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Chapitre 34 : Des preuves de son passage

Chapitre 34 : Des preuves de son passage

« Hmm… Comment tu as trouvé cette première soirée ailleurs que dans un lit, Tery ? »

« Je n’ai pas vraiment réussi à dormir. Je n’arrivais pas à trouver le sommeil en me disant que tout le monde pouvait tenter de rentrer dans la tente alors que tu dormais avec moi. »

« Hmm ? Et donc ? Où est alors le problème ? Je veux tenter de le savoir. Je veux dire, je suis ton esclave, c’est donc normal que je dorme à tes côtés si tu as des « pulsions », non ? »

« Arrête donc tes blagues, Manelena. Tu sais aussi bien que moi que ce n’est pas le cas. »

« Oh, on doit donc arrêter la comédie ? Dire que je trouvais cela plutôt plaisant. Maintenant, je dois avouer que je suis un peu déçue en fin de compte. »

Comme si elle l’était vraiment. Dire qu’ils dormaient dans la même tente, sans que ça ne la dérange. Il avait surtout la sensation qu’il avait ouvert une boîte qui aurait dû rester scellée. Pas qu’il regrettait ces moments avec Manelena, du moins pas ce genre de regret mais…

« Tu sais, Tery. Maintenant que ce qui est fait est fait, je n’ai plus vraiment à le cacher. Oh, l’excuse de l’esclave ne pourra plus durer très longtemps mais bon, je pense qu’il me faudra m’y faire hein ? Cela est vraiment dommage mais j’ai eu quelque chose de ta part et ça, Tery, tu ne pourras jamais me le retirer. »

« C’est… vrai. Je reconnais amplement ce que tu dis par là. Mais bon, je ne veux pas que tu penses que ça peut se reproduire et faire comme si je n’avais rien à côté. »

« Mais si nous retrouvons Elen ? Qu’est-ce que tu vas lui dire ? » demanda Manelena alors qu’elle se relevait comme lui.

Se rhabillant correctement, il ne répondit pas tout de suite à la question de Manelena. Est-ce qu’il y réfléchissait ? Pas vraiment car il connaissait déjà la réponse. Oui, il n’y en avait qu’une seule qui importait :

« Je pensais l’avoir déjà dit mais bon, je vais peut-être me répéter : je compte lui expliquer ce qui s’est passé. Les nombreuses fois où… nous avons fait tout ça. »

« Et les raisons de ces différentes fois ? Car bon, il n’y a pas qu’une ou deux fois hein ? Je crois que je ne peux plus vraiment les compter maintenant. »

« Le but n’est pas de les compter. Il n’y a aucun record à battre ou autre. Simplement… Ah… On ne va pas ravoir cette discussion. Je vais aller prendre l’air et manger un morceau. »

Oui, se mettre quelque chose dans l’estomac lui fera le plus grand bien. Puis surtout, au moins, il n’aura pas à discuter avec Manelena. Ce sujet n’était pas tabou mais elle le remettait souvent sur la table, comme un trophée. Il comprenait bien qu’elle était « heureuse » de cette situation où elle était « libre » de l’aimer et inversement mais lui.. mais lui… C’était lui le véritable fautif dans cette histoire.

« Et en tant que tel, je ne devrais pas me réjouir, loin de là. »

C’était pourquoi il gardait une mine un peu sombre par rapport à tout ça. Il ne voulait pas fanfaronner. Peut-être que certains appréciaient l’idée d’être courtisé par la reine de Shunter tout en étant marié à une magnifique femme mais lui ? Hmm… Non. Il n’aimait pas l’idée d’être content. Mais en n’étant pas content, cela donnait l’impression qu’il n’appréciait pas ce qu’il faisait avec Manelena.

Oui, il appréciait grandement leur petit jeu à deux, le fait de dormir ensemble et tout le reste. Ce n’était pas du tout pareil qu’avec Elise car il la considérait comme sa petite sœur. Mais Manelena ? C’était une femme, une vraie femme. Une femme comme il n’en existait pas d’autres. Il pouvait considérer tout ce qu’il voulait, penser tout ce qu’il avait en tête, Manelena était une femme qui lui avait mis le grappin dessus.


Ce qui s’était passé à la capitale n’était que la suite et la concrétisation de cette scène dans la bibliothèque, cet instant où elle l’avait embrassé. Il ne pouvait pas ignorer que cela semblait logique à emmener tout ça hein ?


Manelena. Hmm… Il aimait penser à elle. La femme aux cheveux argentés était toute aussi importante qu’Elen, peut-être pas pour les mêmes raisons mais elle l’était. Il devait s’empêcher de sourire car il appréciait les moments avec Manelena.

« Bonjour, chef. Vous avez bien dormi ? »

« Hmm ? Moi ? Ah oui, chef, j’oubliais parfois que c’est ce terme. Je suis tellement pas habitué. Disons que oui, j’ai bien dormi. Vous êtes là depuis longtemps ? Je veux dire, votre garde a commencé depuis combien de temps ? »

« Oh deux ou trois heures au grand maximum, vous inquiétez pas pour le sommeil ! »

« Vous vous reposerez pendant les déplacements. Vu que nous avons des véhicules avec nous, vous pourrez alors faire une partie du chemin dans l’un d’entre eux. »

« Oh merci beaucoup, chef ! »

Il fit un geste pour dire que ce n’était pas bien important. Il allait avoir une petite discussion avec Héraisty. Même si Manelena restait très proche, Héraisty était plus ou moins celle à qui il confiait différentes directives qu’il avait en tête. Il retrouva très vite la démone à lunettes qui était visiblement déjà réveillée depuis pas mal de temps.

« Eh bien, que tu viennes me voir, j’imagine que ce n’est pas pour prendre de mes nouvelles, n’est-ce pas, Tery ? »

« Faux… Comment vas-tu ? Et vrai… Oui, j’avais besoin de tes conseils et des avis sur plusieurs petites choses qui me tracassent. »

« Hmmm ? Alors, je vais bien, merci. Cela reste toujours un peu perturbant de ne plus dormir sur un matelas mais bon, à force, disons que je commence à m’y habituer. Tu peux dire sinon ce qui te perturbe, Tery. J’espère juste que ce n’est pas la même chose qu’hier. »

« Pas exactement… Enfin si… Mais juste un peu, bon en fait. Parlons. »

Maintenant qu’il avait besoin de converser, c’était juste difficile. Comment lui expliquer exactement ? Hmm… Bon, elle allait sûrement lui en vouloir mais il fallait bien lui dire et lui expliquer tout ça hein ?

« Bon. C’est par rapport aux nouvelles recrues. Je sais bien que tu m’as dit qu’elles sont toutes prêtes à tout comme les autres mais… »

« Tu voudrais que je vois pour suivre leurs faits et gestes. Tery, qu’est-ce que j’ai déjà dit au sujet de la paranoïa ? »

« Je ne peux pas m’en empêcher. J’ai déjà eu tellement de coups dans le dos que ce dernier est un vrai gruyère ! Est-ce que tu es certaine qu’elles sont de confiance ? Qu’elles viennent de toi ? Du roi ? Car si nous allons dans un village et qu’elles posent des problèmes, il ne faudra pas hésiter à avoir une conversation avec elles. »

« Une conversation, pas une mise à mort, Tery. Certains peuvent se tromper, c’est aux autres de leur montrer comment faire. Et puis, je te rappelle que nous sommes mixtes en terme de races. Nous avons un peu de tout. »

« Sauf des Mékalarmiens, mais eux, je ne suis pas certain qu’ils auraient accepté cela. »

Et il avait haussé les épaules à ses propres paroles. Oui, cela lui faisait ni chaud, ni froid. Il s’en fichait complètement des Mékalarmiens. Des gnomolds sympathiques comme Ernold, il en avait rencontrés mais des Mékalarmiens ? Pas du tout.


Pourtant, il était certain que cela devait exister. Oui, que quelque part, des Mékalarmiens sympathiques devaient exister mais non, même à Midès, il se rappelait que même s’ils n’étaient pas agressifs, les Mékalarmiens rencontrés étaient du genre très virulents dans eurs propos. Il finit par marmonner :

« Désolé d’être revenu sur ce sujet. C’était juste par instinct de protection. »

« De toute façon, s’il n’arrive ne serait-ce que des rumeurs à ce sujet, ne t’en fait pas que je tiendrais au courant, Tery. Je ne vais pas laisser briser ce projet par quelques personnes mal-intentionnées. Il en est hors de question. »

« Si tu as de telles convictions, je n’ai plus donc plus qu’à me plier à tes dires, Héraisty. »

« Héhéhé, ce n’est pas si mal d’être en position de force pour une fois, hahaha. J’aime bien cette sensation ! »

« Hey, tu ne vas pas commencer à t’y habituer non plus hein ? On va finir par croire que tu risques de prendre la grosse tête. »

« Surtout moi, n’est-ce pas ? Cela ne serait pas très crédible de ma part même si je dois te remercier pour tout ça. Avant de vous connaître, toi et Elise, je ne pensais pas à un tel avenir. En fait, je n’avais même pas idée que cela serait possible. Vous avez vraiment changé ma vision du monde souterrain mais aussi de la surface. Et pour cela, je ne pourrais jamais assez vous remercier tous les deux. »

« Rah… C’est un peu gênant ce que tu es en train de dire. Enfin, je vais juste accepter tes paroles, voilà tout. Je n’ai aucune raison de les refuser. »

Mais il était vrai qu’il avait le rouge aux oreilles avec tout ça. Ahem…. Bon, ce n’était pas forcément bien important. Il allait retrouver une certaine contenance et zou. Rapidement, le petit déjeuner avait été consommé et la route reprise.

Ils n’allaient pas prendre trop de temps non plus. Sans savoir exactement ce qu’ils allaient prendre comme destination, cela pouvait être dangereux. Même si sur la fin, il était vrai qu’ils n’avaient plus été attaqués par les monstres, ça ne voulait rien dire.

D’ailleurs, sur le chemin, il cherchait à faire un peu de conversation avec tout le monde, reprendre des nouvelles et tout. Savoir comment cela s’était passé pour eux au sujet de leur cohabitation entre surfaciens et démons. Oui, ça ne coûtait rien du tout de demander et surtout, cela permettrait de voir s’ils avaient eu quelques soucis ou non.

Heureusement, de ce qu’il semblait entendre, tout allait pour le mieux ou presque. Oui, les différentes familles démoniaques avaient accepté l’arrivée d’une nouvelle personne, quitte à la faire passer pour « esclave » comme lui avec la reine de Shunter. Il préférait ne pas donner plus d’informations de son côté mais il semblerait qu’ils aient gagné aussi quelques faveurs et places dans les dites-familles.

Et pour les rivalités ? Eh bien, il y en avait mais très rapidement, les familles qui « possédaient » ces surfaciens avaient décidé de collaborer dans l’ombre pour éviter les ennuis et surtout que d’autres familles tentent de les agresser ou commettre d’autres crimes pour espérer mettre la main sur les surfaciens.

À les écouter, il avait l’impression que les démons considéraient les surfaciens comme des objets et il y avait sûrement une part de vérité dans tout ça. Mais à côté, ils avaient réagit en conséquence de cette mort horrible qui était arrivée, dès les premiers jours dans la capitale.

Oui… Il s’en rappelait lui aussi. Cela était bon d’en savoir plus à ce sujet. Cela permettait alors de se préparer, parfois pour le pire. Mais là, sur le coup, ils étaient au courant et tous liés. Quand il avait le dos tourné, il semblerait que les démons collaboraient entre eux et c’était une excellente nouvelle.

« Alors, un peu rassuré, Tery ? »

« Plus que je ne le pensais, Héraisty. En même temps, tu as bien fait de me répondre, hier. J’ai appris au sujet des démons et de leurs familles, je ne savais pas que ça se passait ainsi. Par contre, vu que tu connais des noms, est-ce que… »

« Oui, il y a bien des démons qui sont issus de certaines familles présentes auparavant. Il semblerait que même si les démons précédents ne sont plus là et que certains surfaciens aussi, les familles ont décidé de nous envoyer d’autres membres et surtout plus puissants que les précédents. Comme quoi, ils y voient aussi un intérêt. »

« Même si je ne pense pas que ça soit juste pour la beauté du geste, n’est-ce pas, Héraisty ? Pas besoin de me mentir sur le coup, je m’en doute, hein ? »

« Pas vraiment. Ils considèrent qu’avoir un surfacien à leurs côtés permettra de gagner du galion dans l’échelle de la noblesse. Avec les connaissances de la surface, ils pensent pouvoir profiter d’une avance confortable sur d’autres. »

« Et c’est donc en partie à cause de moi qu’une nouvelle « faction » vient de voir le jour ? »

« On peut pas dire que c’est de ta faute, plutôt que c’est grâce à toi ? Tout cela va dépendre de comment ils vont utiliser ces informations. Si c’est pour se mettre au même rang que les autres familles, bien plus puissantes, pourquoi pas ? Si c’est pour en abuser, cela ne va pas donner de jolis résultats, loin de là. »

Il haussa simplement les épaules aux propos de la demoiselle. Il n’allait pas lui donner tort alors qu’elle expliquait clairement ce qu’il comprenait plus ou moins. Cela voulait juste dire qu’il ne fallait pas croire que tout allait être rose bonbon quand même.


Bon ! Au moins, il était en meilleure forme qu’auparavant et le moral était retrouvé ! Manelena à ses côtés, avec son épaisse armure noire, il pouvait alors avoir un rythme plus normal qu’auparavant. Ouais, il sentait déjà les bienfaits de ne pas avoir à prétendre que Manelena était son esclave !

« Hmm… Des fois, je crois que j’aimerais bien lire ce qui se passe dans ton crâne, Tery. »

« Tu serais vraiment très déçue, Manelena, je tiens à te le dire. »

« Hmm… J’imagine que ça doit dépendre de tes pensées. Est-ce qu’il y en a qui me concernent ? Peut-être le fait que je suis à nouveau ta reine et non ton esclave ? »

Humpf ! Il pouffa juste un peu, ayant un léger sourire aux propos de la femme aux cheveux argentés, cheveux comme visage cachés par son casque. Celle-ci s’arrêta pendant quelques instants avant de très vite retrouver son rythme dans ses pas.

« Hmm ? Je ne pense pas avoir dit quelque chose d’amusant, Tery. »

« Non, non. Disons juste que tu n’es pas mon esclave mais tu n’es pas ma reine non plus. »

« Alors qu’est-ce que je suis, petit malin ? Comme tu sembles avoir de la suite dans les idées, j’ai bien envie maintenant de voir comment tu me considères ? »

« Comme l’une des personnes les plus proches et importantes à mes yeux, autant que ma mère, mes grands-parents ou Elen. »

« Je trouve que c’est une position plutôt pas mal. Je suis donc au même rang que la famille, c’est ça ? Et même à un certain autre stade, hein ? »

Et là, il n’allait pas lui confirmer ses propos, loin de là. Et non, ce n’était pas parce qu’il était gêné, mais plus parce qu’il voulait s’amuser des réactions de Manelena. Sur le coup, il allait juste signaler qu’il devait voir un peu le reste des troupes et la laisser seule. Oui, il avait juste envie de l’embêter, même si ça ne serait que juste un tout petit peu. Pas besoin de beaucoup plus, il en était certain ! Et cela lui permettrait de se venger un petit peu.

Oh, c’était quand même assez puéril de sa part mais sur le coup, il trouvait que ça serait une bien bonne façon d’embêter Manelena sans que cela ne soit dangereux ou stupide. De toute façon, cela lui permettrait de continuer à décompresser.

Et comme il en était convenu, ils allaient tout faire pour remonter le plus rapidement au niveau de la surface sans pour autant y retourner. Oui, ils allaient voir des villages proches de la surface en espérant que la communication et la collaboration seront possibles.

« Oh d’ailleurs, je voulais te dire, Tery, maintenant que tu as lâché un peu Manelena, est-ce que tu étais au courant au sujet de la surface ? »

« Qu’est-ce qu’il y a avec la surface ? Ne me dit pas qu’il y a des problèmes ! »

« Je ne peux pas répondre à cette affirmation car je n’en sais rien du tout, malheureusement. Ce que je peux juste te dire, par contre, c’est que c’est devenu assez fréquent que des groupes de la surface viennent explorer le monde souterrain. Il semblerait que certaines zones laissent leurs portes ouvertes, tant qu’ils ont quelque chose au bout en contrepartie. »

« En un sens, cela est assez bénéfique, tu ne crois pas ? Même si les démons se font achetés, cela veut dire qu’ils ont une petite parcelle de confiance envers les autres races. »

« Après, cela peut dépendre d’autre chose, Tery. Si ce sont des démons à la solde d’Haiktos ou Halyza, il y a de fortes chances qu’ils les laissent pas pour emmener plus de forces extérieures sous la surface. »

« Et ce n’est pas toi qui me disait d’arrêter de psychoter ? »

« Entre psychoter sur tout et émettre plusieurs hypothèses plausibles, c’est différent, Tery. »

« Je le sais bien mais ça reste un tout petit peu vexant, tu sais ? Enfin, je ne vais pas me vexer pour ça mais tu dois reconnaître que ce n’est pas super plaisant. Enfin… Le plus important, c’est de garder la tête sur les épaules. Nous avons pas mal de marche à faire. Par contre, si nous trouvons une ville ou un village sur notre chemin, nous sommes d’accord que l’on va quand même s’y rendre hein ? On évite d’ignorer ça. »

« Je pense, oui. Même si nous ferons encore une fois attention, qu’est-ce que tu en dis ? »

« Tu parles du fait que certains démons dans les villes ou villages pourraient nous causer du tort en travaillant pour eux ? C’est raisonnable comme remarque. Oui, on va la prendre en compte et on verra ensuite. »

C’était le mieux qu’ils pouvaient faire. Donner leur confiance mais pas trop. Dans le fond, il comprenait qu’Héraisty gardait la tête sur les épaules malgré le fait qu’il pensait qu’elle était trop candide. Il oubliait parfois qu’elle était une démone, une démone de la capitale plus précisément. Et qu’elle avait eu un chef plutôt problématique.

Ainsi, oui, elle avait de l’expérience. Par contre, en parlant de ce fameux chef, il ne se rappelait plus de son nom mais il avait été vraiment exaspérant. Puisqu’ils en étaient à marcher tranquillement, côte à côte, il pouvait lui demander.

« Dis moi… Le démon qui était un peu ton supérieur chez les renifleurs, il est devenu quoi ? Je me dis maintenant que j’ai aucune nouvelle de lui. »

« Jyanos ? Hmm… Eh bien, il a disparu du jour au lendemain quand l’empereur Malark a commencé à faire une petite purge. »

« Ah ? C’est vrai ? Et euh… Donc rien d’autre à son sujet ? »

« Bof, de ce que j’ai cru comprendre en tendant l’oreille au travail, il semblerait qu’il avait peur pour sa vie car il cachait bien difficilement le fait qu’il était au service d’Halyza. Comme quoi, en faire trop ne veut pas forcément dire que tout se termine bien. »

« Je dirais bien que c’est bien fait pour lui mais bon… »

« Pourquoi est-ce que tu t’intéresses à ça maintenant ? Je veux dire, pourquoi tu cherches à en savoir à son sujet après tout ce temps ? » demanda Héraisty alors qu’il lui répondait presqu’aussitôt de manière honnête :

« Je voulais éviter que l’on tombe dessus par accident et qu’on lui fasse mal, beaucoup trop de mal. Je n’avais pas beaucoup apprécié ton traitement, personnellement. Et je sais qu’Elise n’aurait aucun problème à laisser s’échapper une flamme ou deux sur son corps « par inadvertance » si tu vois ce que je veux dire exactement. »

« Oui, oui, ne t’en fait pas, je n’ai pas besoin de plus de détails, hahaha. Ah… C’est gentil de votre part mais je pense que je peux gérer ce cas précis par moi-même. »

Elle avait rigolé légèrement mais il comprenait bien que le cas Jyanos lui tenait à coeur et pas forcément pour de bonnes raisons. Même si elle n’était pas spécialement violente ou revancharde, il sentait bien que s’il arrivait quelque chose à Jyanos, elle n’irait pas pleurer sur le cadavre de ce dernier.

Ah… Maintenant, avec cette marche et les retrouvailles, il devait quand même avouer quelque chose : il se sentait bien mieux dès l’instant où il ne devait pas rester en place. À force de voyager avec Elen et les autres, il avait pris goût au fait de se déplacer en continu. Oh, il n’était pas stupide, il ne devait pas se leurrer. Il savait bien qu’un jour ou l’autre, il lui faudra s’installer et ne plus réellement bouger de là… mais ce jour n’était pas encore arrivé. Il était jeune, il avait tellement de projets et avec les nombreux soucis qui pesaient sur ses épaules, faire comme si de rien n’était et les ignorer, cela ne mènerait à rien de bon.

Il se demandait juste ce qu’Elise et les autres étaient en train de faire. Envoyer du courrier aurait été une grosse erreur, surtout que beaucoup de démons seraient capables d’intercepter les lettres, c’est pourquoi il n’avait jamais envisagé cette possibilité. Oui, il fallait garder les idées claires dans sa tête.

« Je me demande seulement si Elise et les autres sont parmi ces groupes qui descendent dans les souterrains. »

Il se posait réellement la question. Si tel était le cas, il y avait peut-être une infime chance qu’il retrouve tout le monde. Oui… surtout Elen.

Chapitre 33 : Entre souterrain et surface

Chapitre 33 : Entre souterrain et surface

« Bon, j’ai eu les dernières recommandations de l’empereur. »

« Et qu’est-ce qu’il nous recommande alors, Tery ? »


Il était dans sa chambre avec Manelena. Maintenant qu’ils étaient certains de pouvoir repartir, le jeune homme semblait beaucoup mieux et ne s’en cachait pas. Grand sourire, il répondit sur un ton plus enjoué :

« Nous allons devoir tout simplement nous rendre aux différents étages sous la surface. Enfin, nous allons remonter et tenter de rencontrer un maximum de villages sur notre route. »

« Si nous ne pouvons pas avoir les nobles de notre côté, il vaut mieux alors tenter d’avoir d’abord le bas peuple, ceux qui composent la majorité du royaume. Oui, c’est une bonne idée. Même face à un soulèvement de foule, les nobles, qu’importe leurs races, sont bien obligés de se plier au peuple, même si cela finit souvent dans le sang. »

« Oui, enfin, si on peut éviter à ce stade, j’aimerais quand même. »

« Cela ne semble assez compromis. Mais d’abord, réussir à avoir un maximum de soutien de la part des citoyens des différentes villes mais aussi des plus petits villages, ce n’est pas une idée absurde. Simplement, avec une armée composée de démons de la capitale mais aussi de gens de la surface, il y a de fortes chances qu’ils aient peur de nous. »

« C’est pour cela qu’il faudra se montrer assez rassurant. Tu penses que c’est réalisable ? »

« Hmmm, si tu passes devant nous autres, j’imagine que oui. Tu as une tête qui aide naturellement à être sympathique envers toi. »

« Je ne sais pas comment je dois prendre ça. Comme un compliment ou non ? »

Il avait cligné des yeux tout en soupirant un petit peu. Ce n’était pas que ce n’était pas plaisant, loin de là. Mais pourtant, il avait la sensation qu’elle se moquait de lui, oh avec gentillesse mais quand même. Elle colla son front contre le sien avant de dire :

« Dis toi que tu as réussi à te mettre l’ex-maréchale de Shunter mais aussi l’actuelle reine de ce royaume dans ta poche. Puis aussi le roi de Traslord, la future princière héritière des démons et… diverses autres personnes. »

Hmm. Elle marquait un point. Enfin, c’était vrai qu’il avait été souvent bien entouré et que même pour les gnomolds, il avait aussi réussi à communiquer avec eux. Peut-être que sans « ses » crises, il était du genre à avoir des personnes auprès de lui aisément ?

« Bon… Ah… Manelena, est-ce que tu peux enfiler ta tenue d’avant ? Enfin, tu vois de laquelle je veux parler et non celle « d’avant » genre ce matin. »

Elle ne pouvait s’empêcher de sourire et de rire à la remarque de Tery. S’il était obligé de préciser une telle chose, c’est qu’elle connaissait parfaitement la raison. Il fallait dire qu’il était aisé de l’embarrasser au réveil.

« Je vois, je vois. Tu parles de ça, non ? »

Comme s’il n’avait fallut qu’un instant, la jeune femme se retrouva subitement recouverte d’une épaisse couche de métal noir. Cela faisait longtemps, vraiment très longtemps qu’il n’avait plus cette armure et il ne pouvait s’empêcher de dire :

« Je dois avouer que cela me manquait quand même un peu, sur le coup. »

« De te faire martyriser par une femme en armure ? Je note que tu as des fantasmes assez saugrenus, Tery. Je ne crois pas être capable de les apprécier à leur juste valeur. »

« Ce n’est pas une question de ça ! Pourquoi est-ce que tu rapportes toujours le tout à la chose ? C’est vraiment embarrassant à force ! »

« Eh bien, car je sais que c’est ainsi que je peux te faire mien ? »

HEIN ?! Il ne marchait pas de la sorte ! Enfin, non ! Pas qu’elle pense qu’il était juste ainsi et pas autrement ! C’était pas du tout le cas ! Il valait bien mieux que ça ! Pourquoi est-ce qu’elle s’imaginait des choses de la sorte !

« Eh bien, Tery. Allons-y maintenant, non ? Donnons à ces démons une raison de me craindre. Qu’ils voient ce que je suis réellement en fin de compte. »

« J’ai presque l’impression que tu es en colère, Manelena. »

« En colère ? Oh non, non, pas du tout. Simplement, ils vont avoir une mauvaise surprise s’ils décident de chercher à savoir qui est sous cette armure. »

« S’il te plaît, je ne veux pas que tu cherches à les tuer, d’accord ? »

« Oh, vu ce qu’ils ont tenté de me faire et ce qu’ils ont fait à d’autre, cela serait pourtant normal, non ? Tu ne crois pas ? »

« Non, s’il te plaît. Tu sais très bien que la vengeance n’emmène à rien de bon. J’en sais quelque chose moi aussi… et personne n’en ressortira gagnant. S’il te plaît. »

« Tu peux te répéter… et pff… tu sais très bien que je ne serais pas capable d’une telle chose. Mon but n’est pas de tout ravager. Disons simplement qu’ils ont laissé passer leur chance de régler ça calmement et posément. Ils sont les seuls responsables de cette situation et ça, ils vont devoir se l’inscrire dans le crâne pour plus tard. »

Le jeune homme aux cheveux bruns passa une main dans ces derniers, visiblement bien embêté. Mais bon, il n’était pas l’heure de trop tarder sur tout ça. Il prit simplement une profonde respiration avant de se mettre en route.

