Chapitre 33 : Haine et dégoût

ShiroiRyu
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Chapitre 33 : Haine et dégoût

« Bonjour, Elise. Est-ce que tu as réussi à dormir ? »

« Plus ou moins … On va dire que j’espérais le plus … et que j’ai obtenu le moins. »

Un petit rictus de dépit se lisait sur les lèvres de la jeune femme aux cheveux auburn. Il tapota doucement son crâne et embrassa ses joues. Aujourd’hui était le grand jour … cela n’avait pas tellement duré mais en même temps, ils avaient juste eut la possibilité de voir les deux enfants impériaux. Ils n’étaient pas au courant.

« J’imagine qu’il ne veut pas les prévenir. C’est encore plus monstrueux. »

« Je n’ai pas mon mot à dire … et même si je t’ai dit que j’étais encline à ce qu’elle meure, maintenant, je le suis un peu moins … depuis que je suis calmée. »

« C’est bien ce que je pensais. Tu as dit ça sur le coup de la colère mais maintenant que ça va arriver, tu n’es carrément plus motivée. Et impossible de donner raison à ton père, il ne nous écoutera pas. On ne va pouvoir que regarder et constater tout ça. »

Elle hocha la tête positivement, venant se calfeutrer dans ses bras. Il la laissa faire, caressant son dos doucement avant de se mettre en route avec elle. Le petit déjeuner était en compagnie des autres membres de la famille. Bien entendu, il ne mangeait pas à la même table qu’eux, surtout avec les deux aînés qui étaient présents. Il n’était pas d’humeur à entendre leurs répliques acerbes et autres. Il avait bien mieux à faire.

« Bon, ce n’est pas tout ça … mais je dois me préparer pour cette après-midi. »

« Il y a quoi, grande sœur Elise ? » questionna l’adolescente, Elise posant son regard sur son père et les autres. Vraiment ? S’ils comptaient sur elle pour prévenir l’adolescente, ils se trompaient lourdement.

« Tu sauras en temps et en heure. Tu veux venir avec moi ? Que les servantes s’occupent de nous en même temps, ça ne serait pas génial ? »

« C’est vrai ! Et pour Zalek ? Il vient aussi ? Encore que non. Monsieur Tery ? Vous allez vous occuper de Zalek, dites ? » questionna la jeune demoiselle cornue en rougissant un peu. Ah ! Il a toujours du mal à croire qu’il fait de l’effet à une adolescente.

« S’il veut bien, je ne vois pas de raison de refuser. Est-ce que vous êtes intéressé, prince Zalek ? A passer du temps avec moi ? »

« Ah ben oui alors ! Ca fait longtemps ! Et puis, on a bon nombre de choses à se raconter. Vous avez sûrement d’autres histoires à me dire sur la surface. »

« C’est pas faux ! Mais avant, terminez donc votre petit déjeuner, non ? Ca serait mieux. »

Même s’il n’était pas sûr de cette affirmation. Si les deux enfants voyaient ce qui allait se passer, pas certain qu’ils ne rendent pas leur repas. D’un autre côté, ils ne sont pas posés la question au sujet de leur grande sœur qui n’est pas venue.

C’était mieux en un sens … pour le moment. Mais sur le moment venu ? Ca ne faisait que reporter les vraies problèmes qui allaient leur tomber dessus. Et Elise ne l’avait franchement pas aidé sur le coup. Il était pourtant prêt à attendre Zalek et à l’emmener discuter avec lui. De quoi ? Il n’en savait trop rien.

« Alors monsieur Tery, c’est vrai que vous avez été presque assassiné ? »

Oh … Euh. C’était pas vraiment la question à laquelle il s’était attendu sur le coup et donc, il resta un peu bouche bée lorsqu’il se retrouva seul avec l’enfant démoniaque, se grattant un peu le menton, un peu confus et embêté.

« Euh … Et bien, c’est le cas mais qui t’a prévenu à ce sujet ? »

« Wandy ! Elle se tient vraiment au courant à votre sujet, monsieur Tery ! Je crois qu’elle est amoureuse mais elle veut pas le dire. En fait, elle voulait vous parler depuis que nous sommes arrivés mais elle doit se retenir. Elle a dit qu’elle a ça comme devoir vu qu’elle est quand même une princesse et tout. »

« Hahaha … Euh … J’ai l’impression de ne plus avoir tellement de secrets avec tout ça. Mais bon, c’est exact mais en même temps, la question ne se pose pas. Et il vaut mieux ne pas trop en parler. Bon, qu’est-ce que je peux te raconter aujourd’hui ? Peut-être à quoi ressemble les créatures légendaires de la surface ? »

« Ouiiii ! Je savais même pas que ça existait ! Racontez, racontez ! »

Youpi. Changement de sujet parfaitement réussi. Il pouvait être fier de lui sur le coup. Mais est-ce que ça allait être suffisant ? Il en avai strictement aucune idée ! Mais voilà, le plus important, c’était le fait que l’enfant l’écoutait attentivement.

« C’est vrai … cet aigle géant à deux têtes ? Mais attendez, un aigle, c’est quoi exactement ? Un oiseau, c’est ça ? Avec des plumes et tout ? »

Ah bien entendu, il avait oublié ce petit détail singulier. Le fait qu’il n’y avait pas la même faune et flore sous la surface qu’à la surface. C’était bête mais c’était donc pas mal de travail. Autant dire qu’il n’allait pas en finir de si tôt.

« Bon avec tout ça, on risque d’être en retard. Vous ne deviez pas vous préparer non plus ? »

« J’en ait pas vraiment envie. De toute façon, ce n’est pas plaisant ce qui va arrriver. »

Qu’est-ce qu’il voulait dire par là ? Il était quand même pas au courant hein ? Qui avait … Non. Il était beaucoup trop jeune pour ça ! Pour autant, en vue du visag surpris qu’il offrait à l’enfant, celui-ci déclara :

« Vous n’avez pas été informé ? Ca serait étonnant, messire Tery. Il s’agit de ma grande sœur Lylé. C’est elle la responsable des différentes tentatives d’assassinat sur vous. Père veut lui offrir une leçon en public. Ca sera la première fois que je verrais ça de mes propres yeux. »

« Je ne suis pas sûr que ça soit un spectacle que l’on doit montrer à des enfants. »

« Grand frère m’a dit que c’est cela qui arrive quand on en fait beaucoup trop et qu’assister à ça me permettra de devenir plus rapidement un homme. »

« Ton grand frère ne pense pas avec le cerveau d’un enfant. Un enfant ne devrait pas assister à une telle chose, c’est moi qui te le dit car si tu veux tout savoir, j’ai assisté à la mort de mon père et de nombreux hommes. Devant mes yeux, ils sont morts. »

Il s’était mis à genoux devant le jeune garçon démoniaque, posant ses mains sur ses épaules. Il le regardait attentivement, avec le plus grand sérieux qui soit, finissant par reprendre :

« Les gnomolds attaquaient notre village. Les gnomolds, je te dirais ce qu’ils sont exactement mais tu comprendras à quel point ils sont horribles. »

« Mais mais mais … Euh … Pourquoi mon frère me dirait cela ? Pourquoi ? »

« Même s’il ne pense pas à mal, ça ne veut pas dire qu’il comprend exactement tout ce que cela implique. Ce n’est pas forcément de sa faute … mais en même temps … Enfin bref, les gnomolds attaquaient notre village et j’ai vu de mes propres yeux mon père supplier les gnomolds de s’en prendre à moi pour avoir la vie sauve. Est-ce que tu comprends ce que j’ai ressenti à ce moment précis ? »

« Pourquoi … est-ce qu’il a fait ça ? Si c’était votre père … il devrait vous aimer non ? »

« Si c’était aussi simple que ça … ça se saurait mais ce n’était pas le cas. Il ne m’aimait pas, il n’a pas aimé ma mère, c’est plus compliqué … que le fait d’aimer ou pas. »

Il était certain que l’enfant comprendrait pas … et il ne pouvait pas lui en vouloir sur le coup. Il voulait juste lui dire que non, assister à la mort d’un proche, ce n’était pas une bonne chose, qu’importe les raisons qui devaient pousser à cela.

