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Chapitre 45 : Des lettres pour l’Empereur

Chapitre 45 : Des lettres pour l’Empereur

Les jours passèrent et il allait mieux au fur et à mesure. Bon, Krawnia était à nouveau collée à lui, cela n’avait malheureusement pas trop duré cet instant de paix mais… au moins, elle ne semblait pas trop vouloir tenter des approches un peu trop… insistantes.

Avec tout ça, il avait décidé définitivement de mettre de côté l’histoire des Gnomolds. De toute façon, tant qu’il n’avait pas de possibilités de discuter avec des gnomolds qui en connaissaient autant voire plus que celui qu’il avait rencontré, autant dire que ça ne servirait à rien de continuer à y réfléchir.

Mais ces détails, il avait décidé d’envoyer une lettre à l’empereur Malark. Malheureusement, contrairement au système d’envoi à la surface, il fallait juste reconnaître que celui des démons était encore à « l’ancienne ». Un messager, que ça soit sur une monture ou non, allait emmener la lettre.

« Il ne sera pas de retour avant une ou deux semaines. »


Cela avait été la remarque d’Héraisty lorsque le messager était parti. Il avait donc évoqué l’histoire des gnomolds et cherchait à savoir si l’empereur en connaissait plus à ce sujet. Même s’il ne s’attendait pas à grand-chose, il espérait quand même obtenir un tout petit plus d’informations à ce sujet.

Néanmoins, pour s’occuper, il avait prévu quelques chasses des créatures dans les alentours. Comme toujours, dès qu’il s’agissait de chasser, il préférait demander aux démons de l’armée si la créature qu’ils venaient d’abattre était un ancien démon ou non. Pour éviter ce souci de chair démoniaque et autre car même lui avait encore beaucoup de mal à comprendre exactement comment ça marchait. Cela parlait de brûler la chair du démon pour que ses pouvoirs disparaissent. Mais était-ce confirmé que cela fonctionnait de la sorte ? Mais si la chair était touchée mais pas le muscle, est-ce que ça marchait quand même ?


Beaucoup de questions, avec des points de vue théoriques, car en les posant à Héraisty, elle lui avait dit qu’elle ne connaissait pas la réponse. Par contre, écrire des lettres pour l’Empereur lui rappelait quelques petits souvenirs liés à Elen. Ah… Vraiment, il avait plus qu’envie de la revoir et de l’étreindre.

« Petite question, Tery. Nous montons de plus en plus. Nous devrions être proches de la surface, non ? Même si ce n’est pas toi qui nous conduit directement, tu as sûrement une petite idée à ce sujet, non ? »

« Hmm… Euh… Plus ou moins, je dirais. Je ne dis pas que nous serons arrivés dans un laps de temps assez court mais… dans les jours qui suivent, peut-être deux semaines au grand maximum. Mais pourquoi cette question ? »

« Car nous avons quand même un peu dérivé de notre chemin initial avec tout ce qui s’est passé. Et comme nous prenons bien plus de précautions maintenant, je voulais simplement me renseigner à ce sujet, rien de plus. »

« J’espère donc que mes réponses te sont satisfaisantes, Manelena. Je ne suis pas certain de pouvoir t’aider plus. Je ne suis pas celui qui connaît plus ou moins le chemin. »

« Je m’en doute mais ce n’est pas la première fois que tu montes et descends donc à force, tu dois quand même avoir un peu l’habitude. C’est bien toi qui a appris d’Héraisty au sujet des cristaux qui changent de couleur suivant la hauteur dans les souterrains. »

« C’est vrai. Mais en même temps, je ne peux pas confirmer si tout cela est vrai ou non. »

« Héraisty n’a aucune raison de te mentir. Néanmoins, cela ne veut pas dire qu’elle ne peut pas se tromper, loin de là. »

Il hocha la tête aux propos de Manelena, montrant par là qu’il comprenait ce qu’elle voulait dire. En même temps, Héraisty n’était pas la seule à les guider ceux qui indiquaient la marche à suivre parmi les démons, utilisaient aussi les cristaux comme repères.


Mais personne n’était parfait et il y avait sûrement une possibilité de prendre des chemins moins compliqués. Pour autant, le jeune homme aux cheveux bruns ne fit aucune remarque à ce sujet. Il était maintenant concentré sur la lettre qu’il avait envoyée au monarque. Comme ils allaient devoir attendre plusieurs voire semaines, il n’était pas certain qu’ils seront encore sous la surface lorsqu’il aura une réponse de sa part.

« Et si ça doit arriver… Ah… J’imagine qu’il va falloir me débrouiller seul. »

« Te débrouiller seul ? De quoi est-ce que tu parles à voix haute, Tery ? »

« Juste par rapport à ce que l’on va devoir faire en attendant la lettre de l’empereur Malark. »

« Hmm ? Mais justement, nous avions dit qu’on allait tout simplement gérer tout cela calmement, non ? En continuant de progresser. Qu’est-ce que je dois faire pour que tu penses à autre chose ? Et non, je te préviens, pas en public. »

« Qu’est-ce que … De quoi est-ce que tu parles ?! »

Aucune réponse de la part de l’intéressée. Seul un sourire était présent sur ses lèvres puisqu’elle ne portait pas son casque sur le moment. Brrr, il n’était pas vraiment certain de vouloir vraiment comprendre ce qui se passait.

Mais avec tout ça, pour quelques heures, il allait avoir l’esprit ailleurs. Ignorant bien le regard mauvais que Krawnia lançait à Manelena, il restait quand même sur ses gardes par rapport à la femme ailée. Si elle s’en prenait à Manelena, il allait pas vraiment le supporter… car il n’avait aucune possibilité de savoir si Manelena arriverait à tenir face à Krawnia. Manelena avait beaucoup d’expérience en combat mais Krawnia….

Non. Manelena possédait les lignes d’Alzar, il ne fallait pas l’oublier. C’est vrai que c’était devenu très commun, vu que tous les démons se basaient sur ça dans le monde souterrain mais à la surface, les lignes d’Alzar sur les différentes races restait quand même un phénomène assez rare. Il ne fallait pas l’oublier.

« Bon… Dans tous les cas maintenant, avec tout ça, nous avons encore de quoi faire. »

« Comme tu dis, Manelena. Ah… J’espère qu’elles vont bien. »

Oui, en se focalisant un peu sur Elen et Elise, cela sera plus facile. En se disant qu’il allait bientôt les revoir, il ne savait pas quand exactement, peut-être qu’il pourrait alors se concentrer pour arriver le plus rapidement à la surface.

Et même en étant à la surface, cela prendra un peu de temps pour envoyer du courrier et obtenir une réponse. Car oui, même avec les enveloppes volantes, il restait une chance qu’elles ne soient pas à la surface. Il pourra toujours écrire à sa mère, elle avait des nouvelles à lui donner aussi de son côté.

Avec tout ça, il se sentait un peu ragaillardi et en pensant aussi à ses grands-parents, il se disait qu’il y avait au final beaucoup de monde qu’il aimerait revoir à la surface. Enfin, sa priorité restait quand même Elen. D’ailleurs, comment expliquer concrètement au sujet de Clari ? La femme-golem était toujours aussi discrète, malgré son apparence. D’un autre côté, maintenant qu’ils étaient sortis de la capitale démoniaque et que lui-même avait Manelena à ses côtés, elle se faisait moins présente.
Elle avait été là, contre les gnomolds, en utilisant ses capacités et son corps fait de cette pierre de couleur noire, l’onyx. Sa résistance était telle qu’elle n’avait tout simplement reçu aucune « blessure » sur son corps. C’était un terme un peu étrange à décrire puisqu’elle ne pouvait plus être blessée par des moyens conventionnels.

Mais c’était réellement Clari et ça il ne pouvait pas se le retirer de la tête. Même si elle n’était pas exactement comme avant… c’était celle qu’il avait connue. Celle qu’il pouvait ouvertement appelé grande sœur sans aucune honte.

De quoi devrait-il avoir honte de toute façon ? Elle lui avait sauvé la vie à l’époque. Oui, cela commençait à remonter à plusieurs années mais le souvenir était encore frais dans sa mémoire. Hmm… Peut-être qu’un jour, il fera son deuil et…

À qui il ferait croire ça ? Il suffisait de voir qu’il avait donné vie à un golem ressemblant exactement à Clari pou comprendre qu’il ne le fera jamais. Pas de cette façon… Il n’avait toujours aucune idée de comment il avait réussi ce tour de force.

Oui… car cela tenait du domaine du miracle. Un miracle auquel il avait donné « vie ». Même si le terme pouvait paraître déplacé dans une telle utilisation. Enfin, dans tous les cas, le jeune homme aux cheveux bruns était satisfait de la tournure des évènements et il n’allait pas s’en plaindre.

Oui… S’en plaindre. C’était le bon terme encore une fois. Même s’il pouvait être pris pour un fou, il comprenait un peu le Dévoreur sur le coup. Avoir perdu un être que l’on aimait profondément et… Tiens, pourquoi est-ce qu’il pensait à lui maintenant ?

Non, non, il devait tout de suite arrêter. Cela allait très mal se finir s’il ne faisait pas attention. Il ne pouvait pas retomber dans ces travers, loin de là. Brrr ! Vivement qu’il retrouve celle qui était la plus chère à son coeur et il ne se posera alors plus de questions de la sorte. Il espérait vraiment avoir Elen en face de lui très bientôt. Il allait devoir s’excuser sur de nombreux points et aussi parler pendant longtemps, très longtemps. Il n’avait pas eu la possibilité de s’expliquer la dernière fois … comme tant de fois d’ailleurs. S’il avait pu, peut-être que tout cela ne serait jamais arrivé.

« Eh bien, si on m’avait dit que ce projet irait aussi vie, je ne suis pas certaine que je l’aurais cru. Et même maintenant, j’ai encore du mal. »

« Et pourtant, Elen, c’est bien ce qui est en train de se produire devant nos yeux. Tout le monde met la main à la pâte et c’est vraiment une chose merveilleuse. Je suis certaine que cette idée est excellente. Comme ça sera un tunnel non connu de la surface mais aussi des démons, nous avons donc un chemin secret. Pour combien de temps ? Cela sera difficile à savoir, il faudra sûrement le camoufler. Mais néanmoins, pas de poste de garde au service d’un membre de la noblesse ou de la famille royale, hahaha. »

« Elise, je tiens à te rappeler que tu es membre de la famille royale donc indirectement, ce nouveau tunnel sera plus ou moins géré par toi ou les personnes qui te suivent. »

« Merci de me briser mes petits rêves, Elen. C’est très sympathique de ta part. Plus sérieusement, ils ne doivent pas se douter un seul instant de ce que l’on fait exactement et c’est ça qui est vraiment une excellente chose. »

« Nous sommes assez discrets de notre côté ce qui est mieux, oui. Mais pendant combien de temps ? Je ne voudrais pas être pessimiste mais… »

« Tu n’as pas à l’être. Nous avons plus ou moins camouflés nos travaux. Il faudrait vraiment se concentrer sur la zone pour les trouver. »

« Et ce n’est pas ce qu’ils risquent de faire justement ? C’est plutôt problématique. »

« Oui et non, Elen. Encore une fois, j’ai pris mes précautions. Je ne veux pas qu’ils le repèrent donc pour cela, ils devront faire pas mal d’efforts pour y arriver. »

Elise était vraiment convaincue par son projet et Elen poussa un léger soupir. Peut-être que c’était elle le souci pour l’occasion. Elle s’en faisait plus que nécessaire… et ce n’était pas bon, loin de là. Elle prit une respiration plus forte que les autres avant de lui sourire :

« Si tu es certaine de ton coup, tant mieux alors. S’il le faut, de toute façon, tu sais où me trouver, d’accord ? Je vais aller voir ma fille. »

« Nous pouvons être deux pour l’occasion. Royan est en train de superviser le tout. Il doit quand même montrer qu’il est le roi de Traslord même si là, il est plus en train de jouer les apprentis chefs de chantier. »

« Peut-être une reconversion future, Elise ? Qui sait ce que l’avenir lui réserve ? »

« Ne va pas lui dire ça, il serait capable de le prendre au sérieux. Je sens qu’il a envie de faire comme Manelena : avoir une vie en-dehors de la royauté. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est avec moi, hahaha ! Non pas à cause de mon sang royal ! »

Elen ne répondit pas à Elise. Elle ne pouvait pas lui donner tort sur le coup. Que ça soit Manelena ou Royan, l’un comme l’autre, leur sang royal n’avait pas autant d’importance que pour beaucoup d’autres monarques. Oui, contrairement à la majorité des nobles, ils voyaient tout cela d’une bien autre façon. Une façon bien plus plaisante.

« Je vais aller retrouver mon prince royal à moi, enfin roi maintenant. »

« Fais donc Elise. Fais donc. » déclara Elen d’un petit mouvement de la main comme pour l’inciter à y aller dès maintenant alors qu’elle-même, tout sourire, était juste en train de prendre le chemin qui la mènerait à sa fille.

Ah… Sa fille… ou plutôt leur fille… à elle et Tery. Sauf que Tery ne pouvait même pas la prendre dans ses bras. Même si ce n’était pas vraiment un secret, le fait qu’elle ne puisse pas avoir le jeune homme auprès d’elle après tout ce temps commençait vraiment à lui travailler le mental. Elle espérait que tout soit résolu rapidement.

Mais l’espoir faisait peut-être vivre mais ce n’était pas ça qui allait ramener Tery plus rapidement à ses côtés. Elle le savait bien et ça lui dévorait le crâne. Elle n’allait pas devenir folle, loin de là. Depuis le jour où il l’avait plantée… à cause de ses sombres pensées et de cette manipulation par cette voix étrange, elle avait compris.

Elle avait compris que même en aimant autant Tery, elle ne pouvait pas réagir de la sorte. Mais elle n’était pas stupide. Elle avait parfaitement compris ce qui risquait de se passer avec Manelena auprès de Tery mais… elle ne pouvait pas y faire grand-chose. Qu’importe ce qu’elle tentait, tant qu’elle n’avait pas Tery à ses côtés, elle ne pouvait qu’être spectatrice.

Et si ça devait arriver ? Et si c’était déjà arrivé ? Comment devait-elle réagir ? Hurler dessus comme une damnée ? Une démone ? Qu’est-ce que cela changerait puisque la situation s’était déjà produite ? Comment ? Est-ce qu’elle devait lui pardonner alors qu’elle-même n’avait jamais eu d’écart ? Et s’il y avait eu un écart, combien de fois ?

Et s’il trouvait une excuse ? Et ensuite ? Comment faire ? Faire comme si de rien n’était ? Regarder Manelena continuer à tourner autour de Tery ? Et s’ils retombaient dans ses travers ? Que dans son dos, ils continuaient à se voir ? Voilà toutes les questions qui lui traversaient l’esprit à cet instant précis.

Elle était sûrement irrécupérable, elle s’en doutait mais… ce n’était pas non plus tout de sa faute hein ? Ah … Pourquoi est-ce qu’il n’était pas possible de s’envoyer de courriers ici ? Pourquoi est-ce que les lettres volantes ne fonctionnaient pas ici ? Avec elles, tout aurait été bien plus simple. Elle se rappelait de l’époque où encore, elle n’avait pas compris la portée de ses sentiments envers Tery.

Oui. Elle se rappelait de cette image qu’elle avait envoyé au jeune homme avec ce fameux miroir. Son premier moment où elle s’était considérée comme coquette. Elle en avait encore un peu le rouge aux joues rien qu’en y repensant, hahaha. Voilà, elle se sentait un peu mieux. Les souvenirs d’antan lui faisaient du bien.

Et elle savait qu’elle allait le retrouver un jour. En continuant de se fixer cela comme objectif, elle était convaincue qu’ils pourront un jour tout simplement couler des jours heureux. Pas d’aventure à l’horizon, pas de créature monstrueuse à affronter, pas de royaume à combattre. Tout cela sera derrière eux. Et derrière eux, il n’y aura alors pas besoin d’y jeter un œil.

« Qu’il me tarde de te la montrer pour qu’on lui donne un nom. »

Oui, elle le savait parfaitement. C’était plus qu’absurde de ne pas avoir donner de nom à cet enfant qui avait déjà dépassé sa première année. Sa fille comprenait déjà quelques mots, elle poussait des petits cris mais elle était heureuse et silencieuse pendant la nuit. Ce qui pouvait être étrange pour un enfant de cet âge.

Est-ce qu’elle en faisait trop pour elle ? Ou pas assez ? Cela dépendait sûrement du point de vue, elle en était certaine mais… en un sens, il y avait vraiment un souci. C’était le fait qu’elle se comporte de la sorte alors qu’il valait mieux pour l’enfant qu’il ait de l’amour et de l’affection tout autour de lui.

Pensée absurde. Sa fille était aimée et choyée. La question ne se posait même pas en fin de compte. Que ça soit par elle ou par sa grand-mère. D’ailleurs, les grands-parents de Tery seront sûrement ravis de la voir dès qu’elle pourra la leur montrer.

Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait la sensation qu’une certaine vieille dame serait complètement folle de joie de voir son arrière petite-fille. Oui, elle lui avait fait une bonne impression à chaque fois qu’elle l’avait vue et elle avait d’ailleurs compris que dans la famille Vanian, les femmes étaient très souvent fortes en terme de caractère.

D’ailleurs, c’était aussi en partie pour ça qu’elle devait redoubler d’efforts. Pour être à la hauteur de toutes les femmes de cette famille. En montrant ce dont elle était capable, elle serait alors plus qu’apte à représenter la famille Vanian. Le rouge vint parcourir ses joues. Dans les faits, c’était vrai que Tery et elle n’étaient pas mariés mais cela sera très vite réglé lorsque la situation sera stabilisée, héhéhé.

« Tu es vraiment si mignonne, tu le sais ? »

Peu à peu, sur le sommet du crâne de l’enfant, il était possible de voir quelques reflets blonds, comme sa mère. Si ce n’était pas la preuve la plus concrète qu’elle était bien sa fille, elle ne voyait pas ce qui pouvait le prouver alors. Enfin bon, la mère, c’était certaine. Le père ? La question ne se posait même pas. Elle n’avait fait la chose qu’avec lui, maintes fois, encore et encore.

D’ailleurs, c’était peut-être pour cela qu’elle avait porté son enfant aussi rapidement. Ils s’étaient plus ou moins comportés comme des bêtes, non pas sauvages mais disons… qu’il n’y avait jamais eu de retenue ou presque. Hmm … Ah … Elle plaça doucement un doigt sur la joue de sa fille endormie.

« Vraiment si mignonne. Tu es à croquer, mon amour. »

Un amour de petit bout de chou. Elle déposa brièvement un baiser sur la joue du bambin. Ils n’étaient qu’en début d’après-midi mais elle allait éviter de faire une sieste. Depuis la naissance de l’enfant, ça lui arrivait un peu plus souvent car il fallait bien qu’elle récupère des nuits où l’enfant se réveillait.

Heureusement, à l’époque, elle avait eu la mère de Tery avec elle mais elle ne pouvait pas toujours compter sur elle non plus. Cela ne pouvait pas être aussi simple que ça hein ? Du moins, pas de cette manière non plus. Mais là, l’enfant était au calme et bien sage. De toute façon, il y avait toujours quelqu’un pour la surveiller.

Car oui, même si c’était assez étrange, les femmes des différentes races dans leur groupe semblaient adorer la petite demoiselle. Peut-être était-ce l’instinct maternel qui primait ou alors autre chose qu’elle n’arrivait pas à expliquer mais elle avait la sensation que toutes considéraient l’enfant comme un trésor sacré.

C’était assez saugrenu à bien y réfléchir mais elle n’allait pas s’attarder sur ça, hahaha. En fait, elle préférait même ne pas trop y penser. Elle allait juste se contenter de se dire que chacune était heureuse de pouvoir lui rendre ce service. Oh, bien entendu, elle avait quand même pris des précautions pour éviter des gestes malheureux.

Il s’agissait de quelques mesures de sécurité pour être certaine que son enfant était entre de bonnes mains. Est-ce qu’elle faisait une erreur ? Oui et non. Elise avait voulu la rassurer en lui disant que tout le monde dans ce groupe voulait oeuvrer pour un but commun. De même, elle aussi comprenait parfaitement le fait que le bébé de Tery et Elen avait quelque chose d’assez exceptionnel sans forcément réussir à expliquer quoi exactement.

« Je me demande si c’est à cause de ses origines ou non. » chuchota doucement la femme aux cheveux blonds, songeuse à cette idée.

Tery était un être à moitié démoniaque. Elle-même était issue… de deux divinités. Enfin, deux êtres aux capacités exceptionnelles. Cela devait sûrement influencer d’une manière ou d’une autre, non ? Même si elle ne savait pas trop comment et de quelle façon.

C’était le genre de choses qui ne pouvait sûrement pas être étudiée d’un claquement de doigts. Enfin, avec tout ça, elle devait aller retourner voir Elise et Royan. Même si elle n’était pas totalement rassurée par l’avancée du projet, ça ne voulait pas dire qu’elle ne pouvait pas soutenir ce dernier.

Revenant auprès du couple royal, puisqu’on pouvait les considérer tous les deux ainsi, elle vint apporter sa pierre à l’édifice, commençant à user de ses capacités magiques pour épauler ceux qui travaillaient. Dans ces moments-là, elle regrettait doublement Tery. Déjà par son absence de présence mais aussi par le fait qu’avec sa capacité à créer des golems, il serait d’une utilité bien plus grande qu’elle. Autant dire qu’elle regrettait la main d’oeuvre que Tery pouvait emmener avec lui. Une main d’oeuvre plutôt importante et utile.

« Enfin, il me manque surtout et pas qu’un peu. »

« Hmm ? De qui donc ? Votre homme, c’est bien ça, non ? Enfin, Tery, si je me suis pas trompé de personne. » répondit calmement un démon à côté d’elle alors qu’elle tenait dans ses mains une lourde pierre, ses propres mains devenues des griffes de roche.

« Oui, oui, c’est bien Tery. Et oui, il me manque. »

« Ah ouais, je peux voir ça. Vous utilisez les mêmes griffes que lui. »

« Une simple coïncidence, hahaha. » dit-elle en rigolant légèrement. Elle-même ne croyait pas en son mensonge mais qu’est-ce qu’elle pouvait y faire, hein ? Dans tous les cas, elle allait se concentrer à la tâche et peut-être que par de petites actions comme ça, l’attente pour retrouver Tery sera moins difficile.

Chapitre 42 : Sacrifice

Chapitre 42 : Sacrifice

« De quoi vous parlez ? Leurs ancêtres ? »

« Les ancêtres ? Qu’est-ce que vous baragouinez ? » demanda calmement Manelena après les propos du gnomold. « Vous prétendez être nos ancêtres ? Vous avez la même espérance de vie que nous, peut-être un peu plus au grand maximum. De là à prétendre et à raconter n’importe quoi, il n’y a qu’un pas hein ? »

Elle avait dit cela avec une petite pointe d’ironie, ne cachant guère dans son ton le fait qu’elle avait beaucoup de mal à croire les paroles de ce gnomold. Il manquait encore un peu trop de détails pour qu’il soit crédible dans ses dires.

« Notre race est votre ancêtre ! Vous avez préféré complètement ignorer et abandonner tout un pan de l’histoire juste pour vous valoriser ! Vous n’y connaissez rien ! Rien du tout ! »

« Et si vous en disiez un peu plus ? Car j’ai la sensation que même les démons ne sont pas forcément au courant de ce que vous racontez. »

Et comme preuve de sa bonne foi, il avait décidé de faire disparaître ses griffes de pierre. Oui, il ne pouvait pas faire plus mais en même temps, ce gnomold était presque comme traumatisé. Mais est-ce que ces gnomolds allaient arrêter ce combat eux aussi ?

« Pourquoi… est-ce que l’on ferait la même chose que vous ? » demanda le gnomold, en comprenant bien où voulait en venir le jeune homme dans sa démarche.

« C’est à vous de voir. Vous semblez en avoir sur la conscience et… J’ai aussi besoin de savoir. Je préfère mourir en sachant ce qui se passe plutôt qu’en étant idiot. »

« Tu es vraiment comme les rumeurs en parlent hein ? Toujours prêt à discuter avant le reste hein ? Tsss… Et qui nous dit qu’après, tu vas pas chercher à tous nous tuer ? »

« Et c’est la même pour vous, non ? Vous êtes ici pour éliminer chaque démon présent dans le monde souterrain. Vous savez aussi bien que moi que vous avez commencé une mission suicide puisqu’elle n’aura de fin que lorsque vous serez tous morts, est-ce que je peux me tromper ? Ou alors, est-ce que j’ai raison ? »

« Tsss… Tu me fais chier ! POURQUOI TU ES LÀ ?! »

Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il était ici ? Car c’était sa place. C’était une question vraiment étrange de la part du gnomold et les autres avaient toujours ce côté belliqueux. Un combat, est-ce qu’un combat pouvait vraiment s’arrêter comme ça ? Car juste deux personnes avaient décidé de le stopper pour parler ? Après, ils n’étaient pas une gigantesque armée, de chaque côté.

« Je suis là parce que vous vous êtes trouvés sur mon chemin, rien de plus. À la base, je ne pensais même pas vous avoir en face de moi, loin de là même. »

« Tsss, tu peux faire autant le fanfaron que tu le veux, ça ne changera rien aux faits ! Pas du tout même ! Tu ne peux pas tenter d’arranger des millénaires comme ça ! »

« Je n’ai pas dit ça et je ne compte pas le faire. Je n’ai pas à réparer des trucs qui se sont produits lorsque je n’étais pas né. Ce n’est pas à moi de faire tout ce travail. Mais si je peux tenter de faire quelque chose pour éviter que ça ne se reproduise, je ne vais pas me priver. Mais pour ça, il faudrait me dire exactement ce qui s’est passé. »

« AH ! Qu’est-ce que tu sais exactement des portes démoniaques hein ? Sais-tu pourquoi elles ont été crées ?! Pourquoi Zélisia et Alzar ont agi de la sorte ? »

« Pour empêcher le Dévoreur de ravager ce monde non ? Car de ce que j’ai cru comprendre, il n’était pas vraiment prévu que les démons se retrouvent bloqués sous la surface. On peut dire que cela ressemble à des dommages collatéraux. »

« DOMMAGES COLLATÉRAUX ! HAHAHAHA ! BORDEL ! »

Hmm ? Le gnomold était maintenant complètement hilare mais pourtant, lui-même avait la sensation qu’il se moquait de lui. Est-ce qu’il y avait une raison à ça ? Il ne savait pas trop mais il n’appréciait que moyennement tout ça. Pourtant, il attendait de voir à ce que le gnomold se calme, les autres membres de sa race le regardant avec autant de surprise que l’armée en face d’eux.

