Chapitre 9 : Bêtes de foire

Chapitre 9  : Bêtes de foire

« La capitale ! ENFIN ! Après tout ce temps ! »

Combien de temps ? Il avait cherché à compter le nombre de jours puis de semaines mais il avait fini par perdre le fil. Peut-être qu’il demandera à Héraisty, très discrète depuis que Manelena était là, pour lui donner des informations à ce sujet.

« Tery, comment est-ce que nous allons faire ? Nous ne pouvons pas être très discrets, tu t’en doutes, n’est-ce pas ? »

« Normalement, nous avons annoncé notre présence, il y a de cela quelques temps. Si nous nous présentons, cela devrait passer. Enfin, j’espère. »

Et c’était dans ce genre d’instants qu’elle le regardait avec une pointe de désarroi. Hey ! Elle devait s’attendre à quoi ? Il n’était pas ami avec tout le monde hein ? Mais bon, il attendait de retrouver Héraisty parmi le groupe pour parler avec elle :

« Il serait peut-être mieux que nous passions devant, Héraisty. Tu as ton sceau de renifleuse royale, non ? Donc à partir de là, ça devrait aller, non ? »

« J’imagine que oui. Mais en même temps, ce n’est pas si grave. Nous sommes nombreux mais ce n’est pas la première fois que ça arrive hein ? »

« Oui, oui, mais bon, si on peut tout mettre de notre côté. Ce sont les premiers gens de la surface qui arrivent dans la capitale. Je suis certain que ce n’est pas quelque chose d’inaperçu hein ? Tu vois où je veux en venir ? »

« Oui, oui, mais tu n’as pas à t’en faire. Avec l’empereur Malark, tout le monde sera en sécurité. Et puis, si tu as remarqué, certains démons et démones sont devenus assez proches des surfaciens. D’ailleurs, tu crois que je peux breveter ce terme pour définir toutes les races qui sont issues de la surface ? »

« Euh… De ce point de vue, là, je ne peux pas t’aider. Il faudra voir s’il n’y a pas un terme déjà utilisé dans l’un des livres de la bibliothèque royale. Mais sinon, j’imagine que tu auras carte blanche et … MAIS ! Ce n’est pas le sujet, Héraisty ! »

Elle émit un léger rire en voyant que Tery avait été décontenancé. Oui, oui, ils pouvaient y aller maintenant. Et d’ailleurs, pour la peine, elle fit quelques pas en avant, dépassant aisément Tery, celui-ci la rattrapant vite fait.

Voilà ! Ils étaient tous les trois, lui, Héraisty et Manelena, devant le reste des troupes et ils finissaient par arriver à hauteur des soldats protégeant l’entrée de la capitale, du moins l’une d’entre elles. En vue de la taille de la capitale des démons, Manelena savait qu’il y avait plusieurs entrées. De toute façon, dès qu’une ville se développait assez, il était impossible de laisser qu’une seule issue. C’était un bon moyen pour engorger la dite-issue et provoquer plus de problèmes qu’autre chose.

« Nous pouvons rentrer, Manelena. »

Hein ? Elle n’avait même pas écouté la conversation, pour savoir s’ils pourraient rentrer sans aucune difficulté ou s’il fallait se battre. Après tout, les dernières villes sur lesquelles ils étaient tombé, ils avaient eu quelques soucis. Avec ces regards dédaigneux et envieux, elle avait bien vite compris que plus ils descendaient, plus les démons étaient racistes à l’encontre des gens de la surface. Mais surtout…

« À partir de maintenant, aucune personne ne se sépare du groupe. Nous sommes combien ? »

Oui, ils pouvaient rentrer mais ils allaient faire d’abord faire un petit tour de l’armée. Oui, il allait demander à Héraisty de prendre des notes même. Qu’ils sachent combien il y avait de démons, de shunteriens et toutes ces choses. Oui, il était passé en mode sérieux sur le coup car ça avait son importance.

Une bonne dizaine de minutes plus tard, il demandait à Héraisty ses chiffres, savoir s’ils avaient les mêmes. Manelena était restée immobile, croisant les bras, une mine un peu boudeuse en regardant Tery et Héraisty. Les deux démons discutaient entre eux comme deux bons amis voire peut-être un peu plus.

« Bon, on dirait que nous avons le même compte, Héraisty. »

« Ce qui veut dire que tant que l’on garde ce même nombre, tout devrait bien se passer. »

Alors, ils n’avaient plus qu’à y aller maintenant. Prenant les devants, Tery et Héraisty signalèrent à l’armée de se mettre à les suivre. Et Manelena ? Elle se plaçait aussitôt à côté de Tery, faisant semblant d’ignorer le monde qui l’entourait.

À l’intérieur de la capitale, ils ne passaient pas inaperçus. Sur le chemin, Tery demandait aux deux éclaireurs démoniaques de bien vouloir se mettre en avant, à la même hauteur qu’eux. La raison était simple. Ils allaient servir de « preuves » pour aller voir l’empereur Malark. Sans eux, il n’aurait pas vraiment la confirmation qu’ils aient vraiment transmis le message.

Enfin, peut-être que certains penseraient qu’il prenait trop de précaution mais dans ce cas présent, il valait mieux quand même être certain de la chose. Pour l’occasion, c’était quand même sa vie ainsi que celle de Manelena qu’il mettait en danger. Il ne pouvait pas faire comme si de rien n’était.

« OH ! Chevalier Tery ! Vous voilà donc ! L’empereur Malark vous attend ! »

D’accord. Le fait que les gardes à l’entrée du palais viennent le reconnaître et surtout lui dire que l’empereur lui-même désirait le voir, c’était quelque chose. Est-ce que l’empereur était sous un bon jour ? Si tel était le cas, ça serait parfait.

Mais là, comme à son habitude, il était stressé. Pourtant, ce n’était pas la première fois qu’il voyait l’empereur mais comme bien souvent, il avait fait une promesse et comme bien souvent, il n’avait pas réussi à la tenir. Il allait vraiment finir par le payer de sa vie.

« Tout le monde ne pourra pas accéder à la salle du trône. Désolé mais cela est une simple mesure de sécurité. » expliqua l’un des gardes devant les portes menant à l’empereur.

« Ce n’est pas un souci. Je sais qui va m’accompagner. Cinq personnes, c’est bon ? »

Car oui, autant demander à Manelena, Héraisty et les deux éclaireurs de bien vouloir le suivre. D’ailleurs, si lui était stressé, il en était de même pour les deux démons. Oh, ils l’avaient sûrement déjà vu lors de leur mission mais bon, ce n’était pas pour cela que l’empereur n’avait pas une aura oppressante.

« Voilà, j’ai choisi. Nous pouvons ? » répéta le jeune homme aux cheveux bruns, les gardes hochant la tête pour les laisser pénétrer dans la salle du trône.

Profonde respiration, il jetait un regard à Manelena et Héraisty. La seconde était en train de trembler légèrement alors que Manelena semblait comme imperturbable. Bien entendu, il comprenait que ça ne lui faisait aucun effet. Étant elle-même une personne issue de la royauté, elle avait cette même aura lorsqu’elle décidait de montrer ce qu’elle était réellement. Oui, l’avoir à ses côtés était rassurant sur le coup.

« Tery Vanian, approche-toi donc. Nous devons parler, toi et moi. »

« Oui empereur Malark, j’arrive tout de suite. »

Pfiou, il devait aller en premier donc. Super, voilà qui était rassurant hein ? Il avait ce petit sourire déçu mais ne remarqua pas tout de suite que Manelena venait avancer en même temps que lui. Hey ! Qu’est-ce qu’elle… Elle n’avait pas compris ce que l’empereur venait de dire ? Elle allait avoir de gros problèmes, là ! Il valait mieux qu’elle arrête tout de suite au cas où car l’empereur n’allait pas prendre ça à la légère.


Et à voir comment les mains se crispaient sur le trône, il sentait que ça allait vite dégénérer. Surtout que Manelena ne s’inclinait pas devant le monarque, comme lui venait de le faire face à l’empereur Malark. STOP ! MANELENA ! Il ne pouvait pas le lui dire à voix haute mais elle risquait vraiment sa vie !

« Hmm ? Qui est-ce donc, Tery ? Je pensais m’être clairement exprimé. »

« L’actuelle reine de Shunter, Manele… »

« La reine de Shunter, l’un des royaumes à la surface, n’est-ce pas, Tery ? D’après ce que tu me racontais, il s’agit de celle se basant principalement sur l’élément de la terre. Avec des forêts luxuriantes, des montagnes imposantes et tout le reste. »

Est-ce qu’il venait de couper la parole à Manelena ? C’était exactement ça et Manelena paraissait presque étonnée et choquée bien qu’elle restait muette, ne reculant pas pour autant. Elle avait compris qu’elle venait de subir une marque de non-respect de cet homme autant qu’elle l’avait fait de son propre côté en venant se placer au niveau de Tery.

« C’est exact. Elle n’est pas seulement la reine de Shunter mais aussi l’ancienne maréchale de l’armée du royaume. Ainsi, ses prouesses sur le terrain égalent celles politiques. Sans elle, le royaume de Shunter aurait disparu depuis déjà plusieurs années. »

« Hmm, hmm, je vois. C’est donc elle dont tu parlais si souvent lorsque tu évoquais Shunter pendant que nous parlions. Intéressant. Sa stature, sa chevelure et son regard pourraient porter à croire qu’elle a du sang démoniaque en elle. »

Les yeux de l’empereur se posèrent sur Héraisty, comme pour attendre de voir si elle avait fait son bilan personnel en la matière. Celle-ci trembla sous le regard, venant se racler la gorge avant de dire d’une voix plus forte que prévue :

« Je n’ai ressenti aucune trace démoniaque sur son être. Néanmoins, rien n’est dit qu’elle ne descendrait pas d’une lignée de démons d’une époque très lointaine, bien avant que tout cela ne se soit passé avant que les portes ne soient formées. »

« Hmm … Une très lointaine descendante des démons ? Les yeux rubis naturels sont la marque des démons, des purs démons. Même ma fille Elise ne les possède pas. »

« Je ne suis pas une démone. Du moins, mes parents n’étaient pas des démons. Je ne sais pas de quel côté cela peut venir et en un sens, je m’en fous complètement. »

« Euh, Manelena. Doucement sur le langage, je sais bien que… »

« Elle n’a pas sa langue dans sa poche. Au moins, cela évite les ronds de jambe auxquels je suis généralement habitué. »

« Il faut quand même lui pardonner, empereur Malark. Je ne dirais pas qu’elle ne pense pas ses propos mais… elle ne sait pas quand il ne faut pas les exprimer. »

« Oh, c’est bon, Tery ! Autant que l’empereur sache tout de suite à qui il a affaire, ça sera bien mieux pour tout le monde ! »

« Ah … Il faut néanmoins qu’elle comprenne sa position. Ici, nous ne sommes pas dans son royaume, Tery. Est-ce que tu peux le lui expliquer ? »

« C’est bien ce que je veux tenter de faire mais je ne suis pas certain qu’elle veuille m’écouter malheureusement. Mais je peux tenter de… »

« Non, tu n’auras pas besoin de faire cela, Tery. Je veux juste que tu me donnes des nouvelles du front. Tu m’as envoyé des éclaireurs pour me demander une audience tout en occultant ce qui m’intéressait vraiment. »

« Ça serait alors bien mieux de laisser parler Manelena. C’est elle qui est au courant de comment se trouvait Elise ainsi que Zalek et Wandy. »

« Il me refile la patate chaude. Merci bien, Tery. Tu me revaudras ça. »

« Désolé, Manelena, mais c’est toi qui avait Elise, Zalek et Wandy. Moi-même, je n’ai pas réussi à remettre la main sur elle. »

« Pas vraiment convaincue mais bon… Enfin bref, si vous voulez tout savoir, Elise coule des jours heureux auprès de Royan, le roi actuel de Traslord. »

« Hmm, ce nom aussi me dit quelque chose. Mais ce roi a quel âge environ ? Je ne me souviens pas que j’ai eu des détails à ce sujet. » demanda l’empereur, comme si Manelena avait déjà posé les pieds sur un terrain miné.

« Plus jeune que Tery. Disons qu’il a atteint sa majorité il y a de cela un ou deux ans. Mais il a vécu avec nous pendant plusieurs années, parcouru le monde à nos côtés sans jamais se plaindre alors que sa famille a été assassinée par quelques traîtres et deux démons et… Tery ? » finit-elle par dire, se tournant vers le jeune homme à la chevelure brune.

« Si tu parles des deux vieux, je n’ai trouvé aucune trace d’eux. Je crois avoir même posé la question à l’empereur Malark mais il n’avait aucune donnée à ce sujet les concernant. »

L’empereur Malark posa son regard sur Tery, sans prendre la parole, cherchant à savoir de qui il parlait. Tery commença à donner à nouveau les détails sur le prêtre et le directeur de l’orphelinat, ces deux démons qui avaient été responsables de bon nombre de malheurs à la surface mais aussi plus ou moins à l’origine de l’ouverture des portes démoniaques.

« Ah oui, eux deux. Nous en avions conclu qu’il y avait de fortes chances qu’ils soient au service de l’un de mes aînés Halyza ou Haiktos. D’après la description, s’ils sont aussi âgés, c’est qu’ils ont déjà bien vécu et qu’ils ont une certaine expérience. De même, vous parlez de deux démons jumeaux, ce qui reste une chose assez rare dans le monde souterrain. »

Et voilà que le monarque expliquait à Manelena que lorsque deux démons naissaient en même temps, dans le cas de jumeaux, leurs pouvoirs étaient fusionnels. Séparés, ils étaient faibles et chétifs mais ensemble, leurs force étaient incommensurables bien qu’il suffisait d’en affaiblir un pour réussir à battre l’autre.

« C’est bon à noté, ça. Car si je leur mets la main dessus, je peux juste vous promettre une mort lente et douloureuse pour eux. »

« Avant cela, il me faudra les interroger pour savoir diverses choses concernant l’ouverture des portes démoniaques, depuis quand cette idée est prévue par mes aînés et… Enfin, j’imagine que cela a eu du bon. J’ai pu voir le visage de ma fille Elise. »

Hmm ? Manelena cligna des yeux, un peu étonnée. C’était elle ou alors le visage de l’empereur, à cet instant, avait complètement changé pour quelque chose de plus doux. Pourtant, quelques secondes après, il était à nouveau impassible comme si de rien n’était.

« Revenons en plutôt à cette reine de Shunter. Je pense qu’il va être bon de mettre correctement les points sur les i. »

Gloups. Pourquoi est-ce qu’il sentait que tout cela allait mal se passer ? Le fait que l’empereur se focalise à nouveau sur Manelena ne venait pas le rassurer. Pourtant, il contrôlait ses tremblements, voulant paraître neutre. S’il touchait à Manelena, il se devait de la défendre et… il ne pouvait pas rester les bras croisés.

« Ici, ton titre ne veut rien dire, jeune femme. Tu pourrais être la déesse de la surface qu’il n’aurait aucune importance en ces lieux. Encore plus dans notre capitale. »

Il sentait que Manelena venait de se crisper sur place. Doucement, il devait lui prendre la main mais il remarquait que c’était impossible. Elle venait de les refermer en un poing. Oh non, si elle décidait de s’en prendre à l’empereur Malark, autant dire qu’elle était morte ! Il devait vraiment calmer le jeu avant que ça ne dégénère !

« As-tu une remarque à faire, reine de Shunter ? »

« Oh, une seule. Si on croit que je vais m’asseoir sur mon titre pour espérer une quelconque reconnaissance dans la capitale, pas mal de démons vont être déçus. Par contre, cela veut dire que si on me provoque et qu’on m’agresse, je n’aurais aucune hésitation à balayer le sol avec leurs visages. C’est bien cela… empereur Malark ? »

Le sourire mauvais qu’elle avait aux lèvres soulignait parfaitement l’impertinence de ses propos. Elle n’avait pas hésité une seule seconde dans ses dires et ses yeux rubis fixaient constamment le démon assis sur son trône. Et ce dernier finit par se lever, montrant par là toute sa stature et sa grandeur. Manelena haussa un sourcil, ne s’étant visiblement pas attendue à ce qu’il soit aussi imposant en terme de hauteur.

« Cela me semble des plus logiques. Même si dans la capitale, beaucoup de démons considèrent que la noblesse dont ils sons issus leur octroie tous les droits, je ne vais pas empêcher des surfaciens de se protéger. »

« C’est donc que vous envisagez déjà qu’il y ait de possibles attaques sur nos personnes. »

« Vous êtes les premiers membres de la surface à arriver jusqu’ici, dans notre capitale. Certains démons sont « intéressés » par ce que vous représentez. Un intérêt des plus malsains qui peut très vite dériver. Il en était de même pour Tery et Elise à leur arrivée. Je ne pense pas qu’il y ait besoin de signaler qu’ils ont subit quelques tentatives d’assassinat. Tery t’a sûrement déjà mise en garde à ce sujet. »

« Disons qu’il l’a déjà évoqué auparavant, oui. »

« Néanmoins, puisque Tery est revenu et puisque vous avez des nouvelles à me donner concernant Elise, vous êtes les bienvenus dans la capitale. Nous allons trouver quelques logements pour les êtres qui vous accompagnent. »

« De mon côté, je peux sûrement héberger la reine Manelena. »

Héraisty avait fini par reprendre la parole, se tournant vers la femme aux cheveux argentés. Celle-ci cligna des yeux quelques secondes, cherchant à comprendre pourquoi une telle proposition avant que Tery ne tente de murmurer, peut-être pas assez bas :

« J’imagine qu’Héraisty veut en savoir beaucoup plus qu’il n’en faut sur le mode de fonctionnement de la royauté à la surface. »

« Oh pas que ça … mais il est vrai que c’est parmi mes sujets. »

« Alors je n’ai plus qu’à dire bonne chance, Manelena. » répondit Tery en voyant l’air abasourdi de l’actuelle reine de Shunter.

« Oh toi, tu ne perds rien pour attendre. Héraisty, si tu veux, je pourrais te donner quelques détails concernant Tery pendant qu’il était dans l’armée de Shunter. »

« HEY ! Ce n’est pas le su… Ahem, pardon, empereur Malark. »

« Ce n’est rien. Mais je trouve que tes deux compagnons ne parlent que très peu. Sont-ils si intimidés que ça ? »

Ses com… AH ! Les deux éclaireurs ! C’est vrai qu’eux, c’était encore pire qu’Héraisty. Ils n’avaient pas bougé de leur position, raides comme des piquets.

« Je pense que oui. Disons que la situation actuelle fait qu’ils ne savent pas trop ce qu’ils doivent dire ou faire. Néanmoins, sans eux, nous n’aurions jamais pu nous rendre jusqu’ici. Je voudrais bien les remercier comme il se doit mais j’avoue que je n’ai aucune idée de la méthode pour y arriver. »

« Je vais me charger de cela, Tery. Néanmoins, j’imagine que tu veux faire la visite des lieux à l’encontre de la reine de Shunter ? »

« Oh et pas que d’elle. Si cela est possible, avec votre autorisation, j’aimerais bien que le reste du groupe, qui attend dehors, puisse aussi venir. Enfin, peut-être pas en une fois, quitte à ce que nous soyons séparés en divers petits groupes mais au moins, que les gens de la surface puissent voir l’architecture démoniaque mais aussi ses habitants. »

« Je ne vois rien qui me dérange dans cette proposition. Vous pouvez vagabonder comme vous le désirez, tant que vous ne causez pas de troubles. »

« Juste une petite question avant d’y aller : Il n’y a aucun partisan d’Haiktos ou Halyza dans les environs ? Je veux éviter les ennuis. Et d’ailleurs, ceux de Lylé sont… »

« Ma purge a continué. Je ne dirais pas qu’une pensée unique règne maintenant dans la capitale mais ceux qui sont décidé un jour de les suivre sont maintenant bien plus calmes et tranquilles. Ils ne devraient pas vous causer du tort. »

Pfiou ! Tery poussa un profond soupir, signalant qu’il allait disposer maintenant s’il le désirait. Par contre, alors qu’il indiquait aux autres personnes présentes de bien vouloir le suivre, l’empereur lui rappela qu’il voulait que les deux éclaireurs restent avec lui dans la salle. Il avait à discuter avec eux. Il voyait bien leur regard apeuré mais il ne pouvait rien y faire. Il posa juste une main sur leurs épaules, chuchotant :

« N’ayez aucune crainte. Vous n’avez rien à vous reprocher. Vous avez fait du très bon travail. Je suis certain que tout va bien se passer. »

Et il les laissa seuls, indiquant la sortie à Héraisty et Manelena. Quittant la salle du trône, il fallait maintenant… Ah ! C’était un vrai tintamarre devant la salle du trône. À l’intérieur de celle-ci, ils n’avaient rien entendu mais là, la petite troupe discutait entre elle, soucieuse de ce qui s’était passé à l’intérieur de la salle du trône. Rajoutant à cela quelques employés du château et gardes, et voilà que les discussions allaient bon train, dans tous les sens.

Bon… Avec la situation actuelle, peut-être que tout allait se passer pour le mieux dans la capitale. Il resterait sur ses gardes mais… au moins, la situation était stabilisée. Il devait tenir bon… même s’il était vraiment fatigué et usé de ne pas pouvoir régler la situation. Il avait l’impression qu’il allait craquer à chaque instant. Il se devait d’être fort. Il allait bien finir par retrouver tout le monde, une bonne fois pour toutes.

Chapitre 8 : Première expédition

Chapitre 8  : Première expédition

« C’est vraiment dommage. »

« Oui, Royan. Malheureusement, c’est impossible pour nous de profiter de l’avant-poste que Tery et les autres avaient installé. C’est dommage car c’était une bonne place pour nous installer et permettre l’exploration de la grotte. »

« Mais entre la bataille qui a eu lieu et les dégâts occasionnés, autant dire que c’est malheureusement impossible d’en faire quelque chose. »

« C’est bien pour cela que nous avons pris un autre chemin, n’est-ce pas ? »

Royan répondit avec un petit sourire. Ils étaient peut-être mille au grand maximum. Bien entendu, dans une grotte, ça semblait vraiment être trop important comme chiffre mais les grottes faites par les démons étaient tout sauf petites. C’est pourquoi il n’y avait pas à s’inquiéter par rapport à l’armée qu’ils avaient prise avec eux.

« Le plus important, c’est que les démons sont d’accord pour nous emmener. De toute façon, ils sont heureux de pouvoir guider leur princesse. »

« Elise, princesse des démons. Je reste toujours étonné de ce titre. »

« Pourquoi ? Car il ne me colle pas du tout à la peau, c’est ça ? » demanda t-elle d’une voix un peu amusée alors que Royan semblait déjà chercher ses mots, un peu perdu et confus.

