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Chapitre 30 : Haine permanente

Chapitre 30 : Haine permanente

« Désolé, je ne suis pas d’humeur à parler. »

Le jeune homme aux cheveux bruns avait tout simplement placé sa main entre lui et une démone qui avait l’air d’une servante, continuant son chemin comme si de rien n’était. Même si le ton était poli, il ne laissait pas place à une réplique. Derrière lui, Manelena était présente, les bras menottés, comme à son habitude depuis maintenant quelques temps.

« Maître Tery, que se passe t-il ? Vous semblez énervé, non ? »

« Je ne suis pas énervé, ni rien du tout. Je ne suis rien du tout ! Pas besoin de m’interroger, je viens déjà de répondre à cette question ! »

« Hmm… D’accord, maître Tery. Si vous ne voulez pas en dire plus, cela est parfaitement compréhensible de votre part. »

« Oui, oui, bien entendu, j’en suis certain. »

Malgré les dires de Manelena, celle-ci fixait longuement le dos de Tery. Elle émit un léger grognement étouffé, ne voulant visiblement pas en dire plus pour le moment. Elle s’expliquera avec lui dans la soirée. Ce n’était pas le moment de ressasser de telles choses. Ils avaient à discuter, lui et elle, mais en privé.

Mais surtout, elle avait bien compris que quelque chose n’allait pas. Malgré tous ses efforts commis pour tenter de le rassurer, il avait été affecté grandement par la découverte sur ses origines. Dire qu’elle pensait qu’il avait réussi à tirer un trait… mais maintenant, elle comprenait qu’il avait gardé tout cela au fond de lui pour ne pas l’inquiéter, elle.

C’était… peut-être adorable mais pas pour elle. En n’arrivant pas à canaliser ses soucis, il aurait alors du mal à les extérioriser et elle en connaissait quelque chose ! Mais pour l’heure, elle n’avait pas la tête à ça et vraiment, ce n’était ni l’instant, ni l’endroit pour discuter de tout ceci.

« Je dois quitter le château maintenant. »

« Pas de soucis, messire Tery ! Faites attention à vous et passez une bonne journée. »

« Bonne ? Je ne suis pas certain. Il va encore avoir des couillons qui vont me chercher. Mais vu qu’ils ne comprendront jamais… »

Il avait marmonné cela dans sa barbe, un grognement sortant de ses lèvres alors que le voilà sorti du palais impérial avant que Manelena ne le suive en silence. Elle aussi rongeait son frein, très mécontente de ce qu’elle venait d’entendre.

Elle ne pouvait pas vraiment lui donner tort. Il avait même raison, ses dires étaient exactes. Des imbéciles de démon continuaient à le provoquer et cela allait vraiment mal finir… mais qu’il soit aussi médisant avec eux alors qu’il cherchait la majorité du temps à ce que ça se passe bien mieux, c’était tout aussi énervant pour elle que pour lui. Surtout qu’elle ressentait comme quelque chose de mauvais en lui, qu’elle n’arrivait pas à exprimer concrètement.

Quelque chose qu’elle avait déjà connu dans le passé mais dont elle n’était plus certaine. Et surtout, elle avait la sensation que c’était assez récent. Mais là, actuellement, elle n’avait pas le temps de chercher ce qu’était cette sensation.

Depuis que Tery la présentait à l’extérieur, quelques démons le respectaient plus mais d’autres le jalousaient. Et beaucoup de regards envieux et mauvais étaient tournés vers lui alors que le jeune homme semblait les ignorer.

Ou presque… Car oui, c’était totalement le contraire. Son visage se tourna lentement vers un duo de deux démons qui parlaient entre eux, en catimini tout en l’observant ainsi qu’elle. Un rictus mauvais se dessina sur les lèvres de Tery, celui-ci murmurant :

« Un souci, vous deux ? »


Et alors que l’un d’entre eux allait ouvrir la bouche pour répliquer, il s’arrêta dans son geste, déglutissant alors que son compagnon lui tirait le bras. Elle-même s’arrêta de bouger, Clari finissant par paraître à côté d’elle.

« Ah te voilà, toi ! J’imagine que tu n’as aucune idée qui pousserait Tery à réagir de la sorte hein ? N’est-ce-pas ou alors, est-ce que je me trompe ? »

« … … … Tête. » murmura faiblement une voix, provenant des lèvres pourtant scellées de la gemme de pierre. Manelena sursauta presque, étonnée.

Ce n’était pas la première fois que Clari faisait le coup mais ça ne changeait rien au fait que c’était si rare qu’elle ne pouvait qu’être surprise. La voix de Clari résonna une nouvelle fois, comme si elle avait toujours été présente à leurs côtés.

« Tery… Mal… Crâne. »

Mal de crâne ! Si Tery avait vraiment mal au crâne, cela correspondait à ce dont elle se rappelait ! Cela voulait dire une chose ! Alors que les deux démons avaient commencé à fuir, Manelena chercha à faire un mouvement en sa direction mais s’arrêta dans son geste. Non, elle ne devait pas briser l’îmage d’esclave qu’elle avait forgée depuis tout ce temps.

« Qu’est-ce qu’il y a, esclave ? Tu ressens le besoin de t’exprimer ? »

« Pas en ce moment même, maître Tery. Néanmoins, est-ce que je peux vous demander si vous entendez quelque chose ou non ? »

« Quelque chose ? Comme quoi donc ? Que cherches-tu exactement à savoir ? »

« Je ne sais pas, juste une voix, rien de plus ? »

« Cela ne te concerne pas, esclave. » déclara t-il lentement mais sûrement. Qu’il lui parle de la sorte pouvait paraître normal mais non, le vrai problème ne résidait pas dans ses paroles mais dans son regard. Rouge comme le sang, ses yeux étaient propres à la race des démons et pourtant, il semblait faire preuve de calme et sérénité. Seulement, elle connaissait parfaitement ce statut puisqu’elle l’avait porté pendant des années. Une rage muette.

Ce regard rubis. Elle l’avait porté pendant des années, plus d’une décennie même. L’homme à l’origine de celui-ci n’était plus de ce monde depuis déjà maintenant quelques années mais elle ne l’avait pas oublié. Comment en serait-elle capable ?

Cela avait été gravé dans son être et maintenant, elle comprenait que pour Tery, son propre père avait été remplacé par une personnalité bien plus présente et aberrante. Une personnalité qui avait bien trop souvent été présente.

Mais elle ne pouvait pas le lui dire maintenant. Elle l’observait, elle étudiait ses mouvements, ses réactions. Elle voulait être convaincue, certaine de ce qu’elle voyait. Elle ne voulait pas se tromper car sinon, Tery risquait de se braquer. Mais une chose dont elle était certaine, c’est que les autres démons le craignaient bien plus.

Il n’avait guère réussi à instaurer autre chose que de la peur dans le coeur de ces démons devenus bien trop faibles dorénavant. Et il semblait avoir réussi, via ce climat de terreur, à préserver la sécurité des autres membres du groupe. Eux aussi n’avaient plus rien à craindre… mais à quel prix ? Les yeux de Tery n’exprimaient plus aucune douceur et tendresse. Comme s’il était sous tension depuis son réveil jusqu’à ce qu’il se couche. Et encore lorsqu’il se couchait, il ne dormait pas tout de suite.

Elle n’avait rien tenté dans ces moments-là. Elle laissait le temps passer et elle s’endormait, ne cherchant pas à espérer que tout se soit arrangé à son réveil. Elle n’était pas si niaise que ça pour imaginer une telle chose. C’était pourquoi elle ne feignait pas l’ignorance mais elle ne cherchait pas à arranger les choses. Pas de cette manière.

Elle allait bien trouver une solution à ce problème mais pour cela, il fallait être patiente et attendre le bon moment pour « attaquer » Tery. Un bon coup l) où il ne s’y attendrait pas et ça serait tout simplement parfait.

« Maître Tery, qu’allons nous faire aujourd’hui ? »

« Rendre visite à Héraisty, cela fait longtemps. »

Hmm ? Qu’est-ce qu’il allait faire chez cette démone ? Pas qu’elle n’avait pas confiance en Héraisty, loin de là mais avec son comportement actuel, elle ne se sentait guère rassurée. Mais pour autant, en allant chez Héraisty qui semblait comme savoir que Tery allait lui rendre visite, étant en congé ce jour là, elle comprit qu’elle s’inquiétait pour rien.

Héraisty ne faisait aucune remarque sur le comportement de Tery comme s’il n’y avait rien qui changeait. Et quant à la soldate qui vivait avec elle sous sa garde, elle ne cherchait même pas à s’y intéresser, ignorant complètement Tery pour vaguer à ses occupations comme entretenir la lame de son arme.

Pourtant, alors qu’ils allaient partir après avoir discuté pendant deux bonnes heures, Héraisty demanda à Manelena de bien rester avec elle quelques minutes, devant parler de « trucs de femmes » que Tery ne pouvait pas entendre, surtout pas. Il haussa simplement les épaules avant de marmonner :

« Ne prenez pas trop de temps non plus. Il s’agit de mon esclave. »

Et si elle n’était pas là alors qu’il était venu avec elle, cela allait encore commencer à balancer des racontars qu’il aimerait éviter. Manelena avait remarqué que les yeux de Tery avaient varié entre le rouge en permanence et quelques instants où ils retrouvaient leur vert habituel. Cela dépendait du sujet de la conversation avec Héraisty.

« Est-ce que vous pouvez veiller sur lui, mademoiselle Manelena ? »

« C’est ce que je compte faire, oui. Mais pourquoi se préoccuper de lui ? »

« Eh bien, ça me semble normal. Il s’agit d’un ami. Je n’ai pas été très appréciée en tant que renifleuse royale, vous savez. Et pourtant, lui comme la princesse Elise ne se sont jamais privés de venir m’adresser la parole. »

« C’est bien leur genre à tous les deux. Et donc j’imagine que tu es inquiète à son sujet. »

« Qui ne le serait pas ? Ce changement de comportement me fait plus peur qu’autre chose. Je ne sais pas comment vous faites pour résister à son aura. Moi-même, j’ai du mal à ne pas m’évanouir car je sais qui il est réellement. »

Une aura ? Elle jeta un bref regard vers la porte où de l’autre côté, Tery l’attendait. C’était peut-être ça le petit côté malsain qu’elle avait ressenti alors ? Hmm, elle n’avait aucune pensée concrète qui pourrait lui affirmer cela mais si Héraisty le lui disait.

« Qu’est-ce que c’est que cette aura dont tu parles, Héraisty ? »

« Oh, une aura, c’est quelque chose comme… »

« Je sais plus ou moins ce qu’est une aura mais pourquoi spécifiquement sur Tery ? »

« Oh, il n’y a pas que Tery qui possède une telle aura. L’empereur Malark aussi, quelques rares haut-gradés militaires. Peut-être des nobles, oh le reste de la royauté. »

« Hmm ? Pourtant, je ne crois pas qu’Elise ou l’empereur Malark aient ça. Du moins, je n’ai jamais ressenti cela en les observant. »

« C’est normal puisqu’il faut une certaine « condition » mentale pour cela. »

« Et laquelle donc ? Enfin, j’ai ma petite idée sur celle-ci mais je préfère l’entendre de vive voix pour être sûre de ne pas me tromper. »

« La colère, la rage, la hargne, beaucoup de sentiments puissants mais surtout qui peuvent être négatifs. Et je crois que Tery est en plein dedans. »

« D’accord, d’accord, j’ai eu exactement les informations que je voulais. Merci beaucoup Héraisty et ne t’en fait pas, je vais le remettre comme avant. »

« Sans utiliser la violence, bien entendu ? Vous me le promettez ? »

« AH ! Je préfère ne pas promettre des choses dont je ne suis pas certaine ! »

Elle n’avait même pas chercher à dire cela sur un ton autre que neutre. Elle ne voulait pas rire de la situation. Tery avait un comportement déplaisant mais elle salua Héraisty avant de retourner auprès de lui. Il ne demanda rien au sujet de ce qu’elle avait discuté avec Héraisty et c’était tant mieux. Pas que ça soit personnel, mais si elle pouvait éviter d’en parler, ça serait bien mieux.


Et de toute façon, de ce qu’elle voyait avec Tery, il ne semblait même pas intéressé par la conversation. Il marchait droit devant lui et elle se demandait même pourquoi est-ce qu’ils étaient partis voir Héraisty. Heureusement qu’elle avait compris qu’il avait évoqué le fameux départ de leur troupe très bientôt, départ organisé par l’empereur lui-même.

« Nous irons dîner tous les deux dans la chambre, Manelena. »

« Comme vous le désirez, maître Tery. Avez-vous un autre ordre à me donner ? »

« Que les préparations commencent par rapport à ce que tu sais. »

« Notre départ, c’est bien ça ? » dit-elle en chuchotant par rapport à auparavant.

« C’est exact. Nous ne tarderons plus trop. On va s’occuper de ces soucis très bientôt. »

Mais est-ce qu’il pensait réellement qu’elle allait le laisser faire ? Car là, elle bouillonnait de l’intérieur. Cela commençait à l’agacer plus que tout et si ça continuait, il allait s’en prendre une bien bonne dans la figure lorsqu’ils seront seuls.

D’ailleurs, cela ne tarda pas. Lors du repas emmené dans la chambre commune, elle n’avait de cesse de le fixer du regard, continuant d’observer ses yeux rubis avec intensité. Aucune fois, ils ne changeaient de couleur.

« Tery Vanian. Pouvons-nous parler, toi et moi ? Maintenant que nous sommes seuls tous les deux ? Et ne t’avise même pas de me dire que tu me donnes l’autorisation. »

« Alors veux-tu me poser la question, Manelena ? Vu que tu n’espère pas une réponse négative de ma part, c’est qu’elle est inutile non ? »

« Oh, car je vais te briser en morceaux si tu continues à me parler sur ce ton là. Tu veux voir comment je vais y arriver ? Car ça va être très simple hein. »

« Nullement, je n’ai pas besoin de cela. Mais pourquoi est-ce que tu te sens tant en colère, Manelena ? Y a t-il un problème dont tu ne peux pas parler ? »

« Oh que si, je peux clairement en parler ! Je vais même le faire ! Tout d’abord, est-ce que tu t’es regardé dans un miroir dernièrement ?! »

Mouvement négatif de la tête de la part de Tery. C’est bien ce qu’elle pensait ! Elle le souleva par le col, Tery s’apprêtant à réagir mais elle l’avait emmené aussitôt devant un miroir assez grand pour qu’ils puissent se regarder l’un et l’autre, côte à côte.

« Dis-moi si c’est normal ! Dis moi si c’est normal la tête que tu affiches ! »

Et elle le tirait maintenant presque par les cheveux pour lui coller la face contre le miroir, le forçant à regarder les yeux rouges qu’il affichait. Des yeux rouges comme les siens mais elle… elle était née ainsi. Peut-être était-elle un concentré de dépit et de rage ? Mais aussi de haine et de colère ?

« Pourquoi mes yeux sont comme ça ? Je n’ai pas… mes cornes ? Ah si. »

Il avait parlé avec neutralité, continuant de s’observer dans le miroir. Il semblait guère perdu, nullement étonné, simplement, il posait cette question.

« Tery. Est-ce que tu vas réellement bien ? Dis-le moi, en toute honnêteté. »

« Je ne sais pas, Manelena. Je… Je… Je crois que non ? J’en sais rien. Je… Enfin… Je… »

Et maintenant, elle remarquait bien qu’il était perturbé et absent. Il était comme ailleurs et elle voulait garder sa propre colère pour le punir mais… c’était difficile. Cet endroit le façonnait d’une telle façon que si elle cherchait à l’enfoncer, il risquait de ne jamais sortir des abysses dans lesquelles il était en train de plonger. Elle chuchota :

« Tery, cette voix est de retour… n’est-ce pas ? »

Il sursauta sur le coup, comme pris en défaut ou par surprise. Il tourna son visage vers elle, la fixant comme s’il était étonné qu’elle ait compris cela aussi facilement.

« Tery… Vanian. Je te connais depuis plusieurs années. Peut-être plus que le voudrait la décence et la conduite d’une reine envers un « simple sujet » de son royaume. »

« Il est de retour. Et maintenant, il le dit ouvertement. Il dit… que c’est mon père. Que je suis sa chair, même pas son enfant. Il dit simplement que je suis sa chair. Il dit que je vais pouvoir terminer ce qu’il a commencé, que l’engeance que je suis mettra un terme à ces races qui ont décidé de le forcer à maudire leurs existences et… et… je veux pas l’écouter ! J’étais très bien comme j’étais ! Mais maintenant que l’empereur m’en a parlé, maintenant qu’il m’a dit qu’il était encore.. vivant ! Que j’étais sa création ! Que j’étais toutes ces choses ! Puis y a aussi les attaques sur mes amis, la situation autour et… et… »

Il tentait de terminer sa phrase mais déjà, il se tenait la tête entre les mains, poussant un petit sanglot de rage alors qu’elle venait le serrer dans ses bras. Voilà. Il valait mieux qu’il vide son sac, qu’il puisse ensuite repartir sur des bases bien plus saines maintenant. Enfin, ce n’était qu’une question de point de vue.

« Tery, tu as besoin de te reposer. Et surtout de penser à autre chose. J’ai une solution. »

« La…quelle, Manelena ? » demanda faiblement Tery alors qu’elle l’emmenait sur le lit, tombant en arrière pour l’emporter avec elle. Elle le lova contre sa personne, lui caressant le dos avec tendresse tout en disant :

« Tu ne vas plus bouger et reste ainsi jusqu’à ce que tu dormes. Bon, il ne faut pas compter sur moi pour que j’aille te chanter une comptine mais… disons que tu peux rester rassuré, je vais veiller sur ta personne. C’est compris ? »

Aucune réponse de la part de Tery. Le jeune homme, avachi sur sa personne avait déjà fermé les yeux, ne semblant avoir attendu que ça depuis plusieurs minutes. Elle poussa un soupir, levant les yeux au ciel en se demandant ce qu’elle avait pour mériter une telle chose. Mais voilà, elle n’allait pas s’en plaindre, c’était elle qui l’avait proposé.

« Bon… J’imagine que l’on va sauter le repas du soir de toute façon. »

Heureusement qu’elle lui avait de préciser qu’ils mangeraient dans la chambre et qu’il préviendrait lorsqu’ils iront manger. Donc pour l’occasion, cela voulait alors dire qu’ils étaient seuls tous les deux.

« Hmm… Mais comment je vais régler ce problème en réalité, moi ? »

Car elle avait beau retourner le problème de toutes les façons, les faits étaient que le jeune homme n’allait pas bien du tout et qu’elle n’avait rien pour arranger tout ça. Comment améliorer la condition de Tery ?

Demander de l’aide à l’empereur Malark ? AH ! Il était en partie responsable de la situation ! Elle en était même à se demander s’il n’avait pas fait exprès que tout dégénère de la sorte car il devait être sûrement au courant de l’état dans lequel Tery se retrouvait après avoir appris au sujet du Dévoreur.

Elle n’aimait pas l’Empereur. Elle n’arrivait pas à savoir exactement ce qu’il voulait. De ce que Tery lui avait dit, il cherchait à mettre en avant Elise, son unique fille à moitié-démone. Mais en même temps, en faisant apprendre à Tery qu’il était le fils du Dévoreur, qu’est-ce qu’il aurait à gagner sur le fait que l’humanité toute entière, que ça soit à la surface ou dans les souterrains soit décimée ?

« Il y a plusieurs zones d’ombre qu’il me faudrait éclaircir. »

Mais là, elle n’allait bientôt plus avoir le temps vu que malheureusement, elle avait compris qu’ils allaient bientôt tous partir pour une nouvelle expédition à la surface. Encore une. Combien de fois est-ce que Tery avait essayé de revenir ? L’une avait été empêchée par sa propre personne mais les autres ?

Hmm… Actuellement, elle sentait que les échecs cumulés de la part du jeune homme n’avaient rien arrangé en la situation actuelle. S’ils ne faisaient pas attention, cela pouvait très vite dégénérer et pas forcément pour un bon résultat.

Hmm… Bon ? Qu’est-ce qu’elle allait faire de Tery endormi contre elle ? Dans cette position des plus plaisantes pour le jeune homme, elle aurait du mal à se déplacer. La réponse n’allait pas être bien difficile. D’un mouvement de la main droite, celle de gauche retenant Tery contre elle, elle avait tiré la couverture sur leurs corps, qu’importe qu’ils soient encore habillés. Tery allait juste dormir au maximum.

Et dès demain, elle verra si cette nuit de sommeil lui avait permis d’évacuer un peu tout ça. Mais pourquoi est-ce qu’elle se mettait si souvent en colère contre lui alors que dans le fond, elle voulait tout simplement l’aider ? Était-ce parce qu’elle se sentait redevable par rapport à lui ? De l’avoir extirpé de cette haine qu’elle subissait dans le passé ?

Chapitre 29 : Une existence au service de tous

Chapitre 29 : Une existence au service de tous

« Hmm… Royan ? On est déjà le soir ? »

Elle s’était finalement réveillée, attendrie de voir que Royan dormait à côté d’elle. Elle se sentait en pleine forme mais elle pensait que Royan l’aurait réveillée pour ce qu’ils avaient prévu. Bah, ce n’était pas bien grave. Elle se leva de leur lit partagé, juste deux lits collés l’un à l’autre et quitta la tente.

Eh bien, pour une soirée, il n’y avait pas grand monde. Pour autant, lorsque certains soldats se tournèrent vers elle pour lui dire « Bonjour, princesse Elise », elle cligna des yeux. Bonjour ? Vraiment ? Depuis quand ? Est-ce qu’elle aurait dormi un peu plus que prévu ?

« Euh bonjour à vous. Mais nous sommes déjà le matin ? »

« Oh, le roi Royan nous a dit que vous dormiez comme une souche et qu’il fallait absolument éviter de vous réveiller. C’est pourquoi tout le monde a évité du bruit. Vous avez bien dormi ? Vous allez bien ? »

« Oui oui, pas de soucis de sommeil. J’ai dormi comme un bébé. Mais vous ? Rien à signaler ? Enfin, vous n’étiez sûrement pas les soldats de garde, non ? »

« Oh si si ! Mais aucun problème. On a quand même fait une double surveillance avec deux qui sont partis en éclaireurs et revenus. On voulait éviter qu’il n’y ait un autre groupe sur notre dos, mesure de précaution. »

« Vous avez très bien fait, je tiens à vous remercier. Hmmm … Mais vous avez un peu une idée de l’heure ? Par rapport à la surface ? »

« Oh, si nous jugeons sur les cristaux lumineux, depuis le temps, je crois que nous sommes encore à l’aube, hahaha. »

« Oh… J’ai vraiment dormi toute la nuit. Je devais être fatiguée. Bon ben, puisqu’il en est ainsi, cela veut dire que je vais pouvoir m’atteler à la tâche et cuisiner un peu pour tout le monde. Du moins, aider les cuisiniers, je vais pas m’estimer être aussi douée qu’eux. »

Elle se montrait quand même assez raisonnable quoi. Mais pour le moment, cela allait l’occuper pour attendre le réveil d’un peu tout le monde. Retroussant ses manches, elle se dirigea vers la tente principale là où devant celle-ci, déjà plusieurs démons et surfaciens s’attelaient à la tâche.

« Bonjour, bonjour ! Je viens vous demander si vous n’auriez pas une petite tâche pour moi ? Toute simple puisque je me suis réveillée il y a peu. »

« Alors, votre première tâche, princesse Elise, ça va être d’avoir quelque chose de consistant dans le ventre. Travailler le ventre vide n’emmènera que des problèmes. »

Oh ! Euh… Oui ! Ils marquaient un point sur le coup. Elle cligna des yeux avant d’hocher la tête. Elle allait les écouter et manger un bout avant de les épauler. Cela serait beaucoup mieux pour elle comme pour eux.

« Bonjour Elen. Bonjour Royan. Bonjour tout le monde. »

« Hmmm ? Elise ? Que fais-tu avec les cuisiniers ? » demanda le jeune homme en se frottant un peu les yeux, encore légèrement endormi.

« Eh bien, comme j’étais réveillée depuis pas mal de temps, je voulais faire quelque chose de mon temps libre donc je me suis proposée pour les aider, voilà tout ! »

« Bien, bien, bravo alors. Tu sembles aller bien mieux. Hier, tu t’es endormie comme une souche. Je ne voulais pas te réveiller. »

« Tu n’as pas à t’excuser, Royan. Je suis fautive. Il semblerait que j’étais bien plus fatiguée qu’il n’y paraissait. Tu ne peux pas t’en vouloir pour quelque chose qui ne concerne que moi hein ? Si c’était vraiment un souci, je te le dirais ! »

Elle avait toujours ce sourire si ravissant aux lèvres. Cela semblait aller bien mieux qu’hier, signe qu’elle avait repris du poil de la bête. Car hier, il fallait avouer que ses sentiments alternaient entre la joie et la tristesse et que cela avait été sacrément perturbant.

« Eh bien, qu’est-ce que les cuisiniers nous ont préparé de bon ? »

« Oh Royan, toi, tu n’as pas la même chose que les autres. »

Il haussa un sourcil, étonné par les propos de la jeune demoiselle. Pourquoi est-ce qu’il n’avait pas la même chose ? Oh… En la regardant, il voyait qu’elle semblait attendre beaucoup de lui. Son regard brillait d’une certaine lueur qu’il avait du mal à décrire. Et lorsqu’elle lui servit sa portion, elle restait immobile devant lui, les mains sur le ventre.

« Euh… Elise ? Est-ce que je peux ou… ? »

« Oui, oui, tu peux déjà te mettre à manger. Ne t’en fait pas pour moi, j’ai déjà mangé, hahaha. Je suis en pleine forme ! »

Ce n’était pas le fait de savoir si elle s’était nourrie. Plutôt le fait qu’elle reste plantée devant lui comme pour l’observer manger. Ce n’était pas malicieux mais vraiment un peu perturbant. Heureusement, il arrivait à passer outre son regard et…

« Hmmm, mais, ce n’est pas… »

« Si si, tu sais, c’est difficile d’oublier pour une ancienne serveuse ce que les gens aiment et réclament. Donc chaque petite parole de ta part est gravée dans mon esprit, Royan. »

« Et donc, tu as demandé aux cuisiniers de… »

« C’est exact ! Tu peux continuer à manger et me dire ce que tu en penses ? »

« C’est juste excellent ! Mais tu as bien fait de demander aux cuisiniers de préparer ça ! »

« Oh, non, j’ai juste demandé les ingrédients. Ce repas est de moi, Royan. »

Toute sourire, elle le regardait avec un petit air amusé en le voyant encore plus surpris que prévu. Elen aussi avait observé cela avec un certain intérêt, évitant de soupirer de tendresse mais aussi de dépit. Elle pensait brièvement à Tery et se disait que ça serait parfait pour quand elle allait le retrouver.

