Chapitre 5 : La vie sans elle

ShiroiRyu
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Chapitre 5 : La vie sans elle

« Hum … Elle dort déjà … Ah … »

Il avait du mal à dormir ces derniers jours. La raison n’était pas difficile à connaître Comment est-ce qu’il pouvait dormir depuis trois mois ? Même si Elise devait s’en douter et qu’il n’en parlait pas de vive voix … il continuait de penser à Elen. Pas uniquement en la jeune femme … mais ce dernier geste. Celui-ci qui avait retiré la vie d’Elen. Il ne savait pas si elle était réellement morte ou non. I n’en avait aucune idée.

« Manelena aussi .. Elle … me hait. »

Manelena. Il se rappelait aussi du goût de ses lèvres. La femme aux cheveux argentés, il avait mis tellement d’années à être très proche d’elle et voilà qu’il … avait tout brisé en quelques instants. Le genre de choses qui n’allait pouvoit être réparé.

« Et pire encore avec Elise. Je l’ai retirée … des mains de Royan. »

Car oui, il ne fallait pas se faire d’illusions. Cela crevait les yeux qu’elle et Royan s’aimaient bien qu’ils n’étaient pas aussi expressifs qu’Elen et lui. Mais voilà, ça ne changeait … rien en la chose, rien du tout. Ce n’était pas … bon du tout. Il n’y avait aucun retour en arrière. Si malheureusement … non … ça ne servait à rien.

« Tu as fait ce qu’il fallait faire, je suis fier de toi, mon fils. »

Il avait menti à Elise. La voix était toujours là. Moins manipulatrice qu’auparavant mais toujours aussi présente. Elle était toujours là … pour lui souffler ses belles paroles. Comme si tout cela ne servait à rien du tout … comme si tout ce qu’il avait perdu … était futile.

« Laissez-moi tranquille. Maintenant que vous êtes libre, vous pouvez clairement … »

« Libre ? Je ne suis pas libre. Les Démons le sont … mais moi, je ne le suis pas. Je suis encore endormi, te parler est l’unique chose que je puisse faire … et cela malgré la distance qui nous sépare. Nous sommes si proches, tous les deux. »

« Ne me comparez pas à vous. Je ne sais pas qui vous êtes et ce que vous êtes, est-ce bien clair ? Je vais essayer de dormir alors, laissez-moi tranquille. »

Pourtant si cette voix lui parlait, c’est qu’il cherchait indirectement à communiquer avec elle. Pour quelle raison ? Il n’en avait aucune idée. Pour autant, il chercha à se mouvoir dans la tente, deux mains se plaçant dans son dos alors qu’Elise dormait paisiblement. Hum ? Qu’est-ce qu’elle faisait ? Ah oui, c’était devenu une habitude. Elle avait besoin de sentir quelqu’un contre elle pour finir ses nuits … et inversement.
Vu comment il avait bougé à cause de son incapacité à bien dormir correctement, autant dire qu’il avait sûrement dérangé la jeune femme. Il espérait juste qu’elle ne s’était pas réveillée par sa faute sinon, il risquait de s’en vouloir.

« Hum … Tery, tu peux arrêter de bouger un petit peu, s’il te plaît ? Qu’est-ce que tu fais … Déjà l’heure de se réveiller ? Aaaaaaaaaah … »

« Non non, Elise. Ne t’en fait pas, ce n’est pas du tout le cas. Tu peux te reposer encore. Attends un peu, ce n’est pas mieux ? »

Voilà qu’il venait prendre la tête d’Elise pour la poser contre son torse. En entendant le soupir de la jeune femme, il comprit que c’était exactement ce qu’elle attendait depuis le début. Elise était la dernière personne qu’il pouvait protéger maintenant. Il devait se promettre de ne pas gâcher cela.

« Je te promets que nous nous en sortirons et … »

« Dors maintenant, Tery. Ca sert à rien de parler … s’il faut dormir. » coupa t-elle sèchement, visiblement encore dans le pays des rêves. Il devait fermer les yeux, n’est-ce pas ? Tout sera alors beaucoup plus simple, il en était certain.

Pourtant, les heures s’écoulèrenet et il n’avait pas réussi à trouver le sommeil. C’était étrange, ça ne lui arrivait pas. Est-ce qu’aujourd’hui, ses pensées s’étaient bousculées dans tous les sens pour qu’il en arrive à ce résultat ? Il en avait aucune idée mais … il n’était pas convaincu que ça allait lui plaire.

Ah … Bon … Sommeil, encore un peu sommeil … mais rien n’arrivait. Ses pensées s’étaient maintenant définitivement perdues vers Elen et Manelena. Manelena le haïssait. Elle lui en voulait pour ça et c’était compréhensible. Elle lui avait dit de faire marche arrière, de ne pas continuer sur cette voie. Elle lui avait dit que … s’il ne s’arrêtait pas, il n’y aura pas de nouvelle fois. Il était horrible … que ça soit envers Elen ou Manelena.

« Tery, tu ne dors pas, n’est-ce pas ? »

Voilà qu’Elise lui parlait alors qu’il rouvrait ses yeux. Le visage de la jeune femme s’était un peu relevé. Il était quelle heure ? Il était juste exténué et fatigué. Il n’avait pas envie de réfléchir ou de se compliquer la vie. Pourtant, elle se redressa un peu dans la tente.

« J’ai bien dormi … mais je peux rester quelques heures de plus encore, Tery. Viens. »

Venir ? Il comprenait ce qu’elle voulait dire par ce geste mais … il n’était pas certain que ça soit le bon moment pour ça. Pour autant, elle ne lui laissa pas le choix, lui collant sa tête contre son sein gauche. Un soupir quitta les lèvres du jeune homme. Il avait autant besoin d’une présence féminine qu’elle d’une présence masculine.

Et finalement, il sombra dans le sommeil réparateur et nécessaire. Quelques heures après, il avait finit par rouvrir les yeux, surtout à cause du fait qu’il sentait une main dans ses cheveux. Une main assez douce et tendre, presque maternelle.

« Oh ? Tu as enfin décidé de te réveiller, Tery ? Nous sommes sûrement en pleine après-midi, je dirais … Héhéhé. »

« Elise ? J’ai … dormi combien de temps ? » demanda le jeune homme, cherchant à se libérer de l’étreinte sans pour autant y arriver.

« Hum ? Sincèrement ? Encore plusieurs heures après moi mais je ne suis pas sûre. »

« D’accord. Je vais finir par me lever, désolé. Je ne voulais pas t’embêter plus que ça. »

« Qu’est-ce que tu racontes donc, Tery ? Tu sais parafitement que ce n’est pas le cas, n’est-ce pas ? Si vraiment tu m’ennuyais … »

Elle ne termina pas sa phrase car la discussion allait revenir sur un point litigeux entre eux : le fait de se répéter pour pas grand-chose en fin de compte. Elle l’aida à se redresser, signalant qu’elle allait s’occuper de préparer de quoi manger en attendant qu’il soit à nouveau capable de correctement raisonner et se mouvoir.

« Je n’ai pas le sommeil trop profond non plus, Elise. Il ne faudrait pas exagérer non plus. »

« Tu me permets d’en douter ? Car visiblement, que je te serve d’oreiller ne te dérangeait pas le moins du monde, n’est-ce pas ? »

« Et après, tu ne veux pas que j’évoque cette partie de ton anatomie, Elise. Est-ce que tu n’es pas en train de te moquer de moi par hasard ? »

Peut-être que oui ? Peut-être que non ? Pour toute réponse, elle haussa les épaules avec un grand sourire radieux. Elise était dorénavant l’unique personne … et l’unique femme qui importait à ses yeux. Pour autant, il n’aura jamais les mêmes sentiments qu’il éprouvait pour Elen ou Manelena. Ah … Oui, Elise était plus le genre de petite sœur qu’il aurait aimé avoir, même si ce n’était pas de sang.

« Pourquoi tu me regardes comme ça ? On dirait presque que tu as l’air … heureux. »

« Et ça m’est interdit si je dois bien comprendre ça, Elise ? »

« Pas le moins du monde. Je t’autorise à me regarder et d’ailleurs à ne pas regarder d’autres filles. Tu sais pourquoi je dis cela. »

Non pas par jalousie mais pour lui faire comprendre … qu’elle espérait retourner à la surface. Cet espoir, si maigre, si ridicule et si chétif … et pourtant nécessaire. RAAAAAAH ! Il se morfondait ! Il devait répliquer ! Il avait même les paroles pour ça.

« Tu comprends que l’inverse se fait aussi, hein ? Je ne vais pas te laisser déplacer tes yeux sur un autre beau mâle, n’est-ce pas ? »

« Oui, Tery. Tu es l’unique homme à mon coeur dorénavant ! Nul autre ne prendra ta place ! »

Pfff. En parlant de la sorte, c’était à double sens et elle le savait parfaitement. C’était d’ailleurs fait exprès … et c’était pour ça qu’elle jouait sur ses paroles. Tsss ! Vilaine fille ! Voilà pourquoi il lui adressait un grand sourire à son tour.

« Si tu as compris cela alors tout va très bien se passer entre toi et moi. »

« Ouhlala, fais attention, Tery. Si tu parles ainsi, on pourrait presque croire que tu veux me menacer. Est-ce que tu menacerais la plus gentille fille au monde ? »

« Dans ce monde ? Je n’ai aucun doute sur le fait que tu sois la plus gentille, oui. Mais ça ne changera pas que je me montrerais intraitable, mademoiselle Elise. »

« Oh, soit, messire Tery. Mais que lui plairait-il de manger ce matin ? S’il n’a pas le palais bien trop difficile, bien entendu ? »

Tsss ! Qu’elle continue à faire l’intéressante. Ah … Bon … Il allait voir dans leurs sacs. Vivement qu’ils trouvent ces sacs du vide mais ça, il valait mieux plutôt éviter de trop se faire d’illusions à ce sujet. C’était tout simplement impossible à concevoir. Concevoir ? Exactement. Pourquoi pas quelque fruits ?

Oui, contrairement à ce que l’on pouvait croire, il y avait bien une végétation souterraine, qui pouvait se développer grâce aux lueurs causées par les cristaux lumineux qui ornaient les parois de ce monde sous terre mais aussi de quelques champignons.

« Tiens, Elise, j’imagine que ça sera parfait comme repas pour avoir au moins quelque chose dans l’estomac. De ton côté, tu devrais manger deux fois plus surtout si tu es réveillée depuis bien plus longtemps que moi, compris ? »

« Je ne vais pas refuser une telle demande, je serais un peu folle, n’est-ce pas ? »

Un peu folle ? Hum, il n’osait pas lui répondre qu’elle l’était totalement. C’était une insulte un peu méchante et gratuite … mais surtout inutile. Même si cela serait sorti sur le ton de la blague, ça ne se disait pas réellement. Il n’était pas un salopard non plus.

« Tu es un peu folle, oui. Mais ce grain de folie qui te rend si particulière. »

« Comment est-ce que Tery ose me dire cela … roh. Hum … Sinon, Tery, tu as aussi remarqué, n’est-ce pas ? Ils ne cachent toujours pas leurs présences. »

« C’est vraiment la capacité qu’on a le plus développé depuis que nous sommes ici. »

Sourire, toujours sourire, encore sourire … alors qu’ils se font pourchasser par des monstres mais aussi d’autres démons. Et là ? Et bien, vu qu’ils ont dormi dans un coin tranquille avec une tente et tout l’attirail à l’intérieur, ils ne sont pas seuls. Les personnes qui tentaient de les prendre par surprise ne sont sûrement pas au courant de ce que Tery et Elise venaient de se dire entre eux. Le jeune homme ferma les yeux, restant debout avant de chuchoter :

« Bon, on va ranger notre équipement et on fera quelques déplacements. Il ne faut pas qu’ils sachent que nous sommes au courant de leurs présences, d’accord ? »

« Tu ne va pas m’apprendre cette consigne, Tery. Mais on essaie de se défendre ? De s’enfuir ? Qu’est-ce que tu veux que l’on fasse ? Tu viens à peine de te réveiller … »

« J’imagine que je ne serais pas en condition optimale pour un combat mais … ce n’est pas bien grave, Elise. Cela me permettra peut-être de mieux me réveiller ? »

« Ne tarde pas trop non plus, Tery. Je te rappelles qu’ils sont comme nous, hein ? »

« Ne t’en fait pas, le message est très bien passé de mon côté, Elise. Attention à toi. »

Et maintenant ? Il était temps de répondre à cette tentative de piège. Et pour cela, autant faire comme s’ils n’étaient au courant de rien. Rangeant la tente, les ustensiles et tout le reste, le duo commencèrent alors à se préparer à se mettre en route. Voilà que pendant cinq bonnes minutes, rien ne se passa, rien ne fût tenté.

« Hum … Ils attendent le bon moment mais s’ils perdurent, ils risquent de … »

« Peut-être qu’ils savent que nous savons et ils attendent que nous abaissions notre garde. On pourrait peut-être tenter de faire un coup de bluff, qu’est-ce que tu en dis ? »

« Que je ne suis pas certain mais bon … essayons, Elise. Dans cette situation, on risque sinon

de la faire perdurer très longtemps. »

« Je ne peux pas prétendre le contraire malheureusement … »

Elle a un petit sourire aux lèvres. Bien entendu, ils n’étaient pas heureux de devoir tuer des membres de leur race mais vu qu’ils ne cherchaient que le conflit, ils ne leur laissaient pas vraiment le choix dans ces situations.

