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Chapitre 54 : Sommeil profond

ShiroiRyu
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Chapitre 54 : Sommeil profond

« Cela ne semble pas être la grande forme avec notre fille, Herik. »

« J’imagine que ça se voit aisément, n’est-ce pas ? Comment est-ce que vous allez tous les deux ? Je veux dire, retrouver votre fille, tout ça, surtout après ce que vous avez fait. Je crois que vous êtes pas mieux logés que moi, non ? »

Le jeune homme était face à Clari, la femme-golem parfaitement immobile tandis qu’il tenait un livre en main. Sérest et Séran étaient de chaque côté de Tery, parlant avec lui alors qu’il cherchait à se concentrer sans forcément y arriver, maintenant qu’ils étaient là.

« Oh, de ce côté, nous ne faisons pas de soucis. Nous avons parlé longtemps avec elle et il faudrait que tu fasses pareil, tu ne crois pas ? »

« Est-ce que vous avez… déjà fait un adultère, l’un ou l’autre ? »

Question assez sèche de la part du jeune homme. Oui, il avait posé la question qui dérangeait et il n’en était pas peu fier. Ses yeux verts fixaient Sérest. S’il ne se trompait pas, auparavant, il s’agissait d’Alzar donc obtenir une réponse de sa part.

« Non, jamais, du moins, pas à ma connaissance, Séran ? »

« Cela ne m’a jamais traversé l’esprit, je dois avouer. Des personnes qui nous aimaient et nous idolâtraient ,cela arrivait bien plus souvent qu’on ne le pensait mais à part ça… »

« Pas même une seule fois ? En plusieurs siècles ou millénaires ? Rien de rien ? »

Il avait cligné, surpris mais surtout méfiant par rapport à leurs propos. Non pas qu’il n’avait pas confiance mais… ils occultaient souvent la vérité et ils en cachaient une bonne partie, c’était pourquoi il avait encore un peu de mal à y croire. Il préférait quand même être certain de ce que ces deux personnes avançaient. Une simple mesure de … précaution. Précaution par rapport à quoi ? Il en avait aucune idée en réalité.

« Non, non. Nous avions quelques différends tous les deux, nous étions focalisés l’un sur l’autre et disons qu’au bout d’un moment, eh bien, nous avons été obligés de nous lier. C’est venu ainsi, rien de plus, rien de moins. »

« D’accord… J’imagine que ma relation avec Elen n’était peut-être pas au beau fixe dès le départ. Je me suis peut être trompé depuis le début. »

Il était triste de faire un tel constat mais il ne pouvait pas y faire grand-chose. Il devait comprendre que la situation n’était clairement pas en sa faveur. Mais… Pourquoi est-ce qu’il pensait ainsi ? Ce n’était pas comme si… enfin si. Il était fautif. Il était responsable de toute la situation. Une main se posa sur son épaule, le faisant relever son visage vers Séran.

« Tery, les mœurs changent. Pour certains, la liberté d’aimer plusieurs personnes est plus importante que celle d’en aimer une seule. Ce que tu dois te demander est : si elle accepte que j’ai une relation avec une autre femme, est-ce que je dois accepter qu’elle ait une relation avec un autre homme que moi ? »

… … … La remarque de Séran venait de le statufier. Oui. Il ne s’était jamais posé la question mais qui sait ? Peut-être qu’Elen avait eu aussi… une relation avec autrui ? Cette idée venait de l’effrayer complètement et il sentait presque son corps trembler rien qu’en y pensant.

Elen… avec quelqu’un d’autre. Pourquoi maintenant ? Pourquoi est-ce que Séran venait de parasiter son esprit avec ça ? Qu’est-ce qu’il lui avait fait pour mériter un tel sort ? Le jeune homme aux cheveux bruns s’était mis à trembler légèrement avant que la voix de Sérest ne reprenne avec douceur :

« Séran, nous n’étions pas venus pour cela, je tiens à te rappeler. Maintenant que nous avons Tery non-loin de nous, nous devons lui en parler. »

« Me parler de quoi ? Je crois que … j’en ai assez entendu aujourd’hui, non ? »

« Parler du Dévoreur mais aussi en savoir plus sur ce qui le concerne. En vue de ta relation particulière avec lui, nous préférons avoir un maximum d’informations. »

« C’est vrai que vous l’avez connu… et si vous voulez tout savoir, il me parle beaucoup moins… même si j’ai peur qu’il revienne de temps à autre. »

« Rien que le fait qu’il arrive à communiquer avec toi est très mauvais. » compléta Séran après les dires de Tery, celui-ci posant ses yeux verts sur l’homme.

« Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? J’avais déjà compris que ce n’était pas une bonne chose vu que j’avais l’impression de devenir fou… mais maintenant, l’entendre de vive voix, de votre part est encore moins rassurant. Enfin, surtout en vue de ce que vous êtes réellement… alors pourquoi… ou du moins… Enfin, on m’a dit ce que je suis et… »

« Commençons par d’abord faire un résumé de ce que tu as appris sur le Dévoreur mais aussi sur sa situation… dans la capitale démoniaque. »

« Sa situation ? Seul l’Empereur Malark est au courant de son existence, j’imagine… ou alors, sa famille. Je ne sais pas trop si d’autres savent qu’il a existé ou du moins qu’il existe encore. En fait, je ne suis même pas certain que les démons savent de qui il s’agit. »

« Hmm… D’accord. Nous nous en doutions en vue de la situation mais maintenant que tu en parles concrètement, il est vrai que l’existence même du Dévoreur est totalement inconnue de la majorité du public. »

« Sauf que chez moi, je suis bien loin d’en avoir terminé. Je ne sais pas quand il va revenir mais il m’a vraiment… pourri mon existence. C’est en partie pour cela que moi et Manelena, nous avons tous les deux… »

Il ne chercha pas à terminer sa phrase. Il n’y avait pas besoin de rentrer plus dans les détails et en vue de ce qu’ils avaient évoqué avec Elen auparavant, il n’était vraiment pas d’humeur.

« C’était une façon comme une autre de calmer la personne. Le Dévoreur était quelqu’un de très porté sur les sentiments. Réussir à contrôler cette émotion par le charnel était une solution très dangereuse mais dont visiblement l’efficacité semble avoir faite ses preuves. »

Est-ce qu’ils étaient obligés de parler de ça comme si c’était une expérience concluante ? Il avait l’impression d’être un cobaye. Rien que son existence était le fruit d’une série de tests donc bon… il était à nouveau de mauvaise humeur, maintenant.

« On peut passer à autre chose que ma coucherie avec Manelena ? »

« Nous n’avons pas lancé le sujet, Tery. Il n’y a que toi qui nous a emmené sur ce dernier, je tiens à le préciser. » déclara Séran avec une petite pointe d’amusement, le jeune homme se renfrognant sur place. Vraiment ? C’était ça, sa réponse ?

« Oui bref… Qu’est-ce qu’il y avec le Dévoreur au final ? »

« Notre seule question est : que s’est-il passé exactement ? Est-ce que tu peux nous en parler ou non ? Car tu as parlé de perte de contrôle, n’est-ce pas ? »

« J’ai l’impression… que ça a un rapport avec les golems. Je me rappelle aussi que Clari me prenait ma magie constamment, ce qui faisait que j’étais particulièrement affaibli et fatigué. Et la voix devenait de plus en plus forte. »

« Hmm… Hmm… D’accord, d’accord. Oui, si tu veux tout savoir, les golems, du moins, le tout premier golem a été crée par le Dévoreur. Il y avait une raison bien particulière à cela et il semblerait que dans ton cas précis, la raison soit la même. »

Son cas précis ? Quelle même raison ? Des golems, il en avait fait des dizaines hein ? Et de plusieurs sortes, même des vraiment glauques comme ceux faits de sang. En vue du regard interrogatif qu’il portait sur Séran, celui-ci reprit :

« Est-ce que tu es plus ou moins au courant de l’histoire du Dévoreur ? Comment est-ce qu’il s’appelait, ce qu’il était, ce qu’il faisait ? »

« Euh… Pfiou… Il faut me laisser quelques secondes pour m’en rappeler et je vous dirais ça car j’avoue que je ne suis pas vraiment certain à ce sujet. »

Le jeune homme aux cheveux bruns était maintenant pensif et songeur. Est-ce que l’empereur Malark lui en avait parlé ? Est-ce que la voix du Dévoreur lui-même avait évoqué ce sujet ? Hum… Bon, à part le fait qu’il était certain que le Dévoreur était une entité démoniaque…

« Vous pouvez en reparler, j’ai peut-être préféré mettre ça de côté dans mon esprit. Je sais juste que c’était un démon et que… eh bien, il a été scellé dans la capitale démoniaque. »

« Pas seulement mais oui, c’est déjà un point assez important. Autre chose ? »

« Hmmm… Si je ne me trompe pas, y a aussi le fait qu’il était très puissant ? Peut-être le plus puissant de son époque ? »

Sérest hocha la tête positivement, comme pour confirmer les propos du jeune homme. Celui-ci se demandait si cela allait être une série de questions dont il devait tenter de deviner les réponses ou alors s’ils allaient vraiment lui permettre d’en savoir plus ? Mais il avait la chance d’avoir les deux anciennes divinités devant lui, c’était le bon moment !

« Zélisia et moi-même, à cette époque, nous avions crée diverses races. Alors que Zélisia donnait divers pouvoirs aux races présentes suivant leurs origines, de mon côté, je préférais me focaliser sur les démons. Et bien entendu, à cette époque, nous étions plus prompts à nous affronter qu’autre chose. »

« Bien qu’en réalité, nous laissions nos races avoir leur libre arbitre. Nous voulions simplement donner naissance à des espèces humanoïdes ainsi qu’aux animaux et autres. »

« Je ne suis pas vraiment là pour… comment ça s’appelle, la Génèse de ce monde. Je veux juste obtenir plus d’information sur un point que j’estime important, c’est tout. Est-ce que vous pouvez m’en dire plus à ce sujet ou non ? »

« Eh bien, ce démon ne voulait rien à voir avec la guerre éternelle entre les races de la surface et la race démoniaque. »

« Là encore, je le savais plus ou moins, oui. Mais ensuite ? D’ailleurs, comment est-ce que le Dévoreur s’appelait ? »

« Le prénom du Dévoreur ? C’est vrai qu’il a été perdu depuis tout ce temps. Séran, est-ce que tu t’en rappelles ? J’ai peur de me tromper. »

Voilà qu’Alzar, du moins Sérest avec sa forme féminine, interrogeait l’être ressemblant à un honorien. Celui-ci gardait son sourire habituel, plongeant dans un court moment de réflexion en vue du questionnement de la part de Sérest.

« Si je ne me trompe pas, il s’appelait Révix. »

« C’est bien ça, Séran. Voilà, tu sais son nom maintenant, Tery. Qu’est-ce que cela t’a apporté de plus ? Est-ce que tu veux nous le dire ? »

« Juste que l’appeler le Dévoreur… cela ne me plaît pas. Vous connaissez mes origines alors, non ? Du moins, je pense que vous avez été mis au courant à ce sujet, c’est ça ? »

« Nous avions quelques doutes sur ta personne, oui. Surtout lorsque nous avons remarqué ton intérêt très poussé sur les golems. Est-ce que tu es au courant que les golems, du moins, ceux qui ont eu les livres des golems n’ont que rarement dépassé les deux ou trois volumes ? »

« Ah oui ? Mais qu’est-ce que cela change en vrai ? »

« Eh bien, tu n’as pas remarqué que chaque nouveau livre contenait étrangement ce dont tu avais besoin par rapport aux golems lorsque tu les ouvrais ? Et que tu étais le seul à pouvoir les lire ? Eh bien, il s’agit de la magie du Dévoreur. »

« Hein ? De Révix ? Appelez-le Révix, je préfère ça. » dit Tery, maintenant plus que concerné par ce qu’il venait d’apprendre.

« Révix était son ancien nom. Il n’était plus que l’ombre de lui-même. Il ne peut plus porter ce nom, Tery. Désolée mais je tu ne pourras pas me faire changer d’avis à ce sujet. »

Sérest qui refusait d’appeler Révix par son véritable prénom. Le jeune homme aux cheveux bruns fronça un peu les sourcils, Séran prenant une profonde respiration avant de soupirer.

« Ne lui en veut pas, Tery. Nous avons une très mauvaise relation avec Révix. Nous ne pouvons pas oublier qu’il a faillit détruire tout ce que nous avions crées depuis le début. J’espère que tu comprendras la raison des grognements de Sérest. »

« Oui et non ? J’ai l’impression qu’il me manque encore quelques petits détails à ce sujet. Est-ce que vous allez me les donner ou non ? »

« Des détails, des détails, jusqu’à quand tu vas en demander pour que tu sois satisfait ? »

Ah oui. Sérest était vraiment irritée par la demande que Tery avait formulé auparavant. Il ne s’attendait pas le moins du monde à une telle réaction, il fallait l’avouer.

« Jusqu’à ce que j’ai réussi à obtenir toutes les informations que je désire, c’est assez simple. Vous parliez des golems mais… je ne savais pas donc qu’il avait été à l’origine de tout ça. »

« Les golems étaient l’oeuvre la plus importante de son existence. On pouvait même prétendre que c’était ça qui le maintenait en vie. Ça et une personne. Mais ses golems n’étaient pas menaçants ou des êtres juste bons à tuer des monstres ou d’autres personnes. Tu peux le remarquer avec Clari, non ? »

Vrai. Clari était pas juste un bloc de pierre noir aux allures d’une femme chère à son coeur. Non, elle n’était pas simplement un morceau de roche juste bon à le défendre quand cela était nécessaire. Elle était bien plus que ça. Elle avait une importance, une existence qu’il ne pouvait renier en faisant comme si de rien n’était.

« Clari… est… Je ne pensais pas la créer un jour. Cela m’est venu comme ça. Je crois que j’étais désespéré mais… Ah… Je ne sais plus exactement. »

« Révix mettait ses sentiments dans chacune de ses créations mais aucune n’avait une apparence totalement humaine comme Clari. »

« Ah ? Mais… euh… Est-ce que ça veut dire que je suis plus avancé que lui ? »

« Pas du tout, loin de là. Non, je me suis mal exprimée. Il n’y a jamais eu de golem à apparence humaine avant Clari… depuis le Dévoreur s’est endormi. Mais auparavant, il y a bien eu une création… mais pouvait-on vraiment la considérer comme humaine ? C’est assez difficile à dire en réalité. »

« Pourquoi est-ce que vous dites ça ? Qu’est-ce que sa création avait de différente ? Est-ce qu’il la considérait comme humaine ? »

« Tery, est-ce que tu sais la chose que même nous nous ne pouvons faire ? Malgré les pouvoirs que nous possédons ? »

« Euh… Sur le coup, je n’arrive pas à y réfléchir. Séran, tu me poses cette question sans même vraiment me prévenir. Mais une chose que même la magie la plus puissante ne peut réaliser ? Alors que vous êtes des divinités ? »

« Oui. Car il y a une différence entre ce que les gens pensent et ce que nous sommes en réalité. Sérest et moi n’avons jamais été des divinités, seulement des êtres dotés d’une magie infiniment plus puissante que les autres. »

« Ce qui fait de vous des divinités, plus ou moins, selon le point de vue. Bon, à part cela, où je voulais en venir donc… même si vous prétendez ne pas être des dieux, vous oubliez un peu le fait que vous êtes surpuissants et centenaires voire millénaires non ? En terme d’âge. »

« Continuer à vivre ne fait pas de nous des êtres immortels. Simplement, tant que nous ne sommes pas tués complètement, nous pouvons revenir à la vie. Oui, nous avons une sorte de « jeunesse éternelle » même si dans les faits, nous continuons de vieillir mais à un rythme vraiment très lent, encore plus lent que les démons. »

« Oui… Enfin, vous êtes pas immortels mais vous ne pouvez pas vraiment disparaître, vous êtes capables de vous régénérer voire d’avoir un autre corps donc bref… On va quand même dire que vous avez pas mal d’atouts dans vos manches hein ? »

« C’est exact mais nous pouvons mourir… nous étions même prêts à cela pour ouvrir les portes démoniaques, je tiens à te rappeler. »

« Oui, bref, mais maintenant, c’est quoi la chose dont vous parliez ? Dont même vous êtes totalement incapables ? Qu’est-ce que c’est ? »

« Ramener à la vie les morts. Voilà ce que nous ne pouvons pas faire. Lorsque quelqu’un décède, il est impossible de le faire revenir. Et c’est cela qui a emmené Révix à devenir le Dévoreur. Car nous avons été incapables d’exaucer son souhait. »

« Hein son souhait ? S’il était le plus puissant des démons, au point de vous faire peur et de vous obliger créer les portes démoniaques, qu’est-ce que c’était que son souhait ? »

« Hmm… Peut-être devrions-nous d’abord raconter un peu la vie de Révix. » répondit Séran alors que Sérest se renfrognait une nouvelle fois.

« Je ne sais pas si c’est le bon endroit pour en discuter. »

Oui, ils n’étaient pas au milieu de nulle part mais en même temps, il n’oubliait pas le fait qu’ils parlaient sans réellement se cacher. Et peut-être que le sujet était un peu trop important pour lui seul ?

« Je me dis que peut-être que ça serait mieux si Elen, Elise, Manelena, enfin, bref, tout le monde de mon entourage soit au courant. »

« Comme tu le désires. Ce que tu ne dois pas oublier, c’est que tu es concerné personnellement par tout ça. C’est pourquoi certaines choses sont peut-être plus privées pour toi et qu’il vaudrait mieux que tu sois le seul à les connaître. »

« J’ai déjà caché beaucoup trop d’informations à Elen. J’ai vu le résultat. »

« C’est plutôt la vérité qui a donné ce résultat catastrophique. »

Encore à jouer sur les nuances. Ils étaient un peu fatigants quand ils le voulaient. Mais en même temps, il voulait qu’Elen et les autres en apprennent plus eux aussi. Dans le cas échéant où s’il devait devenir à nouveau « fou », qu’ils puissent réagir en conséquence et savoir ce qu’ils devaient faire.

« Juste une chose, Tery. Le Dévoreur ne te parle plus pour le moment ? »

« Pour le moment, il est calme. Je n’ai pas l’impression de l’entendre. Je sais juste qu’il peut revenir comme ça, sans prévenir. »

« Donc il est quand même endormi. Le mieux serait qu’il replonge définitivement dans ce sommeil dont il n’aurait jamais dû s’extirper. »

« On ne peut pas faire confiance aux paroles de Tery, Séran ! Rien ne nous dit qu’il ne va pas finir par revenir définitivement ! On devrait plutôt aller là-bas et se préparer à en finir une bonne fois pour toutes avec lui. »

« Qu’est-ce qui pourrait se passer s’il se réveillait ? »

« Il continuera ce qu’il avait débuté la première fois : éliminer toute existence que ça soit à la surface ou sous cette dernière. Il en veut à toutes les races peuplant ce monde. »

Sérest avait répondu avec un certain air dédaigneux. Là encore, il était loin le moment où la femme ailée ne faisait que sourire tendrement. Comme si la personnalité de sa précédente forme reprenait le dessus.

« Et j’imagine que le fait que je puisse entendre sa voix ne me permet pas d’essayer de comprendre son mode de pensée et donc d’envisager de le calmer ? »

« Foutaises. Il vaut mieux éviter de croire de telles idioties. Cela ne mènera à rien de bon ! »

« Est-ce que tu es capable de communiquer avec lui, Tery ? »

La question posée par Séran laissa un léger flottement dans l’air. Le silence s’installa, Sérest ayant maintenant ses yeux rivés sur le jeune homme aux cheveux bruns, attendant sa réponse alors que Séran faisait de même. Converser avec Révix ?

« J’ai plutôt l’impression de ne que l’entendre. Je ne suis pas certain que je sois capable de faire de même. Je n’ai pas vraiment essayé… d’avoir une conversation avec lui. Il me donnait plus mal au crâne qu’autre chose. »

Il allait être honnête encore une fois. Même s’il sentait qu’il venait de donner une réponse décevante, autant ne pas mentir à ce sujet. S’il avait été capable de comprendre et parler avec le Dévoreur, il l’aurait fait depuis tout ce temps.

« Bon, on a visiblement perdu notre temps. Allons réunir les autres pour leur parler du Dévoreur et raconter son histoire. »

Ah… Sérest avait mis un terme définitif à la conversation. Bon ben… quand il fallait y aller.

Chapitre 53 : SA chair

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Chapitre 53 : SA chair

« Elen ? Est-ce que tu veux bien m’adresser la parole ? »

« Pas réellement. Pas vraiment, oui. Mais à côté, je ne peux pas t’en empêcher, Tery. »

« Je sais bien mais… je n’ai pas envie que toi et moi soyons en froid même si ça serait amplement mérité en vue… de la situation. »

« Je préfère éviter d’en parler plus longtemps. Je crois que j’en ai assez entendu, Tery. Simplement, j’imagine que je me suis un peu bercée d’illusions. »

« Il ne faut pas dire ça, Elen ! Je… Enfin, je… »

« Tery, est-ce que c’était si bien que ça ? Ou peut-être pas assez ? Mais cela explique quand même pourquoi tu étais un peu distant, hier. J’imagine que tu t’es peut-être lassé de moi. »

« Oh non, non ! Elen, ce n’est pas ça. Je me suis senti fautif, et à raison, mais je ne voulais pas profiter de ça alors que tu ne savais rien, c’est tout. »

C’était aussi simple que ça mais le regard de dépit qu’elle lui lança en disait tellement long. Et lorsqu’elle l’accompagna de quelques mots, il sentait presque un poignard se nicher en plein coeur, surtout en vue de la pointe de tristesse qui en émanait :

« Et après ? Qu’est-ce que… cela aurait changé, Tery ? Maintenant que je suis au courant, est-ce que c’est un laisser-passer pour faire des choses avec elle ? »

« Je n’ai pas dit ça… Elen. Pas du tout. Je… Enfin, je ne veux pas que tu le prennes comme ça ! Ce n’était pas ça que je voulais et… Elen. »

« Tery Vanian. Tu es le père de notre enfant. Je sais qu’il est difficile pour les hommes de se retenir face à leurs pulsions mais… avec Manelena ? Non, je ne sais pas si c’est pire ou tant mieux… car c’est une personne proche de chez nous et digne de confiance. Enfin, du moins, je le croyais jusqu’à aujourd’hui. »

« Non ! Manelena est digne de confiance ! Ce n’est pas parce que… elle et moi, nous… Tu sais où je veux en venir, Elen. Manelena, je lui confierais ma vie, comme avec toi. Je ne peux pas te laisser l’insulter comme je ne peux pas envisager ma vie sans toi ! »

Alors qu’elle s’apprêtait déjà à réagir avec virulence aux propos de Tery, elle s’arrêta pendant quelques secondes, finissant par baisser les yeux. Elle chuchota :

« Comment ne pas considérer cela comme un mensonge, Tery ? »

« … Si tu en est à douter de ça, je crois que oui. Il vaut mieux plutôt patienter. Je serais patient. Je n’ai pas pu te voir pendant des mois et plus. J’étais si heureux de te revoir et de te retrouver. Mais je paye le prix de mes fautes. »

« Qu’est-ce que tu vas faire, Tery ? »

« Me concentrer sur ce que nous allons faire maintenant. Je vais me réunir avec les haut-gradés militaires. Il faut rassurer tout le monde vu que nous sommes deux armées réunies en une seule maintenant. Il risque d’y avoir des dissensions. Je vais me charger de ça. »

Et autant ne pas continuer à chercher à discuter. Personne ne gagnait dans cette affaire. Il valait mieux attendre un peu, en reparler plus tard. Il jeta juste un dernier regard à Elen puis hochera la tête comme pour signaler son départ, quittant la tente où il avait cherché à discuter avec elle. Manelena n’était pas loin, bras croisés. Loin de l’air sévère habituel, elle paraissait soucieuse, attendant que Tery lui explique comment tout cela s’était passé.