« Dommages collatéraux. Ces pauvres petits démons ! Ces démons qui continuaient de vouloir se battre sans cesse contre les races de la surface simplement pour que leur dieu Alzar s’envoie en l’air avec Zélisia discrètement ! »

« Je ne peux pas te donner tort sur le coup. Et je leur ai déjà fait la remarqué à ce sujet. Enfin, je crois… Je ne suis plus sûr. »

Le gnomold le regarda un peu, interloqué, en cherchant à voir s’il était devenu fou ou s’il pensait vraiment ce qu’il disait. Mais il y avait des chances qu’à l’époque, il ait parlé de cela avec eux quand il avait appris diverses choses. Cela remontait maintenant à pas mal de mois… voire même une année.

« Mais de toute façon, que ça soit les démons ou les races de la surface, les deux camps étaient fautifs. Zélisia n’était pas une sainte, loin de là. Elle avait crée plusieurs races avec chacune ayant ses propres caractéristiques tout en les laissant s’entretuer. »

« Nierk. C’est exactement ça. C’est ça de posséder trop de pouvoirs ! On commence à créer des aberrations mais ces saletés… ces deux saletés qui se prétendaient être des dieux ! Ils n’ont eu aucune hésitation ! Ils n’ont pas demander leurs avis aux races de la surface ! »

« Qu’est-ce que cela allait changer ? Les races de la surface n’auraient plus de raison de se battre avec les démons. Elles étaient gagnantes. Même s’il resterait les querelles liées aux différentes races et nations mais ça, c’est un autre souci. »

« Les démons étaient un ennemi commun mais ça, qu’est-ce qu’on s’en fout. Ce n’était pas ça le plus important ! Pas du tout ! Le plus important, c’est de nous avoir utilisé comme des pions pour créer ces foutues portes partout dans le monde ! »

« Utiliser… comme des pions ? » répéta Tery aux propos du gnomold.

« Ils ont usé de nos corps jusqu’à la moelle ! Alors qu’ils étaient occupés à fonder les deux portes démoniaques d’Omnosmos, les portes principales qui serviraient de fermeture totale par rapport au monde souterrain, vous pensez que les autres portes se sont formées comment hein ?! Vous en avez une simple idée ?! »

« Pas le moins du monde. Expliquez donc. Vous êtes en train d’insinuer que … ce sont les races de l’époque qui ont réussi à créer les portes démoniaques. Du moins, celles qui retenaient les différentes grottes et autres endroits scellés complètement. »

« C’est exact ! Les races de l’époque ont été sacrifiées pour les imbécilités de deux êtres trop puissants et incapables de contrôler leurs hormones ! Deux êtres trop stupides qui sont incapables d’arrêter leur création devenue trop puissante même pour eux ! Deux êtres qui ont rendu ces races difformes et bossues ! »

… … … Il venait de marquer un temps d’arrêt, comme pour laisser au groupe de Tery d’assimiler l’information. D’après le regard des gnomolds derrière celui qui s’exprimait, il semblerait que même eux n’étaient pas totalement au courant de tout.

« Les races sont devenues… des gnomolds ? C’est ça que vous voulez dire ? »

Un rictus se dessina sur les lèvres du dit-gnomold, comme pour confirmer les dires de Tery. Les gnomolds… actuels… étaient les descendants des races d’autrefois. Des races comme celles actuelles. C’était tout simplement impossible ! Il n’y avait aucune ressemblance et…

« Il y a quelque chose qui cloche dans ce que vous dites. Comment est-ce que c’est possible que vous soyez nos… ancêtres alors que nous sommes la preuve vivante que nous sommes totalement différents de vous. » déclara Manelena avant même que Tery ne puisse parler.

« Vous savez aussi bien que moi que les enfants ne naissent pas directement avec leurs magies inscrites en eux. Les lignes élémentaires n’apparaissent qu’après quelques années. C’est ça qui a permis à ces enfants de ne pas devenir comme nous. Nous avons été vidés de notre magie jusqu’au plus profond de nos corps, les modifiant pour devenir ce que nous sommes actuellement. Nos enfants, ont eu la chance de rester normaux. »

« Et il n’y avait aucune possibilité de revenir en arrière, c’est ça ? Vous étiez sans magie ? Comment avez-vous fait pour avoir alors des descendants qui sont aptes à avoir de la magie ? Et comment… il manque trop d’informations ! »

« J’en ai trop dit ! Je devrais plutôt vous exterminer maintenant ! Comme ça, vous… »

« Et pourquoi cela serait si grave que nous soyons au courant ? Qu’est-ce qui vous empêcherait de raconter tout cela autour de vous ? »

« Imbécile… Comme si des gens allaient croire des gnomolds ! Tu as vu nos trognes et tu veux prétendre que vous allez nous écouter ?! »

« Pourtant, Ernold est bien le plus grand archimage respecté de tout Omnosmos ! Pourtant, c’est un gnomold ! Lui n’a pas hésité à s’ouvrir aux autres races et tout le monde le respecte ! Même parmi vos pairs, j’en suis certain ! »

Et même si… Ernold avait bien caché son jeu par rapport aux portes démoniaques et autres vérités qu’il s’était gardé de dévoiler, il savait que le vieil archimage ne pensait qu’à la même chose que Zélisia et Alzar, enfin Séran et Sérest.

« Les gnomolds sont comme vous autres. Chaque gnomold est différent. Ce n’est pas parce qu’une poignée de gnomolds a décidé d’abandonner leur passé et leur histoire que tout le monde pense pareil ! » éructa le gnomold, plus qu’enragé par les dires de Tery.

Et pourtant, il ne faisait rien pour améliorer la situation. Malgré qu’il tentait de communiquer avec ce gnomold, ayant enfin appris quelque chose dont il ne se serait jamais douté, il voulait vraiment… trouver une solution pacifique. Une solution aberrante en vue du massacre commis par les gnomolds.

« Tery, ces gnomolds ne nous apporteront rien de plus. Il vaut mieux les exterminer. » murmura Manelena alors que Tery hochait la tête négativement.

« Si je peux éviter, je veux éviter… »

« Eux ne te laisseront pas réellement le choix, Tery. Tu le sais aussi bien que moi. Il faut te montrer raisonnable, non ? »

« Je vais me montrer raisonnable mais je veux le fin mot de cette histoire. Il me manque des détails que je n’ai pas encore obtenus ! »

En entendant le soupir fatigué de Manelena, il comprenait parfaitement qu’elle en avait assez du côté bon samaritain qui pouvait paraître chez lui sans même prévenir. Mais voilà, ce côté bon samaritain avait une raison d’être là. La raison était simple, il voulait TOUT savoir, tout depuis le début. Les moindres détails. Il reprit la parole :

« Les enfants et autres, vous ne voulez pas nous en dire plus à leur sujet ? »

« Qu’est-ce que tu veux que je te raconte de plus hein ? Ces enfants irrespectueux, pensant que nous étions des monstres alors que nous étions leurs parents ! C’est comme ça et pas autrement ! Nous étions différents d’eux alors que nos corps ont été sacrifiés pour eux ! »

« Vous n’avez pas tenté d’expliquer à vos enfants ce qui s’était passé ? Du moins, les gnomolds de l’époque à leurs enfants ? »

« Bien sûr que si, espèce d’imbécile ! Même si nous ne comprenions pas tous exactement ce qui s’était produit, certains d’entre eux, adeptes de la magie, avaient compris la situation. Et ils étaient heureux de voir qu’ils avaient mis un terme à l’existence du Dévoreur ! »

« Alors pourquoi les enfants n’ont pas accepté ça ? Ce n’est pas normal ! Les enfants devraient être heureux de voir que leurs parents s’étaient sacrifiés pour eux ! »

« Car ils n’étaient que des gamins. Des gamins aux cervelles malléables et éponges ! Des gamins incapables de réfléchir par eux-mêmes ! Si facilement manipulables entre eux ! Ils étaient différents des gnomolds et ce qui est différent est dangereux et mauvais ! Cela a toujours été le cas avec les races de ce monde ! »

Il avait vraiment la sensation d’avoir un cours d’histoire de la part du gnomold mais en même temps, c’était lui qui le demandait. Il ne pouvait en vouloir qu’à lui-même hein ? Il prit une profonde respiration avant de se mettre à réfléchir plus longuement à la situation. Avec tout cela, il allait finir par obtenir ce qu’il désirait ? C’est que peu à peu, il finissait par obtenir des informations importantes.

« Peu à peu, ceux qui étaient restés « normaux » se sont mis à grandir, devenant des adultes mais le mal était déjà fait. Au bout de deux siècles, nous autres étions répudiés et avons été chassés de là où nous vivions ! »

« Pourtant, je suis certain qu’il y avait des endroits où… »

« NON ! Et tu le sais aussi bien que moi, espèce de petit con ! Tu as très bien vu à quoi ça ressemble de nos jours ! Fais pas semblant d’être un putain d’aveugle ! Y a bien qu’à Omnosmos que les gnomolds sont tolérés et encore seulement certains qui seraient proches du grand archimage ! »

« Et je suis certain que vous prenez votre cas pour une généralité. Certains gnomolds ont fait une alliance avec Mékalarma pour éliminer les démons. Ce qui veut dire que tous ne sont pas réfractaires aux gnomolds. »

Peut-être que la discussion n’avait plus aucune raison de durer. Dans les faits, il avait visiblement plus ou moins eu tout ce qu’il recherchait. Il n’avait rien besoin de plus. Mais maintenant ? Quoi faire ? Attaquer les gnomolds et confirmer leurs dires ? Les laisser vivre alors qu’ils avaient commis des crimes sur des innocents ?

« Des millénaires se sont écoulés et au final, l’existence des démons n’était connue que de certains gnomolds. Les races de la surface, elles avaient totalement oublié que les démons existaient auparavant. »

Encore une fois, difficile de nier. Lui-même avait appris que « récemment » l’existence des démons et il était certain que c’était le cas de tous les membres du groupe armé, du moins en prenant en compte seulement ceux issus des races de la surface.

« Mais maintenant que les portes démoniaques sont ouvertes, il est possible de voir que les démons ne sont pas aussi mauvais que les gnomolds le pensaient ! Pareil pour les autres races ! Il est possible d’arrêter tout ça mais il faut le vouloir ! »

« On ne le veut pas. C’est bien trop tard pour chercher des excuses ! Il ne faut… »

« Est-ce que les gnomolds qui ne sont pas au courant de cette histoire pensent comme vous ?! Ou tentent au moins d’arranger les choses ?! Car oui, bizarrement, des fois, l’ignorance peut aider à réconcilier des races ! »

« Et quand elles apprennent la vérité alors hein ?! Tu crois que c’est aussi simple ?! »

« Oui, ça l’est ! Car c’est du passé ! Et que le passé, c’est bien de s’y accrocher pour connaître ses origines mais ça ne veut pas dire que ça doit être lui qui doit définir notre route ! Sinon, ça reviendrait à dire que je suis destiné à n’être que Tery ! »

« Tery ? Genre Tery ? » demanda le gnomold, comme un peu étonné. Ben quoi ? Ils ne savaient même pas à qui ils avaient affaire depuis le début ou quoi ?

« Oui, je suis Tery. Tery Vanian plus précisément. Pourquoi ? C’est si surprenant que ça ? De base, vous m’en voulez et plus encore à cause de tout ça donc bon… »

« Tery Vanian ! Celui dont Rokar n’arrêtait pas de parler ! AH ! C’est donc toi ! C’est toi le fichu démon qui est à la base de tous nos ennuis ! C’est TOI ! »

« Je ne compte pas m’enfuir ou autre. Vous pouvez criez autant que vous le voulez mais il va falloir quand même que vous vous expliquiez un peu. Qu’est-ce qui vous étonne ? »

« C’est toi ! C’est toi dont parlait Rokar ! C’est toi ! C’est toi qui a ouvert les portes démoniaques ! On avait aucun détail sur à quoi tu ressemblais mais c’était toi ! Rokar nous a dit de ne rien te faire ! Que tu es au service d’Ernold et d’autres stupidités ! »

« Rokar aurait vraiment fait ça ? Lui ? J’imagine que vous êtes en train de dire une bien mauvaise blague sur le coup. Ce n’est pas crédible du tout. »

Oui. Pourquoi est-ce que Rokar ferait ça ? Oh, dans les faits, s’il commençait à s’y attarder, de nombreuses fois, Rokar aurait put le tuer mais il ne l’avait jamais fait. Même si depuis le temps, le rapport de force s’était inversé, ça ne changeait pas qu’il aurait moins de scrupule à l’éliminer. Mais pourquoi Rokar dirait du bien des démons ?

« Rokar est au service d’Ernold depuis des lustres, tsss ! C’était lui qui était chargé de surveiller un village où se trouvait une engeance démoniaque. C’était toi ! Il a osé nous mentir en disant qu’il l’avait éliminée rapidement ! »

« Non, je ne pense pas qu’il ait menti. Ce qu’il vous a dit est véridique même s’il n’a pas donné toutes les informations. Il devait sûrement parler du démon qui s’est considéré comme mon père bien que ça sonne totalement faux et creux. »

« Faux et creux ! Tu avoues donc que Rokar a… »

« Non, je parlais du démon, pas de Rokar. Je pense qu’il avait compris que mon… père était un démon pur contrairement à moi qui a eu une mère humaine. C’est pourquoi il l’a éliminé mais pas moi. Du moins, c’est la seule raison plausible. »

Pourquoi est-ce qu’il était en train de raconter tout ça à des gnomolds ? Surtout que maintenant, il voyait bien que ces derniers avaient repris leurs souffles mais aussi… avaient soigné leurs blessures. Rien d’anormal puisqu’il en était de même de leur côté.

« Mais pas toi ? Car tu es juste à moitié démoniaque ? Rokar n’aurait jamais fait ça ! Sauf… Sauf si… Sauf si… Il était au service d’Ernold depuis le début ! »

« Et vous alors ? Vous ne semblez pas être n’importe quel gnomold. J’ai bien remarqué que ceux qui vous accompagnent n’étaient pas plus au courant que nous autres. Ce qui veut dire que vous devez être assez spécial aussi, n’est-ce pas ? »

« Tsss. Pour une fois que nous avions la possibilité de nous rendre dans le monde souterrain, ils ont préféré assurer la sécurité des gnomolds. Surtout avec cette folle qui est devenue une traîtresse ! On avait bien fait ! »

« C’est vrai que Krawnia n’est pas vraiment celle en qui j’aurais le plus confiance. »

« Hihihi ! Tu devais Tery, tu devrais. Il n’y a que toi à mes yeux, tu sais ? »

Non mais même ainsi, malgré tout ce qu’elle disait, il restait plus ou moins imperméable à ses propos. Ce n’était pas qu’il ne lui faisait pas confiance mais… en fait si. Elle n’était pas digne de confiance, c’était tout.

« Bref, il vaut mieux l’ignorer. Dans tous les cas, je n’ai plus envie de continuer à vous affronter. Et non, avant même que vous ne disiez quelque chose, ce n’est pas de la pitié. »

« Alors pourquoi tu veux éviter ça hein ? On veut vous faire la peau. On veut tous vous crever, vous, les démons, les traîtres, tous ceux qui ont osé nous abandonner ! »

« Oui mais sur le coup, ça ne servirait à rien. Avec ce qui vient de passer ici, vous allez attirer l’attention d’un groupe bien plus dangereux que le nôtre et je n’ai clairement pas envie de leur tomber dessus. Si vous êtes suicidaires, vous n’aurez qu’à les affronter mais je tiens à la sécurité de mes membres. Vous pouvez haïr le monde autant que vous le désirez mais ça ne doit pas vous inciter à un massacre gratuit de votre propre groupe. »

« Tu te prends pour qui pour nous faire la morale hein ? Tu crois qu’on va t’écouter juste parce que tu as décidé d’ouvrir ta bouche comme ça ? »

« Ce n’est pas une question de vous faire la morale. Vous avez réussi à arriver jusqu’ici avec pas mal de chance. »

Est-ce qu’il cherchait à les énerver ? Pas le moins du monde. Il voulait juste que ça soit bien clair à leurs yeux qu’ils n’étaient pas tombés sur l’armée la plus inquiétante du monde souterrain. Ce combat ne mènerait à rien mais surtout, le gagnant de cet affrontement serait dans un bien triste état et ferait une cible plus que facile pour les créatures souterraines.

« Tu me fatigues… Tu peux toujours rêver pour que notre espèce apprécie ce que tu viens de faire. Pire ! Tu as une odeur encore plus horrible que celle des démons. Je ne sais pas d’où elle vient précisément on va se retirer pour le moment. T’as juste intérêt à bien noter que la prochaine fois, on ne sera pas aussi sympas. BON ! On se retire les gars ! »

Même si la plupart des gnomolds étaient mécontents de la situation, tous acquiescèrent aux propos de celui qui avait tant discuté avec Tery. Manelena, à côté du jeune homme, plaça une main sur son épaule, lui disant pendant que les gnomolds s’éloignaient :

« Ce n’est peut-être pas une victoire qui provient d’un combat glorieux mais… C’était le bon choix, Tery. Nous ne pouvions pas nous permettre de perdre trop d’hommes. »

Il avait bien fait et elle voulait qu’il le reconnaisse. Accepter cette reconnaissance lui permettrait d’avoir plus confiance en lui. Oui, ils avaient obtenu bien plus que la simple « sécurité » des membres du groupe. Ils avaient appris une nouvelle vérité.

Chapitre 40 : Jeu de piste

Chapitre 40 : Jeu de piste

« Vous êtes certains de ce que vous avancez ? »

« Sûrs et certains. Il peut pas y avoir d’erreurs à ce sujet ! »

« D’accord, d’accord. Merci pour ces réponses. Nous allons vous laisser. Moi et mes troupes n’allons pas déranger plus longtemps la tranquillité de votre village. »

« Bah ! Ne vous en faites pas, vous nous avez rendu un fier service en éliminant les monstres des alentours et en nous offrant une partie d’entre eux. Je pense que notre village sera paisible pour un petit moment. »

« Tant mieux alors, je suis content pour vous. » répondit doucement Tery avec un léger sourire. Ce qu’ils faisaient dans ce village ? La même chose que les autres villages depuis maintenant pas mal de jours.

Depuis la présence de l’armée d’Haiktos, il préférait jouer la carte de la sécurité. Il ne pouvait pas se permettre d’avoir à nouveau affaire à eux. Et en même temps, il obtenait des informations d’une autre importance capitale.

Lorsqu’ils s’éloignèrent du village qu’ils venaient de traverser, tout en ayant débarrassé ce dernier des monstres qui l’avoisinaient, il posa ses yeux sur Manelena avant de dire :

« Je ne m’attendais pas à avoir une telle information. Est-ce que tu penses que… »

« Je ne connais pas beaucoup d’autres groupes qui seraient composés de démons et de races provenant de la surface, tu sais ? »

« Oui mais bon… en même temps, on ne sait jamais… Dommage que ça soit juste une rumeur provenant d’un marchand qui se promène de village en village. Et peut-être qu’il parlait de nous ? C’est tout à fait possible non ? »

« C’est exact mais maintenant, intérieurement, est-ce que tu préfères penser que c’est le groupe d’Elise ou alors le nôtre qu’ils évoquaient ? »

« Tu marques un point. Imaginons le meilleur avant le pire ! »

Et s’ils avaient une chance de retrouver Elise et les autres… enfin surtout Elen dans son cas, alors, il devait s’accrocher à cette idée ! Au lieu de considérer que c’était tout simplement un coup du sort. Pfiou ! Maintenant, clairement, il était en forme et sur motivé par cette nouvelle. C’était sûrement pour cette raisons qu’ils avançaient à une allure plus rapide que les précédents jours.

En plus, ça ne pouvait pas être que du hasard le fait que les derniers villages traversés disaient la même chose concernant ce groupe hétéroclite. Un groupe comme le sien quoi ! Pfiou… Il avait la sensation que c’était peut-être la première fois depuis longtemps qu’ils étaient aussi proches de retrouver les autres. Il remarquait à peine la mine soucieuse de Manelena. Celle-ci n’était peut-être pas autant ravie que lui de retrouver Elise et les autres bien que cela soit pour une raison futile et ridicule.

Plusieurs espèces différentes, jamais le même chemin… et ils avaient une étrange idée en tête puisque visiblement, d’après les villages visités, ils étaient en train de chercher des outils et autres pour travailler la terre. Après une discussion avec Manelena et Héraisty ainsi que les chefs des différentes escouades de leur petite armée, ils en étaient venus à cette conclusion : ils étaient en train de créer de nouveaux chemins.

Des chemins vers où ? Sûrement la surface, ce n’était pas comme si c’était vraiment une bonne idée que de chercher à vouloir tracer d’autres voies vers la capitale. Par contre, cela voulait dire qu’Elise ne désirait d’ailleurs pas retrouver son père. C’était quoi alors son but réel dans toute cette histoire ?

« Si nous continuons à fouiner dans les environs et à nous renseigner… »

« Oui Tery, nous finirons bien par tomber sur eux, c’est exact. »

« Quelle super nouvelle ! Enfin, si c’est bien Elen et les autres qui nous attendent. Dommage que nous ne pouvons pas leur laisser de message. »

« Beaucoup trop dangereux, Tery. Tu le sais très bien qu’il y aurait une chance que ces informations données puissent être utilisées contre nous. »

Il s’en plaignait un peu mais ça ne changeait rien. Elle avait totalement raison sur le fait que ça serait de l’imbécilité que de permettre aux ennemis des deux autres armées que de savoir où ils se trouvaient.

Pour autant, s’il avait pu laisser un simple petit mot, comme pour signaler juste qu’ils étaient passés par ici, sans indiquer plus de détails, cela lui aurait bien plu. Mais bon, il ne pouvait pas tout faire non plus, surtout sans aucune précaution.

Enfin bon… Il allait juste attendre que ça se passe et qui sait, peut-être qu’à la toute fin, il aura alors la surprise de les retrouver. Pour l’heure, maintenant, l’armée d’Haiktos était loin derrière eux et il avait justement chercher à avoir quelques informations dans les différents villages. Juste en envoyant les démons de la propre armée qu’il dirigeait.

Ainsi, sans même attirer plus l’attention sur eux, ça permettrait d’éviter de prendre les mêmes voies qu’eux. Et surtout, ils arrivaient à créer l’illusion qu’ils n’étaient pas passés par ces chemins pour éviter que des éclaireurs ennemis ne tombent par mégarde sur eux. Car oui, ils ne pouvaient être certains que l’armée d’Haiktos ignore la disparition de quelques éclaireurs car ils auraient décidé de les éliminer. C’était pourquoi il avait préféré envisager cette méthode plutôt qu’une autre… plus violente.

Oui, des combats inutiles, ça ne les aiderait guère. C’était pourquoi il voyait cela de la sorte. Mais maintenant, est-ce que ça serait suffisant pour contenter tout le monde ? Certains dans l’armée avaient soif de batailles. Et c’était souvent eux qu’il envoyait lutter contre les monstres environnants pour les chasser et s’en servir comme nourriture.

« Héraisty, je voulais te demander puisque Tery ne peut pas vraiment répondre sur ce sujet. Mais comment est-ce que vous faites pour savoir si le monstre chassé n’est pas un ancien démon ? Et donc qu’il n’y a pas un risque que vous deveniez fous ou comme eux ? »

« Oh non, ne vous inquiétez pas. Même si c’était le cas, tant que nous cuisons la viande, cela suffit à détruire une bonne partie de ce qui nous permet de profiter de la puissance des autres démons. C’est d’ailleurs pour cela que certains n’hésitent pas à se consumer avant de mourir, tout simplement pour éviter que leur puissance ne puisse pas être utilisée contre leurs partenaires et autres. »

« Et c’est aussi pour ça que j’imagine que la décapitation a si souvent lieu parmi vous. »

Pour toute réponse à la réplique de Manelena, Héraisty ne fit qu’un petit sourire presque désolé. C’était exact. Ils décapitaient les démons pour une seule et bonne raison : les empêcher de se faire flamber ou de rendre impossible la consommation pour obtenir leurs pouvoirs. Cela ne fonctionnait pas tout le temps et il y avait bien d’autres façons de pourrir l’existence d’autrui.

Comme le fait de posséder un corps empoisonné qui emmènera le démon qui tentera de le dévorer à la mort. S’ils brûlaient le corps pour le cuire et donc empêcher que le poison ne les affecte, il y avait alors de très fortes chances que les pouvoirs ne soient plus transmissibles. C’était bien plus compliqué qu’il n’y paraissait.

« Ah oui… J’imagine que ce sont donc beaucoup de faibles démons qui se dévorent entre eux et qui finissent par devenir des monstres, c’est ça ? »

« Oui, comme ils sont incapables de se protéger entre eux, il faut bien que certains finissent par dépasser les autres. Malheureusement, d’un autre côté, ils sont trop faibles d’esprit qu’ils sont alors incapables de se contenir et de se retenir. »

« Ce qui donne les créatures monstrueuses que l’on affronte. Tiens, petite question : ces monstres sont… incapables de communiquer entre eux ou avec nous. Aucun ne ressemble à un autre ou presque mais… est-ce qu’ils peuvent se reproduire ? »

« C’est assez rare et les résultats sont aussi horribles que tu peux l’imaginer et le penser. Mais bon, il n’y a bien que les nobles démoniaques tordus qui s’amusent à faire ça. »

« Vous avez vraiment certains cas parmi vous… enfin, je dis ça mais dans chaque royaume et nation, il y a toujours des éléments « problématiques. ». »

« Je le sais bien et c’est pour ça que je ne m’en fais plus que nécessaire. C’est dommage mais c’est ainsi que le monde tourne et bouge. »

C’était assez … neutre comme réaction mais Manelena ne s’interrogea pas plus à ce sujet. Héraisty avait bien montré qu’elle avait bien plus la tête sur les épaules qu’elle ne le montrait en apparence. De ce qu’elle avait saisi de la démone, elle avait sûrement mûri grâce à Tery et Elise.