« Tu es prête, Elise ? Ils vont sûrement être surpris que je les fasses tomber de leur cachette avec mes tremblements de terre. Tu n’auras qu’à les choper en plein vol … et essaies de les tuer sur le coup, ça sera mieux pour nous. »

« Je n’ai pas tellement le choix et je préfère ne rien te confirmer. Vas-y. »

Il posa ses deux mains sur le sol, ses lignes d »Alzar apparaissant sur celles-ci. Ses cornes comme ses yeux rouges étant maintenant en permanence présents, il ne se préoccupait pas vraiment de tout ceci. Voilà que des fissures commencèrent à se dessiner là où il avait posé les mains, partant en direction d’un petit mont où plusieurs rochers cachaient la vue.

« C’est quoi ce bordel ? Qu’est-ce qui se passe ? AAAAAAAAH ! »

« Je n’aime vraiment pas être suivie par quelques rôdeurs … »

La voix d’Elise était maintenant froide et distante, Tery la laissant se charger des deux hommes cornus qui tombaient de leur cachette. Sa chevelure s’enflamma en même temps que ses pieds et ses mains avant qu’elle ne fasse un bond de plusieurs mètres de hauteur. Elle passa à côté des deux hommes, atterrissant sur l’un des rochers où ils s’étaient cachés derrière eux, finissant accroupie. Derrière elle, deux corps furent parcouru par les flammes, tombant au sol, morts sur le coup.

« Bon alors, sincèrement, vous avez pas mieux à faire que de vous en prendre à nous ? Je suis de méchant humeur car Tery ne va pas vraiment très bien. Quelle est la solution que vous préconisez, vous pouvez me le dire ? »

« Combien ils sont, Elise ? Tu as besoin d’aide ? » demanda Tery alors qu’il avait arrêté les tremblements de terre, envoyant quelques pieux de pierre dans les deux cadavres calcinés. Une simple mesure de précaution, on ne pouvait jamais être certain.

« Pas besoin, j’imagine q’ils ont compris la leçon, n’est-ce pas ? »

Ses yeux rubis se posèrent sur trois autres hommes qui étaient tombés sur les fesses à cause des tremblements de terre causés par Tery. Ils la regardèrent avec un peu d’inquiétude mais surtout de la rage, tenant diverses armes alors qu’elle reprenait :

« Déjà, la différence entre vous et nous, c’est que nous préférons utiliser notre corps pour nous défendre. Nous n’avons pas besoin d’outils pour vous éliminer. Ensuite, vous venez à plusieurs contre un mais individuellement, vous êtes très faibles. Qu’est-ce que vous voulez ? Tenter de nous dévorer pour pouvoir goûter à notre chair ? Vous êtes pathétiques, si vous n’étiez pas encore au courant, je tiens à vous le rappeler, tsss. »

« On aura votre peau … à tous les deux. On a vu ce que vous avez ramené ! On sait qu’en vous dévorant, on pourra aisément … »

« Non mais sincèrement ? Vous pensez que je comptais vous laisser vivre ? En fait, je me demandes pourquoi Tery et moi, nous sommes toujours un peu effrayés en devant vous élimininer C’est vrai … Ce n’est pas comme si vous étiez forts. »

Peut-être qu’ils étaient tout simplement effrayés … par ce qu’ils risquaient de devenir s’ils commençaient à tuer sans aucun remord. S’en vouloir pour chaque mort, pour chaque perte, pour chaque attaque, c’était ça qui les différenciaient de ces créatures …

« Tery ? Est-ce que je peux les tuer ? Ils nous ont menacé et … »

« SALE PESTE ! ON NE VA PAS SE LAISSER … » cria l’un des hommes cornus avant de foncer vers elle, épée courte courbée en main. Pour autant, l’arme ne vint jamais toucher sa cible, Elise ayant posé son regard sur lui, faisant un signe de croix devant elle.

« Pourquoi est-ce que tu n’as pas compris la première fois ? »

Le signe qu’elle avait tracé s’était maintenant dessiné sous la forme d’une imposante croix de flamme à l’échelle humaine, venant consumer directement l’homme qui s’était jeté sur elle. Les flammes léchèrent les deux autres hommes, ces derniers n’osant finalement plus bouger.

« Tu peux me dire ce qui se passes, Elise ? Ou alors, je viens voir ! »

« Restes en bas, Tery. Je leur donnes simplement une leçon de vie, n’est-ce pas ? »

« Co… Comment est-ce qu’une … qu’une … Affamée peut être aussi puissante ? »

« Affamée ? C’est quoi ce terme ? C’est comme ça que vous définissez les personnes qui ne s’amusent pas à dévorer d’autres démons ? Nous avons acquis cette force par nous-mêmes, pas en mangeant les entrailles des autres. »

« Hahaha ! Depuis quand est-ce qu’une Affamée peut faire la morale en reniant complètement ce que nous sommes ? HAHAHA ! »

« Tout simplement car cette « Affamée » a été élevée à la surface, avec des règles propres, là où ils ne sont pas obligés de s’entre-dévorer pour survivre. Adieu. »

Elle avait été irritée, très irritée par les paroles des deux derniers démons. Tant que Tery n’était pas encore à sa portée, elle n’avait aucune raison de les laisser vivre. Voilà qu’elle ouvrit la bouche, un souffle de feu en sortant pour venir fondre sur les deux êtres humanoïdes, ces derniers poussant des cris d’effroi.

« Qu’est-ce que … ELISE ! Qu’est-ce qui t’a pris ?! »

« Ils allaient s’en prendre à moi, Tery. Je ne pouvais pas les laisser vivre alors qu’ils allaient essayer de me tuer. J’ai préféré prendre les devants. »

« Tu es certaine de ça ? Enfin, je ne vais pas te reprocher de tenter de rester en vie non plus. Tu as bien fait … on va dire ça comme ça. »

Il était finalement à sa hauteur alors qu’il jetait un petit regard dépité sur les deux corps encore en train de flamber. Plus aucun cri ne quittait leurs lèvres alors qu’il se rapprochait de la jeune femme aux cheveux auburn. Il la prit par le bras, observant ses blessures pour finalement soupirer de soulagement tout en disant :

« Bon, visiblement, tu n’as rien du tout … tant mieux, ah … »

« Tu te doutes qu’ils n’auraient pas levé la main sur moi, hein ? »

« Tu écoutes ce que tu es en train de dire, n’est-ce pas ? Cela reviendrait à signaler qu’ils ne t’ont rien fait du tout et que tu pouvais aisément les laisser vivre. »

Comme pris en faute, elle baissa les yeux. Pour sûr, ils devaient se défendre et éliminer autrui mais … s’ils pouvaient éviter, ça serait beaucoup mieux, n’est-ce pas ? Elle n’osa pas relever le regard tandis que le jeune homme poussait un soupir :

« Bon comme signalé, ce n’est pas grave non plus. Il faut aussi que l’on sache faire preuve d’absence de morale mais … ne devenons pas comme eux, d’accord ? »

« Il y a une étape entre tuer pour survivre et les dévorer, Tery. Ne t’en fait pas, je ne comptes pas me laisser à ce genre de dépendance. »

« Tu es sûre et certaine ? Si tu as un problème, tu me le dis tout de suite. »

En le voyant lui parler de la sorte, elle ne pouvait que faire un petit sourire tendre. C’était à cause de telles parole qu’elle ne pouvait pas se laisser aller. Qu’elle ne pouvait pas devenir un monstre comme les autres. Elle finit par l’enlacer subitement, sans prévenir, Tery poussant un cri de surprise en bredouillant :

« HE… HEY ! Qu’est-ce qui te prends, Elise ? Elise ? Tu peux me … HEY ! »

« J’en ait juste envie … J’ai le droit, non ? »

C’était pas vraiment une question de droit ou non. Le jeune homme leva les yeux vers le plafond couvert de pierre. Ouais, c’était pas vraiment ça le souci … mais s’il devait oublier Elen, alors, il devait se focaliser sur la seule personne qui lui restait.

Chapitre 4 : Se dévorer entre eux

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Chapitre 4 : Se dévorer entre eux

« Hum … Vraiment, tu crois qu’ils vont nous coller combien de temps tous les trois ? »

« J’en sais rien du tout, Tery. Je me demande surtout s’ils se rendent comptes qu’ils ne sont pas très discrets ? On le repère à des kilomètres à la ronde. »

« Que veux-tu que je te dise exactement hein ? »

Le jeune homme aux cheveux brun haussa les épaules comme pour marquer le fait qu’il en avait pas grand-chose à faire de ces personnes tant qu’elles se décidaient pas à les agresser. Néanmoins, cela n’allait pas tarder, il n’y avait pas besoin de parler de pressentiment ou autres, ça se lisait parfaitement sur leurs visages depuis qu’ils étaient partis de cette petite ville. Mais pour autant … Ah … Il se massa un peu le front, finissant par reprendre :

« Si ça ne tenait qu’à moi, je les emmènerais dans un coin où il y aurait des monstres terrifiants. Tu crois que l’on a ça dans les environs ? »

« Vu que nous sommes partis de l’autre côté du village, je n’en sais rien du tout. »

Elle leva les yeux au ciel, se cachant néanmoins la poitrine d’une main à cette hauteur. Depuis que Tery lui avait parlé de ça, maintenant, elle était quand même gênée du regard que le jeune homme avait sur elle. Pour autant, Tery ne sembla pas le relever, finissant par soupirer en s’adressant à Elise :

« J’aimerai bien les forcer à sortir de leur cachette et les confronter mais … »

« AAAAAAAAAAH ! Mais qu’est-ce que vous faites ? Laissez-nous tranquilles ! »

« NON ! JE NE VEUX PAS MOURIR ! JE NE … AAAAAAAARGL ! »

Le duo se retourna, Tery prenant Elise par le bras avant de la forcer à se cacher avec lui derrière un amas de rochers d’importante taille. Zut … Ce n’était pas prévu, ça ! Il n’avait pas du tout prévu ce qui allait leur tomber sur la tronche ! Ouhlala ! Il regarda Elise, lui murmurant de se taire avant de chuchoter :

« Je crois que les Démons ont eut une mauvaise surprise. »

« Du genre, une surprise ressemblant à celle qu’ils voulaient nous faire ? »

« Tu as parfaitement compris, Elise. Par contre, hum … Il vaut mieux que tu ne regardes pas. Si je me rappelles bien, la première fois, tu n’avais pas déjà apprécié ce spectacle. »

« Il faut bien que je m’y habitue, Tery. Tu peux me laisser faire, d’accord ? »

« Non non et non. C’est pas parce que c’est habituel que tu dois regarder constamment ce spectacle. Même moi, j’ai encore du mal … je dois t’avouer. »

Elle remarqua qu’il posait une main sur sa bouche, comme pris d’un léger soubresaut. Il se faisait du mal pour ne pas vomir, n’est-ce pas ? C’est que le spectacle était peu ragoûtant.

Comment devoir expliquer ça avec des mots ? Les trois être cornus qui avaient espérer les prendre par surprise étaient maintenant allongés sur le sol, en train de gémir pour l’un d’entre eux, les autres étant déjà morts. Au-dessus d’eux ? Des êtres humanoïdes cornus comme eux avaient la bouche en sang, mordant goulûment sur les cadavres, semblant se repaître de leurs êtres.

« J’arrive … toujours pas à croire que cela est normal dans ce monde. »

« Ja … Jamais je ne deviendrais comme ça, Tery. Je t’en fais la promesse. »

« Je l’espère bien et tu n’as pas à me le promettre. C’est du cannibalisme … Ce sont des personnes comme toi et moi. Je sais bien que l’on n’y connaît pas grand-chose mais … »

« Je t’en fais la promesse, à toi et à quiconque d’autre que nous connaissons et … »

Elle s’arrêta dans ses propos, venant plonger dans ses bras alors qu’ils restaient adossés contre ces rochers. Les secondes s’écoulèrent, puis les minutes, la respiration du jeune homme se faisant assez forte, comme celle d’Elise dans ses bras. Ils ne devaient pas parler, ils ne devaient pas prendre la parole, ils ne devaient rien faire du tout.

« Ca va être bon … Je ne les entends plus, Elise. »

« Est-ce qu’ils … risquent de nous attendre ? Je n’ai pas peur de les combattre mais … »

« On ne sait pas si on sera capables de les abattre malheureusement. » dit-il en réponse à la demoiselle qu’il enlaçait. Celle-ci murmura :

« C’est pour ça qu’il ne faut pas que nous soyons vus … Attendons encore une dizaine de minutes si ça ne te dérange pas … Tery. »

Elle n’était pas apeurée. Elle n’était pas terrorisée, loin de là. Mais pour autant, elle semblait tellement rassurée quand il était là. Il y a trois mois de cela, elle avait été complètement déboussolée et perdue et heureusement qu’il avait été là.