« Alors, alors, Royan ? »

« C’est très bon, Elise. Mes félicitations. Je ne te savais pas aussi bonne cuisinière. Tu me caches encore beaucoup de secrets du genre ? »

« Je ne me savais pas cuisinière non plus ! C’est juste que ce matin, en me levant, je me disais que j’aimerais te faire plaisir et j’ai pensé que ça serait une bonne façon de te le montrer. »

« Eh bien, je suis le plus heureux des hommes à cet instant précis. »

« Dites les deux amoureux, évitez de trop fanfaronner hein ? » déclara finalement Elen bien qu’elle disait ça en souriant. « Je vais finir par être jalouse. »

« Oh, mais tu n’as pas à t’en faire, Elen. Je suis certaine que tu te rattraperas amplement lorsque Tery sera de retour, n’est-ce pas ? »

Pour toute réponse, Elen rigola légèrement avant de retourner à son repas. Après les évènements d’hier, aujourd’hui, ils allaient principalement se reposer et faire avancer le travail sur le tunnel. Ils allaient devoir positionner quelques soldats pour éviter que des créatures ne viennent déranger les travailleurs.

« Je trouve que ça avance bien en une journée. Est-ce que l’on a mesuré la distance traversée par nos travailleurs en un jour ? »

« Si nous arrivons à atteindre quelques kilomètres, nous pourrions déjà être heureux. Nous n’avons pas l’habitude de travailler de la sorte donc il y a encore beaucoup de lacunes à combler et de nombreuses précautions. Mais cela devrait aller au fur et à mesure, je pense que nous aurons une bonne accélération d’ici deux semaines à un mois environ. »

Elise et Royan parlaient avec le démon qui semblait diriger les opérations. Ce n’était pas quelqu’un du village mais l’un des membres de leur groupe. Et son efficacité n’était plus à prouver avec le temps. C’était lui qui avait aussi aidé par rapport aux tentes et autres constructions pour rendre la vie du groupe plus aisée.

« Par contre, qu’est-ce que vous avez fait de l’équipement trouvé sur les cadavres de cette troupe d’éclaireurs qui vous ont attaqué hier ? »

« Hmm ? Nous avons tout récupéré. Là où ils sont, ils en auront plus besoin de toute façon. On ne sait jamais, cela peut être utile. Par contre, les honoriens de notre groupe sont clairement agacés que nous envisagions d’utiliser de l’équipement issu d’un clan conspué par d’autres. Donc il y a des chances que l’on aille faire fondre tout ce qui est métallique pour récupérer les matériaux. Pourquoi cela ? »

« Si nous arrivons à fabriquer d’autres outils, peut-être nous pourrions mieux travailler. »

Cela serait aussi simple que ça ? Elise avait déclaré cette idée comme une évidence alors que les artisans la regardaient, un peu interloqués. Ceux d’Honoros clignèrent des yeux avant de s’observer, un grand sourire aux lèvres :

« Quoi de mieux que bafouer l’armement d’un autre clan en utilisant ce dernier pour obtenir des outils en fondant ses métaux ? »

« Ouais, ça me semble excellent ! C’était une bonne idée, princesse ! On va s’y mettre tout de suite ! Pourquoi nous y avons pas pensé auparavant ! »

Hahaha… Euh … C’était pas vraiment comme ça qu’elle voyait les choses mais elle n’allait pas vraiment les contrarier, loin de là. Et puis, maintenant qu’ils sont plus que motivés, autant dire que ça serait une bonne chose. Ils étaient gagnants sur tous les points.

« Pendant ce temps, je vais aller discuter avec nos deux mékarlarmiens. »

Oui, elle se parlait à elle-même mais elle savait que Royan l’avait entendu. Elen ? Elle était occupée ailleurs, avec sa fille. On ne pouvait donc pas lui en vouloir de se focaliser plus sur elle que sur l’histoire des mékarlmiens. De toute façon, il lui suffira juste de lui raconter ce qui s’était dit, voilà tout.

« Bonjour, je ne vous dérange pas trop ? »

« Oh ! Princesse Elise, bien sûr que non, loin de là ! Vous êtes toujours la bienvenue parmi nous ! Seulement, nous ne vous attendions pas de si tôt dans la matinée ! »

« Oh n’exagérez donc pas ! Si on commence comme ça, on va ensuite dire que même l’air que je respire est béni par Zélisia. Déjà que ça serait saugrenu vu que je suis une démone, mais en plus, je ne veux pas prendre la grosse tête ! »

« Hahaha ! Nous voyons, nous voyons mais nous ne pensions pas en arriver à une telle extrêmité, ne vous inquiétez donc pas à ce sujet. »

« Pfiou, tant mieux ! Alors donc, je peux vous écouter. Enfin, je veux vous écouter ! Et Royan aussi, si ça ne vous dérange pas d’avoir plus d’une personne. Nous voudrions en connaître plus sur l’origine des mékalarmiens, leur histoire et tout. Vous n’êtes pas obligés de tout nous révéler, c’est juste que votre race reste si mystérieuse. »

« Oh mais vous savez, ça n’a rien de si extraordinaire, malgré les apparences. »

« Je suis certaine que si ! Donc je vous laisse commencer. Car je ne sais pas du tout vers quoi vous voulez vraiment débuter. »

« Euh… Nous pourrions parler du statut particulier des adeptes de Zélisia et Alzar dans notre culture. Tu en dis quoi, toi ? »

« Ça me semble être une bonne idée. Tout d’abord, je pense qu’il n’y a pas besoin de vous rappeler que pour un mékarlarmien, il est aisé de savoir quel élément il maîtrise puisque cela se répercuter sur nos écailles en particulier. »

« Oui oui, même si vous êtes les premiers mékarlarmiens à écailles blanches que je rencontre, pour ma part. Et toi, Royan ? »

« Il en est de même de mon côté. Mon statut royal ne m’offre pas de relation privilégiée avec les mékarlarmiens, loin de là. »

« Oh ! Avant que vous continuiez, si vous êtes en blanc pour les adeptes de Zélisia, il existe donc des… mékalarmiens aux écailles noires ? »

« Exactement mais nous préférons ne pas parler d’eux. En plus d’être terrifiants et cruels, pire que les gnomolds et les démons, ils sont d’une puissance sans pareil parmi les mékarlarmiens. Même pour nous, nous cherchons à éviter ou alors à les isoler. Certaines missions consistent même à les éliminer. »

« Très sympathique… mais ce n’est pas si rare malheureusement. C’est la même un peu partout d’ailleurs. Dès que tu es « gênant » ou une « plaie », certains n’hésitent pas à utiliser les grands moyens pour se débarrasser de toi. »

« Nous le savons parfaitement mais l’adage : « Moins nous en savons, mieux nous nous portons » n’a jamais été mieux appliqué que chez nous. »

« Je ne suis pas certaine que ça soit quelque chose dont il faut se vanter, nous sommes d’accord, n’est-ce pas ? »

« Il n’y a aucune raison de se vanter d’agir de la sorte. C’est pourquoi nous nous attarderons pas plus longtemps à ce sujet. »

Et c’était une excellente chose ! Maintenant, elle attendait qu’ils reprennent et cela ne tarda pas à se faire rapidement entende. Tout d’abord, le système politique, cela parlait d’un dirigeant et elle se rappelait que Tery en avait parlé y a bien longtemps, avec le fait qu’il en avait tué deux alors que ce n’était pas ce qu’il désirait à la base.

Mais surtout, il apprenait que chaque « type » de Mékalarmien s’affrontait pour savoir qui sera le dirigeant. C’est pourquoi les meilleurs éléments de chaque élément étaient justement prêts à se battre jusqu’à la mort pour obtenir le droit de diriger.

Après avoir obtenu ce droit, pendant une année, tous devaient lui obéir bien que cela n’empêchait pas les tentatives de meurtre et autres. Et après cela ? Eh bien, dans les faits, Royan se dit que ça expliquait pourquoi il y avait eu aussi rapidement un second dirigeant après le premier et que cela ne semblait pas avoir choqué la populace.

« Que pourrions-nous vous raconter d’autre ? Si nous voulons quand même vous apprendre des choses que vous ne connaissiez pas. »

« Sans rentrer dans les détails, peut-être nous parler de ce que vous avez subi ? Enfin de vos sciences et technologies ? Enfin, ces choses qui ont fait que vous étiez considérés comme du bétail pour votre propre espèce. Pourquoi et comment est-ce que les Mékalarmiens en sont arrivés là ? Qu’est-ce qui as poussé votre race à agir de la sorte envers ses propres citoyens ? Car c’est de la barbarie ! »

« Oh… Tout cela est uniquement pour une recherche de puissance. Le meilleur moyen d’écraser les adversaires. Vous savez, en y regardant ça de plus près, les démons réagissent de la même façon. »

« Maintenant que vous le dites, eux se dévorent, vous vous… comment ça marche en fait ? »

« Les parties de nos corps sont utilisées comme matériaux. Principalement, nos écailles ont de la magie en elles, ce qui permet alors de les utiliser aisément. Sinon, nos os et notre chair sont aussi très utiles. Du cuir, et tout le reste. »

« Mais comment vous faites pour tout ce qui est en acier et autre ? »

« Eh bien, on fait fondre le tout avec nos parties et voilà le résultat. Enfin bon, je dois vous avouer que ces derniers mois ont été assez rudes. Les Mékalarmiens ont appris que les armes faites à partir de Mékalarmiens porteurs des lignes de Zélisia faisaient des blessures horribles sur les démons, au point que certains d’entre eux ne pouvaient se soigner, qu’importe la méthode utilisée. Mais pour fabriquer de tels objets, il fallait tout « utiliser » chez un Mékalarmien, tout en le gardant en vie. »

Royan et Elise déglutirent, comprenant ce qu’il voulait dire par là. Il n’y avait pas cinquante mille solutions dans de tels dires. Cela devait être effroyable d’être gardé en vie, de manière artificielle pour juste permettre aux autres de produire leurs équipements.

« Pfiou… Et le mode de vie ? Comment ça se passe en famille ? En communauté ? Toutes ces choses au sein d’une même famille ? »

« Ne tentez pas trop d’avoir l’affection et l’amour des membres de votre famille. Oh, cela existe mais dès qu’il s’agit de vouloir montrer que l’on est celui qui aura le plus d’honneur dans le futur, les combats sont déjà très rudes. »

« D’accord… Pfiou.. Bon, à vous écouter, ce n’est définitivement pas réjouissant. Je pense que sur le coup, je préfère encore quand vous soyez heureux et joyeux. Enfin, plutôt, considérez que vous êtes les bienvenus ici et que c’est votre nouveau foyer. Enfin, un foyer qui se déplace et tout le reste. Sans être considérés comme des mercenaires, on va dire. »

Car oui, les mercenaires, c’était encore autre chose. Des soldats payés pour agir et qui se déplaçaient de royaume en royaume. Eux, c’était simplement parce que pour l’heure, ils n’avaient pas le choix. Ils avaient chacun un toit du moins pour la majorité d’entre eux.

« Merci pour toutes ces informations. Je pense que je vous poserais des petites questions comme ci, comme ça. »

« Il n’y a aucun souci, princesse Elise. Vous venez quand vous le désirez ! Nous serons toujours là ! Encore une fois, nous vous remercions de nous garder parmi vous malgré nos petites particularités. »

« Ooooh ! Vous savez, en y réfléchissant, il n’y avait bien que Royan et Clari qui étaient « normaux » dans notre groupe donc ne vous inquiétez pas, je suis habituée à ces petites choses qui nous rendent différents. »

Et elle s’en alla, accompagnée de Royan. Même si elle savait que Royan ne le montrait pas, il semblait assez surpris du fait qu’elle soit vraiment capable de se comporter comme une membre de la royauté alors qu’elle ne savait ses origines que depuis quelques mois. Lorsqu’il avait fini par lui poser la question, elle avait signalé qu’elle avait juste cherché à imiter les nobles qui passaient quelques fois dans l’auberge où elle avait travaillé.

« Royan ? Tu penses qu’ils enverront une nouvelle patrouille quand ? Tu crois que nous devrions préparer quelques pièges et autres ? »

« Cela me semble nécessaire. De même, il faudrait voir si nous ne pouvons pas utiliser de la magie pour être sûrs que ces pièges soient vraiment efficaces ou alors créer des illusions pour qu’ils tombent dans ces pièges. Plus vite nous arriverons alors à éviter qu’ils ne sachent où nous sommes, mieux ce sera pour notre sécurité. »

« Cela sera difficile vu que les démons sont normalement habitués à la magie. Et les monstres pourraient se risquer à nous trouver. »

« Et en créant différentes voies, Elise ? Qu’est-ce que tu en dis ? S’ils se perdent dans un semblant de labyrinthe, peut-être que nous gagnerons du temps encore ? »

« C’est une chose à étudier mais ils peuvent très bien détruire les murs du labyrinthe et aller tout droit et ensuite, nous… »

« Il suffira alors de piéger ce chemin aussi. Dès qu’ils tomberont sur plusieurs pièges à la suite, ils arrêteront de réagir de la sorte. »

Elle avait l’impression que Royan était parfois aussi étonnant que Manelena. Enfin, étonnant dans le fait que ce genre de tactiques, elle les voyait plus provenir de la part de la reine de Shunter que de Royan. Vraiment, chacun avait subi l’influence de ceux qui n’étaient plus à leur côté pour le moment.

« Qui sait… Royan ? Tu crois qu’il y a une minuscule chance que Tery et Manelena entendent parler via des rumeurs de cet endroit ? »

« Si nous restons dans les environs et que nos continuons notre travail, ce n’est pas impossible, oui. Loin de là, je dirais. »

« Alors, je pense que pour Elen, il faut que nous restions ici. Si par chance, Manelena et Tery viennent, je suis certaine qu’elle sera plus qu’heureuse. »

« Cela ne va pas nous faciliter la tâche mais la raison me semble légitime et honorable. Donc, je suis d’accord avec toi, Elise. Mais gardons cette raison secrète. Même si je suis certain qu’Elen apprécierait que l’on fasse tout ça pour elle, tu as remarqué qu’elle a changé, non ? Elle ne pense plus uniquement à sa personne et Tery. Elle risquerais de s’en vouloir si elle considérait que nous ralentissions le groupe juste pour elle. »

C’est pourquoi elle acceptait ce qu’il disait. Garder le silence sur ces petites choses « sans importance » était le meilleur moyen pour que tout se déroule pour le mieux. Mais il fallait obtenir des résultats et c’était cela qu’elle espérait.

Chapitre 28 : Éradication nécessaire

Chapitre 28 : Éradication nécessaire

« Ne laissez aucun d’entre eux s’échapper ! Bloquez toutes les issues ! »

Elise criait encore même si elle se trompait à moitié dans ses paroles. Des issues ? Alors qu’ils n’étaient pas dans un bâtiment mais à l’extérieur ? Pour autant, les soldats comprenaient où elle voulait en venir, se plaçant autour des soldats démoniaques restants.

« Réduisez leur nombre au maximum ! N’en gardez que quelques uns vivants, pas besoin de tous ! Qu’ils comprennent où est leur place ! »

Elen s’était arrêté d’attaquer. Leur armée avait maintenant un avantage définitif. Cela ne serait plus qu’une fraction de minutes avant que le combat ne soit conclu. Mais bon, elle n’avait pas ranger son arc pour autant.

« Vous semblez vraiment exténués, vous deux ? Cela va aller ? »

« Hein ? Euh.. .Vous vous préoccupez vraiment de nous ? » demanda l’un des deux mékalarmiens après la question d’Elen à leur encontre.

« Y a quoi de si étrange ? En vue de l’aide que vous avez apportée, ça me semble logique non ? Donc bon, si au moins, vous êtes capables de parler, c’est que ça va. Ne bougez pas d’ici, vous en avez assez fait pour nous. »

« Euh, nous allons bien, merci de votre préoccupation, c’est très gentil de votre part, nous tenions à ce que vous le sachiez. »

« Hahaha ! Y a pas de quoi ! Vous êtes bizarres pour des mékalarmiens, mais sachez juste que ce n’est pas un mal. »

Elle aussi avait décidé quelques ronds de jambe en les écoutant. Ils la regardèrent, un peu perplexes jusqu’à ce que des cris se fassent entendre, le commandant ennemi commençant à éliminer ses propres soldats, prêt à en dévorer un morceau.

« OH QUE NON ! On ne va pas te laisser faire ! »

Avant même qu’un morceau n’aille dans sa bouche, le commandant avait perdu son bras, des gerbes de sang volant dans tous les sens alors qu’il hurlait à la mort, s’écroulant à genoux. Aussitôt, plusieurs mains le forcèrent à rester au sol, lui retirant toute possibilité d’attaquer et de se défendre.

« Lâchez-moi, bande de chiens galeux ! Lèche-bottes au service d’une traînée à moitié démone ! Vous devriez avoir honte de suivre une créature comme elle ! »

« Oups… J’ai cru très mal entendre, n’est-ce pas ? J’ai l’impression que l’on vient de me comparer à une dame de plaisir, non ? » murmura Elise, se ramenant au niveau du commandant, sourire mauvais aux lèvres. Celui-ci avait été relevé à peine pour qu’elle puisse le regarder de haut. « Mais ne t’en fait pas, je ne vais pas te tuer puisque j’ai besoin d’en savoir un peu plus sur ce que font mon frère et ma sœur. Et ne t’en fait pas, je saurais te faire parler, Manelena m’a donné quelques petites astuces au cas où. »

Royan déglutit à côté d’elle. Même sans avoir pris la parole, il était aisé de voir à quel point il était peiné pour le commandant. Bien que les soldats ne comprenaient pas ce que cela impliquait, il jeta un petit regard en arrière, vers Elen.


Il était certain qu’Elen avait aussi appris quelques diverses choses de la part de Manelena bien qu’elle ne voulait pas le montrer. S’il s’agissait vraiment de torture, comme Elise le proclamait, il avait déjà mal pour le commandant.

« Bon, si nous sommes certains qu’il n’y a aucun démon qui a réussi à s’enfuir, récupérez les cadavres de tout le monde. Nous irons nous occuper de faire un charnier pour les leurs tandis que nous ferons une sépulture décente pour nos combattants. »

Comme auparavant, elle reprenait un peu les rênes de la troupe même si elle tournait parfois son visage vers Royan pour être certaine qu’elle agissait comme il le fallait. Il lui répondait alors juste par un sourire et une main qui chercha la sienne.

Un peu plus tard, ils étaient à nouveau dans le campement à l’entrée du tunnel qu’ils avaient commencé à creuser. Comme elle l’avait demandé, les cadavres avaient été tous ramenés, Elise demandant à ce qu’on fasse le tri.

« Je ne veux pas que l’un de ces démons soit mélangé avec nos vaillants combattants. Quant à toi… Hmm … Oh, c’est vrai que tu continues de saigner, n’est-ce pas ? En même temps, perdre un bras, ça doit être horrible. Je ne voudrais pas que tu succombes avant d’avoir parlé. Je vais donc t’offrir un petit aperçu de ce qui t’attend. »

Elle avait observé le bandage de fortune sur le moignon ensanglanté du commandant démoniaque. Imbibé de sang, le bandage était à peine efficace mais elle posa une main sur celui-ci avant d’avoir un grand sourire.

« Pas besoin de lui donner un morceau de bois. Il est plus aisé pour nous d’entendre nous supplier de lui laisser la vive sauve. »

Et son corps s’enflamma subitement, de courtes flammes qui ne risquaient pas de toucher une autre personne sauf si elle était au contact ce qui était le cas pour le commandant ennemi. Celui-ci poussa un hurlement, incapable de mouvoir alors sa chair sanguinolente se faisait cautérisée de force.

Quelques instants suffirent pour que le démon se mette à haleter, les larmes, le moignon ayant laissé place à de la chair brûlée mais dont le sang ne s’écoulait plus. Cela avait été drôlement efficace, plus qu’elle ne l’avait imaginé.

« Leçon apprise ou tu comptes encore faire le fanfaron ? »

« Tu peux toujours courir, sale… »

« Je ne vais pas être ton ennemie. Je veux simplement avoir une confirmation que ce sont bien des démons au service d’Haiktos et d’Halyza qui ont décidé de venir nous attaquer en pensant qu’ils seraient capables de nous battre. »

« HAHAHA ! Haiktos ? Vraiment ? Comme si nous allions nous cacher en nous faisant passer pour des démons à son service ! »

« Donc une petite confirmation comme quoi vous êtes bien au service d’Halyza, ma sœur aînée. C’est déjà bon à savoir. Mais on dirait que vous avez une sacrée dent contre Haiktos. Il faut se dire qu’il doit sûrement mettre à mal bon nombre d’entre vous d’après mes souvenirs. Même Tery n’arrivait pas à le battre lors de cette séance d’entraînement. »

« HAHAHA ! Haiktos… Ouais, juste bon à faire la guerre et aller sur le terrain pour se battre, il n’a pas les compétences d’un chef, contrairement à dame Halyza. »

« Dame Halyza, dame Halyza, je vais finir par croire qu’elle aurait presque plus de classe que Lyzé mais si elle est comme cette dernière, elle a sûrement juste tenté et réussi de vous séduire. Ah… Mes sœurs qui se sentent obligées d’utiliser leurs charmes pour… »

Un crachat ensanglanté vint atteindre sa joue, le démon n’ayant pas cherché à se retenir. Déjà un soldat s’apprêtait à en terminer avec le malandrin mais Elise l’arrêta dans son mouvement, son sourire s’accentuant.

« Oh ? Il semblerait que vous n’appréciez pas vraiment que l’on insulte votre petite déesse personnifiée, hein ? C’est un peu comme si elle était votre… Zélisia hein ? »

Et puis, comme si elle se doutait de ce qu’il allai faire, elle lui donna un coup de genou dans le menton, le second crachat qu’avait préparé le démon lui retombant sur le visage en même temps que quelques dents fissurées se présentaient dans sa bouche.

« Tu n’aimes pas que l’on parle de Zélisia ? Et pourtant, c’est un peu ce que vous pensez d’elle non ? Votre dévotion presque religieuse, elle y ressemble tellement. »

« NE COMPARE PAS CETTE SALOPE DE DIVINITÉ À NOTRE DAME HALYZA ! »

« C’est triste, et pourtant, je peux continuer longtemps. Sincèrement ,de ce que j’ai vu, Halyza est juste le genre de démone qui ne sait rien faire par elle-même. Au moins, Haiktos avait une certaine prestance. Il faut dire ce qu’il est. »

« Haiktos ne sera plus qu’un lointain souvenir ! Hahaha ! Il sera mort comme les autres ! »

« Ah oui ? Et si c’est par des types comme vous, je suis pas certaine qu’il ait quelque chose à craindre. Vous êtes si faibles. »

« Comme nous ? Héhéhé. Nous ne sommes que des éclaireurs. Non ! Dame Halyza a forgé des alliances avec de nombreux peuples à la surface. Vos armes et armures sont d’une qualité différente des nôtres mais nos meilleurs hommes sont capables de les améliorer et de nous donner encore plus l’avantage sur les autres démons ! D’ici quelques mois, vous serez tous morts et soumis à notre dame ! »

« Ah… Vraiment. Pour quelqu’un qui avait décidé de ne pas l’ouvrir beaucoup, tu parles bien plus que je ne le pensais. Enfin bon, j’ai plus ou moins obtenu tout ce que je pouvais avoir d’une personne comme toi ? Tu as bien dit que tu provenais d’un simple groupe d’éclaireurs, non ? Est-ce que je me trompe ? »

« Tsss ! En plus, t’es complètement bouchée. Je viens de te le… AAAAAAAAAH ! »

« Bon alors, je n’ai plus besoin de toi. Tu peux mourir. »

Elle l’avait empêché de terminer sa phrase, plaçant sa main sur le visage du démon, commençant à produire une flamme qui consuma l’intégralité de son corps. Quelques secondes suffirent à le réduire en cendres, faisant un petit geste de la main pour les balayer hors de la tente dans laquelle elle se trouvait.

« J’espère que je n’ai pas été trop violente pour vous ? »

Elle s’adressait aux soldats qui l’entouraient, mais aussi à Royan et Elen. Ces deux derniers ne répondirent pas, les soldats hochant la tête négativement.

« Il était prévu qu’il meure après l’interrogatoire. Je ne pouvais pas laisser un tel être vivre trop longtemps parmi nous. Il aurait été capable de manipuler quelqu’un pour se délivrer. Il n’en restait pas moins un puissant démon. »

Mais plus assez puissant pour elle. Elle commençait à ressentir les effets d’être la fille du monarque du monde démoniaque. Elle l’avait déjà compris auparavant, depuis cette révélation mais elle acceptait sa condition, son sang acceptait d’être cette fille.