« En même temps, c’est à vous de décider … mais je voulais juste vous mettre en garde. »

« Merci beaucoup, messire Tery, c’est vraiment très gentil de votre part. Ce n’est pas grave que vous ayez perdu contre mon grand frère. Moi, c’est comme Wandy ! »

« C’est à dire ? Où voulez-vous en venir ? »

« Ben, ça veut juste dire que je vous aime bien pour ce que vous êtes, voilà tout. »

Ce qu’il était. Au moins, y avait un compliment, ou plutôt une remarque gentille et sympathique de la part de l’enfant même si ce n’était pas forcément voulu de sa part. Enfin, pas de cette manière ! Il lui répondit :

« C’est réciproque et il en est de même pour votre grande sœur. »

« Laquelle ? Elise ou Wandy ? » demanda l’enfant sur un ton un peu espiègle, Tery souriant de toutes ses dents, comprenant où il voulait en venir :

« Mais les deux, bien entendu. Comment pourrait-il en être autrement ? »

« Beuh ! Vous n’êtes pas drôle ! Vous avez compris où je voulais en venir ! »

« C’est exact ! C’est pour ça que je ne suis pas tombé dans ton piège, Zalek ! »

Un gros grand sourire se dessina sur ses lèvres, un sourire qui vint disparaître quand il remarqua Elise qui venait vers eux, accompagnée par Wandy. Ah oui, les demoiselles étaient vraiment très belles … mais y avait-il vraiment besoin de s’habiller aussi bien ? Surtout pour un évènement dont ils se passeraient bien tous les quatre ?

« Est-ce qu’elle … a été mise au courant, Elise ? » chuchota t-il en désignant Wandy du regard, cette dernière se faisant complimenter par son petit frère.

« Pire que tout, elle l’était déjà avant même que je lui en parle. Et de ton côté ? »

« Pas franchement mieux, je dois avouer … mais bon … on ne peut rien y faire. Je sais pas du tout comment la situation va tourner mais je peux juste te dire que ça ne va pas être plaisant. »

« Je sais pas ce qui se passait par leurs têtes à tes aînés mais j’aurai bien deux mots à leur dire … si cela ne risquait pas de m’emmener à une mort certaine. »

« On va plutôt tenter de les prendre à leurs propres jeux. On va juste continuer à nous occuper de Wandy et Zalek, qu’est-ce que tu en dis ? »

« Que tu peux compter sur moi à ce sujet. On va les avoir. »

Hmm ? Qu’est-ce qui se passait ? Il remarquait aisément les regards des deux jeunes gens en sa direction, Wandy rougissant lorsqu’elle vit qu’il était là, en train de les observer. Ah bon, ben, en vue de sa réaction, pas difficile de se dire que ça devait surement le concerner.

« Oh ! Vous êtes là ! Princesse Elise, princesse Wandy, prince Zalek ? Votre père, l’empereur Malark, m’a chargé de venir vous chercher pour vous emmener à la place où aura lieu l’exécution publique. »

Aux derniers mots, Tery voit aussitôt que les deux jeunes gens se raidirent. S’approchant lentement mais sûrement d’eux, il tendit doucement ses mains vers chacun, leur faisant un petit sourire rassurant tout en disant :

« Ne vous inquiétez pas, votre sœur et moi-même, nous sommes là. Vous êtes en sécurité et s’il le faut, je dévouerai autant à protéger les vôtres que celle d’Elise. »

« Est-ce … une promesse, messire Tery ? »

« Ca l’est, princesse Wandy. Nous y allons maintenant ? »

Maintenant, il les sent un petit peu plus courageux. Il faut dire qu’une telle situation n’est pas vraiment des plus plaisantes. Pour autant, s’il peut soulager les peines et la tristesse de chacun, il le fera. C’est ce qui comptait le plus à l’heure actuelle à ses yeux.

« Restez à nos côtés, tous les deux, d’accord ? N’allez pas rejoindre vos aînés. »

Un petit hochement de tête positif et il était certain que le message était bien passé. Oui, la seule aînée dont ils devaient écouter les paroles était celle qui était présente actuellement. Bon … Ils devaient quitter le château ? Pour se rendre où ?

En vue de la foule qui commençait à se réunir, il comprenait que le chemin ne sera pas difficile à trouver … mais ils se dirigeaient bien hors de la ville. Qu’est-ce que ça voulait dire exactement ? Où est-ce qu’ils allaient réellement se rendre ? Il n’en avait strictement aucune idée pour être poli. Il n’était pas certain que ça soit une bonne chose … mais en même temps, on n’allait pas tellement lui laisser le choix hein ?

« Vous allez pouvoir prendre place aux côtés du reste de votre famille. Quant à vous … » commença à dire le soldat en se tournant vers Tery.

« Il reste avec moi, c’est mon chevalier personnel. Les chevaliers personnels peuvent rester auprès de nous même dans une telle situation. »

« C’est exact … soit … mais si votre père, l’empereur, vous fait la remarque, pourriez-vous signaler que je ne suis pas responsable de ça ? »

« J’imagine que vous avez peur de perdre votre tête et ça se comprend. Ne vous inquiétez pas à ce sujet, loin de là. Vous aurez encore la vie sauve. »

Le soldat s’inclina en poussant un léger soupir de soulagement. Facile de comprendre qu’en vue du caractère de son père, l’empereur, le soldat n’était guère rassuré par la tournure des évènements. Tery ne l’était guère plus dans le fond.

« Vraiment … Faut-il que ça soit public ? »

Surtout lorsque l’empereur vint se présenter, prenant la parole pour un discours. Il tenta d’ignorer ce qui se disait mais lorsqu’il commençat à évoquer Lylé, difficile de faire comme si tout cela passait dans une oreille pour sortir de l’autre.

« Maintes fois dans notre royaume, des démons et des démones sont morts dans d’atroces souffrances, poignardés dans le dos par ceux qu’ils pensaient être leurs confidents ou proches amis. La famille royale n’a pas été différente sur ce point. Nous aussi avons eut notre lot de trahison et aujourd’hui, l’une d’entre elles se présente à vous. Vous la connaissez bien, Lylé était peut-être la membre de la famille royale que vous voyez le plus parcourir le monde démoniaque. Aujourd’hui, elle est coupable de nombreuses tentatives à l’encontre des autres membres de la famille royale. Ma propre personne mais aussi mon autre fille, Elise. »

Ah ben oui, il la désignait. Celle-ci resta imperturbable, Tery faisant de même. Ce n’était pas le moment de se mettre en valeur … surtout pas … pas dans une telle situation. Et dire qu’il trouvait les actes de l’empereur détestables étaient une chose.

« Maintes fois, elle a usé de ses charmes pour arriver à ses fins. Maintes fois, ce sont bon nombre de ses courtisans qui ont fait ses basses besognes. Tout cela pour que nous ne puissions arriver jusqu’à elle. Mais elle a fait une erreur et une autre, et ainsi de suite, une purge a été lancée sur tous ceux qui ont été proches de sa personne. La purge n’est pas complète mais sachez que si vous avez oeuvré pour elle, vous serez très vite retrouvés. »

Et nul besoin d’expliquer ce qui allait arriver alors dans une telle situation, n’est-ce pas ? Tery jeta un bref regard dans la foule, voyant certains démons et démones qui commençaient à reculer. Ah ben oui … la fameuse purge.

Pour autant, dès qu’ils s’étaient déplacés et mis en retrait, des mains se posèrent sur leurs épaules et leurs bouches, les faisant disparaître dans les ruelles. Savoir si certains allaient revenir, c’était bien le moindre de ses soucis. L’empereur n’avait visiblement pas terminé son discours mortel, loin de là.