« Ah … Pfiou … Elise ? Elise ? »

Cela faisait bien une quinzaine de minutes et il n’avait pas osé bouger. Il était maintenant sûr et certain que la place était sécurisée mais … disons qu’il ne s’était pas attendu à ce qu’Elise s’endorme dans ses bras. C’était un peu gênant, il fallait l’avouer mais pour autant, voilà qu’il la recouvrait de son corps. Si elle arrivait à dormir dans une telle situation, n’était-ce pas qu’elle se sentait protégée ?

« Ils me manquent. »

Il se disait ça à voix haute même s’il n’allait jamais oser l’avouer à la jeune femme aux cheveux auburn. Comment pouvait-il même ne serait-ce qu’imaginer cela, n’est-ce pas ? Qu’il … avait besoin de ça. Mais bon, ça, c’était le passé. Le passé ne pouvait pas être changé et il devait maintenant se tourner vers l’avenir. Un avenir bien incertain en vue des événements qui entouraient le duo qu’il était avec Elise.

Une heure plus tard, il était toujours réveillé, finissant par secouer tendrement Elise. Celle-ci commença à ouvrir les yeux, se confondant en excuse en voyant la position dans laquelle elle s’était trouvée. Elle finit par bredouiller en se redressant :

« Pardon, Tery ! Je ne sais pas ce qui m’a pris de m’endormir de la sorte. Sincèrement, je ne pensais pas faire ça comme ça … enfin, je suis vraiment désolée. Vraiment, vraiment ! »

« Si tu arrêtais de t’excuser, tu ne crois pas ? Je ne t’en veux pas et tu avais visiblement besoin de dormir alors je ne vais pas te reprocher ça. »

« Et puis, ce n’est pas si mal d’avoir une femme dans ses bras, de temps en temps, non ? »

« Je n’ai pas à me plaindre, oui, Elise. Tu veux bien te lever maintenant ? »

Il paraissait plus gêné que normalement. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Elle chercha à trouver une explication. Vu que depuis quelques semaines déjà, ils dormaient ensemble dans le même lit, ce n’était pas comme si le jeune homme essayait de lui sauter dessus et inversement. Alors pourquoi aujourd’hui et pas auparavant ?

« Est-ce que j’ai fait une bêtise, Tery ? J’ai l’impression que tu ne veux pas me dire quelque chose alors que tu le devrais. »

« Non, non, aucune bêtise si cela peut te rassurer, pas du tout. »

« Alors pourquoi est-ce que tu es aussi rouge ? Ne me dit pas que tu as de la fièvre ? »

Comment est-ce qu’il peut lui expliquer qu’elle a prononcé le nom de Royan pendant qu’elle dormait ? Ça ne sert à rien de se faire plus de mal qu’il n’en faut, non ? Alors, voilà pourquoi il ne veut pas lui en parler. Elle souffrait intérieurement de sa séparation avec Royan mais cela, elle ne le remarquait même pas … ou évitait de le faire remarquer.

« Je ne pense pas être malade si ça peut te rassurer, Elise. Par contre, toi, tu as bien dormi ? Qu’est-ce que je vaux comme oreiller ? »

« C’est plutôt à moi de te demander comment vas ton dos. Il est pas trop en miettes par ma faute, tu es sûr et certain à ce sujet ? »

« Sûr et certain, je peux te le promettre. Pourquoi est-ce que je mentirais, tu peux me le dire ? Qu’est-ce que cela m’apporterait exactement ? »

« Je ne sais pas … Enfin bon, viens par là. » dit-elle en tendant sa main pour qu’il la prenne. Elle l’aida à le relever, tirant un peu plus fortement pour qu’il tombe à moitié sur elle et qu’elle puisse le serrer dans ses bras.

« Qu’est-ce qui te prends, Elise ? » bafouilla le jeune homme, un peu étonné par le geste de la demoiselle aux cheveux auburn, celle-ci rigolant en lui répondant :

« Est-ce que je n’ai pas le droit de remercier mon oreiller pour la sieste que j’ai faite ? C’est la moindre des choses, non ? »

« Disons que tu peux me remercier d’une autre manière, Elise ? »

« Tery, tu es tout ce qu’il me reste … et inversement. Alors, je te demandes juste de profiter de ce que je t’offre, d’accord ? Qu’est-ce que tu en dis ? »

« Que je ne vais pas refuser ça car je ne suis pas stupide à ce point non plus ? »

« Tu fais bien, tu fais très bien, Tery. Ah … Tu t’imagines ? Quelques minutes plus tard hors de cette ville et cela aurait été nous qui … aurions été attaqué ? »

« Il y a de très fortes chances que ça soit ça … Elise. Il vaut mieux aussi que nous ne retournions pas en ville. Je pense que ceux qui ont attaqué ces types qui nous suivaient s’en sont sûrement pris à la ville. Chacun doit apprendre à se défendre. »

La voix ne laissa pas de place à la suggestion. Il en était … hors de question, n’est-ce pas ? Il n’y avait pas de temps et de place pour les sentiments. Le jeune homme aux cheveux bruns évita de penser à cette couturière. Elle-même devait apprendre à se débrouiller. Elle était sûrement assez douée pour savoir se défendre. Du moins, c’est ce qu’il pensait et ce qu’il espérait sinon … et bien, de toute façon, il risquait de ne pas la revoir.

« Que faisons-nous maintenant, Tery ? Notre devise est de ne jamais retourner sur nos pas, d’être toujours tournés vers l’avenir, non ? »

« Ce que l’on fait comme d’habitude : aller de l’avant. Si tu es prête, je le suis aussi. »

Il tenta de sourire avant de se mettre en route. Plus vite ils se remettront à marcher, mieux ce sera. Pourquoi cela ? Tout simplement car il ne veut pas trop rester avec cette odeur de sang qui monte au nez et qui commence à lui piquer les yeux.

« Tu en fais une tête, Tery. C’est … les cadavres ? Je pensais que tu étais habitué. »

« Être habitué ne veut pas forcément dire que je supporte tout ça, Ele… Elise. Mais bon, tu as vu ? Nos vêtements nous tiennent vraiment chauds. A ce sujet, tu n’as pas trop froid dans cette tenue, Elise ? Non, je plaisante ! » dit-il en voyant qu’elle le regardait en fronçant les sourcils. Pfiou … il valait mieux qu’il arrête dès maintenant.

« Ne t’avise plus de continuer sur cette voix, Tery, d’accord ? Sinon, je vais devenir très méchante … et non, je n’ai pas froid, si tu veux que je réponde à ta question si elle était sincère. La chaleur se diffuse complètement dans mon être avec ces habits. »

« Tiens, maintenant que tu le dis, c’est vrai. Je ne l’avais pas encore remarqué. »

Hahaha. Quel idiot. Comment est-ce qu’il avait put ne pas sentir ça ? Bon … Cette ville était à oublier maintenant. La prudence allait être nécessaire. Pourquoi ? Car si des démons se baladaient dans les environs, ils allaient sûrement essayer de leur tomber dessus. De même, vu qu’ils n’avaient pas encore vendu toutes les parties du scarabée-scorpion, ils pouvaient être aussi la cible de quelques voleurs.

« Ça ne te dérange pas si on accélère le pas aujourd’hui ? »

« Hum … non ? Pourquoi est-ce que cela me dérangerait ? »

« Pour rien, pour rien. Allons-y. Avec une heure à dormir, nous avons perdu un peu de temps. Même si nous ne sommes pas pressés … »

Alors pourquoi est-ce qu’il lui posait la question ? Elle vient réfléchir à cela, ne cherchant pas à comprendre plus que nécessaire ce pour quoi il disait ça. Bon … Bon … Bon … Pourquoi est-ce qu’il avait maintenant un visage soucieux ? Si elle l’interrogeait, elle était certaine qu’il n’allait pas lui répondre et cela ne lui plaisait pas du tout.

De son côté, le jeune homme respirait un peu bruyamment, fermant parfois les yeux tout en faisant attention où il mettait les pieds. Une mauvaise chute n’emmènerait à rien de bon, loin de là. Hum … Au moins, ils faisaient attention à ne pas attirer les créatures sauvages pendant qu’ils continuaient leurs marches. C’est seulement après trois heures qu’elle lui demanda de souffler un peu, ayant besoin de reprendre une respiration calme mais surtout de pouvoir soulager ses pieds. Clignant des yeux, il lui demanda :

« Tu … es déjà exténuée ? Mais nous avons à peine … »

« Tery, tu ne t’en rends peut-être pas compte mais j’ai tellement d’ampoules aux pieds que je suis sûre que je pourrais marcher sur une dizaine de crevasses en même temps. Et surtout, tu nous as pas laissé se reposer un seul instant. Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Mais rien du tout ! Tu peux arrêter de me poser cette question ? MERCI ! »

« Tu ne serais pas en train de t’emporter contre moi, Tery, n’est-ce pas ? »

« Si … Elise. Je vais très bien … mais toi, plutôt, est-ce que tu es sûre … que tu as tiré un trait sur tout ce qui nous rattachait à la surface ? »

« Ce n’est pas en me retournant la question que .. hein ? Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ? Je … Il n’y a plus rien qui nous attends à la surface, je le sais parfaitement »

« Tu le sais mais est-ce que tu crois en ça ? Est-ce que tu n’espères pas … des fois ? »

« Bon, tu as réussi. Je ne voulais pas t’agacer mais tu viens de le faire pour moi. Merci Tery, c’est vraiment sympathique de ta part de vouloir me faire du mal. »

« Ce n’est pas ça, Elise. Simplement que tu évoquais son nom. Tu vois de qui je parle. »

Toute colère s’évapora dans ses paroles. Maintenant, elle comprenait. Tery était inquiet pour elle mais dans sa fierté masculine, il voulait éviter de trop le montrer. Ainsi, elle murmurait … le nom de Royan pendant qu’elle dormait. Cela expliquait beaucoup de choses. Pourquoi est-ce que Tery était ainsi depuis son réveil, hein ? Elle chuchota :

« J’ai encore du mal, Tery. J’ai … beaucoup de mal à me dire que tout est fini mais ne t’en fait pas, je tiens bon, hahaha. Il faut juste … que je pense à abandonner tout espoir. Si tu es obligé de me parler ainsi, c’est que je suis bien pitoyable, n’est-ce pas ? »

Il n’avait jamais pensé cela ! Ca ne lui avait pas traversé l’esprit. Simplement, lui-même avait parfois envie de se rappeler du temps … avec Elen et Manelena. En fait, ça lui arrivait plus fréquemment que le voudrait Elise … mais il n’en parlait pas. Maintenant, Elise était comme dépitée par sa propre existence et il lui tapota le dos :

« Le passé, c’est le passé. On tente de l’oublier mais il se rappelle à nous par différentes façons. Tu n’as pas à t’en faire, tu es humaine, comme moi. »

« Démone, tu voulai dire, non ? » corrigea la jeune femme en faisant un faible sourire. « Est-ce que ça veut dire que toi aussi, parfois tu penses à … »

« Plus que je ne l’aimerai, Elise. Plus que je ne l’aimerai … »

« On a pas des vies faciles, toi et moi, hein ? »

« Exactement et c’est pour ça qu’il faut que l’on se serre les coudes et que jamais, on ne tente de mentir à l’autre, d’accord ? Enfin, c’est mal placé de ma part vu ce que j’ai fait à Elen. Je … Hum … Rien que le fait d’y penser. »

Il ne savait pas si elle était encore vivante. Il se rappelait juste du dernier geste qu’il avait eut envers elle. Ce geste malheureux, qui, pourtant, avait emmené la jeune femme à sa perte. Voilà qu’il se sentait une nouvelle fois assez mal par rapport à tout ça. Comment est-ce qu’il pouvait expliquer ceci ? Comment hein ? Comment était-ce … possible ?

« Tery, si seulement il était possible de s’expliquer et s’exprimer, n’est-ce pas ? »

« C’est ça, Elise … C’est ça. Mais c’est tout simplement impossible. Pas pour nous. Pas après ce que j’ai fait, pas du tout. Alors que… »

Non. Il ne devait pas le lui dire. Cela le conforterait dans l’idée qu’il était responsable du malheur d’Elise. Elle-même était plus qu’heureuse avec Royan et il avait brisé ses rêves du jour au lendemain. Il était le seul … à être à l’origine de toute cette histoire. Elle n’était qu’une victime dans tout cela et il ne pouvait pas l’oublier.

« Hum, toi, j’ai l’impression que tu veux que je cuisines ce soir, n’est-ce pas ? »

« Hein ? Mais je n’ai jamais pensé à une telle chose, Elise. Qu’est-ce qui te fait dire ça ? »

« Oh, je ne sais pas .. Sûrement mon petit doigt. Je crois que tu as été plus fatigué que moi-même, n’est-ce pas ? Alors, tu vas aller te reposer pendant que je m’occuperais de tout ce soir … mais vu qu’on est en plein milieu de l’après-midi, je suis au regret de t’annoncer qu’il va falloir que tu patientes pour profiter de mes services. Dommage, non ? »

« Vraiment dommage mais j’ai de la chance d’avoir une excellente cuisinière comme compagne de route, et pas seulement pour la cuisine. »
Un petit rire et voilà qu’ils retrouvaient le moral tous les deux. Oubliés, les démons qui s’étaient acharnés sur quelques types qui voulaient les dépouiller. Oubliés, les souvenirs d’Elen, Manelena et Royan pour le moment. Pour aujourd’hui, ils allaient juste se concentrer sur ce qui allait les attendre jusqu’à la fin de la journée, c’est à dire : rien.

