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Romans de Chibi

Chapitre 24 : Prêts à tout révéler

Chapitre 24 : Prêts à tout révéler

« Maréchal Hémurion ! Maréchal Hémurion ! »

« Hmm ? Qu’est-ce qui se passe pour que vous soyez autant apeurés ? »

« Des gnomolds ! Toute une troupe de gnomolds cherche à voir la reine Manelena ! Qu’est-ce que nous faisons ? On ne peut pas les repousser ! Ce n’est pas ce que la reine désire ! »

« Hmm… Elle m’avait bien dit de me méfier d’eux et en vue de la situation actuelle, cela se comprend parfaitement. Avec les informations données par nos éclaireurs, ils sont sûrement au courant que nous ne sommes guère prêts à les pardonner et à faire comme si de rien n’était en vue de leurs actions. Néanmoins, laissez rentrer les gnomolds les plus importants, comme leur chef, leur message ou quelqu’un du genre. »

L’homme assis non pas sur le trône, il n’oserait jamais, mais sur un siège de très bonne facture, installé néanmoins dans la salle du trône, fit un petit mouvement de la main pour inciter le soldat à se mettre en action.

Celui-ci bredouilla quelques mots, hochant la tête vivement, soucieux et inquiet avant de s’éloigner à toute allure et vitesse, partant comme s’il avait un démon aux trousses, prêt à tenter de le tuer sans crier gare.

Quand même. La reine était une sacrée femme. Le nommer maréchal de la nouvelle armée de Shunter mais en même temps, éviter qu’il n’aille sur le devant de la scène face aux démons et aux gnomolds. Résultat, il avait plus la sensation qu’elle lui avait donné ce titre pour qu’il puisse la remplacer lorsqu’elle partait sur le terrain qu’autre chose.

« Elle est quand même plus maline qu’une simple combattante. J’imagine que c’est ça qui nous différencie, elle et moi. »

Il savait parfaitement qu’il avait été manipulé comme un débutant mais… s’il avait accepté ce poste, c’est qu’à ses yeux, il n’y avait aucun doute sur le fait que Manelena était la reine parfaite pour Shunter. Du moins, celle que le peuple méritait même si parfois, il se demandait si elle n’en faisait pas un peu trop par rapport à Tery Vanian. Il savait de qui il s’agissait et il s’était renseigné à son sujet… mais voilà quoi.

Enfin, malgré tout cela, il savait bien que la reine Manelena était encore assez jeune et il fallait bien que jeunesse se fasse. De plus, Tery n’était pas un mauvais parti même si quelques histoires sur ses origines avaient été sources de rumeurs, bien souvent fondées d’ailleurs. Oui, il semblerait qu’il soit un démon, mais qu’en même temps, sa famille soit originaire d’Omnosmos.

Enfin dans tous les cas, elle n’avait pas choisi le parti le plus aisé car il semblerait AUSSI qu’il soit en couple avec une certaine demoiselle. Ah… Les histoires d’amour, c’était vraiment très compliqué. Au moins, cela prouvait que la reine de Shunter n’était pas non plus une femme parfaite, chose que le peuple ne désirait pas forcément.

« Ils en mettent du temps. Ne me dites pas que les gnomolds sont incapables de décider par eux-mêmes pour une chose aussi simple que celle-là ? »

Car oui, il était plongé dans ses pensées mais ça ne changeait rien au fait qu’ils n’étaient toujours pas présents et que cela devenait inquiétant. Il s’apprêtait déjà à se lever, signe d’un léger agacement avant d’entendre et voir les portes de la salle s’ouvrir, un léger rictus se dessinant sur ses lèvres.

Il avait du mal, beaucoup de mal avec les Gnomolds. Il n’était pas le seul, les soldats aussi n’étaient vraiment pas très motivés par ces derniers mais la reine Manelena avait fait des efforts pour leur tendre la main et tous n’étaient pas si mauvais. Pour autant, les gnomolds qui se trouvaient devant eux, étrangement, aucun ne semblait faire le fanfaron ou chercher à leur tenir tête. Reprenant la place sur son siège, il déclara :

« Veuillez vous présenter et expliquer la raison de votre visite. »

« Hey, c’est toi qui parle ou c’est moi ? »

Ils étaient au final que deux gnomolds et d’après l’allure qu’ils donnaient, c’était vraiment à se demander s’ils avaient ne serait-ce qu’une once de charisme. Ils étaient deux êtres de petite taille, même parmi les gnomolds. L’avait une armure de cuir sur le corps et un cimeterre à la ceinture tandis que l’autre était un peu plus intellectuelle de ce qu’il pouvait remarquer. Avec ses petites lunettes sur le museau, un livre dont la reliure en cuir était usée par le temps dans les mains, Hémurion attendait de voir lequel des deux allait finir par se présenter. Après une bonne minute de ce spectacle, il finit par dire :

« Je n’ai pas tout mon temps pour vos chamailleries à tous les deux. Et je ne vais pas me répéter. Vous ne me semblez pas être des troubles-fête donc exprimez vous. »

« Bon euh, j’y vais ! Nous… Nous sommes là pour savoir ce que le royaume de Shunter a décidé à l’encontre des gnomolds par rapport aux actions de certains d’entre eux lors des dernières attaques contre les démons ! »

« Hmm ? Cela, n’est-ce pas ? Vous devriez donc avoir plus ou moins une idée, non ? »

« Nous… Nous préférons l’entendre de vive voix. Même si tous les gnomolds ne sont pas d’accord avec ce qui s’est passé, de nombreux chefs sont prêts à assumer leurs départs. »

« Hmm… Je voudrais déjà savoir ce qui est passé par la tête de vos compagnons gnomolds pour décider d’agir aussi stupidement après cette paix fragile qui était instaurée entre les différents pays et gnomolds. »

« Niark ! Euh… Pardonnez-moi, c’est une mauvaise habitude ! J’ai reçu des consignes comme quoi, si cela s’avérait nécessaire, je pourrais vous raconter l’histoire de notre race, dans les détails les plus sombres. »

« Je ne suis pas certain que cela m’intéresse maintenant. Je veux plus obtenir une réponse à la question que je viens de poser. »

« Bien entendu, bien entendu ! Euh… Alors, c’est simplement plusieurs clans dissidents qui se sont alliés avec les Mékalarmiens pour éliminer les autres nations et les démons en même temps. De ce que j’ai appris, il semblerait qu’ils aient des armes surpuissantes. »

« Cela, je pouvais déjà le savoir, plus ou moins. Ce n’est pas suffisant. Pourquoi les gnomolds n’ont pas cherché à arrêter leurs congénères ? »

« Vous pourriez poser la même question aux honoriens, non ? Les clans évitent de s’ingérer dans les affaires des autres clans. Question de bon sens pour éviter des guerres entre nous. »

Ce n’était pas le gnomold à lunettes qui avait pris la parole pour lui répondre mais l’autre, celui avec son armure en cuir. Il avait presque répondu avec un peu de dépit, comme si la question de la part d’Hémurion était aberrante.

« Hum. Au moins, vous ne tentez pas de vous dédouaner en vous faisant passer pour des victimes. Je pense que nous allons pouvoir alors discuter un peu plus sérieusement de toute cette histoire. Suivez-moi donc, la salle du trône n’est pas forcément la mieux placée et il faut que les différents conseillers et militaires puissent aussi vous entendre. »

« Non, non ! Nous ne sommes pas là pour parler à tout le monde mais seulement à la reine de Shunter ou alors à son maréchal. Vous êtes bien son maréchal, non ? »

« C’est exact… bien que ça soit un peu tard pour se poser la question, non ? »

Il avait répondu à son tour avec une petite pointe d’ironie bien qu’il s’agissait plus d’une taquinerie qu’autre chose. Quand les gnomolds ne se montraient pas hargneux, ils avaient tout d’une race assez amusante en soi.

« Oups ! Ah ouais, il a pas tort en fait ! Euh … Ben… Euh, ouais ! Enfin euh.. .Voilà quoi ! Si vous êtes bien son maréchal, on peut parler ! Enfin, on voulait vous expliquer pourquoi certains clans de gnomolds ont cherché à s’opposer à vous alors qu’auparavant, ils étaient de votre côté ! Enfin, du côté des différentes nations ! »

« Bah, ce n’est pas difficile que vous parlez des démons, non ? »

« Ouais, ouais, c’est bien ça ! C’est la faute aux démons, pas aux différentes nations ! Enfin, pas la faute aux démons spécifiquement, pas à tous les démons ! Enfin, nous sommes là justement pour tenter d’éclaircir le sujet ! »

« Et pourtant, vous semblez être encore embrouillés que moi sur le sujet. »

« Ah ben euh… C’est pas faux en même temps mais on nous a envoyé car nous étions doués ! Enfin, lui, l’est doué pour me protéger, moi pour parler ! »

« Ah oui, j’ai cru voir ça, je confirme. »

« Hey ! Faut pas se moquer de nous ! C’est vraiment sérieux ce qu’on est en train de dire ! Faut pas croire hein ! » s’exclama le gnomold à lunettes, sautillant sur place, tenant ses binocles pour éviter qu’elles ne tombent.

« Et depuis quand êtes-vous à cette position, l’un et l’autre ? »

« Euuuuuh… On peut y réfléchir un peu ? J’ai pas compté depuis longtemps ! »

Divertissant, comme deux petits animaux. Peut-être était-ce un peu prétentieux de sa part alors qu’il était un homme du peuple mais c’était vraiment ce qu’il pensait en voyant ces gnomolds qui devaient dans le fond être bien plus jeunes qu’ils ne voulaient le prétendre.

« Euh eh bien, de mon côté, ça doit faire quatre lunes ou cinq mais j’ai été éduqué par l’un des meilleurs druides gnomolds ! »

« Pour moi, cela doit bien faire un cycle lunaire. Enfin, le truc que disent les races comme vous pour le fait que ça fait un tour complet dans le monde. Vous appelez ça anniversaire pour les naissances, je crois bien ! »

« Donc une année environ, si j’arrive à saisir vos propos. Vous êtes assez jeunes en fin de compte, je ne m’y attendais pas. Comme quoi. »

« Mais mais mais ! C’est pas parce qu’on débute qu’on est pas à prendre au sérieux ! NIARK ! Les maréchaux, ça devrait pas se comporter comme ça ! »

« Ce n’est pas faux. C’est à moi de m’excuser. Mon comportement n’est pas tolérable et mes propos non plus. Néanmoins, j’ai bien pris conscience du fait que la majorité des gnomolds veut continuer à oeuvrer avec les différentes nations. Le message sera transmis à la reine Manelena quand elle reviendra. »

« Vous êtes sûr qu’elle reviendra ? »

« Elle est bien plus hargneuse et teigneuse qu’un gnomold. Si la reine succombait à une attaque de gnomolds et mékalarmiens, cela serait bien triste pour le royaume de Shunter. »

« Vous risque pas des ennuis en la décrivant de la sorte ? »

« Oh pas qu’un peu, mais bon… C’est vraiment une tête de mule, qu’importe ce que je dis ou je fais donc bon… «

« Euh… Donc, au final, qu’est-ce qu’il faut qu’on dise aux autres gnomolds, dites ? »

« Que Shunter n’est pas encore prêt à fermer toutes les voies diplomatiques à l’encontre des Gnomolds. Néanmoins, cela sera la dernière chance que l’on nous offrirons. Au prochain mouvement de la sorte, nous rentrerons dans une guerre avec pour but d’exterminer tous les clans des Gnomolds de Shunter. »

« Vous le pensez vraiment ? »

« Je le pense vraiment, oui. En tant que Gnomolds, vous ne devriez pas poser une telle question. Votre race est vraiment têtue et obtus quand elle le veut. »

« Euh ben d’accord ! Niark ! Je me demande si les autres avaient raison de nous choisir pour cette mission. T’en penses quoi, toi ? »

« Oh moi, j’en pense que tant qu’on sait qu’ils veulent pas nous tuer, ils seront contents là-bas ! Faut juste les prévenir que ça veut pas dire qu’ils ne nous tueront pas tout de suite ! »

« Allez, vous pouvez quitter la salle. Les soldats vont vous guider. D’ailleurs, je vais leur dire que vous pouvez passer par la cuisine pour prendre de quoi vous sustenter sur le chemin. »

« Niark ?! C’est vrai ?! On peut vraiment ? Z’êtes sympa comme faux roi ! »

Parfaitement. Il avait parfaitement compris le manège des gnomolds en envoyant ces deux… apprentis à lui. Il voyait parfaitement dans le jeu des gnomolds mais pourtant, il avait accepté de tomber dans ce petit piège. Les deux gnomolds quittèrent la salle du trône, visiblement enjoués alors qu’Hémurion avait bien prévenu les soldats.

Les Gnomolds savaient que pour une majorité de race, envoyer des débutants à peine sortis de l’enfance et adolescent, pourrait jouer sur les émotions du leur interlocuteur. Oh, il était raisonnable pour ne pas tomber dans le piège. Simplement, les gnomolds avaient bien montré leur désir de se faire pardonner.

Manenela avait été claire à ce sujet. Elle désirait absolument que tout se passe pour le mieux avec les gnomolds. Elle semblait avoir plusieurs coups d’avance et il comprenait pourquoi malgré le fait qu’il ait été chef des rebelles, il était bien en retard par rapport à elle et sur beaucoup trop de plans pour que cela soit possible à rattraper.

Ah… Et dire qu’il devait aussi préparer les réunions avec Traslord et les autres nations. Sauf Mékalarma. Autant il n’y avait aucun doute à ce sujet que Manelena envisageait de travailler sur le pardon avec les Gnomolds, autant pour les Mékalarmiens, elle n’exprimait aucune pitié envers ces derniers.

En un sens, il comprenait son point de vue. Les Mékarlarmiens étaient d’une grande intelligence, ayant souvent montré preuve d’une certaine ingéniosité. Mais malheureusement, les trois quarts du temps, elle était mise à mauvaise contribution, cherchant à éliminer les autres nations sans même laisser la possibilité de discuter.

Autant dire que pour le coup, là encore une fois, il était d’accord avec elle. Hum… Maintenant qu’il était à nouveau seul dans la salle du trône, il ressentait à nouveau un certain ennui. Ce silence était pesant et il marmonna pour lui-même :

« Tsss, quand même, c’est pas difficile de comprendre pourquoi elle préfère carrément aller sur le terrain. Que c’est barbant. »

Oh, bien sûr, des rois et reines qui aiment rester sur leur trône des jours durant, cela existait et c’était même bien plus fréquent qu’une reine comme Manelena. Mais il avait la sensation que le monde avait changé avec son ascension mais aussi aussi du jeune Royan sur le trône de Traslord. Il ne savait pas si cela était à cause des actions de Tery mais en quelques années, tout avait été bouleversé.

Et le bouleversement était global. Les créatures légendaires n’étaient plus des mythes, étaient mortes peu de temps après être apparues, les démons de certaines légendes rumeurs et légendes existaient pour de vrai, des forces surnaturelles étant présentes partout dans ce monde. Des guerres avaient eu lieu, des alliances avaient été formées, mais pas uniquement. Tout avait été tellement… rapide qu’il était possible de se demander si dans le fond, le monde entier n’était pas plongé dans un rêve permanent… ou un cauchemar.

« Ah… Maréchale Manelena, ou reine Manelena. Vous avez réussi à vous entourer d’une sacrée bande de personnes. »

Ah… Mais c’était une excellente chose. Simplement, lui qui avait été le chef des rebelles, il se demandait en fin de compte si c’était vraiment la position qu’il désirait actuellement. Celle de remplacer la reine en son absence.

« Je vais finir par croire que je me suis trompé de voie depuis le début. »

Pourtant, il connaissait ses propres qualités. Il n’avait pas guidé ces peuples issus des milieux pauvres et défavorisés, à cause des évènements causés par l’ancien roi, comme ça, juste pour le désir et par sa voix. Non, il était comme eux. Il avait subi. C’était juste… que pour lui, les évènements se rattachaient principalement à Shunter.

« Et de son côté, la reine Manelena voit ça de manière plus globale, sur l’ensemble de ce monde… mais aussi souterrain. Elle est impressionnante. »

C’était peut-être pour ça que le peuple lui faisait confiance. Dans le passé, le précédent roi avait été un excellent combattant mais lui-même avait appris de la part de la reine Manelena que le roi avait été manipulé lentement mais sûrement par le grand prêtre pendant de longues années, sans qu’elle-même ne puisse y faire grand-chose.

Le grand prêtre. Cela avait été source de rumeur car il avait été rare qu’il se présente. Un homme qui se basait sur la religion de Zélisia. Dans les faits, il n’y avait jamais eu réellement de culte par rapport aux divinités. Certains priaient Zélisia dans quelques villes et villages mais il n’y avait jamais eu de culte officiel.

C’était pourquoi de son propre côté, il avait toujours trouvé cela suspicieux que le roi s’entoure d’un homme comme lui, sachant que le dit-homme ne cherchait même pas à prendre le pouvoir ou à mettre en avant la déesse Zélisia. Mais c’était lui qui avait été responsable de l’éveil des créatures légendaires.

« Et indirectement, c’est l’actuelle Reine qui avait aidé à cela via des médaillons. »

Oui. Elle devait vraiment lui faire confiance pour dévoiler des choses aussi importantes. Prétendre que ça ne lui plaisait pas serait un mensonge. La reine Manelena savait qu’elle pouvait compter sur lui. Qu’elle ne voulait pas cacher la vérité même sur des points assez personnels comme son amour pour Tery.

Elle lui avait demandé s’il aimait quelqu’un et il avait signalé que oui, mais que cette personne était morte depuis des années, à cause du roi indirectement. Celui-ci, de part ses actions de recherches et de fouilles des médaillons, avait causé beaucoup de tort dans de nombreux petits villages.

Et dès l’instant où certains pouvaient profiter de leur position de force, ils n’hésitaient pas. Que cela soit un noble ou un simple soldat. Hmm… Hmm, il valait mieux qu’il arrête d’avoir ce genre de pensées. Il ne gagnerait rien du tout à se rappeler ces souvenirs douloureux. Tout cela était maintenant du passé et derrière lui. Il devait se tourner vers l’avenir et tout faire pour qu’il soit radieux pour l’ensemble de Shunter et ses habitants.

« Hey, maréchal Hémurion, vous revenez quand sur le terrain d’entraînement ? »

« Hmm ? Est-ce une façon de s’adresser à celui qui dirige le royaume en l’absence de la reine Manelena ? » questionna l’homme dans sa trentaine, attendant quelques secondes avant de sourire à un soldat qui était accompagné par un autre. Plongé dans ses pensées, il se promenait dans les couloirs du château royal et avait fini par tomber sur ces deux personnes.

« Oh euh… Désolé ! C’était pas voulu, maré… »

« Ne vous inquiétez donc pas. Je ne fais que plaisanter. Et ça serait avec grand plaisir. Il faut que l’on se rappelle que l’ancienne maréchale n’hésitait pas à aller sur les têtes des soldats pour leur apprendre la discipline, non ? »

« Euh et plus encore. Mais enfin, la reine Manelena n’agissait pas de la sorte par pur désir sadique. Faudrait pas que vous fassiez ça comme elle en pensant que c’est une bonne méthode hein ? Vous avez pas du tout les mêmes enseignements et… »

« Je suis plus un soldat qu’autre chose. Si on espère de moi que je puisse faire apprendre quelque chose aux soldats, ils n’ont pas vraiment de chance. »

« Faut pas dire ça comme ça ! Vous êtes un excellent tacticien ! »

Tacticien, ce n’est pas entraîneur. Mais il voyait que le soldat, qui avait fait partie des troupes rebelles à l’époque de l’assaut sur Midès, n’allait pas changer d’avis. Hémurion poussa un petit soupir avant de répondre :

« Au point où j’en suis, un peu d’exercice ne peut pas me faire de mal. Nous allons nous y rendre alors ! Vous pouvez me guider ? »

Pas besoin de dire que même si cela faisait déjà quelques temps qu’il officiait en tant que remplaçant de la reine Manelena, il ne connaissait toujours pas totalement les lieux. Bien sûr, il avait tout visité mais… en même temps, malgré tout ça, il se perdait assez fréquemment. Ces bâtiments gigantesques étaient un certain luxe que des familles nobles adoraient mais ce n’était pas du tout son style.

« Ah mais avec joie ! Suivez-nous donc ! Je pense que les copains vont être contents de vous revoir. Vous pouvez moins venir. »

« Ah ça… Ce n’est pas à moi qu’il faut s’en plaindre. J’espère quand même que les nobles ne viennent pas vous… enquiquiner, n’est-ce pas ? »

« Oh non, de ce côté là, nous sommes assez tranquilles. Peut être qu’ils ont compris que ça ne servait à rien de s’opposer aux décisions de la reine ? »

« Disons que certaines mentalités ont changé. On va pas dire que tout est parfait dans le meilleur des mondes mais qu’il y a eu de grandes améliorations. »

Et maintenant, il avait fini de discuter avec les deux soldats, arrivant jusqu’au terrain d’entraînement. Hmm, oui ça lui ferait du bien. Il était un peu rouillé.

Chapitre 23 : L’amour du Dévoreur

Chapitre 23 : L’amour du Dévoreur

« Je n’ai pas de père, ma mère a été un simple objet bon être fécondé, je me demande à quoi je vais réellement servir dans ce monde ? »

« Tu ne va pas commencer à désespérer non plus, Tery. Ne t’inquiète pas pour ça. »

« Manelena, je voudrais bien te voir. Est-ce que tu vois ce que ça veut dire ? Que je suis juste… je ne sais même pas ce que je suis ! »

« Tery Vanian, imbécile qui se rapproche de ces vingt-cinq ans, je crois bien. J’ai arrêté de compter à force, je ne sais pas quelel date nous sommes. Tu es peut-être plus vieux maintenant. Mais bref, tu viens du village de Leskar, tu as une mère adorable bien qu’avec un très fort caractère quand elle le décide. Tu as passé la majorité de ta vie reclus dans ta maison depuis l’attaque de ton village par les gnomolds, ainsi que la mort de ton père qui a tenté de te livrer aux gnomolds pour survivre. »

« Je n’ai pas besoin d’un cours sur mon existence, Manelena, je… »

« Non, tu n’as pas à me couper la parole. Tery, tu as été libre de décider par toi-même pendant des années. Pourquoi est-ce que ça changerait maintenant ? C’est grâce à toi si je ne suis plus simplement la maréchale Nali mais… Manelena, la reine de Shunter. Tu m’as permis d’être différente, d’envisager une autre vie. »

« Oui mais la mienne était toute tracée… et quelle trace ! C’est tellement… »

« Je vais te forcer à la boucler, Tery ! »

Et cette fois-ci, c’était à nouveau à elle d’amorcer l’attaque. Sans prévenir, elle le coucha sur le lit, collant ses lèvres sur les siennes, bloquant ses bras pour l’empêcher de se mouvoir. Il chercha à se débattre pendant quelques secondes avant de se laisser succomber à cette étreinte des plus agréables. Le baiser continua pendant une bonne minute, Manelena n’étant visiblement pas prête à le laisser respirer puisqu’elle mêlait sa langue dans la bouche de Tery, faisant une intrusion digne d’une dévergondée.

« Je crois que c’est le bon moment pour que j’ai à te le dire, Tery Vanian. »

« De… De quoi, Manelena ? » murmura le jeune homme, encore un peu hébété, la femme aux cheveux argentés essuyant la salive de ses lèvres de quelques doigts, restant au-dessus de lui.

« Alors, je veux que tu te rentres ça dans le crâne. »

Elle avait fini par relâcher ses bras, prenant son visage à deux mains, ses yeux rubis plantés dans ceux émeraude du jeune homme. Son visage était si près de celui de Tery, il pouvait sentir son souffle contre ses lèvres :

« Je t’aime. C’est compris ? Je vais pas te faire un grand discours et te donner tous les détails qui expliqueraient pourquoi je t’aime mais il que ça reste coincé dans ton esprit : je ne vais pas aimer n’importe quel homme. Je ne vais pas aimer un ersatz ou une parodie de démon ou de personne de la surface. La personne que j’aime, ce n’est pas une amourette. »

« Tu avais dit pas de longs discours, Manelena et pourtant, ce que tu… »

« Tu ne sais jamais quand tu dois te taire. Bon sang, j’avais ce poids sur la conscience. Je ne suis même pas certaine de t’avoir signalé mes sentiments dans la bibliothèque de tes grands-parents à Omnosmos. Maintenant, c’est fait. »

« Mais comment est-ce que tu peux… et avec ce que l’on a appris, je… »

« Encore une fois, je n’ai pas attendu les révélations pour décider de t’aimer. Bien entendu, si cela avait des révélations horribles comme par exemple, je ne sais pas, que tu manges des bébés mékarlarmiens, là, je crois que j’aurais décidé de de tuer de mes propres mains. »

« Mais je suis le descendant ou je ne sais quoi… du Dévoreur. C’est un démon qui a causé tellement de… »

« Le Dévoreur est le Dévoreur. Ce n’est pas parce que tu as son sang que tu es obligé de suivre sa voie. Je suis peut-être mal placée vu qu’au final, je suis devenue la reine de Shunter alors que mon père m’a renié pendant tout ce temps mais ça ne change rien du tout ! Raaaaah ! Comment est-ce que je peux expliquer tout ça à monsieur tête de veau. »

Hein ? C’était quoi cette insulte ? Il cligna des yeux, se demandant si Manelena venait vraiment de l’insulter de cette manière ? C’était juste qu’il n’avait aucune idée de ce que ça voulait dire exactement. Il était vraiment perplexe sur le coup. Surtout que c’étiat une insulte vraiment… ridicule, non ? Il ne savait pas vraiment quoi penser.

« Tery ? Dormons tous les deux. L’empereur nous a dit que nous pourrons discuter à nouveau de tout ça. Oh… Et j’ai bien précisé dormir. De toute façon, nous serons tranquilles. »

Et voilà qu’elle déposait un nouveau baiser sur ses lèvres, s’installant à côté de lui avant de le prendre dans ses bras sans aucune gêne. Avec tout ce qui s’était passé, il ne savait pas exactement sur quel pied il devait danser mais dans tous les cas, il allait accepter la proposition de Manelena.

La tête nichée contre son corps, il trouva bien plus rapidement le sommeil qu’il ne l’aurait pensé. Manelena, quant à elle, restait éveillée, l’observant dormir. Parfois, elle avait quelques spasmes nerveux, ayant du mal à contrôler la colère qui l’animait, les traits de son visage se distordant sous la colère, puis quelques secondes plus tard, elle retrouvait un visage beaucoup plus serein.

