment, non, Tery. Je veux en savoir plus aussi. C’est l’heure de jouer cartes sur table. » annonça Manelena, se plaçant dans son dos.

« Hein ? Mais mais mais… Qu’est-ce que vous voulez que je dise ? Je ne sais pas moi ! »

« Pourquoi moi ? Et pas une autre femme ? »

Mais c’était quoi ce traquenard ?! Ils travaillaient de concert ou quoi ?!

Chapitre 19 : Un acte horrible

Chapitre 19 : Un acte horrible

« Manelena, les gens, tu as entendu ? »

« Je sais bien, Tery. Je sais bien, enfin messire Tery. Qu’allez-vous faire donc ? »

« J’en ai aucune idée malheureusement ! Je ne vois pas comment je peux régler ça. Les autres démons n’ont pas ce problème, j’ai demandé à Héraisty. »

« Ils sont habitués à l’échelle sociale instaurée ici. Et je pense que les soldats des différentes nations aussi. Mais toi qui a toujours été tête en l’air et du genre à ne pas te préoccuper de ces petites choses, autant dire que ce n’est pas viable. »

« Mais si je ne fais rien, tu risques d’avoir de gros ennuis et… je ne veux pas que ça arrive ! »

« Alors, tu n’as qu’à trouver une solution, maître Tery. Enfin, tu as compris ! » s’exclama t-elle alors qu’ils étaient tous les deux dans la chambre de Tery une nouvelle fois.

Des journées s’étaient écoulées depuis la soirée où ils avaient bu un peu plus que nécessaire. Lorsqu’il s’était réveillé, autant dire qu’il en menait pas large, surtout qu’il était dans une tenue déplorable et que Manelena dormait à ses côtés. Il avait eu peur d’en avoir trop fait et de ne pas s’en rappeler mais Manelena portait encore quelques habits.

Puis peu à peu, il s’était dit que ce n’était pas si grave, loin de là. Dans les faits, s’il y avait bien une personne qu’il faisait plus qu’apprécier, c’était Manelena. Cela ne datait pas d’hier, ce qu’il ressentait pour elle. Pourquoi le cacher ? Pourquoi ne pas le montrer ? Ici, c’était impossible. S’il devait le montrer aux autres démons, autant dire qu’on voudra sa tête sur un plateau et que certains n’attendaient que ça.

« Je vais trouver une solution, Manelena. Mais… Est-ce que tu me feras confiance jusqu’au bout dans ma décision ? »

« Hmm… Je ne… » commença t-elle à dire avec un air un peu suspicieux. Mais elle s’arrêta aussitôt en voyant le regard du jeune homme posé sur elle. Même si cela ne semblait être qu’un « jeu » quand elle se faisait passer pour son esclave, Tery réfléchissait réellement à tout faire pour que ça se passe le mieux possible.

« Qu’importe ce que je ferais, je veux juste que tu saches que ma priorité est ta sécurité, Manelena. Tu es vraiment la personne la plus importante pour moi en ces lieux. »

« Mais quel beau parleur que tu fais, Tery. Tu devrais raconter de telles inep… Ah bon sang, tu vas arrêter de me fixer comme ça ? »

C’était elle qui avait fini par détourner le regard, plus gênée qu’elle ne l’aurai cru. D’une voix plus tremblante qu’elle ne le voulait, elle murmura :

« Je veux bien te faire confiance. Malgré les apparences, ces actes stupides et tout le reste, je suis sûre et certaine que tu envisages tout pour que ça se termine bien. »

« Je ne sais pas du tout. C’est juste absurde et monstrueux. »

Absurde et monstrueux ? Cela voulait dire qu’il avait déjà son idée en tête ? Maintenant, elle le regardait à nouveau, interrogative. Elle savait qu’il tiendrait ses promesses, du moins, qu’il fera tout pour qu’elle soit en sécurité. Mais absurde ? Monstrueux ? Qu’est-ce que Tery avait exactement en tête ?

« Il me faudra vraiment beaucoup de courage pour ça. Je suis vraiment désolé, Manelena. »

« Mais tu vas attendre un petit peu ? Et me dire de quoi tu parles exactement ? Car là, tu fais juste plus peur qu’autre chose, Tery. »

Encore, elle, avoir peur, c’était un concept assez étrange mais en même temps ce n’était pas impossible. Elle n’était pas totalement insensible. En même temps, cela lui arrivait d’être… inquiète et c’était justement ce qu’elle ressentait en écoutant Tery.

« Tery, je veux juste que tu me fasses une promesse, toi aussi. Si tu ne la fais pas, je ne pourrais pas alors accepter ce tu as dit. »

« Et de quelle promesse il s’agit ? » demanda Tery, cherchant à comprendre ce qui lui arrivait vu qu’elle n’avait pas le même timbre de voix que d’habitude.

« Que ce n’est rien de dangereux pour toi. Pfff… Qu’est-ce que j’ai l’air en disant ça ? On dirait que je vais minauder comme une petite pucelle. »

« Je ne crois pas que ça soit dangereux pour moi. Mais c’est pour toi, Manelena. Il se peut que tu sois blessée, que tu sois meurtrie, que cela t’affecte à jamais. »

« Hum… J’ai été reniée par mon père pendant plus de deux décennies, je suis certaine d’être assez forte pour ce que tu risques de me préparer. »

« Je ne sais pas du tout, Manelena. Je… Pardon à l’avance. Je vais me préparer… et vraiment, s’il te plaît, pardonne-moi. »

Mais le pardonner de quoi ? Elle voulait lui poser la question mais elle avait vraiment une certaine appréhension qui vint l’habiter. C’était elle ou… Tery la mettait mal à l’aise ? Surtout qu’il la détaillait de haut en bas.