Les heures passèrent bien plus posément qu’ils ne le pensaient. Aucune personne pour venir les déranger, aucun monstre pour venir les attaquer. Lorsque la « nuit » tomba, difficile de le savoir vu qu’ils étaient sous terre, ils commencèrent à tout installer pour le repas et la nuit.

« Ah … Vraiment, je suis toujours aussi déboussolée … Tu crois qu’on est le matin ? »

« Je t’ai déjà dit que si on commence à se poser ces questions, on risque de devenir fous. Le mieux serait plutôt de se dire : Il est quelle heure ce soir ? Tu continues à envisager qu’il est le soir et seulement le soir, Elise. »

« Je voudrais bien … mais avec toutes ces lumières autour de nous, crées par ces gros cristaux, c’est plutôt difficile, tu t’en rends compte ? »

« Plus que tu ne le crois, Elise, plus que tu ne le crois. Bon, tu nous cuisines quoi ? Je n’espère pas que c’est la chair de scorpion-scarabée hein ? »

« Je te rappelle qu’on l’a vendue et que je ne veux plus en entendre parler moi non plus. »

« Héhéhé … Alors, qu’est-ce que tu nous prépares ? » demanda t-il une nouvelle fois. Ce n’était pas qu’il avait faim mais c’était tout comme. Ils avaient très vite retrouvé la bonne ambiance entre eux deux. Les petites disputes étaient toujours mineures et disparaissaient aussi vite qu’elles étaient venues.

« Hum … Heureusement que pendant que tu marchandais, je montrais au marchand ce que l’on prenait. Tu n’as même pas jeté un œil à mes différents achats. »

Pas faux ! Il jeta un œil aussitôt dans le sac de la jeune femme mais se prit un coup de louche sur la tête. Elle fronça les sourcils comme pour bien lui montrer qu’elle n’appréciait pas du tout le comportement du jeune homme. Elle murmura :

« Recommences ça une nouvelle fois, Tery, et tu n’auras rien à manger. Est-ce que tu es motivé pour faire régime pendant toute une journée ? »

« Non, je ne suis pas intéressé par votre proposition, mademoiselle Elise. Mais si vous pouviez me dire tout simplement ce que nous allons manger, je vous en serais gré. Vous seriez forte aimable, je le reconnais. »

« Tsss, tu n’auras rien de ma part. Tu verras seulement quand tu seras servi. Ca t’apprendra à essayer de profiter de ma bonté d’âme envers toi ! »

BAH ! Il tira la langue sans aucune honte. Puisqu’elle était ainsi, il n’avait pas à se retenir non plus hein ? Hahaha ! Enfin bon … Ce n’était pas tout ça … mais, il avait faim. Il espérait juste que ça ne sera pas trop lourd ou copieux. Même s’ils marchaient beaucoup, il n’était pas du genre à avoir un grand appétit maintenant.

« Et voilà, Tery Vanian. Espérons que le repas soit à votre goût. »


Même si ça ne le serait pas, il n’allait pas se plaindre. Manger avait toujours une autre saveur quand on était bien accompagné. Les deux personnes se nourrirent en silence.

Chapitre 3 : De la chair pour autrui

ShiroiRyu
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Chapitre 3 : De la chair pour autrui

« C’est vraiment ce que je crois ? Où est-ce que vous avez été déniché ça ? Ne me le dites pas, vous avez l’air de deux voyous dans cette tenue. Vous auriez été incapables de … »

« Vous voulez peut-être vérifier si on est capable ou non d’abattre ce scarabée-scorpion ? Je vous promets que la réponse risque de ne pas vous plaire, compris ? »

« Comment ça ? Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? Exprimez-vous mieux, ça sera beaucoup plus simple alors pour après hein ? »

Oh ? Il n’était pas facile à comprendre ? Est-ce que ce type était en train de se foutre de sa gueule ? Ils avaient marché pendant trois longues heures pour apercevoir une ville. Heureusement pour eux d’ailleurs car ils n’en pouvaient plus. Quelques têtes s’étaient retournées sur leur passage tandis qu’ils s’étaient dirigé vers un magasin de troc.

« Alors ? Qu’est-ce que vous en dites ? »

« Qu’est-ce que vous voulez en échange surtout ? Ils sont d’une qualité remarquable et on dirait presque que vous n’avez pas combattu pour cela. Je veux bien savoir comment ça s’est déroulé. Vous ne devriez avoir aucun secret non ? »

« Qu’est-ce … que vous nous proposez surtout ? Bon … Elise, tu as trouvé quelque chose qui pourrait t’intéresser peut-être ? »

Il s’était tourné vers la jeune femme, celle-ci regardant autour d’elle, désignant plusieurs étoffes mais pas seulement. Il y avait aussi plusieurs outils, armes et plusieurs stocks de nourriture fraîche qui intéressait la jeune femme.

« Tu sais que l’on ne va pas dévaliser le magasin, n’est-ce pas ? On va aussi voir dans les autres boutiques. Peut-être proposer d’autres choses ? »

« Attendez un peu ! Vous êtes sûrs que rien d’autre ne vous intéresse ? Je suis certain qu’il y a forcément un truc ou deux qui pourrait vous être utile. »

Hum ? Ce type cachait quelque chose mais quoi ? Bah … Il incita Elise à regarder un peu mieux tandis qu’il observait ce marchand cornu. Hum … Il n’appréciait pas, n’est-ce pas ? Qu’il aille voir ailleurs ? Peut-être qu’en jugeant un peu ce type, il pouvait espérer récupérer bien plus que prévu ? Pourquoi pas ?

« Après tout, est-ce que cette étoffe te convient ou non, Elise ? Sincèrement, ça a l’air d’être un marchand un peu fourre-tout, je ne suis pas si sûr que ça soit convenable que de continuer à rester ici. Pardon mais si on trouve rien de mieux ailleurs, on reviendra. »

« NON NON NON ! Je sais ce qui pourrait convenir à une jolie dame comme la vôtre. »

Haussement de sourcil de la part de Tery et Elise. Vraiment ? C’est l’impression qu’ils donnaient ? Celle d’un couple ? Ils se regardèrent tous les deux avant de sourire.

« Oui ? On patiente mais pas trop non plus, hein ? On a encore à faire ailleurs. »

Et voilà que le marchand de bric-à-brac s’affairait en arrière, criant à une autre personne de lui ramener l’étoffe spéciale avant qu’ils ne partent Hum … Ca devait vraiment se passer ainsi ? D’ailleurs, il y avait des chances que oui.

« On est peut-être tombés sur un gros morceau, Elise. »

« Oh, moi, ce n’est plus vraiment une hésitation, Tery, j’en suis sûre et certaine. »

Le gros lot ? Après ces trois mois ? Oui. Bon … L’homme revint avec un rouleau de tissu rouge et légèrement brillant, invitant Elise à la toucher. Celle-ci poussa une petite exclamation de surprise avant de se tourner vers Tery :

« Tu devrais toucher. Ca ressemble à de la soie ! C’est merveilleux ! »

« A ce point ? Tu n’exagères pas un peu trop par hasard ? »
Pourtant, devant la mine ravie et réjouie de la jeune femme aux cheveux auburn, il s’exécuta avant de constater qu’elle avait entièrement raison. Hum … Par contre, il y avait un autre souci et c’était assez conséquent. Ils avaient remarqué cela auparavant, avec certains démons mais cet objet était très rare. Il demanda :

« Vous n’auriez pas un sac du vide par hasard ? »

« Un … Un sac du vide ? Vous plaisantez, j’espère. Je n’ai pas un tel objet chez moi ! Peut-être qu’en allant voir dans le magasin pour vous coudre vos vêtements mais … vous voulez quoi pour cette corne ? Je peux vous proposer ça, ceci, ceci et encore cela. »

Visiblement, il désirait réellement cette corne. Bon, ils n’avaient pas encore idée de la valeur de tout ça mais puisqu’il était si insistant, il récupéra les rouleaux d’étoffe, de quoi se nourrir et s’équiper correctement mais aussi une tente double pour eux deux.


Et les voilà enfin dehors. Pfiou … Ca devenait vraiment lourd à porter mais heureusement que ses années en tant que soldat dans l’armée de Shunter avaient été là pour travailler son physique. Et que dire des mois à marcher tout en explorant le monde hein ? Bref, non, ils n’étaient pas mécontents de ce qu’ils venaient d’accomplir et ils ne comptaient pas s’arrêter en si bon chemin.

« Est-ce que tu as faim, Elise ? Je pense que l’on pourra aisément échanger quelque chose comme cette chair contre un repas ou plusieurs autres ? »

« Si ça ne te dérange pas, j’envisagerai plus de nous rendre dans ce magasin de couture et aussi de nous renseigner sur ces sacs du vide. Tu as bien entendu ? C’est rare, très rare et pourtant, c’est nécessaire si on continue à vivre ainsi. »

Elle marquait un point. Autant se débarrasser au plus vite des achats, en savoir plus sur les sacs du vide et ensuite, ils pourront aller manger un morceau. Mais voilà que de plus en plus de têtes se tournaient vers eux jusqu’à ce qu’ils finissent par trouver un magasin de couture.

« Bonjour chers clients, que puis-je faire pour vous ? Oh mais cette étoffe, c’est … »

« Est-ce que vous seriez capable de faire quelques vêtements dans la journée avec ? »

« Bien entendu mais pas gratuitement, vous vous en doutez, n’est-ce pas ? Que me proposez-vous en échange ? Je peux savoir ? »


La femme à la chevelure blonde et aux yeux rubis avait un petit air amusé, caressant ses cornes dont une qui poussait à partir du front. Elle observa les deux personnes, attendant leur réponse, Tery ne tardant pas à donner la sienne :

« Que diriez-vous tout simplement de garder le reste de l’étoffe après avoir fait nos habits ? Il y en a deux rouleaux, cela devrait être suffisant non ? »

« Hum, ça me semble être un marché des plus honnêtes mais vous avez l’air de personnes qui veulent plus que des habits, non ? »

« Des sacs du vide, vous connaissez ? Même si vous en avez pas, est-ce que vous pouvez nous … dire où nous pourrions en trouver ? »

« Vu ce que vous allez me donner comme « payement », je peux bien vous en parler. Pour autant, venez donc par ici, tous les deux, j’ai des mesures à prendre. » dit la femme-démone avant de passer de l’autre côté du comptoir, mètre ruban en main.

« On doit déjà vous remercier, c’est bien ça ? Ça ne vous dérangera pas si on reste pendant que vous préparez les habits ? » demanda Tery alors que la femme haussait un sourcil.

« Pourquoi pas ? De la compagnie ne fait jamais de mal. Et comme cela, je pourrais vous parler de ce que vous désirez, non ? »

Encore ce sourire presque ravageur. Le jeune homme aux cheveux bruns répondit par le même avant de venir se placer correctement, tendant ses bras lorsqu’elle lui demandait. Pareil pour les jambes. Elle n’était pas accommodée par l’odeur ?

« Je saisis l’importance pour que vous désiriez de nouveaux vêtements. Il ne faudrait pas que les gens pensent que vous êtes des démons de bas étage, n’est-ce pas ? »

« Pas le moins du monde. Ca serait vraiment déplaisant, oui … »

« Et en vue des blessures sur vos corps, vous n’êtes pas des voyous ou des voleurs. Ce que vous avez obtenu, c’est par vos propres moyens. Impressionnant … A votre tour. »

La couturière se tourna vers Elise, celle-ci n’étant qu’à moitié rassurée de se laisser jauger par le mètre mais préféra faire profil bas pour ne pas déranger plus Tery qui observait en attendant les vêtements présents et proposés à la vente.

« C’est plutôt impressionnant cette quantité. Les affaires marchent bien ? »

« Tous les démons ont besoin de vêtements. C’est donc un marché lucratif. Un peu comme celui de la nourriture ou du logement. Ce sont les bases même de ce monde. Il y en a d’autres, bien sûr, mais je ne suis pas à plaindre pour ma position. »

« Je vois, je vois. Désolé pour toutes ces question qui peuvent être agaçantes … »

« Hum ? Agaçantes ? Mais non, mais non, cela me fait du bien d’avoir un peu de conversation. Alors, pour vos tenues, est-ce que vous avez des indications à me donner sur la coupe désirée ? La taille ? Est-ce que je dois vous faire sans manche ? Bref, c’est à vous de décider. Quant à vos questions sur les sacs du vide, je les attends. »

Cette femme-démone était agréable, très agréable. Pour autant, il se montrait encore relativement méfiant. Ce n’était pas tout ça … mais il n’était pas certain que ça soit une bonne chose que de trop accorder sa confiance à autrui. Surtout que depuis trois mois, c’était un peu la galère à chaque zone où ils se rendaient. Donc … Non … Il n’allait pas se faire avoir aussi simplement que ça. Il en était tout simplement hors de question.