« Bon au moins, cela finira de convaincre tout le monde que tu n’es pas là pour plaisanter, Elise quand cela s’avère nécessaire. »

« Les évènements sont plus qu’importants. Je ne peux pas me permettre de faire comme si de rien n’était, Royan. Et puis surtout… »

Elle baissa les yeux, silencieuse pendant quelques secondes, ne semblant pas vouloir terminer sa phraser avant de pourtant le faire peu de temps après :

« Je suis l’unique responsable de ces morts, aujourd’hui. Si je n’avais pas ouvert ma grande bouche, tout cela ne serait jamais arrivé. »

« Il te faut tirer un trait sur le passé, Elise. Si tu continues de t’accrocher à tout ça, tu ne pourras plus jamais avancer. Ils ne t’en veulent pas pour les morts, ils sont heureux d’être tous ressortis en vie. Et puis bon, il s’agissait de soldats, ils savaient ce qui allaient les attendre en venant nous rejoindre. »

« Oui mais tu vois, je ne suis pas plus heureuse comme ça, Royan, désolée. »

« Tu n’as pas à t’excuser. De toute façon, nous avons appris des choses importantes aujourd’hui. Tes deux aînés ne collaborent pas ensemble. »

« C’est ce que nous pourrions croire mais ce démon était trop zélé et fanatique qu’il aurait été aisé de le manipuler, non ? »

« Ce n’est pas faux mais donc, gardons quand même une part de réalisme. Il y a quand même de bonnes chances qu’ils ne soient pas alliés. Il faudra obtenir plus d’informations. »

Mais surtout, il avait réussi à lui faire changer un peu les idées. Il était assez satisfait d’y être arrivé. Maintenant qu’ils en avaient fini avec les démons, peut-être était-il temps d’interroger les deux mékalarmiens ? Lui-même devait avouer qu’il n’avait pas pensé à parler avec eux, n’ignorant pas leurs présences mais à part ça… ils avaient évité jusqu’à aujourd’hui de se retrouver au combat.


Il proposa donc d’aller voir les deux mékalarmiens, et surtout savoir s’ils étaient en état de discuter. Comme Elen et Elise avaient accepté, la première ayant récupéré sa fille. Le plus surprenant avait été les réactions des mékarlarmiens. Dès l’instant où Elise allait ouvrir la bouche, ils vinrent s’inclinent devant elle, s’exclamant :

« Pardonnez-nous, princesse Elise, pour avoir utilisé nos pouvoirs sans votre accord ! »

« Euh… Je voudrais bien vous pardonner mais vous avez fait quoi de mal ? Et depuis il faut que je vous donne votre accord pour cela ? »

« Nous sommes de mauvais citoyens de Mékalarma. Nos pouvoirs liés à Zélisia sont puissants, très puissants mais nous n’avons presque aucune endurance. Nous nous sommes enfuis il y a longtemps car notre race voulait nous tuer, vu que nous étions inutiles, même en tant qu’armes et armures. Nous vous laissons imaginer ce que nous aurions donné en tant que tels. Des armes et armures parmi les plus fragiles existantes. »

Trop d’informations, beaucoup trop d’informations ! Elle tentait de comprendre le tout, espérant que ses deux compagnons y arriveraient mais eux aussi semblaient autant perplexes qu’elle. Ah… Cela n’allait vraiment pas les aider.

« Mais pourquoi est-ce que vous nous dites ça ? »

« Nous ne voulons pas être rejetés ici aussi ! Pendant des semaines, nous avons passé beaucoup de temps à regarder les démons et les surfaciens s’entendre comme s’ils étaient tous unis ! Pareil avec votre discours ! Vous ne semblez pas faire de différences entre les races ! Nous ne voulons plus être des mékalarmiens ! Nous voulons être des personnes comme toutes les autres ! Nous ne voulons pas être sacrifiés à cause de nos pouvoirs ! Nous voulons pas être transformés en armes ou armures ! Nous avons vu tellement de… »

« Allons, allons. Calmez-vous donc tous les deux. Ici, il n’y a rien de tout cela. Tout d’abord car nous n’en avons pas les capacités. Ensuite, tout simplement car ce n’est pas notre but, loin de là. On veut simplement retrouver nos compagnons et aussi retrouver mon père. »

« Votre père, l’empereur des démons. Nous avons entendu cela comme les autres. Et vos compagnons, il s’agit du démon l’origine des portes démoniaques, enfin de leurs ouvertures, c’est bien ça ? Et l’autre personne, c’est la reine de Shunter. »

« Vous êtes quand même bien au courant pour des déserteurs, non ? »

« Les Mékalarmiens sont vaniteux et vantards par nature. Donc s’ils peuvent déclarer des choses qui ridiculisent les autres nations, ils ne vont pas se priver. Ainsi, le fait que ce démon nommé Tery, proche de la reine Manelena, soit la cause de tout ceci, est connu de tout Mélakarma. Nous sommes désolé si nous vous avons insulté. »

« Oh non, vous en faites pas, j’ai eu ma dose d’insultes pour la journée et ça ne venait pas de votre part. Mais bon, grâce à vous, nous avons réussi à nous en sortir et surtout, vous nous permettrez de montrer que comme les gnomolds, les mékalarmiens ne veulent pas forcément que tout se finisse dans le sang et la guerre. »

Et pour cela, elle leur adressa un petit sourire franc et sincère, montrant par là qu’elle était très sérieuse dans ses dires concernant les deux mékalarmiens. Néanmoins, elle ne comptait pas en terminer là, déclarant :

« Mais si vous avez envie de parler à nouveau de Mékalarma, je suis certaine que cela intéressera beaucoup de gens par ici. Votre peuple reste très secret vu qu’il ne veut pas se rendre accessible à beaucoup de monde. »

« Euh, si cela vous intéresse vraiment, ça ne nous dérange pas. »

« En même temps, c’est vrai que peu de gens connaissent les mékalarmiens à part les mékalarmiens eux-mêmes. »

Et la raison à cela ? La peur que l’on leur vole leur technologie ? Ils n’en savaient trop rien, ils devaient avouer. Mais si c’était le prix à payer pour rester vivre parmi eux et être plus ou moins en sécurité, cela leur semblait peu.

« Comptez sur nous alors, princesse Elise. Vous pouvez considérer que votre demande sera donc satisfaite ! »

« Oh mais je n’ai aucun doute à ce sujet, j’en suis certaine, hahaha ! Bon, je vais sûrement aller me reposer un peu, je suis fatiguée. Que chacun fasse de même. »

Elle avait donné quelques consignes. Chacun pouvait faire ce qu’il désirait, ce n’était pas un ordre précisément. Elle sentait juste qu’avec tout ce qu’ils avaient eu comme émotions aujourd’hui, cela serait pour le mieux.

Retrouvant Royan dans leur propre tente, le jeune homme aux cheveux bleus était légèrement songeur avant de dire calmement :

« Je ne pensais pas que les mékalarmiens se confieraient aussi facilement à nous. Tu dois sûrement faire une très bonne impression. »

« Hey ! Tu dis ça comme ça… comme si c’était si étrange ! C’est un peu vexant que tu ne penses pas que ta chère femme soit capable d’une telle chose ! »

« Oh, je n’ai pas dit ça, pas du tout. Enfin non… c’est juste que les Mékarlarmiens sont encore moins approchables que les gnomolds et donc, savoir que deux d’entre eux sont prêts à se révéler à nous, c’est surprenant. »

« Eh oui, que veux-tu, ta chère petite femme arrive à charmer même les plus récalcitrants de mékalarmiens. Tu devrais faire attention. »

« Est-ce que cela veut dire que tu comptes te mettre en avant pour obtenir ce que tu veux ? »

Il avait demandé cela avec le plus grand des sérieux, fixant du regard Elise qui se sentit soudainement gênée en bredouillant :

« Mais qu’est-ce que tu es en train de t’imaginer, je peux savoir ? Ce n’est pas comme ça, tu sais hein ? Je ne ferais pas ça ! Je ne suis pas comme Lylé, moi ! »

« Lylé ? Ah oui, l’une de tes sœurs aînées. Tu m’en avais parlé, non ? Mais dis-moi, tu es vraiment rouge aux joues ou c’est moi ? »

« Fais pas l’innocent ! Tu sais pourquoi je suis rouge comme une tomate ! Tout ça, c’est de ta faute et personne d’autre ! »

Elle lui avait presque crié dessus mais il l’attrapa doucement par la hanche avant de la ramener contre lui, plaçant son front contre le sien avant de lui chuchoter :

« Cela, c’est pour t’apprendre à jouer avec mes sentiments. Espérons que tu le regretteras assez longtemps pour t’en souvenir, n’est-ce pas ? »

Elle commença à déglutir un peu, comprenant qu’elle était tombée dans son piège. Dire qu’elle voulait juste s’amuser tout doucement. Mais elle était si peu habituée aux réactions de la sorte de la part de Royan, elle en était encore troublée.

« Royan, tu ne veux pas me montrer que je suis juste à toi et uniquement à toi ? Je ne sais pas trop ce que j’ai mais ces derniers jours, je ne suis jamais rassasiée. »

« Hum… Euh, attendons plutôt la nuit pour cela, si tu veux bien ? »

Attendre la nuit, c’est long mais elle comprenait. Elle allait devoir faire attention à ne pas porter sa voix trop haute. Mais de toute façon même quand c’était ainsi, il arrivait à la faire taire via de multiples baisers qui l’étouffaient.

Elle posa ses mains sur son propre ventre, comme une jeune femme sage. C’est vrai, les fois après la première, ils avaient été assez expressifs mais maintenant, ils préféraient quand même prendre quelques précautions pour ne pas déranger les autres.

« Je vais rester un peu ici, Royan. Si tu veux parler avec les autres, tu le peux, d’accord ? »

Il hocha la tête, lui demandant juste si ça allait par mesure de précaution. Elle déclara que oui, il n’avait pas à s’en faire. Lorsqu’elle se retrouva seule, elle s’observa. Elle avait vraiment du mal à se contrôler ces derniers jours.

« J’espère que je ne suis pas en train de tomber malade. Il ne manquerait plus que ça se passe alors que nous sommes en pleins travaux. Je dois être forte. »

C’était juste qu’elle avait le ventre qui se retournait parfois. Oh, pas au point de vomir non plus mais disons qu’avec le combat et autre, elle avait eu du mal à ne pas se retenir de redécorer le sol de sa bile. Mais heureusement, rien de tout cela n’était arrivé. Elle ne voulait pas en parler à Royan, ne voulant pas l’effrayer. Elle s’installa simplement sur le lit de camp, sombrant rapidement dans le sommeil, oubliant la petite soirée prévue avec son homme.

Chapitre 27 : Déjà vu

Chapitre 27 : Déjà vu

« Pfiou ! Dire que ça va progresser bien plus vite que prévu, si ce n’est pas une bonne nouvelle, ça. Heureusement que ce village avait ce qu’il fallait et nous a proposé ses services, tu ne crois pas, Royan ? »

« Ils ont été un peu prompts à accepter mais j’imagine qu’ils n’ont pas vraiment pensé qu’ils avaient le choix en nous regardant. »

« Pourtant, je me suis présentée comme la princesse Elise. Cela a sûrement joué un peu quand même sur leur décision, non ? »

Il hocha la tête, comme si cela sonnait une évidence. Le souci, c’est qu’il avait considéré la décision d’Elise d’un peu trop dangereuse à son goût/. Et sauf qu’il n’avait pas réussi à le lui dire. À partir de là, il était maintenant un peu tard pour revenir en arrière.

« Espérons juste que tout se passe bien, c’est tout ce que je désire. »

Il chuchotait ça pour lui-même, évitant que quelqu’un ne l’entende. Avec leurs discussions de ces derniers jours et tout le reste, il n’avait pas l’esprit tranquille. Et cela le taraudait plus qu’il ne le pensait. Il voulait bien en parler à Elen mais il y aurait un petit risque qu’elle en discute ensuite avec Elise et il ne voulait pas qu’elle soit froissée qu’il ait gardé ça pour lui. Les sentiments amoureux des femmes, c’était vraiment compliqué.

Pour autant, ce n’était pas pour cela qu’il devait la prendre avec des pincettes. Le jeune homme aux cheveux bleus retourne auprès d’Elise, prenant une profonde respiration avant de placer ses mains sur ses épaules.

« Elise, je voulais te dire quelque chose d’assez important. »

« Hmm ? Oui ? Je t’écoute, Royan. Pourquoi tu as cet air si peiné en me regardant ? »

« C’est juste que… je ne veux pas que tu sois vexée mais, je tenais à te dire que tu as peut-être faire une idiotie en parlant au village. »

« Hein ? Idiotie ? Mais comment ça ? Je veux bien que tu dises ça mais seulement si tu me donnes des explications, Royan ! Car là, je vois pas de quoi tu parles ! »

« Tu as clairement annoncé à tous et à toutes que la princesse Elise était en vie… mais surtout non-loin du village. Plus nous descendons, plus nous nous rapprochons de la capitale, c’est bien ce que tu as dit, n’est-ce pas ? »

« Oui oui, c’est exact mais… où veux-tu en venir ? »

« Tout le monde dans le village ne veut pas forcément que la princesse Elise soit en vie. »

« MINCE ! Tu crois vraiment qu’il y aurait des gens qui… » commença à dire Elise alors que Royan hochait la tête positivement. Elle déglutit, regardant Royan, bien plus inquiète maintenant. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle avait commis une erreur aussi grossière sans même y faire attention. Elle… Elle venait peut-être de tous les condamner.

« Tu n’as pas à t’en faire, Elise. Nous pouvons régler cela. »

« Qu’est-ce que tu racontes, Royan ? Ils ne sont même pas au courant qu’ils vont peut-être tous mourir par ma faute d’ici les prochaines heures ou les prochains jours ! »

« Personne ne viendra décéder tant qu’ils sont sous ma protection. Et surtout pas à cause de certains démons qui veulent nous mettre des bâtons dans les roues, compris ? »

« Co… Compris, Royan. Je suis… Je suis vraiment désolée. »

À force d’être trop enjouée avec son idée, elle en avait totalement oublié les règles de sécurité élémentaires. Et voici où ils en étaient maintenant ! Tout ça parce qu’elle n’avait pas pris ses précautions ! Ah… Non, elle ne devait pas pleurer. Mais pourquoi est-ce qu’elle craquerait maintenant et pas avant ?

« Elise, va donc voir Elen pour te calmer. Cela sera beaucoup mieux que de traîner sur place, comme un chien en cage. »

« Tu n’es pas obligé de me parler, comme ça, Royan ! »

« Hein ? Mais, je ne t’ai pas crié dessus, Elise. Allons, Elise. Tu n’as pas à t’en faire, je t’ai promis que j’allais te protéger, je tiens toujours mes promesses, tu le sais non ? »

Elle n’ose pas lui répondre verbalement. Elle n’ose pas relever son visage vers lui. Elle est juste… là. Elle pensait avoir bien fait depuis le début mais ce n’est pas le cas en fin de compte. Elle s’était trompée sur toute la longueur.

« Ce n’est pas bien de dire ça, Royan. Je pensais pas que… Je ne pensais pas que j’allais pleurer, pas comme ça. Pas devant tout le monde. »

« Eh bien, ça arrive. Je vais aller expliquer la situation. Quant à toi, va voir Elen ; »

Il finit par enfin la relâcher, la jeune femme aux cheveux auburn retournant penaude auprès d’Elen, commençant à expliquer ce qui s’était passé. Elle s’attendait à des réprimandes de la part de la demoiselle aux cheveux blonds, mais celle-ci s’occupait de son enfant, déclarant que ça arrivait à tout le monde de faire des erreurs. Elle-même n’avait clairement rien à dire à ce sujet, loin de là même.

Elle était très mal placée alors que des gaffes, elle ne pouvait plus les compter tellement elles étaient nombreuses. Et certaines avaient été très dangereuses pour le groupe. C’est pourquoi, définitivement, elle allait plutôt lui dire que tout allait s’arranger et cela malgré ses erreurs. Elle pouvait apprendre de ces dernières hein ?

« Nous allons commencer à explorer les environs. Certains sont déjà en train de creuser. Je pensais avoir compris que nous ne le ferions pas avant d’être bien installés mais on dirait qu’ils veulent faire du zèle. Je trouve ça un peu gênant de vouloir faire un tunnel alors que nous devons encore nous déplacer pour retrouver Tery et les autres. »

« Pourtant, ce n’est pas si étrange, Elen. »

Peut-être qu’elle ne l’avait pas expliqué correctement mais elle et Tery, à l’époque, alors qu’ils voyageaient et exploraient les environs de la capitale après avoir été reçus là-bas, avaient remarqué que la capitale démoniaque était au plus profond des souterrains mais aussi au centre de ces derniers. Comme une gigantesque cuve qui emmenait tout dans le fond.

Ainsi, au plus proche de la capitale, les zones n’étaient pas si élargies que ça et vu qu’ils avaient marché pendant un bon bout de temps depuis qu’ils étaient ici, même en creusant le tunnel à côté d’eux et en explorant les environs, ils devraient très vite retourner au point de départ. Elen se gratta la joue, comme légèrement embêtée, murmurant :

« Mais si vous faites cela, ça ne veut pas dire que les démons de la capitale risquent de nous trouver bien plus facilement eux aussi. »

« Non, j’y ai pensé sur le coup mais la majorité est si prétentieuse et narcissique qu’après avoir découvert les environs, il n’y a généralement aucune garde qui patrouille dans les environs. Il faut comprendre qu’ils ont un mode de vie qui est « Dévorer ou être dévoré. » Si des personnes se perdent dans les alentours, c’est triste pour eux mais les monstres ne se priveront pas de les écharper. »

« Oui mais cela veut dire que nous aussi, Elise. Et les brigands ou autres ? »

« AH ! Les Brigands, étrangement, avec Tery, nous n’en avons pas vu tant que ça. Peut-être que les monstres étaient d’anciens démons hors-la-loi qui se sont transformés ? Mais de ce côté-là, nous n’avons pas à nous en faire, la discrétion est assurée ! »

« D’accord, tant mieux, c’est plus rassurant maintenant que tu le dis ainsi. »

Elise avait retrouvé le sourire. Il lui en fallait peu à cet instant précis et elle était perplexe à l’idée que son comportement était très irrégulier ces derniers temps. Mais au moins, maintenant qu’elle avait été un peu complimentée par Elen, elle allait observer les travaux sur le tunnel. De base, il n’allait pas être très compliqué.

Les « architectes » du groupe avaient signalé comment ils allaient réaliser ce petit tour de passe-passer. De base, ils allaient tout simplement creuser en ligne droite, installer un espace assez grand pour y entreposer des outils et quelques emplacements pour les soins et autres. Puis ensuite, ils allaient commencer à creuser pour monter… puis recommencer et ainsi de suite. Cela ne servait à rien de faire un long tunnel qui allait uniquement monter jusqu’à la surface. Ceux qui voudront le traverser avaient besoin de plusieurs endroits où se reposer.

Et vu qu’ils n’allaient pas laisser la nature travailler à leur place, il fallait imaginer tout cela comme si seuls les démons et les surfaciens allaient traverser ce tunnel. Après une rapide réflexion, ils en avaient conclu que ce projet n’était pas uniquement un simple tunnel mais quelque chose de bien plus grand et important, ils étaient en train de préparer une véritable voie qui pourrait être commerciale, vivable et autres. Dans les souterrains, les villages démoniaques n’avaient aucune route qui permettrait de les faire se rejoindre entre eux. Via l’instinct, les démons savaient plus ou moins quelle route prendre pour arriver à une nouvelle destination. Ainsi, le projet qu’ils étaient en train de monter était quelque chose en son genre pour toute la race démoniaque. Avec la fusion des connaissances du monde de la surface et des démons, ils pouvaient envisager de grandes choses !

En parlant de grandes choses, cela voulait dire aussi qu’ils allaient pouvoir vraiment… créer tout ceci. Il fallait juste du temps, cela n’allait pas prendre quelques jours, c’était sûrement un projet titanesque, qui allait nécessiter des mois et des mois mais… Ah… Tiens ? Royan et Elen ne sont pas là ? Ah oui, c’est vrai ! Ils avaient dit qu’ils partaient en patrouille avec quelques soldats pour être sûr qu’ils ne soient pas dérangé pendant qu’ils travaillaient.

« J’imagine que tu ne m’as pas demandé de rester sur mes gardes juste pour le plaisir, Royan. Et surtout sans Elise, n’est-ce pas ? »

« Depuis qu’elle a prévenu par mégarde à notre sujet, je ne suis pas rassuré. Tu peux dire que c’est une mauvaise prémonition mais ainsi, je ne suis pas… enfin… »

« Pas besoin d’en dire plus. Je suis un peu rouillée, alterner entre la marche et m’occuper de mon enfants, s’il y a besoin de se battre, ça ne sera pas un problème. Mais… tu te rappelles de ce qu’Elise a dit sur les démons qui habitent les strates les plus profondes ? »

« Qu’ils sont bien plus puissants que ceux proches de la surface, oui. »

« Alors, à partir de là, tu comprendras que si nous tombons sur des démons néfastes, il ne faudra pas hésiter sur les coups. »

Il n’était pas le roi de Traslord parce qu’il était candide. Et Elen était la mieux placée pour savoir cela, non ? Elle avait été là… quand ses frères avaient été… Hmm, il secoua la tête négativement. Il n’avait aucune raison de se rappeler de ces mauvaises choses.

Oui, c’était le passé et le présent était la seule chose dont il devait se préoccuper. Mais pour ça, il fallait être sûr qu’il avait un futur qui lui serait accessible. Plongé dans ses pensées, il s’arrêta au même moment que les membres de son groupe.

« Eh bien, eh bien. Visiblement, les informations étaient fondées. »

« Dommage qu’on ait éliminé la démone qui nous a donné les dites-informations, haha. »

« Comme quoi, il est très laid de rapporter. Enfin, on ne va pas bouder notre plaisir. Cela doit être le groupe dont on parle depuis des semaines. Ils sont donc bien arrivés parmi nous. Dame Halyza se ravie que l’on fasse un peu de nettoyage. La traînée à moitié démone doit être dans les environs et… »

Le démon qui avait parlé tourna la tête juste au bon moment alors qu’une entaille ensanglantée se dessina sur sa joue, Royan ayant des lignes bleues sur son visage et sa main tendue vers le démon.

« Moins d’insultes. Il n’y a pas besoin d’imaginer pourquoi vous êtes ici. Vous venez de le dire par vous-même, non ? Alors, combattons jusqu’à ce qu’il ne reste plus… »

« Hum ? Dites, votre équipement et tout le reste, ils viennent de quel clan d’Honoros ? » coupa Elen en fronçant les sourcils. Derrière elle, quelques soldats, issus d’Honoros commencèrent à fixer les démons, clignant des yeux en remarquant que la jeune femme aux cheveux blonds disait la vérité. C’était bien ça !

« Il s’agit du clan des Slypian. Un clan connu pour faire preuve d’une grosse cruauté et manipulation pour obtenir ce qu’il désire. Nous pensions qu’il avait disparu depuis quelques mois… mais en fait, ils œuvraient pour ces démons. »

Sur le coup, Elen ne pouvait que confirmer par la pensée les propos du soldat. Elle ne connaissait pas tous les clans d’Honoros mais il était vrai qu’elle remarquait un emblème ressemblant à une tête de serpent de face, comme si l’emblème lui-même venait observer sa future victime.

« Bon, comme l’a dit dame Halyza, aucun survivant. Nous n’avons pas besoin de vous autres de toute façon, vous nous êtes inutiles. TUEZ LES TOUS ! »

Et voilà que l’assaut avait débuté. Pour autant, dès le premier démon qui fonça vers eux, une flèche dorée, teintée de lumière vint se nicher dans son crâne, la lumière prenant une tournure orange avant que la tête du démon n’explose sur le coup, le tuant net tout en repoussant ses comparses. Elen avait fait apparaître son arc, regard froncé :

« Désolée de ne pas l’être. J’ai cru entendre quelques insultes sur une amie qui m’est très chère. J’imagine que vous comprendrez que je ne pouvais pas laisser une insulte être impunie, n’est-ce pas ? Qui est le suivant ? »

Et bien entendu, aucun rire ou pointe d’amusement dans la voix. Non, elle ne semblait même pas se moquer de leurs adversaires. Ses démons n’étaient pas là pour plaisanter. Ils désiraient se battre jusqu’à la mort et elle allait leur offrir ce qu’ils désiraient. Elle observa Royan qui avait sorti lui aussi son arme ainsi que les autres soldats.

« LYNCHEZ-LES ! IL NE DOIT EN RESTER AUCUN ! OCCUPEZ-VOUS DE CETTE ARCHÈRE ! » hurla une nouvelle fois celui qui semblait être le commandant de cette petite troupe encore que dans les faits, ils étaient au moins aussi nombreux qu’eux… voire même peut-être plus vu qu’il y avait pas mal de personnes restées en arrière.

Les deux troupes se rencontrèrent, Elen reculant déjà. En tant qu’archère, cela ne servait à rien de combattre au contact. Comment elle pourrait faire pour se défendre de toute façon ? Mais elle gardait un œil sur Royan, au cas où tout tournerait plus mal que prévu. Elle ne voulait pas avoir à rapporter sa mort à Elise. Cette dernière risquerait de devenir folle et démente… comme Tery avec Clari.

« Hors de question de revivre ça une nouvelle fois. »
Elle ne permettrait pas à Tery de revivre une horreur de la sorte. Ni Tery, ni Elise, ni personne parmi ceux qu’elle aimait. Même Manelena ! Elle tira une flèche dans l’air, en direction des troupes ennemies. Si elle arrivait à abattre ce « commandant » avant les autres démons, peut-être qu’ils arrêteraient leur combat.

Non, autant ne pas se bercer d’illusions. Ces imbéciles étaient là pour un unique but : servir leur princesse Halyza et sûrement pour une belle somme d’argent vu qu’ils n’avaient aucune réticence à accomplir leur objectif.

« Mais c’est quoi cette force ?! »

Elle avait entendu un soldat crier à côté d’elle, se faisant projeter en arrière, une longue entaille ensanglantée tracée à la diagonale sur sa poitrine. L’armure avait été traversée avec une telle facilité que cela en était déconcertant. Cet équipement sur leurs adversaires ne semblait pas pourtant être des plus impressionnants.

Et pourtant, et pourtant … Il était en même temps bien plus efficace qu’il ne le serait aux mains d’un surfacien. Est-ce que les démons étaient capables d’améliorer l’équipement qu’ils portaient ? Non, si c’était le cas, cela rendrait le combat tout simplement impossible ! Ce n’était que le fruit du hasard !

« Ne vous laissez pas dominer par la peur ! Des démons, on en a déjà souvent affrontés ! De plus, nous en avons parmi nous ! Ils vous aideront à savoir combattre ceux qui veulent nous empêcher de retrouver nos compagnons ! »

Elle ne savait pas si cela allait vraiment donner du courage aux membres du groupe mais il fallait tenter un maximum. Mais plus le combat perdurait, plus elle remarquait que bon nombre des membres étaient en train de finir blessés, voire même morts pour une partie.