« Manelena… Peut-être que tu devrais aller lui parler, seule à seule. »

« Je ne suis pas certaine qu’elle voudra m’écouter, Tery mais… d’accord. Si tu penses que c’est pour le mieux, je vais aller le faire tout de suite. »

« Merci beaucoup, Manelena. Merci… vraiment pour tout. »

Il prit une profonde respiration, restant immobile pendant quelques secondes. Oui, il avait juste pris une bonne décision. Continuer à vouloir arranger les choses, c’était l’exemple parfait de ce qu’il ne fallait pas faire .Oui, il était coupable de tout ça. Mais vouloir se faire pardonner à chaque fois, cela accentuerait la culpabilité et rien de bon n’en sortirait..

Heureusement, en se rendant dans la tente où il allait pouvoir communiquer avec les autres membres de l’armée. Hmm… D’ailleurs, maintenant qu’ils étaient réunis, ils allaient devoir trouver un nom, n’est-ce pas ? Ah… Il était vraiment pas motivé sur le coup.

Chercher un nom lui rappelait celui de sa fille et indirectement de la dispute avec Elen. Il valait mieux se concentrer sur ce qui allait l’attendre. Se tournant vers Royan et Elise, il leur adresse la parole, calmement :

« Est-ce que vous pouvez me faire un petit bilan de vos objectifs futurs ? Enfin de ce vers quoi vous comptiez partir maintenant ? »

« Eh bien, nous étions normalement en train de travailler sur de nouvelles routes menant à la surface, non-contrôlées par les démons mais par nous. Pour Honoros, avec le fait que certains clans soient du côté des démons, on a eu quelques soucis mais sinon, nos projets progressaient plutôt bien normalement. »

« De notre côté, nous étions en train de remonter aussi à la surface. Disons que notre armée a eu quelques revers, des allers, des retours, bref de ce côté, c’est assez compliqué. De plus, avec quelques soucis du côté de l’empereur ou plutôt de ses enfants, on va dire que la situation n’est en rien arrangée. »

« Il va nous falloir plus de détails. D’ailleurs, nous avons réussi à extraire quelques informations des démons capturés. Il semblerait qu’ils étaient au service d’Hélyza et que d’autres étaient au service d’Haiktos. De ce que nous avons compris, ils avaient pour but d’éliminer l’autre groupe si cela devait dégénérer. J’imagine que les démons étaient au courant mais pas réellement les clans honoriens qui pensaient qu’ils formaient une seule et grosse coalition. » répondit Elisa après les remarques de Tery. Elle avait tourné son visage vers Royan comme pour avoir une confirmation visuelle de ses propos.

« Ce n’est pas aussi simple que ça mais dans les grandes lignes, on peut dire que ça correspond plus ou moins à ça. » compléta alors Royan en voyant bien qu’Elise n’avait plus grand-chose à dire. Ses propres paroles n’étaient pas forcément plus utiles en réalité. « Bon, ce que je veux dire, c’est que dans les faits, ces clans d’Honoros étaient autant en harmonie que lorsque les démons n’étaient pas présents. Leur alliance ne tenait qu’à un fil et il a suffit alors de le briser, en leur montrant qu’ils étaient loin d’être impressionnants pour que tout cela dégénère comme si de rien n’était. »

« Est-ce que nous pouvons rejoindre la conversation ? »

Une voix féminine que beaucoup reconnurent et voilà que les têtes se tournaient alors vers Sérest, accompagnée de Séran. Royan les invita à s’asseoir à leur côté, leur indiquant par là qu’ils pouvaient aussi prendre la parole.

« Merci beaucoup. Séran et moi avions principalement une question qui nous taraudait et je voulais donc savoir le point de vue de votre alliance maintenant que c’est : qu’est-ce que vous comptez faire par rapport aux démons ? Nous sommes responsables de l’ouverture des portes démoniaques mais cela n’empêche pas que vous pourriez les refermer si vous le désirez réellement. C’est pourquoi nous vous posons cette question. »

« De notre côté, en vue de la composition de notre-dite alliance, j’imagine que c’est plus ou moins assez visible, non ? Du moins, je crois que cela m’embêterait grandement en vue de ma relation avec Royan, hahaha. »

Il était vrai qu’Elise pouvait servir d’exemple par rapport à son amour envers Royan et inversement. Et il y avait d’autres cas dans l’armée, même avant qu’ils ne soient réunis avec les troupes de Tery. D’ailleurs, ce dernier regardait Sérest et Séran, longuement et sûrement avant de prononcer à son tour :

« De mon côté, je n’ai pas trop de possibilités. Si je veux revoir ma mère, mes grands-parents et autres, il me faut pouvoir me rendre à la surface hein ? Donc bon, j’ai bien appris aussi à connaître les démons et ceux comme Héraisty montrent bien qu’ils ne sont pas différents de nous. Donc oui, je ne compte pas tenter de bloquer les issus et autres. »

« Et j’imagine que tu as d’autres questions en tête à nous poser, n’est-ce pas, Tery ? »

À le voir réagir et se redresser sur place, ils savent parfaitement qu’ils visaient juste. Simplement, ils auraient pu attendre qu’ils soient en privé pour… Oui non, la dernière fois qu’il a discuté en privé, ça ne s’est pas bien passé, il valait mieux ignorer tout ça.

« Le plus important dans tout ça, c’est que nous avons réussi à réunir nos forces. Séparés, nous étions à la merci des autres armées mais maintenant, nous pouvons aisément remonter à la surface mais aussi installer divers camps souterrains. »

« C’est exact, Royan. C’est une bonne chose. Par contre, j’ai une petite question, parmi les personnes présentes, je vois qu’il y a de toutes les races, mais ces personnes sont celles qui dirigent une race spécifiquement ou alors, c’est plus… disparate. »

« Plutôt le second point, Tery. Il vaut mieux t’expliquer un peu plus en détails. »

Royan s’était mis alors à expliquer que sans que cela ne marche vraiment au mérite, les différentes gradés militaires ici présents étaient connus pour leurs sens tactique mais aussi pour leur diplomatie envers les autres races. Ainsi, chaque groupe de l’armée était composé des différentes races et d’ailleurs, Tery posa ses yeux sur un mékalarmien. Maintenant qu’il prenait le temps, n’était-ce pas la première fois qu’il en voyait un ici ?

« Oh… Je vois que tu as remarqué ces derniers. Ce sont des mékalarmiens portant les lignes de Zélisia. Ils sont donc très rares. »

« Difficile de dire ça quand ils sont les seuls mékalarmiens à être présents dans notre armée, n’est-ce pas ? Mais comment se fait-il qu’ils soient là ? »

« Eh bien.. .Disons que chez eux, il est peut-être bon de t’expliquer au sujet des mékalarmiens. Je ne sais pas si tu as été mis au courant sur leurs méthodes pour combattre les démons. Assez horrible en soi. »

Et encore d’autres informations. Ce n’était pas juste question de sacrifice mais aussi de mutilation de mékalarmiens en les gardant vivants pour utiliser plusieurs parties de leurs corps comme catalyseurs magiques et autres atrocités. Bien entendu, ils arrivaient à régénérer leurs membres tant qu’ils étaient en vie et grâce à la magie de Zélisia mais cela n’empêchait pas qu’au bout d’un moment, ils finissaient complètement brisés.

« Et lorsqu’ils sont brisés, ils ne sont plus utilisables, c’est ça ? »

« C’est du barbarisme et je ne peux pas supporter ça. Quand ces mékalarmiens sont venus nous voir, nous avons décidé de les accepter. Ce n’est pas qu’ils n’ont aucun… mépris envers les démons, mais celui envers leur propre race est bien plus fort maintenant. »

« Et surtout, depuis que nous avons appris à connaître les démons comme les autres races, nous avons remarqué à quel point beaucoup d’entre nous étaient dans l’erreur. » siffla doucement le lézard humanoïde aux écailles blanches. Oui, même s’il venait de couper la parole à Royan, cela ne sembla pas le déranger plus que ça, loin de là même.

« C’est exact. On va dire que des décennies voire des siècles de réclusion et d’enfermement n’ont pas aidé les esprits mékalarmiens à s’éveiller. Même si certains d’entre eux prenaient quand même ce risque, ils étaient reniés de leurs pays ensuite. Et pareil pour leur descendance. D’ailleurs, petite précision à ce sujet : il n’était pas rare qu’un mékalarmien « pur souche » cherche à abattre d’une manière ou d’une autre un mékalarmien qui avait quitté Mékalarma. Oui… Très sympathique, n’est-ce pas ? »

« Vraiment… Je ne pensais pas que ça se passait ainsi. Après, je ne suis pas là pour juger les autres races. J’ai parcouru ce monde en quelques années et j’ai rencontré de toutes les espèces mais en vue de ce que je suis moi-même et des ennuis causés, je serais très mal place si je devais alors commencer à me plaindre pour un oui ou pour un non. »

« Là n’est pas le sujet. Mais bref, voilà donc les explications sur la présence de nombreux haut-placés militaires dans cette tente, Tery. »

« On a tellement de sujets à discuter…. Je peux en savoir plus sur l’avancée du chemin ? »

« Avant que vous n’arriviez pour nous sauver la mise ? Hmm… Eh bien, tout d’abord, heureusement que vous étiez là, ensuite, cette attaque nous a permis de faire une certaine… purge dans notre armée, en vue que les traîtres n’ont pas hésité à se dévoiler dès qu’ils ont vu que nous étions en difficultés, il ne doit plus en rester beaucoup. De plus, avec vous maintenant dans les environs, il ne devrait plus y avoir de soucis de ce côté. Je pense qu’ils se tiendront tranquilles… »

« Et si ce n’est pas le cas… » commença à dire Manelena sur un ton doux mais plus que menaçant, certains haut-gradés déglutissant, qu’importe s’ils avaient juste un peu moins de grade qu’elle sur le terrain actuel. Elle était arrivée une dizaine de minutes après Tery.

« Si on peut passer à l’essentiel, du moins, le chemin ? Merci beaucoup. »

Pas qu’il était énervé ou agacé, mais peut-être juste un peu. En réalité, il s’emportait simplement à cause de toute l’histoire avec Elen. Il voulait éviter de le montrer mais… c’était vraiment très difficile. Rester calme et… Hmm ? Manelena le regardait de ses yeux rubis. Oui, ne pas montrer cela aux autres.

« Bon… D’accord, d’accord. Nous avons assez tergiversé, c’est vrai. »

Le jeune homme aux cheveux bleus était pensif, observant brièvement Tery puis Manelena. L’allure générale du premier montrait bien que quelque chose de mauvais s’était passé entre lui et Elen. La seconde, quant à elle, passait bien plus de temps à regarder Tery qu’à son habitude, signe que cela avait aussi un rapport avec elle.

« Pour le chemin, le plus difficile est de bien travailler les fondations. Nous avons quelques personnes très douées dans la magie de terre mais pas aussi imposantes que toi, Tery. »

« J’imagine que votre problème réside dans le fait que vous avez peur que tout s’écroule. Travailler la terre et ensuite la solidifier… pour créer des piliers assez stables qui supportent le tout… Vous avez aussi prévu plusieurs chemins qui mènent à une seule et même sortie ? »

« Hum ? Comment ça, Tery ? » demanda Royan, tout le monde s’étant tourné vers le jeune homme aux cheveux bruns, celui-ci clignant des yeux. Il était aussi étonné qu’eux sur le fait que tous apportent leur attention sur lui.

« Eh bien, si un chemin s’écroule, qu’un autre soit disponible, voire plusieurs autres, pour que la route reste accessible. Bien entendu, il faudra une vérification accrue à la sortie puisqu’elle sera unique mais sinon, cela ne me semble pas si étrange que ça non ? »

« Non, non. Tu as d’autres idées en tête ? »

« Hmm… Eh bien, mes golems ne sont pas éternels, je veux dire, à part Clari qui me pompe ma magie en continu même si depuis, ça va mieux. Mais je pourrais les utiliser pour vous épauler, surtout pour permettre à atteindre et maintenir des plafonds le temps que l’on préparer les piliers, cela fera un sacré gain de temps non ? Au lieu d’avoir plusieurs installations à monter et démonter à chaque fois, les golems n’auront qu’à se déplacer. Par contre, cela veut dire que je pourrais n’aider que sur un chantier, pas plusieurs à la fois. Sauf si ces chantiers ne sont pas trop éloignés. »

C’était bien le genre de question sur laquelle il aurait dû travaillé depuis des années. De combien de mètres était sa portée avec un golem ? De même, est-ce qu’il pouvait communiquer avec lui s’il ne le voyait pas directement ? Pouvait-il voir avec les yeux de son golem ? Tellement de questions arrivaient dans sa tête à cet instant !

« Je suis désolé mais je crois que j’ai quelque chose d’important à faire ! »

Il s’était relevé rapidement, s’excusant après être parti. Il allait faire des tests ! Les livres, il avait toujours les livres avec lui ! Et les différents golems, ce n’était pas important. Ce n’était pas sur la constitution d’un golem qu’il voulait travailler mais sur le lien avec ce dernier. Et en pensant à Clari, il savait parfaitement que ça devait être réalisable !

« Tery, Tery ! Hey, tu es parti comme une flèche ! »

Ah ! La voix de Manelena ! S’arrêtant alors qu’il avait déjà quitté la tente depuis quelques mètres, il attendit qu’elle arrive à sa hauteur avant de lui répondre :

« Oui, pardon encore, Manelena. J’ai eu une idée et j’ai envie de la mettre en place tout de suite. De toute façon, je n’ai pas le choix. »

« Je sais bien qu’avec Elen, c’est assez compliqué mais… j’ai tenté et maintenant, je ne peux que la laisser décider par elle-même. »

« Merci, Manelena, c’est plus que suffisant. Je pense qu’en me concentrant sur ce que j’ai en tête, cela devrait aller. Je vais travailler comme un forcené et on verra ce que ça donnera. »

« Hmm… Tu es sûr que ce n’est pas pour te dédouaner ? »

« Pas vraiment. J’ai lancé un sujet sur les golems et maintenant que j’y repense et que je n’ai pas besoin d’être le soutien de toute une armée grâce à tout le monde, je vais pouvoir me concentrer sur les golems ! »

« D’accord. Et tu veux te concentrer comment ? Tu peux m’en dire plus ? »

« Je veux bien mais ça sera par rapport à mes livres. J’aimerais voir si j’arrive à voir avec les yeux de mon golem… voire même à le contrôler directement. Je ne sais pas du tout comment imaginer ça mais peut-être que ces livres m’en diront plus. Je veux voir aussi si je peux leur donner des ordres et à quelle distance ils peuvent aller jusqu’à ce qu’ils ne m’obéissent plus et surtout quel serait le résultat d’un abandon de contrôle. Est-ce qu’ils disparaissent ? Deviennent fous ? Je ne sais rien de tout ça en réalité ! »

« Tery… Tu ne vas pas trop en faire ? »

« Tu me connais, non ? Je ne suis pas comme ça, Manelena. » répondit le jeune homme dans un grand sourire alors qu’elle fronçait presqu’aussitôt les sourcils, pas du tout rassurée.

« Justement, que trop bien. Tery, je ne pourrais pas récupérer les morceaux si tu foires une nouvelle fois. Après, cela peut être une méthode comme une autre pour qu’Elen se focalise sur toi malgré ce que nous avons fait, toi et moi. »

« Ce n’est pas vraiment une méthode ou autre. Simplement, les golems, j’ai un peu occulté ces derniers depuis le temps… mais je veux arranger ça. »

« Tu ne devrais pas plutôt te focaliser sur régler tout ça avec Elen ? »

« Je pourrais, je le voudrais, mais non, il vaut mieux que je tempère. Tu sais très bien à quel point Elen m’aime et inversement. Mais elle, son amour, elle l’exprime vraiment de façon très… impressionnante dira t-on. »

« Non. Depuis cet incident à Omnosmos, elle s’est justement calmée et elle est bien plus modérée qu’auparavant, Tery. »

« Je le sais très bien mais… hum… Je veux juste avoir quelque chose à faire. Je crois que si je me tourmente à chercher cinquante mille solutions pour régler ce problème, je vais faire encore plus de mal aux personnes autour de moi qu’autre chose. Je ne veux pas ça. »

« Il suffirait tout simplement de n’avoir plus aucune relation de ce type avec moi, Tery. »

« Et donc, de te laisser en arrière et souffrir comme auparavant. C’est moi qui a accepté, d’une manière ou d’une autre, d’avoir un tel rapport avec toi. Je ne veux pas porter toute la souffrance des deux mondes mais ça ne change pas que pour moi, tu es beaucoup trop importante pour que l’une de mes actions te fasse souffrir. Je ne sais pas comment quand mais je trouverais une solution dans le futur. »

« Tu es beaucoup trop naïf, comme à ton habitude mais… on sait aussi bien l’un que l’autre que c’est pour ça que je t’aime et il en est de même pour Elen. »

Il resta interdit pendant quelques secondes, la regardant comme s’il avait vu un fantôme. Clignant des yeux, elle mit plusieurs secondes à son tour avant de dire :

« Eh bien euh… Qu’est-ce qui se passe avec toi, maintenant, Tery ? »

« Non, c’est juste que je ne suis pas forcément habitué à ce que tu le dises à voix haute. »

« Je n’ai plus aucune raison de le cacher. De toute façon, les gens de notre portion de notre armée le savent. Et d’ailleurs, j’imagine que beaucoup d’entre eux doivent nous juger. »

« Je n’en suis pas si certain que ça en réalité. Je te rappelle que pour les démons, cela ne les dérange pas d’avoir plusieurs maîtresses ou amants ? »

« Oh, tu sais, à la surface, c’est la même. Rien ne l’interdit, c’est peut-être juste mal vu par certaines personnes ou communautés, rien de plus, rien de moins. »

« Mais je ne suis pas… Ah… Je vais voir Clari et prendre mes livres sur les golems. »

Il valait mieux aussi écourter cette conversation. Elle n’avait que trop durer et surtout, il allait s’en vouloir plus qu’autre chose. Il en était sûr et certain. Lui qui avait été si heureux de retrouver Elen était maintenant en train de mettre à nouveau de la distance avec elle. Il n’y avait donc vraiment rien qui pouvait aller pour le mieux dans ce monde entre lui et Elen ?

Chapitre 52 : De longues explications

ShiroiRyu
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Chapitre 52 : De longues explications

« Ah… Qu’est-ce que ça a fait du bien de pouvoir fêter un tel évènement. »

« Même si dans les faits, on ne doit pas oublier qu’il y avait aussi un hommage, c’était une belle chose. Bon… Comme les tentes ne sont pas encore préparées, j’imagine que je vais aller dormir dans la mienne, Elen. Dors bien, on se revoit demain. »

Il avait embrassé aussitôt la jeune femme aux cheveux blonds, celle-ci se laissant faire tout en venant chercher sa main. Avec amusement et en l’empêchant de s’éloigner, elle arrêta le baiser pour murmurer :

« Tu ne comptes quand même pas t’enfuir maintenant, Tery ? Qu’est-ce que nous avions dit, toi et moi ? Pendant cette fête ? »

« Je ne sais pas si c’est une bonne idée. Nous n’avons rien préparé et je pense que ça serait plus catastrophique qu’autre chose. Je pense que c’est déconseillé et… »

« Si tu penses que je vais manquer de place, nous n’aurons qu’à nous serrer, toi et moi… toi contre moi et inversement. »

Elle se fait un peu enjôleuse et câline. Elle a de la suite dans les idées mais pourtant, le jeune homme aux cheveux bruns tente de se montrer imperméable à tout ça ou presque. Il a du mal, beaucoup de mal… à résister et il sentait qu’il n’allait pas tenir très longtemps.

« La proposition est intéressante, très intéressante mais au cas où, je préfère te prévenir. Je ne suis pas certain que pour les câlins, c’est mieux… »

« De ne pas en faire, n’est-ce pas ? Enfin, pas plus que ce que la décence ne veuille. »

Elle disait cela avec une petite pointe de tristesse mais elle retrouva bien vite le sourire, montrant par là qu’elle n’était pas le genre de femme à se plaindre de la situation. Non, mais il était hors de question qu’ils dorment séparément ce soir.

« Je veux juste que tu viennes avec moi, Tery. Te sentir contre moi n’est pas trop te demander, non ? Nous sommes d’accord, n’est-ce pas ? »

« Nous le sommes, oui. Je veux bien… Alors, il faut y aller. »

Est-ce qu’il attendait demain matin ? Maintenant qu’il avait la promesse de ne pas profiter de la situation ? Car cette histoire le tiraillait. Plus qu’il ne l’aurait jamais cru. Il ne savait pas pourquoi exactement. Du remord ? C’était sûrement ça… mais l y avait autre chose, de plus profond. Un malaise.

« J’ai vraiment l’impression que tu me caches tes soucis, Tery. Tout ne s’est pas si bien passé que ça avant que nous n’arriviez jusqu’à nous ? »

« Comment est-ce que tu l’as deviné, Elen ? Enfin, c’était bien avant. Dans la capitale démoniaque et tout le reste. Je pense qu’il faudra que je vienne t’en parler plus en détails… mais peut-être demain matin, d’accord ? »

« Demain matin, oui. Car tu dois être vraiment exténué par tout ça. Vous avez beaucoup voyagé et vous avez ensuite combattu et… »

« Vous n’êtes pas forcément mieux logé hein ? Mais oui… Allons-y. »

Il se répétait comme pour se donner du courage. Il ne pouvait reporter cela indéfiniment. Non, en réalité, il s’était même convaincu qu’il allait régler ça dès demain. Mais comment emmener sur ce sujet épineux ? Et tout le reste. Déglutissant, il rentra à nouveau dans la tente en même temps qu’elle.

Elle n’avait pas changé en quelques heures et pourtant… pourtant… tout semblait si différent. Il entendait la respiration de Klary, leur enfant, qui dormait paisiblement dans un coin de la tente et il sentait la main gauche d’Elen qui tremblait dans la sienne.