« Hein ? Mais non, mais non, ce n’est pas du tout ça ! C’est tout le contraire ! Je veux dire que… enfin, ce n’est pas ça du tout ! »

« Rooooh ! On dirait que tu vas marcher sur des œufs. Je tiens à te rappeler que je sais à quel point tu as du mal à exprimer tes sentiments et tes émotions. »

« Oui, oui, enfin bon… à ce point quand même. Enfin, ce n’est pas aussi simple que ça. Tu le sais hein ? Enfin… tu le sais bien, non ? »

Et maintenant, il était vraiment confus et gêné. Dire qu’à leur première rencontre, il en avait été de rien. Le jeune homme aux cheveux bleus avait tellement changé depuis cet instant. Oh et elle aussi d’ailleurs ! Tout ça grâce à Tery, Elen et les autres. Oui, d’ailleurs, au sujet d’Elen, cette fois-ci, elle avait décidé de les accompagner mais avec son enfant dans les bras. Et il n’y avait pas qu’elle, la mère de Tery était aussi avec eux.

« Madame Vanian, vous êtes certaine que ce n’est pas trop fatiguant pour vous ? »

« Tu penses vraiment que j’ai l’air d’une femme oisive, Royan ? J’ai passé des années à m’occuper de Tery et même lorsqu’il est parti, je n’ai pas lésiné sur les efforts. »

« En même temps, madame Vanian, d’après ce que Tery a dit, vous l’attendiez de pied fermer pour le punir comme il se doit. »

« Mon fils me connaît si bien… mais vu que j’étais la seule à faire son éducation… »

« Et puis, de ce que vous avez dit et aussi de la part de ses grands-parents, vous étiez apte à lui apprendre l’écriture, la lecture et tout… »

« J’ai eu une éducation assez poussée en tant que fille de nobles d’Omnosmos. Même si je me suis enfuie pour fonder une famille, je n’ai jamais voulu oublier mes racines et tout ce que j’ai appris dans ma jeunesse. Il fallait bien que je puisse transmettre ça à mon fils. »

« Dommage qu’il n’était pas doué pour comprendre qu’Elen était une femme avant que ça ne soit collé sous son nez. » déclara Elise en rigolant, Elen ayant tourné la tête vers eux en entendant son prénom, demandant :

« Oui ? Il y a un souci avec moi ? J’ai cru que l’on parlait de moi. »

« Non, non, Elen. Enfin si. On disait que Tery était sacrément aveugle pour ne pas avoir deviné que tu étais une femme avant que tu le lui dises. »

« Oh, tu sais, tout le monde ne l’a pas remarqué, Elise. » répliqua la femme aux cheveux blonds, léger sourire aux lèvres en gardant son enfant dans ses bras.

« Elen. Pour tout avouer, il était aisé de le voir mais je me demandais si c’était une fantaisie de la part des porteurs des lignes de Zélisia avec un masque. Ne voulant pas paraître médisant à cause de mon statut de prince de l’époque, j’ai donc préféré me taire. »

« Oh… Euh, et qu’est-ce qui trahissait le fait que je sois une femme ? »

« Cela t’inquiète maintenant après tout ce temps ? Cela fait plusieurs années déjà. » déclara le roi de Traslord alors que la femme aux yeux bleus attendait la réponse.

« Eh bien, il n’est jamais trop tard pour corriger ses erreurs qui pourraient réapparaître dans le futur. Alors, si tu veux bien. »

« Eh bien, tout simplement tes réactions ? Tu étais très féminine dans celles-ci et il était vraiment difficile de se tromper. Des fois, ta cape bougeait plus que nécessaire et cela permettait de savoir que tu étais une femme aussi. Mais quand même, comment est-ce que Tery n’a rien pu voir ? » questionna une nouvelle fois Royan, se tournant vers la mère de Tery pour espérer une réponse plus détaillée.

« Après la mort de son père, Tery a été très renfermé sur lui-même. Tant qu’il écoutait mes cours, cela me convenait mais je ne l’ai jamais empêché de sortir de la demeure. Simplement, il préférait ne pas le faire. Je crois que ça a été mon erreur principale dans tout cela. Il aurait fallut que je me montre plus ferme mais aussi l’inciter à aller dehors pour se faire des amis. »

« Oh, mais maintenant, vous savez, il a plus que de simples amis. »

« C’est exact, Elen. C’est exact. Et il y est arrivé par ses propres moyens. Mais bon, toutes ces choses auraient pu être évitées si j’avais décidé de mieux m’occuper de lui et… »

« Cela ne sert à rien de penser au passé, madame Vanian. On ferait mieux de se tourner vers le futur pour que l’on puisse enfin retrouver Tery une bonne fois pour toutes. »

Surtout qu’elle avait une fille à lui présenter. LEUR fille. Elle se rapprochait inexorablement de son premier anniversaire et elle voulait montrer les boucles blondes qui se formaient déjà un peu sur son crâne ainsi que les adorables yeux verts qu’elle possédait.

« Ah. Le temps que nous retrouvions Tery, je dois vraiment imaginer un moyen de l’empêcher de se mouvoir. »

« Il y a bien une corde comme idée, Elen. Mais je ne suis pas certain que ça soit ton genre. »

« Je ne veux pas être trop attachante ou forcer le tout aux yeux de Tery. Je veux que ça vienne autant de lui que de moi dans toute cette histoire, si je peux me permettre. »

« Tu le peux, tu le peux. Et c’est normal et légitime de ta part de penser de la sorte. Mais de ce que je sais, je n’ai jamais entendu Tery se plaindre de toi. »

Elle n’allait pas en dire plus à la mère de Tery. De toute façon, cette sensation que cette conversation avait déjà été faite dans le passé lui revenait en mémoire. Elle n’avait pas été la meilleure des petites amies et Tery avait son lot de défauts. Personne n’était parfait et elle ne pouvait s’empêcher d’être légèrement anxieuse à l’idée que Manelena soit avec Tery.

En même temps, elle n’était pas stupide. Elle avait parfaitement compris les sentiments de la maréchale à l’encontre de Tery. Enfin, maréchale, reine, tout ça. Elle avait beaucoup plus de titres qu’elle et son existence était bien plus importante mais… ce n’était pas pour ça qu’elle était anxieuse. Qu’est-ce qui se passerait si Tery lui annonçait qu’il l’abandonnait, elle ?

Ou alors qu’il n’était pas certain de ses sentiments ? Oui, c’était plus cette problématique là qu’autre chose. Elle le savait parfaitement. Elle n’était pas stupide. Elle n’était pas aveugle. Tery n’avait jamais réussi à se décider réellement, malgré tout ce temps passé ensemble. Les quelques erreurs commises, les réactions qu’elle avait eu et lui. Il fallait aussi qu’elle mette les points sur les i avec Tery !

« Ah ! Pourquoi est-ce que nous nous sommes arrêtés ? »

Elle avait bien fini par voir qu’ils n’avançaient plus, Elen faisant attention à sa fille dans ses bras alors que tout devant, Elise et Royan semblaient discuter avec des démons. Oh ? L’architecture était assez basique par ici. Il y avait quelques bâtiments dans la grotte, ce qui confirmait le fait que cet endroit, s’ils étaient déjà un peu sous terre, était beaucoup plus grand que prévu. Et c’était quoi ces gigantesques portes qui semblaient creusées dans la pierre. Ca lui rappelait de mauvais souvenirs et elle commença à trembler.

« Ohla, Elen. Attention ! Je vais la prendre. Ça ne va pas ? »

Heureusement que la mère de Tery était là. Récupérant l’enfant, elle jeta un regard anxieux à Elen, celle-ci étant parcourue par quelques petits tremblements en voyant la double porte au loin. Ce n’était pas la même que celle d’Omnosmos. Il n’y avait pas de gravure étrange représentant les monstres légendaires, ni de sceaux ou autres. Rien de tout cela mais… Elle plaça une main sur son ventre, continuant de trembler.

« Elen ? Tu es vraiment pâle. Tu veux t’asseoir ? »

Encore une fois, la mère de Tery lui proposait son aide et elle préférait ne pas la refuser. Assise sur une pierre, elle cherchait à reprendre son souffle alors que la femme d’un certain âge maintenant lui demandait :

« Que se passe t’il ? Depuis que tu as vu cette double porte, tout semble aller de travers. »

« C’est juste… Omnosmos. La griffe dans le ventre… et tout le reste. »

« Oh, je vois. Du moins, je peux imaginer. C’est vrai. Cet instant-là. Cela t’a rappelé ce que Tery t’a fait alors qu’il n’était pas vraiment conscient de ses actes. »

« C’est ça. Ce n’est peut-être pas une bonne idée pour moi que d’aller dans ce monde. »

« Qu’est-ce que tu racontes donc comme bêtise ? »

« Je ne sais pas justement. Peut-être que ce n’est pas ma place. Il semblerait que les démons ne me supportent pas. Je suis… enfin, vous savez ce que je suis réellement. »

« Hmm, je pense que ça, ce n’est que ton point de vue. Ceux qui nous accompagnent depuis des jours n’ont pas l’air dérangé par ta présence, tu as remarqué ? »

« Mais pendant combien de temps il en sera ainsi ? Je ne peux pas vraiment les forcer à m’apprécier et en même temps, je… »

« Tu ne peux pas les forcer à te détester. Mais sinon, je vais garder ma petite-fille dans mes bras. Va rejoindre Royan et Elise. Peut-être qu’ils pourront te dire pourquoi est-ce que ça met autant de temps à nous laisser rentrer. »

C’est vrai. Elle avait parfaitement raison. Elle se releva, se mettant correctement debout avant de se tapoter un peu le corps. Bon, un petit bisou à sa fille qui dormait paisiblement dans les bras de sa grand-mère. Elle se savait chanceuse que sa fille soit le calme incarné. Elle était certaine que dans quelques années, elle sera une jeune demoiselle remarquable.

Mais pour l’heure, elle demandait à ce qu’on la laisse passer. Les soldats comme les démons ne se privant pas tandis qu’elle arrivait à la hauteur de Royan et Elise. Et de ce qu’elle voyait, Elise était visiblement énervée et agacée. Elen se plaça à côté de Royan qui remarqua sa présence, disant d’une voix calme avant même qu’elle ne le questionne :

« Ils ne veulent pas nous laisser passer. Elise tente d’utiliser la carte de la princesse. »

« Mais cela ne semble pas vraiment marcher en vue de ses réactions. »

« Pas vraiment, malheureusement. Je ne sais pas pourquoi ils sont si inquiets mais on dirait bien qu’ils ont l’air assez effrayés par l’armée qui nous accompagne. »

« Un mélange de différentes espèces et des démons. Même si nous ne sommes pas plusieurs dizaines de milliers, je me doute que ça doit être impressionnant. Mais de quoi ont-ils peurs ? Est-ce qu’ils ont au moins osé vous le dire ? »

« C’est ce que je voudrais bien savoir mais bon… Il suffit de tendre l’oreille pour écouter ce qu’Elise va dire. Enfin, même si ça va être assez vulgaire. »

« Elle n’est pas vraiment née princesse, hahaha. » compléta Elen en se grattant la joue alors qu’Elise tapait du pied droit sur le sol, de plus en plus agacée.

« Mais c’est quoi qui cloche avec vous ?! C’est pas la première fois pourtant ! »

« C’est une mesure de sécurité. Nous pourrions vous laisser passer mais en vue des dernières nouvelles, tout le royaume souterrain préfère prendre ses précautions. »

« Prendre ses précautions ? Mais pour quelle raison ! Expliquez-vous, bon sang de bor… »

« ELISE ! S’il te plaît, tu dois penser à ton langage ! »

Elen venait se de boucher les oreilles alors que Royan avait crié juste à côté d’elle, Elise se raidissant avant de marmonner quelques mots comme « C’est pas juste. » et « Pourquoi, moi je ne peux pas ? » Elen avait maintenant un sourire désolé alors que les démons gardant la porte jetaient un œil derrière Elise pour voir l’homme aux cheveux bleus.

« Qui est-ce donc ? Pour qu’il puisse s’exprimer de la sorte envers vous ? »

« Simplement le roi actuel de Traslord, l’une des nations situées à la surface. Oh et aussi mon futur mari même si bon, y a encore des choses pour que ça soit vraiment officiel. »

« Vo… Votre mari ?! Et qu’est-ce que… l’empereur Malark va penser de ça ? »

« Eh bien, si vous me laissez passer, peut-être que je pourrais avoir la réponse hein ? Car vous pensez que je compte voyager avec tout ce beau monde pour aller cueillir des fleurs ou quoi ? Bon, maintenant que vous savez pourquoi, on peut rentrer ? »

« Je… Euh… Qu’est-ce qu’on fait ? Les consignes sont les consignes mais… »

« En même temps, il paraîtrait que la princesse Elise était morte. Et les deux plus jeunes membres royaux aussi. Pourtant, ils… »

« Ah ! Princesse Elise, si vous êtes vraiment la princesse, où se trouvent donc votre jeune frère et votre jeune sœur ? »

« Ils sont en sécurité quelque part. J’ai commis une bêtise la première fois, elle ne se reproduira pas. Je ne compte pas laisser d’autres démons savoir où ils sont. Bon, je dois me répéter combien de fois ? »

Ce n’était pas qu’elle était impatiente mais en fait si. Et surtout, elle sentait que les démons allaient finalement les laisser passer. Il fallait juste forcer encore un peu le passage et ils obtiendraient alors la possibilité d’aller à la capitale. Bon, d’accord, ils avaient du chemin pour s’y rendre mais voilà.

« Bon, j’imagine qu’on va pouvoir vous laisser rentrer mais on doit vous mettre au courant. Les monstres sont particulièrement extatiques. »

« Bah, j’ai déjà été les affronter dans le passé. Bon, nous sommes plus nombreux, ça devrait être plus aisé mais en même temps, je suis certaine qu’il n’y a pas que ça hein ? »

« Non non, si nous agissons de la sorte, c’est bien parce que depuis quelques semaines, il y a une troupe composée de gens de la surface et de démons qui vagabonde dans les… »

« QUOI ?! QUI DONC ?! VOUS AVEZ DES NOMS ?! »

Elen avait presque bousculé Elise pour arriver à la hauteur du démon, celui-ci sursautant sur place en tremblant un peu, bredouillant :

« Lâ… Lâchez-moi ! Au secours ! Elle a le regard d’une folle ! »

« Elen ! Tu peux te calmer ?! » s’écria Elise en venant la tirer en arrière, Elen reprenant son souffle plusieurs fois, cherchant à se calmer comme réclamé.

« Pardon, je… Vous pouvez nous en dire plus ? Qui sont ces démons ? Ces gens qui les accompagnent ? Vous avez des détails ? »

« Des détails, des détails, on voudrait bien mais on garde juste cet endroit pour éviter que ça rentre et ça sorte comme du royaume démoniaque comme si de rien n’était. Nous ne sommes pas sensés avoir plus de détails. »

« A part le fait qu’il s’agit du chevalier personnel de la princesse Elise et… HEY ! Attendez un petit peu ! » s’exclama le second démon, comme si une illumination venait de lui traverser l’esprit en regardant la demoiselle aux cheveux flamboyants. « Où est votre chevalier personnel, princesse Elise ? »

« Nous avons été séparé et c’est en partie pour cela que je voudrais bien le retrouver avant qu’il ne soit trop tard justement. »

« Oh, euh, d’accord. Enfin, nous allons vous autoriser à passer mais faites vraiment attention. Si on commence comme ça, on risque de se retrouver avec un afflux de personnes venant du monde à la surface et je ne suis pas sûr que tous les démons accepteraient ça. »

« Je n’en doute pas un seul instant. Mais c’est en décidant de s’ouvrir aux autres que le peuple des démons pourra en ressortir grandi. En restant figés et ancrés dans des principes désuets et qui datent d’un ancien temps, nous n’allons pas pouvoir nous en sortir. »

Le démon signala qu’il était pas très doué pour tout ce qui était politique ou philosophique, répondant qu’il allait juste demander l’ouverture des portes. Elen était revenue auprès de la mère de Tery, récupérant sa fille pour la bercer. Royan et Elise se regardaient tendrement tous les deux alors que les portes s’ouvraient finalement.

« Enfin une bonne chose qui est faite. Nous allons pouvoir avancer. »

« Espérons simplement que les prochaines rencontres seront plus rapides et aisées. Je ne suis pas certaine de garder mon calme et… Pourquoi est-ce que tu souris, Royan ? »

« Oh pour rien, je me demandais simplement ce que c’était lorsque tu ne gardais pas ton calme, c’est tout. Rien de plus, rien de moins. »

« Oh, toi, tu vas voir ce soir comment c’est quand je m’énerve et que je m’emporte. »

Sauf que le ton employé par Elise n’était guère agressif, on pouvait même deviner que c’était tout le contraire chez la jeune femme aux cheveux auburn. Celle-ci avait plutôt un sourire enjôleur et légèrement carnassier.

« Bon les deux amoureux, on n’a pas le temps pour les câlins et tout le reste. On doit aller retrouver le groupe de Tery et Manelena au plus tôt ! »

Et cette fois, c’était Elen qui prenait les commandes de la troupe. Pour la majorité des soldats de la surface, ils savaient à quel point la femme aux cheveux blonds était importante, exécutant les consignes qu’elle donnait tandis que les démons se regardaient entre eux, cherchant à savoir s’ils devaient faire de même ou non.

« Dans tous les cas, nous devons les guider jusqu’à la capitale. Ou du moins, jusqu’à ce que nous retrouvions d’autres membres de notre armée, non ? »

« Elle va nous laisser la guider quand elle va comprendre le dédale que c’est plus bas. »

Ils n’avaient donc pas vraiment à s’en faire à ce sujet. Les démons se rassuraient de la sorte alors qu’il était enfin temps de retourner dans un endroit qu’ils connaissaient bien. Enfin, connaître tout du royaume souterrain était exagéré mais au moins, ils n’étaient pas en terre complètement inconnue contrairement à la surface.

Et d’ailleurs, dès qu’ils purent poser les pieds sur le sol rocailleux, de nombreux soupirs de soulagement se firent entendre parmi les membres de l’armée hétéroclite, tous provenant des démons qui étaient dans la dite-armée.

Aussitôt, lorsque les soldats de la surface se retrouvèrent entourés uniquement par de la roche, certains préparaient déjà quelques flammes pour éclairer les environs, les démons les prévenant qu’ils pouvaient compter sur la végétation luxuriante pour la luminosité.

« Nous allons retrouver Tery. Nous allons enfin le retrouver. »

Elen parlait à voix basse mais pas assez pour que personne ne puisse l’entendre. La mère de Tery, non-loin d’elle au cas où elle aurait à nouveau un petit « problème » haussa un sourcil avant de placer une main sur son épaule.

« Je prendrais ma petite-fille lorsque ça sera le cas. Tu pourras alors lui sauter dessus à ton aise. Qu’est-ce que tu en dis ? »

« J’en dis que je ne sais pas ce que je ferais sans vous, madame Vanian. »

« Si seulement il pouvait penser la même chose quand nous le retrouverons. »

C’était maintenant au tour d’Elen d’avoir un sourire désolé à l’encontre de la mère de Tery. Il était vrai que c’était très rare qu’une mère de famille ne parte à l’aventure pour son fils.

Chapitre 7 : L’accord de l’empereur

Chapitre 7  : L’accord de l’empereur

« Tery, tu es certain qu’ils n’auront aucun problème ? »

« Je ne peux pas en être sûr à 100 % mais je pense qu’il y a de très fortes chances qu’ils arrivent à faire ce que je désire. Nous nous rapprochons de plus en plus de l’endroit où je veux nous emmener, Manelena. »

« Humpf. Ce n’est pas ça le souci, Tery. Simplement, si par hasard, ils tombent sur des membres démoniaques des deux aînés royaux dont tu parlais, cela pourrait très mal se passer non ? C’est pour ça que je me répète. »

« C’est pour ça aussi que j’ai décidé de n’envoyer que deux éclaireurs qui ont déjà fait leurs preuves en tant que spécialiste de la rapidité. Je n’ai rien à craindre pour eux. Ils accompliront leur mission et reviendront aussi vite que possible. »

« Si seulement je pouvais avoir cette confiance absurde en autrui, Tery. » soupira la femme aux cheveux argentés, Tery lui adressant un petit sourire. Comme à son habitude, c’était lui qui guidait ou presque le groupe. Préférant laisser cette tâche à des personnes plus spécialisées dans le repérage, le jeune homme aux cheveux bruns était donc derrière un petit groupe de démons bien qu’il restait bien en avant par rapport au reste des membres.

« Et pourtant, tu l’as, non ? Envers une certaine personne. »

Elle le fixa pendant un court instant alors qu’ils continuaient à marcher, le regardant avec un peu de désarroi. Finalement, elle émit un nouveau soupir, comme si elle se demandait s’il venait vraiment de prononcer cette absurdité. Les yeux baissés en regardant vers l’avant, elle relâcha quelques mots assez vagues comme « C’est exact. » et « Je peux pas te donner tort. ».

« Héhéhé, avec toi à mes côtés, je suis bien plus rassuré de toute façon. »

« Car je suis forte et puissante, Tery ? »

« Nullement. Tout simplement car tu es la personne qui est la plus proche de moi. »

Elle se lassait peut-être un peu trop rapidement. Ou alors, elle devenait vraiment ramollie à force de l’écouter parler. Dans les deux cas, elle était vraiment à l’aise en sentant Tery non loin d’elle. Et pourtant, elle était en territoire hostile. Discrètement, mais sûrement, comme à son habitude depuis qu’ils étaient enfouis sous terre, elle rechercha la main de Tery pour la croiser avec la sienne.

Un contact simple et rapide, mais qui avait le mérite de l’apaiser même si elle ne voulait pas l’avouer ou le crier sur tous les toits. De toute façon, ça ne concernait que sa personne et celle de Tery. Les autres n’avaient pas à s’y intéresser.

« Cela fait déjà trois jours, n’est-ce pas, Tery ? Qu’ils sont partis, non ? »

« Oui, si je ne me trompe pas, vu qu’ils sont que deux, ils peuvent se déplacer plus rapidement et cela devrait prendre moins de temps qu’avec nous dans leurs pattes. Disons que d’ici une bonne petite semaine, ils seront de retour, normalement. »

D’accord, d’accord. Elle lui répondit d’un petit hochement de tête positif, cherchant par là à lui montrer son acceptation dans ses propos… jusqu’à ce qu’elle repose la même question le lendemain, comme une certaine routine qui s’installait.

Par contre, malgré les apparences, ils dormaient chacun dans une tente différente. Le jeune homme dormait avec d’autres démons, partageant aussi son sommeil avec quelques membres des races de la surface. Manelena, de son côté, faisait de même. Ce qui était une bonne chose car cela montrait que la reine de Shunter ne se comportait pas comme une femme égoïste, vaniteuse et trop imbue de sa personne.

Et c’est dans ce climat de sérénité que les deux éclaireurs étaient revenus. Après une rapide inspection pour être certain qu’ils étaient en bonne santé, Tery leur demanda de bien vouloir le suivre alors qu’il déclarait une pause pour l’occasion. Accompagné de diverses personnes importantes de chaque race mais aussi de Manelena, ils se retrouvèrent à l’écart.