« Est-ce qu’ils ont vraiment cette capacité ? Celle que de pouvoir être considéré comme un gouffre sans fond ? »

« C’est exact. Et ce n’est pas uniquement ceci. Bien entendu, le sac a une certaine limite. Vous ne pourrez pas rentrer un bâtiment entier. Et aussi, il est imposible de mettre des êtres vivants à l’intérieur, hein ? Pour autant, ils sont assez imposants sans pour autant être trop lourds. Est-ce que vous avez une autre question ? »

« Est-ce que … hum … si on met disons une cinquantaine d’objets dedans, comment fait-on alors pour récupérer exactement le-dit objet ? »

« C’est une excellente question et tout cela se passe par le pensée. Quand on vous dit que ces sacs du vide sont très rares, c’est qu’ils ne sont pas à la portée de tous. Vous aurez des flashs de tous les objets que vous avez mis à l’intérieur, des plus saugrenus au plus basiques. Je vous laisse imaginer la migraine que vous allez avoir si vous avez plus d’une centaine d’objets, n’est-ce pas ? A partir de là, il faut avoir un esprit assez fort. »

« D’accord … D’accord, je commence à comprendre parfaitement. Merci beaucoup. Elise ? Tu as déjà donné les détails pour ta tenue ? »

« Bien entendu. Pendant que tu parlais avec elle, j’ai noté tout ce dont j’avais besoin. Tenez. » dit la jeune femme aux cheveux auburn, tendant un bout de papier sur lequel elle avait écrit tout ce qu’elle considérait comme utile ou nécessaire pour sa propre tenue.

« Hum, j’ai visiblement du retard. Bon, je vais me dépêcher. Vous savez quoi ? Je vais vous faire confiance pour ma tenue. Je sais que vous le ferez bien. »

« Qu’il est mignon mais soit … Je vais tenter de vous faire des tenues complémentaires, comme ça, on verra bien que vous êtes toujours ensemble. Je reviens donc, vous pouvez rester dans la boutique mais il faut que je ferme cette dernière pour le moment. Ce n’est pas comme si les clients affluaient. »

C’était d’ailleurs un peu dommage. Cette boutique comme sa propriétaire étaient tous les deux des plus charmantes. Un peu étrange que nul ne venait … après, vu qu’il s’agissait d’un monde où le troc était roi, il y avait de fortes chances que beaucoup de personnes ne pouvaient pas se payer une telle boutique. Enfin bon, eux le pouvaient donc bon.

« Elle est trop gentille pour être honnête, Tery. »

« Hum ? Tu parles de la vendeuse ? Il y a de fortes chances, oui … Mais ne t’en fait pas, j’imagine que dès l’instant où nous sortirons de cet endroit, on sera des cibles privilégiées. Tu as remarqué que nous étions ses seuls clients ici ? »

« Oui. J’imagine que ce n’est pas à la portée de tous donc … »

« Si des personnes nous voient sortir de cet endroit, elles savent alors que nous ne sommes pas de simples démons et que nous sommes potentiellement intéressants … pour ce qu’ils comptent nous faire. Je ne crois pas que ça soit vraiment rassurant si tu veux tout savoir. »

« C’est exact. Bref, déjà qu’on se méfiait pas mal des monstres pendant que nous nous promenions, il y a de fortes chances que maintenant, il va falloir aussi se méfier de tous ceux qui viendront à notre rencontre. »

« Tery, est-ce que tu crois vraiment que … ils sont intéressés par … ce que nous sommes ? »

« Sincèrement ? J’en ait aucune idée … mais j’imagine que nous restons quand même des plats pour certains. Si seulement nous savions exactement où nous rendre. »

Ils soupirèrent ensemble. A l’heure actuelle, ils n’avaient aucune idée de l’endroit où ils étaient tous les deux. C’était aussi simple et basique que ça. Le duo vagabondait de zone en zone, sans connaître leur prochaine destination. Cela pouvait ressembler à un voyage mais non … Ce n’était pas ainsi que ça se passait.

« Bon, de toute façon, on ne va pas se préoccuper de tout ça hein ? »

« Tu as raison. On va tout simplement se reposer comme d’habitude et on fera ainsi. »

Ils se regardèrent avant de se sourire l’un à l’autre. Le plus important était simplement de se soutenir dans ces moments difficiles. Autant dire que ce n’était pas vraiment une partie de plaisir mais qu’ils n’étaient pas non plus à plaindre. Leur vie n’était pas si misérable que ça, loin de là. Hahaha …

« D’ailleurs, Tery, tu veux que l’on vérifie nos nouvelles possessions en attendant ? »

Vu qu’ils en avaient pour une ou deux heures, ce n’était pas une mauvaise idée non plus hein ? Qu’est-ce qu’il en pensait exactement ? De son côté, pourquoi pas ? Il ouvrit son propre sac, commençant à fouiner à l’intérieur tout en faisant une mine de dégoût.

« Mouais … Sincèrement, je crois qu’il nous en faudra plus tant que nous n’aurons pas l’un de ces sacs du vide, si tu veux tout savoir, Elise. »

« Toi aussi, l’odeur n’est pas des plus plaisantes ? Heureusement que l’on se sépare ce que nous récupérons de nos affaires personnelles. » dit-elle alors qu’il rigolait faiblement à cette évocation. Ce n’était pas comme si de base, ils étaient partis avec beaucoup d’affaires lorsqu’ils avaient traversé les portes démoniaques hein ? Comme si elle en lisait en lui, elle eut à son tour un petit sourire, les deux personnes continuant l’étude de leurs sacs.

Deux heures plus tard, la couturière était de retour, signalant à Elise de bien vouloir la suivre. Bien que mécontent et pas franchement rassuré de se séparer d’elle, même pour quelques minutes, Tery la libéra, la jeune femme aux cheveux auburn allant dans l’arrière-boutique avec la couturière.

« Tery ? Qu’est-ce que tu en dis ? Ce n’est pas trop voyant ? »

« A part le fait que tu as le nombril à l’air et pas de manche, le fait aussi que l’on voie tes cuisses, je ne suis pas certain. On dirait que tu pars faire une course, une très longue course. Mais sinon, le tissu est vraiment magnifique, Elise. Je ne pensais pas que ça donnerait un tel résultat, je dois te l’avouer. Mais tant mieux. »

Il faut dire que porter un top brun ainsi qu’un short en tissu rouge foncé, ce n’était pas déplaisant à regarder et il devait même avouer qu’Elise était drôlement mignonne. Pour autant, il n’allait pas lui faire cette remarque ou alors en tout bien, tout honneur.

« Mais sinon, est-ce que ça me convient ou pas ? Comment est-ce que je suis ? »

« Très belle, Elise. Tu es parfaite … Maintenant, j’imagine que c’est à moi, n’est-ce pas ? Allons-y alors … Voyons voir ce qui m’attends exactement. »

Il se redressa, la couturière l’invitant à la suivre pour qu’il aille dans l’arrière-boutique. Hum … Euh … Par contre, elle allait rester derrière lui pendant qu’il se changeait ? Elle signala que cela servirait si elle devait faire quelques retouches ou non. Il n’était quand même pas si intimidé que ça par elle, non ?

« Et voilà, Elise. Hum … Contrairement à toi, c’est plus … normal ? »

« Classique et basique ? Sûrement. Mais tant que ça reste efficace, on ne va pas s’en plaindre, n’est-ce pas, Tery ? »

Pour autant, il remarquait un petit détail. Son haut de tissu était tout autant de couleur brune que le top d’Elise. Et il en était de même pour le pantalon de toile … qui était de couleur rouge comme le short d’Elise. Oui … Bon, vraiment, il se sentait bien dans ce vêtement.

« Et ne vous préoccupez pas des déchirements, ça n’arrive pas d’arriver de sitôt. Ces vêtements sont résistants, vraiment très résistants. »

« Tant mieux alors. Pour les sacs du vide, vous savez ce qu’il faut faire pour en créer ? »

« Je le sais mais je serais incapable de vous les fabriquer. Il vous faudra trouver un meilleur couturier que moi pour ça, désolée. Néanmoins, nous sommes d’accord que vous me donnez le reste de l’étoffe ? Il y a un rouleau de trop, vous le savez ? »

« On le sait et je crois qu’Elise comme moi, cela ne nous dérange pas le moins du monde si vous voulez tout savoir. C’était le payement voulu. »

« Vous êtes vraiment des démons ? Normalement, une telle quantité … n’est pas à offrir, même comme payement. Vous vous appelez … Elise et Tery, c’est ça ? »

« Nous venons de la surface si vous voulez tout savoir. Nou n’avons pas été élevé comme des démons, voilà tout. Au revoir, mademoiselle. »

C’était un sujet qui restait encore un peu fâcheux et dont ils n’aimaient pas trop parler. La couturière voulut ouvrir la bouche mais rien ne quitta ses lèvres. Ils s’éloignèrent de la boutique, sans un mot, Tery observant les environs avant de tourner son visage vers Elise.

« Je ne sais pas vraiment ce qui nous attends dorénavant mais tu te sens prête ? »

« Dans ma nouvelle tenue ? Je suis prêt à faire les quatre cents coups et … qu’est-ce que tu regarde, Tery ? Tu peux me le dire ? » alors qu’elle sautillait sur place.

« Que tu devras sûrement mettre quelque chose sous ce haut de tissu car ça bouge beaucoup trop, je suis désolé de te l’avouer. »

« Qu’est-ce que … TERY ! Un peu de tenue ! »

Elle venait de comprendre de quoi il parlait avant de rougir un peu violemment. Hey, ce n’était pas lui possédait ses attributs mammaires hein ? Il n’était pas en faute dans l’histoire ! Pourtant, le regard gêné et un peu colérique de la jeune femme était bien visible.

« Je ne pensais pas que tu étais ce genre de garçons ! Je suis vraiment déçue. »

« Tu t’en remettras, Elise. Et je ne fais que constater. C’est gênant, c’est tout. »

« C’est tout ? Même pas un compliment ou autre ? Mais tu t’enfonces, Tery, tu t’enfonces. »

« Tu arrêtes donc de bouder, Elise ? » dit-il avant de la prendre par le bras pour la tirer contre lui, finissant par lui chuchoter : « Est-ce … tu as remarqué ? »

« Oui. Nous sommes déjà surveillés. Notre intuition était bonne, qu’est-ce que l’on fait maintenant, Tery ? Je ne suis pas encore habituée à combattre … ceux de notre race. Est-ce que tu veux vraiment que l’on aille chercher la confrontation ? »

Chapitre 2 : Deux vagabonds

ShiroiRyu
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Chapitre 2 : Deux vagabonds

Dire qu’ils s’attendaient à ça lorsqu’ils étaient arrivé dans ce monde souterrain était une erreur monumentale. Le jeune homme avait pensé qu’il y aurait de la violence à outrance, de la luxure, des trahisons de tous les côtés mais pas … ça. Même après trois mois, il ne s’habituait pas à ce monde désœuvré, vivant dans l’obscurité et la pénombre.

« Et dire que pourtant, c’est ainsi qu’est ce monde … vraiment étrange. »

« Encore en train de te parler seul, Tery ? Tu sais que même si je ne suis pas d’une excellente compagnie, je ne suis pas pour autant dénuée d’intérêt. »

« Je n’ai jamais pensé cela, Elise. C’est simplement … Qu’est-ce que tu penses de l’endroit où nous nous trouvons ? Après trois mois. »

« Sincèrement ? Que ce n’est pas la joie mais que je m’attendais à bien pire. Et toi ? »

« La même que toi. Je m’attendais à bien pire … vraiment pire. »

Et au final, ce n’était pas aussi problématique que ça. Hum … Ils avaient quitté l’auberge et la ville dès le lendemain pour se remettre en route. Enfin, en route, ce n’était pas comme s’il y avait un chemin tracé dans la roche ou dans la poussière. Non, ils quittaient les alentours de cette ville, s’étant ravitaillé avec le peu qu’il y avait au marché avant de s’éloigner.

« C’est vraiment pas joyeux … si tu veux tout savoir. »

« Par rapport à quoi, Tery ? Tu te parles encore tout seul. Ca fait même pas deux minutes ! Ou alors … Ne me dit pas que tu entends à nouveau sa voix ? »
Ce qui avait put être un sujet drôle devint aussitôt plus que sérieux. Pour autant, Tery fit un petit mouvement de la main avant de lui répondre :

« Ne t’en fait pas, ce n’est pas ça. Et heureusement que je ne l’entends plus. Tout ça s’est arrêté au moment où nous avons traversé les portes. Ah … Il doit être satisfait que j’ai accompli ce qu’il voulait. Il ne peut pas vraiment m’en vouloir. »

« Je ne sais pas si le fait de t’en vouloir le dérange vraiment, Tery. »

« Je pense surtout qu’il en a strictement rien à faire de ma personne. Je ne crois pas que je sois assez intéressant pour lui. J’ai fait ce qu’il voulait que je fasses, quitte à tout perdre. »

« Que ça soit … Elen … ou Manelena, n’est-ce pas ? » dit la femme aux cheveux auburn, Tery se renfrognant un peu sur place tout en marmonnant :

« J’ai pas envie d’en parler, je tiens à te le signaler. Alors, on peut éviter tout de suite ? »

« On peut et on va le faire … De toute façon, ma seule question aurait été : Elen ou Manelena ? Je n’ai jamais su, Tery. »

« Qu’est-ce que je viens de te dire, Elise ? Ne me mets pas en colère inutilement. »

« Ce n’est pas une colère inutile. C’est une simple question. »

A laquelle il n’allait pas répondre. Il considérait les propos de la jeune femme comme de la provocation à ses yeux. Ce qu’il pensait de Maneena ou d’Elen … était maintenant du passé. Il n’avait plus le temps de faire vagabonder ses pensées à des choses aussi absurde et inutiles. Le jeune homme aux cheveux bruns accéléra le pas. Maintenant qu’ils avaient mis de la distance avec ce petit village, il était temps de partir à la recherche du prochain voire même d’espérer une ville assez grande pour les accueillir.
Ils avaient l’air de deux deux vagabonds à parcourir les routes de la sorte. C’était assez ridicule en soi mais il n’allait faire aucune remarque. Et même leurs vêtements restaient vraiment … déchiquetés par l’usure. Au moins, hier, ils avaient put prendre un bain, ce qui était très rare. Il fallait vraiment qu’ils économisent pour de futurs vêtements.