« Bon, ne tardons pas plus longtemps, hein ? L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. »

« Ou ceux qui se lèvent en vie, Elen. » compléta le jeune homme aux cheveux bruns avant de tout simplement faire un petit rire.

« C’est vraiment sinistre e que tu viens de dire, Tery ! »

« Et pourtant, c’est réaliste, Elen. Dans l’armée, tu ne sais jamais si tu verras le lendemain, non ? Ce soir aurait pu être ton… qu’est-ce que je raconte, moi ? Pardon Elen, pardon, pardon, pardon. Je ne voulais pas ! »

Il avait tenté de faire la conversation et voilà le résultat. Il était franchement pas très doué avec elle hein ? Elle tremblait de plus, sanglotant même en bafouillant :

« C’est … C’est vrai… j’ai faillit mourir ce soir. Klary aussi. Sans vou, je… je n’étais pas sûre que nous aurions survécu. Et si c’était arrivé, je ne sais pas si je m’en serais remise… de ne pas t’avoir retrouvé après tout ce qui s’était passé. »

Quel imbécile ! Mais quel imbécile ! Il l’embrassa une dizaine de fois, caressant ses hanches, son dos, son visage, maintes fois, allant la traîner jusqu’au lit qui ne permettait réellement qu’une seule personne.

Très vite, les habits tombèrent au sol et les promesses se dissipèrent. Elle étouffait ses cris comme lui alors qu’il se chargeait de la rassurer de la plus belle des façons entre un homme et une femme qui s’aimaient l’un et l’autre.

Ils s’étaient étreints, sans s’arrêter, recommençant plusieurs fois malgré la fatigue qui vint les envahir l’un et l’autre après une première séance d’embrassades. Enfin, lorsque l’un comme l’autre n’avait plus la force de bouger et de se mouvoir, Tery avait alors insisté pour qu’Elen se place contre son coeur, leur respiration haletante.

« Fais de beaux rêves, Elen. Je serais toujours là, à tes côtés. Tu peux dormir en paix. »

« Je sais maintenant que tu es à mes côtés, Tery et que tu m’aimes comme au premier jour. » chuchota t-elle avant de sombrer dans le sommeil, rapidement rejointe par son aimé.

Le lendemain matin, personne ne vint les déranger, sauf une petite voix qu brailla. Alors qu’Elen allait se lever, Tery l’avait retenue, l’embrassant sur le bord des lèvres tout en lui disant d’une voix tendre :

« Je vais prendre mes fonctions de père dès maintenant, non ? »

« Tu pourrais la border mais… je pense que pour cette fonction, seule sa mère peut s’en charger. » répondit-elle dans un petit rendre avant de se redresser pour se mettre assise, laissant sa poitrine nue paraître à l’air libre.

Comme s’il avait compris ce qu’elle voulait dire par là, Tery récupéra le bambin avec une extrême tendresse, finissant par l’emmener à sa mère qui vint lui donner aussitôt le sein. Poussant un petit gémissement, elle murmura :

« Elle commence aussi à faire ses dents, Tery. Mais pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? Tu as l’air un peu béat. »

« Je me dis simplement que j’ai le plus beau des tableaux devant les yeux et que je suis le seul à pouvoir l’admirer. »

« Et oui, tu es un petit privilégié. J’espère que tu arrives à t’en rendre compte, Tery ? »

« Grand privilégié même. » murmura Tery avant de se mettre assis à côté d’elle. Encore une fois, ce n’était pas le moment mais peut-être qu’après le repas de la petite, ils allaient pouvoir discuter, elle et lui ? Hmm… Il réfléchissait s’il devait emmener le sujet devant Manelene aussi ou non. Comme elle était concernée, ça ne serait pas étonnant.

« Et voilà, est-ce que tu veux la prendre dans tes bras à nouveau, Tery ? Le temps que je me rhabille correctement ? »

Mais c’était avec joie ! Sans même lui permettre de douter de sa réponse, il était déjà venu récupérer l’enfant pour le poser contre son épaule, tapotant doucement son dos jusqu’à ce que le bruit caractéristique d’un bébé en bonne santé se fasse entendre après son repas.

« Voilà, Tery. Nous pouvons sortir. Par contre, est-ce que tu veux garder Klary avec toi ? »

« J’ai perdu une année sans l’avoir dans mes bras. Cela serait la moindre des choses que de vouloir rattraper le temps perdu avec mon enfant. Donc ne t’en fait pas, Elen, oui, je vais la prendre et oooh… Bon ben, je vais aussi me charger de ça. »

Il semblerait qu’il faille aussi changer son linge. Par contre, pour l’occasion, il allait avoir besoin de l’aide d’Elen car il n’y connaissait rien du tout. Hors de la tente, quelques soldats les regardèrent tous les deux, Elen conseillant à Tery les diverses choses à faire pour éviter d’abîmer la peau de leur enfant tout en le nettoyant correctement.

« Pfiou, il faut quand même reconnaître que c’est assez épuisant. »

« Et tu envisages alors ça tous les jours, plusieurs fois par jour ? Hahaha… Je ne pensais pas que j’aurais un enfant et pourtant, le voilà devant mes yeux… avec mon homme. »

Son homme. Cela sonnait si doux à ses oreilles et il ne pouvait s’empêcher de sourire. Pourtant, il sentit un regard se poser sur eux, un plus appuyé que les autres. Très vite, il remarqua que Manelena les observait, sans son casque, sans même son armure de métal noir dont elle avait tant l’habitude.

« Manelena ! Tu peux venir s’il te plaît ? »

C’était lui qui avait prononcé ces mots. Aussi surprise que la jeune femme blonde à ses côtés, celle aux yeux rubis s’avança jusqu’à eux, arrivant à leur hauteur bien vite.

« Qu’est-ce qu’il y a Tery ? Pourquoi est-ce que tu voulais me voir ? »

« Je voulais te parler, ainsi qu’à Elen, si tu as quelques minutes devant toi. »

Aussitôt, il remarqua qu’elle venait de se raidir. Elle qui cachait si facilement ses émotions, laissait paraître une certaine nervosité et appréhension. Elle était dans le même état d’esprit que lui. Mais plus profondément, il avait presque… la sensation qu’elle lui était reconnaissante. Il ne savait pas de quoi mais oui, il y avait de la reconnaissance.

« B… Bien, d’accord. Tery, je veux bien. Mais tu veux en parler ici ? »

« Est-ce que les alentours du campement sont sécurisés ? Et Elen, est-ce que je peux confier Klary à la nourrice ? Car je voudrais que tu viennes aussi. »

Voilà qu’elle le regardait avec suspicion, finissant néanmoins par acquiescer à ses deux demandes. Elle récupéra l’enfant,, observant Tery et Manelena pendant quelques secondes avant de s’éloigner.

« Tery, est-ce que tu vas… »

« Autant percer l’abcès tout de suite. J’ai bien remarqué que ça te faisait souffrir beaucoup trop à mes yeux… et ce n’est pas à toi de subir ça à cause de mes frasques. »

« Tery, ce n’est pas ça, pas du tout. Je veux dire que… je ne regrette rien. J’ai fait ce que j’avais envie de faire. La question qu’il faut se poser, c’est : Et toi ? »

« C’est bien plus compliqué que je ne le pensais… et je ne peux pas tirer un trait sur tout ça en ignorant ce que nous avons fait. C’est pour ça que je veux en parler à Elen dès maintenant. »

« D’accord, Tery. … … … Merci Tery. »

Une voix étonnamment douce de sa part. Une part d’elle qu’il ne lui connaissait pas. Il avait l’impression d’entendre une Manelena qu’il n’avait jamais encore connue auparavant. En la regardant brièvement, elle était rouge aux joues et était comme intimidée.

« Il n’y a pas de quoi, Manelena. On ne doit pas vivre avec nos regrets. Je me suis déjà excusé envers toi, plusieurs fois. Maintenant, je dois le faire envers Elen. »

« T’excuser de quoi donc, Tery ? Je suis de retour. »

« De quelque chose qui nous concerne, tous les trois. »

Et le voilà maintenant en train de prendre le chemin menant à l’une des sorties du campement. Sans un regard vers les personnes autour d’eux, Tery prenait les devants pour emmener Elen et Manelena loin de tout ça, à une distance telle qu’il était certain que personne n’allait pouvoir les entendre.

« Voilà, je crois que ça devrait aller. Bon… Elen, il faut que je te raconte comment tout ça s’est passé à la capitale démoniaque. Comment les non-démons étaient traités et ainsi de suite. En reprenant depuis le début, tu comprendras et… je dois aussi te révéler des choses. »

Oui. Ce n’était pas en édulcorant tout ça qu’il allait arranger le tout, il le savait bien… mais au moins, il aurait l’âme en paix. Bon… Il devait commencer par comment avait été accueilli l’armée démoniaque lorsqu’ils étaient revenus.

Il ne cachait rien, rien du tout. Comment cela avait emmené à la mort d’un non-démon, la vision des nobles et des gens de la capitale sur les races de la surface. Comment Manelena avait joué le rôle de son esclave, comment il avait commencé à perdre la tête, à devenir peu à peu fou, surtout en apprenant la vérité sur ses origines.

« Un jour, Tery a vraiment perdu les pédales et… »

« Manelena, je préfère que ça soit moi qui raconte. C’est ma responsabilité. »

« Une responsabilité se prend à deux, Tery, surtout dans cette situation et… »

« J’ai tout simplement violenté Manelena et violé cette dernière. »

C’était dit. C’était fait. Maintenant qu’il le disait à voix haute, de façon « officielle », il reconnaissait encore plus l’horreur qu’il venait de proférer. Il avait violé la reine de Shunter, il avait violé une femme avec qui il avait été proche depuis des années, une amie et…

« C’est sérieux, n’est-ce pas ? »

La voix d’Elen était si faible, on pouvait à peine l’entendre. Pourtant, Tery comme Manelena avaient parfaitement entendu ses propos, les uns après les autres. Le jeune homme regarda la demoiselle aux cheveux argentés, disant :

« C’est plus que sérieux. Même si je n’étais pas dans mon état normal, j’ai agi comme un monstre, comme un démon. Je n’étais pas moi-même, j’ai griffé et blessé Manelena en de nombreux endroits et… »

« Tery, est-ce que tu te rends compte ? De ce que tu as fait ? Est-ce que tu… comprends ce que ça veut dire ? »

« Je vais arrêter ça tout de suite avant que tu ne prennes tout le blâme pour ma personne, Tery. Je ne vais pas te laisser te sacrifier sans rien à côté. Elen, même s’il est vrai que Tery n’était pas lui-même en de nombreuses fois à cause du Dévoreur, tu dois savoir que… »

« Ce n’était pas vraiment un viol si tu étais consentante, c’est ça ? »

Elle avait coupé la parole à Manelena, avec froideur, les yeux bleus d’Elen devenant rouges pendant un bref instant avant de reprendre leur couleur initiale. Prise en défaut, Manelena mit quelques instants, reprenant contenance pour lui répondre :

« C’est exact. Je ne l’ai jamais cachée, du moins à toi et au reste de mon entourage. Si je pouvais l’aider à retrouver ses esprits tout en ayant enfin son corps, je faisais d’une pierre, deux coups. Et surtout, j’ai profité de sa culpabilité pour recommencer plusieurs fois en prétextant que c’était pour éviter qu’il ne replonge. »

« Qu’est-ce que tu racontes, Manelena ?! Maintenant, c’est toi qui… »

« ASSEZ TOUS LES DEUX ! » coupa sèchement Elen en criant. « Vous êtes tous les deux responsables et coupables dans cette situation ! Vous pouvez baratiner ce que vous voulez, ça ne changera rien à la situation ! »

« Elen, je… » commença à dire Tery, la femme aux cheveux blonds tournant son visage vers lui, reprenant en hurlant :

« TAIS-TOI AUSSI ! Je ne veux rien entendre, Tery ! Pas de ta part ! Aucun de vous deux n’est plus une victime que l’autre, c’est compris ?! Et moi, dans tout ça ?! Alors que j’étais en train de me morfondre et quand te revoyant enfin, je pensais que tout allait enfin être résolu ! Que j’allais enfin t’avoir à mes côtés mais maintenant, en plus de me planter en plein ventre à Omnosmos, c’est un coup de poignard en plein coeur, c’est ça ?! »

Il se décomposait sur place. La réaction d’Elen était légitime. Qu’importe les circonstances, il y avait eu adultère et il ne pouvait pas le nier. Mais maintenant que le mal était fait ? Comment est-ce qu’elle allait faire ? Comment devait-elle réagir ?

« Manelena, le pire dans tout ça, c’est que tu étais pleinement consciente de ce que tu faisais. Tu ne t’es jamais posée de questions et… »

« J’ai le droit de l’aimer autant que toi, Elen ! Même si ce n’est pas comme ça qu’une reine devrait se tenir envers son peuple et… »

« Ou une amie envers une autre ! Il n’est pas question de royauté, démon ou autre ! Il est question du fait que tu savais que Tery et moi avions un enfant ! Tu savais ce que ça représentait ! Tu savais tout à notre sujet ! »

« Je le reconnais amplement, Elen. Mais si tu veux être rassurée, mon but n’est pas de briser votre couple, loin de là. »

« Je le sais ! Je sais parfaitement tout ça ! Je le sais mais… C’est rageant. Vraiment rageant… de savoir que pendant que je me morfondais dans mon coin, vous étiez tous les deux… »

Elle ne termina pas sa phrase, serrant les poings alors que son visage s’affaissait en direction du sol. Elle n’arrivait pas à compléter ce qu’elle voulait dire. Les deux personnes en face ne firent aucun geste, baissant les yeux à leur tour. Il avait daigné lui dire la vérité, mais est-ce que cela avait été le bon choix ? Il n’en savait rien du tout.

« Elen… Est-ce que je peux… faire quelque chose ? »

« Non. C’est bon. » répondit Elen, ayant fermé ses yeux, relevant son visage. Prenant une profonde respiration, sa poitrine se soulevant sur le moment, elle reprit d’une voix qui se voulait calme : « Ce n’est pas… comme si c’était avec n’importe qui. Ce n’est pas comme s’il n’y avait aucun sentiment derrière tout ça, non ? »

« S’il faut le répéter, je le ferais, Elen. » déclara Manelena même si elle n’en menait pas large par rapport à d’habitude. « Je ne sais pas du côté de Tery mais… »

« Tu es la seule avec qui ça arriverait, Manelena. »

Là aussi, il se montrait formel, quitte à finir d’achever la jeune femme aux cheveux blonds mais… il voulait vraiment que tout soit résolu aujourd’hui, à cet instant précis. Les yeux d’Elen se rouvrirent, d’un rouge flamboyant, posés sur Tery et Manelena.

« Tery, Manelena. Est-ce que vous comptez recommencer dans mon dos ? Sans que je ne sois au courant ? Soyez honnêtes. »

« Si j’en ai la possibilité, je ne m’en cacherais pas, Elen. Mais pas dans ton dos, tu le sauras. »

Elen eut un petit rictus de colère aux propos de Manelena. Sourire pincé, elle lui demanda :

« En quelque sorte, tu es en train de me demander l’autorisation d’être la maîtresse de Tery alors que tu es la reine de Shunter, c’est ça ? »

« Non pas en tant que reine de Shunter, ni même maréchale de son armée, mais simplement en tant que femme, voilà tout. »

Qu’est-ce qui était en train de se passer ? Il n’était pas certain qu’il avait voix au chapitre mais surtout, est-ce que vraiment… Non. Il valait mieux se taire et attendre de voir comment tout cela allait se tasser. Il n’était pas certain qu’ouvrir la bouche à cet instant soit conseillé.

« Je crois… qu’il vaut mieux que j’aille retrouver ma fille, Manelena. »

« Tout n’est pas à décider en une journée, oui. Mais maintenant, tu es au courant de tout ce qui s’est passé. Que cela soit dans la sphère publique comme privée. Il faudra aussi que vous nous parliez des évènements de votre côté. »

« Cela attendra un autre jour ou plus tard dans la journée. Je crois que je suis déjà fatiguée alors que nous sommes en pleine matinée. »

« Euh, attends-moi, Elen ! » s’écria Tery en voyant la jeune femme aux cheveux blonds prendre le chemin du retour.

Très vite, Tery avait rejoint Elen, celle-ci ne lui adressant pas la parole, Manelena poussant un profond soupir. Du courage, ils en avaient eu… mais cela n’avait rien changé sur la gravité des évènements. Comment est-ce que leur relation allait se porter maintenant que la vérité avait éclaté et cela dès le lendemain de leurs retrouvailles ?

Chapitre 51 : Réunis pour de bon

ShiroiRyu
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Chapitre 51 : Réunis pour de bon

« Vous en avez assez ou vous en voulez encore ? »

« Bordel, ce n’était pas vraiment prévu que ça arrive aussi vite, tout ça ! Qu’est-ce qu’on fait ? On applique le plan ? »

« Je voudrais bien mais je ne sais pas si nous sommes encore assez pour ça. J’ai vraiment pas envie de mourir de mon côté, je dois t’avouer ! »

Les démons se regardaient entre eux, observant les honoriens qui les accompagnaient, blessés et haletants. Puis leurs regards se posèrent sur Manelena qui était arrivée, tandis qu’autour d’eux, de nombreux cris se faisaient entendre.

« Oui, on peut le dire que la situation n’est pas vraiment à notre avantage, ouais. »

« Bon… Ben, on va appliquer alors la solution qu’elle nous avait donnée. On a ce qu’il faut au cas où ? On sait pas trop comment ils vont réagir. »

« Bah ! C’est pas notre problème ! Allez zou, tu peux le lancer ! »

Elles n’avaient aucune idée de ce qu’ils préparaient. Les deux démons qui discutaient entre eux ignoraient superbement Manelena et Elen, celles-ci étant occupées avec les honoriens qui continuaient de se battre jusqu’à la mort. Même s’ils étaient capables de trahir leur propre race, ils n’hésitaient pas dans ce qu’ils accomplissaient, jusqu’au bout.

Ou alors, était-ce la peur de subir le même sort que leur camarade qui avait eu la gorge tranchée quelques minutes ? Les deux femmes ne s’en préoccupaient pas. Ils avaient tenté de s’en prendre à elles, ils devaient donc en payer le prix… de leurs morts.

« Bon sang… Vraiment ? Ils avaient que ça en tête ?! »

Manelena avait crié en remarquant enfin ce que les démons venaient de préparer. Celui qui tenait une étrange fiole l’avait subitement jeté sur son compère, celui-ci poussant un cri de surprise en l’insultant de tous les noms. Mais très vite, il avait été alors projeté en avant, au beau milieu des honoriens qui étaient leurs alliés. Ces derniers s’étaient retournés pour regarder ce qui se passait, ayant un soubresaut de dégoût et d’horreur en voyant le démon qui avait reçu la fiole en train de se déformer.


Oui des morceaux de chair sortaient de son être, prenant la forme de nombreuses mains pointues et griffues, son visage comme le reste de son corps ayant peu à peu l’apparence d’un amalgame n’ayant plus aucune réelle consistance physique. La seule chose qui intéressait l’immondice de chair était d’emporter tout sur son passage, le faisant sur les honoriens qui étaient les plus proches victimes.

« Qu’est-ce qu’ils ont foutu ? C’était quoi ça ?! On doit lutter comment contre ça ? »

« Je vous le jure. Heureusement que nous étions au courant qu’ils avaient des trucs du genre avec eux ! LES GARS ! BALANCEZ TOUT CE QUE VOUS AVEZ EN TERME DE FLAMMES ET GLACES ! »

Manelena avait crié juste à côté d’Elen, celle-ci faisant une mimique en gémissant de douleur. Elle ne s’était pas attendue à un tel cri mais ce n’était pas comme si elle avait son mot à dire à ce sujet ! Elle ne comprit pas tout der suite avant de voir un déluge de flammes de toutes sortes mais aussi de pieux de glace s’abattre sur l’amas de chair en mouvement.


Les secondes s’écoulèrent, des pans entiers de chair tombant au sol en même temps que d’autres gelaient sur place, se brisant, morceaux par morceaux. En moins d’une minute après que le monstre se déplaçait, il ne restait plus rien de ce dernier. Alors que la dangerosité de la chose aurait causé des problèmes colossaux, la réaction de Manelena avait été aussi rapide et vive que l’éclair.

« Je vais finir par me dire que ton rôle de maréchale n’était pas volé. »

« Tsss. C’est comme ça que tu envisages nos retrouvailles, Elen ? J’imagine que je dois éviter de t’emmener jusqu’à Tery alors. »

« Ah non non ! Tu savais bien que je plaisantais et que… Ah ! Tu faisais de même hein ? » dit la jeune femme, comme pris en défaut par rapport aux propos de Manelena, celle-ci ne faisant qu’un petit sourire avant de reprendre :

« Bon bon bon… J’imagine que Tery devrait arriver rapidement par ici. Il doit sûrement s’inquiéter à cause de mon cri. »

Oui. Elle se montrait taquine mais Elen le méritait. Pourtant, comme si de rien n’était, elle fit un pas en arrière avant de signaler qu’elle partait en direction de la tente où se trouvait la fille d’Elen, allant discuter avec la femme que l’on pouvait considérer comme nourrice. Elen, de son côté, l’avait juste regardé faire ça , un peu circonspecte.

« Ben mince, je me disais bien que c’était une bonne idée que de chercher à avoir des espions parmi les groupes démons et honoriens. »

Une voix masculine. Une voix unique dans le monde de la surface comme celui sous terre. Elle avait eu un petit tremblement rien qu’à l’entendre.

« Mais au moins, ce qui est fait est fait. On ne va pas se plaindre d’un ménage bien accompli. Les rares démons et honoriens encore vivants ont réussi à fuir pour la grosse majorité. D’autres sont en train d’être interrogés à la façon des différentes races. J’avoue juste que je ne suis pas trop fan de ces méthodes donc je préfère éviter d’être présent. »

La voix était proche, encore plus proche qu’auparavant. Une belle voix puisqu’elle appartenait à l’unique personne qui avait réussi à ravir son coeur. Pourquoi est-ce qu’elle avait tant de mal à pivoter sur elle-même pour le regarder ? Est-ce qu’elle avait peur qu’il ne soit qu’une chimère ? Un mirage ?

« Sinon, est-ce que mademoiselle Elen va daigner se retourner pour moi ? »

« Si… Si… Si je me retourne, comment est-ce que je peux être sûre que tu ne vas pas disparaître subitement ? Qu’encore une fois, on va finir par se séparer pendant de longs mois. J’en ai assez de nos séparations. J’en ai vraiment assez. »

« Elen, s’il te plaît, je veux que tu te retournes. »

« Non ! Tu vas devoir m’y forcer ! Je veux… »

Deux mains se posèrent sans plus attendre sur ses épaules, la faisant tressaillir. L’une glissa jusqu’à son cou, remontant jusqu’à sa joue pour la caresser alors que l’autre descendait jusqu’à sa hanche gauche, venant l’aider à se retourner lentement mais sûrement. Voilà… C’était mieux, beaucoup mieux. Ils étaient face à face.

