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Chapitre 48 : Au centre de tout

ShiroiRyu
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Chapitre 48 : Au centre de tout

« C’est bien étrange. »

« De quoi donc, Elise ? » demanda le jeune homme aux cheveux bleus juste à côté de la demoiselle démoniaque. Celle-ci marchait derrière Elen, qui dirigeait la petite troupe pour l’occasion.

« Les chemins qu’Elen est en train de prendre, j’ai la sensation de n’en connaître aucun. »

« Et… Est-ce que c’est une bonne chose ou non ? Si ce n’est pas le cas, il vaut mieux l’arrêter maintenant avant que nous nous mettions en danger. Surtout qu’elle porte sa fille avec elle. Déjà qu’elle voulait absolument jouer son rôle d’éclaireuse… »

« Pour le moment, j’ai justement l’impression du contraire. Les chemins pris sont complètement vierges de dangers. C’est assez perturbant. »

Finalement, qu’est-ce qu’il pouvait y faire ? Il haussa simplement les épaules aux propos de sa dulcinée. Si c’était ce qu’elle ressentait, qui était-il pour prétendre mieux savoir qu’elle ? Dans tous les cas, elle avança pour se retrouver assez vite à la hauteur d’Elen.

« Alors, Elen, qu’est-ce que tu as de bien à nous dire ? »

« Pas grand-chose, si tu veux tout savoir, Elise ! J’ai juste la sensation… que nous nous rapprochons de quelqu’un de très proche de moi. Je suis certaine que nous allons bientôt trouver Tery ! »

« C’est tout ce que j’espère pour toi. Tu as assez attendu et assez souffert. Il est vraiment temps que vous puissiez souffler tous les deux. »

« Je ne te le fais pas dire ! Ah… Par contre, quand ça arrivera, vous pourrez vous occuper de ma fille ? Enfin, après bien entendu que je l’ai présentée à Tery. »

Hum hum. Pas besoin de plus d’explications sur le pourquoi elle voulait être seule avec Tery. Il y avait de ces réponses qui étaient implicites sans même nécessiter plus de détails. Pour autant, Elise ne pût s’empêcher de rire intérieurement.

« J’ai eu les mêmes besoins en revoyant Royan après tout ce temps. »

« Entre femmes, c’est plus aisé de se comprendre, non ? »

« C’est exact. Ce n’est pas à Royan que tu pourrais parler de ça. Enfin, Royan, lui parler même d’autre chose est assez compliqué en un sens. »

« Je veux bien te croire. Même après toutes ces années, il peut garder un petit côté tête de mule. C’est assez impressionnant. Après, je suis mal placée, Tery a aussi son petit caractère et pfiou, je sais aussi que j’ai été assez… problématique. »

« Ça, je ne te le fais pas dire, ma grande. Mais bon, on a chacun nos défauts et si tout le monde était parfait, ça serait bien triste. »

« Ah… Vouloir être parfaite pour l’être aimé, je crois que de ce côté, je me suis plantée. »

« En cherchant une telle chose, tu t’es bloquée sur bien d’autres. Mais maintenant que tu as compris la leçon, tu n’as donc plus à t’inquiéter, Elen. »

« Hmm hmm. J’imagine que oui ! Voir Tery… Ah… »

Oh ? Elle était maintenant plongée dans ses pensées hein ? Elise eut un fin sourire, bien qu’elle préférait si Elen savait où elle était en train de les emmener. Ce n’était pas qu’elle n’avait pas confiance en la jeune femme aux cheveux blonds mais il fallait quand même reconnaître que c’était mieux si elle était concentrée sur sa tâche.

Mais voilà, malgré son inquiétude, il fallait reconnaître que la demoiselle aux cheveux blonds faisait le travail demandé. Encore qu’il n’y avait aucun travail à la base, simplement de l’instinct. Un instinct qui pouvait parfois se montrer assez cruel et moqueur envers elle.

Les minutes s’étaient écoulées, puis les heures, et la première pause était arrivée. L’armée était assez satisfaite de la tournure des évènements. Pour une fois, ils n’avaient pas à s’inquiéter des monstres autour d’eux. Ils se sentaient en confiance dans l’endroit où Elen avait décidé de signaler qu’ils allaient se reposer.

« Hmm… Je pensais vraiment que Tery serait dans les environs. »

« Le monde souterrain est gigantesque, Elen. Je ne peux pas prétendre savoir exactement à quel point mais dis toi que si on compte toutes les galeries sous la surface, il n’y aurait rien d’étonnant à ce que la superficie soit bien plus grande que tu ne le crois. »

La jeune demoiselle aux cheveux blonds fit une légère moue comme réponse, guère vraiment satisfaite de celle d’Elise. Il lui en fallait quand même plus que ça hein ? Ah… Enfin bon, elle allait s’occuper de sa fille en attendant qu’ils reprennent la route.

Comme à son habitude maintenant, elle poussait doucement la chansonnnette pour calmer la petite demoiselle dans ses bras, celle-ci n’étant en réalité guère agitée contrairement à ses deux parents qui tenaient rarement en place.

Oui l’enfant était si calme et adorable, étant et restant la coqueluche de l’armée présente autour d’Elen, Elise et Royan. Pour beaucoup de femmes dans l’armée, cela restait un but à atteindre même si en tant que militaires, elles ne pouvaient renier l’exaltation du combat sur le terrain directement.

« Elise ? Est-ce que tu peux la garder pour quelques instants, s’il te plaît ? »

Alors que la demoiselle aux cheveux auburn observait la mère et l’enfant, Elen s’était redressée assez vivement tandis que le bambin dormait dans ses bras. Comme mise en alerte, Elen déposa l’enfant dans les bras d’Elise avant de reprendre :

« Je crois que nous ne sommes pas seuls. Je veux aller vérifier. »

« C’est beaucoup trop dangereux d’y aller seule, Elen. Je veux que tu sois accompagnée. »

« S’il y a un souci, j’irais fuir plutôt que de chercher la confrontation. Ne t’en fait pas pour moi, d’accord ? »

« Justement, c’est bien parce que je m’en fais pour toi que je dis ça. »

« Hahaha ! Sincèrement, ça devrait aller. Nous commençons à nous y habituer et même s’il est vrai que nous n’avonns rien eu à combattre aujourd’hui, ce n’est pas pour ça que je vais baisser ma garde. J’ai juste cette sensation… qu’il est proche… et je veux être la première à confirmer ça, c’est tout ! »

« Hum. D’accord, je ne vais pas te mentir, je ne suis pas vraiment rassurée mais bon… »

Ce n’était pas comme si Elen allait vraiment écouter ce qu’elle allait dire hein ? Elise observa le bébé dans ses bras qui roupillait tout doucement avant d’hocher la tête. Elle prévint Elen de se dépêcher, celle-ci partant aussitôt, presque guillerette.

« J’espère qu’elle ne va pas être trop déçue. Espérer trouver Tery comme ça, sur un coup de tête avec de la chance… »

Cela tenait plus du miracle qu’autre chose mais il était difficile de refuser ça à Elen qui était intimement convaincue que c’était chose aisée. Mais voilà, très vite, la femme aux cheveux blonds s’était arrêtée, entendant des bruits de pas et des voix. Oui, plusieurs voix.

Et tout de suite, elle avait compris alors que cela ne pouvait être Tery. Elle aurait reconnu sa voix mais… ces voix lui disaient quelque chose aussi. Où est-ce qu’elle avait déjà entendu ces dernières ? Elle était certaine que ce nn’était pas la première fois.

Se mettant sur ses gardes, elle avait alors décidé de rester derrière un rocher, tenant fermement l’arc qu’elle avait fait apparaître dans ses mains. Des flèches dotées des capacités de Zélisia étaient parfaites pour exterminer quelques démons. Il suffisait simplement de se focaliser un petit peu sur les cibles et avant même qu’elles ne puissent ré…

« Elen ? C’est bien toi ? »

Elle sursauta sur le coup en entendant une voix féminine dans son dos, se retournant pour faire face… à deux personnnes ?! Deux personnes qu’elle reconnnaissaient aisément.

« Qu’est-ce… que vous faites ici ? »

Sérest. Séran. Deux personnes qui avaient bien dépassé la quarantaine d’années. Pourtant, malgré cela, leurs corps étaient comme parfaitement sculptés tous les deux. Mais ce n’était pas ça qui avait fait émettre un grognement chez la jeune femme.

« Nous pourrions te poser la même question, le sais-tu ? »

Et voilà qu’elle avait maintenant un rictus aux lèvres. Il valait mieux ne pas se lancer sur cette pente glissante, elle n’était clairement pas d’humeur à leur stupidité. Alors qu’elle avait fait disparaître son arc, ses mains se posèrent instinctivement sur son ventre, comme pour se protéger d’un mauvais souvenir.

« Répondez au lieu. Je ne suis pas d’humeur à plaisanter. »

« Seulement si tu nous expliques pourquoi est-ce que tu réagis de la sorte… »

« Sérest, c’est assez facile à comprendre. » déclara l’homme en donnant un petit coup de coude dans la hanche de sa femme, pointant du regard le ventre d’Elen.

« Oh… Oui. C’est une bonne raison en soi, c’est vrai. »

« Je ne vais pas me répéter une troisième fois. Qu’est-ce que vous faites ici ?! Je veux le savoir ! J’espérais ne jamais vous revoir ! »

« C’est très cruel de dire cela alors que nous ne sommes pas directement responsables de ce qui s’est passé aux portes d’Omnnosmos. »

« À d’autres. Je ne vais pas tomber dans votre piège. Exprimez-vous maintenant. Pourquoi est-ce que vous promenez dans le monde souterrain comme si de rien n’était ? Qu’est-ce que vous manigancez encore tous les deux ? »

« Rien de spécial. Nous avons simplement eu vent des mésaventures de ces derniers… »

« Oui, bien entendu, car nous savons très bien que vous n’êtes responsables en rien de tout ce qui se passe hein ? Vous vous foutez pas un peu de ma gueule ? »

Elle était en train de bouillir sur place mais ils ne semblaient pas du tout en tenir compte. Elle allait finir par exploser à cette allure s’ils ne décidaient pas de s’exprimer correctement ! Ils avaient intérêt à répondre avant qu’elle ne fasse tout dégénérer !

« Tu es devenue bien plus vulgaire et agressive depuis la dernière fois. » murmura Sérest avec calme et un peu de tristesse dans la voix.

« La faute à qui ? Je veux dire : je vois deux personnes que j’appréciais mourir devant mes yeux, j’ai une main qui me traverse le ventre de la part de l’homme que j’aime, mettant en danger de mort l’enfant que je portais et j’ai appris que tout ça était à cause de deux personnes, anciennes divinités, accessoirement mes parents. Alors, non, je suis désolée de ne pas l’être par rapport à tout ce que vous avez fait ! »

« C’est vrai. Nous avons voulu vous protéger tous autant que vous êtes mais nous ne pouvions nous empêcher de nous dire que nous devions réussir enfin à rouvrir les portes pour… »

« Au point que je sois seulement un objet entre vos mains, c’est ça ?! Car j’ai bien compris qu’il fallait votre sang et celui de votre enfant ! Qui me dit que ce n’est pas juste la raison de mon existence à vos yeux ?! »

« Ce n’est pas le cas, tu peux être rassurée. »

« Rassurée par qui ? Vous ? Vos paroles ? Comme si je pouvais vous accorder ma confiance, tss ! Dire que j’ai cru que j’allais retrouver Tery et au final, je suis tombée sur vous. Je ferais mieux de retourner voir les autres. »

Et sans un mot de plus, elle pivota sur elle-même, ne leur jetant même plus un regard avant de se mettre en route. Pour elle, la conversation était terminée. Les deux personnes la regardèrent s’éloigner, s’observant l’une à l’autre avant de soupirer.

« Dire que Tery n’est plus si loin d’elle. Nous aurions pu … la prévenir, Séran. »

« Sérest, je suis certain qu’elle va le trouver par elle-même. Nous savons où est l’enfant du Dévoreur, c’est une bonne chose mais… pour ce dernier… »

« Rentrer dans la capitale démoniaque serait tout simplement nous conduire à la mort. »

« Oui, nous n’avons plus… vraiment les capacités d’antan, c’est bien triste. »

« La faute à nos corps affaiblis par le temps. Mais il en est ainsi et pas autrement. Tu penses que nous devrions aller les revoir ? » demanda une nouvelle fois Sérest, les joues rougies. « Je voudrais bien… regarder notre petite-fille. »

« Je ne suis pas certain que nous y serons autorisés bien que nous serons acceptés parmi leurs troupes. Allons-y alors. »

Les deux personnes étaient à peine convaincues par leurs propres paroles. Même si elles cherchaient à ne pas trop le montrer, les paroles assez dures et froides d’Elen avaient réussi à les affecter. En même temps, il était difficile de prétendre qu’elle avait tort. La démarche lente, les voilà qui suivaient les traces laissées par Elen.

Lorsqu’ils se présentèrent devant l’armée composée des différentes races, aussitôt, plusieurs armes se levèrent avant de très vite se rabaisser, deux personnes se présentant face à eux. Deux personnes aux allures si différentes et pourtant qui allaient si bien ensemble.

« Royan… Elise, cela faisait très longtemps. Heureux de voir que vous allez bien. »

« Difficile de dire que c’est réciproque mais bon… Qu’est-ce que l’on peut faire pour vous ? »

« Vous n’êtes sûrement pas venus simplement pour prendre de nos nouvelles, non ? »

Elise avait complété les propos de Royan, se mettant face à Sérest, Séran étant de même par rapport au jeune homme aux cheveux bleus. Les deux anciennes divinités les regardèrent pendant quelques instants avant de pousser un léger soupir, montrant bien par là qu’ils étaient fatigués mentalement par tout ceci.

« Nous sommes venus explorer le monde souterrain après ces derniers siècles voire millénaires. Tout cela a tant changé que nous ne pouvons à peine nous rappeler où nous nous trouvons réellement. »

« Juste ça ? Vous êtes de quel côté réellement ? Vous comprendrez que l’on ne sait pas vraiment comment vous considérer, n’est-ce pas ? »

« C’est normal. Nous sommes du côté du monde. Du monde entier. Nous ne faisons pas de différence entre les démons et les races de la surface… comme vous, n’est-ce pas ? »

« Vos paroles sonnent creuses à mes oreilles. Néanmoins, je veux bien vous accorder le bénéfice du doute à ce sujet. Donc… bon… Pourquoi étiez-vous ici exactement ? »

« Le Dévoreur. Est-ce que ce nom vous dit quelque chose ? »

Les deux personnes hochèrent négativement la tête bien qu’Elise était maintenant songeuse, réfléchissant plus longuement à leurs propos. Avec Tery, il n’y avait pas quelque chose du genre ? Ou alors, peut-être qu’elle se trompait ?

« Non mais j’imagine que vous allez nous dire de quoi il s’agit, n’est-ce pas ? »

« C’est demandé de façon si agréable, il serait difficile de refuser d’y répondre. Alors pour tout vous dire, le Dévoreur est en partie responsable de la création des portes qui ont séparés les différentes races de notre de monde. »

« Vous voulez plutôt dire la séparation des démons et des autres races hein ? Puisque les démons ont été reclus pendant des siècles par tout cela. Et puis, heureusement que vous avez bien prévenu que le Dévoreur était en partie … responsable … l’autre partie, c’est vous, n’est-ce pas ? Autant l’avouer tout de suite. »

« Il n’y a pas besoin d’aveu, Elise. Puisque nous ne sommes pas des accusés mais des coupables. Il est vrai que c’est par notre faute, indirectement, que le Dévoreur a réagi ainsi et est devenu cette abomination. »

« Ne traitez pas d’abomination l’engeance a laquelle vous avez donné vie. »

Ils étaient vraiment tous très colériques, non ? Sérest et Séran s’observèrent. Au moins, cela prouvait que les liens unissant Tery, Elen et les autres n’étaient pas factices. Pour autant, il fallait accuser le coup à leurs propos.

« Le Dévoreur était un être démoniaque avant de porter ce nom. Mais vous raconter son histoire risque de prendre beaucoup de temps. »

« Et nous aimerions beaucoup voir notre petite-fille si possible. »

« Ça, ce n’est pas à nous de le décider. Il faut voir avec Elen et autant vous dire qu’elle n’est pas vraiment ravie de vous voir dans les parages. »

« Nous l’avions malheureusement remarqué, Sérest et moi mais… pouvez-vous nous guider jusqu’à sa tente ? Là-bas, nous tenterons de communiquer avec elle. »

« Humpf. Royan, je vais m’en charger, je dois leur parler sur le chemin. J’imagine que ça ne te dérange pas, hein ? »

Le jeune homme aux cheveux bleus haussa les épaules, comme si de rien n’était, incitant par là à ce qu’Elise fasse ce qu’elle estimait être bon. La femme aux cheveux auburn regarda les deux autres personnes, faisant un mouvement de la tête pour qu’ils se mettent à la suivre.

« Merci beaucoup, Elise. Sans toi, je ne sais pas ce que nous aurions fait. »

« Pas grand-chose. Et ne considérez pas cela comme un service. Je veux simplement le bonheur de cet enfant. Le plus tôt tout ira pour le mieux, mieux ce sera. »

Oui, cette phrase sonnait étrange maintenant qu’elle était en train de la prononcer mais elle n’était plus à ça près. Elle emmena les deux personnes jusqu’à une tente, la voix d’Elen se faisant aussitôt entendre :

« Je préfère éviter qu’ils ne rentrent. Ils ne méritent pas de voir l’enfant qu’ils ont tenté de tuer, Elise. »

« Laisse-leur une chance, Elen. Je sais à quel point la famille que l’on ne savait pas que l’on possédait peut être… problématique. »

« Je ne veux pas. Elle est en train de dormir et… »

« Elen, c’est justement le bon moment. Le fait qu’elle dorme, cela permet d’éviter qu’elle ne soit effrayée instinctivement par eux. »

L’argument était des plus saugrenus et malavisés vu que les deux personnes ciblées étaient juste à côté d’Elise et pourtant, celle-ci n’en n’avait cure. Si elle s’exprimait de la sorte, c’était bien parce qu’elle considérait les deux êtres d’un air dédaigneux. Néanmoins, après quelques secondes, la voix d’Elen se fit entendre à nouveau :

« Qu’ils rentrent. Je ne préfère pas bouger pendant qu’elle dort. »

« Ne me remerciez pas. » chuchota à peine Elise en tournant le dos à Sérest et Séran, s’éloignant de la tente pendant qu’ils rentraient dans cette dernière.

Doucement mais sûrement, ils retrouvèrent Elen, couchée dans son lit, le bébé à quelques centimètres d’elle dans un lit spécialement fait pour lui. Endormi, le corps du bébé se soulevait à peine, Séran posant ses mains sur sa bouche comme pour se terre.

Elen haussa un sourcil avant de se rappeler que de ce qu’elle savait ,Sérest était la réincarnation d’Alzar tandis que Séran était celle de Zélisia. Ce qui voulait dire que visiblement, certaines émotions plus propres aux femmes qu’aux hommes étaient encore ancrées en Séran.

« Elle est magnifique, Elen. Comme ses parents. »

« Vos compliments… ne valent rien. Si vos propos étaient sincères, vous n’auriez… jamais fait cela et vous le savez. »

« Ce n’est pas aussi simple que ça. Toi et Tery… vous êtes tout ce que l’on désirait dans ce monde. Vous êtes… ce que nous voulions il y a de cela plusieurs siècles et millénaires. »

Qu’est-ce qu’ils voulaient par là ? Pourquoi est-ce qu’elle ne pouvait pas les croire ? Pourquoi est-ce qu’à ses yeux, tout cela n’était que du vent. Une petite partie d’elle… voulait les croire mais elle n’y arrivait pas. C’était encore trop difficile.

Chapitre 47 : Trop pour un seul homme

ShiroiRyu
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Chapitre 47  : Trop pour un seul homme

Il avait réussi à trouver le sommeil et cela était devenu récurent en fin de compte. Il avait du mal à le reconnaître mais en réalité, il dormait maintenant assez mal sans Manelena. Une fois, deux fois, puis après, elle avait décidé de venir tous les soirs avec plus ou moins de discrétion. De toute façon, ce n’était plus comme s’ils avaient besoin de se cacher.

Cela ne voulait pas dire que lui et Manelena en profitaient pour faire des choses que la décence ne pouvait décrire, même si cela arrivait de temps en temps. Non, il se servait de Manelena pour décompresser. Oui, il en avait fortement besoin. Besoin de quoi ? Besoin de sa présence à ses côtés.

Il deviendrait moins fou. Avec le Dévoreur, les Gnomolds, Krawnia, tout ce qui se passait, il avait la sensation que tout se cumulait sans qu’il ne puisse souffler. Il allait manquer d’air et finir par ne plus pouvoir se retenir. Sauf qu’en arrêtant de se retenir, il n’avait alors aucune idée des conséquences qui allaient se produire.

Et en vue de ce qu’il avait fait subir à Manelena, il voulait absolument éviter que tout cela se reproduise. Hmm… Et Manelena qui le regardait avec attention alors qu’ils étaient tous les deux allongés dans sa couche. Elle ne disait pas un seul mot,, sachant qu’il était plongé dans ses pensées. Depuis quelques temps, ce n’était pas comme s’il ignorait la présence de Clari mais il faisait moins attention à sa présence.

« Tery, ce n’est pas que j’ai quelque chose contre notre position mais… »

« Oui, Manelena. Nous allons nous lever. Nous nous rapprochons de plus en plus de la surface. J’imagine que nous devrions y arriver dans la semaine qui arrive. »

Et après cette dernière phrase, il avait fini par se relever, comme si de rien n’était. Assis sur sa couche, il regarda Manelena faire de même puis se leva correctement pour enfiler une tenue décente pour le voyage.

« Lorsque nous serons à la surface, qu’est-ce que tu vas faire exactement, Tery ? »

« Reprendre le contact avec Elen, Elise et Royan. Mais aussi ma mère et tant d’autres personnes que je n’ai pas pu voir depuis combien de temps maintenant ? Ici, ils ne calculent pas forcément les jours de la même façon que nous, je crois. »

« Bien sûr que si. C’est plus difficile de deviner l’heure à cause des cristaux mais sinon, les démons calculent de la même façon que nous le nombre de journée dans la semaine. Et pareil pour le nombre d’heure. Simplement, ils ne se basent pas sur le soleil pour ça. »

« C’est vrai. Pfiou… Est-ce que la surface te manque, Manelena ? »

« Pas vraiment. Même si je pense au royaume de Shunter, je sais qu’il est entre de bonnes mains malgré mon absence donc bon… Et à part ça, mes relations n’existent pas vraiment. »

« Tu as quand même Royan, Elen, ma mère ou mes grands-parents. Il y a aussi Ernold, non ? Tu ne l’as pas oublié, lui, non ? »

« Ce n’est pas une question d’oubli. Simplement, une connaissance ne veut pas dire que c’est une relation. Tes grands-parents, cela reste ta famille à toi. Je les connais, je les apprécie mais ça ne veut pas dire qu’ils me manquent réellement. »

« Alors, qu’est-ce qui te manque à la surface ? »

« Rien du tout, je viens de te le dire. J’ai déjà ce que je veux sous la surface. Je ne vois pas pourquoi je m’inquiéterais alors de ce qui se trouve en haut. Mais bon, j’imagine que ne pas voir le soleil, au bout d’un moment, doit paraître très lassant. Il faudra faire attention à ne pas finir aveuglé hein ? Surtout après tout ce temps. »

Il alla lui répliquer que ce n’était pas grave du tout, loin de là puisqu’en même temps, ce n’était pas la première fois qu’il était remonté à la surface. Par contre, il était vrai qu’il avait fallu plusieurs minutes pour que sa vue s’adapte à nouveau à la lumière naturelle du soleil.

Hors de la tente, aucun regard moqueur de la part des soldats. C’était maintenant de notoriété presque publique cette histoire avec Manelena. En plus, ce n’était pas comme s’il se pavanaient. Il y avait quelques traits d’humour de Manelena envers lui et inversement, mais sinon, ils étaient très professionnels.

Même Héraisty, qui était considérée comme la plus proche du duo parmi l’armée, ne semblait pas dérangée par leur comportement. C’était vrai. Il se rendait anxieux et malade comme à son habitude. Mais comment pouvait-il faire comme si de rien n’était ? Il ne s’était jamais considéré comme un héros… mais en même temps, c’était lui qui était derrière de nombreux problèmes dans le monde. En fait, il était même plutôt l’antagoniste dans ce monde.

L’ennemi qui avait tellement de tort que tous et toutes voulaient sa mort. Oui, dit comme ça, ça sonnait presque plus correct que tout le reste. Ah… Bah… Même s’il était devenu un démon, enfin, il l’était déjà à la base. Bref, avec tout ça, il ne lui restait plus qu’à accomplir ce qu’il désirait. Peut-être qu’en se mettant un peu de plomb dans la cervelle, cela changerait ? Il avait la sensation d’être toujours ennuyé par les mêmes choses..

« À quoi est-ce que tu peux penser dans cette petite caboche, Tery ? »

« Hmm… Si tu le savais, je pense sincèrement que tu serais très effrayée, Manelenea. »

« Ah oui ? Tiens donc, en voilà une surprise à entendre. Qu’est-ce qui pourrait me faire aussi peur que ça, venant de ta part ? »

« Les pensées sinistres et obscures sont vraiment très intéressantes, tu sais ? »

« Et mon poing dans ta figure ne cherche qu’à attendre de s’y nicher, Tery. C’est quoi d’autre qui vient te déranger maintenant ? »

« Les gnomolds, même si ça fait déjà quelques temps. Je cherche à essayer d’imaginer la situation à la surface par rapport à eux. À quel point est-ce que tout cela a dégénéré ? Qu’est-ce qui s’est passé exactement ? »

« Tu ne peux pas être partout et omniscient, Tery. Ce qui se passe hors de ton rayon d’action, ce n’est pas à toi de le gérer. »

« Facile à dire, Manelena mais en tant que reine de Shunter, tu te dois de pourtant réagir si quelque chose arrive dans ton royaume, non ? »

« Tu devrais pourtant te foutre dans le crâne la différence de position entre toi et moi hein ? Je suis peut-être reine de Shunter mais toi, quelle est ta position dans ce monde ? »

Sa… position dans le monde ? Il la regarda en écarquillant les yeux, pas vraiment certain de comprendre.. Mais en voyant les yeux rouges qui l’étudiaient avec une certaine furie, il déglutit légèrement, préférant attendre qu’elle reprenne la parole :

« Tu n’es rien du tout.. Peut-être que tes grands-parents sont des nobles d’Omnosmos mais ta mère a abandonné son titre en partant au village de Leskar. Tu n’es donc qu’un simple paysan comme tant d’autres dans d’innombrables villages de toutes les races d’Omnosmos. »

« Au moins, comme ça, je suis au courant de ma propre incapacité. »

« C’est comme ça que tu es perçu par la quasi-totalité de ce monde alors non, tu n’as pas à t’en faire de ce qu’un tel pense ou non. Tu n’as pas à les satisfaire ou à les rendre heureux. Tu n’as pas à te prétendre pour ce que tu n’es pas. De toute façon, il faut être honnête, tu n’es pas taillé pour être un héros. »

Encore et toujours quelque chose de plaisant à entendre. Il se recroquevillait bien sur place. Qu’est-ce qu’il faisait ici ? D’après les dires de Manelena, il n’avait clairement pas sa place en ces lieux… et pourtant, il faisait comme si c’était le cas.