« Alors, dites-moi ce que vous avez appris, je veux tout savoir. »

« Eh bien, déjà, nous avons pu nous rendre à la capitale sans aucun souci. Aucun ennui pour rentrer, ils nous ont laissé comme si de rien n’était. »

« C’est une excellente chose. Mais est-ce que vous avez eu le droit à une audience avec l’empereur Malark ? »

« Oui ! Mais heureusement que vous aviez préparé un message à son attention sinon, nous n’aurions même pas pu nous rapprocher de cet endroit. »

« J’ai préféré être prévoyant. Le plus important est que vous ne soyez pas tombés sur des personnes bien plus problématiques. C’est une excellente nouvelle que voilà. »

« Et encore, attendez d’entendre celle que l’on va vous donner. Je suis certain que vous allez être plus qu’heureux à ce sujet ! »

« Ne nous emballons pas et dites-moi plutôt s’il a accepté ma demande. »

« Il est d’accord pour rencontrer la reine de Shunter et donc quelques personnes importantes de la surface, mais simplement si vous les accompagnez. »

« Est-ce que mon argument a fait mouche ou non ? Celui concernant Elise. »

« Même si rien ne pourra le confirmer complètement, il semblerait que pouvoir lui permettre d’entendre plusieurs voix à ce sujet a penché la balance en notre faveur. »

« Tant mieux, tant mieux. Et aucune agression ou regard mauvais vers vous pendant que vous étiez en train d’avancer dans la capitale ? »

« Hmm, plus des regards suspicieux vu que nous n’avions pas vraiment une bonne allure, hahaha ! Mais à part ça, rien de spécial. »

« Hmm, et par rapport aux bruits de couloir ? Et rumeurs ? Rien à rapporter ? »

Il sentit le regard de Manelena qui vint se poser plus fermement sur le sien. C’est vrai. Il n’avait pas parlé de tout ça à la reine de Shunter mais il était certain qu’elle ne faisait pas mieux de son côté, n’est-ce pas ? Elle avait quand même caché le fait qu’Elen était vivante et avait même son enfant.

« Les deux aînés de l’empereur Malark sont toujours portés disparus. Du moins, leurs armées vagabondent sous la surface mais il paraîtrait que de nombreux envoyés sont aussi sur celle-ci pour forger quelques nouvelles alliances. »

« Sûrement avec les clans d’Honoros dissidents. Tsss… Ou alors tout simplement des gens qui n’ont aucune idée de ceux avec qui ils s’allient. »

« Tery. » dit sèchement une voix féminine, Manelena ayant croisé les bras au niveau de sa poitrine. Ses yeux rubis étaient clairement posés sur lui, comme pour bien lui signaler qu’elle n’avait pas du tout apprécié ce qu’il avait fait.

« Euh ? Oui ? Manelena ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Le monde n’est pas tout blanc ou tout noir. Tu ne peux pas prétendre que tu es du côté des gentils alors que les deux membres de la famille de l’empereur sont du côté des méchants. Depuis quand tu as une vision aussi obtuse que ça ? »

« Depuis que ces deux membres royaux ont essayé de me tuer. »

« Ce qui en fait tes ennemis mais pas forcément ceux des autres. Chacun peut trouver son intérêt à les rejoindre plutôt qu’à venir du nôtre, tu ne crois pas ? »

« Humpf. Mais ils nous affronteront alors… »

« En connaissance de cause ? Bien entendu ! Qu’est-ce que tu pensais ? Tery, Tery, Tery. Ces derniers mois sans avoir eu la lumière du soleil taper le sommet de ton crâne auraient ramolli ce dernier au point que tu es incapable de réfléchir correctement ? »

« Tu n’es pas obligée de réagir de la sorte, Manelena. »

« Bien sûr que si ! Tu serais encore le genre à laisser une chance à ton adversaire si tu apprenais qu’il avait à un animal à s’occuper, une famille à nourrir et tout le baratin habituel ! Tery, tu t’es empêtré dans une histoire aussi monumentale que les autres et tu essayes de t’en tirer avec de la facilité comme d’habitude. »

« Tu n’es pas obligée de me rabaisser devant tout le monde, Manelena. »

« RAAAAAH ! Mais c’est pas une question de te rabaisser ou autre ! C’est même tout le contraire, Tery ! Je suis même … non, je ne le dirais pas à voix haute devant tout le monde. Enfin bref, tout ça pour te dire que si tu veux une phrase que te balancerait un haut-gradé dans une taverne : « L’ennemi, c’est l’autre. » Ceux qui se tiendront en face de nous ne seront peut-être pas forcément que des démons mais aussi des êtres de la surface qui auront décidé de rallier… RAAAAAH ! C’est quoi encore leurs noms ?! J’en ai tellement rien à faire de ces deux personnes que je n’arrête pas de les oublier ! »

« Haiktos et Halyza. Et attention, de ce que j’ai appris, ils auraient l’âge d’être nos grands-parents. Enfin, Haiktos a plus de la soixantaine d’années. »

« Ah ouais, ce petit détail. Les démons vivent bien plus longtemps que nous. D’ailleurs, dans ton cas, ça va se passer comment ? Et Elise ? »

« Le fait que je sois à moitié démon ne changera rien à mon métabolisme. Je vais vieillir comme tout le monde. Comme un citoyen de Shunter, si cela peut te rassurer. »

« Peuh ! Me rassurer… Enfin, ce n’est pas le sujet. Tu devrais plutôt reprendre la conversation principale, ils nous regardent tous. »

La faute à qui hein ? Il n’avait fait que donner les informations qu’elle réclamait alors qu’il se concentrait à nouveau sur leur tâche principale ; Mais de toute façon, c’était déjà décidé. Il avait obtenu ce qu’il désirait. Il ne restait plus qu’une seule chose à dire :

« Vous avez bien mérité de vous reposer, tous les deux. Pour l’occasion, nous avions déjà fait un bon bout de chemin donc vous n’avez pas à vous inquiétez. Vous pouvez prendre votre temps, on va installer le camp ici pour la soirée. »

« Merci pour tout, messire Tery. »

« Ce n’est pas à vous de me remercier mais l’inverse. Vous avez accompli votre mission et je suis rassuré de savoir que l’empereur voudra bien de mon audience avec lui. »

Et maintenant ? Eh bien, il devait réfléchir à ce qu’il allait dire à l’empereur. Bon, il serait accompagné de Manelena, ça, c’était certain. Mais ensuite ? Hmmm, l’empereur connaissait Héraisty vu qu’elle avait été celle envoyée pour les renifler, lui et Elise à l’époque. Encore deux autres personnes et ça serait bon. Peut-être demander à Manelena à ce sujet, au cas où.

« Hmm ? Il y a un souci, Tery ? Tu es complètement ailleurs. Ils sont tous partis depuis que tu leur as dit que la réunion était terminée. »

Hein ? Depuis quand est-ce qu’il avait dit ça ? Il ne s’en rappelait même pas. Encore une fois, il s’était plongé dans ses pensées peut-être plus que nécessaire. Mais surtout, il se prit une petite tape derrière le crâne de la part de l’ancienne maréchale qui vint le tirer par le bras pour qu’il la suive.

« Toi et moi, nous allons devoir parler, Tery. »

« Comme d’habitude, Manelena mais là, tu commences à me faire un peu mal, tu sais. »

« Et tu sais aussi bien que moi que quand j’ai à user de la force, même pour une broutille de la sorte, c’est que tu as fait une connerie sans que je sois au courant. »

« Aie, aie, aie ! Mais c’est quoi où que tu m’en veux, Manelena ? Je n’ai rien fait d’étrange ou bizarre cette fois-ci. »

« On doit se faire mutuellement confiance, Tery. C’est pourtant ce que je t’ai dit. »

« Oui … et ? Je te fais confiance, tu n’as même pas à douter de ça alors pourquoi ? »

« Car ce n’est pas réciproque. Je devais sûrement me faire des idées. »

« Mais si tu ne veux pas t’expliquer, comment est-ce que je peux comprendre, Manelena ? »

« Tu devrais pourtant le savoir, non ? Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas prévenu pour la seconde demande par rapport aux éclaireurs ? »

« Tu parles de la recherche d’informations sur les deux membres royaux ? Je ne voulais pas te déranger avec ça et … AIE ! »

Il venait de se prendre un coup de poing derrière le crâne, assez fort pour le faire pencher en avant alors qu’il gémissait, cherchant aussitôt une explication. Sauf qu’en regardant Manelena, il voyait bien la fureur peinte dans ses yeux.

« Mais pourquoi ? Je veux dire, c’est où, le souci ? »

« Tu as bien écouté ce que j’ai dit lorsque nous étions avec les autres non ? Prendre de telles décisions, sans réfléchir exactement aux conséquences, c’est une idiotie de premier ordre ! »

« Je le sais bien ! C’est toujours une connerie de ma part à tes yeux ! Je n’ai rien d’un expert en politique comme toi ou même en stratégie militaire ! Ça ne date pas d’hier ! »

« Et tu vas continuer à te plaindre pendant combien de temps alors ? Tu peux me le dire ? »

« Je… enfin… Pfff. C’est toi qui me fait la gueule et c’est moi qui m’en prend plein la tronche et qui me fait rabaisser. »

« C’est pas une question de te rabaisser. C’est… RAAAAAH ! BORDEL ! C’est bien pour ça que je n’aime pas les relations avec autrui ! Je suis nulle avec ça ! »

Hein ? Mais pourquoi est-ce qu’elle s’énervait maintenant ? Et surtout contre elle-même ? Il la regarda, un peu étonné, cherchant à comprendre ce qui lui causait des soucis.

« Tu disparais pendant des mois, quand tu reviens, on se tape sur la tête, je devrais t’en vouloir et chercher ta mort pour ce que tu as fait. Résultat, je t’ai laissé fuir plusieurs fois de suite car au final, j’étais incapable de vraiment vouloir te tuer. On compte ça, on compte les discussions avec Elen et les autres, et tout le reste et … Pfff… »

« Manelena ? Manelena ? Est-ce que tu veux en parler ? »

Il n’avait aucune idée exacte de ce qui se passait mais il sentait que Manelena était perturbée, plus ou moins autant que lui. Mais comment est-ce qu’il allait faire ? La prendre dans ses bras ? Elle tremblait un peu, sûrement de rage. Manelena n’avait jamais peur ou alors que très rarement. Elle s’exprimait de la sorte car c’était dans son caractère. Est-ce qu’il en avait trop fait ? Mais à côté, il n’avait rien fait de spécial justement !

« Que c’est chiant… qu’est-ce que c’est vraiment chiant. »

Elle marmonnait non-loin de lui, Tery ayant toujours tendu un peu les bras, comme pour l’inviter à s’y engouffrer. Le truc, c’est qu’il ne savait pas si c’était ça qu’elle recherchait ou pas. Le jeune homme aux cheveux bruns était parfaitement immobile avant de reprendre :

« Manelena, est-ce que tu veux parler un peu ? »

« Cela servirait à quoi, Tery ? Je veux dire : Faut être honnêtes. Tu ne changes pas de mode de vie en quelques mois alors que tu as toujours vécu de la sorte. J’ai jamais été très douée pour me rapprocher d’une personne. Résultat ? Eh bien, tu l’as devant toi. Je suis complètement bonne à jeter et … »

« Manelena, cela fait plusieurs années que tu voyages avec moi. Bon, il y a eu des séparations et tout ça, mais promis, tu es très différente de celle que tu étais auparavant. C’est à moi de m’excuser. Je ne devrais pas me dire que tu as besoin d’être protégée de mes actions. C’est simplement que l’empereur Malark n’est pas vraiment facile et que les enfants royaux ne sont pas franchement mieux. En vue de ce qui s’était passé avec Elise, j’ai voulu prévoir le coup sauf que j’ai été trop prévoyant, trop protecteur et … »

« Tu devrait comprendre que parfois, même quelqu’un comme moi, a bien envie de se sentir protégée non ? Juste un bref instant alors que nous ne faisons que combattre depuis que nous sommes dans ses souterrains. »

« Tu exagères un petit peu, quand même, ce n’est pas tant que … »

Hmm, elle n’avait pas vraiment tort à bien y réfléchir. Lorsqu’ils ne pouvaient pas se reposer dans les rares villages ou villes qu’ils côtoyaient, ils voyageaient … et combattaient. Et les combats étaient plutôt nombreux maintenant.

« C’est pas faux mais… tu te bats parfaitement bien ! Tu tiens tête à ces créatures démoniaques alors que c’est la première fois que tu les rencontres ! De mon côté, je n’en menais pas large à l’époque, Manelena ! »

« Tu crois que c’est si facile ? Pas du tout, Tery ! Pas du tout ! Ces créatures sont bien plus fortes que toi et moi ! Je l’ai aisément remarqué ! »

« Oui mais nous ne sommes pas que tous les deux. Tu ne vas pas oublier Héraisty, les démons puis aussi les soldats. Malgré les apparences, on sent qu’ils ont tous de l’expérience dans les combats contre les démons et même s’ils n’étaient pas préparé, ils ont bien montré qu’ils y arrivaient non ? »

« Sauf que je ne veux pas me sentir impuissante face à ces foutus monstres ! »

« Et pourquoi ça ? C’est quoi le souci ? Enfin, sauf le fait qu’ils risquent de te tuer mais c’est bien pour ça que nous sommes tous ici, Manelena. »

« Si je n’ai plus la force, qu’est-ce que je suis alors à tes yeux ? »

« … … … Hein ? » bredouilla Tery après quelques secondes d’incompréhension. C’était quoi cette question de la part de Manelena ? Il… était perplexe.

« Je suis un symbole de force, de royauté, de puissance, à tes yeux. Je suis celle qui a toujours était plus douée dans l’art du combat. J’ai toujours fait preuve de compétences dans la stratégie militaire, je sais me faire entendre et obéir par rapport aux soldats. Je suis une figure dans l’armée et… si je suis incapable de combattre correctement de nouveaux dangers, il me restera quoi ? Si même mon plus proche compagnon n’est pas confiant sur ma force par rapport aux évènements qui nous attendent, qu’est-ce qu’il me reste ? »

« Mais attends un petit peu, Manelena, c’est pas comme ça que… ça se passe. »

« Sois honnête, Tery ! Si je n’avais pas eu cette force, ce caractère au départ, est-ce que tu aurais vraiment cherché à me connaître ?! »

Mais pourquoi fallait-il que ça lui tombe dessus maintenant ? Tout ça parce qu’ils étaient seuls, lui et elle ? Sans Elen, Royan, Elise ? Et les autres soldats ? Non, là, il avait un instant de faiblesse de la part de Manelena et la moindre parole de travers pouvait tout mettre à mal. Il devait faire absolument attention à tout ce qu’il disait.

« Manelena, tu sais, je te l’ai déjà dit plusieurs fois. Ce n’est pas pour le symbole que tu représentais que je t’ai apprécié mais pour ce que tu étais… L’aide que tu m’as apporté, les points communs qui nous reliaient. Plein de fois, c’est sûr, j’étais subjugué par ta puissance, mais ce n’est qu’une partie de la raison qui me poussait à t’apprécier. Il y a tellement d’autres choses qui font que je t’aime, Manelena. »

« M’aimer ? » chuchota t-elle en levant ses yeux rubis vers lui. Enfin, même en baissant la tête, elle restait plus grande que lui. Il n’y avait aucune arme dans ses yeux mais … il sentait aisément la tristesse à l’intérieur de ces derniers.

« Euh… Bien entendu. Tu le savais, n’est-ce pas ? Non ? »

Est-ce que vraiment, il pouvait faire ça ? Sincèrement. L’empereur Malark lui avait dit que chez les démons, c’était possible et que… AH ! Non ! Sincèrement ! Profiter de Manelena dans un moment de faiblesse de sa part, ça serait vraiment pathétique de sa part. Et même s’il voyait les lèvres de la jeune femme aux cheveux argentés qui se rapprochaient des siennes, il bougea son visage au dernier moment pour venir embrasser son front.

« Manelena, il se peut que tu aies besoin de te reposer, d’accord ? Mais je veux que tu inscrives ça dans ta tête et que tu le gardes pour toujours. Tu es très importante pour moi, trop même. Ce n’est pas Manelena la Reine ou Manelena la Maréchale que j’aime mais celle que je peux côtoyer tous les jours. Sans toi à mes côtés dans ce monde souterrain, il y aurait de fortes chances que j’ai déjà perdu espoir. Mais tu es là. Tu es ma lumière dans cette obscurité. Je veux que tu restes là. »

« Ta lumière ? Pour une porteuse des lignes d’Alzar ? Qu’est-ce que c’est ironique, Tery. Tu crois vraiment que ça marche ce genre de répliques ? »

Et pourtant, elle avait retrouvé le sourire. C’était pas ça le plus important ? Elle nicha la tête de Tery contre sa poitrine, le gardant contre elle, sans un geste de plus. Elle était sa lumière dans ce monde d’ombre. C’était ça qu’elle avait voulu entendre, savoir qu’elle était importante pour lui et pas uniquement pour sa force.

Chapitre 6 : Sans gnomolds

Chapitre 6 : Sans gnomolds

« J’ai l’impression que l’expédition se prépare parfaitement ou c’est moi, Royan ? »

« Tu ne te trompes pas du tout, Elise. Je suis plutôt heureux de voir que les démons ont accepté aussi facilement. Je pensais que ça serait bien plus compliqué. »

« Tu vois ? Les démons ne sont pas aussi obtus que tu le pensais hein ? »

« Je ne pensais pas ça. Simplement, je pensais plus qu’ils allaient être… plus difficiles à convaincre, voilà tout. Sans médisance aucune hein ? »

Le jeune homme aux cheveux bleus était dans son bureau, assis derrière ce dernier alors qu’Elise était elle-même installée sur le dit-bureau, sans aucune pudeur ou gêne de sa part.

« Je sais parfaitement que tu ne penses pas à mal. Même moi, je suis un peu étonnée de la facilité avec laquelle ils ont accepté. Je pense que ça doit être à cause de Tery. »

« Comme ils l’avaient dit au moment où j’ai décidé de les interroger, Tery parlait beaucoup de ses connaissances de la surface. À partir de là mais aussi avec ton aide, j’imagine qu’ils savaient qu’ils n’avaient rien à craindre. »

« Oh ça, je tiens à me rappeler que tu n’hésitais pas vraiment à vouloir trucider tout le monde ou presque hein ? Car tu pensais que j’étais morte et qu’on ne pouvait pas me récupérer. Est-ce que je me trompe ou pas ? »

« Je préfère ne pas m’attarder sur cette période sombre de mon histoire. »

« Oh, pourtant, c’est une période très intéressante pour moi. Cela m’a permis d’en savoir plus au sujet des sentiments qu’un certain prince avait envers moi. »

« Avait ? Est-ce que tu parles réellement au passé en ce qui concerne mon amour ? »

Elle s’arrêta de sourire, le regardant avec interrogation. Elle semblait perturbée, ne s’étant pas attendue à une telle remarque de la part de Royan. Elle descendit du bureau, faisant de grands gestes avec ses mains tout en bredouillant :

« Euh mais non, Royan ! Je ne voulais pas dire ça comme ça ! Pas du tout même ! C’est pas ainsi, enfin, tu te trompes, je peux te le promettre ! »

« Ah bon ? Tu es certaine de cela, Elise ? »

« Bien sûr que oui ! Est-ce que… tu douterais de mes sentiments ? » demanda t-elle avant de commencer à se rapprocher de lui jusqu’à ce que son visage soit à la hauteur du jeune homme. Celui-ci fit un large sourire avant de déclarer :

« Eh bien, pas le moins du monde. Je voulais simplement te titiller et t’embêter. Tu le fais si souvent que je me dis que ça serait bien d’inverser les rôles pour une fois. »

« Que… OH ! Espèce de bougre d’idiot, Royan ! Tu devrais avoir honte ! »

Et sans prévenir, elle se jeta sur le fauteuil, Royan s’étant préparé aussitôt à la réceptionner avant qu’elle ne le couvre de baisers. Quelques instants plus tard, la jeune femme remettait sa coiffure en place, Royan murmurant :

« Je me demande si nous n’exprimons pas un peu trop nos sentiments. Nous devrions nous montrer un peu plus… sobres, non ? Tu ne crois pas ? »

« Sobres ? Dans notre façon d’exprimer notre amour ? Hmm, c’est vrai qu’on a bien souvent les regards gênés des personnes de ton entourage. »

« Voilà, tu as bien vu de quoi je voulais parler, tant mieux. Cela sera bien plus simple si tu es d’accord avec moi. Tu l’es, n’est-ce pas ? »

« Bien entendu. Nous ferons que nous tenir la main alors dorénavant. »

« Tant mieux, pfiou. J’ai toujours peur de te froisser, je ne sais pas pourquoi. »

« Hey, je ne suis pas un monstre, simplement une bien jolie démone, hein ? » dit-elle dans un petit sourire tendre, déposant un rapide baiser en lui signalant que ça sera le dernier pour la journée avant qu’ils n’aillent se coucher tous les deux.

Mais il fallait bien que cette journée ne se passe pas aussi bien que prévue. En pleine après-midi, alors qu’il était en train de consulter les rapports données par Hémurion au sujet de la stabilité de Shunter, un soldat était rentré dans le bureau, l’air effrayé.

« Roi Royan, roi Royan ! »

« Hmm ? Que se passe t-il ? Pourquoi est-ce que tu es autant en sueur ? S’est-il passé quelque chose de grave ? Si c’est le cas, respire calmement exprime-toi. »

Le soldat était en sueur, comme s’il venait de faire un marathon, passant une main sur son front tout en prenant une profonde respiration. Il lui fallut quelques secondes pour souffler correctement, finissant enfin par dire :

« Les… Les démons… veulent vous parler. Il paraîtrait que c’est urgent. Cela concerne le voyage dont vous parlez. Ils ne sont plus… sûrs d’accepter ! »

« Hein ? Comment cela ? J’imagine qu’ils sont inquiets mais… de là à annuler ? »

Il avait fini par se lever avec lenteur, faisant un mouvement de la main vers l’homme comme pour lui dire de bien vouloir le conduire jusqu’aux démons. Saluant Elise qui passait par là dans un couloir, elle le regarda continuer son chemin, s’apprêtant à venir avec lui.

« C’est une affaire personnelle, en tant que roi de Traslord, Elise. Je peux m’en charger seul, tu n’as pas à t’inquiéter à ce sujet. »

« Tu es certain ? Car je suis avec toi, tu sais ? Je peux t’accompagner si… »

« Je veux bien t’en parler après avoir résolu tout ça, d’accord ? »

Elle le regarda avant de faire un petit hochement de tête positif. Reprenant la route avec le garde, il arriva dans le quartier des démons, le garde restant près de la porte, soucieux alors que Royan avançait sans aucune crainte.

« Bon, ne tergiversons pas plus longtemps. Quel est le souci ? »

« Il n’y en a pas mais… ça serait plus pour une confirmation. » déclara l’un des démons, Royan le reconnaissant comme celui avec qui il discutait depuis le début.