« Tu es toujours aussi ravissante, Elen. »

« Avec les yeux rougis par les larmes, le nez en train de renifler et mes sanglots ? Tu es qu’un menteur, Tery. Tu n’es qu’un sale menteur ! »

« Non, non, je le pense sincèrement, Elen. Et pas besoin de se cacher derrière un masque, sous une capuche, emmitouflé derrière un masque et… »

« Tu veux juste pas te taire et m’embrasser… s’il te plaît, au lieu ? »

Elle lui avait coupé la parole, non pas sèchement, mais avec le regard brillant d’une femme qui avait encore besoin d’être convaincue. Non pas par des paroles mais par un seul et unique geste. Le jeune homme eut un petit rire tendre, ses mains finissant par se placer dans le dos d’Elen avant d’enfin ramener le corps de la femme aux cheveux blonds contre le sien. Nichés l’un contre l’autre, les deux êtres s’observèrent quelques secondes, yeux dans:les yeux, Elen passant une de ses mains sur son visage, pour essuyer les larmes qui le parcouraient. Elle ferma les yeux en même temps qu’il venait joindre ses lèvres aux siennes.


Le baiser continua pendant plusieurs secondes, Elen venant l’appuyer plus fermement, ramenant une main pour la poser derrière la nuque de Tery. Il n’allait pas s’échapper maintenant alors qu’elle’ avait la preuve qu’il était là, devant elle. Des secondes s’écoulèrent, encore et encore et enfin, elle était obligée de le libérer, autant pour elle que pour lui. Reprenant sa respiration bruyamment, elle chuchota :

« Comment faire… pour que tu ne t’échappes plus, Tery ? »

« Je ne peux rien te promettre… rien du tout, Elen. Je veux juste que tu penses… Non, avant toute chose, je dois m’excuser. »

« T’excuser de ton absence ? D’être parti sans voir ta fille ? »

« Il y a tant de choses dont je devrais m’excuser mais la plus importante reste ce que je t’ai fait. Ce qui s’est trouvé ici. »

La main gauche de Tery alla jusqu’au ventre d’Elen, la faisant frissonner. Pas uniquement par la chaleur de Tery mais autre chose. Instinctivement, son ventre s’était rétracté comme pour se protéger. Elle trembla, relevant ses yeux saphir vers Tery :

« Pardon Tery, je suis… vraiment désolée. Je… »

« C’est à moi de m’excuser, Elen. Je n’étais pas moi-même et.. »

« Je sais qu’avec Clari et tout, la situation à Omnosmos et tout, c’était compliqué et … »

« Non non et non. Ce n’est pas que ça ! C’est tout… vraiment tout. »

Elle ne pouvait pas l’exprimer d’une autre manière et lui non plus. Ils avaient tellement à discuter, tellement à parler, tellement à faire et pourtant, ils étaient comme deux adolescents alors qu’ils se connaissaient maintenant depuis plusieurs années.

« Est-ce que je peux enfin aller la voir ? Tu crois que c’est possible, Elen ? »

« Il y a déjà Manelena à l’intérieur mais aussi sa nourrice. Disons que pour les moments où je dois me battre, il valait mieux qu’une personne la surveille. Je ne pouvais pas la laisser seule. Mais par contre, ça ne va pas être que juste la voir hein ? Il y a autre chose, que l’on doit faire depuis qu’elle est née. »

« Je vois de quoi tu parles mais il va falloir que l’on prenne du temps, tous les deux, pour ça, tu le sais, non ? Enfin, pour ne pas faire de bêtises. »

« Du temps, on va en avoir, n’est-ce pas ? Cette nuit et toutes les autres. »

Elle voulait confirmer cette chose avec Tery. Elle voulait lui faire comprendre ce que ça représentait pour elle cet instant précisément. Elle avait posé à nouveau ses yeux sur lui, dans les siens. Elle voulait être rassurée.

« Elen… S’il le faut, on ira s’attacher l’un à l’autre, par une corde, par des menottes de pierre ou d’une autre façon et… »

« J’ai une autre idée mais elle attendra cette nuit, Tery. Allez, viens. Je vais t’emmener à elle. Je suis tellement émue… elle va enfin voir son père. »

Voir sa fille. Après tout ce temps. Il en a aussi quelques tremblements et il sentait la main d’Elen qui était moite comme la sienne. Hahaha. Il voulait en rire, il voulait en pleurer mais vraiment… dans tous les cas, il avait le coeur qui battait la chamade.

« Comment est-ce que je vais devoir me comporter devant elle ? Elle a bientôt une année, non ? Et pendant tout ce temps, tu as attendu que je sois là, c’est ça ? »

« Plus ou moins… mais l’attente en valait la chandelle. Après tout ce temps, je peux enfin être réunie avec ma famille. »

« Et moi donc. Hahaha, mince, je crois que j’ai une poussière dans l’oeil. »

« Sûrement une poussière dans l’oeil, oui. » chuchota t-elle pendant qu’ils pénétraient tous les deux dans la tente de la jeune femme.

« J’imagine que c’est à moi d’aller faire un tour des environs pour savoir le nombre de blessés et de morts, hein ? Bon… Quand il faut y aller, faut y aller. Dites, vous m’accompagnez ? Ils veulent être seuls. » déclara Manelena en se relevant, se tournant vers la nourrice.

Celle-ci regarda Tery puis Elen, la jeune femme aux cheveux blonds faisant un hochement de tête positif avant que la nourrice ne se lève à son tour, partant en compagnie de Manelena. Le jeune homme attendit quelques instants, Elen lui chuchotant :

« Allez, viens, je vais te la présenter. »

« Il est vrai que Manelena n’avait pas tort et…Rah. Je ne vais pas me défiler maintenant. J’arrive tout de suite, Elen. »

Il avait dit cela avec un peu de dépit envers lui-même. Le jeune homme aux cheveux bruns s’avança doucement mais sûrement, faisant quelques pas en direction du petit être qui dormait paisiblement dans un berceau de fortune.

« Elle n’a pas été réveillée malgré tout ce qui s’est passé ? »

« J’ai plus l’impression qu’elle a été réveillée mais que trop fatiguée, elle s’est rendormie aussi vite. Alors, qu’est-ce que tu en penses ? »

Il s’était placé du côté droit du berceau alors qu’Elen était déjà un peu penchée au-dessus, ayant pris place sur le côté gauche. Pour toute réponse à la remarque d’Elen, il reprit :

« Magnifique. Belle comme un ange. Comme sa mère. Je savais bien que les bébés pouvaient avoir les traits de leurs parents mais je crois qu’elle tire tout cela de toi. »

« Tu devrais arrêter tes sottises. Tu ne le vois pas car elle dort mais elle a tes yeux. »

« Par contre, indéniablement, elle a tes cheveux, de jolies boucles blondes. D’ailleurs, je ne te l’ai pas dit mais… tu es magnifique comme ça, en ayant laissé tes cheveux pousser sur les côtés. Cela te va très bien. »

« Oh ! Euh… Tu sais, ça ne fait que quelques centimètres de plus par rapport à Omnosmos mais tu aimes bien donc ? »

« Plus qu’aimer. Ah… Pour le prénom, est-ce que tu veux que l’on y réfléchisses maintenant ou alors, tu veux attendre que tout soit plus tranquille ? »

« Je voudrais maintenant, Tery. Je sais bien que c’est un peu rapide et qu’en réalité, nous n’avons même pas pu en parler et… »

« D’accord, d’accord, Elen mais avant… »

Il s’était un peu penché au-dessus du berceau, sans se retenir à ce dernier, tendant ses lèvres pour aller chercher une nouvelle fois un baiser chez elle. Baiser qu’elle vint lui offrir comme pour se rassurer. Elle avait peur que Tery trouve qu’elle fasse du zèle, comme auparavant et que… enfin… Elle ne saurait pas l’expliquer.

« Bon, déjà c’est une fille… donc à partir de là, le choix des prénoms ne concernera pas ceux de nature masculine, nous sommes d’accord, Elen ? »

Elle hocha la tête, ayant un petit sourire aux lèvres. La remarque était un peu stupide de la part de Tery mais elle comprenait que c’était sa façon à lui de vouloir amorcer un sujet des plus importants, un sujet qui les concernait tous les deux, une preuve parfaite que le couple était à nouveau mais surtout enfin réuni.

« J’aime bien les prénoms qui finissent en a, je dois t’avouer, Elen. »

« Hmm ? Tu veux déjà me rendre un petit peu jalouse, c’est ça ? » dit-elle en souriant, évoquant par là le fait que la seule femme portant un nom de la sorte avait quitté la tente quelques minutes auparavant. Hochant la tête négativement, il répondit en bredouillant :

« No… Non, pas comme ça. Enfin, pas de cette manière. Enfin, je ne pensais pas ça comme ça, Elen, promis. Mais euh… Enfin… »

« Je plaisantais, Tery. Sincèrement, on ne va pas se disputer pour si peu, surtout pour ça, non ? Alors, un prénom féminin en A. Hmm… Je voudrais bien qu’il soit en deux syllabes, comme toi et moi, qu’est-ce que tu en dis ? »

« J’en dis que de bonnes choses de mon côté. Donc… En deux syllabes ? Elle est notre enfant à tous les deux, toi de nature démoniaque, moi qui est issues de deux entités divines. »

« Je ne suis pas certain que nous ayons besoin de voir aussi loin, non ? Hahaha. »

Et les voilà tous les deux en train de parler pendant plusieurs heures. Bien entendu, l’enfant s’était réveillé entre temps et c’était un jeune homme tremblant de tout son être qui vint le prendre dans ses bras et le border avec tendresse, sous le regard ému d’Elen.

Les pertes étaient nombreuses, très nombreuses et ils avaient été obligés de s’arrêter pour fêter néanmoins la réunion entre les deux groupes. Entre l’armée démoniaque avec ses rares membres venant de la surface et l’inverse du côté d’Elen, ou plutôt de celui d’Elise et Royan, il avait fallut aussi rendre un hommage aux disparus.

« Il s’en est vraiment passé beaucoup de choses. Et dire que j’avais l’impression que le temps se déroulait beaucoup plus lentement. Je me suis bien trompé, Tery. »

« Mais ça ne change pas le fait que je suis content de voir que tu te portes bien, Royan. Et d’après les regards éloquents de la part d’Elise, j’imagine qu’entre vous deux, c’est devenu officiel ? Vous avez bien mis autant de temps que moi et Elen, je crois. »

« Disons que si je me suis servi de toi comme exemple d’homme à suivre dans mon existence… » commença à dire Royan avec sérieux.

« Eh bien, tu étais très mal barré, hahaha ! … … … C’est flatteur, Royan même si je ne suis pas certain que je sois vraiment un bon exemple à suivre. »

« C’est à moi d’en décider, Tery. Alors comment se nomme votre enfant ? Vous vous êtes décidés tous les deux ? »

« Oui, nous avons réussi à trouver un prénom pour la petite demoiselle qui dort paisiblement dans la tente. Elen, tu veux bien donner ce prénom ? »

Elle avait attendu si longtemps pour ça. Il était normal que ça soit à elle l’honneur de pouvoir l’annoncer. Oui, ils s’étaient mis tous les deux d’accord et déjà, la jeune femme aux cheveux blonds pouvait sentir le regard des personnes proches se poser sur elle. Que cela soit Jésiana, Elise, Manelena ou même des personnes que Tery ou Elen ne connaissait pas de l’un ou l’autre groupe, tous semblaient attendre les paroles d’Elen.

Embarrassée, la jeune femme aux yeux bleus se tritura un peu les doigts, l’une de ses mains venant sentir celle de Tery. Celui-ci avait croisé ses propres doigts avec les siens, lui souriant doucement comme pour lui insuffler du courage. Prononcer ce prénom, à voix haute, c’était à cet instant qu’il fallait le faire.

« Notre fille portera le prénom de Klary. »

Oui, au final, Tery avait abandonné l’idée d’un prénom terminant en a. Pendant qu’ils avaient discuté des différents choix ou autres, il avait remarqué qu’autant si une nourrice veillait particulièrement sur l’enfant, une autre personne qui n’était plus là, faisait de même sur lui. La seule trace de sa présence était sous la forme d’une femme faite de pierre noire. L’hommage était clairement visible pour les personnes proches de Tery et tous avaient hoché la tête comme pour signaler que c’était un très beau prénom.

Alors que certains portaient leurs verres pour l’occasion, Tery remarqua Manelena qui semblait songeuse voir un peu… attristée ? Pourquoi est-ce qu’elle n’était pas aussi soulagée ou heureuse que les autres ? Déglutissant, il se posait maintenant mille questions avant que chacune ne lui ramène à une seule et même réponse : leur relation.

Manelena pouvait être fière, forte, royale et tout… cela ne changeait en rien ce qui s’était passé entre elle et lui. Et là, actuellement, il se pavanait avec Elen, comme si tout cette histoire n’avait jamais existé. Oui. Il allait devoir discuter avec Elen de tout ce qui s’était passé. Il ne pouvait pas cacher la vérité.

Mais quand ? Pas maintenant, non ? Il remarqua le fait que Manelena se lève, signalant qu’elle était un peu fatiguée par les combats avant de s’éloigner. Il avait envie de la rejoindre, de lui parler et de la rassurer. Mais d’un autre côté, il était tiraillé par les retrouvailles avec Elen. Il ne pouvait pas partir en faisant comme si de rien n’était.

Demain, il parlera à Manelena. Demain, il racontera tout à Elen. Demain, il se promettait de tout faire pour régler la situation. Il ne voulait pas que cela perdure, il ne voulait pas que tout cela finisse par fragiliser voire même briser ce qu’ils venaient à peine de reconstruire.

« Tery ? Tu sembles avoir la tête ailleurs. Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Oh, rien. Je me disais, ce soir ou demain, quand nous serons plus tranquilles, on pourra parler pendant longtemps, très longtemps. »

« C’est exact. Et dire que je vais avoir ta présence à mes côtés en dormant ce soir… »

Une légère rougeur vint envahir les joues de la jeune femme aux cheveux blonds, Lui-même se retrouva gêné par la gêne d’Elen et pourtant, ce soir, il se promettait de ne rien faire de plus que dormir à ses côtés. Il attendra que tout soit réglé demain.

Chapitre 50 : L’assaut salvateur

ShiroiRyu
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Chapitre 50 : L’assaut salvateur

Combien est-ce qu’ils étaient ? Elle avait du mal à les compter mais une chose était sûre : ils étaient trop ! Beaucoup trop pour elle ! Comment est-ce qu’ils en étaient arrivés à cette situation ? Quelque chose… non. Non ! Royan et Elise en parlaient ! Des traîtres ! Pouvoir parfaire une attaque de la sorte nécessitait des connaissances internes au campement !

Et à voir les démons qui se déplacent à gauche et à droite, autant dire que ce n’était pas très reluisant ! Foutus démons ! Elle n’arrivait pas à voir si certains étaient du campement et contre elle mais qu’importe, ce n’était pas le moment de se focaliser sur ça ! Elle allait devoir défendre sa fille et les autres aux alentours !

« Approchez-vous d’elle et vous pourrez alors aisément la… »

Hors de question de le laisser terminer sa phrase ! Et hors de question d’avoir plus de retenue ! La flèche qui s’était nichée dans le crâne du démon qui avait pris la parole avait commencé à émettre une forte lueur … avant de provoquer une explosion.

Une explosion qui secoua la zone par son souffle, assez puissante pour faire trembler les tentes mais heureusement, ces dernières étaient fortement attachées au sol. Au contraire des ennemis qui décollèrent du sol de pierre pour certains. Malheureusement, certains d’entre eux, démoniaques, avaient des ailes et arrivèrent à se stabiliser dans les airs. Pour les autres, l’atterrissage fut bien plus rude.

Et encore plus lorsque certains honoriens tentèrent de se relever. Elle n’avait pas hésité un seul instant, venant nicher une flèche dans le crâne de chacun. Oui, elle pouvait le faire ! Elle en était certaine ! Ils voulaient s’approcher ? Qu’ils viennent ! Elle allait les recevoir à sa façon ! Hors de question de se laisser faire !

« Bon sang ! Mais qu’est-ce que vous foutez ?! Éliminez-la ! Comme ce foutu roi de Traslord et cette soi-disante princesse démoniaque ! »

« C’est facile de dire ça, les démons, mais pour des types super balèzes, vous l’êtes pas vraiment ! Elle est en train de vous maîtriser comme si de rien n’était ! »

« Hey, qu’est-ce que tu crois ?! Que ça serait aussi simple ? S’ils ont survécu aussi longtemps dans cet endroit, ce n’est pas pour rien ! »

Tiens ? Ils étaient pas autant soudés qu’elle ne le pensait. C’était une bonne chose à apprendre à cet instant. Après, de ce qu’elle savait au sujet de ces honoriens, ils n’avaient pas hésité à trahir d’autres clans pour travailler avec les démons. Rien d’anormal à ce que des traîtres n’aient pas la mentalité pour collaborer correctement.

Mais ce n’était pas elle qui allait se plaindre de la situation ! Mieux encore, elle allait en tirer partie ! Enfin, du mieux qu’elle le pouvait… puisqu’elle n’avait aucun moyen de convaincre les membres de ce groupe dissident de l’abandonner.

« Bon, de toute façon, vous n’avez qu’à nous écouter. À la surface, c’est vous qui gériez mais ici, c’est notre domaine, compris ? Alors soyez sages et éliminer tous ceux et celles qui se trouvent sur votre passage dans cet endroit ! »

« Ouais, on a bien compris le message ! On va le faire ! »

Mince ! C’est pire que prévu ! Ils écoutaient parfaitement les dires des uns ou des autres suivant la situation ! En réagissant de la sorte, ils pouvaient alors éviter de se disputer plus que nécessaire ! Cela n’arrangeait pas du tout ses propres affaires !

Et quand est-ce qu’elle allait recevoir de l’aide ? Car si elle était seule dans cette section de la base, elle n’allait pas pouvoir défendre tous ceux qui n’étaient pas faits pour le combat ! Ils allaient quand même se bouger un peu, n’est-ce pas ?

Cela ne servait à rien de tergiverser et se plaindre plus longtemps. Le mieux était de s’occuper de ceux qui avaient pris la parole. Même si elle n’avait aucune preuve qu’ils étaient en quelque sorte les chefs de cette bande, savoir qu’ils étaient morts la soulagerait et lui retirerait un poids assez conséquent en un sens.

« Je vais vous faire disparaître, vous n’avez pas besoin de savoir qui va mourir en premier puisque ça sera l’un et l’autre en même temps ! »

« Elle se prend pour qui la blonde ?! J’vais me la farcir mais j’suis pas plus con qu’un autre ! Elle croit qu’on va tomber dans son piège ?! »

Un piège ? Le pire, c’est qu’elle n’en avait aucun de prévu mais s’ils avaient envie d’y croire, ce n’était pas elle qui allait se plaindre de les voir rester méfiants. C’était justement en agissant de la sorte qu’elle trouvera le moyen de les abattre plus aisément !


Bon… Quoi faire ? Comment faire ? Comment résoudre ce problème ? Le nombre n’allait pas réduire et surtout, maintenant, ils étaient concentrés à tel point qu’ils ne pouvaient plus être pris par surprise. Autant dire qu’elle n’appréciait pas du tout ce qui était en train de se passer. Hmm …

« Chargez tous en même temps ! Focalisez-vous sur elle et ensuite, ça sera bien plus simple de se débarrasser du reste ! »

Est-ce qu’ils avaient la moindre idée de ce que ça voulait dire « être discret » ? Du moins, éviter de parler de leur plan à voix haute ? Bah ! Au moins, si elle n’avait pas été convaincue auparavant qu’elle était leur cible, maintenant, il n’y avait plus aucun doute !

Alors, ce qu’elle allait faire, c’est les attirer ailleurs ! Pourquoi est-ce qu’elle n’y avait pas pensé avant ? De nouvelles flèches partirent à toute allure, ciblant chaque être sans s’arrêter sur leur chemin pour finir par trouver les épaules, estomacs ou jambes des différents démons et soldats honoriens.

Ce n’était pas grand-chose mais cela suffirait amplement à les forcer à la cibler, elle ! Et à entendre les grognements et les cris, cela fonctionnait parfaitement ! Parfait ! Maintenant, qu’est-ce qu’elle pouvait faire ? Qu’est-ce qu’elle pouvait imaginer comme solution pour régler ce problème une bonne fois pour toutes ?

« Eh bien alors, on arrive à se déconcentrer en plein combat ?! »

Même pas en rêve ! Elle fit un pas sur le côté, concentrant ses lignes magiques dans ses jambes avant de faire un bond dans les airs, utilisant la magie du vent pour en profiter pour mettre de la distance avec ses opposants et elle mais aussi avoir une meilleure vision.

Une vision dont elle se serait bien passée. Le campement était en flammes en plusieurs endroits et elle ne pouvait pas détourner son regard des nombreux combat qui avaient lieu. Elle tenta de retrouver Royan et Elise du regard mais très vite, elle dût faire quelques mouvements pour esquiver des flèches qui tentèrent de l’atteindre. Vraiment ? Ils osaient essayer ça sur elle ?!

« Je vais vous le faire payer ! »

Mais c’était comme des paroles en l’air. Elle comprenait que s’ils en venaient à utiliser des attaques à distance en plein campement ennemi, c’est qu’ils étaient assez confiants pour ne pas avoir à se préoccuper de leurs alentours. Autant dire que c’était encore plus problématique qu’elle ne le pensait.

Et ce qu’elle pensait n’était déjà pas très glorieux. Elle commençait à être sérieusement inquiète de la tournure des évènements. Elle ne pouvait plus se préoccuper de savoir comment Elise et Royan se débrouillaient. Elle devait d’abord s’occuper d’elle avant que cette histoire ne se mette à tourner très salement.

« Bon, les Honoriens et les démons, vous êtes en train de me taper sur les nerfs et ce n’est pas une bonne solution ! »

« Ohlala, qu’est-ce que tu vas nous faire exactement hein ? Tu crois vraiment que l’on va s’inquiéter d’une seule et unique personne ?! Votre foutue armée n’a pas compris à qui elle avait affaire ! »

« J’ai plutôt la sensation de l’inverse. Vous n’avez aucune idée de qui vous affrontez. »

Elle ne savait juste pas combien de temps elle allait tenir à cette allure. Ses adversaires ne diminuaient pas. Certains étaient même en train de se faire soigner, surtout les démons. Plus résistants que les honoriens qui étaient déjà des combattants aguerris et nés, voilà ce qu’ils étaient. Mais tout ça, elle le savait déjà grâce à la présence d’Elise et des autres présents qui étaient dans leur propre armée.