« Ah… Ce qui est fait est fait… Si je m’attardais vraiment sur ma féminité, j’aurais vraiment commencé depuis des années. »

Et puis, ça ne servait à rien de continuer à penser à ça. Si elle… cherchait vraiment une raison à ça, elle allait à nouveau se plonger dans une colère sourde et stupide, qui ne mènerait à rien. Et puis, en voyant Tery dormir de la sorte, il était le parfait exemple de l’eau qui dort. Jamais, elle n’aurait imaginé qu’il soit capable d’un tel acte. Et même si cela avait été à dessein, ce qui avait été fait avait été fait. Oui, elle se répétait mentalement ce qu’elle venait de prononcer quelques instants plus tôt. Finalement, c’était à son tour de dormir d’un sommeil plus profond qu’elle ne le pensait.

Le lendemain, Tery avait demandé à retrouver le monarque pour pouvoir à nouveau parler de cette histoire. Il voulait plus de réponse, plus de détails, plus d’informations sur le Dévoreur. Moins de trente minutes s’écoulèrent et les voilà à nouveau dans le couloir menant aux quartiers personnels du Monarque.

« Que cherches-tu exactement comme informations, Tery ? »

« Tout ! Tout ce que je peux savoir sur le Dévoreur, dans ses moindres détails ! Pourquoi il se fait appeler ainsi ? Pourquoi il est ainsi ? Toute l’histoire ! »

« Hum… Devrais-je d’abord commencer par les bases. Le Dévoreur était un démon comme tous les autres. Il était issu de la race créée par Alzar, race unique de la part de cette divinité, contrairement aux autres races créées par Zélisia. La particularité du Dévoreur, je ne connais plus son véritable prénom, ce dernier n’ayant jamais été gardé malgré les nombreux empereurs et impératrices qui se sont succédé. Hmm.. .Où j’en étais ? Ah oui, la particularité du Dévoreur était une capacité d’assimilation particulièrement impressionnante. Comme vous le savez, nous autres, démons, pour devenir plus puissants, sommes capables de nous phagocyter les uns aux autres pour progresser. Bien entendu, si la créature est trop faible, cela ne changera rien. Mais dans le cas du Dévoreur, même la plus infime créature avait son importance mais surtout, il était sensiblement différent des autres démons. »

« Cela ne veut pas me dire… pourquoi ou comment je suis né de la part d’un simple morceau de peau ! Ce n’est pas normal et… »

« C’est pourtant ainsi que naissent les démons. Nous avons la même méthode que les autres races entre nous mais pour de meilleures chances de réussite avec les autres races, celle du lambeau de peau est la plus sûre. »

« C’est tout simplement aberrant et saugrenu ! Comment est-ce même possible que ça… enfin que ça se passe comme ça ! Vous êtes en train de me dire que… »

« Je ne vois pas où tu veux en venir mais cesse donc de me couper la parole. Alzar a voulu que sa race, bien que parfaite, puisse s’accoupler avec celles de Zélisia. Je n’ai pas besoin d’expliquer la relation si unique entre lui et Zélisia, entre amour et conflit. Deux êtres totalement différents et qui pourtant cherchaient à s’aimer. Les races qui existent dans ce monde sont leurs créations, toujours prêtes à s’opposer mais pourtant aptes à s’aimer si elles le désiraient. Tout n’est qu’une question de volonté. »

« Continuez plutôt sur le Dévoreur. Je sais déjà plus ou moins au sujet des deux divinités qui ne sont pas tant que ça des divinités, juste des êtres bien plus puissants que nous. »

« Oh ? Tu le penses aussi ? Soit… Bref, le Dévoreur était un démon exceptionnel, comme signalé. Ses capacités étaient au sommet des démons. Même s’il n’était pas considéré comme l’empereur, beaucoup ne pouvaient que le considérer comme le plus puissant d’entre nous tous. Et malgré ses possibilités de dévorer autrui, il n’utilisait que très rarement cette capacité. Car oui, le Dévoreur avait un défaut, un énorme défaut aux yeux des démons, mais peut-être des races toutes entières. »

« Et quel est ce défaut ? Pour que vous le mettiez autant en avant ? »

« Trop gentil. Il était beaucoup trop gentil. Tu te doutes pertinemment qu’un démon aussi puissant que lui va attirer bon nombre de problèmes, n’est-ce pas ? »

« Oui, la question ne se pose pas vraiment. Mais à part ça ? »

« Il a été souvent obligé de combattre mais la majorité du temps, il laissait la vie sauve à ses agresseurs, les renvoyant simplement parmi les leurs en leur faisant promettre de ne pas recommencer, d’une façon ou d’une autre. »

« Hmm… De la gentillesse ou de l’imbécilité, j’imagine que ça dépend du point de vue. » déclara Manelena entre ses dents, ses yeux rubis se posant brièvement sur Tery.

« C’est ce que beaucoup pensaient de lui. Néanmoins, les faits étaient là et il n’était pas possible de prétendre le contraire en voyant le Dévoreur. »

« Alors ? Qu’est-ce qui s’est passé exactement ? Pourquoi est-ce que je suis un morceau de chair du Dévoreur ? À part le fait que vous vouliez voir s’il était possible d’obtenir un descendant de cette… chose. »

« Tout d’abord, il me faut te prévenir au sujet du Dévoreur. Ce dernier avait aussi une autre particularité. En fait, il était remplit de contradictions. Mais c’était ce qui faisait son être en détail en fin de compte. »

« Comment cela ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Qu’Alzar et Zélisia étaient bien meilleurs que ne le pensaient les différentes races de ce monde, que ça soit les démons ou celles de la surface. Le Dévoreur s’est attaché à une personne de la surface lors d’une bataille à laquelle il a été obligé de participer. »

« Attaché dans le sens… tombé amoureux ? Vous voulez dire ça ? »

« C’est exact. Ce terme était méconnu de la majorité des démons. Pour nous, il s’agissait plutôt de trouver des partenaires compatibles pour obtenir les meilleurs gênes dans nos descendances. Encore qu’aujourd’hui, cela n’a pas totalement changé. »

« Ah, il ne fallait pas trop s’en douter en vue du fait que la polygamie est autorisée chez les membres de votre race hein ? »

Manelena avait lâché cette réplique sur un ton plein d’ironie, l’empereur Malark se tournant vers elle, un sourire presque dissimulé dessiné sur ses lèvres :

« Et j’imagine que la place de l’amante ne semble pas vous déplaire, reine de Shunter. Les surfaciens ne sont pas si différents dans leurs mœurs en réalité. »

« Humpf ! Je ne peux pas donner tort à vos propos… en partie. Mais ne croyez pas que je vais me contenter de cette place que vous évoquez. »

« Je ne crois pas que je devrais me mêler de vos chamailleries royales mais… est-ce que l’on pourrait continuer sur le Dévoreur, s’il vous plaît ? »

« Hmm… Tu sauras presque tout ce que tu dois savoir à son sujet. Où en étions nous plus précisément, Tery ? »

« Vous plaisantez, non ? Nous en étions au fait que le Dévoreur aimait quelqu’un de la surface ! C’est pourtant quelque chose d’important ! Enfin, j’imagine ! »

« Tu imagines bien, oui. Le Dévoreur détestait les guerres et en vue de son amour pour cette surfacienne, tu dois te douter qu’il voulait éviter d’avoir à les combattre. Pourtant, en raison d’un certain évènement, il n’a malheureusement pas eu trop le choix et s’est alors retrouvé obligé de prendre part à cette guerre. »

« Et vous ne voulez sûrement pas nous dire pourquoi il a été obligé, non ? »

« Je pense que tu es apte à le deviner par toi-même, Tery. »

« À cause de son amour. Je ne suis pas certain que cela ait été bien vu par les démons et les êtres de la surface. Peut-être que certains ont menacé de s’en prendre à celle qu’il aimait car ils savaient que tenter de s’en prendre au Dévoreur lui-même était tout bonnement impossible. Est-ce que je me trompe ou alors, je suis proche de la vérité ? »

« Tu es bien plus proche de la vérité que tu ne le penses, Tery. C’est exact. Cet amour n’a plu à personne. Même dans la propre famille du Dévoreur, on considérait cela comme du gâchis alors qu’ils le laissaient faire tout ce qu’il désirait, chose normale en vue des ses capacités. »

« Si c’était si normal, il n’avait pas à se laisser faire. Il est en droit de faire ce qu’il désire. Surtout pour une raison qui ne le concernait que lui, sans mettre en péril les différentes races. Il avait le droit d’aimer qui il désire. »

« Tout le monde n’avait pas ce même mode de pensée, Tery Vanian. Autant Alzar et Zélisia, en vue de leurs statuts de divinité, cherchaient à ce que les gens acceptent cet amour. »

« Alzar, Zélisia… Qu’est-ce qui leur a pris d’agir de la sorte ? Depuis le début, ils se mêlent d’histoires qui ne les concernent pas. Ils font… n’importe quoi ! »

Et à tout écouter, et en se rappelant d’à peu près tout, il avait la sensation qu’ils étaient responsables de tous les malheurs qui lui étaient tombés dessus depuis ces dernières années. Oui, peut-être qu’Alzar et Zélisia avaient de « bonnes » intentions mais ces dernières étaient très problématiques.

« De ce que j’ai compris, à la surface, vous les considérez comme des divinités, mais pour nous autres démons, Zélisia et Alzar sont des êtres juste bien plus puissant que le commun des démons. Ainsi, nous pensons qu’ils sont imparfaits et sont donc aptes à commettre des erreurs. Beaucoup trop d’erreurs d’ailleurs. »

« Oui, enfin, des erreurs en vue de leur puissance, ce sont des erreurs qui peuvent causer la perte de plusieurs milliers de personnes et encore, je trouve que je suis bien gentil sur le coup. S’ils veulent si bien faire que ça, pourquoi est-ce qu’ils ne réfléchissent pas plus longtemps à leurs actes ? Pourquoi c’est si compliqué de leur part ? J’ai l’impression qu’ils font tout pour rater ou presque. Vraiment, ces deux idiots… »

« Certains des précédents monarques considéraient Alzar et Zélisia comme de gentils simplets avec de bonnes intentions et de grands pouvoirs. Le souci, c’est que des pouvoirs de la sorte, sans qu’ils n’aient conscience de ce qu’ils font, cela peut donner des résultats dramatiques. »

« Dire que nous sommes en train de parler de deux divinités comme s’il s’agissait de deux enfants turbulents. »

Manelena avait légèrement soupiré à cette idée. En même temps, tout cela avait un rapport avec le Dévoreur, ce n’était pas de la faute à Tery s’il était relié à ce dernier et qu’indirectement, Zélisia et Alzar revenaient sur le devant de la scène.

« Qu’est-ce que je peux apprendre réellement au sujet du Dévoreur, empereur Malark ? Je veux vraiment tout connaître à son sujet, son véritable nom, sa localisation, son histoire, son amour, tout… j’ai la sensation qu’il le faut. »

« Cela prendra beaucoup de temps, Tery Vanian. Trop pour que tu puisses rester ici en sécurité. Je sais parfaitement ce que tu comptes faire et d’ici peu, tu seras envoyé à nouveau en mission. Je recherche toujours ma fille pour qu’elle revienne parmi nous. De même, je vais devoir travailler à ce qui s’est passé concernant les surfaciens ne se reproduisent plus. »

« Vous pensez vraiment y arriver ? Vous m’avez pourtant dit que … cela était impossible. »

« Je n’ai pas dit impossible. J’ai signalé que cela allait prendre du temps, beaucoup de temps. Mais si ma fille s’est entichée d’un roi à la surface et que le rejeton du Dévoreur a aussi des sentiments pour des personnes de la surface, alors, je n’ai pas à m’y opposer. »

« Je tenais à vous remercier mais en même temps… »

« Une nouvelle mission à l’extérieur. Et cette fois-ci, si vous pouvez éviter d’échouer en partie, ma patience a ses limites. »

« C’est sûr qu’après tous les échecs à la suite, vous ne devez pas vraiment trouver cela très appréciable, je veux bien vous croire. »

Mais en avaient-ils fini avec le Dévoreur ? Il n’avait eu que quelques brides d’informations, ce n’était pas autant qu’il espérait. Mais peut-être que le fait que l’empereur avait détourné un peu le sujet pour justement éviter de continuer à discuter du Dévoreur ?

« Tery Vanian. Le fait que tu puisses crée des golems est une chose qui te rend unique dans ce monde. Cette femme nommée Clari, incarnée par ce golem, c’est elle la preuve que tu es issu du Dévoreur. La magie du Dévoreur était unique en soi. Il est impossible de ramener les morts à la vie, qu’importe la magie, qu’elle soit de Zélisia, d’Alzar, démoniaque ou de la surface. »

« Alors pourquoi… enfin pourquoi… Je sais bien que Clari est morte mais sous cette forme de golem, elle est presque considérée comme vivante, non ? »

« Presque est justement le terme qui différencie un être totalement mort ou non. Presque, c’est bien comme cela que tu peux définir cette femme-golem. Elle est morte et ne reviendra jamais à la vie. Presque, c’est ce que le Dévoreur ne voulait pas croire. »

« Comment ça ? Vous en avez trop dit et… »

« Reviens avec ma fille et je te conterai alors tout le reste. Cela devrait te suffire comme motivation, est-ce que je me trompe ? »

Le jeune homme aux cheveux bruns eut un léger rictus de dépit comme pour confirmer qu’il n’était pas vraiment enchanté à cette idée mais dans le fond, qu’est-ce qu’il pouvait y faire réellement hein ? Enfin, enchanté de devoir fonctionner de la sorte. Retrouver Elise, il en serait plus qu’heureux, Elen aussi d’ailleurs.

« Considérez que ça sera fait. Et par contre, pour le groupe, je vais sûrement vouloir le constituer moi-même, ça ne vous dérange pas, j’espère. »

« Je vois pourquoi tu me demandes une telle chose et tu connais aussi ma réponse à ce sujet. Vous avez la possibilité d’emporter démons et surfaciens avec vous. Peut-être allez vous devoir faire une nouvelle force, un peu plus grande que la précédente mais oui, tu peux emporter avec toi tous ceux qui étaient déjà présents auparavant. »

« Tant mieux alors. Je ne sais pas trop comment l’exprimer correctement mais je pense que c’est quelque chose de nécessaire donc… merci pour tout. »

« Tu es vraiment étrange, et plus proche du Dévoreur que tu ne veux le penser. Me remercier en vue de tout ce qui s’est passé est un concept vraiment tordu. Néanmoins, je ne suis pas dans ta tête. Pour l’histoire du Dévoreur, je vais replonger dans ces livres pendant votre absence à tous les deux. »

« Tiens, vous espérez me revoir dans un futur proche, empereur Malark ? » demanda Manelena avec une légère pointe d’ironie amusée.

« Cela me semble légitime, non ? De devoir envisager de futures rencontres avec l’une des reines surfaciennes ? Il semblerait que vous ayez encore beaucoup à apprendre sur la diplomatie, jeune reine de Shunter. »

« Hahaha ! Ah… Moi, jeune. J’ai bien trois ou quatre ans de plus que lui. » dit-elle en désignant Tery du doigt.

« Eh bien, vous n’êtes encore que des enfants à mes yeux. Et mes aînés ont bien le double voire le triple de votre âge, du moins, j’imagine. »

« Ah… Ouais, y avait ce petit détail. Tery, tu veux bien me remettre les chaînes s’il te plaît ? Il va falloir que nous ressortions tous les trois. »

« Je crois que pour beaucoup, l’inverse serait plus crédible. »

Elle rétorqua aux derniers propos de l’empereur que justement, c’était bien parce qu’elle-même n’avait pas envisagé que Tery fasse ça que ça l’avait surprise, et dans le bon sens. Alors que les gens la voient comme ça, toute penaude et enchaînée, c’était justement parfait pour l’image publique de Tery. Hmm… Quant à celle privée, c’était à elle de s’en charger… en tête à tête. Mais ça, c’était à elle de s’en occuper… et aussi à lui d’ailleurs un peu.

Chapitre 22 : Un simple morceau de chair

Chapitre 22 : Un simple morceau de chair

« Vous plaisantez, n’est-ce pas ? Dites-moi simplement que vous plaisantez, même si c’est pour juste me mentir et me rassurer. »

« Cela ne servirait à rien de te mentir. Pourquoi se voiler la face, Tery ? Il était temps que tu l’apprennes. Il y a tellement de points communs entre toi et le Dévoreur. »

« Je n’ai rien à voir avec lui ! RIEN DU TOUT ! C’est compris ?! Et vous me dites que je n’ai même pas été conçu normalement ?! Je dois le prendre comment ?! »

« Tery, s’il te plaît, il vaut mieux que tu te calmes. Il vaut mieux attendre que l’empereur s’exprime plus correctement à ce sujet. Je suis certaine qu’il a beaucoup à nous dire, non ? »

« Je veux bien lui expliquer plus en détails ce qui le concerne mais peut-être vaudrait-il mieux laisser rentrer la femme-golem. Je sens qu’elle est derrière la porte et qu’elle n’hésiterait pas à la détruire ou du moins tenter si je ne l’arrête pas maintenant. »

« Clari… C’est quoi le rapport avec Clari ? »

Clari. C’était vrai. Depuis qu’il était de retour ici, il avait presque oublié sa présence. En fait, il l’avait même totalement occultée… mais elle était toujours là. La femme-golem, malgré tout ce qui s’était passé, n’avait jamais vraiment disparu. Elle était même présente pendant ce qu’il avait fait à Manelena. Comment… Maintenant… Comment Clari aurait réagit ? Elle l’en aurait empêché non ? Mais la femme-golem n’avait rien fait.

« Tu peux rentrer, création dotée d’une âme. »

Dotée d’une âme. Comment ça ? Manelena haussa un sourcil. La femme-golem possédait une âme ? Tery ne lui avait jamais parlé de ça, non ? Alors pourquoi est-ce que…

« Tery, qu’est-ce que tu as fait exactement à Clari ? »

« Je ne sais pas… mais… mais lorsqu’elle est morte, je sais que j’étais tellement enragé envers ce monde, je sais plus… je sais… juste une sphère… quelque chose de sphérique. Je l’ai avalé. Et quand j’ai réussi à créer ce golem, je sais que la sphère était partie et… »

« Il s’agit tout simplement de l’implantation de l’âme dans un corps de golem. Mais il est vrai que c’est la première fois que j’assiste à cela. Il n’y a bien que dans les livres sur un certain point précis que l’on peut en entendre parler. »

L’empereur avait laissé place à la femme à la peau de pierre noire, celle-ci se rapprochant de Tery. Comme à son habitude, son visage était figé dans la pierre et pourtant, ses yeux exprimaient une certaine inquiétude et tendresse.

« J’imagine que tu le veux un peu pour toi, c’est ça, Clari ? »

Manelena relâcha le jeune homme, la femme-golem ouvrant juste à peine les bras comme pour inviter Tery à s’y engouffrer. Celui-ci, décontenancé et perturbé, vint s’en approcher, jusqu’à ce que les bras se referment au niveau de sa taille, le collant contre le corps d’onyx.

« Et si nous commencions depuis le début, qu’en dites-vous ? »

« Je voudrais bien, on dirait que Tery s’est enfin calmé. »

« Il va falloir m’excuser hein ? Je sais pas trop… comment je dois prendre ce genre de nouvelles. Vous pouvez commencer, empereur Malark. »

Manelena jeta un œil au jeune homme, évitant de faire une remarque sur le fait qu’il semblait être bien plus calme dans les bras de cette femme-golem que dans les siens. Il n’y avait aucune raison pour que ça soit de la jalousie mais… elle était un peu perturbée, oui.

« Alors tout d’abord, tu dois te demander pourquoi tu es de la famille du Dévoreur, n’est-ce pas ? Du moins, de sa lignée ? »

« Vous avez dit… que je n’étais qu’un morceau de peau. Mais le Dévoreur est un ancien démon millénaire, du moins, qui existait depuis des millénaires. Normalement, il est mort depuis tout ce temps, non ? »

« Non, il n’est pas mort. Il ne l’a jamais été. Malgré la puissance de Zélisia et Alzar, les deux divinités n’ont réussi qu’à le sceller et à le rendre comme mort. Il se trouve dans un lieu gardé secret, seulement connu par l’empereur ou l’impératrice actuelle. Il y a une interdiction de révéler cet emplacement à quiconque, une interdiction que chaque membre de la royauté, depuis des générations, a accepté d’obéir. »

« C’est étrange… quand on sait que la famille royale comme les nobles, aime bien se mettre des bâtons dans les roues puisque bon, l’assassinat, toutes ces choses, c’est assez commun non ? Alors comment cela se fait-il que les empereurs et impératrices acceptent d’obéir ? »

« Par peur. Car la découverte du Dévoreur instaure la peur en eux et même moi, je crains ce dernier. Lorsque l’on me l’a présenté, la première fois, j’ai compris à quel point la différence entre lui et moi était abyssale. »

« Dans ce monde souterrain où la force fait loi, vous voulez dire que même « mort », le Dévoreur peut aisément vous éliminer ? »

« Comme je l’ai déjà exprimé, il n’est pas réellement mort. Il est en léthargie… et donc, il est encore vivant, bien qu’il ne puisse plus rien faire. Mais simplement par sa présence, il peut vous écraser et vous réduire à l’état de larve. C’est pourquoi le commun des démons n’est pas au courant même de son existence et ceux qui connaissent son histoire ne savent guère qu’il est encore envie. »

« Mais alors, je… Pourquoi avoir fait ça ? Qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Quelle est la raison qui vous a poussé à faire cela ? »

« Le fait de voir si cela était possible. » déclara tout simplement l’empereur, Tery clignant des yeux pour se demander s’il avait bien entendu ou non.

« Si cela était possible ? Vous… plaisantez, hein ? Qu’est-ce qui vous pousserait réellement à faire ça ? Ce n’est pas possible de juste décider une telle chose pour une futilité comme ça ! »

« Donner naissance à un démon via la chair ou le sang de ce dernier, bon nombre de familles démoniaques le font quand il n’est plus possible pour eux de procréer via les moyens conventionnels. Dans le cas du Dévoreur, chaque démone qui avait reçu sa chair pour permettre d’enfanter est morte dans d’horribles souffrances. »

« Et… vous avez donc essayé via une personne de la surface, c’est ça ? »

« Comme tu le sais, il est possible qu’en de très rares moments, vraiment infimes, les sceaux qui bloquaient les sorties du monde démoniaque vers la surface s’affaiblissent et laisser passer les démons les plus faibles. »

« Je le sais, sinon, je ne serais pas là, Elise non plus d’ailleurs. »

« Nous avons simplement pris des démons proches de la surface, dont les pouvoirs étaient si minimes qu’on pouvait considérer qu’ils étaient inexistants. »

« D’accord et donc, sans même savoir si le projet avait réussi, vous avez décidé de faire de même quelques années plus tard avec Elise, c’est bien ça ? »

« Les demi-démons existaient à une époque très reculée, lorsque nous n’étions pas séparés des personnes de la surface. Là aussi, ce n’était qu’un test de ma part pour savoir s’il était possible de créer à nouveau des demi-démons. »

« Satisfait du résultat ? » demanda Tery avec une pointe d’ironie qu’il ne chercha pas à dissimuler devant le monarque.

« Très. Vous êtes les deux preuves vivantes qu’il est possible de renouer des liens avec la surface et le passé. Ce qu’aucun empereur démoniaque n’avait tenté auparavant, je l’ai testé et je l’ai réussi. Je ne pouvais être plus satisfait. »

Le ton était neutre, complètement neutre. Comme si tout cela n’était que le fruit d’un désir scientifique préparé depuis si longtemps. L’empereur serra doucement le poing, non pas énervement, reprenant la parole :

« J’ai posé bon nombre de questions à Elise pendant qu’elle était là. Son mode de développement, comment ses pouvoirs se sont déclarés, ses envies de chair démoniaque, elle ne savait pas quoi répondre mais il valait mieux qu’elle n’apprenne pas les raisons de sa naissance. Elle est beaucoup moins stable que toi, tu l’as remarqué, non ? »

« Moi ? Quelqu’un de stable ? Alors que je peux entendre une voix qui me dit d’haïr toutes les races de ce monde ? C’est une blague, n’est-ce pas ? »

« Nullement. Cette voix, j’ai enfin compris de qui il s’agissait et c’est bien là le problème. Mais maintenant, tu es libre d’apprendre si tu le désires à qui elle appartient. »

« Pas besoin, j’ai aisément compris de mon propre côté. C’est ce… Dévoreur. Ou plutôt, je dois l’appeler comment ? Père ? Je suis le fils d’une créature ancestrale ? »

« Sans jouer avec l’ironie dans ta voix, je ne peux que confirmer tes dires. »

« Qu’est-ce qu’il me veut exactement ? Car bon, il est entièrement responsable de mon état et de mes sauts d’humeur. Je suis certain que… des fois, il peut me contrôler. »

« Te contrôler complètement ? Cela m’étonnerait. Du moins, ce n’est pas dans ses capacités. Du moins, de ce qui est marqué dans ces livres ancestraux. »

« Et peut-être que vos livres ne sont pas complets ? Qu’est-ce qui vous fait penser qu’ils détiennent toute la vérité ? »

« Tu es devenu bien plus agressif depuis que tu es dans cet endroit, Tery. Est-ce la proximité avec le Dévoreur qui te met dans cet état ? » questionna l’empereur, visiblement peu réceptif au fait que le jeune homme lui parlait de la sorte.

« Non, je le suis à cause de tout ce que je viens d’apprendre ! Est-ce que vous pensiez que j’allais sauter de joie en apprenant tout ça ?! Et qu’est-ce que vous voulez que je fasses maintenant hein ? Qu’est-ce que vous voulez faire avec tout ça ?! »

« Voir tes réactions, te faire apprendre un peu plus tes origines, ce que j’ai comme projet et ce qui va donc se passer. »

« Des projets ? Comment ça ? Qu’est-ce que vous avez en tête ? » demanda le jeune homme aux cheveux bruns, s’enfouissant un peu plus dans les bras de la femme d’onyx, celle-ci ayant relevé son regard figé en direction de l’empereur.

Il avait aussitôt ressenti une légère aura courroucée de la part de la créature de pierre ayant l’apparence de Clari. Et pourtant, il gardait le sourire, nullement inquiet par la situation.