« Jamais tu n’as été intéressée à l’idée de dévorer d’autres démons ? »

« Non, car j’ai très vite appris ce que cela faisait de perdre son humanité. En tant que renifleuse royale, les tests… étaient vraiment assez ardus et pas du tout plaisants. Sincèrement, personne ne mériterait de faire de tels tests. »

« D’accord, d’accord, ne t’en fait pas, je ne vais pas demander plus de détails à ce sujet. Je crois que ça reste quelque chose d’assez sensible. »

« Disons que ce n’était pas tout rose et que bon, c’est derrière moi. D’un autre côté, cela devrait te rassurer de savoir que je ne veux pas me transformer en l’une de ces créatures juste pour avoir plus de puissance. »

« Même si j’imagine que les vrais monstres sont les démons qui arrivent à garder leur forme originale malgré qu’ils dévorent autrui, c’est ça ? »

« Ils sont très rares, ils font souvent partie de la très haute noblesse et même de la monarchie ou des proches de cette dernière. Mais oui, certains démons sont capables de cela. Mais ils ne peuvent dévorer qu’un démon en de très rares occasions. »

« Ah bon ? Et pourquoi cela ? Qu’est-ce qui les empêche d’en dévorer autant qu’ils désirent ? Il y a une raison à ça ? »

« Tout simplement le contrôle de soi. Déjà réussir à garder leur forme actuelle tout en dévorant un autre démon pour obtenir ses pouvoirs, cela demande une concentration de tous les instants. Ensuite, ils doivent réussir à contenir cette nouvelle source de puissance durant un certain laps de temps. Pour beaucoup de démons, cela peut prendre des années voire même une ou deux décennies. »

« Hmm… C’est un sujet que je ne connaissais pas du tout. Merci bien pour ces informations. C’est toujours intéressant à savoir. »

« Si tu veux, je pourrais t’en parler à d’autres moments car ce n’est pas vraiment le bon lieu pour ça. Mais je ne savais pas que tu t’intéressais à ça ? »

« Disons que j’aime bien en savoir plus sur mes ennemis. Vous êtes une race qui n’était pas connue il y a de cela quelques années, ou du moins, complètement oubliée. »

« Ce n’est pas très plaisant de s’entendre dire que l’on est considéré comme un ennemi, Manelena, mais bon, j’imagine que c’est parce que tu cibles plus particulièrement certains démons dans cette affirmation, non ? »

C’était exact. La femme en armure noire voulait connaître plus de détails. Ainsi, certains démons arrivaient à garder une apparence… normale. Cela voulait dire qu’il y avait une forte chance qu’Haiktos et Halyza aient déjà dévoré un ou deux démons. Peut-être même plus ? Bien entendu, elle ne se leurrait pas : Il lui manquait trop d’informations et peut-être qu’Héraisty aurait justement ces dernières.

« S’il faut, je viendrais discuter avec toi sous ta tente ce soir, Héraisty. »

« Tery ne risque t-il pas d’être jaloux de ne pas t’avoir à ses côtés ? » demanda la démone aux yeux verts avec un petit air malicieux.

« Oh, j’imagine qu’une nuit sans moi ne devrait pas trop le déranger. Ce n’est pas comme… ah, non. Rien du tout. Mais toi, aucun souci à ce que je vienne ? »

« Pas le moins du monde. Tu peux remarquer que malgré que nous soyons très nombreux, je ne discute pas vraiment avec beaucoup de personnes. La force de l’habitude, dira t-on. Alors si quelqu’un vient me voir pour justement vouloir discuter avec moi, qui suis-je pour m’en plaindre ? Une bien piètre personne. »

« Ne tombons pas dans le mélodrame, non plus. Je suis certaine que si tu faisais aussi le premier pas, ça passerait. »

Mais ce n’était ni le lieu, ni le moment pour parler d’un tel sujet. Autant garder cela pour ce soir avec le reste. D’ailleurs, juste pour aller titiller un peu le jeune homme aux cheveux bruns, Manelena était retournée auprès de lui, expliquant ce qui allait se passer ce soir.

Héraisty pouvait remarquer qu’il paraissait un peu dépité d’après l’expression sur son visage mais qu’il hochait la tête comme pour dire qu’il comprenait. Manelena lui donnait un petit coup de coude dans la hanche, semblant dire une plaisanterie qui fit sourire Tery bien qu’il rougissait aussi. Qu’est-ce qu’elle avait bien pu dire ?

Lorsqu’elle revint auprès d’elle, Manelena lui déclara que c’était résolu et que ce soir, elles allaient pouvoir discuter de tout leur soûl sans même avoir à s’inquiéter. Elle ira rejoindre Tery si vraiment la conversation ne prendrait pas toute la nuit.

« Et c’est le fait que tu lui aies dit ça qui l’a fait rougir ? »

« Oh non, pas du tout. C’est plutôt la méthode pour le réveiller et lui signale ma présence. Rien de bien saugrenu… mais sur ces petites choses, il peut paraître encore un peu candide. »

« Je ne sais trop rien à ce sujet. J’ai eu quelques histoires quand j’étais plus jeune mais j’ai très vite compris ça ne m’intéressait pas vraiment. »

« Ne t’en fait pas. Un jour, ça te tombera dessus sans même que tu t’en rendes compte. »

« Comme toi avec Tery, c’est bien ça ? »

« Exactement. Même si j’ai refusé ces sentiments pendant de longues années. Et que j’ai tout fait pour les étouffer. En même temps, avant certains évènements, ce n’était juste que de l’intérêt relatif envers sa personne. Puis peu à peu… »

« Oh non ! Je ne veux pas que tu en dises plus maintenant ! Il me faut en garder un peu pour ce soir ! Cela serait dommage de perdre quelques sujets de discussion. »

« Tu es vraiment diabolique quand tu veux t’y mettre. » soupira Manelena bien qu’elle était visiblement plus amusée qu’autre chose.

« Disons que je sais simplement comment obtenir quelques informations quand cela s’avère nécessaire. Et je crois que ça sera du donnant-donnant, non ? »

« Des informations contre des informations. Mais de là à comparer ce qu’elles valent, si tu es vraiment certaine que ça te paraît être une bonne monnaie d’échange. Mais il t’en faut vraiment peut, tu le sais ? »

Elle le savait parfaitement mais c’était ça qui rendait le tout plus intéressant. De plus, il fallait bien se divertir tant qu’ils ne trouvaient pas les informations qu’ils désiraient hein ? Enfin, surtout Tery puisque c’était lui qui voulait absolument cela.

Dans tous les cas, ils continuaient leur session d’exploration et Tery n’avait aucune idée de ce qui se tramait dans son dos entre les deux femmes. Pour l’occasion, le jeune homme repassait les troupes en revue pendant qu’ils avançaient.

Il allait à gauche, à droite, sans même réellement se soucier des monstres. Comme l’armée d’Haiktos était passée dans les environs, ils n’avaient pas trop à craindre et même si cela était le cas, ils étaient assez nombreux pour les combattre. Pour l’occasion, ils avaient toujours quelques blessés mais aucun mort n’avait été à signaler depuis leur départ.

Ce qui était vraiment la meilleure nouvelle ces derniers jours. Par contre, ce qui était une moins bonne nouvelle, cela avait été le village dévasté qu’ils avaient en face d’eux après une longue marche. Comment et pourquoi ? Qu’est-ce qui… s’était passé ?

« Essayez de trouver des survivants ! Si vous voyez un ennemi, n’hésitez pas à l’abattre ! Ou au moins à le blesser gravement ! La priorité reste aux soins ! »

Des consignes simples et claires. Il ne pouvait rien faire ou dire de plus. Oh bien sûr, il aidait quand même aux recherches mais à leur grand désarroi, c’était à peine s’ils trouvaient des cadavres et quand c’était le cas, ils n’étaient pas du tout en bon état. Même pour un soldat endurci, il y avait de quoi vouloir vider ses entrailles.

Pour autant, aucun ne se sentit mal car tous savaient que ce n’était pas le moment de flancher. À regarder ce village dévasté, il y avait une sinistre impression que les créatures étaient peut-être encore dans les environs. D’ailleurs, comme d’habitude, Manelena et Héraisty n’étaient jamais trop loin de lui. Cela malgré le fait que Clari était toujours présente à ses côtés. Comme la femme-golem ne s’exprimait jamais, il avait parfois tendance à penser qu’elle n’existait pas.

« J’ai une bonne ou une mauvaise nouvelle, Tery. Cela dépend du point de vue que l’on prend par rapport au sujet. Est-ce que tu veux le savoir ou pas ? »

« Tu peux toujours le dire. Dans le fond, qu’est-ce qui pourrait être pire que ça, Manelena ? »

« Eh bien… Disons qu’en vue des ruines et du sang, l’attaque est assez récente. »

Et pour sa petite remarque, elle déclarait juste par là que ça voulait dire qu’il y avait de fortes chances que les responsables de cette soient toujours dans les environs. Et donc qu’ainsi, ils devaient préparer au cas où une défense et une riposte.

« Vous, allez prévenir ceux qui sont dispersés de se réunir en groupes et de faire attention à leurs alentours. Vous resterez avec eux. »

C’était l’unique message qu’ils devaient transmettre. En même temps, il préférait que les messagers ne tentent pas de revenir vers eux, de risque de se faire agresser par surprise sur le chemin du retour. Déjà qu’à l’aller, il y avait aussi de fortes chances que ça soit le cas.

Et puis vinrent les premiers cris, les premières flammes en direction du plafond et aussitôt, il avait ordonné à tout le monde de l’accompagner alors qu’il se mettait à courir en direction des cris et des flammes.

« YERK YERK YERK ! Encore eux ?! Ils ont jamais leurs comptes ? »

« Ils ont des armures, ils vont peut-être offrir un peu plus de résistance en fin de compte, gnéhéhéhé ! Toute façon, ils ne peuvent rien contre nous ! »

« Hmmm ? Ce n’est pas ici qu’il se trouve, ah… Bon ben éliminons-les encore et encore, je vais aller voir ailleurs si je le trouve ! »

Des voix aisées à reconnaître pour leurs petits ricanements mais… Il ne s’était pas vraiment attendu à les rencontrer dans le monde souterrain. Arrivant au niveau des voix, il s’écria :

« Qu’est-ce que des gnomolds font par ici ?! »

Et on ne parlait pas de deux ou trois gnomolds perdus, loin de là. Non, il y en avait vraiment tout un groupe, peut-être autant que le leur. Comment est-ce qu’ils avaient réussi à se déplacer jusqu’ici ?

« Qu’est-ce que vous foutez ici ?! » répéta le jeune homme avec énervement. Il voyait déjà plusieurs de ses soldats dans un triste état et certains étaient même au sol, ne bougeant plus.

« Nierk ?! On dirait bien qu’il nous connaît, lui. T’es qui, toi ? »

« C’est moi qui pose les questions, vous avez compris ?! » s’égosilla t-il avant de prendre une profonde respiration. Non, il n’allait pas perdre son calme maintenant. Cela serait tout simplement ridicule et stupide.

« Héhéhé… On n’a pas besoin de te répondre. Vous allez rejoindre les autres. On va juste se débarrasser de votre race une bonne fois pour toutes. Vous n’auriez jamais dû tenter de remonter à la surface, saleté de démons ! »

« Je proviens déjà de la surface et visiblement, il y a encore des groupes d’imbéciles parmi les gnomolds pour ne pas comprendre ce que les différentes races tentent de faire ! »

Et puis, ça ne servait à rien de discuter avec ces gnomolds. Leurs armes étaient déjà tâchées de sang frais et ils n’avaient eu aucune hésitation à attaquer des démons innocents. Alors, à partir de là, il n’y avait aucune raison de se retenir face à ces être stupides.

« Éliminez les jusqu’au dernier. Puisqu’ils veulent jouer à cela, autant qu’ils comprennent ce que cela fait de passer de l’autre côté. »

« Fais attention, Tery, tu pourrais presque me ressembler en disant cela… mais ainsi sont tes ordres. On va commencer l’extermination. » murmura Manelena en passant à côté de lui, son épée commençant déjà à être parcourue par de l’électricité. Ces gnomolds avaient besoin d’une bonne leçon… et il était alors temps de la leur lui donner ! Peut-être qu’elle allait en garder un ou deux en vie… pour une interrogation, malgré les paroles de Tery.

Chapitre 39 : Passés inaperçus

Chapitre 39 : Passés inaperçus

« Gauche, droite, haut, bas. »

« Tery, tu n’es pas obligé non plus de prendre toutes mes consignes au pied de la lettre non plus hein ? Mais oui, c’est la bonne méthode. »

« Je veux être certain de bien saisir tout ce que tu m’as dit hier. Je suis en train de vérifier si les cristaux changent « rapidement » de couleur ou s’il faut quand même une bonne distance en terme de hauteur pour que ça soit vérifié. »

Hahaha. Elle se retint de sourire en le regardant. Il avait parfaitement raison de se poser la question. Même si elle n’avait pas tout précisé, à dessein, hier, en agissant de la sorte, il pouvait alors commencer à calculer la hauteur des cristaux et autres. Grâce à cette donnée, il serait alors possible de vérifier la dite hauteur mais aussi de voir à quelle profondeur ils étaient plongés depuis le début. Enfin, depuis le début, il sera difficile de le calculer exactement puisqu’ils n’avaient pas pris cette donnée en compte lors de leur arrivée sous la surface il y avait maintenant plusieurs semaines… ou mois ?

Une autre donnée qu’elle n’avait pas pris en compte là aussi. Elle n’avait pas penser à calculer le nombre de jours depuis qu’ils étaient arrivés. Il fallait dire en même temps que les journées dans cette capitale n’avaient pas été des plus reluisantes et que malgré tout, elle avait sûrement chercher à effacer en partie celles-ci de sa mémoire. Bien que d’un autre côté, il y avait certains évènements qui la poussaient à apprécier la capitale. Des évènements bien plus plaisants à se rappeler. D’ailleurs, elle remarquait que malgré le fait qu’ils dormaient ensemble, Tery et elle ne faisaient rien de plus.

Pas que ça la dérangeait, elle n’était pas comme ses femmes qui se sentaient obligées sur l’homme qu’elles désiraient mais c’était vrai que maintenant qu’elle et Tery l’avaient fait, elle avait comme un feu qui la dévorait de l’intérieur. Ce n’était pas comme une sensation de manque, non, elle avait assez de contrôle de soi pour éviter que ça ne se termine ainsi mais… Peut-être avoir cette sensation de rattraper le temps perdu. Et en même temps, de vérifier toutes les façons que Tery avait de l’aimer.

En fait, elle comprenait aisément pourquoi et comment Elen pouvait le désirer, et pas seulement pour le comportement. Oh, elle n’avait aucune idée de comparaison et clairement, ce n’était pas son objectif mais ces instants avec Tery étaient gravés dans sa mémoire. Oui, elle avait la sensation qu’il pensait à elle et pas sa propre personne dans ces moments.

Était-il le meilleur des amants ? Elle n’en savait clairement rien. Par contre, ce dont elle était certaine, c’est qu’il était attentionné et pour une femme comme elle qui avait toujours vécu avec dureté et froideur, cela lui procurait un certain bien. Plongée dans ses pensées, elle ne remarquait qu’à peine qu’ils continuaient d’avancer et surtout écoutait peu les propos de Tery alors qu’elle ne faisait qu’hocher la tête positivement.

Pour une fois, elle pouvait bien se permettre de ne pas être sur ses gardes et de lui faire confiance, non ? Dans tous les cas, sa main qui était jointe à la sienne l’avait été de façon discrète et cela malgré qu’elle portait de son côté un gantelet noir métallique.

« Je me dis quand même que nous devrions trouver une sorte de petite montagne, Manelena. »

« Hum ? Hein ? Oh, oui, bien entendu, Tery. »

« Je me dis que si on utilise une montagne comme repère et si nous avons un peu de chance, nous pourrons trouver plusieurs cristaux de couleurs différentes. Maintenant, le gros souci, c’est de savoir si c’est régulier. Genre, si c’est tous les dix mètres de hauteur, ou alors cent, et si ça recommence en boucle et tout ça. »

« Cette histoire de cristaux te passionne vraiment, Tery. Tu sais qu’il n’y a pas que ça, hein ? Il faut aussi te concentrer sur le reste. »

« Je le sais bien mais bon… Ce qui est plaisant, c’est qu’Héraisty peut m’aider. »

« Hum, hein ? Comment ça ? » demanda Manelena perdant ses rêveries et son sourire sous son casque. « Comment peut-elle t’aider ? »

« Eh bien, en tant que renifleuse, cela reste une démone un peu intellectuelle et elle m’a confirmé tout simplement qu’elle est plus qu’apte à me renseigner sur les cristaux même si elle m’a signalé qu’elle préfère l’idée que je découvre par moi-même. »

« Tu n’étais pas non plus obligé de tout lui raconter, Tery Vanian. Il y a des choses qui ne se partagent pas avec autrui hein ? »

Hmm. Au revoir la bonne humeur et les rêveries. Merci le retour au monde réel par Tery. Des fois, elle se demande s’il ne le ferait pas un petit peu exprès pour l’embêter ? Si tel était le cas, elle se fera une joie de lui tirer les oreilles.

Enfin bon, au moins, ça occupait le jeune homme pendant l’ascension vers la surface. Une ascension un peu retardée par quelques monstres vu que finalement, certains démons avaient proposé de les attirer via quelques parfums et autres phéromones. Visiblement, certains avaient de la suite sur les idées. Par contre, aucun n’allait chercher à les dévorer, non. Ils étaient exterminés pour pouvoir ensuite chasser plus tranquillement quelques animaux souterrains comme ces imposants lézards rocailleux.

D’ailleurs, certains de ces lézards, plus gros que les autres, possédaient des cristaux sur leurs dos. Mais même s’ils étaient plus aisément repérables, Héraisty avait signalé à Tery qu’ils étaient aussi bien plus dangereux, ce qui expliquait qu’aucun prédateur ne venait les attaquer. Enfin, aucun ou presque. Ceux qui désiraient vraiment s’en prendre à eux ne s’inquiétaient pas pour cela.

Tant de petites choses à apprendre et pourtant, il fallait les retenir. Et maintenant qu’il en avait parlé avec Héraisty, celle-ci ne semblait pas se priver de lui donner des cours directement sur le terrain. Il avait aussi très bien compris que dans le fond, il aurait dû commencer par ça bien plus tôt.

« Chef, chef, chef ! Y a les éclaireurs qui veulent vous voir ! C’est urgent ! »

Hein ? Il avait été coupé dans ses pensées par la venue d’un soldat. Celui-ci était visiblement honorien en vue de sa taille et de ses oreilles. Tery lui laissa le temps de reprendre sa respiration, le soldat étant visiblement essoufflé par la course.

« Où sont les éclaireurs ? Comme je ne peux pas avoir une vision d’ensemble, je ne peux pas vraiment savoir d’où ils proviennent. On leur avait demandé un tour des environs. »

« Ils arrivent vers vous, c’est juste qu’ils sont un peu épuisés et que comme nous ne sommes pas tous ensemble, ils doivent encore faire un peu de chemin. »

Hmm, non pas qu’il trouvait ça étrange mais il était vrai qu’en se séparant en petits groupes, avec peu de distance entre chacun d’entre eux. L’être en face de lui était tout simplement un messager, aussi apte et rapide que les éclaireurs, nécessaire pour se déplacer à toute allure et faire les transmissions entre les différents groupes.

« Dès qu’ils se seront assez reposés, qu’ils viennent… même si le plus tôt sera le mieux si c’est vraiment urgent. Oh et puis non, je vais faire mieux. Je vais me déplacer. Manelena, Héraisty, vous pouvez gérer le groupe ? »

« Je voudrais plus être à tes côtés à cet instant précis mais non, je serais bien trop lente. On va donc éviter. Tu peux y aller. »

Cela ressemblait presque à une autorisation de sa part et il avait juste un petit sourire amusé aux propos de Manelena. Néanmoins, il avait décidé de suivre le messager, commençant à courir à toute allure sur la pierre. D’ailleurs, il utilisait cette dernière pour glisser le plus rapidement possible jusqu’à arriver aux éclaireurs.

Pfiou ! Premier constat et soulagement : ils n’étaient pas blessés. Ils étaient principalement fatigués et usés jusqu’à la moelle. Second point : Ils étaient presque comme effrayés de quelque chose mais quoi ? Il n’allait pas tarder à le savoir.

« Chef… Chef vous vous êtes déplacés pour nous ? »

« Il le faut bien, non ? Surtout si c’est si urgent. Et vu que vous semblez être au bord de l’évanouissement, je ne vais pas prendre le risque. Dites-moi en une phrase les grandes lignes. Qu’est- ce qui s’est passé ? »

« Nous… Nous avons trouvé toute une escouade. D’après les armoiries visibles sur leurs armures, drapeaux et autres, il s’agit d’une escouade au service d’Haiktos. »

Armoiries et autres ? En y réfléchissant plus longuement, c’est vrai qu’Elise et lui, quand ils étaient accompagnés, n’avaient rien qui prouvait qu’Elise était une descendante légitime du roi. Oh, à part bien entendu la renifleuse dénommée Héraisty qui avait confirmé cela.

« Et est-ce qu’ils vous ont repéré ? Car si c’est le cas, vous venez de les emmener directement sur nous, mais je ne pense pas que vous ayez fait ceci, non ? »

« Non, non ! Pas du tout mais … En vue de leur nombre, l’un de nos groupes risque de tomber sur eux et il faudra réagir ! »

« Hmm… Merci beaucoup. Reposez-vous. Je vais sûrement prendre le messager de votre groupe en plus du mien. Comme ça, avec la décision prise, nous pourrons vous la transmettre le plus rapidement possible. Je vais retourner dans mon groupe, reposez-vous. »

Il s’était répété mais c’était bien parce qu’il voyait que les éclaireurs étaient vraiment épuisés. Maintenant, il avait repris la route pour retourner auprès de Manalena et Héraisty. C’était logique de leur demander des conseils.

« Si nous devons nous confronter à eux, les pertes seraient trop grandes de notre côté et je crois même que l’on risquerait de perdre. »

« Je le sais très bien, Manelena. Et vu que nous ne pouvons éviter la confrontation, autant dire que cela s’annonce très mal pour nous. Je ne suis pas certain que nous pourrons nous en sortir. Qu’est-ce qu’on va faire exactement ? »

« Et si… vous demandiez aux troupes non-démones de se mettre de côté, voire de se cacher pendant que nous autres, démons, nous parlerions avec eux. » déclara Héraisty alors que Tery clignait des yeux, s’exclamant :

« Mais c’est bien trop dangereux ! Héraisty ! S’ils savent qui tu es, tu es morte ! »

« Même s’ils savent qui je suis, je reste une renifleuse royale et je pense m’en sortir. Et puis, si je dois être condamnée, c’est mieux que nous tous, non ? Fais-moi confiance, tout va bien se passer, j’en suis sûre et certaine. »

Comment est-ce qu’elle pouvait être aussi confiante à cet instant précis ? Il n’en savait rien et ça ne le rassurait pas. D’ailleurs, il en tremblait un peu mais Manelena posa une main sur son épaule, regardant fixement Héraisty avant de dire :

« Tu es certaine de ce que tu fais, Héraisty ? Si tu en est convaincue, alors, il n’y a aucune raison de t’arrêter. Mais il faut que tu sois sûre à cent pour cent. »

« J’en suis sûre et certaine. Je sais ce que je dois dire et ce que je dois faire. »

Et lui dans tout ça ? Il ne pouvait pas dire ce qu’il pensait ? Est-ce qu’il devait juste attendre que ça se passe ? Et juste souffrir en silence ? Il eut un petit soupir de tristesse avant de murmurer à son tour :

« Fais simplement attention à toi, Héraisty. Je ne veux pas perdre une amie précieuse. »

« Ne t’en fait pas, tout va bien se passer. Si cela peut te rassurer, je sais exactement ce que je veux faire, hahaha. »

Ce qu’elle veut faire ? Comment est-ce qu’il pouvait vraiment croire ce qu’elle disait ? Mais pourtant, c’était ce qu’il devait faire. Il prit une profonde respiration une nouvelle fois avant de la laisser s’éloigner. Lui de son côté, il allait préparer les troupes.

Et rapidement, plusieurs minutes après, l’armée s’était divisée en deux. Il n’y avait pas autant de démons que de soldats de la surface et peut-être qu’elle allait s’en tirer ? Dans tous les cas, toute sa troupe était éparpillée de telle façon qu’il serait difficile de les repérer. Et lui ? Malgré tout ce qu’il avait dit, il avait voulu absolument voir au loin ce qui se passait.

« Ils sont tellement nombreux… »

Ce fut le premier constat qu’il avait remarqué en observant tout ça de sa « cachette ». Ils étaient tellement nombreux… tellement nombreux. Il se répétait cela alors qu’il déglutissait. Il arrivait à voir Héraisty qui avait « pris les commandes » du groupe en train de marcher vers un démon qui semblait être celui qui dirigeait l’armée d’Haiktos.

Impossible de les entendre, il était beaucoup trop loin. Il aurait pu venir avec elle mais… cela aurait été tout simplement une mauvaise idée. Il était connu comme le chevalier de la princesse Elise. Mais en même temps, Héraisty, elle n’avait pas de souci ? Elle ne risquait pas d’être reliée à eux ?

Pour le reste des démons du groupe, aucune crainte de ce côté mais ça ne changeait rien du tout vu qu’il suffisait juste que l’un soit reconnu pour que ça dégénère. Et ça, vraiment, ce n’était pas du tout ce qu’il espérait.

Combien de minutes s’étaient écoulées ? Car il avait l’impression que le temps venait de se stopper. Déglutissant, il voyait bien les soldats de l’armée d’Haiktos qui passaient parmi les membres du groupe dirigé par Héraisty.

Oui, ils étaient clairement en train de faire une inspection pour être certains qu’Héraisty ne mentait pas. Mais mentir sur quoi ? Sur le fait qu’ils n’y avaient que des démons ? Héraisty n’avait pas voulu parler de ce qu’elle comptait faire exactement..

Encore d’autres minutes, cela devait bien faire une demie-heure. Il en était sûr et certain maintenant. Pourquoi est-ce que ça prenait autant de temps ? Est-ce que les soldats d’Haiktos se doutaient de quelque chose ? Si c’était le cas, ils allaient vraiment tous mourir !

Il devait réagir ! Mais le temps qu’il arrive pour prévenir le reste de l’armée, ils allaient tous se faire tuer ! Pourquoi est-ce qu’il avait accepté la proposition d’Héraisty ? Il le regrettait totalement maintenant ! Elle allait mourir et les autres soldats aussi ! Pire encore, si parmi les démons du groupe d’Héraisty, il y avait des traîtres à la solde d’Haiktos ? Ou Halyza ?

Ils étaient alors au courant de toute l’histoire ! Ils allaient … Non. Vraiment. VRAIMENT ! Il ne devait pas y penser ! Cela n’allait pas se passer ainsi et… Pourquoi est-ce qu’il voyait certains soldats d’Haiktos qui semblaient rire avec d’autres démons dans le groupe ?