Ils avaient décidé de se réunir à l’extérieur de la Cité. Normalement, il avait indiqué une heure précise, même si malgré tout le temps passé, il avait beaucoup de mal à se dire s’il était en avance ou en retard. Heureusement, lorsqu’ils arrivèrent tous les deux, il n’y avait bien qu’Héraisty et Sigéla qui étaient présentes. Oui, il avait retenu son nom à force.

« Vous n’avez pas de soucis de votre côté ? »

« Pas vraiment, les gardes nous laissent passer assez souvent. Ils ont l’habitude que je fasse quelques excursions dans les alentours, hahaha ! »

« Tant mieux alors si tu n’as pas de soucis, je voudrais éviter que ça finisse mal ou autre. »

« Hmm ? Comment ça ? Je viens de te dire que tout allait bien, Tery. » vint reprendre Héraisty alors qu’il répondait presqu’aussitôt :

« Simplement que je n’ai pas confiance en grand monde dans la capitale et… »

« Les gardes sont plutôt sympathiques, tu n’as pas à t’inquiéter à ce sujet. Ils sont plus de notre côté que l’inverse si c’est vraiment ça qui t’inquiète. »

« Hmm ? Et qu’est-ce qui te fait dire ça exactement, Héraisty ? »

« Oh tout simplement ce que j’en sais hein ? Ou alors, juste qu’avec le temps, j’ai appris que les soldats étaient issus des castes des nobles des plus petites familles de la capitale, ce qui fait qu’ils n’ont pas la grosse tête ou autre. »

« Oui mais ça ne change pas qu’il y a un risque que pour avoir juste un peu plus de pouvoir, ils puissent prévenir des personnes mal-intentionnées de notre présence. »

« Je sais très bien que beaucoup sont quand même très problématiques mais là, Tery, faut quand même avouer que ça frôle la psychose. »

« Je sais parfaitement que j’ai un souci ! Pas besoin de me le dire ! C’est juste que… Enfin, c’est comme ça ! Je n’ai pas d’autres choix ! Je suis juste un peu fatigué ! »

« Espérons que ça ira mieux quand les autres seront là. »

La démone à lunettes avait juste soupiré légèrement. Sans être agacée par les propos de Tery, elle devait avouer que l’entendre se préoccuper de tout ce qui l’entourait, cela pouvait être épuisant mentalement. Heureusement, Manelena fit la conversation avec elle et Sigéla tandis que peu à peu, d’autres démons et surfaciens arrivaient.

« Est-ce que c’est moi ou alors, nous sommes un peu moins nombreux qu’auparavant ? »

« Certains ont eu des « soucis » comme… tu t’en rappelles. D’autres ont décidé de ne pas venir car ils ont obtenu une place plus importante dans leurs familles. Néanmoins, j’ai vérifié pour de nouveaux arrivants dans notre groupe. »

« Bon, avec ce que tu m’as dit, j’imagine que je dois te faire confiance donc je ne vais pas te demander d’où est-ce qu’ils viennent. Si tu es certaine qu’ils et elles sont sûrs, alors tant mieux. Mais maintenant, est-ce qu’ils sont au courant de notre mission ? Sans rentrer dans les détails, bien entendu. »

« Disons qu’ils sont au courant des grandes lignes, cela devrait être suffisant, non ? »

« Oui, enfin, pour ceux qui n’étaient pas là au tout début, oui, j’imagine que c’est suffisant. Mais maintenant, pour le reste, je ne suis pas vraiment certain, je dois avouer. »

« Ce n’est pas une question de certitude, Tery. Enfin bon, j’imagine que tout ça va revenir à la normale dans les prochaines heures ou jours. »

Manelena avait simplement haussé les épaules, comme pour signaler que maintenant, cela ne la concernait plus vraiment. Tery la regarda, baissant un peu les yeux ensuite. Il était content de reprendre l’aventure mais… est-ce que ça allait être suffisant ?

Peut-être tout simplement qu’il se faisait des illusions ? Pourquoi est-ce que maintenant, il ne se sentait plus assez rassuré ? Manelena se rapprocha de lui, posant une main gantelée de métal noir sur son crâne.

« Il faut que tu arrêtes de te malmener la cervelle, Tery, vraiment. »

« Je voudrais bien mais ce n’est pas aussi simple que ça et tu le sais parfaitement. »

« Oui, je le sais parfaitement et c’est pour ça que je te dis justement de ne pas t’en faire plus que nécessaire. On réglera ça comme il faut. »

Régler ça comme il le faut. À l’entendre, on pourrait croire qu’elle l’invitait à se battre dans un futur proche. Ce qui n’était pas du tout son intention, loin de là. Il eut une petite moue, pas vraiment boudeuse, en direction de Manelena mais hocha la tête quand même une nouvelle fois. Ils pouvaient se mettre en route après les dernières vérifications.


Oui, il observait les différentes personnes qui étaient présentes. Il reconnaissait les forgerons, les cuisiniers, les soldats, les éclaireurs, et tout le reste. Oui, il faisait juste un petit tour des environs pour être certain tandis qu’Héraisty marchait à ses côtés, bloc-notes dans ses mains. Tout sourire, elle disait :

« Je me doutais que tu voudrais en savoir plus, c’est pourquoi je suis là avec ce qu’il faut. TU veux donc un aperçu ou des détails de tout le monde ? »

« Un maximum si possible même si bon, je ne dois pas trop rêver, c’est ça ? »

« Tu fais bien de rêver et d’espérer car c’est pourtant le cas, Tery. J’ai déjà pas mal d’informations à ce sujet et plus de détails encore car je me doutais que tu aimerais en connaître bien plus sur les personnes qui t’entourent, hahaha ! »

« Qu’est-ce qui a de si drôle ? Tu peux me le dire ? »

« Rien du tout… mais le fait que tu t’emportes pour aussi peu, Tery, montre que ça n’a pas été une partie de plaisir, n’est-ce pas ? Ces dernières semaines. C’est ça. Je veux tenter de te faire sourire et rire, que tu ressembles plus au Tery que j’ai rencontré la première fois. Tu as remarqué que ça fait déjà pas mal de temps que tu es arrivé ici ? Est-ce que tu t’en es rendu compte ou pas ? «

« Oui, oui. Je me demande si je n’ai pas dépassé l’année depuis que je suis sous la surface. »

Et il voyait bien ce qu’elle tentait de faire. Oui, c’était très sympathique de sa part et… il devait aussi avouer que ça lui faisait du bien de voir tout le monde réuni à nouveau ou presque. Même si cela n’avait duré quelques semaines, certains étaient morts, d’autres avaient décidé de rester dans leurs familles respectives. C’était plus que compréhensible. Mais de nouvelles personnes, cela voulait dire de nouvelles rencontres, non ?

Oui, ça ne sera pas une mauvaise chose. Il en est certain. Il devait penser de la sorte et tout ira pour le mieux ensuite. Un petit sourire vint enfin se dessiner sur ses lèvres avant qu’il ne passe une main sur les cheveux d’Héraisty, lui disant :

« J’aurai le temps de faire bien plus connaissance pendant les repas et autres. »

« Tu vois ? Ça va mieux non ? Quand tu te mets à positiver, tu ne crois pas ? »

« Je ne sais pas si ça sera aussi simple que de « positiver » mais on va essayer, hein ? Qu’est-ce que j’ai réellement à perdre à ce sujet ? »

« Pas grand-chose si tu veux tout savoir, hahaha ! »

Et elle rigolait à nouveau, lui-même faisant juste une petite moue amusée. Oui, c’était ainsi et pas autrement, n’est-ce pas ? Il avait juste un léger sourire aux lèvres, comme elle tandis qu’ils étaient l’heure de s’éloigner de la capitale. Aussitôt, Manelena se plaça à côté de lui, dans son armure complète qui cachait même sa tête via le casque.

« Manelena, qu’est-ce que tu en penses ? On tente tout de suite de faire ami-ami avec les premiers villages que nous trouverons ? Ou alors, on monte et on tentera une communication avec ceux proches de la surface ? »

« Si on veut des résultats immédiats, le plus tôt serait le mieux. Mais je penche plus pour le second point, cela me semble meilleur pour nos troupes. »

« C’est aussi ce que j’envisageais. Tant mieux alors, au moins, je ne vais pas faire n’importe quoi. J’ai l’impression d’avoir perdu la main. »

« Ou plutôt la confiance en soi, non ? Car de ce que j’en pense, tu te débrouilles plutôt bien pour le moment. Il n’y a rien à te reprocher, loin de là. »

Ah ! Elle pouvait le complimenter elle aussi, il allait prendre ces compliments avec le sourire. Oui, il était content de voir que les gens appréciaient quand même son travail, dans tous les cas. Oui… C’était comme ça qu’il devait voir les choses.

Le plus important, c’est qu’il n’avait aucune voix dans sa tête qui lui disait s’il commettait une erreur ou non. Ou alors de tout simplement tout ravager. Vraiment… Dire qu’il était issu du Dévoreur. Comment est-ce que… sa mère allait prendre cette nouvelle ? Non, peut-être ne rien lui dire. Parfois, ne pas savoir est la meilleure chose qui peut arriver.

Oui… Il allait garder cela secret. Déjà le fait qu’il soit un démon avait sûrement perturbé plus que nécessaire sa mère, si on rajoutait le fait que son père était un vrai lâche qui avait abandonné son enfant, mais aussi que c’était aussi un démon, comme lui…

« Ça en fait beaucoup pour une femme de son âge. » dit-il à voix basse mais pas assez faiblement pour que Manelena ne puisse pas l’entendre.

« De quelle femme est-ce que tu parles, Tery ? Fais quand même très attention à ce que tu risques de dire, je ne voudrais pas que tu le regrettes plus tard. »

« Je pensais à ma mère et ça m’apprendra à parler à voix haute. Je me disais simplement qu’entre le fait que je sois un démon, que mon père a été un traître, un lâche, un démon et tout plein de choses mais aussi le fait que je sois le fruit d’une expérience souterrain douteuse et qu’en réalité, je suis issu de « lui », cela ferait beaucoup pour elle. C’est pour ça que je me dis qu’il vaudrait mieux pour moi que j’évite de lui en parler. »

« Ta mère n’est pas si vieille que ça. Elle ne doit même pas avoir la cinquantaine. Peut-être la quarantaine bien avancée, non ? Mais tu aimes bien la titiller, non ? »

« C’est ma mère et disons qu’elle n’a pas été des plus tendres avec moi. Mais bon, en même temps, je sais parfaitement qu’elle faisait tout cela pour moi. Je ne peux pas lui en vouloir non plus… et elle manque énormément. »

« C’est une sacrée femme quand même. Je veux dire, entre son tempérament mais aussi son histoire, j’en connais pas tellement qui seraient capables d’agir comme elle et d’oublier complètement son titre de noblesse en faisant comme si de rien n’était. »

« Elle me fait quand même penser à toi, en un sens. Tu en as rien à faire de ton titre de reine de Shunter et du reste. »

« Hmm ? Est-ce que tu insinues donc qu’en un sens, je suis déjà de ta famille, Tery ? »

« Je n’ai jamais dit ça ! Enfin, pas de la sorte ! Simplement que je peux comprendre pourquoi est-ce que tu t’entends si bien avec elle, c’est tout. »

Elle s’empêcha de lui signaler qu’il fallait bien être une forte tête avec un type comme lui. Puis bon, il ne pouvait pas voir le sourire qu’elle arborait sous son casque. Oui, elle allait juste rester discrète sur le coup même si elle trépignait presque de continuer la conversation.

Elle le sentait : il y avait beaucoup de changements en elle depuis qu’ils avaient vécu ensemble dans la capitale démoniaque. Elle ne pouvait pas ignorer tout cela, que ça soit son propre comportement, sa relation avec Tery, ce qui s’était passé, les changements et autres.

« Tery, au cas où, si tu as une crise, je veux que tu viennes me chercher, d’accord ? »

« Normalement, si nous nous éloignons de la capitale, c’est justement pour éviter que ça n’arrive, non ? Ou alors, j’ai mal compris la raison cachée de tout ça. »

« Non, non, c’est exact. Simplement, je veux que tu me préviennes le plus rapidement possible même si ce n’est que le moindre petit message mental, compris ? »

« D’accord, d’accord, Manelena. Je ne savais pas que tu te préoccupais autant de ma… AIE ! Là, ça fait mal, Manelena ! » s’exclama t-il en ayant pris un coup sur le dos du crâne.

« C’est pour t’apprendre à dire une aussi grosse stupidité. Tu ne devrais même pas mettre en doute le fait que je veux veiller sur toi. »

Peut-être que c’était tout simplement parce qu’il voulait éviter de se dire qu’ils s’étaient rapprochés plus que la moyenne. Oui, il y avait eu des scènes assez violentes mais charnelles aussi. Et c’était ces dernières qui revenaient souvent dans sa mémoire.

En même temps, comment pouvait-il ignorer le corps somptueux de la femme dans cette épaisse armure noire ? Combien de fois l’avait-il vu sans aucun habit pour le recouvrir ? Combien de fois s’était-il imaginé des choses plus que perverses entre Manelena et lui ? Avant même que tout cela ne se produise ? Lorsqu’ils voyageaient dans le monde souterrain ? Mais aussi bien avant, alors même qu’il était avec Elen.

Le fait qu’il soit un homme et que ça soit « normal » de penser ça, ça ne pardonnait pas sa conduite. Lorsqu’il allait retrouver Elen, il allait devoir s’expliquer à ce sujet. Lui faire face et lui dire. Il y avait peut-être des raisons à sa conduite mais ce qui avait été fait avait été fait. Et si elle ne voulait plus de lui, il comprendrait amplement sa réaction.


Oui, il devait envisager le pire en vue de la situation actuelle. Mais en même temps, ils étaient encore loin de retrouver Elen et les autres. D’un autre côté, il avait aussi un enfant avec elle bien qu’il n’avait pas réellement pu en profiter.

Et voilà. Dès qu’il ne parlait pas avec quelqu’un, ses pensées l’envahissaient trop rapidement et de telle façon qu’il avait alors l’impression que sa tête allait exploser. Il savait bien que ce n’était pas le cas mais quand même, il devait trouver un sujet de conversation.

« Manelena, dis-moi, qu’est-ce que tu comptes faire quand nous allons retrouver les autres ? Si du moins, nous les retrouvons. Je suis en train de me dire : tu as été absente pendant si longtemps à ton poste de reine de Shunter. Tu ne crois pas que cela risque de te porter préjudice ? Ou même que ton pouvoir risque de s’amoindrir ? »

« Hmm ? Non, ça ne m trotte pas plus que ça en tête. Hémurion fait du très bon travail et a souvent montré qu’il pouvait me remplacer. Dans les faits, je crois que je pars peu à peu vers un système comme celui de Traslord. Quand nous retrouverons Royan et les autres, je crois que je vais avoir une petite discussion avec lui. »

« Tu penses que c’est le meilleur choix à faire ? »

« Hmm, le meilleur, je ne sais pas mais je sais au moins que ça serait une bonne solution pour éviter que les erreurs du passé ne se reproduisent. »

Les erreurs du passé. Oui, elle aussi avait eu un père pas forcément formidable. Si des gens s’étaient opposés à ses idées et avaient surtout eu les capacités pour cela, toute cette histoire ne se serait jamais produite.

Pour autant, elle ne pouvait s’empêcher de se dire que si tel avait été le cas, elle n’aurait alors jamais connu Tery et vécu toutes ces choses. Alors oui, elle était satisfaite de la tournure actuellement des évènements et ne regrettait rien du tout. Oui, si elle devait faire se reproduire cela, ça serait sans aucune hésitation.

Chapitre 32 : Une nouvelle chance

Chapitre 32 : Une nouvelle chance

« Manelena ? Est-ce que… J’ai dormi correctement cette nuit ? »

Il s’était réveillé après elle et clairement, il était plus que soucieux. Oh, elle avait encore dormi avec lui, poitrine nue, sans aucune vergogne maintenant. Et lui-même s’était niché contre ses seins, comme pour se sentir apaisé. Cette nuit, il avait normalement dormi comme si de rien n’était mais vu que ce rien n’était… était justement plus problématique que prévu, il préférait se renseigner auprès de la jeune femme.

« C’est le cas, Tery. Tu n’as causé aucun problème ou dégâts. Est-ce que tu te sens un peu soulagé quand même ou non ? »

« Je ne suis pas certain de réellement l’être, je dois avouer mais… Merci, Manelena. Mais pourquoi tu es dans cette tenue ? Normalement, tu te couvres tout le temps en haut. »

« Hmm ? Oh… J’ai l’impression que cela te permet de mieux dormir. Tu n’aimes pas ? »

Encore une voix, elle employait un ton légèrement mutin, comme pour l’inviter à se laisser aller même si elle savait qu’il ne ferait rien. D’ailleurs, elle ne faisait que parler mais elle avait déjà tendu sa main pour enfiler à nouveau ses « guenilles » d’esclave.

« Est-ce que ma tenue est convenable pour le sieur Tery, maintenant ? »

« Merci bien, mademoiselle Manelena, des efforts que vous produisez à mon encontre. Ils sont notés et nous respectons vos choix. »

Puisqu’elle jouait à ça, ils pouvaient être alors deux, non ? Il avait simplement fait un petit sourire à son tour. Il se sentait mieux par rapport à hier, il devait l’avouer, beaucoup mieux même. Hmm… Il espérait que ça allait durer car sinon, il allait replonger dans la morosité et il savait bien que ça ne donnerait que du mauvais.

Heureusement le petit-déjeuner était plus tranquille qu’il ne le pensait et il appréciait le fait de manger sans avoir à se soucier de ce qui l’entourait. Dans tous les cas, la matinée se passa plus agréablement qu’il ne le pensait et il se sentait enfin un peu soulagé de voir qu’il avait déjà plus ou moins tiré un trait sur ce qui s’était passé hier.

Mais non, il savait tout aussi bien que ça ne serait pas aussi facile, surtout que le monarque avait encore demandé à les voir, lui et Manelena. Est-ce qu’ils allaient reparler du projet d’hier ? De retourner à la surface ? Il n’allait pas tarder à le connaître, Manelena aussi.

« Empereur Malark. Vous désiriez me voir aujourd’hui encore ? »

« C’est exact, Tery. Cette nuit a été bien plus tranquille, de ce que les gardes et servants ont pu me signaler. C’est une bonne chose. Est-ce que cela veut dire que ça ne va plus te reprendre ? Ou est-ce que tu entends encore sa voix ? »

« Pour le moment, ce sont plus quelques murmures et ils sont très rares. C’est à peine si ce sont des souffles incompréhensibles et dans tous les cas, je ne vais pas m’en plaindre. Mais voilà, vous savez tout à mon sujet, encore une fois. »

Il ne tentait même pas de cacher un peu son animosité. Il avait la sensation d’être pris pour un idiot de la part du monarque même s’il tentait de le cacher. Pour l’occasion, il continuait de le regarder avec ses yeux verts, attendant de voir ce qu’il allait dire.

« Bien… Donc prendre le large te permettra d’éviter que cela ne recommence. »

« Et donc, est-ce que cela a un rapport avec ce que vous voulez que l’on fasse ? Enfin, retourner à la surface et tout le reste ? Car bon… Ces dernières tentatives… »

« Je sais parfaitement ce qu’elles ont donné mais pourtant, je veux vous laisser la possibilité de vous rattraper, encore une fois et encore une fois. »

Il venait de se répéter exprès pour souligner le léger agacement qui l’animait quand il entendait la discussion. Pour autant, comme c’était lui qui avait lancé les hostilités et il repit la parole sur un ton assez came :

« Cela n’a pas changé ce pour quoi je veux vous envoyer à la surface. »

« Nous retrouverons Elise, Wandy et Zalek, soyez en certain. »

« Je veux être plus que certain par rapport aux évènements, vous comprenez que je commence à être lassé, non ? Si vous comprenez cela alors nous pouvons envisager que tout se passe pour le mieux, n’est-ce pas ? »

« Oui, oui, ne vous inquiétez donc pas à ce sujet. » répéta le jeune homme d’un air machinal. Peut-être que dans le fond, il était vraiment lassé de tout ça ? Et qu’il ne cherchait même plus à s’en cacher ? Oui, c’était sûrement ça.

Pour autant, il n’allait pas chercher la confrontation directe avec le monarque car ce n’était pas contre lui qu’il en avait sur le coeur mais simplement les règles démoniaques. Et aussi en bonne partie contre lui-même… à cause de ce qui s’était passé.

« Quand est-ce que nous devons partir ? » demanda une nouvelle fois Tery alors qu’il attendait la réponse de l’empereur qui fût plus rapide qu’il ne le pensait.

« Le plus tôt sera le mieux. D’ici une semaine au grand maximum, vous devez être à nouveau hors de la capitale. Cela te semble possible ? »

« Je ne dis pas que je ne vais pas y arriver mais comme je ne connais pas le nom de toutes les personnes qui étaient avec moi, je vais devoir d’abord me renseigner à ce sujet. Est-ce que je suis autorisé à utiliser les registres et autres pour me faciliter la tâche ? »

« Tu le peux mais… Tery Vanian, je veux que tu comprennes parfaitement la situation : Elise est vitale pour l’avenir des démons. Le reste de sa fratrie est bien moindre et… »

« Wandy et Zalex ne sont encore que des enfants. Ils n’ont pas été souillé par les idées absurdes de leurs aînés. Ne les mettez pas dans le même panier que les autres… s’il vous plaît, empereur Malark. » demanda Tery alors qu’il savait pertinemment qu’il venait de couper la parole au monarque et cela sans aucune réticence.

Il sentit une main se placer discrètement sur son dos, Manelena ayant fait cela malgré ses difficultés à se mouvoir correctement avec ses chaînes aux pieds. Pour autant, elle avait juste un petit sourire alors qu’il tentait de garder ses yeux posés sur l’empereur qui ne s’était pas attendu à se voir coupé la parole par Tery.

« C’est vrai. Ces deux enfants… sont issus de la même mère, une mère qui comme les autres, pensait ensuite qu’il serait aisé pour elle de me manipuler. Une mère maintenant morte car on ne tente pas de jouer avec ma personne. »

« Ce que leur mère a fait ne doit pas se reporter sur eux. Est-ce qu’ils sont au courant de ce qui est arrivé à leur mère ? »

« Bien entendu. Comme Halyza et Haiktos. Ils sont au courant des petites manigances des nobles et des personnes qui me sont proches. Ils sont au courant du devenir de ces êtres lorsque le piège se referme sur leurs corps. Ils sont au courant de ce qui est arrivé à Lylé. Dis-moi, Tery, est-ce que tu me trouves cruel envers mes enfants ? »

Le jeune homme cornu cligna des yeux pendant quelques secondes, se demandant s’il avait rêvé ou non. L’Empereur Malark venait de lui poser une question, non ? Mais surtout, une des plus étranges. Pourquoi ? Puis ses yeux regardèrent brièvement Manelena comme s’il savait que ce qu’il allait dire risquerait de la brusquer un peu.

« Pas plus que d’autres monarques ou chef de famille noble. Tout cela pour atteindre simplement la perfection ou alors leurs objectifs, certains n’hésitent pas à éliminer ceux qu’ils considèrent comme dissidents ou problématiques. »

« Hum. C’est une réponse étrange venant de toi mais il semblerait qu’elle soit biaisée à cause de certaines relations et histoires passées. Qu’importe… Tout cela pour te dire qu’Elise est spéciale à mes yeux car elle n’a pas été élevée comme une démone tout en étant pour autant la moitié de l’un. »

« Oui… Et vous considérez qu’avec elle, il serait possible pour les démons de partir vers une nouvelle ère où ils seront en paix avec les surfaciens. »

« Dans les faits, cela ressemble plus ou moins à l’idée que j’avais en tête, c’est exact. »

« Je pense vraiment qu’Elise n’est pas intéressée par cette idée. Du moins, pour maintenant. Peut-être que si vous attendez quelques années, et surtout que les Démons se retrouvent plus enclins à accepter la présence des surfaciens… »

« Pour cela, il faudrait qu’elle revienne et qu’elle soit présente en ces lieux. Comme son jeune frère et sa jeune sœur même… »

« Même si nous savons parfaitement qu’avec le fait qu’elle risque sa vie chaque jour et à chaque tournant dans une ruelle, ce n’est pas vraiment le lieu propice pour lui permettre d’apprécier les démons. Il faut combattre le mal à la racine et malheureusement, cela ne peut pas se faire en quelques jours. » coupa à son tour Manelena, sans aucune inquiétude dans sa voix malgré le fait qu’elle soit enchaînée aux pieds et qu’elle s’adressait au monarque comme s’il s’agissait simplement d’un être comme les autres.

« C’est ce à quoi je travaille actuellement. Pendant que vous serez partis, il se peut que je garde quelques surfaciens avec moi dans les environs. Je vais « parader » dans les rues de la capitale avec ces derniers pour que les gens de cet endroit comprennent l’importance de la présence des surfaciens pour nous autres. »

« Parader donne plus l’impression que vous voulez les afficher comme de vulgaires bêtes de foire. Je ne suis pas certaine que ça soit la bonne méthode. »

« Non, je veux qu’ils se présentent aux démons et expliquent ce qu’ils font à la surface, quelles sont leurs idées, projets, inventions, sujets de discussion, leurs histoires et autres. C’est d’ailleurs pour cela qu’il serait intéressant que tu restes ici bas, jeune reine de Shunter. Tu as toutes les qualités nécessaires et requises pour cette tâche. »

« … … … Hein ? » déclara Manelena, prise à défaut par la remarque de l’empereur, Tery ayant la bouche ouverte en se demandant plus ou moins exactement ce qui venait de se passer. Est-ce qu’il avait bien entendu le monarque ou… ?