« Bon, on va faire de gros efforts et ensuite, on ira se débrouiller, n’est-ce pas ? »

« Par rapport à quoi, Tery, tu peux me le dire ? »

« Je pensais aux vêtements. J’ai l’impression que l’on va en avoir besoin de nouveaux. »

« Tu dis cela à une femme. Bon, j’ai l’habitude ne pas avoir de beaux habits mais il est vrai que je ne serais pas contre quelques changements de ce côté. »

« A ce point ? Hahahaha … Ah … Bon … Que dirais-tu de passer une journée à chasser quelques bêtes dans les environs ? On tente de trouver déjà un autre village ou une ville puis on chasse dans les alentours pour avoir quelques morceaux qui pourraient plaire à un marchand d’étoffes ? Qu’est-ce que tu en dis ? »

« D’étoffes ? Et ensuite, on trouve un couturier ? Hum, j’ai vraiment l’impression d’être revenue à la préhistoire si tu veux avoir mon avis. »

Il ne pouvait pas donner tort à la jeune femme aux cheveux auburn. Elle avait entièrement raison à ce sujet. Ah … C’était un peu décevant en y réfléchissant bien. Il n’y avait pas vraiment de monnaie dans ce monde. Il était donc alors très difficile d’avoir quelque chose de vraiment conséquent entre leurs doigts. Comment savoir si l’objet récupéré hier avait encore la même valeur le lendemain ? Voilà le souci. Bien entend, certains matériaux étaient toujours très importants mais pour ça, il ne fallait pas espérer les trouver à chaque coin d’une grotte hein ? Ah …

« Bon, c’est pas tout ça mais qu’est-ce que tu en penses de cette idée ? »

« Comme on a rien de mieux à faire, j’imagine que c’est la meilleure chose que l’on puisse accomplir mais tu sais ce que l’on doit chasser ? »

« Pas le moins du monde. Je dirais bien : « Tuons tout ce qui bouge. » mais je crois que ça fait un peu sanguinaire, non ? Pas sûr que tu apprécies. »

« Nous sommes dans un monde où il faut se battre pour survivre, Tery. Je suis mal placée pour te faire la morale à ce sujet, tu t’en doutes, n’est-ce pas ? »

« Je sais bien mais bon, tu dois comprendre aussi que je préfère me renseigner un peu. Bon, alors on est partis ! »

Il voulait se montrer plein d’entrain mais le ton n’y était pas. Devoir chasser même pour quelques vêtements un peu corrects, c’était vraiment la fin des haricots. Le séjour dans le monde des démons tournait presque à la catastrophe, enfin, c’était ainsi depuis le début. Le début de la fin ? Quelle remarque débile de sa part.
Pour autant, il ne vint rien dire de plus. Le mieux, dans ce genre de cas, c’était de rester muet et de tout simplement patienter jusqu’à ce que tout soit fini. Craquant les os de son cou, il commença à courir subitement, sans prévenir Elise qui s’écria :

« HEY ! Mais qu’est-ce qui te prends, Tery ? Tu peux me le dire ? »

« Rien de spécial, je pensais juste qu’on allait accéérer un peu le mouvement, tu ne crois pas que ça serait mieux pour nous ? »

« Je veux bien mais tu n’es pas obligé d’avoir des sauts de vitesse de la sorte ! » continua de dire Elise alors que le jeune homme avait un grand sourire aux lèvres en la voyant peiner à se décider à le suivre.

« Disons que le bruit de nos pas va sûrement attirer plusieurs créatures sur nous alors autant faire un maximum de bruit, tu ne crois pas ? »

« Et si c’était une créature dont on ne connaissait rien du tout, Tery ? Est-ce que tu y as réfléchit ou non ? »

« Est-ce que j’ai une tête à réfléchir, Elise ? » répondit-il tout en rigolant alors qu’elle levait les yeux au ciel ou plutôt au plafond de pierre.

« Pas le moins du monde mais j’avoue que parfois, tu me donnes envie de t’enfoncer une pierre dans le crâne pour te forcer à ça. Tu crois que ça marcherait ? »

« On essayera plus tard ? Viens par là plutôt. » termina de dire le jeune homme aux cheveux blonds tout en lui désignant de grimper sur une pierre sur laquelle il venait de se loger.

« Hum ? Ne me dit pas que tu as trouvé une … »

Qu’elle se taise. Il mit la main devant ses lèvres pour lui dire de garder les siennes closes alors qu’elle arrivait à sa hauteur. Qu’est-ce qu’il y avait pour qu’il se comporte de la sorte ? Elle comprit bien vite lorsqu’elle remarqua ce qui semblait être un scarabée géant. Mais pas seulement. Avec sa corne devant, il fallait rajouter aussi un long dard en arrière. Un scorpion-scarabée ? Et comme si cela suffisait pas on pouvait apercevoir de nombreuses parois rocheuses sur son abdoment et ses pattes.

« Je n’ai jamais rencontré ça. Qu’est-ce que c’est, Tery ? »

« Elise ? Si tu veux être un peu sérieuse, je te rappelles que moi non plus, n’est-ce pas hein ? Comment est-ce que je pourrais connaître ça ? »

« Je ne sais pas ? Avec ton intelligence supérieure et tout le reste ? »

« Tu ne serais pas en train de te moquer de moi, Tery ? Bon, comment on agit ? J’imagine que le mieux serait de l’avoir par-dessous. Tu as remarqué sa carapace ? »

« Autant ne pas compter sur le fait de la briser. D’ailleurs, si on arrive à l’abattre sans briser sa carapace, peut-être que nous pourrons en tirer un très bon prix. Enfin, obtenir des objets conséquents en échange. On y va ? »

Sans aucune stratégie ? C’était digne de Tery mais elle acquiesça d’un mouvement de tête. Pourquoi pas hein ? Bon … Juste un petit regard aux alentours. Rien à gauche, rien à droite. Tant mieux, tant mieux, ils n’avaient donc rien à craindre d’une attaque surprise.

« J’y vais d’abord puis tu me suis, Elise ? »

« Comme d’habitude, je couvre tes arrières … et fais attention, Tery. Tu sais aussi bien que moi que ces créatures sont vraiment différentes de celles à la surface. »

Pas besoin de le lui signaler. Il n’avait pas oublié leur première rencontre avec un monstre dans ce monde souterrain. Cela s’était terminé par un épuisement quasi-total des deux jeunes gens et surtout le fait qu’il n’avait pas fait attention. Il pensait qu’en s’emportant comme à son habitude sur son adversaire, il le dominerait mais non … la réalité était toute autre malheureusement. Ah … Enfin bon …

« Je vais voir pour le faire se retrouver sur le dos, ça nous permettra de prendre l’avantage. »

Et voilà qu’il venait enfin bondir pour atterrir trois mètres plus bas. Le scarabée-scorpion géant était à environ une dizaine de mètres de distance et encore plus bas. Il n’avait sûrement pas remarqué le duo tandis qu’Elise rejoignait Tery.

« Prête, Elise ? Je vais lancer mon attaque dès maintenant. »

Ses cornes sur son crâne, maintenant omniprésentes, il avait posé ses mains sur le sol tout en regardant plus bas. Ce monstre semblait bien trop gros pour être normal. Il fallait espérer que ce n’était pas un adulte aguerri. Voilà qu’il insuffla la magie dans ses mains, des pans de pierre se soulevant peu à peu sur le chemin entre le duo et le scarabée.

« Et une bonne chose qui est faite ! » s’exclama Tery lorsqu’un pieu de pierre frappa le ventre du monstre, le soulevant au-dessus du sol et … ce n’est pas logique là.
Vu la dose qu’il avait mis dans ce sort, il avait envisagé que le scarabée-scorpion géant soit tout simplement empalé par le pieu de pierre … pas qu’il soit projeté. Ce n’était pas bon signe ! Pas du tout ! Il se tourna vers Elise en disant :

« Il est encore vivant ! Son corps n’est pas mou au niveau du ventre ! »

« On s’enfuit ? Ou on va chercher le combat et … »

« Je crois que l’on a notre réponse à ta question, Elise. Et elle n’est pas bonne. »

Elle ne demanda pas plus d’explications lorsqu’un bourdonnement se fit entendre. Et surtout que les ailes étaient bruyantes, très bruyantes. La raison était simple … et elle se tenait face à eux. Le scarabée n’avait pas apprécié l’attaque de Tery et sa carapace s’était soulevée pour laisser apparaître ses ailes qu’il venait d’utiliser.
Qu’est-ce qui était pire qu’un scarabée doté d’une queue de scorpion et d’une taille humaine ? Le même mais avec des ailes pour lui permettre de se déployer. Les deux personnes sautèrent chacun d’un côté alors que le scarabée fonçait vers eux, plantant son dard dans le sol de pierre sans pour autant réussir à les toucher.

« Plus le choix, c’est à la vie ou à a mort, Elise ! Fais vraiment attention à toi ! »

« Et la réciproque marche tout autant ! »

Dans le genre imprévu, le fait que le monstre ait survécu était parfait. Maintenant, pour compenser tout ça, ils allaient devoir s’activer bien plus pour espérer s’en sortir. Hum … Est-ce que le scarabée avait des pouvoirs ? Ils allaient devoir vérifier ça tous les deux. Faisant quelques mouvements des doigts et de la tête à Elise, celle-ci répondit par la même avant de forcer le monstre à se placer entre eux deux.

« Et maintenant, voyons voir si les flammes pourraient ramollir un peu ta carapace ! »

Un mouvement du bras en arc de cercle et des flammes apparurent devant elle. Les yeux rubis de la jeune femme aux cheveux auburn fixèrent ardemment leur adversaire du jour. Les flammes léchèrent le corps du scarabée sans pour autant l’arrêter dans ses mouvements. Il se tourna vers Elise, fonçant à toute allure vers elle, corne en avant.

« Couches-toi au sol et vite ! »

Il n’aimait pas ordonner Elise qui pouvait se débrouiller aisément toute seule mais bon, dans ces moments-là, l’heure n’était pas à ce qu’il appréciait ou non. Voilà que la jeune femme s’exécuta, le scarabée passant au-dessus d’elle, lui rasant le dos ou presque alors que Tery poussait un soupir de soulagement. Comment stopper ça ? Hum, les pierres sur son corps étaient un peu rouges, était-ce à cause de la chaleur provoquée par les flammes ?

« Bon, on va tenter une autre méthode ! Elise ! Tu peux continuer avec ton feu ? »

« Je vais essayer, je ne te promets rien, Tery ! Tu as quoi comme idée en tête ? »

« On va voir pour faire fondre ces pierres sur sa carapace. Peut-être qu’avec ça, on pourra alors espérer la briser et … »

« Tu n’oublies pas un peu pourquoi on cherche à combattre ce Scarabée ? »

« Tu penses vraiment que ce que l’on peut récupérer sur lui est le plus important ? »

Pas qu’il lui fasse la morale mais il vaudrait mieux pour elle qu’elle se préoccupe plus du fait qu’ils doivent survivre tous les deux pour espérer pouvoir dépecer ce scarabée géant hein ? Mais néanmoins, elle n’a pas tort pour autant. S’ils pouvaient éviter de trop en faire …

« Alors, tu as une meilleure solution à me proposer ? »

« Si tu arrives à grimper sur son dos et à lui retirer ses ailes, peut-être que sous celles-ci, tu pourras alors le tuer plus aisément ? Son corps en lui-même, on en a rien à faire non ? »

Hum, oui, elle a raison mais voilà … grumpf ! Bon, ils allaient faire comme elle le disait. Ça sera beaucoup mieux que de continuer à parler tout en tentant d’échapper à ce scarabée complètement cinglé. Ouais … Pfiou … Se reposer ne serait pas du luxe non plus.