« Sais-tu pourquoi j’ai laissé cette femme-golem venir ici plus exactement ? »

« Pour vous moquer encore un peu plus de ma personne, non ? »

« Nullement. Ce n’est pas dans mon intérêt et je n’ai rien à y gagner. Non, je veux simplement voir la preuve que tu es bien son descendant… et cette créature de pierre est la preuve que je ne pouvais qu’attendre. Elle est parfaite… »

« Clari est « née » comme je l’ai expliqué lors de l’attaque contre les armées de la surface, il y a de cela quelques mois. »

« Et c’est exactement ce à quoi je m’attendais personnellement dès l’instant où j’ai senti ce que tu pouvais être.exactement. Le Dévoreur avait la particularité d’être le démon à l’origine de la magie de création des golems. »

« Vous racontez n’importe quoi ! Je ne suis pas le seul à pouvoir créer des golems ! »

« Mais peut-être que la reine à tes côtés pourra répondre à cette question : as-tu déjà vu des golems aussi développés que ceux de Tery ? »

« Non. Je savais que certaines personnes, très rares, possédaient deux ou trois livres… mais même ainsi, elles étaient incapables de faire des golems aussi diversifiés que les tiens, Tery. »

« Aussi diversifiés… comme ceux de sang, ceux issus des végétaux et le reste ? »

« Oui, Tery. Et on ne parle même pas de ce golem qui te tient dans ses bras à l’heure actuelle. C’est la plus belle représentation de tes capacités. »

« Je ne sais pas si on peut vraiment dire ça… comme ça. C’est assez perturbant. Belle représentation ? C’est vrai que… Clari est jolie sous cette forme. »

Il était peut-être temps d’y aller ? Du moins, de faire quelque chose pour cela ? Il ne savait pas trop quoi dire exactement. Plus maintenant. Il avait obtenu plus de réponses que nécessaire à des questions qu’il ne s’était jamais posé.

« Empereur, est-ce qu’il est possible de partir d’ici maintenant ? Je ne suis pas vraiment sûr de me sentir très bien. Il vaut mieux… que je m’éloigne d’ici. »

« Hmm ? Tu es fiévreux ? Est-ce que le Dévoreur est en train de te parler ? »

« Non, non. Je crois que c’est le surplus d’informations. Je n’avais pas vraiment prévu que ça se passe ainsi. Je suis désolé. »

« Il est vrai que tu n’étais pas prévenu de ma part à ce sujet. Je n’avais pour but de te faire une mauvaise surprise, loin de là. J’espère que tu comprendras cela de ma part. »

« Je le sais bien. Il fallait de toute façon que ça sorte un jour. Le plus tard aurait été le mieux mais je ne peux pas vous en vouloir de me prévenir ainsi. Je suis fautif, je dois l’avouer. »

« Ouais mais non, Tery. Tu n’es fautif de rien du tout. Je ne pense pas que l’empereur imaginait que tu réagirais de la sorte. Du moins, s’il annonce que c’est le cas, je ne vais pas apprécier mais je suis certaine que ce n’est pas son genre, n’est-ce pas ? »

« J’ai beaucoup mieux à faire que de m’amuser à ces enfantillages. La vérité se devait d’être révélée et maintenant que je t’ai emmené ici, Tery, nous pourrons continuer la suite de nos discussions dans la salle du trône. »

« Vous n’avez pas peur que quelqu’un puisse écouter ce que vous dites là-bas ? » demanda Manelena tout en chuchotant à Tery de lui remettre ses chaînes. Elle allait devoir reprendre son rôle, n’est-ce pas ?

« Ils ne sont pas assez fous pour cela. De même, j’ai déjà pris quelques mesures par rapport à ma salle pour que rien ne puisse être entendu à l’extérieur. De même, je suis capable de ressentir les présences dans cette pièce. Cela me permet d’être certain que nul intrus ne tente de s’immiscer sans que je ne sois au courant. »

« Ah oui, je vois, tout est prévu du début jusqu’à la fin, n’est-ce pas ? Enfin bon… Merci Tery, je vais rejouer mon plus grand rôle : celle d’une pauvre esclave. »

« Je crois que je vais aller me reposer, empereur Malark. Ou au moins, aller marcher un peu. Je crois que ça sera mieux. Si ça ne vous dérange pas, je viendrais vous poser d’autres questions plus tard. Après que j’ai retrouvé quelques couleurs. »

Car oui, il n’était pas stupide. Il savait qu’il devait être bien pâle avec toute cette histoire. Il ne se sentait vraiment pas bien du tout… et il ne pouvait rien faire pour changer ça. La porte fût refermée derrière le monarque alors qu’ils recommençaient à marcher dans les différents couloirs. Manelena était derrière Tery, Clari était aux côtés du jeune homme et l’empereur menait la marche jusqu’à ce qu’ils sortent des quartiers privés de Malark.

« Nous pouvons nous séparer maintenant, Tery. Tu viendras me voir quand tu te sentiras mieux. Il n’est pas une mauvaise chose. Simplement, il n’a pas eu une histoire facile. »

« Je… je voudrais bien dire que je le sais bien mais… je n’y connais rien. Vous me raconterez tout ça la prochaine fois, d’accord ? »

« C’est exact. Tu es vraiment blanc au visage. Si tu te sens mal, tu passeras voir un soigneur. Il pourra s’occuper de t’aider à dormir. Quant à toi… » termina de dire l’empereur, tournant son visage vers Manelena qui avait à nouveau son visage d’esclave effrayé. « Tu as pris la voie la plus difficile possible. Tu auras beaucoup de difficultés à l’avenir. »

« AH ! Je suis née avec des difficultés ! Je suis la fille unique d’un ancien roi. Alors qu’il pensait avoir une autre descendance, il s’avère que ma mère est morte à cause des méfaits d’un démon s’étant fait passé pour un prêtre de notre religion. À côté de cela, il me faut rajouter le fait que je possédais les lignes d’Alzar, rien que ça ! »

« Hmm… D’après ce que Tery m’a dit, le fait de posséder des lignes d’Alzar était un mauvais présage à la surface, c’est bien ça ? »

« Était ? Ça l’est toujours, rien n’a changé par rapport à ça ! Enfin bon, je ne vais pas tergiverser plus longtemps à ce sujet. Simplement, je sais dans quoi je me suis lancé et même si ça sera plus que difficile, je ne vais pas abandonner cet imbécile. Lui-même tente de s’en sortir, donc bon… Sinon, je peux vous demander quelque chose pour lui ? »

Elle se tourna vers Tery qui était toujours un peu blême. Il avait vraiment très mal accusé le coup par rapport à cette révélation. Elle s’inclina respectueusement devant le monarque, laissant à nouveau paraître son visage inquiet devant ce dernier et Tery. Oui, il fallait éviter que trop de regards se posent sur elle. Pour autant, elle commença à chuchoter à peine quelques mots, l’empereur haussant un sourcil avant de faire de même, Manelena finissant par hocher la tête comme pour signaler que c’était parfait. Il était temps maintenant d’y aller et vint terminer la discussion d’une voix faible :

« Je vais raccompagner mon maître dès maintenant. Maître Tery, veuillez me suivre, je tiens à vous prier d’accepter cette main qui est là pour vous. »

Et même si elle avait des chaînes, sa main vint chercher doucement celle de Tery, lui montrant par là qu’elle était complètement dans son rôle. Lentement mais sûrement, Tery vint se mettre à se déplacer en direction de sa chambre.

À l’intérieur de celle-ci, le jeune homme aux cheveux bruns s’était assis, sans un mot, le regard tourné vers le sol. Manelena referma correctement la porte derrière eux. Dire que la chambre était à nouveau en parfait état, comme si de rien n’était.

« Tery, est-ce que tu peux me retirer cela ? Je voudrais voir si ce que l’empereur m’a dit s’avère exact ou non. Je voudrais voir si ça marche. Cela nous faciliterait beaucoup la vie si on veut rester discrets. Enfin, c’est pour nous deux. »

« D’accord, Manelena. Désolé, ce n’est pas la forme. »

Il cherchait des excuses mais la réalité était là, devant lui. Il retira les chaînes de Manelena, celle-ci poussant un soupir apaisé en se frottant les poignets. Qu’on le veuille ou non, il fallait quand même avouer que ça lui faisait le plus grand bien.

« Bon et maintenant… Faisons cette petite chose que j’ai demandé à l’empereur. »

Elle n’était pas certaine d’y arriver du premier coup mais si elle ne tentait pas, elle ne pouvait pas alors savoir. Elle commença à incanter une formule que le jeune homme ne connaissait pas, celui-ci relevant la tête. Il sentait un courant d’air dans la pièce mais pourtant, il n’y avait aucune trace de vent ou autre. Lorsqu’elle avait terminé, elle se dirigea vers la porte, finissant par l’ouvrir avant de la refermer après être passée de l’autre côté.

« Maître, est-ce que vous m’entendez ? Maître ? »

Aucune réponse de la part de Tery. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres avant qu’elle ne rentre à l’intérieur de la chambre à nouveau. Le jeune homme la regarda, un peu étonné, attendant de voir ce qu’elle allait dire :

« J’ai juste demandé quel sort il avait lancé dans la salle du trône pour que personne ne puisse entendre ce qui se disait à l’extérieur. Heureusement, en vue de la taille de cette pièce, il n’y avait pas trop à s’inquiéter non plus. »

« Euh… D’accord, mais ensuite ? Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? »

« Pour que nous puissions discuter tranquillement, sans que l’on ait à craindre qu’on nous entende. Tu pensais quoi d’autre, Tery ? Enfin bon… Maintenant que je suis certaine que tu n’as rien entendu quand j’ai crié de l’autre côté, on va pouvoir parler. Tu vas pouvoir vider ton sac avec moi à côté, d’accord ? »

« Je ne suis pas certain que ça soit une bonne idée mais puisque tu le veux tant. »

Il poussa un profond soupir avant qu’elle ne lui dise qu’elle ne lui laissait pas vraiment le choix sur le coup. Il allait mal et elle comptait bien lui redonner le moral et le sourire. De n’importe quelle façon.

« Par où tu voudrais commencer, Tery ? Dis-moi ce que tu penses de toute cette histoire. Si y a des zones d’ombre, si tu as d’autres questions, tout ça. »

« Mais ça servirait à quoi ? Tu en sais autant que moi, Manelena. »

« Fais plutôt ce que je te dis, c’est un conseil. Tu verras où je veux en venir ensuite. »

Bon, comme elle désirait. Il n’était juste pas certain de la manœuvre. Mais elle semblait si convaincue, il ne voulait pas la décevoir. Il avait eu sa dose aujourd’hui.

Chapitre 21 : Pensée et vérité

Chapitre 21 : Pensée et vérité

« Pfff… Sincèrement, pourquoi est-ce que je devrais en parler maintenant ? Et ici ? En quoi est-ce que cela a une importance, empereur Malark ? »

« Je veux savoir ce qu’il y a de si bien dans cette surfacienne pour que tu sois prêt à tout cela pour lui permettre de s’en sortir. Tu sais aussi bien que moi qu’elle allait sûrement se faire tuer dans les jours qui suivent si tu n’avais pas agi de la sorte, n’est-ce pas ? »

« Je… Enfin… Je… C’était la solution à laquelle je ne voulais pas penser, empereur Malark. C’est vraiment un choix auquel je ne voulais pas me résoudre. »

« Mais pourtant, c’est bien ce que tu as fait, n’est-ce pas ? »

« C’est le cas. Enfin, pour répondre à votre question, pour Manelena, c’est assez compliqué. Je la connais depuis maintenant plusieurs années. Elle est apparue toute en armure noire, j’ai été étonné mais impressionné de voir qu’une femme pouvait être maréchale dans une armée. C’est quand même le plus haut grade, j’ai cru comprendre. »

« Je ne sais pas comment fonctionne les différentes armées dans ce monde mais j’imagine que cela doit être plus ou moins le même partout. Dans notre cas précis, nous fonctionnons aussi de la sorte bien que mon conseiller militaire a aussi un rôle très important. Tu peux continuer tes propos, Tery Vanian. »

« Euh… Alors, j’en étais où ? Ah oui, euh, la différence entre Manelena et les autres, c’est qu’en rejoignant l’armée de Shunter, je me suis confronté à bon nombre de nobles qui pensaient pouvoir aisément me malmener. Elle, de son côté, ce n’était pas vraiment ça. Je veux dire, elle ne juge pas une personne sur ses origines mais ses compétences. Même si je dois avouer que j’ai eu la vie dure, je n’arrivais pas vraiment à m’en plaindre concrètement. »

Mais maintenant ? Est-ce qu’il devait encore continuer à parler ? Car vraiment, c’était un peu gênant, est-ce qu’ils s’en rendaient compte ? Surtout que Manelena était bien installée sur son dos, l’air de rien, avec un petit sourire aux lèvres.

« Il y avait autre chose de vraiment fabuleux, c’est qu’elle menait un double jeu. Enfin, fabuleux, disons que ça dépend du point de vue mais elle aimait participer directement à la bataille. Vous savez, elle n’hésitait pas à se mettre en avant, à combattre en première ligne, à participer aux missions les plus dangereuses. »

« Hmm, hmm… Mais est-ce vraiment cela qui t’a emmener à la voir de la sorte ? De ce que je peux comprendre, tu sembles plus la respecter comme une figure d’autorité que comme une femme, est-ce que tu n’es pas d’accord ? »

« Euh, je crois que c’est plus compliqué que ça, empereur Malark. Comment je pourrais vous expliquer ? Ah oui, je disais que Manelena était le genre de femmes qui aime participer directement aux conflits pour les résoudre mais elle a aussi un grand sens du devoir… et bien qu’elle se soit forgée une carapace au fil des années sous son armure noire, ce n’est pas pour autant qu’elle était complètement insensible. »

« Je ne suis pas certaine que je vais apprécier la suite de la conversation. »

C’était la femme aux cheveux argentés qui venait de couper brièvement la parole à Tery mais elle ne pouvait pas vraiment l’en empêcher. Elle avait attendu ce petit discours depuis si longtemps, maintenant, elle voulait l’entendre jusqu’au bout.

« Manelena a toujours mis son pays avant sa propre personne. Elle n’a pas hésité à se laisser donner en sacrifice pour que son armée, son père, son pays, tous ceux qui préféraient ignorer son véritable rôle et son existence, toutes ces personnes, puissent vivre alors que nous avions quatre armées qui se confrontaient à nous ! »

« Hmm ? Quatre armées ? Est-ce l’histoire de ces fameux médaillons et créatures légendaires ? Est-ce qu’il y a un rapport avec cela, Tery ? »

« C’est un peu avant l’éveil de ces créatures légendaires mais ça a un rapport avec tout ça, oui. Vous ne vous trompez pas. Néanmoins, il n’y a pas que ça. Je veux dire, quand j’ai compris qu’elle n’avait pas peur de cela, qu’elle était prête à mourir, j’ai voulu lui offrir une autre vie. C’est à ce moment que j’ai compris que je n’étais pas humain. »

« Ah oui, les cornes démoniaques, elles n’apparaissent qu’en de rares moments pour ceux qui n’y sont pas habitués et surtout qui sont des demi-démons, comme toi. »

Il hocha la tête aux propos de l’empereur. C’était ça … même s’il se demandait pourquoi est-ce que l’empereur s’amusait à lui couper la parole à chaque fois ? Encore que ce n’était pas véritablement un jeu mais bon…

« Enfin à cet instant, je ne me suis pas préoccupé de ce que j’avais en face de moi, de ce que le monde entier voulait, ma priorité était Manelena et personne d’autre. Je voulais qu’elle soit heureuse, qu’elle vive pour elle. Même si cela n’a pas été facile, je pense que j’ai réussi plus ou moins mon objectif. La voici maintenant devenue la reine de Shunter. Même si on peut aisément voir qu’être reine ne l’empêche pas de se mettre en danger sur le terrain. »

« Disons que je ne m’attendais pas à ce que les gnomolds et les mékalarmiens travaillent ensemble pour tenter de tous nous enterrer, ou du moins, les démons. »

« Mais est-ce que vous êtes satisfait de ma réponse ? Empereur Malark ? »

« Je ne pense pas. Tu dis t’être voué à cette femme mais tu en aimes une autre ? Cela est assez perturbant, tu ne crois pas ? Tu ne sais pas te décider ? »

« Ah mais non ! Euh… Enfin… C’est qu’Elen est mon premier amour. Manelena, je ne sais pas vraiment si… enfin, j’imagine que oui. Je l’aime aussi. Je ne sais pas si c’est le même genre d’amour qu’Elen vu que ce n’est pas un premier amour mais je ne veux pas qu’il lui arrive quelque chose de mal, je veux qu’elle soit heureuse, je veux être à ses côtés et qu’elle sache que je vais veiller sur elle. Je ne suis pas vraiment l’homme parfait, bien loin de là mais je veux lui faire comprendre que je suis là pour elle. »

« Et cela malgré les nombreuses fois où tu l’as abandonnée ? Comme cette Elen ? Quand tu as décidé de briser après tout ce temps le sceau qui empêchait le monde de la surface et le monde souterrain ? Est-ce que tu es certain qu’une telle promesse est légitime quand on connaît cette situation ? Qu’en dis-tu exactement, Tery Vanian ? »

« Que même si beaucoup de promesses sont brisées, l’important n’est pas la finalité mais le fait que la personne croit en cette promesse et s’y accroche. Qu’elle sache que si cette promesse trouve une fin, ce n’est pas parce que je le voulais mais que je n’ai rien pu faire pour empêcher ça. »

« Je pense que j’ai obtenu ce que j’ai désiré. Ce n’est pas à moi de décider si ces paroles conviennent ou non à la personne à laquelle elles étaient adressées. »

Ah, oui. C’était vrai. Lentement mais sûrement, le jeune homme se tourna vers Manelena pour lui faire face, attendant de voir ce qu’elle allait dire. Celle-ci avait un visage neutre bien qu’on pouvait aisément remarquer qu’elle se forçait.

« Je dirais que c’est plutôt pas mal comme déclaration. Je crois que le mieux aurait été d’allier le geste aux paroles pour la peine. »

« Je ne suis pas comme ça et je ne le serais jamais, Manelena. Tu dois t’en douter non ? »

« C’est bien pour cela que c’est assez sidérant que je puisse entendre cela de ta part. Enfin bon, c’est aussi comme ça que je t’ai toujours connu. Je ne peux pas y faire grand-chose, n’est-ce pas, Tery ? Et vous-même, empereur Malark, maintenant que vous avez entendu ma réponse, est-ce que vous êtes satisfait de celle-ci ? »

« Disons que vous êtes deux cas très problématiques… et que l’avenir vous réserve quelque chose de bien sombre et funeste. »

« Qu’est-ce que vous êtes en train de raconter là ? »

« Je ne pensais pas qu’il était déjà temps de te le signaler, Tery mais… je sais de quelle lignée démoniaque tu es issu. »

Hein ?! Il s’était aussitôt retourné vers l’empereur, les yeux grands ouverts. Est-ce qu’il avait mal entendu ou alors, l’empereur Malark lui-même venait de dire… mais…

« Je croyais que ce n’était pas le cas ! Vous disiez ne pas savoir, empereur Malark ! Comment donc… De quelle façon vous… »

« J’ai mes propres connaissances dans ce domaine et même les renifleurs royaux ne peuvent pas deviner tes origines puisque… cette odeur si particulière n’est connue de personne, sauf de chaque monarque. »

« Mais mais mais… Je veux dire pourquoi me l’avoir caché ? Qu’est-ce que vous aviez à y gagner ? Est-ce que cela risque de mettre à mal la monarchie ou quelque chose du genre ? »

« Tu ne me sembles pas être le genre de démon attiré par le pouvoir. C’est même pour cela que c’est plus inquiétant que toute autre chose. »

« Qu’est-ce que vous voulez dire par là, empereur Malark ? »

« Tout simplement que tu es très puissant, Tery. »

Euh… Manelena venait de prononcer une phrase bizarre. Lui, très puissant ? Bon d’accord, il était vrai qu’il n’était pas comme le commun des mortels mais de là à dire qu’il était très puissant ? Il ne savait pas trop. Elle lui donna une petite tape derrière le crâne avant de reprendre d’une voix un peu lasse :

« Le fait que tu sois très puissant mais non intéressé par la sphère politique, militaire ou autre fait de toi quelqu’un de libre. Et quelqu’un qui n’a aucun lien qui le retient peut devenir très dangereux s’il s’avère qu’il possède ta puissance. »

« C’était aussi son cas, il y a de cela quelques millénaires. Et plusieurs données concordent par rapport à toute cette histoire. »

« Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? » répéta une nouvelle fois le jeune homme aux cheveux bruns, un peu abasourdi par les propos du monarque.

« Je pense que le mieux est de faire une petite marche dans mes quartiers privés. Même mes serviteurs ou les personnes les plus proches, que cela soit militaires, politiques ou liées par la famille, n’y ont accès. »

« Euh, alors, pourquoi est-ce que nous y aurions le droit ? »

« Tu poses beaucoup de questions vraiment inutiles, Tery Vanian. Tu devrais te taire quelques fois, comme le fait si bien cette jeune reine de Shunter. D’ailleurs, en vue de votre relation si spéciale et unique, tu es autorisée à nous suivre. »

« Oh je pense que là, je peux vous remercier de cet honneur, empereur Malark. »

Pour la première fois, Tery vit Manelena qui s’inclinait respectueusement. Pourquoi est-ce que le ton avait changé en si peu de temps ? Il n’était vraiment pas sûr de tout saisir. En fait, il avait surtout l’impression que les deux membres de la royauté parlaient un langage qu’eux seuls étaient capables de comprendre.

« J’ai une petite question le temps que l’on arrive jusqu’à vos quartiers, empereur Malark. »

« Hmm ? Tu peux la poser, Manelena. » déclara l’imposant démon alors qu’il se levait du trône, passant à côté d’eux pour prendre les commandes de la marche.

« Ce que vous allez révéler sur Tery, est-ce que cela risque de le chambouler au point de lui faire perdre la tête ? Car je dois avouer que je suis un peu lasse de lui remettre du plomb dans la cervelle à force. »

« Tu es là pour cela… et Tery peut donc compter sur toi. Lui, n’a pas eu cette chance à son époque. Mais trêve de bavardages, je vais vous y emmener. »

« Nous vous suivons, empereur Malark. »

D’accord, ce n’était pas qu’une impression. Il était totalement à côté de la conversation. Alors que Manelena était capable de saisir les propos de l’empereur, lui, il se demandait vraiment ce qui se passait. Et pourquoi est-ce qu’elle s’inquiétait de sa santé mentale ?

« Que personne ne vienne nous déranger. »

Une seule phrase de la part de l’empereur et les deux soldats qui gardaient les portes de la salle du trône vinrent se raidir. L’un d’entre eux signala qu’il allait passer le message, bredouillant dans ses paroles avant de se mettre à courir aussitôt.

« Ah… Cela est bon d’instaurer la peur dans chacun, cela prouve qu’ils me craignent mais il faut avouer que des fois, cela est plus ennuyeux et fatiguant que prévu. Ou alors, je commence à être las d’être l’empereur. »

« Las d’être empereur ? C’est peut-être pour cela que vous étiez heureux d’avoir Elise ? »

« Ce n’est pas le sujet de cette conversation, Tery Vanian. Continu… »

« Je voulais savoir : est-ce que chaque membre de la fratrie d’Elise est… né d’une mère différent ? Vous évoquiez le fait que les démons pouvaient être polygames, non ? »

« C’est exact. Et pour répondre à ta question, je n’arrive plus à me rappeler si je l’avais évoqué mais oui, ils sont tous nés d’une mère différente, une démone que j’ai épousée, et une démone que j’ai éliminée de mes propres mains à cause de sa soif de pouvoir. Il n’y a bien que la mère d’Elise dont je ne sais rien. Je n’ai jamais pensé à lui poser la question. »

« De ce que j’ai cru comprendre, elle est devenue orpheline. Moi-même, dans le fond, mon père n’était pas véritablement mon père. Je ne sais pas trop comment vous avez fait pour qu’il y arrive… sans faire « cela » avec ma mère mais bon… »

« Cela est un étrange concept que je pourrais t’expliquer plus tard mais… Alzar nous a permis de nous développer avec chaque autre race d’une façon ou d’une autre. Je ne suis pas certain que vous pouvez tous vous développer entre chaque race, non ? »

« Je… ne me suis jamais posé la question, je dois avouer. Manelena ? Est-ce que tu es au courant si les Mékalarmiens et autres peuvent se reproduire avec nous ? »

« On ne peut pas plutôt changer de conversation ? C’est vraiment étrange et saugrenue comme réflexion hein ? Je tenais à le signaler ! »

Pour une fois que Manelena donnait un point de vue aussi « franc » sur un tel sujet, il valait mieux s’arrêter. L’empereur leva juste un sourcil, l’air de se dire que ce n’était pas si grave que ça tandis que Tery finissait par se taire. Au final, il n’allait pas savoir la réponse de si tôt visiblement. Après quelques minutes de marche, ils passèrent diverses portes, certaines gardées, d’autres non, jusqu’à plusieurs couloirs où ils étaient les seuls à se déplacer dessus.

« C’est vraiment un endroit dont vous êtes le seul à avoir accès, empereur Malark ? »

« Ces couloirs ont plusieurs millénaires. J’imagine que certains architectes ou autres employés ont été chargé de les entretenir, comme certaines salles mais pas toutes. Ce qu’il est devenu de ces employés et architectes ? Je n’en sais rien et cela ne m’intéresse pas. »

« Oh, d’accord, d’accord. Mais il faut avouer que c’est assez sinistre. »

« C’est le but de cet endroit. S’il était accueillant, beaucoup tenteraient d’y avoir accès mais non, je ne peux pas le permettre et je ne veux pas le permettre. »

« Mais pourquoi nous y donner accès alors que même vos enfants n’y ont pas le droit ? »

« Car tu es là, Tery Vanian. Tu es de sa lignée. Cela veut dire qu’il est peut-être alors temps de régler cette histoire. Je n’ai fait que suivre l’idée des précédents empereurs. Mais je ne pensais pas que cela arriverait un jour, du moins, pendant mon règne. »

« Mais qu’est-ce qui peut me rendre plus spécial qu’un membre de la famille royale ? »

« Tu vas très vite le découvrir. Nous sommes arrivés. »

Oh ? Ce n’était qu’une simple porte en bois. Elle semblait être usée et les murs autour démontraient un très grand âge. En jetant un bref coup d’oeil autour d’eux, Tery remarquait que le couloir était sûrement le plus ancien qu’ils aient parcouru. Ouvrant la porte qui s’était mise à grincer après avoir posé la main dessus, il pénétra dans la pièce, laissant Tery et Manelena rentrer à l’intérieur.