« Il y a des traîtres ! IL Y A DES TRAÎTRES ! »

Il veut hurler, c’est même presque le cas avec sa bouche qui s’ouvre mais il vient de forcer son poing dans sa bouche avant de cligner des yeux. Et il est vraiment en train de le mordre jusqu’au sang avant de finalement remarquer que l’armée d’Haiktos est en train de continuer son chemin, comme si de rien n’était.

« Terminé ? Ils s’en sont sortis ? Vraiment ? »

Il avait encore du mal à le croire. Il était incrédule par rapport à tout ça. C’était n’importe quoi. Il détestait être aussi peu confiant par rapport à la situation. Mais il devait attendre, encore une trentaine de minutes, surtout qu’Héraisty et son groupe avaient repris la route, l’air de rien. Normal d’agir de la sorte. Ils ne pouvaient pas les attendre. Cela serait beaucoup trop dangereux et stupide.

Finalement, il était retourné auprès de Manelena et les autres. Elle ne posa aucune question sur les traces de morsure sur le poing droit de Tery, demandant simplement si tout s’était bien passé. Il rétorqua :

« Je n’en sais rien ! Rien du tout ! Mais ils sont encore vivants. »

« C’est donc que tout s’est bien passé. Allons-y. Nous n’allons pas la faire attendre plus longtemps. Je ne pensais pas qu’elle y arriverait sans aucun souci mais excellente nouvelle. »

HEIN QUOI ?! Elle venait de dire ouvertement qu’elle n’avait pas confiance en Héraisty ou alors il venait de très mal entendre ?! Il la regarda, un peu interloqué, cherchant à voir si elle plaisantait ou non. Mais ce n’était pas possible hein ?
Après avoir réuni le groupe à nouveau, ils se remirent en marche pendant deux bonnes heures. Oui, il avait fallut deux heures complètes pour qu’un message démoniaque n’arrive à leur hauteur et déclare :

« Chef Tery ! Dame Héraisty m’a chargé de vous emmener jusqu’à notre point de ralliement. Bien que nous n’en n’avions guère, elle l’a appelé ainsi. »

« D’accord, d’accord. Ne perdons pas une minute de plus. Si nous attendons trop longtemps, qui sait ce qui pourrait se passer ? On va vous accompagner. »

Il voulait surtout parler avec Héraisty, se rassurer sur tout ça et être certain que tout allait se passer pour le mieux. Tant qu’il n’avait rien pour se convaincre qu’elle était en parfaite santé, son stress n’allait pas diminuer.

« Oh ? Vous voilà enfin ! Désolée, j’ai préféré m’éloigner et… HEY ! Eh bien ?! »

Elle s’était exclamée en sentant que Tery venait de se jeter sur elle pour l’enlacer. Pfiou. Elle ne s’était pas attendue à une telle accolade de la part du jeune homme, mais en voyant Manelena qui soupirait, elle comprenait que ça n’avait rien d’anormal.

« Qu’est-ce qui se passe donc ? On dirait que tu as presque vu un fantôme. »

« Ce n’est pas ça ! Tu es indemne… et les autres aussi ! Je vous observais de loin. J’ai vu que ça traînait et j’ai cru… que… enfin… »

« Que ça se passait mal ? Disons qu’ils se pensaient plus malins que nous et qu’on a juste joué le jeu, n’est-ce pas ? » dit Héraisty avant de se tourner vers trois soldats démoniaques qui se rapprochèrent d’eux en souriant.

« Ah ça… Comment est-ce qu’on s’appelle quand on trompe un groupe avec un autre ? »

« Double jeu ? » dit le second soldat au premier qui avait posé la question.

« Et quand on trompe le second groupe avec le premier groupe en lui faisant croire que l’on est du second groupe qui trompe le premier ? »

« Je sais juste que j’ai mal au crâne. » déclara le troisième démon en souriant, se massant les tempes alors que Manelena répondait :

« Agent triple, tout simplement. Vous êtes au service de l’empereur Malark, c’est bien ça ? »

« De base, on va dire qu’officiellement, nous sommes au service d’Haiktos. Mais en réalité, ce n’est pas trop ça. Mais pour un simple chef de troupe comme celui que nous avons rencontré, il ne peut pas vraiment deviner la tromperie. »

Pfiou… Pfiou… Le jeune homme aux cheveux bruns poussa plusieurs soupirs comme s’il venait enfin d’être soulagé d’un poids sur la conscience, regardant les démons.

« Et j’imagine que vous aviez interdiction de nous le dire, c’est ça ? Héraisty, tu étais au courant ou alors… tu l’as découvert ? »

« Je l’ai tout simplement découvert ces derniers jours. Certains soldats avaient une petite « aura » ou odeur un peu différente des autres. J’avais la sensation qu’ils étaient plus que de simples soldats. Et puis, en même temps, ils faisaient partie des nouveaux arrivants pour deux d’entre eux, n’est-ce pas ? »

« Oui, nous sommes venus apporter de l’aide à notre premier envoyé. Mais bon, maintenant que vous le savez, cela sera plus difficile de… »

« Je vais juste faire comme si je n’en savais rien. Me connaissant, il se pourrait que j’oublie ce genre de détails très rapidement si j’estime que ce n’est pas un danger pour moi-même et les personnes qui m’accompagnent. Je vous fais confiance. »

« Et si tu veux bien me relâcher, Tery ? C’est que tu me fais un peu mal, je dois avouer, hahaha. Même si c’est mignon de ta part. »

« AH ! Euh … Désolé … Ce n’était pas voulu ! Enfin, pas comme ça, je voulais dire. Je suis vraiment confus, pardon. »

Il tentait encore de s’excuser, une fois de plus, toujours une fois de plus… en espérant que cela conviendrait à la jeune femme cornue. Celle-ci avait le regard rieur derrière des lunettes alors qu’il avait enfin décidé de se détacher d’elle.

« Pardon.. .Vraiment. Et je suis désolé, j’étais vraiment inquiet. J’avais peur qu’ils vous encerclent tous pour vous exterminer. »

« Tu t’en fais beaucoup trop pour nous, Tery. Nous avons décidé de jouer le jeu et nous étions prêts aux conséquences. Cela aurait rendu votre tâche plus difficile mais nous étions conscients de ce que nous faisions. C’est pourquoi tu n’avais pas à t’en faire. Ah… Ils n’osent pas toucher aux renifleurs royaux et j’ai toujours mon badge avec moi et quelques armoiries liées à ma famille. S’ils se sont renseignés, ils savent alors ce que j’étais. »

Cela faisait beaucoup à apprendre sur le coup. Pour autant, il allait faire comme s’il avait tout compris. Il regarda Héraisty, souriant juste un peu. Elle cachait bien son jeu. Elle n’avait pas survécu dans ce monde hostile juste à cause de son métier. Il devait… vraiment faire plus confiance à de nouvelles personnes qui lui étaient proches.

Chapitre 38 : Des informations capitales

Chapitre 38 : Des informations capitales

« Bon… Je tiens juste à terminer par un rappel de notre objectif premier : retrouver l’un des groupes de la surface qui se balade dans les souterrains. »

Et voilà. Il avait terminé un petit discours comme il le faisait chaque jour. Ce n’était pas qu’il en avait rien à faire, loin de là. Simplement, il voulait juste que leur mission principale soit bien ancrée dans le cerveau de chacun : il n’était pas question d’envisager de retourner à la surface. Du moins, ils allaient monter peu à peu mais ils allaient prendre leur temps pour y arriver, du temps qui allait être nécessaire pour explorer les environs.

« Même discours à la même heure au même endroit, Tery. Tu ne te lasses pas ? »

« Pas le moins du monde, Manelena. Il faut bien cela pour être certain que tout se passe bien. Ah… Nous y allons si lentement, nous n’avons pas encore rencontré de villes ou villages bien que ça fait déjà une semaine que nous sommes partis. »

« En même temps, nous évitons ces derniers, c’est donc normal de pas les trouver, non ? »

« Hin hin hin. Oui, je sais bien que j’ai dit ça de la sorte mais… ce que je veux dire, c’est que nous avons trouvé surtout des monstres et aucun démon. Je pensais vraiment que nous aurions quelques ennuis en partant mais il semblerait que non. »

« Ils ne veulent pas prendre plus de risque que cela. C’est compréhensible. Ils savent pertinemment que cela serait très ennuyeux pour eux que de se confronter à nous. Par contre, d’un autre côté, si nous tombons sur un contingent des deux autres membres de la famille royale, il risque d’y avoir du grabuge. »

« Je pensais plus ou moins à eux, oui. Mais bon… Est-ce que tu as déjà mangé ? »

Un petit sourire suffit à lui répondre que non et il l’invitait alors à prendre un morceau avant de marcher tout en dégustant leurs plats. Oui, cela ne serait pas très copieux et en même temps, il fallait éviter de manger trop lourd pour la marche.

La dite-marche ne tarda pas, dès qu’ils avaient fini de démonter les tentes et le reste et les voilà tous repartis pour plusieurs heures à monter et descendre des chemins de pierre, passant rarement par des coins boisés et parsemés par les herbes.

D’ailleurs, Tery était même un peu étonné de voir des arbres pousser dans un tel endroit mais avec les explications des démons, il avait fini par comprendre que même si c’était très rare, la végétation arrivait à se développer grâce aux cristaux qui parcouraient les zones. Ces cristaux lumineux et qui produisaient de la chaleur, utilisés aussi dans les villes, étaient vraiment très utiles.

Alzar avait vraiment eu une bonne idée en venant créer ce monde souterrain. Il avait prévu beaucoup de choses malgré le défaut principal de ne pas être à la surface pour voir fleurir les vertes prairies. Oui, dans sa jalousie, il était quand même assez intelligent. Alors vraiment, comment est-ce qu’ils en étaient arrivés à ce que ça dégénère autant ?

« Il faudra vraiment qu’on remette la main sur eux, Manelena. »

« Qui donc ? Si tu ne donnes pas de nom, je ne peux pas savoir, tu te doutes ? »

« Sérest et Séran. Ils en connaissent bien plus qu’ils ne le prétendaient et je veux des explications sur beaucoup de choses, dont le Dévoreur. »

« Je vois, je vois… enfin, je ne pense pas qu’ils te répondront ou alors de façon évasive. Enfin, je veux dire, tu étais pas conscient réellement à ce moment précis mais ils n’ont quand même pas eu vraiment d’hésitation à se sacrifier et à envisager la mort de leur fille non plus hein ? Je ne sais pas trop ce qui se passe dans leurs têtes, je dois avouer. »

« Ouais, je m’en doute. Je ne peux pas espérer grand-chose de plus de leur part de toute façon. » marmonna Tery.

Il avait juste chercher un sujet de conversation mais au final, le résultat était le fait qu’il s’énervait plus qu’autre chose. Et pour une raison vraiment stupide en plus. Car il ne fallait pas espérer mettre la main sur eux avant un bon bout de temps. Et de toute façon, il espérait plutôt retrouver Elen et les autres avant Sérest et Séran.


Pas qu’il n’appréciait pas Sérest et Séran mais le reste du groupe avait plus d’importance qu’eux. Oui, il n’avait même pas vu ne serait-ce que l’ombre du couple divin pendant ces dernières années donc bon…

Pendant qu’il était plongé dans ses pensées, il jetait quand même un œil autour d’eux. De toute façon, il avait aussi envoyé quelques éclaireurs et autres pour être sûr de ne pas tomber dans un piège sordide ou quelque chose du genre..

Oui, il touchait vraiment du bois car même s’il semblait se plaindre que de ne pas avoir rencontré d’autres personnes démoniaques. Ouais, franchement, il avait beaucoup de mal à accorder sa confiance à autrui s’ils rencontraient des démons qu’ils ne reconnaissaient pas.

« Tu as l’air assez tendu, Tery. Est-ce que tu veux en parler ? »

Avec ses réflexions internes, il n’avait pas remarqué que Manelena avait laissé sa place à Héraisty et que celle-ci s’était rapprochée pour se mettre à sa hauteur. Elle avait vraiment de jolis yeux derrière ses lunettes, hein ?

« Je ne vois pas tellement ce que je pourrais te dire de toute façon. Donc je pourrais t’en parler mais vu que je ne sais pas ce que je veux dire exactement, je ne crois pas que cela nous mènerait à quelque chose de toute façon. »

« Ou peut-être que cela pourrait te soulager un peu ? Même si c’est de tout et de rien, qu’est-ce que tu en dis ? »

« J’en dis que je n’en sais rien mais bon… Au point où j’en suis, hein ? Pourquoi ne pas essayer ? Bon… Qu’est-ce que je peux te raconter ? Simplement, que je pensais à des personnes que je connaissais avant d’arriver dans le monde souterrain ? »

« Tu peux dire leurs noms. Nous en avons si souvent parlé que je pourrais presque prétendre les connaître aussi bien que toi, hein ? » lui déclara Héraisty tout en souriant.

« Sérest et Séran. Ils en connaissaient bien plus qu’il n’y paraissait et au final, toute cette histoire avec le monde souterrain est en partie de leur faute. »

« De leur faute… ou grâce à eux, non ? Cela doit dépendre du point de vue, tu ne crois pas ? Cela reviendrait presque à dire que tu es triste de m’avoir rencontrée. »

« Ce n’est pas du tout ça ! Et disons que… L’objectif était bon, la méthode l’était beaucoup moins, c’est tout. Je suis plus dépité qu’autre chose. »

« Hahaha, c’est normal mais… Au moins, je ne peux qu’apprécier cette idée de leur part. Grâce à cela, j’ai pu enfin aller à la surface, ce n’était pas qu’une chimère inventée dans les livres. J’ai aussi rencontré les différentes espèces de la surface, et aussi la princesse demi-démone et un charmant jeune homme aussi. »

« Tiens, pour ce dernier, faudra me le présenter, je ne suis pas certain de le connaître. » dit-il dans un petit sourire qui se voulait amusé.

« Oh… Il a quand même son caractère. Difficile de savoir s’il est sociable ou non mais je pourrais en parler pendant des heures car c’est vraiment un sujet très intéressant. »

« Un simple sujet d’étude ? C’est assez triste pour lui, non ? Vous n’auriez pas de parole plus tendre envers sa personne ? »

« Oh… Il ne va pas s’en offusquer car il sait que c’est bien plus que ça. Comme il est provenu de l’extérieur, il en avait rien à faire de mes origines, de ma place dans la hiérarchie et toutes ces choses. C’est devenu mon ami naturellement. »

« Ohla, on va peut-être arrêter là, Héraisty. Je crois que je vais être gêné à force. »

Elle rigola doucement, lui murmurant ensuite qu’elle préférait qu’il soit gêné par ses paroles plutôt que maussade par les pensées qui l’habitaient. Grâce à cela, il était plus d’entrain pour discuter de ses projets avec Manelena, attendant qu’elle soit à nouveau dans son champ de vision pour se rapprocher d’elle.

« Manelena ? On peut converser, toi et moi ? »

« C’est déjà ce que nous faisons actuellement non ? Mais oui, on le peut. Tu me sembles d’un peu meilleure humeur. Je vais être un peu jalouse des capacités d’Héraisty à pouvoir réussir ceci alors que j’en suis incapable. »

« Ce n’est pas ça. Tu es très bien dans ce que tu fais, Manelena. Je voulais justement te parler d’une chose importante. Tu sais que j’ai dit que l’on devait éviter de rencontrer des villages et des démons sur notre route, non ? »

« Si c’est pour me dire que tu as changé d’avis, je serais plus que déçue. »

« Ce n’est pas vraiment ça. Simplement, je veux te parler du projet plus en détails. »

« Eh bien, comme je te l’ai dit, je t’écoute donc tu peux tout me dire, Tery. »

Ce n’était pourtant pas difficile et pourtant, il mettait plusieurs secondes avant de trouver les premiers mots. C’était juste une idée un peu folle mais par rapport à tout ce qu’il avait proposé, c’était pourtant si commun et banal.

« Alors… Pfiou… Tu sais, j’ai dit de ne pas aller chercher des démons mais en même temps de ne pas aller à la surface. Pourtant, j’ai déjà réfléchis à bien plus tard et je me dis que j’aimerais bien que l’on creuse des galeries vers la surface. »

« C’est quoi cette idée saugrenue ? Une galerie vers la surface ? Et pour quoi faire ? »

« Non non. Je veux dire, si on y réfléchis bien. Les grottes qui mènent à la surface, ce sont sûrement des grottes naturelles car si tu observes bien, lorsque nous en sortons, on se retrouve bien trop souvent dans la campagne ou en plaine forêt ou même dans une prairie quoi. »

« Mais c’est pourtant facile à expliquer, ça, Tery. Dis-toi que ces grottes sont là depuis des millénaires, non ? Ce qui veut dire qu’à cette époque, ces grottes devaient sûrement être bien plus utiles et surtout non-éloignées de plusieurs villes. »

« Oui mais maintenant, ce n’est plus le cas puisque le monde à la surface a évolué non ? Je n’y avais pas pensé sur le coup mais tu as parfaitement raison. Mais voilà, je voulais surtout me dire… si on se rapproche des démons, on pourrait envisager de créer des entrées vers le monde souterrain non-loin de quelques villes de Shunter. »

« Tu es beaucoup trop gentil, stupide et candide. Et oui, tu es tout ça à la fois. Tu as vraiment une vision de ce monde totalement différente des autres. »

« Je ne le fais pas exprès. Et pourtant, en vue de ce qui s’est passé, je sais parfaitement que ça pourrait donner un résultat des plus horribles mais… »

« Tu ne peux pas t’empêcher de le proposer. C’est dans ta nature la plus profonde, je le sais très bien, Tery. C’est pour cela que tu es vraiment adorable. »

« Adorable… Je ne sais pas si c’est flatteur. Mais bon, j’imagine que pour un tel compliment, il me faut mettre ma virilité de côté, c’est ça ? »

« Exactement. Ce n’est pas comme si je ne l’avais pas vue fréquemment ces derniers temps hein ? Mais bon, par rapport à ton idée, elle mérite d’être creuser et prise en réflexion mais tu sais, ça ne se fera pas comme ça. Peut-être déjà qu’il vaudrait mieux travailler sur une route partant d’une grotte démoniaque pour guider jusqu’à un village. Cela sera déjà une première étape. On ne peut pas brûler ces dernières. »

« Donc cela reste quand même une idée intéressante ? »

« Bien entendu. Pourquoi je prétendrais le contraire ? C’est quand même une belle chimère mais si personne ne s’accroche à ces dernières, bon nombre d’inventions n’auraient jamais vu le jour. Donc oui… Même si on prétend que tu n’es qu’un rêveur, tu dois t’accrocher à tout ça pour qu’un jour, ça se réalise. »

« Quand tu parles ainsi, je crois ne pas être le seul à rêver, Manelena. »

« Disons que j’ai rencontré quelqu’un qui m’a offert un avenir alors qu’auparavant, je n’avais jamais envisagé la possibilité que cela me soit possible. »

C’était aussi simple que ça. Le jeune homme était cette personne mais ça, il devait s’en douter. Par contre, elle n’allait pas être trop sentimentale non plus. Bien qu’elle arborait un sourire, elle était déjà en train de réfléchir plus longuement à la proposition de Tery.

Bien entendu, tout cela était dans sa tête et méritait d’être travaillé. Déjà, cela serait difficile d’envisager une telle chose tant qu’il y aura encore les deux factions des enfants de l’empereur Malark. Haiktos et Halyza, si elle ne se trompait pas dans les noms.

Oui, il ne fallait pas se mentir. S’ils tentaient quelque chose, ces deux-là allaient leur mettre des bâtons dans les roues et autant dire qu’ils n’allaient pas vraiment avancer. Même si on mettait ce problème de côté, d’autres restaient présents. Il suffisait de voir comment elle avait été obligée de vivre en arrivant dans la capitale.

Les démons… étaient effrayants sur bien des plans. Ils vivaient d’une façon bien différente de la leur par rapport aux différentes classes sociales. Encore que non, elle ne devait pas se leurrer. Si à la surface, les nobles avaient la possibilité de dévorer autrui pour posséder plus de force, ils n’hésiteraient pas une seule seconde.

C’était ancré dans l’histoire des puissants, le fait d’assouvir encore plus ceux qui étaient sous leurs jougs. C’était pourquoi il y avait tant de précautions à prendre. Elle-même, en position de force, elle pouvait aisément briser ceux qu’elle désirait mais… ce n’était pas ce qu Tery voudrait, n’est-ce pas ? Oui… Si elle se retenait autant, c’était bien parce que Tery était à ses côtés, qu’elle avait changé grâce à lui.
Mais dans le fond, elle n’oubliait pas sa place dans le monde… et en même temps, elle savait parfaitement que son rôle n’était pas de montrer ne serait-ce que la moindre faiblesse face aux nobles et aux citoyens de base. Certains être, dans ce monde, avaient besoin d’être dirigés. Sans cela, ils étaient complètement perdus et incapables de survivre.


Tout était une question d’équilibre et elle était certaine que Tery n’était pas apte à cela. Non, il aspirait à une vie tranquille, comme à ses débuts, lorsqu’il avait voulu quitter le village de Leskar. Mais avec la force des éléments et du destin, le voici encore maintenant au centre de tout. Était-ce par ce qu’elle savait qu’il n’était pas à sa place qu’elle voulait le protéger ?

À cause de son caractère si particulier ? Elle… allait l’aider dans ses objectifs, dans ses rêves. Bien qu’il n’était pas réellement candide, une partie de Tery gardait cette innocence. Elle pouvait trouver tellement d’explications à tout ça mais ce n’était pas le moment de penser à ça.

Car oui, à force de marcher, marcher, marcher, tout en pensant à l’idée de Tery, ils avaient fini par devoir une pause et elle ne comprit cela que lorsque Tery posa une main sur son épaule pour la secouer doucement et lui dire :

« Manelena ? Je sais bien que tu serais capable de marcher toute la journée sans interruption mais tout le monde n’a pas forcément notre endurance non plus. Ils ont besoin de souffler un petit peu, d’accord ? Tu as l’air un peu ailleurs. »

« Pour une fois que c’est moi et pas l’inverse, n’est-ce pas ? »

Il pouffa un peu à la réflexion de Manelena. Sur le coup, il l’avait franchement bien mérité mais bon… il ne le prenait pas mal du tout, loin de là. Puis bon, le repos, c’était pour les braves et des braves, il en avait tout autour de lui.

Heureusement que les sessions actuelles ne posaient aucun problème. Ils ne se plaignaient pas et se déplaçaient sans qu’il n’y ait de soucis. Dans tous les cas, ils étaient maintenant tous assis, en train de boire un petit coup et de manger un morceau. Installé à côté de Manelena, c’était assez tranquille et paisible, pas de quoi se prendre la tête.

Au moins, il avait parlé de ce qu’il pensait à Manelena donc il était plutôt soulagé. Oh, pas trop d’illusions non plus. Avec les paroles de l’ancienne maréchale, il savait pertinemment qu’elle avait voulu lui mettre de l’eau dans son vin pour qu’il ne s’imagine pas déjà avoir accompli son idée comme si de rien n’était.

« Dans tous les cas, j’ai quand même la sensation étrange que nous avançons plutôt bien, non ? Tu ne trouve pas, Manelena ? »

« Même si nous faisons quelques détours, j’ai remarqué des petites nuances dans les cristaux suivant le nombre de mètres que nous descendons ou montons. »

« Ah oui ? Comment ça ? Je n’ai jamais vraiment remarqué autre chose qu’un changement de coloration mais à part ça… »

« C’est déjà pas mal que tu aies vu ceci, je dois t’avouer. D’habitude, c’est à peine si tu t’intéresses à ce qui t’entoure, à part les personnes. Oui, il y a une différence de couleurs. Sans être une femme de science, tu sais les couleurs de l’arc-en-ciel, non ? »

« Bien sûr que oui. Rouge, orange, jaune, bleu, vert, indigo et violet. Si c’est bien ça. »

« Et dans l’ordre en plus, tu m’épates vraiment sur le coup, Tery. »

Il ne savait pas du tout si elle était en train de se moquer de lui ou non. Dans tous les cas, il n’allait pas s’en plaindre et allait considérer que c’était un compliment de sa part.

« Mais bref, j’ai vu que suivant si nous montons ou nous descendons, les cristaux ne sont pas de même couleur. Cela permet alors de définir des hauteurs différentes et donc de localiser où nous sommes. Savoir si nous sommes plus descendus que montés ou l’inverse. »

« Je pense que les démons sont déjà au courant à ce sujet, non ? »

« Je ne suis pas certaine. J’imagine que certains, qui travaillent dans la cartographie, doivent travailler dessus mais à part ça, je pense que la majorité considère simplement que ce sont de jolis cristaux de couleur. »

« Comment est-ce que tu peux en arriver à cette conclusion, Manelena ? »

« Sur le fait que personne parmi les démons avec nous nous en a parlé. »

Ah ? Oui… C’est vrai. Maintenant qu’elle le disait, aucun démon n’avait évoqué le fait que les cristaux pouvaient servir de repères. Enfin, pas juste de repère visuelle par rapport à leur lueur mais aussi la coloration.

« Quand même… Manelena, qu’on le veuille ou non, c’est vraiment surprenant ce que tu me dis. Comment est-ce que tu as pu deviner ça ? »

« Simplement en réfléchissant, je t’ai déjà dit. Quand tu dois te méfier de tout ton entourage, tu es obligée d’avoir l’oeil sur tout. »

« C’est un peu triste, dis comme ça. Tu aurais d’autres choses à m’apprendre ? »

« Mieux vaut tard que jamais, n’est-ce pas ? Que tu me proposes de t’apprendre des petits choses élémentaires pour survivre dans ce monde hostile, c’est appréciable. »

« Hey… C’est bon hein ? Pas besoin de me ridiculiser non plus. Je ne voulais pas… »

« Je ne peux pas prétendre le contraire. C’était plaisant de m’amuser à tes dépends mais soyons donc un peu plus sérieux. Je vais te dire ce que j’ai remarqué d’autre durant notre voyage, d’accord ? Qu’est-ce que tu en dis ? »

« Tant qu’il n’y a pas d’autres piques du genre, je pense que je peux m’en remettre. »

Il avait terminé de dire ça en soupirant. Pas que ça soit lassant mais voilà. Ah… Elle allait lui expliquer des petites choses pourtant vitales et importantes. Enfin, surtout le lui rappeler car oui, elle n’hésitait pas à lui dire que s’il avait écouté à l’époque où il était dans l’armée de Shunter, elle n’aurait pas eu à répéter ça plus tard.