Il signala qu’il allait revenir dans quelques heures. Elle pouvait rester ici car si elle tentait de sortir sans qu’il soit à ses côtés, elle allait avoir de sérieux ennuis. Même si elle était brave, elle n’était pas complètement stupide.

Mais qu’est-ce qu’elle allait faire ? Pendant tout ce temps ? Car oui, elle avait une boule dans le ventre. Elle n’arrivait pas à l’expliquer mais elle qui y pensait depuis des journées, elle avait le sentiment que Tery la regardait comme… un prédateur ?

C’était un regard déplaisant, un regard qu’elle avait déjà vu si souvent depuis qu’ils se retrouvaient dans ce monde souterrain. Un regard carnassier où bon nombre de démons, qu’ils soient mâles ou femelles, semblaient chercher le moment où elle serait sans défense pour lui faire subir les pires sévices. Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce que Tery avait eu ce regard si horrible ? Est-ce qu’il comptait… non. Pas Tery. Ce n’était pas son genre.

Pourtant, quelques heures plus tard, il était revenu. Elle remarqua qu’il tenait deux paires de menottes dans les mains. Du moins, en vue de l’épaisseur des menottes, ça ressemblait plus à des bracelets joints par une chaîne en métal entre les deux bracelets. Avec deux paires, elle commençait à comprendre où il voulait en venir.

« Tu décides enfin de prendre cette histoire au sérieux, Tery ? »

Il avait refermé la porte derrière lui, tournant la clef pour être sûre qu’on ne vienne pas le déranger. Il tira les rideaux pour que nul ne puisse les observer dans la chambre, n’allumant qu’une bougie sous une cloche de verre pour diffuser une lumière à peine perceptible dans la pièce. Les menottes déposées sur le bureau, elle remarqua qu’il ne l’avait même pas regardé depuis qu’il était rentré. Et il n’avait même pas cherché à parler.

« Tery ? Tu pourrais au moins t’exprimer, tu ne crois pas ? »

« La ferme, Manelena. » répliqua sèchement Tery alors qu’il finissait par se débarrasser de son haut, lentement mais sûrement, jetant ce dernier au sol.


Il se retourna vers elle, dévoilant ses yeux rubis alors qu’elle avait un léger frisson qui vint la parcourir. Elle le sentait, elle sentait le même regard que les autres démons dans ce foutu royaume, dans cette capitale pourrie. Elle sentait que Tery avait exactement ce…

« Déshabille-toi, maintenant, Manelena. »

« Je ne suis pas vraiment certaine d’apprécier cette idée, Tery. » déclara t-elle avant de finir par se lever du lit, prête à se mettre debout. Mais une baffe cinglante vint la faire retomber dessus, Manelena écarquillant les yeux avant de se mettre à grogner, des lignes noires apparaissant sur ses bras.

« TERY ! TU VAS VITE COMPRENDRE QUE … »

Une nouvelle baffe mais cette fois, elle arriva à parer le coup. Mais le front de Tery percuta le sien, la sonnant à moitié, comme si elle avait reçu un coup de marteau sur la crâne.

« MAIS QU’EST-CE QUE TU FOUS, BORDEL ?! »

Hein ?! Elle sentait sa poitrine qui venait de se retrouver à l’air libre, ses yeux se rouvrant sur ceux rubis de Tery. Ce n’était pas les yeux d’un homme, ni d’un démon, mais ceux d’un prédateur. Elle se sentait si… petite face à lui. Mais il en fallait plus pour l’impressionner !

« Je te laisse une chance de te faire par… »

Il l’empêchait de finir sa phrase à chaque instant. Alors qu’elle avait senti que son haut s’était déchiré, il en était de même avec son bas, ses habits ayant été retiré comme s’ils n’étaient que du papier pour une main de Tery. Une main légèrement griffue, l’autre maintenant les deux bras au-dessus de la tête de Manelena, entourant ses poignets.

Comment ? D’habitude, il n’avait à peine une taille capable de faire le tour de son poignet alors les deux ? Et c’était quoi ces cornes sur son crâne ? Elles étaient différentes.

Elles étaient plus longues ? Comme celles de l’empereur Malark. Elle avait la sensation qu’elles faisaient partie intégrante de Tery, comme s’il avait toujours été un démon. Mais ce n’était pas l’heure de l’étudier, surtout pas ! Surtout qu’elle voyait l’excitation du jeune homme au niveau du bas-ventre.

« Dans d’autres circonstances, j’aurais été flattée mais pas là ! JE T’AI DIT DE DÉGAGER TERY ! TU VAS COMPRENDRE ?! »

Elle venait de lui envoyer son pied droit dans les bourses mais ce dernier avait été arrêté par la main libre du jeune homme. Non, ce n’était pas un homme à cet instant mais un monstre, elle le voyait bien. Elle comprenait ce qui risquait de l’attendre et déjà elle croisait les jambes pour l’en empêcher.

« Tu n’es pas décidée à te laisser faire, Manelena ? Tant mieux, je préfère quand tu tentes de résister, ça sera encore plus appétissant. »

Et voilà qu’il malmenait sa poitrine comme s’il pétrissait une pâte prête à être enfournée par le boulanger. Les seins de la femme aux cheveux d’argent étaient palpés, se faisant secoués à gauche et à droite alors qu’elle se retenait de gémir.

« JE VAIS TE BUTER, TERY ! JE VAIS VRAIMENT T’ECLATER TA FACE ! »

Elle commençait à gesticuler, sa magie se diffusant dans tout son corps. Elle ne savait pas ce qui était en train de lui prendre mais il allait le payer ! Elle allait lui faire regretter son existence ! De l’électricité vint par courir son corps mais aussitôt, elle poussa un cri de douleur. Elle venait … de se faire entailler par Tery ? Non, il avait formé une fine carapace de pierre autour de ses membres et de ses mains.