« Oh… Mais c’est… une bibliothèque ? »

C’était la première chose qu’il pouvait remarquer et signaler. C’était une magnifique bibliothèque, oui, très ancienne, mais remplie d’innombrables ouvrages. Oh, elle n’était pas aussi grande que celle de ses grands-parents mais il y avait des livres partout. Que cela soit à gauche, à droite, en hauteur, sur un bureau, vraiment partout.

« Ces livres contiennent le savoir ancestral des empereurs et impératrices depuis des générations jusqu’à l’époque où nous étions encore reliés à vous. »

« Euh, vous voulez dire… comme genre depuis des milliers d’années, c’est bien ça ? »

« C’est exact. Moi-même, j’ai déjà écrit plusieurs livres. Il nous faut être érudits pour que nous puissions transmettre notre savoir aux futures générations. »

« Mais un savoir basé sur quoi exactement ? Est-ce que vous pouvez nous le dire ? » finit par demander Manelena alors que l’empereur avait un faible sourire :

« Sur le royaume, ses habitants, les familles nobles, leurs avancées, leurs disparitions, toutes ces choses… mais la plus importante nous prend la majorité du temps. »

« Euh… Et quelle est la donnée la plus importante du royaume démoniaque ? » demanda à son tour Tery, sur un ton un peu fébrile.

« Le Dévoreur. »

Un simple mot et Tery sentait un puissant frisson l’envahir, comme si tous les pores de sa peau venaient de se redresser. Ce n’était pas la première fois qu’il avait entendu ce nom mais, de la bouche même de l’empereur, cela avait une connotation différente, plus sinistre. Et il n’était vraiment pas rassuré par tout ça.

« Le Dévoreur ? Vous parlez de ce démon ? Enfin, j’ai cru comprendre, je sais plus… »

« Des explications sur le Dévoreur seront données, Tery. Le plus important est ce que je vais te dire à ce sujet et… »

« Empereur Malark, je vois parfaitement où vous voulez en venir alors si vous voulez bien patienter un peu. Bon sang, Tery, tu peux pas me retirer ces chaînes ? »

Elle lui avait montré ses mains toujours reliées par la chaîne en métal et les bracelets du même matériau utilisé. Tery bredouilla quelques mots, venant prendre la clé qu’il avait dans sa poche pour débarrasser Manelena de ses chaînes. Dès qu’elle eut ses mains libérées, elle vient les placer sur les épaules de Tery, le regardant droit dans les yeux.

« Tery, ce que tu vas apprendre, il faut absolument que tu l’acceptes. Qu’importe ce que cela représente, d’accord ? »

« Euh, tu es un peu effrayante sur le coup, Manelena. Pourquoi est-ce que… »

« Viens par là, toi. J’ai pas envie que tu replonges dans les abysses. Une fois mais pas deux ce foutu truc. Vous pouvez le lui dire. »

Hein mais mais mais ! Il se retrouva calfeutré contre la poitrine de Manelena, le dos de son crâne bien amorti par les doux oreillers de la femme aux cheveux d’argentés. Si elle se montrait aussi gentille, c’est que c’était assez grave, n’est-ce pas ?

« Bon, nous n’allons pas tergiverser plus longtemps, Tery. Tu es issu de la chair même du Dévoreur. Tu es donc de sa lignée. »

« Attendez un petit peu quand même. Je voulais juste dire enfin… Je… »

« Tu n’es pas réellement son enfant. Du moins, pas de cette façon à laquelle tu penses. »

« Mais attendez un peu, empereur Malark ! » s’écria le jeune homme, retenu par les bras de Manelena au niveau de son torse.

« Tu es un morceau de chair, une engeance issue du Dévoreur qui a été emmenée jusqu’à une femme de la surface pour donner naissance. Tu es la première tentative de … »

« ASSEZ ! QU’EST-CE QUE VOUS ÊTES EN TRAIN DE RACONTER ? »

« Tu es ma première tentative de chercher non pas une porteuse démoniaque mais une porteuse de la surface. Et c’est visiblement ce qui a permis de te donner naissance. »

« MAIS MERDE ! VOUS M’ÉCOUTEZ ?! »

Manelena mettait un peu plus de force dans ses bras pour retenir, le jeune homme n’ayant visiblement plus de retenue face à l’empereur en face de lui. Le monarque démoniaque attendit quelques minutes, le temps que Tery s’épuise et finisse par à peine gigoter dans les bras de Manelena. Il n’était… qu’un morceau de chair.

Chapitre 20 : Le regard des autres

Chapitre 20 : Le regard des autres

« Tu vas avancer, oui ?! »

« Je le fais, maître Tery. S’il vous plaît, ne me frappez pas ! »

Il avait tiré ce qui semblait être une chaîne. Celle-ci emmenait jusqu’à un collier de métal alors que Manelena avait des menottes de métal aux poignets, forcée de garder la tête baissée. Ils étaient blessés, autant l’un que l’autre depuis les évènements d’il y a deux jours. Cela ne guérissait pas aussi rapidement que prévu.

La femme aux cheveux d’argent avait à peine son visage visible après les évènements, souvent camouflé par sa chevelure. Elle ne semblait exprimer aucune émotion, à part de la crainte par rapport à Tery. Les démons autour d’eux ne disaient rien du tout, ayant comme un sourire satisfait en vue de la situation.

« Vous avez complètement ravagé votre chambre ! Mais qu’est-ce qui s’est passé ?! »

« J’ai simplement remis à sa place une surfacienne impertinente. Je crois que j’ai été trop beaucoup trop clément en fin de compte. J’ai donc réglé ce problème. »

« Ouais, on a vu ça et on a entendu ça mais vous êtes blessé ?! Il faut la punir et… »

« Elle n’est pas dans un meilleur état. Elle a été déflorée, cela doit être visible parmi tout ce sang. Je pense qu’elle a déjà été assez punie. Et si je la brise trop, nul ne reconnaîtra qu’elle est la reine de Shunter. Je préfère la garder vivante. D’ailleurs, vais aller l’emmener se laver, ça serait bête qu’elle finisse infectée ! »

Cela avait été la première conversation de la journée après cette nuit fatidique. Quand tout s’était calmé, il avait pris Manelena par le bras, des haillons dans les bras ainsi que ses propres vêtements. Il avait été difficile de l’emmener dans un coin isolé pour se laver tous les deux, sans que les servants ne viennent les déranger.

Il avait alors rétorqué que c’était à sa propre esclave de faire le travail et que nul ne devait l’en empêcher sinon, il s’occupera personnellement de la personne qui osait le déranger. Et dans la salle pour se laver ? Eh bien, il murmurait quelques mots à Manelena, allant doucement laver le corps nu de la femme aux cheveux gris.

Et elle ? Elle faisait de même ? Elle ne parlait qu’à peine, comme songeuse. Oui, il était vrai que cela pouvait être gênant d’observer le corps de chacun, couvert d’entailles, de blessures et autres mais… cela ne dérangeait ni l’un, ni l’autre maintenant. Elle avait collé sa poitrine nue contre le dos de Tery, sa tête sur son épaule.

« La prochaine fois que tu fais un truc du genre, Tery, tu… »

« Je suis si désolé, Manelena. Tellement désolé, Manelena mais… je… ce n’est pas fini. Je vais partir de cet endroit malsain, je vais demander à ce que tout le monde nous rejoigne. Mais cela va prendre encore quelques jours, je suis… tu peux tenir le coup ? »

« Imbécile. C’est moi qui avait proposé de jouer le jeu. Simplement, toi, tu as été très loin. »

Elle pouvait dire même « trop » loin en vue de ses actes mais elle sentait à quel point il avait été aussi affligé qu’elle parce qu’il avait osé lui faire. Comme pour enfoncer le coup, elle poussa un soupir triste, déclarant :

« Et dire que je me réservais pour l’homme que j’aimais. Ma première fois, envolée. »

Elle sentit que le jeune homme venait de se raidir contre elle, se redressant comme s’il venait de subir un choc électrique. Elle l’entendit commencer à renifler et bredouiller avant qu’elle ne vienne placer ses bras autour de sa taille.

« Tu es définitivement un imbécile. La méthode était vraiment trop violente mais elle aura le mérite d’être efficace. Il ne faudra rien dire à Héraisty et aux autres, ça sera à eux de deviner à leur façon. Bon… Hmm… »

« Manelena, jamais rien n’effacera ce que j’ai fait sur toi. Comme tu l’as dit, tu étais… »

« Oh mais tu peux pas te taire un peu, Tery ? Sur le coup, je n’ai pas compris et j’étais vraiment prête à te tuer. En fait, je le suis toujours si j’avais su que tout cela était fait à dessein… et d’ailleurs ça l’est. Mais j’ai compris tes circonstances et même si tu as tellement exagéré, il me faut avouer que… Oh mais je sais comment tu vas te faire pardonner. »

« Hein ? Euh et comment, Manelena ? »

« Eh bien, quand nous serons plus tranquilles, tu n’auras qu’à me faire oublier cette soirée horrible d’une façon ou d’une autre, non ? »

Et s’il n’avait pas compris l’allusion, Manelena vient glisser un doigt le long de son torse, le faisant tournoyer doucement. Il déglutit légèrement, c’était un peu tard pour revenir en arrière maintenant mais…

« C’est d’accord, Manelena. Mais ce qui s’est passé hier, jamais en vrai, je ne l’aurais fait ! Je voulais juste que tu sois au courant, d’accord hein ? »

« Hmm ? Bien entendu, comme si en vrai, tu étais capable de commettre une telle atrocité. Encore que vu que ça s’est réellement produit, c’est que tu as une petite part dominatrice au fond de toi, Tery, tu ne crois pas ? »

« Je préfère ne pas trop y penser, Manelena. Ce n’est pas du tout moi, et tu le sais bien. »

« Tu peux dire ça à mon corps hein ? C’est lui qui a bien subi « ce que tu n’es pas » cette nuit, hein ? Pfiou, d’ailleurs, Tery, à ce sujet, je crois que… »

« Chut, chut, chut ! Manelena, stop, s’il te plaît ! »

Pourtant, c’est elle qui vient rire, très faiblement. Pfiou… Elle devait pourtant être enragée, énervée, vouloir étrangler Tery, mais le corps de ce dernier comme le sien était dans un triste état. Et surtout, elle continuait à embêter le jeune homme jusqu’à ce qu’ils aient fini de se laver. Il avait demandé de nouveaux habits, spécifiques pour elle, ainsi que des chaînes plus solides. Ils n’avaient pas encore fini toute cette histoire.

Et c’était pour cela qu’ils se promenaient dans les ruelles. Ils voulaient que le message passe parfaitement dans ces lieux, que chacun et chacune puisse observer ce qui se passait. Il évitait exprès le regard des démons qui avaient été avec eux pendant la montée puis la descente du monde souterrain.

Oui, il ne cherchait pas à converser. En fait, il « paradait » avec Manelena à ses côtés, Manelena qui était dans une tenue bien différente de celle de son arrivée. Oui, avec des habits qui lui donnaient vraiment l’impression d’être juste un objet sexuel bon à jeter s’il le désirait, dévoilant une bonne partie de sa poitrine, mais aussi de ses jambes.

Et Tery ? Le jeune homme arborait ses cornes, comme si de rien n’était. Manelena continuait d’avoir la tête baissée, gênée et honteuse, du moins, en apparence. De plus, il avait appris de bonnes choses au sujet de Manelena. Il n’avait pas été le premier à tenter de lever la main sur elle sauf qu’elle avait aisément annihilé les démons qui avaient tenté quoi que ce soit sur elle.

Contrairement à cette pauvre soldate qui n’avait pas eu de chance, Manelena était bien plus forte et il avait compris aussi que lui-même était plus puissant qu’il n’y paraissait. Les nobles démons de cette capitale n’étaient pas aussi forts qu’il ne l’aurait cru. Enfin, tout cela l’avait emmené à imaginer ce plan lorsqu’il avait compris que la vie de Manelena était en danger si elle continuait sur cette voie.

C’est pourquoi il avait agit d’une telle manière. C’était la solution de dernière chance. En venant punir Manelena de la sorte, la souiller, la mettre plus bas que terre, il faisait comprendre sa position aux yeux de tous les démons. Bien entendu, dans la réalité et en privé, c’était bien loin de tout ça. C’était bien différent.

Mais cette mesure extrême, il s’en voulait encore maintenant. Il allait s’en vouloir pendant des jours, des mois, peut-être jusqu’à la fin de sa vie. Bien entendu, il y avait le fait qu’il avait trompé Elen mais si ce n’était « que » cela. Il avait violé Manelena et ça, il ne pouvait jamais enlever cette tâche sur son être.

Il s’arrêta au beau milieu de sa marche quand deux soldats se dirigèrent jusqu’à lui, jetant un petit regard en direction de Manelena qui se cacha derrière le jeune homme. L’un des deux soldats s’adressa à Tery, lui disant :

« Tery ? Y a l’empereur Malark qui veut que tu ailles le voir. »

« Hmm ? Maintenant, j’imagine. Une royauté qui irait attendre un simple type comme moi, ça n’existe pas. Viens par là, toi. » dit-il en tirant un peu sur la chaîne reliée au collier de métal de Manelena, celle-ci poussant un petit cri.

« On peut ramener ton esclave si tu préfères. »

« Ah non, non. Cela devrait aller. Je vais justement la montrer à l’empereur pour qu’il voit ce que j’ai fait de l’ancienne reine de Shunter car il n’y a aucun doute que déjà en haut, ils ont sûrement trouvé un remplacement pour elle. »

« Comme tu veux, c’était qu’une proposition. » signala le second garde, visiblement déçu.

Pas besoin de demander pourquoi il était déçu spécifiquement. Comme le premier garde, il était aisé de voir qu’ils pensaient pouvoir profiter de Manelena si elle n’était pas avec Tery. Pourtant, il en était hors de question, le jeune homme cornu reprenant le chemin jusqu’au château impérial, arrivant devant la salle du trône, attendant qu’on le présente avant de pénétrer à l’intérieur.

« Vous voilà, tous les deux. Que tout le monde quitte la salle du trône. »

Hmm ? C’était donc relativement important pour qu’il demande une telle chose. Tery observa du coin de l’oeil les soldats qui quittaient la pièce. La salle du trône étant des plus imposantes, s’ils se dirigeaient jusqu’au trône, il n’y avait aucune chance que quelqu’un puisse les entendre.

« Bon, vous pouvez arrêter la comédie, tous les deux. Vous n’êtes pas crédible. »

« Ah ! Euh… Vraiment ? Vous pensez que… »

« Tery, le mieux aurait été de continuer à jouer le jeu justement pour le contredire et lui montrer qu’il a complètement tort. »

« Ah ! Donc, c’est un peu… tard, n’est-ce pas ? » dit Tery alors que Manelena poussait un profond soupir, ne pouvant pas vraiment croiser les bras en vue de ses chaînes.

« On va dire que oui, maintenant, il faut voir ce que l’empereur Malark nous veut. Pourquoi nous avoir contacté, empereur ? »

« La situation a plus ou moins dégénéré. Certains pensaient te retirer des « griffes » de Tery en prétextant que cela ne se fait pas à une surfacienne. Malheureusement pour eux, je déteste l’hypocrisie plus que tout et cela ne m’a pas dérangé de me débarrasser d’eux. »

« Je ne sais pas trop quoi dire, empereur Malark. Je ne peux pas vous remercier car la situation est vraiment affligeante dans la capitale. »

« Tu ne peux pas changer des siècles d’histoire juste par ta présence, Tery Vanian. Je te l’ai déjà dit et répété. Néanmoins, ton exaction par rapport à l’actuelle reine de Shunter a fait quelques émules. Les démons pensent que les autres démons de ton groupe font subir les mêmes sévices à leurs compagnons. »

« Je ne sais pas si c’est vraiment réjouissant que l’on me considère comme un violeur. »

« Non pas comme un violeur mais quelqu’un qui sait abuser de son autorité face aux races inférieures. Pour les démons, tu es comme un parasite aux yeux de beaucoup. Tu n’as pas l’allure et le comportement d’un démon. Du moins, c’était ce qu’ils pensaient avant que ton coup d’éclat ne se fasse connaître. En même temps, à voir votre état à chacun, j’ai l’impression que la reine de Shunter n’était pas au courant. »

« Et pas qu’un peu, je l’ai cogné pour lui faire comprendre comment on traite une femme. »

« Hum, tu es peut-être plus démoniaque que je ne le pensais, Tery. »

Sincèrement, il devait prendre comment la remarque de l’empereur ? Car oui, il semblait le complimenter mais il ne se sentait pas ravi sur le coup. Dans le fond, c’est vrai que maintenant, les autres démons devaient penser à des choses horribles de sa part.

« Bref, empereur Malark, il n’y avait que ça dont vous vouliez me parler ? »

« Nullement, loin de là, Tery Vanian. Je sais ce que tu comptes faire et il est peut-être alors temps de te dire ce que je sais à ton sujet. »

« À mon sujet ? Comment cela ? Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? »

Il était Tery Vanian. Il avait déjà eu la surprise d’être un démon, après toutes ces années. Qu’est-ce qu’ils allaient encore lui révéler d’assez sinistre ? Qu’est-ce qui allait encore être pire ? Est-ce qu’il n’avait pas assez souffert ?

« Mais auparavant, je voulais savoir une chose par rapport à ces surfaciens. Pourquoi eux ? Pourquoi non pas les démons ? Car depuis le début, tu sembles avoir fait ton choix. »

« Ce n’est pas une question de choix, empereur Malark. Je suis autant pour les démons que pour les surfaciens. Vous savez, tous les démons ne sont pas aussi… »

« Tu peux t’exprimer librement dans cette pièce. Nulle parole n’en sortira. »

« Aussi horribles que ceux qui se trouvent dans la capitale. Beaucoup de villages démoniaques ont des habitants très appréciables, qui sont là pour aider leur prochain. C’est juste que comme partout, dès qu’une personne a du pouvoir, elle en abuse, la grosse majorité du temps. Je ne suis pas pro-surfacien ou pro-démon, je veux autant la paix de l’un et de l’autre côté. Simplement, en revenant ici, avec la reine de Shunter, je pensais vraiment que ça serait un premier pas pour oeuvrer pour la paix, malgré tous les déboires. Et résultat ? Je… »

Il cherchait ses mots, les paroles qu’il fallait mais comment est-ce qu’il pouvait exprimer le fait qu’il avait tout simplement souillé la reine de Shunter ? Non, pire que ça, il avait souillé la femme qu’il aimait par ses actes. Il était impardonnable ! Il n’y avait pas de retour en arrière ! Il se prit une légère tape dans le dos, Manelena, malgré ses habits, avait une stature fière et droite, comme son véritable rang l’exprimait.

« Il ne faut pas abandonner pour aussi peu, Tery. L’empereur Malark sera sûrement d’accord avec moi sur le fait que ce n’est pas en abandonnant à la première difficulté que l’on peut forger un royaume. Je suis même certaine qu’il a bien plus de sang que la majorité des démons, est-ce que je me trompe ? »

« Cela ne concerne pas une surfacienne, Manelena. » rétorqua l’empereur bien qu’il n’infirmait pas les propos de la femme aux cheveux d’argent.

« Tout cela pour dire que ton idée reste bonne, Tery. Mais qu’il faudra sûrement « forcer » les plus puissants démons à se plier à ta volonté. Ici comme ailleurs, la loi du plus fort restera la meilleure. Je pense que ce que tu m’as fait a fait comprendre à certains démons que tu étais prêt à pas mal de « sacrifices » pour arriver à tes fins. Peut-être que tu as marqué quelques points dans certaines familles haut-placées. Et c’est ce qui dérange, n’est-ce pas ? »

Elle avait fini par reposer ses yeux sur le monarque, ne semblant pas réellement attendre de confirmation de la part de ce dernier même si celui-ci poussa un soupir agacé. Visiblement, il était un peu énervé par les remarques de Manelena, des remarques qui faisaient mouche à chaque fois. Elle n’était pas devenue reine par hasard.

« Ce qu’elle dit est vrai, Tery. Parmi les soldats qui étaient avec toi, bon nombre d’entre eux sont des fils ou filles de familles nobles. Parmi elles, certaines sont bien connues dans la capitale. Le fait est que ses familles ont envoyé leurs enfants te rejoindre dans le but de t’étudier et de se débarrasser en partie d’eux. Vu que leurs enfants sont revenus avec des surfaciens, les dit-enfants, qui n’étaient pas haut placés dans la hiérarchie familiale ont gagné un peu de grade dans ces dernières. »

« Euh… mais qu’est-ce que vous voulez dire exactement par là ? »

« Que ces familles sont intéressées par la surface et ses habitants. Que tes exactions ne sont pas passées inaperçues. Que ce que tu penses être inutile est tout le contraire au final. Tout est finalement lancé et si tu continues sur cette voie, alors, tu finiras par obtenir ce que tu recherches ici bas. Il te suffirait d’aller directement parler aux chefs des différentes familles ou du moins à leurs représentants pour comprendre ce que tu as fait. »

Il ne savait pas trop si c’était vraiment une bonne idée mais une nouvelle tape dans le dos de Manelena et voilà qu’elle déclarait à la place de Tery :

« Si tu dois te rendre dans de tels endroits, tu es prié de ne pas abaisser ta garde. Peut-être que vous avez des intérêts communs mais ces familles n’hésiteront pas à te bouffer tout cru si tu leur en offres la possibilité. Et bien entendu, comme je vais devoir t’accompagner, tu ne pourras pas t’abaisser à m’adresser la parole ou attendre que je vienne t’aider. D’ailleurs, empereur Malark, pourquoi vous me permettez de m’exprimer aussi aisément ? »

« Tu es vraiment impertinente comme femme, je suis certain qu’on te l’a souvent dit, n’est-ce pas ? » signala l’empereur Malark en fronçant les sourcils, peu habitué à ce qu’on s’exprime de la sorte envers lui dans sa salle.

« Disons que je n’ai pas été élevée avec des froufrous et des robes malgré mon statut de reine. Mon père m’a renié pendant pas mal d’années, il m’a fallut faire ma place dans l’armée sans que nul ne sache mes origines. Je ne vais pas vous raconter toute mon histoire. Pourriez-vous expliquer à Tery pourquoi vous faites tout ceci ? »

« Tu peux aisément lui expliquer par ta propre personne puisque tu es au courant de tout, il semblerait. Ensuite, Tery répondra à ma question te concernant. »

« Bon bon bon… Puisqu’il en est ainsi, Tery. Si tu veux tout savoir, l’empereur Malark est aussi prompt à faire changer les choses du côté des démons. Malheureusement, même avec son statut d’empereur, il ne peut pas tout accomplir. Je pense qu’il a décidé de t’aider de manière indirecte tout cela depuis l’apparition de sa fille issue de la surface. Est-ce que je me trompe, empereur Malark ? Vous avez vu qu’il était possible pour votre enfant de vivre à la surface, accompagné par de nombreux surfaciens, sans aucun problème. Votre enfant ! Issu de votre corps et de celui d’une femme de la surface ! D’ailleurs, à ce sujet, il faudra m’expliquer comment vous faites car ça a l’air d’être assez… saugrenu. »

« Humpf. Nous procréons de la même façon que les surfaciens. »

« Oh mais à la surface, vous savez, les mékalarmiens naissent dans les œufs. Les Claudiskins aussi, si je peux me permettre. Je ne veux pas parler de cette méthode. Vous semblez ne pas avoir besoin de… rapports pour ça. »

« Assez avec ces questions. Je n’y répondrais que lorsque la mienne aura eu une réponse. »

« Et de quoi il s’agit, empereur Malark ? » demanda Tery après quelques secondes d’hésitation, ne sachant guère réellement où se placer avec tout cela.

« Ta relation avec cette surfacienne. Je ne me fais pas d’illusions par rapport à Elise. Je sais pertinemment que toi et elle, il n’y a jamais rien eu et il n’y aura rien mais… cette relation entre toi et cette surfa… »

« Vous pouvez m’appeler Manelena, cela ne me dérange pas, Malark. »

Un grognement de la part de l’empereur se fit entendre, Manelena gardant son sourire aux lèvres alors que l’empereur reprenait la parole :

« Manelena. Quelle est ta relation avec elle ? Si ce n’était qu’une femme comme toutes les autres, tu n’aurais jamais commis de tels actes. De même, de ce que je sais avec ce que tu as raconté, tu es normalement déjà avec quelqu’un, n’est-ce pas ? Alors pourquoi cette femme ? Car il s’agit d’une reine ? »

« Hein ? Bien sûr que non ! Pas du tout ! Enfin, Manelena, ce n’est pas parce que c’est une reine, pas du tout, empereur Malark ! »

Et voilà que maintenant, il était gêné et confus. Comment est-ce qu’il allait expliquer cela correctement ? L’empereur attendait des explications visiblement. Surtout qu’il avait posé une question cruciale : Et Elen dans tout ça ?

« Par rapport à Elen, je compte vraiment lui expliquer la situation quand je pourrais enfin la revoir ! Il n’y a même pas besoin de se poser la question ! »

« Hum hum. Libre à toi. Beaucoup de démons sont dans la polygamie bien que cela soit beaucoup de non-dit. Une femme ou un homme principal et plusieurs amants ou amantes. Mais cela ne regarde qu’eux. »

« D’accord, d’accord. Euh, est-ce que la réponse vous satisfait ou pas ? »

« Pas vraiment, non, Tery. Je veux en savoir plus aussi. C’est l’heure de jouer cartes sur table. » annonça Manelena, se plaçant dans son dos.

« Hein ? Mais mais mais… Qu’est-ce que vous voulez que je dise ? Je ne sais pas moi ! »

« Pourquoi moi ? Et pas une autre femme ? »

Mais c’était quoi ce traquenard ?! Ils travaillaient de concert ou quoi ?!