« Pour elle, il n’y a qu’une seule punition : l’exécution. Un jugement ? Il n’y en aura pas. Les preuves se cumulent et la justice impériale sublime celles des nobliaux que vous êtes. Maintes fois, nombreux sont ceux qui ont espéré réussir à me tuer. Maintes fois, ma propre famille a tenté de prendre ma place. Et le résultat fût toujours le même : un échec complet. Aujourd’hui, la sentence va s’appliquer et que cela soit gravé dans vos mémoires pour que vous compreniez ce qu’il en coûte de s’en prendre à la famille royale même si vous en faites partie. Emmenez-la, que chacun et chacune puisse graver cet instant dans sa mémoire. »

Vrai qu’il n’avait pas encore remarqué Lylé … mais cela ne tarda pas. Deux soldats étaient présents, ramenant une femme qui avait un sac de toile sur la tête, des habités en lambeaux, ayant perdu leur splendeur d’antan. Le sac fût retiré, dévoilant le visage fatigué et larmoyant de la démone impériale qui se mit à hurler :

« PERE ! JE VOUS EN PRIE ! NE FAITES PAS CELA ! C’ETAIT UNE ERREUR ! »

« Une erreur ? C’est exact … Une erreur que je dois corriger. Celle de t’avoir donné vie. »

« NON ! S’il vous plaît ! Ecoutez-moi!Ce n’est pas ce que je désirais ! Je n’ai fait ça que pour … pour … s’il vous plaît. »

« En manque d’arguments, ma fille ? Je ne sais plus si je peux même t’appeler ainsi. »

« Ils ne sont pas mieux. »

« Hmmm ? De qui donc, ma fille ? Fais attention puisqu’il s’agit de tes dernières paroles. »

« Haiktos ! Halyza ! Ils ne sont pas mieux ! Ils cherchent aussi à obtenir le trône ! Pourquoi moi et pas eux ?! POURQUOI ?! »

« Car ils n’ont pas encore commis d’impairs … du moins, visibles aux yeux de tous ou à mes yeux. Mais ne t’en fait pas, ils viendront te rejoindre bien assez tôt … dès l’instant où ils feront une simple erreur. Commençons la sentence. Ne t’en fait pas, tu resteras consciente jusqu’au bout … malgré ce que je te prépare. »

« Père ! S’il vous plaît ! Ne la tuez pas ! Mettez-la en prison ! Faites lui perdre son titre mais ne la tuez pas ! Ne rentrez pas dans le même cercle qu’eux ! »

Wandy ? Tery cligna des yeux, ne s’étant pas attendu à ce que la plus jeunes des sœurs d’Elise prenne la parole, avançant en direction de l’empereur. Celui-ci la regarda d’un air las, comme si tout n’était plus que fatigue et usure.

« Je suis déjà dans ce cercle depuis des décennies, Wandy. Ne te ridicule pas devant ton peuple. Lylé, grâce à ta sœur … je te laisse choisir ta façon de mourir. Veux-tu mourir en un instant ou lentement ? »

« Père … pardonnez-moi … si vous avez encore la force de … »

« Visiblement, ça sera lentement. Soit, nous allons commencer. » déclara l’empereur d’une voix nonchalante. Un seul mouvement et voilà que l’intégralité d’une jambe vint disparaître du corps de Lylé, comme avalée par une force obscure. Un cri horrible et déchirant quitta les lèvres de la démone mais aucune goutte de sang n’était présente malgré l’horrible blessure.

Et cela continua ensuite … sur l’autre jambe … puis un bras … et un autre bras. Il ne restait plus que le tronc et la tête. Pour autant, elle était encore éveillée, en larmes, choquée, balbutiant quelques paroles incompréhensibles. Tout cela s’était produit en cinq petites minutes et Tery serrait Wandy et Zalek contre lui, tentant de leur cacher ce spectacle horrible. Pourtant, rien n’y faisait.

« Achevons ce travail … Et que cela soit gravé dans la mémoire de chacun. »

Un dernier acte d’une extrême cruauté … malgré la personne qui subissait cela. Un dernier acte salvateur, pour enfin mettre un terme à tout ça. La tête et le corps de Lylé disparurent tous les deux, ne laissant plus rien paraître.

« Vous pouvez maintenant vous disperser. Espérons que cette exécution soit la dernière sous mon règne … même si je ne me fais pas d’illusions à ce sujet. »

Un bref regard sur les deux aînés parmi ses enfants et le voilà qui partait en direction du château impérial. Wandy et Zalek continuaient de pleurer dans les bras de Tery, celui-ci leur caressant le crâne, préférant ignorer les propos des deux enfants.

« Je le hais. Je le hais. Y avait pas besoin d’en arriver à ça ! »

« Grande sœur … Grande sœur Lylé est morte … snif … même si elle le méritait … c’était ma grande sœur … snif … »

« Elise ? On devrait rentrer aussi … avec les autres. Elise ? »

Elle restait imperturbable. Elle devait rester de marbre … comme ils l’avaient été, eux … les deux aînés. Ils n’avaient pas réagit aux accusations de Lylé. Ils n’avaient pas été offusqués ou autres … comme s’ils étaient pleinement conscients de la situation. Elle sursauta un peu en sentant la main de Tery sur son épaule.

« Elise ? On rentre … non ? C’est mieux pour eux. »

« Oui, tu as parfaitement raison, Tery. J’avais la tête ailleurs un peu. »

Il comprenait parfaitment sa réaction mais … il fallait avancer. Lui-même avait beaucoup de mal à assumer ce qu’il venait de voir. Cela avait été horrible, si horrible … et pourtant, le peuple démoniaque n’avait pas été plus horrifié que ça. Une nouvelle facette de ce monde.

Chapitre 32 : L’erreur de trop

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Chapitre 32 : L’erreur de trop

« Si tu peux éviter de le crier sur tous les toits, ça serait parfait, Elise. »

« Hmmm … Qu’est-ce que je devrais éviter de crier, Tery ? Je peux savoir ? »

Elle se faisait un peu mutine mais elle voyait parfaitement de quoi il parlait. Leur petite nuit avait été assez unique et il y avait beaucoup de chances que si quelqu’un était passé pour les réveiller, il se serait posé des questions plus que nécessaire.

Il était plus que gêné et embêté par la situation. Il s’était accroché à Elise plus que nécessaire durant son sommeil. Mais vraiment accroché … genre, un peu comme ces animaux qui s’agrippaient à un arbre pour ne pas le lâcher. Autant dire qu’il avait bien ressenti tout le corps de la jeune femme démoniaque contre lui.

« Enfin bon, mon père voulait nous voir. J’imagine qu’il veut se tenir au courant de la situation. Tu as été mis en danger, juste après moi, j’imagine que tu restes quelqu’un d’assez important à ses yeux. Tu es quand même le « chevalier » de sa fille. »

« Je ne crois pas qu’il m’accorde autant d’importance comme toi … il ne faut pas exagérer. »

« Oh si tu savais … Nous sommes assez « frais » à ses yeux. Nous ne sommes pas corrompus par le pouvoir et tout le tralala, tu connais la chanson hein ? »

Il hocha la tête positivement. Ce n’était pas la première fois qu’ils avaient cette conversation, elle et lui. Le monarque Malark appréciait leurs présences car il était très aisé de voir qu’ils ne cherchaient pas à s’accaparer le trône, ce qui était une excellente chose aux yeux du souverain. En même temps, ils n’étaient vraiment pas là pour ça.

« Avec tout ça, peut-être que l’on pourra mettre en place le projet dont je te parlais. »

« Il vaut mieux éviter d’en parler. Nous arrivons devant la salle du trône. Il faut que tu te tiennes bien et que tu sois respectueux, tu connais le refrain. »

Oui, oui, il se rappelait de tout ce qu’il devait faire et tout le reste. Il n’était pas aussi stupide que ça hein ? Elle pouvait quand même avoir confiance en lui, non ? Lorsqu’il lui fit la remarque, elle eut un petit sourire qui disparut aussitôt en voyant les soldats devant la porte.