« Essaies alors de l’occuper pendant quelques instant puis tu lui feras percuter le mur, Elise ! Ta méthode me semble bien meilleure ! »

Logique puisqu’elle l’avait eut ! Néanmoins, pas le temps de faire cette petite remarque pour décompresser verbalement, il valait mieux se concentrer. Alors, il fallait titiller le scarabée pour qu’il se focalise uniquement sur elle ? Elle allait y arriver aisément. Petite flamme sur petite flamme, voilà qu’elle les projetait sur le scarabée. Celui-ci était maintenant clairement fixé sur elle et c’était parfait.

Parfait … mais à quel point ? Elle jeta un bref regard en direction du jeune homme qui était remonté de quelques mètres pour se retrouver sur une paroi. Le bon moment, tout n’était qu’une question de bon moment alors qu’il patientait.

« PAR ICI ELISE ! » hurla Tery en direction de la jeune femme aux cheveux auburn, celle-ci courant vers lui, tout en se préparant à appuyer sur ses pieds.

« Tu es prêt à me réceptionner ? J’ARRIVE ! »

Voilà qu’à portée de la paroi, elle fit un bond prodigieux pour sauter vers le bras tendu de Tery alors que le scarabée percutait la paroi de pierre, sa corne se plantant dans celle-ci, faisant trembler la zone où se trouvait le jeune homme.

« VITE ! TERY ! Occupes-toi en maintenant ! »

Bien sûr, bien sûr ! Il l’aida juste à grimper sur la paroi alors que lui-même sautait sur le dos du scarabée-scorpion. Il eut juste le temps de s’agripper à une aile, le dard … s’enfonçant tout simplement dans la chair molle de la créature. Ce n’était pas franchement très malin de la part de cette dernière mais il n’allait pas s’en plaindre.

« Bon, il a réussi à s’empoisonner. On va apprécier cette chance qu’il nous offre hein ? »

« AU LIEU DE PARLER, TERY ! AGIS ! »

Grumpf ! D’accord, d’accord ! Voilà qu’il tire sur chaque aile avec ses mains griffues, poussant un grognement de mécontentement avant de continuer à tirer avec de plus en plus de force jusqu’à ce qu’un déchirement se fasse voir. Les deux ailes quittèrent le reste du corps du scarabé, celui-ci arrivant à s’extirper du piège de pierre dans lequel il s’était enfoncé. Pour autant, le jeune homme ne comptait pas s’en arrêter là.

« Je ne crois pas que la chair de scarabée soit délicieuse … et je m’en fous. »

Ses griffes vinrent se soulever pour aller se planter dans le « cou » de l’insecte géant, entre son abdomen et sa tête. Quelques soubresauts et voilà qu’il cherchait à se retenir pour ne pas tomber de la créature. Pfiou … Et voilà qu’elle s’écroula au sol, morte.

« Pfiou … c’était vraiment … sportif, Elise. Comment est-ce que tu te portes ? »

« Tu vas attendre que je descendes et je te le dirais en face ! »

Hmm … Le ton n’est pas rassurant. Elle est en colère contre lui ou quoi ? Pourtant, lorsqu’elle arriva à sa hauteur, elle le fixa de haut en bas avant de grogner. Elle plaça une main sur l’épaule gauche de Tery, criant :

« Imbécile ! Tu pourrais faire plus attention ou quoi ? Tu as vu ton épaule ? Tu as été blessé ! J’espère que ce n’est pas par le dard non plus ! »

Blessé ? Hein ? Il tourna son visage vers l’endroit où elle avait posé la main, remarquant la plaie. Le scarabée-scorpion avait fait ça quand ? Enfin bon … Ce n’était pas le plus important. Est-ce qu’ils avaient de la corde ? Elle signala que oui alors qu’il commençait à arracher un maximum de partie du scarabée, quitte à se salir un peu.

« Alors, on peut prendre la corne, ses ailes bien entendu … tu crois que sa carapace aussi, Elise ? Qu’est-ce que tu en penses ? »

« Que ça va être sacrément lourd pour nous … on peut toujours la briser en partie et les cacher pour aller les récupérer ensuite ? On ne va pas traîner son cadavre non plus. A côté, je te dirais de prendre de la chair. Même si ce n’est pas notre repas, peut-être que ça plaira à d’autres ? Qui sommes-nous réellement pour juger, n’est-ce pas ? »

« Tu n’as pas tort sur le coup. Mieux vaut assurer ses arrières. Pfiou, c’est la première fois qu’on arrive aussi bien tout ça. Tu crois que c’est l’adaptation qui finit par payer ? »

« J’aimerai me dire ça, Tery. J’aimerai … mais je ne pense pas. Tu portes le plus lourd ? »

La question ne se pose pas aux yeux du jeune homme. Celui-ci lui sourit doucement avant de tapoter son crâne. Bien entendu qu’il va prendre un maximum pendant qu’elle ira juste récupérer de la … « viande » de scarabée. Ah … Le point positif dans cette viande, c’est qu’il n’y a pas d’os à retirer, non ?

Mais voilà qu’une bonne demie-heure après, avec des membres du scarabée-scorpion sur le dos, ils reprennent la route. Heureux et satisfaits de cette petite chasse qui avait réussi à bien les distraire, il fallait maintenant trouver une nouvelle ville.

« La vie de vagabond, ça a du bon, Elise ! »

« Tery, s’il te plaît, ne recommences plus jamais ce genre d’humour. »

Pourtant, elle n’avait pas réussi à s’empêcher de sourire. S’il était capable de proférer de telles idioties, c’est qu’ils allaient bien tous les deux. Ensemble, tout était beaucoup plus facile à supporter, même l’humour de Tery qui était, il fallait avouer, démoniaque.

Chapitre 1 : Trois mois plus tard

ShiroiRyu
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Premier axe : La vie des Démons

Chapitre 1 : Trois mois plus tard

« Elise, tiens bon. Il ne faut pas que tu lâches ma main, d’accord ? »

« Bien entendu, Tery. Je n’y compte pas. Où sommes-nous ? Tu en as une idée ? »

Il ne répondit pas et pour elle, c’était synonyme de futurs ennuis. Non pas qu’elle n’avait pas confiance dans le jeune homme mais par contre, elle n’en avait aucune dans l’endroit où ils se trouvaient. Combien de temps s’était-il écoulé depuis cet événement qui avait marqué et chamboulé complètement leurs vies ? Trois mois environ.

« On va bien finir par trouver un autre village. Cela fait déjà trois jours que nous n’en avons pas trouvé un. On ne doit pas être si loin que ça, Elise. »

« Je te fais confiance, Tery. Je te fais entièrement confiance. Je comptes sur toi, tu le sais. »

Depuis trois mois, il était la seule personne en qui elle pouvait croire et inversement. Depuis trois longs mois, ils étaient seuls au monde Non, seuls dans CE monde. C’était là toute la différence avec ce qui se passait auparavant. Pour autant, ils n’étaient pas désespérés, loin de là. Ils tenaient bon et …

« Tery, est-ce que l’on peut se reposer quelques minutes, s’il te plaît ? J’ai besoin de souffler un peu et cette zone est assez éclairée. »

« Pas de soucis. Tu peux prendre tout ton temps si tu le désires. Ce n’est pas comme si nous étions attendus ailleurs, n’est-ce pas ? »


Il marquait un point mais elle ne chercha pas à répondre par l’affirmative. Au-dessus d’eux, il y avait bien une lumière … mais ce n’était pas celle du Soleil. Des champignons luminescents, des pierres qui brillaient, on pouvait penser à un spectacle un peu féerique sauf que la vérité était bien loin d’être aussi belle malheureusement.

« Qu’est-ce que l’on a à manger, Tery ? Tu peux me montrer ? »

« Rien de bien folichon. J’ai l’impression d’être le héros des contes que ma mère me racontait quand j’étais gamin. Tu sais, avec les lézard grillés et le reste. »

« Ah oui, ce genre de petite anecdote. Lorsque j’étais serveuse, beaucoup s’en vantaient mais combien ont vraiment mangé comme nous ? »

Ils évoquaient leur passé mais chacun savait qu’ils se faisaient plus souffrir qu’autre chose en parlant de la sorte. Néanmoins, voilà que le jeune homme sortait d’un sac fait en toile ce qui sembla être une longue patte de reptile séchée.

« Pas besoin de la réchauffer. Toute façon, ça croque sous la dent et nous ne sommes pas vraiment en moyen de pouvoir faire les difficiles. »

« Je n’ai jamais prétendu le contraire, Tery, tu sais ? »

Il le savait parfaitement mais bon, c’était juste une phrase comme une autre. Voilà qu’il sort la même chose de son côté, le jeune homme se mettant à dévorer comme une bête sauvage cette patte reptilienne, arrachant la chair avec les dents.

« J’ai l’impression d’être devenu un animal, Tery. Tu en as mis partout, tu te rends compte ? »

« Héhéhé. Je m’en rends compte, oui ! Mais qu’importe ce à quoi on ressemble, tant que nous avons à manger, tous les deux. Par contre, les monstres nous évitent un peu dans les environs, tu as remarqué ? Je pense qu’il va vraiment falloir accélérer le pas. »

En un sens, le côté positif, c’est qu’ils n’avaient rien à craindre des créatures se tapissant dans ce dédale de galeries et de grottes souterraines. D’ailleurs, on ne pouvait même plus évoquer le terme de grottes mais de royaume souterrain.

« C’est si immense à bien y regarder, tu as remarqué ? »

« Elise, tu imagines la taille à la surface ? Et bien, tu copies les mêmes dimensions mais sous terre et encore, je me trompes sûrement … car il faut aussi compter la profondeur. »

« Autant dire que nous n’avons pas fini d’en découvrir, c’est bien ça ? »

« C’est exactement ça, Elise. J’espère que tu es prête … »

Encore les mêmes discussions entre eux. Ce n’est pas que cela paraissait étrange, loin de là. C’était juste un moyen de pouvoir garder le contact entre eux deux, de garder un maximum de sociabilité. C’était la moindre des choses pour qu’ils puissent tenir le coup, tous les deux.

Le repas fût aussi bref et convenu que possible, Tery étant le premier à se redresser pour signaler qu’il était temps de se mettre en route. La jeune femme aux cheveux auburn ne refusa guère sa proposition, déclarant que de toute façon, pour digérer, le mieux était encore la marche. D’ailleurs, pour se déplacer, heureusement qu’elle était là.

« Mademoiselle, si vous voulez bien me montrer a voie à suivre ? »

Il s’était faussement incliné, comme on le ferait à une dame issue de la noblesse alors qu’elle soupirait avec amusement. Voilà que d’un claquement de doigt, elle fit apparaître plusieurs flammes autour d’elle, illuminant encore mieux le passage devant eux. Ils n’étaient jamais à l’abri d’un mauvais précipice.

« Essayons au moins de voir un village à l’horizon, d’accord ? »

« Il faut vraiment que l’on arrête de demander l’accord de l’autre à chaque fois que l’on ouvre la bouche, Tery. J’ai l’impression de devenir folle. »

Il s’excusa car il ne pouvait pas lui donner tort. Lui-même avait aussi cette impression de devenir cinglé ou presque en agissant de la sorte. Pour autant, ils étaient vraiment les seuls contacts avec un membre de la même race. En trois mois, il s’en était passé des choses et malheureusement, la trop grande majorité ne pouvait pas être considéré comme … bonne. C’était triste à avouer mais ainsi allait la vie et pas autrement.

« Et impossible de quitter cet endroit … »

« Nous en avons déjà discutés, Tery. Nous le pourrions mais il y a de fortes chances que l’on soit alors poursuivis si on le faisait. Tu as bien vu, non ? Trois entrées, trois patrouilles. »

Bien entendu. Depuis l’ouverture des portes démoniaques à Omnosmos, des centaines d’autres avaient fait alors leurs apparitions dans le monde. Oh, pas avec des portes aussi grandes et gigantesques, non. Cela ressemblait plus à des grottes et autres entrées plutôt bien cachées. Quelques pierres runiques et ainsi de suite, et voilà comment tous les endroits avaient été scellés dans le passé. Puis le jour où les deux mondes s’étaient joints, alors, tout avait basculé … et pas seulement pour la surface mais aussi personnellement.

« Et pas des petites, je te rappelles. A nous deux, nous n’aurions pas réussi, Tery. »

« Tu plaisantes, j’espère ? Je te rappelle qui j’étais là-bas ? Bon, le souci, c’est qu’ensuite, tout le monde aurait été au courant que des démons sont sortis. »

« Des démons … » murmura faiblement Elise, s’arrêtant pendant la marche. Ce terme restait tout simplement horrible à entendre et c’était pourtant celui qui les définissaient maintenant.

« Tout ça à cause d’une voix et de ces deux salopards ! »

« Aussitôt apparus, aussitôt disparus. Je ne sais pas où ils sont depuis tout ce temps et je n’ai vraiment pas envie de l’apprendre maintenant. »

« Pareil pour moi, je ne crois pas que j’arriverais à me retenir de vouloir les tuer. »

« Alors, on va éviter de continuer à les évoquer si on ne veut pas devenir vulgaire, n’est-ce pas ? Bon … Est-ce que tu vas mieux ? »

« Non, je ne vais pas mieux mais ce n’est pas comme si j’avais vraiment le choix, Tery. »

Dans ces moments-là, il préférait se taire et ne pas chercher à converser. Il pouvait dire quoi hein ? Sincèrement ? Qu’est-ce qu’il allait lui déclarer ? Que tout ça, c’était de sa faute ? Il en était bien conscient ! Il avait entendu cette voix et il avait …

… … … Non. Ce qui était fait était fait. Il n’allait pas revenir en arrière, il en était hors de question. Il ne pouvait pas revenir en arrière et balayer d’un mouvement de la main tout ce qui s’était passé. Ce souvenir était encore frais et il regarda brièvement la main qu’il avait utilisée à ce moment précis contre elle. Le sang … cette sensation de retirer la vie. Elen était morte par sa faute et cela le torturait. Pour autant, il n’en laissait rien paraître.