Comment faire pour les contrer ? Comment y arriver ? Elle-même était la seule à être vraiment efficace mais elle ne pouvait pas lutter contre une armée entière. Alors qu’elle remarquait que les démons entouraient Royan et trois soldats qui tentaient de le protéger, une vive lueur blanche traversa la zone tranchant net plusieurs démons ennemis alors qu’elle arrivait à voir la forme de cette lueur. Une hache à double lame ? Et pourquoi est-ce qu’elle sentait la puissance de Zélisia dans celle-ci ?

« Pfiou ! J’étais pas sûr que ça allait marcher mais tant mieux ! HEY ! Tu peux faire de même ! Tu vas tenter quoi ? »

« On va voir si la magie fonctionne quand on la fusionne ! »

Magie fusionnée ?! Comment ça ? Elle tourna son visage pour voir deux Mélakarmiens. C’est vrai ! Elle avait presque totalement oublié leurs existences mais ils avaient récupéré des Mékalarmiens. Ces hommes-reptiles… mais ils avaient des écailles blanches et la magie de Zélisia déferlait dans leurs corps avec une aisance certaine.

Le second Mékalarmien à côté du premier qui réceptionna sa hache, vint faire quelques signes d’une main, en direction d’un groupe de démons ennemis qui était habitué à attaquer à distance, la foudre venant s’abattre sur eux. Mais à contrario d’une foudre normale, celle-ci était imprégnée d’une magique qu’elle connaissait que trop bien.

« Une foudre… divine ? C’est possible ça ? »

Pour elle, c’était une évidence que d’utiliser ses flèches pour les imprégner de la magie de Zélisia mais même la magie, il était possible de faire ça ? Et quelle efficacité de la part des mékalarmiens, elle arriva à leur hauteur, se plaçant non-loin d’eux, arc bandé :

« Je vais me charger de votre protection ! Continuez vos attaques ! Aucun démon n’arrivera à vous approcher ! Visez ceux à distance ! »

« Vous en faites pas, c’est considéré comme déjà fait ! Euh… Par contre, on voulait pas se cacher, c’est promis ! »

« Mais de quoi vous parlez là ?! Sans vous, nous n’aurions aucune chance de pouvoir battre ces démons ! On vous doit sûrement la vie ! Mais pour ça, il faut que l’on termine ce combat et le plus vite possible ! »

« Ah ! Bon ben, euh, on s’expliquera après alors ! »

Pour des Mékalarmiens, ils étaient loin d’être prétentieux ces deux-là. C’était surprenant mais pas déplaisant. Surtout qu’ils faisaient honneur à leur race. Et cette fois-ci, la roue venait de tourner. Comme quoi, il suffisait juste d’un peu d’élan pour pouvoir permettre à leur groupe de prendre l’avantage.

Ils avaient été chanceux, chanceux d’avoir deux porteurs de Zélisia avec eux. Elle-même comprenait ce que ça voulait dire : Les démons supportaient difficilement Zélisia, étant en conflit permanent vu que tous ne pouvaient que posséder les lignes d’Alzar. Cela devait alors se faire aussi ressentir dans leur métabolisme.

Ah… Pfiou… Pfiou… Les autres membres de l’armée pouvaient souffler un peu mais hors de question pour elle et les deux Mékalarmiens d’arrêter le combat maintenant. Il fallait continuer jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de leurs adversaires.

« ROYAN ! J’ARRIVE ! TA FEMME EST À TA RESCOUSSE ! »

« Elise ?! Mais qu’est-ce qu’elle fait ici ? Elen ! On ne l’avait pourtant pas prévenue non ? Enfin, quelqu’un est sûrement parti pendant le combat pour les prévenir ! »

Mais au point que les renforts puissent arriver ? Ils combattaient depuis combien de temps ? Et leurs adversaires semblaient infatigables ! Enfin, malgré tout, ils périssaient quand même entre leurs mains, ce qui était une bonne chose pour leur propre survie.

Et avec l’arrivée des renforts mais surtout une Elise qui est rentrée en combat comme une furie en voyant son « chouchou » blessé, l’hécatombe se fait ressentir dans les troupes adverses. En même temps, Elise n’était pas une princesse démoniaque pour rien. Elle avait passé beaucoup de temps avec Tery sous terre. Et Royan qui venait se placer à côté d’elle et des deux Mékalarmiens. Il n’avait plus besoin de combattre.

« J’ai l’impression qu’ils se sont tellement améliorés pendant qu’ils étaient seuls. »

« Ce n’est pas le moment d’être jalouse, Elen. Disons plutôt que pour survivre à deux, dans un tel endroit, on devrait plutôt être heureux qu’ils soient devenus bien plus forts. »

« Oui, enfin, dans les faits, on va dire que sur le coup, tu serais complètement à la ramasse si un jour, elle décide de se mettre en colère. D’ailleurs, tu as pas remarqué qu’elle avait un comportement un peu trop… expressif ces derniers jours ? »

Hmmm ? Elle aussi l’avait remarqué ? Il pensait être le seul à avoir vu ce genre de petit changement chez Elise. Si elle avait une explication, il était prêt à l’entendre mais pour ça, il fallait d’abord en terminer avec ce combat.

Chapitre 26 : De futures voies

Chapitre 26 : De futures voies

« Hum… J’ai l’impression que notre allure est ralentie depuis quelques jours, tu ne trouves pas, Royan ? » demanda Elise alors qu’ils marchaient au beau milieu d’une troupe composée de soldats et artisans. Certains étaient démoniaques, d’autres surfaciens, mais c’était un curieux mélange qui n’était pas déplaisant à voir.

« Je n’ai pas eu cette impression en particulier, je dois avouer. Pourquoi est-ce que tu penses une telle chose, Elise ? Tu peux l’exprimer ou non ? »

« Je pourrais mais je ne suis pas certaine que ça soit… nécessaire. C’est peut-être moi qui me fait des idées. Rien d’autre. »

« Peut-être ? Mais en même temps, tu n’as peut-être pas si tort que ça. J’ai aussi cette sensation que nous sommes ralentis. J’imagine que cela doit être à cause des créatures que nous rencontrons. Les éclaireurs sont sur le qui-vive pour éviter qu’elles ne causent des ennuis. Pour beaucoup, ils ne connaissent pas ces monstres. »

« Et même parmi les démons, si tu as entendu, ils ne sont pas tous forcément au courant. »

« Ah… Nous verrons en temps et en heure. J’ai déjà la sensation que nous sommes à des milliers de mètres sous terre, c’est affreux. »

« Oh, je suis certaine qu’on ne doit pas être si loin de la vérité. D’ailleurs, c’est étrange, j’ai toujours pensé plus que nous nous enfoncions, plus il ferait chaud et étouffant. »

« Je pense qu’il doit s’agit des roches autour de nous. Et de ces cristaux lumineux. De même, vu qu’il y a de l’eau souterraine, cela doit aussi réguler la chaleur. Et peut-être que moi-même, indirectement, avec mes pouvoirs, je refroidi les environs. »

Tout cela n’était que des probabilités mais Elise semblait s’y accrocher, hochant la tête alors qu’ils reprenaient encore et toujours la route. Elen parlait beaucoup moins, trop focalisée sur son enfant. Depuis qu’elle était une mère, elle semblait abandonner une bonne partie de ss idées farfelues mais pour combien de temps ?

« Hey, Royan, tu crois que ça serait une bonne idée si je… »

Elle se rapprocha de lui, commençant à lui parler dans l’oreille, avec discrétion. Le jeune roi de Traslord cligna des yeux, commençant à lui demander si elle pensait vraiment ce qu’elle disait, Elise répliquant :

« Bien entendu, c’est simplement qu’à l’heure actuelle, les voies utilisées sont toujours les mêmes, elles sont là depuis je ne sais combien de temps. »

« Oui mais là à envisager d’en créer une nouvelle pour que nous puissions retourner à la surface quand nous le désirons, c’est un peu fou, tu sais ? Et surtout, nous ne savons même pas où nous risquons de nous rendre, tu le sais ? »

« Mais à côté, cela ferait un endroit dont nous seuls connaîtrions le chemin. Je pense vraiment qu’il faudra en discuter avec tout le monde ce soir, pendant le repas. »

Elle voulait absolument avoir raison, hein ? Enfin, elle voulait absolument proposer cette idée et il était certain qu’elle trouvera du monde pour cela. Le jeune homme à la chevelure bleue ne fit qu’un petit sourire en direction d’Elise, comme pour lui signaler qu’il était d’accord avec elle..

« Pourquoi pas ? Nous n’avons rien à perdre avec tout cela, n’est-ce pas ? »

« C’est justement pour ça que je veux le proposer ! Car si ce n’est pas accepté, on fera comme d’habitude. Si c’est accepté, eh bien, on aura le temps d’y réfléchir car ça ne sera pas pour tout de suite de toute façon, hein ? »

« C’est vrai. Si tu veux, tu peux déjà en parler à Elen pour voir ce qu’elle en pense personnellement ? Car cela la concerne un peu non ? »

« Hmm… Tu as raison, Royan. Je vais te laisser tranquille pour quelques minutes alors ! »

Et la voilà maintenant déjà partie, comme si de rien n’était. Il la regarda faire comme si de rien n’était. Il ne pouvait s’empêcher de soupirer avec une petite pointe d’amusement. Comment est-ce qu’elle allait faire des fois, hein ?

« Elen ? Dis moi, est-ce que je peux te parler , »

« Bien entendu, Elise. Pourquoi est-ce que tu me poses la question ? Si tu as peur de me déranger par rapport à ma fille, ne t’inquiète pas, elle dort actuellement. »

« Elle est vraiment si mignonne, je tenais à te le dire. »

« Hmm ? Je le sais bien, c’est ma fille et son père est remarquable aussi. Elle ne pouvait qu’être mignonne, hein ? Hahaha. Mais que veux-tu plus précisément ? »

« Eh bien, j’ai parlé d’une idée à Royan et il semblait plutôt d’accord avec moi. Néanmoins, comme je veux en parler à tout le monde, je voulais d’abord avoir ton avis à ce sujet. Tu veux bien m’écouter ? »

« Bien entendu, bien entendu. Alors, dis moi tout. Je suis toute ouïe. »

« Hmm… J’avais envisagé la construction d’un tunnel nous ramenant à la surface. »

« D’accord… Mais à part ça ? Car ce n’est pas que ça non ? Pourquoi est-ce que tu veux faire un tunnel plus exactement ? Il y en a d’autres non ? »

Et voilà qu’Elise commença à expliquer plus précisément ce qu’elle voulait dire par là. La démone aux cheveux urburns évoqua les mêmes points qu’avec Royan. Après quelques minutes à parler de tout ça, Elen était maintenant vraiment songeuse.

« L’idée de nouveaux tunnels et donc grottes seulement connus par nous est excellente ! Cela veut dire que Tery pourrait faire des allers et venues sans que ça ne pose de soucis. Mais à côté, combien de temps avant qu’ils ne soient découverts ? Est-ce que tu as déjà réfléchi à cela ou pas, Elise ? Car je pense qu’il faut le prendre en compte. »

« Pas vraiment. Ma priorité était de trouver une autre sortie car je dois avouer qu’avec certains démons et les gnomolds, je ne suis pas certaine qu’utiliser une des sorties officielles soit vraiment conseillé. »

« Non, disons que y a de fortes chances qu’ils nous attendent, que ça soit une race ou l’autre. Nous sommes un peu entre le marteau et l’enclume. »

Elise regarda la jeune femme aux cheveux blonds, clignant un peu des yeux, hébétée par ses propos comme si elle se demandait si c’était bien elle qui avait cité une telle expression. Devant le regard décontenancé d’Elise, Elen bredouilla :

« Rester pendant plusieurs mois sans rien faire ou presque, aux côtés de la mère de Tery et avec Manelena qui arrivait, ça m’a permis de m’instruire encore un peu plus. »

« D’accord, d’accord. C’est vraiment surprenant quand on y réfléchit bien, faut se dire. »

« Hey, je ne suis pas plus idiote qu’une autre personne, tu sais ? »

Elle avait fait une petite moue en direction d’Elise, celle-ci rigolant affectueusement. Bien entendu, bien entendu. Ce n’était pas ça qu’elle voulait dire à la base, loin de là. Elle s’excusa néanmoins envers Elen, ne voulant pas la vexer.

« Merci pour tout, Elen. J’espère que les autres membres du groupe apprécieront l’idée. Je vais la proposer ce soir. »

Et le soir ne tarda pas à arriver. Pendant que chacun et chacune s’installait pour la soirée, attendant l’heure du repas, Elise faisait les cent pas dans la tente qu’elle partageait avec Royan. Bien entendu, le couple dormait ensemble.

« Tu ne vas pas me dire que tu stresses, Elise ? Pas toi quand même. »

« Eh bien si, ça m’arrive. J’ai peur que beaucoup trouvent mon idée ridicule ou absurde. Je ne sais pas comment il me faudra réagir si c’est le cas. »

« Certains seront surpris et étonnés mais même si d’autres protestent ou considèrent que c’est une absurdité, tu ne dois pas t’en faire. Il faut accepter les remarques de tout le monde si elles sont fondées. Ceux qui se permettent de t’insulter sans explication ne méritent pas ton intérêt ou ton inquiétude. Et puis… Hum… Comment dire ça ? »

« Oui ? Royan ? Tu veux dire quoi ? »

« Eh bien, si tu es si inquiète, je peux me placer à côté de toi si cela peut te rassurer. Qu’est-ce que tu en dis ? Tu préfères au cas où ? »

« Je voudrais bien, Royan… si tu veux bien. »

S’il proposait cela, c’est bien pour accepter. Cela serait étrange comme concept que de refuser une idée qu’il proposait. Mais il garda cette pensée pour lui. Elise était comme rassurée maintenant qu’elle savait qu’il serait là. Il avait plus l’habitude qu’elle pour ça.

Et la voilà au beau milieu d’un cercle composé de démons, de citoyens de Traslord, Honoros, Claudiska et Shunter. Et elle ? Elle était droite et immobile. Et elle prenait la parole, surtout. Elle commença à s’exprimer, lentement mais sûrement. Elle n’expliquait pas qui elle était, n’ayant plus besoin de se présenter.

« Nous sommes un groupe unique en soi… ou presque. Nous sommes des êtres qui ont transcendé les espèces pour avoir un but commun. Ici, il n’y a pas de démons, de surfaciens, d’adeptes d’Alzar ou de Zélisia. Ici, aucun être ne cherche à exprimer sa différence et sa supériorité mais une chose nous sépare encore. Une seule, contrôlée par des membres de nos races qui ne sont pas forcément enclins à apprécier tous les efforts commis. »

Elle parlait peut-être avec un peu trop d’exagération dans ses propos. Elle ne voulait pas être trop pompeux mais elle sentait que si elle s’exprimait comme d’habitude, elle risquait de ne pas être prise au sérieux, chose qu’elle ne désirait absolument pas à cet instant.

« Cette chose, ce sont les voies qui nous permettent de lier la surface et les démons. Je ne vais pas parler au nom de tous les démons ici présents, mais tous pourront confirmer une chose : ces portes qui bloquaient les issues menant à la surface n’étaient pas créées par la magie d’Alzar et Zélisia. Non, ce sont des fabrications démoniaques, des preuves que d’un côté comme de l’autre, nul n’aurait accepté ceux qui s’étaient opposés à eux pendant de nombreux siècles. »

Elle continuait, encore et encore. Elle ne voulait pas s’arrêter de parler. Pas à ce moment, pas à cet instant. Si elle s’arrêtait, elle n’aurait plus alors le courage de continuer. Elle devait arriver jusqu’au bout de son monologue, de son discours :

« Il n’aura fallut que quelques mois, peut-être une année pour que nous, nous tous ici présents, comprenions que nous n’étions pas différents les uns des autres. Nos craintes, nos forces, nos relations, nous sommes tous pareils et c’est pour cela que je vais vous proposer quelque chose qui permettra d’affirmer encore plus nos relations. »

Elle en arrivait au point crucial de son discours, le moment le plus important. Elle sentait que tout le monde la regardait, attendant qu’elle prononce, qu’elle décrive son idée :

« Nous allons créer un tunnel. Un tunnel façonné non pas par les démons ou alors parcouru par les surfaciens pour attaquer les démons. Non, ce tunnel sera fait par nos mains et nos efforts conjoints. Ce tunnel sera la première voie qui réconciliera nos races. Et ce tunnel sera là pour nous ramener à la surface, sans qu’il n’y ait de gnomolds ou autres pour nous barrer le passage. Qu’en dites vous ? »

Elle ne s’attendait pas à des exclamations de joie et des applaudissements et heureusement rien de tout cela n’arriva. Les gens discutaient entre eux, comme pour savoir le point de vue de l’autre sur l’idée de la jeune démone aux cheveux auburn.

« Royan, c’est bon ou mauvais signe, ce silence ? »

« Il faut patienter, parfois. Tout le monde ne sait pas forcément les enjeux de ta proposition mais comme je te l’ai dit, qu’importe le résultat, je serais là pour te soutenir. »

Ah… Elle voulait se sentir rassurée par les paroles de Royan mais elles étaient inefficaces à l’heure actuelle. Avec cette boule dans l’estomac, elle avait l’impression que tout son corps allait lâcher d’un moment à un autre.

« Vu que je suis à la recherche de mon démon à moi, je trouve que c’est une excellente idée ! » s’exclama une voix qu’elle reconnaissait facilement, Elen s’étant levée. « De plus, Royan et Elise nous montrent bien toutes les possibilités de notre monde grâce à leur couple. Je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas construire ce tunnel ! »

Cela avait été le début des réactions. Chacun et chacune élevait sa voix, affirmant sa prise de position par rapport à l’idée d’Elise. Tous étaient majoritairement d’accord, certains étaient neutres mais ne refusaient pas l’idée. Non, il n’y avait aucune voix qui contestait son idée. Mais tous n’étaient pas forcément convaincus de la justesse des propos de la demoiselle.

« Et quand est-ce que nous devons préparer ces tunnels ? »

« Eh bien, je fais confiance à nos amis démoniaques pour nous dire quand nous sommes assez proches de la capitale. Sans pour autant être trop proches non plus, car je pense que ça ne sera pas de simples travaux. Durant le reste du voyage, le temps que nous trouvions l’endroit parfait, je vais vous questionner pour savoir qui serait capable d’oeuvrer pour ça pendant que les autres continueront à surveiller les environs. Néanmoins, je vais aussi vous demander à vous tous de me dire si quelqu’un s’y connaît en architecture et autres. Car creuser un tunnel, ça ne sera pas à la portée de tous et il nous faudra prendre nos précautions. De même, si nous trouvons d’autres villages dans les environs, il ne faudra pas avoir peur de dialoguer avec eux. Qui sait, peut-être que certains viendront nous rejoindre ? »

Maintenant qu’elle avait fini de proposer son idée, elle était comme ragaillardie par tout ça et commençait déjà à parler de tout et de rien, sans même se soucier. Royan garda un sourire aux lèvres avant de finalement la laisser seule. Il n’avait plus besoin de veiller sur elle, elle allait se débrouiller. Il retrouva Elen, venant s’asseoir à côté d’elle :

« C’est tout ce qui importait, n’est-ce pas ? »

« Tu as fait le bon choix. Je suis certain que Tery serait heureux de voir que nous pouvons nous débrouiller sans lui. »

« Quand tu parles comme ça, je ne suis pas rassuré, je suis désolé. Cela donne l’impression… qu’il va mourir et je ne veux pas penser à ça. »

« Ce n’était pas mon but, Royan. Je veux aussi le retour de Tery mais… si j’ai dit que j’appréciais son idée, ce n’est pas pour rien. Je crois vraiment en ces idées. »

« Moi aussi. Mais en même temps, je suis un peu inquiet. Malgré tout ce qui s’est passé, nous n’avons pas rencontré tant de démons que ça. Je ne sais pas, cela ne me rassure qu’à moitié. »

« Tu te fais trop de soucis mais pour une bonne raison. Néanmoins, si cela peut te rassurer, l’explication doit être en rapport avec les gnomolds. Je suis certaine que certains ont pris d’autres tunnels et sont déjà en train de descendre eux aussi. Cela ne m’étonnerait pas que des démons ont été envoyés pour les réceptionner à leur façon. »

« D’accord, donc nous ne sommes pas un groupe assez inquiétant pour qu’ils soient plus concernés par nous que par des gnomolds. En un sens, ça reste assez vexant, tu ne trouves pas ? » demanda Royan en regardant la femme aux cheveux blonds.

« Bof, tu sais, j’imagine que je pourrais m’en remettre. Ce n’est pas comme si leurs avis nous intéressaient non ? Je veux dire par là, on ne va pas aller se montrer devant eux pour qu’ils soient concernés par nos faits et gestes non, hein ? »

« Oui bien entendu, je vois où tu veux en venir. C’est juste que c’est étrange qu’ils préfèrent focaliser des gnomolds qu’un groupe comme nous. »

« Pas si étonnant ou étrange. On a bien vu que les gnomolds haïssaient les démons. J’imagine que ça doit être réciproque. Le pourquoi par contre ? On ne peut pas le savoir si aucune des deux races ne décide d’ouvrir sa bouche pour ça. »

« Ce n’est pas faux, tu as parfaitement raison. Je ne sais pas pourquoi je n’y ait pas pensé après tout ? »

« Car tu es trop focalisé sur Elise pour le moment. Il suffit de la voir pour comprendre que tu étais bien trop inquiet pour elle autant qu’elle l’était pour ses idées, voilà tout. »

Encore une fois, elle avait raison. Bien qu’il avait souvent vu les débordements d’Elen par rapport à Tery, il comprenait qu’elle parlait en tant que femme qui avait expérimenté tout ça. Une femme qui ne connaissait rien auparavant aux sentiments amoureux… comme Royan et Elise en ce moment même.


Elle tapota doucement le crâne du jeune adulte devenu plus grand qu’elle au fil des années avant de lui faire un léger sourire. Royan eut des petites rougeurs aux joues, marmonnant en repoussant à peine la main :

« Je ne suis plus un enfant, Elen. S’il te plaît, qu’est-ce que les soldats vont penser de moi si tu me fais ça en public ? »

« Ooooh, ils penseront que du bien. Souvent les rois et reines impressionnent par leurs auras, montrant par là qu’ils sont intouchables. »

« Je voudrais bien qu’ils gardent cette idée de moi et que je puisse alors ensuite… »

« Trop tard, Royan. Trop tard ! Tu es devenu un homme mais tu resteras toujours le petit frère du groupe. Désolé, c’est gravé dans la roche. »

« Pfff… Vraiment. Heureusement que vous n’êtes pas toujours là hein ? »

« Tu as parfaitement montré que nous te manquions bien trop pour que cela ne te fasse aucun effet, tu n’as pas besoin d’être gêné. »

Il ne l’était pas ! Il ne fallait pas qu’elle raconte n’importe quoi non plus hein ? Enfin, il n’allait pas le crier sur tous les toits. Elle exagérait vraiment quand elle le voulait. Cela se voyait qu’elle allait bien mieux.

« On ne devrait pas s’amuser aux dépends d’autrui. Surtout d’un membre de la royauté. »

« Tu seras un membre de la royauté à mes yeux quand j’aurais perdu la mémoire. Ce n’est pas encore prêt d’arriver, Royan, désolée pour toi. »

Il marmonna quelques paroles, disant que ce n’était pas vraiment juste, elle répliqua que oui, la vie était injuste. Mais maintenant qu’Elise s’était enfin calmée, ils allaient pouvoir retourner auprès d’elle et manger un bout comme les autres.

Un tel projet allait être enfin réalisé. Ce n’était pas un rêve. Bien sûr, elle avait évité de trop en parler avant de finalement se jeter à l’eau. Maintenant, elle s’en voulait presque d’avoir trop tardé à en parler.

Heureusement, elle avait pris son courage à deux mains et maintenant, elle sentait qu’elle allait bien dormir. D’ailleurs, Elen lui fit une petite remarque à ce sujet, ayant vu son air fatigué. Elle lui avait signalé d’aller se coucher, chose qu’elle fit bien vite.

Elen avait décidé de faire un petit tour de garde avec quelques soldats, songeuse. Elle s’imaginait un peu ce qui se passait à l’heure actuelle. Elle voudrait être aussi forte qu’Elise. Crier ce qu’elle désire et recherche. Elle l’avait dit quand elle avait retrouvé ses esprits, il y a plusieurs moi de cela.

Mais maintenant ? Elle en avait moins la force. Peut-être parce qu’il y avait eu de nombreux échecs par rapport à Tery. Que deux fois de suite, ils avaient échoué à se revoir correctement et à rester ensemble ? Il y avait tellement de raisons qui la faisaient reculer.

Mais bon… Avec ce tunnel, Tery ne serait pas qu’un lointain souvenir. Non, il sera définitivement près d’elle, ça sera du concret. Il n’aura pas à se faire d’illusions, loin de là. Elle est certaine qu’ils allaient être bientôt réunis, elle et lui.

Ah … Peut-être qu’elle devait trouver un projet plus concret ? Comme élever sa fille bien plus correctement qu’elle ne le faisait ? Elle n’avait aucune idée pour savoir actuellement, cela allait ou non. D’habitude, elle avait l’aide de la mère de Tery mais ici, elle devait apprendre à se débrouiller seule ou presque.

Car oui, heureusement, les femmes du groupe venaient l’épauler, du moins, celles qui étaient déjà mères de famille. Le plus surprenant à ce sujet restait les femmes démoniaques. Elles semblaient avoir à peine son âge et pourtant, certaines lui disaient qu’elles avaient déjà plusieurs enfants en âge de partir à la guerre.

D’ailleurs, l’une d’entre elles était justement venu avec son fils et sa fille. Et ils étaient présents ! En les regardant, elle avait bien remarqué les similitudes mais bon… Enfin, toute aide était bonne à prendre et elle avait accepté le coup de main de la part de cette femme.

C’était d’ailleurs grâce à ce coup de main qu’elle avait compris à quel point les démons étaient pareils que les gens de la surface lorsqu’il s’agissait d’élever leurs enfants. Du moins, à la base, car elle n’en savait rien pour leurs éducations. Bien que les deux enfants de cette démone semblaient la respecter et lui obéir. Ah, repenser à ça lui avait permis d’évacuer un peu ce stress avant d’aller se coucher. Elle allait bien dormir, auprès de sa fille.