« Tes connaissances, ton arrogance, ta force personnelle, toutes ces choses seraient autant d’atouts dans mes manches que d’idées qui pourraient s’inscrire dans le coeur des démons. »

« Non merci. » répondit aussitôt la femme aux cheveux argentés après avoir attendu que l’empereur termine de parler. « Je ne suis pas intéressée par la proposition. Il y en aura d’autres, sûrement pas aussi bien que moi, mais qui pourraient avoir envie d’une telle chose. Ce n’est pas mon cas, hey. »

Et elle disait cela sans aucune arrogance ou hésitation. Elle était maintenant droite et fière, bien loin des guenilles qu’elle portait comme habits et surtout de « son rôle » ici bas.

« De toute façon, que vous me posiez la question montrait par là que vous saviez parfaitement quelle serait ma réponse, non ? »

« Si on n’essaie pas, on ne peut pas obtenir de résultats. » répliqua alors l’empereur en poussant un petit soupir bien qu’il semblait dissimuler un sourire dessous.

« Attention quand même aux différents tests. Des fois, même essayer n’est pas forcément une bonne chose. Les jeunes fous qui tentent de sauter d’un pont en pensant que c’est une bonne idée, ils peuvent être assez nombreux, ce n’est pas pour ça qu’il faut approuver leurs actes. Enfin bon, c’est dommage mais je préfère repartir à la surface et… »

« Rester un maximum avec Tery Vanian. » coupa doucement alors l’empereur Malark.

« Cela va de soi. La question ne devrait même plus se poser à force. »

Oui, s’il avait pensé réussir à la gêner, il se trompait lourdement. Elle était plus que préparée à réagir ainsi et même, elle osait lui tenir tête pour bien montrer que ça n’allait pas marcher comme méthode avec elle. Il se trompait salement et lourdement à son sujet. Il allait au devant de grosses déceptions d’ailleurs !

« Tery Vanian, je vais te laisser préparer ce qu’il faut pour ton voyage. »

« Bien, empereur Malark, pouvons-nous nous retirer ? »

« Vous le pouvez. Ne vous présentez plus à moi sans la présence de mes enfants dorénavant. Je ne peux que vous souhaiter de réussir dans cette entreprise alors. »

Tery s’inclina respectueusement devant le monarque, Manelena attendant quelques secondes avant de finalement faire de même de son côté. Sans vouloir lui tenir tête, c’était simplement une habitude qu’elle ne possédait pas encore et surtout qui n’était pas réellement relié à son rôle à la surface.

Et maintenant ? Ils étaient retourné dans la chambre, Tery préparant déjà quelques affaires, comme s’il s’apprêtait à partir le plus vite possible du château mais aussi de la capitale démoniaque. Manelena, assise sur le lit, le regardait faire, tout sourire.

« Tu es si pressé que ça de quitter cet endroit, Tery ? »

« Disons que le plus tôt sera le mieux non ? On a une raison officielle de quitter cet endroit, il vaut mieux alors ne pas trop tarder. On va aller retrouver Héraisty et lui dire de se préparer elle aussi. Et puis, je dois aussi voir la liste des personnes qui étaient avec nous et tout le reste. Cela va prendre pas mal de temps. »

« Tu es donc bien pressé. Ah… C’est presque dommage que tu veuilles tant quitter cet endroit. Je trouve cela assez désolant. »

« Je ne sais même pas si tu tentes de plaisanter ou si tu te moques de moi ou non. Mais dans tous les cas, tu ferais mieux de te préparer aussi vu que tu vas m’accompagner. »

« J’imagine que je n’ai pas mon mot à dire. Je suis à tes ordres, oh mon seigneur et maître. »
Franchement, il ne trouvait pas cela très drôle et ça ne serait pas la première fois qu’il lui ferait une telle remarque à ce sujet. Mais qu’importe ! Concentré sur sa tâche actuelle, il préférait faire comme si de rien n’était, se focalisant juste sur le fait de bientôt partir.

Cela lui avait pris ensuite toute la journée mais en parlant avec Héraisty, il en avait été presque à embrasser ses joues maintes fois car la jeune femme, grâce à son travail et surtout ses habitudes, avait déjà une bonne idée de la liste des membres de la précédente expédition. Ainsi, il n’avait rien à craindre et il pouvait alors compter sur elle.

Manelena semblait alors assez boudeuse mais qu’il n’expliquait pas son comportement. Trop concentré à cela, il s’était alors retrouvé assis devant son bureau avec de nombreux papiers disposés devant lui, des écrits de la part d’Héraisty, contenant de nombreux noms mais aussi leurs capacités et autres.

« Vraiment, quelle femme formidable. C’est pour ça qu’il faut absolument que les surfaciens et les démons puissent s’entendre. On loupe des choses vraiment très importantes si on décide de les ignorer ou même de les combattre. »

« Hmm, hmm… Et j’imagine que tu vas continuer à parler d’elle sans t’interrompre, c’est bien ça ? Tu me dis quand tu en seras lassé hein ? »

« Qu’est-ce que tu racontes donc par là ? Je peux savoir ce qui te prend exactement ? »

« Rien, rien. Juste que tu es en train de baver ou presque devant elle juste parce qu’elle a une bonne mémoire, rien de plus. »

« Ce n’est pas une question de baver ou autre. Simplement de reconnaître les efforts qu’elle a commis pour arriver à tout ça. »

Et voilà que Manelena émettait juste un léger grognement. Vraiment ? Il n’était pas stupide. Il savait qu’elle était jalouse… sauf que c’était de la jalousie pour des stupidités. Elle valait bien mieux que ça non ? Pourquoi alors perdre son temps à se comporter de la sorte ?

« Manelena, tu sais très bien qu’il n’y a rien entre moi et Héraisty. Te comporter comme une enfant est indigne de ton rang. »

« La dignité de mon rang, elle a bon dos, ma dignité, hein ? Enfin bref, ouais, je le sais très bien même si cela m’embête pas mal. »

Au moins, elle confirmait qu’elle avait aussi des accès de jalousie complètement ridicules. Mais il n’allait pas la juger et pour une seule et bonne raison : Elen n’avait pas fait mieux auparavant. Enfin, il pensait cela… mais Elen lui manquait terriblement. Et pourtant, à côté, il couchait avec une autre femme, pas n’importe laquelle, pas une simple connaissance mais… une véritable amie commune.

« Hmm ? C’est quoi ce visage torturé par les remords ? »

« Rien du tout, Manelena. Pendant que tu exprimais ta jalousie, je me suis simplement rappelé qu’Elen faisait de même de son côté, ce qui expliquait pourquoi je voulais éviter… de me sentir beaucoup trop proche d’elle. »

« Avec une gosse entre vous deux, on va dire que la « distance » s’est grandement réduite hein ? Donc bon, le truc des remords, j’ai du mal à y croire à force. »

« Ce n’est pas une question d’y croire ou non, loin de là.  Mais bon, avec tout ça, les préparations vont prendre beaucoup de moins de temps que ça. »

Et c’était pour ça qu’il se concentrait à fond sur son objectif. D’ailleurs, il avait presque totalement ignoré Malenela pour le reste de la soirée et lorsqu’il avait enfin levé le nez des feuilles, il était maintenant vraiment tard, non ?

« Pfiou… Je n’arrive pas à le croire que j’ai bossé toute la soirée. »

Ce n’était pas dans ses habitudes de « travailler » de la sorte mais il n’exprimait pas vraiment de fatigue. Non, il avait la sensation que si un jour, il devait retourner à la surface et travailler dans la bibliothèque de ses grands parents, cela serait son lot quotidien.

« Hmm… Et Manelena qui doit me tirer la tronche. Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? »

Il rigolait, il rigolait mais… s’il n’arrivait pas à retourner à la surface, est-ce qu’elle…

« Qu’est-ce que je vais m’imaginer ? »

C’était tout simplement ridicule. Il valait mieux qu’il aille se coucher. Envisager une vie sous la surface, avec Manelena à son service, ce n’était pas sain, pas du tout. C’était même assez sinistre que de chercher à espérer que Manelena reste ainsi et se soumette à lui de la sorte.

Allant se placer à côté de la jeune femme, il ne pouvait s’empêcher de sourire. Elle était si belle et si magnifique, c’était une aberration que de la considérer comme une simple esclave par une bande de démons arrogants.

Il vint alors tout simplement placer ses bras autour d’elle, l’invitant à se rapprocher de lui. Il n’était pas certain qu’elle puisse vraiment réagir mais qu’importe, il allait la garder contre son coeur pour aller trouver le sommeil.

Un sommeil qui ne tarda pas du tout à se montrer, contrairement à ce qu’il pensait. Lorsqu’il avait finit par s’endormir, il avait senti que Manelena bougeait légèrement, comme si elle s’était réveillée depuis déjà quelques instants.

Le lendemain matin, il avait peut-être dormi plus que nécessaire, sûrement à cause de la fatigue car il n’avait pas réussi à bouger du lit. C’est en ouvrant les yeux sur le corps de Manelena, à peine recouvert de tissu, qu’il comprenait qu’il avait encore une fois dormi dans ses bras. Grâce à elle, il reconnaissait amplement qu’il dormait beaucoup mieux maintenant.

Il serait de toute façon assez stupide que de prétendre qu’elle n’était en rien responsable de son état actuel. Oui, elle était responsable de ses nuits paisibles et ça, il n’allait pas l’oublier. Cherchant à se débattre pour quitter ses bras, il avait alors la surprise de voir qu’elle le tenait contre elle plus que la normale.

« Manelena, est-ce que par hasard, tu serais réveillée ? »

« Je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler exactement. »

« Bon, je viens d’avoir la réponse à ma question, il semblerait que tu le sois. Ah… Est-ce que tu veux bien me relâcher ? Nous avons du travial, toi et moi. »

« Je ne sais pas de quoi tu veux parler, Tery mais bon… C’est si mauvais dans mes bras ? »

« Ce n’est pas du tout le sujet, loin de là et tu le sais très bien. Ah… Est-ce que tu vas bien, Manelena ? Tu as bien dormi ? »

« Comme un loir. Par contre, pour la fenêtre, j’espère vraiment que le sort d’invisibilité est présent ici. Pour le son, on avait fait encore quelques tests donc ça devrait aller. »

« Je pense pouvoir faire confiance à l’empereur. Si cela n’avait pas été le cas, nous aurions eu de nouveaux assassins sur le dos. »

Oui. Il préférait être franc. Mais en même temps, ce n’était peut-être plus l’heure de s’inquiéter non ? Surtout en vue de ce qui s’était passé. Il imaginait que personne n’osait s’approcher de la chambre… depuis l’incident qu’il avait causé.

Chapitre 31 : Une mauvaise nuit

Troisième axe : Des êtres maudits

Chapitre 31 : Une mauvaise nuit

« Qu’est-ce qui s’est passé ici ? »

C’était la première remarque qu’il se fit en voyant le lit et la chambre dans laquelle lui et Manelena dormaient. Le lit avait été ravagé, des déchirures étaient visibles sur les draps, des coups de griffe dans le bois des meubles et que dire des pierres ! Même ces dernières arboraient des fissures, signe d’un combat dantesque.

Et parmi tout ça, dans le lit, il y avait une femme aux cheveux argentés. Nue comme le jour de sa naissance, sa longue chevelure cachait sa poitrine généreuse. Elle avait quelques marques sur les bras et le ventre. Il ne voyait pas les cuisses mais il se disait aisément que ça devait être le même résultat.

Il n’osait pas la réveiller. Il essayait de se rappeler d’hier soir. Il n’avait pas bu. Il en était certain. Et même en buvant, il ne se serait jamais comporté de la sorte. Il y avait sûrement une autre explication. Plus raisonnable, plus logique, plus… normale, hein ? Mais est-ce qu’il allait la trouver ? Il se tourna enfin vers Manelena, posant doucement une main sur son bras avant de sentir qu’elle était collante.

Comme si de la sueur avait perlé sur son être après une série d’incroyables efforts. Mais… qu’est-ce qui s’était vraiment passé ? Il attendait qu’elle se réveille mais elle ne bougeait pas. Par contre, il pouvait voir qu’elle respirait et intérieurement, il était soulagé. Non pas que ça soit étrange mais… s’il était arrivé quelque chose de dramatique ?

« Manelena ? Manelena ? Est-ce que tu veux bien te réveiller s’il te plaît ? »

Il allait devoir obtenir quelques réponses mais Manelena semblait heureuse d’après le sourire qu’elle avait aux lèvres. Vraiment ? Elle appréciait cet instant ? Pas lui de son côté ! Il eut un léger haut le coeur, espérant qu’elle allait finir par ouvrir les yeux.

« Enfin… Pfiou… J’ai eu peur, Manelena. Dis-moi, qu’est-ce qui… »

« Hmm ? Tu sais, tu n’es pas obligé de me réveiller, Tery. Avec ce que tu m’as fait hier, je crois bien avoir le droit de me reposer, non ? Et tu pourrais me dire bonjour, d’ailleurs. »

« Bonjour Manelena. Et qu’est-ce que tu veux dire parce que je t’ai fait ? »

Il avait peur de connaître la réponse. Il n’y avait pas cinquante mille réponses à sa question, surtout avec deux corps nus dans un lit… mais il avait l’impression que des sauvages étaient venus dans la chambre pour la mettre sans dessus-dessous.

« C’est vrai que tu en as aucune idée, hein ? »

« Est-ce que… tu veux dire que j’ai… comme la dernière fois ? » demanda t-il en baissant les yeux mais elle hocha la tête négativement, se mettant assis, ramenant la couverture à hauteur de sa poitrine pour se couvrir. Il déglutit, n’osant pas vraiment la regarder alors qu’elle était dans une tenue des plus aguicheuses alias aucune.

« Pas vraiment. La dernière fois, tu faisais plus ou moins… enfin, tu vois ce que je veux dire. Là, je crois que tu as commencé à vraiment perdre les pédales. »

Il la regardait avec effarement, cherchant à voir si elle plaisantait ou non. Mais d’après le petit sourire triste qu’elle lui lançait, elle n’était pas d’humeur à lui mentir. Il cligna des yeux avant de bredouiller :

« Perdre les pédales… à quel point ? »

« Disons que tu peux le voir de tes propres yeux mais… ne t’en fait pas. J’ai réussi à te faire te focaliser sur moi pour que tu… décharges tout ce que tu avais comme ressentiment. »

« Est-ce que toi… et moi… nous avons… » demanda t-il encore une fois alors qu’elle se débarrassait de la couverture, laissant paraître les résultats de cette nuit sans équivoque.

« J’imagine que cela répond à ta question. Tu sais, j’avoue que je suis un peu… rustre avec toi mais des fois, la douceur ne me ferait pas de mal aussi hein ? »

« AAAAAH ! S’il te plaît, ce n’était pas ainsi ! Tu sais parfaitement que… enfin, je ne voulais pas… enfin que je ne ferais jamais… enfin, tu sais ! »

« Enfin, s’il fallait encore une preuve pour ces idiots de démons, je crois que tu viens de leur en donner une. Bon, j’avoue que je me demande comment tu vas expliquer ça. Car dans les faits, ça fait deux chambres ravagées en quelques semaines. »

« Je ne sais pas ce que je vais réussir à leur dire mais je vais finir par trouver. Dis moi, est-ce que je t’ai blessée ou… »

« En fait, c’est assez compliqué. Tu peux t’asseoir à côté de moi hein ? Tu vas attraper froid. Tu portes autant de vêtements que moi. »

Mais elle n’en… AH ! Lui non plus, oui ! Il ramena bien vite la couverture déchirée en de nombreux endroits sur eux. Quel idiot quand même. Mais… Elle ne semblait pas mal le prendre. Est-ce qu’elle allait bien donc ?

« C’était étrange. Tu avais envie de tout détruire mais en même temps de me protéger. Tu disais que j’étais la personne la plus importante à tes yeux mais en même temps, tu étais dans un tel état de rage et de colère que tu me faisais mal. Mais dès que tu voyais que tu me blessais, tu étais capable de me soigner et cela malgré le fait que tu ne possèdes pas les lignes de Zélisia. C’était assez perturbant. »

« D’a… D’accord. Donc, tu es certaine que tu n’as rien ? »

« Tu peux venir vérifier, si tu le veux. » répliqua Manelena avant de descendre à nouveau la couverture. Mais elle ne s’attendait pas à ce que le jeune homme se mette en action et se rapproche d’elle, l’auscultant de haut en bas, de bras en bras, son visage, ses joues, sa… poitrine. Prise en défaut, elle remonta bien vite la couverture avant de dire : « On va éviter le reste. Tu devras juste me croire sur parole, compris ? »

« Je pense que c’est la seule chose que je peux faire à l’heure actuelle. Il faut te laver. Enfin, c’est ce qu’il faut faire, et vite fait. »

« C’est vrai que je dois encore continuer à jouer ce rôle. Bon, eh bien, comment vas t-on faire ? S’habiller normalement et on demandera des bains spécifiques ? »

« Héhéhé, c’est à toi de voir ! Ce n’est pas moi qui a fait tout ça hein, »

Elle en rigolait mais lui-même était très sérieux dans sa démarche. Il voulait vraiment éviter qu’il y ait de gros problèmes à l’avenir. C’est pourquoi il… enfin… déjà, il aurait préféré que tout ce qui venait de se passer ne se produise pas. Auparavant, il avait agit ainsi pour « prétendre » être mauvais mais là… avec ce qui venait de se passer, il l’était vraiment.

Mais bon, ils allaient s’habiller et prendre un bain. Pour le bain, il allait expliquer qu’elle allait lui laver le corps, en tant que servante et que personne ne vienne les déranger. Oui, ça serait une très bonne explication et raison.

Et heureusement pour lui, lorsqu’ils quittèrent la chambre, il désigna à la servante que quelqu’un s’occupe de ça ou qu’on lui en prépare une nouvelle. Dans tous les cas, il avait encore une fois crée la surprise en agissant de la sorte… mais juste, il ne savait pas ce qu’il avait véritablement accompli.

Mais heureusement, les bains étaient disponibles et ils n’avaient aucun mal à s’y rendre. Là-bas, il évita de trop traîner avec Manelena mais celle-ci lui déclara qu’il devait rester non-loin d’elle. Si elle, une servante, était seule, cela risquait d’emmener de gros ennuis et ils voulaient juste éviter ça.

Heureusement, encore une fois, il ne chercha pas trop à s’attarder sur ça et le bain fut très vite expédié, chacun finissant bien plus propre maintenant. De nouveaux habits avaient été déposés pour eux, même si ceux de Manelena laissaient à désirer. Elle ne s’en plaignait pas, acceptant pleinement sa condition, comme il en était convenu.

Oui… Des habits plus que corrects et finalement, il demanda où ils allaient dormir dorénavant. On les emmena dans une chambre, pas si éloignée de la précédente mais qui y ressemblait fortement. C’était à se demander s’ils avaient prévu le coup.

« L’empereur Malark aimerait vous parler dans les plus brefs délais. »

Alors qu’ils venaient de quitter la nouvelle chambre, un serviteur s’était rapproché d’eux deux, leur transmettant le message du monarque. Hmm… Est-ce qu’il voulait encore parler du Dévoreur ? Il n’en avait pas eu assez auparavant ?

« Donc, cela correspond à maintenant, c’est bien ça ? »

« J’imagine qu’il vaut mieux, oui. Si vous voulez bien m’accompagner, alors, je vais vous guider jusqu’à lui bien que vous connaissez le chemin. »

Il haussa les épaules, Manelena rentrant presque sa tête dans les siennes, jouant parfaitement son rôle d’esclave bien soumise. Sincèrement, ça ne lui plaisait pas le moins du monde que tout cela continue comme si de rien n’était.

Quelques minutes plus tard, ils étaient maintenant dans la salle du trône. Comme d’habitude, ils n’étaient que tous les trois dans la pièce, signe que la conversation se devait d’être secrète. L’Empereur semblait visiblement un peu irrité, finissant par dire pour briser le silence qui s’était installé depuis qu’ils étaient rentrés :

« Vous avez encore saccagé l’une des chambres du château. Y a t-il une raison à cela ? Outre le fait que vous aimez réduire le mobilier en morceaux ? »

« Empereur Malark, c’est euh… de ma faute. » commença à dire Tery, gêné et confus. Comment est-ce qu’il allait expliquer ça ?

« Il a perdu les pédales, comme auparavant. Mais cette fois-ci, c’était assez compliqué. »

Et voilà qu’elle commençait à expliquer plus ou moins exactement ce qui s’était passé. Sans rentrer dans les détails scabreux, elle évoquait les paroles dont il ne se rappelait guère. Elle parlait aussi des actes, que ça soit sa protection personnelle ou la destruction du mobilier.

« Je pense que vous avez une explication à ce sujet, empereur, n’est-ce pas ? »

« Hmm… Tu peux me regarder comme tu le veux, jeune reine de Shunter, cela ne changera rien à mes dires. Et oui, j’ai bien une explication. La voix du Dévoreur dans la tête de Tery. »

« Vous pensez que c’est lui ? Mais jusqu’à maintenant, cela ne se finissait jamais de cette manière ? Même Clari n’a pas réagit. »

« Car indirectement tu lui avais ordonné de ne rien faire, il y a de fortes chances que ça soit ainsi. Néanmoins, avoir évoqué le Dévoreur, son histoire, et ta relation avec lui, semble avoir provoqué bien plus de dégâts que je ne le pensais. »

« Vous étiez donc parfaitement au courant de ce qui risquait de se passer et vous n’avez donc rien faire pour arrêter ça ou me prévenir. »

« Pourquoi devrais-je prévenir une simple servante ? Néanmoins, cela correspond plus ou moins à ce que nous pensions. Il va falloir que tu t’éloignes de la capitale, Tery Vanian. »

« Je ne demandais que ça depuis le début ou presque… mais je n’étais pas certain que ça allait être accepté. Au moins que vous me disiez ça maintenant, ça me soulage. Est-ce que je peux partir avec d’autres personnes ? Quelle est votre mission ? »

« Nous verrons cela en temps et en heure. Pour le moment, tu peux aller « parader » avec ton trophée surfacien. Avec ce qui s’est passé, les rumeurs sont même venues jusqu’à moi. »

Parader ? Quand même, cela reviendrait à considérer que Manelena n’était qu’un vulgaire objet. Déjà que beaucoup pensaient ça de sa personne et des autres surfaciens, il avait prétendu qu’il pensait ça lui aussi mais là… Avec ce qui s’était passé, il voulait éviter. Non, ils allaient juste se rendre en ville, comme ça, elle aura les pieds attachés, rien de plus, rien de moins. Elle pouvait marcher vu qu’il y aura juste une petite chaîne entre ses deux jambes mais il n’allait rien faire de plus. C’en était déjà bien trop en vue de la situation. Plus, cela serait la ridiculiser et il ne voulait pas de ça.

Peut-être était-ce aussi à cause du fait que la soirée lui avait fait bien plus de mal mentalement qu’il ne le pensait ? Oui, c’était sûrement l’explication principale à son caractère actuel. Ah… C’était désolant..

Il s’en voulait à un tel point… et en voyant le regard d’Héraisty posé sur lui, interrogateur, comme si elle cherchait à décerner la vérité, il ne faisait que baisser le sien, lorsqu’ils vinrent lui rendre visite. À l’intérieur, Manelena s’était mise plus à l’aise, déclarant :

« Ne vous en faites pas, Tery ne m’a rien fait de mal. Il ne m’a pas traumatisée ou autre. Il n’a rien à craindre, c’est juste… sa façon à lui de s’exprimer. »

« Vous me permettez d’en douter un petit peu quand même ? En vue de vos blessures, je ne suis que moyennement convaincue, je tiens à le signaler. »

« Des blessures ? Oh, elles sont juste mineures. Disons simplement que Tery ne fait que jouer son jeu. Nous avons même eu l’autorisation de nous préparer à quitter la capitale à nouveau. »

« Je vais… emporter tous ceux qui étaient partis avec moi auparavant. Ce n’est pas… une existence pour eux à l’heure actuelle. Les démons ne sont pas encore tous prêts à accepter la présence des surfaciens parmi eux. »

Il avait finalement pris la parole, lentement mais sûrement alors qu’il regardait les trois personnes. Oui, il ne fallait pas oublier la surfacienne qui était chez Héraisty, un peu en mode « garde du corps ».

« Je vois, et tu venais voir si nous étions intéressées, c’est ça ? Car j’imagine que tu vas laisser chacun décider, n’est-ce pas ? »

Pourquoi est-ce qu’elle lui posait la question si elle connaissait la réponse ? Il hocha la tête en silence. Même s’il n’était pas pris en défaut, c’était simplement que ce n’était pas son moment, ni son lieu et qu’avec cette nuit, sincèrement, il n’osait pas trop l’ouvrir.

« On dirait que ça ne va vraiment pas, Tery. Tu es malade ? »

« Ne t’en fait pas pour lui. Ce n’est pas une maladie, c’est simplement quelque chose que je suis certaine, il va régler en deux coups de cuillère à pot. Cela ne devrait pas être trop dur. »

« Ce n’est pas très drôle, Manelena, je tiens à le préciser. Pas du tout. »

« Je n’ai jamais prétendu que ça l’était, Tery. Simplement, si tu étais vraiment en danger ou s’il y avait vraiment un problème, Clari serait intervenue, non ? »

« C’est vrai mais… RAAAAAH ! Tu le fais exprès ! Je vais aller prendre un peu l’air avec Clari ! Tu n’as qu’à rester ici ! »

Et il était maintenant en train de quitter la pièce, sans aucune hésitation. La femme-golem l’accompagnait, sans un regard en arrière, le suivant comme si elle n’était que son ombre et rien d’autre. Le jeune homme aux cheveux bruns s’était alors mis à se déplacer à vive allure à travers les rues de la capitale, ignorant complètement les gens sur son chemin.

« Elle prend cela trop à la légère. J’ai pourtant fait des choses vraiment horribles et elle fait comme si rien ne s’était passé. Pourquoi ? »

Auparavant, cela n’avait été qu’une façade mais hier, comme il ne s’en rappelait pas, c’était quelque chose qui s’était vraiment produit. Il n’y avait eu aucune manipulation, aucune tentative de faire ça « pour de semblant ».