« Qu’est-ce que tu comptais faire, femelle ? M’électrocuter ? Je te connais depuis toutes ces années, je sais de quelle façon tu te bats, quelle est ta magie principale, tu crois que je n’ai pas pris mes précautions pour ce soir ? »

« Tery, si tu crois vraiment que je vais te pardonner ou que je vais passer l’éponge sur ce que tu tentes de faire, TU TE TROMPES LOURDEMENT ! »

Elle n’était pas qu’une adepte de l’électricité ! Elle était bien plus que ça ! Si elle ne pouvait pas le frapper de cette manière, ni utiliser la magie pour l’électrocuter et lui faire lâcher prise, elle avait bien d’autres façons d’y arriver !

« N’OUBLIE PAS QUI JE SUIS, TERY ! JE SUIS LA REINE MANELENA ! JE SUIS LA MARECHALE NALI ! JE SUIS UN BIEN PLUS GROS POISSON QUE TU NE POURRAS JAMAIS FERRER ! »

Et il allait très vite comprendre ce qu’elle était ! Il voulait utiliser la force ? Ils allaient être deux à ça ! Mais ce n’était plus un jeu, c’était un combat pour la survie ! Pour son intégrité ! Sans crier gare, elle commença à rouler sur le côté, emportant Tery avec elle pour qu’ils tombent tous les deux du lit. Étonné, le jeune homme relâcha à peine sa prise sur elle, chose dont elle profita aussitôt pour se libérer. Soulevant la table de nuit avec aisance, elle l’envoya sur Tery qui eut juste le temps de parer avec son bras.

« Tu veux vraiment te rebeller contre moi, Manelena ? Et qu’est-ce que tu comptes faire ensuite hein ? Qu’est-ce que tu crois que… »

C’était à elle de lancer l’assaut. S’il pensait qu’elle allait fuir, il venait de se planter royalement. Un peu comme son épaule et son coude dans le ventre de Tery, le faisant percuter le mur derrière eux avec une violence rare, toute la pièce s’étant mise à trembler sous le choc. Elle s’écria :

« Je vais te buter, Tery. Je vais te buter pour avoir tenté même de me toucher de la sorte ! »

Et dire qu’elle pensait s’abandonner à lui il y a quelques jours, avec l’alcool ? Comment est-ce qu’elle avait pu être autant aveugle ? Ce n’était pas la première fois qu’il la décevait mais elle, toujours aussi stupide à croire dans les sentiments de Tery, elle voulait lui pardonner !

« MAIS CETTE FOIS, JE VAIS T’EXTERMINER ! »

Et qu’importe si les soldats et autres allaient tenter de l’arrêter ou de la souiller ensuite, elle emportera Tery avec elle ! D’ailleurs, elle était certaine qu’en vue du vacarme produit, ils n’allaient pas tarder ! Si tel était le cas, elle allait tuer Tery et ensuite en exterminer un maximum pour…

… … … Pourquoi personne ne venait les arrêter ? Même en fermant la porte à clef, il serait facile de la défoncer. Pareil en passant par la fenêtre. Cela ne laissait pas passer la lueur des cristaux qui éclairaient les zones pendant la « nuit ».

« Qu’est-ce que tu ça veut dire ? Où est-ce qu’ils sont tous ? »

« Tu n’as pas l’air de comprendre ta position hein ? Ici, tu n’es rien, Manelena. Tu n’es que bon à être utilisée comme l’esclave que tu es et … »

Un coup de poing dans le menton et le voilà en train de cracher du sang. Aussitôt, bien qu’elle ne pouvait pas être aussi efficace que lui, elle vient créer des griffes de pierre. Elle aussi, elle avait appris à son sujet ! Elle savait comment il combattait ! Les griffes tracèrent des lignes en diagonale sur le torse de Tery, pas assez profondément pour que ça soit réellement dangereux bien que du sang s’en écoulait.

« Ben alors, mon grand, t’es déjà essoufflé ? Tu pensais quoi ? Que j’allais être une gentille petite biche qui allait se faire croquer ? VIENS DONC, TERY ! Je vais t’arracher les couilles pour te les faire bouffer ! »

Et pourquoi est-ce qu’elle haletait et qu’elle sensiblement plus excitée que prévu par cette bagarre ? C’était vraiment ça qu’elle désirait ? Non ! Pas le moins du monde ! Il fallait être complètement tordue pour espérer du plaisir dans un tel endroit et à un tel moment ! Peut-être l’exaltation du combat ?

« Tu as terminé les enfantillages, Manelena ? Maintenant, je vais être sérieux. »

« Tu crois que ce sont des gamineries, Tery ? TU ES EN TRAIN DE ME DIRE QUE JE DEVRAIS ME LAISSER FAIRE ?! »

Un grand sourire se dessina sur les lèvres de Tery, comme s’il était amusé par les propos de la femme aux cheveux d’argent. Elle n’avait aucune idée de ce qui trottait dans la tête de Tery mais si elle ne trouvait pas rapidement une solution, elle allait…

« Tu es dispersée, Manelena. Pourtant, tu m’as toujours dit de ne pas l’être dans un combat à mort, n’est-ce pas ? »

Il avait frappé violemment dans le ventre de Manelena, la faisant pouffer de douleur. Elle se retrouva à nouveau projetée sur le lit mais cette fois-ci, ce dernier avait des bracelets de pierre qui traversèrent le sommier et le matelas pour bloquer Manelena au niveau des membres et de la tête.