« Et quelle est cette confirmation que vous nécessitez ? Je vous écoute. »

« Les gnomolds. Est-ce que vous pouvez nous confirmer qu’ils ne seront pas avec nous ? Nous avons remarqué qu’ils semblaient nous détester et nous haïr et instinctivement, nous ressentons la même chose à leur encontre. »

« Hmmm … En vue de ce qui s’est passé avant cet « incident », il en était hors de question. Je ne veux pas que le groupe que nous allons monter pour cette expédition commence par s’entretuer en interne. J’ai bien mieux à faire que de gérer un autre problème. »

« Tant mieux… Pfiou ! Vous voyez ? Je vous l’avais dit qu’il ne ferait jamais une telle chose ! Ce n’est pas son genre ! »

« Vous n’étiez pas rassurés par rapport aux gnomolds ? Cela est compréhensible. Bien que certains soient capables d’un intellect assez surprenamment élevé, il en est pas de même pour toutes ces créatures. »

« Oui mais même ainsi, comment dire… on aurait du mal à le croire. Mais tant mieux. »

Le démon poussa un soupir soulagé, rapidement rattrapé par ceux des autres. Le jeune homme aux cheveux bleus les regarda pendant quelques secondes, lui-même en poussant un mais plus fatigué qu’autre chose, déclarant :

« Ne vous inquiétez donc pas de la sorte la prochaine fois, d’accord ? Vous n’avez pas à vous en faire pour ce genre de détails. »

« C’est vrai. Vous nous avez traité avec tous les égards qui nous sont dus. »

« Et je compte continuer tant que nous sommes capables d’avoir une conversation raisonnable, entre gens civilisés, qu’importe la race dont nous sommes issus. »

Le jeune homme aux cheveux bleus répondit par l’affirmatif d’un mouvement de la tête avant de finalement leur dire qu’il devait repartir pour d’autres tâches. Les démons le remercièrent une dernière fois, Royan déclarant que ce n’était pas grand-chose.

Et enfin, dès qu’il quitta la zone, Elise était déjà en train d’avancer à toute allure vers lui. Elle avait bien vu d’où il venait et n’allait pas le lâcher d’une semelle jusqu’à ce qu’il finisse par cracher le morceau, qu’il fit assez rapidement.

« Oh … Ah … Euh… Tu n’avais donc vraiment pas besoin de moi ? »

« Pas du tout mais tu sais, c’est rassurant de t’avoir à mes côtés. Même si tu n’étais pas forcément là, vraiment présente. »

« Hmm, tu peux tenter de te rattraper comme tu le désires, je ne me ferais pas avoir de la sorte, hahaha ! Enfin, je dis cela mais ça ne change pas une chose. Pourquoi est-ce que les gnomolds en veulent autant aux démons ? »

« J’ai déjà été leur poser la question mais visiblement, aucun ne voulait me répondre. À partir de là, je ne pas faire autrement. J’irais bien demander à Ernold mais je n’ai aucune idée de l’endroit où il se trouve. Il n’était pas à Omnosmos aux dernières nouvelles … et ces nouvelles commencent à dater. »

Et c’était peut-être l’heure de commencer à s’inquiéter à ce sujet. Depuis l’ouverture des portes démoniaques, le nombre de fois où ils avaient pu rencontrer le grand archimage se comptait sur les doigts.

« Je vais tenter de lui envoyer une nouvelle lettre en espérant que cette fois-ci, il ira y répondre. Ça serait bien mieux pour plus tard. »

« Plus tard ? Tu veux tenter de raisonner les gnomolds ? Mais ils n’ont jamais cessé d’haïr les démons. Je ne suis pas certaine que même en discutant avec Ernold, ils changeraient d’avis. »

« Je le sais bien mais je préfère essayer encore une fois. Je n’ai rien à perdre. »

Elle voyait bien qu’il ne comptait pas changer d’avis. La femme aux cheveux auburn le regarda d’un air un peu lassé mais amusé en même temps, comme pour bien lui montrer qu’elle l’accompagnerait jusqu’au bout, qu’importe ses choix.

Ailleurs, au beau milieu d’une forêt, plusieurs huttes étaient disposées dans un assez large cercle. Des petites murailles en bois pour protéger la zone, le tout semblait assez archaïque, comme si le temps et l’évolution n’avaient jamais passé ce lieu.

« Le grand Ernold est parmi nous ! »

« Héhéhé ! Ne t’excite pas trop ! Paraîtrait que c’est pour parler des démons ! »

« On va enfin lancer un assaut sur tous ces foutus démons ! »

« Et dire que ces fichues races pensent que les démons ne leur veulent pas de mal ! Dire qu’on a même tenté de les accepter ! Voilà ce qu’ils ont fait ! »

« L’histoire se répète ! L’histoire se répète ! » s’exclama encore une autre voix. Toutes ces dernières appartenaient aux différents gnomolds, tous étant comme exaltés par la venue du grand archimage issu de leur race.

« Ils apprennent jamais de leurs erreurs ! Que ça soit Shunter, Traslord ou les autres ! Hey, d’ailleurs, c’est vrai ce que j’ai cru entendre ? »

« Quoi ? Que les gnomolds des autres contrées ont envoyé des ambassadeurs ? Ouais ! »

« Ouais ! T’as déjà vu leurs trognes, urf urf urf ! Avec leurs écailles, ils ont une sacrée allure ! Mais en même temps, vu qu’ils viennent de Mékalarma. »

« Ouais, ils sont aussi teigneux que la race de cette région là. Mais ils sont pas aussi cons. »

Et les gnomolds continuaient de discuter entre eux. Dans la zone, il était aisé de voir que différents types de gnomolds s’y trouvaient, certains se regardant comme des chiens de faïence. Alors que les gnomolds de Shunter étaient les plus communs, ayant un taux de natalité supérieure aux autres, les gnomolds de Traslords possédaient quelques branchies et un pelage souvent relié à l’eau dans des teintes bleues. Ceux d’Honoros étaient plus musclés et difformes que les autres gnomolds, mais leur force n’était plus à prouver. Pour les gnomolds mékarlarmiens, le mélange de fourrure épaisse mais aussi d’écailles leur octroyait une robustesse sans bornes. Et enfin pour terminer, ceux de Claudiska, d’où était issu Ernod, étaient connus pour leur calme et intelligence, plus prompts à réunir les différentes sous-espèces de gnomolds via leurs sages paroles et conseils.

« Bon… Est-ce que nous sommes tous réunis ici ? Merci au clan de Rokar d’avoir accepté d’héberger cette réunion sur ses terres. »

« Il n’y a pas de quoi, Ernold le Vénérable. »

Une dizaine de gnomolds était réuni autour d’une table en bois grossièrement taillée. Malgré leurs caractères rustres, les gnomolds étaient connus pour avoir néanmoins sciences et diverses technologies qui leur permettrait d’avoir un niveau de vie pas si éloignée des citoyens des différents royaumes.

« Si nous sommes tous réunis ici, vous en connaissez la raison. »

« Ouais… Je veux bien écouter l’argument qui va nous inciter à pardonner aux démons. » rétorqua aussitôt un gnomold dont il était possible de voir quelques écailles sous sa fourrure.

« Il n’est pas question de pardonner aux démons mais de discuter de ce que nous allons faire à leur sujet sachant que les différents royaumes ont commencé à converser avec eux, ouvrant de nombreuses voies de dialogue et de relations avec les démons. »

« Ouais, ouais. Ils se sont couchés comme d’habitude. Ce n’est pas comme s’ils avaient pas déjà agi de la sorte la première fois hein ? »

« Nous n’avons rien fait pour chercher à bien nous faire voir depuis des siècles, Salas. »

Ernold répondait au gnomold en partie écailleux avec un grand calme et professionnalisme, comme si les petites piques lancées par ce dernier ne l’affectait guère. Il reprit en voyant que le gnomold ne cherchait pas à lui répondre :

« Bref. J’ai appris qu’il y a de cela quelques temps, qu’une attaque avait été lancée sur un campement de démons qui venaient en paix. »

« Venir en paix ? Et vous êtes devenu assez naïf ou sénile, Ernold le Vénérable ? Pour croire de telles sottises ? »

« BON ! SALAS ! Si Ernold ne veut pas t’inciter à la fermer, moi je vais m’en charger ! Si tu commences pas à la boucler, compris ?! »

« Ah ouais ? Et tu vas faire comment hein ? Viens donc, je t’attends ! »

« Si vous vous évertuez à être deux parasites, je me chargerais personnellement de vous corriger tous les deux. Me suis-je bien fait comprendre ? »

Rokar avait fini par prendre son arme en main. Et aussitôt, le gnomold écailleux avait décidé de se lever à son tour, sortant sa propre arme : une épée longue dont la lame était bizarrement tordue en de nombreux endroits.

« Rokar, s’il te plaît. Je suis certain que Salas ne pensait pas à mal, n’est-ce pas ? Il n’aurait rien à gagner à mettre les autres clans des gnomolds à dos ? En sa qualité d’ambassadeur, il se doit de se montrer raisonnable. Il représente son clan. »

« Tsss… Quelle belle langue de vipère. Oui, c’est bon, je vais me rasseoir, j’ai compris. »

Le gnomold écailleux avait fini par reprendre sa place, Rokar retirant la main de son arme tout en émettant un grognement de mécontentement. Quelques secondes plus tard, la conversation pouvait reprendre, Ernold recommençant à évoquer les démons.

« Par rapport aux démons, une suggestion principale a été donnée avant que ne commence cette réunion, pendant que je cherchais à tous vous réunir. »

« Et de laquelle il s’agit, Ernold ? Comme dit, si c’est faire copain-copain avec les… »

« Non, il ne faut pas nous leurrer. Ce n’est pas possible après tout ce qui s’est passé à cet instant. Non, la suggestion première était de tout raconter à certaines personnes hautes placées dans les différentes nations. »

« Tout raconter ? Comment ça ?! » demanda un gnomold qui semblait produire de l’eau en permanence au niveau de ses pattes pour se les envoyer sur des branchies qui se trouvaient sous ses oreilles.

« Tout leur expliquer. La réalité de notre histoire, l’origine de notre race, la raison de notre conflit avec les démons. »

« Ils ne le méritent guère ! Ces êtres nous ont rejeté ! Il en est hors de question ! »

« Je ne veux pas me mettre du côté de Salas mais sur le coup, je ne peux que lui donner raison ! Je refuse de donner à ces traîtres la raison de notre haine envers les démons ! »

« C’est autant de leur faute que de celles des démons ! »

« Et que dire de ces deux foutues divinités ! Alzar et Zélisia ! C’est aussi à cause d’elles que nous devons subir un tel affront ! Ces saletés ! »

« Ne blasphémons pas, s’il vous plaît. Cela ne nous apportera rien de bon. »

« Ce n’est pas du blasphème de parler de deux divinités qui ont décidé d’abandonner nos ancêtres de l’époque ! »

« Je pense que nous allons écourter cette première séance pour le moment. Nous la reprendrons ultérieurement. »

Ernold avait déclaré cela, montrant par là qu’il abandonnait pour le moment la tâche qu’il tentait d’accomplir, sans grosse réussite, il fallait avouer. Chaque gnomold commença à se lever, retournant auprès des siens, laissant Rokar et Ernold seuls dans la place.

« Je me doutais bien que la tâche serait difficile mais… à ce point ? »

« Ils sont bien trop imbus d’eux-mêmes pour comprendre le bien de vos actions, Ernold. »

« Je ne sais pas si … vraiment, c’est une bonne chose, mais c’est ce que j’estime le mieux pour notre peuple. Si nous gardons nos griefs contre les démons, nous ne pourrons jamais retrouver la paix d’antan. »

« Cela fait des siècles que ces évènements se sont produits. Nos ancêtres avaient des raisons d’en vouloir aux démons, aux dieux et au Dévoreur mais maintenant, si nous continuons sur cette voie alors que même les différents royaumes ouvrent leurs portes avec plus ou moins de « succès » aux démons, nous finirons par disparaître. »

« Malgré ta force, tu es sage, Rokar. C’est pour cela que je voulais que ça soit ton clan qui nous accueille et nul autre. J’ai la sensation que c’est ces quelques rencontres avec Tery qui t’ont permis de penser ainsi, est-ce que je me trompes ? »

« Je ne peux pas dire que ce jeune démon a vraiment été utile. »

« Je ne parle pas d’une utilité, Rokar mais… d’une vision des choses. De ce que tu m’as dit, tu lui as laissé la vie alors que tu avais éliminé le démon qui à l’origine de son existence à la surface, n’est-ce pas ? »

« Ernold, je préfère ne pas me lancer sur le sujet. Cela est assez déplaisant, vous le savez aussi bien que moi, n’est-ce pas ? »

« Ce n’est pas déplaisant même si la vérité n’est pas toujours celle que l’on voudrait entendre, je veux bien le concevoir. »

« Tsss… Si vous me cherchez, vous savez où trouver, Ernold le Vénérable. »

Un léger sourire se dessina sur le vieux gnomold, ayant bien remarqué le ton dans la voix de Rokar alors que celui-ci quittait l’endroit à son tour. Laissé seul, le vieux gnomold était maintenant songeur, plongé dans une profonde réflexion avant de faire un petit mouvement de la main, comme pour balayer ses mauvaises pensées.

« Tout s’améliorera au moment où il se présentera à nouveau à nous. J’en suis certain. » dit-il à voix basse bien qu’il se parlait à lui-même comme pour se convaincre de la justesse de ses propos. Il verra ce que l’avenir leur réservera.

Chapitre 5 : Des trophées

Chapitre 5  : Des trophées

« C’est pas si mal comme architecture, Tery. »

« Je te l’avais pourtant dit, Manelena. Ce n’est pas si saugrenu que ça quand tu vois le tout, n’est-ce pas ? Hahaha. Par contre, je suis désolé pour toi et les autres mais, vous devez comprendre que les démons vont vous regarder de façon bizarre. C’est la première fois qu’ils verront d’autres races. »

« Moui… Je peux leur pardonner tant qu’ils ne tentent rien de dangereux ou stupide envers nous. Je ne suis pas forcément très clémente, tu le sais ? »

« Je pensais plus que tu ailles prévenir les soldats des différentes races pour qu’ils ne soient pas surpris. Ils t’écouteront plus que moi. »

Humpf ! Elle eut un petit tic, comme pour lui demander par le regard si c’était comme ça qu’il comptait se débarrasser d’elle. Néanmoins, elle ne chercha pas plus que ça la confrontation, finissant par reculer alors qu’ils avançaient peu à peu vers le village qu’ils voyaient au loin. Encore une heure ou deux de marche et ça serait parfait.

Malgré le décor rocailleux, il arrivait parfois de trouver quelques endroits couverts par de l’herbe mais surtout dégagés. Et c’était justement via l’un d’entre eux qu’ils pouvaient apercevoir le village où ils allaient se rendre. Il n’avait aucune idée exacte s’il connaissait le village où ils se rendaient. En même temps, il n’avait jamais envisagé de devoir s’il existait une carte du royaume souterrain, avec les différents chemins, strates et villages dans ces dernières. Autant dire qu’il ne s’aidait pas vraiment.

« Voilà, c’est fait, Tery. J’espère que tu es satisfait de ton côté. »

« Bien entendu mais ce n’était pas une réclamation, tu sais ? Je voulais juste que tu saches ça, rien de plus. Au moins, s’ils sont préparés… hmm, à ce sujet. Comment est-ce qu’ils ont réagit ? Je préfère demander. »

« Disons que certains y étaient préparés. On va dire qu’en même temps, déjà vivre depuis quelques jours avec les autres démons, ça leur a permis de remarquer que les démons les regardaient d’un air étrange, comme des animaux en cage. »

« Je crois que c’est exactement le terme qui colle : « animaux en cage ». Même si vous avez la liberté, disons que les démons vous regardent comme des bêtes de foire. »

« À croire qu’ils n’ont jamais vu auparavant une race de la surface. Même pas dans leurs bouquins ou quoi ? Ils savaient qu’il y avait des habitants à la surface ? »

« Sincèrement ? De ce que j’ai compris, le coup des portes démoniaques et toutes ces choses, c’est plus connu au départ par les strates inférieures, là où vivent les démons de la haute noblesse et de la petite noblesse, au service de la haute justement. C’est une élite assez cultivée qui est au courant et encore, comme les portes démoniaques et les grottes sont gardées par des avant-postes, autant dire que se renseigner dessus, c’était proche de l’impossible, Manelena. »

« Je vois le genre, une élite qui aimait bien garder son petit coin secret à elle. Un grand classique de la noblesse. Dommage qu’elle ne pouvait rien faire lorsque tu as ouvert les portes démoniaques pour empêcher cela, elle doit le regretter. Surtout qu’en y réfléchissant bien, les premiers au courant de l’ouverture étaient donc les démons dans les strates supérieures. »

« Je dois t’avouer qu’en vue de ce qui s’était passé, c’était plutôt une bonne chose et encore … Les démons proches de la surface sont bien plus amicaux. »

« Ah … Comme un peu partout. Les races diffèrent, les caractères restent. Les nobles sont tous des cons tandis que le petit peuple souffre. »

« C’est d’ailleurs une chose chez toi que j’ai toujours beaucoup aimé, Manelena. »

« Hmm ? Hein ? Euh… De quoi est-ce que tu parles exactement ? »

« Tu m’as toujours reconnu pour ce que je suis à la base, et non pour mes origines sociales. Je veux dire, tu n’as jamais tenté de me rabaisser parce que je venais d’un petit village perdu non-loin d’une montagne. »

« Je me demande si c’est les coups répétés sur le crâne que je te donnais qui commencent à faire effet quelques années plus tard. »

« Hahaha ! Peut-être ? Sûrement ? Qui sait ? Bref, tout ça pour dire que tu es bien loin des personnes prétentieuses que j’ai déjà rencontrées dans mon passé et je voulais que tu le saches vraiment, Manelena. Je suis heureux de te connaître. »

« Mouais, si tu pouvais éviter le mélodramatique, Tery. Sincèrement, ça donne presque envie de pleurer ce que tu racontes, tu sais ? »

Malgré les dires du jeune homme, elle paraissait guère perturbée par cette déclaration. Mais voilà, quand il ne la regardait pas, elle souriait presque comme une jouvencelle, visiblement heureuse d’entendre de tels propos de la part de Tery.

C’était presque guillerette qu’ils arrivèrent jusqu’au village, très démons armés et en armure se présentant à eux. Ils étaient mal équipés par rapport à l’armée et surtout, ils tremblaient grandement, signe qu’ils n’étaient guère rassurés par ce qui se trouvait en face d’eux.

« S… Stop ! Arrêtez-vous là ! Et exprimez la raison de votre venue dans notre village ! »

« Bon sang, on va se faire tuer… J’avais entendu parler de ça mais je pensais pas que ça existait encore à notre époque. »

« Je vais… Je vais aller prévenir les villageois de fuir. On tiendra autant de temps qu’il faudra mais ils seront en … »

« OHLA ! Pas besoin d’en arriver à de telles extrémités ! Nous ne sommes pas là pour ravager votre village, loin de là. Nous cherchons surtout un endroit où nous reposer. »

« Vous.. .Vous plaisantez ? Vous êtes aussi nombreux que les habitants de notre village. Je suis même pas certain que l’auberge puisse tous vous accueillir. »

« Nous ne plaisantons pas à ce sujet. Nous sommes affamés et comme vous pouvez le voir, nous sommes un groupe assez hétéroclite. »

« Hétéroquoi ? Euh, ça veut dire quoi ce mot ? » demanda le soldat en regardant Tery avec interrogation. Ah oui, rien d’étonnant. Si c’était un petit village, ça ne voulait pas forcément dire que l’éducation était la priorité chez eux.

« Comme vous le remarquerez, nous ne sommes pas que des démons. Est-ce que le nom de princesse Elise ou de Tery vous disent quelque chose ? »

« Prin… Princesse Elise ? Elle… Elle est parmi vous ? Ils, ils nous ont dit que si nous entendions parler à ce sujet, nous devions les prévenir. »

« Non, elle n’est pas parmi nous. Vous pouvez toujours chercher, vous ne la trouverez pas. »

Hmm, est-ce qu’il avait été un peu sec ou froid ? Car le soldat s’était immobilisé après ses propos, n’osant plus prendre la parole alors que le second soldat disait :

« Euh … Vous n’avez pas l’air dangereux et agressifs. Vous … promettez de ne pas causer plus de troubles que ça ? Là, le village doit déjà être en ébullition par notre faute. Vous comprenez, on voit arriver une troupe de démons de haute noblesse, accompagnés par des humanoïdes de différentes races inconnues. »

« Ne vous en faites pas, je peux vous promettre, foi de Tery, chevalier de la princesse Elise, que nous ne sommes pas là pour créer des ennuis dans votre village. Nous avons eu quelques soucis sur notre chemin et nous cherchons plus un endroit où nous repose ou alors au moins pour manger. Nous avons de quoi payer et surtout, nous avons notre propre nourriture mais parfois, avoir un toit sur la tête est plus agréable. »

« Je vois où vous voulez en venir. C’est toujours bon de rentrer à la maison après une journée de travail et de se dire qu’on a un chez soi. Je vais vous emmener dans le village. Faut juste espérer qu’ils n’ont pas provoqué une émeute. Encore qu’avec la taille de ce village, l’émeute, ça ferait plus petite foule en colère. »

Visiblement, le soldat avait retrouvé le sourire et surtout, se sentait rassuré. Pourtant, Tery n’avait pas l’impression d’avoir usé de diplomatie et de tact pour cela, haussant les épaules en souriant jusqu’à ce que Manelena lui donne un petit coup de coude dans la hanche.

« Comme quoi, y a du bon à être issu du peuple, Tery. »

« Hein ? Pourquoi est-ce que tu dis ça ? J’ai encore dit une connerie ? »

« Plutôt le contraire. Le fait que tu parles avec autant d’honnêteté, cela se ressent dans ta voix. Et tu parles aussi pour rassurer sans tenter de tergiverser ou d’en faire trop. »

« Oh, euh, d’accord, je sais pas pourquoi mais je sens que c’est un compliment donc je vais te dire merci par principe même si je ne suis pas certain. »

« Mais si, mais si, ça l’est. Et puis, ça serait bien que notre première visite soit amicale. »

Et comme convenu, la journée dans le village se passa aussi tranquillement que possible. Surtout, Tery s’était renseigné pour avoir quelques informations sur le chemin à suivre pour arriver dans d’autres villages et villes.

Il demandait aussi quelques noms de villages, par mesure de précaution, ayant retenu ces derniers pour être certain que tout se passe bien, mais surtout qu’ils tentent de passer par les dit-villages pour avancer. Ainsi, ils pourront se reposer et en même temps, en apprendre un peu plus sur la situation actuelle.

« Tery, je voulais te dire quelque chose. »

Cela faisait maintenant une bonne quinzaine de jours qu’ils marchaient dans le monde souterrain. Plus ils plongeaient en profondeur, plus les villageois regardaient les autres races que les démons avec de grands yeux intéressés.