Non… Déjà qu’il se sentait mal à l’idée de ce qu’il accomplissait, alors se dire qu’il répétait tout cela sans même s’en rendre compte… est-ce que Manelena acceptait ce qu’il faisait à cause… de ses sentiments ?

Il avait du mal à savoir si elle jouait avec ses émotions ou non. Si elle était vraiment sérieuse par rapport à lui ou si pour elle, tout cela n’était qu’une grande et vaste blague. Oui, il voulait vraiment connaître la vérité sur les sentiments de la reine de Shunter mais est-ce qu’elle allait vraiment lui répondre ?

« Clari, qu’est-ce que je dois faire réellement de mon côté ? Est-ce que tu peux me guider ? »

La femme-golem le regardait avec neutralité, comme si elle cherchait à lire dans ses pensées. Puis elle restait immobile, complètement immobile. Il soupira une nouvelle fois, regardant Clari avant de se remettre en route.

Il avait passé sûrement une demie-heure voire une bonne heure dans les rues. Clari marchait à nouveau à côté de lui et il avait fini par retrouver Héraisty. Elle avait un peu de rouge aux joues, la surfacienne aussi alors que Manelena était comme à son habitude.

« Est-ce que ça va mieux, Tery ? »

« Disons que cela m’a fait du bien de me balader. Et vous ? De quoi est-ce que vous avez discuté ? C’est pour se décider si tu décides de nous suivre ou non ? »

« Oh pas le moins du monde, Tery. J’ai simplement expliqué à Héraisty ce qui s’est passé hier, pour qu’elle comprenne qu’il n’y avait pas à s’en faire. »

« Euh, tu as expliqué à quel point dans les détails ? » demanda une nouvelle fois Tery en regardant Manelena, celle-ci ayant un grand sourire aux lèvres, sans rien répondre.

« Disons qu’elle a préféré n’épargner aucun détail pour être certaine que nous comprenions tout. Mais euh… C’est donc vrai que tu ne te souviens de rien ? »

« Rien du tout et le chambre était dévastée et… Manelena ne m’a rien dit de plus. Enfin, des choses qui pourraient réellement être intéressantes. »

« Oh, elles l’étaient, du moins, pour Héraisty. N’est-ce pas, Héraisty ? »

La démone à lunettes vint tousser en fermant les yeux, ne cherchant pas à répondre à la petite provocation de Manelena. Celle-ci gardait son sourire, visiblement fière de ses propos. Elle n’en faisait vraiment qu’à sa tête, n’est-ce pas ?

« Nous devons retourner au château, Manelena. Si nous prenons trop de temps, je pense qu’ils vont s’interroger et je ne suis pas certain de vouloir les entendre. »

« Désolée, mesdemoiselles. Il semblerait que Tery soit un peu fatigué et lassé. Sûrement à cause de cette courte nuit que nous avons eu. »

« Manelena, tu veux bien remettre tes menottes ? »

Elle présenta simplement ses poings, Tery soupirant et grognant légèrement. Aujourd’hui n’était vraiment pas le jour où il fallait le provoquer et pourtant, Manelena faisait tout pour que ça arrive, n’est-ce pas ? Elle était en train de prendre un malin plaisir dans tout ça mais il n’arrivait pas à savoir ce qu’elle avait à y gagner en se comportant de la sorte. Ce n’était pas dans ses habitudes.

Devant son malaise et avant qu’ils ne quittent la demeure d’Héraisty, elle se plaça face à lui, tournant le dos à la propriétaire des lieux qui s’apprêtait à ouvrir la porte et en barrant le passage à Tery. Elle le fixa de ses yeux rubis, un sourire espiègle aux lèvres avant de dire :

« Tery Vanian, malgré la situation qui peut te laisser perplexe, je peux juste t’avouer une chose : je me sens l’âme d’une gagnante. »

« L’âme d’une gagnante ? Mais qu’est-ce que tu racontes ? »

« Oh, je suis certaine qu’elles comprennent de quoi je parle. Les femmes ont leurs petits secrets, Tery Vanian. »

Pour aujourd’hui, il n’avait pas envie de lutter et de se battre. Sincèrement, c’était une mauvaise journée. Il vint juste saluer les deux femmes, disant à Manelena de le suivre en se mettant derrière lui avant de quitter la demeure.

Dans tous les cas, il en avait assez. La coupe était pleine ou presque. Retournant au château, il déclara simplement qu’il se présenterait juste à l’heure du repas et que pour le reste de la journée, il allait juste simplement se rendre dans sa chambre et ne pas en sortirez

Dans celle-ci, il vint juste se coucher, délaissant complètement Manelena alors qu’il enfouissait son tête dans l’oreiller. Elle ne prenait pas au sérieux le fait qu’il avait ravagé la chambre. Elle pensait simplement à un truc comme la « victoire » qu’il ne comprenait pas.

Où est-ce qu’elle avait gagné ? À part des ecchymoses qui ne pouvaient que laisser de bien vilaines traces sur sa magnifique peau. Mais ça, ce n’était pas le genre de choses dont on cherchait à se vanter… et donc, il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas du tout.

« Tery ? Est-ce que tu as envie que je te laisse tranquille ? Je t’ai peut-être un peu trop taquiné aujourd’hui, non ? »

« Ce n’est pas un jeu. C’est dangereux, très dangereux, Manelena. Et ça, tu me donnes l’impression de te comporter comme Elen. »

« Oh… Peut-être parce que j’ai obtenu quelque chose de précieux, comme elle. » chuchota la femme aux cheveux argentés dans un sourire. Elle n’allait rien lui dire de plus.

Chapitre 30 : Haine permanente

Chapitre 30 : Haine permanente

« Désolé, je ne suis pas d’humeur à parler. »

Le jeune homme aux cheveux bruns avait tout simplement placé sa main entre lui et une démone qui avait l’air d’une servante, continuant son chemin comme si de rien n’était. Même si le ton était poli, il ne laissait pas place à une réplique. Derrière lui, Manelena était présente, les bras menottés, comme à son habitude depuis maintenant quelques temps.

« Maître Tery, que se passe t-il ? Vous semblez énervé, non ? »

« Je ne suis pas énervé, ni rien du tout. Je ne suis rien du tout ! Pas besoin de m’interroger, je viens déjà de répondre à cette question ! »

« Hmm… D’accord, maître Tery. Si vous ne voulez pas en dire plus, cela est parfaitement compréhensible de votre part. »

« Oui, oui, bien entendu, j’en suis certain. »

Malgré les dires de Manelena, celle-ci fixait longuement le dos de Tery. Elle émit un léger grognement étouffé, ne voulant visiblement pas en dire plus pour le moment. Elle s’expliquera avec lui dans la soirée. Ce n’était pas le moment de ressasser de telles choses. Ils avaient à discuter, lui et elle, mais en privé.

Mais surtout, elle avait bien compris que quelque chose n’allait pas. Malgré tous ses efforts commis pour tenter de le rassurer, il avait été affecté grandement par la découverte sur ses origines. Dire qu’elle pensait qu’il avait réussi à tirer un trait… mais maintenant, elle comprenait qu’il avait gardé tout cela au fond de lui pour ne pas l’inquiéter, elle.

C’était… peut-être adorable mais pas pour elle. En n’arrivant pas à canaliser ses soucis, il aurait alors du mal à les extérioriser et elle en connaissait quelque chose ! Mais pour l’heure, elle n’avait pas la tête à ça et vraiment, ce n’était ni l’instant, ni l’endroit pour discuter de tout ceci.

« Je dois quitter le château maintenant. »

« Pas de soucis, messire Tery ! Faites attention à vous et passez une bonne journée. »

« Bonne ? Je ne suis pas certain. Il va encore avoir des couillons qui vont me chercher. Mais vu qu’ils ne comprendront jamais… »

Il avait marmonné cela dans sa barbe, un grognement sortant de ses lèvres alors que le voilà sorti du palais impérial avant que Manelena ne le suive en silence. Elle aussi rongeait son frein, très mécontente de ce qu’elle venait d’entendre.

Elle ne pouvait pas vraiment lui donner tort. Il avait même raison, ses dires étaient exactes. Des imbéciles de démon continuaient à le provoquer et cela allait vraiment mal finir… mais qu’il soit aussi médisant avec eux alors qu’il cherchait la majorité du temps à ce que ça se passe bien mieux, c’était tout aussi énervant pour elle que pour lui. Surtout qu’elle ressentait comme quelque chose de mauvais en lui, qu’elle n’arrivait pas à exprimer concrètement.

Quelque chose qu’elle avait déjà connu dans le passé mais dont elle n’était plus certaine. Et surtout, elle avait la sensation que c’était assez récent. Mais là, actuellement, elle n’avait pas le temps de chercher ce qu’était cette sensation.

Depuis que Tery la présentait à l’extérieur, quelques démons le respectaient plus mais d’autres le jalousaient. Et beaucoup de regards envieux et mauvais étaient tournés vers lui alors que le jeune homme semblait les ignorer.

Ou presque… Car oui, c’était totalement le contraire. Son visage se tourna lentement vers un duo de deux démons qui parlaient entre eux, en catimini tout en l’observant ainsi qu’elle. Un rictus mauvais se dessina sur les lèvres de Tery, celui-ci murmurant :

« Un souci, vous deux ? »


Et alors que l’un d’entre eux allait ouvrir la bouche pour répliquer, il s’arrêta dans son geste, déglutissant alors que son compagnon lui tirait le bras. Elle-même s’arrêta de bouger, Clari finissant par paraître à côté d’elle.

« Ah te voilà, toi ! J’imagine que tu n’as aucune idée qui pousserait Tery à réagir de la sorte hein ? N’est-ce-pas ou alors, est-ce que je me trompe ? »

« … … … Tête. » murmura faiblement une voix, provenant des lèvres pourtant scellées de la gemme de pierre. Manelena sursauta presque, étonnée.

Ce n’était pas la première fois que Clari faisait le coup mais ça ne changeait rien au fait que c’était si rare qu’elle ne pouvait qu’être surprise. La voix de Clari résonna une nouvelle fois, comme si elle avait toujours été présente à leurs côtés.

« Tery… Mal… Crâne. »

Mal de crâne ! Si Tery avait vraiment mal au crâne, cela correspondait à ce dont elle se rappelait ! Cela voulait dire une chose ! Alors que les deux démons avaient commencé à fuir, Manelena chercha à faire un mouvement en sa direction mais s’arrêta dans son geste. Non, elle ne devait pas briser l’îmage d’esclave qu’elle avait forgée depuis tout ce temps.

« Qu’est-ce qu’il y a, esclave ? Tu ressens le besoin de t’exprimer ? »

« Pas en ce moment même, maître Tery. Néanmoins, est-ce que je peux vous demander si vous entendez quelque chose ou non ? »

« Quelque chose ? Comme quoi donc ? Que cherches-tu exactement à savoir ? »

« Je ne sais pas, juste une voix, rien de plus ? »

« Cela ne te concerne pas, esclave. » déclara t-il lentement mais sûrement. Qu’il lui parle de la sorte pouvait paraître normal mais non, le vrai problème ne résidait pas dans ses paroles mais dans son regard. Rouge comme le sang, ses yeux étaient propres à la race des démons et pourtant, il semblait faire preuve de calme et sérénité. Seulement, elle connaissait parfaitement ce statut puisqu’elle l’avait porté pendant des années. Une rage muette.

Ce regard rubis. Elle l’avait porté pendant des années, plus d’une décennie même. L’homme à l’origine de celui-ci n’était plus de ce monde depuis déjà maintenant quelques années mais elle ne l’avait pas oublié. Comment en serait-elle capable ?

Cela avait été gravé dans son être et maintenant, elle comprenait que pour Tery, son propre père avait été remplacé par une personnalité bien plus présente et aberrante. Une personnalité qui avait bien trop souvent été présente.

Mais elle ne pouvait pas le lui dire maintenant. Elle l’observait, elle étudiait ses mouvements, ses réactions. Elle voulait être convaincue, certaine de ce qu’elle voyait. Elle ne voulait pas se tromper car sinon, Tery risquait de se braquer. Mais une chose dont elle était certaine, c’est que les autres démons le craignaient bien plus.

Il n’avait guère réussi à instaurer autre chose que de la peur dans le coeur de ces démons devenus bien trop faibles dorénavant. Et il semblait avoir réussi, via ce climat de terreur, à préserver la sécurité des autres membres du groupe. Eux aussi n’avaient plus rien à craindre… mais à quel prix ? Les yeux de Tery n’exprimaient plus aucune douceur et tendresse. Comme s’il était sous tension depuis son réveil jusqu’à ce qu’il se couche. Et encore lorsqu’il se couchait, il ne dormait pas tout de suite.

Elle n’avait rien tenté dans ces moments-là. Elle laissait le temps passer et elle s’endormait, ne cherchant pas à espérer que tout se soit arrangé à son réveil. Elle n’était pas si niaise que ça pour imaginer une telle chose. C’était pourquoi elle ne feignait pas l’ignorance mais elle ne cherchait pas à arranger les choses. Pas de cette manière.

Elle allait bien trouver une solution à ce problème mais pour cela, il fallait être patiente et attendre le bon moment pour « attaquer » Tery. Un bon coup l) où il ne s’y attendrait pas et ça serait tout simplement parfait.

« Maître Tery, qu’allons nous faire aujourd’hui ? »

« Rendre visite à Héraisty, cela fait longtemps. »

Hmm ? Qu’est-ce qu’il allait faire chez cette démone ? Pas qu’elle n’avait pas confiance en Héraisty, loin de là mais avec son comportement actuel, elle ne se sentait guère rassurée. Mais pour autant, en allant chez Héraisty qui semblait comme savoir que Tery allait lui rendre visite, étant en congé ce jour là, elle comprit qu’elle s’inquiétait pour rien.

Héraisty ne faisait aucune remarque sur le comportement de Tery comme s’il n’y avait rien qui changeait. Et quant à la soldate qui vivait avec elle sous sa garde, elle ne cherchait même pas à s’y intéresser, ignorant complètement Tery pour vaguer à ses occupations comme entretenir la lame de son arme.

Pourtant, alors qu’ils allaient partir après avoir discuté pendant deux bonnes heures, Héraisty demanda à Manelena de bien rester avec elle quelques minutes, devant parler de « trucs de femmes » que Tery ne pouvait pas entendre, surtout pas. Il haussa simplement les épaules avant de marmonner :

« Ne prenez pas trop de temps non plus. Il s’agit de mon esclave. »

Et si elle n’était pas là alors qu’il était venu avec elle, cela allait encore commencer à balancer des racontars qu’il aimerait éviter. Manelena avait remarqué que les yeux de Tery avaient varié entre le rouge en permanence et quelques instants où ils retrouvaient leur vert habituel. Cela dépendait du sujet de la conversation avec Héraisty.

« Est-ce que vous pouvez veiller sur lui, mademoiselle Manelena ? »

« C’est ce que je compte faire, oui. Mais pourquoi se préoccuper de lui ? »

« Eh bien, ça me semble normal. Il s’agit d’un ami. Je n’ai pas été très appréciée en tant que renifleuse royale, vous savez. Et pourtant, lui comme la princesse Elise ne se sont jamais privés de venir m’adresser la parole. »

« C’est bien leur genre à tous les deux. Et donc j’imagine que tu es inquiète à son sujet. »

« Qui ne le serait pas ? Ce changement de comportement me fait plus peur qu’autre chose. Je ne sais pas comment vous faites pour résister à son aura. Moi-même, j’ai du mal à ne pas m’évanouir car je sais qui il est réellement. »

Une aura ? Elle jeta un bref regard vers la porte où de l’autre côté, Tery l’attendait. C’était peut-être ça le petit côté malsain qu’elle avait ressenti alors ? Hmm, elle n’avait aucune pensée concrète qui pourrait lui affirmer cela mais si Héraisty le lui disait.

« Qu’est-ce que c’est que cette aura dont tu parles, Héraisty ? »

« Oh, une aura, c’est quelque chose comme… »

« Je sais plus ou moins ce qu’est une aura mais pourquoi spécifiquement sur Tery ? »

« Oh, il n’y a pas que Tery qui possède une telle aura. L’empereur Malark aussi, quelques rares haut-gradés militaires. Peut-être des nobles, oh le reste de la royauté. »

« Hmm ? Pourtant, je ne crois pas qu’Elise ou l’empereur Malark aient ça. Du moins, je n’ai jamais ressenti cela en les observant. »

« C’est normal puisqu’il faut une certaine « condition » mentale pour cela. »

« Et laquelle donc ? Enfin, j’ai ma petite idée sur celle-ci mais je préfère l’entendre de vive voix pour être sûre de ne pas me tromper. »

« La colère, la rage, la hargne, beaucoup de sentiments puissants mais surtout qui peuvent être négatifs. Et je crois que Tery est en plein dedans. »

« D’accord, d’accord, j’ai eu exactement les informations que je voulais. Merci beaucoup Héraisty et ne t’en fait pas, je vais le remettre comme avant. »

« Sans utiliser la violence, bien entendu ? Vous me le promettez ? »

« AH ! Je préfère ne pas promettre des choses dont je ne suis pas certaine ! »

Elle n’avait même pas chercher à dire cela sur un ton autre que neutre. Elle ne voulait pas rire de la situation. Tery avait un comportement déplaisant mais elle salua Héraisty avant de retourner auprès de lui. Il ne demanda rien au sujet de ce qu’elle avait discuté avec Héraisty et c’était tant mieux. Pas que ça soit personnel, mais si elle pouvait éviter d’en parler, ça serait bien mieux.


Et de toute façon, de ce qu’elle voyait avec Tery, il ne semblait même pas intéressé par la conversation. Il marchait droit devant lui et elle se demandait même pourquoi est-ce qu’ils étaient partis voir Héraisty. Heureusement qu’elle avait compris qu’il avait évoqué le fameux départ de leur troupe très bientôt, départ organisé par l’empereur lui-même.

« Nous irons dîner tous les deux dans la chambre, Manelena. »

« Comme vous le désirez, maître Tery. Avez-vous un autre ordre à me donner ? »

« Que les préparations commencent par rapport à ce que tu sais. »

« Notre départ, c’est bien ça ? » dit-elle en chuchotant par rapport à auparavant.

« C’est exact. Nous ne tarderons plus trop. On va s’occuper de ces soucis très bientôt. »

Mais est-ce qu’il pensait réellement qu’elle allait le laisser faire ? Car là, elle bouillonnait de l’intérieur. Cela commençait à l’agacer plus que tout et si ça continuait, il allait s’en prendre une bien bonne dans la figure lorsqu’ils seront seuls.

D’ailleurs, cela ne tarda pas. Lors du repas emmené dans la chambre commune, elle n’avait de cesse de le fixer du regard, continuant d’observer ses yeux rubis avec intensité. Aucune fois, ils ne changeaient de couleur.

« Tery Vanian. Pouvons-nous parler, toi et moi ? Maintenant que nous sommes seuls tous les deux ? Et ne t’avise même pas de me dire que tu me donnes l’autorisation. »

« Alors veux-tu me poser la question, Manelena ? Vu que tu n’espère pas une réponse négative de ma part, c’est qu’elle est inutile non ? »

« Oh, car je vais te briser en morceaux si tu continues à me parler sur ce ton là. Tu veux voir comment je vais y arriver ? Car ça va être très simple hein. »

« Nullement, je n’ai pas besoin de cela. Mais pourquoi est-ce que tu te sens tant en colère, Manelena ? Y a t-il un problème dont tu ne peux pas parler ? »

« Oh que si, je peux clairement en parler ! Je vais même le faire ! Tout d’abord, est-ce que tu t’es regardé dans un miroir dernièrement ?! »

Mouvement négatif de la tête de la part de Tery. C’est bien ce qu’elle pensait ! Elle le souleva par le col, Tery s’apprêtant à réagir mais elle l’avait emmené aussitôt devant un miroir assez grand pour qu’ils puissent se regarder l’un et l’autre, côte à côte.

« Dis-moi si c’est normal ! Dis moi si c’est normal la tête que tu affiches ! »

Et elle le tirait maintenant presque par les cheveux pour lui coller la face contre le miroir, le forçant à regarder les yeux rouges qu’il affichait. Des yeux rouges comme les siens mais elle… elle était née ainsi. Peut-être était-elle un concentré de dépit et de rage ? Mais aussi de haine et de colère ?

« Pourquoi mes yeux sont comme ça ? Je n’ai pas… mes cornes ? Ah si. »

Il avait parlé avec neutralité, continuant de s’observer dans le miroir. Il semblait guère perdu, nullement étonné, simplement, il posait cette question.

« Tery. Est-ce que tu vas réellement bien ? Dis-le moi, en toute honnêteté. »

« Je ne sais pas, Manelena. Je… Je… Je crois que non ? J’en sais rien. Je… Enfin… Je… »

Et maintenant, elle remarquait bien qu’il était perturbé et absent. Il était comme ailleurs et elle voulait garder sa propre colère pour le punir mais… c’était difficile. Cet endroit le façonnait d’une telle façon que si elle cherchait à l’enfoncer, il risquait de ne jamais sortir des abysses dans lesquelles il était en train de plonger. Elle chuchota :

« Tery, cette voix est de retour… n’est-ce pas ? »

Il sursauta sur le coup, comme pris en défaut ou par surprise. Il tourna son visage vers elle, la fixant comme s’il était étonné qu’elle ait compris cela aussi facilement.

« Tery… Vanian. Je te connais depuis plusieurs années. Peut-être plus que le voudrait la décence et la conduite d’une reine envers un « simple sujet » de son royaume. »

« Il est de retour. Et maintenant, il le dit ouvertement. Il dit… que c’est mon père. Que je suis sa chair, même pas son enfant. Il dit simplement que je suis sa chair. Il dit que je vais pouvoir terminer ce qu’il a commencé, que l’engeance que je suis mettra un terme à ces races qui ont décidé de le forcer à maudire leurs existences et… et… je veux pas l’écouter ! J’étais très bien comme j’étais ! Mais maintenant que l’empereur m’en a parlé, maintenant qu’il m’a dit qu’il était encore.. vivant ! Que j’étais sa création ! Que j’étais toutes ces choses ! Puis y a aussi les attaques sur mes amis, la situation autour et… et… »

Il tentait de terminer sa phrase mais déjà, il se tenait la tête entre les mains, poussant un petit sanglot de rage alors qu’elle venait le serrer dans ses bras. Voilà. Il valait mieux qu’il vide son sac, qu’il puisse ensuite repartir sur des bases bien plus saines maintenant. Enfin, ce n’était qu’une question de point de vue.

« Tery, tu as besoin de te reposer. Et surtout de penser à autre chose. J’ai une solution. »

« La…quelle, Manelena ? » demanda faiblement Tery alors qu’elle l’emmenait sur le lit, tombant en arrière pour l’emporter avec elle. Elle le lova contre sa personne, lui caressant le dos avec tendresse tout en disant :

« Tu ne vas plus bouger et reste ainsi jusqu’à ce que tu dormes. Bon, il ne faut pas compter sur moi pour que j’aille te chanter une comptine mais… disons que tu peux rester rassuré, je vais veiller sur ta personne. C’est compris ? »

Aucune réponse de la part de Tery. Le jeune homme, avachi sur sa personne avait déjà fermé les yeux, ne semblant avoir attendu que ça depuis plusieurs minutes. Elle poussa un soupir, levant les yeux au ciel en se demandant ce qu’elle avait pour mériter une telle chose. Mais voilà, elle n’allait pas s’en plaindre, c’était elle qui l’avait proposé.

« Bon… J’imagine que l’on va sauter le repas du soir de toute façon. »

Heureusement qu’elle lui avait de préciser qu’ils mangeraient dans la chambre et qu’il préviendrait lorsqu’ils iront manger. Donc pour l’occasion, cela voulait alors dire qu’ils étaient seuls tous les deux.

« Hmm… Mais comment je vais régler ce problème en réalité, moi ? »

Car elle avait beau retourner le problème de toutes les façons, les faits étaient que le jeune homme n’allait pas bien du tout et qu’elle n’avait rien pour arranger tout ça. Comment améliorer la condition de Tery ?

Demander de l’aide à l’empereur Malark ? AH ! Il était en partie responsable de la situation ! Elle en était même à se demander s’il n’avait pas fait exprès que tout dégénère de la sorte car il devait être sûrement au courant de l’état dans lequel Tery se retrouvait après avoir appris au sujet du Dévoreur.

Elle n’aimait pas l’Empereur. Elle n’arrivait pas à savoir exactement ce qu’il voulait. De ce que Tery lui avait dit, il cherchait à mettre en avant Elise, son unique fille à moitié-démone. Mais en même temps, en faisant apprendre à Tery qu’il était le fils du Dévoreur, qu’est-ce qu’il aurait à gagner sur le fait que l’humanité toute entière, que ça soit à la surface ou dans les souterrains soit décimée ?

« Il y a plusieurs zones d’ombre qu’il me faudrait éclaircir. »

Mais là, elle n’allait bientôt plus avoir le temps vu que malheureusement, elle avait compris qu’ils allaient bientôt tous partir pour une nouvelle expédition à la surface. Encore une. Combien de fois est-ce que Tery avait essayé de revenir ? L’une avait été empêchée par sa propre personne mais les autres ?

Hmm… Actuellement, elle sentait que les échecs cumulés de la part du jeune homme n’avaient rien arrangé en la situation actuelle. S’ils ne faisaient pas attention, cela pouvait très vite dégénérer et pas forcément pour un bon résultat.

Hmm… Bon ? Qu’est-ce qu’elle allait faire de Tery endormi contre elle ? Dans cette position des plus plaisantes pour le jeune homme, elle aurait du mal à se déplacer. La réponse n’allait pas être bien difficile. D’un mouvement de la main droite, celle de gauche retenant Tery contre elle, elle avait tiré la couverture sur leurs corps, qu’importe qu’ils soient encore habillés. Tery allait juste dormir au maximum.

Et dès demain, elle verra si cette nuit de sommeil lui avait permis d’évacuer un peu tout ça. Mais pourquoi est-ce qu’elle se mettait si souvent en colère contre lui alors que dans le fond, elle voulait tout simplement l’aider ? Était-ce parce qu’elle se sentait redevable par rapport à lui ? De l’avoir extirpé de cette haine qu’elle subissait dans le passé ?