« Et bien … Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi vous semblez terrorisés ? »

« Le … Le monarque … L’empereur … il … Il nous a demandé de vous ouvrir dès que … dès que vous étiez là. Ren… Rentrez s’il vous plaît. »

Ah ben zut alors … Il était carrément terrorisé. A croire que le monarque n’allait pas bien du tout. Elise regarda Tery d’un air soucieux et inquiet, les deux personnes finissant par rentrer dans la salle du trône. Elle était vide toute personne, sauf de l’empereur des démons en personne. Assis sur son trône, son visage laissait paraître quelques …

« Père ?! Vous êtes blessé ?! » s’exclama Elise avant de courir vers lui à toute allure, arrivant à sa hauteur tout en bredouillant : « Mais mais mais … qui … »

« Ah … Une expression sincère … vraiment sincère … »

« De quoi est-ce que vous parlez ? Qui a fait ça ? Comment est-ce possible ?! »

Elle voulait surtout des explications. Tery avait haussé un sourcil. Même si Elise avait pris l’habitude d’appeler l’empereur « père », c’était bien la première fois qu’il ressentait vraiment un lien entre eux deux. Auparavant, cela donnait plus l’impression de quelque chose de faux … mais là, à cet instant précis, il était aisé de voir qu’elle était réellement la fille de cet homme démoniaque installé sur son trône.

« Ne t’en fait pas, je vais bien et … »

« Qu’on ne me dise pas ça alors que Tery me balance le même genre d’excuses ! »

Couper la parole à l’empereur du royaume démoniaque, il n’y avait bien qu’elle pour faire cela. Quiconque aurait essayé serait ensuite mort de peur voire mort tout court. Pour autant, elle n’a pas l’air de s’en préoccuper, posant ses mains sur chaque joue pour regarder son père. Elle bafouilla une nouvelle fois :

« On dirait des égratignures … Qui … Qui a réussi cela ? »

« Quelques assassins. Visiblement, ils voulaient profiter de la confusion engendrée par l’attaque sur ta personne, Tery, pour tenter de se débarrasser de moi. »

« Je … Je suis désolé, c’est donc en partie ma faute. » murmura Tery, baissant les yeux et la tête. Dans les faits, il n’était en rien responsable mais dans la réalité, s’il avait fait plus attention à sa personne, rien de tout ça ne serait arrivé.

« Tu n’as pas à t’excuser. Ma fille, je vais bien … même si cela m’a fatigué plus que nécessaire. Je dois me reposer un peu … et … »

« Qu’est-ce que vous faites ? Pourquoi vous me cachez vos manches ?! Qu’est-ce que ça veut dire ?! » s’exclama Elise, prenant les bras de son père pour tirer sur les manches.

Elle avait tout de suite remarqué que quelque chose clochait chez lui. Pire que tout, il avait essayé de le cacher. Et en vue du résultat, même à distance, il remarquait les nombreuses entailles sur les bras de l’empereur.

« Disons qu’ils ont été assez … virulents cette fois. »

« Je me contrefiches de ce qui s’est passé comme ça ! Combien de fois ? Mais en même temps … Qu’est-ce que ça veut dire exactement ? »

« Les attaques se sont amplifiées depuis quelques semaines. Le gros problème réside principalement dans le fait que cela s’est accentué à partir de la tentative d’assassinat sur Elise. Vu qu’ils ont échoué une première fois, ils ont essayé en continu de s’en prendre à moi. Généralement, ils n’ont pas le temps de faire un mouvement mais … à force … »

« Dorénavant, je veux que vos gardes restent avec vous, père ! Vous n’avez pas été … »

« Elise demande si vous avez été empoisonné ou non ? Car l’assassin qui m’a été envoyé possédait une dague qui … je ne sais pas encore, les tests n’ont pas été fait mais bref, qui aurait laissé de sacrées marques sur mon corps. »

« Non, aucun n’a tenté de m’empoisonner. Il faut dire que mon corps peut soigner la grande majorité de ces poisons. Depuis des décennies, il s’est habitué à cela. »

Des années ? Ah … A l’écouter, ça semblait être vraiment rude. Il avait de la peine pour le monarque mais il valait mieux ne pas le dire à voix haute. Oui, c’était ainsi et pas autrement, voilà tout. Il poussa un léger soupir avant de reprendre après les propos de l’empereur.

« Comment est-ce que l’on peut faire pour vous aider ? »

« Vous ne pouvez pas … mais restez donc ici … Vous allez très vite comprendre pourquoi il ne faut pas se confronter à moi. »

Hein ? Comment ça ? Il cligna des yeux, n’étant pas vraiment sûr de bien saisir les propos de l’empereur Malark. A l’entendre, cela risquait de chauffer d’une minute à l’autre. Elise resta aux côtés de son père, celui-ci déclarant :

« D’ici quelques minutes, cette histoire sera du passé … et je devrais alors être tranquille pour quelques mois ou années … ou définitivement. »

Son regard se posa sur Elise puis Tery. Par de tels propos, Tery voyait parfaitement où voulait en venir le monarque. Il voulait leur faire rappeler la petite discussion qu’ils avaient eut tous ensemble mais … non. Il n’était toujours pas décidé à ça.

« Mais lâchez-moi ! Vous ne savez pas qui je suis ?! Et pourquoi je dois être scellée ?! »

Une voix féminine, arrogante. Tery la reconnaissait entre milles. Mais surtout, cette voix haute perchée arrivait à traverser la salle entière mais surtout les imposantes double porte qui permettaient d’y avoir accès.

« Vos têtes tomberont, je vous le promets ! Vous me le payerez ! »

« Ah … Qu’est-ce qu’elle fait ici ? Sauf si … Père, ce n’est quand même pas … »

Elise eut comme une illumination, regardant son père d’un air incrédule puis la double porte qui s’ouvrit pour laisser paraître Lylé, son aînée. Celle-ci avait des menottes aux pieds et aux bras … et à voir l’état des soldats, griffés en de nombreux endroits, on pouvait se dire que cela avait été âpre et rude. D’ailleurs, il y avait bien une dizaine de soldats, encore mieux protégés que ceux que Tery connaissait habituellement.

« Lylé, mes gardes personnels n’ont-ils pas prévenu que je voulais te voir ? »

« Père ! Ce n’est pas une façon de traiter votre fille comme une criminelle ! »

« Et comment une fille doit-elle traiter son père alors ? » demanda sèchement l’empereur Malark en se levant de son trône, un froid glacial s’installant aussitôt.

« Qu’est-ce que … Qu’est-ce que vous voulez dire par là, père ? »

« Depuis quelques semaines, Elise et ma propre personne subissent de nombreuses agression ou plutôt tentatives d’assassinat. »

« Mais c’est affreux ! N’êtes vous pas protégés en permanence ?! » s’exclama Lyzé, Tery clignant des yeux. Ah ben zut … A voir ses grands yeux ouverts, était-ce vraiment elle qui … non … dans le fond, l’empereur s’était peut-être trompé et …

Il avait amorcé un mouvement mais Elise posa son regard sur Tery, lui ordonnant de ne pas faire ne serait-ce qu’un geste. C’était beaucoup mieux. Dans une telle situation, il risquait juste d’envenimer les choses et de rendre tout ça encore plus compliqué que prévu. Qu’il se taise par pitié !

« Tu devrais pourtant le savoir, ma fille, non ? Toi qui a envoyé tous ces assassins sur Elise, ma propre personne mais aussi son chevalier. »

« Qu’est-ce … Qu’est-ce que vous racontez là ? »

« Oh … Voyons bon … Tu crois que je suis incapable de soutirer quelques informations à ces personnes qui tentent de me retirer la vie ? »

« Mais ce sont des affabulations ! Des mensonges pour tenter de me traîner dans la boue ! Ne les écoutez pas, père ! Vous … »

« ASSEZ ! Que penses-tu que j’ai fait depuis ces dernières semaines ?! »

On aurait dit un rugissement bestial, celui d’un animal prêt à tout déchiqueter entre ses griffes et ses crocs pour arriver à ses fins. Et Tery n’osait plus faire ne serait-ce qu’un seul mouvement. Un mauvaise geste de sa part et il pouvait se considérer comme mort, n’est-ce pas ? Mais pourtant, il avait envie de parler, de défendre … Lylé. C’était étrange, pourquoi est-ce qu’il voulait faire ça ? Et même les soldats semblaient prompts à réagir.