« C’est au sujet des villageois ? Tu as entendu des rumeurs ou autres ? »

« Aucune rumeur, loin de là. Simplement, je n’aime pas être considérée comme un simple morceau de de viande par ces types. »

« Morceau de viande ? À ce point ? Comment ? Je veux bien que tu m’en dises plus. Je suis un démon donc je ne suis pas certain de voir aussi bien que toi. »

« Disons que j’ai l’impression qu’ils s’imaginent des choses à notre sujet. Comme si nous n’étions que des esclaves et rien d’autre. »

« Hmm. Si ces villageois pensent ça, ils risquent d’avoir une mauvaise surprise lorsque ça va leur tomber sur le crâne. »

« J’aurai l’autorisation de les éclater, c’est ça que tu veux me dire ? »

« Hmm, l’autorisation, je ne sais pas trop si on peut dire ça comme ça. Ça semble assez… mauvais. Disons plutôt que ça serait de la légitime défense si ça doit arriver. »

Humpf ! De la légitime défense hein ? Elle connaît ce genre de propos. Souvent, elle l’utilisait quand elle avait débuté dans l’armée de Shunter. En tant que fille du roi, mais surtout possesseur des lignes d’Alzar, autant dire que beaucoup n’appréciaient guère qu’elle progressait bien plus vite qu’eux.

« Tu es prévenu, Tery. Tu ne pourras pas dire que ce n’est pas le cas. »

« Ne t’en fait pas, le message est très bien passé, Manelena. »

« Je l’espère … pas forcément pour toi mais pour ces démons. Je n’aime pas trop que l’on me considère de la sorte et ils l’apprendront à leurs dépends. »

« Je le sais bien, Manelena. Je le sais bien. Je vais rester sur mes gardes et jauger ça. »

« Mon corps ? Ou alors la situation ? Fais attention à ce que tu vas dire. »

Et sa réponse ? Une absence de réponse. Car il est maintenant plongé dans ses réflexions. Comme s’il venait de découvrir un problème auquel il n’avait pas pensé auparavant. Pourtant, il n’était pas stupide à ce point.

Il n’oubliait pas que ces personnes au service des deux aînés de la famille royale n’hésiteront pas à chercher à l’éliminer mais pas seulement lui. S’ils arrivent à mettre la main sur Manelena, autant dire qu’ils pourront la tuer elle aussi. Et qu’avec la mort de Manelena, c’est tout simplement une nouvelle guerre qui débutera … sans aucune possibilité de revenir en arrière. Il ne pouvait pas permettre cela.

C’est pourquoi il allait tout faire pour qu’elle soit en sécurité, qu’importe la méthode pour y arriver. Un sourire se dessina sur ses lèvres, Manelena lui demandant ce qui se passait, déclarant qu’elle n’aimait pas quand il était aussi silencieux. Le jeune homme vint finalement répondre d’une voix calme :

« Rien de vraiment spécial. Je pensais juste à comment bien te protéger, c’est tout. »

« Ah oui quand même. Tu estimes que je serais incapable de me protéger moi-même ou… »

« Non, pas le moins du monde. C’est tout le contraire. Simplement, je ne veux pas que tout se passe mal alors que nous ne savons pas quand est-ce que nous pourrons revenir à la surface. »

« Quand tu dis nous, tu es bien en train de parler de toi et de moi, hein ? »

« Toi, c’est certain. Moi, j’imagine que ça va dépendre de ce que l’empereur Malark envisage à mon sujet. Rien n’est vraiment sûr, malheureusement. Et ce n’est pas très rassurant, justement, si je peux me permettre. »

« Non, tu ne peux pas te le permettre et je ne vais pas te le permettre. C’est clair, net et précis. Tu reviens avec moi, point barre. Je ne vais pas laisser un foutu empereur t’empêcher de revenir une bonne fois pour toutes. »

« Je ne suis pas certain qu’il soit d’accord avec le fait que tu t’en mêles. »

« Et alors ? S’il ne comprendra pas avec les paroles, il comprendra avec… »

« Non, non et non ! Il en est hors de question. Il ne faut pas que tu commences à utiliser la force. Surtout pas avec lui. Tu n’as donc pas écouté ce que je disais à son sujet ou quoi ? Je voudrais bien te demander si tu es stupide mais… »

« Tu sais très bien que si tu profères de telles paroles, tu devrais les regretter amèrement plus tard, non ? Est-ce que tu veux vraiment en venir à ça ? »

« Non mais si je fais rien comme si je n’avais rien entendu, tu risquerais de mourir et tu vois, Manelena, ça, je ne peux pas le permettre. »

« Tss, de bien belles paroles. » finit-elle par dire après quelques secondes de silence. Elle savait pertinemment que Tery faisait tout ça pour elle mais… ça ne l’empêchait pas qu’elle n’allait pas se la boucler si l’empereur était un enfoiré, hors de question.

Les heures s’écoulent, les journées aussi. Est-ce qu’ils ont vraiment passé deux semaines ici bas ? Il n’en sait trop rien. D’après ce qu’il avait plus ou moins compris, c’était assez équivalent de ce côté par rapport au temps à la surface.

Le souci, c’est que se fier à la lumière des cristaux non-taillés et naturels qui se trouvaient sur leur chemin, cela pouvait donner une mauvaise indication. Eh oui ! Il avait compris vite compris cela en voyant que bien que les cristaux s’illuminaient plus ou moins à des moment précis, le tout était assez disparate.

Ainsi, il était difficile de donner une heure exacte et c’était bien là le problème. Heureusement, comme ils se promenaient de village en village, de ville en ville, ils finissaient par avoir la date et l’heure exacte dans ces moments précis. Ainsi, il était enfin soulagé et il pouvait donc souffler … jusqu’à ce qu’un autre type de problèmes arrive.

« Hey, toi, tu voudrais pas te débarrasser de ton esclave ? »

Il s’était arrêté au moment même où on venait de lui poser une telle question. C’était une démon, qui devait avoir dans la trentaine d’années. D’après ses atours, il était sûrement parmi les plus riches de la petite ville dans laquelle ils venaient d’arriver. Et surtout, il sentait bien que Manelena était déjà exaspérée, prête à éclater le malandrin qui venait de s’exprimer de la sorte envers lui.

Où étaient les autres membres du groupe ? Ils s’étaient séparés pour que chacun puisse un peu profiter des lieux. Comme il avait prévenu Manelena, plus ils descendaient dans les strates, plus les villes étaient développées et maintenant, il était plus aisé de se disperser pour que chacun et chacune puisse faire ce qu’ils désiraient, tant qu’ils se retrouvaient tous le lendemain ou quelques jours après, dehors avec les autres.

« Je ne crois pas que ça va être possible, malheureusement. »

« Allons, je vais t’en donner un bon prix. J’ai entendu des rumeurs sur cette race ! C’est une … honorienne, non ? En vue de sa taille. Ah non, elle n’a pas les oreilles pointues, ce n’est pas ça. Pas du tout même. Et elle n’a pas d’ailes ou de branchies, hmm. C’est donc l’une de ces êtres basiques de ce royaume Shunter. Une shunterienne ! Mon prix est même trop haut pour une femme comme ça ! Tu devrais accepter au lieu. »

Et le démon approchait déjà une main comme pour venir toucher la marchandise mais alors que Manelena allait se préparer à le cogner, Tery empoigna le bras du démon avant de dire d’une voix douce, très douce :

« Malheureusement, je dois réitérer mes propos : elle n’est pas à vendre … et pour une seule et bonne raison : ce n’est pas une esclave. »

« Hein ? Ah bon ? Et depuis quand ? Déjà que les honoriens sont plutôt bon marché vu qu’il y en a de plus en plus, t’es sûr de ne pas vouloir la vendre ? »

« Comme ce n’est pas une esclave, il n’y a pas besoin de poser la question. Et cette femme est bien plus importante que vous ne le penser. » déclara Tery alors que Manelena avait fini par interrompre le mouvement de son poing, bien qu’il était toujours prêt.

« Ah bon ? Et de quoi est-ce qu’il s’agit ? » dit le démon sur un ton légèrement hautain, visiblement dépité qu’il ne puisse pas acquérir ce qu’il désirait.

« Il s’agit d’une personne très chère à mon coeur donc à partir de là, je termine de vous dire une bonne fois pour toutes que non, elle n’est pas à vendre. »

La plus surprise entre le démon et Manelena était bien cette dernière, celle-ci regardant Tery avec ses yeux rubis, interloquée. Le démon grommela et pesta avant de s’éloigner, plus que mécontent de la tournure des évènements.

« C’est définitif, tu es le dernier des imbéciles, Tery Vanian. »

« Euh ? Ah bon ? Et pourquoi cela ? J’ai dit pourtant la vérité. »

Elle ne chercha pas à en dire plus. Simplement, ce n’était pas cette réponse à laquelle elle se serait attendue de la part de Tery. C’était peut-être d’ailleurs pour ça qu’elle… souriait discrètement. Elle avait bien compris ce que ce noble désirait.

Un simple jouet avec laquelle s’amuser, jusqu’à le brise car pour lui, elle était issue d’une race inférieure, une race de la surface. Si Tery ne s’était pas mêlé de ça, tout aurait pu très mal finir mais ce n’était pas le cas.

« Par contre, Manelena, dès que nous retrouverons les autres, il faudra faire le point avec eux sur cette histoire, pour éviter que… ça se termine mal. Vous n’êtes pas tous des soldats. »

« Et tous les démons ne sont pas comme toi, Tery, c’est exact. »

Parfait, elle voyait donc où il voulait en venir. Une simple mesure de précaution. Si par malheur, les autres démons décidaient de « vendre » les membres de l’armée de Manelena et des autres royaumes, cela allait provoquer de graves problèmes.


Mais en même temps, il ne se faisait pas d’illusions. Il avait bien remarqué que les démons s’entendaient bien mieux par rapport au début. Ce qui voulait dire une chose : c’est qu’il était possible de résoudre cette histoire sans que cela ne dégénère.

« Quand même, qu’est-ce que tu peux être idiot, Tery Vanian. »

« Ça fait deux fois que tu me dis ça en moins de cinq minutes, Manelena. Si j’ai fait une idiotie, je préfère que tu me la dises clairement, que j’évite de la refaire plus tard ! »

« Oh non, non. J’imagine que l’idiotie doit dépendre du point de vue de chacun, voilà tout. Ce n’est pas aussi important ou grave que ça. »

« Euh, je dirais bien d’accord mais je n’ai pas l’impression que m’aies vraiment répondu. »

Héhéhé. C’est bien pour ça qu’elle ne donnait pas plus de détails à ce sujet. Elle préférait le laisser mariner et le laisser réfléchir. S’il ne voyait pas qu’une simple phrase pouvait avoir un tel effet sur une femme, c’est qu’il avait encore beaucoup à apprendre au sujet de ces dernières. Ah oui… C’est vrai. Elle l’oubliait presque. Elle était une femme.

Chapitre 4 : En sécurité

Chapitre 4  : En sécurité

« Bonjour, toi. » murmura une voix féminine à côté de Royan, celui-ci ouvrant les yeux sur un tissu de toile rouge. Ils étaient de retour à Traslord, comme convenu et ils étaient maintenant tout simplement en train de se reposer légèrement.

« Bonjour, Elise. Est-ce que tu as bien dormi ? » demanda t-il tout doucement alors qu’il observait son torse nu.

Dans l’imposant lit royal, les vêtements étaient jetés au sol alors que les couvertures partaient un peu dans tous les sens. La raison à cela n’avait pas besoin d’être détaillée, surtout lorsque le haut du corps nu d’Elise se redressa dans le lit, la jeune femme aux cheveux auburn lui faisant un doux sourire.

« Merveilleusement bien. Il faut dire que j’avais un délicieux oreiller et que j’ai passé une merveilleuse soirée, Royan. »

« Tant mieux alors … même s’il vaudrait mieux ne pas trop en parler à voix haute hein ? »

« Hmm ? Est-ce que tu veux dire par là que tu as honte ? »

« Bien sûr que non, Elise. Simplement, cela ne sert à rien de provoquer les autres. Je suis heureux de t’avoir à mes côtés, plus qu’heureux et je pense te l’avoir montré. »

« Oh… Plus qu’il n’en faut. Si on doit reprendre tes termes de cette nuit. »

Elle tira un peu sur le tissu, cachant sa poitrine bien qu’elle restait assise dans le lit, Royan faisant de même. Il reprit doucement la parole :

« Disons que je sais qu’Elen est un peu … sur les nerfs dernièrement. La provoquer inutilement ne servirait à rien, tu comprends ? »

« Je vois où tu veux en venir … et c’est normal. Je n’y avais pas pensé, je dois avouer ! Mais bon, j’espère que cette nuit ne sera que la première d’une longue série. Nous n’avons pas pu en profiter auparavant mais… maintenant, je compte bien rattraper ce retard ! »

« Il ne faut pas que tu crois que nous n’allons faire que ça, tu sais ? »

« Hey ! Tu ne peux pas prétendre que ça ne te fait rien du tout. Surtout pas après cette soirée hein ? Ah.. Vraiment, je suis si heureuse. »

« Tant mieux alors… » dit-il alors qu’elle clignait des yeux, fronçant légèrement les sourcils avant de pousser un petit cri puis de se jeter sur lui, sans même prévenir. « Je vais te rendre bien plus expressif, tu vas voir, toi ! »

« Elise, on ne peut pas ! On n’a… »

Mais elle ne lui laissa pas vraiment la possibilité de s’exprimer, l’emportant à nouveau sous la couverture, lui donnant une nouvelle raison d’être en retard aujourd’hui, retard qu’il allait avoir du mal à expliquer ça aux différents membres du conseil mais aussi à Elen.

Et c’était via quelques toussotements significatifs qu’il vint alors prendre place, une heure plus tard que prévu, Elise étant tout simplement radieuse à ses côtés. Même s’il tentait de garder son visage inexpressif, les rougeurs sur ses joues en disaient plus que de simples paroles. Elen marmonna quelques mots, tenant son enfant dans ses bras, celui-ci étant bien sage malgré le monde présent autour de lui.

« Nous devrions recevoir bientôt quelques nouvelles de Shunter. »

« Vous avez bien fait d’envoyer un courrier au maréchal Hémurion, roi Royan. »

« Comme Manelena m’avait dit que c’était lui qui se chargeait du royaume lorsqu’elle n’était pas là, ça n’a rien d’anormal que de prendre quelques précautions de ce côté. »

« Je pense que cela attendra une journée ou deux au minimum, Roi Royan. »

« Je ne pensais pas moins de toute façon. Et sinon, quels sont les rapports d’Honoros sur mes demandes au sujet des démons ? »

Plusieurs hommes et femmes arrivaient devant Royan, installé sur son trône, chacun et chacune tenant un papier différent en main. Il semblait écouter tout cela avec une grande attention, répondant et questionnant quand cela était nécessaire.

« Les clans avec qui nous sommes alliés gardent bien quelques démons en sécurité même si ces clans nous réclament de l’aide pour les protéger des autres clans qui n’hésitent pas à abuser de la puissance des démons. »

« De notre côté, les nouvelles concernant Mékalarma ne sont guère réjouissantes. Nos éclaireurs sont revenus gravement blessés mais ont terminé de confirmer ce que vous envisagiez déjà auparavant. »

« Par rapport aux démons et aux mékalarmiens ? »

« C’est exact. Les mékalarmiens usent et abusent des démons pour chercher un point faible chez eux. Pour cela, ils n’hésitent pas à sacrifier leurs propres citoyens qui possèdent les lignes de Zélisia, ces mékalarmiens aux écailles blanches qui sont facilement reconnaissables. Comme convenu, de nombreux messages ont été transmis dans le peuple mékalarmien mais êtes-vous sûr de ce que vous faites ? »

« Au sujet des messages ? Nullement. Les autres nations sont d’accord avec cette idée. D’un côté, cela permettra d’affaiblir l’armée mékalarmienne, d’un autre côté, cela permet aussi une légère ouverture si souvent espérée avec le peuple mékalarmien. C’est une chance unique que de pouvoir tenter de nouer des liens avec eux. »

« Mais les mékarlarmiens resteront des êtres brutaux, avides de guerre, par nature. C’est dans leur sangs ! Ils ne pourront pas lutter contre ça ! » continua de dire l’homme qui s’adressait à son monarque, espérant le raisonner.

« Comme ce que beaucoup pensaient des démons ? Et il y a de cela des années auparavant, voire des décennies, d’Honoros ? Nous devons nous montrer plus ouverts que ça. »

« Pa… Pardonnez-moi, roi Royan. Vous avez entièrement raison. Mettez cela sur le compte de mon inquiétude sur le fait que vous êtes l’unique représentant royal restant et que j’ai peur pour votre sécurité. »

« Ce n’est pas grave. Je sais parfaitement que vous ne pensez pas à mal. Votre famille est proche de la mienne et à son service depuis des décennies. »

« Merci beaucoup de ces paroles réconfortantes, roi Royan. »

« Bon, ce n’est pas tout cela mais continuons donc. Où en étions nous ? Qu’avons-nous après Mékalarma ? Les ambassadeurs de Claudiska ? Leur armée ? »

« Leur armée est toujours aux frontières entre nos deux pays, prête à vous suivre, comme l’a déclaré le conseil de Claudiska. »

« Tant mieux, tant mieux. Même si en un sens, nous n’avons pas besoin de nos forces armées vu que nous tentons de calmer ce conflit avec les démons, il est toujours de garder une certaine puissance si Mékalarma décide de continuer sur cette voie. Est-ce qu’ils ont été rassurants par rapport au reste de leur armée ? »

« Sans les détails, nous ne pouvons savoir exactement mais oui, leurs forces armées sont aussi aux frontières entre Claudiska et Mékalarma. Ils n’agiront pas mais iront se défendre si cela s’avère nécessaire. Nous savons tous que Claudiska préfère éviter tout conflit même quand ce dernier est à leurs portes. »

« Dire que pendant cette guerre avec les médaillons, ils se sont bougés, cela montre à quel point le caractère exceptionnel de la situation les ont poussé à réagir. »

Heureusement que le côté « fautif » de cette fameuse situation n’était pas là pour en parler. Sans Manelena et Tery, qui avaient été des ennemis lors du conflit de Shunter contre les autres royaumes. Bon, tout cela était maintenant derrière eux mais en même temps…

« Je crois que nous avons fini pour les sujets de la journée. Vous pouvez maintenant vous disperser. Je vous remercie pour les différentes informations et je compte sur vous pour continuer à me les donner ces prochains jours. »

Quelques minutes plus tard, lorsqu’il n’y avait plus tard, Royan poussa un léger soupir fatigué. Bien entendu, il y avait quelques soldats pour surveiller la salle du trône mais il tait seul, avec Elise, Elen, la mère de Tery. Bref, pas totalement seul mais ce n’était pas si dramatique que ça non plus.

« Ben alors, mon petit Royan, tu es déjà fatigué alors qu’on ne fait que commencer la journée ? Il y a une raison à cela ? »

« Tu ne m’as pas franchement aidé à dormir aussi. »

La jeune demoiselle aux cheveux auburn s’immobilisa, le rouge lui soudainement aux joues alors qu’elle tentait de bredouiller quelque chose, n’y arrivant pas. La mère de Tery eut un léger rire alors qu’Elen soupirait, finissant par dire :

« Royan, toi et le tact, c’est vraiment deux choses opposées. »

« Ce n’est pas la première fois que tu me dis cela, Elen. Mais… cela faisait quand même longtemps que je n’avais pas entendu cela. Pourquoi tu me le dis maintenant ? »

« La longueur des ébats que tu fais avec Elise ne concerne que votre vie privée, tous les deux, dans le lit royal. Nous ne sommes pas obligés d’en entendre parler, Royan. »

« Mes ébats ? Un peu de tenue, Elen. Cela ne se dit pas et qu’est-ce que les diplomates et nobles penseraient de cela s’ils entendaient ce que tu dis ? Je … Oh … Elise ? »

Il venait finalement de comprendre le message qu’elle voulait transmettre au jeune homme, hein ? Elen se massa le front avec dépit, faisant attention à son enfant niché contre elle alors qu’Elise finissait par dire :

« Ce… Ce n’est pas grave. On va dire que c’est moi qui suis responsable. Je l’ai bien méritée sur le coup, oui, oui, on va dire ça comme ça. »

« Je tiens quand même à m’excuser. Je n’avais pas fait attention, cela ne se reproduira plus, je peux simplement te le confirmer. »

« Oui, enfin, tu dis cela mais je suis sûr que tu feras encore une gaffe dans quelques jours. Tu sais, j’ai appris à te connaître. »

Il ne pouvait pas lui donner tort sur le coup. Il hocha simplement la tête en direction de la jeune femme aux cheveux auburn, s’exprimant par là qu’il était encore une fois désolé. Mais voilà qu’elle l’écoute à nouveau, comme les autres, lorsqu’Elen lui dit :

« Eh bien, si je m’attendais quand même à ce que même les clans d’honoros souhaitent et réclament ton aide, Royan… »

« Ce n’est pas vraiment fait pour se vanter. Simplement, les clans d’Honoros nous font plus confiance qu’auparavant, ce qui est une excellente nouvelle. »

« En même temps, si l’eau et le feu s’entendaient, cela se saurait. Un peu comme l’électricité et la terre. Encore que ce n’est pas vraiment l’élément le problème mais les personnes qui l’utilisent. Bref, Royan, c’est très bon de rester ouvert. »

« C’est grâce à toi, Elen. À toi mais aussi aux autres comme Tery et Manelena. Et aussi Clari. Et Elise bien entendu. Sans vous, je n’aurai jamais eu ce mode de pensée. Je me serais simplement enfoncé dans la vengeance par rapport à la mort de mes frères. »

Elise ne chercha pas à répondre, venant juste se mettre au niveau du jeune homme pour venir l’enlacer, sans aucune raison apparente aux yeux de ce dernier.C’était tout juste s’il disait à voix haute pour Elise :

« Tu n’as pas besoin de faire cela. J’ai tiré un trait sur cette histoire et leur souvenir est la seule chose qu’il me reste. Cela serait néfaste et n’apporterait rien de plus à la situation. De toute façon, les années sont derrière moi. J’ai fait mon deuil. »

Faire son deuil ? C’était parfois difficile à y croire mais Elise ne chercha pas à relever les propos de son roi adoré. La jeune femme aux cheveux auburn ne fit qu’un petit sourire tendre, comme pour lui montrer qu’elle comprenait.