Chapitre 29 : Une existence au service de tous

Chapitre 29 : Une existence au service de tous

« Hmm… Royan ? On est déjà le soir ? »

Elle s’était finalement réveillée, attendrie de voir que Royan dormait à côté d’elle. Elle se sentait en pleine forme mais elle pensait que Royan l’aurait réveillée pour ce qu’ils avaient prévu. Bah, ce n’était pas bien grave. Elle se leva de leur lit partagé, juste deux lits collés l’un à l’autre et quitta la tente.

Eh bien, pour une soirée, il n’y avait pas grand monde. Pour autant, lorsque certains soldats se tournèrent vers elle pour lui dire « Bonjour, princesse Elise », elle cligna des yeux. Bonjour ? Vraiment ? Depuis quand ? Est-ce qu’elle aurait dormi un peu plus que prévu ?

« Euh bonjour à vous. Mais nous sommes déjà le matin ? »

« Oh, le roi Royan nous a dit que vous dormiez comme une souche et qu’il fallait absolument éviter de vous réveiller. C’est pourquoi tout le monde a évité du bruit. Vous avez bien dormi ? Vous allez bien ? »

« Oui oui, pas de soucis de sommeil. J’ai dormi comme un bébé. Mais vous ? Rien à signaler ? Enfin, vous n’étiez sûrement pas les soldats de garde, non ? »

« Oh si si ! Mais aucun problème. On a quand même fait une double surveillance avec deux qui sont partis en éclaireurs et revenus. On voulait éviter qu’il n’y ait un autre groupe sur notre dos, mesure de précaution. »

« Vous avez très bien fait, je tiens à vous remercier. Hmmm … Mais vous avez un peu une idée de l’heure ? Par rapport à la surface ? »

« Oh, si nous jugeons sur les cristaux lumineux, depuis le temps, je crois que nous sommes encore à l’aube, hahaha. »

« Oh… J’ai vraiment dormi toute la nuit. Je devais être fatiguée. Bon ben, puisqu’il en est ainsi, cela veut dire que je vais pouvoir m’atteler à la tâche et cuisiner un peu pour tout le monde. Du moins, aider les cuisiniers, je vais pas m’estimer être aussi douée qu’eux. »

Elle se montrait quand même assez raisonnable quoi. Mais pour le moment, cela allait l’occuper pour attendre le réveil d’un peu tout le monde. Retroussant ses manches, elle se dirigea vers la tente principale là où devant celle-ci, déjà plusieurs démons et surfaciens s’attelaient à la tâche.

« Bonjour, bonjour ! Je viens vous demander si vous n’auriez pas une petite tâche pour moi ? Toute simple puisque je me suis réveillée il y a peu. »

« Alors, votre première tâche, princesse Elise, ça va être d’avoir quelque chose de consistant dans le ventre. Travailler le ventre vide n’emmènera que des problèmes. »

Oh ! Euh… Oui ! Ils marquaient un point sur le coup. Elle cligna des yeux avant d’hocher la tête. Elle allait les écouter et manger un bout avant de les épauler. Cela serait beaucoup mieux pour elle comme pour eux.

« Bonjour Elen. Bonjour Royan. Bonjour tout le monde. »

« Hmmm ? Elise ? Que fais-tu avec les cuisiniers ? » demanda le jeune homme en se frottant un peu les yeux, encore légèrement endormi.

« Eh bien, comme j’étais réveillée depuis pas mal de temps, je voulais faire quelque chose de mon temps libre donc je me suis proposée pour les aider, voilà tout ! »

« Bien, bien, bravo alors. Tu sembles aller bien mieux. Hier, tu t’es endormie comme une souche. Je ne voulais pas te réveiller. »

« Tu n’as pas à t’excuser, Royan. Je suis fautive. Il semblerait que j’étais bien plus fatiguée qu’il n’y paraissait. Tu ne peux pas t’en vouloir pour quelque chose qui ne concerne que moi hein ? Si c’était vraiment un souci, je te le dirais ! »

Elle avait toujours ce sourire si ravissant aux lèvres. Cela semblait aller bien mieux qu’hier, signe qu’elle avait repris du poil de la bête. Car hier, il fallait avouer que ses sentiments alternaient entre la joie et la tristesse et que cela avait été sacrément perturbant.

« Eh bien, qu’est-ce que les cuisiniers nous ont préparé de bon ? »

« Oh Royan, toi, tu n’as pas la même chose que les autres. »

Il haussa un sourcil, étonné par les propos de la jeune demoiselle. Pourquoi est-ce qu’il n’avait pas la même chose ? Oh… En la regardant, il voyait qu’elle semblait attendre beaucoup de lui. Son regard brillait d’une certaine lueur qu’il avait du mal à décrire. Et lorsqu’elle lui servit sa portion, elle restait immobile devant lui, les mains sur le ventre.

« Euh… Elise ? Est-ce que je peux ou… ? »

« Oui, oui, tu peux déjà te mettre à manger. Ne t’en fait pas pour moi, j’ai déjà mangé, hahaha. Je suis en pleine forme ! »

Ce n’était pas le fait de savoir si elle s’était nourrie. Plutôt le fait qu’elle reste plantée devant lui comme pour l’observer manger. Ce n’était pas malicieux mais vraiment un peu perturbant. Heureusement, il arrivait à passer outre son regard et…

« Hmmm, mais, ce n’est pas… »

« Si si, tu sais, c’est difficile d’oublier pour une ancienne serveuse ce que les gens aiment et réclament. Donc chaque petite parole de ta part est gravée dans mon esprit, Royan. »

« Et donc, tu as demandé aux cuisiniers de… »

« C’est exact ! Tu peux continuer à manger et me dire ce que tu en penses ? »

« C’est juste excellent ! Mais tu as bien fait de demander aux cuisiniers de préparer ça ! »

« Oh, non, j’ai juste demandé les ingrédients. Ce repas est de moi, Royan. »

Toute sourire, elle le regardait avec un petit air amusé en le voyant encore plus surpris que prévu. Elen aussi avait observé cela avec un certain intérêt, évitant de soupirer de tendresse mais aussi de dépit. Elle pensait brièvement à Tery et se disait que ça serait parfait pour quand elle allait le retrouver.

« Alors, alors, Royan ? »

« C’est très bon, Elise. Mes félicitations. Je ne te savais pas aussi bonne cuisinière. Tu me caches encore beaucoup de secrets du genre ? »

« Je ne me savais pas cuisinière non plus ! C’est juste que ce matin, en me levant, je me disais que j’aimerais te faire plaisir et j’ai pensé que ça serait une bonne façon de te le montrer. »

« Eh bien, je suis le plus heureux des hommes à cet instant précis. »

« Dites les deux amoureux, évitez de trop fanfaronner hein ? » déclara finalement Elen bien qu’elle disait ça en souriant. « Je vais finir par être jalouse. »

« Oh, mais tu n’as pas à t’en faire, Elen. Je suis certaine que tu te rattraperas amplement lorsque Tery sera de retour, n’est-ce pas ? »

Pour toute réponse, Elen rigola légèrement avant de retourner à son repas. Après les évènements d’hier, aujourd’hui, ils allaient principalement se reposer et faire avancer le travail sur le tunnel. Ils allaient devoir positionner quelques soldats pour éviter que des créatures ne viennent déranger les travailleurs.

« Je trouve que ça avance bien en une journée. Est-ce que l’on a mesuré la distance traversée par nos travailleurs en un jour ? »

« Si nous arrivons à atteindre quelques kilomètres, nous pourrions déjà être heureux. Nous n’avons pas l’habitude de travailler de la sorte donc il y a encore beaucoup de lacunes à combler et de nombreuses précautions. Mais cela devrait aller au fur et à mesure, je pense que nous aurons une bonne accélération d’ici deux semaines à un mois environ. »

Elise et Royan parlaient avec le démon qui semblait diriger les opérations. Ce n’était pas quelqu’un du village mais l’un des membres de leur groupe. Et son efficacité n’était plus à prouver avec le temps. C’était lui qui avait aussi aidé par rapport aux tentes et autres constructions pour rendre la vie du groupe plus aisée.

« Par contre, qu’est-ce que vous avez fait de l’équipement trouvé sur les cadavres de cette troupe d’éclaireurs qui vous ont attaqué hier ? »

« Hmm ? Nous avons tout récupéré. Là où ils sont, ils en auront plus besoin de toute façon. On ne sait jamais, cela peut être utile. Par contre, les honoriens de notre groupe sont clairement agacés que nous envisagions d’utiliser de l’équipement issu d’un clan conspué par d’autres. Donc il y a des chances que l’on aille faire fondre tout ce qui est métallique pour récupérer les matériaux. Pourquoi cela ? »

« Si nous arrivons à fabriquer d’autres outils, peut-être nous pourrions mieux travailler. »

Cela serait aussi simple que ça ? Elise avait déclaré cette idée comme une évidence alors que les artisans la regardaient, un peu interloqués. Ceux d’Honoros clignèrent des yeux avant de s’observer, un grand sourire aux lèvres :

« Quoi de mieux que bafouer l’armement d’un autre clan en utilisant ce dernier pour obtenir des outils en fondant ses métaux ? »

« Ouais, ça me semble excellent ! C’était une bonne idée, princesse ! On va s’y mettre tout de suite ! Pourquoi nous y avons pas pensé auparavant ! »

Hahaha… Euh … C’était pas vraiment comme ça qu’elle voyait les choses mais elle n’allait pas vraiment les contrarier, loin de là. Et puis, maintenant qu’ils sont plus que motivés, autant dire que ça serait une bonne chose. Ils étaient gagnants sur tous les points.

« Pendant ce temps, je vais aller discuter avec nos deux mékarlarmiens. »

Oui, elle se parlait à elle-même mais elle savait que Royan l’avait entendu. Elen ? Elle était occupée ailleurs, avec sa fille. On ne pouvait donc pas lui en vouloir de se focaliser plus sur elle que sur l’histoire des mékarlmiens. De toute façon, il lui suffira juste de lui raconter ce qui s’était dit, voilà tout.

« Bonjour, je ne vous dérange pas trop ? »

« Oh ! Princesse Elise, bien sûr que non, loin de là ! Vous êtes toujours la bienvenue parmi nous ! Seulement, nous ne vous attendions pas de si tôt dans la matinée ! »

« Oh n’exagérez donc pas ! Si on commence comme ça, on va ensuite dire que même l’air que je respire est béni par Zélisia. Déjà que ça serait saugrenu vu que je suis une démone, mais en plus, je ne veux pas prendre la grosse tête ! »

« Hahaha ! Nous voyons, nous voyons mais nous ne pensions pas en arriver à une telle extrêmité, ne vous inquiétez donc pas à ce sujet. »

« Pfiou, tant mieux ! Alors donc, je peux vous écouter. Enfin, je veux vous écouter ! Et Royan aussi, si ça ne vous dérange pas d’avoir plus d’une personne. Nous voudrions en connaître plus sur l’origine des mékalarmiens, leur histoire et tout. Vous n’êtes pas obligés de tout nous révéler, c’est juste que votre race reste si mystérieuse. »

« Oh mais vous savez, ça n’a rien de si extraordinaire, malgré les apparences. »

« Je suis certaine que si ! Donc je vous laisse commencer. Car je ne sais pas du tout vers quoi vous voulez vraiment débuter. »

« Euh… Nous pourrions parler du statut particulier des adeptes de Zélisia et Alzar dans notre culture. Tu en dis quoi, toi ? »

« Ça me semble être une bonne idée. Tout d’abord, je pense qu’il n’y a pas besoin de vous rappeler que pour un mékarlarmien, il est aisé de savoir quel élément il maîtrise puisque cela se répercuter sur nos écailles en particulier. »

« Oui oui, même si vous êtes les premiers mékarlarmiens à écailles blanches que je rencontre, pour ma part. Et toi, Royan ? »

« Il en est de même de mon côté. Mon statut royal ne m’offre pas de relation privilégiée avec les mékarlarmiens, loin de là. »

« Oh ! Avant que vous continuiez, si vous êtes en blanc pour les adeptes de Zélisia, il existe donc des… mékalarmiens aux écailles noires ? »

« Exactement mais nous préférons ne pas parler d’eux. En plus d’être terrifiants et cruels, pire que les gnomolds et les démons, ils sont d’une puissance sans pareil parmi les mékarlarmiens. Même pour nous, nous cherchons à éviter ou alors à les isoler. Certaines missions consistent même à les éliminer. »

« Très sympathique… mais ce n’est pas si rare malheureusement. C’est la même un peu partout d’ailleurs. Dès que tu es « gênant » ou une « plaie », certains n’hésitent pas à utiliser les grands moyens pour se débarrasser de toi. »

« Nous le savons parfaitement mais l’adage : « Moins nous en savons, mieux nous nous portons » n’a jamais été mieux appliqué que chez nous. »

« Je ne suis pas certaine que ça soit quelque chose dont il faut se vanter, nous sommes d’accord, n’est-ce pas ? »

« Il n’y a aucune raison de se vanter d’agir de la sorte. C’est pourquoi nous nous attarderons pas plus longtemps à ce sujet. »

Et c’était une excellente chose ! Maintenant, elle attendait qu’ils reprennent et cela ne tarda pas à se faire rapidement entende. Tout d’abord, le système politique, cela parlait d’un dirigeant et elle se rappelait que Tery en avait parlé y a bien longtemps, avec le fait qu’il en avait tué deux alors que ce n’était pas ce qu’il désirait à la base.

Mais surtout, il apprenait que chaque « type » de Mékalarmien s’affrontait pour savoir qui sera le dirigeant. C’est pourquoi les meilleurs éléments de chaque élément étaient justement prêts à se battre jusqu’à la mort pour obtenir le droit de diriger.

Après avoir obtenu ce droit, pendant une année, tous devaient lui obéir bien que cela n’empêchait pas les tentatives de meurtre et autres. Et après cela ? Eh bien, dans les faits, Royan se dit que ça expliquait pourquoi il y avait eu aussi rapidement un second dirigeant après le premier et que cela ne semblait pas avoir choqué la populace.

« Que pourrions-nous vous raconter d’autre ? Si nous voulons quand même vous apprendre des choses que vous ne connaissiez pas. »

« Sans rentrer dans les détails, peut-être nous parler de ce que vous avez subi ? Enfin de vos sciences et technologies ? Enfin, ces choses qui ont fait que vous étiez considérés comme du bétail pour votre propre espèce. Pourquoi et comment est-ce que les Mékalarmiens en sont arrivés là ? Qu’est-ce qui as poussé votre race à agir de la sorte envers ses propres citoyens ? Car c’est de la barbarie ! »

« Oh… Tout cela est uniquement pour une recherche de puissance. Le meilleur moyen d’écraser les adversaires. Vous savez, en y regardant ça de plus près, les démons réagissent de la même façon. »

« Maintenant que vous le dites, eux se dévorent, vous vous… comment ça marche en fait ? »

« Les parties de nos corps sont utilisées comme matériaux. Principalement, nos écailles ont de la magie en elles, ce qui permet alors de les utiliser aisément. Sinon, nos os et notre chair sont aussi très utiles. Du cuir, et tout le reste. »

« Mais comment vous faites pour tout ce qui est en acier et autre ? »

« Eh bien, on fait fondre le tout avec nos parties et voilà le résultat. Enfin bon, je dois vous avouer que ces derniers mois ont été assez rudes. Les Mékalarmiens ont appris que les armes faites à partir de Mékalarmiens porteurs des lignes de Zélisia faisaient des blessures horribles sur les démons, au point que certains d’entre eux ne pouvaient se soigner, qu’importe la méthode utilisée. Mais pour fabriquer de tels objets, il fallait tout « utiliser » chez un Mékalarmien, tout en le gardant en vie. »

Royan et Elise déglutirent, comprenant ce qu’il voulait dire par là. Il n’y avait pas cinquante mille solutions dans de tels dires. Cela devait être effroyable d’être gardé en vie, de manière artificielle pour juste permettre aux autres de produire leurs équipements.

« Pfiou… Et le mode de vie ? Comment ça se passe en famille ? En communauté ? Toutes ces choses au sein d’une même famille ? »

« Ne tentez pas trop d’avoir l’affection et l’amour des membres de votre famille. Oh, cela existe mais dès qu’il s’agit de vouloir montrer que l’on est celui qui aura le plus d’honneur dans le futur, les combats sont déjà très rudes. »

« D’accord… Pfiou.. Bon, à vous écouter, ce n’est définitivement pas réjouissant. Je pense que sur le coup, je préfère encore quand vous soyez heureux et joyeux. Enfin, plutôt, considérez que vous êtes les bienvenus ici et que c’est votre nouveau foyer. Enfin, un foyer qui se déplace et tout le reste. Sans être considérés comme des mercenaires, on va dire. »

Car oui, les mercenaires, c’était encore autre chose. Des soldats payés pour agir et qui se déplaçaient de royaume en royaume. Eux, c’était simplement parce que pour l’heure, ils n’avaient pas le choix. Ils avaient chacun un toit du moins pour la majorité d’entre eux.

« Merci pour toutes ces informations. Je pense que je vous poserais des petites questions comme ci, comme ça. »

« Il n’y a aucun souci, princesse Elise. Vous venez quand vous le désirez ! Nous serons toujours là ! Encore une fois, nous vous remercions de nous garder parmi vous malgré nos petites particularités. »

« Ooooh ! Vous savez, en y réfléchissant, il n’y avait bien que Royan et Clari qui étaient « normaux » dans notre groupe donc ne vous inquiétez pas, je suis habituée à ces petites choses qui nous rendent différents. »

Et elle s’en alla, accompagnée de Royan. Même si elle savait que Royan ne le montrait pas, il semblait assez surpris du fait qu’elle soit vraiment capable de se comporter comme une membre de la royauté alors qu’elle ne savait ses origines que depuis quelques mois. Lorsqu’il avait fini par lui poser la question, elle avait signalé qu’elle avait juste cherché à imiter les nobles qui passaient quelques fois dans l’auberge où elle avait travaillé.

« Royan ? Tu penses qu’ils enverront une nouvelle patrouille quand ? Tu crois que nous devrions préparer quelques pièges et autres ? »

« Cela me semble nécessaire. De même, il faudrait voir si nous ne pouvons pas utiliser de la magie pour être sûrs que ces pièges soient vraiment efficaces ou alors créer des illusions pour qu’ils tombent dans ces pièges. Plus vite nous arriverons alors à éviter qu’ils ne sachent où nous sommes, mieux ce sera pour notre sécurité. »

« Cela sera difficile vu que les démons sont normalement habitués à la magie. Et les monstres pourraient se risquer à nous trouver. »

« Et en créant différentes voies, Elise ? Qu’est-ce que tu en dis ? S’ils se perdent dans un semblant de labyrinthe, peut-être que nous gagnerons du temps encore ? »

« C’est une chose à étudier mais ils peuvent très bien détruire les murs du labyrinthe et aller tout droit et ensuite, nous… »

« Il suffira alors de piéger ce chemin aussi. Dès qu’ils tomberont sur plusieurs pièges à la suite, ils arrêteront de réagir de la sorte. »

Elle avait l’impression que Royan était parfois aussi étonnant que Manelena. Enfin, étonnant dans le fait que ce genre de tactiques, elle les voyait plus provenir de la part de la reine de Shunter que de Royan. Vraiment, chacun avait subi l’influence de ceux qui n’étaient plus à leur côté pour le moment.

« Qui sait… Royan ? Tu crois qu’il y a une minuscule chance que Tery et Manelena entendent parler via des rumeurs de cet endroit ? »

« Si nous restons dans les environs et que nos continuons notre travail, ce n’est pas impossible, oui. Loin de là, je dirais. »

« Alors, je pense que pour Elen, il faut que nous restions ici. Si par chance, Manelena et Tery viennent, je suis certaine qu’elle sera plus qu’heureuse. »

« Cela ne va pas nous faciliter la tâche mais la raison me semble légitime et honorable. Donc, je suis d’accord avec toi, Elise. Mais gardons cette raison secrète. Même si je suis certain qu’Elen apprécierait que l’on fasse tout ça pour elle, tu as remarqué qu’elle a changé, non ? Elle ne pense plus uniquement à sa personne et Tery. Elle risquerais de s’en vouloir si elle considérait que nous ralentissions le groupe juste pour elle. »

C’est pourquoi elle acceptait ce qu’il disait. Garder le silence sur ces petites choses « sans importance » était le meilleur moyen pour que tout se déroule pour le mieux. Mais il fallait obtenir des résultats et c’était cela qu’elle espérait.

Chapitre 28 : Éradication nécessaire

Chapitre 28 : Éradication nécessaire

« Ne laissez aucun d’entre eux s’échapper ! Bloquez toutes les issues ! »

Elise criait encore même si elle se trompait à moitié dans ses paroles. Des issues ? Alors qu’ils n’étaient pas dans un bâtiment mais à l’extérieur ? Pour autant, les soldats comprenaient où elle voulait en venir, se plaçant autour des soldats démoniaques restants.

« Réduisez leur nombre au maximum ! N’en gardez que quelques uns vivants, pas besoin de tous ! Qu’ils comprennent où est leur place ! »

Elen s’était arrêté d’attaquer. Leur armée avait maintenant un avantage définitif. Cela ne serait plus qu’une fraction de minutes avant que le combat ne soit conclu. Mais bon, elle n’avait pas ranger son arc pour autant.

« Vous semblez vraiment exténués, vous deux ? Cela va aller ? »

« Hein ? Euh.. .Vous vous préoccupez vraiment de nous ? » demanda l’un des deux mékalarmiens après la question d’Elen à leur encontre.

« Y a quoi de si étrange ? En vue de l’aide que vous avez apportée, ça me semble logique non ? Donc bon, si au moins, vous êtes capables de parler, c’est que ça va. Ne bougez pas d’ici, vous en avez assez fait pour nous. »

« Euh, nous allons bien, merci de votre préoccupation, c’est très gentil de votre part, nous tenions à ce que vous le sachiez. »

« Hahaha ! Y a pas de quoi ! Vous êtes bizarres pour des mékalarmiens, mais sachez juste que ce n’est pas un mal. »

Elle aussi avait décidé quelques ronds de jambe en les écoutant. Ils la regardèrent, un peu perplexes jusqu’à ce que des cris se fassent entendre, le commandant ennemi commençant à éliminer ses propres soldats, prêt à en dévorer un morceau.

« OH QUE NON ! On ne va pas te laisser faire ! »

Avant même qu’un morceau n’aille dans sa bouche, le commandant avait perdu son bras, des gerbes de sang volant dans tous les sens alors qu’il hurlait à la mort, s’écroulant à genoux. Aussitôt, plusieurs mains le forcèrent à rester au sol, lui retirant toute possibilité d’attaquer et de se défendre.

« Lâchez-moi, bande de chiens galeux ! Lèche-bottes au service d’une traînée à moitié démone ! Vous devriez avoir honte de suivre une créature comme elle ! »

« Oups… J’ai cru très mal entendre, n’est-ce pas ? J’ai l’impression que l’on vient de me comparer à une dame de plaisir, non ? » murmura Elise, se ramenant au niveau du commandant, sourire mauvais aux lèvres. Celui-ci avait été relevé à peine pour qu’elle puisse le regarder de haut. « Mais ne t’en fait pas, je ne vais pas te tuer puisque j’ai besoin d’en savoir un peu plus sur ce que font mon frère et ma sœur. Et ne t’en fait pas, je saurais te faire parler, Manelena m’a donné quelques petites astuces au cas où. »

Royan déglutit à côté d’elle. Même sans avoir pris la parole, il était aisé de voir à quel point il était peiné pour le commandant. Bien que les soldats ne comprenaient pas ce que cela impliquait, il jeta un petit regard en arrière, vers Elen.


Il était certain qu’Elen avait aussi appris quelques diverses choses de la part de Manelena bien qu’elle ne voulait pas le montrer. S’il s’agissait vraiment de torture, comme Elise le proclamait, il avait déjà mal pour le commandant.

« Bon, si nous sommes certains qu’il n’y a aucun démon qui a réussi à s’enfuir, récupérez les cadavres de tout le monde. Nous irons nous occuper de faire un charnier pour les leurs tandis que nous ferons une sépulture décente pour nos combattants. »

Comme auparavant, elle reprenait un peu les rênes de la troupe même si elle tournait parfois son visage vers Royan pour être certaine qu’elle agissait comme il le fallait. Il lui répondait alors juste par un sourire et une main qui chercha la sienne.

Un peu plus tard, ils étaient à nouveau dans le campement à l’entrée du tunnel qu’ils avaient commencé à creuser. Comme elle l’avait demandé, les cadavres avaient été tous ramenés, Elise demandant à ce qu’on fasse le tri.

« Je ne veux pas que l’un de ces démons soit mélangé avec nos vaillants combattants. Quant à toi… Hmm … Oh, c’est vrai que tu continues de saigner, n’est-ce pas ? En même temps, perdre un bras, ça doit être horrible. Je ne voudrais pas que tu succombes avant d’avoir parlé. Je vais donc t’offrir un petit aperçu de ce qui t’attend. »

Elle avait observé le bandage de fortune sur le moignon ensanglanté du commandant démoniaque. Imbibé de sang, le bandage était à peine efficace mais elle posa une main sur celui-ci avant d’avoir un grand sourire.

« Pas besoin de lui donner un morceau de bois. Il est plus aisé pour nous d’entendre nous supplier de lui laisser la vive sauve. »

Et son corps s’enflamma subitement, de courtes flammes qui ne risquaient pas de toucher une autre personne sauf si elle était au contact ce qui était le cas pour le commandant ennemi. Celui-ci poussa un hurlement, incapable de mouvoir alors sa chair sanguinolente se faisait cautérisée de force.

Quelques instants suffirent pour que le démon se mette à haleter, les larmes, le moignon ayant laissé place à de la chair brûlée mais dont le sang ne s’écoulait plus. Cela avait été drôlement efficace, plus qu’elle ne l’avait imaginé.