Chapitre 19 : Un acte horrible

Chapitre 19 : Un acte horrible

« Manelena, les gens, tu as entendu ? »

« Je sais bien, Tery. Je sais bien, enfin messire Tery. Qu’allez-vous faire donc ? »

« J’en ai aucune idée malheureusement ! Je ne vois pas comment je peux régler ça. Les autres démons n’ont pas ce problème, j’ai demandé à Héraisty. »

« Ils sont habitués à l’échelle sociale instaurée ici. Et je pense que les soldats des différentes nations aussi. Mais toi qui a toujours été tête en l’air et du genre à ne pas te préoccuper de ces petites choses, autant dire que ce n’est pas viable. »

« Mais si je ne fais rien, tu risques d’avoir de gros ennuis et… je ne veux pas que ça arrive ! »

« Alors, tu n’as qu’à trouver une solution, maître Tery. Enfin, tu as compris ! » s’exclama t-elle alors qu’ils étaient tous les deux dans la chambre de Tery une nouvelle fois.

Des journées s’étaient écoulées depuis la soirée où ils avaient bu un peu plus que nécessaire. Lorsqu’il s’était réveillé, autant dire qu’il en menait pas large, surtout qu’il était dans une tenue déplorable et que Manelena dormait à ses côtés. Il avait eu peur d’en avoir trop fait et de ne pas s’en rappeler mais Manelena portait encore quelques habits.

Puis peu à peu, il s’était dit que ce n’était pas si grave, loin de là. Dans les faits, s’il y avait bien une personne qu’il faisait plus qu’apprécier, c’était Manelena. Cela ne datait pas d’hier, ce qu’il ressentait pour elle. Pourquoi le cacher ? Pourquoi ne pas le montrer ? Ici, c’était impossible. S’il devait le montrer aux autres démons, autant dire qu’on voudra sa tête sur un plateau et que certains n’attendaient que ça.

« Je vais trouver une solution, Manelena. Mais… Est-ce que tu me feras confiance jusqu’au bout dans ma décision ? »

« Hmm… Je ne… » commença t-elle à dire avec un air un peu suspicieux. Mais elle s’arrêta aussitôt en voyant le regard du jeune homme posé sur elle. Même si cela ne semblait être qu’un « jeu » quand elle se faisait passer pour son esclave, Tery réfléchissait réellement à tout faire pour que ça se passe le mieux possible.

« Qu’importe ce que je ferais, je veux juste que tu saches que ma priorité est ta sécurité, Manelena. Tu es vraiment la personne la plus importante pour moi en ces lieux. »

« Mais quel beau parleur que tu fais, Tery. Tu devrais raconter de telles inep… Ah bon sang, tu vas arrêter de me fixer comme ça ? »

C’était elle qui avait fini par détourner le regard, plus gênée qu’elle ne l’aurai cru. D’une voix plus tremblante qu’elle ne le voulait, elle murmura :

« Je veux bien te faire confiance. Malgré les apparences, ces actes stupides et tout le reste, je suis sûre et certaine que tu envisages tout pour que ça se termine bien. »

« Je ne sais pas du tout. C’est juste absurde et monstrueux. »

Absurde et monstrueux ? Cela voulait dire qu’il avait déjà son idée en tête ? Maintenant, elle le regardait à nouveau, interrogative. Elle savait qu’il tiendrait ses promesses, du moins, qu’il fera tout pour qu’elle soit en sécurité. Mais absurde ? Monstrueux ? Qu’est-ce que Tery avait exactement en tête ?

« Il me faudra vraiment beaucoup de courage pour ça. Je suis vraiment désolé, Manelena. »

« Mais tu vas attendre un petit peu ? Et me dire de quoi tu parles exactement ? Car là, tu fais juste plus peur qu’autre chose, Tery. »

Encore, elle, avoir peur, c’était un concept assez étrange mais en même temps ce n’était pas impossible. Elle n’était pas totalement insensible. En même temps, cela lui arrivait d’être… inquiète et c’était justement ce qu’elle ressentait en écoutant Tery.

« Tery, je veux juste que tu me fasses une promesse, toi aussi. Si tu ne la fais pas, je ne pourrais pas alors accepter ce tu as dit. »

« Et de quelle promesse il s’agit ? » demanda Tery, cherchant à comprendre ce qui lui arrivait vu qu’elle n’avait pas le même timbre de voix que d’habitude.

« Que ce n’est rien de dangereux pour toi. Pfff… Qu’est-ce que j’ai l’air en disant ça ? On dirait que je vais minauder comme une petite pucelle. »

« Je ne crois pas que ça soit dangereux pour moi. Mais c’est pour toi, Manelena. Il se peut que tu sois blessée, que tu sois meurtrie, que cela t’affecte à jamais. »

« Hum… J’ai été reniée par mon père pendant plus de deux décennies, je suis certaine d’être assez forte pour ce que tu risques de me préparer. »

« Je ne sais pas du tout, Manelena. Je… Pardon à l’avance. Je vais me préparer… et vraiment, s’il te plaît, pardonne-moi. »

Mais le pardonner de quoi ? Elle voulait lui poser la question mais elle avait vraiment une certaine appréhension qui vint l’habiter. C’était elle ou… Tery la mettait mal à l’aise ? Surtout qu’il la détaillait de haut en bas.

Il signala qu’il allait revenir dans quelques heures. Elle pouvait rester ici car si elle tentait de sortir sans qu’il soit à ses côtés, elle allait avoir de sérieux ennuis. Même si elle était brave, elle n’était pas complètement stupide.

Mais qu’est-ce qu’elle allait faire ? Pendant tout ce temps ? Car oui, elle avait une boule dans le ventre. Elle n’arrivait pas à l’expliquer mais elle qui y pensait depuis des journées, elle avait le sentiment que Tery la regardait comme… un prédateur ?

C’était un regard déplaisant, un regard qu’elle avait déjà vu si souvent depuis qu’ils se retrouvaient dans ce monde souterrain. Un regard carnassier où bon nombre de démons, qu’ils soient mâles ou femelles, semblaient chercher le moment où elle serait sans défense pour lui faire subir les pires sévices. Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce que Tery avait eu ce regard si horrible ? Est-ce qu’il comptait… non. Pas Tery. Ce n’était pas son genre.

Pourtant, quelques heures plus tard, il était revenu. Elle remarqua qu’il tenait deux paires de menottes dans les mains. Du moins, en vue de l’épaisseur des menottes, ça ressemblait plus à des bracelets joints par une chaîne en métal entre les deux bracelets. Avec deux paires, elle commençait à comprendre où il voulait en venir.

« Tu décides enfin de prendre cette histoire au sérieux, Tery ? »

Il avait refermé la porte derrière lui, tournant la clef pour être sûre qu’on ne vienne pas le déranger. Il tira les rideaux pour que nul ne puisse les observer dans la chambre, n’allumant qu’une bougie sous une cloche de verre pour diffuser une lumière à peine perceptible dans la pièce. Les menottes déposées sur le bureau, elle remarqua qu’il ne l’avait même pas regardé depuis qu’il était rentré. Et il n’avait même pas cherché à parler.

« Tery ? Tu pourrais au moins t’exprimer, tu ne crois pas ? »

« La ferme, Manelena. » répliqua sèchement Tery alors qu’il finissait par se débarrasser de son haut, lentement mais sûrement, jetant ce dernier au sol.


Il se retourna vers elle, dévoilant ses yeux rubis alors qu’elle avait un léger frisson qui vint la parcourir. Elle le sentait, elle sentait le même regard que les autres démons dans ce foutu royaume, dans cette capitale pourrie. Elle sentait que Tery avait exactement ce…

« Déshabille-toi, maintenant, Manelena. »

« Je ne suis pas vraiment certaine d’apprécier cette idée, Tery. » déclara t-elle avant de finir par se lever du lit, prête à se mettre debout. Mais une baffe cinglante vint la faire retomber dessus, Manelena écarquillant les yeux avant de se mettre à grogner, des lignes noires apparaissant sur ses bras.

« TERY ! TU VAS VITE COMPRENDRE QUE … »

Une nouvelle baffe mais cette fois, elle arriva à parer le coup. Mais le front de Tery percuta le sien, la sonnant à moitié, comme si elle avait reçu un coup de marteau sur la crâne.

« MAIS QU’EST-CE QUE TU FOUS, BORDEL ?! »

Hein ?! Elle sentait sa poitrine qui venait de se retrouver à l’air libre, ses yeux se rouvrant sur ceux rubis de Tery. Ce n’était pas les yeux d’un homme, ni d’un démon, mais ceux d’un prédateur. Elle se sentait si… petite face à lui. Mais il en fallait plus pour l’impressionner !

« Je te laisse une chance de te faire par… »

Il l’empêchait de finir sa phrase à chaque instant. Alors qu’elle avait senti que son haut s’était déchiré, il en était de même avec son bas, ses habits ayant été retiré comme s’ils n’étaient que du papier pour une main de Tery. Une main légèrement griffue, l’autre maintenant les deux bras au-dessus de la tête de Manelena, entourant ses poignets.

Comment ? D’habitude, il n’avait à peine une taille capable de faire le tour de son poignet alors les deux ? Et c’était quoi ces cornes sur son crâne ? Elles étaient différentes.

Elles étaient plus longues ? Comme celles de l’empereur Malark. Elle avait la sensation qu’elles faisaient partie intégrante de Tery, comme s’il avait toujours été un démon. Mais ce n’était pas l’heure de l’étudier, surtout pas ! Surtout qu’elle voyait l’excitation du jeune homme au niveau du bas-ventre.

« Dans d’autres circonstances, j’aurais été flattée mais pas là ! JE T’AI DIT DE DÉGAGER TERY ! TU VAS COMPRENDRE ?! »

Elle venait de lui envoyer son pied droit dans les bourses mais ce dernier avait été arrêté par la main libre du jeune homme. Non, ce n’était pas un homme à cet instant mais un monstre, elle le voyait bien. Elle comprenait ce qui risquait de l’attendre et déjà elle croisait les jambes pour l’en empêcher.

« Tu n’es pas décidée à te laisser faire, Manelena ? Tant mieux, je préfère quand tu tentes de résister, ça sera encore plus appétissant. »

Et voilà qu’il malmenait sa poitrine comme s’il pétrissait une pâte prête à être enfournée par le boulanger. Les seins de la femme aux cheveux d’argent étaient palpés, se faisant secoués à gauche et à droite alors qu’elle se retenait de gémir.

« JE VAIS TE BUTER, TERY ! JE VAIS VRAIMENT T’ECLATER TA FACE ! »

Elle commençait à gesticuler, sa magie se diffusant dans tout son corps. Elle ne savait pas ce qui était en train de lui prendre mais il allait le payer ! Elle allait lui faire regretter son existence ! De l’électricité vint par courir son corps mais aussitôt, elle poussa un cri de douleur. Elle venait … de se faire entailler par Tery ? Non, il avait formé une fine carapace de pierre autour de ses membres et de ses mains.

« Qu’est-ce que tu comptais faire, femelle ? M’électrocuter ? Je te connais depuis toutes ces années, je sais de quelle façon tu te bats, quelle est ta magie principale, tu crois que je n’ai pas pris mes précautions pour ce soir ? »

« Tery, si tu crois vraiment que je vais te pardonner ou que je vais passer l’éponge sur ce que tu tentes de faire, TU TE TROMPES LOURDEMENT ! »

Elle n’était pas qu’une adepte de l’électricité ! Elle était bien plus que ça ! Si elle ne pouvait pas le frapper de cette manière, ni utiliser la magie pour l’électrocuter et lui faire lâcher prise, elle avait bien d’autres façons d’y arriver !

« N’OUBLIE PAS QUI JE SUIS, TERY ! JE SUIS LA REINE MANELENA ! JE SUIS LA MARECHALE NALI ! JE SUIS UN BIEN PLUS GROS POISSON QUE TU NE POURRAS JAMAIS FERRER ! »

Et il allait très vite comprendre ce qu’elle était ! Il voulait utiliser la force ? Ils allaient être deux à ça ! Mais ce n’était plus un jeu, c’était un combat pour la survie ! Pour son intégrité ! Sans crier gare, elle commença à rouler sur le côté, emportant Tery avec elle pour qu’ils tombent tous les deux du lit. Étonné, le jeune homme relâcha à peine sa prise sur elle, chose dont elle profita aussitôt pour se libérer. Soulevant la table de nuit avec aisance, elle l’envoya sur Tery qui eut juste le temps de parer avec son bras.

« Tu veux vraiment te rebeller contre moi, Manelena ? Et qu’est-ce que tu comptes faire ensuite hein ? Qu’est-ce que tu crois que… »

C’était à elle de lancer l’assaut. S’il pensait qu’elle allait fuir, il venait de se planter royalement. Un peu comme son épaule et son coude dans le ventre de Tery, le faisant percuter le mur derrière eux avec une violence rare, toute la pièce s’étant mise à trembler sous le choc. Elle s’écria :

« Je vais te buter, Tery. Je vais te buter pour avoir tenté même de me toucher de la sorte ! »

Et dire qu’elle pensait s’abandonner à lui il y a quelques jours, avec l’alcool ? Comment est-ce qu’elle avait pu être autant aveugle ? Ce n’était pas la première fois qu’il la décevait mais elle, toujours aussi stupide à croire dans les sentiments de Tery, elle voulait lui pardonner !

« MAIS CETTE FOIS, JE VAIS T’EXTERMINER ! »

Et qu’importe si les soldats et autres allaient tenter de l’arrêter ou de la souiller ensuite, elle emportera Tery avec elle ! D’ailleurs, elle était certaine qu’en vue du vacarme produit, ils n’allaient pas tarder ! Si tel était le cas, elle allait tuer Tery et ensuite en exterminer un maximum pour…

… … … Pourquoi personne ne venait les arrêter ? Même en fermant la porte à clef, il serait facile de la défoncer. Pareil en passant par la fenêtre. Cela ne laissait pas passer la lueur des cristaux qui éclairaient les zones pendant la « nuit ».

« Qu’est-ce que tu ça veut dire ? Où est-ce qu’ils sont tous ? »

« Tu n’as pas l’air de comprendre ta position hein ? Ici, tu n’es rien, Manelena. Tu n’es que bon à être utilisée comme l’esclave que tu es et … »

Un coup de poing dans le menton et le voilà en train de cracher du sang. Aussitôt, bien qu’elle ne pouvait pas être aussi efficace que lui, elle vient créer des griffes de pierre. Elle aussi, elle avait appris à son sujet ! Elle savait comment il combattait ! Les griffes tracèrent des lignes en diagonale sur le torse de Tery, pas assez profondément pour que ça soit réellement dangereux bien que du sang s’en écoulait.

« Ben alors, mon grand, t’es déjà essoufflé ? Tu pensais quoi ? Que j’allais être une gentille petite biche qui allait se faire croquer ? VIENS DONC, TERY ! Je vais t’arracher les couilles pour te les faire bouffer ! »

Et pourquoi est-ce qu’elle haletait et qu’elle sensiblement plus excitée que prévu par cette bagarre ? C’était vraiment ça qu’elle désirait ? Non ! Pas le moins du monde ! Il fallait être complètement tordue pour espérer du plaisir dans un tel endroit et à un tel moment ! Peut-être l’exaltation du combat ?

« Tu as terminé les enfantillages, Manelena ? Maintenant, je vais être sérieux. »

« Tu crois que ce sont des gamineries, Tery ? TU ES EN TRAIN DE ME DIRE QUE JE DEVRAIS ME LAISSER FAIRE ?! »

Un grand sourire se dessina sur les lèvres de Tery, comme s’il était amusé par les propos de la femme aux cheveux d’argent. Elle n’avait aucune idée de ce qui trottait dans la tête de Tery mais si elle ne trouvait pas rapidement une solution, elle allait…

« Tu es dispersée, Manelena. Pourtant, tu m’as toujours dit de ne pas l’être dans un combat à mort, n’est-ce pas ? »

Il avait frappé violemment dans le ventre de Manelena, la faisant pouffer de douleur. Elle se retrouva à nouveau projetée sur le lit mais cette fois-ci, ce dernier avait des bracelets de pierre qui traversèrent le sommier et le matelas pour bloquer Manelena au niveau des membres et de la tête.

« TERY VANIAAAAAAAAAAAAN ! JE VAIS TE TUER ! »

Elle recommençait à faire parcourir de l’électricité dans son corps mais à cause de ces liens de terre, c’était inutile. Du moins, c’est ce qu’elle croyait mais elle avait une solution. Elle le regarda avec rage alors qu’elle le voyait se rapprocher d’elle, prêt à faire son œuvre. Ses mains pouvaient toucher l’oreiller sur lequel sa tête était posée. Elle le gela avant d’utiliser un peu de magie de vent pour envoyer l’oreiller glacé sur la tête de Tery, lui ouvrant encore plus le crâne. Tery poussa un râle de rage, ignorant ce qu’elle venait de faire. Avec les jambes écartées de force, elle sentait le membre de Tery qui frottait contre son antre.

Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’elle était autant en sueur ? Et pourquoi est-ce qu’il prenait autant de temps ?! Qu’est-ce qu’il était foutait ?! Elle allait tout faire pour l’arrêter ! Elle pouvait encore ! Si elle se concentrait, peut-être qu’elle pourrait faire apparaître son armure et … non, ce n’était pas aussi simple que ça.

Son corps, ce stupide corps, il semblait désirer ça après toutes ces frustrations à avoir Tery contre soi pendant des semaines. COMMENT EST-CE QUE SON CORPS OSAIT L’ABANDONNER DE LA SORTE ?! Elle poussa un nouveau cri de rage, à tel point que la fenêtre de la chambre commença à se fissurer derrière le rideau.

Il était rentré ! Il était vraiment rentré ! Il avait osé le faire ! Il avait osé la souiller ! Il n’y avait aucun retour en arrière ! Au moment où il était rentré, elle avait senti que les liens de pierre se faisaient moins forts… assez pour lui permettre de libérer ses poings, chose dont elle ne se priva pas.

Ses mains se dirigèrent vers le cou de Tery qui continuait son acte bestial mais elles continuèrent leur chemin pour arriver dans le dos du jeune homme aux cheveux bruns. S’enfonçant dans la chair de ce dernier, griffant son dos pour y laisser des traces sanglantes de son passage, ses pieds se libèrent pour venir enserrer le corps de Tery.

« Désolé, désolé, désolé, désolé… »

C’était à cause de ce mot répété, sans cesse, que ses mains avaient quitté la voie de la gorge de Tery pour finir par se nicher dans son dos. Cette rage accumulée dans ses doigts déchiraient le dos de Tery alors qu’il continuait la copulation bestiale, sans réel désir… ou alors, y en avait-il un ? Elle ne savait plus trop. Elle avait du mal à réfléchir correctement à la situation, surtout que son corps lui envoyait des spasmes de plaisir.

Des spasmes qu’elle avait du mal à refouler. Maintenant que la douleur première était passée, son corps continuait de réclamer sans cesse ce désir ardent qui bouillonnait en elle depuis tout ce temps. Mais quelque chose la dérangeait. Tery voulait lui faire mal, il voulait la marquer, par des blessures, des entailles, des blessures. Mais à chaque fois, cela n’avait jamais été trop profond, quitte à la blesser réellement.


Le lit était dans un triste état, en fait, on pouvait simplement envisager qu’ils étaient juste sur un matelas. La pièce était dans un triste état, avec la table de nuit brisée, de la poussière soulevée par les murs qui avaient tremblé et les débris de verre. On aurait cru à une véritable bataille dans le lieu.

Soudainement, sans prévenir elle s’arc-bouta en même temps qu’elle sentait le corps de Tery qui venait de se raidir. Une chaleur vint envahir son bas ventre en même temps que Tery continuait de murmurer le même mot, inlassablement. Et il vint finir par s’écrouler contre elle, sur ses seins nus. Un bref regard sur le dos du jeune homme et elle voyait qu’il était dans un triste état. Un peu comme elle dans le fond. Oui, ils étaient dans un état pitoyable.

Comme s’ils s’étaient livrés à une violence inouïe … et c’était le cas. Elle avait crié, elle avait hurlé, Tery lui aussi. Il s’était livré à un acte des plus horribles. Tout avait été ravagé alors… pourquoi est-ce qu’il pleurait contre son sein ? Comment osait-il être sans défense contre elle, ses cornes ayant disparu ?

Comment osait-il relever ses yeux émeraude, sans aucune malice ou perversité empreintes dessus ? Comment osait-il verser des larmes en la regardant ? Pensait-il vraiment qu’il allait être pardonné juste avec ça ? Pensait-il vraiment survivre à sa colère ?

« Pardon, Manelena. Pardon, pardon, pardon…. Pardon et encore pardon. »

Il avait posé ses lèvres sur les siennes, une fois, deux fois, trois fois. Il l’embrassait maintes fois sans qu’elle ne réagisse. Il l’embrassait avec une certaine ferveur, comme pour attendre quelque chose de sa part. Elle, de son côté, analysait toute la situation. Oui, elle avait été violée. Que son corps apprécie le traitement ou non, cela restait un viol.

Un viol de la part de l’être en qui elle avait une extrême confiance. Un viol qui avait souillé et terni son corps à tout jamais. Un viol dont jamais elle ne pourra laver l’affront maintenant qu’il avait été commis. Ses yeux rubis, rageurs, fixèrent Tery pendant de longues secondes, comme ignorant les baisers qu’il déposait. Puis toute rage vint quitter subitement le regard de Manelena mais aussi son visage et son corps. Les mains qui avaient griffé le dos de Tery, qui avaient martelé son corps, caressaient maintenant le dos ensanglanté du jeune homme.

« Dans la plus complète des ignorances… pour être le plus réaliste. »

Elle avait simplement soufflé cette phrase mais Tery ne l’écoutait plus. Il était avachi sur elle, son corps continuant à trembler un peu. Avec une fenêtre qui avait fini par tomber en morceaux à cause des évènements, normal qu’il avait froid. Elle-même n’avait guère chaud.

Observant plus ou moins ce qui restait des draps, elle vint les déposer sur leurs deux corps, elle-même restant assise dans le lit. Cette capitale démoniaque était pourrie jusqu’au bout pour avoir emmené Tery à réagir de la sorte. C’était une chose qu’elle ne pardonnerait pas.

Chapitre 18 : En profiter

Chapitre 18 : En profiter

« Je n’aime pas du tout l’ambiance actuelle, Manelena. »

« Hmm ? Cela ne me dérange pas tant que ça, loin de là. Je n’ai aucun souci. Je veux dire, on dirait que maintenant qu’il y a eu une morte, ceux qui doivent s’occuper de leurs esclaves sont beaucoup plus sur leurs gardes et il n’y a rien eu de mauvais cette dernière semaine. »

« Je sais bien mais ça ne change pas que je n’aime pas ces regards et autres sur ma personne. Et sur la tienne aussi hein ? »

« Oh ? Tu ne vas quand même pas me dire que tu es un peu jaloux de ce que les autres pensent de moi, Tery ? »

« Jaloux, je ne pense pas. Enfin, peut-être un peu quand même. »

Mais comment peut-il réellement expliquer ça ? Ce n’est pas aussi simple que de dire que c’est de la simple jalousie. En même temps, il a l’impression qu’il fait quelques envieux avec Manelena non-loin de lui.

« Je crois que ce sont les autres qui sont jaloux de moi, Manelena. »

« Oh ? Tu penses donc que c’est aussi simple que ça ? Hahaha ! Peut-être dans le fond. »

Il avait demandé à Manelena de jouer un peu son rôle d’esclave mais il avait l’impression qu’elle prenait ce rôle un peu trop à coeur. Car oui, elle était toujours bien habillée mais son allure hautaine avait totalement disparu. En fait, il avait l’impression de retrouver la jeune femme de l’époque où il était dans l’armée… avant qu’il n’apprenne qu’elle était réellement Manelena, la maréchale qu’il connaissait.

« Tu sais, tu n’es pas obligée de jouer le jeu quand il n’y a plus personne. »

« Oh, en vue des espions et autres, il vaut mieux plutôt que je reste ainsi. Et de ton côté, il faut que tu évites de trop parler de tout ça à voix haute hein ? »

Hmm ? Est-ce qu’elle était en train de lui faire un reproche ? Si tel était le cas, il devait alors avouer qu’il était plutôt content. Car oui, depuis qu’elle jouait son rôle, il n’y avait plus aucune once d’arrogance dans ses propos et c’était… vraiment perturbant.

Il y avait comme le fait qu’il… se sentait supérieur à elle. Il n’aimait pas cette idée de se considérer bien plus fort qu’elle, en position de domination. Oh, pas qu’il aimait quand elle le dominait hein ? Mais euh, c’était vraiment perturbant.

« Tery ? Hého, tu pourrais te réveiller ? Tu es dans ton monde ou quoi ? »

Elle venait de claquer des doigts devant lui, le faisant sortir de sa torpeur alors que le jeune homme aux cheveux bruns sursautait. Il entendit quelques grognements autour d’eux. C’est vrai qu’ils étaient au beau milieu d’une ruelle mais surtout les démons n’avaient guère apprécié le geste familier de la part de Manelena en direction de l’un des leurs, même s’il n’était qu’en partie démoniaque. Son statut était connu depuis tout ce temps.

« Pardon, Manelena. Je pensais à quelque chose qui n’est pas si important en fin de compte. Enfin bref, avec tout ça, on va plutôt voir ce que l’on va faire aujourd’hui, non ? »

« Je voudrais bien te proposer une séance d’entraînement si tu le désires, Tery. Qu’est-ce que tu en dis ? Tu es motivé à me maltraiter ? »

« Te maltraiter ? Euh vraiment, sincèrement, je veux te dire, Manelena, je ne suis pas… »

« Tery, essaie de te rappeler de ce que je t’ai dit, s’il te plaît. »

« Ah… J’ai compris le message. Oui, on va aller dans un coin pour s’entraîner et tu vas me servir de sac de frappe, Manelena. Faut bien que j’aille briser ton statut de reine de la surface, non ? Car j’ai l’impression que tu es trop prétentieuse. »

Il venait déglutir. Sincèrement, ce type de « jeu » n’était pas du tout son genre. Pourquoi il voudrait se sentir supérieur à Manelena ? Surtout qu’elle faisait une petite moue intimidée. Elle était plus grande que lui, elle avait plus de muscles que lui, elle avait un corps parfait, autant sur le plan de la beauté que sur l’entretien. Mais là, lui, vraiment, il le sentait pas du tout. Il ne se sentait pas du tout à l’aise, est-ce qu’elle arrivait à comprendre ça ?

Il n’avait pas la sensation que ça soit le cas. C’était même tout le contraire. Ou alors, non, elle le savait mais elle le poussait à être plus… dominant. Elle ne voulait pas qu’il soit mis en danger car il ne jouait pas son rôle de démon « propriétaire ». Elle avait bien compris qu’il avait un statut assez particulier, même dans l’armée des démons.