Rien… Elle ne pouvait rien faire à part tenter de les tuer plus rapidement qu’ils ne venaient. Mais pourquoi est-ce qu’ils étaient focalisés sur elle ? Est-ce qu’ils avaient deviné quelque chose à son sujet ? Mais ils auraient deviné quoi ?

Est-ce que ces démons avaient un intérêt quelconque à la tuer ? Autre le fait de simplement vouloir la tuer, est-ce qu’ils savaient qu’elle était la fille des deux divinités Alzar et Zélisia ? Hmm… Mais qu’est-ce que ça leur apporterait plus exactement de savoir ça ?

Elle hoqueta soudainement de douleur, baissant les yeux en remarquant la pointe d’une flèche qui venait de se nicher dans sa jambe gauche, la faisant tomber à genoux. Elle extirpa aussitôt la flèche, soignant sa blessure mais elle avait compris son erreur assez vite.

« Eh bien, on fait moins la maligne hein ? Cela va être l’heure de te régler ton compte. »

Vraiment ? Elle savait que certains honoriens n’étaient pas franchement doués pour la diplomatie mais utiliser une phrase aussi basique, digne d’un bandit de bas-étage qui s’attaquait aux caravanes, il devait plutôt avoir honte d’avoir ouvert la bouche qu’autre chose hein ? Avec un léger grognement de colère, elle tenta de se redresser, faisant un mouvement de la main droite pour créer un mur de vent, évitant juste à temps plusieurs nouvelles flèches en sa direction.

Ils n’allaient pas oser s’approcher d’elle. Ils pouvaient continuer à l’attaquer tout en sachant qu’elle était maintenant blessée. Vraiment… Ils avaient tout prévu, bien plus qu’elle ne l’aurait imaginé. Comment faire alors quand elle était dans une telle situation ? Hors de question ! Il en était hors de question !

« JE NE VAIS PAS ME LAISSER FAIRE ! Vous ne pourrez pas m’empêcher de voir Tery après tout ce temps ! Je n’ai pas fait tout ce chemin pour que vous me stoppiez maintenant ! »

« Qu’est-ce qu’elle est en train de raconter ? »

« Sûrement en train de crier ses dernières paroles. Vous avez pas à vous en faire ! Tuez-la avant qu’il ne soit trop tard ! »

Oui, elle avait des raisons de tenir le coup. Elle n’allait pas s’arrêter ! Si on lui avait laissé une nouvelle chance dans la vie, elle devait la récupérer et tout faire pour ne pas la laisser s’échapper ! Est-ce qu’ils pouvaient comprendre ça ?! Non, ces types, qu’ils soient démons ou honoriens, ne pensaient qu’à leur petite personne, sans même se préoccuper des conséquences de leurs actes sur les autres hein ?

Mais quand même, elle reconnaissait parfaitement que les difficultés s’accumulaient à toute vitesse. Comment est-ce qu’ils avaient pu être aussi aveugles ? Cela ne ressemblait pas à Elise mais surtout Royan, de tomber dans un piège aussi grossier ! Elle, elle avouait qu’il y avait du relâchement à cause de sa fille mais à part ça, ce n’était pas normal de se faire autant avoir comme une débutante !

Ah… Ah… Ah… Mince. Le fait de devoir tenir une position ne l’aidait pas non plus. Elle ne pouvait pas trop s’éloigner de la tente et à voir les sourires de ses adversaires, elle se doutait maintenant qu’ils étaient au courant qu’elle était en train de protéger les personnes à l’intérieur. Elle aurait dû se sentir galvanisée, investie par une puissance divine issue de ses parents mais… non, l’épuisement était trop grand.

Des fois, même avec la meilleure des volontés, le corps ne pouvait pas répondre. Et elle le comprenait parfaitement. C’était… vraiment absurde… elle allait tomber ici ? Maintenant ? Et depuis cette flèche plantée en elle, elle se sentait un peu fiévreuse. Est-ce qu’elle était empoisonnée ? Ou alors, était-ce autre chose ?

« Eh bien, on diriat qu’on fatigue hein ? T’as l’airr de faire moins la fière ! »

« Mademoiselle Elen ! Je viens vous prêter main-forte ! »

« Non tu dois rester à l’intérieur de la tente pour la protéger ! Ils n’ont pas encore réussi à l’atteindre et … »

« LES GARS ! Focalisez-vous sur cette tente ! »

Elle n’avait pas eu le temps de terminer sa phrase en répondant à la démone. Leurs adversaires étaient vraiment à fond sur elle. Ils semblaient tellement se focaliser sur sa personne comme si elle était leur cible principale depuis le début. Elle n’aimait pas ça, pas ça du tout même. Ils étaient au courant de ce qu’elle était, ce n’était pas possible autrement.

Ils voulaient la faire souffrir, complètement. Pour lui faire payer quelque chose dont elle n’était pas à l’origine. Mais… non. Elle n’allait pas se laisser faire. Elle allait puiser dans ses dernières ressources et…

« C’est quoi ça ?! D’où ça vient ?! »

Elle s’était trop concentrée sur sa survie qu’elle n’avait pas remarqué tout de suite que certains démons étaient en déroute, se faisant attaqués par derrière. Oui, des soldats qu’elle ne connaissait pas, étaient visiblement en train de s’en prendre aux démons. Pendant un bref instant, elle s’était dit que cela n’avait rien d’anormal. Elle ne pouvait pas connaître tout le monde dans l’armée qui entourait Royan mais non… Ils n’avaient pas la même allure que les soldats qui étaient habituellement avec eux.

« D’où est-ce qu’ils viennent ? »

Elle se posait la question à voix haute, si étonnée et surprise qu’elle ne savait plus tellement où donner de la tête réellement. Elle pouvait réellement souffler ? Son corps approuvait cette idée mais son cerveau restait en ébullition. Si c’était un autre groupe de démons qui venait en profiter pour tous les raser, elle devait continuer à être sur ses gardes.

« Tery ! C’est bien une armée composée des différentes races ! »

« Tant mieux, ils sauront peut-être nous guider mais avant, il nous faut exterminer tous ces foutus démons et ces honoriens ! Faites leur apprendre ce qu’il en coûte de s’en prendre à des groupes venus de la surface ! »

« Ouais, enfin, on a quand même pas vérifié qu’ils ne voulaient pas notre peau non plus hein ? Peut-être qu’ils chercheront à nous tuer ensuite ! »

« Vu comment le combat se déroulait, je crois pas qu’ils tenteraient quelque chose de la sorte s’ils veulent vraiment survivre ! »

« Ouais bon, d’accord, t’as pas tort en réalité ! »

Tery ? Elle avait entendu la voix de Tery mais aussi son prénom ! Mais sa voix aussi ! Et comment ? Elle était sûre et certaine de l’avoir entendue ! Mais où ça ? Où est-ce qu’il était ? Un regard ç gauche et à droite mais elle ne trouvait rien !

« DÉGUERPISSEZ DE MON CHEMIN ! »

Galvanisée, elle avait aussitôt crée un puissant souffle. Elle n’avait pas de temps à perdre avec ces types ! Elle avait bien mieux à faire ! Tery était là ! Il était proche ! Proche d’elle !

Si proche… et elle allait tout faire pour éliminer quiconque se dresserait en travers de son chemin. L’épuisement ? Il n’était plus présent ! L’adrénaline dans son être avait pris le dessus sur tout le reste !

« TEEEEEEEERY ! TERRRRRRRRRRRRY ! »

Quitte à utiliser le vent, elle allait faire que sa voix soit portée par le vent ! Que sa voix arrive jusqu’à Tery ! Elle allait enfin le revoir ! Tout son être en tremblait, ses yeux bleus devenant rouges alors qu’elle les plaçait sur les honoriens et démons encore présents.

« Qu’est-ce qui lui arrive à elle ? Pourquoi est-ce qu’elle… »

« C’est quoi ça ? C’est une démone en réalité ?! Non mais ces yeux… ce sont ceux d’Alzar ! Hey ! On nous avait dit qu’elle ne possédait que les pouvoirs de Zélisia ! «

« Ouais ben c’est un peu tard pour… C’est quoi ça maintenant ?! »

Alors qu’elle était plongée comme dans une transe, galvanisée par la voix de Tery au loin, Elen remarqua de nombreux éclairs qui tombaient en divers endroits dans une zone à bonne distance de là où elle se trouvait.

« Manelena est là aussi, il fallait s’en douter. »

Mais ce n’était pas ça qui allait briser sa joie. Elle allait terminer cette foutue attaque et réceptionner Tery comme il se doit ! Dire qu’il avait juste suffit d’entendre sa voix pour qu’elle retrouve toutes ses forces ! Elle en deviendrait presque hystérique et… Non ! Non non ! Elle n’allait pas retomber dans ses travers !

« Maintenant, c’est nous qui sommes pris en tenaille ! Ils peuvent nous attaquer de tous les côtés ! On veut une solution ! »

« Non mais tu vas arrêter de te plaindre, bordel ?! »

C’était maintenant l’anarchie dans le groupe. Elle pouvait pousser un soupir de soulagement ou presque. Oui, elle était même en train de sourire alors que la situation ne s’y prêtait pas. Pourquoi ça ? Car elle assistait devant ses yeux à un meurtre entre alliés. Oui, l’honorien qui venait de se plaindre venait d’avoir la gorge tranchée par le démon qui lui avait hurlé dessus. Et aussitôt, cela semblait être le geste de trop.

« Hey ! C’était mon pote ! Je peux savoir ce qui t’a pris, espèce d’abruti ?! »

« Ton ami était un lâche qui allait fuir dès la première difficulté. Tu peux limite me remercier de l’avoir tué avant qu’il ne perde le peu d’honneur qui lui restait. »

« Non mais tu te fous de moi en plus ?! J’vais te buter ! »

« Tiens donc, et comment est-ce que tu comptes y arriver ? Fais-moi bien… »

« Il est pas seul, enfoiré ! On est tout un clan, tu vas le comprendre ! »

D’accord. C’était le moment où elle n’avait plus à se mêler de ce qui allait se passer, n’est-ce pas ? Elle avait toujours son arc en main mais elle ne semblait plus vraiment le danger maintenant. Oui, elle n’avait plus à s’en faire… pour l’instant.

Une ombre métallique vint atterrir à côté d’elle, soulevant un nuage de poussière à cause des éclats de roche propulsés par le soleret noir. Se redressant aussitôt de toute sa stature, l’être en armure bien plus grand qu’Elen avait une lame dans sa main droite, la tenant fermement avant de dire :

« Nous sommes un peu en retard, malheureusement. J’ai pu voir des pertes de votre côté. »

« Le plus important est que vous soyez arrivés… alors que ce n’était même pas prévu, Manelena. Je ne vais pas m’en plaindre. »

« Tu as l’air épuisée, non ? Et où es t-elle ? » demanda une nouvelle fois la personne en armure. La tête se tourna vers la tente derrière Elen.

« Elle est sous bonne garde mais… sans vous, je crois que cela… aurait été très compliqué. »

« Mais ça c’était avant. Maintenant que sommes-nous là, tu peux souffler un peu. Et puis, ce que nous avons enclenché semble enfin prendre forme. »

Malgré le casque sur le crâne, Elen pouvait entendre un petit rire en émaner. Un rire féminin, un peu mauvais pendant qu’elle restait non-loin d’Elen, cette dernière ayant les épaules qui s’affaissaient, signe de son soulagement.

« Oh, j’imagine que tu veux savoir ça en prime mais… Tery devrait arriver d’une minute à l’autre. Il est en train de faire plusieurs percées dans les troupes ennemies avec Clari. »

« Il est vraiment là alors ! ENFIN ! Je… Après tout ce temps, il… Ah ! Euh… Au cas où, est-ce qu’il… euh… veut me voir ? »

« Hmm ? Bien entendu. Même si nous ne savions pas que vous étiez dans les parages avant que Sérest et Séran ne nous préviennent. »

« Sérest ? Séran ? Qu’est-ce qu’ils font fait exactement ? »

Maintenant qu’elle y pensait, c’est vrai qu’elle n’avait pas remarqué leur présence en ces lieux alors que ça aurait été plus qu’important, surtout par rapport à cette situation. Mais bon, vu qu’ils venaient de ramener Tery à elle, elle pouvait bien les pardonner.

« Par contre, les retrouvailles, ça attendra qu’on en termine avec eux. Tu veux qu’on tente de les capturer ? »

« Vu que je compte bien les interroger pour avoir quelques informations, ça serait mieux. Bon… Au moins, avec vous présents, je sais que ma fille est en sécurité maintenant. »

Enfin… LEUR fille. Car oui, alors que Tery n’était plus qu’à quelques mètres d’elle, ils allaient enfin pouvoir se retrouver face à face… et plus encore.

Chapitre 49 : Comment réagir

ShiroiRyu
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Chapitre 49 : Comment réagir 

« Bon alors, vous vous rapprochez ou pas ? »

Décontenancés, les deux personnes ne surent comment réagir correctement. Quelques secondes plus tôt, elle essayait encore de les jeter hors de la tente.

« Dépêchez-vous avant que je ne décide de changer d’avis, d’accord ? »

« Bien… Bien entendu… Sérest, tu veux y aller en première ? »

Sans un mot, la femme ailée s’avança vers Elen et sa fille, venant s’accroupir devant elle. Comme si elle avait l’impression que l’enfant se briserait à son contact, Sérest osait à peine tendre la main vers le bébé.

« Elle ne va pas te mordre, elle n’a pas encore fait ses premières dents. »

« Oui, je sais… mais elle semble… si fragile. Elle est en bonne santé, n’est-ce pas ? »

« Elle l’est. Sa mère a eu du mal à sa naissance, chamboulée et tout le reste. Mais Manelena comme la mère de Tery étaient là pour la soutenir. »

Elen parlait avec une certaine nonchalance et fatigue. Oui, elle semblait fatiguée mais peut-être tout simplement parce qu’elle se faisait violence pour ne pas repousser ses deux parents… ou alors pour leur pardonner.

« Vous donnez l’impression de n’avoir jamais vu de bébé de votre vie. »

« La chair de notre chair ? C’est exact… Nous n’avons pas pu t’élever… à cause de nombreuses raisons dont tu en connais la plupart. »

« Hum hum… Bref, vous n’avez rien pu faire pour moi, j’ai été abandonnée à ma naissance et c’est un démon qui m’a élevé sous couvert d’un orphelinat et… »

« Nous sommes au courant de cela. Même si nous ne pouvions pas t’approcher, nous prenions de tes nouvelles par rapport à une certaine vienne dame. »

Vieille dame ? Elle s’apprêtait à se redresser mais se retint en pensant à son enfant. Pourtant, ses yeux bleus fixèrent avec intensité Séran qui avait osé parler de madame Liza.

« Vous… Qu’est-ce qu’elle… par rapport à vous ? »

« Une longue famille d’adeptes de nos formes divines. Elle n’était pas fille unique donc sa lignée n’a pas disparu mais… de son côté, malheureusement, nous avons appris la nouvelle très rapidement. Nous avons prévenu sa famille, c’était la moindre des choses. »

« J’ai toujours cru… qu’elle était orpheline comme les autres enfants. Elle est morte… à cause de ce démon. Ce démon qui prétendait être un oracle. »

« À ce sujet, il est vrai que ces démons doivent être proches de la famille royale. »

Hein ? Comment cela ? Maintenant, Elen fixait Sérest comme si elle venait d’apprendre une révélation qu’elle aurait dû connaître depuis tout ce temps. Pourquoi ? Enfin, qu’est-ce que Sérest venait de dire ? Celui-ci reprit :

« Je ne vois qu’eux pour réussir à être au courant par rapport à ta naissance. Et encore, ils savaient ce que cela impliqueraient. Quelqu’un dans la famille royale démoniaque a bien plus de détails que nous le pensions. »

« Et donc si j’ai mené cette existence, est-ce que vous voulez dire que c’est… »

« Encore de notre faute ? Cela serait un peu exagéré de vouloir nous tenir responsable de tous les malheurs du monde, tu ne trouves pas, Elen ? »

« En même temps, d’un autre côté, vous ne semblez pas nier que pas mal de choses se sont produites à cause de votre absence d’actions ou justement à cause de ces dernières hein ? Je ne viens pas de les inventer, non plus. »

« Hmm… D’accord. Bref, ces démons, tu n’as donc aucune nouvelle à leur sujet ? »

« Si j’en avais, ça serait les dernières que nous aurions. Je ne compte pas les laisser vivre, ces saletés. Je veux leur faire payer. »

« La vengeance ne mène à rien de bon, Elen. J’imagine que tu le sais déjà, non ? »

« Elle ne mène à rien mais elle permet d’être satisfait. Et ces deux êtres méritent le sort que j’ai prévu de leur faire subir. »

« Visiblement, je ne peux pas te faire changer d’avis. Mais, nous sommes heureux de te revoir, nous tenons à te la signaler. »

« Si c’était vraiment le cas, vous seriez restés, non ? Or, ce n’est pas le cas et j’ai faillit perdre mon enfant et… »

« Elen, en même temps, ce sont eux qui t’ont sauvé après ce que tu avais fait pour eux. » déclara une voix masculine, Royan finissant par rentrer dans la tente. « Désolé mais je ne pouvais pas faire comme si de rien n’était bien que… »

« Tu ne te gênais pas pour tendre une oreille indiscrète, comme si de rien n’était, c’est ça ? »

« Elen, tu peux me faire tous les reproches que tu veux mais pour le coup, tes parents t’ont sauvé la vie en réponse à ce que tu as fait de ton côté. Certains pourront dire que c’est un échange de bon procédé, rien de plus. »

« Ce n’est pas totalement faux… et ce n’est pas exactement vrai. Mais bon, d’un autre côté, nous pensions mourir pour ouvrir les portes démoniaques. Il s’avère que tes actions nous ont offert une nouvelle chance de vivre et que toi aussi, qui devait mourir, méritait la même chance. C’est pourquoi nous avons fait cela. »

« Et si j’avais décidé de ne pas vous sauver ? »

« Tu serais morte comme nous, malheureusement. »

RAAAAAAAAAH ! Ce couple qu’elle devait considérer comme ses parents arrivait à l’exaspérer plus qu’il n’en fallait ! Sincèrement, comment est-ce qu’ils faisaient pour réussir un tel prodige ? Est-ce qu’elle était devenue une boule de nerfs si facile que ça à user énerver ? La question se posait et était légitime. Pour autant, il fallait faire comme si de rien n’était… si ce n’était pas trop tard justement.

« Est-ce que… tu saisis un peu mieux la situation ? »

« Non. Pas du tout. Mais je vais faire comme si c’était le cas. Ma seule priorité à l’heure actuelle, c’est de retrouver Tery et pour le moment, ce n’est pas du tout le cas. »

« Tu es bien plus proche de lui que tu ne le crois. Sois rassurée. »

« Comment est-ce que vous pouvez le savoir ? » rétorqua à nouveau Elen en les regardant avec suspicion. Lorsqu’ils parlaient de la sorte, elle avait vraiment envie de …

« Que tu vas bientôt pouvoir lui faire face. Par contre, en vue de la situation actuelle, il se pourrait que tout soit très dangereux d’ici quelques temps. »

« Qu’est-ce que vous savez encore que vous me cachez ? »

Elle n’avait plus le temps de prendre des pincettes. Pas avec eux, ils ne le méritaient pas. Elle voulait une réponse franche et directe. Qu’ils arrêtent de tergiverser et qu’ils viennent lui répondre maintenant au lieu de tourner autour du pot.

« Ce n’est pas vraiment un secret, plus une prémonition, une sensation. J’imagine que c’est difficile à croire mais il y a de très fortes chances que votre fille comme les cadets d’Elise soient en danger très bientôt. Ce ne sont que des enfants dans leurs cas… »

« Et vous aimeriez qu’on vous les confie alors qu’ils ne vous connaissent pas et que vous êtes revenus comme si de rien n’était ? Ce n’est pas à moi qu’il faut demander ça mais à Elise et à Zalek comme Wandy. »

« C’est vrai. Et pour… »

« Je vais y réfléchir. Disparaissez maintenant. » coupa sèchement la jeune femme aux cheveux blonds, les invitant à partir. Ils étaient restés que trop longtemps dans sa tente. Ils avaient eu l’occasion de voir leur petite-fille, chose qu’elle n’aurait jamais permis à l’époque. Peut-être qu’elle était prête à leur laisser une chance.
Car elle avait sûrement envie d’y croire… oui, croire en eux. Croire qu’il était possible que tout cela n’avait été qu’un malheureux concours de circonstance, comme avec Tery. Elle ne se savait pas aussi niaise et ridicule et pourtant… elle était là, devant le fait accompli.

« Tery, s’il te plaît, dépêche-toi vraiment… je n’en peux plus à force. »

Après le départ du duo, elle s’était relevée, observant l’enfant endormi avec tendresse.

Elle était heureuse, très heureuse d’avoir cet enfant mais elle savait qu’en un tel endroit, le danger était permanent. Pourtant, elle l’avait emmené en son âme et conscience, connaissant parfaitement ce que cela impliquait. Oui… Elle allait… veiller sur elle.

Plongée dans le sommeil à son tour, elle rêvait. Elle rêvait doucement à ce qu’elle voudrait faire avec Tery lorsqu’ils se retrouveront. Des rêves qui se mélangeaient, qui fusionnaient, donnant l’impression de mener une nouvelle vie dans ce monde onirique.

Une vie calme, paisible, parfois parcourue par des moments plus intimes où elle espérait fonder une famille bien plus nombreuse. Oui, l’expression de leur amour devait se faire via de nombreux enfants et tout son corps ne cachait plus vraiment cette envie brûlante et dévorait qui animait et la parcourait.

« Elen ! Elen ! Réveilles-toi et vite ! On se fait attaquer ! »

Hein ?! Elle s’était redressée aussitôt, yeux grands ouverts, en position d’alerte. Que ça soit Elise elle-même et non pas un simple soldat avait aussitôt confirmé à quel point cela devait être dangereuse. Se remettant debout, elle était déjà prête mais allait nécessiter quelques informations. S’adressant à la « nourrice » chargée de surveiller son enfant, une démone ayant déjà eu plusieurs d’entre eux dans le passé, elle se mettait à côté d’Elise, demandant plus de détails sur la situation.

« Qu’est-ce qui se passe exactement ? Les monstres sont parfois stupides mais… »

« Ce ne sont pas des monstres mais des honoriens ! Et ils sont accompagnés par des démons en prime ! C’est le pire qui pouvait nous tomber dessus ! »

« Le pire ? Oui, on a connu bien pire toutes les deux. Royan est où ? »

« En train de préparer nos troupes. Je crois qu’on doit avoir un ou deux traîtres dans notre armée, ils sont tellement bien préparés en face que ça ne me donne pas l’impression que ça soit juste le fruit du hasard ! »

« Quelqu’un qui n’aurait pas hésité à nous planter une lame dans le dos ? »

Pendant un bref instant, elle pensa à Sérest et Séran mais retira très vite cette idée du crâne. Non, ils n’auraient pas osé une nouvelle fois. Pas de cette manière, pas ainsi. Une fois mais pas deux, non ? Pas de la sorte. Même si maintenant, cette idée commença à se trouver une petite place dans sa tête.