« Mais arrêtons de parler de ce sujet, si vous voulez bien. Nous avons mieux à faire normalement, n’est-ce pas ? Nous devons parler avec les démons. »

« À ce sujet, ils sont d’accord pour discuter avec toi, Royan. Je ne sais pas ce que tu as en tête vu que tu ne voulais pas m’en parler mais bon. »

« Ce n’est pas que j’en ai point envie, Elise, simplement, je préfère qu’ils comprennent que cette idée ne vienne pas de toi mais de moi. Ainsi, ils auront moins de soutes sur la légitimité de ma demande et ils me feront alors plus confiance. Du moins, j’espère. »

« De ce côté là, leur permettre de rester vivre ici en attendant que la situation s’améliore, c’est déjà un bon point si tu veux être vraiment rassuré. »

« Tant mieux alors. Il ne faut pas trop tarder dans ce cas. »

Il était si pressé que ça ? Elise hocha la tête, Elen signalant qu’elle ne pouvait pas les accompagner, se devant de s’occuper de sa fille. Ils n’auront qu’à lui faire un bilan comme d’habitude. Elle se tourna vers la mère de Tery, lui demandant si elle voudra bien l’aider, chose à laquelle la femme accepta.

« Donc nous irons simplement tous les deux, si j’ai compris, Royan ? »

« Il semblerait, Elise. De toute façon, le mieux est que tu m’accompagnes. Si cela n’avait pas été possible, j’aurai alors retardé tout ça. »

« Oh… D’accord, d’accord. Si tu penses que c’est mieux ainsi, je ne vais pas t’empêcher de penser de la sorte, loin de là. »

« Disons que pour dialoguer avec des démons, si je peux avoir une jolie démone à mes côtés, ça sera plus aisé pour la discussion. »

« Jolie démone ? Hmm, tu peux continuer les flatteries pendant que nous nous y rendons, Royan, cela me plaît grandement. »

Hmm ? Qu’elle ne commence pas à s’y habituer non plus hein ? Il savait qu’elle plaisantait un peu et qu’elle n’appréciait pas les compliments à l’extrême. C’est pourquoi il savait quand il devait s’arrêter. Faisant un geste de la tête en direction d’Elen et la mère de Tery, le jeune roi de Traslord quitta la salle du trône, accompagné d’Elise.

Sur le chemin, Elise lui prenait la main, visiblement peu gênée de se montrer aussi affectueuse devant les gardes et les personnes présentes dans le palais. De toute façon, ce n’était pas comme si c’était un vrai secret. Tout le monde était au courant, bien que parmi les citoyens, cela n’avait pas été encore annoncé.

« Nous y voilà, Elise. Si tu veux me laisser faire d’abord, ça serait sympathique. »

« Mais il n’y a aucun problème à cela. »

Oui, pour le coup, il avait emménagé des quartiers pour les démons. Pas tous hein ? Il ne pouvait pas se le permettre mais pour ceux qui avaient une ou moins grande autorité sur les autres ou des titres de noblesse confirmés, il avait décidé de les emménager ici.

« Oh ! Le roi Royan est parmi nous ! Que nous veut donc le monarque de ce pays ? »

La demande n’était guère moqueuse mais étonnée. Car oui, aussitôt son arrivée, accompagné d’Elise, le monarque venait de se faire remarquer par un démon qui se rapprocha aussitôt de lui, vite rejoint par d’autres. Certains le remerciaient déjà pour l’hospitalité, d’autres semblaient encore méfiants.

« Simplement une demande de ma part mais avant de la poser, je me dois de prendre de vos nouvelles. Comment se passe la cohabitation avec les soldats royaux ou le personnel du château ? Il n’y a aucun problème ? »

« Aucun problème serait un bien grand mot, roi Royan. Néanmoins, si vous voulez dire par là qu’il n’y a eu aucun conflit, soyez en rassuré. Nul n’a levé la main sur nous et inversement. Nous ne voulons pas chercher de conflits alors que vous nous avez offert un toit pendant cette période assez sombre. »

« Et en même temps, messire Tery nous parlait de vous comme de ses autres compagnons de route de l’époque où il était à la surprise. Nous sommes surtout assez rassurés de savoir qu’il ne s’était pas du tout trompé à votre sujet. »

« Je vois que Tery parle beaucoup de nous. J’ai l’impression qu’il discute plus qu’il n’en faut … ah … Enfin bon, tant mieux si tout se passe bien alors. Néanmoins, je peux alors vous formuler ma demande dès maintenant. »

« Bien entendu. Mais de laquelle s’agit-il ? » questionna le démon, penchant la tête sur le côté, attendant une autre réponse de la part de Royan.

« Il s’agit tout simplement de vous demander de bien vouloir nous guider dans l’une de vos fameuses grottes. Comme vous, nous avons perdu de nombreuses personnes suite à cette attaque mais il y a de fortes chances qu’elles aient survécu. Comme Tery justement. Nous voudrions tenter de les retrouver. »

« Oh ! Oui… Nous voyons. Euh … Si ça ne vous dérange pas, est-ce que vous pourriez revenir plus tard ? Nous devrions en discuter entre nous d’abord. Mais vous seriez seul à venir nous suivre ? Ça ne serait pas trop dangereux pour vous ? »

« Oh, non, non, j’aurais ma propre troupe et quelques personnes de confiance avec nous. Je ne suis pas certain que ça soit très aisé de se déplacer dans vos grottes, non ? »

« Je ne vous le fait pas le dire, roi Royan. Il y a certaines créatures très sournoises qui n’hésiteraient pas à vous dépecer dès que vous avez le dos tourné. »

« Pour cela, vous n’avez pas à vous inquiéter, je serais capable de me protéger. »

« Tant mieux alors ! Pfiou … En voilà une bonne nouvelle. Nous vous donnerons une réponse plus formelle dans la soirée, roi Royan. »

Le jeune monarque fit un mouvement de la tête, en signe de compréhension, se tournant vers Elise pour lui signaler qu’ils en avaient terminé avec tout ceci. La demoiselle aux cheveux auburn regarda les démons avant de sourire, récupérant le bras de Royan entre les siens.

« Alors, on va pouvoir passer la journée à se promener, ça veut dire ! »

« Tu sais que j’ai quand même du travail ailleurs, Elise ? »

« Oh ? Bah, ce travail pourra attendre alors. Nous n’avons qu’à nous balader dans les ruelles de la capitale. Cela ne pourra ne nous faire que du bien ! »

« Nous promener en pleine rue, main dans la main ? Vraiment, Elise ? »

Et le regard qu’elle lui lançait était des plus éloquents : Vraiment, oui. Pour elle, c’était tout ce qu’il y avait de plus normal. D’ailleurs, lui-même ne semblait pas vraiment dérangé par cette idée. En le regardant bien, sa main avait été chercher celle de la démone, sauf qu’il évitait de l’exprimer de vive voix.

« Roi Royan, est-ce que je peux me permettre une réflexion ? »

« Si elle n’est pas insultante envers Elise, je peux l’accepter. »

« Vous êtes mignon à essayer de prendre discrètement la main de notre princesse Elise. »

« Je ne crois pas que je peux permettre une telle remarque. Allons-nous en, Elise. »

Et même s’il évita de montrer qu’il était gêné, le jeune homme aux cheveux bleus quitta la place sous le rire des démons. Elise avait son propre rire, disant rapidement :

« Ne leur en veut pas, Royan. Ils sont soulagés de savoir que tu n’es pas aussi horrible que les histoires démoniaques prétendaient sur les gens de la surface. Même s’il est vrai que parler ainsi à un roi étranger, ce soldat avait du courage. »

« Comme il faut s’en douter, ce sont des soldats mais qui ont sûrement des titres de noblesse. C’est ce que je demandais. Les soldats lambdas se trouvent dans la ville et bien qu’ils ne soient pas isolés, ils sont quand même sous bonne garde au cas où. »

Oh mais elle le savait hein ? Même si elle comprenait qu’il ne faisait que répéter cela pour la rassurer sur le devenir des différents soldats au service de Tery et qu’il ne fallait donc pas s’inquiéter, il les protégerait, comme convenu.

« Alors, cette visite, Elise, tu es toujours intéressée ? »

« Et pas qu’un peu, Royan ! J’espère qu’ils répondront par l’affirmatif à ta demande ! »

Et lui donc. Sans ces démons, la recherche de Tery et Manelena s’avérerait difficile.

Chapitre 3 : Agitation

Chapitre 3  : Agitation

« Ça fait la combientième sale bête aujourd’hui, Tery ? »

« Oh, tu sais, je n’ai pas vraiment cherché à compter mais on doit se rapprocher de la dizaine ! Et cela ne fait qu’une demie-journée depuis que nous sommes réveillés ! »

« Comment est-ce que tu peux savoir ça, Tery ? » demanda Manelena alors qu’elle extirpait sa lame d’un cadavre de ce qui semblait être un sanglier géant boursouflé en de nombreux endroits, ayant une mimique de dégoût.

« Quand tu ne peux plus voir le soleil dans le ciel, il faut bien réussir à deviner plus ou moins combien de temps s’est écoulé hein ? Mais tu verras, les villages souterrains ont leur propre méthode pour définir l’heure. Au final, nous ne sommes pas si différents. »

« Si différents, si différents. Tu n’as pas à t’inquiéter de la façon dont tu t’exprimes, Tery. Je ne crois pas que vous soyez « si différents » de nous, si tu veux tout savoir. »

« Hahaha, disons que c’est simplement une habitude, rien de plus. J’espère que tu ne m’en veux pas trop de réfléchir ainsi. »

Cela ne faisait que deux jours qu’ils étaient dans les souterrains et il était vrai que le jeune homme étudiait chaque réaction de la part de Manelena mais aussi des soldats des différentes races. Comme c’était sûrement la première fois pour tous qu’ils se promenaient dans le monde souterrain, si on pouvait appeler cela une promenade, il était alors normal que de rester un peu soucieux et inquiet par rapport à tout cela, non ?

« T’en vouloir ? J’ai pas mal de raisons de t’en vouloir mais le fait de t’inquiéter pour nous, ce n’est pas une raison valide à mes yeux. »

« Tu n’es pas obligée d’être aussi froide, tu sais. »

« Je le suis car la situation l’exige et car je suis ainsi. Je voudrais bien que l’on trouve un endroit où nous reposer, comme il en était convenu. Nous ne pouvons pas dormir … à la belle étoile … si ça se dit ici, tout le temps. Il nous faut trouver un village ou une ville. »

« Je sais, je sais, pour pouvoir expliquer la situation et surtout tenter de régler toute cette histoire. Tu veux sûrement retourner à la surface le plus vite possible. »

« Oui oui, il ne faut pas exagérer non plus. Je ne fuis pas cet endroit comme la peste mais je n’avais pas prévu de visite chez toi avant quelques semaines voire mois. Peut-être quand j’avais fini de te passer à tabac. »

« Hein ? Me passer à tabac ? Mais euh … Et pourquoi tu voudrais me frapper ? »

« Tu veux vraiment que j’aille énumérer les raisons qui me pousseraient à te frapper ? Sachant que te frapper serait le moindre mal que j’ai prévu pour toi, Tery Vanian ? Peut-être que je pourrais te rappeler avec mes poings ?

« Merci mais non merci en fin de compte. Je suis très bien comme ça actuellement. »

C’était à croire que ce qui s’était passé juste peu de temps après l’éboulement n’était qu’une illusion. Mais bon, il savait pertinemment que c’était la réalité. Mais voilà, à côté, il comprenait qu’en vue des créatures saugrenues et étranges qu’ils affrontaient depuis deux jours, elle n’avait pas vraiment envie de sourire.

Et pendant le repas, qui était composé en partie des rations restantes du groupe mais aussi de la « cuisine » démoniaque à partir des animaux souterrains, il voyait bien que les démons restaient distants de l’armée composée de Manelena. Hmm … Entre ça et le fait qu’il fallait vérifier que la nourriture n’allait pas emmener de mauvaises influences sur les démons, et surtout les rendre … comme eux justement.

« Manelena, si je te dis quelque chose, tu peux me promettre de le garder pour toi ? Je ne voudrais pas que cela pose encore plus de problèmes dans le groupe. »

« Hmm ? C’est donc quelque chose de déplaisant à entendre. Pour moi ? Pour toi ? Ou pour les soldats ? Enfin, qu’importe, maintenant que tu as commencé, tu devrais terminer. »

« Les démons parlaient entre eux. Ils sont fatigués et usés … et ils pensent que si nous nous faisons autant attaquer par les créatures souterraines, c’est à cause de vous. »

« Comment est-ce que nous ferions un tel prodige ? Nous sommes toujours avec vous et on a aucune raison de nous en prendre plein la tête. »

« Je pense néanmoins qu’ils n’ont pas totalement tort. Si les monstres ont une bonne odorat, il y a de fortes chances que le fait qu’il y ait de nouvelles races dans le monde souterrain leur titille les pupilles gustatives. »

« Donc, parce qu’ils n’ont jamais goûté de shunterien, honorien et autres, nous serions bien plus à leur goût et ils veulent nous dévorer ? »

« C’est plus ou moins ça. Mais après, rien n’est confirmé hein ? Mais juste, c’est une hypothèse. Et je n’ai pas trouvé quelque chose pour la réfuter. »

« Humpf… Au moins, tu es honnête alors… pourquoi est-ce que tu n’as pas cherché à régler tout cela auparavant ? »

« Tout cela, auparavant ? De… quoi est-ce que tu parles ? »

« Tu le sais bien. Je préfère que tu évites de faire l’ignorant. Je veux parler… depuis le moment où tu as passé ces portes. »

« Oh… Ah… J’avais peur… et honte… et j’avais du remord. J’avais tellement de raisons de ne pas revenir. Je n’ai pas oublié tes propos non plus. Même si je n’étais pas directement responsable de tout ça, savoir que j’ai… fait ceci… »

« Ce ne sont pas des excuses que je veux. Je veux savoir pourquoi tu n’as pas eu le courage auparavant ? Tu n’as jamais eu peur contre des créatures légendaires qui faisaient dix fois ta taille ! Pareil contre les armées et là, tu veux me faire croire que tu avais peur de nous ? De moi ? C’est bien ça ? Tu te fous encore de ma gueule. »

« Est-ce si… impossible à imaginer que j’avais peur de vos réactions ? Après ce que j’ai fait ? Car… je tenais à vous ? Savoir que je m’en suis pris à Elen, savoir que je t’ai blessé ouvertement, savoir que j’ai fait cette erreur et… »

« Des erreurs, tout le monde en fait. Et peu le regrettent. Tu as surtout eu de la chance qu’elle n’en soit pas morte, avec son enfant. Là, tu aurais eu des regrets et jusqu’au restant de ta vie. »

« J’en ai toujours et… » commença t-il à dire avant qu’elle ne lui donne une claque sur le front, le repoussant un peu en arrière bien qu’elle le retenait d’une poigne ferme sur le bras.

« Ça ne veut pas dire que tu dois te morfondre sur ton sort. Tu peux réparer tes erreurs. Je ne vais pas me contenter de simples excuses pour ma part. Et l’ouverture des portes démoniaques, j’ai surtout l’impression que tu n’étais pas le seul responsable dans cette histoire. Je veux dire, la voix, tout ça, on a compris mais… »

« Mais quoi ? » demanda t-il, un peu gêné et honteux. Même s’il avait eu légèrement mal au front à cause de Manelena, ce n’était pas pour autant qu’il ne l’écoutait pas à cet instant précis, clignant des yeux en sa direction.

« Hum, j’ai l’impression que les deux parents d’Elen, Sérest et Séran, enfin, ces réincarnations et toutes ces choses, désolée, j’ai du mal à y croire encore et toujours. Enfin bref, j’ai le sentiment que c’est ce qu’ils désiraient aussi. »

« Y a des chances mais là encore, il n’y a aucune preuve et… »

« Tu te rappelles de ce qu’il fallait faire pour ouvrir les portes démoniaques ? Et permettre surtout aux démons de revenir à la surface ? »

Hmm. En le voyant réfléchir, elle ne continua pas sa phrase, attendant de voir s’il se rappelait plus ou moins la discussion à ce sujet. Enfin, pas seulement la discussion mais tout ce qui avait été fait depuis le début.

« En y réfléchissant bien, il faut avouer quand même que… si on réfléchit à tout ça… »

« Je veux que tu me énumères tout depuis le début. Alors, par quoi est-ce que tout a commencé ? Alors, Tery Vanian ? »

« Par de simples médaillons, rien de plus, rien de moins. Trois médaillons pour chaque créature légendaire. C’était ce qu’Elen venait chercher mais vous aussi. »

« Des médaillons qui permettaient d’éveiller les cinq monstres légendaires, gardiens des portes démoniaques. Ce qui veut dire que dès l’instant où tu as commencé à les chasser, avec nous autres, nous partions vers un mauvais chemin. Et ensuite ? »

« Ensuite ? Tu parles toujours des portes ? Si je ne me trompe pas, il y avait donc la mort des créatures légendaires et puis… »

« Bon, je me doutes que tu sais de quoi je veux parler exactement mais je vais le dire moi-même : il fallait le sang des dieux originels ainsi que… »

« Celui d’une personne qui possédait les deux sangs en soi. Une chance sur plusieurs millions … ou alors, l’engeance des dieux. »

« Mais où est-ce que tu veux en venir avec tout ça exactement ? »

« Ah … Si vraiment Sérest et Séran ne voulaient pas que les portes démoniaques soient ouvertes, je ne vois pas pourquoi ils auraient perdu leurs temps à donner naissance à Elen. »

« C’est donc comme s’ils avaient prévu de la sacrifier depuis le début ? Et de se sacrifier ? Car si je me rappelle bien, c’était… ce qu’ils avaient fait non ? »

« C’est exact mais ils ne s’attendaient pas à ce que leur propre fille cherche à les sauver, ce qui fait qu’ils ont décidé de la sauver, elle aussi. »

« Mais pourquoi est-ce que tu veux parler de tout ça ? Je veux dire, je suis au courant… mais ensuite ? Qu’est-ce qu’il y a à y … gagner ? »

« Hmm… Tout simplement que tu n’es pas le seul fautif dans toute cette histoire. Oui, tu étais manipulé par cette voix mais pas uniquement. Nous avons été manipulés depuis le départ pour que les portes démoniaques soient ouvertes, qu’importe ce que nous faisions. Que cela soit à cause de cette voix dans ta tête, du directeur de l’orphelinat d’Elen, de ce foutu grand prêtre de Shunter qui était juste un démon, de Sérest, de Séran, et je suis même sûre qu’Ernold aussi devait être y être pour quelque chose. »

« Oui mais… » commença à dire le jeune homme aux cheveux bruns, cherchant à répliquer mais elle lui coupa le sifflet, plaçant une main sur sa bouche pour le faire taire.

« Donc, des bêtises, tu en as fait. Des conneries plus grosses que ton crâne ? Pareil. Est-ce que tu es le seul fautif dans l’histoire ? Non, ce n’est pas le cas. Le seul truc, c’est que tu aurais pu tout simplement revenir nous voir et t’excuser mais on dirait bien que tu n’as pas été voir plus loin que le bout de ton nez. »

« Comme d’habitude, c’est bien ça que tu vas dire, n’est-ce pas ? »

« Comme d’habitude, oui. Ah… Bon sang, tu as même réussi à me fatiguer. Je ne vais pas te pardonner aussi facilement mais on va bien trouver un moyen de régler ça plus tard hein ? »

Le sourire mauvais qu’elle lui lançait le fit frisonner légèrement. Il ne savait pas pourquoi mais il ne le sentait pas sur le coup. Après, c’était Manelena. Contrairement à leur première rencontre, il pouvait dire clairement qu’elle était bien plus douce.

« Et s’il te plaît, il va falloir vraiment que tu arrêtes ce sourire sinistre et effrayant. »

« Hey, mais je suis né comme ça ! Je peux rien y faire, tu sais ? » déclara le jeune homme aux cheveux bruns, faisant une petite moue dépitée en sa direction.

« Oui, c’est peut-être ça le problème. On ne peut rien y faire. Ah … Même en venant te baffer et te secouer pour que tu comprennes tes erreurs. Bon, tu vas aller expliquer à tes compagnons démoniaques que nous ne sommes pas responsables de la venue des bestioles, d’accord ? »

Simpleme hochement de tête positif de sa part et le voilà déjà parti. Direction le groupe de soldats démoniaques. Il doit commencer avec eux, faisant quelques mouvements de la main, parlant assez distinctement et de telle façon qu’elle puisse aussi l’entendre :

« Alors, même s’il est vrai que vous ne pouviez pas le savoir, il y a des chances que les créatures des environs ne soient pas habituées à l’odeur qui émane du corps des autres membre du groupe. Je me suis rappelé que j’ai eu ce souci moi aussi. »

« Auparavant ? Quand vous veniez d’arriver sous la surface, c’est bien ça ? »

« C’est exact ! Je dois avouer que je n’étais pas préparé à tout ça. Eli… La princesse Elise non plus d’ailleurs. Mais voilà, ce n’est rien de dramatique ou d’important, vous savez ? Nous sommes assez nombreux pour faire attention où nous mettons les pieds. Si on reste sur nos gardes, ce n’est pas quelques créatures lambda qui devraient nous poser de problème. »

« C’est vrai, messire Tery ! Comme nous sommes encore proches de la surface, les monstres qui s’y trouvent sont parmi les plus faibles qui existent. »

« C’est exact. Peut-être qu’ils seront nombreux mais nous le sommes tout autant. Et surtout, nous sommes bien mieux préparés qu’eux. »

Un petit clin d’oeil de sa part accompagné d’un sourire et il sentait que toute cette histoire allait être réglée avec une certaine aisance. Il reprit doucement mais sûrement la parole :

« Donc oui, il y a des chances que les monstres soient intéressés par nos compagnons de route mais ce n’est pas de la faute à ces derniers. J’espère que vous comprendrez qu’à l’heure actuelle, nous sommes tous sous le même drapeau. Notre but est de trouver une ville ou au moins un village assez grand pour nous accueillir. Ensuite, nous pourrons alors voir pour prévenir la capitale de ce qui s’est passé puis retourner à la surface avec tout le monde. Essayez donc de considérer cela comme une occasion unique de pouvoir fraterniser avec les autres races sans que cela soit forcé par autrui. »

Est-ce que cela allait être suffisant ? C’est ce qu’il espérait. A voir les soldats se regarder entre eux, puis commencer à parler, il comprenait que ça serait un sujet de discussion mais aucun ne semblait réticent de ce qu’il remarquait.

« Après, ils ont bien essayé de nous aider contre ces… hommes-bêtes. »

« Des gnomolds, ça s’appelle. Je ne sais pas pourquoi ils vous haïssent autant mais il semblerait que ça soit quelque chose d’assez important chez eux. »

« Bah, et ça, vous avez aucune explication pour eux, messire Tery ? »

« Pas le moins du monde. À partir de là, si nous retombons sur des gnomolds agressifs, il ne faudra pas hésiter à se défendre, quitte à les tuer. »

Oui, sur le coup, il n’allait pas leur demander de simplement les assommer. Les gnomolds avaient la vie dure et ils étaient du genre très teigneux et hargneux quand ils le décidaient. C’était bien pour cela qu’il préférait prendre ses précautions.