« Leçon apprise ou tu comptes encore faire le fanfaron ? »

« Tu peux toujours courir, sale… »

« Je ne vais pas être ton ennemie. Je veux simplement avoir une confirmation que ce sont bien des démons au service d’Haiktos et d’Halyza qui ont décidé de venir nous attaquer en pensant qu’ils seraient capables de nous battre. »

« HAHAHA ! Haiktos ? Vraiment ? Comme si nous allions nous cacher en nous faisant passer pour des démons à son service ! »

« Donc une petite confirmation comme quoi vous êtes bien au service d’Halyza, ma sœur aînée. C’est déjà bon à savoir. Mais on dirait que vous avez une sacrée dent contre Haiktos. Il faut se dire qu’il doit sûrement mettre à mal bon nombre d’entre vous d’après mes souvenirs. Même Tery n’arrivait pas à le battre lors de cette séance d’entraînement. »

« HAHAHA ! Haiktos… Ouais, juste bon à faire la guerre et aller sur le terrain pour se battre, il n’a pas les compétences d’un chef, contrairement à dame Halyza. »

« Dame Halyza, dame Halyza, je vais finir par croire qu’elle aurait presque plus de classe que Lyzé mais si elle est comme cette dernière, elle a sûrement juste tenté et réussi de vous séduire. Ah… Mes sœurs qui se sentent obligées d’utiliser leurs charmes pour… »

Un crachat ensanglanté vint atteindre sa joue, le démon n’ayant pas cherché à se retenir. Déjà un soldat s’apprêtait à en terminer avec le malandrin mais Elise l’arrêta dans son mouvement, son sourire s’accentuant.

« Oh ? Il semblerait que vous n’appréciez pas vraiment que l’on insulte votre petite déesse personnifiée, hein ? C’est un peu comme si elle était votre… Zélisia hein ? »

Et puis, comme si elle se doutait de ce qu’il allai faire, elle lui donna un coup de genou dans le menton, le second crachat qu’avait préparé le démon lui retombant sur le visage en même temps que quelques dents fissurées se présentaient dans sa bouche.

« Tu n’aimes pas que l’on parle de Zélisia ? Et pourtant, c’est un peu ce que vous pensez d’elle non ? Votre dévotion presque religieuse, elle y ressemble tellement. »

« NE COMPARE PAS CETTE SALOPE DE DIVINITÉ À NOTRE DAME HALYZA ! »

« C’est triste, et pourtant, je peux continuer longtemps. Sincèrement ,de ce que j’ai vu, Halyza est juste le genre de démone qui ne sait rien faire par elle-même. Au moins, Haiktos avait une certaine prestance. Il faut dire ce qu’il est. »

« Haiktos ne sera plus qu’un lointain souvenir ! Hahaha ! Il sera mort comme les autres ! »

« Ah oui ? Et si c’est par des types comme vous, je suis pas certaine qu’il ait quelque chose à craindre. Vous êtes si faibles. »

« Comme nous ? Héhéhé. Nous ne sommes que des éclaireurs. Non ! Dame Halyza a forgé des alliances avec de nombreux peuples à la surface. Vos armes et armures sont d’une qualité différente des nôtres mais nos meilleurs hommes sont capables de les améliorer et de nous donner encore plus l’avantage sur les autres démons ! D’ici quelques mois, vous serez tous morts et soumis à notre dame ! »

« Ah… Vraiment. Pour quelqu’un qui avait décidé de ne pas l’ouvrir beaucoup, tu parles bien plus que je ne le pensais. Enfin bon, j’ai plus ou moins obtenu tout ce que je pouvais avoir d’une personne comme toi ? Tu as bien dit que tu provenais d’un simple groupe d’éclaireurs, non ? Est-ce que je me trompe ? »

« Tsss ! En plus, t’es complètement bouchée. Je viens de te le… AAAAAAAAAH ! »

« Bon alors, je n’ai plus besoin de toi. Tu peux mourir. »

Elle l’avait empêché de terminer sa phrase, plaçant sa main sur le visage du démon, commençant à produire une flamme qui consuma l’intégralité de son corps. Quelques secondes suffirent à le réduire en cendres, faisant un petit geste de la main pour les balayer hors de la tente dans laquelle elle se trouvait.

« J’espère que je n’ai pas été trop violente pour vous ? »

Elle s’adressait aux soldats qui l’entouraient, mais aussi à Royan et Elen. Ces deux derniers ne répondirent pas, les soldats hochant la tête négativement.

« Il était prévu qu’il meure après l’interrogatoire. Je ne pouvais pas laisser un tel être vivre trop longtemps parmi nous. Il aurait été capable de manipuler quelqu’un pour se délivrer. Il n’en restait pas moins un puissant démon. »

Mais plus assez puissant pour elle. Elle commençait à ressentir les effets d’être la fille du monarque du monde démoniaque. Elle l’avait déjà compris auparavant, depuis cette révélation mais elle acceptait sa condition, son sang acceptait d’être cette fille.

« Bon au moins, cela finira de convaincre tout le monde que tu n’es pas là pour plaisanter, Elise quand cela s’avère nécessaire. »

« Les évènements sont plus qu’importants. Je ne peux pas me permettre de faire comme si de rien n’était, Royan. Et puis surtout… »

Elle baissa les yeux, silencieuse pendant quelques secondes, ne semblant pas vouloir terminer sa phraser avant de pourtant le faire peu de temps après :

« Je suis l’unique responsable de ces morts, aujourd’hui. Si je n’avais pas ouvert ma grande bouche, tout cela ne serait jamais arrivé. »

« Il te faut tirer un trait sur le passé, Elise. Si tu continues de t’accrocher à tout ça, tu ne pourras plus jamais avancer. Ils ne t’en veulent pas pour les morts, ils sont heureux d’être tous ressortis en vie. Et puis bon, il s’agissait de soldats, ils savaient ce qui allaient les attendre en venant nous rejoindre. »

« Oui mais tu vois, je ne suis pas plus heureuse comme ça, Royan, désolée. »

« Tu n’as pas à t’excuser. De toute façon, nous avons appris des choses importantes aujourd’hui. Tes deux aînés ne collaborent pas ensemble. »

« C’est ce que nous pourrions croire mais ce démon était trop zélé et fanatique qu’il aurait été aisé de le manipuler, non ? »

« Ce n’est pas faux mais donc, gardons quand même une part de réalisme. Il y a quand même de bonnes chances qu’ils ne soient pas alliés. Il faudra obtenir plus d’informations. »

Mais surtout, il avait réussi à lui faire changer un peu les idées. Il était assez satisfait d’y être arrivé. Maintenant qu’ils en avaient fini avec les démons, peut-être était-il temps d’interroger les deux mékalarmiens ? Lui-même devait avouer qu’il n’avait pas pensé à parler avec eux, n’ignorant pas leurs présences mais à part ça… ils avaient évité jusqu’à aujourd’hui de se retrouver au combat.


Il proposa donc d’aller voir les deux mékalarmiens, et surtout savoir s’ils étaient en état de discuter. Comme Elen et Elise avaient accepté, la première ayant récupéré sa fille. Le plus surprenant avait été les réactions des mékarlarmiens. Dès l’instant où Elise allait ouvrir la bouche, ils vinrent s’inclinent devant elle, s’exclamant :

« Pardonnez-nous, princesse Elise, pour avoir utilisé nos pouvoirs sans votre accord ! »

« Euh… Je voudrais bien vous pardonner mais vous avez fait quoi de mal ? Et depuis il faut que je vous donne votre accord pour cela ? »

« Nous sommes de mauvais citoyens de Mékalarma. Nos pouvoirs liés à Zélisia sont puissants, très puissants mais nous n’avons presque aucune endurance. Nous nous sommes enfuis il y a longtemps car notre race voulait nous tuer, vu que nous étions inutiles, même en tant qu’armes et armures. Nous vous laissons imaginer ce que nous aurions donné en tant que tels. Des armes et armures parmi les plus fragiles existantes. »

Trop d’informations, beaucoup trop d’informations ! Elle tentait de comprendre le tout, espérant que ses deux compagnons y arriveraient mais eux aussi semblaient autant perplexes qu’elle. Ah… Cela n’allait vraiment pas les aider.

« Mais pourquoi est-ce que vous nous dites ça ? »

« Nous ne voulons pas être rejetés ici aussi ! Pendant des semaines, nous avons passé beaucoup de temps à regarder les démons et les surfaciens s’entendre comme s’ils étaient tous unis ! Pareil avec votre discours ! Vous ne semblez pas faire de différences entre les races ! Nous ne voulons plus être des mékalarmiens ! Nous voulons être des personnes comme toutes les autres ! Nous ne voulons pas être sacrifiés à cause de nos pouvoirs ! Nous voulons pas être transformés en armes ou armures ! Nous avons vu tellement de… »

« Allons, allons. Calmez-vous donc tous les deux. Ici, il n’y a rien de tout cela. Tout d’abord car nous n’en avons pas les capacités. Ensuite, tout simplement car ce n’est pas notre but, loin de là. On veut simplement retrouver nos compagnons et aussi retrouver mon père. »

« Votre père, l’empereur des démons. Nous avons entendu cela comme les autres. Et vos compagnons, il s’agit du démon l’origine des portes démoniaques, enfin de leurs ouvertures, c’est bien ça ? Et l’autre personne, c’est la reine de Shunter. »

« Vous êtes quand même bien au courant pour des déserteurs, non ? »

« Les Mékalarmiens sont vaniteux et vantards par nature. Donc s’ils peuvent déclarer des choses qui ridiculisent les autres nations, ils ne vont pas se priver. Ainsi, le fait que ce démon nommé Tery, proche de la reine Manelena, soit la cause de tout ceci, est connu de tout Mélakarma. Nous sommes désolé si nous vous avons insulté. »

« Oh non, vous en faites pas, j’ai eu ma dose d’insultes pour la journée et ça ne venait pas de votre part. Mais bon, grâce à vous, nous avons réussi à nous en sortir et surtout, vous nous permettrez de montrer que comme les gnomolds, les mékalarmiens ne veulent pas forcément que tout se finisse dans le sang et la guerre. »

Et pour cela, elle leur adressa un petit sourire franc et sincère, montrant par là qu’elle était très sérieuse dans ses dires concernant les deux mékalarmiens. Néanmoins, elle ne comptait pas en terminer là, déclarant :

« Mais si vous avez envie de parler à nouveau de Mékalarma, je suis certaine que cela intéressera beaucoup de gens par ici. Votre peuple reste très secret vu qu’il ne veut pas se rendre accessible à beaucoup de monde. »

« Euh, si cela vous intéresse vraiment, ça ne nous dérange pas. »

« En même temps, c’est vrai que peu de gens connaissent les mékalarmiens à part les mékalarmiens eux-mêmes. »

Et la raison à cela ? La peur que l’on leur vole leur technologie ? Ils n’en savaient trop rien, ils devaient avouer. Mais si c’était le prix à payer pour rester vivre parmi eux et être plus ou moins en sécurité, cela leur semblait peu.

« Comptez sur nous alors, princesse Elise. Vous pouvez considérer que votre demande sera donc satisfaite ! »

« Oh mais je n’ai aucun doute à ce sujet, j’en suis certaine, hahaha ! Bon, je vais sûrement aller me reposer un peu, je suis fatiguée. Que chacun fasse de même. »

Elle avait donné quelques consignes. Chacun pouvait faire ce qu’il désirait, ce n’était pas un ordre précisément. Elle sentait juste qu’avec tout ce qu’ils avaient eu comme émotions aujourd’hui, cela serait pour le mieux.

Retrouvant Royan dans leur propre tente, le jeune homme aux cheveux bleus était légèrement songeur avant de dire calmement :

« Je ne pensais pas que les mékalarmiens se confieraient aussi facilement à nous. Tu dois sûrement faire une très bonne impression. »

« Hey ! Tu dis ça comme ça… comme si c’était si étrange ! C’est un peu vexant que tu ne penses pas que ta chère femme soit capable d’une telle chose ! »

« Oh, je n’ai pas dit ça, pas du tout. Enfin non… c’est juste que les Mékarlarmiens sont encore moins approchables que les gnomolds et donc, savoir que deux d’entre eux sont prêts à se révéler à nous, c’est surprenant. »

« Eh oui, que veux-tu, ta chère petite femme arrive à charmer même les plus récalcitrants de mékalarmiens. Tu devrais faire attention. »

« Est-ce que cela veut dire que tu comptes te mettre en avant pour obtenir ce que tu veux ? »

Il avait demandé cela avec le plus grand des sérieux, fixant du regard Elise qui se sentit soudainement gênée en bredouillant :

« Mais qu’est-ce que tu es en train de t’imaginer, je peux savoir ? Ce n’est pas comme ça, tu sais hein ? Je ne ferais pas ça ! Je ne suis pas comme Lylé, moi ! »

« Lylé ? Ah oui, l’une de tes sœurs aînées. Tu m’en avais parlé, non ? Mais dis-moi, tu es vraiment rouge aux joues ou c’est moi ? »

« Fais pas l’innocent ! Tu sais pourquoi je suis rouge comme une tomate ! Tout ça, c’est de ta faute et personne d’autre ! »

Elle lui avait presque crié dessus mais il l’attrapa doucement par la hanche avant de la ramener contre lui, plaçant son front contre le sien avant de lui chuchoter :

« Cela, c’est pour t’apprendre à jouer avec mes sentiments. Espérons que tu le regretteras assez longtemps pour t’en souvenir, n’est-ce pas ? »

Elle commença à déglutir un peu, comprenant qu’elle était tombée dans son piège. Dire qu’elle voulait juste s’amuser tout doucement. Mais elle était si peu habituée aux réactions de la sorte de la part de Royan, elle en était encore troublée.

« Royan, tu ne veux pas me montrer que je suis juste à toi et uniquement à toi ? Je ne sais pas trop ce que j’ai mais ces derniers jours, je ne suis jamais rassasiée. »

« Hum… Euh, attendons plutôt la nuit pour cela, si tu veux bien ? »

Attendre la nuit, c’est long mais elle comprenait. Elle allait devoir faire attention à ne pas porter sa voix trop haute. Mais de toute façon même quand c’était ainsi, il arrivait à la faire taire via de multiples baisers qui l’étouffaient.

Elle posa ses mains sur son propre ventre, comme une jeune femme sage. C’est vrai, les fois après la première, ils avaient été assez expressifs mais maintenant, ils préféraient quand même prendre quelques précautions pour ne pas déranger les autres.

« Je vais rester un peu ici, Royan. Si tu veux parler avec les autres, tu le peux, d’accord ? »

Il hocha la tête, lui demandant juste si ça allait par mesure de précaution. Elle déclara que oui, il n’avait pas à s’en faire. Lorsqu’elle se retrouva seule, elle s’observa. Elle avait vraiment du mal à se contrôler ces derniers jours.

« J’espère que je ne suis pas en train de tomber malade. Il ne manquerait plus que ça se passe alors que nous sommes en pleins travaux. Je dois être forte. »

C’était juste qu’elle avait le ventre qui se retournait parfois. Oh, pas au point de vomir non plus mais disons qu’avec le combat et autre, elle avait eu du mal à ne pas se retenir de redécorer le sol de sa bile. Mais heureusement, rien de tout cela n’était arrivé. Elle ne voulait pas en parler à Royan, ne voulant pas l’effrayer. Elle s’installa simplement sur le lit de camp, sombrant rapidement dans le sommeil, oubliant la petite soirée prévue avec son homme.

Chapitre 27 : Déjà vu

Chapitre 27 : Déjà vu

« Pfiou ! Dire que ça va progresser bien plus vite que prévu, si ce n’est pas une bonne nouvelle, ça. Heureusement que ce village avait ce qu’il fallait et nous a proposé ses services, tu ne crois pas, Royan ? »

« Ils ont été un peu prompts à accepter mais j’imagine qu’ils n’ont pas vraiment pensé qu’ils avaient le choix en nous regardant. »

« Pourtant, je me suis présentée comme la princesse Elise. Cela a sûrement joué un peu quand même sur leur décision, non ? »

Il hocha la tête, comme si cela sonnait une évidence. Le souci, c’est qu’il avait considéré la décision d’Elise d’un peu trop dangereuse à son goût/. Et sauf qu’il n’avait pas réussi à le lui dire. À partir de là, il était maintenant un peu tard pour revenir en arrière.

« Espérons juste que tout se passe bien, c’est tout ce que je désire. »

Il chuchotait ça pour lui-même, évitant que quelqu’un ne l’entende. Avec leurs discussions de ces derniers jours et tout le reste, il n’avait pas l’esprit tranquille. Et cela le taraudait plus qu’il ne le pensait. Il voulait bien en parler à Elen mais il y aurait un petit risque qu’elle en discute ensuite avec Elise et il ne voulait pas qu’elle soit froissée qu’il ait gardé ça pour lui. Les sentiments amoureux des femmes, c’était vraiment compliqué.

Pour autant, ce n’était pas pour cela qu’il devait la prendre avec des pincettes. Le jeune homme aux cheveux bleus retourne auprès d’Elise, prenant une profonde respiration avant de placer ses mains sur ses épaules.

« Elise, je voulais te dire quelque chose d’assez important. »

« Hmm ? Oui ? Je t’écoute, Royan. Pourquoi tu as cet air si peiné en me regardant ? »

« C’est juste que… je ne veux pas que tu sois vexée mais, je tenais à te dire que tu as peut-être faire une idiotie en parlant au village. »

« Hein ? Idiotie ? Mais comment ça ? Je veux bien que tu dises ça mais seulement si tu me donnes des explications, Royan ! Car là, je vois pas de quoi tu parles ! »

« Tu as clairement annoncé à tous et à toutes que la princesse Elise était en vie… mais surtout non-loin du village. Plus nous descendons, plus nous nous rapprochons de la capitale, c’est bien ce que tu as dit, n’est-ce pas ? »

« Oui oui, c’est exact mais… où veux-tu en venir ? »

« Tout le monde dans le village ne veut pas forcément que la princesse Elise soit en vie. »

« MINCE ! Tu crois vraiment qu’il y aurait des gens qui… » commença à dire Elise alors que Royan hochait la tête positivement. Elle déglutit, regardant Royan, bien plus inquiète maintenant. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle avait commis une erreur aussi grossière sans même y faire attention. Elle… Elle venait peut-être de tous les condamner.

« Tu n’as pas à t’en faire, Elise. Nous pouvons régler cela. »

« Qu’est-ce que tu racontes, Royan ? Ils ne sont même pas au courant qu’ils vont peut-être tous mourir par ma faute d’ici les prochaines heures ou les prochains jours ! »

« Personne ne viendra décéder tant qu’ils sont sous ma protection. Et surtout pas à cause de certains démons qui veulent nous mettre des bâtons dans les roues, compris ? »

« Co… Compris, Royan. Je suis… Je suis vraiment désolée. »

À force d’être trop enjouée avec son idée, elle en avait totalement oublié les règles de sécurité élémentaires. Et voici où ils en étaient maintenant ! Tout ça parce qu’elle n’avait pas pris ses précautions ! Ah… Non, elle ne devait pas pleurer. Mais pourquoi est-ce qu’elle craquerait maintenant et pas avant ?

« Elise, va donc voir Elen pour te calmer. Cela sera beaucoup mieux que de traîner sur place, comme un chien en cage. »

« Tu n’es pas obligé de me parler, comme ça, Royan ! »

« Hein ? Mais, je ne t’ai pas crié dessus, Elise. Allons, Elise. Tu n’as pas à t’en faire, je t’ai promis que j’allais te protéger, je tiens toujours mes promesses, tu le sais non ? »

Elle n’ose pas lui répondre verbalement. Elle n’ose pas relever son visage vers lui. Elle est juste… là. Elle pensait avoir bien fait depuis le début mais ce n’est pas le cas en fin de compte. Elle s’était trompée sur toute la longueur.

« Ce n’est pas bien de dire ça, Royan. Je pensais pas que… Je ne pensais pas que j’allais pleurer, pas comme ça. Pas devant tout le monde. »

« Eh bien, ça arrive. Je vais aller expliquer la situation. Quant à toi, va voir Elen ; »

Il finit par enfin la relâcher, la jeune femme aux cheveux auburn retournant penaude auprès d’Elen, commençant à expliquer ce qui s’était passé. Elle s’attendait à des réprimandes de la part de la demoiselle aux cheveux blonds, mais celle-ci s’occupait de son enfant, déclarant que ça arrivait à tout le monde de faire des erreurs. Elle-même n’avait clairement rien à dire à ce sujet, loin de là même.

Elle était très mal placée alors que des gaffes, elle ne pouvait plus les compter tellement elles étaient nombreuses. Et certaines avaient été très dangereuses pour le groupe. C’est pourquoi, définitivement, elle allait plutôt lui dire que tout allait s’arranger et cela malgré ses erreurs. Elle pouvait apprendre de ces dernières hein ?

« Nous allons commencer à explorer les environs. Certains sont déjà en train de creuser. Je pensais avoir compris que nous ne le ferions pas avant d’être bien installés mais on dirait qu’ils veulent faire du zèle. Je trouve ça un peu gênant de vouloir faire un tunnel alors que nous devons encore nous déplacer pour retrouver Tery et les autres. »

« Pourtant, ce n’est pas si étrange, Elen. »

Peut-être qu’elle ne l’avait pas expliqué correctement mais elle et Tery, à l’époque, alors qu’ils voyageaient et exploraient les environs de la capitale après avoir été reçus là-bas, avaient remarqué que la capitale démoniaque était au plus profond des souterrains mais aussi au centre de ces derniers. Comme une gigantesque cuve qui emmenait tout dans le fond.

Ainsi, au plus proche de la capitale, les zones n’étaient pas si élargies que ça et vu qu’ils avaient marché pendant un bon bout de temps depuis qu’ils étaient ici, même en creusant le tunnel à côté d’eux et en explorant les environs, ils devraient très vite retourner au point de départ. Elen se gratta la joue, comme légèrement embêtée, murmurant :

« Mais si vous faites cela, ça ne veut pas dire que les démons de la capitale risquent de nous trouver bien plus facilement eux aussi. »

« Non, j’y ai pensé sur le coup mais la majorité est si prétentieuse et narcissique qu’après avoir découvert les environs, il n’y a généralement aucune garde qui patrouille dans les environs. Il faut comprendre qu’ils ont un mode de vie qui est « Dévorer ou être dévoré. » Si des personnes se perdent dans les alentours, c’est triste pour eux mais les monstres ne se priveront pas de les écharper. »

« Oui mais cela veut dire que nous aussi, Elise. Et les brigands ou autres ? »

« AH ! Les Brigands, étrangement, avec Tery, nous n’en avons pas vu tant que ça. Peut-être que les monstres étaient d’anciens démons hors-la-loi qui se sont transformés ? Mais de ce côté-là, nous n’avons pas à nous en faire, la discrétion est assurée ! »

« D’accord, tant mieux, c’est plus rassurant maintenant que tu le dis ainsi. »

Elise avait retrouvé le sourire. Il lui en fallait peu à cet instant précis et elle était perplexe à l’idée que son comportement était très irrégulier ces derniers temps. Mais au moins, maintenant qu’elle avait été un peu complimentée par Elen, elle allait observer les travaux sur le tunnel. De base, il n’allait pas être très compliqué.

Les « architectes » du groupe avaient signalé comment ils allaient réaliser ce petit tour de passe-passer. De base, ils allaient tout simplement creuser en ligne droite, installer un espace assez grand pour y entreposer des outils et quelques emplacements pour les soins et autres. Puis ensuite, ils allaient commencer à creuser pour monter… puis recommencer et ainsi de suite. Cela ne servait à rien de faire un long tunnel qui allait uniquement monter jusqu’à la surface. Ceux qui voudront le traverser avaient besoin de plusieurs endroits où se reposer.

Et vu qu’ils n’allaient pas laisser la nature travailler à leur place, il fallait imaginer tout cela comme si seuls les démons et les surfaciens allaient traverser ce tunnel. Après une rapide réflexion, ils en avaient conclu que ce projet n’était pas uniquement un simple tunnel mais quelque chose de bien plus grand et important, ils étaient en train de préparer une véritable voie qui pourrait être commerciale, vivable et autres. Dans les souterrains, les villages démoniaques n’avaient aucune route qui permettrait de les faire se rejoindre entre eux. Via l’instinct, les démons savaient plus ou moins quelle route prendre pour arriver à une nouvelle destination. Ainsi, le projet qu’ils étaient en train de monter était quelque chose en son genre pour toute la race démoniaque. Avec la fusion des connaissances du monde de la surface et des démons, ils pouvaient envisager de grandes choses !

En parlant de grandes choses, cela voulait dire aussi qu’ils allaient pouvoir vraiment… créer tout ceci. Il fallait juste du temps, cela n’allait pas prendre quelques jours, c’était sûrement un projet titanesque, qui allait nécessiter des mois et des mois mais… Ah… Tiens ? Royan et Elen ne sont pas là ? Ah oui, c’est vrai ! Ils avaient dit qu’ils partaient en patrouille avec quelques soldats pour être sûr qu’ils ne soient pas dérangé pendant qu’ils travaillaient.

« J’imagine que tu ne m’as pas demandé de rester sur mes gardes juste pour le plaisir, Royan. Et surtout sans Elise, n’est-ce pas ? »

« Depuis qu’elle a prévenu par mégarde à notre sujet, je ne suis pas rassuré. Tu peux dire que c’est une mauvaise prémonition mais ainsi, je ne suis pas… enfin… »

« Pas besoin d’en dire plus. Je suis un peu rouillée, alterner entre la marche et m’occuper de mon enfants, s’il y a besoin de se battre, ça ne sera pas un problème. Mais… tu te rappelles de ce qu’Elise a dit sur les démons qui habitent les strates les plus profondes ? »

« Qu’ils sont bien plus puissants que ceux proches de la surface, oui. »

« Alors, à partir de là, tu comprendras que si nous tombons sur des démons néfastes, il ne faudra pas hésiter sur les coups. »

Il n’était pas le roi de Traslord parce qu’il était candide. Et Elen était la mieux placée pour savoir cela, non ? Elle avait été là… quand ses frères avaient été… Hmm, il secoua la tête négativement. Il n’avait aucune raison de se rappeler de ces mauvaises choses.

Oui, c’était le passé et le présent était la seule chose dont il devait se préoccuper. Mais pour ça, il fallait être sûr qu’il avait un futur qui lui serait accessible. Plongé dans ses pensées, il s’arrêta au même moment que les membres de son groupe.