« Je … Je ne sais pas, père. Pouvez-vous me le dire ? »

« Je vais te le dire vu que tu as l’affront de te moquer de ma personne. Peut-être que ces assassins n’avaient aucune preuve écrite … mais ils parlaient, qu’importe la méthode pour y arriver. Et ils ont parlé … ils ont parlé. Cela a pris du temps, beaucoup de temps mais chacune de tes relations a finit par s’exprimer. »

Lylé déglutit, Tery ayant ses yeux fixés sur elle, comme pour tenter de lire dans ses yeux … mais rien à faire, il n’y arrivait pas. Cela semblait tout à fait impossible. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Qu’est-ce qui se passait réellement ?

« N’as-tu pas remarqué à quel point il était difficile ces derniers temps de communiquer avec ceux qui t’étaient proches ? Que chacun de tes liens était défait subitement, sans aucune explication ? Certains sont encore vivants … mais traumatisés à vie. Je me suis chargé de leur expliquer ce qu’il leur en coûtait de s’en prendre à moi. »

« Mais mais mais … De quoi est-ce que vous parlez ? »

« Tu veux jouer l’innocente jusqu’au bout, Lylé, n’est-ce pas ? »

Il avait amorcé un premier pas, puis un second et un troisième. L’ambiance était vraiment devenue pesante et Tery n’osait plus faire un seul mouvement. Un bref regard chez les autres et il comprenait qu’il en était de même. Pour autant, lorsque le monarque arriva à la hauteur, les soldats se déplacèrent pour le laisser seul avec sa fille.

« C’est toujours ainsi que cela a été … Manipulation, utilisation de tes charmes, tu es très douée pour embrouiller les personnes qui t’entourent. »

« Je … Je ne sais pas de quoi vous voulez parler, père. »

« Allons, allons … Qui est le dénommé Skytos parmi vous ? » demanda Malark en se tournant vers sa garde personnelle. Aussitôt, la majorité fit un pas en arrière, reculant pour ne laisser qu’un seul soldat en avant. « Bien bien bien … Tu vois, Lylé ? Tu as parfaitement raison, c’est normal de toujours protéger ses arrières. »

La main gauche de Malark se pointa vers le soldat, celui-ci commençant à balbutier, semblant comprendre la fatalité qui allait s’abattre sur lui.

« Empereur Malark ! Je ne voulais pas ! Je n’ai fait que dire les faits et gestes des soldats ! Je ne voulais pas vous mettre en dan… »

« Malheureusement, à force de chercher à trop me rapprocher pour trouver une faiblesse, tu as fini par commettre plusieurs erreurs. »

Il n’avait pas laissé la possibilité au soldat de se défendre, sa main donnant vie à une sphère noire qu’il envoya en sa direction. Le corps du soldat commença à se distordre dans tous les sens, semblant se faire avaler par la sphère alors que ses cris s’éteignaient peu à peu. Il ne restait plus rien de ce soldat, l’empereur Malark se tournant vers Lylé.

« Vois-tu … Devant une mort certaine, bon nombre n’hésitent pas à parler. D’autres doivent subir de nombreuses tortures pour espérer qu’on les libère enfin. Tu as fait plusieurs erreurs mais bien souvent, personne ne cherche à les comprendre et les réparer. Ta principale erreur a été de vouloir m’assassiner. Oh, ton frère et ta sœur ne sont pas mieux mais c’est là ta seconde erreur. Avec l’apparition d’Elise, tu as commencé à être beaucoup trop active … et à vraiment essayer par tous les moyens de l’abattre ainsi que Tery, son chevalier. A force de trop en faire, tu as fauté. Tu t’es lourdement trompée … mais vas-tu reconnaître tes fautes ? »

« Père ! Je vous le promet ! Je vous le jure ! Ce n’est pas moi ! C’est un complot d’Halyza ou Haiktos ! Ou les deux ! Je vous en prie ! »

« Ah … Jusqu’au bout, tu n’assumes pas tes erreurs. Jusqu’au bout, il faut que tu te caches derrière autrui … Ah … C’est vraiment lassant. Emmenez-là, attachez-là et empêchez-là d’utiliser ses pouvoirs. Bien entendu, aucune nourriture démoniaque ne lui sera donnée, d’accord ? Maintenant, qu’elle disparaisse de ma vue. »

« PERE ! S’IL VOUS PLAÎT ! NE ME FAITES PAS CA ! PERE ! »

Et malgré les cris déchirants de cette femme que Tery avait trouvé belle, il y a de cela quelques semaines, le silence revint dans la salle du trône, salle où il se retrouvait seul avec le monarque et Elise. Qu’est-ce qu’il devait dire ?

« Je peux vous répondre à tous les deux. Il s’agira d’une exécution publique. »

Que quoi ?! Il avait pas … mal entendu, n’est-ce pas ? Il venait bien .. enfin … d’entendre ce qu’il pensait ? Une exécution … publique ? Vraiment ? Mais mais mais … Enfin, il savait que l’empereur était du genre très expéditif mais à ce point ? C’était, enfin, c’était sa fille mais quand même ! Enfin …

« Si vous estimez que c’est le meilleur choix, père. »

« J’étais certain que tu comprendrais, ma fille. Il faut absolument que cela serve de leçon à tes aînés. Celui ou celle qui voudra m’enterrer de force pour prendre mon trône n’est pas encore né. Je ne le lui laisserais pas sans combattre. »

« Pardon … mais est-ce que Lylé ne peut pas être emprisonnée, empereur Malark ? »

« C’est une manipulatrice … et surtout une démone de sang royal. S’il s’avérait qu’elle arrivait à mettre la main sur quelques chairs démoniaques, qui sait ce que cela pourrait donner. De plus, elle arriverait à convaincre les geôliers de l’aider. Tery, tu as put voir de tes propres yeux qu’elle avait réussi à retourner un membre de ma garde proche contre moi. Voilà ce dont elle est capable … et en vue de ses derniers agissements, c’est moi ou elle … et elle s’en est prise à Elise, ce que je ne pardonnerai jamais. »

Le fait qu’il évoque Elise montrait clairement l’attachement qu’il avait envers la nouvelle princesse. Tery ne fit pourtant aucune remarque à ce sujet, s’inclinant respectueusement devant le monarque avant de chercher à s’exprimer bien que l’empereur l’arrêta.

« Non, elle ne pourra pas mourir en un instant. Je la ferais souffrir comme il se doit. »

« N’est-ce pas trop cruel, em … Non, ce n’est pas à moi de vous conseiller à ce sujet. »

« Rien n’est trop cruel. Si je ne laisse ne serait-ce qu’un espace pour exprimer ma faiblesse, tu peux être certain qu’ils en profiteront. De même, j’ai demandé à ce que le reste de la famille royale revienne aussitôt. »

« Attendez un peu, vous n’allez quand même pas faire ça devant … »s

« Wandy et Zalek ? C’est pourtant le cas. Ils doivent comprendre ce qu’il adviendra d’eux s’ils décident de se rebeller et de vouloir attenter à ma vie. »

Non … C’est un spectacle bien trop horrible pour deux enfants ! C’était tout simplement n’importe quoi ! Il fallait l’arrêter ! Mais … Non … C’était l’empereur. Il baissa les yeux, finissant par murmure d’une petite voix :

« Je vais me retirer, empereur Malark. J’imagine que vous nous appellerez lorsque cela arrivera le moment de cette mise à mort en public, n’est-ce pas ? »

« C’est exact. Vu que tu as été une cible, tu seras obligatoirement présent. Je ferais aussi un discours pour prévenir les futures tentatives. »

D’accord. D’accord. D’accord. Il jeta un œil à Elise. Est-ce qu’elle allait venir avec lui ? A voir la jeune femme se déplacer en sa direction, il comprit que oui, Elise se plaçant à ses côtés avant qu’ils ne quittent la salle du trône. Les soldats qui gardaient la salle n’étaient plus présents et les couloirs étaient comme vides.