De retour auprès de Manelena, celle-ci lui demandait si c’était résolu, chose qu’il confirma d’un petit hochement de tête positif. Elle poussa un petit soupir, comme soulagée par rapport à toute cette histoire avant de dire :

« Ça ne m’aurait pas vraiment plu de devoir vous combattre à nouveau alors que nous avons fini par résoudre plus ou moins pacifiquement tout ceci. »

« Ce n’est pas encore terminé, Manelena. Je tiens à te le dire. Ce n’est pas parce que je veux la paix avec les races de la surface ainsi que la troupe qui m’accompagne que… »

« Je sais bien. C’est la même pour nous autres hein ? On ne peut jamais contenter tout le monde et si tu essaies, tu vas alors faire moins bien que si tu te concentres simplement à plaire un maximum de monde. »

« Hein ? Mais ce n’est pas plus ou moins… pareil ? »

« Pas du tout. Un maximum de monde, c’est que tu cherches à contenter le plus de personnes possible. Tout le monde, c’est dans sa globalité. Tu auras toujours une personne qui n’appréciera pas telle ou telle chose alors qu’une autre si. Même si je ne suis reine que… enfin bon… je ne vais pas épiloguer sur cette longueur, disons qu’en tant que maréchale, je me devais déjà d’être ferme auparavant. Et aujourd’hui, je dois l’être encore plus. Je n’ai pas qu’une armée entre les mains mais tout un peuple. »

« Et moi qui a déjà du mal avec juste quelques hommes… »

« Hmm ? Tu te débrouilles plutôt bien de ce que j’ai pu voir. Tu n’es pas à plaindre. Du moins, j’ai plus l’impression que ces démons te suivent car tu es Tery que parce qu’ils veulent tenter de te tuer en te plantant une lame dans le dos. »

« Ah ça… Disons qu’on a essayé de purger plus ou moins ceux et celles qui étaient proches des deux aînés de la famille royale. L’empereur Malark n’a pas vraiment apprécié la mort d’Elise et de ses deux plus jeunes enfants. »

« Même après que tu l’ai prévenu sur le fait qu’ils étaient encore vivants, Tery ? »

« Même après ça. J’avais quoi pour confirmer mes dires ? Aucune personne à mes côtés. Et je dois t’avouer que j’ai souvent… cru que ma dernière heure était arrivée. »

« Il est si impressionnant que ça ? Qu’est-ce qu’il fait comme magie ? Enfin, je veux dire, à part le fait qu’il possède des lignes d’Alzar comme chaque démon pur. »

« Si tu veux tout savoir, je n’ai pas réussi à deviner exactement mais… il a tué sa propre fille en un instant. Elle a comme « disparu » du champ de vision de tous et de toutes. Un peu comme si elle se retrouvait dans une autre dimension ou alors, qu’elle a été exterminée à un tel degré qu’il ne restait plus rien d’elle. »

« J’imagine que je vais le rencontrer un jour. »

« Oui et quand ça sera le cas, s’il te plaît, ne le provoque pas. Ne cherche pas le… »

« Oh. Mais tu vas me faire presque croire que tu t’inquiètes pour toi, Te… »

Elle s’arrêta dans sa phrase en voyant bien le regard sérieux … et triste de Tery. Une légère rougeur vint envahir ses joues, la femme en armure noire toussotant un peu avant de prendre la main de Tery dans la sienne gantée.

« T’en fait pas, va. Je suis téméraire mais pas idiote. Si j’ai réussi à survivre aussi longtemps, c’est en grande partie parce que je sais reconnaître le danger. Et une autre partie, c’est bien parce qu’un idiot a décidé de m’empêcher de me sacrifier. »

Malgré le froid propre à son gant, elle diffusait une douce chaleur au bout de ses doigts, faisant un léger sourire à Tery avant de faire disparaître son gant pour laisser place à une main plus grande que celle du jeune homme. Elle croisa les doigts avec les siens, reprenant la route comme si de rien n’était.

« Je ne suis pas en sucre, Tery. Tu devrais le savoir depuis le temps. »

« Justement, c’est bien parce que tu es tout sauf en sucre que je voulais te prévenir. Enfin, avant de rencontrer l’empereur Malark, nous avons beaucoup de chemin à faire. »

Elle n’en doutait pas un seul instant. Sinon, elle ne serait pas là avec lui hein ? Hum ? Elle lança juste un bref regard en arrière, sans que Tery ne le remarque. Les soldats démoniaques avaient les yeux posés sur leurs mains jointes. Lentement mais sûrement, la main devint un peu plus ferme, possessive alors qu’un sourire mauvais se dessinait sur ses lèvres, comme l’air de dire que oui, les démons ne se faisaient pas des idées.

« Héhéhé. » se dit-elle à elle-même alors que Tery clignait des yeux.

« Tu as l’air bien heureuse, Manelena. J’imagine que ça serait malpoli de ma part de te demander la raison de cela, n’est-ce pas ? »

« Oh que oui, très malpoli de ta part. Bref, tu vas donc éviter de demander, n’est-ce pas ? »

« C’est exact. Ah… Bon, j’ai un souci, malgré ce que je pensais, je ne connais pas du tout le chemin que nous empruntons. »

« Ce n’est pas étonnant venant de ta part donc ne t’en fait pas, je ne suis pas surprise. »

« C’est assez vexant d’entendre ça de ta part, tu sais ? »

« Bah ! Ce n’est pas comme si tu en avais pas l’habitude, Tery hein ? » répliqua la femme aux cheveux argentés, Tery marmonnant :

« Oui mais quand même… Y a d’autres moyens de l’exprimer. »

Mais il n’allait pas continuer plus longtemps ce dialogue. Au moins, il était plutôt heureux des diverses discussions qu’il avait eu avec les démons et Manelena. Il se sentait libéré d’un poids. Ils allaient pouvoir se focaliser sur la recherche d’un village ou d’une ville. À cette hauteur, cela restait une mission assez difficile.

Chapitre 2 : Sous la protection du roi

Chapitre 2  : Sous la protection du roi

« Comment sont les nouvelles, Royan ? »

« Tu dois te douter que je ne vais pas te répondre qu’elles sont bonnes, Elen. »

« Je m’en doutais … et je n’ai même pas besoin de savoir au sujet de Tery, n’est-ce pas ? »

« Nous savons aussi bien, toi et moi, que Tery a la vie dure et qu’il n’est sûrement pas en danger. De même, il est visiblement bien accompagné. »

« Aucune trace de Manelena. J’imagine que tu veux dire ça par « bien accompagné ». déclara la jeune femme aux cheveux blonds avec une petite moue de dépit.

« C’est exact. Et de notre côté, nous avons capturé quelques démons. Ils sont néanmoins en sécurité pour éviter que des gnomolds ne tentent de les attaquer. »

« D’accord, c’est ce que Tery aurait voulu, du moins, j’imagine. »

Elle poussa un nouveau soupir de dépit. Oui, elle ne devait pas se laisser abattre mais il fallait reconnaître que lorsque le destin avait décidé de se mettre en travers de son chemin, il ne faisait pas semblant ! Elle émit un léger grognement avant de se tapoter les joues :

« Combien de temps faudrait-il pour balayer tout ce foutoir ? »

« Je ne suis pas certain que ça soit très utile mais plusieurs jours vont être nécessaires, car même avec la magie, il y a une chance que tout s’écroule et encore plus, si on ne fait pas attention à ce que nous faisons. »

« Il fallait bien s’en douter. Ah … Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter un tel sort ? »

« Tu n’as pas besoin de prendre la pose, Elen, tu sais ? Tery va bien, c’est tout ce qui compte. Il est entre de bonnes mains. Tu sais aussi bien que moi, que malgré les apparences, Manelena ne cherchera jamais à le tuer, surtout plus maintenant. »

« Oh, à ce sujet, je n’ai aucun doute. »

Encore une petite pointe d’ironie de sa part mais il fallait qu’elle arrête. Se remettre à penser de la sorte, c’était plus ou moins ce qui avait emmené toute cette situation. En étouffant Tery de la sorte, elle n’avait pas chercher à l’écouter et à résoudre son problème de voix dans sa tête. A partir de là, il ne fallait pas se faire d’autres idées…

« Peut-être que si tu parles avec ces démons, tu auras quelques anecdotes sur Tery ? Ça vaut le coup d’essayer, tu ne crois pas ? »

« Je ne suis pas vraiment certaine que ça soit un réconfort mais pourquoi pas ? Enfin bon, avant tout ça, peut-être voir comment vont le frère et la sœur d’Elise et tout le reste. Tu as réussi à la retrouver et… »

« Elen, tu finiras par le retrouver. Vous finirez par être réunis, j’en suis certain. »

« C’est un peu triste que ça soit l’adolescent qui n’exprimait jamais ses sentiments qui cherche maintenant à me réconforter, tu ne trouves pas ? »

« Hey, si tu n’es pas heureuse, je peux tout de suite partir hein ? » dit le jeune homme aux cheveux bleus en haussant les épaules bien qu’il avait un léger sourire aux lèvres.

« Pardonne-moi, c’est juste que le moral n’est pas au mieux de sa forme en ce moment précis. Je voulais… j’espérais tellement… et voilà le résultat. »

« Je le sais, je le sais parfaitement. Bon ! Je vais arrêter de broyer du noir ! »

C’était bon ! Si elle recommençait à se morfondre, elle savait pertinemment où ça allait l’emmener et ça, il en était tout simplement hors de question ! C’est pourquoi elle n’allait pas se montrer de la sorte plus longtemps !

Quelques minutes plus tard, au beau milieu du campement, dans une tente plus grande que les autres, une femme aux cheveux auburn et aux cornes sorties de son crâne, s’exprimait avec une certaine tendresse :

« Royan, merci vraiment … d’avoir accepté une telle chose. Je sais bien que peut-être que j’en demandais un peu trop mais… »

« Non, ce n’était pas trop. Comme nous avions convenu avec Manelena, Honoros et Claudiska de travailler en commun pour accepter les démons qui se montraient pacifiques, il était alors normal de réagir de la sorte. »

« Oui mais… merci encore une fois. Je sais bien que tout le monde ne pense pas que tout les démons sont mauvais mais voilà … cela reste une grosse majorité, surtout avec ce qui s’est passé et aussi le fait que… »

« Tu n’as pas besoin d’en dire plus, Elise. Tu dois juste savoir que je n’ai pas fait cela spécialement pour toi mais pour le futur de ce monde. »

Elle le regarda, un peu interloquée avant de faire une petite moue boudeuse, Royan clignant des yeux en se demandant pourquoi la raison d’une telle réaction. Il demanda :

« Est-ce que j’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas, Elise ? »

« Tu devrais y réfléchir par toi-même, non ? Tu ne crois pas ? Cela te permettrait d’apprendre à être plus conscient des personnes qui t’entourent. Je suis certaine que ça serait une excellente leçon de ma part. Je vais faire ça, tiens, oui. »

« S’il te plaît, Elise, je préfère que tu m’expliques pour ne pas avoir à recommencer cette erreur plus tard. Tu veux bien ? »

Voilà qu’il utilisait un ton des plus doux pour la jeune femme. Celle-ci le regarda avant de prendre une profonde respiration, un sourire tendre aux lèvres. Elle se rapprocha de Royan, venant s’installer sur ses genoux, qu’il soit roi de Traslord ou non, avant de se mettre à l’embrasser tendrement mais sûrement.

« On va dire que lorsque tu balances que tu ne fais pas ça spécialement pour moi, cela veut dire que cela ne t’a même pas traversé l’esprit. Même si c’est peut-être vrai, il ne faut pas dire ça devant la personne ciblée. »

« D’accord, c’est noté pour les prochaines fois. Je suis encore désolé, Elise. »

Elle posa un doigt sur son nez, l’air de lui dire qu’il était déjà pardonné mais simplement s’il venait faire quelque chose. Comme s’il avait enfin compris le message, il vint l’embrasser rapidement sur les lèvres, bien que légèrement rouge aux joues.

« Bon, les deux tourtereaux, ça va aller ? Pas besoin que je tienne la chandelle non plus ? »

« Désolée, désolée, Elen. Mais qu’est-ce que tu faisais ici ? »

« Hum ? Tu as l’air d’oublier que tu me demandais de t’accompagner pour que tu puisses ensuite m’emmener vers les prisonniers démoniaques ? Tu as l’air d’avoir oublié ce que tu m’as dit il y a même pas cinq minutes. »

« Hahaha, disons que j’ai eu un petit « accident » sur le chemin. »

« Je trouve que Royan a bien poussé en quelques années. Il n’a plus rien de petit, si je peux me permettre cette remarque, Royan. »

« Permission accordée de la part du roi de Traslord. » déclara Royan en faisant un petit geste de la main bien qu’il était aisé de voir qu’il en plaisantait plus qu’autre chose.

« Vous êtes bien bon, roi de Traslord. » répondit alors Elen, s’inclinant respectueusement bien que d’une façon assez exagérée de la part de la jeune femme aux cheveux blonds.

« Bon, c’est pas tout ça mais allons donc voir les démons. Comme me l’a dit Royan, ils sont bien traités et nourris. »

« Enfin, autant que les soldats de mon armée et celle de Shunter, Elise. Ça serait étrange que des « prisonniers » soient mieux nourris que nos propres armées. »

« Oui, oui, je ne vais pas trop en demander non plus, ne t’en fait pas, Royan. Tu peux juste me dire où ils ont été installés ? Et surtout, ils ne posent pas de problème ? »

« Pour l’heure, non. Il semblerait que le fait que la princesse Elise soit présente a réussi à les rassurer. Et en même temps, de ce que j’ai compris, Tery a tellement parlé d’une paix entre les démons et les peuples de la surface que la grosse majorité des soldats de cette armée sont pour celle-ci et ne cherchent pas les confrontations inutiles. »

« Héhéhé, il fallait bien que mon charme opère un jour ou l’autre. »

« Tu ne prends pas un peu la grosse tête, Elise ? » questionna Elen en haussant un sourcil. Pour autant, le sourire qui l’accompagnait montrait bien par là que cette discussion était bon enfant et qu’il n’y avait pas du tout à s’en faire, loin de là. Mais maintenant, les trois personnes quittèrent la tente en même temps. Il était l’heure de rencontrer les « prisonniers ».

Comme convenu par Royan, les prisonniers ne pouvaient être réellement considérés comme tels. Comme de simples soldats, ils étaient installés dans une tente à part, avec tout l’attirail du parfait petit soldat démoniaque.

En un sens, rien d’anormal, il suffisait de récupérer ce qui avait tenu le coup pendant la bataille dans le campement démoniaque et de les utiliser. Ainsi, même si l’intérieur différait un peu en terme d’objets utilisés, l’ambiance restait plus ou moins la même. Les démons n’étaient guère inquiets malgré la situation.

« Princesse Elise ! Vous voilà ! » s’exclama un soldat en se tournant vers la nouvelle arrivante, se levant aussitôt. De nombreux regards convergèrent aussitôt vers elle, la démone aux cheveux auburn semblant un peu gênée.

« Doucement, doucement, je ne vais pas disparaître, ne vous inquiétez pas. Je suis heureuse de voir que vous allez tous bien. »

« Et nous donc ! Messire Tery ne faisait que répéter que vous étiez en vie avec votre frère et votre sœur mais même, malgré ses paroles, il était difficile d’y croire, sans aucun preuve. »

« C’est normal, c’est plus que normal. Mais même, j’étais sur le terrain pendant la confrontation. C’est à moi de vous demander comment vous allez en vue de la situation. »

Les démons se regardèrent, un peu embarrassés, comme s’ils n’osaient pas trop parler de tout ça, celui qui s’était levé en premier vers elle finissant par couper le silence :

« On a connu pire même si nous avons été séparés du reste de l’armée, ce qui est plutôt ennuyeux, princesse Elise. »

« Je le sais bien. Nous n’avons aucune nouvelle de Tery ou de la reine de Shunter, Manelena. Ils sont sûrement tombés de l’autre côté de l’éboulement. »

« Messire Tery est très solide ! Je suis certain qu’il s’en est sorti avec cette reine ! »

Au moins, cela était rassurant de voir que les soldats avaient une grande confiance dans le jeune homme aux cheveux bruns. Comme quoi, il n’y avait pas forcément besoin à chaque fois d’en venir à de telles bassesses, comme les aînés de la famille royale pour se faire comprendre et écouter de la part des soldats.

« Et de toute façon, il n’est pas seul. Bon nombre d’entre nous dont demoiselle Héraisty sont avec lui. Et s’il y a des soldats de cette reine, il y a de fortes chances qu’ils soient donc en bon nombre. Mais… Qu’allons-nous faire maintenant, princesse ? »

« Il n’est pas possible d’attendre que nous retirions les gravats. Si ça ne dérange pas Royan, nous allons partir avec son armée pour retourner à Traslord. Là-bas, nous pourrons discuter plus tranquillement de tout ceci. »

« Il nous faudra quelques jours de repos et de marche mais oui, c’était mon idée à la base. Ça ne doit pas être si inconcevable que ça. Nous partirons d’ici deux ou trois jours, le temps que tout le monde se remettre de ces émotions. Et… il y a d’autres soucis à régler. »

Et sans rajouter plus de détails, ses dernières paroles s’adressaient à Elise comme pour lui dire qu’il était temps de saluer les soldats et de partir. Ils avaient besoin de régler quelque chose de tout aussi urgent. Quelques minutes plus tard, ils étaient tous sortis de la tente, Royan murmurant :

« On doit discuter avec les gnomolds par rapport à tout ceci. »

« Ils haïssent complètement les démons, Royan. Je ne suis pas certaine que ça soit conseillé que de chercher à converser avec eux pour le moment. »

« Je préfère encore les gnomolds aux mékalarmiens. Ces derniers, de ce que j’ai cru comprendre, n’ont pas hésité à faire bien pire… et ça, je ne pourrais pas pardonner. »

« Tery n’était pas trop au courant. Il a été surpris comme tout le monde à ce sujet. J’imagine que c’est normal, en vue de la situation. »

« Qu’ils n’hésitent pas à utiliser leurs propres citoyens pour leurs expériences tordues anti-démones. Ils ont été beaucoup trop loin. Le peuple n’a pas à être sacrifié par ses dirigeants. »

Le jeune homme serrait fortement le poing, des veines bleues apparaissant alors qu’Elise posait sa main sur la sienne. Quelques secondes après, les veines n’étaient plus présentes, comme si elles n’avaient jamais existé.

« Nous avons récupéré quelques citoyens mékalarmiens mais aussi quelques soldats. J’imagine qu’on va aller les faire se confronter pour avoir leurs points de vue. »

« C’est vraiment conseillé ? »

Elise semblait guère convaincue par les propos de Royan mais ne chercha pas à l’arrêter pour autant. Elle savait qu’il agissait ainsi car il avait une idée en tête. Pour autant, elle préférerait qu’ils se focalisent sur les démons.

« C’est ennuyeux que Manelena ne soit plus là. C’est moi qui doit gérer tout cela maintenant. Encore que pour son royaume, si j’ai compris, elle a un chancelier ou un maréchal. »

« Tu parles de ce chef de l’ancienne rébellion, c’est ça ? Je n’arrive plus à me rappeler de son nom mais oui, Manelena m’avait déjà prévenu qu’elle l’avait mis à un poste haut gradé. »

« Et que cela ne plaisait pas vraiment aux différentes classes de la noblesse. Par contre, malgré cela, personne n’a jamais essayé de l’assassiner. »

« Disons qu’il faudrait être sacrément bien préparé pour cela et surtout être prêt aux représailles si tu te loupes. »

Et le sourire qu’Elise avait aux lèvres n’avait rien à voir avec ceux précédents. C’était un sourire mauvais, signe qu’en terme de mauvais coups, elle avait eu son quota depuis qu’elle était dans le monde souterrain. Mais maintenant qu’elle avait retrouvé l’extérieur, elle comptait bien en profiter et retrouver ce qu’elle avait perdu pendant ces derniers mois. Elle espérait juste que Tery fasse de même, qu’importe là où il est.

Les premières journées passèrent rapidement, trop rapidement au goût d’Elen. Comme ils n’avaient aucune nouvelle des démons et du monde souterrain, elle ne savait pas du tout comment faire pour réussir à contacter Tery. En plus, après une discussion avec Elise, elle avait compris que cela ne servait à rien … s’ils ne pouvaient pas envoyer de messager.

« De toute façon, il y a de fortes chances que les membres du groupe de mon frère aîné ou de ma sœur aîné gèrent les différentes sorties. A partir de là, transmettre ne serait-ce qu’un simple courrier est une mission impossible. »

« Pourtant, si nous y arrivions, Elise, est-ce que… »

« La première chose serait de montrer à mon père que je suis bien vivante, avec une lettre écrite de ma main et de celles de Wandy et Zalek. »

« Je vois, comme ça, il n’a pas à s’inquiéter sur votre santé et vous pouvez alors continuer à lui écrire. Mais et pour Tery ? »

« Avec mon père calmé, il y a des chances qu’il écoute plus Tery. Déjà que cette expédition était une sacrée surprise, dans le bon sens, cela veut dire que mon père avait encore confiance en Tery. Je ne sais pas vraiment pourquoi… mais peut-être à cause de l’odeur qui émane de lui. Nous avons jamais réussi à savoir à quoi elle correspond. »

Odeur ? Elen cligna des yeux, l’air de ne pas comprendre tandis qu’Elise se grattait la joue. Ah oui, c’est vrai que l’histoire des renifleurs royaux, elle évitait d’en parler plus que nécessaire. Il valait mieux alors lui donner plus de détails.

Quelques instants après, Elen semblait comme dubitative après avoir écouté les paroles d’Elise, se demandant si c’était une vague plaisanterie. À voir le visage d’Elise, il n’y avait aucun doute de la sincérité de ses paroles mais …

« Quand même, j’ai beaucoup de mal à y croire, tu sais ? »

« J’ai eu la même pensée jusqu’à ce qu’ils sentent mon odeur. Il paraîtrait que la lignée royale a une odeur bien spéciale de son côté. »

« Et tu me dis que pour Tery… » commença à reprendre Elen, rapidement interrompue par Elise qui fit un petit mouvement de la main :

« Rien qui ne soit confirmé mais son odeur n’était reliée à aucune famille noble ou même la famille royale. En un sens, ça m’aurait perturbé de savoir qu’il serait un frère disparu depuis si longtemps ou toutes ces choses. »

« Disons que si tu… avais décidé de mettre la main dessus car il était un démon comme toi, cela aurait été très problématique, oui. »

« Mais hey, qu’est-ce qui te fait imaginer une telle chose ? »

« Je ne sais pas trop, mon instinct féminin, j’imagine. Après, peut-être que je trompe lourdement. Ce n’est pas ton genre, n’est-ce pas ? »

Autant omettre les tentatives de l’époque donc ! Ce n’était pas un sujet qu’il était bon de développer en présence de la jeune femme aux cheveux blonds en face d’elle. Par contre, elle devait sûrement aussi se poser quelques questions au sujet de … hmm ?