« Eh bien, eh bien. Visiblement, les informations étaient fondées. »

« Dommage qu’on ait éliminé la démone qui nous a donné les dites-informations, haha. »

« Comme quoi, il est très laid de rapporter. Enfin, on ne va pas bouder notre plaisir. Cela doit être le groupe dont on parle depuis des semaines. Ils sont donc bien arrivés parmi nous. Dame Halyza se ravie que l’on fasse un peu de nettoyage. La traînée à moitié démone doit être dans les environs et… »

Le démon qui avait parlé tourna la tête juste au bon moment alors qu’une entaille ensanglantée se dessina sur sa joue, Royan ayant des lignes bleues sur son visage et sa main tendue vers le démon.

« Moins d’insultes. Il n’y a pas besoin d’imaginer pourquoi vous êtes ici. Vous venez de le dire par vous-même, non ? Alors, combattons jusqu’à ce qu’il ne reste plus… »

« Hum ? Dites, votre équipement et tout le reste, ils viennent de quel clan d’Honoros ? » coupa Elen en fronçant les sourcils. Derrière elle, quelques soldats, issus d’Honoros commencèrent à fixer les démons, clignant des yeux en remarquant que la jeune femme aux cheveux blonds disait la vérité. C’était bien ça !

« Il s’agit du clan des Slypian. Un clan connu pour faire preuve d’une grosse cruauté et manipulation pour obtenir ce qu’il désire. Nous pensions qu’il avait disparu depuis quelques mois… mais en fait, ils œuvraient pour ces démons. »

Sur le coup, Elen ne pouvait que confirmer par la pensée les propos du soldat. Elle ne connaissait pas tous les clans d’Honoros mais il était vrai qu’elle remarquait un emblème ressemblant à une tête de serpent de face, comme si l’emblème lui-même venait observer sa future victime.

« Bon, comme l’a dit dame Halyza, aucun survivant. Nous n’avons pas besoin de vous autres de toute façon, vous nous êtes inutiles. TUEZ LES TOUS ! »

Et voilà que l’assaut avait débuté. Pour autant, dès le premier démon qui fonça vers eux, une flèche dorée, teintée de lumière vint se nicher dans son crâne, la lumière prenant une tournure orange avant que la tête du démon n’explose sur le coup, le tuant net tout en repoussant ses comparses. Elen avait fait apparaître son arc, regard froncé :

« Désolée de ne pas l’être. J’ai cru entendre quelques insultes sur une amie qui m’est très chère. J’imagine que vous comprendrez que je ne pouvais pas laisser une insulte être impunie, n’est-ce pas ? Qui est le suivant ? »

Et bien entendu, aucun rire ou pointe d’amusement dans la voix. Non, elle ne semblait même pas se moquer de leurs adversaires. Ses démons n’étaient pas là pour plaisanter. Ils désiraient se battre jusqu’à la mort et elle allait leur offrir ce qu’ils désiraient. Elle observa Royan qui avait sorti lui aussi son arme ainsi que les autres soldats.

« LYNCHEZ-LES ! IL NE DOIT EN RESTER AUCUN ! OCCUPEZ-VOUS DE CETTE ARCHÈRE ! » hurla une nouvelle fois celui qui semblait être le commandant de cette petite troupe encore que dans les faits, ils étaient au moins aussi nombreux qu’eux… voire même peut-être plus vu qu’il y avait pas mal de personnes restées en arrière.

Les deux troupes se rencontrèrent, Elen reculant déjà. En tant qu’archère, cela ne servait à rien de combattre au contact. Comment elle pourrait faire pour se défendre de toute façon ? Mais elle gardait un œil sur Royan, au cas où tout tournerait plus mal que prévu. Elle ne voulait pas avoir à rapporter sa mort à Elise. Cette dernière risquerait de devenir folle et démente… comme Tery avec Clari.

« Hors de question de revivre ça une nouvelle fois. »
Elle ne permettrait pas à Tery de revivre une horreur de la sorte. Ni Tery, ni Elise, ni personne parmi ceux qu’elle aimait. Même Manelena ! Elle tira une flèche dans l’air, en direction des troupes ennemies. Si elle arrivait à abattre ce « commandant » avant les autres démons, peut-être qu’ils arrêteraient leur combat.

Non, autant ne pas se bercer d’illusions. Ces imbéciles étaient là pour un unique but : servir leur princesse Halyza et sûrement pour une belle somme d’argent vu qu’ils n’avaient aucune réticence à accomplir leur objectif.

« Mais c’est quoi cette force ?! »

Elle avait entendu un soldat crier à côté d’elle, se faisant projeter en arrière, une longue entaille ensanglantée tracée à la diagonale sur sa poitrine. L’armure avait été traversée avec une telle facilité que cela en était déconcertant. Cet équipement sur leurs adversaires ne semblait pas pourtant être des plus impressionnants.

Et pourtant, et pourtant … Il était en même temps bien plus efficace qu’il ne le serait aux mains d’un surfacien. Est-ce que les démons étaient capables d’améliorer l’équipement qu’ils portaient ? Non, si c’était le cas, cela rendrait le combat tout simplement impossible ! Ce n’était que le fruit du hasard !

« Ne vous laissez pas dominer par la peur ! Des démons, on en a déjà souvent affrontés ! De plus, nous en avons parmi nous ! Ils vous aideront à savoir combattre ceux qui veulent nous empêcher de retrouver nos compagnons ! »

Elle ne savait pas si cela allait vraiment donner du courage aux membres du groupe mais il fallait tenter un maximum. Mais plus le combat perdurait, plus elle remarquait que bon nombre des membres étaient en train de finir blessés, voire même morts pour une partie.

Comment faire pour les contrer ? Comment y arriver ? Elle-même était la seule à être vraiment efficace mais elle ne pouvait pas lutter contre une armée entière. Alors qu’elle remarquait que les démons entouraient Royan et trois soldats qui tentaient de le protéger, une vive lueur blanche traversa la zone tranchant net plusieurs démons ennemis alors qu’elle arrivait à voir la forme de cette lueur. Une hache à double lame ? Et pourquoi est-ce qu’elle sentait la puissance de Zélisia dans celle-ci ?

« Pfiou ! J’étais pas sûr que ça allait marcher mais tant mieux ! HEY ! Tu peux faire de même ! Tu vas tenter quoi ? »

« On va voir si la magie fonctionne quand on la fusionne ! »

Magie fusionnée ?! Comment ça ? Elle tourna son visage pour voir deux Mélakarmiens. C’est vrai ! Elle avait presque totalement oublié leurs existences mais ils avaient récupéré des Mékalarmiens. Ces hommes-reptiles… mais ils avaient des écailles blanches et la magie de Zélisia déferlait dans leurs corps avec une aisance certaine.

Le second Mékalarmien à côté du premier qui réceptionna sa hache, vint faire quelques signes d’une main, en direction d’un groupe de démons ennemis qui était habitué à attaquer à distance, la foudre venant s’abattre sur eux. Mais à contrario d’une foudre normale, celle-ci était imprégnée d’une magique qu’elle connaissait que trop bien.

« Une foudre… divine ? C’est possible ça ? »

Pour elle, c’était une évidence que d’utiliser ses flèches pour les imprégner de la magie de Zélisia mais même la magie, il était possible de faire ça ? Et quelle efficacité de la part des mékalarmiens, elle arriva à leur hauteur, se plaçant non-loin d’eux, arc bandé :

« Je vais me charger de votre protection ! Continuez vos attaques ! Aucun démon n’arrivera à vous approcher ! Visez ceux à distance ! »

« Vous en faites pas, c’est considéré comme déjà fait ! Euh… Par contre, on voulait pas se cacher, c’est promis ! »

« Mais de quoi vous parlez là ?! Sans vous, nous n’aurions aucune chance de pouvoir battre ces démons ! On vous doit sûrement la vie ! Mais pour ça, il faut que l’on termine ce combat et le plus vite possible ! »

« Ah ! Bon ben, euh, on s’expliquera après alors ! »

Pour des Mékalarmiens, ils étaient loin d’être prétentieux ces deux-là. C’était surprenant mais pas déplaisant. Surtout qu’ils faisaient honneur à leur race. Et cette fois-ci, la roue venait de tourner. Comme quoi, il suffisait juste d’un peu d’élan pour pouvoir permettre à leur groupe de prendre l’avantage.

Ils avaient été chanceux, chanceux d’avoir deux porteurs de Zélisia avec eux. Elle-même comprenait ce que ça voulait dire : Les démons supportaient difficilement Zélisia, étant en conflit permanent vu que tous ne pouvaient que posséder les lignes d’Alzar. Cela devait alors se faire aussi ressentir dans leur métabolisme.

Ah… Pfiou… Pfiou… Les autres membres de l’armée pouvaient souffler un peu mais hors de question pour elle et les deux Mékalarmiens d’arrêter le combat maintenant. Il fallait continuer jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de leurs adversaires.

« ROYAN ! J’ARRIVE ! TA FEMME EST À TA RESCOUSSE ! »

« Elise ?! Mais qu’est-ce qu’elle fait ici ? Elen ! On ne l’avait pourtant pas prévenue non ? Enfin, quelqu’un est sûrement parti pendant le combat pour les prévenir ! »

Mais au point que les renforts puissent arriver ? Ils combattaient depuis combien de temps ? Et leurs adversaires semblaient infatigables ! Enfin, malgré tout, ils périssaient quand même entre leurs mains, ce qui était une bonne chose pour leur propre survie.

Et avec l’arrivée des renforts mais surtout une Elise qui est rentrée en combat comme une furie en voyant son « chouchou » blessé, l’hécatombe se fait ressentir dans les troupes adverses. En même temps, Elise n’était pas une princesse démoniaque pour rien. Elle avait passé beaucoup de temps avec Tery sous terre. Et Royan qui venait se placer à côté d’elle et des deux Mékalarmiens. Il n’avait plus besoin de combattre.

« J’ai l’impression qu’ils se sont tellement améliorés pendant qu’ils étaient seuls. »

« Ce n’est pas le moment d’être jalouse, Elen. Disons plutôt que pour survivre à deux, dans un tel endroit, on devrait plutôt être heureux qu’ils soient devenus bien plus forts. »

« Oui, enfin, dans les faits, on va dire que sur le coup, tu serais complètement à la ramasse si un jour, elle décide de se mettre en colère. D’ailleurs, tu as pas remarqué qu’elle avait un comportement un peu trop… expressif ces derniers jours ? »

Hmmm ? Elle aussi l’avait remarqué ? Il pensait être le seul à avoir vu ce genre de petit changement chez Elise. Si elle avait une explication, il était prêt à l’entendre mais pour ça, il fallait d’abord en terminer avec ce combat.

Chapitre 26 : De futures voies

Chapitre 26 : De futures voies

« Hum… J’ai l’impression que notre allure est ralentie depuis quelques jours, tu ne trouves pas, Royan ? » demanda Elise alors qu’ils marchaient au beau milieu d’une troupe composée de soldats et artisans. Certains étaient démoniaques, d’autres surfaciens, mais c’était un curieux mélange qui n’était pas déplaisant à voir.

« Je n’ai pas eu cette impression en particulier, je dois avouer. Pourquoi est-ce que tu penses une telle chose, Elise ? Tu peux l’exprimer ou non ? »

« Je pourrais mais je ne suis pas certaine que ça soit… nécessaire. C’est peut-être moi qui me fait des idées. Rien d’autre. »

« Peut-être ? Mais en même temps, tu n’as peut-être pas si tort que ça. J’ai aussi cette sensation que nous sommes ralentis. J’imagine que cela doit être à cause des créatures que nous rencontrons. Les éclaireurs sont sur le qui-vive pour éviter qu’elles ne causent des ennuis. Pour beaucoup, ils ne connaissent pas ces monstres. »

« Et même parmi les démons, si tu as entendu, ils ne sont pas tous forcément au courant. »

« Ah… Nous verrons en temps et en heure. J’ai déjà la sensation que nous sommes à des milliers de mètres sous terre, c’est affreux. »

« Oh, je suis certaine qu’on ne doit pas être si loin de la vérité. D’ailleurs, c’est étrange, j’ai toujours pensé plus que nous nous enfoncions, plus il ferait chaud et étouffant. »

« Je pense qu’il doit s’agit des roches autour de nous. Et de ces cristaux lumineux. De même, vu qu’il y a de l’eau souterraine, cela doit aussi réguler la chaleur. Et peut-être que moi-même, indirectement, avec mes pouvoirs, je refroidi les environs. »

Tout cela n’était que des probabilités mais Elise semblait s’y accrocher, hochant la tête alors qu’ils reprenaient encore et toujours la route. Elen parlait beaucoup moins, trop focalisée sur son enfant. Depuis qu’elle était une mère, elle semblait abandonner une bonne partie de ss idées farfelues mais pour combien de temps ?

« Hey, Royan, tu crois que ça serait une bonne idée si je… »

Elle se rapprocha de lui, commençant à lui parler dans l’oreille, avec discrétion. Le jeune roi de Traslord cligna des yeux, commençant à lui demander si elle pensait vraiment ce qu’elle disait, Elise répliquant :

« Bien entendu, c’est simplement qu’à l’heure actuelle, les voies utilisées sont toujours les mêmes, elles sont là depuis je ne sais combien de temps. »

« Oui mais là à envisager d’en créer une nouvelle pour que nous puissions retourner à la surface quand nous le désirons, c’est un peu fou, tu sais ? Et surtout, nous ne savons même pas où nous risquons de nous rendre, tu le sais ? »

« Mais à côté, cela ferait un endroit dont nous seuls connaîtrions le chemin. Je pense vraiment qu’il faudra en discuter avec tout le monde ce soir, pendant le repas. »

Elle voulait absolument avoir raison, hein ? Enfin, elle voulait absolument proposer cette idée et il était certain qu’elle trouvera du monde pour cela. Le jeune homme à la chevelure bleue ne fit qu’un petit sourire en direction d’Elise, comme pour lui signaler qu’il était d’accord avec elle..

« Pourquoi pas ? Nous n’avons rien à perdre avec tout cela, n’est-ce pas ? »

« C’est justement pour ça que je veux le proposer ! Car si ce n’est pas accepté, on fera comme d’habitude. Si c’est accepté, eh bien, on aura le temps d’y réfléchir car ça ne sera pas pour tout de suite de toute façon, hein ? »

« C’est vrai. Si tu veux, tu peux déjà en parler à Elen pour voir ce qu’elle en pense personnellement ? Car cela la concerne un peu non ? »

« Hmm… Tu as raison, Royan. Je vais te laisser tranquille pour quelques minutes alors ! »

Et la voilà maintenant déjà partie, comme si de rien n’était. Il la regarda faire comme si de rien n’était. Il ne pouvait s’empêcher de soupirer avec une petite pointe d’amusement. Comment est-ce qu’elle allait faire des fois, hein ?

« Elen ? Dis moi, est-ce que je peux te parler , »

« Bien entendu, Elise. Pourquoi est-ce que tu me poses la question ? Si tu as peur de me déranger par rapport à ma fille, ne t’inquiète pas, elle dort actuellement. »

« Elle est vraiment si mignonne, je tenais à te le dire. »

« Hmm ? Je le sais bien, c’est ma fille et son père est remarquable aussi. Elle ne pouvait qu’être mignonne, hein ? Hahaha. Mais que veux-tu plus précisément ? »

« Eh bien, j’ai parlé d’une idée à Royan et il semblait plutôt d’accord avec moi. Néanmoins, comme je veux en parler à tout le monde, je voulais d’abord avoir ton avis à ce sujet. Tu veux bien m’écouter ? »

« Bien entendu, bien entendu. Alors, dis moi tout. Je suis toute ouïe. »

« Hmm… J’avais envisagé la construction d’un tunnel nous ramenant à la surface. »

« D’accord… Mais à part ça ? Car ce n’est pas que ça non ? Pourquoi est-ce que tu veux faire un tunnel plus exactement ? Il y en a d’autres non ? »

Et voilà qu’Elise commença à expliquer plus précisément ce qu’elle voulait dire par là. La démone aux cheveux urburns évoqua les mêmes points qu’avec Royan. Après quelques minutes à parler de tout ça, Elen était maintenant vraiment songeuse.

« L’idée de nouveaux tunnels et donc grottes seulement connus par nous est excellente ! Cela veut dire que Tery pourrait faire des allers et venues sans que ça ne pose de soucis. Mais à côté, combien de temps avant qu’ils ne soient découverts ? Est-ce que tu as déjà réfléchi à cela ou pas, Elise ? Car je pense qu’il faut le prendre en compte. »

« Pas vraiment. Ma priorité était de trouver une autre sortie car je dois avouer qu’avec certains démons et les gnomolds, je ne suis pas certaine qu’utiliser une des sorties officielles soit vraiment conseillé. »

« Non, disons que y a de fortes chances qu’ils nous attendent, que ça soit une race ou l’autre. Nous sommes un peu entre le marteau et l’enclume. »

Elise regarda la jeune femme aux cheveux blonds, clignant un peu des yeux, hébétée par ses propos comme si elle se demandait si c’était bien elle qui avait cité une telle expression. Devant le regard décontenancé d’Elise, Elen bredouilla :

« Rester pendant plusieurs mois sans rien faire ou presque, aux côtés de la mère de Tery et avec Manelena qui arrivait, ça m’a permis de m’instruire encore un peu plus. »

« D’accord, d’accord. C’est vraiment surprenant quand on y réfléchit bien, faut se dire. »

« Hey, je ne suis pas plus idiote qu’une autre personne, tu sais ? »

Elle avait fait une petite moue en direction d’Elise, celle-ci rigolant affectueusement. Bien entendu, bien entendu. Ce n’était pas ça qu’elle voulait dire à la base, loin de là. Elle s’excusa néanmoins envers Elen, ne voulant pas la vexer.

« Merci pour tout, Elen. J’espère que les autres membres du groupe apprécieront l’idée. Je vais la proposer ce soir. »

Et le soir ne tarda pas à arriver. Pendant que chacun et chacune s’installait pour la soirée, attendant l’heure du repas, Elise faisait les cent pas dans la tente qu’elle partageait avec Royan. Bien entendu, le couple dormait ensemble.

« Tu ne vas pas me dire que tu stresses, Elise ? Pas toi quand même. »

« Eh bien si, ça m’arrive. J’ai peur que beaucoup trouvent mon idée ridicule ou absurde. Je ne sais pas comment il me faudra réagir si c’est le cas. »

« Certains seront surpris et étonnés mais même si d’autres protestent ou considèrent que c’est une absurdité, tu ne dois pas t’en faire. Il faut accepter les remarques de tout le monde si elles sont fondées. Ceux qui se permettent de t’insulter sans explication ne méritent pas ton intérêt ou ton inquiétude. Et puis… Hum… Comment dire ça ? »

« Oui ? Royan ? Tu veux dire quoi ? »

« Eh bien, si tu es si inquiète, je peux me placer à côté de toi si cela peut te rassurer. Qu’est-ce que tu en dis ? Tu préfères au cas où ? »

« Je voudrais bien, Royan… si tu veux bien. »

S’il proposait cela, c’est bien pour accepter. Cela serait étrange comme concept que de refuser une idée qu’il proposait. Mais il garda cette pensée pour lui. Elise était comme rassurée maintenant qu’elle savait qu’il serait là. Il avait plus l’habitude qu’elle pour ça.

Et la voilà au beau milieu d’un cercle composé de démons, de citoyens de Traslord, Honoros, Claudiska et Shunter. Et elle ? Elle était droite et immobile. Et elle prenait la parole, surtout. Elle commença à s’exprimer, lentement mais sûrement. Elle n’expliquait pas qui elle était, n’ayant plus besoin de se présenter.

« Nous sommes un groupe unique en soi… ou presque. Nous sommes des êtres qui ont transcendé les espèces pour avoir un but commun. Ici, il n’y a pas de démons, de surfaciens, d’adeptes d’Alzar ou de Zélisia. Ici, aucun être ne cherche à exprimer sa différence et sa supériorité mais une chose nous sépare encore. Une seule, contrôlée par des membres de nos races qui ne sont pas forcément enclins à apprécier tous les efforts commis. »

Elle parlait peut-être avec un peu trop d’exagération dans ses propos. Elle ne voulait pas être trop pompeux mais elle sentait que si elle s’exprimait comme d’habitude, elle risquait de ne pas être prise au sérieux, chose qu’elle ne désirait absolument pas à cet instant.

« Cette chose, ce sont les voies qui nous permettent de lier la surface et les démons. Je ne vais pas parler au nom de tous les démons ici présents, mais tous pourront confirmer une chose : ces portes qui bloquaient les issues menant à la surface n’étaient pas créées par la magie d’Alzar et Zélisia. Non, ce sont des fabrications démoniaques, des preuves que d’un côté comme de l’autre, nul n’aurait accepté ceux qui s’étaient opposés à eux pendant de nombreux siècles. »

Elle continuait, encore et encore. Elle ne voulait pas s’arrêter de parler. Pas à ce moment, pas à cet instant. Si elle s’arrêtait, elle n’aurait plus alors le courage de continuer. Elle devait arriver jusqu’au bout de son monologue, de son discours :

« Il n’aura fallut que quelques mois, peut-être une année pour que nous, nous tous ici présents, comprenions que nous n’étions pas différents les uns des autres. Nos craintes, nos forces, nos relations, nous sommes tous pareils et c’est pour cela que je vais vous proposer quelque chose qui permettra d’affirmer encore plus nos relations. »

Elle en arrivait au point crucial de son discours, le moment le plus important. Elle sentait que tout le monde la regardait, attendant qu’elle prononce, qu’elle décrive son idée :

« Nous allons créer un tunnel. Un tunnel façonné non pas par les démons ou alors parcouru par les surfaciens pour attaquer les démons. Non, ce tunnel sera fait par nos mains et nos efforts conjoints. Ce tunnel sera la première voie qui réconciliera nos races. Et ce tunnel sera là pour nous ramener à la surface, sans qu’il n’y ait de gnomolds ou autres pour nous barrer le passage. Qu’en dites vous ? »

Elle ne s’attendait pas à des exclamations de joie et des applaudissements et heureusement rien de tout cela n’arriva. Les gens discutaient entre eux, comme pour savoir le point de vue de l’autre sur l’idée de la jeune démone aux cheveux auburn.

« Royan, c’est bon ou mauvais signe, ce silence ? »

« Il faut patienter, parfois. Tout le monde ne sait pas forcément les enjeux de ta proposition mais comme je te l’ai dit, qu’importe le résultat, je serais là pour te soutenir. »

Ah… Elle voulait se sentir rassurée par les paroles de Royan mais elles étaient inefficaces à l’heure actuelle. Avec cette boule dans l’estomac, elle avait l’impression que tout son corps allait lâcher d’un moment à un autre.

« Vu que je suis à la recherche de mon démon à moi, je trouve que c’est une excellente idée ! » s’exclama une voix qu’elle reconnaissait facilement, Elen s’étant levée. « De plus, Royan et Elise nous montrent bien toutes les possibilités de notre monde grâce à leur couple. Je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas construire ce tunnel ! »

Cela avait été le début des réactions. Chacun et chacune élevait sa voix, affirmant sa prise de position par rapport à l’idée d’Elise. Tous étaient majoritairement d’accord, certains étaient neutres mais ne refusaient pas l’idée. Non, il n’y avait aucune voix qui contestait son idée. Mais tous n’étaient pas forcément convaincus de la justesse des propos de la demoiselle.

« Et quand est-ce que nous devons préparer ces tunnels ? »

« Eh bien, je fais confiance à nos amis démoniaques pour nous dire quand nous sommes assez proches de la capitale. Sans pour autant être trop proches non plus, car je pense que ça ne sera pas de simples travaux. Durant le reste du voyage, le temps que nous trouvions l’endroit parfait, je vais vous questionner pour savoir qui serait capable d’oeuvrer pour ça pendant que les autres continueront à surveiller les environs. Néanmoins, je vais aussi vous demander à vous tous de me dire si quelqu’un s’y connaît en architecture et autres. Car creuser un tunnel, ça ne sera pas à la portée de tous et il nous faudra prendre nos précautions. De même, si nous trouvons d’autres villages dans les environs, il ne faudra pas avoir peur de dialoguer avec eux. Qui sait, peut-être que certains viendront nous rejoindre ? »

Maintenant qu’elle avait fini de proposer son idée, elle était comme ragaillardie par tout ça et commençait déjà à parler de tout et de rien, sans même se soucier. Royan garda un sourire aux lèvres avant de finalement la laisser seule. Il n’avait plus besoin de veiller sur elle, elle allait se débrouiller. Il retrouva Elen, venant s’asseoir à côté d’elle :

« C’est tout ce qui importait, n’est-ce pas ? »

« Tu as fait le bon choix. Je suis certain que Tery serait heureux de voir que nous pouvons nous débrouiller sans lui. »

« Quand tu parles comme ça, je ne suis pas rassuré, je suis désolé. Cela donne l’impression… qu’il va mourir et je ne veux pas penser à ça. »

« Ce n’était pas mon but, Royan. Je veux aussi le retour de Tery mais… si j’ai dit que j’appréciais son idée, ce n’est pas pour rien. Je crois vraiment en ces idées. »

« Moi aussi. Mais en même temps, je suis un peu inquiet. Malgré tout ce qui s’est passé, nous n’avons pas rencontré tant de démons que ça. Je ne sais pas, cela ne me rassure qu’à moitié. »

« Tu te fais trop de soucis mais pour une bonne raison. Néanmoins, si cela peut te rassurer, l’explication doit être en rapport avec les gnomolds. Je suis certaine que certains ont pris d’autres tunnels et sont déjà en train de descendre eux aussi. Cela ne m’étonnerait pas que des démons ont été envoyés pour les réceptionner à leur façon. »

« D’accord, donc nous ne sommes pas un groupe assez inquiétant pour qu’ils soient plus concernés par nous que par des gnomolds. En un sens, ça reste assez vexant, tu ne trouves pas ? » demanda Royan en regardant la femme aux cheveux blonds.