« TERY VANIAAAAAAAAAAAAN ! JE VAIS TE TUER ! »

Elle recommençait à faire parcourir de l’électricité dans son corps mais à cause de ces liens de terre, c’était inutile. Du moins, c’est ce qu’elle croyait mais elle avait une solution. Elle le regarda avec rage alors qu’elle le voyait se rapprocher d’elle, prêt à faire son œuvre. Ses mains pouvaient toucher l’oreiller sur lequel sa tête était posée. Elle le gela avant d’utiliser un peu de magie de vent pour envoyer l’oreiller glacé sur la tête de Tery, lui ouvrant encore plus le crâne. Tery poussa un râle de rage, ignorant ce qu’elle venait de faire. Avec les jambes écartées de force, elle sentait le membre de Tery qui frottait contre son antre.

Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’elle était autant en sueur ? Et pourquoi est-ce qu’il prenait autant de temps ?! Qu’est-ce qu’il était foutait ?! Elle allait tout faire pour l’arrêter ! Elle pouvait encore ! Si elle se concentrait, peut-être qu’elle pourrait faire apparaître son armure et … non, ce n’était pas aussi simple que ça.

Son corps, ce stupide corps, il semblait désirer ça après toutes ces frustrations à avoir Tery contre soi pendant des semaines. COMMENT EST-CE QUE SON CORPS OSAIT L’ABANDONNER DE LA SORTE ?! Elle poussa un nouveau cri de rage, à tel point que la fenêtre de la chambre commença à se fissurer derrière le rideau.

Il était rentré ! Il était vraiment rentré ! Il avait osé le faire ! Il avait osé la souiller ! Il n’y avait aucun retour en arrière ! Au moment où il était rentré, elle avait senti que les liens de pierre se faisaient moins forts… assez pour lui permettre de libérer ses poings, chose dont elle ne se priva pas.

Ses mains se dirigèrent vers le cou de Tery qui continuait son acte bestial mais elles continuèrent leur chemin pour arriver dans le dos du jeune homme aux cheveux bruns. S’enfonçant dans la chair de ce dernier, griffant son dos pour y laisser des traces sanglantes de son passage, ses pieds se libèrent pour venir enserrer le corps de Tery.

« Désolé, désolé, désolé, désolé… »

C’était à cause de ce mot répété, sans cesse, que ses mains avaient quitté la voie de la gorge de Tery pour finir par se nicher dans son dos. Cette rage accumulée dans ses doigts déchiraient le dos de Tery alors qu’il continuait la copulation bestiale, sans réel désir… ou alors, y en avait-il un ? Elle ne savait plus trop. Elle avait du mal à réfléchir correctement à la situation, surtout que son corps lui envoyait des spasmes de plaisir.

Des spasmes qu’elle avait du mal à refouler. Maintenant que la douleur première était passée, son corps continuait de réclamer sans cesse ce désir ardent qui bouillonnait en elle depuis tout ce temps. Mais quelque chose la dérangeait. Tery voulait lui faire mal, il voulait la marquer, par des blessures, des entailles, des blessures. Mais à chaque fois, cela n’avait jamais été trop profond, quitte à la blesser réellement.


Le lit était dans un triste état, en fait, on pouvait simplement envisager qu’ils étaient juste sur un matelas. La pièce était dans un triste état, avec la table de nuit brisée, de la poussière soulevée par les murs qui avaient tremblé et les débris de verre. On aurait cru à une véritable bataille dans le lieu.

Soudainement, sans prévenir elle s’arc-bouta en même temps qu’elle sentait le corps de Tery qui venait de se raidir. Une chaleur vint envahir son bas ventre en même temps que Tery continuait de murmurer le même mot, inlassablement. Et il vint finir par s’écrouler contre elle, sur ses seins nus. Un bref regard sur le dos du jeune homme et elle voyait qu’il était dans un triste état. Un peu comme elle dans le fond. Oui, ils étaient dans un état pitoyable.

Comme s’ils s’étaient livrés à une violence inouïe … et c’était le cas. Elle avait crié, elle avait hurlé, Tery lui aussi. Il s’était livré à un acte des plus horribles. Tout avait été ravagé alors… pourquoi est-ce qu’il pleurait contre son sein ? Comment osait-il être sans défense contre elle, ses cornes ayant disparu ?

Comment osait-il relever ses yeux émeraude, sans aucune malice ou perversité empreintes dessus ? Comment osait-il verser des larmes en la regardant ? Pensait-il vraiment qu’il allait être pardonné juste avec ça ? Pensait-il vraiment survivre à sa colère ?

« Pardon, Manelena. Pardon, pardon, pardon…. Pardon et encore pardon. »

Il avait posé ses lèvres sur les siennes, une fois, deux fois, trois fois. Il l’embrassait maintes fois sans qu’elle ne réagisse. Il l’embrassait avec une certaine ferveur, comme pour attendre quelque chose de sa part. Elle, de son côté, analysait toute la situation. Oui, elle avait été violée. Que son corps apprécie le traitement ou non, cela restait un viol.

Un viol de la part de l’être en qui elle avait une extrême confiance. Un viol qui avait souillé et terni son corps à tout jamais. Un viol dont jamais elle ne pourra laver l’affront maintenant qu’il avait été commis. Ses yeux rubis, rageurs, fixèrent Tery pendant de longues secondes, comme ignorant les baisers qu’il déposait. Puis toute rage vint quitter subitement le regard de Manelena mais aussi son visage et son corps. Les mains qui avaient griffé le dos de Tery, qui avaient martelé son corps, caressaient maintenant le dos ensanglanté du jeune homme.

« Dans la plus complète des ignorances… pour être le plus réaliste. »

Elle avait simplement soufflé cette phrase mais Tery ne l’écoutait plus. Il était avachi sur elle, son corps continuant à trembler un peu. Avec une fenêtre qui avait fini par tomber en morceaux à cause des évènements, normal qu’il avait froid. Elle-même n’avait guère chaud.