« Mais voilà, pour les personnes qui te connaisses, avoir de tes nouvelles est une bonne chose. Nous sommes peut-être peu nombreux mais la qualité dépasse la quantité. Il vaut mieux avoir une personne en qui tu as entièrement confiance que mille étrangers prêts à t’abandonner dès le moindre désagrément. »

« Oui… .Enfin, cela ne change rien au fait que selon toi, je ne suis pas vraiment un héros non plus ? J’ai bien compris que.. »

« Tu n’es pas un héros pour ce monde. Tu l’es aux yeux de quelques personnes. Les gens qui t’idolâtrent et t’apprécient seulement pour ce que tu as fait ne mérite pas ton attention et ton inquiétude, loin de là. Raaaah ! Je te hais de forcer à me le dire ! Pour la peine… »

Elle rapprocha sa bouche de son oreille gauche, faisant frémir légèrement le jeune homme aux cheveux bruns. Celui-ci hoqueta doucement de surprise alors qu’elle murmurait :

« À mes yeux, tu es mon héros. Tu m’as permis de me libérer de ces chaînes qui me reliaient à mon père et pour ça… tu es bien plus important quiconque dans ce monde à mes yeux. »

« Vraiment ? Je… Je le sais bien mais… À chaque fois, j’ai l’impression que mes actions plongent un peu plus le monde dans le pétrin. »

« Oh, il y a des chances que ça soit le cas mais est-ce vraiment le but que tu recherchais ? Est-ce que c’est cela que tu désirais ? Bien entendu, tu pourrais tout arrêter mais est-ce que tu le veux vraiment ? Est-ce que tu penses que c’est la solution ? »

« Des fois, je voudrais bien me dire que ça serait la meilleure chose à faire mais… »

« Tu sais aussi bien que moi que ce n’est pas le cas. Il faut juste que tu décides d’un but final au lieu de te laisser porter par les évènements. Que tu te dises : « Après ça,, je raccroche et je vais mener une vie tranquille. »

« Hahaha, cela ne sera pas possible pour toi. Tu es reine de Shunter. À partir de là, je ne crois pas qu’il y ait une possibilité pour toi, n’est-ce pas ? Enfin que tu te reposes. »

« Hmm ? Je dirais que ce que je vis actuellement est ma session de repos. Donc bon, rien ne m’empêchera de recommencer plus tard. »

Mais lui ? Maintenant qu’elle le disait, il pouvait peut-être voir son but final. La dernière chose qu’il ferait avant d’arrêter tout ça ? De raccrocher ? Est-ce qu’il en serait vraiment capable ? Maintenant qu’elle avait lancé le sujet, il était concentré sur tout ça.

« Eh bien ? Tu as l’air vraiment absorbé dans tes pensées, Tery. »

« Je suis en train d’imaginer ce que je dois faire ou non maintenant… Qu’est-ce qui serait le mieux comme but ? »

« Je peux te donner une première piste : Elen. La retrouver, ça me semble déjà être un excellent but à atteindre, n’est-ce pas ? »

« Bien entendu, mais ce n’est pas que ça. Je ne peux pas partir en laissant toute derrière moi non plus. Je ne peux pas faire comme si le royaume démoniaque n’existait pas, comme si les Gnomolds ne voulaient pas ma mort, comme si avec le Dé… »

Il s’arrêta dans sers propos. Sans en avoir trop dit, il valait peut-être mieux ne pas le crier sur tous les toits. En même temps, tout le monde n’était pas forcément au courant par rapport à ce dernier. Cette partie assez sombre de l’histoire de ce monde était un secret trop important pour qu’il ne se mette à le hurler à tout-va.

« Bref, y a aussi la famille d’Elise dont il… »

« Ce n’est pas à toi de gérer ça. Pareil pour les gnomolds. En fait, le souci, c’est que tu t’attribues les problèmes des autres car tu es indirectement lié de loin. Je ne t’ai jamais demandé de t’occuper de mes soucis mais tu t’en mêles quand même.. »

« C’est vraiment la journée des reproches, aujourd’hui, n’est-ce pas ? »

« Il le faut bien puisque sinon tu risques encore de vouloir t’occuper du monde entier si je ne t’arrête pas. Et sincèrement, on a bien mieux à faire. Un but après l’autre. Puis un but final, il faut que tu te retiennes ça dans la tête. »

Elle se répétait mais lui-même avait la sensation que ça ne voulait pas rentrer dans son crâne. Pourquoi ça ? Pourquoi est-ce que ça ne voulait pas . Pourtant, ce n’était pas comme si c’était une chose impossible hein ? Qu’est-ce qui clochait avec lui pour qu’il soit incapable de raisonner comme le voudrait Manelena ?

« Heureusement que tu es là, Manelena. »

« Je le sais très bien, je me doute que tu aurais du mal à te débrouiller seul, sans moi. Mais que veux-tu que je te dise ? C’en est ainsi et pas autrement. »

Aucun ton supérieur, aucun ton fatigué. Elle considérait tout cela comme une certaine évidence indéniable, qu’elle ne cachait guère aux yeux de Tery. Celui-ci avait une légère moue mais ne reprit pas la parole.

« Tu devrais essayer de voir une chose positive dans tout ça, Tery. »

« Hein ? Euh… Donc, quelque chose de positif par rapport à ce qui m’entoure ? Hmm, je ne sais pas pourquoi mais j’ai la sensation ou l’impression que nous sommes de plus en plus proches d’Elen. Ce n’est peut-être qu’une question de jours en fin de compte. ; »

« Voilà, tu vois ? Une pensée positive et tout de suite, tu auras un sourire aux lèvres. »

« Je ne savais pas que tu étais apte à communiquer de la sorte, Manelena. C’est surprenant mais dans le bon sens. »

« Hmm ? Tu crois que je suis juste bonne à filer des roustes, c’est ça ? Tu n’as pas totalement tort sur le coup mais tu pourrais avoir de mauvaises surprises si tu ne fais pas attention, tu es maintenant prévenu. »

« Je le suis depuis déjà bien longtemps, ne t’en fait pas. »

Lui aussi ne changeait pas son ton par rapport à d’habitude. Il était juste là, en train de la regarder, avec juste le petit sourire au coin. Il était plutôt satisfait maintenant ! Avoir dit à voix haute qu’il pensait vraiment qu’ils allaient retrouver Elen lui avait mis un peu de baume au coeur. Dire qu’il suffisait juste de cela pour lui faire plaisir, hahaha.

« Tu es si pressé que ça de retrouver Elen, Tery ? »

« Bien sûr que oui, et surtout ma fille. Tu m’as souvent répété qu’Elen n’avait pas encore choisi son prénom. J’aurai accepté qu’importe ce qu’elle aurait choisi. Elle n’avait pas besoin d’attendre aussi longtemps, hein ? »

« C’est votre premier enfant, même pas annoncé ou prévu, j’imagine qu’elle n’a pas voulu gâcher vos retrouvailles avec un nom qui aurait pu ne pas te plaire. »

« Oui mais bon, c’est assez important qu’un enfant soit nommé rapidement. Et puis, si je n’étais jamais revenu, elle ne lui aurait jamais donné un prénom ? »

« Oh, de ce côté, tu n’as pas à t’en faire, je crois que je l’aurais forcée au cas où. Un enfant se doit porter un nom. Que ça soit pour lui ou pour son entourage. »

« Alors pourquoi tu n’as pas tenté de la convaincre de le faire tout de suite ? »

« Oh, pour une raison très simple. J’étais certaine que j’allais te ramener à elle. »

Et cela qu’importe la méthode utilisée, hein ? Elle n’avait pas dit cela explicitement mais il suffisait de voir son regard pour comprendre que c’était exactement ça.

Ah… Malgré tout ce qui s’était passé, Manelena cherchait quand même à rendre Elen heureuse et cela même en prenant en compte ce qu’ils avaient fait tous les deux dans la capitale mais aussi dans la tente.

Il avait beaucoup du mal à saisir comment marchait le comportement féminin mais peut-être que c’était mieux de ne pas se poser plus de questions à ce sujet. Ouais… Il n’y avait aucune chance de toute façon que Manelena lui réponde.

Mais… Savoir que Manelena n’avait pas pour but de faire souffrir Elen était une bonne chose. Oui, car en se rappelant, cela n’avait pas toujours été tout rose entre les deux femmes, on pouvait même considérer que cela était souvent explosif.

« Et je compte bien tenir ma promesse, Tery. »

« J’imagine que oui, quitte à m’attacher et à me prendre sur ton dos, c’est bien ça ? »

« Exactement. Encore que te porter sur mon dos serait fatigant. Je pense plus que j’irais te traîner derrière moi comme un vulgaire sac. »

« Ce n’est pas très sympathique mais en vue de la situation, j’imagine que tu ne peux pas mettre de gants lors de ces moments-là. »

« Oh que si. Des gants de métal qui peuvent aisément briser quelques membres pour être certain que tu ne puisses pas t’enfuir. Mais tu ne voudrais pas essayer hein ? »

« Je suis au regret de refuser cette proposition ma foi forte intéressante. »

Et il avait fait juste une petite inclinaison légèrement exagérée du corps pour bien confirmer ses propos. Dans tous les cas, le jeune homme aux cheveux bruns avait de bien plus belles idées en tête Rien que le fait de repenser à Elen et de savoir que Manelena l’épaulerait dans sa tâche, il était heureux d’apprendre cela.

Et vraiment, maintenant qu’il s’était fixé sur cette idée, il se sentait mieux. Il sentait qu’il allait finir par arriver à la retrouver. Avec le soutien de Manelena, ce n’était plus qu’une question de temps. Ils allaient retourner à la surface et ensuite, ça ne sera plus que des jours à compter pour trouver Elen.

Enfin… Il disait cela mais il espérait que ce n’était pas trop compliqué. RAH ! Non, il allait recommencer encore à se morfondre inutilement. Il en était hors de question ! Cela n’allait pas se passer de la sorte !

Au moins, pour l’occasion, Krawnia l’avait un peu lâché, ce qui était une bonne chose. Il pouvait souffler et ça lui faisait plutôt du bien toute cette histoire. Oh, il ne pensait pas que Krawnia avait peur de Manelena, non, il pensait plus qu’elle était en train de préparer une quelconque magouille du genre. Ouais, il allait quand même la surveiller par simple mesure de précaution. Il n’y avait pas de mal à faire ça.

Ailleurs, plus en hauteur bien que cela restait dans le monde souterrain, un autre groupe avançait peu à peu. Elen, accompagné d’Elise et Royan, gardait son enfant dans ses bras tout en marchant à pas rapide.

« Tu as l’air montée sur ressort, Elen. Qu’est-ce qui se passe ? »

« Je ne sais pas ! J’ai l’impression que Tery n’est plus trop loin. Je ne pourrais pas l’expliquer concrètement, hahaha ! Mais je sens qu’il est vraiment proche. »

« Proche à quel point aussi ? Car bon, ce n’est pas comme si nous étions proches d’un village, tu sais ? Il ne faut pas non plus trop rêver. »

« Hmm… Je ne pourrais pas le dire. Je crois que c’est l’instinct ! »

L’instinct ? La femme aux cheveux auburn haussa un sourcil, comme si elle ne s’était pas attendue à une telle réponse. Enfin bon… ce n’était pas la première fois qu’Elen avait quelques paroles qui pouvaient la rendre « spéciale ». Enfin bon, on n’allait pas pouvoir remplacer Elen, surtout que celle-ci avait retrouvé des couleurs au fur et à mesure.

« Si ce n’est que ça, peut-être que nous pourrons avoir des informations à son sujet dans le prochain village. Hâtons-nous alors. »

Calme et stoïque, comme à son habitude, Royan avait alors donné une unique consigne aux gens proches de sa personne, l’ordre se transmettant très vite au reste de l’armée qui accéléré le pas suite à cette consigne.

« Encore ? Mais comment… »

« J’espérais vraiment ne pas tomber sur ça. Qu’est-ce qui leur prend à ces gnomolds ?! »

Un rapide constat avait plus ou moins permis de faire savoir que les décombres devant eux étaient dans cet état depuis déjà plusieurs jours. La réplique d’Elise en disait long : ce n’était pas le premier village qu’ils voyaient ainsi et il n’y avait aucun survivant. Les poils avaient très vite permis de deviner que les gnomolds étaient derrière tout ça.

« Les gnomolds ne nous facilitent vraiment pas la vie. »

« Ce n’est pas ceux que nous côtoyons mais des groupes qui descendent dans le monde souterrain pour attaquer les démons. Si nous les retrouvons, nous n’aurons aucune pitié envers eux. » répondit Elise après la petite remarque d’Elen.

« J’aurais préféré ne pas perdre de temps avec eux mais des fois, on ne nous laisse pas vraiment le choix. Essayons se faire un enterrement décent, n’est-ce pas, Elise ? »

Elle ne fit qu’un hochement de tête positif aux propos de Royan. Avec les capacités des démons, il suffisait de quelques charognards qui profitent de ce massacre pour créer de nouvelles sources de problèmes. Enterrer ce qui… restait du village, ce n’était qu’une solution éphémère mais cela était la meilleure chose qu’ils puissent faire à l’heure actuelle. Ah… Vraiment, rien de tout cela n’était bon.

Chapitre 46 : Un homme marié

ShiroiRyu
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Quatrième axe : L’Engeance du Dévoreur

Chapitre 46 : Un homme marié

Combien de temps cela faisait-il qu’il n’avait pas vu son enfant ? Dans les faits, il ne l’avait jamais vue en vrai. S’il avait revu Elen sur le champ de bataille, c’était déjà quelque chose mais ce n’était pas suffisant. Elle lui manquait mais surtout, il voulait voir enfin sa fille. Pouvoir la prendre dans ses bras et la bercer.


Il ne prétendait pas être le meilleur des pères, en fait, il valait mieux même ne pas commencer à juger ses qualités sur ce point mais… il ne pouvait pas être comme ce déchet qui lui qui avait servi de paternel dans le passé. Un père qui abandonnerait son enfant, voire même qui irait sacrifier ce dernier pour sa propre vie.

« Je devrais arrêter de penser à des choses aussi saugrenues. »

Il avait fini par ouvrir les yeux, étudiant la toile de la tente dans laquelle il se trouvait. Manelena n’était pas à côté de lui. Il ne pouvait pas se permettre de laisser se faire ça tout le temps. Même si les jugements d’autrui, pour le coup, il s’en fichait, surtout dans une nation où visiblement la polygamie était autorisée et…

Il ne s’était jamais posé la question par rapport à la monarchie de Shunter mais aussi des autres nations. Mais pourquoi est-ce qu’il s’intéressait maintenant à ça ? Ah… Peut-être à cause de Krawnia. Cette femme ailée et délurée était… vraiment trop excentrique et un peu trop insistante aussi. Il ne voyait pas comment se débarrasser de son côté « pot de colle ».

« Oooooh ! Tery ! Vous voilà donc enfin ! »

En parlant de cette personne, il en voyait maintenant les plumes. Du moins, les plumes d’un seul côté puisqu’elle possédait une aile comme celle des chauve-souris d’un autre côté. S’il elle n’était pas aussi… excentrique, elle pourrait être vraiment appréciable.

Mais autant ne pas se faire vraiment trop d’illusions à ce sujet. Bon, il vint lui demander ce qu’elle voulait… car elle avait sûrement ses raisons, n’est-ce pas ? Du moins, il espérait qu’elle en avait une bonne plutôt que de…

« Eh bien, tout d’abord, est-ce que vous avez remarqué que je cherche à vous vouvoyer ? J’ai compris que vous étiez quelqu’un d’important aussi dans ce groupe. D’ailleurs, qu’ils soient démons, de Shunter, Claudiska ou autres, on dirait que vous avez l’âme d’un leader-né, n’est-ce pas hein ? C’est génial ! »

« Hmm ? C’est juste pour me prévenir de ça ? Et me faire cette remarque ? Vraiment ? »

« Ooooh que non ! Pas du tout ! Hahaha ! J’avais aussi envie de vous voir ! Que je puisse graver dans ma mémoire chaque parcelle de votre visage ! »

« Est-ce que vous avez au moins la moindre idée de ce que vous êtes en train de dire ? »

« Bien sûr que oui. N’est-ce pas normal que de vouloir se rappeler du moindre détail de la personne que l’on admire et idolâtre ? Et plus encore ? »

« Il vaut mieux terminer cette conversation dès maintenant. »

« Mais pourquoi cela ? Vous n’aimez pas que je vous vouvoie ? Est-ce que tu préfères le tutoiement ? Nous sommes pareils, toi et moi ! »

Maintenant qu’il avait décidé de l’écouter, il voyait très bien à quel point cette femme était… tordue. Et pas dans le bon sens. Elle était effrayante et dangereuse. Rester trop longtemps auprès d’elle risquait d’emmener de sérieux problèmes dans le futur. Mais à côté, sa puissance rivalisait voire dépassait celle des démons. Pour réussir à cela, qu’est-ce qu’elle avait subi ? Qu’est-ce qui s’était passé ?

« On va rester sur le tutoiement puisque nous nous connaissons d’avant que je ne sois nommé à ce poste militaire. Mais sinon, nous sommes différents et il va falloir que tu comprennes cela. Nous ne sommes pas pareils. »

« Mais si mais si, je suis certaine que si. Simplement, vous ne voulez pas le voir et c’est normal puisque ceux autour de nous ne peuvent pas nous comprendre. »

Qu’est-ce qu’elle fait ? Elle s’était rapprochée de lui, le regardant avec cette petite lueur de démence dans les yeux. Est-ce qu’elle comptait faire quelque chose de tordu ou sinistre ? Si tel était le cas, elle aurait une mauvaise surprise et…

Hein ? Une caresse sur les joues. Étrangement douce de la part de cette femme. Il cligna plusieurs fois pour comprendre réellement ce qui était en train de se passer. Il ne s’attendait pas à un tel geste, surtout de la part de Krawnia.

« Je pense que tu le comprendras le moment venu, hahaha ! Bon ! Il faut accomplir ce pour quoi nous sommes ici, n’est-ce pas ? »

Il s’apprêtait à lui répondre mais elle s’était déjà éloignée sans même attendre à ce qu’il n’ouvre la bouche pour ça. D’accord… Pfiou ! Elle n’avait rien fait de dangereux même si vraiment, le coup de cette caresse sur sa joue, ce n’était pas à quoi il s’attendait de sa part.

Pfiou. Il était peut-être plus exténué qu’il ne le pensait. Et pourtant, c’était encore la « matinée » si on pouvait dire ça comme ça. Avec ces cristaux illuminant le monde souterrain, ce n’était pas comme s’il était possible de réduite leurs éclats à l’état naturel.

« Qu’est-ce qu’elle te voulait, Tery ? T’as l’air chamboulé. »

« Oh… Manelena. Ce qu’elle me voulait ? Je crois que j’aimerais bien le savoir mais au final, j’en ai strictement aucune idée. »

« Si elle te pose un problème, tu n’as qu’à me le dire. Elle reste dangereuse puisqu’elle n’est pas vraiment contrôlable. Qu’est-ce qu’on a fait pour tomber sur une telle personne. »

« Je ne sais pas du tout. Disons que je ne m’attendais pas à ce qu’après tout ce temps, elle revienne vers moi. Et je peux juste te promettre qu’il ne s’est rien passé avec elle. »

« Tu n’as même pas besoin de me promettre une telle chose, c’est évident en te connaissant. »

« Est-ce que tu insinuerais un peu que je n’ai pas assez de cran pour ça ? »

« Plutôt que tu es ce qu’on appelle un herbivore. J’ai entendu ça à force d’être dans l’armée. C’est ce qu’on dit des hommes qui se laissent diriger par les femmes sans chercher à s’imposer face à elles. »

« Ce n’est pas totalement vrai et tu le sais très bien. Avec ce qui s’est passé quand nous étions dans la capitale, tu as très bien remarqué ce dont j’étais capable non ? »

« Tu restes un gentil petit mouton, Tery. Ce n’est pas parce que tu as décidé de mordre une seule fois que ça fait de toi un carnivore, désolée de ne pas être désolée à ce sujet. »

Il fait juste un petit rictus de dépit en l’écoutant. C’était exactement ça… mais il devait répliquer quelque chose quand même, non ? Ne pas se laisser faire !

« Si je suis un mouton, cela veut dire que tu es une renarde ? »

« Les renards attaquent les poules. Ce sont les loups qui s’attaquent aux moutons, petit Tery. »

Elle s’était placée à lui, accentuant sur le terme désignant sa taille. Par rapport à elle, il était vrai qu’il avait bien vingt centimètres de moins qu’elle mais ça ne voulait rien dire ! Il fit une légère moue avant de lui dire :

« Mais tu ne te plaignais pas du mouton, de ce que j’ai cru entendre hein ? »

C’était sa seule façon à lui de répliquer quand elle parlait ainsi. Pour autant, elle était comme amusée par ses propos tandis que lui-même cherchait à voir comment se sortir de là.. Malheureusement, rien d’autre ne lui arrivait au cerveau, l’incitant tout simplement à dire :

« Ah ben euh… Je t’ai cloué le bec, non ? »

« Hum, hum. Si tu as encore la volonté de parler de la sorte, c’est que tout va bien, non ? »

« Bien sûr, Manelena. » répondit-il sans vraiment saisir le sens de sa phrase.

Heureusement, pour le reste de la matinée, il n’avait pas été dérangé par Krawnia et à part les attaques de monstre, rien de plus n’avait été à noter. D’ailleurs, il avait oublié ce petit détail qui consistait au fait que plus ils remontaient vers la surface, « moins » les monstres étaient dangereux.

Comme une partie d’entre eux était des démons qui en avaient dévorés d’autres mais que ces démons n’étaient pas parmi les plus puissants à la base, alors la version monstrueuse et difforme n’était pas exceptionnellement fort. Du moins… plus à ses yeux maintenant. Il n’avait aucune idée si c’était à cause de son temps passé dans le monde souterrain ou alors parce qu’il connaissait ses origines ou alors parce qu’il avait Manelena à ses côtés. Il y avait tellement de raison mais aucune ne pouvait être confirmée.. Bon, un seul point était parfaitement visible : le massacre de monstre produit par Krawnia. Celle-ci n’avait aucune réticence à exterminer quiconque cherchait à le blesser, lui. Comme s’il avait un garde du corps un peu trop zélé. Qu’est-ce qu’il avait fait pour mériter ça ?

Bon, néanmoins, dans toute cette histoire, ce n’était que tout noir aussi. Malgré son comportement des plus singuliers, Krawnia restait une femme qui avait une certaine expérience dans le combat et cela, il ne fallait pas l’oublier.

Elle était plus qu’apte à se défendre et surtout à attaquer. Combien d’années avait-elle passé dans cette tour pour en arriver à ce stade ? Si elle avait été aimée normalement, dans une famille… hmm. En y pensant, il ne savait rien de la famille de Krawnia. Mais il avait la sensation que s’il posait la question, il n’allait pas obtenir la réponse qu’il désirait.

Alors, il valait mieux faire comme si de rien n’était et ignorer tout simplement ce qui se passait. Humpf… Par contre, il allait devoir expliquer certaines choses si Krawnia se montrait trop collante et insistante. Autant que le message soit bien clair.

Et il ne s’attendait pas à ce que cela arrive aussi vite en fin de compte. Quelques jours plus tard, alors qu’il allait se coucher dans sa tente, l’un des soldats qui gardait l’entrée de cette dernière lui signala que Krawnia voulait lui parler d’une chose urgente. Il avait été assez surpris par le ton mais avait accepté de la voir.

Pénétrant dans la tente, la femme de Claudiska était comme captivée par l’intérieur de celle-ci. Pourtant, il n’y avait pas de décoration ou autre. Non, c’était juste une tente un peu plus grande que les autres, avec plusieurs « pièces » puisque celle principale permettait alors d’avoir les différentes réunions avec les gradés de l’armée.

« Alors, Krawnia, qu’est-ce que je peux faire pour toi ? Qu’est-ce qu’il y avait de si urgent pour que tu viennes me voir alors qu’il est temps de dormir ? »

« Je n’en peux plus, Tery ! Je n’en peux plus ! »

« Hmm ? Mais de quoi est-ce que tu parles ? Tu es tremblante. Il y a un souci ? »

Ce n’était pas parce qu’elle était folle… qu’il allait ignorer la détresse de cette femme-ailée. Lui-même, qu’est-ce qu’il serait devenu si personne ne s’était occupé de lui ? Avec une pensée envers Manelena, il attendit que Krawnia prenne la parole à nouveau.

« Laissez-moi couver votre portée ! Vous méritez la plus grande des descendances ! »

« Hein que de quoi ? Attends un peu, j’ai l’impression d’avoir très mal entendu. »

« Je vais alors me répéter si ça ne vous dérange pas. Je veux que vous inséminiez mes œufs pour qu’ils puissent être fécondés et… »

« En fait, j’avais très bien entendu alors je vais t’arrêter tout de suite avant qu’il ne soit trop tard. Je ne vais pas faire ça et tu le sais très bien. »

« Si c’est au sujet de votre femme, vous n’avez pas à vous inquiéter. Nous parlons bien d’Elen, n’est-ce pas ? Si je ne me trompe pas de nom. »

« Tu ne vas pas mêler Elen à tout ça, compris ? C’est quoi cette idiotie maintenant ? Je peux savoir ce qui te prend de parler de ça ? »

« Je suis plus que sérieuse ! Je l’ai compris dès la première fois que je vous ai vu. »

« Ah oui ? Bref… Il vaut mieux que tu retournes te coucher. Je ne vais pas tromper ma femme avec une inconnue et surtout encore moins faire des enfants avec autrui. »

« Cela ne semble pas tellement vous déranger avec Manelena, n’est-ce pas ? »

Il eut un léger rictus, émettant un grognement de mécontentement. Si c’était une façon de tenter de la manipuler, il n’allait vraiment se mettre en colère. Il valait mieux qu’elle parte maintenant qu’il ne s’emporte.