Aucune marque de faiblesse ne devait être visible sur son visage. Il en était … hors de question. Ah … Bon …Il fallait trouver un village et vite. Dormir « dehors » allait être vite devenir très difficile. Leurs corps s’étaient peut-être renforcé, ça ne voulait pas dire pour autant qu’il était capables de compenser un bon lit douillet.

« Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour avoir un toit artificiel au-dessus du crâne. Enfin, bâti par des mains démoniaques … vu que la majorité des bâtiments sont faits en pierre. »

« On finira bien par trouver un tel endroit, Tery. Nous sommes encore dans une zone habitable, d’après les derniers renseignements. Il faut juste … avoir un peu de chance. »

« De la chance, est-ce que c’est vraiment ça dont on a besoin ? »

Elle le regarda, ne cherchant pas réellement à lui répondre. Si elle lui répondait, elle n’était pas convaincue que le jeune homme apprécie ce qu’elle lui dira. Enfin … Elle non plus. Ils continuèrent à avancer, finissant au bout de deux heures par apercevoir ce qui semblait être enfin un semblant de civilisation.

« Sympathique, on est encore tomber sur un village en presque ruines. »

« Les forts mangent les faibles, Tery. Les forts mangent les faibles … C’est la première leçon que nous avons appris ici-bas. »

Des fois il parlait, des fois elle parlait. Mais sur le coup, il avait bien envie de répliquer avec lui que ça ne marchera pas de la sorte, qu’il en était … hors de question. Pfiou … Bon, le plus important, c’était de donner une bonne impression dès les premières minutes. Ils se regardèrent tous les deux avant de soupirer avec une petite pointe d’amusement.

« Comment vas t-on faire pour dire que nous sommes terrifiants et imposants, Tery ? Surtout avec la crasse sur nos habits et nos corps ? »

« Bonne question, Elise. J’imagine que tout est dan les yeux et les cornes. »

« Tu sais aussi bien que moi que ce n’est pas la taille des cornes qui compte. » répondit-elle avant qu’il ne commence à rigoler devant cette blague.
C’était bien ça dont ils avaient besoin : d’un peu d’humour dans ces moments plus que difficiles. Le jeune homme aux cheveux bruns prit un peu plus de rythme, accélérant les pas tandis qu’elle le suivait. Faire une bonne impression. Ils pouvaient être amicaux, n’est-ce pas ? Il faut avouer que cela dépendait des villages et des villes parcourues.

Des ruines … Ou presque. En rentrant dans la zone, difficile de ne pas constater l’état des lieux. Les bâtiments tenaient à peine debout, quelques êtres étaient assis au sol, des enfants jouaient à se poursuivre tandis que quelques personnes discutaient entre elles.

« Je me moquais de notre tenue à toi et à moi, Elise mais … hum … »

« Ils ne sont pas vraiment mieux, oui. On dirait qu’ils sont ainsi au quotidien. »

Ce n’était pas de la flatterie mal-placée mais la triste vérité. Pour autant, en continuant leurs chemins, voilà que les enfants arrêtèrent de courir, les observant et les étudiant. Quelques murmures pour se demander qui étaient ces étrangers … et les voilà de retour dans un monde rempli de suspicion. Logique … Les étrangers n’étaient pas vraiment très appréciés.

« Est-ce que tu crois qu’ils pensent que nous sommes … là pour eux ? »

« Quant tu dis pour eux, Tery, tu penses à … la manière d’un démon, c’est ça ? »

« J’imagine. Tu peux lire la peur dans leurs regards. J’imagine que des étrangers qui se déplacent de village en village, cela veut dire une unique chose. »

Qu’ils ont les capacités et les moyens pour survivre hors des villages démoniaques. Qu’ils peuvent lutter contre les créatures qui habitent ce monde souterrain. A partir de là, ils sont déjà d’une caste complètement différente du démon lambda. Voilà qu’une petite fille en haillons, qui doit à peine avoir cinq ou six ans, des petites cornes sur le sommet du crâne, se rapproche d’eux pour les observer. Ses yeux sont rouges, comme ceux des démons mais surtout car elle n’a pas encore réussi à contrôler ses pouvoirs qui se développent dès le plus jeune âge dans ce monde souterrain. Oui, ici, tous les yeux sont rouges, comme pour garder en éveil l’instinct de survie chez chacun.

« Hum … Bonj… »

Il avait commencé à saluer l’enfant mais aussitôt, une femme qui n’était pas dans une meilleure tenue que sa fille vint la tirer par le bras en lui disant de ne plus recommencer et de ne pas importuner ces personnes. Bien entendu … qu’ils n’étaient pas rassurants.

« On cherche une auberge dans cet endroit et on repart le lendemain ? »

« Tu es sûre, Elise ? Tu ne veux pas tenter le coup ici ? »

« Non, ça ne servira à rien. Il vaut mieux ne pas se faire d’illusions, Tery. Ils ne voudront pas de nous et inversement : on aura vraiment rien à y gagner »

Il savait qu’elle n’avait pas tort, loin de là. Il n’y avait par réellement à espérer quelque chose de cet endroit. Pour autant, ça ne voulait pas dire qu’ils devaient l’abandonner. Hum … Compliqué, c’était vraiment compliqué, et cela depuis qu’il étaient dans ce monde.

« D’accord, d’accord. Je te laisse gérer ça, Elise. Tu es à même la plus douée pour savoir comment on doit réagir suivant les villages que l’on visitent. »

« Je le sais bien, je le sais bien. Allons trouver une auberge. »

Ce ne fût pas bien difficile. C’était peut-être le seul bâtiment présentable dans le village. La preuve en était qu’il était une porte en bois et quelques vitres pour les fenêtres, ce qui était une sorte de grand luxe dans ce monde. Difficile de trouver un bois convenable lorsque l’on vivait sous terre et que la lumière du Soleil était presque inexistante.

« Hum ? Nouvelles têtes ? Pour combien de temps vous êtes là ? »

« Bonsoir à vous aussi. » répliqua Tery sur un ton monocorde à l’être patibulaire qui semblait diriger cette auberge. Oui, l’intérieur était plus « luxueux » que l’extérieur voire tout le village en entier. A croire que rien qu’un élément de ce décor valait plus cher que tout le reste du village. Pour autant, il ne fit aucune remarque à ce sujet, Elise s’approchant de l’homme derrière le comptoir. Des cornes qui s’allongeaient vers le plafond, la mine sévère et surtout une taille qui devait se rapprocher des deux mètres de hauteur. Sympathique.

« Une soirée uniquement. Est-ce que vous pratiquez le troc ? »

« Ca dépend de ce que vous avez à me proposer. Si c’est le cadavre d’un rat, vous aurez mon pied au cul, j’aime pas les petits plaisantins. »

« Regardez dedans et dites-nous plutôt ce qui vous convient pour que ça ne soit pas un bout de bois et de la paille comme lit. »

Elle avait tout simplement mis sur le comptoir ce qui sembla être un épais sac en cuir ensanglanté, le démon haussant un sourcil avant de l’ouvrir. Il en extirpa deux yeux de la taille d’un poing, des écailles, un long abdomen dont s’échappait un peu de soie et divers autres objets tandis qu’il marmonnait :

« Une chambre ou deux ? De quoi vous avez besoin ? »

« Une seule suffira. Un lit double aussi si c’est possible. Bref, le moins cher en terme de place tout en ayant une bonne qualité pour le prix. »

« Ouais ouais, je vois, je vois. Je vais prendre ces morceaux de viande. Ça me sera plus utile qu’à vous, on commençait à en manquer. Ces écailles pourront servir pour une protection ou deux. Quant à cet abdomen, c’est bien d’une araignée golgaleuse, n’est-ce pas ? »

« C’est ça. On est tombé sur l’une d’entre elles. Elle n’était pas adulte mais c’est resté assez compliqué avec son crachat acide. Ah … »

« Vous êtes … des combattants, tous les deux ? Vous en donnez pas l’impression vue la crasse que vous avez sur vos corps. Un bain vous ferait pas de mal mais je récupère ces tendons en prime, qu’est-ce que vous en dites ? »

« Ça nous convient à tous les deux, n’est-ce pas, Tery ? »

« Pas de soucis, Elise. Par contre, pas en même temps, hein ? »

Pour toute réponse, elle eut un petit rire alors qu’il lui souriait doucement. Bien entendu que ce n’était qu’une simple plaisanterie envers eux deux. Pour autant, cela leur permettait de décompresser alors que l’aubergiste les regardait d’un air suspicieux :

« Tery et Elise, vos noms me disent quelque chose. BAH ! Qu’importe, j’ai récupéré ce qui vous permettra d’avoir une chambre pour la nuit ainsi qu’un bain et un repas. Voilà la clé de votre chambre, vous pouvez vous y rendre maintenant. »

Leurs noms ? Tery allait ouvrir la bouche mais Elise lui prit la main en la serrant avec un peu de force. Non … Ce n’était pas le moment d’interroger quelqu’un. Elise récupéra la clé d’une main, incitant Tery à la suivre pour grimper à l’étage.

« Je te rappelles que dès que nous posions la question, les gens préféraient détourner la tête. Je ne sais pas pourquoi il en est ainsi mais … on peut dormir au chaud et manger à notre faim ce soir, on va éviter de perdre cette chance, d’accord ? »

« Oui, je n’ai pas fait attention sur le moment, pardon. Allons voir comment est le lit. Je te préviens, je prends le côté droit, que tu le veuilles ou non. »

« Tant que tu ne ronfles pas, tu prends le côté que tu veux, Tery. »


Dormir avec une fille autre qu’Elen, cela l’aurait clairement dérangé dans le passé mais aujourd’hui, pour survivre, on ne lui laissait pas la possibilité de vraiment choisir ce qu’il voulait faire ou ce qu’il voulait être. Le jeune homme aux cheveux bruns suivit Elise, celle-ci faisant tourner la clé dans la serrure avant de l’inviter à pénétrer à l’intérieur de la pièce.

« Hum … C’est plutôt pas mal pour le troc qu’on a fait, n’est-ce pas ? »

« J’imagine qu’il devait être satisfait aussi de son côté. Tu as remarqué comme il a très vite apprécié l’abdomen de cette araignée ? Visiblement, ce n’était pas le genre de monstres qu’ils ont l’habitude de voir abattus par ici. »

« En parlant d’abattement, tu as remarqué leurs visages ? Encore un village complètement désœuvré et habité par des Démons de basse classe. J’imagine qu’ils doivent être sous une peur constante ou presque. Enfin bon, ce n’est pas notre problème. »

« Je ne sais pas si c’est nous qui sommes devenus aussi antipathiques ou si alors, c’est naturel dans ce monde ? Ah … »

« Tu connais la réponse pourtant : Si nous voulons survivre dans ce monde, nous n’avons pas d’autres choix que de devenir comme eux. »

« Peut-être … Bon, je vais te laisser te laver, j’irais à ta suite, Elise. »

Lui-même alla tout simplement s’écrouler sur le lit, ayant retiré son haut pour ne pas salir plus que nécessaire les draps de ce dernier. Pas vraiment envie de payer un surplus pour cette chambre. Elle n’était pas mauvaise, loin de là mais bon …

Il entendit l’eau qui coulait ainsi que le bruit d’un corps qui plongeait dedans. C’était sûrement un gros bac rempli d’eau chaude qu’il fallait vider et remplir à chaque fois … enfin chaque jour. Il espérait simplement qu’elle allait lui laisser de l’eau d’ailleurs.

Pour autant, en fermant les yeux, il s’était profondément endormi. Lorsqu’il arriva à rouvrir les yeux, Elise le secouait doucement avec un petit sourire, lui signalant qu’il pouvait s’y rendre à son tour. Hum … Il aurait préféré Elen … ou Manelena mais … Elise, c’était déjà très bien comme sourire.
Il avait plongé dans l’eau, fermant les yeux en sentant la saleté et la crasse quitter son corps. Ca faisait beaucoup de bien, vraiment beaucoup de bien. Dans ce monde souterrain, ils étaient à la merci des autres démons. Certains savaient qui ils étaient exactement et pourtant … aucun ne cherchait à leur répondre.

« Comme si on leur avait interdit … ou comme si c’était une menace. »

Une menace. Ah … C’était sûrement ça. Des êtres encore plus forts que ces démons qui impressionnaient rien qu’en les regardant. Ce monde était complètement nouveau et même en trois mois, ils n’avaient rien découvert de ces siècles voire millénaires de vie souterraine, avec son mode de vie, ses coutumes et tout le reste. Il finit par s’endormir dans l’eau.