Observant plus ou moins ce qui restait des draps, elle vint les déposer sur leurs deux corps, elle-même restant assise dans le lit. Cette capitale démoniaque était pourrie jusqu’au bout pour avoir emmené Tery à réagir de la sorte. C’était une chose qu’elle ne pardonnerait pas.

Chapitre 18 : En profiter

Chapitre 18 : En profiter

« Je n’aime pas du tout l’ambiance actuelle, Manelena. »

« Hmm ? Cela ne me dérange pas tant que ça, loin de là. Je n’ai aucun souci. Je veux dire, on dirait que maintenant qu’il y a eu une morte, ceux qui doivent s’occuper de leurs esclaves sont beaucoup plus sur leurs gardes et il n’y a rien eu de mauvais cette dernière semaine. »

« Je sais bien mais ça ne change pas que je n’aime pas ces regards et autres sur ma personne. Et sur la tienne aussi hein ? »

« Oh ? Tu ne vas quand même pas me dire que tu es un peu jaloux de ce que les autres pensent de moi, Tery ? »

« Jaloux, je ne pense pas. Enfin, peut-être un peu quand même. »

Mais comment peut-il réellement expliquer ça ? Ce n’est pas aussi simple que de dire que c’est de la simple jalousie. En même temps, il a l’impression qu’il fait quelques envieux avec Manelena non-loin de lui.

« Je crois que ce sont les autres qui sont jaloux de moi, Manelena. »

« Oh ? Tu penses donc que c’est aussi simple que ça ? Hahaha ! Peut-être dans le fond. »

Il avait demandé à Manelena de jouer un peu son rôle d’esclave mais il avait l’impression qu’elle prenait ce rôle un peu trop à coeur. Car oui, elle était toujours bien habillée mais son allure hautaine avait totalement disparu. En fait, il avait l’impression de retrouver la jeune femme de l’époque où il était dans l’armée… avant qu’il n’apprenne qu’elle était réellement Manelena, la maréchale qu’il connaissait.

« Tu sais, tu n’es pas obligée de jouer le jeu quand il n’y a plus personne. »

« Oh, en vue des espions et autres, il vaut mieux plutôt que je reste ainsi. Et de ton côté, il faut que tu évites de trop parler de tout ça à voix haute hein ? »

Hmm ? Est-ce qu’elle était en train de lui faire un reproche ? Si tel était le cas, il devait alors avouer qu’il était plutôt content. Car oui, depuis qu’elle jouait son rôle, il n’y avait plus aucune once d’arrogance dans ses propos et c’était… vraiment perturbant.

Il y avait comme le fait qu’il… se sentait supérieur à elle. Il n’aimait pas cette idée de se considérer bien plus fort qu’elle, en position de domination. Oh, pas qu’il aimait quand elle le dominait hein ? Mais euh, c’était vraiment perturbant.

« Tery ? Hého, tu pourrais te réveiller ? Tu es dans ton monde ou quoi ? »

Elle venait de claquer des doigts devant lui, le faisant sortir de sa torpeur alors que le jeune homme aux cheveux bruns sursautait. Il entendit quelques grognements autour d’eux. C’est vrai qu’ils étaient au beau milieu d’une ruelle mais surtout les démons n’avaient guère apprécié le geste familier de la part de Manelena en direction de l’un des leurs, même s’il n’était qu’en partie démoniaque. Son statut était connu depuis tout ce temps.

« Pardon, Manelena. Je pensais à quelque chose qui n’est pas si important en fin de compte. Enfin bref, avec tout ça, on va plutôt voir ce que l’on va faire aujourd’hui, non ? »

« Je voudrais bien te proposer une séance d’entraînement si tu le désires, Tery. Qu’est-ce que tu en dis ? Tu es motivé à me maltraiter ? »

« Te maltraiter ? Euh vraiment, sincèrement, je veux te dire, Manelena, je ne suis pas… »

« Tery, essaie de te rappeler de ce que je t’ai dit, s’il te plaît. »

« Ah… J’ai compris le message. Oui, on va aller dans un coin pour s’entraîner et tu vas me servir de sac de frappe, Manelena. Faut bien que j’aille briser ton statut de reine de la surface, non ? Car j’ai l’impression que tu es trop prétentieuse. »

Il venait déglutir. Sincèrement, ce type de « jeu » n’était pas du tout son genre. Pourquoi il voudrait se sentir supérieur à Manelena ? Surtout qu’elle faisait une petite moue intimidée. Elle était plus grande que lui, elle avait plus de muscles que lui, elle avait un corps parfait, autant sur le plan de la beauté que sur l’entretien. Mais là, lui, vraiment, il le sentait pas du tout. Il ne se sentait pas du tout à l’aise, est-ce qu’elle arrivait à comprendre ça ?

Il n’avait pas la sensation que ça soit le cas. C’était même tout le contraire. Ou alors, non, elle le savait mais elle le poussait à être plus… dominant. Elle ne voulait pas qu’il soit mis en danger car il ne jouait pas son rôle de démon « propriétaire ». Elle avait bien compris qu’il avait un statut assez particulier, même dans l’armée des démons.

« Où est-ce vous voulez que l’on se rende pour que vous vous « occupiez » de moi, maître Tery ? » demanda Manelena d’une voix un peu suave.

« Hein que de quoi ? Euh … On va se rendre au château, ils ont des endroits spécifiques pour ça ! Et on va se dépêcher et vite ! »

Mais quelle idiote ! Elle était vraiment en train de jouer avec ses nerfs ! Si ça continuait ainsi, il risquait de ne pas se retenir ! Non ! Il devait se montrer raisonnable ! Il était un adulte, elle ne faisait que s’amuser de la situation alors qu’elle pouvait être potentiellement dangereuse. Ou alors, elle prenait justement très au sérieux le fait qu’ils étaient en danger de mort ? Et donc, elle continuait à faire ça… pour lui ?