« Vous savez, cela ne me dérange pas du tout d’être simplement une maîtresse. Mon seul désir est que vos descendants paraissent dans ce monde. »

« Et mon seul désir est que tu quittes la tente maintenant. Si tu continues ainsi, cela risque de dégénérer et il vaut mieux éviter que ça n’arrive, d’accord ? »

« Je vais alors vous souhaiter bonne nuit. Mais n’oubliez pas ma proposition, elle tiendra toujours ! Et mème si je ne suis pas aussi douée que Manelena, je veux quand mème tenter diverses choses. J’ai soif d’apprendre ! »

« Du balai… et dors bien. Par contre, ne t’avise plus de parler de ça. »

Et la voilà qui quittait enfin sa tente. Poussant un profond soupir, il se dirigea vers la pièce où il allait dormir. Le tissu était plus couvrant qu’ailleurs dans la tente, pour laisser place à plus d’intimité. D’ailleurs, il ne s’attendait pas à voir une femme aux cheveux argentés installée sur sa couche, léger sourire aux lèvres.

« Eh bien, tu en as mis du temps, Tery. »

« Manelena, pas toi quand mème ? Je vais t’avouer que je ne suis pas d’humeur. Tu es venue de quelle façon ? »

« Allons, allons. Tu ne penses pas que j’ai pris mes précautions par rapport à ta tente quand tu avais le dos tourné ? Je peux partir et venir quand je le désire, Tery. Bon… Qu’est-ce que tu attends pour venir prendre place à mes côtés ? »

Il était trop fatigué mentalement pour refuser ça. Venant s’asseoir non-loin de Manelena, celle-ci se redressa de la couche du jeune homme, lui disant :

« Je crois qu’elle est pas récupérable, Tery. Il y a des risques qu’elle pose de gros problèmes dans le futur si on ne l’arrête pas. »

« Mais qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Elle est puissante et je ne suis pas apte à vouloir tuer quelqu’un simplement car elle a un coup de folie. »

« Mème si toi, tu n’y arrives pas, si tu me le dis, je pourrais… »

« Je veux lui laisser une chance. Pas sur ce « point » mais sur le reste… »

Une chance de quoi ? Elle attendit qu’il continue sa phrase mais le jeune homme ferma les yeux, s’écroulant à côté d’elle. Elle ne bougea pas de sa position, sa main venant se placer sur le bras droit de Tery, reprenant la parole :

« Tu n’as vraiment pas très l’air loquace ce soir, Tery. »

« Qu’est-ce que tu veux que je te dise exactement ? Je… Enfin… Je ne veux pas m’imaginer faire à Krawnia ce que je ne voudrais pas que l’on me fasse alors que j’ai eu mes moments de folie, moi aussi. »

« Je vois maintenant pour quelle raison tu dis ça. Hmm… D’accord, Tery. Tu me laisses quand même un peu de place pour ce soir ? »

Ce n’était pas comme s’il avait vraiment le choix, n’est-ce pas ? Elle était juste en train de lui sourire alors qu’il se recroquevillait sur une partie de la couche. Néanmoins, elle ne semblait pas vouloir lui laisser vraiment la possibilité de s’en sortir aussi aisément.

Un bras passa autour de sa hanche et il se demandait si elle n’était pas en train d’inverser les choses entre eux. Ce n’était pas à lui de réagir de la sorte ? Car bon, sincèrement, ça ne se faisait pas, n’est-ce pas ? Du moins… pas de cette manière.

« Manelena, peut-être que dans le fond, il vaudrait mieux que… »

« Tu as besoin de souffler un peu, Tery. Tu es troublé et je suis certaine que les paroles de Krawnia t’ont troublé plus qu’il n’en faut. »

« Elle a quand même raison. Je suis vraiment faux-cul par rapport à Elen et il suffit de voir ce qui se passe en ce moment même entre nous deux. »

Pour toute réponse, elle rigola comme si elle n’était pas du tout dérangée par la situation. Pourtant, est-ce qu’elle se rendait compte qu’elle était une princesse ? Non, une reine ! Et qu’elle ne se comportait pas réellement comme il fallait ?

Mais d’un autre côté, Manelena n’était pas n’importe quelle reine. Maréchale donc ayant déjà dirigée une armée d’hommes et de femmes fidèles à ses ordres, elle savait comment se faire respecter. Ses décisions comme ses actes étaient reconnues de telle façon qu’elle n’avait aucune crainte à avoir ou presque.

Oui, si elle décidait qu’elle le voulait comme concubin et donc futur roi de Shunter, elle le pouvait, le peuple l’applaudirait. Surtout que maintenant, elle avait mis en place un régime qui correspondait plus comme celui de Traslord, avec un groupe politique pouvant prendre des décisions au nom de la reine sans qu’elle soit forcément derrière tout ça.

C’était plus ou moins l’idée première derrière la nomination d’Hémurion à ce poste si spécial mais surtout à être la « voix de la reine » pendant qu’elle n’était pas là. Ce n’était pas rien du tout ce qui était en train de se passer actuellement. D’ailleurs, il espérait qu’à la surface, tout était plus ou moins résolu de ce côté.

« Alors, qu’est-ce que tu comptes faire ? Me laisser poireauter et ne pas dormir ? »

« Si tu retires ta main, je peux mettre la mienne et on peut dormir. »

« Hmm, adjugé, vendu ! Fais attention à ne pas croire que tu peux m’avoir ! »

Ce n’était pas vraiment un jeu, hein ? Est-ce qu’elle s’en rendait compte ? Il la regarda juste avec un petit sourire alors qu’elle enlevait sa main de sa hanche. Comme promis, ce fût lui qui place la sienne au niveau de la hanche de la femme aux cheveux argentés. Il la regarda longuement, les yeux rubis de Manelena faisant de même, plongés dans les siens.

« Tery, tu sais qu’il est trop tard, de toute façon. Ce qui est fait… est fait. Mais si par malheur, Elen ne veut plus de toi… »

« Je le sais bien, Manelena. Tu seras là, pour moi. Comme tu l’as toujours été depuis que je t’ai « capturée ». Merci de ta présence à mes côtés. »

« Il y a pas de quoi. Je ne le fais pas pour n’importe qui, tu t’en doutes hein ? »

Il rigola à la dernière remarque de Manelena, rapprochant ses lèvres de celles de la reine de Shunter. Elle avait gardé les yeux ouverts alors qu’il l’embrassait brièvement. Elle se laissa faire quand il retira ses lèvres, le regardant avec tendresse.

« Eh bien, y a t-il une raison à un tel acte, Tery ? »

« Je crois que j’en avais simplement envie, est-ce que c’est suffisant comme condition ? »

« Je vais accepter cette raison. Elle me semble assez crédible. Dors bien. »

Marcher, combattre, dormir. Marcher, combattre, dormir. Cette vie était devenue assez monotone et pourtant, c’était bien celle qu’il avait acceptée. Encore qu’il était possible de se poser la question de la monotonie. Une vie comme la sienne était pourtant à mille lieux de celle d’un simple villageois de Leskar. S’il n’avait pas décidé de quitter un jour son village, il n’aurait sûrement jamais connu Elen, Manelena, Clari, tout le monde.

« Manelena, est-ce que tu crois… que si je ne m’étais pas engagé dans l’armée, nous nous serions rencontrés, toi et moi ? »

« Avec des si, on refait le monde, Tery. Cela ne sert à rien de regretter ce qui s’est déroulé dans le passé. Tu peux juste aller de l’avant. C’est grâce à toi que j’ai réussi. Allez, tu dois dormir. En tentant de discuter de la sorte, tu n’arriveras pas à trouver le sommeil. »

Et comme pour l’inciter à sombrer avec elle, elle se nicha contre son torse. Pourquoi pensait-il autant à ça dans ces moments-là ? Il avait l’impression de refaire toujours et encore la même chose, sans même chercher à se confronter à combattre cette lassitude. Est-ce qu’il avait tellement soif d’aller plus loin, de dépasser les limites ?
Dans le fond, est-ce que retrouver Elen était vraiment la finalité de toute son histoire ? Et ensuite ? Il y avait son… lien avec le Dévoreur. Il y avait aussi la noblesse démoniaque souterrain. Il y avait aussi les soucis liés à la surface. Est-ce que c’était… vraiment à lui de gérer ça ? Plongé dans ses pensées, il finit par enfin trouver le sommeil.

Chapitre 45 : Des lettres pour l’Empereur

ShiroiRyu
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Chapitre 45 : Des lettres pour l’Empereur

Les jours passèrent et il allait mieux au fur et à mesure. Bon, Krawnia était à nouveau collée à lui, cela n’avait malheureusement pas trop duré cet instant de paix mais… au moins, elle ne semblait pas trop vouloir tenter des approches un peu trop… insistantes.

Avec tout ça, il avait décidé définitivement de mettre de côté l’histoire des Gnomolds. De toute façon, tant qu’il n’avait pas de possibilités de discuter avec des gnomolds qui en connaissaient autant voire plus que celui qu’il avait rencontré, autant dire que ça ne servirait à rien de continuer à y réfléchir.

Mais ces détails, il avait décidé d’envoyer une lettre à l’empereur Malark. Malheureusement, contrairement au système d’envoi à la surface, il fallait juste reconnaître que celui des démons était encore à « l’ancienne ». Un messager, que ça soit sur une monture ou non, allait emmener la lettre.

« Il ne sera pas de retour avant une ou deux semaines. »


Cela avait été la remarque d’Héraisty lorsque le messager était parti. Il avait donc évoqué l’histoire des gnomolds et cherchait à savoir si l’empereur en connaissait plus à ce sujet. Même s’il ne s’attendait pas à grand-chose, il espérait quand même obtenir un tout petit plus d’informations à ce sujet.

Néanmoins, pour s’occuper, il avait prévu quelques chasses des créatures dans les alentours. Comme toujours, dès qu’il s’agissait de chasser, il préférait demander aux démons de l’armée si la créature qu’ils venaient d’abattre était un ancien démon ou non. Pour éviter ce souci de chair démoniaque et autre car même lui avait encore beaucoup de mal à comprendre exactement comment ça marchait. Cela parlait de brûler la chair du démon pour que ses pouvoirs disparaissent. Mais était-ce confirmé que cela fonctionnait de la sorte ? Mais si la chair était touchée mais pas le muscle, est-ce que ça marchait quand même ?


Beaucoup de questions, avec des points de vue théoriques, car en les posant à Héraisty, elle lui avait dit qu’elle ne connaissait pas la réponse. Par contre, écrire des lettres pour l’Empereur lui rappelait quelques petits souvenirs liés à Elen. Ah… Vraiment, il avait plus qu’envie de la revoir et de l’étreindre.

« Petite question, Tery. Nous montons de plus en plus. Nous devrions être proches de la surface, non ? Même si ce n’est pas toi qui nous conduit directement, tu as sûrement une petite idée à ce sujet, non ? »

« Hmm… Euh… Plus ou moins, je dirais. Je ne dis pas que nous serons arrivés dans un laps de temps assez court mais… dans les jours qui suivent, peut-être deux semaines au grand maximum. Mais pourquoi cette question ? »

« Car nous avons quand même un peu dérivé de notre chemin initial avec tout ce qui s’est passé. Et comme nous prenons bien plus de précautions maintenant, je voulais simplement me renseigner à ce sujet, rien de plus. »

« J’espère donc que mes réponses te sont satisfaisantes, Manelena. Je ne suis pas certain de pouvoir t’aider plus. Je ne suis pas celui qui connaît plus ou moins le chemin. »

« Je m’en doute mais ce n’est pas la première fois que tu montes et descends donc à force, tu dois quand même avoir un peu l’habitude. C’est bien toi qui a appris d’Héraisty au sujet des cristaux qui changent de couleur suivant la hauteur dans les souterrains. »

« C’est vrai. Mais en même temps, je ne peux pas confirmer si tout cela est vrai ou non. »

« Héraisty n’a aucune raison de te mentir. Néanmoins, cela ne veut pas dire qu’elle ne peut pas se tromper, loin de là. »

Il hocha la tête aux propos de Manelena, montrant par là qu’il comprenait ce qu’elle voulait dire. En même temps, Héraisty n’était pas la seule à les guider ceux qui indiquaient la marche à suivre parmi les démons, utilisaient aussi les cristaux comme repères.


Mais personne n’était parfait et il y avait sûrement une possibilité de prendre des chemins moins compliqués. Pour autant, le jeune homme aux cheveux bruns ne fit aucune remarque à ce sujet. Il était maintenant concentré sur la lettre qu’il avait envoyée au monarque. Comme ils allaient devoir attendre plusieurs voire semaines, il n’était pas certain qu’ils seront encore sous la surface lorsqu’il aura une réponse de sa part.

« Et si ça doit arriver… Ah… J’imagine qu’il va falloir me débrouiller seul. »

« Te débrouiller seul ? De quoi est-ce que tu parles à voix haute, Tery ? »

« Juste par rapport à ce que l’on va devoir faire en attendant la lettre de l’empereur Malark. »

« Hmm ? Mais justement, nous avions dit qu’on allait tout simplement gérer tout cela calmement, non ? En continuant de progresser. Qu’est-ce que je dois faire pour que tu penses à autre chose ? Et non, je te préviens, pas en public. »

« Qu’est-ce que … De quoi est-ce que tu parles ?! »

Aucune réponse de la part de l’intéressée. Seul un sourire était présent sur ses lèvres puisqu’elle ne portait pas son casque sur le moment. Brrr, il n’était pas vraiment certain de vouloir vraiment comprendre ce qui se passait.

Mais avec tout ça, pour quelques heures, il allait avoir l’esprit ailleurs. Ignorant bien le regard mauvais que Krawnia lançait à Manelena, il restait quand même sur ses gardes par rapport à la femme ailée. Si elle s’en prenait à Manelena, il allait pas vraiment le supporter… car il n’avait aucune possibilité de savoir si Manelena arriverait à tenir face à Krawnia. Manelena avait beaucoup d’expérience en combat mais Krawnia….

Non. Manelena possédait les lignes d’Alzar, il ne fallait pas l’oublier. C’est vrai que c’était devenu très commun, vu que tous les démons se basaient sur ça dans le monde souterrain mais à la surface, les lignes d’Alzar sur les différentes races restait quand même un phénomène assez rare. Il ne fallait pas l’oublier.

« Bon… Dans tous les cas maintenant, avec tout ça, nous avons encore de quoi faire. »

« Comme tu dis, Manelena. Ah… J’espère qu’elles vont bien. »

Oui, en se focalisant un peu sur Elen et Elise, cela sera plus facile. En se disant qu’il allait bientôt les revoir, il ne savait pas quand exactement, peut-être qu’il pourrait alors se concentrer pour arriver le plus rapidement à la surface.

Et même en étant à la surface, cela prendra un peu de temps pour envoyer du courrier et obtenir une réponse. Car oui, même avec les enveloppes volantes, il restait une chance qu’elles ne soient pas à la surface. Il pourra toujours écrire à sa mère, elle avait des nouvelles à lui donner aussi de son côté.

Avec tout ça, il se sentait un peu ragaillardi et en pensant aussi à ses grands-parents, il se disait qu’il y avait au final beaucoup de monde qu’il aimerait revoir à la surface. Enfin, sa priorité restait quand même Elen. D’ailleurs, comment expliquer concrètement au sujet de Clari ? La femme-golem était toujours aussi discrète, malgré son apparence. D’un autre côté, maintenant qu’ils étaient sortis de la capitale démoniaque et que lui-même avait Manelena à ses côtés, elle se faisait moins présente.
Elle avait été là, contre les gnomolds, en utilisant ses capacités et son corps fait de cette pierre de couleur noire, l’onyx. Sa résistance était telle qu’elle n’avait tout simplement reçu aucune « blessure » sur son corps. C’était un terme un peu étrange à décrire puisqu’elle ne pouvait plus être blessée par des moyens conventionnels.

Mais c’était réellement Clari et ça il ne pouvait pas se le retirer de la tête. Même si elle n’était pas exactement comme avant… c’était celle qu’il avait connue. Celle qu’il pouvait ouvertement appelé grande sœur sans aucune honte.

De quoi devrait-il avoir honte de toute façon ? Elle lui avait sauvé la vie à l’époque. Oui, cela commençait à remonter à plusieurs années mais le souvenir était encore frais dans sa mémoire. Hmm… Peut-être qu’un jour, il fera son deuil et…

À qui il ferait croire ça ? Il suffisait de voir qu’il avait donné vie à un golem ressemblant exactement à Clari pou comprendre qu’il ne le fera jamais. Pas de cette façon… Il n’avait toujours aucune idée de comment il avait réussi ce tour de force.

Oui… car cela tenait du domaine du miracle. Un miracle auquel il avait donné « vie ». Même si le terme pouvait paraître déplacé dans une telle utilisation. Enfin, dans tous les cas, le jeune homme aux cheveux bruns était satisfait de la tournure des évènements et il n’allait pas s’en plaindre.

Oui… S’en plaindre. C’était le bon terme encore une fois. Même s’il pouvait être pris pour un fou, il comprenait un peu le Dévoreur sur le coup. Avoir perdu un être que l’on aimait profondément et… Tiens, pourquoi est-ce qu’il pensait à lui maintenant ?

Non, non, il devait tout de suite arrêter. Cela allait très mal se finir s’il ne faisait pas attention. Il ne pouvait pas retomber dans ces travers, loin de là. Brrr ! Vivement qu’il retrouve celle qui était la plus chère à son coeur et il ne se posera alors plus de questions de la sorte. Il espérait vraiment avoir Elen en face de lui très bientôt. Il allait devoir s’excuser sur de nombreux points et aussi parler pendant longtemps, très longtemps. Il n’avait pas eu la possibilité de s’expliquer la dernière fois … comme tant de fois d’ailleurs. S’il avait pu, peut-être que tout cela ne serait jamais arrivé.

« Eh bien, si on m’avait dit que ce projet irait aussi vie, je ne suis pas certaine que je l’aurais cru. Et même maintenant, j’ai encore du mal. »

« Et pourtant, Elen, c’est bien ce qui est en train de se produire devant nos yeux. Tout le monde met la main à la pâte et c’est vraiment une chose merveilleuse. Je suis certaine que cette idée est excellente. Comme ça sera un tunnel non connu de la surface mais aussi des démons, nous avons donc un chemin secret. Pour combien de temps ? Cela sera difficile à savoir, il faudra sûrement le camoufler. Mais néanmoins, pas de poste de garde au service d’un membre de la noblesse ou de la famille royale, hahaha. »

« Elise, je tiens à te rappeler que tu es membre de la famille royale donc indirectement, ce nouveau tunnel sera plus ou moins géré par toi ou les personnes qui te suivent. »

« Merci de me briser mes petits rêves, Elen. C’est très sympathique de ta part. Plus sérieusement, ils ne doivent pas se douter un seul instant de ce que l’on fait exactement et c’est ça qui est vraiment une excellente chose. »

« Nous sommes assez discrets de notre côté ce qui est mieux, oui. Mais pendant combien de temps ? Je ne voudrais pas être pessimiste mais… »

« Tu n’as pas à l’être. Nous avons plus ou moins camouflés nos travaux. Il faudrait vraiment se concentrer sur la zone pour les trouver. »

« Et ce n’est pas ce qu’ils risquent de faire justement ? C’est plutôt problématique. »

« Oui et non, Elen. Encore une fois, j’ai pris mes précautions. Je ne veux pas qu’ils le repèrent donc pour cela, ils devront faire pas mal d’efforts pour y arriver. »

Elise était vraiment convaincue par son projet et Elen poussa un léger soupir. Peut-être que c’était elle le souci pour l’occasion. Elle s’en faisait plus que nécessaire… et ce n’était pas bon, loin de là. Elle prit une respiration plus forte que les autres avant de lui sourire :

« Si tu es certaine de ton coup, tant mieux alors. S’il le faut, de toute façon, tu sais où me trouver, d’accord ? Je vais aller voir ma fille. »

« Nous pouvons être deux pour l’occasion. Royan est en train de superviser le tout. Il doit quand même montrer qu’il est le roi de Traslord même si là, il est plus en train de jouer les apprentis chefs de chantier. »

« Peut-être une reconversion future, Elise ? Qui sait ce que l’avenir lui réserve ? »

« Ne va pas lui dire ça, il serait capable de le prendre au sérieux. Je sens qu’il a envie de faire comme Manelena : avoir une vie en-dehors de la royauté. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est avec moi, hahaha ! Non pas à cause de mon sang royal ! »

Elen ne répondit pas à Elise. Elle ne pouvait pas lui donner tort sur le coup. Que ça soit Manelena ou Royan, l’un comme l’autre, leur sang royal n’avait pas autant d’importance que pour beaucoup d’autres monarques. Oui, contrairement à la majorité des nobles, ils voyaient tout cela d’une bien autre façon. Une façon bien plus plaisante.

« Je vais aller retrouver mon prince royal à moi, enfin roi maintenant. »

« Fais donc Elise. Fais donc. » déclara Elen d’un petit mouvement de la main comme pour l’inciter à y aller dès maintenant alors qu’elle-même, tout sourire, était juste en train de prendre le chemin qui la mènerait à sa fille.

Ah… Sa fille… ou plutôt leur fille… à elle et Tery. Sauf que Tery ne pouvait même pas la prendre dans ses bras. Même si ce n’était pas vraiment un secret, le fait qu’elle ne puisse pas avoir le jeune homme auprès d’elle après tout ce temps commençait vraiment à lui travailler le mental. Elle espérait que tout soit résolu rapidement.

Mais l’espoir faisait peut-être vivre mais ce n’était pas ça qui allait ramener Tery plus rapidement à ses côtés. Elle le savait bien et ça lui dévorait le crâne. Elle n’allait pas devenir folle, loin de là. Depuis le jour où il l’avait plantée… à cause de ses sombres pensées et de cette manipulation par cette voix étrange, elle avait compris.

Elle avait compris que même en aimant autant Tery, elle ne pouvait pas réagir de la sorte. Mais elle n’était pas stupide. Elle avait parfaitement compris ce qui risquait de se passer avec Manelena auprès de Tery mais… elle ne pouvait pas y faire grand-chose. Qu’importe ce qu’elle tentait, tant qu’elle n’avait pas Tery à ses côtés, elle ne pouvait qu’être spectatrice.

Et si ça devait arriver ? Et si c’était déjà arrivé ? Comment devait-elle réagir ? Hurler dessus comme une damnée ? Une démone ? Qu’est-ce que cela changerait puisque la situation s’était déjà produite ? Comment ? Est-ce qu’elle devait lui pardonner alors qu’elle-même n’avait jamais eu d’écart ? Et s’il y avait eu un écart, combien de fois ?

Et s’il trouvait une excuse ? Et ensuite ? Comment faire ? Faire comme si de rien n’était ? Regarder Manelena continuer à tourner autour de Tery ? Et s’ils retombaient dans ses travers ? Que dans son dos, ils continuaient à se voir ? Voilà toutes les questions qui lui traversaient l’esprit à cet instant précis.

Elle était sûrement irrécupérable, elle s’en doutait mais… ce n’était pas non plus tout de sa faute hein ? Ah … Pourquoi est-ce qu’il n’était pas possible de s’envoyer de courriers ici ? Pourquoi est-ce que les lettres volantes ne fonctionnaient pas ici ? Avec elles, tout aurait été bien plus simple. Elle se rappelait de l’époque où encore, elle n’avait pas compris la portée de ses sentiments envers Tery.

Oui. Elle se rappelait de cette image qu’elle avait envoyé au jeune homme avec ce fameux miroir. Son premier moment où elle s’était considérée comme coquette. Elle en avait encore un peu le rouge aux joues rien qu’en y repensant, hahaha. Voilà, elle se sentait un peu mieux. Les souvenirs d’antan lui faisaient du bien.

Et elle savait qu’elle allait le retrouver un jour. En continuant de se fixer cela comme objectif, elle était convaincue qu’ils pourront un jour tout simplement couler des jours heureux. Pas d’aventure à l’horizon, pas de créature monstrueuse à affronter, pas de royaume à combattre. Tout cela sera derrière eux. Et derrière eux, il n’y aura alors pas besoin d’y jeter un œil.

« Qu’il me tarde de te la montrer pour qu’on lui donne un nom. »

Oui, elle le savait parfaitement. C’était plus qu’absurde de ne pas avoir donner de nom à cet enfant qui avait déjà dépassé sa première année. Sa fille comprenait déjà quelques mots, elle poussait des petits cris mais elle était heureuse et silencieuse pendant la nuit. Ce qui pouvait être étrange pour un enfant de cet âge.

Est-ce qu’elle en faisait trop pour elle ? Ou pas assez ? Cela dépendait sûrement du point de vue, elle en était certaine mais… en un sens, il y avait vraiment un souci. C’était le fait qu’elle se comporte de la sorte alors qu’il valait mieux pour l’enfant qu’il ait de l’amour et de l’affection tout autour de lui.

Pensée absurde. Sa fille était aimée et choyée. La question ne se posait même pas en fin de compte. Que ça soit par elle ou par sa grand-mère. D’ailleurs, les grands-parents de Tery seront sûrement ravis de la voir dès qu’elle pourra la leur montrer.

Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait la sensation qu’une certaine vieille dame serait complètement folle de joie de voir son arrière petite-fille. Oui, elle lui avait fait une bonne impression à chaque fois qu’elle l’avait vue et elle avait d’ailleurs compris que dans la famille Vanian, les femmes étaient très souvent fortes en terme de caractère.

D’ailleurs, c’était aussi en partie pour ça qu’elle devait redoubler d’efforts. Pour être à la hauteur de toutes les femmes de cette famille. En montrant ce dont elle était capable, elle serait alors plus qu’apte à représenter la famille Vanian. Le rouge vint parcourir ses joues. Dans les faits, c’était vrai que Tery et elle n’étaient pas mariés mais cela sera très vite réglé lorsque la situation sera stabilisée, héhéhé.