Chapitre 25 : Une invitée non-annoncée

Chapitre 25 : Une invitée non-annoncée

« Eh bien ? Je pensais être rouillé mais il semblerait que je ne sois pas si usé que ça. Vous ne profitez pas un peu pour vous relâcher pendant mon absence ? »

L’homme à la chevelure noire avait le sourire aux lèvres. Rien de prétentieux, plus amusé qu’autre chose alors qu’il tenait deux petit labrys dans ses mains bien qu’une aura les entourait, signe qu’ils étaient dans un entraînement. Aux pieds du maréchal, plusieurs soldats étaient au sol, certains étant sonnés par les coups.

« Aie, aie, aie, ça faisait mal tout ça, quand même. »

« Difficile à croire qu’il ait moins le temps de s’entraîner ! »

« Hmm ? Mais je ne crois pas avoir dit cela. Même si je ne peux plus venir aussi souvent aux entraînements, il faut bien que je me maintienne de mon côté, vous savez, les gars. Sinon, je vais finir par me ramollir et ça, je veux éviter hein ? »

« Hey, mais ça, nous n’étions pas au courant ! »

« Eh bien, maintenant vous le serez, n’est-ce pas ? Allez, on se relève ! J’ai encore envie de m’entraîner de mon côté, ne me dites pas que vous êtes déjà fatigués hein ? »

« Dites ? Je peux participer, moi ? Hahaha ! »

Hmm ? Une voix féminine accompagnée d’un certain rire qu’il ne reconnaissait pas. Son regard se tourna vers une étrange femme… qui ne portait pas l’uniforme des soldats de Shunter. Pour autant, cela n’avait rien de si anormal puisqu’elle avait de nombreux attributs la désignant comme une citoyenne de Claudiska. Des membres de cette race existaient dans l’armée de Shunter mais ils étaient rares.

« Et vous êtes ? Car je ne crois pas que vous faites partie des soldats de Shunter. Voire même que vous êtes une citoyenne de cette ville. »

« AH ! Je me disais bien que j’avais complètement oubliée quelque chose ! Dire que ce n’est pas la première fois que l’on m’en fait la remarque en prime, hahaha ! Je m’appelle Krawnia, enchantée ! J’étais la personne en charge de la tour de Pirsey, tour qui culmine dans les cieux comme à son habitude, héhéhé ! »

La tour de Pirsey ? Là encore, on touchait un peu à la légende bien qu’elle était bien réelle. La femme ne semblait pas mentir, avec son aile de chauve-souris d’un côté, une de corbeau de l’autre… et ses yeux dorés. Elle avait une allure assez étrange, surtout avec ses longs cheveux noirs. Et il n’avait aucune explication mais il ne ne sentait pas à l’aise sous ce regard doré qui se posait sur lui.

« Pourquoi est-ce que la femme en garde de la tour de Pirsey se trouve ici ? »

« Eh bien, c’est simple ! J’ai cru entendre que beaucoup de gnomolds venaient par ici dernièrement mais surtout, je voulais retrouver quelqu’un ! Je n’ai pas l’impression qu’il soit là, c’est dommage, vraiment dommage. Aaaaah ! Où est-il ? »

« Qui donc ? Et donc que faites-vous par ici ? »

« Hum ? Je ne sais pas si je m’exprime correctement mais je pensais que si. J’ai signalé que je cherchais quelqu’un. J’ai remarqué quelques vilains gnomolds mais j’étais trop occupée à espérer le revoir que je ne me suis pas intéressée à eux. »

« Qui est cette personne que vous recherchez ? »

Il n’aimait pas particulièrement se répéter mais cette femme semblait assez folle. C’est pourquoi il restait quand même méfiant. Elle se tourna vers Hémurion, déclarant :

« Mais Tery Vanian, bien entendu ! Qui d’autre pourrait donc m’intéresser ? L’adepte d’Alzar, le tueur de géants, je ne peux que parler de lui ! »

« Tery ? Encore une personne ? Et qu’est-ce que vous lui voulez exactement ? »

« Mais l’accompagner, bien entendu ! Il ne pourrait en être autrement ! Ah… Les gens sont vraiment si simplets à Shunter. Bon, où est-ce qu’il est ? J’imagine que vous n’allez pas vouloir me le dire sauf si je dois me battre contre vous ? Vous ne seriez pas le premier, hahaha ! Et sûrement pas le dernier ! »

« Hum, je vois, je vois. Malheureusement, je ne peux pas vous dire où se trouve Tery Vanian. Il en va de sa sécurité. »

« Hein ? Tu le sais donc… et tu ne veux pas me le dire ? Mais c’est vraiment vilain de ta part, vraiment très vilain, tu sais ? »

« Ce n’est pas une question de vilenie de votre part. Tant que je ne sais pas quels sont vos objectifs réels, je ne peux pas vous permettre de vous guider. »

« Ah… Vraiment, au moins, cela change des autres excuses. Faudra pas trop se plaindre hein ? Bon bon bon ! Comment je vais faire alors ? Hmmm ? Faut donc faire comme si c’était un entraînement, c’est bien ça ? »

Elle semblait se désintéresser complètement de tout en réalité. C’était à peine si elle regardait Hémurion, l’air de lui demander s’il voulait vraiment se battre. Un soldat, légèrement plus grand que les autres, se rapprocha d’elle tout en disant :

« Vous inquiétez pas, maréchal Hérmurion ! Je vais me char… »

« Oh du balai, le gros. » coupa sèchement Krawnia tout en pointant une main vers le soldat, produisant une bourrasque qui le projeta contre un mur. Aussitôt, les autres soldats se positionnèrent en formation d’attaque, armes pointées vers elle. « Vous en faites pas, il est pas mort, juste un peu secoué et il aura mal au dos. J’ai pas que ça à faire, hahaha ! »

« Bon, visiblement, je sens qu’il n’y a pas d’autres alternatives hein ? Je ne voulais pas en arriver là… mais en même temps, si je refuse un duel qui protégerait Tery, je crois qu’elle m’en voudrait énormément. »

« Hmm ? Qui qui en voudrait à qui ? J’ai l’impression que tu me caches quelque chose. Va falloir s’exprimer plus correctement après ta raclée ! »

« Tu parles beaucoup mais dans ce duel, tu ne comptes pas utiliser tes lignes, j’espère ? Cela serait vraiment décevant si tu comptes revoir Tery. »

Il voulait gagner un peu de temps. Il n’avait aucune idée de son but réel à cette femme ailée. Il ne savait pas si celle-ci était une ennemie ou non. Elle ne semblait pas concrète et lucide le moins du monde. Il ne pouvait pas prendre de risque pour le moment.

Tenant fermement ses deux labrys dans ses mains, il observa Krownia avec attention, attendant de voir ce qu’elle allait utiliser comme arme dans ce combat. Elle sembla songeuse, se mettant à siffloter avant d’avoir un large sourire.

« Bon, ce n’est pas tout ça mais je vais faire pour que ça soit un peu accéléré hein ? Faudra pas m’en vouloir mais si je dois attendre encore un peu plus de temps pour le retrouver, je ne voudrais pas devenir complètement folle hahaha ! »

« Tu est certaine que ce n’est pas déjà le cas ? »

Il avait demandé sans ironie aucune, fixant simplement Krownia qui avait fini par faire apparaître un long manche entre ses doigts, une lame courbée se trouvant à l’un des deux bouts. Une faux. La lame était recouverte d’une légère aura bleue, signe qu’elle n’affecterait pas avec son véritable tranchant.

« Est-ce que je dois promettre de ne pas vous tuer ? Il vaut mieux prévenir que guérir, n’est-ce pas ? Cela serait vraiment dommage que le maréchal ne décède lors d’un simple entraînement hahaha ! Ce n’est pas ça ? »

« Il vaut mieux que tu te taises. »

Il avait arrêté de chercher à tutoyer cette… personne. Cela ne servirait à rien, aucun résultat ne pourrait être convenable pour un être comme elle. Elle utilisait une arme avec une allonge bien plus importante que ses haches. Il n’y avait alors pas cinquante solutions pour réussir à l’atteindre. Il suffisait de… foncer sur l’adversaire !

« Ooooh ? La seule prise de contact que je veux avec un homme, ce n’est pas avec ta personne. Tu m’excuseras de ne pas te laisser t’approcher ! »

Hein ?! Il s’arrêta dans son mouvement de course alors qu’elle venait de brandir sa faux pour tracer une ligne horizontale sur le sol, comme un chemin à ne pas traverser. À quelques centimètres de cette dernière, il pouvait remarquer la profondeur de la ligne.

« Tu caches bien ton jeu, n’est-ce pas, Krawnia ? »

« Hmm ? Mais je n’ai jamais cherché à ne pas dévoiler ma puissance. Ce n’est que comme ça que l’on se fait respecter dans ce monde, non ? Il faut écraser complètement toute volonté de recommencer à me provoquer en duel chez l’adversaire. »

« Tu es vraiment cinglée… même si c’était déjà connu depuis le temps. »

Et le temps était relativement court vu que cela faisait à peine quelques minutes qu’il connaissait cette femme. Il n’avait aucune idée de ce qu’elle allait emmener comme ennui mais une chose était certaine : il n’allait pas la laisser faire !

Maintenant qu’il avait plus ou moins jaugé l’allonge de l’arme de Krawnia à cause de l’attaque qu’elle avait faite, il savait comment réagir. Il se rapprochait de son adversaire une nouvelle fois mais avec un peu plus de sécurité dans les mouvements.

« Dis-moi, tu n’es pas maréchal pour rien hein ? »

Pourquoi est-ce qu’elle posait la question maintenant ? Il la regarda un peu de travers, amorçant un coup avec son labrys, coup qui était aussitôt paré. Malgré la force dans sa frappe, la lame ne vint même pas s’enfoncer dans le bois de la faux.

« Je me disais que tu étais un peu plus fort que la moyenne en fin de compte, hahaha ! Même si ça ne sera pas suffisant pas du tout ! »

« Il vaudrait mieux pour toi que tu te taises, jeune femme. Tu parles beaucoup trop. »

« Faut bien faire un peu de conversation ! Les autres ne s’en privaient pas, disant qu’ils allaient alors m’éclater, m’écarteler, me faire des choses et tout le reste. Mais toi, tu ne dis rien du tout. C’est presque vexant ! »

Le dialogue était inutile avec cette femme. S’il voulait rester concentré, c’était son problème. Il n’avait pas à chercher à dialoguer avec cette folle. Le souci, c’est qu’il ne pouvait pas envisager de la tuer. Il était certain qu’elle n’était pas… mauvaise envers Tery mais elle allait causer de gros problèmes s’il la laissait faire.

Le combat continua pendant plusieurs minutes, Krawnia semblant plus s’amuser qu’autre chose avec Hémurion, ce dernier n’étant pas pour autant en reste. Il tenait aisément face à Krawnia même si celle-ci n’était visiblement pas autant sérieuse que lui.

« Vraiment, tu te débrouilles bien ! Je ne pensais pas que ça existait des combattants aussi bons que ceux qui accompagnaient Tery ! »

« Je suis le maréchal Hémurion. Je suis l’homme qui gère les affaires du royaume de Shunter quand la reine Manelena n’est pas là. Si je dois tomber face au premier adversaire qui apparaît à l’improviste, je… »

« Bon ! J’en ai assez ! Cela ne m’amuse plus ! J’ai pas envie d’être obligée d’utiliser la magie alors que j’ai dit que je n’allais pas le faire ! »

« Est-ce que je considère que tu abandonnes le duel ? »

« On va dire ça comme ça ! Pfff ! Ce que c’est chiant, je voulais juste savoir où était Tery, moi ! Il n’est pas revenu après tout ce temps et avec ces démons qui sont apparus un peu partout, j’en avais assez de la tour, moi ! »

« Si tu te calmes et que tu évites d’être aussi agressif ou folle, je pourrais te répondre. »

Le fait qu’elle décide d’arrêter le duel alors qu’il savait pertinemment qu’il aurait perdu avec le temps, montrait qu’elle n’était pas complètement « cinglée ». Il y avait donc une possibilité de discuter avec elle, tant mieux.

« Je vais t’écouter alors. Où est-ce que Tery se trouve ? Il s’est passé quoi ? Toutes ces choses ! Je ne peux pas rester là sans rien faire ! Hahahaha ! »

« Hum… Si tu veux tout savoir, tu ne trouveras pas Tery à la surface. Il est malheureusement parti depuis des mois voire plus d’une année dans le monde souterrain. Je pense que tu es quand même au courant au sujet des démons, non ? »

« Tsss, oui, ces démons. De véritables plaies mais j’ai trop à faire pour me préoccuper d’eux ! Ce sont donc eux qui ont enlevé Tery ? Je vais leur faire payer ! »

« Non, non, ce n’est pas ainsi. Ah… Suis-moi, je ne peux pas forcément en parler à voix haute devant tout le monde. Il semblerait que tu n’es au courant de rien, ce qui n’est pas étonnant. Tu connais à peine Tery, tu ne peux pas tout savoir à son sujet. »

« Oh que si ! Je connais tellement de choses ! Mais il est disparu de mes radars depuis… ce que vous avez appelé l’ouverture qui a emmené les démons ! »

Ah… Vraiment. Ils allaient devoir reprendre tout depuis le début. Pour autant, cela ne le dérangeait pas. Au moins, elle n’allait pas causer plus de problèmes qu’il n’en faut. Il avait encore beaucoup à faire avec elle mais tant mieux… cela serait ennuyeux qu’elle cause plus d’ennuis avec son caractère.

L’invitant à manger avec lui à une table, il cherchait principalement à canaliser son « exubérance ». Il allait plus la considérer ça ainsi qu’autre chose. Cela serait beaucoup mieux pour cette future discussion.

« Alors, par où je dois commencer ? Tu étais au courant pour Tery qui se trouvait à Omnosmos ou non ? »

« Bien sûr que oui, hahaha ! Je sais aussi pour ses parents, il n’y a aucun doute. Héhéhé. Enfin, ses parents et ses grands-parents. »

« Mais comment tu peux connaître ce genre d’informations ? »

« Oooooh ! Les nobles et les rois ne sont pas les seuls à avoir certains réseaux d’informations, hein ? Héhéhé… Je suis au courant de beaucoup plus qu’on ne pourrait le croire ! »

« Hum ? Ah bon ? Comment cela ? »

« Héhéhé ! Simplement, ça ne concerne que Tery, les autres personnes, je m’en fiche complètement. Même s’il est un peu trop bien entouré depuis toutes ces années. »

Il fronça les sourcils, comme s’il cherchait à cerner cette femme. Il semblait plus ou moins comprendre ce qu’elle était exactement et ce n’était pas forcément rassurant. Oui, elle était peut-être atteinte d’une démence bien caractéristique.

« Bref. Tery Vanian n’a pas posé un pied à la surface depuis un bon bout de temps. Te donner un endroit précisément serait impossible. Pour autant, si tu veux vraiment le trouver, tu ne vas pas avoir d’autres solutions que d’aller dans les différents repaires d’où sortent les démons. Y en a un peu partout dans le monde dorénavant. »

« RAAAAAAH ! Qu’est-ce que c’est inutile cet endroit ! Je me doutais bien qu’en venant ici, je n’aurais pas ce que je voudrais, raaaaah ! »

« Eh bien, je suis désolé au nom du royaume de Shunter, de ne pas pouvoir répondre à vos attentes. Il vous faudra pour autant vous y faire. Si vous voulez donc retrouver Tery, il va vous falloir vous rendre dans l’une des grottes, comme je l’ai répété. »

« Mais cet endroit, j’imagine qu’il est gigantesque, non ? Pfff ! C’est vraiment navrant. »

Elle marmonnait et maugréait, visiblement mécontente des évènements avant de finir par se lever, se dirigeant vers la sortie de la salle pour se restaurer. Elle reprit d’une voix un peu plus forte pour qu’Hémurion puisse entendre :

« Je n’ai donc plus aucune raison de rester ici. Je vais m’en aller ! »

« Évitez de causer quelques ennuis sur votre chemin, d’accord ? Si je dois apprendre qu’il y a quelques morts malheureux, je serais alors obligé de réagir en conséquence. »

« Hmm ? Oh, sauf s’ils le désirent vraiment, j’évite de tuer inutilement. J’ai bien mieux à faire que de perdre mon temps avec quelques cadavres derrière moi, hahaha ! »

« Hmm, si tu le dis. Tu es prévenue. Tu peux disposer maintenant. »

« Oh ? Et si quelques soldats décident de me barrer le passage pour que je puisse m’en aller, je suis autorisée à leur donner une petite leçon ? »

« Ils ne sont pas aussi ridicules au point de réagir comme des enfants mal éduqués. »

« Donc, je peux leur donner une petite leçon si nécessaire ! Merci bien ! C’est tout ce que je voulais entendre, hahaha ! »

Mais ce n’était pas ce qu’il avait dit ! Il la regarda partir, plus affligé qu’autre chose par cette femme qui ne semblait rien comprendre. Enfin, bon débarras ! Plus vite elle ne sera plus dans le château voire le royaume, mieux ce sera !

« Et bonne chance pour toi, Tery, pour la supporter. »

Il avait dit cela à haute voix bien que personne ne pouvait lui répondre. Simplement, il se demandait comment s’était passé réellement leur rencontre car il n’était pas stupide. Il voyait parfaitement à quel point elle était accro au jeune homme.

Et ce genre de femmes pouvait être un vrai souci, surtout qu’il savait que Tery n’était pas seul, loin de là. Il était en couple et surtout, avec Manelena dans les parages, il n’était pas vraiment certain que tout se passe bien, loin de là.

Ailleurs, déjà bien loin du château de Midès, la femme aux différentes ailes s’était déjà mise à les déployer avant de décoller dans les airs. Visiblement un peu agacée par le fait de ne pas avoir retrouvé Tery, elle marmonna pour elle-même :

« Je vais juste devoir trouver l’un de ces fameux démons, l’obliger à parler pour me dire d’où il est venu… et ensuite, je n’aurais qu’à explorer cet endroit. »

Explorer … et éliminer quiconque se mettra en travers de son chemin. Ah non, c’était un peu extrême comme réaction, d’après la petite discussion qu’elle avait eu avec le maréchal Hémurion. Hmm… Maintenant juchée sur l’une des plus hautes branches d’un arbre, elle s’était mise à étudier autour d’elle.

Elle pouvait apercevoir des gnomolds qui rejoignaient leur groupe, quelques animaux qui en pourchassaient d’autres… mais rien qui ne semblait ressembler à un démon. Oh, elle s’était quand même renseigné par rapport à ces derniers. Ils avaient des cornes et des yeux rouges, petit détail supplémentaire : ils avaient aussi les pouvoirs d’Alzar.

« Ils peuvent être autant démoniaques qu’ils le désirent, ils ne remplaceront jamais Tery ! »

C’était même une évidence à ses yeux. ENFIN BON ! Elle allait se diriger vers un village. Elle ne manquait pas forcément de vivres et autres mais elle était toujours amusée par les réactions effrayée de ces personnes. Oui, ils étaient tous horrifiés à cause de ses ailes, c’est bien pour cela qu’elle était là, ici, seule… en attendant de retrouver Tery.

« Pfiou… J’imagine que je vais devoir allez étudier les alentours. Si ce sont des démons millénaires ou je ne sais quoi, ils ne doivent pas avoir une grotte proche de la capitale de Shunter de toute façon. Ils ont sûrement bien d’autres idées en tête, ah ! »

Surtout, elle ne pensait pas qu’ils seraient assez stupides pour se jeter à corps ouvert dans un monde inconnu. Elle ne pouvait pas prétendre ne pas les comprendre. Elle avait ressenti la même chose auparavant mais maintenant, c’était bien différent. C’était totalement différent… ce qui s’offrait à elle, c’était une existence auprès de Tery.

Un homme qui l’avait vraiment considéré pour ce qu’elle était. Elle ne pouvait pas oublier cet homme, c’était tout simplement impossible. C’était celui qui lui était destiné.et qu’elle attendait depuis qu’elle était née.

« Personne ne mettra la serre sur Tery sans passer par moi, il en est hors de question ! Si une femme tente de s’en mêler… »

Cette fois-ci, il n’y aura plus de gentille Krawnia. Même si nul n’était là pour l’observer, elle fit briller les serres qui remplaçaient ses pieds, signe que sur le moment, elle serait bien capable de mettre sa menace à exécution. Mais pour ça, il fallait déjà réussir à retrouver Tery, ce qui n’était pas une mince affaire.

Mais elle avait eu un indice précieux, à ne pas ignorer. Tery… Tery… Tery… Elle répéta ce nom gaiement avant de reprendre son envol au-dessus d’une première forêt. Elle allait très vite retrouver ce qu’elle recherchait, elle en était certaine. Les paroles d’Hémurion avaient été la dernière chose dont elle avait besoin.

Chapitre 24 : Prêts à tout révéler

Chapitre 24 : Prêts à tout révéler

« Maréchal Hémurion ! Maréchal Hémurion ! »

« Hmm ? Qu’est-ce qui se passe pour que vous soyez autant apeurés ? »

« Des gnomolds ! Toute une troupe de gnomolds cherche à voir la reine Manelena ! Qu’est-ce que nous faisons ? On ne peut pas les repousser ! Ce n’est pas ce que la reine désire ! »

« Hmm… Elle m’avait bien dit de me méfier d’eux et en vue de la situation actuelle, cela se comprend parfaitement. Avec les informations données par nos éclaireurs, ils sont sûrement au courant que nous ne sommes guère prêts à les pardonner et à faire comme si de rien n’était en vue de leurs actions. Néanmoins, laissez rentrer les gnomolds les plus importants, comme leur chef, leur message ou quelqu’un du genre. »

L’homme assis non pas sur le trône, il n’oserait jamais, mais sur un siège de très bonne facture, installé néanmoins dans la salle du trône, fit un petit mouvement de la main pour inciter le soldat à se mettre en action.

Celui-ci bredouilla quelques mots, hochant la tête vivement, soucieux et inquiet avant de s’éloigner à toute allure et vitesse, partant comme s’il avait un démon aux trousses, prêt à tenter de le tuer sans crier gare.

Quand même. La reine était une sacrée femme. Le nommer maréchal de la nouvelle armée de Shunter mais en même temps, éviter qu’il n’aille sur le devant de la scène face aux démons et aux gnomolds. Résultat, il avait plus la sensation qu’elle lui avait donné ce titre pour qu’il puisse la remplacer lorsqu’elle partait sur le terrain qu’autre chose.

« Elle est quand même plus maline qu’une simple combattante. J’imagine que c’est ça qui nous différencie, elle et moi. »

Il savait parfaitement qu’il avait été manipulé comme un débutant mais… s’il avait accepté ce poste, c’est qu’à ses yeux, il n’y avait aucun doute sur le fait que Manelena était la reine parfaite pour Shunter. Du moins, celle que le peuple méritait même si parfois, il se demandait si elle n’en faisait pas un peu trop par rapport à Tery Vanian. Il savait de qui il s’agissait et il s’était renseigné à son sujet… mais voilà quoi.

Enfin, malgré tout cela, il savait bien que la reine Manelena était encore assez jeune et il fallait bien que jeunesse se fasse. De plus, Tery n’était pas un mauvais parti même si quelques histoires sur ses origines avaient été sources de rumeurs, bien souvent fondées d’ailleurs. Oui, il semblerait qu’il soit un démon, mais qu’en même temps, sa famille soit originaire d’Omnosmos.

Enfin dans tous les cas, elle n’avait pas choisi le parti le plus aisé car il semblerait AUSSI qu’il soit en couple avec une certaine demoiselle. Ah… Les histoires d’amour, c’était vraiment très compliqué. Au moins, cela prouvait que la reine de Shunter n’était pas non plus une femme parfaite, chose que le peuple ne désirait pas forcément.

« Ils en mettent du temps. Ne me dites pas que les gnomolds sont incapables de décider par eux-mêmes pour une chose aussi simple que celle-là ? »

Car oui, il était plongé dans ses pensées mais ça ne changeait rien au fait qu’ils n’étaient toujours pas présents et que cela devenait inquiétant. Il s’apprêtait déjà à se lever, signe d’un léger agacement avant d’entendre et voir les portes de la salle s’ouvrir, un léger rictus se dessinant sur ses lèvres.

Il avait du mal, beaucoup de mal avec les Gnomolds. Il n’était pas le seul, les soldats aussi n’étaient vraiment pas très motivés par ces derniers mais la reine Manelena avait fait des efforts pour leur tendre la main et tous n’étaient pas si mauvais. Pour autant, les gnomolds qui se trouvaient devant eux, étrangement, aucun ne semblait faire le fanfaron ou chercher à leur tenir tête. Reprenant la place sur son siège, il déclara :

« Veuillez vous présenter et expliquer la raison de votre visite. »

« Hey, c’est toi qui parle ou c’est moi ? »

Ils étaient au final que deux gnomolds et d’après l’allure qu’ils donnaient, c’était vraiment à se demander s’ils avaient ne serait-ce qu’une once de charisme. Ils étaient deux êtres de petite taille, même parmi les gnomolds. L’avait une armure de cuir sur le corps et un cimeterre à la ceinture tandis que l’autre était un peu plus intellectuelle de ce qu’il pouvait remarquer. Avec ses petites lunettes sur le museau, un livre dont la reliure en cuir était usée par le temps dans les mains, Hémurion attendait de voir lequel des deux allait finir par se présenter. Après une bonne minute de ce spectacle, il finit par dire :

« Je n’ai pas tout mon temps pour vos chamailleries à tous les deux. Et je ne vais pas me répéter. Vous ne me semblez pas être des troubles-fête donc exprimez vous. »

« Bon euh, j’y vais ! Nous… Nous sommes là pour savoir ce que le royaume de Shunter a décidé à l’encontre des gnomolds par rapport aux actions de certains d’entre eux lors des dernières attaques contre les démons ! »

« Hmm ? Cela, n’est-ce pas ? Vous devriez donc avoir plus ou moins une idée, non ? »

« Nous… Nous préférons l’entendre de vive voix. Même si tous les gnomolds ne sont pas d’accord avec ce qui s’est passé, de nombreux chefs sont prêts à assumer leurs départs. »

« Hmm… Je voudrais déjà savoir ce qui est passé par la tête de vos compagnons gnomolds pour décider d’agir aussi stupidement après cette paix fragile qui était instaurée entre les différents pays et gnomolds. »

« Niark ! Euh… Pardonnez-moi, c’est une mauvaise habitude ! J’ai reçu des consignes comme quoi, si cela s’avérait nécessaire, je pourrais vous raconter l’histoire de notre race, dans les détails les plus sombres. »

« Je ne suis pas certain que cela m’intéresse maintenant. Je veux plus obtenir une réponse à la question que je viens de poser. »

« Bien entendu, bien entendu ! Euh… Alors, c’est simplement plusieurs clans dissidents qui se sont alliés avec les Mékalarmiens pour éliminer les autres nations et les démons en même temps. De ce que j’ai appris, il semblerait qu’ils aient des armes surpuissantes. »

« Cela, je pouvais déjà le savoir, plus ou moins. Ce n’est pas suffisant. Pourquoi les gnomolds n’ont pas cherché à arrêter leurs congénères ? »

« Vous pourriez poser la même question aux honoriens, non ? Les clans évitent de s’ingérer dans les affaires des autres clans. Question de bon sens pour éviter des guerres entre nous. »

Ce n’était pas le gnomold à lunettes qui avait pris la parole pour lui répondre mais l’autre, celui avec son armure en cuir. Il avait presque répondu avec un peu de dépit, comme si la question de la part d’Hémurion était aberrante.