« J’ai l’impression qu’il a commencé à faire une purge … ou alors, peut-être que je me trompes. Qu’est-ce que … tu crois ? »

« Je ne peux pas te dire, Tery. Lylé mérite ce qu’elle va subir. C’est étrange mais je n’exprime aucune tristesse de savoir que l’une de mes sœurs va mourir. Elle a essayé de me tuer, elle doit en payer le prix, c’est aussi simple que ça, tu ne crois pas ? »

« Je … ne sais pas vraiment. Ce n’est pas ce à quoi je pensais, je dois t’avouer. »

« Tu croyais que j’allais dire que c’était trop horrible et tout ? Je n’ai plus la tête à penser à ça. Quand ça concernait juste ma personne, je crois que je pouvais pardonner … mais en te touchant … en s’en prenant à toi, elle a signer son arrêt de mort. Et j’aurai la même réaction si elle touchait à Wandy et Zalek. »

« Je veux bien te croire vu que ce sont des enfants mais moi … tu sais quand même que je suis un adulte, hein ? Je vois pas pourquoi, tu … »

« En vue de tes tremblements dans mes bras hier, et j’imagine que je n’étais pas mieux, on est juste des personnes normales avec des réactions normales. On est pas des dieux ou autres, on a des réactions logiques … et mes réactions m’incitent tout simplement à défendre ceux qui me sont chers et à tout faire pour qu’ils ne soient plus en danger. »

« Je le sais bien … enfin je crois … je … »

« Je te dirais simplement de penser à Clari, Tery. Est-ce que tu te rappelles comment tu as réagit ? Tu avais … tué ton premier ami, tu nous avais dit. Enfin, ton ami dans l’armée. »

« … … … Je sais où tu veux en venir, Elise. Je le sais. Préparons-nous alors. Il faudrait que l’on voie ton frère et ta sœur pour les préparer. »

Qu’importe ce qu’elle disait. Qu’importe ce qu’elle pensait. Le jeune démon aux cheveux bruns n’était vraiment pas motivé à laisser tout cela se passer comme si de rien n’était. Il ferma simplement les yeux alors qu’il percutait subitement une paroi de pierre ? Poussant un gémissement, il se frotta les yeux, levant ces derniers pour apercevoir la femme-golem. Et ben ? Qu’est-ce que … ça voulait dire ?

« On dirait presque qu’elle veut te … »

Elise ne termina pas sa phrase, Tery se retrouvant coincé contre la poitrine de pierre. Euh … En plein couloir ? Comme ça ? Mais surtout, devant Elise ? C’était lui ou la femme-golem était … un peu plus expressive que d’habitude ces derniers temps ?

Chapitre 31 : Nouvelle tentative

ShiroiRyu
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Troisième axe : Vivre sa vie à la surface

Chapitre 31 : Nouvelle tentative

Depuis qu’il a envisagé cette idée, celle-ci lui trotte dans la tête sans interruption. Il ne sait pas comment faire autrement mais il sent que cette pensée est la plus importante à l’heure actuelle. Avec toutes les idées stupides qu’il a depuis le début, il doit avouer que celle-ci obtient le premier prix, et de loin, même.

« Ah … Qu’est-ce que tu en penses Clari ? Est-ce que … c’est juste aberrant ? Ou alors, cela correspond à mes habitudes ? »

Il posait la question, encore et toujours, pour ne pas changer. Même s’il n’obtiendra pas la réponse de la part de la femme-golem, il veut tenter de lire dans ses yeux de pierre, chercher une réponse, obtenir ce qu’il désire … ah …

« Ce n’est pas grave, je suis le seul fautif dans tout ça. J’ai juste voulu … qu’Elise sache ce que j’avais en tête, qu’elle comprenne que ce n’est pas une folie de ma part. »

Il y a une chance que les démons soient acceptés à la surface, au moins Elise. Lui, il ne se fait vraiment pas d’illusions à son sujet. Hmm … Couché dans son lit, voilà qu’il se fait tout simplement à fermer les yeux. Juste trouver le sommeil, il verra ensuite ce qu’il devait faire exactement un autre jour.

« Tu veux bien surveiller que tout va bien se passer, Clari ? »

De toute façon, il a pleinement confiance en la femme-golem. C’est une simple mesure de sécurité pour ne pas changer. Ses yeux sont enfin complètement clos alors qu’il sombre dans un sommeil réparateur. Ces derniers jours ont été assez éreintants, surtout avec cette idée saugrenue qui trotte dans sa tête depuis le début.

« Qu’est-ce que … »

Il s’était redressé aussitôt, quelques heures plus tard, en entendant le fracas d’une vitre qui venait de se briser. Le problème, c’est que c’était la sienne de vitre ! Il s’était redressé dans le lit, observant rapidement l’être qui lui faisait face.

Un regard, un simple regard permettait de comprendre que la personne en face était un démon, même encapuchonné. Femme ou homme ? Il en savait rien mais c’était plutôt l’arme qu’il avait en main dont il devait se méfier réellement.

« Une dague … Une simple dague … »

Sauf que malgré ses propres paroles, il n’était pas stupide. La dague suintait d’un liquide verdâtre au bout de la lame, prête à faire son office. Même s’il ne se faisait qu’égratigner, il comprenait qu’il passerait un sale moment bien assez tôt. Le genre de moments dont justement, on aimerait éviter de le subir.

« Si tu penses que je vais me laisser planter sans réagir, tu te trompes sale … »

Wow ! Ce démon était sacrément rapide ! Il avait à peine le temps de réagir que le démon fonçait déjà vers lui. Fouu assassin ! Normal qu’il soit aussi rapide sinon, ça serait pas un type envoyé pour tuer autrui !

« Merde, je vais pas pouvoir me … »

Défendre à temps. Pour autant, la lame de la dague se brisa devant ses yeux, tombant au sol alors qu’il entendait un cri de surprise de la part du démon en face de lui. La raison était la personne qui venait de se placer entre eux deux.

« Clari … » chuchota le jeune homme aux cheveux bruns avec une petite pointe d’étonnement. Son chuchotement fût rapidement remplacé par le bruit d’une lourde lame de pierre qui vint frapper le sol avec une violence inouïe, tranchant le démon en deux comme si de rien n’était.

Le démon venait d’être tranché en deux … avec une telle facilité que c’en était vraiment aberrant. Il avait du mal à y croire et pourtant … c’était le cas. L’ennemi venait tout simplement d’être éradiqué, comme si de rien n’était.

« Merci … Clari, c’est tout ce que je peux dire à ce sujet. »

« Pas de quoi, petit frère. » vint dire une voix féminine dans un murmure alors qu’il clignait des yeux. Il venait pas de rêver ! Il était certain d’avoir entendu Clari s’exprimer !

« Clari ! Tu es capable de … »

« SIR TERY ! SIR TERY ! » hurlèrent plusieurs voix depuis l’autre côté de la porte avant que celle-ci ne soit frappée plusieurs fois.

« Ca va … Je vais ouvrir. » répondit le jeune homme aux cheveux bruns, ouvrant la porte pour laisser rentrer trois soldats.