« Tu es vraiment si mignonne, tu le sais ? »

Peu à peu, sur le sommet du crâne de l’enfant, il était possible de voir quelques reflets blonds, comme sa mère. Si ce n’était pas la preuve la plus concrète qu’elle était bien sa fille, elle ne voyait pas ce qui pouvait le prouver alors. Enfin bon, la mère, c’était certaine. Le père ? La question ne se posait même pas. Elle n’avait fait la chose qu’avec lui, maintes fois, encore et encore.

D’ailleurs, c’était peut-être pour cela qu’elle avait porté son enfant aussi rapidement. Ils s’étaient plus ou moins comportés comme des bêtes, non pas sauvages mais disons… qu’il n’y avait jamais eu de retenue ou presque. Hmm … Ah … Elle plaça doucement un doigt sur la joue de sa fille endormie.

« Vraiment si mignonne. Tu es à croquer, mon amour. »

Un amour de petit bout de chou. Elle déposa brièvement un baiser sur la joue du bambin. Ils n’étaient qu’en début d’après-midi mais elle allait éviter de faire une sieste. Depuis la naissance de l’enfant, ça lui arrivait un peu plus souvent car il fallait bien qu’elle récupère des nuits où l’enfant se réveillait.

Heureusement, à l’époque, elle avait eu la mère de Tery avec elle mais elle ne pouvait pas toujours compter sur elle non plus. Cela ne pouvait pas être aussi simple que ça hein ? Du moins, pas de cette manière non plus. Mais là, l’enfant était au calme et bien sage. De toute façon, il y avait toujours quelqu’un pour la surveiller.

Car oui, même si c’était assez étrange, les femmes des différentes races dans leur groupe semblaient adorer la petite demoiselle. Peut-être était-ce l’instinct maternel qui primait ou alors autre chose qu’elle n’arrivait pas à expliquer mais elle avait la sensation que toutes considéraient l’enfant comme un trésor sacré.

C’était assez saugrenu à bien y réfléchir mais elle n’allait pas s’attarder sur ça, hahaha. En fait, elle préférait même ne pas trop y penser. Elle allait juste se contenter de se dire que chacune était heureuse de pouvoir lui rendre ce service. Oh, bien entendu, elle avait quand même pris des précautions pour éviter des gestes malheureux.

Il s’agissait de quelques mesures de sécurité pour être certaine que son enfant était entre de bonnes mains. Est-ce qu’elle faisait une erreur ? Oui et non. Elise avait voulu la rassurer en lui disant que tout le monde dans ce groupe voulait oeuvrer pour un but commun. De même, elle aussi comprenait parfaitement le fait que le bébé de Tery et Elen avait quelque chose d’assez exceptionnel sans forcément réussir à expliquer quoi exactement.

« Je me demande si c’est à cause de ses origines ou non. » chuchota doucement la femme aux cheveux blonds, songeuse à cette idée.

Tery était un être à moitié démoniaque. Elle-même était issue… de deux divinités. Enfin, deux êtres aux capacités exceptionnelles. Cela devait sûrement influencer d’une manière ou d’une autre, non ? Même si elle ne savait pas trop comment et de quelle façon.

C’était le genre de choses qui ne pouvait sûrement pas être étudiée d’un claquement de doigts. Enfin, avec tout ça, elle devait aller retourner voir Elise et Royan. Même si elle n’était pas totalement rassurée par l’avancée du projet, ça ne voulait pas dire qu’elle ne pouvait pas soutenir ce dernier.

Revenant auprès du couple royal, puisqu’on pouvait les considérer tous les deux ainsi, elle vint apporter sa pierre à l’édifice, commençant à user de ses capacités magiques pour épauler ceux qui travaillaient. Dans ces moments-là, elle regrettait doublement Tery. Déjà par son absence de présence mais aussi par le fait qu’avec sa capacité à créer des golems, il serait d’une utilité bien plus grande qu’elle. Autant dire qu’elle regrettait la main d’oeuvre que Tery pouvait emmener avec lui. Une main d’oeuvre plutôt importante et utile.

« Enfin, il me manque surtout et pas qu’un peu. »

« Hmm ? De qui donc ? Votre homme, c’est bien ça, non ? Enfin, Tery, si je me suis pas trompé de personne. » répondit calmement un démon à côté d’elle alors qu’elle tenait dans ses mains une lourde pierre, ses propres mains devenues des griffes de roche.

« Oui, oui, c’est bien Tery. Et oui, il me manque. »

« Ah ouais, je peux voir ça. Vous utilisez les mêmes griffes que lui. »

« Une simple coïncidence, hahaha. » dit-elle en rigolant légèrement. Elle-même ne croyait pas en son mensonge mais qu’est-ce qu’elle pouvait y faire, hein ? Dans tous les cas, elle allait se concentrer à la tâche et peut-être que par de petites actions comme ça, l’attente pour retrouver Tery sera moins difficile.

Chapitre 42 : Sacrifice

ShiroiRyu
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Chapitre 42 : Sacrifice

« De quoi vous parlez ? Leurs ancêtres ? »

« Les ancêtres ? Qu’est-ce que vous baragouinez ? » demanda calmement Manelena après les propos du gnomold. « Vous prétendez être nos ancêtres ? Vous avez la même espérance de vie que nous, peut-être un peu plus au grand maximum. De là à prétendre et à raconter n’importe quoi, il n’y a qu’un pas hein ? »

Elle avait dit cela avec une petite pointe d’ironie, ne cachant guère dans son ton le fait qu’elle avait beaucoup de mal à croire les paroles de ce gnomold. Il manquait encore un peu trop de détails pour qu’il soit crédible dans ses dires.

« Notre race est votre ancêtre ! Vous avez préféré complètement ignorer et abandonner tout un pan de l’histoire juste pour vous valoriser ! Vous n’y connaissez rien ! Rien du tout ! »

« Et si vous en disiez un peu plus ? Car j’ai la sensation que même les démons ne sont pas forcément au courant de ce que vous racontez. »

Et comme preuve de sa bonne foi, il avait décidé de faire disparaître ses griffes de pierre. Oui, il ne pouvait pas faire plus mais en même temps, ce gnomold était presque comme traumatisé. Mais est-ce que ces gnomolds allaient arrêter ce combat eux aussi ?

« Pourquoi… est-ce que l’on ferait la même chose que vous ? » demanda le gnomold, en comprenant bien où voulait en venir le jeune homme dans sa démarche.

« C’est à vous de voir. Vous semblez en avoir sur la conscience et… J’ai aussi besoin de savoir. Je préfère mourir en sachant ce qui se passe plutôt qu’en étant idiot. »

« Tu es vraiment comme les rumeurs en parlent hein ? Toujours prêt à discuter avant le reste hein ? Tsss… Et qui nous dit qu’après, tu vas pas chercher à tous nous tuer ? »

« Et c’est la même pour vous, non ? Vous êtes ici pour éliminer chaque démon présent dans le monde souterrain. Vous savez aussi bien que moi que vous avez commencé une mission suicide puisqu’elle n’aura de fin que lorsque vous serez tous morts, est-ce que je peux me tromper ? Ou alors, est-ce que j’ai raison ? »

« Tsss… Tu me fais chier ! POURQUOI TU ES LÀ ?! »

Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il était ici ? Car c’était sa place. C’était une question vraiment étrange de la part du gnomold et les autres avaient toujours ce côté belliqueux. Un combat, est-ce qu’un combat pouvait vraiment s’arrêter comme ça ? Car juste deux personnes avaient décidé de le stopper pour parler ? Après, ils n’étaient pas une gigantesque armée, de chaque côté.

« Je suis là parce que vous vous êtes trouvés sur mon chemin, rien de plus. À la base, je ne pensais même pas vous avoir en face de moi, loin de là même. »

« Tsss, tu peux faire autant le fanfaron que tu le veux, ça ne changera rien aux faits ! Pas du tout même ! Tu ne peux pas tenter d’arranger des millénaires comme ça ! »

« Je n’ai pas dit ça et je ne compte pas le faire. Je n’ai pas à réparer des trucs qui se sont produits lorsque je n’étais pas né. Ce n’est pas à moi de faire tout ce travail. Mais si je peux tenter de faire quelque chose pour éviter que ça ne se reproduise, je ne vais pas me priver. Mais pour ça, il faudrait me dire exactement ce qui s’est passé. »

« AH ! Qu’est-ce que tu sais exactement des portes démoniaques hein ? Sais-tu pourquoi elles ont été crées ?! Pourquoi Zélisia et Alzar ont agi de la sorte ? »

« Pour empêcher le Dévoreur de ravager ce monde non ? Car de ce que j’ai cru comprendre, il n’était pas vraiment prévu que les démons se retrouvent bloqués sous la surface. On peut dire que cela ressemble à des dommages collatéraux. »

« DOMMAGES COLLATÉRAUX ! HAHAHAHA ! BORDEL ! »

Hmm ? Le gnomold était maintenant complètement hilare mais pourtant, lui-même avait la sensation qu’il se moquait de lui. Est-ce qu’il y avait une raison à ça ? Il ne savait pas trop mais il n’appréciait que moyennement tout ça. Pourtant, il attendait de voir à ce que le gnomold se calme, les autres membres de sa race le regardant avec autant de surprise que l’armée en face d’eux.

« Dommages collatéraux. Ces pauvres petits démons ! Ces démons qui continuaient de vouloir se battre sans cesse contre les races de la surface simplement pour que leur dieu Alzar s’envoie en l’air avec Zélisia discrètement ! »

« Je ne peux pas te donner tort sur le coup. Et je leur ai déjà fait la remarqué à ce sujet. Enfin, je crois… Je ne suis plus sûr. »

Le gnomold le regarda un peu, interloqué, en cherchant à voir s’il était devenu fou ou s’il pensait vraiment ce qu’il disait. Mais il y avait des chances qu’à l’époque, il ait parlé de cela avec eux quand il avait appris diverses choses. Cela remontait maintenant à pas mal de mois… voire même une année.

« Mais de toute façon, que ça soit les démons ou les races de la surface, les deux camps étaient fautifs. Zélisia n’était pas une sainte, loin de là. Elle avait crée plusieurs races avec chacune ayant ses propres caractéristiques tout en les laissant s’entretuer. »

« Nierk. C’est exactement ça. C’est ça de posséder trop de pouvoirs ! On commence à créer des aberrations mais ces saletés… ces deux saletés qui se prétendaient être des dieux ! Ils n’ont eu aucune hésitation ! Ils n’ont pas demander leurs avis aux races de la surface ! »

« Qu’est-ce que cela allait changer ? Les races de la surface n’auraient plus de raison de se battre avec les démons. Elles étaient gagnantes. Même s’il resterait les querelles liées aux différentes races et nations mais ça, c’est un autre souci. »

« Les démons étaient un ennemi commun mais ça, qu’est-ce qu’on s’en fout. Ce n’était pas ça le plus important ! Pas du tout ! Le plus important, c’est de nous avoir utilisé comme des pions pour créer ces foutues portes partout dans le monde ! »

« Utiliser… comme des pions ? » répéta Tery aux propos du gnomold.

« Ils ont usé de nos corps jusqu’à la moelle ! Alors qu’ils étaient occupés à fonder les deux portes démoniaques d’Omnosmos, les portes principales qui serviraient de fermeture totale par rapport au monde souterrain, vous pensez que les autres portes se sont formées comment hein ?! Vous en avez une simple idée ?! »

« Pas le moins du monde. Expliquez donc. Vous êtes en train d’insinuer que … ce sont les races de l’époque qui ont réussi à créer les portes démoniaques. Du moins, celles qui retenaient les différentes grottes et autres endroits scellés complètement. »

« C’est exact ! Les races de l’époque ont été sacrifiées pour les imbécilités de deux êtres trop puissants et incapables de contrôler leurs hormones ! Deux êtres trop stupides qui sont incapables d’arrêter leur création devenue trop puissante même pour eux ! Deux êtres qui ont rendu ces races difformes et bossues ! »

… … … Il venait de marquer un temps d’arrêt, comme pour laisser au groupe de Tery d’assimiler l’information. D’après le regard des gnomolds derrière celui qui s’exprimait, il semblerait que même eux n’étaient pas totalement au courant de tout.

« Les races sont devenues… des gnomolds ? C’est ça que vous voulez dire ? »

Un rictus se dessina sur les lèvres du dit-gnomold, comme pour confirmer les dires de Tery. Les gnomolds… actuels… étaient les descendants des races d’autrefois. Des races comme celles actuelles. C’était tout simplement impossible ! Il n’y avait aucune ressemblance et…

« Il y a quelque chose qui cloche dans ce que vous dites. Comment est-ce que c’est possible que vous soyez nos… ancêtres alors que nous sommes la preuve vivante que nous sommes totalement différents de vous. » déclara Manelena avant même que Tery ne puisse parler.

« Vous savez aussi bien que moi que les enfants ne naissent pas directement avec leurs magies inscrites en eux. Les lignes élémentaires n’apparaissent qu’après quelques années. C’est ça qui a permis à ces enfants de ne pas devenir comme nous. Nous avons été vidés de notre magie jusqu’au plus profond de nos corps, les modifiant pour devenir ce que nous sommes actuellement. Nos enfants, ont eu la chance de rester normaux. »

« Et il n’y avait aucune possibilité de revenir en arrière, c’est ça ? Vous étiez sans magie ? Comment avez-vous fait pour avoir alors des descendants qui sont aptes à avoir de la magie ? Et comment… il manque trop d’informations ! »

« J’en ai trop dit ! Je devrais plutôt vous exterminer maintenant ! Comme ça, vous… »

« Et pourquoi cela serait si grave que nous soyons au courant ? Qu’est-ce qui vous empêcherait de raconter tout cela autour de vous ? »

« Imbécile… Comme si des gens allaient croire des gnomolds ! Tu as vu nos trognes et tu veux prétendre que vous allez nous écouter ?! »

« Pourtant, Ernold est bien le plus grand archimage respecté de tout Omnosmos ! Pourtant, c’est un gnomold ! Lui n’a pas hésité à s’ouvrir aux autres races et tout le monde le respecte ! Même parmi vos pairs, j’en suis certain ! »

Et même si… Ernold avait bien caché son jeu par rapport aux portes démoniaques et autres vérités qu’il s’était gardé de dévoiler, il savait que le vieil archimage ne pensait qu’à la même chose que Zélisia et Alzar, enfin Séran et Sérest.

« Les gnomolds sont comme vous autres. Chaque gnomold est différent. Ce n’est pas parce qu’une poignée de gnomolds a décidé d’abandonner leur passé et leur histoire que tout le monde pense pareil ! » éructa le gnomold, plus qu’enragé par les dires de Tery.

Et pourtant, il ne faisait rien pour améliorer la situation. Malgré qu’il tentait de communiquer avec ce gnomold, ayant enfin appris quelque chose dont il ne se serait jamais douté, il voulait vraiment… trouver une solution pacifique. Une solution aberrante en vue du massacre commis par les gnomolds.

« Tery, ces gnomolds ne nous apporteront rien de plus. Il vaut mieux les exterminer. » murmura Manelena alors que Tery hochait la tête négativement.

« Si je peux éviter, je veux éviter… »

« Eux ne te laisseront pas réellement le choix, Tery. Tu le sais aussi bien que moi. Il faut te montrer raisonnable, non ? »

« Je vais me montrer raisonnable mais je veux le fin mot de cette histoire. Il me manque des détails que je n’ai pas encore obtenus ! »

En entendant le soupir fatigué de Manelena, il comprenait parfaitement qu’elle en avait assez du côté bon samaritain qui pouvait paraître chez lui sans même prévenir. Mais voilà, ce côté bon samaritain avait une raison d’être là. La raison était simple, il voulait TOUT savoir, tout depuis le début. Les moindres détails. Il reprit la parole :

« Les enfants et autres, vous ne voulez pas nous en dire plus à leur sujet ? »

« Qu’est-ce que tu veux que je te raconte de plus hein ? Ces enfants irrespectueux, pensant que nous étions des monstres alors que nous étions leurs parents ! C’est comme ça et pas autrement ! Nous étions différents d’eux alors que nos corps ont été sacrifiés pour eux ! »

« Vous n’avez pas tenté d’expliquer à vos enfants ce qui s’était passé ? Du moins, les gnomolds de l’époque à leurs enfants ? »

« Bien sûr que si, espèce d’imbécile ! Même si nous ne comprenions pas tous exactement ce qui s’était produit, certains d’entre eux, adeptes de la magie, avaient compris la situation. Et ils étaient heureux de voir qu’ils avaient mis un terme à l’existence du Dévoreur ! »

« Alors pourquoi les enfants n’ont pas accepté ça ? Ce n’est pas normal ! Les enfants devraient être heureux de voir que leurs parents s’étaient sacrifiés pour eux ! »

« Car ils n’étaient que des gamins. Des gamins aux cervelles malléables et éponges ! Des gamins incapables de réfléchir par eux-mêmes ! Si facilement manipulables entre eux ! Ils étaient différents des gnomolds et ce qui est différent est dangereux et mauvais ! Cela a toujours été le cas avec les races de ce monde ! »

Il avait vraiment la sensation d’avoir un cours d’histoire de la part du gnomold mais en même temps, c’était lui qui le demandait. Il ne pouvait en vouloir qu’à lui-même hein ? Il prit une profonde respiration avant de se mettre à réfléchir plus longuement à la situation. Avec tout cela, il allait finir par obtenir ce qu’il désirait ? C’est que peu à peu, il finissait par obtenir des informations importantes.

« Peu à peu, ceux qui étaient restés « normaux » se sont mis à grandir, devenant des adultes mais le mal était déjà fait. Au bout de deux siècles, nous autres étions répudiés et avons été chassés de là où nous vivions ! »

« Pourtant, je suis certain qu’il y avait des endroits où… »

« NON ! Et tu le sais aussi bien que moi, espèce de petit con ! Tu as très bien vu à quoi ça ressemble de nos jours ! Fais pas semblant d’être un putain d’aveugle ! Y a bien qu’à Omnosmos que les gnomolds sont tolérés et encore seulement certains qui seraient proches du grand archimage ! »

« Et je suis certain que vous prenez votre cas pour une généralité. Certains gnomolds ont fait une alliance avec Mékalarma pour éliminer les démons. Ce qui veut dire que tous ne sont pas réfractaires aux gnomolds. »

Peut-être que la discussion n’avait plus aucune raison de durer. Dans les faits, il avait visiblement plus ou moins eu tout ce qu’il recherchait. Il n’avait rien besoin de plus. Mais maintenant ? Quoi faire ? Attaquer les gnomolds et confirmer leurs dires ? Les laisser vivre alors qu’ils avaient commis des crimes sur des innocents ?

« Des millénaires se sont écoulés et au final, l’existence des démons n’était connue que de certains gnomolds. Les races de la surface, elles avaient totalement oublié que les démons existaient auparavant. »

Encore une fois, difficile de nier. Lui-même avait appris que « récemment » l’existence des démons et il était certain que c’était le cas de tous les membres du groupe armé, du moins en prenant en compte seulement ceux issus des races de la surface.

« Mais maintenant que les portes démoniaques sont ouvertes, il est possible de voir que les démons ne sont pas aussi mauvais que les gnomolds le pensaient ! Pareil pour les autres races ! Il est possible d’arrêter tout ça mais il faut le vouloir ! »

« On ne le veut pas. C’est bien trop tard pour chercher des excuses ! Il ne faut… »

« Est-ce que les gnomolds qui ne sont pas au courant de cette histoire pensent comme vous ?! Ou tentent au moins d’arranger les choses ?! Car oui, bizarrement, des fois, l’ignorance peut aider à réconcilier des races ! »

« Et quand elles apprennent la vérité alors hein ?! Tu crois que c’est aussi simple ?! »

« Oui, ça l’est ! Car c’est du passé ! Et que le passé, c’est bien de s’y accrocher pour connaître ses origines mais ça ne veut pas dire que ça doit être lui qui doit définir notre route ! Sinon, ça reviendrait à dire que je suis destiné à n’être que Tery ! »

« Tery ? Genre Tery ? » demanda le gnomold, comme un peu étonné. Ben quoi ? Ils ne savaient même pas à qui ils avaient affaire depuis le début ou quoi ?

« Oui, je suis Tery. Tery Vanian plus précisément. Pourquoi ? C’est si surprenant que ça ? De base, vous m’en voulez et plus encore à cause de tout ça donc bon… »

« Tery Vanian ! Celui dont Rokar n’arrêtait pas de parler ! AH ! C’est donc toi ! C’est toi le fichu démon qui est à la base de tous nos ennuis ! C’est TOI ! »

« Je ne compte pas m’enfuir ou autre. Vous pouvez criez autant que vous le voulez mais il va falloir quand même que vous vous expliquiez un peu. Qu’est-ce qui vous étonne ? »

« C’est toi ! C’est toi dont parlait Rokar ! C’est toi ! C’est toi qui a ouvert les portes démoniaques ! On avait aucun détail sur à quoi tu ressemblais mais c’était toi ! Rokar nous a dit de ne rien te faire ! Que tu es au service d’Ernold et d’autres stupidités ! »

« Rokar aurait vraiment fait ça ? Lui ? J’imagine que vous êtes en train de dire une bien mauvaise blague sur le coup. Ce n’est pas crédible du tout. »

Oui. Pourquoi est-ce que Rokar ferait ça ? Oh, dans les faits, s’il commençait à s’y attarder, de nombreuses fois, Rokar aurait put le tuer mais il ne l’avait jamais fait. Même si depuis le temps, le rapport de force s’était inversé, ça ne changeait pas qu’il aurait moins de scrupule à l’éliminer. Mais pourquoi Rokar dirait du bien des démons ?

« Rokar est au service d’Ernold depuis des lustres, tsss ! C’était lui qui était chargé de surveiller un village où se trouvait une engeance démoniaque. C’était toi ! Il a osé nous mentir en disant qu’il l’avait éliminée rapidement ! »

« Non, je ne pense pas qu’il ait menti. Ce qu’il vous a dit est véridique même s’il n’a pas donné toutes les informations. Il devait sûrement parler du démon qui s’est considéré comme mon père bien que ça sonne totalement faux et creux. »

« Faux et creux ! Tu avoues donc que Rokar a… »

« Non, je parlais du démon, pas de Rokar. Je pense qu’il avait compris que mon… père était un démon pur contrairement à moi qui a eu une mère humaine. C’est pourquoi il l’a éliminé mais pas moi. Du moins, c’est la seule raison plausible. »

Pourquoi est-ce qu’il était en train de raconter tout ça à des gnomolds ? Surtout que maintenant, il voyait bien que ces derniers avaient repris leurs souffles mais aussi… avaient soigné leurs blessures. Rien d’anormal puisqu’il en était de même de leur côté.

« Mais pas toi ? Car tu es juste à moitié démoniaque ? Rokar n’aurait jamais fait ça ! Sauf… Sauf si… Sauf si… Il était au service d’Ernold depuis le début ! »

« Et vous alors ? Vous ne semblez pas être n’importe quel gnomold. J’ai bien remarqué que ceux qui vous accompagnent n’étaient pas plus au courant que nous autres. Ce qui veut dire que vous devez être assez spécial aussi, n’est-ce pas ? »

« Tsss. Pour une fois que nous avions la possibilité de nous rendre dans le monde souterrain, ils ont préféré assurer la sécurité des gnomolds. Surtout avec cette folle qui est devenue une traîtresse ! On avait bien fait ! »

« C’est vrai que Krawnia n’est pas vraiment celle en qui j’aurais le plus confiance. »

« Hihihi ! Tu devais Tery, tu devrais. Il n’y a que toi à mes yeux, tu sais ? »

Non mais même ainsi, malgré tout ce qu’elle disait, il restait plus ou moins imperméable à ses propos. Ce n’était pas qu’il ne lui faisait pas confiance mais… en fait si. Elle n’était pas digne de confiance, c’était tout.

« Bref, il vaut mieux l’ignorer. Dans tous les cas, je n’ai plus envie de continuer à vous affronter. Et non, avant même que vous ne disiez quelque chose, ce n’est pas de la pitié. »

« Alors pourquoi tu veux éviter ça hein ? On veut vous faire la peau. On veut tous vous crever, vous, les démons, les traîtres, tous ceux qui ont osé nous abandonner ! »

« Oui mais sur le coup, ça ne servirait à rien. Avec ce qui vient de passer ici, vous allez attirer l’attention d’un groupe bien plus dangereux que le nôtre et je n’ai clairement pas envie de leur tomber dessus. Si vous êtes suicidaires, vous n’aurez qu’à les affronter mais je tiens à la sécurité de mes membres. Vous pouvez haïr le monde autant que vous le désirez mais ça ne doit pas vous inciter à un massacre gratuit de votre propre groupe. »

« Tu te prends pour qui pour nous faire la morale hein ? Tu crois qu’on va t’écouter juste parce que tu as décidé d’ouvrir ta bouche comme ça ? »

« Ce n’est pas une question de vous faire la morale. Vous avez réussi à arriver jusqu’ici avec pas mal de chance. »

Est-ce qu’il cherchait à les énerver ? Pas le moins du monde. Il voulait juste que ça soit bien clair à leurs yeux qu’ils n’étaient pas tombés sur l’armée la plus inquiétante du monde souterrain. Ce combat ne mènerait à rien mais surtout, le gagnant de cet affrontement serait dans un bien triste état et ferait une cible plus que facile pour les créatures souterraines.

« Tu me fatigues… Tu peux toujours rêver pour que notre espèce apprécie ce que tu viens de faire. Pire ! Tu as une odeur encore plus horrible que celle des démons. Je ne sais pas d’où elle vient précisément on va se retirer pour le moment. T’as juste intérêt à bien noter que la prochaine fois, on ne sera pas aussi sympas. BON ! On se retire les gars ! »

Même si la plupart des gnomolds étaient mécontents de la situation, tous acquiescèrent aux propos de celui qui avait tant discuté avec Tery. Manelena, à côté du jeune homme, plaça une main sur son épaule, lui disant pendant que les gnomolds s’éloignaient :

« Ce n’est peut-être pas une victoire qui provient d’un combat glorieux mais… C’était le bon choix, Tery. Nous ne pouvions pas nous permettre de perdre trop d’hommes. »

Il avait bien fait et elle voulait qu’il le reconnaisse. Accepter cette reconnaissance lui permettrait d’avoir plus confiance en lui. Oui, ils avaient obtenu bien plus que la simple « sécurité » des membres du groupe. Ils avaient appris une nouvelle vérité.