« Pourquoi est-ce que tu as ce regard, Elen ? »

Un visage étrangement ferme et sérieux de la part de la demoiselle au justaucorps rouge. Celle-ci avait même le regard qui se fronçait avant d’hocher négativement la tête, finissant par déclarer plus pour elle-même que pour Elise :

« Ce n’est pas bien important ! De toute façon, le mieux est que je vois par moi-même ce qui se passera à cet instant précis, hahaha ! »

« Tu es sûre que ça va bien, Elen ? Tu ne veux pas en parler ? »

« Hmm ? Bien entendu que je vais bien. Disons que cette histoire d’odeur et toutes ces choses, ce n’était franchement pas banal, tu dois comprendre, non ? »

« Oui, oui, comme je te l’ai dit, j’ai eu du mal à y croire mais au final, il y a même une guilde des renifleurs royaux et tout. C’est du sérieux. »

« Je cherchais juste à savoir quelle odeur émanerait de Tery et je crois que dans le fond, j’en ai rien à faire de ses origines. Je veux pouvoir le sentir contre moi, de tout son être. C’est juste une réflexion un peu bête, tu ne trouves pas ? »

« Je ne trouve pas. Disons qu’après tout ce temps sans l’avoir vu, c’est normal que d’en avoir rien à faire de tout ça et que tu veux juste le retrouver même si… »

« Même si avec ce qui s’est passé à Omnosmos, je ne devrais pas. Mais … Ah … C’est bête d’être amoureuse, non ? On fait des bêtises alors qu’on ne devrait pas. C’est difficile de contrôler ses émotions et ses sentiments, hein ? »

« Hahaha, je ne vais pas pouvoir nier ça. Ah… Je veux que l’on soient tous réunis comme auparavant. Nous étions si proches, encore une fois. »

« Oui, si proches… mais comme d’habitude, il a fallut que certains s’en mêlent alors que ça ne les concernait pas. »

Un craquement sonore se fit entendre, Elen venant de pencher son cou sur le côté, laissant paraître quelques veines noires brièvement sur ce dernier. Elise cligna des yeux, se demandant si elle venait de rêver mais déjà, les lignes n’étaient plus présentes.

« Ah … Un jour, les gens comprendront de ne pas se mêler de ce qui ne les regarde pas. Malheureusement, ce jour n’est pas encore prêt d’arriver. »

« Pour le moment, essayons déjà de calmer la situation par rapport aux démons, mékalarmiens et gnomolds, Elen. Ensuite, on trouvera une solution pour Tery et Manelena. »

Sur ces points, elles étaient toutes les deux en accord. Juste… que ça ne soit pas trop long.

Chapitre 1 : Un groupe hétéroclite

Premier axe : Prisonnière de son plein gré

Chapitre 1 : Un groupe hétéroclite

« Manelena, Héraisty, comment est-ce que vous allez ? »

« J’ai connu mieux, Tery. » murmura une voix à ses côtés qu’il reconnaissait comme celle de la démone aux cheveux verts.

« Bordel ! Où est-ce qu’on est ? Il fait complètement noir, ici ! »

« Heureux de voir que tu es aussi en bonne santé, Manelena. » déclara le jeune homme aux cheveux bruns, un faible sourire aux lèvres. C’est vrai. Ils étaient plongés dans l’obscurité, il n’avait aucune idée de l’endroit où ils étaient… mais ils étaient un peu serrés, n’est-ce pas ? « Par contre, tant que nous sommes ainsi, il vaut mieux éviter de produire des flammes pour faire de la lumière. Qu’est-ce que vous sentez autour de vous ? »

Lui-même s’était mis à bouger légèrement sa main à gauche et à droite, comme pour tâter le terrain. Il pouvait sentir de la pierre, de la pierre, de la pierre. En fait, c’était à peine s’il pouvait bouger. Oh ! Quelque chose … de moelleux ?

« Hey ! Tery ?! C’est toi qui me fout la main au cul ?! »

« Dé… Désolé, Manelena. Ce n’était pas voulu. Je … Pfiou … J’ai l’impression de ne rien pouvoir faire et j’ai du mal à respirer. »

« Tu n’es pas le seul, Tery. Vous autres, vous allez… »

« Je tente d’utiliser mes pouvoirs mais j’ai du mal à me concentrer. Si seulement je pouvais au moins respirer normalement, mais là… »

Des complaintes, beaucoup de complaintes mais il ne peut rien y faire. Il sait parfaitement que la situation n’est pas à leur avantage. Et surtout, l’avant-poste est maintenant à la merci des gnomolds et de ces saletés de mékarlarmiens ! De base, c’était juste prévu une petite retraite dans la grotte avant de récupérer l’avant-poste mais maintenant…

Zut, il se sentait défaillir. Il ne se sentait vraiment pas bien. Il se rappelait qu’il avait un peu abusé de la magie soudainement, pour créer ce dôme de protection. Mais voilà, même ainsi, le résultat était possible à sentir tout autour d’eux. Le dôme s’était brisé et avec lui, sa puissance magique était à l’abandon.

Il n’avait malheureusement aucune idée pour permettre de s’en sortir. Il ne voyait pas comment faire et tout cela était… ah … Il entendait les grognements de Manelena. Même si le contact de sa main sur une certaine partie de son anatomie était une maladresse de sa part, il restait heureux de savoir qu’elle allait bien.

« Je n’ai aucune… idée pour savoir comment… »

« Hey ! Y a du mouvement ! Y a du mouvement à l’extérieur ! Faites que ça soit pas les ennemis sinon, on est dans de beaux draps ! »

Pourquoi faut-il toujours qu’il y ait quelqu’un qui soit aussi pessimiste que ça ? Le jeune homme aux cheveux bruns grommelle puis pousse un petit cri de joie en sentant les pierres se soulever… avec une certaine aisance. Et pour cause ! Il n’y a qu’une seule personne qui soit capable de faire ça !

« CLARI ! Je pensais que tu étais ensevelie comme nous autres ! Quelle bonne nouvelle que voilà ! Super ! C’est vraiment… super ! »

Oui, il se répète mais en fait, il est surtout tiré des gravats par Clari. Oui, la femme-golem n’a aucun mal à s’exécuter alors qu’il pousse un cri de surprise pour arriver dans ses bras. Malgré la dureté de la roche dont elle est constituée, il a l’impression que la pierre est polie là où il a atterri. Il bredouille quelques paroles, murmurant à Clari de continuer en faisant attention alors qu’il tente de rester debout.

Utiliser la magie … serait vraiment très dangereux en ce moment mais pourtant, il va quand même tenter. Il a le corps qui tremble mais voilà, il a une griffe de pierre à la place de la main droite … et il cherche à aider Clari. Il voit brièvement qu’il y a deux autres personnes qui tentent de les épauler.

D’après les apparences, il reconnaissait un honorien et une démone. Pas le temps de les remercier mais dès l’instant où il voit une main gantée de noir se jeter sur son bras, il tire de toutes ses forces mais se retrouve bien obligé d’avoir l’aide de Clari. Enfin, Manelena lui tombe dans ses bras, avec son armure, ce qui lui fait demander quand est-ce qu’elle l’a fait ?

Est-ce… après son geste malheureux ? Il s’était déjà excusé une première fois ! Il ne pouvait pas répéter cela une nouvelle fois … Même s’il était vraiment soulagé de voir qu’elle ne semblait pas avoir de blessures graves, enfin de nouvelles blessures, vu que le combat avant l’effondrement n’avait pas été des plus doux.

« Bon, maintenant que je suis sortie, je vais aller leur filer un coup de poing ! »

Un coup de poing ? Qu’est-ce que… AH ! Il comprend où elle veut en venir lorsqu’il la voit frapper dans les rochers les plus solides tout en haut des gravats. Et encore, voir est une « expression ». Entre la fatigue et l’obscurité des lieux, il aperçoit à peine les éclats lumineux lorsqu’elle frappe.

« Fais attention, Manelena. Si tu fais ça trop violemment, tu risques d’ensevelir les autres. »

« T’en fait pas va, je sais quand même ce que je fais hein ? »

« Oui, oui, bien entendu, Manelena, mais … pfiou. Je vais m’asseoir. »

« Tu fais bien, t’avais pas l’air d’avoir bonne mine. »

Hahaha. Il en rigolerait presque s’il savait qu’elle plaisantait… sauf qu’elle ne plaisantait pas et lui non plus. Adossé contre un mur, il tente de rester conscient, s’en voulant d’avoir utilisé encore un peu trop sa magie. Son regard se porte brièvement sur Clari. La femme-golem ne semble pas avoir de symptôme à cause d’une déficience en magie de sa part. Depuis cet « incident », il y a plusieurs mois, elle est parfaitement autonome, c’en est surprenant.

Les minutes s’écoulèrent mais chaque personne était extirpée des débris. Heureusement, il n’y avait aucune perte et il se remercia intérieurement d’avoir eu l’idée de réagir aussi promptement à la situation.

Entre son propre dôme et celui des autres manieurs de terre, ils avaient réussi à s’en sortir. Oh, par contre, les dégâts étaient là et il n’y avait aucune possibilité de ressortir par là, du moins, pas sans un travail acharné de plusieurs jours et surtout … en parfait état, chose qui leur manquait cruellement à l’heure actuelle.

« Que faisons-nous maintenant, Tery ? »

Héraisty. Elle se place à côté de lui alors qu’il peut voir son visage en sueur, un peu ensanglanté. Le verre gauche de ses lunettes a quelques fissures et elle a ses cheveux débraillés. C’est normal… c’est parfaitement normal dans une telle situation. Il finit par chuchoter lentement :

« Je n’ai pas vraiment d’idées, je dois avouer. Je pense qu’il va falloir retourner parmi les démons, dans le monde souterrain. Ça va être encore considéré comme un échec. »

« Je ne suis pas certaine de ça. Mais en même temps, est-ce que c’est conseillé ? »

Conseillé ? Elle ne cherchait pas à terminer sa phrase, jetant juste un regard bref en direction de Manelena et les autres. Oui, il y avait pas mal de personnes non-démoniaques dans le groupe. C’était du genre moitié-moitié de ce qu’il pouvait apercevoir.

« Il va falloir faire avec, Héraisty. Hors de question de les abandonner. »

« C’est donc elle, Manelena. Maintenant que j’ai pu la voir en action, je commence à comprendre pourquoi tu as du mal. »

« Hmm ? Du mal ? De quoi est-ce que tu parles exactement ? »

« Eh bien, entre elle ou la jeune femme blonde. Celle avec qui tu as déjà un enfant. L’une est une … reine d’un royaume à fort caractère, l’autre est une jeune femme qui semble bien. »

Il a un petit sourire désolé pour Elen. Quand Héraisty parlait de la sorte, le portrait d’Elen était vraiment peu élogieux vu qu’il était bref. Il toussota légèrement avant de dire d’une voix calme mais sûre :

« Ce n’est pas vraiment à cause de ça. Disons que chacune a… ses qualités et ses défauts. Je ne peux pas juger de la sorte comme si de rien n’était, tu le sais, non ? »

« Oui, oui, je le sais bien, Tery. Ce n’était qu’une remarque comme ça. Mais donc, avec elle, tu es certain que ça ne va pas poser de problèmes ? »

« Par rapport à son caractère ? Non, malgré les apparences, elle est très droite dans ses solerets et surtout, elle fait passer les autres avant elle … jusqu’au point de se sacrifier. »

« Hein ? Se… sacrifier ? » murmura Héraisty avec une pointe de surprise.

Il ne chercha pas à donner plus de détails à ce sujet. Ce n’était pas à lui de répéter ce qui s’était passé. Mais c’était l’un des évènements marquants qui lui avait fait comprendre à quel point Manelena n’était pas qu’une simple femme.

Oh, elle n’était pas une démone, elle n’était pas une déesse comme Elen, non, elle était juste une femme de Shunter, de sang royal, avec une prédisposition au sang d’Alzar. D’ailleurs, se dire qu’Elen était une enfant des deux incarnations des dieux Alzar et Zélisia, qui avaient inversé leurs sexes dans ces incarnations, il avait du mal … à y croire. Mais en même temps, elle possédait les deux sortes de lignes donc voilà … Y croire était une chose mais la vérité était belle et bien là, devant lui.

Enfin non, pas devant lui. Dire qu’il venait de retrouver Elen. Bon sang ! Il avait la possibilité de la retrouver, de l’enlacer, de l’étreindre, tout ! Il pouvait … envisager tout ! Mais en même temps, encore être séparé d’elle. Tout ça à cause de cette foutue voix. D’ailleurs, celle-ci était devenue bien plus calme maintenant. Il n’allait pas s’en plaindre mais il restait quand même un peu méfiant.

« Tery ? Manelena t’appelle depuis deux minutes. Oh … Elle arrive et elle ne semble pas très contente. Je crois que l’ignorer n’était pas la chose à faire. »

« Hein que quoi ? Désolé, j’étais en train de réfléchir et … HEYYYYYYYY ! »

La voix chevrotante, il était maintenant soulevé au-dessus du sol par le col par la main de Manelena. Celle-ci était en armure intégrale, sauf au niveau du visage, ses yeux rubis posés sur ceux émeraude du jeune homme.

« Quand je t’adresse la parole, t’es prié d’y répondre, Tery. C’est pas compliqué, non ? »

« Ce n’est pas vraiment ça, disons simplement que… Enfin, tu vois ce que je veux dire ? »

« Non, je ne vois pas du tout et je suis pas certaine de vouloir « voir ». Bon sang, t’as vraiment l’air au bout du rouleau ou c’est moi ? »

« N’exagérons pas. Je ne suis pas dans un sale état hein ? »

Il rigolait mais le coeur n’y était pas. Il avait fini par retrouver tout le monde mais à chaque fois qu’il retrouvait quelqu’un, il perdait une autre personne. Oh pas définitivement, comme Clari, mais… voilà quoi. Quand est-ce qu’ils allaient finir par être tous ensemble à nouveau ? Il savait que tout ça était de sa faute et… Oh ! Le visage de Manelena était sacrément près de lui et il pouvait sentir son souffle chaud sur ses lèvres.

« Tery Vanian. » déclara t-elle sur un ton solennel.

« O… Oui, Manelena ? Qu’est-ce qu’il y a ? Je suis vraiment désolé pour tout et je ne voulais pas t’ignorer, tu le sais bien, n’est-ce pas ? »

« Tu m’as … manqué. » termina la jeune femme en armure, le haut de celle-ci disparaissant sur le moment avant qu’il ne se fasse étreindre. « Arrête tes bêtises… sérieusement. Tu veux que je m’inquiète à quel point pour toi… pour que tu comprennes ? »

Euh. Elle montrait une marque d’affection en plein public, là. Si les gens la voyaient faire ça, ce qui était justement le cas, ils allaient croire qu’elle était faible, non ? Ce n’était pas ce qu’elle voulait, n’est-ce pas ? Pour autant, il ne cherche pas à se séparer d’elle, la laissant faire comme si de rien n’était.

« Bon… C’est pas tout ça mais on va faire quoi maintenant ! »

Car oui, elle se libérait, comme si de rien n’était. Ce qui venait de se passer ? C’était déjà du passé ! Il la regarda retrouver un visage impassible, faisant un fin sourire en la voyant agir de la sorte. Qui pourrait croire ce qui s’était passé il y a de cela quelques minutes ?

« La seule solution que j’ai à proposer, c’est tout simplement de continuer notre chemin dans les souterrains. Nous finirons bien par trouver une ville là-bas. »

« Et ensuite ? Tu te rappelles que ne nous sommes pas vraiment en bon termes hein ? »

« Avec les démons ? Disons que tu seras plus ou moins surprise. Ils ne veulent pas tous votre mort, vous savez, n’est-ce pas ? »

« Moi, je ne croirais que ce que je vois. »

Il finissait par hausser les épaules, ne voyant pas trop ce qu’il pouvait dire d’autre. Si la femme aux cheveux d’argent pensait de la sorte, qui était-il pour chercher à la contredire hein ? Mais oui, c’était bien là l’unique solution qu’il proposait. De toute façon, revenir en arrière était à exclure.

Pas avec un éboulement qui prendrait trop de temps à retirer. De toute façon, il attendait d’avoir des nouvelles de toutes les personnes de leur côté avant de prendre une décision finale. Il fallait bien une bonne heure pour que tout le monde soit retiré des gravats.

Les premiers soins étaient donnés mais certains avaient des membres en piteux état. D’autres étaient bien blessés sur une bonne partie du corps et enfin, quelques uns, comme Manelena, semblaient presque en pleine forme. La vie pouvait être injuste des fois.

« Normalement avec tout ça, vous devriez aller mieux, du moins, j’imagine. »

« Que faisons-nous maintenant que nous sommes … un groupe assez hétéroclite ? »

« Si tu parles du fait qu’on risque de se disputer, on va éviter hein ? Mais je pense que nous sommes assez adultes et responsables pour comprendre que nous n’avons rien à y gagner en nous comportant comme des sauvages. »

« Ce n’est pas ça, Tery. » soupira légèrement Héraisty en regardant Manelena du coin de l’oeil, reprenant : « Disons qu’au départ, ça va peut-être aller mais ensuite, quand ils vont voir notre mode de vie, peut-être qu’ils vont moins accepter ? »

« On ne peut pas savoir sans avoir testé, Héraisty. Ne t’en fait pas, Manelena est là pour mettre un peu d’ordre de son côté et je ferais de même du mien. »

Difficile de la rassurer mais il espérait en même temps que le message était bien passé. Elle n’avait pas à craindre grand-chose dans cette histoire et tout le monde était trop épuisé, même ceux qui étaient à peine blessés, pour tenter de se quereller.

Oui, de ce côté, il ne se faisait aucun souci. Il était plus ou moins rassuré par rapport à tout ça. Même si bon, ça ne voulait pas dire que tout allait s’arranger. Non, il fallait voir d’ici quelques jours ce que cela allait donner comme résultat. Une main gantée de noir se posa sur son épaule, le forçant à tourner son visage vers Manelena.

Celle-ci n’avait plus son casque sur le corps mais gardait son armure sur elle. Elle avait peur de ne pas prendre assez de précautions ou … peut-être trop ? Difficile à dire. Attendant qu’elle parle, il scrutait brièvement les environs.

« Nous sommes tous prêts. Nous avons récupéré le matériel que nous avions mais … disons que l’équipement hors celui utilisé pour la bataille est assez rare. »

« Tu parles des tentes et des vivres ? J’espère que ce n’est pas trop dur de récupérer ces derniers dans cet endroit. Tu me fais visiter ? »

Elle arrivait à avoir de l’humour malgré la situation et malgré que ça soit elle ? Ah … Peut-être qu’elle aussi avait remarqué que malgré ses dires, il était légèrement anxieux par rapport à toute cette situation. Il hocha la tête faiblement, murmurant :

« Ça serait avec joie que de faire visiter cet endroit à la reine de Shunter. Par contre, je tiens à dire qu’il n’y a pas tant que ça à apprécier, malheureusement. »

« Je crois que cela m’importe peu, Tery Vanian. »

« Oh ? Euh … Eh bien, d’accord. »

Le ton n’avait pas été virulent, loin de là. Simplement, il ne s’était pas vraiment attendu à cela comme phrase de sa part. Pour autant, il n’allait pas s’en plaindre. Il la regarda pendant encore quelques secondes, prenant une profonde respiration avant de dire :

« Si tout le monde se sent d’attaque, nous allons y aller ! Je veux simplement que les démons soient à l’avant et à l’arrière du groupe ! Comme nous connaissons bien mieux le terrain que le reste du groupe, nous pourrons réagir en conséquence face aux créatures sauvages ! »

« Des créatures sauvages ? Tu crois que nous sommes aussi faibles que ça pour avoir peur de telles bestioles, Tery ? »

« Manelena, je me disais pareil au départ. Et puis, j’ai très vite changé d’avis. »

« Hmm ? Tu es drôlement sérieux sur ce coup, Tery. C’est … si costaud que ça ? »

Il se rapprochera d’elle, venant lui chuchoter brièvement dans l’oreille que la majorité des créatures étaient d’anciens démons et que comme il l’avait sûrement déjà dit, ces derniers cherchaient à se repaître de leurs congénères pour changer encore plus physiquement.

« Et donc, des fois, certaines créatures sont complètement difformes. »

« Hummm … tu n’essaies pas de me faire peur, n’est-ce pas ? »

« Je sais parfaitement que ça serait inefficace sur toi, Manelena donc bon … »

« C’est exact. Bon, de toute façon, qui vivra verra. Je suis en vie, grâce à toi, et donc je vais voir ces sales bêtes de mes propres yeux. »

C’en était donc décidé ! Elle tapa dans ses mains comme pour confirmer ses propos, attendant qu’ils partent enfin. A force, ils n’avaient pas laisser traîner tout ça un peu trop longtemps ? Il fallait y aller hein !

« En terme de probabilités, Tery, on a des chances de se faire agresser dès nos premiers pas ? Ou alors, nous sommes tranquilles ? »

« Plutôt la seconde possibilité. Avec tout le vacarme, comme la majorité des créatures ont un caractère « animal » maintenant, il y a de très fortes chances qu’elles aient été effrayé par le bruit produit. Par contre, pas impossible que l’on rencontre d’autres démons. »

Et si tel était le cas, ils allaient devoir voir de quel côté ils étaient, ces fameux démons. Oui, il n’oubliait pas certains enjeux, malgré les apparences. Et il ne pouvait pas oublier qu’on voulait sa mort … et pas de façon très joyeuse.

Humpf ! Ce n’était pas le moment de penser à ça, loin de là. Maintenant qu’ils étaient en marche, ils devaient continuer jusqu’à trouver de la civilisation. Mais il ne fallait pas se faire d’illusions. Avec ce qui s’était produit, il y avait de fortes chances que tout ça se soit répercuté dans les autres zones.

Ce qui voulait dire une chose : ils allaient être isolés pendant un bon bout de temps. Le jeune homme ne pouvait pas se permettre de mettre les autres en danger. Oui, il se répétait cela sans cesse, comme pour se convaincre de la justesse de ses actions.

La justesse de ses actions. Depuis quand pouvait-il prétendre que ses actions étaient juste ? Voire même tout simplement sensées ? Rien … Rien ne permettait de déclarer cela. Il le savait parfaitement..

« Tu as l’air quand même un peu tourmenté, Tery. Si tu voudras m’en parler… »

« Ne t’en fait pas, c’est noté et oui, nous parlerons ce soir. On va juste dire que… c’est peut-être plus compliqué que tout ce que je pensais, hahaha. »

« Plus compliqué ? Pourquoi j’ai la sensation que nos conversations sont risibles à l’heure actuelles ? Ou alors, n’est-ce qu’une impression ? »

« Non, non, tu as raison. Je crois que c’est parce qu’après tout ce temps, parler ensemble est plus difficile que prévu. »

Elle n’ira pas lui chuchoter qu’en raison de ses différentes actions, c’était plus que normal hein ? Elle n’avait pas oublié tout ce qu’il avait fait mais … ce n’était ni l’endroit, ni le moment pour ça. Et oui, elle aussi avait du mal à lui dire ce qu’elle voulait.