« Où est-ce vous voulez que l’on se rende pour que vous vous « occupiez » de moi, maître Tery ? » demanda Manelena d’une voix un peu suave.

« Hein que de quoi ? Euh … On va se rendre au château, ils ont des endroits spécifiques pour ça ! Et on va se dépêcher et vite ! »

Mais quelle idiote ! Elle était vraiment en train de jouer avec ses nerfs ! Si ça continuait ainsi, il risquait de ne pas se retenir ! Non ! Il devait se montrer raisonnable ! Il était un adulte, elle ne faisait que s’amuser de la situation alors qu’elle pouvait être potentiellement dangereuse. Ou alors, elle prenait justement très au sérieux le fait qu’ils étaient en danger de mort ? Et donc, elle continuait à faire ça… pour lui ?

Il ne savait pas sur quel pied danser avec elle ! C’était bien pour ça qu’il était complètement perturbé par la situation ! Heureusement, pour aller au château, il n’y avait eu aucun souci sur le chemin. Et dès qu’il se retrouva dans sa chambre, il poussa un profond soupir.

« Pfiou, on peut enfin souffler, Manelena. Tu n’es plus obligée de… »

« Maître Tery, qu’est-ce que je peux faire pour vous servir ? »

« Euh, Manelena, je voulais justement te dire que tu n’étais plus obligée de faire ton rôle. Sincèrement, ici, je ne pense pas que nous sommes écoutés. »

« Maître Tery, de quoi parlez-vous donc ? Pouvez-vous me l’expliquer ? »

« Manelena, s’il te plaît, tu n’as plus besoin de… »

« Maître Tery ? » répéta une nouvelle fois Manelena alors qu’il avait fini par s’asseoir sur son lit. Il était déjà vraiment épuisé par ce petit jeu qui ne l’amusait pas le moins du monde. Enfin, c’est ce qu’il cherchait à dire mais elle lui donnait l’impression de ne pas l’écouter. Et surtout, qu’est-ce qu’elle faisait là ?

Enfin, elle était venue s’asseoir à côté de lui et il s’était aussitôt raidit. Il n’avait pas l’habitude qu’elle soit aussi proche quand ils étaient éveillés. Car oui, durant leur sommeil, c’était une toute autre histoire. Sans aucune explication valide et correcte, il devait juste avouer qu’il finissait à chaque fois contre elle.

C’était peut-être instinctif ? Il voulait une présence féminine à ses côtés. Il avait eu ça avec Elen, il avait eu ça avec Elise et maintenant avec Manelena ? Mais voilà, c’était pendant qu’il dormait et ce n’était pas pareil que maintenant.

« Maître Tery, vous savez, je peux satisfaire tous vos désirs. Il me suffit d’une phrase et je serais alors toute à vous. »

Maintenant, il était en train de déglutir violemment ! Stop, il fallait qu’elle arrête ! Car là, il avait le joue aux rouges… euh le rouge aux joues ! Surtout qu’elle avait posé doucement sa main sur son genou droit, ce qui le fit un peu sursauter.

« Manelena, vraiment, tu devrais… »

« Hmm ? Mais dites-moi, avez-vous chaud, maître Tery ? Vous devriez retirer ces habits qui sont plus qu’encombrants. Laissez-moi donc me charger de ça. »

Elle… Elle allait vraiment dépasser les limites ! Car oui, son autre main venait de se poser sur son épaule et il s’était mis à déglutir grandement. Il fallait vraiment qu’elle stoppe tout ceci avant que ça ne dégénère et qu’elle…

« Eh bien, eh bien, on dirait que vous êtes vraiment rouge, maître Tery. Dites-moi… » chuchota Manelena, finissant par rapprocher sa bouche de son oreille pour lui murmurer : « À quoi est-ce que tu penses, petite canaille ? Est-ce que Tery Vanian ne serait pas en train de s’imaginer des choses que la décence ne pourrait proférer à voix haute ? »

« Manelena ! Tu as fini de te moquer de moi ?! » dit-il avant de placer à son tour ses mains sur les épaules de la femme aux cheveux argentés, finissant par la pousser plus violemment que prévu sur le lit, la couchant dessus. Il se retrouva à quatre pattes au-dessus de Manelena, ses yeux passant du vert au rouge alors qu’il s’était mis à haleter.

« Tery Vanian, qu’est-ce que tu fais, je peux savoir ? »

« Hein ? Eh bien, tu… je t’ai demandé d’arrêter mais tu fais tout pour ne pas comprendre ! » s’exclama Tery alors que le ton utilisé par Manelena était froid et sec, bien moins tendre et chaleureux que celui employé depuis quelques minutes.

« J’ai pourtant signalé que nous devions jouer la comédie mais tu gâches tout. »

Décontenancé, le jeune homme vint se retirer de sa position, finissant par se relever complètement du lit. Il déclara qu’il allait se passer un peu d’eau sur le visage, ailleurs, il ne savait pas où, comment et quand mais il quitta la chambre à toute allure, refermant bien la porte derrière lui pour être certain que personne ne tente de s’introduire dans sa chambre pendant son absence.

« Pfff, est-ce que je ne suis pas assez explicite ? Trop ? Il n’a pas compris ça ne me dérangeait pas le moins du monde ou quoi ? »

C’est vrai. Elle avait la sensation qu’il fallait envoyer de sacrés signaux à Tery pour qu’il comprenne le message derrière ses paroles et ses actes. Oh, elle n’était pas aveugle non plus hein ? La situation n’était pas pire qu’auparavant mais… elle n’était pas pour autant joyeuse. Hmm… C’était peut-être ça.

« Même moi, j’ai parfois besoin de réconfort ? »

Ce n’était pas un terme qu’elle aurait utilisé, il y a des années de cela. La main tendue vers le plafond, elle chercha à l’attraper avant de refermer le poing. Tout ça avait changé le jour où elle avait rencontré Tery. Elle referma ses yeux rubis, soupirant une nouvelle fois.

« Je voudrais aussi me faire étreindre, être aimée, j’imagine. »

Quel vœu stupide de sa part. Si elle ne le montrait pas concrètement à Tery, est-ce qu’il…. Non. Ce n’était pas à elle de faire plus de pas. Elle en avait déjà assez fait. Mais Tery avait déjà quelqu’un, hein ? Une jeune femme à la chevelure aux couleurs du soleil.

« J’imagine que vu la morosité dont je fais preuve la majorité du temps, je ne suis pas le genre à Tery. Encore qu’il ne disait pas non. »

Mais est-ce qu’elle n’avait pas eu cette impression de le forcer un peu ? Encore qu’elle l’avait pris par surprise à cette époque à Omnosmos, ce n’était pas comme si c’était lui qui avait voulu ce geste loin d’être anodin.

« Ah ! Je devrais arrêter de me mettre martel en tête. Ce qui est fait est fait ! »

Elle se redressa enfin dans le lit, finissant par se mettre assise. Elle était… amusée par les réactions de Tery mais en même temps, elle était agacée. Elle voulait l’inciter à prendre les devants mais… une petite part d’elle avait peur. Il fallait dire qu’elle n’avait jamais connu tout ça et que Tery avec Elen, elle n’était pas stupide. Il n’avait pas fallut qu’une seule fois pour qu’elle tombe enceinte.

Elle était franchement ridicule hein ? On parlait d’une vive douleur sur le moment et autre. Même si le sujet ne la concernait pas, les femmes dans l’armée de Shunter évoquaient parfois cela et il lui arrivait d’écouter du coin de l’oreille de telles conversations. Bon après, le fait qu’elles se soient envoyées en l’air et que c’était que du bonheur, c’était un sujet dont elle ne se sentait pas vraiment concernée.

« Mais cette vive douleur… dans le bas-ventre. Hmm… Après, en vue du comportement de Tery, ça ne fait aucun doute qu’il serait doux comme un agneau. »

Et que ça serait plutôt elle la louve dans ces moments, hahaha. Ou alors, est-ce qu’il cachait bien son jeu ? Difficile à dire puisqu’elle n’avait jamais « testé » cela chez Tery. Pfiou ! Quelle pauvre fille elle était ! Avec ses idées absurdes qui lui traversaient l’esprit.

« Je n’ai pas le caractère pour être comme ces femmes. »

Elle ne pensait pas avoir abandonné sa féminité, loin de là. Simplement, elle n’avait jamais vraiment chercher à la mettre en valeur. Sincèrement, elle n’allait pas prendre un corset en acier pour aller se battre contre l’armée ennemie ! Cela paraissait stupide mais elle avait eu vent de quelques spectacles où il y avait un mélange de danse et de combat.

Elle n’avait jamais vu ça directement mais elle savait que les femmes qui participaient à ces spectacles avaient plus de chair à l’air libre que l’opposé. Autant dire que dans un véritable combat, l’ennemi n’hésiterait pas à se focaliser dessus.

C’était peut-être pour ça qu’elle préférait quand même sa lourde armure noire qu’elle pouvait faire apparaître grâce à ses lignes d’Alzar. C’était d’ailleurs dans cette optique qu’elle avait alors donné « naissance » à cette armure. Il était vrai que Zélisia et Alzar permettaient une telle œuvre grâce à leurs magies.

Elen, de son côté, se focalisait principalement sur son arc. Tery ? Elle n’y avait jamais vraiment pensé mais était-ce ses griffes ? Non, pas à sa connaissance. Hmm… C’était assez étrange quand même. Qu’est-ce que Tery faisait donc ? D’ailleurs, il était un peu en retard non ? Il n’allait quand même pas tenter de s’enfuir hein ?

« Non, ce n’est pas son genre, je sais parfaitement qu’il n’est pas ainsi. »

« Manelena ? Est-ce que tu te parles toute seule ? C’est le premier pas vers la folie, tu sais ? »

« Hmm hmm, c’est que tu dis. Où est-ce que tu étais passé, Tery ? »

« Eh bien, je suis parti chercher à manger pour nous deux. Tu n’as pas un peu faim ? »

C’est vrai qu’il était revenu avec un plateau, deux assiettes qui laissaient s’échapper une légère fumée blanche, une miche de pain à partager pour eux, un pichet dont une petite odeur d’alcool émanait et des gobelets. Il déposa le tout sur le petit bureau qui lui était attribué dans sa chambre, faisant un léger sourire.

« Oh ? Tu n’es pas en train d’inverser nos rôles ? »

« Tu peux arrêter tes bêtises, Manelena ? Je voulais te ramener à manger car c’est ainsi et pas autrement, il ne faut pas s’imaginer mille choses. »

« Sauf que je suis certaine que les cuisiniers t’ont regardé avec un air mauvais ou au moins surpris quand tu leur as dit que tu ramenais deux plats, n’est-ce pas ? »

« Pour ça, j’ai juste prétendu que j’avais un très gros appétit et que deux assiettes seraient nécessaires. Et pour la bienséance, j’ai demandé deux couverts et… »

« Tery, tu ne sais pas mentir. Alors s’il te plaît, il vaut mieux que tu t’abstiens, d’accord ? »

« Désolé. Tu veux bien manger avec moi quand même ? »

AH ! Pourquoi est-ce qu’elle refuserait une telle proposition de sa part ? Elle soupira avec une légère pointe d’agacement mais vient prendre place à côté de lui. Elle avait déjà remarqué ça depuis qu’ils étaient ici mais les repas étaient pas si différents des leurs. Oh bien entendu, en terme de viande et légumes, ils ne possédaient pas les mêmes puisque la faune et la flore étaient différentes, mais sinon, la cuisson, le pain et tout le reste, cela avait plus ou moins la même forme.

« J’ai remarqué que tu as ramené du vin, Tery. Ou du moins, de l’alcool. »

« J’ai le droit à du vin de qualité. J’ai un statut assez haut placé en vue du fait que je suis l’un des chevaliers d’Elise, tu sais ? Bon, par contre, ce n’est pas le vin d’excellente qualité et tu sais parfaitement que je ne suis pas très porté sur la boisson. »

« Nous sommes deux alors, à ce sujet. Contrairement à mon père, les festivités, ce n’était pas du tout mon genre. »

Et peut-être qu’ils allaient commettre quelques bêtises ensemble ? AH ! Elle avait vraiment des inepties en tête, n’est-ce pas hein ? Elle regarda le pichet avec un petit sourire. Elle n’était pas crédible. Même si elle ne buvait que très rarement, elle possédait une certaine retenue qui l’empêchait de finir ivre. Elle connaissait plus ou moins ses limites. Tout simplement parce qu’elle voulait rester sur ses gardes à chaque instant.

« Oh, il est pas mauvais. Et la viande marinée est délicieuse. »

Tery mangeait et buvait sans même se poser de question. Vraiment, est-ce qu’elle appréciait Tery à cause de cette candeur dont il faisait preuve dans ces petits moments ? Il avait une femme à côté de lui, pas n’importe quelle femme. Il avait la reine de Shunter, qu’il connaissait depuis des années. Il se rappelait sûrement de ce qui s’était passé à Omnosmos et pourtant, il donnait l’impression de ne pas saisir la situation.

« Ah, eh bien, tu n’avais pas tort sur le vin, Tery. Il donne un peu chaud. »

Elle commença à tirer un peu sur le haut de son vêtement, battant la main devant elle comme pour faire un léger éventail. Bien sûr, elle utilisait à peine ce qu’il fallait de vent pour produire un léger souffle.

Hmm ? Elle jeta un bref regard à Tery, elle avait réussi à capter ses yeux qui la fixaient hein ? Et il était vrai qu’il était un peu rouge aux joues aussi. L’effet du vin… ou autre chose ? Peut-être qu’elle pourrait envisager d’ouvrir un ou deux boutons ? En même temps, il fallait bien qu’elle respire.

Pendant qu’il avait détourné le regard, elle avait aussitôt fait ce qu’elle pensait, ouvrant avec vivacité deux boutons de sa chemise. Oh, peut-être qu’elle en montrait plus que nécessaire ? Non, ça avait l’air d’aller. Surtout que tant qu’elle ne respirait pas trop fort, ce n’était pas si visible que ça. Bon, ils allaient terminer le repas ? Et ensuite ? Qu’est-ce qu’ils allaient faire ? Plusieurs idées se bousculaient dans sa tête.

« Aujourd’hui, c’était plutôt consistant, tu ne crois pas, Manelena ? »

« Il est vrai que j’ai eu plus qu’il n’en fallait. Leur pain est assez bourratif, Tery. »

Et maintenant ? Ils avaient terminé le repas. La pichet de vin n’était pas encore terminé mais il était bien entamé. Le souci ? C’est qu’elle avait encore pleinement conscience de ses actes. Elle avait refermé l’un des deux boutons car pfiou, ce n’était vraiment pas son genre.

« Et maintenant ? On devrait aller se coucher, non ? Je veux dire, pour digérer et tout ça. »

« À ce sujet, Tery, tu sais que me faire dormir dans le même lit que toi alors que je suis ton esclave, ce n’est vraiment pas une… »

« Bonne idée, je le sais bien mais je ne vais pas renier toute ma relation avec toi pour bien paraître aux yeux des autres démons. Je veux dire, ici, c’est ma chambre privée. Normalement, personne y a accès, j’ai le droit de faire ce que je veux dans ce lieu. »

« Oh ? Faire ce que tu veux ? Et de quoi as-tu envie ?

Elle avait fini par s’installer sur le lit, jetant du pied ses chausses et les chaussettes qui accompagnaient ces dernières. Assise à moitié sur l’oreiller, elle s’étendait de tout son long, Tery venant faire de même à ses côtés.

« Je crois que j’ai envie de terminer ce pichet. Je dois t’avouer qu’avec toute cette mise en scène à accomplir à chaque fois, je suis vraiment fatigué et usé par toutes ces bêtises. »

Ramenant le gobelet à ses lèvres, il vint le tendre à Manelena en disant qu’il allait terminer le pichet. Et alors ? Il avait tellement de désespoir que ça pour se laisser aller ? Car oui, il finissait le pichet en l’emmenant directement à ses lèvres.

« Quelle descente, Tery. Je ne te savais pas aussi porté sur l’alcool. On dirait bien que nous avons un petit secret maintenant, toi et moi. »

Il rigola en même temps qu’elle. Quelques minutes après, il était tout simplement avachi sur le lit, au-dessus des couvertures alors que Manelena avait fait de même en faisant attention à ne pas renverser les gobelets et le pichet. Observant Tery couché sur le lit, déjà à moitié en train de cuver, elle prit une profonde respiration.

Cela ne servait à rien. Elle ne pouvait pas réellement en profiter. Pas de cette manière. Par contre, il y avait une autre façon et elle n’allait pas s’en priver. Vu que Tery était en train de dormir, elle commença à se déshabiller, retirant son pantalon avant de faire la même chose avec Tery.
L’aidant à se débarrasser de son haut, elle garda néanmoins le sien, bien qu’elle avait rouvert quelques boutons. Elle pouvait presque être poitrine nue. Il suffirait de tirer de chaque côté de la chemise et… ce n’était pas le cas. Elle rentra dans les couvertures, forçant Tery à faire de même bien que ce dernier grognait un peu. Et sans aucune hésitation, elle vient caler la tête du jeune homme contre ses seins. Elle n’aura peut-être pas plus pour cette soirée mais c’était déjà franchement pas mal à ses yeux.

Chapitre 17 : Un long chemin

Chapitre 17 : Un long chemin

« Pfiou ! Pfiou ! Je n’arrive pas à croire que Tery et toi, vous ayez été obligés de vous battre constamment de la sorte, Elise ! »

« Je ne dirais pas que nous avons combattu tout le temps mais il est vrai que ce n’était pas du tout repos ! Et même quand on sera arrivés tout en bas, tu comprendras bien vite que ce n’était vraiment pas franchement mieux ! »

« À part les monstres, j’imagine qu’il y a aussi certains démons dont il faut se méfier ? »

« Comme partout, Royan. Comme partout ! Mais oui, tu as parfaitement compris où je voulais en venir, hahaha ! Enfin, ce n’est pas très drôle, je suis désolée ! »

Elle tentait de s’excuser mais il fit un mouvement de la main pour signaler que ce n’était pas bien grave ! Ils étaient là pour discuter… en plein combat ! Mais heureusement, avec les démons qui connaissaient déjà plus ou moins la faune et la flore environnantes mais aussi des soldats entraînés et Elen, ils étaient plutôt bien entourés.

« Je suis désolée de ne pas être aussi efficace que prévue mais vous savez, avec ma fille ! »

« De base, on n’emmène pas son bébé avec soi dans un endroit des plus dangereux et mortels, Elen ! » rétorqua Elise. « Mais bon, maintenant que c’est fait et que je sais que tu tiens absolument à ce que Tery voit son enfant, on fait avec ! »

« Hey ! J’ai envie qu’il rencontre enfin sa fille après tout ce temps ! Et je veux aussi le revoir, c’est aussi simple que ça ! Mais ne vous inquiétez pas, c’est juste que je dois faire attention à ne pas être attaquée, c’est tout ! »

Car oui, déjà qu’elle ne faisait que se battre avec son arc alors que son bébé était attaché solidement dans son dos via des lanières, l’empêchant de bouger pendant qu’elle marchait, il ne fallait pas oublier que certains ennemis étaient vraiment très problématiques car elle ne connaissait pas ou peu les créatures qu’ils affrontaient.

« Ne t’en fait pas pour ça ! Ce n’est pas un problème, ni une complainte de ma part ! Je voulais juste te dire ça comme ça ! Ne t’en fait donc pas ! On va le retrouver ton petit Tery et ensemble, vous pourrez enfin souffler un peu ! »

« Souffler un peu ? AH ! S’il ne tente pas de sauver le monde, aider un royaume, combattre des créatures mythiques, bref, toute l’histoire habituelle. »

« On dirait que tu en as gros sur le coeur alors que nous sommes en plein combat. »

« J’ai surtout envie de me dire que j’étais bien tranquille, là où nous étions la mère de Tery et moi, après cet… incident à Omnosmos ! Tranquilles, pas une personne pour nous déranger, il n’y avait pas de monstres sanguinaires, de médaillons à récupérer, de mékalarmiens complètement cinglés et le reste ! »

« Quand on retrouvera Tery, tu n’auras qu’à lui dire tout ça hein ? Je veux dire, je veux bien t’écouter te plaindre et tout le reste mais en même temps, je ne suis pas la bonne personne. »

« Je sais bien, je ne veux pas vous faire croire que je ne fais que me plaindre mais… ça me fait du bien d’extérioriser tout cela. »

« Si tu peux extérioriser le cerveau de l’animal qui fonce droit vers nous et… »

Une flèche, aussi grosse qu’un bras, passa juste à côté d’Elise qui n’avait pas eu le temps de terminer sa phrase. Quelques secondes plus tard, pénétrant dans la chair de la créature en fourrure ressemblant à un ersatz de rat géant avec un corps en partie chevalin, la flèche commença à briller avant de faire exploser le corps de la créature.

« Ne t’en fait pas, je parle beaucoup, Elise, mais ce n’est pas pour ça que je ne fais pas attention à ce que je fais ! »

« Je… vois ça. Je vais dire que c’est tant mieux en un sens, hahaha. Du moins, que c’est assez rassurant, enfin, j’espère. J’imagine que ça dépend du point de vue. »

Le rire semblait un peu forcé mais pas médisant. Elle était juste assez confuse car elle oubliait qu’Elen possédait une force… proche du divin ? Enfin, avec de tels parents, ce n’était pas vraiment étonnant à bien y réfléchir même si Elise semblait vouloir complètement ignorer ses origines. En même temps, savoir la façon dont elle est née et autre, ce n’était pas forcément des plus réjouissants.

« Pfiou ! C’est enfin terminé ! Mais comment est-ce que ça se fait qu’ils soient aussi nombreux ? Ce n’est pas normal non ? Un tel nombre… »

« Ils sont attirés par la chair des personnes de la surface. Je pense que Tery et les autres, qui sont déjà passés par là, ont eu les mêmes soucis. Il suffit que certains soldats soient morts, que les créatures de cet endroit aient décidé d’y goûter et maintenant, elles ne peuvent plus s’en passer. Comme nous arrivons en second, c’est nous qui en bavons. »

« D’accord, et comme on prend le même chemin que lui, puisque c’est toi qui nous guide, Elise, on risque de ne pas pouvoir se reposer bien souvent. »

« Hahaha, désolée… on pourrait demander aux autres démons qui sont avec nous mais de ce que j’ai compris, c’est le chemin généralement emprunté. Il y a des créatures bien plus sinistres dans le monde souterrain. Beaucoup d’espèces ne sont pas encore connues. Je crois que si on ne fait pas attention, cela pourrait très mal se finir. »

« D’accord, on va juste continuer en prenant le chemin habituel alors, Elise. »

Question de sécurité. S’ils ne savaient pas ce qui pouvait se terrer dans le monde souterrain, elle ne voulait pas mettre encore plus la vie de son enfant en danger. Encore qu’elle se considérait un peu comme une mère indigne sur le coup. Elle savait très bien qu’attendre aussi longtemps pour donner un prénom à son enfant, c’était ridicule.

Comme le fait de l’emmener ici, c’était tout simplement de la folie pure. Elle savait qu’elle n’était pas faite pour être mère… tout ça parce que Tery et elle avaient plusieurs fois fait cet acte, sans même faire attention aux conséquences. Mais elle ne regrettait rien, ni ce qu’elle avait fait avec Tery, ni l’enfant qui était né. C’est juste… qu’elle se sentait fatiguée.

Fatiguée, plus que la normale. Peut-être qu’elle en faisait trop ? Non, c’était même sûrement ça. Elle en faisait beaucoup trop… et elle veillait sur sa fille. Là, il n’y avait pas la mère de Tery. Ce n’était pas une combattante et il était hors de question d’emmener quelqu’un qui n’était pas apte sur le champ de bataille.

Elle ne pouvait que compter sur elle pour s’occuper de sa fille. Pourtant, elle ne cherchait pas à s’en plaindre. Elle avait juste fait un petit sourire amusé en regardant son enfant alors qu’ils se reposaient enfin tous ensemble. Elle était contente, elle était heureuse et ça se voyait. Elle n’allait pas se priver de ce bonheur.

C’était étrange mais… elle se sentait même mieux maintenant qu’elle veillait personnellement sur sa fille. Contrairement à auparavant, c’était elle et uniquement elle qui s’occupait de son enfant. Il n’y avait pas la mère de Tery pour l’épauler mais elle veillait à son bien-être. Elle vérifiait pourquoi est-ce que sa fille pleurait, elle reproduisait les gestes qu’elle avait si souvent vus avec la mère de Tery.

Et surtout, elle veillait à ce qu’elle dorme et vive correctement. À son grand soulagement, pour la nourriture, elle n’était pas la seule à avoir eu un enfant et les demoiselles du groupe l’épaulaient dans cette tâche. Elle n’était pas vraiment la mieux placée pour l’alimentation donc elle prenait tous les conseils, comme il le fallait.

« À son âge, toutes les dents ne sont pas encore formées, c’est pourquoi elle ne peut rien manger de consistant. Il faut faire quelques bouillies et autres. Oh, et comme on a plus ou moins l’habitude de ça dans l’armée, ne t’en fait pas, tu seras vite rodée ! »

« Mais comment savoir si ce n’est pas trop chaud ou autre ? »

« Eh bien, tu dois juste mettre un doigt dedans et tu sais si cela te brûle ou non ! »

Hmm ? Ah oui ! C’était tout ce qu’il y avait de plus logique en fin de compte ! C’était plein de bon sens ! Pourquoi est-ce qu’elle n’y avait pas pensé plus tôt ? Mais bon, maintenant, Elen était très bien intégrée dans le petit groupe et les autres soldats et démons les regardaient avec amusement. En même temps, il était rare que l’on ramène un bambin sur le terrain.

« Tery a vraiment de la chance de t’avoir. J’en connais pas beaucoup qui feraient ça pour un homme ! » déclara l’une des soldates.