« Y a péremption à ce sujet. Comme si je pouvais me rappeler de tout… »

« Tery Vanian. » murmura t-elle d’une voix qui lui faisait bien rappeler celle autoritaire d’il y avait maintenant plusieurs années. « Je n’aime pas vraiment que l’on plaisante sur cela. Ces connaissances sont très importantes, je tiens à te prévenir. »

« Je le sais bien, pardon, Manelena. Je t’écoute maintenant. »

Et c’était mieux pour lui qu’il l’écoute, oui ! Dans tous les cas, ils allaient pouvoir retourner, non pas en enfance, mais à une époque où ils n’étaient pas égaux, où elle était la cheffe et lui le simple soldat. Une époque qu’elle appréciait visiblement.

De bons petits souvenirs pour elle et lui. Mais là, vu qu’il lui fallait un professeur, elle n’allait pas s’amuser. Vu qu’il voulait avoir quelques piqûres de rappel, elle allait exécuter cette tâche avec appréciation.

« Peut-être que tu veux t’installer sur mes genoux pour écouter, Tery ? »

Bah ! C’est si gentiment proposé ! Il plaça sa tête sur les genoux de Manelena, comme si de rien n’était. Elle ouvrit la bouche, interloquée… avant de ne rien dire, du moins par rapport à ce geste. Elle l’avait cherché. Elle allait commencer le cours.

Chapitre 37 : Assauts à la surface

Chapitre 37 : Assauts à la surface

« Qu’est-ce que vous me dites ?! »

« Dé… Désolé mais c’est ce que les éclaireurs viennent de dire ! Mékalarma est en train de lancer diverses attaques sur les autres royaumes. »

« Quels sont les royaumes touchés ? Ceux qui ont des frontières communes à Mékalarma ? Ou alors, ils se sont enfoncés plus profondément ? »

Mauvaise nouvelle. Et il fallait que la reine Manelena ne soit pas là. Ce n’était pas de la faute à cette dernière. Il savait parfaitement que si elle voulait retrouver Tery, ce n’était pas forcément qu’une question de sentiments mais aussi parce que ce dernier avait été vital ces dernières années et en rapport avec les évènements qui avaient parcouru le royaume.

« Bon, pour la situation actuelle, quelles sont les informations chez nous ? »

Il avait repris la parole alors que l’homme devant lui, un genou au sol, tête baissée, n’osait pas lever cette dernière. Il tremblait mais non pas à cause d’Hémurion mais des nouvelles qu’il apportait, guère bonnes.

« Nous n’avons pas eu vent de groupes de Mékalarma dans notre empire mais Claudiska est touchée de plein fouet bien qu’ils ont de quoi tenir. De même, pour Honoros, il semblerait que les armées mékalarmiennes peuvent passer dans certaines régions là-bas sans aucun souci, ce qui semble correspondre au fait que des clans travaillent avec eux. »

« Il fallait s’en douter pour Honoros. Certains clans travaillent avec des démons, donc pourquoi pas d’autres avec Mékalarma. »

« Ils doivent avoir de sacrés moyens, si je peux me permettre. Vous savez aussi bien que moi que les Mékarlarmiens ne font que rarement confiance aux espèces autres qu’eux-mêmes. »

« Oui, on parle d’une relation de confiance. Mais là, s’ils ont eu un quelconque commerce ou autre, ils n’auraient aucun souci pour cela. De même, certains Mékalarmiens peuvent aisément gérer ce point de vue. »

Mais cela restait une nouvelle vraiment déplaisante. Et comment faire pour prévenir la maréchale ? Enfin, la reine de Shunter ? Les lettres ne pouvaient être transmises dans le monde souterrain. En même temps, il n’y avait pas que ça. Continuant de fixer l’homme qui lui avait transmis ces informations, il reprit :

« Pour les Mékalarmiens, est-ce que Claudiska a donné plus de détails sur eux ? »

« Je n’ai fait que transmettre les informations que j’ai reçues mais si vous voulez plus à leur sujet, je peux peut-être me renseigner. »

« Je voudrais savoir comment les Mékalarmiens comptent se battre, la manière, les méthodes, l’armement utilisé. Toute information utile dans une guerre. »

« Ça… Ça sera fait dans les plus brefs délais ! »

Et le voilà maintenant parti, laissant Hémurion seul. Ce dernier quitta aussi bien rapidement la salle du trône, là où il prenait les messages normalement destinés à la reine. Il avait besoin de décompresser et de réfléchir un peu à la situation.


Dans une telle situation, la première consigne était d’obtenir un maximum d’informations via des éclaireurs. D’un autre côté, il devait commencer à faire une inspection de tout le royaume pour être sûr qu’il n’y avait pas des couches de traîtres ou de mékalarmiens prêts à attaquer Shunter de l’intérieur. En rajoutant aussi le fait de mettre quelques défenses aux frontières du royaume, cela devrait déjà être une bonne base.

« Il ne reste plus qu’à aller donner ces différentes consignes. »

C’était étrange comme depuis le fait qu’il n’était plus le chef des rebelles, il trouvait que donner des ordres, ce n’était plus aussi plaisant. Peut-être à cause du fait qu’il n’avait plus à se déplacer autant qu’auparavant ? Manelena avait le bon rôle quand même.

Elle lui donnait tous les devoirs et autres à faire pendant qu’elle allait se la couler douce ailleurs. Enfin, il exagérait. Il savait pertinemment qu’elle ne menait pas une partie de plaisir, loin de là. Dire qu’elle avait été enlevée par les démons… encore que Tery était parmi ces derniers. Cela devrait bien se passer normalement..

Oui. Il n’était pas aveugle et personne ne l’était dans l’entourage de la reine. Mais étrangement, cela ne dérangeait personne. Qu’elle soit amoureuse d’un roturier qui n’avait aucun titre de noblesse, c’était bien là le moindre mal de sa part. Ensuite, il était vrai que les nobles qui n’avaient pas été très « satisfaits » de la tournure des évènements n’étaient plus vraiment là pour poser problème.

Oui, lui et ses hommes s’étaient chargés d’être certains qu’ils ne chercheraient pas à préparer un coup d’état ou autre. Une simple mesure de précaution. Et puis, ils travaillaient dans le milieu, ils savaient donc comment tout ça commençait et donc comment couper le mal à la racine avant qu’il ne soit trop tard ou que le dit-mal soit trop développé.

Quelques minutes plus tard, il sortait d’une autre pièce dans les longs dédales du château. Il avait fait ce qu’il y avait à faire. Est-ce qu’il pouvait espérer se détendre un peu ? Il n’en était pas totalement certain malheureusement. Il avait encore beaucoup à accomplir et il n’y avait que peu de chance qu’on lui laisse ces minutes de répit.

« Pourquoi est-ce qu’ils attaquent maintenant ? Est-ce qu’ils veulent profiter de la confusion actuelle avec les démons pour récupérer des territoires ? »

Mais pourtant, Mékalarma n’était pas guidée par des êtres stupides. Non, c’était tout le contraire. Les Mékalarmiens étaient plutôt intelligents, ils n’agiraient pas simplement pour obtenir plus de terres.

« Quelle idée saugrenue ont-ils en tête ? »

Mais pour ça, il faudrait interroger des membres de cette espèce, quitte à les… « forcer » à parler, d’une façon ou d’une autre. Hmm… Là, il imaginait trop de choses en si peu de temps. Cela pouvait devenir une autre source d’ennuis. Patience était le maître mot.

Ailleurs, dans un autre pays, lui-même divisé en trois régions bien distinctes, d’autres personnes s’affairaient dans une salle du trône vacante de son propriétaire.

« Quelles étaient les consignes du roi Royan à ce sujet ? Il avait prévu que ça se passerait non ? Donc il doit sûrement avoir une idée ! »

« Épauler du mieux qu’on le peut la nation qui se fait agressée par Mékalarma. Dans le cas actuel, il s’agirait d’aider Claudiska. »

« Alors préparons plusieurs de nos troupes pour cela. De plus, si nous ne faisons rien, il faut savoir que nous serons les prochains sur la liste. »

« Et pour Shunter ? Nous ne plaçons personne aux frontières ? » demanda un homme après les propos prononcés par les trois autres personnes.

« Nous n’avons rien à craindre d’eux. La reine de Shunter n’est pas présente actuellement et l’homme qui se charge des affaires du royaume n’est pas belliqueux. »

« Vous êtes certain ? J’ai cru comprendre que c’était un ancien chef rebelle, non ? »

« Et si un chef rebelle s’est retrouvé à cette position alors que la reine actuelle de Shunter était connue pour ses actes militaires, c’est qu’il a certainement fait ses preuves. Bref, que l’on vienne rapatrier toutes les troupes aux frontières de Shunter, nous transmettrons un message à cet homme nommé Hémurion pour lui faire part de cette information et lui donner les explications nécessaires à la situation. »

« C’est le mieux à faire oui, dans une telle situation. »

« Nous sommes donc tous d’accord, c’est bien ça ? » demanda l’un des hommes présents, les autres venant acquiescer d’un hochement de tête positif.

Au moins, ils avaient trouvé une solution rapide à ce problème. Maintenant, un autre était à l’ordre du jour, tout aussi important et très vite, les discussions reprirent.

« Au sujet du roi Royan, est-ce que nous avons des informations sur l’endroit où il se trouve ? Est-ce qu’ils sont déjà plongés dans les souterrains démoniaques ? Il est dit que les lettres ne peuvent pas circuler librement là-bas. »

« Normalement, de ce que j’ai compris, ils prévoient d’envoyer un éclaireur à chaque fois pour qu’il retourne à la surface. Ils se font transmettre des messages les uns après les autres jusqu’à ce que le dernier soit à la surface et puisse alors envoyer une lettre. »

« C’est un système assez compliqué mais en même assez ingénieux. Enfin, je crois que c’était ainsi que les gens communiquaient à longue distance auparavant. »

« Oh, dans certains villages reculés, ils continuent d’appliquer cette méthode mais ce n’est pas là le sujet de la réunion. Donc, le roi Royan n’a pas encore envoyé de message. Hum… Ce n’est pas forcément bon signe mais en même temps, il est bien accompagné. Entre sa… future femme. »

À ce terme, les différents hommes et femmes se regardèrent comme pour confirmer ce qui venait de se dire. À leurs yeux, il n’y avait aucun doute que l’actuel roi de Traslord allait se marier avec cette démone.

« Ah… Dire qu’au départ, nous pensions qu’il était devenu fou. »

« Oh mais il l’était, n’oubliez pas lorsqu’elle n’était pas là ! C’est plutôt elle qui arrive à le calmer. Mais en même temps, après la mort de ses parents et de ses frères, nous pensions qu’il allait rester figé comme une statue de glace jusqu’à la fin de sa vie. »

« Avoir une descendance royale est une merveilleuse nouvelle et nous devons embrasser cette dernière, oui. Qu’importe qu’elle soit d’origine à moitié démone. Cette jeune femme, bien qu’elle semble avoir des origines un peu honoriennes, nous a bien montré qu’elle ne tenait guère compte des royaumes et autres. »

« Pour elle, le plus important était Royan… et c’est peut-être pour cela que notre jeune roi en est tombé amoureux. Une personne comme elle, ce n’était pas à la surface que nous l’aurions trouvée. Non, c’est elle qui a trouvé Royan. »

« Et puis, avez-vous déjà discuté avec Elise ? » demanda l’une des femmes du conseil. « Vous devriez l’écouter. Malgré les apparences, elle a bien précisé que pour elle, ce n’était pas pour son sang royal qu’elle aimait notre roi mais pour ce qu’il était. Elle a même tenu à dire qu’elle était elle-même issue de la famille royale de ce monde souterrain. Bien que nous ne pouvons pas le confirmer ou l’affirmer, il est vrai qu’il y a une certaine prestance qui émane d’elle. »

« Et elle sait se faire apprécier. Elle m’a expliqué de mon côté, qu’avant de devenir une démone, ou du moins de savoir qu’elle l’était, elle travaillait en tant que serveuse dans une auberge. Malheureusement, et elle n’a pas cherché à le cacher, quand elle a découvert ses pouvoirs, elle a tout incendié par accident et a causé la mort de l’homme qui l’élevait mais aussi des clients. »

« Oh par Zélisia, que c’est triste. » « Mais maintenant, ses pouvoirs, elle les contrôle ? » « Quel drame, elle doit terriblement s’en vouloir. »

« Elle a précisé aussi que sans Tery et ses compagnons, elle aurait sûrement perdu la tête et aurait continué à tout ravager sans même s’en rendre compte. »

« Au moins, nous pouvons dire qu’elle a le sang chaud, n’est-ce pas ? » dit l’un des hommes du conseil alors que certains rires se firent entendre, bien vite étouffés.

« Un peu de sérieux, je vous prie. Nous sommes réunis ici car la situation n’est pas à prendre à la légère. Nous ne devrions pas parler de cela. »

C’était vrai. Ils étaient dans une situation presque de crise et faire comme si de rien n’était, n’allait rien arranger à la dite situation. Il y avait sûrement des espions mékalarmiens dans Traslord. Sinon, comment expliquer que Mékalarma décide d’attaquer alors que les deux royautés de Shunter et Traslord ne sont pas présentes ? Tout cela était bien trop suspicieux pour ne pas être pris en compte. Et ils allaient devoir chacun contacter les différentes familles de Traslord des trois régions pour tirer cela au clair.

Loin, bien plus loin, dans les régions qui formaient Honoros, un clan était déjà en ébullition à cause des évènements liés à Mékalarma. Pour autant, la personne assise devant un bureau était songeuse et un peu agacée. Des cheveux auburn bien que les pointes étaient vertes, elle était aussi imposante que les membres de sa race. Ses yeux bleus fixaient divers papiers posés sur le bureau tandis que deux hommes se trouvaient de l’autre côté, semblant attendre ses consignes qui arrivèrent bien rapidement :

« Envoyez des messages le plus vite possible à nos différents alliés ! »

« Ça sera comme fait, cheffe ! Est-ce qu’on doit aussi prévoir des messagers pour être certains qu’ils soient transmis ? »

« Hmm… Deux précautions valent mieux qu’une ! Faites comme ça, oui ! Il faut absolument que nous formions une coalition ou du moins, que l’on tente de repousser les mékalarmiens ! Vérifiez aussi quel clan n’a pas été attaqué par les mékalarmiens alors que ces derniers ont passé leurs terres, cela nous permettra de savoir qui sont des traîtres ou non ! »

« Comme il sera fait, cheffe ! Nous y allons alors ! »

« Attendez quand même que j’écrive le contenu des messages ! Un excès de zèle ne nous emmènera que plus d’ennuis ! Il faut qu’ils comprennent la situation et donc qu’ils comprennent à quel point cela peut être très dangereux s’ils décident de se ne pas se réunir avec nous. Mais il ne faut pas que cela soit perçu comme une menace. »

« Cela se voit que c’est vous la cheffe, cheffe. »

« Et pas besoin de tenter de me complimenter ! Ah… Sincèrement, je trouve que tout ça est bien plus usant que le reste. Sincèrement, vous me fatiguez, rien que d’y penser. »

« C’est pas voulu, cheffe ! Promis, juré ! C’est juste que vu que ça a été décidé que ça serait vous qui irez gérer les relations diplomatiques extérieures, eh bien, on doit vous appeler ainsi. C’est ce qu’à dit le chef, cheffe ! »

« Ah… Vous êtes pas des lumières mais au moins, vous êtes serviables, hein ? Tout le monde ne peut pas forcément être aptes à ça. Aaaah ! Je me demande quand même comment se débrouille Hérik de son côté. Il me manque. »

« Est-ce que vous voulez aussi lui envoyer un message ? » demanda l’un des deux hommes alors que la femme était songeuse avant de faire un mouvement négatif de la main :

« On va éviter, je risque de mélanger travail et vie privée. Pour le moment, on va se concentrer sur nos missives d’alliance, ça sera bien mieux. »

AH ! Une alliance ! Si on lui avait dit un jour qu’elle serait à l’origine d’autres alliances à part celle avec le clan des Ragnans, elle ne l’aurait jamais cru. Mais voilà, c’était pourtant ce qui était en train de se passer devant ses yeux. On lui avait confié une tâche bien trop importante pour elle qui préférait être sur le terrain.

« Dites, vous auriez pas un texte pour m’aider ? Enfin des paroles ou un truc du genre ? »

« Un texte ? Ohlala… Vous l’avez pourtant bien dit, cheffe. C’est pas vraiment nous qui sommes faits pour cela hein ? »

« Oui mais vous êtes plutôt sincères et directs dans vos propos. Si vous deviez proposer une alliance à un autre clan alors que la situation est grave avec une armée ennemie venue de l’extérieur, qu’est-ce que vous diriez ? »

« Euh… Eh bien, qu’on va faire une bonne bagarre puis après qu’on va faire une bonne bouffe ? Ouais, j’imagine que ça va être un truc comme ça. »

« Bon, marquons qu’il est envisagé de faire un festin après nos victoires contre l’envahisseur mékalarmien. Ensuite ? Toi ? Des idées ? » demanda t-elle au second homme, celui-ci étant en train de réfléchir grandement. Malgré qu’ils n’étaient pas vraiment des plus « éclairés », les deux hommes étaient plus que concentrés à la tâche.

« Ben moi, je dirais un truc sur l’honneur que de combattre à leurs côtés pour un ennemi commun. Que ça serait merveilleux que si on doit mourir, ça soit aux côtés d’un frère de race et toutes ces choses. »

« Mince, vous êtes plus doués qu’on pourrait le croire. Merci les gars, je crois que je vais finir par avoir des idées ! Je vais continuer à écrire, merci bien ! »

« Tant mieux, cheffe ! Vous voulez que l’on reste le temps que vous écriviez ? »

« Non non, allez vous chercher un truc à boire et à manger, vous l’avez bien mérité. Dites bien que c’est en mon nom. »

« Oh, c’est vrai ? Merci cheffe ! Vraiment ! » s’exclamèrent les deux hommes en choeur avant de partir de la tente, tout guillerets. Elle poussa un soupir légèrement amusé, il en fallait vraiment peu pour plaire aux mâles hein ?

Pour autant, elle n’avait pas menti. Leurs propos lui avaient permis d’y voir plus clair dans ce qu’elle allait écrire. Avec ça, elle était certaine que les lettres passeraient bien plus facilement car écrites avec le… coeur ? Cela pouvait paraître étrange de penser de la sorte mais non.

En Honoros, les émotions et les sentiments mis dans les différentes tâches pour servir le clan étaient plus forts que chez les autres races. Oui, on se battait avec le coeur et on mettait du coeur à l’ouvrage. Autant de dires pour exprimer tout l’entrain et la motivation des Honoriens pour servir le clan.

Oui, c’était pour ça qu’elle avait demandé leurs avis. Car elle savait pertinemment qu’ils pensaient avec le coeur et que dans ces moments précis, c’était le plus important. Et voilà que sa plume dessinait divers mots sur une première lettre, puis une seconde quelques minutes plus tard et ainsi de suite.

Lorsqu’elle avait terminé, elle se massa le poignet droit, marmonnant que c’était plus épuisant que de se battre pendant des heures contre autrui. Mais voilà, c’était fait et avec ça, tout allait se mettre en marche, elle en était certaine.

« Je me demande comment ça se passe à la surface. »

« Bah, Royan, tu sais aussi bien que moi que tes conseillers sont très doués. Tu crois qu’ils faisaient comment quand tu n’étais pas là ? »

« Je sais bien mais en même temps, tout a tellement changé ces dernières années. On ne sait pas trop ce qui peut nous attendre hein ? »

« Je veux bien que tu t’inquiètes pour un rien mais quand même… »
Elise posa délicatement une main sur l’épaule de Royan, lui faisant un petit sourire. Oui, il s’en faisait beaucoup trop pour son peuple et elle avait bien vite découvert lorsqu’ils s’étaient rencontrés, qu’il était beaucoup plus empathique qu’il ne le montrait.

« Si vraiment il y a un problème, ne t’en fait pas, nous pourrons réagir en conséquence mais là, continuons notre projet, non ? »

« D’accord, d’accord, tu as parfaitement raison, je le sais bien mais… pfiou. Je ne sais pas, je suis un peu anxieux quand même. J’ai un mauvais pressentiment, c’est tout. »

« Mauvais pressentiment, mauvais pressentiment. Ah… Dès que nous serons plus ou moins bien installés, on verra pour envoyer du courrier. En plus, tu as bien saisi que nous allons commencer par créer des routes avec quelques villages isolés parmi les souterrains démoniaques, et enfin, nous pourrons envoyer du courrier pour avoir des contacts à la surface. Cela te convient, Royan ? »

« Bien sûr, Elise. Bien sûr. Hmm… Je me fais sûrement des idées, tu as raison. »

Il ne voyait que ça de toute façon pour expliquer la situation actuelle. Il prit une profonde respiration, un peu dépité. Oui, il se faisait sûrement des idées. Il valait mieux continuer les travaux même s’il savait qu’Elen préférait continuer à cherche des informations pour retrouver Tery. Il ne pouvait pas lui en vouloir.

« Heureusement que nous laissons Elen explorer les environs. »

« Oh, je ne suis pas folle. La retenir pour rien et l’inciter à rester ici, ça nous causerait plus de problèmes qu’autre chose. Tant qu’elle laisse sa fille ici, je sais à quel point les souterrains démoniaques sont traîtres et peuplés de créatures monstrueuses. Je ne voudrais pas qu’il y ait un accident par erreur. »

« Surtout que si accident il y a, je ne préfère pas être là quand Tery l’apprendrait. »

« Pour ça, il faut déjà que l’on mette le grappin sur lui mais aussi Manelena. »

Humpf ! Mais elle préférait ne pas dire à voix haute ce qu’elle pensait du fait que les deux personnes étaient seules de leur côté. Impossible d’ignorer les sentiments de l’actuelle reine de Shunter à l’encontre de Tery. Et vu qu’ils étaient seuls tous les deux, il y avait de fortes chances que Manelena cherche à mettre le grappin sur Tery si ce n’était pas déjà fait. Bah ! Ce n’était pas à elle de gérer cette relation, elle avait déjà tant à faire avec la sienne !

Chapitre 36 : Un équilibre en péril

Chapitre 36 : Un équilibre en péril

« Mon amour, tu es certaine que l’obscurité ne te dérange pas trop ? »

« Loin de là mon cher et tendre. Si c’était vraiment un souci, je te l’aurais dit sans aucune restriction. Nous n’avons aucun mensonge entre nous, non ? »

« Oui, oui, bien entendu. Enfin, je disais cela comme ça, rien de plus, hahaha. »

L’homme avait juste un grand sourire en réponse aux propos de sa femme. Celle-ci déploya doucement ses ailes blanches dans son dos comme pour s’étirer avant de murmurer :

« Hmm… Après, il est vrai que mon dos apprécierait d’avoir quelques rayons du soleil. »

« Ces cristaux créent une lumière artificielle. Ce n’est pas un véritable problème, n’est-ce pas ? Tu ne crois pas, ma tendre Sérest. »

« Une lumière ressemblant à celle du soleil. Les démons ont toujours eu d’excellentes idées même si pour celle-ci, les cristaux émettent cela naturellement. Peut-on alors vraiment dire qu’il s’agit d’une lueur artificielle, Séran ? »

Comme s’il venait d’être pris en défaut, l’imposant être aux oreilles allongées provenant d’Honoros s’arrêta dans ses mouvements. Maintenant songeur, il regardait le plafond fait de pierre avant de dire :

« En un sens, artificiel voudrait dire que c’est créé par la main des démons. Ces cristaux sont naturels mais ceux travaillés par les démons sont artificiels. Est-ce que cette réponse te convient, ma tendre moitié ? »

Sans rien dire, la femme ailée déposa ses lèvres sur celles de l’homme pour un baiser plus appuyé que la décence ne l’autorisait. Pour autant, il ne la repoussa pas, loin de là. Il posa même une main sur la hanche de sa femme pour la garder auprès de lui.

« Hmm… Tu en aurais pas un peu trop profité, par hasard ? »

« Ce n’est pas du tout mon genre, Sérest, tu devrais pourtant le savoir, non ? »

« Hmm… Bien entendu, bien entendu. Ce n’est pas du tout crédible quand tu dis ça ainsi. »

Il rigola, tout simplement, l’invitant à reprendre la route ensemble. Cela faisait bien une année qu’ils parcouraient les souterrains et ils n’avaient rencontré que très peu de villages habités par les démons. En même temps, ils ne cherchaient pas spécialement à se cacher tout en évitant en même temps de trop se familiariser avec les démons.


Ce n’était pas qu’ils craignaient ces derniers, loin de là. Simplement, il valait mieux éviter de trop se dévoiler, de peur que certains, plus doués que d’autres, ne commencent à deviner ce qu’ils étaient vraiment. En même temps, la haine qu’ils portaient aux deux divinités était fondée et… il valait mieux éviter ça.

« Que faisons-nous pour aujourd’hui, Séran ? »

« Hmm… je pensais à ce que nous continuions la marche jusqu’à trouver un coin assez discret pour nous reposer. Qu’est-ce que tu en dis ? »

« J’en dis que cela me plaît énormément ! Et puis, le fait que nous soyons ensemble ne rend que le voyage encore meilleur. »

« J’ai l’impression que tu me répètes cela depuis des mois, Sérest. Est-ce que je peux me tromper par hasard ? Ou alors, est-ce que je me fais des idées ? »

« Pas le moins du monde. Je veux rattraper tout le retard de cette époque reculée. »

L’époque reculée qu’elle évoquait était très simple. Il s’agissait simplement de ces instants où les démons pouvaient encore vivre à la surface, avec les autres races. À l’époque où Alzar était focalisé simplement sur sa propre race en ignorant celles créées par Zélisia.

« Dire que tu voulais créer la race parfaite qui n’avait pas besoin des autres. »

« Et au final, résultat, je voulais simplement t’impressionner sans réellement y arriver. Qu’est-ce que j’ai été stupide. »

« Nous étions tous les deux stupides à cette époque. Lorsque nous avons compris nos sentiments l’un envers l’autre, nous avons décidé d’ignorer complètement la situation autour de nous. Si nous avions été plus prompts à réagir et à surveiller nos races, tout cela ne serait jamais arrivé et… peut-être que nous n’aurions jamais eu à agir ainsi. »

« C’est plus compliqué que ça, Sérest, tu le sais bien, non ? Je pensais qu’il serait aisé pour différentes races de pouvoir vivre en harmonie parmi eux. Je me suis juste lourdement trompé et je dois assumer mes erreurs. »

« Nos erreurs communes, s’il te plaît. Même si ça fait plusieurs siècles et millénaires, tu continues de croire que tu es le seul fautif alors que c’est moi, en donnant naissance à cette unique race, plus forte que les autres, qui a ainsi posé bien plus de problèmes qu’autre chose. Si seulement… nous avions pensé autrement. »

Les deux amoureux soupirèrent en même temps. Cela leur revenait bien plus fréquemment en mémoire depuis qu’ils étaient ici. Ils avaient l’explication. Elle était facile à comprendre. Les souvenirs affluaient dans leurs cervelles, ravivant des souvenirs d’antan. Des souvenirs oubliés, de l’époque où ils se considéraient, à raison, comme deux divinités, car ils possédaient des pouvoirs incommensurables.