« Hum. Au moins, vous ne tentez pas de vous dédouaner en vous faisant passer pour des victimes. Je pense que nous allons pouvoir alors discuter un peu plus sérieusement de toute cette histoire. Suivez-moi donc, la salle du trône n’est pas forcément la mieux placée et il faut que les différents conseillers et militaires puissent aussi vous entendre. »

« Non, non ! Nous ne sommes pas là pour parler à tout le monde mais seulement à la reine de Shunter ou alors à son maréchal. Vous êtes bien son maréchal, non ? »

« C’est exact… bien que ça soit un peu tard pour se poser la question, non ? »

Il avait répondu à son tour avec une petite pointe d’ironie bien qu’il s’agissait plus d’une taquinerie qu’autre chose. Quand les gnomolds ne se montraient pas hargneux, ils avaient tout d’une race assez amusante en soi.

« Oups ! Ah ouais, il a pas tort en fait ! Euh … Ben… Euh, ouais ! Enfin euh.. .Voilà quoi ! Si vous êtes bien son maréchal, on peut parler ! Enfin, on voulait vous expliquer pourquoi certains clans de gnomolds ont cherché à s’opposer à vous alors qu’auparavant, ils étaient de votre côté ! Enfin, du côté des différentes nations ! »

« Bah, ce n’est pas difficile que vous parlez des démons, non ? »

« Ouais, ouais, c’est bien ça ! C’est la faute aux démons, pas aux différentes nations ! Enfin, pas la faute aux démons spécifiquement, pas à tous les démons ! Enfin, nous sommes là justement pour tenter d’éclaircir le sujet ! »

« Et pourtant, vous semblez être encore embrouillés que moi sur le sujet. »

« Ah ben euh… C’est pas faux en même temps mais on nous a envoyé car nous étions doués ! Enfin, lui, l’est doué pour me protéger, moi pour parler ! »

« Ah oui, j’ai cru voir ça, je confirme. »

« Hey ! Faut pas se moquer de nous ! C’est vraiment sérieux ce qu’on est en train de dire ! Faut pas croire hein ! » s’exclama le gnomold à lunettes, sautillant sur place, tenant ses binocles pour éviter qu’elles ne tombent.

« Et depuis quand êtes-vous à cette position, l’un et l’autre ? »

« Euuuuuh… On peut y réfléchir un peu ? J’ai pas compté depuis longtemps ! »

Divertissant, comme deux petits animaux. Peut-être était-ce un peu prétentieux de sa part alors qu’il était un homme du peuple mais c’était vraiment ce qu’il pensait en voyant ces gnomolds qui devaient dans le fond être bien plus jeunes qu’ils ne voulaient le prétendre.

« Euh eh bien, de mon côté, ça doit faire quatre lunes ou cinq mais j’ai été éduqué par l’un des meilleurs druides gnomolds ! »

« Pour moi, cela doit bien faire un cycle lunaire. Enfin, le truc que disent les races comme vous pour le fait que ça fait un tour complet dans le monde. Vous appelez ça anniversaire pour les naissances, je crois bien ! »

« Donc une année environ, si j’arrive à saisir vos propos. Vous êtes assez jeunes en fin de compte, je ne m’y attendais pas. Comme quoi. »

« Mais mais mais ! C’est pas parce qu’on débute qu’on est pas à prendre au sérieux ! NIARK ! Les maréchaux, ça devrait pas se comporter comme ça ! »

« Ce n’est pas faux. C’est à moi de m’excuser. Mon comportement n’est pas tolérable et mes propos non plus. Néanmoins, j’ai bien pris conscience du fait que la majorité des gnomolds veut continuer à oeuvrer avec les différentes nations. Le message sera transmis à la reine Manelena quand elle reviendra. »

« Vous êtes sûr qu’elle reviendra ? »

« Elle est bien plus hargneuse et teigneuse qu’un gnomold. Si la reine succombait à une attaque de gnomolds et mékalarmiens, cela serait bien triste pour le royaume de Shunter. »

« Vous risque pas des ennuis en la décrivant de la sorte ? »

« Oh pas qu’un peu, mais bon… C’est vraiment une tête de mule, qu’importe ce que je dis ou je fais donc bon… «

« Euh… Donc, au final, qu’est-ce qu’il faut qu’on dise aux autres gnomolds, dites ? »

« Que Shunter n’est pas encore prêt à fermer toutes les voies diplomatiques à l’encontre des Gnomolds. Néanmoins, cela sera la dernière chance que l’on nous offrirons. Au prochain mouvement de la sorte, nous rentrerons dans une guerre avec pour but d’exterminer tous les clans des Gnomolds de Shunter. »

« Vous le pensez vraiment ? »

« Je le pense vraiment, oui. En tant que Gnomolds, vous ne devriez pas poser une telle question. Votre race est vraiment têtue et obtus quand elle le veut. »

« Euh ben d’accord ! Niark ! Je me demande si les autres avaient raison de nous choisir pour cette mission. T’en penses quoi, toi ? »

« Oh moi, j’en pense que tant qu’on sait qu’ils veulent pas nous tuer, ils seront contents là-bas ! Faut juste les prévenir que ça veut pas dire qu’ils ne nous tueront pas tout de suite ! »

« Allez, vous pouvez quitter la salle. Les soldats vont vous guider. D’ailleurs, je vais leur dire que vous pouvez passer par la cuisine pour prendre de quoi vous sustenter sur le chemin. »

« Niark ?! C’est vrai ?! On peut vraiment ? Z’êtes sympa comme faux roi ! »

Parfaitement. Il avait parfaitement compris le manège des gnomolds en envoyant ces deux… apprentis à lui. Il voyait parfaitement dans le jeu des gnomolds mais pourtant, il avait accepté de tomber dans ce petit piège. Les deux gnomolds quittèrent la salle du trône, visiblement enjoués alors qu’Hémurion avait bien prévenu les soldats.

Les Gnomolds savaient que pour une majorité de race, envoyer des débutants à peine sortis de l’enfance et adolescent, pourrait jouer sur les émotions du leur interlocuteur. Oh, il était raisonnable pour ne pas tomber dans le piège. Simplement, les gnomolds avaient bien montré leur désir de se faire pardonner.

Manenela avait été claire à ce sujet. Elle désirait absolument que tout se passe pour le mieux avec les gnomolds. Elle semblait avoir plusieurs coups d’avance et il comprenait pourquoi malgré le fait qu’il ait été chef des rebelles, il était bien en retard par rapport à elle et sur beaucoup trop de plans pour que cela soit possible à rattraper.

Ah… Et dire qu’il devait aussi préparer les réunions avec Traslord et les autres nations. Sauf Mékalarma. Autant il n’y avait aucun doute à ce sujet que Manelena envisageait de travailler sur le pardon avec les Gnomolds, autant pour les Mékalarmiens, elle n’exprimait aucune pitié envers ces derniers.

En un sens, il comprenait son point de vue. Les Mékarlarmiens étaient d’une grande intelligence, ayant souvent montré preuve d’une certaine ingéniosité. Mais malheureusement, les trois quarts du temps, elle était mise à mauvaise contribution, cherchant à éliminer les autres nations sans même laisser la possibilité de discuter.

Autant dire que pour le coup, là encore une fois, il était d’accord avec elle. Hum… Maintenant qu’il était à nouveau seul dans la salle du trône, il ressentait à nouveau un certain ennui. Ce silence était pesant et il marmonna pour lui-même :

« Tsss, quand même, c’est pas difficile de comprendre pourquoi elle préfère carrément aller sur le terrain. Que c’est barbant. »

Oh, bien sûr, des rois et reines qui aiment rester sur leur trône des jours durant, cela existait et c’était même bien plus fréquent qu’une reine comme Manelena. Mais il avait la sensation que le monde avait changé avec son ascension mais aussi aussi du jeune Royan sur le trône de Traslord. Il ne savait pas si cela était à cause des actions de Tery mais en quelques années, tout avait été bouleversé.

Et le bouleversement était global. Les créatures légendaires n’étaient plus des mythes, étaient mortes peu de temps après être apparues, les démons de certaines légendes rumeurs et légendes existaient pour de vrai, des forces surnaturelles étant présentes partout dans ce monde. Des guerres avaient eu lieu, des alliances avaient été formées, mais pas uniquement. Tout avait été tellement… rapide qu’il était possible de se demander si dans le fond, le monde entier n’était pas plongé dans un rêve permanent… ou un cauchemar.

« Ah… Maréchale Manelena, ou reine Manelena. Vous avez réussi à vous entourer d’une sacrée bande de personnes. »

Ah… Mais c’était une excellente chose. Simplement, lui qui avait été le chef des rebelles, il se demandait en fin de compte si c’était vraiment la position qu’il désirait actuellement. Celle de remplacer la reine en son absence.

« Je vais finir par croire que je me suis trompé de voie depuis le début. »

Pourtant, il connaissait ses propres qualités. Il n’avait pas guidé ces peuples issus des milieux pauvres et défavorisés, à cause des évènements causés par l’ancien roi, comme ça, juste pour le désir et par sa voix. Non, il était comme eux. Il avait subi. C’était juste… que pour lui, les évènements se rattachaient principalement à Shunter.

« Et de son côté, la reine Manelena voit ça de manière plus globale, sur l’ensemble de ce monde… mais aussi souterrain. Elle est impressionnante. »

C’était peut-être pour ça que le peuple lui faisait confiance. Dans le passé, le précédent roi avait été un excellent combattant mais lui-même avait appris de la part de la reine Manelena que le roi avait été manipulé lentement mais sûrement par le grand prêtre pendant de longues années, sans qu’elle-même ne puisse y faire grand-chose.

Le grand prêtre. Cela avait été source de rumeur car il avait été rare qu’il se présente. Un homme qui se basait sur la religion de Zélisia. Dans les faits, il n’y avait jamais eu réellement de culte par rapport aux divinités. Certains priaient Zélisia dans quelques villes et villages mais il n’y avait jamais eu de culte officiel.

C’était pourquoi de son propre côté, il avait toujours trouvé cela suspicieux que le roi s’entoure d’un homme comme lui, sachant que le dit-homme ne cherchait même pas à prendre le pouvoir ou à mettre en avant la déesse Zélisia. Mais c’était lui qui avait été responsable de l’éveil des créatures légendaires.

« Et indirectement, c’est l’actuelle Reine qui avait aidé à cela via des médaillons. »

Oui. Elle devait vraiment lui faire confiance pour dévoiler des choses aussi importantes. Prétendre que ça ne lui plaisait pas serait un mensonge. La reine Manelena savait qu’elle pouvait compter sur lui. Qu’elle ne voulait pas cacher la vérité même sur des points assez personnels comme son amour pour Tery.

Elle lui avait demandé s’il aimait quelqu’un et il avait signalé que oui, mais que cette personne était morte depuis des années, à cause du roi indirectement. Celui-ci, de part ses actions de recherches et de fouilles des médaillons, avait causé beaucoup de tort dans de nombreux petits villages.

Et dès l’instant où certains pouvaient profiter de leur position de force, ils n’hésitaient pas. Que cela soit un noble ou un simple soldat. Hmm… Hmm, il valait mieux qu’il arrête d’avoir ce genre de pensées. Il ne gagnerait rien du tout à se rappeler ces souvenirs douloureux. Tout cela était maintenant du passé et derrière lui. Il devait se tourner vers l’avenir et tout faire pour qu’il soit radieux pour l’ensemble de Shunter et ses habitants.

« Hey, maréchal Hémurion, vous revenez quand sur le terrain d’entraînement ? »

« Hmm ? Est-ce une façon de s’adresser à celui qui dirige le royaume en l’absence de la reine Manelena ? » questionna l’homme dans sa trentaine, attendant quelques secondes avant de sourire à un soldat qui était accompagné par un autre. Plongé dans ses pensées, il se promenait dans les couloirs du château royal et avait fini par tomber sur ces deux personnes.

« Oh euh… Désolé ! C’était pas voulu, maré… »

« Ne vous inquiétez donc pas. Je ne fais que plaisanter. Et ça serait avec grand plaisir. Il faut que l’on se rappelle que l’ancienne maréchale n’hésitait pas à aller sur les têtes des soldats pour leur apprendre la discipline, non ? »

« Euh et plus encore. Mais enfin, la reine Manelena n’agissait pas de la sorte par pur désir sadique. Faudrait pas que vous fassiez ça comme elle en pensant que c’est une bonne méthode hein ? Vous avez pas du tout les mêmes enseignements et… »

« Je suis plus un soldat qu’autre chose. Si on espère de moi que je puisse faire apprendre quelque chose aux soldats, ils n’ont pas vraiment de chance. »

« Faut pas dire ça comme ça ! Vous êtes un excellent tacticien ! »

Tacticien, ce n’est pas entraîneur. Mais il voyait que le soldat, qui avait fait partie des troupes rebelles à l’époque de l’assaut sur Midès, n’allait pas changer d’avis. Hémurion poussa un petit soupir avant de répondre :

« Au point où j’en suis, un peu d’exercice ne peut pas me faire de mal. Nous allons nous y rendre alors ! Vous pouvez me guider ? »

Pas besoin de dire que même si cela faisait déjà quelques temps qu’il officiait en tant que remplaçant de la reine Manelena, il ne connaissait toujours pas totalement les lieux. Bien sûr, il avait tout visité mais… en même temps, malgré tout ça, il se perdait assez fréquemment. Ces bâtiments gigantesques étaient un certain luxe que des familles nobles adoraient mais ce n’était pas du tout son style.

« Ah mais avec joie ! Suivez-nous donc ! Je pense que les copains vont être contents de vous revoir. Vous pouvez moins venir. »

« Ah ça… Ce n’est pas à moi qu’il faut s’en plaindre. J’espère quand même que les nobles ne viennent pas vous… enquiquiner, n’est-ce pas ? »

« Oh non, de ce côté là, nous sommes assez tranquilles. Peut être qu’ils ont compris que ça ne servait à rien de s’opposer aux décisions de la reine ? »

« Disons que certaines mentalités ont changé. On va pas dire que tout est parfait dans le meilleur des mondes mais qu’il y a eu de grandes améliorations. »

Et maintenant, il avait fini de discuter avec les deux soldats, arrivant jusqu’au terrain d’entraînement. Hmm, oui ça lui ferait du bien. Il était un peu rouillé.

Chapitre 23 : L’amour du Dévoreur

Chapitre 23 : L’amour du Dévoreur

« Je n’ai pas de père, ma mère a été un simple objet bon être fécondé, je me demande à quoi je vais réellement servir dans ce monde ? »

« Tu ne va pas commencer à désespérer non plus, Tery. Ne t’inquiète pas pour ça. »

« Manelena, je voudrais bien te voir. Est-ce que tu vois ce que ça veut dire ? Que je suis juste… je ne sais même pas ce que je suis ! »

« Tery Vanian, imbécile qui se rapproche de ces vingt-cinq ans, je crois bien. J’ai arrêté de compter à force, je ne sais pas quelel date nous sommes. Tu es peut-être plus vieux maintenant. Mais bref, tu viens du village de Leskar, tu as une mère adorable bien qu’avec un très fort caractère quand elle le décide. Tu as passé la majorité de ta vie reclus dans ta maison depuis l’attaque de ton village par les gnomolds, ainsi que la mort de ton père qui a tenté de te livrer aux gnomolds pour survivre. »

« Je n’ai pas besoin d’un cours sur mon existence, Manelena, je… »

« Non, tu n’as pas à me couper la parole. Tery, tu as été libre de décider par toi-même pendant des années. Pourquoi est-ce que ça changerait maintenant ? C’est grâce à toi si je ne suis plus simplement la maréchale Nali mais… Manelena, la reine de Shunter. Tu m’as permis d’être différente, d’envisager une autre vie. »

« Oui mais la mienne était toute tracée… et quelle trace ! C’est tellement… »

« Je vais te forcer à la boucler, Tery ! »

Et cette fois-ci, c’était à nouveau à elle d’amorcer l’attaque. Sans prévenir, elle le coucha sur le lit, collant ses lèvres sur les siennes, bloquant ses bras pour l’empêcher de se mouvoir. Il chercha à se débattre pendant quelques secondes avant de se laisser succomber à cette étreinte des plus agréables. Le baiser continua pendant une bonne minute, Manelena n’étant visiblement pas prête à le laisser respirer puisqu’elle mêlait sa langue dans la bouche de Tery, faisant une intrusion digne d’une dévergondée.

« Je crois que c’est le bon moment pour que j’ai à te le dire, Tery Vanian. »

« De… De quoi, Manelena ? » murmura le jeune homme, encore un peu hébété, la femme aux cheveux argentés essuyant la salive de ses lèvres de quelques doigts, restant au-dessus de lui.

« Alors, je veux que tu te rentres ça dans le crâne. »

Elle avait fini par relâcher ses bras, prenant son visage à deux mains, ses yeux rubis plantés dans ceux émeraude du jeune homme. Son visage était si près de celui de Tery, il pouvait sentir son souffle contre ses lèvres :

« Je t’aime. C’est compris ? Je vais pas te faire un grand discours et te donner tous les détails qui expliqueraient pourquoi je t’aime mais il que ça reste coincé dans ton esprit : je ne vais pas aimer n’importe quel homme. Je ne vais pas aimer un ersatz ou une parodie de démon ou de personne de la surface. La personne que j’aime, ce n’est pas une amourette. »

« Tu avais dit pas de longs discours, Manelena et pourtant, ce que tu… »

« Tu ne sais jamais quand tu dois te taire. Bon sang, j’avais ce poids sur la conscience. Je ne suis même pas certaine de t’avoir signalé mes sentiments dans la bibliothèque de tes grands-parents à Omnosmos. Maintenant, c’est fait. »

« Mais comment est-ce que tu peux… et avec ce que l’on a appris, je… »

« Encore une fois, je n’ai pas attendu les révélations pour décider de t’aimer. Bien entendu, si cela avait des révélations horribles comme par exemple, je ne sais pas, que tu manges des bébés mékarlarmiens, là, je crois que j’aurais décidé de de tuer de mes propres mains. »

« Mais je suis le descendant ou je ne sais quoi… du Dévoreur. C’est un démon qui a causé tellement de… »

« Le Dévoreur est le Dévoreur. Ce n’est pas parce que tu as son sang que tu es obligé de suivre sa voie. Je suis peut-être mal placée vu qu’au final, je suis devenue la reine de Shunter alors que mon père m’a renié pendant tout ce temps mais ça ne change rien du tout ! Raaaaah ! Comment est-ce que je peux expliquer tout ça à monsieur tête de veau. »

Hein ? C’était quoi cette insulte ? Il cligna des yeux, se demandant si Manelena venait vraiment de l’insulter de cette manière ? C’était juste qu’il n’avait aucune idée de ce que ça voulait dire exactement. Il était vraiment perplexe sur le coup. Surtout que c’étiat une insulte vraiment… ridicule, non ? Il ne savait pas vraiment quoi penser.

« Tery ? Dormons tous les deux. L’empereur nous a dit que nous pourrons discuter à nouveau de tout ça. Oh… Et j’ai bien précisé dormir. De toute façon, nous serons tranquilles. »

Et voilà qu’elle déposait un nouveau baiser sur ses lèvres, s’installant à côté de lui avant de le prendre dans ses bras sans aucune gêne. Avec tout ce qui s’était passé, il ne savait pas exactement sur quel pied il devait danser mais dans tous les cas, il allait accepter la proposition de Manelena.

La tête nichée contre son corps, il trouva bien plus rapidement le sommeil qu’il ne l’aurait pensé. Manelena, quant à elle, restait éveillée, l’observant dormir. Parfois, elle avait quelques spasmes nerveux, ayant du mal à contrôler la colère qui l’animait, les traits de son visage se distordant sous la colère, puis quelques secondes plus tard, elle retrouvait un visage beaucoup plus serein.

« Ah… Ce qui est fait est fait… Si je m’attardais vraiment sur ma féminité, j’aurais vraiment commencé depuis des années. »

Et puis, ça ne servait à rien de continuer à penser à ça. Si elle… cherchait vraiment une raison à ça, elle allait à nouveau se plonger dans une colère sourde et stupide, qui ne mènerait à rien. Et puis, en voyant Tery dormir de la sorte, il était le parfait exemple de l’eau qui dort. Jamais, elle n’aurait imaginé qu’il soit capable d’un tel acte. Et même si cela avait été à dessein, ce qui avait été fait avait été fait. Oui, elle se répétait mentalement ce qu’elle venait de prononcer quelques instants plus tôt. Finalement, c’était à son tour de dormir d’un sommeil plus profond qu’elle ne le pensait.

Le lendemain, Tery avait demandé à retrouver le monarque pour pouvoir à nouveau parler de cette histoire. Il voulait plus de réponse, plus de détails, plus d’informations sur le Dévoreur. Moins de trente minutes s’écoulèrent et les voilà à nouveau dans le couloir menant aux quartiers personnels du Monarque.

« Que cherches-tu exactement comme informations, Tery ? »

« Tout ! Tout ce que je peux savoir sur le Dévoreur, dans ses moindres détails ! Pourquoi il se fait appeler ainsi ? Pourquoi il est ainsi ? Toute l’histoire ! »

« Hum… Devrais-je d’abord commencer par les bases. Le Dévoreur était un démon comme tous les autres. Il était issu de la race créée par Alzar, race unique de la part de cette divinité, contrairement aux autres races créées par Zélisia. La particularité du Dévoreur, je ne connais plus son véritable prénom, ce dernier n’ayant jamais été gardé malgré les nombreux empereurs et impératrices qui se sont succédé. Hmm.. .Où j’en étais ? Ah oui, la particularité du Dévoreur était une capacité d’assimilation particulièrement impressionnante. Comme vous le savez, nous autres, démons, pour devenir plus puissants, sommes capables de nous phagocyter les uns aux autres pour progresser. Bien entendu, si la créature est trop faible, cela ne changera rien. Mais dans le cas du Dévoreur, même la plus infime créature avait son importance mais surtout, il était sensiblement différent des autres démons. »

« Cela ne veut pas me dire… pourquoi ou comment je suis né de la part d’un simple morceau de peau ! Ce n’est pas normal et… »

« C’est pourtant ainsi que naissent les démons. Nous avons la même méthode que les autres races entre nous mais pour de meilleures chances de réussite avec les autres races, celle du lambeau de peau est la plus sûre. »

« C’est tout simplement aberrant et saugrenu ! Comment est-ce même possible que ça… enfin que ça se passe comme ça ! Vous êtes en train de me dire que… »

« Je ne vois pas où tu veux en venir mais cesse donc de me couper la parole. Alzar a voulu que sa race, bien que parfaite, puisse s’accoupler avec celles de Zélisia. Je n’ai pas besoin d’expliquer la relation si unique entre lui et Zélisia, entre amour et conflit. Deux êtres totalement différents et qui pourtant cherchaient à s’aimer. Les races qui existent dans ce monde sont leurs créations, toujours prêtes à s’opposer mais pourtant aptes à s’aimer si elles le désiraient. Tout n’est qu’une question de volonté. »

« Continuez plutôt sur le Dévoreur. Je sais déjà plus ou moins au sujet des deux divinités qui ne sont pas tant que ça des divinités, juste des êtres bien plus puissants que nous. »

« Oh ? Tu le penses aussi ? Soit… Bref, le Dévoreur était un démon exceptionnel, comme signalé. Ses capacités étaient au sommet des démons. Même s’il n’était pas considéré comme l’empereur, beaucoup ne pouvaient que le considérer comme le plus puissant d’entre nous tous. Et malgré ses possibilités de dévorer autrui, il n’utilisait que très rarement cette capacité. Car oui, le Dévoreur avait un défaut, un énorme défaut aux yeux des démons, mais peut-être des races toutes entières. »

« Et quel est ce défaut ? Pour que vous le mettiez autant en avant ? »

« Trop gentil. Il était beaucoup trop gentil. Tu te doutes pertinemment qu’un démon aussi puissant que lui va attirer bon nombre de problèmes, n’est-ce pas ? »

« Oui, la question ne se pose pas vraiment. Mais à part ça ? »

« Il a été souvent obligé de combattre mais la majorité du temps, il laissait la vie sauve à ses agresseurs, les renvoyant simplement parmi les leurs en leur faisant promettre de ne pas recommencer, d’une façon ou d’une autre. »

« Hmm… De la gentillesse ou de l’imbécilité, j’imagine que ça dépend du point de vue. » déclara Manelena entre ses dents, ses yeux rubis se posant brièvement sur Tery.