Il ne savait pas sur quel pied danser avec elle ! C’était bien pour ça qu’il était complètement perturbé par la situation ! Heureusement, pour aller au château, il n’y avait eu aucun souci sur le chemin. Et dès qu’il se retrouva dans sa chambre, il poussa un profond soupir.

« Pfiou, on peut enfin souffler, Manelena. Tu n’es plus obligée de… »

« Maître Tery, qu’est-ce que je peux faire pour vous servir ? »

« Euh, Manelena, je voulais justement te dire que tu n’étais plus obligée de faire ton rôle. Sincèrement, ici, je ne pense pas que nous sommes écoutés. »

« Maître Tery, de quoi parlez-vous donc ? Pouvez-vous me l’expliquer ? »

« Manelena, s’il te plaît, tu n’as plus besoin de… »

« Maître Tery ? » répéta une nouvelle fois Manelena alors qu’il avait fini par s’asseoir sur son lit. Il était déjà vraiment épuisé par ce petit jeu qui ne l’amusait pas le moins du monde. Enfin, c’est ce qu’il cherchait à dire mais elle lui donnait l’impression de ne pas l’écouter. Et surtout, qu’est-ce qu’elle faisait là ?

Enfin, elle était venue s’asseoir à côté de lui et il s’était aussitôt raidit. Il n’avait pas l’habitude qu’elle soit aussi proche quand ils étaient éveillés. Car oui, durant leur sommeil, c’était une toute autre histoire. Sans aucune explication valide et correcte, il devait juste avouer qu’il finissait à chaque fois contre elle.

C’était peut-être instinctif ? Il voulait une présence féminine à ses côtés. Il avait eu ça avec Elen, il avait eu ça avec Elise et maintenant avec Manelena ? Mais voilà, c’était pendant qu’il dormait et ce n’était pas pareil que maintenant.

« Maître Tery, vous savez, je peux satisfaire tous vos désirs. Il me suffit d’une phrase et je serais alors toute à vous. »

Maintenant, il était en train de déglutir violemment ! Stop, il fallait qu’elle arrête ! Car là, il avait le joue aux rouges… euh le rouge aux joues ! Surtout qu’elle avait posé doucement sa main sur son genou droit, ce qui le fit un peu sursauter.

« Manelena, vraiment, tu devrais… »

« Hmm ? Mais dites-moi, avez-vous chaud, maître Tery ? Vous devriez retirer ces habits qui sont plus qu’encombrants. Laissez-moi donc me charger de ça. »

Elle… Elle allait vraiment dépasser les limites ! Car oui, son autre main venait de se poser sur son épaule et il s’était mis à déglutir grandement. Il fallait vraiment qu’elle stoppe tout ceci avant que ça ne dégénère et qu’elle…

« Eh bien, eh bien, on dirait que vous êtes vraiment rouge, maître Tery. Dites-moi… » chuchota Manelena, finissant par rapprocher sa bouche de son oreille pour lui murmurer : « À quoi est-ce que tu penses, petite canaille ? Est-ce que Tery Vanian ne serait pas en train de s’imaginer des choses que la décence ne pourrait proférer à voix haute ? »

« Manelena ! Tu as fini de te moquer de moi ?! » dit-il avant de placer à son tour ses mains sur les épaules de la femme aux cheveux argentés, finissant par la pousser plus violemment que prévu sur le lit, la couchant dessus. Il se retrouva à quatre pattes au-dessus de Manelena, ses yeux passant du vert au rouge alors qu’il s’était mis à haleter.

« Tery Vanian, qu’est-ce que tu fais, je peux savoir ? »

« Hein ? Eh bien, tu… je t’ai demandé d’arrêter mais tu fais tout pour ne pas comprendre ! » s’exclama Tery alors que le ton utilisé par Manelena était froid et sec, bien moins tendre et chaleureux que celui employé depuis quelques minutes.

« J’ai pourtant signalé que nous devions jouer la comédie mais tu gâches tout. »

Décontenancé, le jeune homme vint se retirer de sa position, finissant par se relever complètement du lit. Il déclara qu’il allait se passer un peu d’eau sur le visage, ailleurs, il ne savait pas où, comment et quand mais il quitta la chambre à toute allure, refermant bien la porte derrière lui pour être certain que personne ne tente de s’introduire dans sa chambre pendant son absence.

« Pfff, est-ce que je ne suis pas assez explicite ? Trop ? Il n’a pas compris ça ne me dérangeait pas le moins du monde ou quoi ? »

C’est vrai. Elle avait la sensation qu’il fallait envoyer de sacrés signaux à Tery pour qu’il comprenne le message derrière ses paroles et ses actes. Oh, elle n’était pas aveugle non plus hein ? La situation n’était pas pire qu’auparavant mais… elle n’était pas pour autant joyeuse. Hmm… C’était peut-être ça.

« Même moi, j’ai parfois besoin de réconfort ? »

Ce n’était pas un terme qu’elle aurait utilisé, il y a des années de cela. La main tendue vers le plafond, elle chercha à l’attraper avant de refermer le poing. Tout ça avait changé le jour où elle avait rencontré Tery. Elle referma ses yeux rubis, soupirant une nouvelle fois.

« Je voudrais aussi me faire étreindre, être aimée, j’imagine. »

Quel vœu stupide de sa part. Si elle ne le montrait pas concrètement à Tery, est-ce qu’il…. Non. Ce n’était pas à elle de faire plus de pas. Elle en avait déjà assez fait. Mais Tery avait déjà quelqu’un, hein ? Une jeune femme à la chevelure aux couleurs du soleil.