Chapitre 40 : Jeu de piste

ShiroiRyu
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Chapitre 40 : Jeu de piste

« Vous êtes certains de ce que vous avancez ? »

« Sûrs et certains. Il peut pas y avoir d’erreurs à ce sujet ! »

« D’accord, d’accord. Merci pour ces réponses. Nous allons vous laisser. Moi et mes troupes n’allons pas déranger plus longtemps la tranquillité de votre village. »

« Bah ! Ne vous en faites pas, vous nous avez rendu un fier service en éliminant les monstres des alentours et en nous offrant une partie d’entre eux. Je pense que notre village sera paisible pour un petit moment. »

« Tant mieux alors, je suis content pour vous. » répondit doucement Tery avec un léger sourire. Ce qu’ils faisaient dans ce village ? La même chose que les autres villages depuis maintenant pas mal de jours.

Depuis la présence de l’armée d’Haiktos, il préférait jouer la carte de la sécurité. Il ne pouvait pas se permettre d’avoir à nouveau affaire à eux. Et en même temps, il obtenait des informations d’une autre importance capitale.

Lorsqu’ils s’éloignèrent du village qu’ils venaient de traverser, tout en ayant débarrassé ce dernier des monstres qui l’avoisinaient, il posa ses yeux sur Manelena avant de dire :

« Je ne m’attendais pas à avoir une telle information. Est-ce que tu penses que… »

« Je ne connais pas beaucoup d’autres groupes qui seraient composés de démons et de races provenant de la surface, tu sais ? »

« Oui mais bon… en même temps, on ne sait jamais… Dommage que ça soit juste une rumeur provenant d’un marchand qui se promène de village en village. Et peut-être qu’il parlait de nous ? C’est tout à fait possible non ? »

« C’est exact mais maintenant, intérieurement, est-ce que tu préfères penser que c’est le groupe d’Elise ou alors le nôtre qu’ils évoquaient ? »

« Tu marques un point. Imaginons le meilleur avant le pire ! »

Et s’ils avaient une chance de retrouver Elise et les autres… enfin surtout Elen dans son cas, alors, il devait s’accrocher à cette idée ! Au lieu de considérer que c’était tout simplement un coup du sort. Pfiou ! Maintenant, clairement, il était en forme et sur motivé par cette nouvelle. C’était sûrement pour cette raisons qu’ils avançaient à une allure plus rapide que les précédents jours.

En plus, ça ne pouvait pas être que du hasard le fait que les derniers villages traversés disaient la même chose concernant ce groupe hétéroclite. Un groupe comme le sien quoi ! Pfiou… Il avait la sensation que c’était peut-être la première fois depuis longtemps qu’ils étaient aussi proches de retrouver les autres. Il remarquait à peine la mine soucieuse de Manelena. Celle-ci n’était peut-être pas autant ravie que lui de retrouver Elise et les autres bien que cela soit pour une raison futile et ridicule.

Plusieurs espèces différentes, jamais le même chemin… et ils avaient une étrange idée en tête puisque visiblement, d’après les villages visités, ils étaient en train de chercher des outils et autres pour travailler la terre. Après une discussion avec Manelena et Héraisty ainsi que les chefs des différentes escouades de leur petite armée, ils en étaient venus à cette conclusion : ils étaient en train de créer de nouveaux chemins.

Des chemins vers où ? Sûrement la surface, ce n’était pas comme si c’était vraiment une bonne idée que de chercher à vouloir tracer d’autres voies vers la capitale. Par contre, cela voulait dire qu’Elise ne désirait d’ailleurs pas retrouver son père. C’était quoi alors son but réel dans toute cette histoire ?

« Si nous continuons à fouiner dans les environs et à nous renseigner… »

« Oui Tery, nous finirons bien par tomber sur eux, c’est exact. »

« Quelle super nouvelle ! Enfin, si c’est bien Elen et les autres qui nous attendent. Dommage que nous ne pouvons pas leur laisser de message. »

« Beaucoup trop dangereux, Tery. Tu le sais très bien qu’il y aurait une chance que ces informations données puissent être utilisées contre nous. »

Il s’en plaignait un peu mais ça ne changeait rien. Elle avait totalement raison sur le fait que ça serait de l’imbécilité que de permettre aux ennemis des deux autres armées que de savoir où ils se trouvaient.

Pour autant, s’il avait pu laisser un simple petit mot, comme pour signaler juste qu’ils étaient passés par ici, sans indiquer plus de détails, cela lui aurait bien plu. Mais bon, il ne pouvait pas tout faire non plus, surtout sans aucune précaution.

Enfin bon… Il allait juste attendre que ça se passe et qui sait, peut-être qu’à la toute fin, il aura alors la surprise de les retrouver. Pour l’heure, maintenant, l’armée d’Haiktos était loin derrière eux et il avait justement chercher à avoir quelques informations dans les différents villages. Juste en envoyant les démons de la propre armée qu’il dirigeait.

Ainsi, sans même attirer plus l’attention sur eux, ça permettrait d’éviter de prendre les mêmes voies qu’eux. Et surtout, ils arrivaient à créer l’illusion qu’ils n’étaient pas passés par ces chemins pour éviter que des éclaireurs ennemis ne tombent par mégarde sur eux. Car oui, ils ne pouvaient être certains que l’armée d’Haiktos ignore la disparition de quelques éclaireurs car ils auraient décidé de les éliminer. C’était pourquoi il avait préféré envisager cette méthode plutôt qu’une autre… plus violente.

Oui, des combats inutiles, ça ne les aiderait guère. C’était pourquoi il voyait cela de la sorte. Mais maintenant, est-ce que ça serait suffisant pour contenter tout le monde ? Certains dans l’armée avaient soif de batailles. Et c’était souvent eux qu’il envoyait lutter contre les monstres environnants pour les chasser et s’en servir comme nourriture.

« Héraisty, je voulais te demander puisque Tery ne peut pas vraiment répondre sur ce sujet. Mais comment est-ce que vous faites pour savoir si le monstre chassé n’est pas un ancien démon ? Et donc qu’il n’y a pas un risque que vous deveniez fous ou comme eux ? »

« Oh non, ne vous inquiétez pas. Même si c’était le cas, tant que nous cuisons la viande, cela suffit à détruire une bonne partie de ce qui nous permet de profiter de la puissance des autres démons. C’est d’ailleurs pour cela que certains n’hésitent pas à se consumer avant de mourir, tout simplement pour éviter que leur puissance ne puisse pas être utilisée contre leurs partenaires et autres. »

« Et c’est aussi pour ça que j’imagine que la décapitation a si souvent lieu parmi vous. »

Pour toute réponse à la réplique de Manelena, Héraisty ne fit qu’un petit sourire presque désolé. C’était exact. Ils décapitaient les démons pour une seule et bonne raison : les empêcher de se faire flamber ou de rendre impossible la consommation pour obtenir leurs pouvoirs. Cela ne fonctionnait pas tout le temps et il y avait bien d’autres façons de pourrir l’existence d’autrui.

Comme le fait de posséder un corps empoisonné qui emmènera le démon qui tentera de le dévorer à la mort. S’ils brûlaient le corps pour le cuire et donc empêcher que le poison ne les affecte, il y avait alors de très fortes chances que les pouvoirs ne soient plus transmissibles. C’était bien plus compliqué qu’il n’y paraissait.

« Ah oui… J’imagine que ce sont donc beaucoup de faibles démons qui se dévorent entre eux et qui finissent par devenir des monstres, c’est ça ? »

« Oui, comme ils sont incapables de se protéger entre eux, il faut bien que certains finissent par dépasser les autres. Malheureusement, d’un autre côté, ils sont trop faibles d’esprit qu’ils sont alors incapables de se contenir et de se retenir. »

« Ce qui donne les créatures monstrueuses que l’on affronte. Tiens, petite question : ces monstres sont… incapables de communiquer entre eux ou avec nous. Aucun ne ressemble à un autre ou presque mais… est-ce qu’ils peuvent se reproduire ? »

« C’est assez rare et les résultats sont aussi horribles que tu peux l’imaginer et le penser. Mais bon, il n’y a bien que les nobles démoniaques tordus qui s’amusent à faire ça. »

« Vous avez vraiment certains cas parmi vous… enfin, je dis ça mais dans chaque royaume et nation, il y a toujours des éléments « problématiques. ». »

« Je le sais bien et c’est pour ça que je ne m’en fais plus que nécessaire. C’est dommage mais c’est ainsi que le monde tourne et bouge. »

C’était assez … neutre comme réaction mais Manelena ne s’interrogea pas plus à ce sujet. Héraisty avait bien montré qu’elle avait bien plus la tête sur les épaules qu’elle ne le montrait en apparence. De ce qu’elle avait saisi de la démone, elle avait sûrement mûri grâce à Tery et Elise.

« Jamais tu n’as été intéressée à l’idée de dévorer d’autres démons ? »

« Non, car j’ai très vite appris ce que cela faisait de perdre son humanité. En tant que renifleuse royale, les tests… étaient vraiment assez ardus et pas du tout plaisants. Sincèrement, personne ne mériterait de faire de tels tests. »

« D’accord, d’accord, ne t’en fait pas, je ne vais pas demander plus de détails à ce sujet. Je crois que ça reste quelque chose d’assez sensible. »

« Disons que ce n’était pas tout rose et que bon, c’est derrière moi. D’un autre côté, cela devrait te rassurer de savoir que je ne veux pas me transformer en l’une de ces créatures juste pour avoir plus de puissance. »

« Même si j’imagine que les vrais monstres sont les démons qui arrivent à garder leur forme originale malgré qu’ils dévorent autrui, c’est ça ? »

« Ils sont très rares, ils font souvent partie de la très haute noblesse et même de la monarchie ou des proches de cette dernière. Mais oui, certains démons sont capables de cela. Mais ils ne peuvent dévorer qu’un démon en de très rares occasions. »

« Ah bon ? Et pourquoi cela ? Qu’est-ce qui les empêche d’en dévorer autant qu’ils désirent ? Il y a une raison à ça ? »

« Tout simplement le contrôle de soi. Déjà réussir à garder leur forme actuelle tout en dévorant un autre démon pour obtenir ses pouvoirs, cela demande une concentration de tous les instants. Ensuite, ils doivent réussir à contenir cette nouvelle source de puissance durant un certain laps de temps. Pour beaucoup de démons, cela peut prendre des années voire même une ou deux décennies. »

« Hmm… C’est un sujet que je ne connaissais pas du tout. Merci bien pour ces informations. C’est toujours intéressant à savoir. »

« Si tu veux, je pourrais t’en parler à d’autres moments car ce n’est pas vraiment le bon lieu pour ça. Mais je ne savais pas que tu t’intéressais à ça ? »

« Disons que j’aime bien en savoir plus sur mes ennemis. Vous êtes une race qui n’était pas connue il y a de cela quelques années, ou du moins, complètement oubliée. »

« Ce n’est pas très plaisant de s’entendre dire que l’on est considéré comme un ennemi, Manelena, mais bon, j’imagine que c’est parce que tu cibles plus particulièrement certains démons dans cette affirmation, non ? »

C’était exact. La femme en armure noire voulait connaître plus de détails. Ainsi, certains démons arrivaient à garder une apparence… normale. Cela voulait dire qu’il y avait une forte chance qu’Haiktos et Halyza aient déjà dévoré un ou deux démons. Peut-être même plus ? Bien entendu, elle ne se leurrait pas : Il lui manquait trop d’informations et peut-être qu’Héraisty aurait justement ces dernières.

« S’il faut, je viendrais discuter avec toi sous ta tente ce soir, Héraisty. »

« Tery ne risque t-il pas d’être jaloux de ne pas t’avoir à ses côtés ? » demanda la démone aux yeux verts avec un petit air malicieux.

« Oh, j’imagine qu’une nuit sans moi ne devrait pas trop le déranger. Ce n’est pas comme… ah, non. Rien du tout. Mais toi, aucun souci à ce que je vienne ? »

« Pas le moins du monde. Tu peux remarquer que malgré que nous soyons très nombreux, je ne discute pas vraiment avec beaucoup de personnes. La force de l’habitude, dira t-on. Alors si quelqu’un vient me voir pour justement vouloir discuter avec moi, qui suis-je pour m’en plaindre ? Une bien piètre personne. »

« Ne tombons pas dans le mélodrame, non plus. Je suis certaine que si tu faisais aussi le premier pas, ça passerait. »

Mais ce n’était ni le lieu, ni le moment pour parler d’un tel sujet. Autant garder cela pour ce soir avec le reste. D’ailleurs, juste pour aller titiller un peu le jeune homme aux cheveux bruns, Manelena était retournée auprès de lui, expliquant ce qui allait se passer ce soir.

Héraisty pouvait remarquer qu’il paraissait un peu dépité d’après l’expression sur son visage mais qu’il hochait la tête comme pour dire qu’il comprenait. Manelena lui donnait un petit coup de coude dans la hanche, semblant dire une plaisanterie qui fit sourire Tery bien qu’il rougissait aussi. Qu’est-ce qu’elle avait bien pu dire ?

Lorsqu’elle revint auprès d’elle, Manelena lui déclara que c’était résolu et que ce soir, elles allaient pouvoir discuter de tout leur soûl sans même avoir à s’inquiéter. Elle ira rejoindre Tery si vraiment la conversation ne prendrait pas toute la nuit.

« Et c’est le fait que tu lui aies dit ça qui l’a fait rougir ? »

« Oh non, pas du tout. C’est plutôt la méthode pour le réveiller et lui signale ma présence. Rien de bien saugrenu… mais sur ces petites choses, il peut paraître encore un peu candide. »

« Je ne sais trop rien à ce sujet. J’ai eu quelques histoires quand j’étais plus jeune mais j’ai très vite compris ça ne m’intéressait pas vraiment. »

« Ne t’en fait pas. Un jour, ça te tombera dessus sans même que tu t’en rendes compte. »

« Comme toi avec Tery, c’est bien ça ? »

« Exactement. Même si j’ai refusé ces sentiments pendant de longues années. Et que j’ai tout fait pour les étouffer. En même temps, avant certains évènements, ce n’était juste que de l’intérêt relatif envers sa personne. Puis peu à peu… »

« Oh non ! Je ne veux pas que tu en dises plus maintenant ! Il me faut en garder un peu pour ce soir ! Cela serait dommage de perdre quelques sujets de discussion. »

« Tu es vraiment diabolique quand tu veux t’y mettre. » soupira Manelena bien qu’elle était visiblement plus amusée qu’autre chose.

« Disons que je sais simplement comment obtenir quelques informations quand cela s’avère nécessaire. Et je crois que ça sera du donnant-donnant, non ? »

« Des informations contre des informations. Mais de là à comparer ce qu’elles valent, si tu es vraiment certaine que ça te paraît être une bonne monnaie d’échange. Mais il t’en faut vraiment peut, tu le sais ? »

Elle le savait parfaitement mais c’était ça qui rendait le tout plus intéressant. De plus, il fallait bien se divertir tant qu’ils ne trouvaient pas les informations qu’ils désiraient hein ? Enfin, surtout Tery puisque c’était lui qui voulait absolument cela.

Dans tous les cas, ils continuaient leur session d’exploration et Tery n’avait aucune idée de ce qui se tramait dans son dos entre les deux femmes. Pour l’occasion, le jeune homme repassait les troupes en revue pendant qu’ils avançaient.

Il allait à gauche, à droite, sans même réellement se soucier des monstres. Comme l’armée d’Haiktos était passée dans les environs, ils n’avaient pas trop à craindre et même si cela était le cas, ils étaient assez nombreux pour les combattre. Pour l’occasion, ils avaient toujours quelques blessés mais aucun mort n’avait été à signaler depuis leur départ.

Ce qui était vraiment la meilleure nouvelle ces derniers jours. Par contre, ce qui était une moins bonne nouvelle, cela avait été le village dévasté qu’ils avaient en face d’eux après une longue marche. Comment et pourquoi ? Qu’est-ce qui… s’était passé ?

« Essayez de trouver des survivants ! Si vous voyez un ennemi, n’hésitez pas à l’abattre ! Ou au moins à le blesser gravement ! La priorité reste aux soins ! »

Des consignes simples et claires. Il ne pouvait rien faire ou dire de plus. Oh bien sûr, il aidait quand même aux recherches mais à leur grand désarroi, c’était à peine s’ils trouvaient des cadavres et quand c’était le cas, ils n’étaient pas du tout en bon état. Même pour un soldat endurci, il y avait de quoi vouloir vider ses entrailles.

Pour autant, aucun ne se sentit mal car tous savaient que ce n’était pas le moment de flancher. À regarder ce village dévasté, il y avait une sinistre impression que les créatures étaient peut-être encore dans les environs. D’ailleurs, comme d’habitude, Manelena et Héraisty n’étaient jamais trop loin de lui. Cela malgré le fait que Clari était toujours présente à ses côtés. Comme la femme-golem ne s’exprimait jamais, il avait parfois tendance à penser qu’elle n’existait pas.

« J’ai une bonne ou une mauvaise nouvelle, Tery. Cela dépend du point de vue que l’on prend par rapport au sujet. Est-ce que tu veux le savoir ou pas ? »

« Tu peux toujours le dire. Dans le fond, qu’est-ce qui pourrait être pire que ça, Manelena ? »

« Eh bien… Disons qu’en vue des ruines et du sang, l’attaque est assez récente. »

Et pour sa petite remarque, elle déclarait juste par là que ça voulait dire qu’il y avait de fortes chances que les responsables de cette soient toujours dans les environs. Et donc qu’ainsi, ils devaient préparer au cas où une défense et une riposte.

« Vous, allez prévenir ceux qui sont dispersés de se réunir en groupes et de faire attention à leurs alentours. Vous resterez avec eux. »

C’était l’unique message qu’ils devaient transmettre. En même temps, il préférait que les messagers ne tentent pas de revenir vers eux, de risque de se faire agresser par surprise sur le chemin du retour. Déjà qu’à l’aller, il y avait aussi de fortes chances que ça soit le cas.

Et puis vinrent les premiers cris, les premières flammes en direction du plafond et aussitôt, il avait ordonné à tout le monde de l’accompagner alors qu’il se mettait à courir en direction des cris et des flammes.

« YERK YERK YERK ! Encore eux ?! Ils ont jamais leurs comptes ? »

« Ils ont des armures, ils vont peut-être offrir un peu plus de résistance en fin de compte, gnéhéhéhé ! Toute façon, ils ne peuvent rien contre nous ! »

« Hmmm ? Ce n’est pas ici qu’il se trouve, ah… Bon ben éliminons-les encore et encore, je vais aller voir ailleurs si je le trouve ! »

Des voix aisées à reconnaître pour leurs petits ricanements mais… Il ne s’était pas vraiment attendu à les rencontrer dans le monde souterrain. Arrivant au niveau des voix, il s’écria :

« Qu’est-ce que des gnomolds font par ici ?! »

Et on ne parlait pas de deux ou trois gnomolds perdus, loin de là. Non, il y en avait vraiment tout un groupe, peut-être autant que le leur. Comment est-ce qu’ils avaient réussi à se déplacer jusqu’ici ?

« Qu’est-ce que vous foutez ici ?! » répéta le jeune homme avec énervement. Il voyait déjà plusieurs de ses soldats dans un triste état et certains étaient même au sol, ne bougeant plus.

« Nierk ?! On dirait bien qu’il nous connaît, lui. T’es qui, toi ? »

« C’est moi qui pose les questions, vous avez compris ?! » s’égosilla t-il avant de prendre une profonde respiration. Non, il n’allait pas perdre son calme maintenant. Cela serait tout simplement ridicule et stupide.

« Héhéhé… On n’a pas besoin de te répondre. Vous allez rejoindre les autres. On va juste se débarrasser de votre race une bonne fois pour toutes. Vous n’auriez jamais dû tenter de remonter à la surface, saleté de démons ! »

« Je proviens déjà de la surface et visiblement, il y a encore des groupes d’imbéciles parmi les gnomolds pour ne pas comprendre ce que les différentes races tentent de faire ! »

Et puis, ça ne servait à rien de discuter avec ces gnomolds. Leurs armes étaient déjà tâchées de sang frais et ils n’avaient eu aucune hésitation à attaquer des démons innocents. Alors, à partir de là, il n’y avait aucune raison de se retenir face à ces être stupides.

« Éliminez les jusqu’au dernier. Puisqu’ils veulent jouer à cela, autant qu’ils comprennent ce que cela fait de passer de l’autre côté. »

« Fais attention, Tery, tu pourrais presque me ressembler en disant cela… mais ainsi sont tes ordres. On va commencer l’extermination. » murmura Manelena en passant à côté de lui, son épée commençant déjà à être parcourue par de l’électricité. Ces gnomolds avaient besoin d’une bonne leçon… et il était alors temps de la leur lui donner ! Peut-être qu’elle allait en garder un ou deux en vie… pour une interrogation, malgré les paroles de Tery.

Chapitre 39 : Passés inaperçus

ShiroiRyu
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Chapitre 39 : Passés inaperçus

« Gauche, droite, haut, bas. »

« Tery, tu n’es pas obligé non plus de prendre toutes mes consignes au pied de la lettre non plus hein ? Mais oui, c’est la bonne méthode. »

« Je veux être certain de bien saisir tout ce que tu m’as dit hier. Je suis en train de vérifier si les cristaux changent « rapidement » de couleur ou s’il faut quand même une bonne distance en terme de hauteur pour que ça soit vérifié. »

Hahaha. Elle se retint de sourire en le regardant. Il avait parfaitement raison de se poser la question. Même si elle n’avait pas tout précisé, à dessein, hier, en agissant de la sorte, il pouvait alors commencer à calculer la hauteur des cristaux et autres. Grâce à cette donnée, il serait alors possible de vérifier la dite hauteur mais aussi de voir à quelle profondeur ils étaient plongés depuis le début. Enfin, depuis le début, il sera difficile de le calculer exactement puisqu’ils n’avaient pas pris cette donnée en compte lors de leur arrivée sous la surface il y avait maintenant plusieurs semaines… ou mois ?

Une autre donnée qu’elle n’avait pas pris en compte là aussi. Elle n’avait pas penser à calculer le nombre de jours depuis qu’ils étaient arrivés. Il fallait dire en même temps que les journées dans cette capitale n’avaient pas été des plus reluisantes et que malgré tout, elle avait sûrement chercher à effacer en partie celles-ci de sa mémoire. Bien que d’un autre côté, il y avait certains évènements qui la poussaient à apprécier la capitale. Des évènements bien plus plaisants à se rappeler. D’ailleurs, elle remarquait que malgré le fait qu’ils dormaient ensemble, Tery et elle ne faisaient rien de plus.

Pas que ça la dérangeait, elle n’était pas comme ses femmes qui se sentaient obligées sur l’homme qu’elles désiraient mais c’était vrai que maintenant qu’elle et Tery l’avaient fait, elle avait comme un feu qui la dévorait de l’intérieur. Ce n’était pas comme une sensation de manque, non, elle avait assez de contrôle de soi pour éviter que ça ne se termine ainsi mais… Peut-être avoir cette sensation de rattraper le temps perdu. Et en même temps, de vérifier toutes les façons que Tery avait de l’aimer.

En fait, elle comprenait aisément pourquoi et comment Elen pouvait le désirer, et pas seulement pour le comportement. Oh, elle n’avait aucune idée de comparaison et clairement, ce n’était pas son objectif mais ces instants avec Tery étaient gravés dans sa mémoire. Oui, elle avait la sensation qu’il pensait à elle et pas sa propre personne dans ces moments.

Était-il le meilleur des amants ? Elle n’en savait clairement rien. Par contre, ce dont elle était certaine, c’est qu’il était attentionné et pour une femme comme elle qui avait toujours vécu avec dureté et froideur, cela lui procurait un certain bien. Plongée dans ses pensées, elle ne remarquait qu’à peine qu’ils continuaient d’avancer et surtout écoutait peu les propos de Tery alors qu’elle ne faisait qu’hocher la tête positivement.

Pour une fois, elle pouvait bien se permettre de ne pas être sur ses gardes et de lui faire confiance, non ? Dans tous les cas, sa main qui était jointe à la sienne l’avait été de façon discrète et cela malgré qu’elle portait de son côté un gantelet noir métallique.

« Je me dis quand même que nous devrions trouver une sorte de petite montagne, Manelena. »

« Hum ? Hein ? Oh, oui, bien entendu, Tery. »

« Je me dis que si on utilise une montagne comme repère et si nous avons un peu de chance, nous pourrons trouver plusieurs cristaux de couleurs différentes. Maintenant, le gros souci, c’est de savoir si c’est régulier. Genre, si c’est tous les dix mètres de hauteur, ou alors cent, et si ça recommence en boucle et tout ça. »

« Cette histoire de cristaux te passionne vraiment, Tery. Tu sais qu’il n’y a pas que ça, hein ? Il faut aussi te concentrer sur le reste. »

« Je le sais bien mais bon… Ce qui est plaisant, c’est qu’Héraisty peut m’aider. »

« Hum, hein ? Comment ça ? » demanda Manelena perdant ses rêveries et son sourire sous son casque. « Comment peut-elle t’aider ? »

« Eh bien, en tant que renifleuse, cela reste une démone un peu intellectuelle et elle m’a confirmé tout simplement qu’elle est plus qu’apte à me renseigner sur les cristaux même si elle m’a signalé qu’elle préfère l’idée que je découvre par moi-même. »

« Tu n’étais pas non plus obligé de tout lui raconter, Tery Vanian. Il y a des choses qui ne se partagent pas avec autrui hein ? »

Hmm. Au revoir la bonne humeur et les rêveries. Merci le retour au monde réel par Tery. Des fois, elle se demande s’il ne le ferait pas un petit peu exprès pour l’embêter ? Si tel était le cas, elle se fera une joie de lui tirer les oreilles.

Enfin bon, au moins, ça occupait le jeune homme pendant l’ascension vers la surface. Une ascension un peu retardée par quelques monstres vu que finalement, certains démons avaient proposé de les attirer via quelques parfums et autres phéromones. Visiblement, certains avaient de la suite sur les idées. Par contre, aucun n’allait chercher à les dévorer, non. Ils étaient exterminés pour pouvoir ensuite chasser plus tranquillement quelques animaux souterrains comme ces imposants lézards rocailleux.