« Pardonnez-nous mais nous avons entendu du bruit et votre fenêtre était brisée et … »

« Vous devriez plutôt installer plusieurs soldats non-loin de la chambre de la princesse Elise. Je viens de subir une tentative d’assassinat de la part d’un démon … mais il en est mort. »

« Ah ben ça, pour être mort, il l’est complètement. Il s’est passé quoi exactement ? »

« Attendez deux minutes, je vais vous expliquer, je pense que ça sera bien plus rapide comme ça. Bon … Disons juste que j’étais en train de dormir, y a un type qui a voulu me tuer, il s’était pas attendu à ce que Clari réagisse et il est décédé. »

« Ah ben ça … Pour être décédé, il l’est complètement. »

Il haussa un sourcil aux propos du second soldat. C’était un peu le genre de personne qui prônait l’évidence, non ? Car à part se répéter, inlassablement, il voyait pas autrement à quoi il servait. Pour autant, il ne fit aucune remarque à ce sujet, disant simplement :

« Bref … Vous devriez aller voir la princesse Elise, surveiller les alentours et tout. »

Lui-même venait de subir le contrecoup de l’adrénaline. On avait attenté à sa vie … C’était pas la première fois, il vivait dans un monde dangereux, surtout en raison des nombreux actes passés et ceux présents mais quand même … Il ne pouvait plus dormir tranquillement.

« Qu’est-ce que … nous devons faire pour vous ? Par rapport à l’empereur ? »

« Je lui ferais mon rapport demain même s’il sera court et concis, ne vous en faites pas. »

« D’accord … et pour dormir ? Vous avez besoin d’une autre pièce ? Il y en a sûrement d’autres disponibles, vous savez. »

« C’est vrai qu’il fait un peu froid mais ne vous inquiétez pas, le lit n’est pas tâché. Ne touchez pas au corps, ni à l’arme. Que personne ne rentre jusqu’à demain, compris ? »

Les soldats le regardèrent, un peu étonnés de sa demande. C’est sûr qu’en vue de l’état de la chambre, personne de sensé irait dormir dedans mais bon, ils étaient pas là pour juger. Ils quittèrent les lieux, quelques instants plus tard, laissant seuls Tery et Clari.

« Ah … Clari, je ne suis pas sûr que ça se passe bien. »

Maintenant qu’il était juste seul, avec la femme-golem, il en avait les bras qui tremblaient. Pourtant, une tentative d’assassinat, ce n’était pas si rare non ? Pas dans ce monde … pas dans cet endroit. Mais en même temps, il avait été comme enragé quand il avait appris qu’Elise avait été gravement blessée … alors pourquoi est-ce qu’il tremblait pour lui ?

« C’est pas normal, c’est pas logique … ou alors, est-ce que parce que je sais que c’est fait pour me cibler moi ? C’est juste absurde … complètement absurde. »

Il ne devait pas se laisser absorber par la peur. Dans sa folie douce, il avait bien tenu quelques propos en direction de Manelena à une lointaine époque, alors qu’elle était maréchale. Plusieurs fois, il en avait sérieusement bavé à cause de ses paroles … alors pourquoi s’en inquiéter maintenant ? Pourquoi s’en faire aujourd’hui ?

« C’est tout … simplement n’importe quoi. »

Tout simplement ridicule et risible. Il ferait mieux de se concentrer sur quelque chose de plus correct et concret … mais ce n’est pas vraiment le moment pour ça. Il sent que ça va bientôt arriver et que …

« TERY VANIAN ! » hurla une voix féminine avant que la porte ne soit ouverte d’un coup de pied, laissant apparaître Elise qui était comme enragée.

« Je vais bien, Elise, je vais bien, tu n’as pas à t’en faire et … »

« Je suis la seule à décider que tu vas bien ou non ! Montres-moi maintenant ton corps ! Je veux être sûre que tu n’es pas blessé, compris ?! »

« Je crois que tu ne me laisserais même pas m’exprimer … enfin bon … » dit-il en soupirant, retirant son haut bien qu’un peu gêné de devoir se dévoiler de la sorte.

« C’est à moi d’en décider, t’écoutes pas ce que je t’ai dit ou tu le fais exprès ? »

« Tu n’es pas obligée d’être aussi véhémente non plus hein ? Hum … Par contre, désolé, je ne retire pas mon bas et Clari m’a défendu. Et les gens vont se poser des questions … Et visiblement, en plus d’avoir la fenêtre ouverte, j’ai aussi la porte … Je sens que je vais très bien dormir, on dirait bien. »

« Ah mais ça, toute façon, il est hors de question que tu dormes seul. On va faire comme avec moi, tu vas venir dans ma chambre, quitte à ce qu’on mettre un autre lit si ça te dérange tant que ça. Et ensuite, on se reposera. »

Il n’avait clairement pas voix au chapitre. Elle ne lui laissait pas la possibilité de s’exprimer. Il écoutait simplement ce qu’elle disait, finissant par remettre son haut comme si de rien n’était avant de tout simplement murmurer :

« Puisque je n’ai pas le choix, autant t’obéir alors … mais Clari m’accompagne, tu sais ? »

« Je le sais parfaitement et ce n’est pas un problème à mes yeux. Je veux juste que tu ne restes pas seul. Lorsqu’un soldat est venu me voir en pleine nuit pour me prévenir, tu peux pas savoir à quel point j’étais morte d’inquiétude ! »

Oh que si, elle était dans le même état que lui au moment où il avait appris à son sujet. C’est pourquoi il ne cherchait pas à la repousser. Pour autant, le jeune homme aux cheveux bruns devait quand même envisager de la calmer.

« Je vais bien, tu n’as pas à t’en faire, d’accord ? Mais … Je vais te suivre. Je vais juste prendre quelques affaires, rien de plus. »

Rien de plus ? C’était quoi cette réplique ! Il avait vraiment envie qu’elle s’énerve hein ? Car c’était tout ce qu’il allait gagner à agir de la sorte ! Il avait pas l’air de saisir à quel point elle était comme enragée et à cet instant précis.

« Tu as intérêt à te dépêcher avant que je ne change d’avis. »

Hmm … De très mauvais poil aussi, c’est normal dans une telle situation mais en même temps, il ne peut pas lui en vouloir. Comment est-ce que ça pourrait se passer autrement hein ? Enfin bon … Ce n’était pas l’heure de commencer à déblatérer à ce sujet. Il a juste un petit sourire aux lèvres, posant sa main sur l’épaule de Clari :

« Merci beaucoup … Je me sens vraiment mieux maintenant. »

« Pourquoi ? Tu ne te sentais pas bien ? Tu es donc blessé quelque part. Dis-moi où tu l’es et … Hey ! Tery ! C’est toi qui disait que … »

Il n’avait pas laissé la possibilité à la jeune demoiselle à la chevelure auburn de fuir. Il avait tout simplement enlacé la demoiselle, l’air de rien, celle-ci ayant poussé un petit cri de surprise même si elle se laissait faire.

« Et bien … Et bien … Et bien … On dirait que j’ai réussi à te couper le sifflet. »

« Ca n’a rien de drôle … Tery. Tu as encore risqué ta vie … avec ce genre d’idioties. Faut … que tu comprennes que ça peut pas se passer … aussi simplement que ça, hein ? »

« Je le sais parfaitement, tu n’es pas la seule qui pense ainsi. Et je n’ai pas risqué ma vie, j’étais tranquille dans mon lit quand on est venu m’agresser. Je dormais paisiblement … mais Clari a veillé sur moi … comme la dernière fois. »

Hmmm … Ce n’était pas bon de s’en rappeler. Pas maintenant, pas de la sorte. Ce n’était ni le bon moment, ni le bon endroit. Il jeta juste un œil à la femme-golem avant d’enfin suivre Elise après l’avoir libéré de son étreinte.

Le voilà maintenant, quelques minutes plus tard, dans la chambre de la demoiselle. Pas besoin de lui faire visiter les lieux, il connaissait cet endroit. Elise tapota doucement le lit sur lequel il était assis, l’incitant à s’asseoir à ses côtés. Il ne valait pas mieux espérer qu’il commence à parler, il était … pas franchement d’humeur pour ça hein ? Donc qu’elle ne se fait pas trop d’illusions, il était pas motivé.