« De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités. Dis moi, Séran, pourquoi est-ce que je n’ai pas écouté mon conseiller ce jour là ? »

« Car nous pensions simplement qu’ils voulaient juste nous faire plaisir car nous étions leurs divinités alors que non, nous n’étions pas si différents d’eux. »

« Quelle grave erreur de ma part. Car nous pensions savoir ce qui était bon ou mauvais pour eux. Mais nous ne connaissions pas la vérité. Ils avaient leurs idéaux, leurs ambitions, nos races étaient aptes à se débrouiller seules. »

Et pourtant… Et pourtant… Ce n’était qu’une petite partie de la vérité, de CETTE vérité. Tout avait été bien plus complexe qu’ils ne l’avaient pensé. Le fait que les races aient des visions différentes, même quand il s’agissait de toutes celles créées par Zélisia. Pas uniquement physiquement mais mentalement. Elle avait décidé de leur laisser de l’autonomie et pareil pour Alzar.

« Ah… Est-ce que tu penses qu’ils vont réussir à régler toute cette histoire ? »

« De base, nous n’avions pas prévu de survivre, ni même d’avoir Elen survivre elle aussi. Nous sommes cruels, tu le sais ? »

« Je le sais parfaitement… et c’est bien pour cela que je m’interroge. En restant en vie, est-ce que nous devons quand même nous mêler de tout cela ou non ? »

« C’est un choix difficile. Mais je pense que la clé est dans notre fille et sa relation avec SON enfant. Ce sont eux qui décideront de l’avenir de la surface et des souterrains. »

« À ce point ? N’est-ce pas un peu trop exagéré, Sérest ? » demanda Séran avec le plus grand des sérieux alors que la femme ailée posait un doigt sur son menton, songeuse.

« Je dirais que non. Nous savons aussi bien l’un que l’autre de qui est Tery est l’enfant, non ? Nous avons juste évité d’aborder le sujet. »

« Mais son odeur est impossible à ignorer, on ne peut pas mettre ça de côté et faire comme si de rien n’était. Mais donc… Tu crois vraiment qu’ils… seraient la voie ? »

« Pas uniquement, Séran. Pas uniquement. Si tu as remarqué, ils sont entouré par des personnes toutes aussi merveilleuses qu’eux, non ? Un jeune prince qui s’est ouvert aux sentiments, une reine qui s’est débarrassée de la carapace d’acier qu’elle avait autour d’elle, une jeune demi-démone dont l’odeur me rappelle celle de la royauté souterraine. Beaucoup de personnalités issues des hautes sphères et qui pourtant, ont vécu des choses peu communes. »

« Bien loin de la salle du trône, des banquets et autres commémorations. »

Encore une fois, les deux personnes étaient d’accord sur quelque points qu’ils mettaient en commun. Cela ne voulait pas dire que l’un pensait que l’autre avait forcément raison dès qu’il parlait mais ils arrivaient à correspondre leurs points de vue.

« Hmm… Mais quand même, je me dis que j’aimerais bien voir un peu plus de créatures dans les environs. Nous les faisons fuir naturellement mais c’est bien dommage. »

« On ne peut rien y faire. Ils ressentent notre puissance et c’est donc de l’instinct. Il s’est sûrement développé ces derniers siècles. »

« Si les démons et les créatures plus puissantes les chassent en permanence, ils doivent alors comprendre ce que cela veut dire exactement que de se retrouver face à nous. »

« Mais cela ne change pas que c’est vraiment dommage de ne pas pouvoir les étudier un peu plus. Je me demande à quoi point ces créatures sont d’anciens démons ou non. »

« D’anciens démons. C’est vrai que les démons pouvaient se dévorer entre eux et finir par avoir d’étranges formes. Tu es intéressée sur l’idée qu’ils aient pu produite une descendance ? C’est ça que tu voudrais savoir ? »

« Plus ou moins, oui. S’ils sont capables d’avoir des enfants, cela voudrait dire que les… monstres du monde souterrain ont une part d’humanité en eux. »

« Et donc qu’agir comme s’il ne s’agissait que de vulgaires animaux serait un véritable crime, proche de l’esclavage, oui, je vois. »

« C’est exact… et ça serait donc un vrai souci. Enfin, pour nous deux car nous serions au courant mais je ne suis pas certaine qu’ils accepteraient de telles nouvelles. » finit de dire Sérest après cette courte conversation avec Séran. Séran qui était à nouveau plongé dans ses pensées. Même à l’époque où il s’appelait Zélisia, il avait toujours eu ce regard si concentré.

« Je pense que ça serait possible… mais pour cela, il faudrait alors que ces descendants soient dotés d’un intellect conséquent, ou du moins qui les rapprocherait des autres races. »

« Qu’est-ce qui te fait dire ça exactement ? Enfin, comment est-ce que tu en es venu à cette conclusion, Séran ? »

« Simplement car même les gnomolds se sont ouverts à eux en partie. Les gnomolds qui doivent nous en vouloir autant que les démons. »

« Ah ça… Il est vrai qu’ils sont très revanchards et qu’ils ont de nombreuses raisons de nous détester, il faut l’avouer. »

« La plus importante est aussi la plus problématique. Tout simplement car nous avons mis beaucoup trop de temps à réagir. »

« Et nos formes actuelles sont les conséquences de nos actes, non ? Nous avons déjà été punis pour avoir trop tardé. Nous ne pouvons pas vivre continuellement nous reprochant nos actes passés, tu sais, Séran. »

Il le savait. Il le savait parfaitement. Mais cela lui était impossible de tirer un trait sur tout cette histoire et pour une raison très simple : encore « récemment », ils avaient commis un acte stupide qui concernait leur propre enfant : Elen.

Ils s’étaient préparés à mourir pour l’ouverture des portes démoniaques et à permettre aux démons de revenir à la surface. Mais voilà qu’Elen, leur propre enfant, sans le savoir réellement, avait réussi à les sauver. En contrepartie, elle avait failli perdre son propre enfant et depuis, tout avait changé.

« Dire que nous avions prévu tout cela pendant des années et des années… pour un tel résultat. Comme si là-haut, quelqu’un d’encore plus puissant que nous avait décidé de se moquer de nos actes depuis le début. Ah… Quelqu’un qui doit sûrement beaucoup s’amuser à nos dépens. »

« Quelqu’un de plus puissant et qui a un sens de l’humour ? Hmm… »

Il était assez étrange de s’imaginer une telle chose et pourtant… et pourtant… C’était plus ou moins ce qu’IL était devenu, ce qui faisait alors penser que oui, ce n’était pas impossible. Et que cette idée n’était pas à prendre à la légère.

Une petite partie d’elle commença à s’inquiéter. Et si… par hasard, même s’il n’y avait qu’une infime chance, est-ce que cela serait possible que… Non. Elle ne voulait pas penser à cela. Elle ne devait pas penser à cela. Ce n’était pas une bonne chose. Elle sentit subitement une main se poser sur son front, lui faisant lever les yeux vers Séran qui s’était rapproché.

« Qu’est-ce qui se passe ? Tu es presque en sueur. »

« Oh… Rien… Rien du tout. Ce sont tes dernières paroles. J’étais en train d’y réfléchir, c’est tout. Tu vois, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, hein ? »

« Je ne m’inquiète pas sauf pour toi, voilà tout. Tu le sais, n’est-ce pas ? »

Bien sûr qu’elle le savait. Mais elle ne pouvait pas lui dire ça comme ça. Pas de la sorte. Elle risquerait de l’inquiéter pour pas grand-chose. Ce n’était qu’une idiotie, rien de plus. Elle allait cesser d’y penser et dès demain, ça sera derrière eux, comme d’habitude.

Même s’ils n’étaient pas insouciants, ils venaient encore de dire il y a quelques minutes que cela ne servait à rien de s’accrocher au passé. Et pourtant, une partie d’elle était comme terrorisée à l’idée qu’IL revienne ou qu’IL soit responsable de tout ce qui se passait. Est-ce que SES pouvoirs pouvaient vraiment arriver à les atteindre ?
Si tel était le cas, sa crainte était alors réelle. Si tel était le cas, comment est-ce qu’ils pourraient réagir alors ? Comment est-ce qu’ils pourraient se défendre ? Surtout, est-ce qu’IL leur en voudrait ? Avec tout ce qui s’était passé, ça ne serait as anormal. Cela serait même logique et sinistre. Hmm… Il valait peut-être mieux ne pas trop en penser.

Et c’était pourtant ce qu’elle n’arrêtait pas de faire malheureusement. Oui, elle ne pouvait pas se détourner de cette pensée absurde. C’était triste… mais c’était bel et bien parce qu’elle savait parfaitement ce dont IL était capable. Réussir à atteindre leur puissance voire peut-être même à la dépasser, brrr.

« On va peut-être s’arrêter là pour aujourd’hui, Sérest. Tu as vraiment une mauvaise mine. »

« Ah oui ? Tu trouves ? Si tu le dis… même si je pense que tu exagères un petit peu la situation, je ne suis pas dans un tel état quand même. »

« Hmm, si si. Je peux te confirmer ce que je te dis. Tu es presque au bord de l’évanouissement. Mais je veux que tu me dises ce qui te tracasse réellement. Nous nous sommes promis de ne plus avoir de secret l’un envers l’autre, tu t’en rappelles, non ? »

« Oui, bien entendu que je m’en rappelle. C’est juste que je considère que c’est une idée un peu stupide. Je ne suis pas certaine que ça soit vraiment utile d’y repenser, voilà tout. »

« Et moi, je peux simplement t’affirmer le contraire, compris ? Cela me rappelle l’époque où tu continuais encore et encore de vouloir ne rien me dire malgré notre relation. »

« Pardon… Ce n’est pas que je veux te mentir mais… »

« Je n’ai pas évoqué le fait que tu me mentes mais le fait que tu ne me dises rien. Ce sont deux choses différentes, Sérest. C’est là toute la nuance, est-ce que tu comprends ? »

Les paroles très douces de l’homme aux longues oreilles étaient autant plus efficaces que la femme ailée baissait les yeux, comme prise en défaut par les propos. Oui, même dans le passé, quand il était Alzar et elle Zélisia, il avait tellement fait pour l’impressionner sans pour autant forcément y arriver.

Oui, il était si souvent comme un enfant à ses yeux, il le comprenait bien hein ? Il n’était pas aveugle. Il savait parfaitement qu’il… était ridicule depuis toutes ces années. Tout cela par pure envie de lui montrer ce dont il était capable, ce qui n’était pas réellement efficace en fin de compte. Il allait le lui dire. Sous cette forme, en tant que Sérest, oui.

« Je pensais encore au Dévoreur, Séran. C’est tout. Je me demandais si par malheur, ce n’était pas lui qui jouait avec nos émotions et nos sentiments… pour nous emmener à le délivrer. Si ce n’était pas lui qui gérait tout ça depuis le début. »

« Ah oui, quand même. Hmm… Ah… J’imagine que tu dois aussi penser à Tery, c’est bien ça ? Avec le fait qu’il y a une petite chance qu’il tente aussi de le manipuler. Je commence à bien comprendre le problème en fin de compte. Du moins, à voir où est-ce que tout cela va nous mener. Nous avons déjà tant accompli pour tenter de réunir les démons avec le reste des races à la surface. Nous ne pouvons pas vraiment arrêter maintenant, tu t’en doutes hein ? »

« Je n’ai jamais cherché à arrêter tout ça. Cela reviendrait tout simplement à bafouer tout ce pour quoi on se bat depuis si longtemps. Mais voilà, je t’ai dit ce qui me tracassait. C’est vraiment ridicule. C’est normalement moi qui devrait me montrer rassurant, pas l’inverse. »

« Tu as toujours eu cette mentalité, Sérest. Et si tu t’écoutes, tu devrais même entendre le fait que tu reparles de toi comme si tu étais Alzar. »

Ah oui ? Sur le moment, elle ne l’avait pas remarqué même si il était vrai que ses pensées étaient tournées vers le passé à l’heure actuelle. Un passé assez sinistre et sombre, elle le concevait parfaitement et pourtant… c’était ce dernier qui la marquait plus que tout le reste.

Elle ne pouvait pas faire comme si de rien n’était. Prétendre que tout ira pour le mieux et ensuite, balayer tout ça d’un revers de la main. Non… Elle était vraiment perdue et elle sentait alors les bras de Séran venir l’enlacer tendrement.

« Nous nous protégerons mutuellement, comme toujours. »

« Tant que tu es là, avec moi, c’est tout ce qui m’importe, Séran. Je me demande pourquoi je suis né homme à cette époque… alors que je me sens si bien sous cette forme dans tes bras. »

Séran ne répondit pas, un sourire se dessinant simplement sur ses lèvres alors qu’il serrait avec un peu plus de force la femme dans ses bras. S’il suffisait uniquement de cela pour la rassurer, il allait alors continuer encore et encore, jusqu’à ce qu’elle finisse par être apaisée. Les minutes s’écoulèrent sans même qu’ils ne se préoccupent des alentours.

« Hmm… Sérest, est-ce que tu penses rester ainsi pendant encore longtemps ? »

Aucune réponse de la femme ailée. Il baissa les yeux, un nouveau sourire apparaissant sur son visage. Oui… Elle avait tenté de montrer qu’elle était encore forte… mais cela n’avait été qu’une illusion. Déjà dans le passé, il avait compris à quel point Alzar pensait que la force faisait tout… et que la perfection permettrait alors de tout résoudre.


C’était pourquoi il avait crée plusieurs races différentes, avec des aptitudes propres à chacune, des qualités et des défauts comme on pouvait en voir un peu partout. Oui. Il souleva doucement Sérest, la gardant bien contre lui, dans ses bras, alors qu’elle marmonnait.

« Je vais nous mettre dans un endroit plus sûr pour passer la nuit. »

Un endroit à l’abri des cristaux mais pas uniquement. De toute façon, aucune créature ne tenterait cette folie que de chercher à s’en prendre à eux. Contrairement à ce qu’il pensait, il mit un peu plus de temps que prévu mais tout était bon.

« Voilà… J’imagine qu’ici, ça sera parfait. Sérest, Sérest ? Il est l’heure de se réveiller. »

« Hmm… Non… Il est tard. Il fait sombre. J’ai juste envie de dormir. »

C’était bien ce qu’il avait compris, hahaha. Il voulait juste vérifier à quel point elle pouvait être comme les races qu’ils avaient créées. En réagissant de la sorte, elle faisait alors preuve d’une humanité comme les autres. Oui, ce simple petite geste, cette petite phrase, cette petite réaction, tout cela permettait de l’aimer encore plus.

Bon… Il la déposa délicatement contre un rocher avant de préparer la tente pour la nuit. Pas besoin d’un feu, ils allaient se coucher tout de suite. Ce n’était pas comme s’ils avaient vraiment besoin de se nourrir pour le moment. Ah… Maintenant qu’ils étaient seuls, il devait avouer parfois que cela lui manquait.

« Clari et les autres étaient si pleins de vie… »

Oui. C’était vrai. Il y avait des discussions, des rigolades et autres. Dans les faits, c’était le premier groupe qu’ils avaient rejoint tous les deux. Oh, des connaissances, au fil des siècles, ils en avaient eu. Mais cela n’avait été que des relations distantes. Comme ils ne pouvaient pas vieillir réellement bien qu’ils pouvaient mourir, il ne fallait pas lever plus les suspicions sur eux.

« Hmm… Vraiment, je me demande si un jour, nous irons les retrouver. »

Oui. C’était une simple demande, rien de plus. En se forçant, ils pouvaient aisément retourner voir Manelena et ceux de la surface… mais pour Tery qui devait être dans le monde souterrain, cela sera beaucoup plus compliqués.

Qu’ils aient été considérés comme des divinités à une époque, soit… mais les millénaires jouaient sur leurs mémoires et avec le monde souterrain inaccessible, autant dire qu’ils ne se rappelaient plus vraiment des zones précises de ce dernier. Enfin, pour le moment, il allait plutôt se concentrer sur Sérest et veiller sur elle jusqu’à son réveil.

Chapitre 35 : Étrange coalition

Chapitre 35 : Étrange coalition

« Hihihi ! Vous voilà donc, mes jolis petits rats ! »

« Gniii ?! T’es qui toi ?! Qu’est-ce que tu fous ici ?! Je peux le savoir ! »

« On peut la buter, hein ?! Avec son air de piaf, je suis certain qu’elle pourrait nous rapporter beaucoup si on la dép… »

L’un des petits êtres bossus n’avait pas terminé sa phrase que sa tête avait quitté le tronc sur laquelle elle était posée, une gerbe de sang émanant de ce dernier alors que le corps tombait au sol, sans vie. La femme aux longs cheveux noirs, très longs cheveux noirs avait fait un simple battement d’ailes pour faire tomber la tête du gnomold.

« Hihihi ! Est-ce que l’on peut discuter maintenant ? Je ne voulais pas me montrer violente… sauf si c’est comme ça que cela marche chez les gnomolds, non ? Vous n’êtes pas de ceux qui proviennent d’Omnosmos ou des tribus principales de Shunter, n’est-ce pas ? »

« Non mais toi, t’es qui ?! Et tu nous veux quoi ? T’as osé nous attaquer ! T’as envie de crever, c’est ça ?! »

« Tu veux rejoindre ton ami, c’est ça ? C’est ça ? C’est ça ? Hein hein ? Ah… Non. Je ne vais pas te tuer car sinon, on va vraiment croire que je veux juste vous éliminer, hihihi ! Alors que j’ai juste besoin de vous comme vous avez besoin de moi ! »

« Besoin d’une claudiskienne ?! Tu te fous de notre gueule ? Tu crois vraiment qu’on va écouter ce que tu as à dire ?! »

« Eh bien, ça serait quand même mieux pour de futures conversations non ? Et pour trouver un terrain d’entente ! Vous voulez éliminer des démons, je veux aller dans le monde souterrain retrouver quelqu’un. Je peux vous y aider, hahaha ! Mais pour ça, il me faut plutôt parler au rat qui gère toute votre bande. »

« NOUS NE SOMMES PAS DES RATS, NOUS … »

Il ne termina pas sa phrase à son tour, sa tête se décrochant du corps comme pour le précédent gnomold. Elle poussa un petit soupir désespéré alors que d’autres gnomolds arrivaient déjà après les cris du nouveau mort.

« Qu’est-ce qui se passe ? C’est quoi ça ?! HEY ! T’as fait quoi, toi ! »

« Vous pouvez pas ramener votre chef ? Je crois que sinon, je vais décimer votre tribu et sincèrement, ça serait la troisième en quelques semaines. »

« Gniiii ?! C’EST TOI ! T’ES LA RESPONSABLE ! TUEZ LA ! ELLE DOIT PAS S’EN SORTIR ! FAUT LA BUTER ! »

« Ah… Visiblement, ça sera donc un troisième clan éliminé. C’est dommage, je suis pour la possibilité que toutes les races perdurent dans le monde mais si vous voulez vous mettre en travers de mon chemin envers Tery, vous ne me laissez pas le choix ! »

Et elle n’allait même pas sortir son arme pour s’occuper d’eux. D’un grand sourire resplendissant bien qu’il avait des allures démoniaques, voilà que ses ailes s’étendaient en largeur derrière elle.

Cela n’avait duré que quelques minutes, peut-être une heure mais lorsqu’elle s’éloigna du campement des gnomolds, elle était maintenant recouverte de sang, jusqu’à ses propres plumes. Retirant un morceau de chair de sa bouche, elle marmonna :

« Même en cherchant à les cuire, ils n’ont aucun goût. AH ! »

C’était dommage pour elle… ou pour eux. Cela dépendait du point de vue mais elle n’en avait que faire. Elle avait juste envie de retrouver Tery, comme depuis tant de mois, même peut-être des années ? Elle avait vu dan son regard. Son regard triste et solitaire, son regard qui montrait à quel point il était seul en réalité, à cause de ce qu’il était.

« Entre oiseaux de malheur, je suis la seule à pouvoir réellement le comprendre. Je peux le comprendre, je peux l’aimer à sa juste valeur. »

Ouiiiiiiiiii ! Sa juste valeur ! Non pas celle d’un homme, d’un citoyen de shunter ou d’un membre de cette race cornue qu’est un démon. Non, la valeur de son existence, une existence comme la sienne. Une existence mal-aimée de ce monde, de ce souterrain. Une existence damnée, rejetée par tout le monde.

« HAHAHAHA ! Oui… Oui… Oui… Oui ! Nous sommes pareils ! Toi et moi ! »

Elle venait de poser ses mains sur son visage, ses ongles éraflant sa propre peau. Elle allait devoir trouver une nouvelle tribu de gnomolds, la communication était parfois siiiiii difficile avec ces êtres primaires !

Ailleurs, plusieurs gnomolds discutaient entre eux. Tous un peu plus grands que la moyenne, et portant quelques atours et gris-gris qui montraient qu’ils avaient une haute position dans la hiérarchie de leurs espèces,

« Le clan Kinor a été décimé ! Bon d’accord, ils étaient juste un petit village et c’est à peine s’ils existaient mais quand même ! »

« Qui sont les responsables ? Les démons ? Les shunteriens ? Ils venaient bien de Shunter hein ? Pas que je m’intéressais pas à leur sort mais c’est tout comme ! »

« Non et non. Ce ne sont pas eux. Y a eu la confirmation que des plumes ont été trouvées… comme dans les zones des autres clans. C’est la même personne qui est responsable de tout ça. Le problème, c’est qu’à part le fait qu’il s’agisse d’une femme de Claudiska, on ne sait rien de plus. Ah ! Et aussi le fait qu’elle possède une aile de corbeau et une aile de chauve-souris. Mais ça, vous étiez tous au courant, non ? »

« Euh, ouais, je crois bien ? J’en suis pas vraiment sûr, moi. Cela vous dit quelque chose vous autres ? Hein ? Dites pas oui si c’est pas le cas ! Je veux pas paraître pour un con ! »

« Tu peux pas l’être plus que tu ne l’es déjà ! » s’exclama un autre gnomold, hilare.

« C’EST PAS DRÔLE, BORDEL ! On a une claudiskienne psychopathe qui décide de zigouiller un maximum de gnomolds ! »

« Ouais, ben faut la buter, c’est aussi simple que ça ! »

« Si c’était aussi simple que ça, gros malin, tu crois que j’aurais demandé à ce qu’on se retrouve tous ici ou quoi ?! »

« Tu viens de dire quoi ? Que je suis gros, c’est ça ? Tu veux que je t’explose ? »

Et déjà très vite, les esprits s’échauffaient. En même temps, rien n’était fait pour tenter de calmer le jeu et les seuls gnomolds qui restaient calmes ne faisaient rien pour empêcher les autres de se taper sur la tronche.

Lorsque tout s’était terminé, avec du sang sur les visages et des morsures, aucun ne tentant de prendre une arme, le but n’étant pas de tuer l’autre, ce fût finalement l’un des gnomolds bien calmes et sages qui reprit la parole :

« Maintenant que vous avez fini, il va falloir que l’on prenne nos dispositions. Pour cela, nous n’avons pas tellement le choix. Nous allons devoir envoyer un messager à chaque clan des environs. Du moins, une personne apte à accueillir cette… monstruosité. Si elle s’en prend à nous, c’est qu’il y a une bonne raison. Il nous faut donc quelqu’un de diplomate mais aussi très agile pour éviter de se faire tuer par cette chose ailée si la discussion n’est pas possible. Au moins, nous pourrons alors tenter quelque chose pour la contrecarrer. »

« Heureusement que t’es là pour les bonnes idées hein ? On voit bien que t’es de la famille d’Ernold ! Y a bien que dans sa lignée qu’ils réfléchissent avant de frapper. »

« Ma lignée n’a rien à voir avec ça. Mais la survie des gnomolds m’importe bien plus que le reste. Je ne peux pas tolérer la présence de ces êtres cornus qui sont responsables de ce que nous sommes devenus, il y a de cela des millénaires. »

« Ouais, on a toujours eu la rancune assez tenace, héhéhé. C’est pour ça qu’on aime bien leur faire payer à ces types ! »

« Ne parlons plus de tout ça, cela vaut mieux, c’est… irritant. »

Et il était vrai que déjà, plusieurs d’entre eux émettaient de nombreux grognements. Maintenant, ils avaient fini de discuter de cette femme. Ils allaient mettre leur plan en action et ils allaient obtenir des résultats.

« Bon alors, on peut dire que la réunion est terminée ? Je veux dire, c’est pas tout ça mais dans les faits, moi, j’ai quand même vachement soif ! »

« Et moi, j’ai faim ! Bon alors, on va bouffer, les gars ! »

Et maintenant, comme si le sérieux de la situation n’existait plus, voilà que les gnomolds de cette réunion allaient rejoindre les autres pour se sustenter, sans même se soucier réellement de ce que l’avenir pourrait leur apporter, que ça soit pour le meilleur ou le pire.

Des jours passèrent et voilà qu’une paire d’aile de chauve-souris et de corbeau vint atterrir devant ce qui semblait être une tribu de gnomolds. Aussitôt, les gnomolds commencèrent à se mettre en garde, regardant la femme en face d’eux.

« C’est elle. C’est elle ! Faut les prévenir, et vite ! Je vais la retenir ! »

« Ouais… ouais ! Ouais ouais ouais ! Je vais le faire tout de suite ! » s’exclama le second gnomold après les propos du premier.