« C’est ce que beaucoup pensaient de lui. Néanmoins, les faits étaient là et il n’était pas possible de prétendre le contraire en voyant le Dévoreur. »

« Alors ? Qu’est-ce qui s’est passé exactement ? Pourquoi est-ce que je suis un morceau de chair du Dévoreur ? À part le fait que vous vouliez voir s’il était possible d’obtenir un descendant de cette… chose. »

« Tout d’abord, il me faut te prévenir au sujet du Dévoreur. Ce dernier avait aussi une autre particularité. En fait, il était remplit de contradictions. Mais c’était ce qui faisait son être en détail en fin de compte. »

« Comment cela ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Qu’Alzar et Zélisia étaient bien meilleurs que ne le pensaient les différentes races de ce monde, que ça soit les démons ou celles de la surface. Le Dévoreur s’est attaché à une personne de la surface lors d’une bataille à laquelle il a été obligé de participer. »

« Attaché dans le sens… tombé amoureux ? Vous voulez dire ça ? »

« C’est exact. Ce terme était méconnu de la majorité des démons. Pour nous, il s’agissait plutôt de trouver des partenaires compatibles pour obtenir les meilleurs gênes dans nos descendances. Encore qu’aujourd’hui, cela n’a pas totalement changé. »

« Ah, il ne fallait pas trop s’en douter en vue du fait que la polygamie est autorisée chez les membres de votre race hein ? »

Manelena avait lâché cette réplique sur un ton plein d’ironie, l’empereur Malark se tournant vers elle, un sourire presque dissimulé dessiné sur ses lèvres :

« Et j’imagine que la place de l’amante ne semble pas vous déplaire, reine de Shunter. Les surfaciens ne sont pas si différents dans leurs mœurs en réalité. »

« Humpf ! Je ne peux pas donner tort à vos propos… en partie. Mais ne croyez pas que je vais me contenter de cette place que vous évoquez. »

« Je ne crois pas que je devrais me mêler de vos chamailleries royales mais… est-ce que l’on pourrait continuer sur le Dévoreur, s’il vous plaît ? »

« Hmm… Tu sauras presque tout ce que tu dois savoir à son sujet. Où en étions nous plus précisément, Tery ? »

« Vous plaisantez, non ? Nous en étions au fait que le Dévoreur aimait quelqu’un de la surface ! C’est pourtant quelque chose d’important ! Enfin, j’imagine ! »

« Tu imagines bien, oui. Le Dévoreur détestait les guerres et en vue de son amour pour cette surfacienne, tu dois te douter qu’il voulait éviter d’avoir à les combattre. Pourtant, en raison d’un certain évènement, il n’a malheureusement pas eu trop le choix et s’est alors retrouvé obligé de prendre part à cette guerre. »

« Et vous ne voulez sûrement pas nous dire pourquoi il a été obligé, non ? »

« Je pense que tu es apte à le deviner par toi-même, Tery. »

« À cause de son amour. Je ne suis pas certain que cela ait été bien vu par les démons et les êtres de la surface. Peut-être que certains ont menacé de s’en prendre à celle qu’il aimait car ils savaient que tenter de s’en prendre au Dévoreur lui-même était tout bonnement impossible. Est-ce que je me trompe ou alors, je suis proche de la vérité ? »

« Tu es bien plus proche de la vérité que tu ne le penses, Tery. C’est exact. Cet amour n’a plu à personne. Même dans la propre famille du Dévoreur, on considérait cela comme du gâchis alors qu’ils le laissaient faire tout ce qu’il désirait, chose normale en vue des ses capacités. »

« Si c’était si normal, il n’avait pas à se laisser faire. Il est en droit de faire ce qu’il désire. Surtout pour une raison qui ne le concernait que lui, sans mettre en péril les différentes races. Il avait le droit d’aimer qui il désire. »

« Tout le monde n’avait pas ce même mode de pensée, Tery Vanian. Autant Alzar et Zélisia, en vue de leurs statuts de divinité, cherchaient à ce que les gens acceptent cet amour. »

« Alzar, Zélisia… Qu’est-ce qui leur a pris d’agir de la sorte ? Depuis le début, ils se mêlent d’histoires qui ne les concernent pas. Ils font… n’importe quoi ! »

Et à tout écouter, et en se rappelant d’à peu près tout, il avait la sensation qu’ils étaient responsables de tous les malheurs qui lui étaient tombés dessus depuis ces dernières années. Oui, peut-être qu’Alzar et Zélisia avaient de « bonnes » intentions mais ces dernières étaient très problématiques.

« De ce que j’ai compris, à la surface, vous les considérez comme des divinités, mais pour nous autres démons, Zélisia et Alzar sont des êtres juste bien plus puissant que le commun des démons. Ainsi, nous pensons qu’ils sont imparfaits et sont donc aptes à commettre des erreurs. Beaucoup trop d’erreurs d’ailleurs. »

« Oui, enfin, des erreurs en vue de leur puissance, ce sont des erreurs qui peuvent causer la perte de plusieurs milliers de personnes et encore, je trouve que je suis bien gentil sur le coup. S’ils veulent si bien faire que ça, pourquoi est-ce qu’ils ne réfléchissent pas plus longtemps à leurs actes ? Pourquoi c’est si compliqué de leur part ? J’ai l’impression qu’ils font tout pour rater ou presque. Vraiment, ces deux idiots… »

« Certains des précédents monarques considéraient Alzar et Zélisia comme de gentils simplets avec de bonnes intentions et de grands pouvoirs. Le souci, c’est que des pouvoirs de la sorte, sans qu’ils n’aient conscience de ce qu’ils font, cela peut donner des résultats dramatiques. »

« Dire que nous sommes en train de parler de deux divinités comme s’il s’agissait de deux enfants turbulents. »

Manelena avait légèrement soupiré à cette idée. En même temps, tout cela avait un rapport avec le Dévoreur, ce n’était pas de la faute à Tery s’il était relié à ce dernier et qu’indirectement, Zélisia et Alzar revenaient sur le devant de la scène.

« Qu’est-ce que je peux apprendre réellement au sujet du Dévoreur, empereur Malark ? Je veux vraiment tout connaître à son sujet, son véritable nom, sa localisation, son histoire, son amour, tout… j’ai la sensation qu’il le faut. »

« Cela prendra beaucoup de temps, Tery Vanian. Trop pour que tu puisses rester ici en sécurité. Je sais parfaitement ce que tu comptes faire et d’ici peu, tu seras envoyé à nouveau en mission. Je recherche toujours ma fille pour qu’elle revienne parmi nous. De même, je vais devoir travailler à ce qui s’est passé concernant les surfaciens ne se reproduisent plus. »

« Vous pensez vraiment y arriver ? Vous m’avez pourtant dit que … cela était impossible. »

« Je n’ai pas dit impossible. J’ai signalé que cela allait prendre du temps, beaucoup de temps. Mais si ma fille s’est entichée d’un roi à la surface et que le rejeton du Dévoreur a aussi des sentiments pour des personnes de la surface, alors, je n’ai pas à m’y opposer. »

« Je tenais à vous remercier mais en même temps… »

« Une nouvelle mission à l’extérieur. Et cette fois-ci, si vous pouvez éviter d’échouer en partie, ma patience a ses limites. »

« C’est sûr qu’après tous les échecs à la suite, vous ne devez pas vraiment trouver cela très appréciable, je veux bien vous croire. »

Mais en avaient-ils fini avec le Dévoreur ? Il n’avait eu que quelques brides d’informations, ce n’était pas autant qu’il espérait. Mais peut-être que le fait que l’empereur avait détourné un peu le sujet pour justement éviter de continuer à discuter du Dévoreur ?

« Tery Vanian. Le fait que tu puisses crée des golems est une chose qui te rend unique dans ce monde. Cette femme nommée Clari, incarnée par ce golem, c’est elle la preuve que tu es issu du Dévoreur. La magie du Dévoreur était unique en soi. Il est impossible de ramener les morts à la vie, qu’importe la magie, qu’elle soit de Zélisia, d’Alzar, démoniaque ou de la surface. »

« Alors pourquoi… enfin pourquoi… Je sais bien que Clari est morte mais sous cette forme de golem, elle est presque considérée comme vivante, non ? »

« Presque est justement le terme qui différencie un être totalement mort ou non. Presque, c’est bien comme cela que tu peux définir cette femme-golem. Elle est morte et ne reviendra jamais à la vie. Presque, c’est ce que le Dévoreur ne voulait pas croire. »

« Comment ça ? Vous en avez trop dit et… »

« Reviens avec ma fille et je te conterai alors tout le reste. Cela devrait te suffire comme motivation, est-ce que je me trompe ? »

Le jeune homme aux cheveux bruns eut un léger rictus de dépit comme pour confirmer qu’il n’était pas vraiment enchanté à cette idée mais dans le fond, qu’est-ce qu’il pouvait y faire réellement hein ? Enfin, enchanté de devoir fonctionner de la sorte. Retrouver Elise, il en serait plus qu’heureux, Elen aussi d’ailleurs.

« Considérez que ça sera fait. Et par contre, pour le groupe, je vais sûrement vouloir le constituer moi-même, ça ne vous dérange pas, j’espère. »

« Je vois pourquoi tu me demandes une telle chose et tu connais aussi ma réponse à ce sujet. Vous avez la possibilité d’emporter démons et surfaciens avec vous. Peut-être allez vous devoir faire une nouvelle force, un peu plus grande que la précédente mais oui, tu peux emporter avec toi tous ceux qui étaient déjà présents auparavant. »

« Tant mieux alors. Je ne sais pas trop comment l’exprimer correctement mais je pense que c’est quelque chose de nécessaire donc… merci pour tout. »

« Tu es vraiment étrange, et plus proche du Dévoreur que tu ne veux le penser. Me remercier en vue de tout ce qui s’est passé est un concept vraiment tordu. Néanmoins, je ne suis pas dans ta tête. Pour l’histoire du Dévoreur, je vais replonger dans ces livres pendant votre absence à tous les deux. »

« Tiens, vous espérez me revoir dans un futur proche, empereur Malark ? » demanda Manelena avec une légère pointe d’ironie amusée.

« Cela me semble légitime, non ? De devoir envisager de futures rencontres avec l’une des reines surfaciennes ? Il semblerait que vous ayez encore beaucoup à apprendre sur la diplomatie, jeune reine de Shunter. »

« Hahaha ! Ah… Moi, jeune. J’ai bien trois ou quatre ans de plus que lui. » dit-elle en désignant Tery du doigt.

« Eh bien, vous n’êtes encore que des enfants à mes yeux. Et mes aînés ont bien le double voire le triple de votre âge, du moins, j’imagine. »

« Ah… Ouais, y avait ce petit détail. Tery, tu veux bien me remettre les chaînes s’il te plaît ? Il va falloir que nous ressortions tous les trois. »

« Je crois que pour beaucoup, l’inverse serait plus crédible. »

Elle rétorqua aux derniers propos de l’empereur que justement, c’était bien parce qu’elle-même n’avait pas envisagé que Tery fasse ça que ça l’avait surprise, et dans le bon sens. Alors que les gens la voient comme ça, toute penaude et enchaînée, c’était justement parfait pour l’image publique de Tery. Hmm… Quant à celle privée, c’était à elle de s’en charger… en tête à tête. Mais ça, c’était à elle de s’en occuper… et aussi à lui d’ailleurs un peu.

Chapitre 22 : Un simple morceau de chair

Chapitre 22 : Un simple morceau de chair

« Vous plaisantez, n’est-ce pas ? Dites-moi simplement que vous plaisantez, même si c’est pour juste me mentir et me rassurer. »

« Cela ne servirait à rien de te mentir. Pourquoi se voiler la face, Tery ? Il était temps que tu l’apprennes. Il y a tellement de points communs entre toi et le Dévoreur. »

« Je n’ai rien à voir avec lui ! RIEN DU TOUT ! C’est compris ?! Et vous me dites que je n’ai même pas été conçu normalement ?! Je dois le prendre comment ?! »

« Tery, s’il te plaît, il vaut mieux que tu te calmes. Il vaut mieux attendre que l’empereur s’exprime plus correctement à ce sujet. Je suis certaine qu’il a beaucoup à nous dire, non ? »

« Je veux bien lui expliquer plus en détails ce qui le concerne mais peut-être vaudrait-il mieux laisser rentrer la femme-golem. Je sens qu’elle est derrière la porte et qu’elle n’hésiterait pas à la détruire ou du moins tenter si je ne l’arrête pas maintenant. »

« Clari… C’est quoi le rapport avec Clari ? »

Clari. C’était vrai. Depuis qu’il était de retour ici, il avait presque oublié sa présence. En fait, il l’avait même totalement occultée… mais elle était toujours là. La femme-golem, malgré tout ce qui s’était passé, n’avait jamais vraiment disparu. Elle était même présente pendant ce qu’il avait fait à Manelena. Comment… Maintenant… Comment Clari aurait réagit ? Elle l’en aurait empêché non ? Mais la femme-golem n’avait rien fait.

« Tu peux rentrer, création dotée d’une âme. »

Dotée d’une âme. Comment ça ? Manelena haussa un sourcil. La femme-golem possédait une âme ? Tery ne lui avait jamais parlé de ça, non ? Alors pourquoi est-ce que…

« Tery, qu’est-ce que tu as fait exactement à Clari ? »

« Je ne sais pas… mais… mais lorsqu’elle est morte, je sais que j’étais tellement enragé envers ce monde, je sais plus… je sais… juste une sphère… quelque chose de sphérique. Je l’ai avalé. Et quand j’ai réussi à créer ce golem, je sais que la sphère était partie et… »

« Il s’agit tout simplement de l’implantation de l’âme dans un corps de golem. Mais il est vrai que c’est la première fois que j’assiste à cela. Il n’y a bien que dans les livres sur un certain point précis que l’on peut en entendre parler. »

L’empereur avait laissé place à la femme à la peau de pierre noire, celle-ci se rapprochant de Tery. Comme à son habitude, son visage était figé dans la pierre et pourtant, ses yeux exprimaient une certaine inquiétude et tendresse.

« J’imagine que tu le veux un peu pour toi, c’est ça, Clari ? »

Manelena relâcha le jeune homme, la femme-golem ouvrant juste à peine les bras comme pour inviter Tery à s’y engouffrer. Celui-ci, décontenancé et perturbé, vint s’en approcher, jusqu’à ce que les bras se referment au niveau de sa taille, le collant contre le corps d’onyx.

« Et si nous commencions depuis le début, qu’en dites-vous ? »

« Je voudrais bien, on dirait que Tery s’est enfin calmé. »

« Il va falloir m’excuser hein ? Je sais pas trop… comment je dois prendre ce genre de nouvelles. Vous pouvez commencer, empereur Malark. »

Manelena jeta un œil au jeune homme, évitant de faire une remarque sur le fait qu’il semblait être bien plus calme dans les bras de cette femme-golem que dans les siens. Il n’y avait aucune raison pour que ça soit de la jalousie mais… elle était un peu perturbée, oui.

« Alors tout d’abord, tu dois te demander pourquoi tu es de la famille du Dévoreur, n’est-ce pas ? Du moins, de sa lignée ? »

« Vous avez dit… que je n’étais qu’un morceau de peau. Mais le Dévoreur est un ancien démon millénaire, du moins, qui existait depuis des millénaires. Normalement, il est mort depuis tout ce temps, non ? »

« Non, il n’est pas mort. Il ne l’a jamais été. Malgré la puissance de Zélisia et Alzar, les deux divinités n’ont réussi qu’à le sceller et à le rendre comme mort. Il se trouve dans un lieu gardé secret, seulement connu par l’empereur ou l’impératrice actuelle. Il y a une interdiction de révéler cet emplacement à quiconque, une interdiction que chaque membre de la royauté, depuis des générations, a accepté d’obéir. »

« C’est étrange… quand on sait que la famille royale comme les nobles, aime bien se mettre des bâtons dans les roues puisque bon, l’assassinat, toutes ces choses, c’est assez commun non ? Alors comment cela se fait-il que les empereurs et impératrices acceptent d’obéir ? »

« Par peur. Car la découverte du Dévoreur instaure la peur en eux et même moi, je crains ce dernier. Lorsque l’on me l’a présenté, la première fois, j’ai compris à quel point la différence entre lui et moi était abyssale. »

« Dans ce monde souterrain où la force fait loi, vous voulez dire que même « mort », le Dévoreur peut aisément vous éliminer ? »

« Comme je l’ai déjà exprimé, il n’est pas réellement mort. Il est en léthargie… et donc, il est encore vivant, bien qu’il ne puisse plus rien faire. Mais simplement par sa présence, il peut vous écraser et vous réduire à l’état de larve. C’est pourquoi le commun des démons n’est pas au courant même de son existence et ceux qui connaissent son histoire ne savent guère qu’il est encore envie. »

« Mais alors, je… Pourquoi avoir fait ça ? Qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Quelle est la raison qui vous a poussé à faire cela ? »

« Le fait de voir si cela était possible. » déclara tout simplement l’empereur, Tery clignant des yeux pour se demander s’il avait bien entendu ou non.

« Si cela était possible ? Vous… plaisantez, hein ? Qu’est-ce qui vous pousserait réellement à faire ça ? Ce n’est pas possible de juste décider une telle chose pour une futilité comme ça ! »

« Donner naissance à un démon via la chair ou le sang de ce dernier, bon nombre de familles démoniaques le font quand il n’est plus possible pour eux de procréer via les moyens conventionnels. Dans le cas du Dévoreur, chaque démone qui avait reçu sa chair pour permettre d’enfanter est morte dans d’horribles souffrances. »

« Et… vous avez donc essayé via une personne de la surface, c’est ça ? »

« Comme tu le sais, il est possible qu’en de très rares moments, vraiment infimes, les sceaux qui bloquaient les sorties du monde démoniaque vers la surface s’affaiblissent et laisser passer les démons les plus faibles. »

« Je le sais, sinon, je ne serais pas là, Elise non plus d’ailleurs. »

« Nous avons simplement pris des démons proches de la surface, dont les pouvoirs étaient si minimes qu’on pouvait considérer qu’ils étaient inexistants. »

« D’accord et donc, sans même savoir si le projet avait réussi, vous avez décidé de faire de même quelques années plus tard avec Elise, c’est bien ça ? »

« Les demi-démons existaient à une époque très reculée, lorsque nous n’étions pas séparés des personnes de la surface. Là aussi, ce n’était qu’un test de ma part pour savoir s’il était possible de créer à nouveau des demi-démons. »

« Satisfait du résultat ? » demanda Tery avec une pointe d’ironie qu’il ne chercha pas à dissimuler devant le monarque.

« Très. Vous êtes les deux preuves vivantes qu’il est possible de renouer des liens avec la surface et le passé. Ce qu’aucun empereur démoniaque n’avait tenté auparavant, je l’ai testé et je l’ai réussi. Je ne pouvais être plus satisfait. »

Le ton était neutre, complètement neutre. Comme si tout cela n’était que le fruit d’un désir scientifique préparé depuis si longtemps. L’empereur serra doucement le poing, non pas énervement, reprenant la parole :

« J’ai posé bon nombre de questions à Elise pendant qu’elle était là. Son mode de développement, comment ses pouvoirs se sont déclarés, ses envies de chair démoniaque, elle ne savait pas quoi répondre mais il valait mieux qu’elle n’apprenne pas les raisons de sa naissance. Elle est beaucoup moins stable que toi, tu l’as remarqué, non ? »

« Moi ? Quelqu’un de stable ? Alors que je peux entendre une voix qui me dit d’haïr toutes les races de ce monde ? C’est une blague, n’est-ce pas ? »

« Nullement. Cette voix, j’ai enfin compris de qui il s’agissait et c’est bien là le problème. Mais maintenant, tu es libre d’apprendre si tu le désires à qui elle appartient. »

« Pas besoin, j’ai aisément compris de mon propre côté. C’est ce… Dévoreur. Ou plutôt, je dois l’appeler comment ? Père ? Je suis le fils d’une créature ancestrale ? »

« Sans jouer avec l’ironie dans ta voix, je ne peux que confirmer tes dires. »

« Qu’est-ce qu’il me veut exactement ? Car bon, il est entièrement responsable de mon état et de mes sauts d’humeur. Je suis certain que… des fois, il peut me contrôler. »

« Te contrôler complètement ? Cela m’étonnerait. Du moins, ce n’est pas dans ses capacités. Du moins, de ce qui est marqué dans ces livres ancestraux. »

« Et peut-être que vos livres ne sont pas complets ? Qu’est-ce qui vous fait penser qu’ils détiennent toute la vérité ? »

« Tu es devenu bien plus agressif depuis que tu es dans cet endroit, Tery. Est-ce la proximité avec le Dévoreur qui te met dans cet état ? » questionna l’empereur, visiblement peu réceptif au fait que le jeune homme lui parlait de la sorte.

« Non, je le suis à cause de tout ce que je viens d’apprendre ! Est-ce que vous pensiez que j’allais sauter de joie en apprenant tout ça ?! Et qu’est-ce que vous voulez que je fasses maintenant hein ? Qu’est-ce que vous voulez faire avec tout ça ?! »

« Voir tes réactions, te faire apprendre un peu plus tes origines, ce que j’ai comme projet et ce qui va donc se passer. »

« Des projets ? Comment ça ? Qu’est-ce que vous avez en tête ? » demanda le jeune homme aux cheveux bruns, s’enfouissant un peu plus dans les bras de la femme d’onyx, celle-ci ayant relevé son regard figé en direction de l’empereur.

Il avait aussitôt ressenti une légère aura courroucée de la part de la créature de pierre ayant l’apparence de Clari. Et pourtant, il gardait le sourire, nullement inquiet par la situation.

« Sais-tu pourquoi j’ai laissé cette femme-golem venir ici plus exactement ? »

« Pour vous moquer encore un peu plus de ma personne, non ? »

« Nullement. Ce n’est pas dans mon intérêt et je n’ai rien à y gagner. Non, je veux simplement voir la preuve que tu es bien son descendant… et cette créature de pierre est la preuve que je ne pouvais qu’attendre. Elle est parfaite… »

« Clari est « née » comme je l’ai expliqué lors de l’attaque contre les armées de la surface, il y a de cela quelques mois. »

« Et c’est exactement ce à quoi je m’attendais personnellement dès l’instant où j’ai senti ce que tu pouvais être.exactement. Le Dévoreur avait la particularité d’être le démon à l’origine de la magie de création des golems. »

« Vous racontez n’importe quoi ! Je ne suis pas le seul à pouvoir créer des golems ! »

« Mais peut-être que la reine à tes côtés pourra répondre à cette question : as-tu déjà vu des golems aussi développés que ceux de Tery ? »

« Non. Je savais que certaines personnes, très rares, possédaient deux ou trois livres… mais même ainsi, elles étaient incapables de faire des golems aussi diversifiés que les tiens, Tery. »

« Aussi diversifiés… comme ceux de sang, ceux issus des végétaux et le reste ? »

« Oui, Tery. Et on ne parle même pas de ce golem qui te tient dans ses bras à l’heure actuelle. C’est la plus belle représentation de tes capacités. »

« Je ne sais pas si on peut vraiment dire ça… comme ça. C’est assez perturbant. Belle représentation ? C’est vrai que… Clari est jolie sous cette forme. »

Il était peut-être temps d’y aller ? Du moins, de faire quelque chose pour cela ? Il ne savait pas trop quoi dire exactement. Plus maintenant. Il avait obtenu plus de réponses que nécessaire à des questions qu’il ne s’était jamais posé.

« Empereur, est-ce qu’il est possible de partir d’ici maintenant ? Je ne suis pas vraiment sûr de me sentir très bien. Il vaut mieux… que je m’éloigne d’ici. »

« Hmm ? Tu es fiévreux ? Est-ce que le Dévoreur est en train de te parler ? »

« Non, non. Je crois que c’est le surplus d’informations. Je n’avais pas vraiment prévu que ça se passe ainsi. Je suis désolé. »

« Il est vrai que tu n’étais pas prévenu de ma part à ce sujet. Je n’avais pour but de te faire une mauvaise surprise, loin de là. J’espère que tu comprendras cela de ma part. »

« Je le sais bien. Il fallait de toute façon que ça sorte un jour. Le plus tard aurait été le mieux mais je ne peux pas vous en vouloir de me prévenir ainsi. Je suis fautif, je dois l’avouer. »

« Ouais mais non, Tery. Tu n’es fautif de rien du tout. Je ne pense pas que l’empereur imaginait que tu réagirais de la sorte. Du moins, s’il annonce que c’est le cas, je ne vais pas apprécier mais je suis certaine que ce n’est pas son genre, n’est-ce pas ? »

« J’ai beaucoup mieux à faire que de m’amuser à ces enfantillages. La vérité se devait d’être révélée et maintenant que je t’ai emmené ici, Tery, nous pourrons continuer la suite de nos discussions dans la salle du trône. »

« Vous n’avez pas peur que quelqu’un puisse écouter ce que vous dites là-bas ? » demanda Manelena tout en chuchotant à Tery de lui remettre ses chaînes. Elle allait devoir reprendre son rôle, n’est-ce pas ?

« Ils ne sont pas assez fous pour cela. De même, j’ai déjà pris quelques mesures par rapport à ma salle pour que rien ne puisse être entendu à l’extérieur. De même, je suis capable de ressentir les présences dans cette pièce. Cela me permet d’être certain que nul intrus ne tente de s’immiscer sans que je ne sois au courant. »

« Ah oui, je vois, tout est prévu du début jusqu’à la fin, n’est-ce pas ? Enfin bon… Merci Tery, je vais rejouer mon plus grand rôle : celle d’une pauvre esclave. »

« Je crois que je vais aller me reposer, empereur Malark. Ou au moins, aller marcher un peu. Je crois que ça sera mieux. Si ça ne vous dérange pas, je viendrais vous poser d’autres questions plus tard. Après que j’ai retrouvé quelques couleurs. »

Car oui, il n’était pas stupide. Il savait qu’il devait être bien pâle avec toute cette histoire. Il ne se sentait vraiment pas bien du tout… et il ne pouvait rien faire pour changer ça. La porte fût refermée derrière le monarque alors qu’ils recommençaient à marcher dans les différents couloirs. Manelena était derrière Tery, Clari était aux côtés du jeune homme et l’empereur menait la marche jusqu’à ce qu’ils sortent des quartiers privés de Malark.