« Bon, de quoi est-ce que tu veux parler ? »

« Et bien … De ce qui s’est passé. Ce démon, comment est-ce qu’il est venu jusque là ? Qu’est-ce qui … enfin tout ! Les soldats n’étaient pas très éloquents à ce sujet. »

« Y a pas grand-chose à dire, il a tenté de me tuer, Clari a stoppé le coup de dague et l’a tout simplement tranché en deux, fin de l’histoire. »

« Mais à part ça ! Il n’a rien dit ? Du genre, il travaillait pour qui ? »

« Si tu es un assassin et que tu donnes le nom de ton employeur, un conseil, il vaut mieux changer de métier, Elise. Mais non … A part Clari qui m’a dit une phrase, j’ai encore du mal à comprendre comment c’est possible mais bon … en même temps, je ne suis plus à ça près donc je ferais mieux de ne pas trop m’en préoccuper, j’imagine. »

« Bien sûr que si ! Et qu’est-ce qu’elle a dit alors ? Si elle parle vraiment ? »

« C’est juste ridicule … et sûrement tiré de mon imagination. Je préfère mieux éviter de trop y croire, ça paraît si ridicule à bien y réfléchir … Ce n’est pas bien grave. »

« Mais non, ce n’est pas ridicule. Tu peux tout me dire, tu le sais, n’est-ce pas ? »

« Juste que … Enfin, pas de quoi, petit frère. Comme si elle avait répondu à ma réplique, c’est tout. Voilà … C’est juste ça que je voulais dire. »

« C’est vraiment étrange. Elle est dotée d’une conscience propre ? J’ai toujours du mal à y croire. J’arrive pas à savoir exactement ce qu’elle vaut quoi … C’est un peu surprenant … et un peu déplaisant mais en même temps … On sait aussi bien l’un que l’autre que tu es tout pour elle mais comment elle fait pour réagir sans tes ordres ? »

« C’est une question que je me pose assez souvent, je dois t’avouer. J’en ai strictement aucune idée mais bon, je tente de faire avec. Je n’ai pas à m’en plaindre, ça me sauve la vie. »

« C’est pour ça que je m’interrogeais à son sujet mais si toi-même, tu n’en sais rien, on va dire que je suis pas vraiment aidé non plus. »

« Et si on allait plutôt terminer la nuit ? Car … Il est tard … ou tôt … et qu’avec tout ça, j’avoue que j’aimerai bien compléter ma soirée. »

Elle le regarda, clignant des yeux pour voir s’il plaisantait. En vue du regard qu’il lui lançait, elle comprit bien rapidement que ce n’était pas le cas. Le jeune homme aux cheveux bruns s’était déjà couché au-dessus des couvertures, tête posée sur un oreiller.

« Aller, bonne nuit, Elise. J’espère que tu dormiras bien. »

« Vu que tu viens de me chiper ma place, je n’en suis pas certaine mais bon … Je vais faire comme si ce n’était pas bien grave, hein ? »

« Oh … Si vraiment tu préfères dormir de ce côté, ce n’est pas un souci. Je peux me pousser et on inverse nos places hein ? »

« C’est bon, c’est bon, je pense que je peux m’en remettre. Ne t’en fait donc pas à ce sujet, Tery. Dors bien … et tu peux venir contre moi si tu as peur. »

Sauf qu’elle ne s’attendait pas à ce qu’il le fasse. Le jeune homme s’était calfeutré dans les bras d’Elise et bien qu’il était plus grand qu’elle, elle le sentait de tout son être contre sa personne. Elle caressa ses cheveux, chuchotant :

« Euh … et bien … Tery … Qu’est-ce qui te prend exactement ? »

« S’il te plaît … Je préfère que tu ne me poses pas de question. C’est tout ce que je te demande … On peut rester ainsi quelques minutes ? »

Disons que là où il nichait sa tête, et cela malgré le fait qu’il soit plus grand qu’elle, c’était assez … voire très gênant à bien y réfléchir. Mais en même temps, elle n’avait aucune raison de refuser ça sachant qu’elle avait un peu chercher ce genre de scènes.

« Ce n’est pas un problème. Tu peux rester aussi longtemps que tu le désires, Tery. J’espère juste que l’oreiller est à ta convenance. »

« Normalement … dans cette situation, je n’aurai même … pas chercher à te répondre mais je n’ai pas la force ou le courage. C’est bizarre, Elise. J’ai … peur quand même. J’ai vraiment peur … et je ne sais pas pourquoi. »

« Toi ? Avoir peur ? Comment est-ce que c’est possible ? » demanda t-elle avec un peu d’étonnement. Considérer que Tery avait peur de quelque chose, c’était des plus surprenants. Pour autant, elle voulait bien le croire en sentant les petits tremblements contre sa poitrine.

« C’est pas la première fois … que ma vie est en danger. Ca ne sera pas la dernière fois … mais c’est pas pareil. D’habitude, c’était parce que je combattais. Là, c’est mes instants de repos … quand je dors. Je comprends pas, ça fait des années que je ne mène plus vraiment une vie tranquille … et pourtant … pourtant, là, aujourd’hui … »

« Aujourd’hui, c’est différent, hein ? J’ai eut la même sensation … Tery. »

La même sensation lorsqu’elle avait été obligée de tout faire pour survivre. Ressentir la mort à chaque coin de rue, ne pas savoir si la personne en face voulait sa mort ou non. Savoir si on pouvait lui faire confiance ou non. Et elle commençait à comprendre son père.

« Mon père … Enfin, l’empereur … Enfin mon père … Tu imagines s’il vit ça tous les jours depuis des décennies ? Il doit devenir fou. »

« Il n’y a sûrement pas que lui … il y a aussi les enfants. »

« J’aimerai bien que les deux plus jeunes n’aient pas à s’inquiéter d’une telle chose. » chuchota Elise alors qu’il finissait par relever la tête te quitter ce carquois de douceur.

« J’aimerai … faire quelque chose pour eux aussi mais au final, je suis incapable de me défendre moi-même. Je me connais, je ne sais pas être sur le qui-vive en permanence. Je suis certain que ça va m’être fatal, j’en suis convaincu. »

« Mais non, mais non, ne t’en fait pas. Vu qu’ils ont échoué, ils ne vont pas tenter de si tôt une nouvelle fois. Cela serait stupide, surtout avec la sécurité renforcée qu’il va y avoir. »

« Qui sait … s’il y en aura vraiment ? Si on veut ma mort, on pourra aisément l’obtenir, ils ne sont pas si stupides que ça, non ? »

« Pour obtenir ce qu’ils désirent, certains sont prêts à tout. Je vais tenter de fermer les yeux … désolé si je ne vais plus te répondre. »

Il allait tenter de dormir. Le sommeil allait être difficile à obtenir. Il n’était pas convaincu que ça marche. Pourquoi est-ce qu’il avait réussi à se mettre dans cet état  ? Comment ? Elle qui le pensait presque invincible … alors qu’elle savait en même temps que ce n’était pas vraiment le cas. Ah …

« Je crois que ma décision est prise. »

Elle avait encore Tery contre elle alors que ses mains continuaient de caresser la chevelure brune du jeune homme. Elle … allait devoir réfléchir à un moyen de forcer Tery à rester à la surface, comme elle. Vu qu’il était décidé à vouloir la ramener auprès de Royan, elle allait faire de même avec Manelena, voilà tout.

« On va s’en sortir … et on emmènera ceux que l’on apprécient. »

Elle se disait ça pour elle-même. Elle aimerait réussir à emmener sa sœur cadette et le benjamin parmi les membres de la famille. Elle savait que c’était complètement stupide comme idée mais pourtant, elle allait faire de son mieux pour y arriver.

Finalement, malgré les dires de Tery, celui-ci avait bien vite trouver le sommeil. Peut-être que les événements avaient été bien plus éprouvants qu’il ne le croyait ? Elle n’allait pas dormir tout de suite. Ses yeux se posèrent d’abord sur la porte de sa chambre puis sa fenêtre. Que quelqu’un tente de venir ce soir … et il risquait vraiment de le regretter.