« Est-ce qu’ils ont des revendications ou autres ? »

« Non, pas du tout. Nous avons été assez doués pour éliminer les éclaireurs qui sont venus jusqu’à nous et nous avons réussi à extirper ces informations mais nous avons préféré les éliminer pour qu’ils ne posent pas de problème. »

« Donc, actuellement, c’est plus une question de temps que de réaction à vif. C’est pour ça que tu m’as réveillée aussi subitement ? Je pensais que nous étions déjà en train de nous faire attaquer, Elise ! Tu es complètement folle ou presque, tu le sais ? »

« Folle, folle, pas vraiment. Vu comment c’est important, j’ai préféré plutôt jouer la sécurité qu’autre chose. Bon… Que faisons-nous ? »

« Je vais déjà aller voir Royan. Vu que ça reste le roi de Traslord, il est quand même plus doué que moi ou toi pour tout ce qui est stratégie, hein ? »

« Je ne peux pas dire que tu as tort sur ce point. » compléta Elise avant de laisser Elen prendre les devants, la guidant néanmoins en direction de la tente où se trouvait Royan avec les hauts-gradés militaires.

« Me voilà, Royan. Désolée du retard. »

« On ne ne pouvait pas prévoir qu’ils étaient si proches de nous mais surtout qu’ils envisageaient de nous attaquer. Tu n’es pas fautive, Elen. Tant que tu es là, c’est le plus important. Pour ton enfant, est-ce que… »

« Oui, elle est en sécurité, avec sa « nourrice » donc je n’ai pas à m’en faire de mon côté. Par contre, nous étions sûrs qu’ils envisageaient de nous attaquer ? Vu qu’Elise a parlé de capture et d’interrogation, nous avons plutôt… été réactifs… qu’autre chose non ? »

« Tu t’inquiètes du fait que nous avons été trop prompts à réagir alors que peut-être ils ne nous voulaient pas de mal ? Si c’est ça qui t’inquiète, je peux te rassurer. Les éclaireurs ont bien pensé qu’ils nous étaient supérieurs et nous étions bien leurs cibles. Ils n’auraient pas hésité même à capturer l’un d’entre nous comme preuve. »

« D’accord, d’accord. Des éclaireurs purement démoniaques ? »

« Non, justement, honoriens parmi eux. Et avec un équipement démoniaque sur eux, ce qui veut dire qu’ils collaboraient, comme nous le pensions. C’est la première fois que nous avons affaire directement à ces fameux clans traîtres aux règles d’Honoros. »

Royan eut un léger grognement en même temps qu’il bougeait ses lèvres, chuchotant qu’Inna et Hérik avaient eu totalement raison. Justement, ils n’avaient jamais pensé qu’ils auraient décidé de leur mentir mais bon…

« Royan, je te conseilles d’empêcher quiconque de quitter le campement maintenant que nous devons nous préparer à les recevoir de façon assez « musclé ». »

« Déjà fait, Elen. Ainsi, ces traîtres parmi nous ne pourront pas prévenir leurs compagnons de ce que nous comptons faire. Cela leur tombera dessus sans même prévenir. »

Oui… Mais s’ils étaient bien plus nombreux que leur armée, ils auraient alors de gros problèmes. De plus, cela revenait plus ou moins à se mettre en état de siège. Mais bon, elle ne pouvait que faire confiance à Royan.

« Royan, vu que c’est nous qui subissons cette attaque, je vais… »

« Tu n’as pas à t’en faire. La priorité va à ton enfant. Il en est de même pour les blessés, il faut que nous protégions ceux qui ne sont pas aptes à se battre. Les règles ne changent pas. »

Elle hocha la tête, le remerciant de façon non-verbale avant de retourner au niveau de sa tente. Elle eut une petite mimique de colère, ne remarquant pas Sérest et Séran dans les environs. Pourquoi est-ce qu’elle y avait cru hein ? Est-ce qu’elle était aussi ridicule que ça ?

Sûrement … mais au moins, elle vint prévenir la nourrice de sa fille qu’elle allait traîner autour de la tente pour être certaine qu’il n’y avait aucun risque et que rien ne pourrait se rapprocher de celle-ci. Une mesure de précaution pour la sécurité de son enfant. De plus, elle n’était pas si éloignée que ça des autres tentes, bien plus grandes, qui servaient de dortoir aux personnes « civiles » de l’armée.

« Je pourrais surveiller les alentours. »

Ces paroles étaient plus pour elle-même que pour les autres mais cela lui permettait de se rassurer. Néanmoins, ce n’était pas pour ça qu’elle allait accepter d’être toute seule à défendre cet endroit hein ? Il fallait que les autres bossent aussi ! Pfiou…

Elle était peut-être un peu excitée ou tremblante. Elle n’était pas certaine que ça soit à cause de l’émotion, plutôt des paroles de Sérest et Séran. Ces derniers avaient évoqué le fait que Tery n’étaient pas si loin d’elle et… peut-être que dans le fond, elle voulait quand même les croire. Ils savaient où « taper » pour réussir à l’intéresser.


Maintenant, elle était assise sur un tabouret, son arc à la main, à une distance respectable de la tente où dormait sa fille. Elle l’avait encore dans son champ de vision, ce qui lui permettrait de la défendre plus aisément. De toute façon, elle était prête à tous les excès dès qu’il s’agissait de sa fille. Hmm… En pensant de la sorte, elle avait l’impression qu’elle n’avait rien appris de ses erreurs passées.

Mais en même temps… Hmm… Non, elle n’avait pas le temps d’y penser en réalité. Elle commençait à entendre les bruits de combat. Son coeur se serra un peu plus que d’habitude. Pourtant, ça ne changeait pas tant des autres fois… donc elle ne comprenait pas ce qui clochait. Elle était assez perdue en réalité.

Mais voilà, la corde son arc vrilla pendant un bref instant en même temps qu’une flèche de lumière ne partait vers les airs, pour tomber bien plus loin, an milieu de plusieurs tentes. Elle ne pouvait entendre le cri à cause de la distance mais elle savait que sa flèche avait touché sa cible. Oui… Elle en était convaincue.

Et puis, très vite, tout commença à s’enchaîner à une vitesse bien plus rapide qu’elle ne le pensait. Des nuages de fumée s’élevèrent à distance, signe que certaines tentes prenaient feu alors que les combats prenaient place tout autour d’elle.

Ne pas bouger. Elle ne devait pas bouger. Elle était sur le qui-vive, prête à réagir dès que cela sera nécessaire. Pas de geste impromptu. Elle n’était pas là pour en faire plus que nécessaire. Tout son être devait rester calme et tranquille.
Calme… et tranquille… ou presque. Mais pourquoi est-ce qu’elle avait ce sentiment néfaste qui l’envahissait ? Elle était debout, non-loin de la tente où se trouvait son enfant, venant rassurer la nourrice à l’intérieur. Enfin, celle-ci restait une démone qui avait déjà son attirail pour défendre l’enfant, munie d’une épée longue et d’un bouclier héraldique.

« Elen, vous ne préférez pas que j’aille défendre à l’extérieur tandis que vous restez auprès de votre fille ? » demanda justement la démone, se présentant à l’entrée de la tente, son regard néanmoins tourné vers l’intérieur.

« N’ayant pas vraiment les capacités de me défendre au corps à corps, si je suis attaquée par surprise alors que je suis dans la tente, je ne pourrais pas réagir correctement. Elle est plus en sécurité à tes côtés. »

« Comme vous le désirez. De plus, nous avons préparé chacune de notre côté quelques sorts pour la protéger. »

« Contre les honoriens, je n’ai pas trop de crainte mais la puissance des démons varie tellement entre deux démons que c’est difficile de savoir si ça sera suffisant ou non. »

La membre de la dite-race fit un léger sourire en hochant la tête positivement, ne pouvant que confirmer les propos d’Elen. Retournant dans la tente, munie de son armement, la démone n’était plus visible alors qu’Elen reprenait place.

Pourquoi ce mauvais pressentiment ? Pourquoi est-ce qu’elle avait l’impression que si elle ne faisait pas attention, tout allait très mal se terminer ? Qu’est-ce qui clochait réellement ? La sensation était si différente que d’habitude.

Pourtant, elle n’avait aucune raison concrète d’être plus inquiète qu’auparavant. Oui, elle allait régler le problème comme elle le faisait à chaque fois et retrouver sa petite fille adorée. Pfiou… Les tentes des non-combattants étaient au centre du campement, guère trop éloignées de celles d’Elen, Royan et Elise. Tant que les ennemis n’arrivaient pas à cet endroit, il n’y aura aucune raison de s’inquiéter et …

«MAIS ILS SONT COMBIEN ?! »

Une voix se fait entendre, plus forte et imposante que les autres, autour d’elle. Concentrée, elle pouvait entendre de nombreux cris de bataille. Les flammes, il y en avait de plus en plus mais comment… Normalement, ils ne devraient pas avoir autant de souci ?! Elle fit apparaître aussitôt une flèche en bandant son arc, tirant dans les airs pour que celle-ci explose en une dizaine de flèches qui partirent vers le sol. Entendant quelques hurlements, elle savait qu’elle venait de faire mouche et…

« C’est elle ! C’est elle qui nous attaque à distance ! »

Depuis quand est-ce que ces honoriens et ces démons sont là ?! Ils ont réussi à venir jusqu’ici ? Qu’est-ce que les autres font ? Et Royan ? Et Elise ? Pourquoi et comment est-ce qu’ils ont réussi à venir jusqu’ici ?

« Faites qu’ils soient en sécurité. »

Voeu pieu qu’elle prononçait pour elle-même tout en serrant les dents. De nouveaux cris, de nouveaux hurlements, tout était chamboulé. Normalement, ça ne devait pas se passer comme ça ! Pourquoi est-ce pour une fois, tout allait mal se finir ?! Il en était hors de question ! Elle n’allait pas laisser tout ça se faire ! Elle allait régler ce problème par elle-même !

Chapitre 48 : Au centre de tout

ShiroiRyu
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Chapitre 48 : Au centre de tout

« C’est bien étrange. »

« De quoi donc, Elise ? » demanda le jeune homme aux cheveux bleus juste à côté de la demoiselle démoniaque. Celle-ci marchait derrière Elen, qui dirigeait la petite troupe pour l’occasion.

« Les chemins qu’Elen est en train de prendre, j’ai la sensation de n’en connaître aucun. »

« Et… Est-ce que c’est une bonne chose ou non ? Si ce n’est pas le cas, il vaut mieux l’arrêter maintenant avant que nous nous mettions en danger. Surtout qu’elle porte sa fille avec elle. Déjà qu’elle voulait absolument jouer son rôle d’éclaireuse… »

« Pour le moment, j’ai justement l’impression du contraire. Les chemins pris sont complètement vierges de dangers. C’est assez perturbant. »

Finalement, qu’est-ce qu’il pouvait y faire ? Il haussa simplement les épaules aux propos de sa dulcinée. Si c’était ce qu’elle ressentait, qui était-il pour prétendre mieux savoir qu’elle ? Dans tous les cas, elle avança pour se retrouver assez vite à la hauteur d’Elen.

« Alors, Elen, qu’est-ce que tu as de bien à nous dire ? »

« Pas grand-chose, si tu veux tout savoir, Elise ! J’ai juste la sensation… que nous nous rapprochons de quelqu’un de très proche de moi. Je suis certaine que nous allons bientôt trouver Tery ! »

« C’est tout ce que j’espère pour toi. Tu as assez attendu et assez souffert. Il est vraiment temps que vous puissiez souffler tous les deux. »

« Je ne te le fais pas dire ! Ah… Par contre, quand ça arrivera, vous pourrez vous occuper de ma fille ? Enfin, après bien entendu que je l’ai présentée à Tery. »

Hum hum. Pas besoin de plus d’explications sur le pourquoi elle voulait être seule avec Tery. Il y avait de ces réponses qui étaient implicites sans même nécessiter plus de détails. Pour autant, Elise ne pût s’empêcher de rire intérieurement.

« J’ai eu les mêmes besoins en revoyant Royan après tout ce temps. »

« Entre femmes, c’est plus aisé de se comprendre, non ? »

« C’est exact. Ce n’est pas à Royan que tu pourrais parler de ça. Enfin, Royan, lui parler même d’autre chose est assez compliqué en un sens. »

« Je veux bien te croire. Même après toutes ces années, il peut garder un petit côté tête de mule. C’est assez impressionnant. Après, je suis mal placée, Tery a aussi son petit caractère et pfiou, je sais aussi que j’ai été assez… problématique. »

« Ça, je ne te le fais pas dire, ma grande. Mais bon, on a chacun nos défauts et si tout le monde était parfait, ça serait bien triste. »

« Ah… Vouloir être parfaite pour l’être aimé, je crois que de ce côté, je me suis plantée. »

« En cherchant une telle chose, tu t’es bloquée sur bien d’autres. Mais maintenant que tu as compris la leçon, tu n’as donc plus à t’inquiéter, Elen. »

« Hmm hmm. J’imagine que oui ! Voir Tery… Ah… »

Oh ? Elle était maintenant plongée dans ses pensées hein ? Elise eut un fin sourire, bien qu’elle préférait si Elen savait où elle était en train de les emmener. Ce n’était pas qu’elle n’avait pas confiance en la jeune femme aux cheveux blonds mais il fallait quand même reconnaître que c’était mieux si elle était concentrée sur sa tâche.

Mais voilà, malgré son inquiétude, il fallait reconnaître que la demoiselle aux cheveux blonds faisait le travail demandé. Encore qu’il n’y avait aucun travail à la base, simplement de l’instinct. Un instinct qui pouvait parfois se montrer assez cruel et moqueur envers elle.

Les minutes s’étaient écoulées, puis les heures, et la première pause était arrivée. L’armée était assez satisfaite de la tournure des évènements. Pour une fois, ils n’avaient pas à s’inquiéter des monstres autour d’eux. Ils se sentaient en confiance dans l’endroit où Elen avait décidé de signaler qu’ils allaient se reposer.

« Hmm… Je pensais vraiment que Tery serait dans les environs. »

« Le monde souterrain est gigantesque, Elen. Je ne peux pas prétendre savoir exactement à quel point mais dis toi que si on compte toutes les galeries sous la surface, il n’y aurait rien d’étonnant à ce que la superficie soit bien plus grande que tu ne le crois. »

La jeune demoiselle aux cheveux blonds fit une légère moue comme réponse, guère vraiment satisfaite de celle d’Elise. Il lui en fallait quand même plus que ça hein ? Ah… Enfin bon, elle allait s’occuper de sa fille en attendant qu’ils reprennent la route.

Comme à son habitude maintenant, elle poussait doucement la chansonnnette pour calmer la petite demoiselle dans ses bras, celle-ci n’étant en réalité guère agitée contrairement à ses deux parents qui tenaient rarement en place.

Oui l’enfant était si calme et adorable, étant et restant la coqueluche de l’armée présente autour d’Elen, Elise et Royan. Pour beaucoup de femmes dans l’armée, cela restait un but à atteindre même si en tant que militaires, elles ne pouvaient renier l’exaltation du combat sur le terrain directement.

« Elise ? Est-ce que tu peux la garder pour quelques instants, s’il te plaît ? »

Alors que la demoiselle aux cheveux auburn observait la mère et l’enfant, Elen s’était redressée assez vivement tandis que le bambin dormait dans ses bras. Comme mise en alerte, Elen déposa l’enfant dans les bras d’Elise avant de reprendre :

« Je crois que nous ne sommes pas seuls. Je veux aller vérifier. »

« C’est beaucoup trop dangereux d’y aller seule, Elen. Je veux que tu sois accompagnée. »

« S’il y a un souci, j’irais fuir plutôt que de chercher la confrontation. Ne t’en fait pas pour moi, d’accord ? »

« Justement, c’est bien parce que je m’en fais pour toi que je dis ça. »

« Hahaha ! Sincèrement, ça devrait aller. Nous commençons à nous y habituer et même s’il est vrai que nous n’avonns rien eu à combattre aujourd’hui, ce n’est pas pour ça que je vais baisser ma garde. J’ai juste cette sensation… qu’il est proche… et je veux être la première à confirmer ça, c’est tout ! »

« Hum. D’accord, je ne vais pas te mentir, je ne suis pas vraiment rassurée mais bon… »

Ce n’était pas comme si Elen allait vraiment écouter ce qu’elle allait dire hein ? Elise observa le bébé dans ses bras qui roupillait tout doucement avant d’hocher la tête. Elle prévint Elen de se dépêcher, celle-ci partant aussitôt, presque guillerette.

« J’espère qu’elle ne va pas être trop déçue. Espérer trouver Tery comme ça, sur un coup de tête avec de la chance… »

Cela tenait plus du miracle qu’autre chose mais il était difficile de refuser ça à Elen qui était intimement convaincue que c’était chose aisée. Mais voilà, très vite, la femme aux cheveux blonds s’était arrêtée, entendant des bruits de pas et des voix. Oui, plusieurs voix.

Et tout de suite, elle avait compris alors que cela ne pouvait être Tery. Elle aurait reconnu sa voix mais… ces voix lui disaient quelque chose aussi. Où est-ce qu’elle avait déjà entendu ces dernières ? Elle était certaine que ce nn’était pas la première fois.

Se mettant sur ses gardes, elle avait alors décidé de rester derrière un rocher, tenant fermement l’arc qu’elle avait fait apparaître dans ses mains. Des flèches dotées des capacités de Zélisia étaient parfaites pour exterminer quelques démons. Il suffisait simplement de se focaliser un petit peu sur les cibles et avant même qu’elles ne puissent ré…

« Elen ? C’est bien toi ? »

Elle sursauta sur le coup en entendant une voix féminine dans son dos, se retournant pour faire face… à deux personnnes ?! Deux personnes qu’elle reconnnaissaient aisément.

« Qu’est-ce… que vous faites ici ? »

Sérest. Séran. Deux personnes qui avaient bien dépassé la quarantaine d’années. Pourtant, malgré cela, leurs corps étaient comme parfaitement sculptés tous les deux. Mais ce n’était pas ça qui avait fait émettre un grognement chez la jeune femme.

« Nous pourrions te poser la même question, le sais-tu ? »

Et voilà qu’elle avait maintenant un rictus aux lèvres. Il valait mieux ne pas se lancer sur cette pente glissante, elle n’était clairement pas d’humeur à leur stupidité. Alors qu’elle avait fait disparaître son arc, ses mains se posèrent instinctivement sur son ventre, comme pour se protéger d’un mauvais souvenir.

« Répondez au lieu. Je ne suis pas d’humeur à plaisanter. »

« Seulement si tu nous expliques pourquoi est-ce que tu réagis de la sorte… »

« Sérest, c’est assez facile à comprendre. » déclara l’homme en donnant un petit coup de coude dans la hanche de sa femme, pointant du regard le ventre d’Elen.

« Oh… Oui. C’est une bonne raison en soi, c’est vrai. »

« Je ne vais pas me répéter une troisième fois. Qu’est-ce que vous faites ici ?! Je veux le savoir ! J’espérais ne jamais vous revoir ! »

« C’est très cruel de dire cela alors que nous ne sommes pas directement responsables de ce qui s’est passé aux portes d’Omnnosmos. »

« À d’autres. Je ne vais pas tomber dans votre piège. Exprimez-vous maintenant. Pourquoi est-ce que vous promenez dans le monde souterrain comme si de rien n’était ? Qu’est-ce que vous manigancez encore tous les deux ? »

« Rien de spécial. Nous avons simplement eu vent des mésaventures de ces derniers… »

« Oui, bien entendu, car nous savons très bien que vous n’êtes responsables en rien de tout ce qui se passe hein ? Vous vous foutez pas un peu de ma gueule ? »

Elle était en train de bouillir sur place mais ils ne semblaient pas du tout en tenir compte. Elle allait finir par exploser à cette allure s’ils ne décidaient pas de s’exprimer correctement ! Ils avaient intérêt à répondre avant qu’elle ne fasse tout dégénérer !

« Tu es devenue bien plus vulgaire et agressive depuis la dernière fois. » murmura Sérest avec calme et un peu de tristesse dans la voix.

« La faute à qui ? Je veux dire : je vois deux personnes que j’appréciais mourir devant mes yeux, j’ai une main qui me traverse le ventre de la part de l’homme que j’aime, mettant en danger de mort l’enfant que je portais et j’ai appris que tout ça était à cause de deux personnes, anciennes divinités, accessoirement mes parents. Alors, non, je suis désolée de ne pas l’être par rapport à tout ce que vous avez fait ! »

« C’est vrai. Nous avons voulu vous protéger tous autant que vous êtes mais nous ne pouvions nous empêcher de nous dire que nous devions réussir enfin à rouvrir les portes pour… »

« Au point que je sois seulement un objet entre vos mains, c’est ça ?! Car j’ai bien compris qu’il fallait votre sang et celui de votre enfant ! Qui me dit que ce n’est pas juste la raison de mon existence à vos yeux ?! »

« Ce n’est pas le cas, tu peux être rassurée. »

« Rassurée par qui ? Vous ? Vos paroles ? Comme si je pouvais vous accorder ma confiance, tss ! Dire que j’ai cru que j’allais retrouver Tery et au final, je suis tombée sur vous. Je ferais mieux de retourner voir les autres. »

Et sans un mot de plus, elle pivota sur elle-même, ne leur jetant même plus un regard avant de se mettre en route. Pour elle, la conversation était terminée. Les deux personnes la regardèrent s’éloigner, s’observant l’une à l’autre avant de soupirer.

« Dire que Tery n’est plus si loin d’elle. Nous aurions pu … la prévenir, Séran. »

« Sérest, je suis certain qu’elle va le trouver par elle-même. Nous savons où est l’enfant du Dévoreur, c’est une bonne chose mais… pour ce dernier… »

« Rentrer dans la capitale démoniaque serait tout simplement nous conduire à la mort. »

« Oui, nous n’avons plus… vraiment les capacités d’antan, c’est bien triste. »

« La faute à nos corps affaiblis par le temps. Mais il en est ainsi et pas autrement. Tu penses que nous devrions aller les revoir ? » demanda une nouvelle fois Sérest, les joues rougies. « Je voudrais bien… regarder notre petite-fille. »

« Je ne suis pas certain que nous y serons autorisés bien que nous serons acceptés parmi leurs troupes. Allons-y alors. »

Les deux personnes étaient à peine convaincues par leurs propres paroles. Même si elles cherchaient à ne pas trop le montrer, les paroles assez dures et froides d’Elen avaient réussi à les affecter. En même temps, il était difficile de prétendre qu’elle avait tort. La démarche lente, les voilà qui suivaient les traces laissées par Elen.