« Oh ? On dirait bien que vous êtes mieux préparés que les autres, non ? »

« Ouais, ouais. On sait surtout ce que tu comptes faire, plutôt ! Mais on va pas tomber dans le piège ! On a des types pour toi ! »

« Oooh ! Mais vous savez, je ne suis la femme que d’un seul homme. Et sincèrement, entre nous, les gnomolds, ce n’est clairement pas mon pêché mignon. »

Elle avait toujours ce petit sourire aux lèvres, signe qu’elle était déjà prête à recommencer ce pour quoi elle avait été si souvent nommée aux différentes réunions des gnomolds. Pour autant, elle restait tranquille, reprenant la parole :

« Quand même. Les précédents n’hésitaient pas à m’attaquer ou à me menacer sans crier gare. Est-ce que je serais enfin tombé sur des gnomolds plus intelligents que la moyenne ? Cela serait tout simplement merveilleux à apprendre ! »

« C’est pas ça que ça nous démange pas de te défoncer la tronche mais on a des ordres et on doit les respecter. T’as plus qu’à patienter, la dinde. »

« Hmm… Vous êtes certains que m’insulter alors que je peux vous éliminer en un claquement de doigt est vraiment judicieux ? Hmm ? HMMMMM ?! »

Et pendant qu’elle disait cela, elle avait simplement fait un pas en avant, déployant ses ailes avant de pousser un petit croassement, les gnomolds reculant sur le coup. Puis elle éclata de rire avant de faire un pas elle aussi en arrière.

« Bon, je suis là, je suis là. Elle est où ? AH ! La voilà ! »

Les yeux dorés de Krawnia se posèrent sur le nouvel arrivant. Un gnomold qui ne payait pas de mine, pas aussi musclé que ses comparses. Pas aussi grand non plus. Mais il portait des lunettes et ses habits n’étaient pas parcourus par les trous. Il semblait presque intellectuel à le regarder de la sorte.

« Tout d’abord, vous z’êtes qui exactement ? » demanda le dit gnomold. Malgré les apparences, il restait quand même un membre de sa race, avec le langage communément parlé parmi eux.

« Krawnia. C’est vrai qu’avec aucun survivant, personne ne pouvait transmettre le message. Oups ! La prochaine fois, j’imagine que je laisserai un survivant pour qu’il puisse raconter ce qui s’est passé aux autres. Je suis là pour les démons. »

« Les démons ? Comment ça ? Et donc, ouais, Krawnia. Je veux pas dire mais vous avez foutu un sacré foutoir quand même ! Vous avez éliminé plusieurs tribus ! Mineures peut-être mais tribus quand même quoi ! »

« Oui, oui, je suis désolée, tout ça. Bon, et si on parlait des choses vraiment importantes, plutôt non ? Genre, vous voulez aussi aller vous rendre dans les souterrains ? Y a pas besoin de me mentir, je déteste le mensonge de toute façon. Je suis parfaitement au courant, et oui. »

« Ouais, tu peux prétendre que t’es au courant de tout mais ça va rien changer ! AH ! Comment qu’on pourrait te faire confiance ? Tu crois vraiment qu’on va t’emmener chez nos chefs alors que tu zigouilles nos gars ? »

« Je pensais que derrière ces lunettes, il y avait une lueur d’intelligence. Est-ce que je me suis trompée lourdement ? J’en ai rien à faire de votre espèce. Simplement, si je signale que je veux traverser les mondes souterrains pour aller le retrouver, on ne va pas me laisser faire. Et je n’aime pas ça, pas du tout. »

« C’est qui ce type que tu veux trouver ? Il est pas à la surface ? C’est un démon ? »

« Oh que oui… C’est un démon. Mais c’est surtout un être unique en soi ! Il n’y a pas deux existences comme la sienne ! »

« T’es complètement cinglée, tu le sais hein ? Je veux dire, t’as déjà envisagé de te faire soigner ou un truc du genre ? Car ça devient grave dans ces moments ! Et qu’est-ce que tu nous veux exactement ? Enfin, t’as besoin de nous pour quelle raison ? »

« Oh, je sais que vous n’êtes pas vraiment partisans du « Soyons amis avec les démons ! » et donc, j’ai besoin de vous pour aller me frayer un chemin dans les mondes souterrains. Ce que vous cherchez, c’est bien une entrée permanente gérée par les gnomolds non ? Qui vous permettrait de vous y rendre quand vous le voulez et donc d’éliminer les démons qui tenteraient d’en sortir. Une place gardée spécialement gérée par vous. »

« Ohla, tu me parles d’un truc que je sais pas, moi. Enfin moi, j’ai été envoyé pour chercher à dialoguer avec la cinglée meurtrière. Ou alors à me barrer si elle veut pas discuter. »

« Ah ben voilà, tu devrais être content, tu auras la vie sauve vu que je veux dialoguer. Bon allez, zou ! On va se mette en route, j’ai des types à rencontrer ! »

« Ces types sont nos chefs, un peu de respect pour eux ! » s’exclama le gnomold alors qu’elle pouffait de rire, visiblement amusée par la réaction du petit être.

« Le respect, ça se mérite. Et tout ce qui tente d’avoir du pouvoir sur autrui, je ne m’en préoccupe pas le moins du monde. Si tes chefs ont besoin de ça pour se sentir supérieurs, c’est qu’ils doivent être encore plus petits que toi. Bon allez ! On y va ! »

Et elle ne lui laissait pas la possibilité d’ouvrir la bouche. Maintenant qu’elle avait une piste, ou du moins des « gens » pour la guider vers les mondes souterrains, elle n’allait pas s’en priver du tout. Elle ne pouvait pas s’y rendre toute seule. Elle pouvait être puissante, « problématique » et exceptionnelle, elle ne pouvait pas lutter contre un groupe équipé.

Mais la voilà qui se déplaçait une nouvelle fois… mais avec une direction précise en tête. Des heures plus tard, alors que la nuit était tombée, la demoiselle ailée vint atterrir aux abords d’un campement de gnomolds bien plus grand que les précédents.

« Eh bien, on dirait qu’ici, on se fait plaisir ou c’est moi ? »

« Hey… T’es qui, toi ? » demanda l’un des gardes gnomolds à l’entrée du campement. Il était bien mieux équipé que les précédents mais Krawnia soupira avant de dire :

« Quand même, on peut éviter le comique de répétition ? Prétendre que vous ne me connaissez pas, c’est un peu lassant à force. Vous avez sûrement reçu des informations via une lettre non ? Que j’allais arriver. Ne tentez pas de me mentir. »

« AH ! Mais t’es la folle en fait ! Fallait le dire plutôt ! Ouais, on a bien reçu le courrier et le fait qu’on devait te guider ! »

Ils ne paraissaient guère effrayés par les propos de Krawnia. En même temps, celle-ci remarquait parfaitement qu’ils étaient bien plus expérimentés que les précédents. BAH ! Cela ne changerait pas grand-chose s’ils la mettaient en colère inutilement.


Traversant le campement, elle se désintéressa des gnomolds qui l’observaient, certains avec intérêt, d’autres en se demandant si c’était vraiment elle. Oui, elle pouvait entendre un peu les conversations mais elle n’y portait pas plus que ça en terme d’attention.

Finalement, la courte balade se termina face à une maisonnette plus grande que les autres. Oh, toujours aussi rustique et rudimentaire, laissant plus paraître un bâtiment issu d’un village paumé et reculé que d’une solide bâtisse en ville.

« Et j’imagine que votre chef va pas vouloir se présenter à moi, je dois rentrer à l’intérieur ? »

« Oui oui mais… HEY ! Vous faites quoi ! Faut que l’on vous annonce ! »

Sauf qu’elle n’avait pas que ça à faire de son côté hein ? Elle commença à se mouvoir, étudiant les gardes qui se présentaient entre elle et l’entrée. D’un mouvement des ailes qu’elle déploya, les gardes furent balayés sur les côtés alors qu’elle disait :

« Zou du balai ! J’ai quelqu’un à rencontrer, moi ! »

Et même si elle sentait très bien que les gnomolds allaient réagir, elle pénétra dans la demeure faite de bois, pierre et paille. À l’intérieur, un petit feu était déjà en train de brûler tandis que les yeux de Krawnia se plissèrent.

« Ah oui… C’est plus un comité d’accueil que juste le chef du village ? »

« Nous t’attendions, femme des cieux, Krawnia. »

« Désolée mais je ne connais pas vraiment vos prénoms et disons que je vous attendais pas vraiment même si je vous recherchais. Bon, on va pouvoir enfin arrêter de faire n’importe quoi et se mettre directement au travail. »

« Tsss ! Ouais, plus vite c’est fait, mieux ça sera ! Tu es là car tu dis que tu veux absolument te rendre dans les souterrains. Nous, on ne veut pas pardonner aux démons ce qu’ils ont fait à nos peuples il y a de cela plusieurs millénaires. »

« Oh, je veux juste exterminer tous ceux et celles qui se mettront en travers de mon chemin pour le retrouver, hahaha ! Ah… Vraiment… C’est aussi simple que ça. »

« Les exterminer ? Et cette personne que vous recherchez, c’est bien le dénommé Tery ? Celui qu’est responsable de tout ce boucan ? »

« Oui, oui, c’est bien lui ! Ce Tery là ! Il n’en existe pas deux dans ce monde et heureusement, sinon, il perdait de sa saveur si unique. C’est lui que je veux retrouver. Depuis le jour où je l’ai vu à la base de cette tour, je savais que lui et moi, nous étions destinés tous les deux ! »

« AH ! Le destin ! Si on devait croire au destin, on aurait arrêté de se préparer en attendant le jour où les démons sortiraient des entrailles de la terre ! Résultat ? On n’y a pas cru une seule seconde à cette destinée et on a bien fait ! »

« Ne vous moquez donc pas de la destinée. Enfin de celle qui est en train de me relier à Tery. Je n’accepterais aucune moquerie. »

« Bah ! Fais comme tu veux ! Tant que tu nous permets de nous installer dans les souterrains démoniaques, nous bosserons avec toi. Suffira juste que tu fasses le ménage dans les alentours et ensuite, dès que ça sera assez fortifié, tu pourras aller chercher ce type. »

« Ce type s’appelle Tery. Ce n’est pas une personne lambda, comme vous autres, c’est bien compris ? Vous pouvez saisir ça ? »

Elle se montrait menaçante malgré l’air joyeux qui parcourait son visage. Oui, les gnomolds restaient sur leurs gardes, méfiants, mais n’osaient pas pour autant réagir. En même temps, malgré la méfiance, ils ne semblaient pas plus inquiets que ça.

« Ouais, ouais, on peut le saisir. Tout ce que l’on veut, c’est s’occuper des démons. Le reste, on s’en fout. Si t’es prête, tu peux rester dans les environs pour qu’on vienne te chercher. »

« Hmm… Je ne pensais pas que ça serait aussi rapide et que vous accepteriez aussi facilement. Où est donc le piège, vous pouvez me le dire ? »

« Y en a aucun. On est juste plutôt las de compter nos morts à cause de vos actions. Autant vous avoir de notre côté que l’inverse. »

Elle émit un petit rire, à nouveau amusée par les propos des gnomolds. Qu’ils pensaient ainsi, c’était parfait pour elle. Elle quitta alors la modeste masure avant de déployer ses ailes une nouvelle fois pour s’envoler. Ils lui avaient dit de revenir, cela ne voulait pas insinuer qu’elle devait rester avec eux non ? Et puis, ça restait des gnomolds.
Dans la petite demeure, les gnomolds se regardèrent, un sourire entendu les uns envers les autres. Oui, ils avaient bien prévu d’éliminer tous les démons. Et dans cette liste, les demi-démons étaient inclus eux aussi.

Chapitre 34 : Des preuves de son passage

Chapitre 34 : Des preuves de son passage

« Hmm… Comment tu as trouvé cette première soirée ailleurs que dans un lit, Tery ? »

« Je n’ai pas vraiment réussi à dormir. Je n’arrivais pas à trouver le sommeil en me disant que tout le monde pouvait tenter de rentrer dans la tente alors que tu dormais avec moi. »

« Hmm ? Et donc ? Où est alors le problème ? Je veux tenter de le savoir. Je veux dire, je suis ton esclave, c’est donc normal que je dorme à tes côtés si tu as des « pulsions », non ? »

« Arrête donc tes blagues, Manelena. Tu sais aussi bien que moi que ce n’est pas le cas. »

« Oh, on doit donc arrêter la comédie ? Dire que je trouvais cela plutôt plaisant. Maintenant, je dois avouer que je suis un peu déçue en fin de compte. »

Comme si elle l’était vraiment. Dire qu’ils dormaient dans la même tente, sans que ça ne la dérange. Il avait surtout la sensation qu’il avait ouvert une boîte qui aurait dû rester scellée. Pas qu’il regrettait ces moments avec Manelena, du moins pas ce genre de regret mais…

« Tu sais, Tery. Maintenant que ce qui est fait est fait, je n’ai plus vraiment à le cacher. Oh, l’excuse de l’esclave ne pourra plus durer très longtemps mais bon, je pense qu’il me faudra m’y faire hein ? Cela est vraiment dommage mais j’ai eu quelque chose de ta part et ça, Tery, tu ne pourras jamais me le retirer. »

« C’est… vrai. Je reconnais amplement ce que tu dis par là. Mais bon, je ne veux pas que tu penses que ça peut se reproduire et faire comme si je n’avais rien à côté. »

« Mais si nous retrouvons Elen ? Qu’est-ce que tu vas lui dire ? » demanda Manelena alors qu’elle se relevait comme lui.

Se rhabillant correctement, il ne répondit pas tout de suite à la question de Manelena. Est-ce qu’il y réfléchissait ? Pas vraiment car il connaissait déjà la réponse. Oui, il n’y en avait qu’une seule qui importait :

« Je pensais l’avoir déjà dit mais bon, je vais peut-être me répéter : je compte lui expliquer ce qui s’est passé. Les nombreuses fois où… nous avons fait tout ça. »

« Et les raisons de ces différentes fois ? Car bon, il n’y a pas qu’une ou deux fois hein ? Je crois que je ne peux plus vraiment les compter maintenant. »

« Le but n’est pas de les compter. Il n’y a aucun record à battre ou autre. Simplement… Ah… On ne va pas ravoir cette discussion. Je vais aller prendre l’air et manger un morceau. »

Oui, se mettre quelque chose dans l’estomac lui fera le plus grand bien. Puis surtout, au moins, il n’aura pas à discuter avec Manelena. Ce sujet n’était pas tabou mais elle le remettait souvent sur la table, comme un trophée. Il comprenait bien qu’elle était « heureuse » de cette situation où elle était « libre » de l’aimer et inversement mais lui.. mais lui… C’était lui le véritable fautif dans cette histoire.

« Et en tant que tel, je ne devrais pas me réjouir, loin de là. »

C’était pourquoi il gardait une mine un peu sombre par rapport à tout ça. Il ne voulait pas fanfaronner. Peut-être que certains appréciaient l’idée d’être courtisé par la reine de Shunter tout en étant marié à une magnifique femme mais lui ? Hmm… Non. Il n’aimait pas l’idée d’être content. Mais en n’étant pas content, cela donnait l’impression qu’il n’appréciait pas ce qu’il faisait avec Manelena.

Oui, il appréciait grandement leur petit jeu à deux, le fait de dormir ensemble et tout le reste. Ce n’était pas du tout pareil qu’avec Elise car il la considérait comme sa petite sœur. Mais Manelena ? C’était une femme, une vraie femme. Une femme comme il n’en existait pas d’autres. Il pouvait considérer tout ce qu’il voulait, penser tout ce qu’il avait en tête, Manelena était une femme qui lui avait mis le grappin dessus.


Ce qui s’était passé à la capitale n’était que la suite et la concrétisation de cette scène dans la bibliothèque, cet instant où elle l’avait embrassé. Il ne pouvait pas ignorer que cela semblait logique à emmener tout ça hein ?


Manelena. Hmm… Il aimait penser à elle. La femme aux cheveux argentés était toute aussi importante qu’Elen, peut-être pas pour les mêmes raisons mais elle l’était. Il devait s’empêcher de sourire car il appréciait les moments avec Manelena.

« Bonjour, chef. Vous avez bien dormi ? »

« Hmm ? Moi ? Ah oui, chef, j’oubliais parfois que c’est ce terme. Je suis tellement pas habitué. Disons que oui, j’ai bien dormi. Vous êtes là depuis longtemps ? Je veux dire, votre garde a commencé depuis combien de temps ? »

« Oh deux ou trois heures au grand maximum, vous inquiétez pas pour le sommeil ! »

« Vous vous reposerez pendant les déplacements. Vu que nous avons des véhicules avec nous, vous pourrez alors faire une partie du chemin dans l’un d’entre eux. »

« Oh merci beaucoup, chef ! »

Il fit un geste pour dire que ce n’était pas bien important. Il allait avoir une petite discussion avec Héraisty. Même si Manelena restait très proche, Héraisty était plus ou moins celle à qui il confiait différentes directives qu’il avait en tête. Il retrouva très vite la démone à lunettes qui était visiblement déjà réveillée depuis pas mal de temps.

« Eh bien, que tu viennes me voir, j’imagine que ce n’est pas pour prendre de mes nouvelles, n’est-ce pas, Tery ? »

« Faux… Comment vas-tu ? Et vrai… Oui, j’avais besoin de tes conseils et des avis sur plusieurs petites choses qui me tracassent. »

« Hmmm ? Alors, je vais bien, merci. Cela reste toujours un peu perturbant de ne plus dormir sur un matelas mais bon, à force, disons que je commence à m’y habituer. Tu peux dire sinon ce qui te perturbe, Tery. J’espère juste que ce n’est pas la même chose qu’hier. »

« Pas exactement… Enfin si… Mais juste un peu, bon en fait. Parlons. »

Maintenant qu’il avait besoin de converser, c’était juste difficile. Comment lui expliquer exactement ? Hmm… Bon, elle allait sûrement lui en vouloir mais il fallait bien lui dire et lui expliquer tout ça hein ?

« Bon. C’est par rapport aux nouvelles recrues. Je sais bien que tu m’as dit qu’elles sont toutes prêtes à tout comme les autres mais… »

« Tu voudrais que je vois pour suivre leurs faits et gestes. Tery, qu’est-ce que j’ai déjà dit au sujet de la paranoïa ? »

« Je ne peux pas m’en empêcher. J’ai déjà eu tellement de coups dans le dos que ce dernier est un vrai gruyère ! Est-ce que tu es certaine qu’elles sont de confiance ? Qu’elles viennent de toi ? Du roi ? Car si nous allons dans un village et qu’elles posent des problèmes, il ne faudra pas hésiter à avoir une conversation avec elles. »

« Une conversation, pas une mise à mort, Tery. Certains peuvent se tromper, c’est aux autres de leur montrer comment faire. Et puis, je te rappelle que nous sommes mixtes en terme de races. Nous avons un peu de tout. »

« Sauf des Mékalarmiens, mais eux, je ne suis pas certain qu’ils auraient accepté cela. »

Et il avait haussé les épaules à ses propres paroles. Oui, cela lui faisait ni chaud, ni froid. Il s’en fichait complètement des Mékalarmiens. Des gnomolds sympathiques comme Ernold, il en avait rencontrés mais des Mékalarmiens ? Pas du tout.


Pourtant, il était certain que cela devait exister. Oui, que quelque part, des Mékalarmiens sympathiques devaient exister mais non, même à Midès, il se rappelait que même s’ils n’étaient pas agressifs, les Mékalarmiens rencontrés étaient du genre très virulents dans eurs propos. Il finit par marmonner :

« Désolé d’être revenu sur ce sujet. C’était juste par instinct de protection. »

« De toute façon, s’il n’arrive ne serait-ce que des rumeurs à ce sujet, ne t’en fait pas que je tiendrais au courant, Tery. Je ne vais pas laisser briser ce projet par quelques personnes mal-intentionnées. Il en est hors de question. »

« Si tu as de telles convictions, je n’ai plus donc plus qu’à me plier à tes dires, Héraisty. »

« Héhéhé, ce n’est pas si mal d’être en position de force pour une fois, hahaha. J’aime bien cette sensation ! »

« Hey, tu ne vas pas commencer à t’y habituer non plus hein ? On va finir par croire que tu risques de prendre la grosse tête. »

« Surtout moi, n’est-ce pas ? Cela ne serait pas très crédible de ma part même si je dois te remercier pour tout ça. Avant de vous connaître, toi et Elise, je ne pensais pas à un tel avenir. En fait, je n’avais même pas idée que cela serait possible. Vous avez vraiment changé ma vision du monde souterrain mais aussi de la surface. Et pour cela, je ne pourrais jamais assez vous remercier tous les deux. »

« Rah… C’est un peu gênant ce que tu es en train de dire. Enfin, je vais juste accepter tes paroles, voilà tout. Je n’ai aucune raison de les refuser. »

Mais il était vrai qu’il avait le rouge aux oreilles avec tout ça. Ahem…. Bon, ce n’était pas forcément bien important. Il allait retrouver une certaine contenance et zou. Rapidement, le petit déjeuner avait été consommé et la route reprise.

Ils n’allaient pas prendre trop de temps non plus. Sans savoir exactement ce qu’ils allaient prendre comme destination, cela pouvait être dangereux. Même si sur la fin, il était vrai qu’ils n’avaient plus été attaqués par les monstres, ça ne voulait rien dire.

D’ailleurs, sur le chemin, il cherchait à faire un peu de conversation avec tout le monde, reprendre des nouvelles et tout. Savoir comment cela s’était passé pour eux au sujet de leur cohabitation entre surfaciens et démons. Oui, ça ne coûtait rien du tout de demander et surtout, cela permettrait de voir s’ils avaient eu quelques soucis ou non.

Heureusement, de ce qu’il semblait entendre, tout allait pour le mieux ou presque. Oui, les différentes familles démoniaques avaient accepté l’arrivée d’une nouvelle personne, quitte à la faire passer pour « esclave » comme lui avec la reine de Shunter. Il préférait ne pas donner plus d’informations de son côté mais il semblerait qu’ils aient gagné aussi quelques faveurs et places dans les dites-familles.

Et pour les rivalités ? Eh bien, il y en avait mais très rapidement, les familles qui « possédaient » ces surfaciens avaient décidé de collaborer dans l’ombre pour éviter les ennuis et surtout que d’autres familles tentent de les agresser ou commettre d’autres crimes pour espérer mettre la main sur les surfaciens.

À les écouter, il avait l’impression que les démons considéraient les surfaciens comme des objets et il y avait sûrement une part de vérité dans tout ça. Mais à côté, ils avaient réagit en conséquence de cette mort horrible qui était arrivée, dès les premiers jours dans la capitale.

Oui… Il s’en rappelait lui aussi. Cela était bon d’en savoir plus à ce sujet. Cela permettait alors de se préparer, parfois pour le pire. Mais là, sur le coup, ils étaient au courant et tous liés. Quand il avait le dos tourné, il semblerait que les démons collaboraient entre eux et c’était une excellente nouvelle.

« Alors, un peu rassuré, Tery ? »

« Plus que je ne le pensais, Héraisty. En même temps, tu as bien fait de me répondre, hier. J’ai appris au sujet des démons et de leurs familles, je ne savais pas que ça se passait ainsi. Par contre, vu que tu connais des noms, est-ce que… »

« Oui, il y a bien des démons qui sont issus de certaines familles présentes auparavant. Il semblerait que même si les démons précédents ne sont plus là et que certains surfaciens aussi, les familles ont décidé de nous envoyer d’autres membres et surtout plus puissants que les précédents. Comme quoi, ils y voient aussi un intérêt. »

« Même si je ne pense pas que ça soit juste pour la beauté du geste, n’est-ce pas, Héraisty ? Pas besoin de me mentir sur le coup, je m’en doute, hein ? »

« Pas vraiment. Ils considèrent qu’avoir un surfacien à leurs côtés permettra de gagner du galion dans l’échelle de la noblesse. Avec les connaissances de la surface, ils pensent pouvoir profiter d’une avance confortable sur d’autres. »

« Et c’est donc en partie à cause de moi qu’une nouvelle « faction » vient de voir le jour ? »

« On peut pas dire que c’est de ta faute, plutôt que c’est grâce à toi ? Tout cela va dépendre de comment ils vont utiliser ces informations. Si c’est pour se mettre au même rang que les autres familles, bien plus puissantes, pourquoi pas ? Si c’est pour en abuser, cela ne va pas donner de jolis résultats, loin de là. »

Il haussa simplement les épaules aux propos de la demoiselle. Il n’allait pas lui donner tort alors qu’elle expliquait clairement ce qu’il comprenait plus ou moins. Cela voulait juste dire qu’il ne fallait pas croire que tout allait être rose bonbon quand même.


Bon ! Au moins, il était en meilleure forme qu’auparavant et le moral était retrouvé ! Manelena à ses côtés, avec son épaisse armure noire, il pouvait alors avoir un rythme plus normal qu’auparavant. Ouais, il sentait déjà les bienfaits de ne pas avoir à prétendre que Manelena était son esclave !

« Hmm… Des fois, je crois que j’aimerais bien lire ce qui se passe dans ton crâne, Tery. »

« Tu serais vraiment très déçue, Manelena, je tiens à te le dire. »

« Hmm… J’imagine que ça doit dépendre de tes pensées. Est-ce qu’il y en a qui me concernent ? Peut-être le fait que je suis à nouveau ta reine et non ton esclave ? »

Humpf ! Il pouffa juste un peu, ayant un léger sourire aux propos de la femme aux cheveux argentés, cheveux comme visage cachés par son casque. Celle-ci s’arrêta pendant quelques instants avant de très vite retrouver son rythme dans ses pas.

« Hmm ? Je ne pense pas avoir dit quelque chose d’amusant, Tery. »

« Non, non. Disons juste que tu n’es pas mon esclave mais tu n’es pas ma reine non plus. »

« Alors qu’est-ce que je suis, petit malin ? Comme tu sembles avoir de la suite dans les idées, j’ai bien envie maintenant de voir comment tu me considères ? »

« Comme l’une des personnes les plus proches et importantes à mes yeux, autant que ma mère, mes grands-parents ou Elen. »

« Je trouve que c’est une position plutôt pas mal. Je suis donc au même rang que la famille, c’est ça ? Et même à un certain autre stade, hein ? »

Et là, il n’allait pas lui confirmer ses propos, loin de là. Et non, ce n’était pas parce qu’il était gêné, mais plus parce qu’il voulait s’amuser des réactions de Manelena. Sur le coup, il allait juste signaler qu’il devait voir un peu le reste des troupes et la laisser seule. Oui, il avait juste envie de l’embêter, même si ça ne serait que juste un tout petit peu. Pas besoin de beaucoup plus, il en était certain ! Et cela lui permettrait de se venger un petit peu.

Oh, c’était quand même assez puéril de sa part mais sur le coup, il trouvait que ça serait une bien bonne façon d’embêter Manelena sans que cela ne soit dangereux ou stupide. De toute façon, cela lui permettrait de continuer à décompresser.

Et comme il en était convenu, ils allaient tout faire pour remonter le plus rapidement au niveau de la surface sans pour autant y retourner. Oui, ils allaient voir des villages proches de la surface en espérant que la communication et la collaboration seront possibles.