« J’imagine que vu la morosité dont je fais preuve la majorité du temps, je ne suis pas le genre à Tery. Encore qu’il ne disait pas non. »

Mais est-ce qu’elle n’avait pas eu cette impression de le forcer un peu ? Encore qu’elle l’avait pris par surprise à cette époque à Omnosmos, ce n’était pas comme si c’était lui qui avait voulu ce geste loin d’être anodin.

« Ah ! Je devrais arrêter de me mettre martel en tête. Ce qui est fait est fait ! »

Elle se redressa enfin dans le lit, finissant par se mettre assise. Elle était… amusée par les réactions de Tery mais en même temps, elle était agacée. Elle voulait l’inciter à prendre les devants mais… une petite part d’elle avait peur. Il fallait dire qu’elle n’avait jamais connu tout ça et que Tery avec Elen, elle n’était pas stupide. Il n’avait pas fallut qu’une seule fois pour qu’elle tombe enceinte.

Elle était franchement ridicule hein ? On parlait d’une vive douleur sur le moment et autre. Même si le sujet ne la concernait pas, les femmes dans l’armée de Shunter évoquaient parfois cela et il lui arrivait d’écouter du coin de l’oreille de telles conversations. Bon après, le fait qu’elles se soient envoyées en l’air et que c’était que du bonheur, c’était un sujet dont elle ne se sentait pas vraiment concernée.

« Mais cette vive douleur… dans le bas-ventre. Hmm… Après, en vue du comportement de Tery, ça ne fait aucun doute qu’il serait doux comme un agneau. »

Et que ça serait plutôt elle la louve dans ces moments, hahaha. Ou alors, est-ce qu’il cachait bien son jeu ? Difficile à dire puisqu’elle n’avait jamais « testé » cela chez Tery. Pfiou ! Quelle pauvre fille elle était ! Avec ses idées absurdes qui lui traversaient l’esprit.

« Je n’ai pas le caractère pour être comme ces femmes. »

Elle ne pensait pas avoir abandonné sa féminité, loin de là. Simplement, elle n’avait jamais vraiment chercher à la mettre en valeur. Sincèrement, elle n’allait pas prendre un corset en acier pour aller se battre contre l’armée ennemie ! Cela paraissait stupide mais elle avait eu vent de quelques spectacles où il y avait un mélange de danse et de combat.

Elle n’avait jamais vu ça directement mais elle savait que les femmes qui participaient à ces spectacles avaient plus de chair à l’air libre que l’opposé. Autant dire que dans un véritable combat, l’ennemi n’hésiterait pas à se focaliser dessus.

C’était peut-être pour ça qu’elle préférait quand même sa lourde armure noire qu’elle pouvait faire apparaître grâce à ses lignes d’Alzar. C’était d’ailleurs dans cette optique qu’elle avait alors donné « naissance » à cette armure. Il était vrai que Zélisia et Alzar permettaient une telle œuvre grâce à leurs magies.

Elen, de son côté, se focalisait principalement sur son arc. Tery ? Elle n’y avait jamais vraiment pensé mais était-ce ses griffes ? Non, pas à sa connaissance. Hmm… C’était assez étrange quand même. Qu’est-ce que Tery faisait donc ? D’ailleurs, il était un peu en retard non ? Il n’allait quand même pas tenter de s’enfuir hein ?

« Non, ce n’est pas son genre, je sais parfaitement qu’il n’est pas ainsi. »

« Manelena ? Est-ce que tu te parles toute seule ? C’est le premier pas vers la folie, tu sais ? »

« Hmm hmm, c’est que tu dis. Où est-ce que tu étais passé, Tery ? »

« Eh bien, je suis parti chercher à manger pour nous deux. Tu n’as pas un peu faim ? »

C’est vrai qu’il était revenu avec un plateau, deux assiettes qui laissaient s’échapper une légère fumée blanche, une miche de pain à partager pour eux, un pichet dont une petite odeur d’alcool émanait et des gobelets. Il déposa le tout sur le petit bureau qui lui était attribué dans sa chambre, faisant un léger sourire.

« Oh ? Tu n’es pas en train d’inverser nos rôles ? »

« Tu peux arrêter tes bêtises, Manelena ? Je voulais te ramener à manger car c’est ainsi et pas autrement, il ne faut pas s’imaginer mille choses. »

« Sauf que je suis certaine que les cuisiniers t’ont regardé avec un air mauvais ou au moins surpris quand tu leur as dit que tu ramenais deux plats, n’est-ce pas ? »

« Pour ça, j’ai juste prétendu que j’avais un très gros appétit et que deux assiettes seraient nécessaires. Et pour la bienséance, j’ai demandé deux couverts et… »

« Tery, tu ne sais pas mentir. Alors s’il te plaît, il vaut mieux que tu t’abstiens, d’accord ? »

« Désolé. Tu veux bien manger avec moi quand même ? »

AH ! Pourquoi est-ce qu’elle refuserait une telle proposition de sa part ? Elle soupira avec une légère pointe d’agacement mais vient prendre place à côté de lui. Elle avait déjà remarqué ça depuis qu’ils étaient ici mais les repas étaient pas si différents des leurs. Oh bien entendu, en terme de viande et légumes, ils ne possédaient pas les mêmes puisque la faune et la flore étaient différentes, mais sinon, la cuisson, le pain et tout le reste, cela avait plus ou moins la même forme.