D’ailleurs, certains de ces lézards, plus gros que les autres, possédaient des cristaux sur leurs dos. Mais même s’ils étaient plus aisément repérables, Héraisty avait signalé à Tery qu’ils étaient aussi bien plus dangereux, ce qui expliquait qu’aucun prédateur ne venait les attaquer. Enfin, aucun ou presque. Ceux qui désiraient vraiment s’en prendre à eux ne s’inquiétaient pas pour cela.

Tant de petites choses à apprendre et pourtant, il fallait les retenir. Et maintenant qu’il en avait parlé avec Héraisty, celle-ci ne semblait pas se priver de lui donner des cours directement sur le terrain. Il avait aussi très bien compris que dans le fond, il aurait dû commencer par ça bien plus tôt.

« Chef, chef, chef ! Y a les éclaireurs qui veulent vous voir ! C’est urgent ! »

Hein ? Il avait été coupé dans ses pensées par la venue d’un soldat. Celui-ci était visiblement honorien en vue de sa taille et de ses oreilles. Tery lui laissa le temps de reprendre sa respiration, le soldat étant visiblement essoufflé par la course.

« Où sont les éclaireurs ? Comme je ne peux pas avoir une vision d’ensemble, je ne peux pas vraiment savoir d’où ils proviennent. On leur avait demandé un tour des environs. »

« Ils arrivent vers vous, c’est juste qu’ils sont un peu épuisés et que comme nous ne sommes pas tous ensemble, ils doivent encore faire un peu de chemin. »

Hmm, non pas qu’il trouvait ça étrange mais il était vrai qu’en se séparant en petits groupes, avec peu de distance entre chacun d’entre eux. L’être en face de lui était tout simplement un messager, aussi apte et rapide que les éclaireurs, nécessaire pour se déplacer à toute allure et faire les transmissions entre les différents groupes.

« Dès qu’ils se seront assez reposés, qu’ils viennent… même si le plus tôt sera le mieux si c’est vraiment urgent. Oh et puis non, je vais faire mieux. Je vais me déplacer. Manelena, Héraisty, vous pouvez gérer le groupe ? »

« Je voudrais plus être à tes côtés à cet instant précis mais non, je serais bien trop lente. On va donc éviter. Tu peux y aller. »

Cela ressemblait presque à une autorisation de sa part et il avait juste un petit sourire amusé aux propos de Manelena. Néanmoins, il avait décidé de suivre le messager, commençant à courir à toute allure sur la pierre. D’ailleurs, il utilisait cette dernière pour glisser le plus rapidement possible jusqu’à arriver aux éclaireurs.

Pfiou ! Premier constat et soulagement : ils n’étaient pas blessés. Ils étaient principalement fatigués et usés jusqu’à la moelle. Second point : Ils étaient presque comme effrayés de quelque chose mais quoi ? Il n’allait pas tarder à le savoir.

« Chef… Chef vous vous êtes déplacés pour nous ? »

« Il le faut bien, non ? Surtout si c’est si urgent. Et vu que vous semblez être au bord de l’évanouissement, je ne vais pas prendre le risque. Dites-moi en une phrase les grandes lignes. Qu’est- ce qui s’est passé ? »

« Nous… Nous avons trouvé toute une escouade. D’après les armoiries visibles sur leurs armures, drapeaux et autres, il s’agit d’une escouade au service d’Haiktos. »

Armoiries et autres ? En y réfléchissant plus longuement, c’est vrai qu’Elise et lui, quand ils étaient accompagnés, n’avaient rien qui prouvait qu’Elise était une descendante légitime du roi. Oh, à part bien entendu la renifleuse dénommée Héraisty qui avait confirmé cela.

« Et est-ce qu’ils vous ont repéré ? Car si c’est le cas, vous venez de les emmener directement sur nous, mais je ne pense pas que vous ayez fait ceci, non ? »

« Non, non ! Pas du tout mais … En vue de leur nombre, l’un de nos groupes risque de tomber sur eux et il faudra réagir ! »

« Hmm… Merci beaucoup. Reposez-vous. Je vais sûrement prendre le messager de votre groupe en plus du mien. Comme ça, avec la décision prise, nous pourrons vous la transmettre le plus rapidement possible. Je vais retourner dans mon groupe, reposez-vous. »

Il s’était répété mais c’était bien parce qu’il voyait que les éclaireurs étaient vraiment épuisés. Maintenant, il avait repris la route pour retourner auprès de Manalena et Héraisty. C’était logique de leur demander des conseils.

« Si nous devons nous confronter à eux, les pertes seraient trop grandes de notre côté et je crois même que l’on risquerait de perdre. »

« Je le sais très bien, Manelena. Et vu que nous ne pouvons éviter la confrontation, autant dire que cela s’annonce très mal pour nous. Je ne suis pas certain que nous pourrons nous en sortir. Qu’est-ce qu’on va faire exactement ? »

« Et si… vous demandiez aux troupes non-démones de se mettre de côté, voire de se cacher pendant que nous autres, démons, nous parlerions avec eux. » déclara Héraisty alors que Tery clignait des yeux, s’exclamant :

« Mais c’est bien trop dangereux ! Héraisty ! S’ils savent qui tu es, tu es morte ! »

« Même s’ils savent qui je suis, je reste une renifleuse royale et je pense m’en sortir. Et puis, si je dois être condamnée, c’est mieux que nous tous, non ? Fais-moi confiance, tout va bien se passer, j’en suis sûre et certaine. »

Comment est-ce qu’elle pouvait être aussi confiante à cet instant précis ? Il n’en savait rien et ça ne le rassurait pas. D’ailleurs, il en tremblait un peu mais Manelena posa une main sur son épaule, regardant fixement Héraisty avant de dire :

« Tu es certaine de ce que tu fais, Héraisty ? Si tu en est convaincue, alors, il n’y a aucune raison de t’arrêter. Mais il faut que tu sois sûre à cent pour cent. »

« J’en suis sûre et certaine. Je sais ce que je dois dire et ce que je dois faire. »

Et lui dans tout ça ? Il ne pouvait pas dire ce qu’il pensait ? Est-ce qu’il devait juste attendre que ça se passe ? Et juste souffrir en silence ? Il eut un petit soupir de tristesse avant de murmurer à son tour :

« Fais simplement attention à toi, Héraisty. Je ne veux pas perdre une amie précieuse. »

« Ne t’en fait pas, tout va bien se passer. Si cela peut te rassurer, je sais exactement ce que je veux faire, hahaha. »

Ce qu’elle veut faire ? Comment est-ce qu’il pouvait vraiment croire ce qu’elle disait ? Mais pourtant, c’était ce qu’il devait faire. Il prit une profonde respiration une nouvelle fois avant de la laisser s’éloigner. Lui de son côté, il allait préparer les troupes.

Et rapidement, plusieurs minutes après, l’armée s’était divisée en deux. Il n’y avait pas autant de démons que de soldats de la surface et peut-être qu’elle allait s’en tirer ? Dans tous les cas, toute sa troupe était éparpillée de telle façon qu’il serait difficile de les repérer. Et lui ? Malgré tout ce qu’il avait dit, il avait voulu absolument voir au loin ce qui se passait.

« Ils sont tellement nombreux… »

Ce fut le premier constat qu’il avait remarqué en observant tout ça de sa « cachette ». Ils étaient tellement nombreux… tellement nombreux. Il se répétait cela alors qu’il déglutissait. Il arrivait à voir Héraisty qui avait « pris les commandes » du groupe en train de marcher vers un démon qui semblait être celui qui dirigeait l’armée d’Haiktos.

Impossible de les entendre, il était beaucoup trop loin. Il aurait pu venir avec elle mais… cela aurait été tout simplement une mauvaise idée. Il était connu comme le chevalier de la princesse Elise. Mais en même temps, Héraisty, elle n’avait pas de souci ? Elle ne risquait pas d’être reliée à eux ?

Pour le reste des démons du groupe, aucune crainte de ce côté mais ça ne changeait rien du tout vu qu’il suffisait juste que l’un soit reconnu pour que ça dégénère. Et ça, vraiment, ce n’était pas du tout ce qu’il espérait.

Combien de minutes s’étaient écoulées ? Car il avait l’impression que le temps venait de se stopper. Déglutissant, il voyait bien les soldats de l’armée d’Haiktos qui passaient parmi les membres du groupe dirigé par Héraisty.

Oui, ils étaient clairement en train de faire une inspection pour être certains qu’Héraisty ne mentait pas. Mais mentir sur quoi ? Sur le fait qu’ils n’y avaient que des démons ? Héraisty n’avait pas voulu parler de ce qu’elle comptait faire exactement..

Encore d’autres minutes, cela devait bien faire une demie-heure. Il en était sûr et certain maintenant. Pourquoi est-ce que ça prenait autant de temps ? Est-ce que les soldats d’Haiktos se doutaient de quelque chose ? Si c’était le cas, ils allaient vraiment tous mourir !

Il devait réagir ! Mais le temps qu’il arrive pour prévenir le reste de l’armée, ils allaient tous se faire tuer ! Pourquoi est-ce qu’il avait accepté la proposition d’Héraisty ? Il le regrettait totalement maintenant ! Elle allait mourir et les autres soldats aussi ! Pire encore, si parmi les démons du groupe d’Héraisty, il y avait des traîtres à la solde d’Haiktos ? Ou Halyza ?

Ils étaient alors au courant de toute l’histoire ! Ils allaient … Non. Vraiment. VRAIMENT ! Il ne devait pas y penser ! Cela n’allait pas se passer ainsi et… Pourquoi est-ce qu’il voyait certains soldats d’Haiktos qui semblaient rire avec d’autres démons dans le groupe ?

« Il y a des traîtres ! IL Y A DES TRAÎTRES ! »

Il veut hurler, c’est même presque le cas avec sa bouche qui s’ouvre mais il vient de forcer son poing dans sa bouche avant de cligner des yeux. Et il est vraiment en train de le mordre jusqu’au sang avant de finalement remarquer que l’armée d’Haiktos est en train de continuer son chemin, comme si de rien n’était.

« Terminé ? Ils s’en sont sortis ? Vraiment ? »

Il avait encore du mal à le croire. Il était incrédule par rapport à tout ça. C’était n’importe quoi. Il détestait être aussi peu confiant par rapport à la situation. Mais il devait attendre, encore une trentaine de minutes, surtout qu’Héraisty et son groupe avaient repris la route, l’air de rien. Normal d’agir de la sorte. Ils ne pouvaient pas les attendre. Cela serait beaucoup trop dangereux et stupide.

Finalement, il était retourné auprès de Manelena et les autres. Elle ne posa aucune question sur les traces de morsure sur le poing droit de Tery, demandant simplement si tout s’était bien passé. Il rétorqua :

« Je n’en sais rien ! Rien du tout ! Mais ils sont encore vivants. »

« C’est donc que tout s’est bien passé. Allons-y. Nous n’allons pas la faire attendre plus longtemps. Je ne pensais pas qu’elle y arriverait sans aucun souci mais excellente nouvelle. »

HEIN QUOI ?! Elle venait de dire ouvertement qu’elle n’avait pas confiance en Héraisty ou alors il venait de très mal entendre ?! Il la regarda, un peu interloqué, cherchant à voir si elle plaisantait ou non. Mais ce n’était pas possible hein ?
Après avoir réuni le groupe à nouveau, ils se remirent en marche pendant deux bonnes heures. Oui, il avait fallut deux heures complètes pour qu’un message démoniaque n’arrive à leur hauteur et déclare :

« Chef Tery ! Dame Héraisty m’a chargé de vous emmener jusqu’à notre point de ralliement. Bien que nous n’en n’avions guère, elle l’a appelé ainsi. »

« D’accord, d’accord. Ne perdons pas une minute de plus. Si nous attendons trop longtemps, qui sait ce qui pourrait se passer ? On va vous accompagner. »

Il voulait surtout parler avec Héraisty, se rassurer sur tout ça et être certain que tout allait se passer pour le mieux. Tant qu’il n’avait rien pour se convaincre qu’elle était en parfaite santé, son stress n’allait pas diminuer.

« Oh ? Vous voilà enfin ! Désolée, j’ai préféré m’éloigner et… HEY ! Eh bien ?! »

Elle s’était exclamée en sentant que Tery venait de se jeter sur elle pour l’enlacer. Pfiou. Elle ne s’était pas attendue à une telle accolade de la part du jeune homme, mais en voyant Manelena qui soupirait, elle comprenait que ça n’avait rien d’anormal.

« Qu’est-ce qui se passe donc ? On dirait que tu as presque vu un fantôme. »

« Ce n’est pas ça ! Tu es indemne… et les autres aussi ! Je vous observais de loin. J’ai vu que ça traînait et j’ai cru… que… enfin… »

« Que ça se passait mal ? Disons qu’ils se pensaient plus malins que nous et qu’on a juste joué le jeu, n’est-ce pas ? » dit Héraisty avant de se tourner vers trois soldats démoniaques qui se rapprochèrent d’eux en souriant.

« Ah ça… Comment est-ce qu’on s’appelle quand on trompe un groupe avec un autre ? »

« Double jeu ? » dit le second soldat au premier qui avait posé la question.

« Et quand on trompe le second groupe avec le premier groupe en lui faisant croire que l’on est du second groupe qui trompe le premier ? »

« Je sais juste que j’ai mal au crâne. » déclara le troisième démon en souriant, se massant les tempes alors que Manelena répondait :

« Agent triple, tout simplement. Vous êtes au service de l’empereur Malark, c’est bien ça ? »

« De base, on va dire qu’officiellement, nous sommes au service d’Haiktos. Mais en réalité, ce n’est pas trop ça. Mais pour un simple chef de troupe comme celui que nous avons rencontré, il ne peut pas vraiment deviner la tromperie. »

Pfiou… Pfiou… Le jeune homme aux cheveux bruns poussa plusieurs soupirs comme s’il venait enfin d’être soulagé d’un poids sur la conscience, regardant les démons.

« Et j’imagine que vous aviez interdiction de nous le dire, c’est ça ? Héraisty, tu étais au courant ou alors… tu l’as découvert ? »

« Je l’ai tout simplement découvert ces derniers jours. Certains soldats avaient une petite « aura » ou odeur un peu différente des autres. J’avais la sensation qu’ils étaient plus que de simples soldats. Et puis, en même temps, ils faisaient partie des nouveaux arrivants pour deux d’entre eux, n’est-ce pas ? »

« Oui, nous sommes venus apporter de l’aide à notre premier envoyé. Mais bon, maintenant que vous le savez, cela sera plus difficile de… »

« Je vais juste faire comme si je n’en savais rien. Me connaissant, il se pourrait que j’oublie ce genre de détails très rapidement si j’estime que ce n’est pas un danger pour moi-même et les personnes qui m’accompagnent. Je vous fais confiance. »

« Et si tu veux bien me relâcher, Tery ? C’est que tu me fais un peu mal, je dois avouer, hahaha. Même si c’est mignon de ta part. »

« AH ! Euh … Désolé … Ce n’était pas voulu ! Enfin, pas comme ça, je voulais dire. Je suis vraiment confus, pardon. »

Il tentait encore de s’excuser, une fois de plus, toujours une fois de plus… en espérant que cela conviendrait à la jeune femme cornue. Celle-ci avait le regard rieur derrière des lunettes alors qu’il avait enfin décidé de se détacher d’elle.

« Pardon.. .Vraiment. Et je suis désolé, j’étais vraiment inquiet. J’avais peur qu’ils vous encerclent tous pour vous exterminer. »

« Tu t’en fais beaucoup trop pour nous, Tery. Nous avons décidé de jouer le jeu et nous étions prêts aux conséquences. Cela aurait rendu votre tâche plus difficile mais nous étions conscients de ce que nous faisions. C’est pourquoi tu n’avais pas à t’en faire. Ah… Ils n’osent pas toucher aux renifleurs royaux et j’ai toujours mon badge avec moi et quelques armoiries liées à ma famille. S’ils se sont renseignés, ils savent alors ce que j’étais. »

Cela faisait beaucoup à apprendre sur le coup. Pour autant, il allait faire comme s’il avait tout compris. Il regarda Héraisty, souriant juste un peu. Elle cachait bien son jeu. Elle n’avait pas survécu dans ce monde hostile juste à cause de son métier. Il devait… vraiment faire plus confiance à de nouvelles personnes qui lui étaient proches.

Chapitre 38 : Des informations capitales

ShiroiRyu
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Chapitre 38 : Des informations capitales

« Bon… Je tiens juste à terminer par un rappel de notre objectif premier : retrouver l’un des groupes de la surface qui se balade dans les souterrains. »

Et voilà. Il avait terminé un petit discours comme il le faisait chaque jour. Ce n’était pas qu’il en avait rien à faire, loin de là. Simplement, il voulait juste que leur mission principale soit bien ancrée dans le cerveau de chacun : il n’était pas question d’envisager de retourner à la surface. Du moins, ils allaient monter peu à peu mais ils allaient prendre leur temps pour y arriver, du temps qui allait être nécessaire pour explorer les environs.

« Même discours à la même heure au même endroit, Tery. Tu ne te lasses pas ? »

« Pas le moins du monde, Manelena. Il faut bien cela pour être certain que tout se passe bien. Ah… Nous y allons si lentement, nous n’avons pas encore rencontré de villes ou villages bien que ça fait déjà une semaine que nous sommes partis. »

« En même temps, nous évitons ces derniers, c’est donc normal de pas les trouver, non ? »

« Hin hin hin. Oui, je sais bien que j’ai dit ça de la sorte mais… ce que je veux dire, c’est que nous avons trouvé surtout des monstres et aucun démon. Je pensais vraiment que nous aurions quelques ennuis en partant mais il semblerait que non. »

« Ils ne veulent pas prendre plus de risque que cela. C’est compréhensible. Ils savent pertinemment que cela serait très ennuyeux pour eux que de se confronter à nous. Par contre, d’un autre côté, si nous tombons sur un contingent des deux autres membres de la famille royale, il risque d’y avoir du grabuge. »

« Je pensais plus ou moins à eux, oui. Mais bon… Est-ce que tu as déjà mangé ? »

Un petit sourire suffit à lui répondre que non et il l’invitait alors à prendre un morceau avant de marcher tout en dégustant leurs plats. Oui, cela ne serait pas très copieux et en même temps, il fallait éviter de manger trop lourd pour la marche.

La dite-marche ne tarda pas, dès qu’ils avaient fini de démonter les tentes et le reste et les voilà tous repartis pour plusieurs heures à monter et descendre des chemins de pierre, passant rarement par des coins boisés et parsemés par les herbes.

D’ailleurs, Tery était même un peu étonné de voir des arbres pousser dans un tel endroit mais avec les explications des démons, il avait fini par comprendre que même si c’était très rare, la végétation arrivait à se développer grâce aux cristaux qui parcouraient les zones. Ces cristaux lumineux et qui produisaient de la chaleur, utilisés aussi dans les villes, étaient vraiment très utiles.

Alzar avait vraiment eu une bonne idée en venant créer ce monde souterrain. Il avait prévu beaucoup de choses malgré le défaut principal de ne pas être à la surface pour voir fleurir les vertes prairies. Oui, dans sa jalousie, il était quand même assez intelligent. Alors vraiment, comment est-ce qu’ils en étaient arrivés à ce que ça dégénère autant ?

« Il faudra vraiment qu’on remette la main sur eux, Manelena. »

« Qui donc ? Si tu ne donnes pas de nom, je ne peux pas savoir, tu te doutes ? »

« Sérest et Séran. Ils en connaissent bien plus qu’ils ne le prétendaient et je veux des explications sur beaucoup de choses, dont le Dévoreur. »

« Je vois, je vois… enfin, je ne pense pas qu’ils te répondront ou alors de façon évasive. Enfin, je veux dire, tu étais pas conscient réellement à ce moment précis mais ils n’ont quand même pas eu vraiment d’hésitation à se sacrifier et à envisager la mort de leur fille non plus hein ? Je ne sais pas trop ce qui se passe dans leurs têtes, je dois avouer. »

« Ouais, je m’en doute. Je ne peux pas espérer grand-chose de plus de leur part de toute façon. » marmonna Tery.

Il avait juste chercher un sujet de conversation mais au final, le résultat était le fait qu’il s’énervait plus qu’autre chose. Et pour une raison vraiment stupide en plus. Car il ne fallait pas espérer mettre la main sur eux avant un bon bout de temps. Et de toute façon, il espérait plutôt retrouver Elen et les autres avant Sérest et Séran.


Pas qu’il n’appréciait pas Sérest et Séran mais le reste du groupe avait plus d’importance qu’eux. Oui, il n’avait même pas vu ne serait-ce que l’ombre du couple divin pendant ces dernières années donc bon…

Pendant qu’il était plongé dans ses pensées, il jetait quand même un œil autour d’eux. De toute façon, il avait aussi envoyé quelques éclaireurs et autres pour être sûr de ne pas tomber dans un piège sordide ou quelque chose du genre..

Oui, il touchait vraiment du bois car même s’il semblait se plaindre que de ne pas avoir rencontré d’autres personnes démoniaques. Ouais, franchement, il avait beaucoup de mal à accorder sa confiance à autrui s’ils rencontraient des démons qu’ils ne reconnaissaient pas.

« Tu as l’air assez tendu, Tery. Est-ce que tu veux en parler ? »

Avec ses réflexions internes, il n’avait pas remarqué que Manelena avait laissé sa place à Héraisty et que celle-ci s’était rapprochée pour se mettre à sa hauteur. Elle avait vraiment de jolis yeux derrière ses lunettes, hein ?

« Je ne vois pas tellement ce que je pourrais te dire de toute façon. Donc je pourrais t’en parler mais vu que je ne sais pas ce que je veux dire exactement, je ne crois pas que cela nous mènerait à quelque chose de toute façon. »

« Ou peut-être que cela pourrait te soulager un peu ? Même si c’est de tout et de rien, qu’est-ce que tu en dis ? »

« J’en dis que je n’en sais rien mais bon… Au point où j’en suis, hein ? Pourquoi ne pas essayer ? Bon… Qu’est-ce que je peux te raconter ? Simplement, que je pensais à des personnes que je connaissais avant d’arriver dans le monde souterrain ? »

« Tu peux dire leurs noms. Nous en avons si souvent parlé que je pourrais presque prétendre les connaître aussi bien que toi, hein ? » lui déclara Héraisty tout en souriant.

« Sérest et Séran. Ils en connaissaient bien plus qu’il n’y paraissait et au final, toute cette histoire avec le monde souterrain est en partie de leur faute. »

« De leur faute… ou grâce à eux, non ? Cela doit dépendre du point de vue, tu ne crois pas ? Cela reviendrait presque à dire que tu es triste de m’avoir rencontrée. »

« Ce n’est pas du tout ça ! Et disons que… L’objectif était bon, la méthode l’était beaucoup moins, c’est tout. Je suis plus dépité qu’autre chose. »

« Hahaha, c’est normal mais… Au moins, je ne peux qu’apprécier cette idée de leur part. Grâce à cela, j’ai pu enfin aller à la surface, ce n’était pas qu’une chimère inventée dans les livres. J’ai aussi rencontré les différentes espèces de la surface, et aussi la princesse demi-démone et un charmant jeune homme aussi. »

« Tiens, pour ce dernier, faudra me le présenter, je ne suis pas certain de le connaître. » dit-il dans un petit sourire qui se voulait amusé.

« Oh… Il a quand même son caractère. Difficile de savoir s’il est sociable ou non mais je pourrais en parler pendant des heures car c’est vraiment un sujet très intéressant. »

« Un simple sujet d’étude ? C’est assez triste pour lui, non ? Vous n’auriez pas de parole plus tendre envers sa personne ? »

« Oh… Il ne va pas s’en offusquer car il sait que c’est bien plus que ça. Comme il est provenu de l’extérieur, il en avait rien à faire de mes origines, de ma place dans la hiérarchie et toutes ces choses. C’est devenu mon ami naturellement. »

« Ohla, on va peut-être arrêter là, Héraisty. Je crois que je vais être gêné à force. »

Elle rigola doucement, lui murmurant ensuite qu’elle préférait qu’il soit gêné par ses paroles plutôt que maussade par les pensées qui l’habitaient. Grâce à cela, il était plus d’entrain pour discuter de ses projets avec Manelena, attendant qu’elle soit à nouveau dans son champ de vision pour se rapprocher d’elle.

« Manelena ? On peut converser, toi et moi ? »

« C’est déjà ce que nous faisons actuellement non ? Mais oui, on le peut. Tu me sembles d’un peu meilleure humeur. Je vais être un peu jalouse des capacités d’Héraisty à pouvoir réussir ceci alors que j’en suis incapable. »

« Ce n’est pas ça. Tu es très bien dans ce que tu fais, Manelena. Je voulais justement te parler d’une chose importante. Tu sais que j’ai dit que l’on devait éviter de rencontrer des villages et des démons sur notre route, non ? »

« Si c’est pour me dire que tu as changé d’avis, je serais plus que déçue. »

« Ce n’est pas vraiment ça. Simplement, je veux te parler du projet plus en détails. »

« Eh bien, comme je te l’ai dit, je t’écoute donc tu peux tout me dire, Tery. »

Ce n’était pourtant pas difficile et pourtant, il mettait plusieurs secondes avant de trouver les premiers mots. C’était juste une idée un peu folle mais par rapport à tout ce qu’il avait proposé, c’était pourtant si commun et banal.