« Eh bien, je crois que j’aime bien entendre de telles paroles. La prochaine fois, je vais forcer Tery à ce qu’il les dise lui-même ! »

« Mais Tery, je veux dire, y a la princesse Elise qui était toujours collée à lui, tu n’as pas peur que… enfin, c’est peut-être indiscret et… »

« Non ! Pas Elise, vous pouvez voir vous toutes qu’elle est totalement… oh. Eh bien, justement, il semblerait qu’Elise et Royan se sont absentés. Bref, je crois que Tery considère Elise comme une petite sœur, rien de plus, rien de moins ! »

« Oh, d’accord donc y a rien à craindre au final par rapport à lui, c’est bien ça ? »

« Hmm, je peux pas dire vraiment ça. » marmonna Elen avant de reprendre : « Même si Tery est la première personne que j’ai aimée… et la seule aussi, je sais qu’il y a une autre femme qui lui tourne un peu autour et dont je dois me méfier. »

« Ah bon ? Et de qui il s’agit ? Avec une femme comme toi, y a qui qui pourrait vraiment rivaliser ? J’arrive pas à voir. »

« Eh bien, vous la connaissez, c’est la reine de Shunter. »

C’était un peu difficile de ne pas médire sur Manelena mais en même temps, à voir les visages estomaqués des soldates, elle comprenait parfaitement que c’était une sacrée surprise pour elles. D’ailleurs, l’une ne put s’empêcher de dire :

« Ah oui, c’est sûr que c’est un tout autre niveau que nous. »

« Vrai qu’il faut bien une personne royale pour contrer une femme comme toi. Mais en même temps, euh, Tery, il n’a pas d’ascendant noble ou autre, non ? »

« En fait, si si, c’est le cas même si on l’a appris que « récemment ».  En quelque sorte, Tery est issue d’une famille noble d’Omnosmos. Peut-être que vous avez entendu parler de la grande bibliothèque d’Omnosmos ? »

« Euh oui, c’est vraiment un endroit pour les personnes qui sont très instruites. Y a plus de livres qu’ailleurs et pour ceux qui veulent connaître l’histoire de chaque nation et aussi plein d’autres choses, c’est l’endroit parfait mais pourquoi cette question ? »

« Eh bien, je vous laisse deviner donc à ce sujet… ce que ça veut dire exactement. »

« Euh… Tery possède la grande bibliothèque d’Omnosnos ?! » demanda l’un des soldates, les autres ouvrant leurs yeux en grand. Elen rigola légèrement avant de faire un mouvement négatif de la fin, finissant par dire :

« Non, non ! Ses grands-parents sont ceux qui s’occupent de la bibliothèque et qui la possèdent. C’est compliqué mais dans le passé, sa mère, donc leur fille, avait décidé d’abandonner sa positionner sociale pour aller épouser quelqu’un qui n’était pas vraiment à leur goût. À partir de là, eh bien, c’est compliqué ! »

« Ah oui, t’as vraiment pas choisi l’homme le plus facile à aimer ! »

« Disons que je compte sur le fait que l’amour peut braver toutes les frontières mais des fois, ça reste sensiblement assez dur, hahaha ! »

Elle tentait de prendre ça avec le sourire même si des fois, elle savait qu’elle n’était pas à la hauteur par rapport à Manelena. En même temps, elle savait que Tery n’accordait aucune importance au titre de reine de Manelena.

Non, s’il était attiré par Manelena, c’était bien parce que celle-ci vraiment différente d’elle. En terme de comportement car bon, niveau physique à cette « hauteur », elle n’avait rien à lui envier. Encore que Manelena était vraiment très grande comme femme, il fallait avouer. Oui, par rapport à elle qui était assez petite. Y avait bien trente centimètres ? Voire plus ?

« Ah ben, vous êtes de retour. On dirait que vous avez fait la course. Vous êtes très essoufflés tous les deux. »

Elen n’avait pu s’empêcher d’adresser un petit sourire en direction du couple qui était revenu. Oui, ils étaient rouges aux joues et il était difficile de ne pas savoir ce qu’ils avaient accompli. D’ailleurs, elle se releva, son enfant dans ses bras, faisant attention tout en posant une main sur l’épaule d’Elise.

« Au cas où, je tiens à te dire que ça sera quelques mois très difficiles mais ensuite… »

« Hey ! Mais euh… Je ne crois pas que… Enfin, tu sais ! Rah ! Tu es en train de te moquer de moi, Elen ! C’est très mesquin de ta part ! »

Elle ? Se moquer d’Elise ? Ce n’était pas du tout son genre ! La jeune demoiselle à la chevelure blonde avait juste un petit sourire aux lèvres, comme pour lui montrer qu’elle était juste « heureuse » de voir qu’Elise et Royan profitaient enfin de leur couple.

Elle-même en avait largement abusé dans le passé mais maintenant, c’était de l’histoire ancienne. Elle comprenait qu’en agissant de la sorte avec Tery, elle l’avait un peu étouffé. Elle avait été dans l’excès et ce n’était pas une bonne chose. Elle ne pouvait pas agir de la sorte à l’encontre de Tery et faire ensuite comme si de rien n’était.

Du moins, plutôt ne pas se remettre en question. Et puis, elle était vraiment soulagée de voir que malgré les déboires causés avec l’ouverture des portes démoniaques, Elise et Royan étaient ensembles. Ils le méritaient, vraiment.

« Pourquoi ce sourire, Elen ? Tu as une sombre idée en tête pour nous ridiculiser ? »

« Roh, tu peux éviter de dire ça comme ça, Elise ? On dirait que je vais passer pour un monstre. Non, j’étais juste en train de me dire comment tu appelleras ton premier enfant si c’est un garçon ou une fille et… »

« À ce sujet, elle devrait réfléchir à plusieurs prénoms. » corrigea Royan sur un ton des plus sérieux avant de reprendre : « Au minimum, trois enfants, je dirais. »

« WOW ! Ah oui, euh… Elise, bonne chance ! Je savais pas que Royan se projetait aussi loin et visait dans le concret ! »

« Hahaha, tu comprends pourquoi je ne suis pas si pressée pour le moment ? Que je préfère que tout soit réglé et tranquille avant d’envisager tout ça ? »

« Oh que oui, tu n’as pas besoin de me donner plus d’explications. »

Un petit mouvement de la main pour signaler qu’ils allaient changer de sujet et ils étaient tous d’accord. Le reste de la soirée se déroula tranquillement, Elen étant bien entendu interdite de tour de garde puisqu’elle avait un enfant dont elle devait s’occuper.

« Priorité à ton enfant, la question ne se pose même pas. Moi-même et Royan, nous serons aussi chargés de faire un tour de garde. Pas de raison, ici, la royauté, on s’en fiche ! »

« Tu as bien appris les leçons de Manelena, on dirait. »

« Hahaha, je l’ai souvent remarqué mais je considère Manelena et Royan comme des modèles pour la royauté. Je me trompe sûrement, surtout quand j’ai pu voir… mon père mais bon ! Au moins, je sais que je ne me trompe pas de voie. »

« Même si Manelena, c’est Manelena, je dois reconnaître que oui, en tant que reine, on fait difficilement mieux… même si elle n’a pas forcément une personnalité très facile à supporter et que certains de ses actes étaient… problématiques. »

« Oh ! Personne n’est parfait, Elen ! Si tu tentes de l’être, où est alors le bonheur de trouver des petits défauts chez l’autre ? Ce sont les défauts qui nous rendent uniques. Il suffit de voir avec Royan. Il a encore beaucoup de mal à exprimer ses sentiments ! »

« Hey ! Ce n’est pas… enfin si un peu… mais … voilà ! »

Royan tentait de s’exprimer mais ne voyait pas comment contredire Elise sur le coup. Elen rigola légèrement, signalant qu’elle allait se coucher avec sa fille et leur souhaiter de bien dormir et faire de beaux rêves.

Le lendemain matin, rien n’était venu les déranger pendant la nuit et ils pouvaient reprendre la route. Elise proposa de se rendre dans l’un des villages qu’ils connaissaient avec Tery pour refaire un peu le plein. De toute façon, ils étaient enfoncés plus profondément dans le monde souterrain donc les villages ressemblaient plus à des villes avec plus de moyens en conséquence, ce qui était parfait pour leur groupe.

« Ça me semble être une idée raisonnable. Elen ? »

« Hmm… Oh, désolée, je veillais à ce que ma fille ait bien mangé. De mon côté, je dirais que oui. Il me faut quelques objets pour elle. Qu’importe que nous soyons de races différentes, certains objets « utilitaires » sont communs à toutes les races humanoïdes, hahaha. »

« Ou presque ! Tu ne peux jamais savoir sur quoi tu vas tomber, Elen ! »

Oh ? Qu’est-ce qu’Elise avait rencontré pendant sa session souterrain avec Tery ? Cela allait être une nouvelle histoire à raconter à Royan et elle lorsqu’ils auront une pause. Mais là, ils venaient à peine de se remettre en marche pour la journée !

« Elise, tu as une petite idée de la distance pour rejoindre Tery ? »

« Tu parles de rejoindre la capitale, plutôt, non ? Eh bien, on en a encore pour quelques semaines, je dirais. Avec les monstres qui nous attaquent et autres, on mettra un peu plus de temps que prévu mais ça, on ne peut rien y faire. »

La jeune femme aux cheveux blonds hocha la tête d’un air machinal. Elle comprenait parfaitement ce qu’Elise était en train de dire. Sans ces créatures qui les dérangeaient tous les deux ou trois jours, et encore, ils iraient beaucoup plus vite.

« Enfin, on peut encore s’estimer assez chanceux sur un point. »

« Ah oui, lequel Elise ? Car je vois pas, je dois t’avouer. »

« Eh bien, disons que nous ne sommes pas encore tombés sur les troupes de mes aînés. Avec elles sur notre passage, par contre, je suis pas certaine que ça se passerait aussi bien. »

Oh. Elle marquait un point. Elle avait bien raison. Ils n’étaient pas encore prêts à les affronter. Surtout que d’après ce qu’Elise avait dit à leur sujet, l’aîné de la fratrie était un combattant aguerri, que même Tery n’avait pas réussi à affronter et à tenir tête.

Et pourtant, elle savait pertinemment que Tery n’était pas le genre à ne pas prendre un combat au sérieux. Du moins, à tout donner quand la situation l’exigeait. Et donc, comment est-ce que tout cela avait été résolu ? Car elle était certaine que ça n’allait pas être aussi simple que ça, n’est-ce pas ?

« Disons qu’heureusement que nous avons pu arrêter ce combat, je ne suis pas certaine que Tery serait encore vivant à l’heure actuelle. Une « erreur » comme il peut si souvent en arriver quand un noble ou une personne de la royauté décide d’abuser de son pouvoir. »

« Ah oui, je vois le genre. Hmm… Bon ben, récupérons vite Tery et Manelena en espérant que cette fois-ci, on n’a pas encore une raison absurde qui nous fait nous séparer. Je commence à être vraiment lasse de tout ça. »

« Elen. C’est compréhensible ton agacement. Je crois que j’ai ressenti la même chose quand j’ai été séparé d’Elise et que… »

« Euh, on va dire que tu n’étais pas agacé mais enragé, Royan. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais c’était vraiment pas joyeux, oui. »

Royan émit un petit rictus. C’est vrai qu’il était plus enragé intérieurement qu’autre chose. Et que cela s’était un peu répercuté dans ses choix durant l’absence d’Elise. Ah, oui, c’était vraiment pas très glorieux.

« On va juste dire que… enfin… Elise me manquait terriblement. »

« Oooooh ! Mais qu’il est mignon quand il le veut, mon petit roi adoré ! » déclara Elise tout en lui pinçant la joue avec tendresse avant de venir l’embrasser tendrement là où s’était trouvé le pincement.

« S’il te plaît, Elise. C’est assez gênant si les autres nous regardent. »

« Oh ? Tiens donc ? Et depuis quand est-ce que tu te préoccupes de tout ça ? Je n’étais pas du tout au courant, Royan. »

« Euh, depuis le début, Elise ? Enfin, j’ai l’impression que tu te moques un peu de moi, est-ce que je me trompe ? »

Oooooh ! Elle le regarda avec un grand sourire, haussant les épaules pour l’air de faire croire qu’elle ne voyait pas le moins du monde de quoi il parlait. Royan leva les yeux vers le ciel ou plutôt le plafond de pierre. Elen soupira, au moins, elle était bien entourée.

Chapitre 16 : Perdus

Seconde partie : Un simple outil

Chapitre 16 : Perdus

« Ah… Comment se présente la situation ? »

« Mal, très mal, si je peux me permettre une petite remarque. »

La petit être bossu et ridé poussa un profond soupir. Il avait vécu tellement de décennies voire même plus, seul lui le savait, pour en arriver là. Mais il avait fallut que tout cela ne se passe pas comme prévu. Un peu désabusé, il reprit :

« Nous n’avons toujours aucune nouvelle de la reine de Shunter ? Nous ne savons pas où elle se trouve exactement ? »

« Outre le fait qu’elle se soit dirigée sous la surface, nous n’avons aucune autre indication à son sujet. Depuis l’attaque de certains d’entre nous sur la base des démons, nous ne savons rien de plus par rapport à sa situation. »

« Regrettable, vraiment regrettable. Comment allons-nous faire donc, sans elle ? »

« N’y a t-il vraiment aucune autre solution ? De ce que nous avons appris, lorsque la reine Manelena n’est pas dans son royaume, c’est le régent Hémurion qui a les rênes du royaume. »

« De ce que je sais à son sujet, c’est un être qui fait passer le peuple avant tout. Il n’est pas réellement apprécié par la noblesse du royaume mais ayant été à la tête des rebelles lors de l’attaque sur le précédent monarque, il a toute la confiance de Shunter. Oui, nous pourrions passer par lui, j’imagine. »

Ernold recommença à soupirer. Le fait qu’il ne connaisse pas plus que cela Hémurion était un problème en soi. Maintenant, sa propre race était responsable de tout ça … et il était donc fautif partiellement.

« Et des nouvelles… au sujet du jeune prince Royan ? »

« Il semblerait qu’il soit porté disparu lui aussi. Du moins, cela est dit avec un peu d’exagération. Ils seraient partis eux aussi sous la surface. »

« Eux aussi ? Vous voulez dire que… »

Ernold ne termina pas sa phrase alors que l’autre gnomold hochait la tête positivement. Comme affligé par le poids du monde sur ses épaules difformes, le gnomold se retrouva à ras-le-sol, pris d’une très grande fatigue.

« Tout cela aurait pu bien se passer si les peuples étaient capables de s’unir mais il a fallut que tout dégénère. Ah… Pourquoi as t-il fallu que ça se passe ainsi ? »

« Maître Ernold, vous avez voulu voir trop grand tout de suite. Rares sont les gnomolds à vivre depuis aussi longtemps que vous mais ils existent. Et certains ont gardé cette haine depuis autant de temps. Et bon, les différents peuples à la surface se battent toujours. »

« Les mékarlamiens ont toujours été un peuple problématique. Et notre race qui vit sur leurs terres n’est guère mieux. Claudiska et Traslord ont toujours été en bons termes depuis des décennies et depuis l’avènement de la reine Manelena et du prince Royan, nous pouvons considérer que Shunter est en bons termes avec Claudiska et Traslord. »

« Honoros, de son côté, cela dépend de chaque clan mais en grosse majorité, ils sont pour nouer des relations avec les autres nations. »

Les deux gnomolds continuaient de parler entre eux. Visiblement, chacun confirmait plus ou moins à l’autre le bilan de ces dernières années des plus mouvementées. Avec Omnosmos qui était en permanence sous surveillance, les portes démoniaques sous la tour des archimages étant constamment ouverte, il fallait dire que l’ambiance n’était pas forcément des plus bonnes. D’ailleurs, le fait plus étrange et presque « amusant » était justement qu’aucun démon n’était passé par cette double porte depuis son ouverture.

Rien, rien du tout, aucune personne. Comme si cet endroit n’avait été qu’un long dédale souterrain, il semblerait qu’il n’était pas le chemin de prédilection pour ceux qui voulaient espérer paraître à la surface. De toute façon, les démons n’étaient pas très enclins avec les réactions épidermiques des différentes races. Mais tout ça, c’était au début. Il avait appris les efforts de Tery, Elise et les autres.

C’était pourquoi il voulait aussi que son peuple fasse des efforts. Mais son peuple, ce n’était pas une seule culture mais plusieurs. Ils étaient plusieurs espèces de gnomolds, provenant des différents royaumes … avec différentes mentalités. C’est pourquoi tout cela était bien plus compliqué que le simple fait de chercher à discuter.

« Des fois, je me dis qu’ils sont bien plus enclins à la paix que nous autres. »

« En même temps, maître Ernold, nous devons nous mettre à leurs places. »

« Le passé est le passé. Ce n’est pas aux descendants de payer les erreurs de leurs ancêtres. S’ils comprennent ce qui s’est passé et qu’ils condamnent les actes de leurs ancêtres, c’est suffisant. Pourquoi tout le monde ne veut pas comprendre ? »

« Tout le monde ne possède pas la sagesse propre à votre longévité. Nous ne pouvons qu’écouter les paroles d’autrui et tenter de forger nos opinions en se basant sur celles-ci, bien qu’elles soient erronées ou porteuses de haine. »

« Je ne suis pas plus sage qu’un autre. Simplement, je veux oeuvrer à une entente parmi toutes les espèces. Est-ce vraiment sage que d’espérer une telle chose ? Seule un fou aux douces idées pourrait vraiment croire à ce projet. Mais au fil des années, je me rattache à cela en me disant que je vais suivre la même voie que mes ancêtres. Ah… Je ne suis pas immortel. »

« Nous autres, gnomolds, vivons bien plus longtemps que les autres espèces. Malheureusement, en vue de nos guerres incessantes contre les autres races des différentes nations, il est très rare de voir un gnomold aussi âgé que vous, maître Ernold. »

« Oh, il est vrai que mourir de vieillesse chez un gnomold, c’est presque propice à une fête sans précédent bien que ça soit saugrenu de fêter la mort d’un gnomold. »

« Surtout quand ce dernier ne peut même pas profiter de cette dernière fête. »

Des petits rires se firent entendre de part et d’autre. Il fallait décompresser un peu et à l’heure actuelle, c’était l’unique solution qu’ils se proposaient mutuellement. Le vieux gnomold reprit pourtant son sérieux quelques instants plus tard :

« Nous devons trouver une solution, néanmoins. »

« Je suis d’accord, maître Ernold. Mais nos différentes solutions commencent à s’amenuiser. Il est difficile de trouver une idée convenable. »

« Nous allons refaire une assemblée générale. Il va nous falloir contacter tous les clans pour qu’ils envoient leurs émissaires. Du moins, les clans majeurs de chaque nation. »

« Et dire que les honoriens ont gardé cette idée de clans. C’est assez amusant, vous ne trouvez pas, maître Ernold, au final ? »

« Je ne sais pas si le terme « amusant » convient mais je suis néanmoins d’accord. Bon, faisons une liste des clans et allons ensuite préparer tout cela. Ça va bien nous occuper pour quelques heures voire toute la soirée. »

Encore une où il n’allait dormir que très peu. Pourtant, le vieux gnomold ne s’en plaignait pas. Il savait ce que cela lui coûtait et ça ne l’avait jamais dérangé. Il n’avait pas vécu toutes ces années pour en arriver là et dire qu’il n’avait plus envie d’accomplir tout ça.

« Au cas où, je sais que cela va être assez mouvementé. Si tu veux bien prendre contact avec Rokar, j’ai le sentiment que je vais avoir besoin de lui dans les jours qui viennent. Est-ce qu’il est toujours en mission ? »

« Pour ce que vous lui avez demandé ? À ma connaissance, je crois bien que oui même si j’ai entendu qu’il avait délégué une partie de tout ceci à ses lieutenants et que cela s’était plutôt mal passé malheureusement. »

« Hmm ? Comment cela ? Est-ce les fameuses rumeurs comme quoi certains gnomolds ont tenté de s’en prendre aux démons qui étaient sous la protection du roi Royan ? »

« C’est bien cela. Il semblerait que certains ont piqué une crise, dans les termes utilisés par les rumeurs et autres sans… pour autant expliquer la raison de la dite-crise. »

« Mais est-ce que cela s’est terminé dans le sang ou non ? » demanda une nouvelle fois Ernold, son œil devenant bien plus vif en direction de son élève.

« Non, non, pas à ma connaissance ! Du moins, il n’y a eu aucune agression d’un côté ou de l’autre. Tout semble s’être remis en ordre mais… »

« Vu qu’ils n’ont pas expliqué cette raison, qui est l’un de nos plus grands secrets, même parmi notre propre espèce, les peuples des différentes nations doivent penser que nous ne sommes que des ingrats alors que nous avons tenté d’opérer une paix avec eux. Comme si tout cela n’avait été au final qu’un grand et gros gâchis. Ah… »

« Je vais aller préparer une première lettre pour Rokar, maître Ernold. »

Le gnomold savait qu’il devait laisser le grand archimage se plonger dans ses pensées. C’était pourquoi il se décidait à s’éloigner, comme si de rien n’était. Mais à peine avait-il ouvert la porte pour disparaître de l’autre côté qu’il revint, moins d’une minute plus tard.

« Maître Ernold, maître Ernold, c’est… c’est… »

« Est-ce que tu peux te pousser ? J’ai mieux à faire qu’attendre que tu serves de porte, nierk ! » s’exclama une voix assez forte derrière le gnomold, une main se posant sur l’épaule de ce dernier pour le déplacer sur le côté.

« Rokar. Eh bien, si je m’attendais à déjà t’avoir parmi nous. »

« Oh, vieux grigou, tu sais parfaitement que j’allais arriver en vue du foutoir que les gnomolds sont en train de faire. »

« Oh, tu sais, si nous commençons par là, il s’avère que Tery Vanian était si je ne me trompe pas, sur les terres que tu gardais à l’époque, n’est-ce pas ? »

« AH ! Je m’en doutais que malgré l’âge, tu étais toujours capable d’utiliser ta langue pour faire quelques paroles dignes d’une vipère ! »

« Eh bien, il me faut garder mes capacités pour être apte à répliquer à des jeunots comme toi, Rokar. Eh bien, si je m’attendais à ce que tu viennes aussi vite. »

« Et je vais me répéter : Tu le savais que j’allais me ramener. Avec tout ce bordel, c’est pas possible que je ne vienne pas te rencontrer pour tenter de régler la situation. »

Et sans aucune hésitation, comme si ça ne le dérangeait guère, il vint s’asseoir en face d’Ernold, celui-ci faisant un mouvement de la main pour dire à son apprenti que ce n’était pas bien grave. La différence de stature entre les deux gnomolds était effarante. Alors que d’un côté, Rokar était un « colosse » parmi les siens, avec ce qu’il fallait de muscles, de fourrure de bosses le rendant difforme, Ernold incarnait parfaitement l’usure du temps, avec un être plus rabougri et fatigué par les années.

« La situation est si dramatique pour que tu viennes en personne ? »

« Oh, allons bon, va pas faire comme si cela te troublait plus qu’il n’en faut. Dis-moi plutôt ce que tu avais en tête. À voir l’étonnement de ton apprenti, je sens que tu parlais de moi mais qu’il s’attendait pas à ce que j’arrive aussi vite. »

« Ah, toi et ton intuition, Rokar. Sans celle-ci, tu n’aurais jamais laissé une chance à ce jeune garçon démoniaque, n’est-ce pas ? »

« Suffit de voir le bordel que ça fout. Mon intuition s’est sacrément loupée ce jour-là. Pfff ! Maintenant, tout a dégénéré depuis l’ouverture de ces fichues portes ! »

« Et c’est toi que je dois remercier, Rokar. Tu sais à quel point je te suis redevable. »

« Ouais, ouais. Tu diras ça à d’autres hein ? » rétorqua Rokar, faisant un mouvement de la main pour signaler qu’il considérait les remerciements comme une quelconque foutaise.

« Si tu m’étais autant redevable que tu prétends l’être, on n’en serait pas là. »

« C’est exact et je tiens encore à m’excuser, Rokar. »

Nouveau grognement de la part de ce dernier. Celui-ci avait du mal à croire dans les paroles d’Ernold malgré qu’il ne semblait pas porté par de mauvaises intentions. Mais voilà, avec tout ce qui s’était passé ces derniers mois, autant dire que la confiance ne régnait pas totalement. Même si ce n’était pas contre Ernold spécifiquement.

« Bon, maintenant que je suis là, qu’est-ce que tu me voulais au final ? »

« Je vais organiser une réunion avec les différents clans des gnomolds. Je voudrais que toi et tes hommes soyez là pour protéger les environs et surtout que ça ne dégénère pas. »

« AH ! Mais tu te foutrais pas un peu de ma gueule ? J’ai pas besoin de te rappeler de la dernière, y a bien presque vingt ans ? »

« Disons qu’elle est est restée dans les mémoires mais pas forcément pour les bonnes choses, je peux le reconnaître, Rokar. »

« Et pourtant, tu es décidé à en relancer une ? Tu serais pas devenu gâteux avec l’âge ? »

« Situation extrême, mesure extrême. Je n’ai pas d’autres choix. Nous ne pouvons pas continuer sur cette voie si tous les gnomolds ne sont pas réunis sous une même égide. »

« Suffit pas de le dire pour que ça se produise. Faut pas croire que ça va marcher comme ça hein ? Ils vont tout simplement te rire au nez pour la grosse majorité. »

« Je sais parfaitement à quoi m’attendre et c’est bien pour cela que je compte sur ton soutien, Rokar. Avec toi à mes côtés, je sais que je serais bien plus en sécurité que si je confiais ma vie à quelqu’un d’autre. »

« T’es vraiment devenu sénile avec l’âge. »

« Eh bien, les vieilles personnes doivent être surveillées, qu’elles soient gnomolds ou non, tu ne crois pas ? Qui sait ce qui pourrait m’arriver si je ne suis pas sous surveillance constante pendant que je tente de faire mes projets ? »

Nouveau grognement de Rokar. Le vieux gnomold était plus qu’amusé par la situation, au contraire de l’autre gnomold. Pourtant, bien que sa respiration se faisait de plus en plus forte, il semblait retrouver son calme, fermant son œil valide avant de dire :

« Quand est-ce que cette foutue réunion aura lieu ? »

« D’ici quelques semaines, peut-être un mois ou deux ? Je n’ai pas encore envoyé les émissaires pour cela. À la base, normalement, tu devais en attendre un. »

« Ah… Et dire que je pensais aller me rendre dans ce foutu endroit souterrain pour éliminer quelques gnomolds et démons qui font un peu trop de zèle. »

« Hmm ? De quoi est-ce que tu parles ? » questionna Ernold, étant réellement surpris cette fois alors que Rokar lui répondait aussitôt :

« Rien de bien grave. Disons que j’ai appris que certains gnomolds avaient décidé de continuer à harceler les démons dans le monde souterrain. Et aussi qu’ils sont morts car les démons ont été défendu par des membres des races à la surface. »

« Oh ? Tu penses qu’il y a une chance que ça soit… Manelena ? Ou alors Tery ? »

« Je pense plus au petit gars de Traslord. »

« Le roi Royan ? Hmm, c’est vrai qu’en terme de délais, ça serait plus logique. Hmm, donc il est sûrement parti avec Elen. Hmm. »

« Ah ouais, la fille des deux divinités qui se trimballent dans le monde comme si elles avaient rien de mieux à faire de leurs jours ? »

« Rokar, on t’a jamais dit que tu étais plutôt aigri comme gnomold ? Et attention, pour qu’un gnomold te dise que tu es aigri, c’est que l’on atteint des sommets. »

Nouveau concerto de grognement de mécontentement de la part de Rokar. Bien entendu, vu qu’Ernold lui faisait une remarque. Il cherchait à voir jusqu’à quel point Rokar allait tenir… avant de finalement émettre un léger rire.