« J’ai remarqué que tu as ramené du vin, Tery. Ou du moins, de l’alcool. »

« J’ai le droit à du vin de qualité. J’ai un statut assez haut placé en vue du fait que je suis l’un des chevaliers d’Elise, tu sais ? Bon, par contre, ce n’est pas le vin d’excellente qualité et tu sais parfaitement que je ne suis pas très porté sur la boisson. »

« Nous sommes deux alors, à ce sujet. Contrairement à mon père, les festivités, ce n’était pas du tout mon genre. »

Et peut-être qu’ils allaient commettre quelques bêtises ensemble ? AH ! Elle avait vraiment des inepties en tête, n’est-ce pas hein ? Elle regarda le pichet avec un petit sourire. Elle n’était pas crédible. Même si elle ne buvait que très rarement, elle possédait une certaine retenue qui l’empêchait de finir ivre. Elle connaissait plus ou moins ses limites. Tout simplement parce qu’elle voulait rester sur ses gardes à chaque instant.

« Oh, il est pas mauvais. Et la viande marinée est délicieuse. »

Tery mangeait et buvait sans même se poser de question. Vraiment, est-ce qu’elle appréciait Tery à cause de cette candeur dont il faisait preuve dans ces petits moments ? Il avait une femme à côté de lui, pas n’importe quelle femme. Il avait la reine de Shunter, qu’il connaissait depuis des années. Il se rappelait sûrement de ce qui s’était passé à Omnosmos et pourtant, il donnait l’impression de ne pas saisir la situation.

« Ah, eh bien, tu n’avais pas tort sur le vin, Tery. Il donne un peu chaud. »

Elle commença à tirer un peu sur le haut de son vêtement, battant la main devant elle comme pour faire un léger éventail. Bien sûr, elle utilisait à peine ce qu’il fallait de vent pour produire un léger souffle.

Hmm ? Elle jeta un bref regard à Tery, elle avait réussi à capter ses yeux qui la fixaient hein ? Et il était vrai qu’il était un peu rouge aux joues aussi. L’effet du vin… ou autre chose ? Peut-être qu’elle pourrait envisager d’ouvrir un ou deux boutons ? En même temps, il fallait bien qu’elle respire.

Pendant qu’il avait détourné le regard, elle avait aussitôt fait ce qu’elle pensait, ouvrant avec vivacité deux boutons de sa chemise. Oh, peut-être qu’elle en montrait plus que nécessaire ? Non, ça avait l’air d’aller. Surtout que tant qu’elle ne respirait pas trop fort, ce n’était pas si visible que ça. Bon, ils allaient terminer le repas ? Et ensuite ? Qu’est-ce qu’ils allaient faire ? Plusieurs idées se bousculaient dans sa tête.

« Aujourd’hui, c’était plutôt consistant, tu ne crois pas, Manelena ? »

« Il est vrai que j’ai eu plus qu’il n’en fallait. Leur pain est assez bourratif, Tery. »

Et maintenant ? Ils avaient terminé le repas. La pichet de vin n’était pas encore terminé mais il était bien entamé. Le souci ? C’est qu’elle avait encore pleinement conscience de ses actes. Elle avait refermé l’un des deux boutons car pfiou, ce n’était vraiment pas son genre.

« Et maintenant ? On devrait aller se coucher, non ? Je veux dire, pour digérer et tout ça. »

« À ce sujet, Tery, tu sais que me faire dormir dans le même lit que toi alors que je suis ton esclave, ce n’est vraiment pas une… »

« Bonne idée, je le sais bien mais je ne vais pas renier toute ma relation avec toi pour bien paraître aux yeux des autres démons. Je veux dire, ici, c’est ma chambre privée. Normalement, personne y a accès, j’ai le droit de faire ce que je veux dans ce lieu. »

« Oh ? Faire ce que tu veux ? Et de quoi as-tu envie ?

Elle avait fini par s’installer sur le lit, jetant du pied ses chausses et les chaussettes qui accompagnaient ces dernières. Assise à moitié sur l’oreiller, elle s’étendait de tout son long, Tery venant faire de même à ses côtés.

« Je crois que j’ai envie de terminer ce pichet. Je dois t’avouer qu’avec toute cette mise en scène à accomplir à chaque fois, je suis vraiment fatigué et usé par toutes ces bêtises. »

Ramenant le gobelet à ses lèvres, il vint le tendre à Manelena en disant qu’il allait terminer le pichet. Et alors ? Il avait tellement de désespoir que ça pour se laisser aller ? Car oui, il finissait le pichet en l’emmenant directement à ses lèvres.

« Quelle descente, Tery. Je ne te savais pas aussi porté sur l’alcool. On dirait bien que nous avons un petit secret maintenant, toi et moi. »

Il rigola en même temps qu’elle. Quelques minutes après, il était tout simplement avachi sur le lit, au-dessus des couvertures alors que Manelena avait fait de même en faisant attention à ne pas renverser les gobelets et le pichet. Observant Tery couché sur le lit, déjà à moitié en train de cuver, elle prit une profonde respiration.

Cela ne servait à rien. Elle ne pouvait pas réellement en profiter. Pas de cette manière. Par contre, il y avait une autre façon et elle n’allait pas s’en priver. Vu que Tery était en train de dormir, elle commença à se déshabiller, retirant son pantalon avant de faire la même chose avec Tery.
L’aidant à se débarrasser de son haut, elle garda néanmoins le sien, bien qu’elle avait rouvert quelques boutons. Elle pouvait presque être poitrine nue. Il suffirait de tirer de chaque côté de la chemise et… ce n’était pas le cas. Elle rentra dans les couvertures, forçant Tery à faire de même bien que ce dernier grognait un peu. Et sans aucune hésitation, elle vient caler la tête du jeune homme contre ses seins. Elle n’aura peut-être pas plus pour cette soirée mais c’était déjà franchement pas mal à ses yeux.