« Alors… Pfiou… Tu sais, j’ai dit de ne pas aller chercher des démons mais en même temps de ne pas aller à la surface. Pourtant, j’ai déjà réfléchis à bien plus tard et je me dis que j’aimerais bien que l’on creuse des galeries vers la surface. »

« C’est quoi cette idée saugrenue ? Une galerie vers la surface ? Et pour quoi faire ? »

« Non non. Je veux dire, si on y réfléchis bien. Les grottes qui mènent à la surface, ce sont sûrement des grottes naturelles car si tu observes bien, lorsque nous en sortons, on se retrouve bien trop souvent dans la campagne ou en plaine forêt ou même dans une prairie quoi. »

« Mais c’est pourtant facile à expliquer, ça, Tery. Dis-toi que ces grottes sont là depuis des millénaires, non ? Ce qui veut dire qu’à cette époque, ces grottes devaient sûrement être bien plus utiles et surtout non-éloignées de plusieurs villes. »

« Oui mais maintenant, ce n’est plus le cas puisque le monde à la surface a évolué non ? Je n’y avais pas pensé sur le coup mais tu as parfaitement raison. Mais voilà, je voulais surtout me dire… si on se rapproche des démons, on pourrait envisager de créer des entrées vers le monde souterrain non-loin de quelques villes de Shunter. »

« Tu es beaucoup trop gentil, stupide et candide. Et oui, tu es tout ça à la fois. Tu as vraiment une vision de ce monde totalement différente des autres. »

« Je ne le fais pas exprès. Et pourtant, en vue de ce qui s’est passé, je sais parfaitement que ça pourrait donner un résultat des plus horribles mais… »

« Tu ne peux pas t’empêcher de le proposer. C’est dans ta nature la plus profonde, je le sais très bien, Tery. C’est pour cela que tu es vraiment adorable. »

« Adorable… Je ne sais pas si c’est flatteur. Mais bon, j’imagine que pour un tel compliment, il me faut mettre ma virilité de côté, c’est ça ? »

« Exactement. Ce n’est pas comme si je ne l’avais pas vue fréquemment ces derniers temps hein ? Mais bon, par rapport à ton idée, elle mérite d’être creuser et prise en réflexion mais tu sais, ça ne se fera pas comme ça. Peut-être déjà qu’il vaudrait mieux travailler sur une route partant d’une grotte démoniaque pour guider jusqu’à un village. Cela sera déjà une première étape. On ne peut pas brûler ces dernières. »

« Donc cela reste quand même une idée intéressante ? »

« Bien entendu. Pourquoi je prétendrais le contraire ? C’est quand même une belle chimère mais si personne ne s’accroche à ces dernières, bon nombre d’inventions n’auraient jamais vu le jour. Donc oui… Même si on prétend que tu n’es qu’un rêveur, tu dois t’accrocher à tout ça pour qu’un jour, ça se réalise. »

« Quand tu parles ainsi, je crois ne pas être le seul à rêver, Manelena. »

« Disons que j’ai rencontré quelqu’un qui m’a offert un avenir alors qu’auparavant, je n’avais jamais envisagé la possibilité que cela me soit possible. »

C’était aussi simple que ça. Le jeune homme était cette personne mais ça, il devait s’en douter. Par contre, elle n’allait pas être trop sentimentale non plus. Bien qu’elle arborait un sourire, elle était déjà en train de réfléchir plus longuement à la proposition de Tery.

Bien entendu, tout cela était dans sa tête et méritait d’être travaillé. Déjà, cela serait difficile d’envisager une telle chose tant qu’il y aura encore les deux factions des enfants de l’empereur Malark. Haiktos et Halyza, si elle ne se trompait pas dans les noms.

Oui, il ne fallait pas se mentir. S’ils tentaient quelque chose, ces deux-là allaient leur mettre des bâtons dans les roues et autant dire qu’ils n’allaient pas vraiment avancer. Même si on mettait ce problème de côté, d’autres restaient présents. Il suffisait de voir comment elle avait été obligée de vivre en arrivant dans la capitale.

Les démons… étaient effrayants sur bien des plans. Ils vivaient d’une façon bien différente de la leur par rapport aux différentes classes sociales. Encore que non, elle ne devait pas se leurrer. Si à la surface, les nobles avaient la possibilité de dévorer autrui pour posséder plus de force, ils n’hésiteraient pas une seule seconde.

C’était ancré dans l’histoire des puissants, le fait d’assouvir encore plus ceux qui étaient sous leurs jougs. C’était pourquoi il y avait tant de précautions à prendre. Elle-même, en position de force, elle pouvait aisément briser ceux qu’elle désirait mais… ce n’était pas ce qu Tery voudrait, n’est-ce pas ? Oui… Si elle se retenait autant, c’était bien parce que Tery était à ses côtés, qu’elle avait changé grâce à lui.
Mais dans le fond, elle n’oubliait pas sa place dans le monde… et en même temps, elle savait parfaitement que son rôle n’était pas de montrer ne serait-ce que la moindre faiblesse face aux nobles et aux citoyens de base. Certains être, dans ce monde, avaient besoin d’être dirigés. Sans cela, ils étaient complètement perdus et incapables de survivre.


Tout était une question d’équilibre et elle était certaine que Tery n’était pas apte à cela. Non, il aspirait à une vie tranquille, comme à ses débuts, lorsqu’il avait voulu quitter le village de Leskar. Mais avec la force des éléments et du destin, le voici encore maintenant au centre de tout. Était-ce par ce qu’elle savait qu’il n’était pas à sa place qu’elle voulait le protéger ?

À cause de son caractère si particulier ? Elle… allait l’aider dans ses objectifs, dans ses rêves. Bien qu’il n’était pas réellement candide, une partie de Tery gardait cette innocence. Elle pouvait trouver tellement d’explications à tout ça mais ce n’était pas le moment de penser à ça.

Car oui, à force de marcher, marcher, marcher, tout en pensant à l’idée de Tery, ils avaient fini par devoir une pause et elle ne comprit cela que lorsque Tery posa une main sur son épaule pour la secouer doucement et lui dire :

« Manelena ? Je sais bien que tu serais capable de marcher toute la journée sans interruption mais tout le monde n’a pas forcément notre endurance non plus. Ils ont besoin de souffler un petit peu, d’accord ? Tu as l’air un peu ailleurs. »

« Pour une fois que c’est moi et pas l’inverse, n’est-ce pas ? »

Il pouffa un peu à la réflexion de Manelena. Sur le coup, il l’avait franchement bien mérité mais bon… il ne le prenait pas mal du tout, loin de là. Puis bon, le repos, c’était pour les braves et des braves, il en avait tout autour de lui.

Heureusement que les sessions actuelles ne posaient aucun problème. Ils ne se plaignaient pas et se déplaçaient sans qu’il n’y ait de soucis. Dans tous les cas, ils étaient maintenant tous assis, en train de boire un petit coup et de manger un morceau. Installé à côté de Manelena, c’était assez tranquille et paisible, pas de quoi se prendre la tête.

Au moins, il avait parlé de ce qu’il pensait à Manelena donc il était plutôt soulagé. Oh, pas trop d’illusions non plus. Avec les paroles de l’ancienne maréchale, il savait pertinemment qu’elle avait voulu lui mettre de l’eau dans son vin pour qu’il ne s’imagine pas déjà avoir accompli son idée comme si de rien n’était.

« Dans tous les cas, j’ai quand même la sensation étrange que nous avançons plutôt bien, non ? Tu ne trouve pas, Manelena ? »

« Même si nous faisons quelques détours, j’ai remarqué des petites nuances dans les cristaux suivant le nombre de mètres que nous descendons ou montons. »

« Ah oui ? Comment ça ? Je n’ai jamais vraiment remarqué autre chose qu’un changement de coloration mais à part ça… »

« C’est déjà pas mal que tu aies vu ceci, je dois t’avouer. D’habitude, c’est à peine si tu t’intéresses à ce qui t’entoure, à part les personnes. Oui, il y a une différence de couleurs. Sans être une femme de science, tu sais les couleurs de l’arc-en-ciel, non ? »

« Bien sûr que oui. Rouge, orange, jaune, bleu, vert, indigo et violet. Si c’est bien ça. »

« Et dans l’ordre en plus, tu m’épates vraiment sur le coup, Tery. »

Il ne savait pas du tout si elle était en train de se moquer de lui ou non. Dans tous les cas, il n’allait pas s’en plaindre et allait considérer que c’était un compliment de sa part.

« Mais bref, j’ai vu que suivant si nous montons ou nous descendons, les cristaux ne sont pas de même couleur. Cela permet alors de définir des hauteurs différentes et donc de localiser où nous sommes. Savoir si nous sommes plus descendus que montés ou l’inverse. »

« Je pense que les démons sont déjà au courant à ce sujet, non ? »

« Je ne suis pas certaine. J’imagine que certains, qui travaillent dans la cartographie, doivent travailler dessus mais à part ça, je pense que la majorité considère simplement que ce sont de jolis cristaux de couleur. »

« Comment est-ce que tu peux en arriver à cette conclusion, Manelena ? »

« Sur le fait que personne parmi les démons avec nous nous en a parlé. »

Ah ? Oui… C’est vrai. Maintenant qu’elle le disait, aucun démon n’avait évoqué le fait que les cristaux pouvaient servir de repères. Enfin, pas juste de repère visuelle par rapport à leur lueur mais aussi la coloration.

« Quand même… Manelena, qu’on le veuille ou non, c’est vraiment surprenant ce que tu me dis. Comment est-ce que tu as pu deviner ça ? »

« Simplement en réfléchissant, je t’ai déjà dit. Quand tu dois te méfier de tout ton entourage, tu es obligée d’avoir l’oeil sur tout. »

« C’est un peu triste, dis comme ça. Tu aurais d’autres choses à m’apprendre ? »

« Mieux vaut tard que jamais, n’est-ce pas ? Que tu me proposes de t’apprendre des petits choses élémentaires pour survivre dans ce monde hostile, c’est appréciable. »

« Hey… C’est bon hein ? Pas besoin de me ridiculiser non plus. Je ne voulais pas… »

« Je ne peux pas prétendre le contraire. C’était plaisant de m’amuser à tes dépends mais soyons donc un peu plus sérieux. Je vais te dire ce que j’ai remarqué d’autre durant notre voyage, d’accord ? Qu’est-ce que tu en dis ? »

« Tant qu’il n’y a pas d’autres piques du genre, je pense que je peux m’en remettre. »

Il avait terminé de dire ça en soupirant. Pas que ça soit lassant mais voilà. Ah… Elle allait lui expliquer des petites choses pourtant vitales et importantes. Enfin, surtout le lui rappeler car oui, elle n’hésitait pas à lui dire que s’il avait écouté à l’époque où il était dans l’armée de Shunter, elle n’aurait pas eu à répéter ça plus tard.

« Y a péremption à ce sujet. Comme si je pouvais me rappeler de tout… »

« Tery Vanian. » murmura t-elle d’une voix qui lui faisait bien rappeler celle autoritaire d’il y avait maintenant plusieurs années. « Je n’aime pas vraiment que l’on plaisante sur cela. Ces connaissances sont très importantes, je tiens à te prévenir. »

« Je le sais bien, pardon, Manelena. Je t’écoute maintenant. »

Et c’était mieux pour lui qu’il l’écoute, oui ! Dans tous les cas, ils allaient pouvoir retourner, non pas en enfance, mais à une époque où ils n’étaient pas égaux, où elle était la cheffe et lui le simple soldat. Une époque qu’elle appréciait visiblement.

De bons petits souvenirs pour elle et lui. Mais là, vu qu’il lui fallait un professeur, elle n’allait pas s’amuser. Vu qu’il voulait avoir quelques piqûres de rappel, elle allait exécuter cette tâche avec appréciation.

« Peut-être que tu veux t’installer sur mes genoux pour écouter, Tery ? »

Bah ! C’est si gentiment proposé ! Il plaça sa tête sur les genoux de Manelena, comme si de rien n’était. Elle ouvrit la bouche, interloquée… avant de ne rien dire, du moins par rapport à ce geste. Elle l’avait cherché. Elle allait commencer le cours.

Chapitre 37 : Assauts à la surface

ShiroiRyu
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Chapitre 37 : Assauts à la surface

« Qu’est-ce que vous me dites ?! »

« Dé… Désolé mais c’est ce que les éclaireurs viennent de dire ! Mékalarma est en train de lancer diverses attaques sur les autres royaumes. »

« Quels sont les royaumes touchés ? Ceux qui ont des frontières communes à Mékalarma ? Ou alors, ils se sont enfoncés plus profondément ? »

Mauvaise nouvelle. Et il fallait que la reine Manelena ne soit pas là. Ce n’était pas de la faute à cette dernière. Il savait parfaitement que si elle voulait retrouver Tery, ce n’était pas forcément qu’une question de sentiments mais aussi parce que ce dernier avait été vital ces dernières années et en rapport avec les évènements qui avaient parcouru le royaume.

« Bon, pour la situation actuelle, quelles sont les informations chez nous ? »

Il avait repris la parole alors que l’homme devant lui, un genou au sol, tête baissée, n’osait pas lever cette dernière. Il tremblait mais non pas à cause d’Hémurion mais des nouvelles qu’il apportait, guère bonnes.

« Nous n’avons pas eu vent de groupes de Mékalarma dans notre empire mais Claudiska est touchée de plein fouet bien qu’ils ont de quoi tenir. De même, pour Honoros, il semblerait que les armées mékalarmiennes peuvent passer dans certaines régions là-bas sans aucun souci, ce qui semble correspondre au fait que des clans travaillent avec eux. »

« Il fallait s’en douter pour Honoros. Certains clans travaillent avec des démons, donc pourquoi pas d’autres avec Mékalarma. »

« Ils doivent avoir de sacrés moyens, si je peux me permettre. Vous savez aussi bien que moi que les Mékarlarmiens ne font que rarement confiance aux espèces autres qu’eux-mêmes. »

« Oui, on parle d’une relation de confiance. Mais là, s’ils ont eu un quelconque commerce ou autre, ils n’auraient aucun souci pour cela. De même, certains Mékalarmiens peuvent aisément gérer ce point de vue. »

Mais cela restait une nouvelle vraiment déplaisante. Et comment faire pour prévenir la maréchale ? Enfin, la reine de Shunter ? Les lettres ne pouvaient être transmises dans le monde souterrain. En même temps, il n’y avait pas que ça. Continuant de fixer l’homme qui lui avait transmis ces informations, il reprit :

« Pour les Mékalarmiens, est-ce que Claudiska a donné plus de détails sur eux ? »

« Je n’ai fait que transmettre les informations que j’ai reçues mais si vous voulez plus à leur sujet, je peux peut-être me renseigner. »

« Je voudrais savoir comment les Mékalarmiens comptent se battre, la manière, les méthodes, l’armement utilisé. Toute information utile dans une guerre. »

« Ça… Ça sera fait dans les plus brefs délais ! »

Et le voilà maintenant parti, laissant Hémurion seul. Ce dernier quitta aussi bien rapidement la salle du trône, là où il prenait les messages normalement destinés à la reine. Il avait besoin de décompresser et de réfléchir un peu à la situation.


Dans une telle situation, la première consigne était d’obtenir un maximum d’informations via des éclaireurs. D’un autre côté, il devait commencer à faire une inspection de tout le royaume pour être sûr qu’il n’y avait pas des couches de traîtres ou de mékalarmiens prêts à attaquer Shunter de l’intérieur. En rajoutant aussi le fait de mettre quelques défenses aux frontières du royaume, cela devrait déjà être une bonne base.

« Il ne reste plus qu’à aller donner ces différentes consignes. »

C’était étrange comme depuis le fait qu’il n’était plus le chef des rebelles, il trouvait que donner des ordres, ce n’était plus aussi plaisant. Peut-être à cause du fait qu’il n’avait plus à se déplacer autant qu’auparavant ? Manelena avait le bon rôle quand même.

Elle lui donnait tous les devoirs et autres à faire pendant qu’elle allait se la couler douce ailleurs. Enfin, il exagérait. Il savait pertinemment qu’elle ne menait pas une partie de plaisir, loin de là. Dire qu’elle avait été enlevée par les démons… encore que Tery était parmi ces derniers. Cela devrait bien se passer normalement..

Oui. Il n’était pas aveugle et personne ne l’était dans l’entourage de la reine. Mais étrangement, cela ne dérangeait personne. Qu’elle soit amoureuse d’un roturier qui n’avait aucun titre de noblesse, c’était bien là le moindre mal de sa part. Ensuite, il était vrai que les nobles qui n’avaient pas été très « satisfaits » de la tournure des évènements n’étaient plus vraiment là pour poser problème.

Oui, lui et ses hommes s’étaient chargés d’être certains qu’ils ne chercheraient pas à préparer un coup d’état ou autre. Une simple mesure de précaution. Et puis, ils travaillaient dans le milieu, ils savaient donc comment tout ça commençait et donc comment couper le mal à la racine avant qu’il ne soit trop tard ou que le dit-mal soit trop développé.

Quelques minutes plus tard, il sortait d’une autre pièce dans les longs dédales du château. Il avait fait ce qu’il y avait à faire. Est-ce qu’il pouvait espérer se détendre un peu ? Il n’en était pas totalement certain malheureusement. Il avait encore beaucoup à accomplir et il n’y avait que peu de chance qu’on lui laisse ces minutes de répit.

« Pourquoi est-ce qu’ils attaquent maintenant ? Est-ce qu’ils veulent profiter de la confusion actuelle avec les démons pour récupérer des territoires ? »

Mais pourtant, Mékalarma n’était pas guidée par des êtres stupides. Non, c’était tout le contraire. Les Mékalarmiens étaient plutôt intelligents, ils n’agiraient pas simplement pour obtenir plus de terres.

« Quelle idée saugrenue ont-ils en tête ? »

Mais pour ça, il faudrait interroger des membres de cette espèce, quitte à les… « forcer » à parler, d’une façon ou d’une autre. Hmm… Là, il imaginait trop de choses en si peu de temps. Cela pouvait devenir une autre source d’ennuis. Patience était le maître mot.

Ailleurs, dans un autre pays, lui-même divisé en trois régions bien distinctes, d’autres personnes s’affairaient dans une salle du trône vacante de son propriétaire.

« Quelles étaient les consignes du roi Royan à ce sujet ? Il avait prévu que ça se passerait non ? Donc il doit sûrement avoir une idée ! »

« Épauler du mieux qu’on le peut la nation qui se fait agressée par Mékalarma. Dans le cas actuel, il s’agirait d’aider Claudiska. »

« Alors préparons plusieurs de nos troupes pour cela. De plus, si nous ne faisons rien, il faut savoir que nous serons les prochains sur la liste. »

« Et pour Shunter ? Nous ne plaçons personne aux frontières ? » demanda un homme après les propos prononcés par les trois autres personnes.

« Nous n’avons rien à craindre d’eux. La reine de Shunter n’est pas présente actuellement et l’homme qui se charge des affaires du royaume n’est pas belliqueux. »

« Vous êtes certain ? J’ai cru comprendre que c’était un ancien chef rebelle, non ? »

« Et si un chef rebelle s’est retrouvé à cette position alors que la reine actuelle de Shunter était connue pour ses actes militaires, c’est qu’il a certainement fait ses preuves. Bref, que l’on vienne rapatrier toutes les troupes aux frontières de Shunter, nous transmettrons un message à cet homme nommé Hémurion pour lui faire part de cette information et lui donner les explications nécessaires à la situation. »

« C’est le mieux à faire oui, dans une telle situation. »

« Nous sommes donc tous d’accord, c’est bien ça ? » demanda l’un des hommes présents, les autres venant acquiescer d’un hochement de tête positif.

Au moins, ils avaient trouvé une solution rapide à ce problème. Maintenant, un autre était à l’ordre du jour, tout aussi important et très vite, les discussions reprirent.

« Au sujet du roi Royan, est-ce que nous avons des informations sur l’endroit où il se trouve ? Est-ce qu’ils sont déjà plongés dans les souterrains démoniaques ? Il est dit que les lettres ne peuvent pas circuler librement là-bas. »

« Normalement, de ce que j’ai compris, ils prévoient d’envoyer un éclaireur à chaque fois pour qu’il retourne à la surface. Ils se font transmettre des messages les uns après les autres jusqu’à ce que le dernier soit à la surface et puisse alors envoyer une lettre. »

« C’est un système assez compliqué mais en même assez ingénieux. Enfin, je crois que c’était ainsi que les gens communiquaient à longue distance auparavant. »

« Oh, dans certains villages reculés, ils continuent d’appliquer cette méthode mais ce n’est pas là le sujet de la réunion. Donc, le roi Royan n’a pas encore envoyé de message. Hum… Ce n’est pas forcément bon signe mais en même temps, il est bien accompagné. Entre sa… future femme. »

À ce terme, les différents hommes et femmes se regardèrent comme pour confirmer ce qui venait de se dire. À leurs yeux, il n’y avait aucun doute que l’actuel roi de Traslord allait se marier avec cette démone.

« Ah… Dire qu’au départ, nous pensions qu’il était devenu fou. »

« Oh mais il l’était, n’oubliez pas lorsqu’elle n’était pas là ! C’est plutôt elle qui arrive à le calmer. Mais en même temps, après la mort de ses parents et de ses frères, nous pensions qu’il allait rester figé comme une statue de glace jusqu’à la fin de sa vie. »

« Avoir une descendance royale est une merveilleuse nouvelle et nous devons embrasser cette dernière, oui. Qu’importe qu’elle soit d’origine à moitié démone. Cette jeune femme, bien qu’elle semble avoir des origines un peu honoriennes, nous a bien montré qu’elle ne tenait guère compte des royaumes et autres. »

« Pour elle, le plus important était Royan… et c’est peut-être pour cela que notre jeune roi en est tombé amoureux. Une personne comme elle, ce n’était pas à la surface que nous l’aurions trouvée. Non, c’est elle qui a trouvé Royan. »

« Et puis, avez-vous déjà discuté avec Elise ? » demanda l’une des femmes du conseil. « Vous devriez l’écouter. Malgré les apparences, elle a bien précisé que pour elle, ce n’était pas pour son sang royal qu’elle aimait notre roi mais pour ce qu’il était. Elle a même tenu à dire qu’elle était elle-même issue de la famille royale de ce monde souterrain. Bien que nous ne pouvons pas le confirmer ou l’affirmer, il est vrai qu’il y a une certaine prestance qui émane d’elle. »

« Et elle sait se faire apprécier. Elle m’a expliqué de mon côté, qu’avant de devenir une démone, ou du moins de savoir qu’elle l’était, elle travaillait en tant que serveuse dans une auberge. Malheureusement, et elle n’a pas cherché à le cacher, quand elle a découvert ses pouvoirs, elle a tout incendié par accident et a causé la mort de l’homme qui l’élevait mais aussi des clients. »

« Oh par Zélisia, que c’est triste. » « Mais maintenant, ses pouvoirs, elle les contrôle ? » « Quel drame, elle doit terriblement s’en vouloir. »

« Elle a précisé aussi que sans Tery et ses compagnons, elle aurait sûrement perdu la tête et aurait continué à tout ravager sans même s’en rendre compte. »

« Au moins, nous pouvons dire qu’elle a le sang chaud, n’est-ce pas ? » dit l’un des hommes du conseil alors que certains rires se firent entendre, bien vite étouffés.

« Un peu de sérieux, je vous prie. Nous sommes réunis ici car la situation n’est pas à prendre à la légère. Nous ne devrions pas parler de cela. »

C’était vrai. Ils étaient dans une situation presque de crise et faire comme si de rien n’était, n’allait rien arranger à la dite situation. Il y avait sûrement des espions mékalarmiens dans Traslord. Sinon, comment expliquer que Mékalarma décide d’attaquer alors que les deux royautés de Shunter et Traslord ne sont pas présentes ? Tout cela était bien trop suspicieux pour ne pas être pris en compte. Et ils allaient devoir chacun contacter les différentes familles de Traslord des trois régions pour tirer cela au clair.

Loin, bien plus loin, dans les régions qui formaient Honoros, un clan était déjà en ébullition à cause des évènements liés à Mékalarma. Pour autant, la personne assise devant un bureau était songeuse et un peu agacée. Des cheveux auburn bien que les pointes étaient vertes, elle était aussi imposante que les membres de sa race. Ses yeux bleus fixaient divers papiers posés sur le bureau tandis que deux hommes se trouvaient de l’autre côté, semblant attendre ses consignes qui arrivèrent bien rapidement :

« Envoyez des messages le plus vite possible à nos différents alliés ! »

« Ça sera comme fait, cheffe ! Est-ce qu’on doit aussi prévoir des messagers pour être certains qu’ils soient transmis ? »

« Hmm… Deux précautions valent mieux qu’une ! Faites comme ça, oui ! Il faut absolument que nous formions une coalition ou du moins, que l’on tente de repousser les mékalarmiens ! Vérifiez aussi quel clan n’a pas été attaqué par les mékalarmiens alors que ces derniers ont passé leurs terres, cela nous permettra de savoir qui sont des traîtres ou non ! »

« Comme il sera fait, cheffe ! Nous y allons alors ! »

« Attendez quand même que j’écrive le contenu des messages ! Un excès de zèle ne nous emmènera que plus d’ennuis ! Il faut qu’ils comprennent la situation et donc qu’ils comprennent à quel point cela peut être très dangereux s’ils décident de se ne pas se réunir avec nous. Mais il ne faut pas que cela soit perçu comme une menace. »

« Cela se voit que c’est vous la cheffe, cheffe. »

« Et pas besoin de tenter de me complimenter ! Ah… Sincèrement, je trouve que tout ça est bien plus usant que le reste. Sincèrement, vous me fatiguez, rien que d’y penser. »

« C’est pas voulu, cheffe ! Promis, juré ! C’est juste que vu que ça a été décidé que ça serait vous qui irez gérer les relations diplomatiques extérieures, eh bien, on doit vous appeler ainsi. C’est ce qu’à dit le chef, cheffe ! »

« Ah… Vous êtes pas des lumières mais au moins, vous êtes serviables, hein ? Tout le monde ne peut pas forcément être aptes à ça. Aaaah ! Je me demande quand même comment se débrouille Hérik de son côté. Il me manque. »

« Est-ce que vous voulez aussi lui envoyer un message ? » demanda l’un des deux hommes alors que la femme était songeuse avant de faire un mouvement négatif de la main :

« On va éviter, je risque de mélanger travail et vie privée. Pour le moment, on va se concentrer sur nos missives d’alliance, ça sera bien mieux. »

AH ! Une alliance ! Si on lui avait dit un jour qu’elle serait à l’origine d’autres alliances à part celle avec le clan des Ragnans, elle ne l’aurait jamais cru. Mais voilà, c’était pourtant ce qui était en train de se passer devant ses yeux. On lui avait confié une tâche bien trop importante pour elle qui préférait être sur le terrain.

« Dites, vous auriez pas un texte pour m’aider ? Enfin des paroles ou un truc du genre ? »

« Un texte ? Ohlala… Vous l’avez pourtant bien dit, cheffe. C’est pas vraiment nous qui sommes faits pour cela hein ? »

« Oui mais vous êtes plutôt sincères et directs dans vos propos. Si vous deviez proposer une alliance à un autre clan alors que la situation est grave avec une armée ennemie venue de l’extérieur, qu’est-ce que vous diriez ? »

« Euh… Eh bien, qu’on va faire une bonne bagarre puis après qu’on va faire une bonne bouffe ? Ouais, j’imagine que ça va être un truc comme ça. »

« Bon, marquons qu’il est envisagé de faire un festin après nos victoires contre l’envahisseur mékalarmien. Ensuite ? Toi ? Des idées ? » demanda t-elle au second homme, celui-ci étant en train de réfléchir grandement. Malgré qu’ils n’étaient pas vraiment des plus « éclairés », les deux hommes étaient plus que concentrés à la tâche.