« Tu peux te décrisper, Rokar. Je crois que j’ai choisi le bon gnomold pour la surveillance de cette réunion. Je ne pouvais pas espérer mieux. »

« Comment ça ? Tu vas me faire croire que tu m’as fait passer un test ou quelque chose du genre ? Je suis pas un gnomold avec qui on s’amuse, Ernold. »

« Oh non, non. Ne t’en fait pas. Je voulais simplement savoir quelles étaient tes limites et tolérance par rapport à ton énervement. Je suis heureux de voir que tu as bien mûri. »

« Ne t’amuse pas trop à ce sujet, tu sais jamais ce qui peut arriver si tu franchis la limite. »

« Héhéhé. J’ai bien ma petite idée à ce sujet mais oui, cela ne sert à rien de t’inciter à ça, loin de là. Bon bon bon. Est-ce que tu veux quelque chose à boire ? À manger ? »

« Non, pas la peine. Mes hommes m’attendent. On a pas trop l’habitude de se traîner dans les environs donc ils veulent en profiter. Et puis, faut bien que quelqu’un surveille ces idiots, on ne sait jamais ce qu’ils pourraient commettre comme conneries. »

Il pesta tout en ayant un petit tic aux lèvres. Malgré tout, il avait fini par se relever, son unique œil valide posé sur Ernold avant de déclarer :

« Je m’en vais. Tu m’enverras un message quand et où la réunion se fera. »

« Prends bien soin de tes gaillards, Rokar. »

« Ce sont pas mes gamins non plus. Ils sont assez grands pour se débrouiller seul. »

« Hahaha mais pourtant, c’est bien dans ton groupe qu’il faut avoir connu le moins de morts… du moins, sauf pendant ce combat contre Tery, hein ? Quand tu l’as revu, quelques années plus tôt. »

« Ah… T’es vraiment qu’une sale fouine quand tu décides de t’y mettre. »

« Je tiens au bien-être de ma propre race. Il n’y a donc rien d’anormal à ce que je sois au courant de ces petites choses, tu ne crois pas ? »

Rokar pesta, comme à son habitude avant de fini quitter la pièce, laissant seul le vieux gnomold. Celui ne pût s’empêcher de rire tout seul, jusqu’à ce que son apprenti ne vienne, deux minutes plus tard, s’enquérir des nouvelles de son vieux maître.

« Maître Ernold, je suis toujours inquiet quand je le vois arriver. Ce n’est pas une bonne fréquentation, vous savez ? »

« Allons bon, mon brave Ninos, tu sais pourtant qu’il ne faut pas juger sur les apparences, non ? Surtout en tant que gnomold. Imagine si ces braves personnes que je connais avaient décidé de me juger sur mon apparence ? Jamais nous n’en serions là. »

Il ne précisa pas que ce n’était peut-être pas un bon constat final. Mais dans l’ensemble, à ses yeux, ils avaient réussi ce qu’il désirait et recherchait depuis le début. Le souci, c’est que sa vision était très précise et portée sur un futur qu’il espérait pas si lointain. En voyant Tery et Elen la première fois, il avait compris que c’était cette époque qui allait tout changer.

Et c’était pour cela qu’il faisait une prise de risque immense. Le secret des gnomolds, depuis des siècles, voire des millénaires, allait sûrement être révélé un moment ou à un autre. Il ne savait pas quand, il ne savait pas où mais il était certain que cela allait se produire.

« Je tiens à m’excuser pour mes paroles irrespectueuses. »

« Je ne vais guère en tenir compte, ne t’en fait donc point ! »

« Maître Ernold, est-ce que vous me révélerez un jour ce secret ? Avant qu’il ne soit annoncé aux yeux de tous ? »

« Hmm ? Tu es bien curieux comme apprenti. Mais qui sait ? Cette nouvelle n’est pas encore prête à être annoncée. Cela se prépare, il faut prendre la température et autre. Cela fait combien de temps que tu es à mon service ? »

« Quelques mois à peine, maître Ernold. »

C’était exact. Le vieux gnomold gardait son sourire aux lèvres. S’il avait pris un apprenti, c’était bien à cause des évènements récents. Un apprenti gnomold, le petit Ninos avait montré quelques facultés impressionnantes pour son jeune âge, oui. C’était pour cela qu’il était là.

Chapitre 15 : Supérieurs aux autres

Chapitre 15  : Supérieurs aux autres

« Tery, c’est devenu une manie ou quoi ? »

Elle parlait toute seule. Tery dormait contre elle, comme la dernière fois. Il fallait dire que le jeune homme avait passé une sale journée même s’il cherchait à ne pas trop le montrer. Elle le regarda, longuement, doucement, mais sûrement.

« Tu te compliques beaucoup trop la vie, Tery. Combien de fois je vais te le dire ? »

Elle avait un sourire aux lèvres. Un sourire qu’elle gardait pour elle. Un sourire qu’elle n’offrait à personne, sauf peut-être à l’homme dans ses bras, dans ce lit. Après la discussion avec le monarque, il s’était plongé dans un quasi-mutisme. Il avait à peine adressé la parole à Manelena et elle comprenait parfaitement pourquoi il agissait de la sorte.

Elle n’allait pas l’en empêcher. Elle n’était pas ainsi. Elle voulait simplement… qu’il soit peut-être comme au tout début ? Non, elle n’allait pas se mentir. Elle était exaspérée par son comportement lors de leur première rencontre mais… le voir autant démoralisé, comme s’il avait tout perdu, elle avait beaucoup de mal à le supporter.

Tery n’était pas comme ça. C’était un combattant. Quelqu’un qui avait montré maintes fois qu’il tenait bon face à l’adversité ! Alors pourquoi est-ce que ça ne se passerait pas ainsi ? Pourquoi fallait-il que cet endroit soit aussi mauvais ? Elle comprenait que Tery voulait vraiment que les démons, race dont il était issu, soient en paix avec les races de la surface. Tery était des deux, c’était alors normal.

« Ce petit côté niais et candide qui te caractérise tant, Tery. »

Ses doigts glissèrent dans la chevelure de Tery. Lorsqu’il était à côté d’elle, elle sentait cette chaleur qui l’envahissait. En même temps, à deux sous la même couette et avec un pantalon de la sorte et un haut qui l’étouffait ah… Oui, c’était normal.

« Stupides vêtements trop serrés. Je ferais bien de m’en débarrasser. Je me demande quelle serait sa réaction hmm… »

Elle l’avait pris par surprise, il y a bien longtemps, dans la bibliothèque de ses grands-parents. C’était même à ce moment là qu’elle avait réussi à se déclarer. Mais, elle n’était pas vraiment certaine en ce qui concernait Tery. Ce qu’il pensait de ça. Hmm… Le pire dans toute cette histoire, c’est qu’elle connaissait parfaitement les histoires de concubines et autres. Elle était même certaine que dans cette capitale, c’était monnaie courante.

Elle avait l’impression d’être retournée plusieurs siècles en arrière avec ces êtres. Hmm… Après, le concubinage ? AH ! Si Elen était la concubine, pourquoi pas ! Tant qu’elle restait en première position. Tsss … Elle pensait vraiment à des absurdités, n’est-ce pas ? D’ailleurs, elle voulait montrer à Tery qu’elle n’abandonnerait jamais le combat… pour qu’il fasse de même de son côté.

« Bon allez, on va plutôt te réveiller, hein ? Hmm… Comment est-ce que je pourrais faire ça de manière un peu sournoise ? Hmm… Tu veilles sur moi pendant que je sors ou plutôt l’inverse. Clari, tu n’aurais pas une idée ? »

Car oui, elle s’adressait sans aucun souci à la femme-golem. Ne s’attendant à aucune réponse de la part de celle-ci, elle cligna pourtant des yeux en pensant remarquer que Clari lui faisait un sourire du bout des lèvres, comme pour l’inciter à quelque chose.

« Ah oui, quand même, tu n’as pas froid aux yeux. Tu as raison. On ne peut vivre qu’une fois, enfin deux dans ton cas. Je sais ce que j’ai à faire. »

Il suffisait juste de rapprocher ses lèvres de celles de Tery et de les coller les unes contre les autres dans un long baiser langoureux… mais ce n’était pas son genre. Lentement mais sûrement, elle plaça ses doigts sur le nez de Tery, bloquant sa respiration alors que celui-ci semblait comme surpris, ayant visiblement l’habitude de respirer ainsi.

« AH ! Qu’est-ce qui se passe ?! Je … AAAAH ! Bouffée d’air ! »

Il s’était mis à haleter de surprise, reprenant une respiration alors que Manelena le regardait, avec une fausse neutralité peinte sur le visage.

« Eh bien, Tery ? Du mal à te lever ? Tu as l’air complètement rouge. »

« Je ne sais pas ce qui s’est passé, Manelena. J’ai… J’ai… pfiou. J’ai eu l’impression d’étouffer. J’ai encore dormi contre toi ? Pardon, ce n’était pas voulu de ma part. »

« Ce n’était pas voulu mais tu l’as quand même fait donc bon… j’imagine que c’est un peu tard pour s’excuser correctement, n’est-ce pas ? »

« Mais c’est étrange. Tu ne devrais pas hésiter à me repousser, Manelena. Je sais bien que je t’ai proposé de dormir avec moi pour… enfin, tu sais quoi… mais je ne pensais pas que ça se passerait de la sorte à chaque fois. »

« C’est la seule excuse que tu as trouvée, c’est bien ça, Tery ? Je m’attendais vraiment à mieux de ta part, je suis un peu déçue, je dois avouer. »

« Ce n’est pas une excuse mais la vérité, Manelena. Ce n’était pas vraiment mon but en t’invitant dans ma chambre. Je me suis contrôlé avec Elise, je vais me contrôler avec toi, je peux vraiment te promettre cela. »

« Et si je ne voulais pas que ça soit le cas ? »

Hein ? Il ne comprenait pas sur le coup pourquoi elle disait cela alors qu’elle finissait par se lever du lit. Comme hier, elle passa de l’eau sur le visage, maugréant contre elle-même alors que le jeune homme regardait le matelas trempé par la sueur. Vraiment… Et les habits n’étaient pas franchement mieux. Heureusement qu’ici, il n’était qu’un simple chevalier et que donc, il n’avait pas besoin de porter d’atours comme ça. Encore que oui, il se rappelait encore une fois de la magnifique tenue que Manelena avait mise il y a bien longtemps, à Omnosmos. Ah… C’était Omnosmos ? Il n’était plus vraiment certain.

« Manelena, il faudra que l’on envisage de se laver, toi et moi. Enfin plus que ça. »

« Hein ? Tu insinuerais que je suis sale ? Ou alors, c’est une invitation à y aller ensemble ? »

Le ton employé n’avait rien de charmeur mais la question était naturelle, comme si elle la posait pour connaître réellement la réponse. Le rouge passa aux joues de Tery qui vint tousser légèrement pour se donner une certaine contenance avant de dire :

« C’est mieux que tu évites de dire d’aussi grosses bêtises, Manelena. Tu sais aussi bien que moi que je ne ferais jamais ça, n’est-ce pas ? »

« Je le sais bien. Jamais tu ne me proposeras une telle chose. C’est bien pour ça que je pose la question car je connais déjà la réponse. Tu as une meilleure mine. »

Une meilleure mine ? Il la regarda fixement, pendant quelques secondes avant de soupirer. Si elle le disait, c’est qu’il y avait peut-être une part de vérité. Mais bon, ce n’était pas pour ça que tout allait être arrangé non plus hein ?

« Au lieu d’aller voir Héraisty ou l’empereur aujourd’hui, passons juste une journée ensemble, Tery. Juste toi et moi, qu’est-ce que tu en penses ? Cela ne serait pas une idée si déplaisante, n’est-ce pas ? »

« Pourquoi pas, Manelena ? Je n’ai pas de raison de refuser donc nous pouvons y aller quand tu veux. Allons juste manger un peu et… »


Sans même lui laisser la possibilité de terminer sa phrase, la main de Manelena vint prendre la sienne avant de la serrer avec fermeté pour le tirer hors de la chambre. Quelques minutes plus tard, ils étaient dehors et… ils se dirigeaient vers la sortie de la capitale démoniaque. Qu’est-ce qu’elle comptait faire ? Même si les gardes les observaient avec suspicion, ils les laissaient passer. En même temps, Tery était de plus en plus connu donc il était normal qu’ils le laissent rentrer et sortir de la capitale démoniaque sans poser de questions.

« Manelena ? Qu’est-ce que tu fais là ? Je ne suis pas certain que ça soit très… sûr. »

« C’est bien parce que ça ne l’est pas que justement je veux que l’on se dirige par là. J’imagine que tu es au courant que nous sommes suivis, n’est-ce pas ? »

« Je sentais bien trois présences. Est-ce que tu crois que… »

« Dans ce monde, nous sommes d’accord que c’est la loi du plus fort qui est la meilleure, n’est-ce pas ? Alors, si on sent que l’on se fait agressés, nous ne serons pas en tort, tu es d’accord avec moi ou non ? »

« Je ne me suis jamais posé vraiment la question, il me faut t’avouer. Mais bon, dans tous les cas, j’imagine que l’on va tout simplement se défendre. »

Et maintenant, il comprenait pourquoi est-ce qu’elle avait décidé de se mettre en armure pour une sortie « classique » comme il aimerait le dire. Car au final, la dite sortie n’avait rien de vraiment basique. Lentement mais sûrement, ils vinrent traverser une zone recouverte par de nombreux rochers, finissant par disparaître derrière l’un d’entre eux, plus gros que les autres. Bien entendu, Clari était là aussi mais lorsque les trois démons se présentèrent, avec un sourire mauvais aux lèvres, Tery et Manelena faisaient face à ces derniers. Ils étaient armés mais surtout, ils possédaient quelques boursouflures sur le corps en divers endroits.

« Je vois, vous êtes au plus bas de l’échelle sociale de vos familles et vous avez l’habitude d’agresser et dévorer d’autres démons. »

« Ce sont donc des démons vraiment basiques, Tery ? Est-ce que tu crois qu’il s’agit des mêmes démons qui ont décidé de les… »

« Hey ! Vous vous prenez pour qui tous les deux ? À croire que nous ne sommes pas là ! On va régler votre compte à tous les deux ! »

« Hey, attends un peu, ils étaient pas trois à la base ? Où est-ce qu’elle est passée l’autre femme ? HEY ! VOUS DEUX ! VOUS… »

Ils avaient peut-être décidé de se mettre en position de combat mais ils ne comptaient pas vraiment lutter contre eux, loin de là. Une ombre se forma au-dessus de l’un des trois démons, Clari finissant par lui tomber dessus, de tout son corps de pierre, étrangement bien plus lourd qu’au départ. Un craquement sinistre et sonore se fit entendre, les deux autres démons se tournant vers elle, prêts à l’attaquer.

Mais avant même qu’ils ne puissent réagir, la femme de pierre leva un bras, poing fermé pour emporter l’un des démons au niveau de la tête, coinçant cette dernière contre le rocher avant de finir par exploser la pierre et le crâne en même temps. Le troisième démon, comprenant que qu’il ne s’en sortirait pas s’il restait, se préparait déjà à fuir mais un pieu de pierre traversa sa gorge, puis deux autres se plantèrent dans son dos, en terminant avec lui ou presque … puisque la femme-golem vint à sa hauteur, levant un pied de pierre … pour l’abattre sur le crâne une bonne fois pour toutes.

« Je me rappelais que Clari était bien plus douce que ça dans mes souvenirs, Tery. »

« Les souvenirs sont souvent faussés et bien loin de la réalité. Enfin, dans ce cas précis, c’est bien ça. Clari était plus… délicate dira t-on. Tu veux qu’on fouille les corps ? »

« Les morts n’ont plus besoin de leurs affaires. Au final, si nous avons des indices sur qui ils sont et de quelles familles ils font partie, peut-être que nous pourrons nous préparer à les réceptionner une nouvelle fois. Oh par contre, Tery, ne… »

Elle ne lui avait pas laissé finir sa phrase à son tour, montrant ses deux griffes de pierre. Il savait pertinemment ce qu’elle allait lui dire. Ne pas laisser d’odeur pour être certain que personne n’irait remonter jusqu’à eux.

Oui, il suffisait que certains se mettent à appeler les renifleurs royaux à la rescousse et il aurait alors de très gros problèmes. Oui… même si bon, il ne comptait pas dévorer ces saletés de démons. Par contre, que cela n’empêche pas Clari de faire un peu de ménage par rapport à ces cadavres.

« Il faudra juste que l’on trouve de quoi nettoyer Clari. Même si elle ne produit pas d’odeur, j’imagine que le sang sur ses pieds et autres, cela risque d’attirer l’attention non ? »

« C’est exact. Il doit bien avoir des lacs ou des ruisseaux dans les environs non ? D’ailleurs, tu as déjà essayé de remonter le cours de l’un d’entre eux ? Savoir où il mène ? »

« Pas du tout. Bon et maintenant ? Qu’est-ce que nous faisons ? À part chercher un endroit pour laver les poings et les pieds de Clari. »

« Eh bien, nous allons rentrer, tout simplement. Maintenant que nous avons plus ou moins montrés que ceux qui sont les proies peuvent devenir les chasseurs, j’imagine que ça va calmer quelques ardeurs parmi les démons, non ? »

« Je t’avoue que je n’en sais trop rien à ce sujet. Mais oui, il y a de très fortes chances que ça se passe de la sorte. Nous allons être tranquilles maintenant qu’ils savent à à quoi s’attendre… jusqu’à la prochaine tentative de leur part. »

« Hmm, et tu crois qu’ils vont aussi se calmer par rapport aux autres démons ? »

Ça, il ne pouvait pas le lui dire. Il n’en savait strictement rien. Mais bon, maintenant que c’était plus ou moins décidé, il était temps de rentrer dans la capitale. Et d’après ce qu’ils remarquaient, il y avait de l’effervescence. Heureusement, comme convenu, ils avaient juste perdu quelques minutes pour nettoyer Clari de son sang.

« Eh bien, il y a de l’agitation ? »

Des clameurs royaux. Qu’est-ce qu’ils faisaient là ? Et ils semblaient avoir des décrets en main ? S’installant parmi les démons, Tery laissa un peu de place à Manelena et Clari bien qu’il installait la première entre lui et la femme-golem.

« Oyez, oyez, l’empereur Malark et son conseil de ministres vous annoncent le présent décret qui prendra effet dès la fin de la lecture de ce dernier. »

Oyez, oyez ? Il tourna son visage vers Manelena, faisant un petit sourire bref. Ben oui, fallait quand même avouer qu’entendre de telles paroles, ça lui rappelait un peu Midès. Ah… Midès, ça lui manquait sa capitale de Shunter.

« En vue des nombreux visiteurs de la surface qui commencent à venir dans notre capitale, ces derniers ne seront pas autorisés à se déplacer sans l’accompagnement d’un membre d’une famille démoniaque résidant dans la capitale. Ils porteront le titre d’esclave et ne pourront plus se déplacer sans le dit-membre de la famille démoniaque. Classé au plus bas de la capitale, ils ne pourront donc commercer, discuter et être vu sans que leur accompagnateur ou accompagnatrice ne soit avec eux. »

Tery était éberlué, commençant à cligner des yeux. Ce n’était même plus de l’esclavagisme à ce niveau-là. Les membres de la surface n’avaient plus rien, rien du tout. Alors qu’il pensait pouvoir faire quelque chose avec les démons, il s’avérait que… c’était encore pire que prévu. Tentant de retrouver ses esprits, il bredouilla à Manelena :

« Allons-nous en. Il vaut mieux. Je ne veux plus rien entendre et… »

« Oh, je veux écouter la fin de mon côté, Tery. Jusqu’où cette farce va continuer. »

« Manelena, je ne suis pas certain que… je suis juste dégoûté. Je crois que ça ne sert à rien, vraiment à rien. C’est pire que tout, vraiment pire. »

Pourtant, il ne vint pas partir puisqu’elle avait décidé de rester. Et il écoutait encore ce décret stupide. Ce décret qui signalait que les esclaves de la surface n’avaient aucun droit mais surtout que la famille démoniaque qui possédait un esclave de la surface pouvait faire ce qu’il désirait de la personne.

« C’est vraiment pathétique… mais j’ai le sentiment que ce n’est pas de la faute à l’empereur Malark. Il a sûrement été « obligé » d’accepter. »

Manelena lui avait signalé de se mettre en route, prête à retourner auprès de Tery et Clari, mais surtout reprendre le chemin en direction du château. Une nouvelle fois, Tery s’était emmuré dans le silence, une nouvelle fois, Manelena cherchait à faire la conversation.

« Tu devrais vraiment arrêter de te préoccuper de toutes ces choses, Tery. »

« Du fait que j’ai emmené tout le monde à une mort certaine ? C’est ça ? »

« Pourquoi est-ce que tu penses forcément ainsi, Tery ? »

« Car c’est le cas, tu peux prétendre ce que tu veux mais la réalité, c’est que c’est le cas. Si j’avais su que ça se passerait ainsi, jamais je n’aurai emmené tout le monde dans cette capitale. Et voilà le résultat ! »

« Sais-tu pourquoi il y a eu ce décret ? Je suis certaine que tu n’as pas cherché à deviner le second sens de ce décret. »

« Et ça serait quoi ce sens secret dont tu es la seule à connaître le sens ? »

« Si tu me parles avec d’ironie, tu peux aller tout simplement te faire foutre, Tery Vanian. Est-ce que je me suis bien faite comprendre ? »

« Pardon… Manelena. Je ne voulais pas, c’est juste que… enfin, tu peux comprendre, n’est-ce pas ? Manelena, s’il te plaît. »

« Oui, oui, pas besoin de faire les yeux larmoyants, je peux comprendre aisément, Tery. Bref, ils viennent d’officialiser le statut d’esclaves pour les gens de la surface. Ce qui veut dire qu’à partir d’aujourd’hui, si un démon s’en prend à un esclave d’un autre démon, la justice viendra trancher et surtout, la famille du démon criminel risque de payer assez chèrement le prix. »

« Mais la justice dans un monde comme celui des démons… avec la loi du plus fort et… »

« Cette loi n’est là que pour le principe. Bien entendu qu’elle est toujours fonctionnelle mais si elle était la seule utilisable, cela reviendrait à avouer que nous ne sommes pas mieux que des bêtes sauvages, Tery. Nous valons bien mieux que ça. »

« Et pour les familles démoniaques qui ont un esclave et… »

« Hmm… Je sais ce à quoi tu penses. Tu imagines qu’il peut y avoir des problèmes internes dans les familles en elles-mêmes hein ? Car ce sont des soldats ou mercenaires qui sont partis comme ça pour aller explorer le monde à la surface ? »

Elle était capable de lire dans ses pensées ou quoi ? Car elle semblait comprendre son problème sans même qu’il n’ait à ouvrir la bouche. Et avec sa main posée sur son épaule, il se sentait encore plus ridicule et chétif qu’auparavant.

« Je ne pense pas que ça soit le cas. Même si nous allons ressembler simplement à des « objets de valeur », il y a des chances que les démons qui étaient partis au combat aient pris du galon dans leur famille respective. »

Donc que les démons qui étaient avec eux soient mieux vus ? Et peut-être que tout se passera bien ? D’ailleurs, en pensant à tout ça, il ne connaissait pas du tout la famille d’Héraisty. Il n’en avait jamais parlé avec elle. Est-ce qu’elle était en conflit avec eux ?

« Donc, tout va bien se dérouler ? Enfin, tu crois ? »

« Je ne sais pas, je ne peux pas lire dans l’avenir, Tery. Mais tout n’est pas aussi noir que tu le pensais hein ? Alors, arrête de te morfondre, c’est chiant. »

« Je ne veux pas me morfondre exprès, tu sais ? Je ne le fais pas pour le plaisir. »

« Mais je préfère quand tu as ton petit caractère habituel et niais. C’est ce qui fait ton charme. Et puis bon, cela veut dire que je suis ton esclave, n’est-ce pas ? »

« Mon esclave ? Euh, enfin, Manelena, c’est juste que… »

« Je serais alors obligée d’obéir au moindre de tes ordres. Obligée d’exécuter le moindre de tes désirs. Tu sais, cela tenterait beaucoup de personnes d’avoir une princesse à leurs pieds, hein, Tery ? Mais j’imagine que ce n’est pas ton cas. »

« Eh bien, vu que de base, tu es une reine et non une princesse, ce n’est pas la même chose. Et puis, tu as parfaitement raison. »

Encore qu’il ne cherchait pas à finir de « confirmer » que ça ne le tentait pas du tout. Car oui, il avait regardé Manelena quand elle avait évoqué le fait qu’il pouvait abuser d’elle comme il le désirait. Et à voir la femme aux cheveux argentés, il se demandait vraiment si ce n’était pas ce qu’elle… non, ce n’était pas le genre de Manelena.

« Eh bien ? Est-ce que tu es en train de t’imaginer des choses indécentes, Tery ? »

« Pas le moins du monde, Manelena. Je ne sais pas ce que tu es en train de t’imaginer mais ce n’est pas du tout le cas. »

« Hmm, ce n’est pas moi qui a ce regard un peu perdu, Tery. Ce n’est pas moi. Mais bon, de toute façon, pour cela, il faudrait que je me laisse faire et ce n’est pas mon genre. »

« Pas le moins du monde, Manelena. »

Et puis, il espérait que chacun avait ce même mode de pensée avec les surfaciens. Il fallait juste espérer… car il ne voyait pas comment faire autrement. S’il décidait de lâcher prise, tout serait alors terminé… et il n’y aurait pas de retour en arrière.