Lorsqu’ils se présentèrent devant l’armée composée des différentes races, aussitôt, plusieurs armes se levèrent avant de très vite se rabaisser, deux personnes se présentant face à eux. Deux personnes aux allures si différentes et pourtant qui allaient si bien ensemble.

« Royan… Elise, cela faisait très longtemps. Heureux de voir que vous allez bien. »

« Difficile de dire que c’est réciproque mais bon… Qu’est-ce que l’on peut faire pour vous ? »

« Vous n’êtes sûrement pas venus simplement pour prendre de nos nouvelles, non ? »

Elise avait complété les propos de Royan, se mettant face à Sérest, Séran étant de même par rapport au jeune homme aux cheveux bleus. Les deux anciennes divinités les regardèrent pendant quelques instants avant de pousser un léger soupir, montrant bien par là qu’ils étaient fatigués mentalement par tout ceci.

« Nous sommes venus explorer le monde souterrain après ces derniers siècles voire millénaires. Tout cela a tant changé que nous ne pouvons à peine nous rappeler où nous nous trouvons réellement. »

« Juste ça ? Vous êtes de quel côté réellement ? Vous comprendrez que l’on ne sait pas vraiment comment vous considérer, n’est-ce pas ? »

« C’est normal. Nous sommes du côté du monde. Du monde entier. Nous ne faisons pas de différence entre les démons et les races de la surface… comme vous, n’est-ce pas ? »

« Vos paroles sonnent creuses à mes oreilles. Néanmoins, je veux bien vous accorder le bénéfice du doute à ce sujet. Donc… bon… Pourquoi étiez-vous ici exactement ? »

« Le Dévoreur. Est-ce que ce nom vous dit quelque chose ? »

Les deux personnes hochèrent négativement la tête bien qu’Elise était maintenant songeuse, réfléchissant plus longuement à leurs propos. Avec Tery, il n’y avait pas quelque chose du genre ? Ou alors, peut-être qu’elle se trompait ?

« Non mais j’imagine que vous allez nous dire de quoi il s’agit, n’est-ce pas ? »

« C’est demandé de façon si agréable, il serait difficile de refuser d’y répondre. Alors pour tout vous dire, le Dévoreur est en partie responsable de la création des portes qui ont séparés les différentes races de notre de monde. »

« Vous voulez plutôt dire la séparation des démons et des autres races hein ? Puisque les démons ont été reclus pendant des siècles par tout cela. Et puis, heureusement que vous avez bien prévenu que le Dévoreur était en partie … responsable … l’autre partie, c’est vous, n’est-ce pas ? Autant l’avouer tout de suite. »

« Il n’y a pas besoin d’aveu, Elise. Puisque nous ne sommes pas des accusés mais des coupables. Il est vrai que c’est par notre faute, indirectement, que le Dévoreur a réagi ainsi et est devenu cette abomination. »

« Ne traitez pas d’abomination l’engeance a laquelle vous avez donné vie. »

Ils étaient vraiment tous très colériques, non ? Sérest et Séran s’observèrent. Au moins, cela prouvait que les liens unissant Tery, Elen et les autres n’étaient pas factices. Pour autant, il fallait accuser le coup à leurs propos.

« Le Dévoreur était un être démoniaque avant de porter ce nom. Mais vous raconter son histoire risque de prendre beaucoup de temps. »

« Et nous aimerions beaucoup voir notre petite-fille si possible. »

« Ça, ce n’est pas à nous de le décider. Il faut voir avec Elen et autant vous dire qu’elle n’est pas vraiment ravie de vous voir dans les parages. »

« Nous l’avions malheureusement remarqué, Sérest et moi mais… pouvez-vous nous guider jusqu’à sa tente ? Là-bas, nous tenterons de communiquer avec elle. »

« Humpf. Royan, je vais m’en charger, je dois leur parler sur le chemin. J’imagine que ça ne te dérange pas, hein ? »

Le jeune homme aux cheveux bleus haussa les épaules, comme si de rien n’était, incitant par là à ce qu’Elise fasse ce qu’elle estimait être bon. La femme aux cheveux auburn regarda les deux autres personnes, faisant un mouvement de la tête pour qu’ils se mettent à la suivre.

« Merci beaucoup, Elise. Sans toi, je ne sais pas ce que nous aurions fait. »

« Pas grand-chose. Et ne considérez pas cela comme un service. Je veux simplement le bonheur de cet enfant. Le plus tôt tout ira pour le mieux, mieux ce sera. »

Oui, cette phrase sonnait étrange maintenant qu’elle était en train de la prononcer mais elle n’était plus à ça près. Elle emmena les deux personnes jusqu’à une tente, la voix d’Elen se faisant aussitôt entendre :

« Je préfère éviter qu’ils ne rentrent. Ils ne méritent pas de voir l’enfant qu’ils ont tenté de tuer, Elise. »

« Laisse-leur une chance, Elen. Je sais à quel point la famille que l’on ne savait pas que l’on possédait peut être… problématique. »

« Je ne veux pas. Elle est en train de dormir et… »

« Elen, c’est justement le bon moment. Le fait qu’elle dorme, cela permet d’éviter qu’elle ne soit effrayée instinctivement par eux. »

L’argument était des plus saugrenus et malavisés vu que les deux personnes ciblées étaient juste à côté d’Elise et pourtant, celle-ci n’en n’avait cure. Si elle s’exprimait de la sorte, c’était bien parce qu’elle considérait les deux êtres d’un air dédaigneux. Néanmoins, après quelques secondes, la voix d’Elen se fit entendre à nouveau :

« Qu’ils rentrent. Je ne préfère pas bouger pendant qu’elle dort. »

« Ne me remerciez pas. » chuchota à peine Elise en tournant le dos à Sérest et Séran, s’éloignant de la tente pendant qu’ils rentraient dans cette dernière.

Doucement mais sûrement, ils retrouvèrent Elen, couchée dans son lit, le bébé à quelques centimètres d’elle dans un lit spécialement fait pour lui. Endormi, le corps du bébé se soulevait à peine, Séran posant ses mains sur sa bouche comme pour se terre.

Elen haussa un sourcil avant de se rappeler que de ce qu’elle savait ,Sérest était la réincarnation d’Alzar tandis que Séran était celle de Zélisia. Ce qui voulait dire que visiblement, certaines émotions plus propres aux femmes qu’aux hommes étaient encore ancrées en Séran.

« Elle est magnifique, Elen. Comme ses parents. »

« Vos compliments… ne valent rien. Si vos propos étaient sincères, vous n’auriez… jamais fait cela et vous le savez. »

« Ce n’est pas aussi simple que ça. Toi et Tery… vous êtes tout ce que l’on désirait dans ce monde. Vous êtes… ce que nous voulions il y a de cela plusieurs siècles et millénaires. »

Qu’est-ce qu’ils voulaient par là ? Pourquoi est-ce qu’elle ne pouvait pas les croire ? Pourquoi est-ce qu’à ses yeux, tout cela n’était que du vent. Une petite partie d’elle… voulait les croire mais elle n’y arrivait pas. C’était encore trop difficile.

Chapitre 47 : Trop pour un seul homme

ShiroiRyu
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Chapitre 47  : Trop pour un seul homme

Il avait réussi à trouver le sommeil et cela était devenu récurent en fin de compte. Il avait du mal à le reconnaître mais en réalité, il dormait maintenant assez mal sans Manelena. Une fois, deux fois, puis après, elle avait décidé de venir tous les soirs avec plus ou moins de discrétion. De toute façon, ce n’était plus comme s’ils avaient besoin de se cacher.

Cela ne voulait pas dire que lui et Manelena en profitaient pour faire des choses que la décence ne pouvait décrire, même si cela arrivait de temps en temps. Non, il se servait de Manelena pour décompresser. Oui, il en avait fortement besoin. Besoin de quoi ? Besoin de sa présence à ses côtés.

Il deviendrait moins fou. Avec le Dévoreur, les Gnomolds, Krawnia, tout ce qui se passait, il avait la sensation que tout se cumulait sans qu’il ne puisse souffler. Il allait manquer d’air et finir par ne plus pouvoir se retenir. Sauf qu’en arrêtant de se retenir, il n’avait alors aucune idée des conséquences qui allaient se produire.

Et en vue de ce qu’il avait fait subir à Manelena, il voulait absolument éviter que tout cela se reproduise. Hmm… Et Manelena qui le regardait avec attention alors qu’ils étaient tous les deux allongés dans sa couche. Elle ne disait pas un seul mot,, sachant qu’il était plongé dans ses pensées. Depuis quelques temps, ce n’était pas comme s’il ignorait la présence de Clari mais il faisait moins attention à sa présence.

« Tery, ce n’est pas que j’ai quelque chose contre notre position mais… »

« Oui, Manelena. Nous allons nous lever. Nous nous rapprochons de plus en plus de la surface. J’imagine que nous devrions y arriver dans la semaine qui arrive. »

Et après cette dernière phrase, il avait fini par se relever, comme si de rien n’était. Assis sur sa couche, il regarda Manelena faire de même puis se leva correctement pour enfiler une tenue décente pour le voyage.

« Lorsque nous serons à la surface, qu’est-ce que tu vas faire exactement, Tery ? »

« Reprendre le contact avec Elen, Elise et Royan. Mais aussi ma mère et tant d’autres personnes que je n’ai pas pu voir depuis combien de temps maintenant ? Ici, ils ne calculent pas forcément les jours de la même façon que nous, je crois. »

« Bien sûr que si. C’est plus difficile de deviner l’heure à cause des cristaux mais sinon, les démons calculent de la même façon que nous le nombre de journée dans la semaine. Et pareil pour le nombre d’heure. Simplement, ils ne se basent pas sur le soleil pour ça. »

« C’est vrai. Pfiou… Est-ce que la surface te manque, Manelena ? »

« Pas vraiment. Même si je pense au royaume de Shunter, je sais qu’il est entre de bonnes mains malgré mon absence donc bon… Et à part ça, mes relations n’existent pas vraiment. »

« Tu as quand même Royan, Elen, ma mère ou mes grands-parents. Il y a aussi Ernold, non ? Tu ne l’as pas oublié, lui, non ? »

« Ce n’est pas une question d’oubli. Simplement, une connaissance ne veut pas dire que c’est une relation. Tes grands-parents, cela reste ta famille à toi. Je les connais, je les apprécie mais ça ne veut pas dire qu’ils me manquent réellement. »

« Alors, qu’est-ce qui te manque à la surface ? »

« Rien du tout, je viens de te le dire. J’ai déjà ce que je veux sous la surface. Je ne vois pas pourquoi je m’inquiéterais alors de ce qui se trouve en haut. Mais bon, j’imagine que ne pas voir le soleil, au bout d’un moment, doit paraître très lassant. Il faudra faire attention à ne pas finir aveuglé hein ? Surtout après tout ce temps. »

Il alla lui répliquer que ce n’était pas grave du tout, loin de là puisqu’en même temps, ce n’était pas la première fois qu’il était remonté à la surface. Par contre, il était vrai qu’il avait fallu plusieurs minutes pour que sa vue s’adapte à nouveau à la lumière naturelle du soleil.

Hors de la tente, aucun regard moqueur de la part des soldats. C’était maintenant de notoriété presque publique cette histoire avec Manelena. En plus, ce n’était pas comme s’il se pavanaient. Il y avait quelques traits d’humour de Manelena envers lui et inversement, mais sinon, ils étaient très professionnels.

Même Héraisty, qui était considérée comme la plus proche du duo parmi l’armée, ne semblait pas dérangée par leur comportement. C’était vrai. Il se rendait anxieux et malade comme à son habitude. Mais comment pouvait-il faire comme si de rien n’était ? Il ne s’était jamais considéré comme un héros… mais en même temps, c’était lui qui était derrière de nombreux problèmes dans le monde. En fait, il était même plutôt l’antagoniste dans ce monde.

L’ennemi qui avait tellement de tort que tous et toutes voulaient sa mort. Oui, dit comme ça, ça sonnait presque plus correct que tout le reste. Ah… Bah… Même s’il était devenu un démon, enfin, il l’était déjà à la base. Bref, avec tout ça, il ne lui restait plus qu’à accomplir ce qu’il désirait. Peut-être qu’en se mettant un peu de plomb dans la cervelle, cela changerait ? Il avait la sensation d’être toujours ennuyé par les mêmes choses..

« À quoi est-ce que tu peux penser dans cette petite caboche, Tery ? »

« Hmm… Si tu le savais, je pense sincèrement que tu serais très effrayée, Manelenea. »

« Ah oui ? Tiens donc, en voilà une surprise à entendre. Qu’est-ce qui pourrait me faire aussi peur que ça, venant de ta part ? »

« Les pensées sinistres et obscures sont vraiment très intéressantes, tu sais ? »

« Et mon poing dans ta figure ne cherche qu’à attendre de s’y nicher, Tery. C’est quoi d’autre qui vient te déranger maintenant ? »

« Les gnomolds, même si ça fait déjà quelques temps. Je cherche à essayer d’imaginer la situation à la surface par rapport à eux. À quel point est-ce que tout cela a dégénéré ? Qu’est-ce qui s’est passé exactement ? »

« Tu ne peux pas être partout et omniscient, Tery. Ce qui se passe hors de ton rayon d’action, ce n’est pas à toi de le gérer. »

« Facile à dire, Manelena mais en tant que reine de Shunter, tu te dois de pourtant réagir si quelque chose arrive dans ton royaume, non ? »

« Tu devrais pourtant te foutre dans le crâne la différence de position entre toi et moi hein ? Je suis peut-être reine de Shunter mais toi, quelle est ta position dans ce monde ? »

Sa… position dans le monde ? Il la regarda en écarquillant les yeux, pas vraiment certain de comprendre.. Mais en voyant les yeux rouges qui l’étudiaient avec une certaine furie, il déglutit légèrement, préférant attendre qu’elle reprenne la parole :

« Tu n’es rien du tout.. Peut-être que tes grands-parents sont des nobles d’Omnosmos mais ta mère a abandonné son titre en partant au village de Leskar. Tu n’es donc qu’un simple paysan comme tant d’autres dans d’innombrables villages de toutes les races d’Omnosmos. »

« Au moins, comme ça, je suis au courant de ma propre incapacité. »

« C’est comme ça que tu es perçu par la quasi-totalité de ce monde alors non, tu n’as pas à t’en faire de ce qu’un tel pense ou non. Tu n’as pas à les satisfaire ou à les rendre heureux. Tu n’as pas à te prétendre pour ce que tu n’es pas. De toute façon, il faut être honnête, tu n’es pas taillé pour être un héros. »

Encore et toujours quelque chose de plaisant à entendre. Il se recroquevillait bien sur place. Qu’est-ce qu’il faisait ici ? D’après les dires de Manelena, il n’avait clairement pas sa place en ces lieux… et pourtant, il faisait comme si c’était le cas.

« Mais voilà, pour les personnes qui te connaisses, avoir de tes nouvelles est une bonne chose. Nous sommes peut-être peu nombreux mais la qualité dépasse la quantité. Il vaut mieux avoir une personne en qui tu as entièrement confiance que mille étrangers prêts à t’abandonner dès le moindre désagrément. »

« Oui… .Enfin, cela ne change rien au fait que selon toi, je ne suis pas vraiment un héros non plus ? J’ai bien compris que.. »

« Tu n’es pas un héros pour ce monde. Tu l’es aux yeux de quelques personnes. Les gens qui t’idolâtrent et t’apprécient seulement pour ce que tu as fait ne mérite pas ton attention et ton inquiétude, loin de là. Raaaah ! Je te hais de forcer à me le dire ! Pour la peine… »

Elle rapprocha sa bouche de son oreille gauche, faisant frémir légèrement le jeune homme aux cheveux bruns. Celui-ci hoqueta doucement de surprise alors qu’elle murmurait :

« À mes yeux, tu es mon héros. Tu m’as permis de me libérer de ces chaînes qui me reliaient à mon père et pour ça… tu es bien plus important quiconque dans ce monde à mes yeux. »

« Vraiment ? Je… Je le sais bien mais… À chaque fois, j’ai l’impression que mes actions plongent un peu plus le monde dans le pétrin. »

« Oh, il y a des chances que ça soit le cas mais est-ce vraiment le but que tu recherchais ? Est-ce que c’est cela que tu désirais ? Bien entendu, tu pourrais tout arrêter mais est-ce que tu le veux vraiment ? Est-ce que tu penses que c’est la solution ? »

« Des fois, je voudrais bien me dire que ça serait la meilleure chose à faire mais… »

« Tu sais aussi bien que moi que ce n’est pas le cas. Il faut juste que tu décides d’un but final au lieu de te laisser porter par les évènements. Que tu te dises : « Après ça,, je raccroche et je vais mener une vie tranquille. »

« Hahaha, cela ne sera pas possible pour toi. Tu es reine de Shunter. À partir de là, je ne crois pas qu’il y ait une possibilité pour toi, n’est-ce pas ? Enfin que tu te reposes. »

« Hmm ? Je dirais que ce que je vis actuellement est ma session de repos. Donc bon, rien ne m’empêchera de recommencer plus tard. »

Mais lui ? Maintenant qu’elle le disait, il pouvait peut-être voir son but final. La dernière chose qu’il ferait avant d’arrêter tout ça ? De raccrocher ? Est-ce qu’il en serait vraiment capable ? Maintenant qu’elle avait lancé le sujet, il était concentré sur tout ça.

« Eh bien ? Tu as l’air vraiment absorbé dans tes pensées, Tery. »

« Je suis en train d’imaginer ce que je dois faire ou non maintenant… Qu’est-ce qui serait le mieux comme but ? »

« Je peux te donner une première piste : Elen. La retrouver, ça me semble déjà être un excellent but à atteindre, n’est-ce pas ? »

« Bien entendu, mais ce n’est pas que ça. Je ne peux pas partir en laissant toute derrière moi non plus. Je ne peux pas faire comme si le royaume démoniaque n’existait pas, comme si les Gnomolds ne voulaient pas ma mort, comme si avec le Dé… »

Il s’arrêta dans sers propos. Sans en avoir trop dit, il valait peut-être mieux ne pas le crier sur tous les toits. En même temps, tout le monde n’était pas forcément au courant par rapport à ce dernier. Cette partie assez sombre de l’histoire de ce monde était un secret trop important pour qu’il ne se mette à le hurler à tout-va.

« Bref, y a aussi la famille d’Elise dont il… »

« Ce n’est pas à toi de gérer ça. Pareil pour les gnomolds. En fait, le souci, c’est que tu t’attribues les problèmes des autres car tu es indirectement lié de loin. Je ne t’ai jamais demandé de t’occuper de mes soucis mais tu t’en mêles quand même.. »

« C’est vraiment la journée des reproches, aujourd’hui, n’est-ce pas ? »

« Il le faut bien puisque sinon tu risques encore de vouloir t’occuper du monde entier si je ne t’arrête pas. Et sincèrement, on a bien mieux à faire. Un but après l’autre. Puis un but final, il faut que tu te retiennes ça dans la tête. »

Elle se répétait mais lui-même avait la sensation que ça ne voulait pas rentrer dans son crâne. Pourquoi ça ? Pourquoi est-ce que ça ne voulait pas . Pourtant, ce n’était pas comme si c’était une chose impossible hein ? Qu’est-ce qui clochait avec lui pour qu’il soit incapable de raisonner comme le voudrait Manelena ?

« Heureusement que tu es là, Manelena. »

« Je le sais très bien, je me doute que tu aurais du mal à te débrouiller seul, sans moi. Mais que veux-tu que je te dise ? C’en est ainsi et pas autrement. »

Aucun ton supérieur, aucun ton fatigué. Elle considérait tout cela comme une certaine évidence indéniable, qu’elle ne cachait guère aux yeux de Tery. Celui-ci avait une légère moue mais ne reprit pas la parole.

« Tu devrais essayer de voir une chose positive dans tout ça, Tery. »

« Hein ? Euh… Donc, quelque chose de positif par rapport à ce qui m’entoure ? Hmm, je ne sais pas pourquoi mais j’ai la sensation ou l’impression que nous sommes de plus en plus proches d’Elen. Ce n’est peut-être qu’une question de jours en fin de compte. ; »

« Voilà, tu vois ? Une pensée positive et tout de suite, tu auras un sourire aux lèvres. »

« Je ne savais pas que tu étais apte à communiquer de la sorte, Manelena. C’est surprenant mais dans le bon sens. »

« Hmm ? Tu crois que je suis juste bonne à filer des roustes, c’est ça ? Tu n’as pas totalement tort sur le coup mais tu pourrais avoir de mauvaises surprises si tu ne fais pas attention, tu es maintenant prévenu. »

« Je le suis depuis déjà bien longtemps, ne t’en fait pas. »

Lui aussi ne changeait pas son ton par rapport à d’habitude. Il était juste là, en train de la regarder, avec juste le petit sourire au coin. Il était plutôt satisfait maintenant ! Avoir dit à voix haute qu’il pensait vraiment qu’ils allaient retrouver Elen lui avait mis un peu de baume au coeur. Dire qu’il suffisait juste de cela pour lui faire plaisir, hahaha.

« Tu es si pressé que ça de retrouver Elen, Tery ? »

« Bien sûr que oui, et surtout ma fille. Tu m’as souvent répété qu’Elen n’avait pas encore choisi son prénom. J’aurai accepté qu’importe ce qu’elle aurait choisi. Elle n’avait pas besoin d’attendre aussi longtemps, hein ? »

« C’est votre premier enfant, même pas annoncé ou prévu, j’imagine qu’elle n’a pas voulu gâcher vos retrouvailles avec un nom qui aurait pu ne pas te plaire. »

« Oui mais bon, c’est assez important qu’un enfant soit nommé rapidement. Et puis, si je n’étais jamais revenu, elle ne lui aurait jamais donné un prénom ? »

« Oh, de ce côté, tu n’as pas à t’en faire, je crois que je l’aurais forcée au cas où. Un enfant se doit porter un nom. Que ça soit pour lui ou pour son entourage. »

« Alors pourquoi tu n’as pas tenté de la convaincre de le faire tout de suite ? »

« Oh, pour une raison très simple. J’étais certaine que j’allais te ramener à elle. »

Et cela qu’importe la méthode utilisée, hein ? Elle n’avait pas dit cela explicitement mais il suffisait de voir son regard pour comprendre que c’était exactement ça.

Ah… Malgré tout ce qui s’était passé, Manelena cherchait quand même à rendre Elen heureuse et cela même en prenant en compte ce qu’ils avaient fait tous les deux dans la capitale mais aussi dans la tente.

Il avait beaucoup du mal à saisir comment marchait le comportement féminin mais peut-être que c’était mieux de ne pas se poser plus de questions à ce sujet. Ouais… Il n’y avait aucune chance de toute façon que Manelena lui réponde.

Mais… Savoir que Manelena n’avait pas pour but de faire souffrir Elen était une bonne chose. Oui, car en se rappelant, cela n’avait pas toujours été tout rose entre les deux femmes, on pouvait même considérer que cela était souvent explosif.