« Oh d’ailleurs, je voulais te dire, Tery, maintenant que tu as lâché un peu Manelena, est-ce que tu étais au courant au sujet de la surface ? »

« Qu’est-ce qu’il y a avec la surface ? Ne me dit pas qu’il y a des problèmes ! »

« Je ne peux pas répondre à cette affirmation car je n’en sais rien du tout, malheureusement. Ce que je peux juste te dire, par contre, c’est que c’est devenu assez fréquent que des groupes de la surface viennent explorer le monde souterrain. Il semblerait que certaines zones laissent leurs portes ouvertes, tant qu’ils ont quelque chose au bout en contrepartie. »

« En un sens, cela est assez bénéfique, tu ne crois pas ? Même si les démons se font achetés, cela veut dire qu’ils ont une petite parcelle de confiance envers les autres races. »

« Après, cela peut dépendre d’autre chose, Tery. Si ce sont des démons à la solde d’Haiktos ou Halyza, il y a de fortes chances qu’ils les laissent pas pour emmener plus de forces extérieures sous la surface. »

« Et ce n’est pas toi qui me disait d’arrêter de psychoter ? »

« Entre psychoter sur tout et émettre plusieurs hypothèses plausibles, c’est différent, Tery. »

« Je le sais bien mais ça reste un tout petit peu vexant, tu sais ? Enfin, je ne vais pas me vexer pour ça mais tu dois reconnaître que ce n’est pas super plaisant. Enfin… Le plus important, c’est de garder la tête sur les épaules. Nous avons pas mal de marche à faire. Par contre, si nous trouvons une ville ou un village sur notre chemin, nous sommes d’accord que l’on va quand même s’y rendre hein ? On évite d’ignorer ça. »

« Je pense, oui. Même si nous ferons encore une fois attention, qu’est-ce que tu en dis ? »

« Tu parles du fait que certains démons dans les villes ou villages pourraient nous causer du tort en travaillant pour eux ? C’est raisonnable comme remarque. Oui, on va la prendre en compte et on verra ensuite. »

C’était le mieux qu’ils pouvaient faire. Donner leur confiance mais pas trop. Dans le fond, il comprenait qu’Héraisty gardait la tête sur les épaules malgré le fait qu’il pensait qu’elle était trop candide. Il oubliait parfois qu’elle était une démone, une démone de la capitale plus précisément. Et qu’elle avait eu un chef plutôt problématique.

Ainsi, oui, elle avait de l’expérience. Par contre, en parlant de ce fameux chef, il ne se rappelait plus de son nom mais il avait été vraiment exaspérant. Puisqu’ils en étaient à marcher tranquillement, côte à côte, il pouvait lui demander.

« Dis moi… Le démon qui était un peu ton supérieur chez les renifleurs, il est devenu quoi ? Je me dis maintenant que j’ai aucune nouvelle de lui. »

« Jyanos ? Hmm… Eh bien, il a disparu du jour au lendemain quand l’empereur Malark a commencé à faire une petite purge. »

« Ah ? C’est vrai ? Et euh… Donc rien d’autre à son sujet ? »

« Bof, de ce que j’ai cru comprendre en tendant l’oreille au travail, il semblerait qu’il avait peur pour sa vie car il cachait bien difficilement le fait qu’il était au service d’Halyza. Comme quoi, en faire trop ne veut pas forcément dire que tout se termine bien. »

« Je dirais bien que c’est bien fait pour lui mais bon… »

« Pourquoi est-ce que tu t’intéresses à ça maintenant ? Je veux dire, pourquoi tu cherches à en savoir à son sujet après tout ce temps ? » demanda Héraisty alors qu’il lui répondait presqu’aussitôt de manière honnête :

« Je voulais éviter que l’on tombe dessus par accident et qu’on lui fasse mal, beaucoup trop de mal. Je n’avais pas beaucoup apprécié ton traitement, personnellement. Et je sais qu’Elise n’aurait aucun problème à laisser s’échapper une flamme ou deux sur son corps « par inadvertance » si tu vois ce que je veux dire exactement. »

« Oui, oui, ne t’en fait pas, je n’ai pas besoin de plus de détails, hahaha. Ah… C’est gentil de votre part mais je pense que je peux gérer ce cas précis par moi-même. »

Elle avait rigolé légèrement mais il comprenait bien que le cas Jyanos lui tenait à coeur et pas forcément pour de bonnes raisons. Même si elle n’était pas spécialement violente ou revancharde, il sentait bien que s’il arrivait quelque chose à Jyanos, elle n’irait pas pleurer sur le cadavre de ce dernier.

Ah… Maintenant, avec cette marche et les retrouvailles, il devait quand même avouer quelque chose : il se sentait bien mieux dès l’instant où il ne devait pas rester en place. À force de voyager avec Elen et les autres, il avait pris goût au fait de se déplacer en continu. Oh, il n’était pas stupide, il ne devait pas se leurrer. Il savait bien qu’un jour ou l’autre, il lui faudra s’installer et ne plus réellement bouger de là… mais ce jour n’était pas encore arrivé. Il était jeune, il avait tellement de projets et avec les nombreux soucis qui pesaient sur ses épaules, faire comme si de rien n’était et les ignorer, cela ne mènerait à rien de bon.

Il se demandait juste ce qu’Elise et les autres étaient en train de faire. Envoyer du courrier aurait été une grosse erreur, surtout que beaucoup de démons seraient capables d’intercepter les lettres, c’est pourquoi il n’avait jamais envisagé cette possibilité. Oui, il fallait garder les idées claires dans sa tête.

« Je me demande seulement si Elise et les autres sont parmi ces groupes qui descendent dans les souterrains. »

Il se posait réellement la question. Si tel était le cas, il y avait peut-être une infime chance qu’il retrouve tout le monde. Oui… surtout Elen.

Chapitre 33 : Entre souterrain et surface

Chapitre 33 : Entre souterrain et surface

« Bon, j’ai eu les dernières recommandations de l’empereur. »

« Et qu’est-ce qu’il nous recommande alors, Tery ? »


Il était dans sa chambre avec Manelena. Maintenant qu’ils étaient certains de pouvoir repartir, le jeune homme semblait beaucoup mieux et ne s’en cachait pas. Grand sourire, il répondit sur un ton plus enjoué :

« Nous allons devoir tout simplement nous rendre aux différents étages sous la surface. Enfin, nous allons remonter et tenter de rencontrer un maximum de villages sur notre route. »

« Si nous ne pouvons pas avoir les nobles de notre côté, il vaut mieux alors tenter d’avoir d’abord le bas peuple, ceux qui composent la majorité du royaume. Oui, c’est une bonne idée. Même face à un soulèvement de foule, les nobles, qu’importe leurs races, sont bien obligés de se plier au peuple, même si cela finit souvent dans le sang. »

« Oui, enfin, si on peut éviter à ce stade, j’aimerais quand même. »

« Cela ne semble assez compromis. Mais d’abord, réussir à avoir un maximum de soutien de la part des citoyens des différentes villes mais aussi des plus petits villages, ce n’est pas une idée absurde. Simplement, avec une armée composée de démons de la capitale mais aussi de gens de la surface, il y a de fortes chances qu’ils aient peur de nous. »

« C’est pour cela qu’il faudra se montrer assez rassurant. Tu penses que c’est réalisable ? »

« Hmmm, si tu passes devant nous autres, j’imagine que oui. Tu as une tête qui aide naturellement à être sympathique envers toi. »

« Je ne sais pas comment je dois prendre ça. Comme un compliment ou non ? »

Il avait cligné des yeux tout en soupirant un petit peu. Ce n’était pas que ce n’était pas plaisant, loin de là. Mais pourtant, il avait la sensation qu’elle se moquait de lui, oh avec gentillesse mais quand même. Elle colla son front contre le sien avant de dire :

« Dis toi que tu as réussi à te mettre l’ex-maréchale de Shunter mais aussi l’actuelle reine de ce royaume dans ta poche. Puis aussi le roi de Traslord, la future princière héritière des démons et… diverses autres personnes. »

Hmm. Elle marquait un point. Enfin, c’était vrai qu’il avait été souvent bien entouré et que même pour les gnomolds, il avait aussi réussi à communiquer avec eux. Peut-être que sans « ses » crises, il était du genre à avoir des personnes auprès de lui aisément ?

« Bon… Ah… Manelena, est-ce que tu peux enfiler ta tenue d’avant ? Enfin, tu vois de laquelle je veux parler et non celle « d’avant » genre ce matin. »

Elle ne pouvait s’empêcher de sourire et de rire à la remarque de Tery. S’il était obligé de préciser une telle chose, c’est qu’elle connaissait parfaitement la raison. Il fallait dire qu’il était aisé de l’embarrasser au réveil.

« Je vois, je vois. Tu parles de ça, non ? »

Comme s’il n’avait fallut qu’un instant, la jeune femme se retrouva subitement recouverte d’une épaisse couche de métal noir. Cela faisait longtemps, vraiment très longtemps qu’il n’avait plus cette armure et il ne pouvait s’empêcher de dire :

« Je dois avouer que cela me manquait quand même un peu, sur le coup. »

« De te faire martyriser par une femme en armure ? Je note que tu as des fantasmes assez saugrenus, Tery. Je ne crois pas être capable de les apprécier à leur juste valeur. »

« Ce n’est pas une question de ça ! Pourquoi est-ce que tu rapportes toujours le tout à la chose ? C’est vraiment embarrassant à force ! »

« Eh bien, car je sais que c’est ainsi que je peux te faire mien ? »

HEIN ?! Il ne marchait pas de la sorte ! Enfin, non ! Pas qu’elle pense qu’il était juste ainsi et pas autrement ! C’était pas du tout le cas ! Il valait bien mieux que ça ! Pourquoi est-ce qu’elle s’imaginait des choses de la sorte !

« Eh bien, Tery. Allons-y maintenant, non ? Donnons à ces démons une raison de me craindre. Qu’ils voient ce que je suis réellement en fin de compte. »

« J’ai presque l’impression que tu es en colère, Manelena. »

« En colère ? Oh non, non, pas du tout. Simplement, ils vont avoir une mauvaise surprise s’ils décident de chercher à savoir qui est sous cette armure. »

« S’il te plaît, je ne veux pas que tu cherches à les tuer, d’accord ? »

« Oh, vu ce qu’ils ont tenté de me faire et ce qu’ils ont fait à d’autre, cela serait pourtant normal, non ? Tu ne crois pas ? »

« Non, s’il te plaît. Tu sais très bien que la vengeance n’emmène à rien de bon. J’en sais quelque chose moi aussi… et personne n’en ressortira gagnant. S’il te plaît. »

« Tu peux te répéter… et pff… tu sais très bien que je ne serais pas capable d’une telle chose. Mon but n’est pas de tout ravager. Disons simplement qu’ils ont laissé passer leur chance de régler ça calmement et posément. Ils sont les seuls responsables de cette situation et ça, ils vont devoir se l’inscrire dans le crâne pour plus tard. »

Le jeune homme aux cheveux bruns passa une main dans ces derniers, visiblement bien embêté. Mais bon, il n’était pas l’heure de trop tarder sur tout ça. Il prit simplement une profonde respiration avant de se mettre en route.

Ils avaient décidé de se réunir à l’extérieur de la Cité. Normalement, il avait indiqué une heure précise, même si malgré tout le temps passé, il avait beaucoup de mal à se dire s’il était en avance ou en retard. Heureusement, lorsqu’ils arrivèrent tous les deux, il n’y avait bien qu’Héraisty et Sigéla qui étaient présentes. Oui, il avait retenu son nom à force.

« Vous n’avez pas de soucis de votre côté ? »

« Pas vraiment, les gardes nous laissent passer assez souvent. Ils ont l’habitude que je fasse quelques excursions dans les alentours, hahaha ! »

« Tant mieux alors si tu n’as pas de soucis, je voudrais éviter que ça finisse mal ou autre. »

« Hmm ? Comment ça ? Je viens de te dire que tout allait bien, Tery. » vint reprendre Héraisty alors qu’il répondait presqu’aussitôt :

« Simplement que je n’ai pas confiance en grand monde dans la capitale et… »

« Les gardes sont plutôt sympathiques, tu n’as pas à t’inquiéter à ce sujet. Ils sont plus de notre côté que l’inverse si c’est vraiment ça qui t’inquiète. »

« Hmm ? Et qu’est-ce qui te fait dire ça exactement, Héraisty ? »

« Oh tout simplement ce que j’en sais hein ? Ou alors, juste qu’avec le temps, j’ai appris que les soldats étaient issus des castes des nobles des plus petites familles de la capitale, ce qui fait qu’ils n’ont pas la grosse tête ou autre. »

« Oui mais ça ne change pas qu’il y a un risque que pour avoir juste un peu plus de pouvoir, ils puissent prévenir des personnes mal-intentionnées de notre présence. »

« Je sais très bien que beaucoup sont quand même très problématiques mais là, Tery, faut quand même avouer que ça frôle la psychose. »

« Je sais parfaitement que j’ai un souci ! Pas besoin de me le dire ! C’est juste que… Enfin, c’est comme ça ! Je n’ai pas d’autres choix ! Je suis juste un peu fatigué ! »

« Espérons que ça ira mieux quand les autres seront là. »

La démone à lunettes avait juste soupiré légèrement. Sans être agacée par les propos de Tery, elle devait avouer que l’entendre se préoccuper de tout ce qui l’entourait, cela pouvait être épuisant mentalement. Heureusement, Manelena fit la conversation avec elle et Sigéla tandis que peu à peu, d’autres démons et surfaciens arrivaient.

« Est-ce que c’est moi ou alors, nous sommes un peu moins nombreux qu’auparavant ? »

« Certains ont eu des « soucis » comme… tu t’en rappelles. D’autres ont décidé de ne pas venir car ils ont obtenu une place plus importante dans leurs familles. Néanmoins, j’ai vérifié pour de nouveaux arrivants dans notre groupe. »

« Bon, avec ce que tu m’as dit, j’imagine que je dois te faire confiance donc je ne vais pas te demander d’où est-ce qu’ils viennent. Si tu es certaine qu’ils et elles sont sûrs, alors tant mieux. Mais maintenant, est-ce qu’ils sont au courant de notre mission ? Sans rentrer dans les détails, bien entendu. »

« Disons qu’ils sont au courant des grandes lignes, cela devrait être suffisant, non ? »

« Oui, enfin, pour ceux qui n’étaient pas là au tout début, oui, j’imagine que c’est suffisant. Mais maintenant, pour le reste, je ne suis pas vraiment certain, je dois avouer. »

« Ce n’est pas une question de certitude, Tery. Enfin bon, j’imagine que tout ça va revenir à la normale dans les prochaines heures ou jours. »

Manelena avait simplement haussé les épaules, comme pour signaler que maintenant, cela ne la concernait plus vraiment. Tery la regarda, baissant un peu les yeux ensuite. Il était content de reprendre l’aventure mais… est-ce que ça allait être suffisant ?

Peut-être tout simplement qu’il se faisait des illusions ? Pourquoi est-ce que maintenant, il ne se sentait plus assez rassuré ? Manelena se rapprocha de lui, posant une main gantelée de métal noir sur son crâne.

« Il faut que tu arrêtes de te malmener la cervelle, Tery, vraiment. »

« Je voudrais bien mais ce n’est pas aussi simple que ça et tu le sais parfaitement. »

« Oui, je le sais parfaitement et c’est pour ça que je te dis justement de ne pas t’en faire plus que nécessaire. On réglera ça comme il faut. »

Régler ça comme il le faut. À l’entendre, on pourrait croire qu’elle l’invitait à se battre dans un futur proche. Ce qui n’était pas du tout son intention, loin de là. Il eut une petite moue, pas vraiment boudeuse, en direction de Manelena mais hocha la tête quand même une nouvelle fois. Ils pouvaient se mettre en route après les dernières vérifications.


Oui, il observait les différentes personnes qui étaient présentes. Il reconnaissait les forgerons, les cuisiniers, les soldats, les éclaireurs, et tout le reste. Oui, il faisait juste un petit tour des environs pour être certain tandis qu’Héraisty marchait à ses côtés, bloc-notes dans ses mains. Tout sourire, elle disait :

« Je me doutais que tu voudrais en savoir plus, c’est pourquoi je suis là avec ce qu’il faut. TU veux donc un aperçu ou des détails de tout le monde ? »

« Un maximum si possible même si bon, je ne dois pas trop rêver, c’est ça ? »

« Tu fais bien de rêver et d’espérer car c’est pourtant le cas, Tery. J’ai déjà pas mal d’informations à ce sujet et plus de détails encore car je me doutais que tu aimerais en connaître bien plus sur les personnes qui t’entourent, hahaha ! »

« Qu’est-ce qui a de si drôle ? Tu peux me le dire ? »

« Rien du tout… mais le fait que tu t’emportes pour aussi peu, Tery, montre que ça n’a pas été une partie de plaisir, n’est-ce pas ? Ces dernières semaines. C’est ça. Je veux tenter de te faire sourire et rire, que tu ressembles plus au Tery que j’ai rencontré la première fois. Tu as remarqué que ça fait déjà pas mal de temps que tu es arrivé ici ? Est-ce que tu t’en es rendu compte ou pas ? «

« Oui, oui. Je me demande si je n’ai pas dépassé l’année depuis que je suis sous la surface. »

Et il voyait bien ce qu’elle tentait de faire. Oui, c’était très sympathique de sa part et… il devait aussi avouer que ça lui faisait du bien de voir tout le monde réuni à nouveau ou presque. Même si cela n’avait duré quelques semaines, certains étaient morts, d’autres avaient décidé de rester dans leurs familles respectives. C’était plus que compréhensible. Mais de nouvelles personnes, cela voulait dire de nouvelles rencontres, non ?

Oui, ça ne sera pas une mauvaise chose. Il en est certain. Il devait penser de la sorte et tout ira pour le mieux ensuite. Un petit sourire vint enfin se dessiner sur ses lèvres avant qu’il ne passe une main sur les cheveux d’Héraisty, lui disant :

« J’aurai le temps de faire bien plus connaissance pendant les repas et autres. »

« Tu vois ? Ça va mieux non ? Quand tu te mets à positiver, tu ne crois pas ? »

« Je ne sais pas si ça sera aussi simple que de « positiver » mais on va essayer, hein ? Qu’est-ce que j’ai réellement à perdre à ce sujet ? »

« Pas grand-chose si tu veux tout savoir, hahaha ! »

Et elle rigolait à nouveau, lui-même faisant juste une petite moue amusée. Oui, c’était ainsi et pas autrement, n’est-ce pas ? Il avait juste un léger sourire aux lèvres, comme elle tandis qu’ils étaient l’heure de s’éloigner de la capitale. Aussitôt, Manelena se plaça à côté de lui, dans son armure complète qui cachait même sa tête via le casque.

« Manelena, qu’est-ce que tu en penses ? On tente tout de suite de faire ami-ami avec les premiers villages que nous trouverons ? Ou alors, on monte et on tentera une communication avec ceux proches de la surface ? »

« Si on veut des résultats immédiats, le plus tôt serait le mieux. Mais je penche plus pour le second point, cela me semble meilleur pour nos troupes. »

« C’est aussi ce que j’envisageais. Tant mieux alors, au moins, je ne vais pas faire n’importe quoi. J’ai l’impression d’avoir perdu la main. »

« Ou plutôt la confiance en soi, non ? Car de ce que j’en pense, tu te débrouilles plutôt bien pour le moment. Il n’y a rien à te reprocher, loin de là. »

Ah ! Elle pouvait le complimenter elle aussi, il allait prendre ces compliments avec le sourire. Oui, il était content de voir que les gens appréciaient quand même son travail, dans tous les cas. Oui… C’était comme ça qu’il devait voir les choses.

Le plus important, c’est qu’il n’avait aucune voix dans sa tête qui lui disait s’il commettait une erreur ou non. Ou alors de tout simplement tout ravager. Vraiment… Dire qu’il était issu du Dévoreur. Comment est-ce que… sa mère allait prendre cette nouvelle ? Non, peut-être ne rien lui dire. Parfois, ne pas savoir est la meilleure chose qui peut arriver.

Oui… Il allait garder cela secret. Déjà le fait qu’il soit un démon avait sûrement perturbé plus que nécessaire sa mère, si on rajoutait le fait que son père était un vrai lâche qui avait abandonné son enfant, mais aussi que c’était aussi un démon, comme lui…

« Ça en fait beaucoup pour une femme de son âge. » dit-il à voix basse mais pas assez faiblement pour que Manelena ne puisse pas l’entendre.

« De quelle femme est-ce que tu parles, Tery ? Fais quand même très attention à ce que tu risques de dire, je ne voudrais pas que tu le regrettes plus tard. »

« Je pensais à ma mère et ça m’apprendra à parler à voix haute. Je me disais simplement qu’entre le fait que je sois un démon, que mon père a été un traître, un lâche, un démon et tout plein de choses mais aussi le fait que je sois le fruit d’une expérience souterrain douteuse et qu’en réalité, je suis issu de « lui », cela ferait beaucoup pour elle. C’est pour ça que je me dis qu’il vaudrait mieux pour moi que j’évite de lui en parler. »

« Ta mère n’est pas si vieille que ça. Elle ne doit même pas avoir la cinquantaine. Peut-être la quarantaine bien avancée, non ? Mais tu aimes bien la titiller, non ? »

« C’est ma mère et disons qu’elle n’a pas été des plus tendres avec moi. Mais bon, en même temps, je sais parfaitement qu’elle faisait tout cela pour moi. Je ne peux pas lui en vouloir non plus… et elle manque énormément. »

« C’est une sacrée femme quand même. Je veux dire, entre son tempérament mais aussi son histoire, j’en connais pas tellement qui seraient capables d’agir comme elle et d’oublier complètement son titre de noblesse en faisant comme si de rien n’était. »

« Elle me fait quand même penser à toi, en un sens. Tu en as rien à faire de ton titre de reine de Shunter et du reste. »

« Hmm ? Est-ce que tu insinues donc qu’en un sens, je suis déjà de ta famille, Tery ? »

« Je n’ai jamais dit ça ! Enfin, pas de la sorte ! Simplement que je peux comprendre pourquoi est-ce que tu t’entends si bien avec elle, c’est tout. »

Elle s’empêcha de lui signaler qu’il fallait bien être une forte tête avec un type comme lui. Puis bon, il ne pouvait pas voir le sourire qu’elle arborait sous son casque. Oui, elle allait juste rester discrète sur le coup même si elle trépignait presque de continuer la conversation.

Elle le sentait : il y avait beaucoup de changements en elle depuis qu’ils avaient vécu ensemble dans la capitale démoniaque. Elle ne pouvait pas ignorer tout cela, que ça soit son propre comportement, sa relation avec Tery, ce qui s’était passé, les changements et autres.

« Tery, au cas où, si tu as une crise, je veux que tu viennes me chercher, d’accord ? »

« Normalement, si nous nous éloignons de la capitale, c’est justement pour éviter que ça n’arrive, non ? Ou alors, j’ai mal compris la raison cachée de tout ça. »

« Non, non, c’est exact. Simplement, je veux que tu me préviennes le plus rapidement possible même si ce n’est que le moindre petit message mental, compris ? »

« D’accord, d’accord, Manelena. Je ne savais pas que tu te préoccupais autant de ma… AIE ! Là, ça fait mal, Manelena ! » s’exclama t-il en ayant pris un coup sur le dos du crâne.

« C’est pour t’apprendre à dire une aussi grosse stupidité. Tu ne devrais même pas mettre en doute le fait que je veux veiller sur toi. »

Peut-être que c’était tout simplement parce qu’il voulait éviter de se dire qu’ils s’étaient rapprochés plus que la moyenne. Oui, il y avait eu des scènes assez violentes mais charnelles aussi. Et c’était ces dernières qui revenaient souvent dans sa mémoire.

En même temps, comment pouvait-il ignorer le corps somptueux de la femme dans cette épaisse armure noire ? Combien de fois l’avait-il vu sans aucun habit pour le recouvrir ? Combien de fois s’était-il imaginé des choses plus que perverses entre Manelena et lui ? Avant même que tout cela ne se produise ? Lorsqu’ils voyageaient dans le monde souterrain ? Mais aussi bien avant, alors même qu’il était avec Elen.

Le fait qu’il soit un homme et que ça soit « normal » de penser ça, ça ne pardonnait pas sa conduite. Lorsqu’il allait retrouver Elen, il allait devoir s’expliquer à ce sujet. Lui faire face et lui dire. Il y avait peut-être des raisons à sa conduite mais ce qui avait été fait avait été fait. Et si elle ne voulait plus de lui, il comprendrait amplement sa réaction.


Oui, il devait envisager le pire en vue de la situation actuelle. Mais en même temps, ils étaient encore loin de retrouver Elen et les autres. D’un autre côté, il avait aussi un enfant avec elle bien qu’il n’avait pas réellement pu en profiter.

Et voilà. Dès qu’il ne parlait pas avec quelqu’un, ses pensées l’envahissaient trop rapidement et de telle façon qu’il avait alors l’impression que sa tête allait exploser. Il savait bien que ce n’était pas le cas mais quand même, il devait trouver un sujet de conversation.

« Manelena, dis-moi, qu’est-ce que tu comptes faire quand nous allons retrouver les autres ? Si du moins, nous les retrouvons. Je suis en train de me dire : tu as été absente pendant si longtemps à ton poste de reine de Shunter. Tu ne crois pas que cela risque de te porter préjudice ? Ou même que ton pouvoir risque de s’amoindrir ? »

« Hmm ? Non, ça ne m trotte pas plus que ça en tête. Hémurion fait du très bon travail et a souvent montré qu’il pouvait me remplacer. Dans les faits, je crois que je pars peu à peu vers un système comme celui de Traslord. Quand nous retrouverons Royan et les autres, je crois que je vais avoir une petite discussion avec lui. »

« Tu penses que c’est le meilleur choix à faire ? »

« Hmm, le meilleur, je ne sais pas mais je sais au moins que ça serait une bonne solution pour éviter que les erreurs du passé ne se reproduisent. »

Les erreurs du passé. Oui, elle aussi avait eu un père pas forcément formidable. Si des gens s’étaient opposés à ses idées et avaient surtout eu les capacités pour cela, toute cette histoire ne se serait jamais produite.

Pour autant, elle ne pouvait s’empêcher de se dire que si tel avait été le cas, elle n’aurait alors jamais connu Tery et vécu toutes ces choses. Alors oui, elle était satisfaite de la tournure actuellement des évènements et ne regrettait rien du tout. Oui, si elle devait faire se reproduire cela, ça serait sans aucune hésitation.