« Ben moi, je dirais un truc sur l’honneur que de combattre à leurs côtés pour un ennemi commun. Que ça serait merveilleux que si on doit mourir, ça soit aux côtés d’un frère de race et toutes ces choses. »

« Mince, vous êtes plus doués qu’on pourrait le croire. Merci les gars, je crois que je vais finir par avoir des idées ! Je vais continuer à écrire, merci bien ! »

« Tant mieux, cheffe ! Vous voulez que l’on reste le temps que vous écriviez ? »

« Non non, allez vous chercher un truc à boire et à manger, vous l’avez bien mérité. Dites bien que c’est en mon nom. »

« Oh, c’est vrai ? Merci cheffe ! Vraiment ! » s’exclamèrent les deux hommes en choeur avant de partir de la tente, tout guillerets. Elle poussa un soupir légèrement amusé, il en fallait vraiment peu pour plaire aux mâles hein ?

Pour autant, elle n’avait pas menti. Leurs propos lui avaient permis d’y voir plus clair dans ce qu’elle allait écrire. Avec ça, elle était certaine que les lettres passeraient bien plus facilement car écrites avec le… coeur ? Cela pouvait paraître étrange de penser de la sorte mais non.

En Honoros, les émotions et les sentiments mis dans les différentes tâches pour servir le clan étaient plus forts que chez les autres races. Oui, on se battait avec le coeur et on mettait du coeur à l’ouvrage. Autant de dires pour exprimer tout l’entrain et la motivation des Honoriens pour servir le clan.

Oui, c’était pour ça qu’elle avait demandé leurs avis. Car elle savait pertinemment qu’ils pensaient avec le coeur et que dans ces moments précis, c’était le plus important. Et voilà que sa plume dessinait divers mots sur une première lettre, puis une seconde quelques minutes plus tard et ainsi de suite.

Lorsqu’elle avait terminé, elle se massa le poignet droit, marmonnant que c’était plus épuisant que de se battre pendant des heures contre autrui. Mais voilà, c’était fait et avec ça, tout allait se mettre en marche, elle en était certaine.

« Je me demande comment ça se passe à la surface. »

« Bah, Royan, tu sais aussi bien que moi que tes conseillers sont très doués. Tu crois qu’ils faisaient comment quand tu n’étais pas là ? »

« Je sais bien mais en même temps, tout a tellement changé ces dernières années. On ne sait pas trop ce qui peut nous attendre hein ? »

« Je veux bien que tu t’inquiètes pour un rien mais quand même… »
Elise posa délicatement une main sur l’épaule de Royan, lui faisant un petit sourire. Oui, il s’en faisait beaucoup trop pour son peuple et elle avait bien vite découvert lorsqu’ils s’étaient rencontrés, qu’il était beaucoup plus empathique qu’il ne le montrait.

« Si vraiment il y a un problème, ne t’en fait pas, nous pourrons réagir en conséquence mais là, continuons notre projet, non ? »

« D’accord, d’accord, tu as parfaitement raison, je le sais bien mais… pfiou. Je ne sais pas, je suis un peu anxieux quand même. J’ai un mauvais pressentiment, c’est tout. »

« Mauvais pressentiment, mauvais pressentiment. Ah… Dès que nous serons plus ou moins bien installés, on verra pour envoyer du courrier. En plus, tu as bien saisi que nous allons commencer par créer des routes avec quelques villages isolés parmi les souterrains démoniaques, et enfin, nous pourrons envoyer du courrier pour avoir des contacts à la surface. Cela te convient, Royan ? »

« Bien sûr, Elise. Bien sûr. Hmm… Je me fais sûrement des idées, tu as raison. »

Il ne voyait que ça de toute façon pour expliquer la situation actuelle. Il prit une profonde respiration, un peu dépité. Oui, il se faisait sûrement des idées. Il valait mieux continuer les travaux même s’il savait qu’Elen préférait continuer à cherche des informations pour retrouver Tery. Il ne pouvait pas lui en vouloir.

« Heureusement que nous laissons Elen explorer les environs. »

« Oh, je ne suis pas folle. La retenir pour rien et l’inciter à rester ici, ça nous causerait plus de problèmes qu’autre chose. Tant qu’elle laisse sa fille ici, je sais à quel point les souterrains démoniaques sont traîtres et peuplés de créatures monstrueuses. Je ne voudrais pas qu’il y ait un accident par erreur. »

« Surtout que si accident il y a, je ne préfère pas être là quand Tery l’apprendrait. »

« Pour ça, il faut déjà que l’on mette le grappin sur lui mais aussi Manelena. »

Humpf ! Mais elle préférait ne pas dire à voix haute ce qu’elle pensait du fait que les deux personnes étaient seules de leur côté. Impossible d’ignorer les sentiments de l’actuelle reine de Shunter à l’encontre de Tery. Et vu qu’ils étaient seuls tous les deux, il y avait de fortes chances que Manelena cherche à mettre le grappin sur Tery si ce n’était pas déjà fait. Bah ! Ce n’était pas à elle de gérer cette relation, elle avait déjà tant à faire avec la sienne !

Chapitre 36 : Un équilibre en péril

ShiroiRyu
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Chapitre 36 : Un équilibre en péril

« Mon amour, tu es certaine que l’obscurité ne te dérange pas trop ? »

« Loin de là mon cher et tendre. Si c’était vraiment un souci, je te l’aurais dit sans aucune restriction. Nous n’avons aucun mensonge entre nous, non ? »

« Oui, oui, bien entendu. Enfin, je disais cela comme ça, rien de plus, hahaha. »

L’homme avait juste un grand sourire en réponse aux propos de sa femme. Celle-ci déploya doucement ses ailes blanches dans son dos comme pour s’étirer avant de murmurer :

« Hmm… Après, il est vrai que mon dos apprécierait d’avoir quelques rayons du soleil. »

« Ces cristaux créent une lumière artificielle. Ce n’est pas un véritable problème, n’est-ce pas ? Tu ne crois pas, ma tendre Sérest. »

« Une lumière ressemblant à celle du soleil. Les démons ont toujours eu d’excellentes idées même si pour celle-ci, les cristaux émettent cela naturellement. Peut-on alors vraiment dire qu’il s’agit d’une lueur artificielle, Séran ? »

Comme s’il venait d’être pris en défaut, l’imposant être aux oreilles allongées provenant d’Honoros s’arrêta dans ses mouvements. Maintenant songeur, il regardait le plafond fait de pierre avant de dire :

« En un sens, artificiel voudrait dire que c’est créé par la main des démons. Ces cristaux sont naturels mais ceux travaillés par les démons sont artificiels. Est-ce que cette réponse te convient, ma tendre moitié ? »

Sans rien dire, la femme ailée déposa ses lèvres sur celles de l’homme pour un baiser plus appuyé que la décence ne l’autorisait. Pour autant, il ne la repoussa pas, loin de là. Il posa même une main sur la hanche de sa femme pour la garder auprès de lui.

« Hmm… Tu en aurais pas un peu trop profité, par hasard ? »

« Ce n’est pas du tout mon genre, Sérest, tu devrais pourtant le savoir, non ? »

« Hmm… Bien entendu, bien entendu. Ce n’est pas du tout crédible quand tu dis ça ainsi. »

Il rigola, tout simplement, l’invitant à reprendre la route ensemble. Cela faisait bien une année qu’ils parcouraient les souterrains et ils n’avaient rencontré que très peu de villages habités par les démons. En même temps, ils ne cherchaient pas spécialement à se cacher tout en évitant en même temps de trop se familiariser avec les démons.


Ce n’était pas qu’ils craignaient ces derniers, loin de là. Simplement, il valait mieux éviter de trop se dévoiler, de peur que certains, plus doués que d’autres, ne commencent à deviner ce qu’ils étaient vraiment. En même temps, la haine qu’ils portaient aux deux divinités était fondée et… il valait mieux éviter ça.

« Que faisons-nous pour aujourd’hui, Séran ? »

« Hmm… je pensais à ce que nous continuions la marche jusqu’à trouver un coin assez discret pour nous reposer. Qu’est-ce que tu en dis ? »

« J’en dis que cela me plaît énormément ! Et puis, le fait que nous soyons ensemble ne rend que le voyage encore meilleur. »

« J’ai l’impression que tu me répètes cela depuis des mois, Sérest. Est-ce que je peux me tromper par hasard ? Ou alors, est-ce que je me fais des idées ? »

« Pas le moins du monde. Je veux rattraper tout le retard de cette époque reculée. »

L’époque reculée qu’elle évoquait était très simple. Il s’agissait simplement de ces instants où les démons pouvaient encore vivre à la surface, avec les autres races. À l’époque où Alzar était focalisé simplement sur sa propre race en ignorant celles créées par Zélisia.

« Dire que tu voulais créer la race parfaite qui n’avait pas besoin des autres. »

« Et au final, résultat, je voulais simplement t’impressionner sans réellement y arriver. Qu’est-ce que j’ai été stupide. »

« Nous étions tous les deux stupides à cette époque. Lorsque nous avons compris nos sentiments l’un envers l’autre, nous avons décidé d’ignorer complètement la situation autour de nous. Si nous avions été plus prompts à réagir et à surveiller nos races, tout cela ne serait jamais arrivé et… peut-être que nous n’aurions jamais eu à agir ainsi. »

« C’est plus compliqué que ça, Sérest, tu le sais bien, non ? Je pensais qu’il serait aisé pour différentes races de pouvoir vivre en harmonie parmi eux. Je me suis juste lourdement trompé et je dois assumer mes erreurs. »

« Nos erreurs communes, s’il te plaît. Même si ça fait plusieurs siècles et millénaires, tu continues de croire que tu es le seul fautif alors que c’est moi, en donnant naissance à cette unique race, plus forte que les autres, qui a ainsi posé bien plus de problèmes qu’autre chose. Si seulement… nous avions pensé autrement. »

Les deux amoureux soupirèrent en même temps. Cela leur revenait bien plus fréquemment en mémoire depuis qu’ils étaient ici. Ils avaient l’explication. Elle était facile à comprendre. Les souvenirs affluaient dans leurs cervelles, ravivant des souvenirs d’antan. Des souvenirs oubliés, de l’époque où ils se considéraient, à raison, comme deux divinités, car ils possédaient des pouvoirs incommensurables.

« De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités. Dis moi, Séran, pourquoi est-ce que je n’ai pas écouté mon conseiller ce jour là ? »

« Car nous pensions simplement qu’ils voulaient juste nous faire plaisir car nous étions leurs divinités alors que non, nous n’étions pas si différents d’eux. »

« Quelle grave erreur de ma part. Car nous pensions savoir ce qui était bon ou mauvais pour eux. Mais nous ne connaissions pas la vérité. Ils avaient leurs idéaux, leurs ambitions, nos races étaient aptes à se débrouiller seules. »

Et pourtant… Et pourtant… Ce n’était qu’une petite partie de la vérité, de CETTE vérité. Tout avait été bien plus complexe qu’ils ne l’avaient pensé. Le fait que les races aient des visions différentes, même quand il s’agissait de toutes celles créées par Zélisia. Pas uniquement physiquement mais mentalement. Elle avait décidé de leur laisser de l’autonomie et pareil pour Alzar.

« Ah… Est-ce que tu penses qu’ils vont réussir à régler toute cette histoire ? »

« De base, nous n’avions pas prévu de survivre, ni même d’avoir Elen survivre elle aussi. Nous sommes cruels, tu le sais ? »

« Je le sais parfaitement… et c’est bien pour cela que je m’interroge. En restant en vie, est-ce que nous devons quand même nous mêler de tout cela ou non ? »

« C’est un choix difficile. Mais je pense que la clé est dans notre fille et sa relation avec SON enfant. Ce sont eux qui décideront de l’avenir de la surface et des souterrains. »

« À ce point ? N’est-ce pas un peu trop exagéré, Sérest ? » demanda Séran avec le plus grand des sérieux alors que la femme ailée posait un doigt sur son menton, songeuse.

« Je dirais que non. Nous savons aussi bien l’un que l’autre de qui est Tery est l’enfant, non ? Nous avons juste évité d’aborder le sujet. »

« Mais son odeur est impossible à ignorer, on ne peut pas mettre ça de côté et faire comme si de rien n’était. Mais donc… Tu crois vraiment qu’ils… seraient la voie ? »

« Pas uniquement, Séran. Pas uniquement. Si tu as remarqué, ils sont entouré par des personnes toutes aussi merveilleuses qu’eux, non ? Un jeune prince qui s’est ouvert aux sentiments, une reine qui s’est débarrassée de la carapace d’acier qu’elle avait autour d’elle, une jeune demi-démone dont l’odeur me rappelle celle de la royauté souterraine. Beaucoup de personnalités issues des hautes sphères et qui pourtant, ont vécu des choses peu communes. »

« Bien loin de la salle du trône, des banquets et autres commémorations. »

Encore une fois, les deux personnes étaient d’accord sur quelque points qu’ils mettaient en commun. Cela ne voulait pas dire que l’un pensait que l’autre avait forcément raison dès qu’il parlait mais ils arrivaient à correspondre leurs points de vue.

« Hmm… Mais quand même, je me dis que j’aimerais bien voir un peu plus de créatures dans les environs. Nous les faisons fuir naturellement mais c’est bien dommage. »

« On ne peut rien y faire. Ils ressentent notre puissance et c’est donc de l’instinct. Il s’est sûrement développé ces derniers siècles. »

« Si les démons et les créatures plus puissantes les chassent en permanence, ils doivent alors comprendre ce que cela veut dire exactement que de se retrouver face à nous. »

« Mais cela ne change pas que c’est vraiment dommage de ne pas pouvoir les étudier un peu plus. Je me demande à quoi point ces créatures sont d’anciens démons ou non. »

« D’anciens démons. C’est vrai que les démons pouvaient se dévorer entre eux et finir par avoir d’étranges formes. Tu es intéressée sur l’idée qu’ils aient pu produite une descendance ? C’est ça que tu voudrais savoir ? »

« Plus ou moins, oui. S’ils sont capables d’avoir des enfants, cela voudrait dire que les… monstres du monde souterrain ont une part d’humanité en eux. »

« Et donc qu’agir comme s’il ne s’agissait que de vulgaires animaux serait un véritable crime, proche de l’esclavage, oui, je vois. »

« C’est exact… et ça serait donc un vrai souci. Enfin, pour nous deux car nous serions au courant mais je ne suis pas certaine qu’ils accepteraient de telles nouvelles. » finit de dire Sérest après cette courte conversation avec Séran. Séran qui était à nouveau plongé dans ses pensées. Même à l’époque où il s’appelait Zélisia, il avait toujours eu ce regard si concentré.

« Je pense que ça serait possible… mais pour cela, il faudrait alors que ces descendants soient dotés d’un intellect conséquent, ou du moins qui les rapprocherait des autres races. »

« Qu’est-ce qui te fait dire ça exactement ? Enfin, comment est-ce que tu en es venu à cette conclusion, Séran ? »

« Simplement car même les gnomolds se sont ouverts à eux en partie. Les gnomolds qui doivent nous en vouloir autant que les démons. »

« Ah ça… Il est vrai qu’ils sont très revanchards et qu’ils ont de nombreuses raisons de nous détester, il faut l’avouer. »

« La plus importante est aussi la plus problématique. Tout simplement car nous avons mis beaucoup trop de temps à réagir. »

« Et nos formes actuelles sont les conséquences de nos actes, non ? Nous avons déjà été punis pour avoir trop tardé. Nous ne pouvons pas vivre continuellement nous reprochant nos actes passés, tu sais, Séran. »

Il le savait. Il le savait parfaitement. Mais cela lui était impossible de tirer un trait sur tout cette histoire et pour une raison très simple : encore « récemment », ils avaient commis un acte stupide qui concernait leur propre enfant : Elen.

Ils s’étaient préparés à mourir pour l’ouverture des portes démoniaques et à permettre aux démons de revenir à la surface. Mais voilà qu’Elen, leur propre enfant, sans le savoir réellement, avait réussi à les sauver. En contrepartie, elle avait failli perdre son propre enfant et depuis, tout avait changé.

« Dire que nous avions prévu tout cela pendant des années et des années… pour un tel résultat. Comme si là-haut, quelqu’un d’encore plus puissant que nous avait décidé de se moquer de nos actes depuis le début. Ah… Quelqu’un qui doit sûrement beaucoup s’amuser à nos dépens. »

« Quelqu’un de plus puissant et qui a un sens de l’humour ? Hmm… »

Il était assez étrange de s’imaginer une telle chose et pourtant… et pourtant… C’était plus ou moins ce qu’IL était devenu, ce qui faisait alors penser que oui, ce n’était pas impossible. Et que cette idée n’était pas à prendre à la légère.

Une petite partie d’elle commença à s’inquiéter. Et si… par hasard, même s’il n’y avait qu’une infime chance, est-ce que cela serait possible que… Non. Elle ne voulait pas penser à cela. Elle ne devait pas penser à cela. Ce n’était pas une bonne chose. Elle sentit subitement une main se poser sur son front, lui faisant lever les yeux vers Séran qui s’était rapproché.

« Qu’est-ce qui se passe ? Tu es presque en sueur. »

« Oh… Rien… Rien du tout. Ce sont tes dernières paroles. J’étais en train d’y réfléchir, c’est tout. Tu vois, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, hein ? »

« Je ne m’inquiète pas sauf pour toi, voilà tout. Tu le sais, n’est-ce pas ? »

Bien sûr qu’elle le savait. Mais elle ne pouvait pas lui dire ça comme ça. Pas de la sorte. Elle risquerait de l’inquiéter pour pas grand-chose. Ce n’était qu’une idiotie, rien de plus. Elle allait cesser d’y penser et dès demain, ça sera derrière eux, comme d’habitude.

Même s’ils n’étaient pas insouciants, ils venaient encore de dire il y a quelques minutes que cela ne servait à rien de s’accrocher au passé. Et pourtant, une partie d’elle était comme terrorisée à l’idée qu’IL revienne ou qu’IL soit responsable de tout ce qui se passait. Est-ce que SES pouvoirs pouvaient vraiment arriver à les atteindre ?
Si tel était le cas, sa crainte était alors réelle. Si tel était le cas, comment est-ce qu’ils pourraient réagir alors ? Comment est-ce qu’ils pourraient se défendre ? Surtout, est-ce qu’IL leur en voudrait ? Avec tout ce qui s’était passé, ça ne serait as anormal. Cela serait même logique et sinistre. Hmm… Il valait peut-être mieux ne pas trop en penser.

Et c’était pourtant ce qu’elle n’arrêtait pas de faire malheureusement. Oui, elle ne pouvait pas se détourner de cette pensée absurde. C’était triste… mais c’était bel et bien parce qu’elle savait parfaitement ce dont IL était capable. Réussir à atteindre leur puissance voire peut-être même à la dépasser, brrr.

« On va peut-être s’arrêter là pour aujourd’hui, Sérest. Tu as vraiment une mauvaise mine. »

« Ah oui ? Tu trouves ? Si tu le dis… même si je pense que tu exagères un petit peu la situation, je ne suis pas dans un tel état quand même. »

« Hmm, si si. Je peux te confirmer ce que je te dis. Tu es presque au bord de l’évanouissement. Mais je veux que tu me dises ce qui te tracasse réellement. Nous nous sommes promis de ne plus avoir de secret l’un envers l’autre, tu t’en rappelles, non ? »

« Oui, bien entendu que je m’en rappelle. C’est juste que je considère que c’est une idée un peu stupide. Je ne suis pas certaine que ça soit vraiment utile d’y repenser, voilà tout. »

« Et moi, je peux simplement t’affirmer le contraire, compris ? Cela me rappelle l’époque où tu continuais encore et encore de vouloir ne rien me dire malgré notre relation. »

« Pardon… Ce n’est pas que je veux te mentir mais… »

« Je n’ai pas évoqué le fait que tu me mentes mais le fait que tu ne me dises rien. Ce sont deux choses différentes, Sérest. C’est là toute la nuance, est-ce que tu comprends ? »

Les paroles très douces de l’homme aux longues oreilles étaient autant plus efficaces que la femme ailée baissait les yeux, comme prise en défaut par les propos. Oui, même dans le passé, quand il était Alzar et elle Zélisia, il avait tellement fait pour l’impressionner sans pour autant forcément y arriver.

Oui, il était si souvent comme un enfant à ses yeux, il le comprenait bien hein ? Il n’était pas aveugle. Il savait parfaitement qu’il… était ridicule depuis toutes ces années. Tout cela par pure envie de lui montrer ce dont il était capable, ce qui n’était pas réellement efficace en fin de compte. Il allait le lui dire. Sous cette forme, en tant que Sérest, oui.

« Je pensais encore au Dévoreur, Séran. C’est tout. Je me demandais si par malheur, ce n’était pas lui qui jouait avec nos émotions et nos sentiments… pour nous emmener à le délivrer. Si ce n’était pas lui qui gérait tout ça depuis le début. »

« Ah oui, quand même. Hmm… Ah… J’imagine que tu dois aussi penser à Tery, c’est bien ça ? Avec le fait qu’il y a une petite chance qu’il tente aussi de le manipuler. Je commence à bien comprendre le problème en fin de compte. Du moins, à voir où est-ce que tout cela va nous mener. Nous avons déjà tant accompli pour tenter de réunir les démons avec le reste des races à la surface. Nous ne pouvons pas vraiment arrêter maintenant, tu t’en doutes hein ? »

« Je n’ai jamais cherché à arrêter tout ça. Cela reviendrait tout simplement à bafouer tout ce pour quoi on se bat depuis si longtemps. Mais voilà, je t’ai dit ce qui me tracassait. C’est vraiment ridicule. C’est normalement moi qui devrait me montrer rassurant, pas l’inverse. »

« Tu as toujours eu cette mentalité, Sérest. Et si tu t’écoutes, tu devrais même entendre le fait que tu reparles de toi comme si tu étais Alzar. »

Ah oui ? Sur le moment, elle ne l’avait pas remarqué même si il était vrai que ses pensées étaient tournées vers le passé à l’heure actuelle. Un passé assez sinistre et sombre, elle le concevait parfaitement et pourtant… c’était ce dernier qui la marquait plus que tout le reste.

Elle ne pouvait pas faire comme si de rien n’était. Prétendre que tout ira pour le mieux et ensuite, balayer tout ça d’un revers de la main. Non… Elle était vraiment perdue et elle sentait alors les bras de Séran venir l’enlacer tendrement.

« Nous nous protégerons mutuellement, comme toujours. »

« Tant que tu es là, avec moi, c’est tout ce qui m’importe, Séran. Je me demande pourquoi je suis né homme à cette époque… alors que je me sens si bien sous cette forme dans tes bras. »

Séran ne répondit pas, un sourire se dessinant simplement sur ses lèvres alors qu’il serrait avec un peu plus de force la femme dans ses bras. S’il suffisait uniquement de cela pour la rassurer, il allait alors continuer encore et encore, jusqu’à ce qu’elle finisse par être apaisée. Les minutes s’écoulèrent sans même qu’ils ne se préoccupent des alentours.

« Hmm… Sérest, est-ce que tu penses rester ainsi pendant encore longtemps ? »

Aucune réponse de la femme ailée. Il baissa les yeux, un nouveau sourire apparaissant sur son visage. Oui… Elle avait tenté de montrer qu’elle était encore forte… mais cela n’avait été qu’une illusion. Déjà dans le passé, il avait compris à quel point Alzar pensait que la force faisait tout… et que la perfection permettrait alors de tout résoudre.


C’était pourquoi il avait crée plusieurs races différentes, avec des aptitudes propres à chacune, des qualités et des défauts comme on pouvait en voir un peu partout. Oui. Il souleva doucement Sérest, la gardant bien contre lui, dans ses bras, alors qu’elle marmonnait.

« Je vais nous mettre dans un endroit plus sûr pour passer la nuit. »

Un endroit à l’abri des cristaux mais pas uniquement. De toute façon, aucune créature ne tenterait cette folie que de chercher à s’en prendre à eux. Contrairement à ce qu’il pensait, il mit un peu plus de temps que prévu mais tout était bon.

« Voilà… J’imagine qu’ici, ça sera parfait. Sérest, Sérest ? Il est l’heure de se réveiller. »

« Hmm… Non… Il est tard. Il fait sombre. J’ai juste envie de dormir. »

C’était bien ce qu’il avait compris, hahaha. Il voulait juste vérifier à quel point elle pouvait être comme les races qu’ils avaient créées. En réagissant de la sorte, elle faisait alors preuve d’une humanité comme les autres. Oui, ce simple petite geste, cette petite phrase, cette petite réaction, tout cela permettait de l’aimer encore plus.

Bon… Il la déposa délicatement contre un rocher avant de préparer la tente pour la nuit. Pas besoin d’un feu, ils allaient se coucher tout de suite. Ce n’était pas comme s’ils avaient vraiment besoin de se nourrir pour le moment. Ah… Maintenant qu’ils étaient seuls, il devait avouer parfois que cela lui manquait.

« Clari et les autres étaient si pleins de vie… »

Oui. C’était vrai. Il y avait des discussions, des rigolades et autres. Dans les faits, c’était le premier groupe qu’ils avaient rejoint tous les deux. Oh, des connaissances, au fil des siècles, ils en avaient eu. Mais cela n’avait été que des relations distantes. Comme ils ne pouvaient pas vieillir réellement bien qu’ils pouvaient mourir, il ne fallait pas lever plus les suspicions sur eux.

« Hmm… Vraiment, je me demande si un jour, nous irons les retrouver. »

Oui. C’était une simple demande, rien de plus. En se forçant, ils pouvaient aisément retourner voir Manelena et ceux de la surface… mais pour Tery qui devait être dans le monde souterrain, cela sera beaucoup plus compliqués.

Qu’ils aient été considérés comme des divinités à une époque, soit… mais les millénaires jouaient sur leurs mémoires et avec le monde souterrain inaccessible, autant dire qu’ils ne se rappelaient plus vraiment des zones précises de ce dernier. Enfin, pour le moment, il allait plutôt se concentrer sur Sérest et veiller sur elle jusqu’à son réveil.