« Nous pouvons nous séparer maintenant, Tery. Tu viendras me voir quand tu te sentiras mieux. Il n’est pas une mauvaise chose. Simplement, il n’a pas eu une histoire facile. »

« Je… je voudrais bien dire que je le sais bien mais… je n’y connais rien. Vous me raconterez tout ça la prochaine fois, d’accord ? »

« C’est exact. Tu es vraiment blanc au visage. Si tu te sens mal, tu passeras voir un soigneur. Il pourra s’occuper de t’aider à dormir. Quant à toi… » termina de dire l’empereur, tournant son visage vers Manelena qui avait à nouveau son visage d’esclave effrayé. « Tu as pris la voie la plus difficile possible. Tu auras beaucoup de difficultés à l’avenir. »

« AH ! Je suis née avec des difficultés ! Je suis la fille unique d’un ancien roi. Alors qu’il pensait avoir une autre descendance, il s’avère que ma mère est morte à cause des méfaits d’un démon s’étant fait passé pour un prêtre de notre religion. À côté de cela, il me faut rajouter le fait que je possédais les lignes d’Alzar, rien que ça ! »

« Hmm… D’après ce que Tery m’a dit, le fait de posséder des lignes d’Alzar était un mauvais présage à la surface, c’est bien ça ? »

« Était ? Ça l’est toujours, rien n’a changé par rapport à ça ! Enfin bon, je ne vais pas tergiverser plus longtemps à ce sujet. Simplement, je sais dans quoi je me suis lancé et même si ça sera plus que difficile, je ne vais pas abandonner cet imbécile. Lui-même tente de s’en sortir, donc bon… Sinon, je peux vous demander quelque chose pour lui ? »

Elle se tourna vers Tery qui était toujours un peu blême. Il avait vraiment très mal accusé le coup par rapport à cette révélation. Elle s’inclina respectueusement devant le monarque, laissant à nouveau paraître son visage inquiet devant ce dernier et Tery. Oui, il fallait éviter que trop de regards se posent sur elle. Pour autant, elle commença à chuchoter à peine quelques mots, l’empereur haussant un sourcil avant de faire de même, Manelena finissant par hocher la tête comme pour signaler que c’était parfait. Il était temps maintenant d’y aller et vint terminer la discussion d’une voix faible :

« Je vais raccompagner mon maître dès maintenant. Maître Tery, veuillez me suivre, je tiens à vous prier d’accepter cette main qui est là pour vous. »

Et même si elle avait des chaînes, sa main vint chercher doucement celle de Tery, lui montrant par là qu’elle était complètement dans son rôle. Lentement mais sûrement, Tery vint se mettre à se déplacer en direction de sa chambre.

À l’intérieur de celle-ci, le jeune homme aux cheveux bruns s’était assis, sans un mot, le regard tourné vers le sol. Manelena referma correctement la porte derrière eux. Dire que la chambre était à nouveau en parfait état, comme si de rien n’était.

« Tery, est-ce que tu peux me retirer cela ? Je voudrais voir si ce que l’empereur m’a dit s’avère exact ou non. Je voudrais voir si ça marche. Cela nous faciliterait beaucoup la vie si on veut rester discrets. Enfin, c’est pour nous deux. »

« D’accord, Manelena. Désolé, ce n’est pas la forme. »

Il cherchait des excuses mais la réalité était là, devant lui. Il retira les chaînes de Manelena, celle-ci poussant un soupir apaisé en se frottant les poignets. Qu’on le veuille ou non, il fallait quand même avouer que ça lui faisait le plus grand bien.

« Bon et maintenant… Faisons cette petite chose que j’ai demandé à l’empereur. »

Elle n’était pas certaine d’y arriver du premier coup mais si elle ne tentait pas, elle ne pouvait pas alors savoir. Elle commença à incanter une formule que le jeune homme ne connaissait pas, celui-ci relevant la tête. Il sentait un courant d’air dans la pièce mais pourtant, il n’y avait aucune trace de vent ou autre. Lorsqu’elle avait terminé, elle se dirigea vers la porte, finissant par l’ouvrir avant de la refermer après être passée de l’autre côté.

« Maître, est-ce que vous m’entendez ? Maître ? »

Aucune réponse de la part de Tery. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres avant qu’elle ne rentre à l’intérieur de la chambre à nouveau. Le jeune homme la regarda, un peu étonné, attendant de voir ce qu’elle allait dire :

« J’ai juste demandé quel sort il avait lancé dans la salle du trône pour que personne ne puisse entendre ce qui se disait à l’extérieur. Heureusement, en vue de la taille de cette pièce, il n’y avait pas trop à s’inquiéter non plus. »

« Euh… D’accord, mais ensuite ? Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? »

« Pour que nous puissions discuter tranquillement, sans que l’on ait à craindre qu’on nous entende. Tu pensais quoi d’autre, Tery ? Enfin bon… Maintenant que je suis certaine que tu n’as rien entendu quand j’ai crié de l’autre côté, on va pouvoir parler. Tu vas pouvoir vider ton sac avec moi à côté, d’accord ? »

« Je ne suis pas certain que ça soit une bonne idée mais puisque tu le veux tant. »

Il poussa un profond soupir avant qu’elle ne lui dise qu’elle ne lui laissait pas vraiment le choix sur le coup. Il allait mal et elle comptait bien lui redonner le moral et le sourire. De n’importe quelle façon.

« Par où tu voudrais commencer, Tery ? Dis-moi ce que tu penses de toute cette histoire. Si y a des zones d’ombre, si tu as d’autres questions, tout ça. »

« Mais ça servirait à quoi ? Tu en sais autant que moi, Manelena. »

« Fais plutôt ce que je te dis, c’est un conseil. Tu verras où je veux en venir ensuite. »

Bon, comme elle désirait. Il n’était juste pas certain de la manœuvre. Mais elle semblait si convaincue, il ne voulait pas la décevoir. Il avait eu sa dose aujourd’hui.

Chapitre 21 : Pensée et vérité

Chapitre 21 : Pensée et vérité

« Pfff… Sincèrement, pourquoi est-ce que je devrais en parler maintenant ? Et ici ? En quoi est-ce que cela a une importance, empereur Malark ? »

« Je veux savoir ce qu’il y a de si bien dans cette surfacienne pour que tu sois prêt à tout cela pour lui permettre de s’en sortir. Tu sais aussi bien que moi qu’elle allait sûrement se faire tuer dans les jours qui suivent si tu n’avais pas agi de la sorte, n’est-ce pas ? »

« Je… Enfin… Je… C’était la solution à laquelle je ne voulais pas penser, empereur Malark. C’est vraiment un choix auquel je ne voulais pas me résoudre. »

« Mais pourtant, c’est bien ce que tu as fait, n’est-ce pas ? »

« C’est le cas. Enfin, pour répondre à votre question, pour Manelena, c’est assez compliqué. Je la connais depuis maintenant plusieurs années. Elle est apparue toute en armure noire, j’ai été étonné mais impressionné de voir qu’une femme pouvait être maréchale dans une armée. C’est quand même le plus haut grade, j’ai cru comprendre. »

« Je ne sais pas comment fonctionne les différentes armées dans ce monde mais j’imagine que cela doit être plus ou moins le même partout. Dans notre cas précis, nous fonctionnons aussi de la sorte bien que mon conseiller militaire a aussi un rôle très important. Tu peux continuer tes propos, Tery Vanian. »

« Euh… Alors, j’en étais où ? Ah oui, euh, la différence entre Manelena et les autres, c’est qu’en rejoignant l’armée de Shunter, je me suis confronté à bon nombre de nobles qui pensaient pouvoir aisément me malmener. Elle, de son côté, ce n’était pas vraiment ça. Je veux dire, elle ne juge pas une personne sur ses origines mais ses compétences. Même si je dois avouer que j’ai eu la vie dure, je n’arrivais pas vraiment à m’en plaindre concrètement. »

Mais maintenant ? Est-ce qu’il devait encore continuer à parler ? Car vraiment, c’était un peu gênant, est-ce qu’ils s’en rendaient compte ? Surtout que Manelena était bien installée sur son dos, l’air de rien, avec un petit sourire aux lèvres.

« Il y avait autre chose de vraiment fabuleux, c’est qu’elle menait un double jeu. Enfin, fabuleux, disons que ça dépend du point de vue mais elle aimait participer directement à la bataille. Vous savez, elle n’hésitait pas à se mettre en avant, à combattre en première ligne, à participer aux missions les plus dangereuses. »

« Hmm, hmm… Mais est-ce vraiment cela qui t’a emmener à la voir de la sorte ? De ce que je peux comprendre, tu sembles plus la respecter comme une figure d’autorité que comme une femme, est-ce que tu n’es pas d’accord ? »

« Euh, je crois que c’est plus compliqué que ça, empereur Malark. Comment je pourrais vous expliquer ? Ah oui, je disais que Manelena était le genre de femmes qui aime participer directement aux conflits pour les résoudre mais elle a aussi un grand sens du devoir… et bien qu’elle se soit forgée une carapace au fil des années sous son armure noire, ce n’est pas pour autant qu’elle était complètement insensible. »

« Je ne suis pas certaine que je vais apprécier la suite de la conversation. »

C’était la femme aux cheveux argentés qui venait de couper brièvement la parole à Tery mais elle ne pouvait pas vraiment l’en empêcher. Elle avait attendu ce petit discours depuis si longtemps, maintenant, elle voulait l’entendre jusqu’au bout.

« Manelena a toujours mis son pays avant sa propre personne. Elle n’a pas hésité à se laisser donner en sacrifice pour que son armée, son père, son pays, tous ceux qui préféraient ignorer son véritable rôle et son existence, toutes ces personnes, puissent vivre alors que nous avions quatre armées qui se confrontaient à nous ! »

« Hmm ? Quatre armées ? Est-ce l’histoire de ces fameux médaillons et créatures légendaires ? Est-ce qu’il y a un rapport avec cela, Tery ? »

« C’est un peu avant l’éveil de ces créatures légendaires mais ça a un rapport avec tout ça, oui. Vous ne vous trompez pas. Néanmoins, il n’y a pas que ça. Je veux dire, quand j’ai compris qu’elle n’avait pas peur de cela, qu’elle était prête à mourir, j’ai voulu lui offrir une autre vie. C’est à ce moment que j’ai compris que je n’étais pas humain. »

« Ah oui, les cornes démoniaques, elles n’apparaissent qu’en de rares moments pour ceux qui n’y sont pas habitués et surtout qui sont des demi-démons, comme toi. »

Il hocha la tête aux propos de l’empereur. C’était ça … même s’il se demandait pourquoi est-ce que l’empereur s’amusait à lui couper la parole à chaque fois ? Encore que ce n’était pas véritablement un jeu mais bon…

« Enfin à cet instant, je ne me suis pas préoccupé de ce que j’avais en face de moi, de ce que le monde entier voulait, ma priorité était Manelena et personne d’autre. Je voulais qu’elle soit heureuse, qu’elle vive pour elle. Même si cela n’a pas été facile, je pense que j’ai réussi plus ou moins mon objectif. La voici maintenant devenue la reine de Shunter. Même si on peut aisément voir qu’être reine ne l’empêche pas de se mettre en danger sur le terrain. »

« Disons que je ne m’attendais pas à ce que les gnomolds et les mékalarmiens travaillent ensemble pour tenter de tous nous enterrer, ou du moins, les démons. »

« Mais est-ce que vous êtes satisfait de ma réponse ? Empereur Malark ? »

« Je ne pense pas. Tu dis t’être voué à cette femme mais tu en aimes une autre ? Cela est assez perturbant, tu ne crois pas ? Tu ne sais pas te décider ? »

« Ah mais non ! Euh… Enfin… C’est qu’Elen est mon premier amour. Manelena, je ne sais pas vraiment si… enfin, j’imagine que oui. Je l’aime aussi. Je ne sais pas si c’est le même genre d’amour qu’Elen vu que ce n’est pas un premier amour mais je ne veux pas qu’il lui arrive quelque chose de mal, je veux qu’elle soit heureuse, je veux être à ses côtés et qu’elle sache que je vais veiller sur elle. Je ne suis pas vraiment l’homme parfait, bien loin de là mais je veux lui faire comprendre que je suis là pour elle. »

« Et cela malgré les nombreuses fois où tu l’as abandonnée ? Comme cette Elen ? Quand tu as décidé de briser après tout ce temps le sceau qui empêchait le monde de la surface et le monde souterrain ? Est-ce que tu es certain qu’une telle promesse est légitime quand on connaît cette situation ? Qu’en dis-tu exactement, Tery Vanian ? »

« Que même si beaucoup de promesses sont brisées, l’important n’est pas la finalité mais le fait que la personne croit en cette promesse et s’y accroche. Qu’elle sache que si cette promesse trouve une fin, ce n’est pas parce que je le voulais mais que je n’ai rien pu faire pour empêcher ça. »

« Je pense que j’ai obtenu ce que j’ai désiré. Ce n’est pas à moi de décider si ces paroles conviennent ou non à la personne à laquelle elles étaient adressées. »

Ah, oui. C’était vrai. Lentement mais sûrement, le jeune homme se tourna vers Manelena pour lui faire face, attendant de voir ce qu’elle allait dire. Celle-ci avait un visage neutre bien qu’on pouvait aisément remarquer qu’elle se forçait.

« Je dirais que c’est plutôt pas mal comme déclaration. Je crois que le mieux aurait été d’allier le geste aux paroles pour la peine. »

« Je ne suis pas comme ça et je ne le serais jamais, Manelena. Tu dois t’en douter non ? »

« C’est bien pour cela que c’est assez sidérant que je puisse entendre cela de ta part. Enfin bon, c’est aussi comme ça que je t’ai toujours connu. Je ne peux pas y faire grand-chose, n’est-ce pas, Tery ? Et vous-même, empereur Malark, maintenant que vous avez entendu ma réponse, est-ce que vous êtes satisfait de celle-ci ? »

« Disons que vous êtes deux cas très problématiques… et que l’avenir vous réserve quelque chose de bien sombre et funeste. »

« Qu’est-ce que vous êtes en train de raconter là ? »

« Je ne pensais pas qu’il était déjà temps de te le signaler, Tery mais… je sais de quelle lignée démoniaque tu es issu. »

Hein ?! Il s’était aussitôt retourné vers l’empereur, les yeux grands ouverts. Est-ce qu’il avait mal entendu ou alors, l’empereur Malark lui-même venait de dire… mais…

« Je croyais que ce n’était pas le cas ! Vous disiez ne pas savoir, empereur Malark ! Comment donc… De quelle façon vous… »

« J’ai mes propres connaissances dans ce domaine et même les renifleurs royaux ne peuvent pas deviner tes origines puisque… cette odeur si particulière n’est connue de personne, sauf de chaque monarque. »

« Mais mais mais… Je veux dire pourquoi me l’avoir caché ? Qu’est-ce que vous aviez à y gagner ? Est-ce que cela risque de mettre à mal la monarchie ou quelque chose du genre ? »

« Tu ne me sembles pas être le genre de démon attiré par le pouvoir. C’est même pour cela que c’est plus inquiétant que toute autre chose. »

« Qu’est-ce que vous voulez dire par là, empereur Malark ? »

« Tout simplement que tu es très puissant, Tery. »

Euh… Manelena venait de prononcer une phrase bizarre. Lui, très puissant ? Bon d’accord, il était vrai qu’il n’était pas comme le commun des mortels mais de là à dire qu’il était très puissant ? Il ne savait pas trop. Elle lui donna une petite tape derrière le crâne avant de reprendre d’une voix un peu lasse :

« Le fait que tu sois très puissant mais non intéressé par la sphère politique, militaire ou autre fait de toi quelqu’un de libre. Et quelqu’un qui n’a aucun lien qui le retient peut devenir très dangereux s’il s’avère qu’il possède ta puissance. »

« C’était aussi son cas, il y a de cela quelques millénaires. Et plusieurs données concordent par rapport à toute cette histoire. »

« Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? » répéta une nouvelle fois le jeune homme aux cheveux bruns, un peu abasourdi par les propos du monarque.

« Je pense que le mieux est de faire une petite marche dans mes quartiers privés. Même mes serviteurs ou les personnes les plus proches, que cela soit militaires, politiques ou liées par la famille, n’y ont accès. »

« Euh, alors, pourquoi est-ce que nous y aurions le droit ? »

« Tu poses beaucoup de questions vraiment inutiles, Tery Vanian. Tu devrais te taire quelques fois, comme le fait si bien cette jeune reine de Shunter. D’ailleurs, en vue de votre relation si spéciale et unique, tu es autorisée à nous suivre. »

« Oh je pense que là, je peux vous remercier de cet honneur, empereur Malark. »

Pour la première fois, Tery vit Manelena qui s’inclinait respectueusement. Pourquoi est-ce que le ton avait changé en si peu de temps ? Il n’était vraiment pas sûr de tout saisir. En fait, il avait surtout l’impression que les deux membres de la royauté parlaient un langage qu’eux seuls étaient capables de comprendre.

« J’ai une petite question le temps que l’on arrive jusqu’à vos quartiers, empereur Malark. »

« Hmm ? Tu peux la poser, Manelena. » déclara l’imposant démon alors qu’il se levait du trône, passant à côté d’eux pour prendre les commandes de la marche.

« Ce que vous allez révéler sur Tery, est-ce que cela risque de le chambouler au point de lui faire perdre la tête ? Car je dois avouer que je suis un peu lasse de lui remettre du plomb dans la cervelle à force. »

« Tu es là pour cela… et Tery peut donc compter sur toi. Lui, n’a pas eu cette chance à son époque. Mais trêve de bavardages, je vais vous y emmener. »

« Nous vous suivons, empereur Malark. »

D’accord, ce n’était pas qu’une impression. Il était totalement à côté de la conversation. Alors que Manelena était capable de saisir les propos de l’empereur, lui, il se demandait vraiment ce qui se passait. Et pourquoi est-ce qu’elle s’inquiétait de sa santé mentale ?

« Que personne ne vienne nous déranger. »

Une seule phrase de la part de l’empereur et les deux soldats qui gardaient les portes de la salle du trône vinrent se raidir. L’un d’entre eux signala qu’il allait passer le message, bredouillant dans ses paroles avant de se mettre à courir aussitôt.

« Ah… Cela est bon d’instaurer la peur dans chacun, cela prouve qu’ils me craignent mais il faut avouer que des fois, cela est plus ennuyeux et fatiguant que prévu. Ou alors, je commence à être las d’être l’empereur. »

« Las d’être empereur ? C’est peut-être pour cela que vous étiez heureux d’avoir Elise ? »

« Ce n’est pas le sujet de cette conversation, Tery Vanian. Continu… »

« Je voulais savoir : est-ce que chaque membre de la fratrie d’Elise est… né d’une mère différent ? Vous évoquiez le fait que les démons pouvaient être polygames, non ? »

« C’est exact. Et pour répondre à ta question, je n’arrive plus à me rappeler si je l’avais évoqué mais oui, ils sont tous nés d’une mère différente, une démone que j’ai épousée, et une démone que j’ai éliminée de mes propres mains à cause de sa soif de pouvoir. Il n’y a bien que la mère d’Elise dont je ne sais rien. Je n’ai jamais pensé à lui poser la question. »

« De ce que j’ai cru comprendre, elle est devenue orpheline. Moi-même, dans le fond, mon père n’était pas véritablement mon père. Je ne sais pas trop comment vous avez fait pour qu’il y arrive… sans faire « cela » avec ma mère mais bon… »

« Cela est un étrange concept que je pourrais t’expliquer plus tard mais… Alzar nous a permis de nous développer avec chaque autre race d’une façon ou d’une autre. Je ne suis pas certain que vous pouvez tous vous développer entre chaque race, non ? »

« Je… ne me suis jamais posé la question, je dois avouer. Manelena ? Est-ce que tu es au courant si les Mékalarmiens et autres peuvent se reproduire avec nous ? »

« On ne peut pas plutôt changer de conversation ? C’est vraiment étrange et saugrenue comme réflexion hein ? Je tenais à le signaler ! »

Pour une fois que Manelena donnait un point de vue aussi « franc » sur un tel sujet, il valait mieux s’arrêter. L’empereur leva juste un sourcil, l’air de se dire que ce n’était pas si grave que ça tandis que Tery finissait par se taire. Au final, il n’allait pas savoir la réponse de si tôt visiblement. Après quelques minutes de marche, ils passèrent diverses portes, certaines gardées, d’autres non, jusqu’à plusieurs couloirs où ils étaient les seuls à se déplacer dessus.

« C’est vraiment un endroit dont vous êtes le seul à avoir accès, empereur Malark ? »

« Ces couloirs ont plusieurs millénaires. J’imagine que certains architectes ou autres employés ont été chargé de les entretenir, comme certaines salles mais pas toutes. Ce qu’il est devenu de ces employés et architectes ? Je n’en sais rien et cela ne m’intéresse pas. »

« Oh, d’accord, d’accord. Mais il faut avouer que c’est assez sinistre. »

« C’est le but de cet endroit. S’il était accueillant, beaucoup tenteraient d’y avoir accès mais non, je ne peux pas le permettre et je ne veux pas le permettre. »

« Mais pourquoi nous y donner accès alors que même vos enfants n’y ont pas le droit ? »

« Car tu es là, Tery Vanian. Tu es de sa lignée. Cela veut dire qu’il est peut-être alors temps de régler cette histoire. Je n’ai fait que suivre l’idée des précédents empereurs. Mais je ne pensais pas que cela arriverait un jour, du moins, pendant mon règne. »

« Mais qu’est-ce qui peut me rendre plus spécial qu’un membre de la famille royale ? »

« Tu vas très vite le découvrir. Nous sommes arrivés. »

Oh ? Ce n’était qu’une simple porte en bois. Elle semblait être usée et les murs autour démontraient un très grand âge. En jetant un bref coup d’oeil autour d’eux, Tery remarquait que le couloir était sûrement le plus ancien qu’ils aient parcouru. Ouvrant la porte qui s’était mise à grincer après avoir posé la main dessus, il pénétra dans la pièce, laissant Tery et Manelena rentrer à l’intérieur.

« Oh… Mais c’est… une bibliothèque ? »

C’était la première chose qu’il pouvait remarquer et signaler. C’était une magnifique bibliothèque, oui, très ancienne, mais remplie d’innombrables ouvrages. Oh, elle n’était pas aussi grande que celle de ses grands-parents mais il y avait des livres partout. Que cela soit à gauche, à droite, en hauteur, sur un bureau, vraiment partout.

« Ces livres contiennent le savoir ancestral des empereurs et impératrices depuis des générations jusqu’à l’époque où nous étions encore reliés à vous. »

« Euh, vous voulez dire… comme genre depuis des milliers d’années, c’est bien ça ? »

« C’est exact. Moi-même, j’ai déjà écrit plusieurs livres. Il nous faut être érudits pour que nous puissions transmettre notre savoir aux futures générations. »

« Mais un savoir basé sur quoi exactement ? Est-ce que vous pouvez nous le dire ? » finit par demander Manelena alors que l’empereur avait un faible sourire :

« Sur le royaume, ses habitants, les familles nobles, leurs avancées, leurs disparitions, toutes ces choses… mais la plus importante nous prend la majorité du temps. »

« Euh… Et quelle est la donnée la plus importante du royaume démoniaque ? » demanda à son tour Tery, sur un ton un peu fébrile.

« Le Dévoreur. »

Un simple mot et Tery sentait un puissant frisson l’envahir, comme si tous les pores de sa peau venaient de se redresser. Ce n’était pas la première fois qu’il avait entendu ce nom mais, de la bouche même de l’empereur, cela avait une connotation différente, plus sinistre. Et il n’était vraiment pas rassuré par tout ça.

« Le Dévoreur ? Vous parlez de ce démon ? Enfin, j’ai cru comprendre, je sais plus… »

« Des explications sur le Dévoreur seront données, Tery. Le plus important est ce que je vais te dire à ce sujet et… »

« Empereur Malark, je vois parfaitement où vous voulez en venir alors si vous voulez bien patienter un peu. Bon sang, Tery, tu peux pas me retirer ces chaînes ? »

Elle lui avait montré ses mains toujours reliées par la chaîne en métal et les bracelets du même matériau utilisé. Tery bredouilla quelques mots, venant prendre la clé qu’il avait dans sa poche pour débarrasser Manelena de ses chaînes. Dès qu’elle eut ses mains libérées, elle vient les placer sur les épaules de Tery, le regardant droit dans les yeux.

« Tery, ce que tu vas apprendre, il faut absolument que tu l’acceptes. Qu’importe ce que cela représente, d’accord ? »

« Euh, tu es un peu effrayante sur le coup, Manelena. Pourquoi est-ce que… »

« Viens par là, toi. J’ai pas envie que tu replonges dans les abysses. Une fois mais pas deux ce foutu truc. Vous pouvez le lui dire. »

Hein mais mais mais ! Il se retrouva calfeutré contre la poitrine de Manelena, le dos de son crâne bien amorti par les doux oreillers de la femme aux cheveux d’argentés. Si elle se montrait aussi gentille, c’est que c’était assez grave, n’est-ce pas ?

« Bon, nous n’allons pas tergiverser plus longtemps, Tery. Tu es issu de la chair même du Dévoreur. Tu es donc de sa lignée. »

« Attendez un petit peu quand même. Je voulais juste dire enfin… Je… »

« Tu n’es pas réellement son enfant. Du moins, pas de cette façon à laquelle tu penses. »

« Mais attendez un peu, empereur Malark ! » s’écria le jeune homme, retenu par les bras de Manelena au niveau de son torse.

« Tu es un morceau de chair, une engeance issue du Dévoreur qui a été emmenée jusqu’à une femme de la surface pour donner naissance. Tu es la première tentative de … »

« ASSEZ ! QU’EST-CE QUE VOUS ÊTES EN TRAIN DE RACONTER ? »

« Tu es ma première tentative de chercher non pas une porteuse démoniaque mais une porteuse de la surface. Et c’est visiblement ce qui a permis de te donner naissance. »

« MAIS MERDE ! VOUS M’ÉCOUTEZ ?! »

Manelena mettait un peu plus de force dans ses bras pour retenir, le jeune homme n’ayant visiblement plus de retenue face à l’empereur en face de lui. Le monarque démoniaque attendit quelques minutes, le temps que Tery s’épuise et finisse par à peine gigoter dans les bras de Manelena. Il n’était… qu’un morceau de chair.