« Bof, tu sais, j’imagine que je pourrais m’en remettre. Ce n’est pas comme si leurs avis nous intéressaient non ? Je veux dire par là, on ne va pas aller se montrer devant eux pour qu’ils soient concernés par nos faits et gestes non, hein ? »

« Oui bien entendu, je vois où tu veux en venir. C’est juste que c’est étrange qu’ils préfèrent focaliser des gnomolds qu’un groupe comme nous. »

« Pas si étonnant ou étrange. On a bien vu que les gnomolds haïssaient les démons. J’imagine que ça doit être réciproque. Le pourquoi par contre ? On ne peut pas le savoir si aucune des deux races ne décide d’ouvrir sa bouche pour ça. »

« Ce n’est pas faux, tu as parfaitement raison. Je ne sais pas pourquoi je n’y ait pas pensé après tout ? »

« Car tu es trop focalisé sur Elise pour le moment. Il suffit de la voir pour comprendre que tu étais bien trop inquiet pour elle autant qu’elle l’était pour ses idées, voilà tout. »

Encore une fois, elle avait raison. Bien qu’il avait souvent vu les débordements d’Elen par rapport à Tery, il comprenait qu’elle parlait en tant que femme qui avait expérimenté tout ça. Une femme qui ne connaissait rien auparavant aux sentiments amoureux… comme Royan et Elise en ce moment même.


Elle tapota doucement le crâne du jeune adulte devenu plus grand qu’elle au fil des années avant de lui faire un léger sourire. Royan eut des petites rougeurs aux joues, marmonnant en repoussant à peine la main :

« Je ne suis plus un enfant, Elen. S’il te plaît, qu’est-ce que les soldats vont penser de moi si tu me fais ça en public ? »

« Ooooh, ils penseront que du bien. Souvent les rois et reines impressionnent par leurs auras, montrant par là qu’ils sont intouchables. »

« Je voudrais bien qu’ils gardent cette idée de moi et que je puisse alors ensuite… »

« Trop tard, Royan. Trop tard ! Tu es devenu un homme mais tu resteras toujours le petit frère du groupe. Désolé, c’est gravé dans la roche. »

« Pfff… Vraiment. Heureusement que vous n’êtes pas toujours là hein ? »

« Tu as parfaitement montré que nous te manquions bien trop pour que cela ne te fasse aucun effet, tu n’as pas besoin d’être gêné. »

Il ne l’était pas ! Il ne fallait pas qu’elle raconte n’importe quoi non plus hein ? Enfin, il n’allait pas le crier sur tous les toits. Elle exagérait vraiment quand elle le voulait. Cela se voyait qu’elle allait bien mieux.

« On ne devrait pas s’amuser aux dépends d’autrui. Surtout d’un membre de la royauté. »

« Tu seras un membre de la royauté à mes yeux quand j’aurais perdu la mémoire. Ce n’est pas encore prêt d’arriver, Royan, désolée pour toi. »

Il marmonna quelques paroles, disant que ce n’était pas vraiment juste, elle répliqua que oui, la vie était injuste. Mais maintenant qu’Elise s’était enfin calmée, ils allaient pouvoir retourner auprès d’elle et manger un bout comme les autres.

Un tel projet allait être enfin réalisé. Ce n’était pas un rêve. Bien sûr, elle avait évité de trop en parler avant de finalement se jeter à l’eau. Maintenant, elle s’en voulait presque d’avoir trop tardé à en parler.

Heureusement, elle avait pris son courage à deux mains et maintenant, elle sentait qu’elle allait bien dormir. D’ailleurs, Elen lui fit une petite remarque à ce sujet, ayant vu son air fatigué. Elle lui avait signalé d’aller se coucher, chose qu’elle fit bien vite.

Elen avait décidé de faire un petit tour de garde avec quelques soldats, songeuse. Elle s’imaginait un peu ce qui se passait à l’heure actuelle. Elle voudrait être aussi forte qu’Elise. Crier ce qu’elle désire et recherche. Elle l’avait dit quand elle avait retrouvé ses esprits, il y a plusieurs moi de cela.

Mais maintenant ? Elle en avait moins la force. Peut-être parce qu’il y avait eu de nombreux échecs par rapport à Tery. Que deux fois de suite, ils avaient échoué à se revoir correctement et à rester ensemble ? Il y avait tellement de raisons qui la faisaient reculer.

Mais bon… Avec ce tunnel, Tery ne serait pas qu’un lointain souvenir. Non, il sera définitivement près d’elle, ça sera du concret. Il n’aura pas à se faire d’illusions, loin de là. Elle est certaine qu’ils allaient être bientôt réunis, elle et lui.

Ah … Peut-être qu’elle devait trouver un projet plus concret ? Comme élever sa fille bien plus correctement qu’elle ne le faisait ? Elle n’avait aucune idée pour savoir actuellement, cela allait ou non. D’habitude, elle avait l’aide de la mère de Tery mais ici, elle devait apprendre à se débrouiller seule ou presque.

Car oui, heureusement, les femmes du groupe venaient l’épauler, du moins, celles qui étaient déjà mères de famille. Le plus surprenant à ce sujet restait les femmes démoniaques. Elles semblaient avoir à peine son âge et pourtant, certaines lui disaient qu’elles avaient déjà plusieurs enfants en âge de partir à la guerre.

D’ailleurs, l’une d’entre elles était justement venu avec son fils et sa fille. Et ils étaient présents ! En les regardant, elle avait bien remarqué les similitudes mais bon… Enfin, toute aide était bonne à prendre et elle avait accepté le coup de main de la part de cette femme.

C’était d’ailleurs grâce à ce coup de main qu’elle avait compris à quel point les démons étaient pareils que les gens de la surface lorsqu’il s’agissait d’élever leurs enfants. Du moins, à la base, car elle n’en savait rien pour leurs éducations. Bien que les deux enfants de cette démone semblaient la respecter et lui obéir. Ah, repenser à ça lui avait permis d’évacuer un peu ce stress avant d’aller se coucher. Elle allait bien dormir, auprès de sa fille.

Chapitre 25 : Une invitée non-annoncée

Chapitre 25 : Une invitée non-annoncée

« Eh bien ? Je pensais être rouillé mais il semblerait que je ne sois pas si usé que ça. Vous ne profitez pas un peu pour vous relâcher pendant mon absence ? »

L’homme à la chevelure noire avait le sourire aux lèvres. Rien de prétentieux, plus amusé qu’autre chose alors qu’il tenait deux petit labrys dans ses mains bien qu’une aura les entourait, signe qu’ils étaient dans un entraînement. Aux pieds du maréchal, plusieurs soldats étaient au sol, certains étant sonnés par les coups.

« Aie, aie, aie, ça faisait mal tout ça, quand même. »

« Difficile à croire qu’il ait moins le temps de s’entraîner ! »

« Hmm ? Mais je ne crois pas avoir dit cela. Même si je ne peux plus venir aussi souvent aux entraînements, il faut bien que je me maintienne de mon côté, vous savez, les gars. Sinon, je vais finir par me ramollir et ça, je veux éviter hein ? »

« Hey, mais ça, nous n’étions pas au courant ! »

« Eh bien, maintenant vous le serez, n’est-ce pas ? Allez, on se relève ! J’ai encore envie de m’entraîner de mon côté, ne me dites pas que vous êtes déjà fatigués hein ? »

« Dites ? Je peux participer, moi ? Hahaha ! »

Hmm ? Une voix féminine accompagnée d’un certain rire qu’il ne reconnaissait pas. Son regard se tourna vers une étrange femme… qui ne portait pas l’uniforme des soldats de Shunter. Pour autant, cela n’avait rien de si anormal puisqu’elle avait de nombreux attributs la désignant comme une citoyenne de Claudiska. Des membres de cette race existaient dans l’armée de Shunter mais ils étaient rares.

« Et vous êtes ? Car je ne crois pas que vous faites partie des soldats de Shunter. Voire même que vous êtes une citoyenne de cette ville. »

« AH ! Je me disais bien que j’avais complètement oubliée quelque chose ! Dire que ce n’est pas la première fois que l’on m’en fait la remarque en prime, hahaha ! Je m’appelle Krawnia, enchantée ! J’étais la personne en charge de la tour de Pirsey, tour qui culmine dans les cieux comme à son habitude, héhéhé ! »

La tour de Pirsey ? Là encore, on touchait un peu à la légende bien qu’elle était bien réelle. La femme ne semblait pas mentir, avec son aile de chauve-souris d’un côté, une de corbeau de l’autre… et ses yeux dorés. Elle avait une allure assez étrange, surtout avec ses longs cheveux noirs. Et il n’avait aucune explication mais il ne ne sentait pas à l’aise sous ce regard doré qui se posait sur lui.

« Pourquoi est-ce que la femme en garde de la tour de Pirsey se trouve ici ? »

« Eh bien, c’est simple ! J’ai cru entendre que beaucoup de gnomolds venaient par ici dernièrement mais surtout, je voulais retrouver quelqu’un ! Je n’ai pas l’impression qu’il soit là, c’est dommage, vraiment dommage. Aaaaah ! Où est-il ? »

« Qui donc ? Et donc que faites-vous par ici ? »

« Hum ? Je ne sais pas si je m’exprime correctement mais je pensais que si. J’ai signalé que je cherchais quelqu’un. J’ai remarqué quelques vilains gnomolds mais j’étais trop occupée à espérer le revoir que je ne me suis pas intéressée à eux. »

« Qui est cette personne que vous recherchez ? »

Il n’aimait pas particulièrement se répéter mais cette femme semblait assez folle. C’est pourquoi il restait quand même méfiant. Elle se tourna vers Hémurion, déclarant :

« Mais Tery Vanian, bien entendu ! Qui d’autre pourrait donc m’intéresser ? L’adepte d’Alzar, le tueur de géants, je ne peux que parler de lui ! »

« Tery ? Encore une personne ? Et qu’est-ce que vous lui voulez exactement ? »

« Mais l’accompagner, bien entendu ! Il ne pourrait en être autrement ! Ah… Les gens sont vraiment si simplets à Shunter. Bon, où est-ce qu’il est ? J’imagine que vous n’allez pas vouloir me le dire sauf si je dois me battre contre vous ? Vous ne seriez pas le premier, hahaha ! Et sûrement pas le dernier ! »

« Hum, je vois, je vois. Malheureusement, je ne peux pas vous dire où se trouve Tery Vanian. Il en va de sa sécurité. »

« Hein ? Tu le sais donc… et tu ne veux pas me le dire ? Mais c’est vraiment vilain de ta part, vraiment très vilain, tu sais ? »

« Ce n’est pas une question de vilenie de votre part. Tant que je ne sais pas quels sont vos objectifs réels, je ne peux pas vous permettre de vous guider. »

« Ah… Vraiment, au moins, cela change des autres excuses. Faudra pas trop se plaindre hein ? Bon bon bon ! Comment je vais faire alors ? Hmmm ? Faut donc faire comme si c’était un entraînement, c’est bien ça ? »

Elle semblait se désintéresser complètement de tout en réalité. C’était à peine si elle regardait Hémurion, l’air de lui demander s’il voulait vraiment se battre. Un soldat, légèrement plus grand que les autres, se rapprocha d’elle tout en disant :

« Vous inquiétez pas, maréchal Hérmurion ! Je vais me char… »

« Oh du balai, le gros. » coupa sèchement Krawnia tout en pointant une main vers le soldat, produisant une bourrasque qui le projeta contre un mur. Aussitôt, les autres soldats se positionnèrent en formation d’attaque, armes pointées vers elle. « Vous en faites pas, il est pas mort, juste un peu secoué et il aura mal au dos. J’ai pas que ça à faire, hahaha ! »

« Bon, visiblement, je sens qu’il n’y a pas d’autres alternatives hein ? Je ne voulais pas en arriver là… mais en même temps, si je refuse un duel qui protégerait Tery, je crois qu’elle m’en voudrait énormément. »

« Hmm ? Qui qui en voudrait à qui ? J’ai l’impression que tu me caches quelque chose. Va falloir s’exprimer plus correctement après ta raclée ! »

« Tu parles beaucoup mais dans ce duel, tu ne comptes pas utiliser tes lignes, j’espère ? Cela serait vraiment décevant si tu comptes revoir Tery. »

Il voulait gagner un peu de temps. Il n’avait aucune idée de son but réel à cette femme ailée. Il ne savait pas si celle-ci était une ennemie ou non. Elle ne semblait pas concrète et lucide le moins du monde. Il ne pouvait pas prendre de risque pour le moment.

Tenant fermement ses deux labrys dans ses mains, il observa Krownia avec attention, attendant de voir ce qu’elle allait utiliser comme arme dans ce combat. Elle sembla songeuse, se mettant à siffloter avant d’avoir un large sourire.

« Bon, ce n’est pas tout ça mais je vais faire pour que ça soit un peu accéléré hein ? Faudra pas m’en vouloir mais si je dois attendre encore un peu plus de temps pour le retrouver, je ne voudrais pas devenir complètement folle hahaha ! »

« Tu est certaine que ce n’est pas déjà le cas ? »

Il avait demandé sans ironie aucune, fixant simplement Krownia qui avait fini par faire apparaître un long manche entre ses doigts, une lame courbée se trouvant à l’un des deux bouts. Une faux. La lame était recouverte d’une légère aura bleue, signe qu’elle n’affecterait pas avec son véritable tranchant.

« Est-ce que je dois promettre de ne pas vous tuer ? Il vaut mieux prévenir que guérir, n’est-ce pas ? Cela serait vraiment dommage que le maréchal ne décède lors d’un simple entraînement hahaha ! Ce n’est pas ça ? »

« Il vaut mieux que tu te taises. »

Il avait arrêté de chercher à tutoyer cette… personne. Cela ne servirait à rien, aucun résultat ne pourrait être convenable pour un être comme elle. Elle utilisait une arme avec une allonge bien plus importante que ses haches. Il n’y avait alors pas cinquante solutions pour réussir à l’atteindre. Il suffisait de… foncer sur l’adversaire !

« Ooooh ? La seule prise de contact que je veux avec un homme, ce n’est pas avec ta personne. Tu m’excuseras de ne pas te laisser t’approcher ! »

Hein ?! Il s’arrêta dans son mouvement de course alors qu’elle venait de brandir sa faux pour tracer une ligne horizontale sur le sol, comme un chemin à ne pas traverser. À quelques centimètres de cette dernière, il pouvait remarquer la profondeur de la ligne.

« Tu caches bien ton jeu, n’est-ce pas, Krawnia ? »

« Hmm ? Mais je n’ai jamais cherché à ne pas dévoiler ma puissance. Ce n’est que comme ça que l’on se fait respecter dans ce monde, non ? Il faut écraser complètement toute volonté de recommencer à me provoquer en duel chez l’adversaire. »

« Tu es vraiment cinglée… même si c’était déjà connu depuis le temps. »

Et le temps était relativement court vu que cela faisait à peine quelques minutes qu’il connaissait cette femme. Il n’avait aucune idée de ce qu’elle allait emmener comme ennui mais une chose était certaine : il n’allait pas la laisser faire !

Maintenant qu’il avait plus ou moins jaugé l’allonge de l’arme de Krawnia à cause de l’attaque qu’elle avait faite, il savait comment réagir. Il se rapprochait de son adversaire une nouvelle fois mais avec un peu plus de sécurité dans les mouvements.

« Dis-moi, tu n’es pas maréchal pour rien hein ? »

Pourquoi est-ce qu’elle posait la question maintenant ? Il la regarda un peu de travers, amorçant un coup avec son labrys, coup qui était aussitôt paré. Malgré la force dans sa frappe, la lame ne vint même pas s’enfoncer dans le bois de la faux.

« Je me disais que tu étais un peu plus fort que la moyenne en fin de compte, hahaha ! Même si ça ne sera pas suffisant pas du tout ! »

« Il vaudrait mieux pour toi que tu te taises, jeune femme. Tu parles beaucoup trop. »

« Faut bien faire un peu de conversation ! Les autres ne s’en privaient pas, disant qu’ils allaient alors m’éclater, m’écarteler, me faire des choses et tout le reste. Mais toi, tu ne dis rien du tout. C’est presque vexant ! »

Le dialogue était inutile avec cette femme. S’il voulait rester concentré, c’était son problème. Il n’avait pas à chercher à dialoguer avec cette folle. Le souci, c’est qu’il ne pouvait pas envisager de la tuer. Il était certain qu’elle n’était pas… mauvaise envers Tery mais elle allait causer de gros problèmes s’il la laissait faire.

Le combat continua pendant plusieurs minutes, Krawnia semblant plus s’amuser qu’autre chose avec Hémurion, ce dernier n’étant pas pour autant en reste. Il tenait aisément face à Krawnia même si celle-ci n’était visiblement pas autant sérieuse que lui.

« Vraiment, tu te débrouilles bien ! Je ne pensais pas que ça existait des combattants aussi bons que ceux qui accompagnaient Tery ! »

« Je suis le maréchal Hémurion. Je suis l’homme qui gère les affaires du royaume de Shunter quand la reine Manelena n’est pas là. Si je dois tomber face au premier adversaire qui apparaît à l’improviste, je… »

« Bon ! J’en ai assez ! Cela ne m’amuse plus ! J’ai pas envie d’être obligée d’utiliser la magie alors que j’ai dit que je n’allais pas le faire ! »

« Est-ce que je considère que tu abandonnes le duel ? »

« On va dire ça comme ça ! Pfff ! Ce que c’est chiant, je voulais juste savoir où était Tery, moi ! Il n’est pas revenu après tout ce temps et avec ces démons qui sont apparus un peu partout, j’en avais assez de la tour, moi ! »

« Si tu te calmes et que tu évites d’être aussi agressif ou folle, je pourrais te répondre. »

Le fait qu’elle décide d’arrêter le duel alors qu’il savait pertinemment qu’il aurait perdu avec le temps, montrait qu’elle n’était pas complètement « cinglée ». Il y avait donc une possibilité de discuter avec elle, tant mieux.

« Je vais t’écouter alors. Où est-ce que Tery se trouve ? Il s’est passé quoi ? Toutes ces choses ! Je ne peux pas rester là sans rien faire ! Hahahaha ! »

« Hum… Si tu veux tout savoir, tu ne trouveras pas Tery à la surface. Il est malheureusement parti depuis des mois voire plus d’une année dans le monde souterrain. Je pense que tu es quand même au courant au sujet des démons, non ? »

« Tsss, oui, ces démons. De véritables plaies mais j’ai trop à faire pour me préoccuper d’eux ! Ce sont donc eux qui ont enlevé Tery ? Je vais leur faire payer ! »

« Non, non, ce n’est pas ainsi. Ah… Suis-moi, je ne peux pas forcément en parler à voix haute devant tout le monde. Il semblerait que tu n’es au courant de rien, ce qui n’est pas étonnant. Tu connais à peine Tery, tu ne peux pas tout savoir à son sujet. »

« Oh que si ! Je connais tellement de choses ! Mais il est disparu de mes radars depuis… ce que vous avez appelé l’ouverture qui a emmené les démons ! »

Ah… Vraiment. Ils allaient devoir reprendre tout depuis le début. Pour autant, cela ne le dérangeait pas. Au moins, elle n’allait pas causer plus de problèmes qu’il n’en faut. Il avait encore beaucoup à faire avec elle mais tant mieux… cela serait ennuyeux qu’elle cause plus d’ennuis avec son caractère.

L’invitant à manger avec lui à une table, il cherchait principalement à canaliser son « exubérance ». Il allait plus la considérer ça ainsi qu’autre chose. Cela serait beaucoup mieux pour cette future discussion.

« Alors, par où je dois commencer ? Tu étais au courant pour Tery qui se trouvait à Omnosmos ou non ? »

« Bien sûr que oui, hahaha ! Je sais aussi pour ses parents, il n’y a aucun doute. Héhéhé. Enfin, ses parents et ses grands-parents. »

« Mais comment tu peux connaître ce genre d’informations ? »

« Oooooh ! Les nobles et les rois ne sont pas les seuls à avoir certains réseaux d’informations, hein ? Héhéhé… Je suis au courant de beaucoup plus qu’on ne pourrait le croire ! »

« Hum ? Ah bon ? Comment cela ? »

« Héhéhé ! Simplement, ça ne concerne que Tery, les autres personnes, je m’en fiche complètement. Même s’il est un peu trop bien entouré depuis toutes ces années. »

Il fronça les sourcils, comme s’il cherchait à cerner cette femme. Il semblait plus ou moins comprendre ce qu’elle était exactement et ce n’était pas forcément rassurant. Oui, elle était peut-être atteinte d’une démence bien caractéristique.

« Bref. Tery Vanian n’a pas posé un pied à la surface depuis un bon bout de temps. Te donner un endroit précisément serait impossible. Pour autant, si tu veux vraiment le trouver, tu ne vas pas avoir d’autres solutions que d’aller dans les différents repaires d’où sortent les démons. Y en a un peu partout dans le monde dorénavant. »

« RAAAAAAH ! Qu’est-ce que c’est inutile cet endroit ! Je me doutais bien qu’en venant ici, je n’aurais pas ce que je voudrais, raaaaah ! »

« Eh bien, je suis désolé au nom du royaume de Shunter, de ne pas pouvoir répondre à vos attentes. Il vous faudra pour autant vous y faire. Si vous voulez donc retrouver Tery, il va vous falloir vous rendre dans l’une des grottes, comme je l’ai répété. »

« Mais cet endroit, j’imagine qu’il est gigantesque, non ? Pfff ! C’est vraiment navrant. »

Elle marmonnait et maugréait, visiblement mécontente des évènements avant de finir par se lever, se dirigeant vers la sortie de la salle pour se restaurer. Elle reprit d’une voix un peu plus forte pour qu’Hémurion puisse entendre :

« Je n’ai donc plus aucune raison de rester ici. Je vais m’en aller ! »

« Évitez de causer quelques ennuis sur votre chemin, d’accord ? Si je dois apprendre qu’il y a quelques morts malheureux, je serais alors obligé de réagir en conséquence. »

« Hmm ? Oh, sauf s’ils le désirent vraiment, j’évite de tuer inutilement. J’ai bien mieux à faire que de perdre mon temps avec quelques cadavres derrière moi, hahaha ! »

« Hmm, si tu le dis. Tu es prévenue. Tu peux disposer maintenant. »

« Oh ? Et si quelques soldats décident de me barrer le passage pour que je puisse m’en aller, je suis autorisée à leur donner une petite leçon ? »

« Ils ne sont pas aussi ridicules au point de réagir comme des enfants mal éduqués. »

« Donc, je peux leur donner une petite leçon si nécessaire ! Merci bien ! C’est tout ce que je voulais entendre, hahaha ! »

Mais ce n’était pas ce qu’il avait dit ! Il la regarda partir, plus affligé qu’autre chose par cette femme qui ne semblait rien comprendre. Enfin, bon débarras ! Plus vite elle ne sera plus dans le château voire le royaume, mieux ce sera !

« Et bonne chance pour toi, Tery, pour la supporter. »

Il avait dit cela à haute voix bien que personne ne pouvait lui répondre. Simplement, il se demandait comment s’était passé réellement leur rencontre car il n’était pas stupide. Il voyait parfaitement à quel point elle était accro au jeune homme.

Et ce genre de femmes pouvait être un vrai souci, surtout qu’il savait que Tery n’était pas seul, loin de là. Il était en couple et surtout, avec Manelena dans les parages, il n’était pas vraiment certain que tout se passe bien, loin de là.

Ailleurs, déjà bien loin du château de Midès, la femme aux différentes ailes s’était déjà mise à les déployer avant de décoller dans les airs. Visiblement un peu agacée par le fait de ne pas avoir retrouvé Tery, elle marmonna pour elle-même :

« Je vais juste devoir trouver l’un de ces fameux démons, l’obliger à parler pour me dire d’où il est venu… et ensuite, je n’aurais qu’à explorer cet endroit. »

Explorer … et éliminer quiconque se mettra en travers de son chemin. Ah non, c’était un peu extrême comme réaction, d’après la petite discussion qu’elle avait eu avec le maréchal Hémurion. Hmm… Maintenant juchée sur l’une des plus hautes branches d’un arbre, elle s’était mise à étudier autour d’elle.

Elle pouvait apercevoir des gnomolds qui rejoignaient leur groupe, quelques animaux qui en pourchassaient d’autres… mais rien qui ne semblait ressembler à un démon. Oh, elle s’était quand même renseigné par rapport à ces derniers. Ils avaient des cornes et des yeux rouges, petit détail supplémentaire : ils avaient aussi les pouvoirs d’Alzar.

« Ils peuvent être autant démoniaques qu’ils le désirent, ils ne remplaceront jamais Tery ! »

C’était même une évidence à ses yeux. ENFIN BON ! Elle allait se diriger vers un village. Elle ne manquait pas forcément de vivres et autres mais elle était toujours amusée par les réactions effrayée de ces personnes. Oui, ils étaient tous horrifiés à cause de ses ailes, c’est bien pour cela qu’elle était là, ici, seule… en attendant de retrouver Tery.

« Pfiou… J’imagine que je vais devoir allez étudier les alentours. Si ce sont des démons millénaires ou je ne sais quoi, ils ne doivent pas avoir une grotte proche de la capitale de Shunter de toute façon. Ils ont sûrement bien d’autres idées en tête, ah ! »

Surtout, elle ne pensait pas qu’ils seraient assez stupides pour se jeter à corps ouvert dans un monde inconnu. Elle ne pouvait pas prétendre ne pas les comprendre. Elle avait ressenti la même chose auparavant mais maintenant, c’était bien différent. C’était totalement différent… ce qui s’offrait à elle, c’était une existence auprès de Tery.

Un homme qui l’avait vraiment considéré pour ce qu’elle était. Elle ne pouvait pas oublier cet homme, c’était tout simplement impossible. C’était celui qui lui était destiné.et qu’elle attendait depuis qu’elle était née.

« Personne ne mettra la serre sur Tery sans passer par moi, il en est hors de question ! Si une femme tente de s’en mêler… »

Cette fois-ci, il n’y aura plus de gentille Krawnia. Même si nul n’était là pour l’observer, elle fit briller les serres qui remplaçaient ses pieds, signe que sur le moment, elle serait bien capable de mettre sa menace à exécution. Mais pour ça, il fallait déjà réussir à retrouver Tery, ce qui n’était pas une mince affaire.

Mais elle avait eu un indice précieux, à ne pas ignorer. Tery… Tery… Tery… Elle répéta ce nom gaiement avant de reprendre son envol au-dessus d’une première forêt. Elle allait très vite retrouver ce qu’elle recherchait, elle en était certaine. Les paroles d’Hémurion avaient été la dernière chose dont elle avait besoin.