« Et je compte bien tenir ma promesse, Tery. »

« J’imagine que oui, quitte à m’attacher et à me prendre sur ton dos, c’est bien ça ? »

« Exactement. Encore que te porter sur mon dos serait fatigant. Je pense plus que j’irais te traîner derrière moi comme un vulgaire sac. »

« Ce n’est pas très sympathique mais en vue de la situation, j’imagine que tu ne peux pas mettre de gants lors de ces moments-là. »

« Oh que si. Des gants de métal qui peuvent aisément briser quelques membres pour être certain que tu ne puisses pas t’enfuir. Mais tu ne voudrais pas essayer hein ? »

« Je suis au regret de refuser cette proposition ma foi forte intéressante. »

Et il avait fait juste une petite inclinaison légèrement exagérée du corps pour bien confirmer ses propos. Dans tous les cas, le jeune homme aux cheveux bruns avait de bien plus belles idées en tête Rien que le fait de repenser à Elen et de savoir que Manelena l’épaulerait dans sa tâche, il était heureux d’apprendre cela.

Et vraiment, maintenant qu’il s’était fixé sur cette idée, il se sentait mieux. Il sentait qu’il allait finir par arriver à la retrouver. Avec le soutien de Manelena, ce n’était plus qu’une question de temps. Ils allaient retourner à la surface et ensuite, ça ne sera plus que des jours à compter pour trouver Elen.

Enfin… Il disait cela mais il espérait que ce n’était pas trop compliqué. RAH ! Non, il allait recommencer encore à se morfondre inutilement. Il en était hors de question ! Cela n’allait pas se passer de la sorte !

Au moins, pour l’occasion, Krawnia l’avait un peu lâché, ce qui était une bonne chose. Il pouvait souffler et ça lui faisait plutôt du bien toute cette histoire. Oh, il ne pensait pas que Krawnia avait peur de Manelena, non, il pensait plus qu’elle était en train de préparer une quelconque magouille du genre. Ouais, il allait quand même la surveiller par simple mesure de précaution. Il n’y avait pas de mal à faire ça.

Ailleurs, plus en hauteur bien que cela restait dans le monde souterrain, un autre groupe avançait peu à peu. Elen, accompagné d’Elise et Royan, gardait son enfant dans ses bras tout en marchant à pas rapide.

« Tu as l’air montée sur ressort, Elen. Qu’est-ce qui se passe ? »

« Je ne sais pas ! J’ai l’impression que Tery n’est plus trop loin. Je ne pourrais pas l’expliquer concrètement, hahaha ! Mais je sens qu’il est vraiment proche. »

« Proche à quel point aussi ? Car bon, ce n’est pas comme si nous étions proches d’un village, tu sais ? Il ne faut pas non plus trop rêver. »

« Hmm… Je ne pourrais pas le dire. Je crois que c’est l’instinct ! »

L’instinct ? La femme aux cheveux auburn haussa un sourcil, comme si elle ne s’était pas attendue à une telle réponse. Enfin bon… ce n’était pas la première fois qu’Elen avait quelques paroles qui pouvaient la rendre « spéciale ». Enfin bon, on n’allait pas pouvoir remplacer Elen, surtout que celle-ci avait retrouvé des couleurs au fur et à mesure.

« Si ce n’est que ça, peut-être que nous pourrons avoir des informations à son sujet dans le prochain village. Hâtons-nous alors. »

Calme et stoïque, comme à son habitude, Royan avait alors donné une unique consigne aux gens proches de sa personne, l’ordre se transmettant très vite au reste de l’armée qui accéléré le pas suite à cette consigne.

« Encore ? Mais comment… »

« J’espérais vraiment ne pas tomber sur ça. Qu’est-ce qui leur prend à ces gnomolds ?! »

Un rapide constat avait plus ou moins permis de faire savoir que les décombres devant eux étaient dans cet état depuis déjà plusieurs jours. La réplique d’Elise en disait long : ce n’était pas le premier village qu’ils voyaient ainsi et il n’y avait aucun survivant. Les poils avaient très vite permis de deviner que les gnomolds étaient derrière tout ça.

« Les gnomolds ne nous facilitent vraiment pas la vie. »

« Ce n’est pas ceux que nous côtoyons mais des groupes qui descendent dans le monde souterrain pour attaquer les démons. Si nous les retrouvons, nous n’aurons aucune pitié envers eux. » répondit Elise après la petite remarque d’Elen.

« J’aurais préféré ne pas perdre de temps avec eux mais des fois, on ne nous laisse pas vraiment le choix. Essayons se faire un enterrement décent, n’est-ce pas, Elise ? »

Elle ne fit qu’un hochement de tête positif aux propos de Royan. Avec les capacités des démons, il suffisait de quelques charognards qui profitent de ce massacre pour créer de nouvelles sources de problèmes. Enterrer ce qui… restait du village, ce n’était qu’une solution éphémère mais cela était la meilleure chose qu’ils puissent faire à l’heure actuelle. Ah… Vraiment, rien de tout cela n’était bon.

Chapitre 46 : Un homme marié

ShiroiRyu
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Quatrième axe : L’Engeance du Dévoreur

Chapitre 46 : Un homme marié

Combien de temps cela faisait-il qu’il n’avait pas vu son enfant ? Dans les faits, il ne l’avait jamais vue en vrai. S’il avait revu Elen sur le champ de bataille, c’était déjà quelque chose mais ce n’était pas suffisant. Elle lui manquait mais surtout, il voulait voir enfin sa fille. Pouvoir la prendre dans ses bras et la bercer.


Il ne prétendait pas être le meilleur des pères, en fait, il valait mieux même ne pas commencer à juger ses qualités sur ce point mais… il ne pouvait pas être comme ce déchet qui lui qui avait servi de paternel dans le passé. Un père qui abandonnerait son enfant, voire même qui irait sacrifier ce dernier pour sa propre vie.

« Je devrais arrêter de penser à des choses aussi saugrenues. »

Il avait fini par ouvrir les yeux, étudiant la toile de la tente dans laquelle il se trouvait. Manelena n’était pas à côté de lui. Il ne pouvait pas se permettre de laisser se faire ça tout le temps. Même si les jugements d’autrui, pour le coup, il s’en fichait, surtout dans une nation où visiblement la polygamie était autorisée et…

Il ne s’était jamais posé la question par rapport à la monarchie de Shunter mais aussi des autres nations. Mais pourquoi est-ce qu’il s’intéressait maintenant à ça ? Ah… Peut-être à cause de Krawnia. Cette femme ailée et délurée était… vraiment trop excentrique et un peu trop insistante aussi. Il ne voyait pas comment se débarrasser de son côté « pot de colle ».

« Oooooh ! Tery ! Vous voilà donc enfin ! »

En parlant de cette personne, il en voyait maintenant les plumes. Du moins, les plumes d’un seul côté puisqu’elle possédait une aile comme celle des chauve-souris d’un autre côté. S’il elle n’était pas aussi… excentrique, elle pourrait être vraiment appréciable.

Mais autant ne pas se faire vraiment trop d’illusions à ce sujet. Bon, il vint lui demander ce qu’elle voulait… car elle avait sûrement ses raisons, n’est-ce pas ? Du moins, il espérait qu’elle en avait une bonne plutôt que de…

« Eh bien, tout d’abord, est-ce que vous avez remarqué que je cherche à vous vouvoyer ? J’ai compris que vous étiez quelqu’un d’important aussi dans ce groupe. D’ailleurs, qu’ils soient démons, de Shunter, Claudiska ou autres, on dirait que vous avez l’âme d’un leader-né, n’est-ce pas hein ? C’est génial ! »

« Hmm ? C’est juste pour me prévenir de ça ? Et me faire cette remarque ? Vraiment ? »

« Ooooh que non ! Pas du tout ! Hahaha ! J’avais aussi envie de vous voir ! Que je puisse graver dans ma mémoire chaque parcelle de votre visage ! »

« Est-ce que vous avez au moins la moindre idée de ce que vous êtes en train de dire ? »

« Bien sûr que oui. N’est-ce pas normal que de vouloir se rappeler du moindre détail de la personne que l’on admire et idolâtre ? Et plus encore ? »

« Il vaut mieux terminer cette conversation dès maintenant. »

« Mais pourquoi cela ? Vous n’aimez pas que je vous vouvoie ? Est-ce que tu préfères le tutoiement ? Nous sommes pareils, toi et moi ! »

Maintenant qu’il avait décidé de l’écouter, il voyait très bien à quel point cette femme était… tordue. Et pas dans le bon sens. Elle était effrayante et dangereuse. Rester trop longtemps auprès d’elle risquait d’emmener de sérieux problèmes dans le futur. Mais à côté, sa puissance rivalisait voire dépassait celle des démons. Pour réussir à cela, qu’est-ce qu’elle avait subi ? Qu’est-ce qui s’était passé ?

« On va rester sur le tutoiement puisque nous nous connaissons d’avant que je ne sois nommé à ce poste militaire. Mais sinon, nous sommes différents et il va falloir que tu comprennes cela. Nous ne sommes pas pareils. »

« Mais si mais si, je suis certaine que si. Simplement, vous ne voulez pas le voir et c’est normal puisque ceux autour de nous ne peuvent pas nous comprendre. »

Qu’est-ce qu’elle fait ? Elle s’était rapprochée de lui, le regardant avec cette petite lueur de démence dans les yeux. Est-ce qu’elle comptait faire quelque chose de tordu ou sinistre ? Si tel était le cas, elle aurait une mauvaise surprise et…

Hein ? Une caresse sur les joues. Étrangement douce de la part de cette femme. Il cligna plusieurs fois pour comprendre réellement ce qui était en train de se passer. Il ne s’attendait pas à un tel geste, surtout de la part de Krawnia.

« Je pense que tu le comprendras le moment venu, hahaha ! Bon ! Il faut accomplir ce pour quoi nous sommes ici, n’est-ce pas ? »

Il s’apprêtait à lui répondre mais elle s’était déjà éloignée sans même attendre à ce qu’il n’ouvre la bouche pour ça. D’accord… Pfiou ! Elle n’avait rien fait de dangereux même si vraiment, le coup de cette caresse sur sa joue, ce n’était pas à quoi il s’attendait de sa part.

Pfiou. Il était peut-être plus exténué qu’il ne le pensait. Et pourtant, c’était encore la « matinée » si on pouvait dire ça comme ça. Avec ces cristaux illuminant le monde souterrain, ce n’était pas comme s’il était possible de réduite leurs éclats à l’état naturel.

« Qu’est-ce qu’elle te voulait, Tery ? T’as l’air chamboulé. »

« Oh… Manelena. Ce qu’elle me voulait ? Je crois que j’aimerais bien le savoir mais au final, j’en ai strictement aucune idée. »

« Si elle te pose un problème, tu n’as qu’à me le dire. Elle reste dangereuse puisqu’elle n’est pas vraiment contrôlable. Qu’est-ce qu’on a fait pour tomber sur une telle personne. »

« Je ne sais pas du tout. Disons que je ne m’attendais pas à ce qu’après tout ce temps, elle revienne vers moi. Et je peux juste te promettre qu’il ne s’est rien passé avec elle. »

« Tu n’as même pas besoin de me promettre une telle chose, c’est évident en te connaissant. »

« Est-ce que tu insinuerais un peu que je n’ai pas assez de cran pour ça ? »

« Plutôt que tu es ce qu’on appelle un herbivore. J’ai entendu ça à force d’être dans l’armée. C’est ce qu’on dit des hommes qui se laissent diriger par les femmes sans chercher à s’imposer face à elles. »

« Ce n’est pas totalement vrai et tu le sais très bien. Avec ce qui s’est passé quand nous étions dans la capitale, tu as très bien remarqué ce dont j’étais capable non ? »

« Tu restes un gentil petit mouton, Tery. Ce n’est pas parce que tu as décidé de mordre une seule fois que ça fait de toi un carnivore, désolée de ne pas être désolée à ce sujet. »

Il fait juste un petit rictus de dépit en l’écoutant. C’était exactement ça… mais il devait répliquer quelque chose quand même, non ? Ne pas se laisser faire !

« Si je suis un mouton, cela veut dire que tu es une renarde ? »

« Les renards attaquent les poules. Ce sont les loups qui s’attaquent aux moutons, petit Tery. »

Elle s’était placée à lui, accentuant sur le terme désignant sa taille. Par rapport à elle, il était vrai qu’il avait bien vingt centimètres de moins qu’elle mais ça ne voulait rien dire ! Il fit une légère moue avant de lui dire :

« Mais tu ne te plaignais pas du mouton, de ce que j’ai cru entendre hein ? »

C’était sa seule façon à lui de répliquer quand elle parlait ainsi. Pour autant, elle était comme amusée par ses propos tandis que lui-même cherchait à voir comment se sortir de là.. Malheureusement, rien d’autre ne lui arrivait au cerveau, l’incitant tout simplement à dire :

« Ah ben euh… Je t’ai cloué le bec, non ? »

« Hum, hum. Si tu as encore la volonté de parler de la sorte, c’est que tout va bien, non ? »

« Bien sûr, Manelena. » répondit-il sans vraiment saisir le sens de sa phrase.

Heureusement, pour le reste de la matinée, il n’avait pas été dérangé par Krawnia et à part les attaques de monstre, rien de plus n’avait été à noter. D’ailleurs, il avait oublié ce petit détail qui consistait au fait que plus ils remontaient vers la surface, « moins » les monstres étaient dangereux.

Comme une partie d’entre eux était des démons qui en avaient dévorés d’autres mais que ces démons n’étaient pas parmi les plus puissants à la base, alors la version monstrueuse et difforme n’était pas exceptionnellement fort. Du moins… plus à ses yeux maintenant. Il n’avait aucune idée si c’était à cause de son temps passé dans le monde souterrain ou alors parce qu’il connaissait ses origines ou alors parce qu’il avait Manelena à ses côtés. Il y avait tellement de raison mais aucune ne pouvait être confirmée.. Bon, un seul point était parfaitement visible : le massacre de monstre produit par Krawnia. Celle-ci n’avait aucune réticence à exterminer quiconque cherchait à le blesser, lui. Comme s’il avait un garde du corps un peu trop zélé. Qu’est-ce qu’il avait fait pour mériter ça ?

Bon, néanmoins, dans toute cette histoire, ce n’était que tout noir aussi. Malgré son comportement des plus singuliers, Krawnia restait une femme qui avait une certaine expérience dans le combat et cela, il ne fallait pas l’oublier.

Elle était plus qu’apte à se défendre et surtout à attaquer. Combien d’années avait-elle passé dans cette tour pour en arriver à ce stade ? Si elle avait été aimée normalement, dans une famille… hmm. En y pensant, il ne savait rien de la famille de Krawnia. Mais il avait la sensation que s’il posait la question, il n’allait pas obtenir la réponse qu’il désirait.

Alors, il valait mieux faire comme si de rien n’était et ignorer tout simplement ce qui se passait. Humpf… Par contre, il allait devoir expliquer certaines choses si Krawnia se montrait trop collante et insistante. Autant que le message soit bien clair.

Et il ne s’attendait pas à ce que cela arrive aussi vite en fin de compte. Quelques jours plus tard, alors qu’il allait se coucher dans sa tente, l’un des soldats qui gardait l’entrée de cette dernière lui signala que Krawnia voulait lui parler d’une chose urgente. Il avait été assez surpris par le ton mais avait accepté de la voir.

Pénétrant dans la tente, la femme de Claudiska était comme captivée par l’intérieur de celle-ci. Pourtant, il n’y avait pas de décoration ou autre. Non, c’était juste une tente un peu plus grande que les autres, avec plusieurs « pièces » puisque celle principale permettait alors d’avoir les différentes réunions avec les gradés de l’armée.

« Alors, Krawnia, qu’est-ce que je peux faire pour toi ? Qu’est-ce qu’il y avait de si urgent pour que tu viennes me voir alors qu’il est temps de dormir ? »

« Je n’en peux plus, Tery ! Je n’en peux plus ! »

« Hmm ? Mais de quoi est-ce que tu parles ? Tu es tremblante. Il y a un souci ? »

Ce n’était pas parce qu’elle était folle… qu’il allait ignorer la détresse de cette femme-ailée. Lui-même, qu’est-ce qu’il serait devenu si personne ne s’était occupé de lui ? Avec une pensée envers Manelena, il attendit que Krawnia prenne la parole à nouveau.

« Laissez-moi couver votre portée ! Vous méritez la plus grande des descendances ! »

« Hein que de quoi ? Attends un peu, j’ai l’impression d’avoir très mal entendu. »

« Je vais alors me répéter si ça ne vous dérange pas. Je veux que vous inséminiez mes œufs pour qu’ils puissent être fécondés et… »

« En fait, j’avais très bien entendu alors je vais t’arrêter tout de suite avant qu’il ne soit trop tard. Je ne vais pas faire ça et tu le sais très bien. »

« Si c’est au sujet de votre femme, vous n’avez pas à vous inquiéter. Nous parlons bien d’Elen, n’est-ce pas ? Si je ne me trompe pas de nom. »

« Tu ne vas pas mêler Elen à tout ça, compris ? C’est quoi cette idiotie maintenant ? Je peux savoir ce qui te prend de parler de ça ? »

« Je suis plus que sérieuse ! Je l’ai compris dès la première fois que je vous ai vu. »

« Ah oui ? Bref… Il vaut mieux que tu retournes te coucher. Je ne vais pas tromper ma femme avec une inconnue et surtout encore moins faire des enfants avec autrui. »

« Cela ne semble pas tellement vous déranger avec Manelena, n’est-ce pas ? »

Il eut un léger rictus, émettant un grognement de mécontentement. Si c’était une façon de tenter de la manipuler, il n’allait vraiment se mettre en colère. Il valait mieux qu’elle parte maintenant qu’il ne s’emporte.

« Vous savez, cela ne me dérange pas du tout d’être simplement une maîtresse. Mon seul désir est que vos descendants paraissent dans ce monde. »

« Et mon seul désir est que tu quittes la tente maintenant. Si tu continues ainsi, cela risque de dégénérer et il vaut mieux éviter que ça n’arrive, d’accord ? »

« Je vais alors vous souhaiter bonne nuit. Mais n’oubliez pas ma proposition, elle tiendra toujours ! Et mème si je ne suis pas aussi douée que Manelena, je veux quand mème tenter diverses choses. J’ai soif d’apprendre ! »

« Du balai… et dors bien. Par contre, ne t’avise plus de parler de ça. »

Et la voilà qui quittait enfin sa tente. Poussant un profond soupir, il se dirigea vers la pièce où il allait dormir. Le tissu était plus couvrant qu’ailleurs dans la tente, pour laisser place à plus d’intimité. D’ailleurs, il ne s’attendait pas à voir une femme aux cheveux argentés installée sur sa couche, léger sourire aux lèvres.

« Eh bien, tu en as mis du temps, Tery. »

« Manelena, pas toi quand mème ? Je vais t’avouer que je ne suis pas d’humeur. Tu es venue de quelle façon ? »

« Allons, allons. Tu ne penses pas que j’ai pris mes précautions par rapport à ta tente quand tu avais le dos tourné ? Je peux partir et venir quand je le désire, Tery. Bon… Qu’est-ce que tu attends pour venir prendre place à mes côtés ? »

Il était trop fatigué mentalement pour refuser ça. Venant s’asseoir non-loin de Manelena, celle-ci se redressa de la couche du jeune homme, lui disant :

« Je crois qu’elle est pas récupérable, Tery. Il y a des risques qu’elle pose de gros problèmes dans le futur si on ne l’arrête pas. »

« Mais qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Elle est puissante et je ne suis pas apte à vouloir tuer quelqu’un simplement car elle a un coup de folie. »

« Mème si toi, tu n’y arrives pas, si tu me le dis, je pourrais… »

« Je veux lui laisser une chance. Pas sur ce « point » mais sur le reste… »

Une chance de quoi ? Elle attendit qu’il continue sa phrase mais le jeune homme ferma les yeux, s’écroulant à côté d’elle. Elle ne bougea pas de sa position, sa main venant se placer sur le bras droit de Tery, reprenant la parole :

« Tu n’as vraiment pas très l’air loquace ce soir, Tery. »

« Qu’est-ce que tu veux que je te dise exactement ? Je… Enfin… Je ne veux pas m’imaginer faire à Krawnia ce que je ne voudrais pas que l’on me fasse alors que j’ai eu mes moments de folie, moi aussi. »

« Je vois maintenant pour quelle raison tu dis ça. Hmm… D’accord, Tery. Tu me laisses quand même un peu de place pour ce soir ? »

Ce n’était pas comme s’il avait vraiment le choix, n’est-ce pas ? Elle était juste en train de lui sourire alors qu’il se recroquevillait sur une partie de la couche. Néanmoins, elle ne semblait pas vouloir lui laisser vraiment la possibilité de s’en sortir aussi aisément.

Un bras passa autour de sa hanche et il se demandait si elle n’était pas en train d’inverser les choses entre eux. Ce n’était pas à lui de réagir de la sorte ? Car bon, sincèrement, ça ne se faisait pas, n’est-ce pas ? Du moins… pas de cette manière.

« Manelena, peut-être que dans le fond, il vaudrait mieux que… »

« Tu as besoin de souffler un peu, Tery. Tu es troublé et je suis certaine que les paroles de Krawnia t’ont troublé plus qu’il n’en faut. »

« Elle a quand même raison. Je suis vraiment faux-cul par rapport à Elen et il suffit de voir ce qui se passe en ce moment même entre nous deux. »

Pour toute réponse, elle rigola comme si elle n’était pas du tout dérangée par la situation. Pourtant, est-ce qu’elle se rendait compte qu’elle était une princesse ? Non, une reine ! Et qu’elle ne se comportait pas réellement comme il fallait ?

Mais d’un autre côté, Manelena n’était pas n’importe quelle reine. Maréchale donc ayant déjà dirigée une armée d’hommes et de femmes fidèles à ses ordres, elle savait comment se faire respecter. Ses décisions comme ses actes étaient reconnues de telle façon qu’elle n’avait aucune crainte à avoir ou presque.

Oui, si elle décidait qu’elle le voulait comme concubin et donc futur roi de Shunter, elle le pouvait, le peuple l’applaudirait. Surtout que maintenant, elle avait mis en place un régime qui correspondait plus comme celui de Traslord, avec un groupe politique pouvant prendre des décisions au nom de la reine sans qu’elle soit forcément derrière tout ça.

C’était plus ou moins l’idée première derrière la nomination d’Hémurion à ce poste si spécial mais surtout à être la « voix de la reine » pendant qu’elle n’était pas là. Ce n’était pas rien du tout ce qui était en train de se passer actuellement. D’ailleurs, il espérait qu’à la surface, tout était plus ou moins résolu de ce côté.

« Alors, qu’est-ce que tu comptes faire ? Me laisser poireauter et ne pas dormir ? »

« Si tu retires ta main, je peux mettre la mienne et on peut dormir. »

« Hmm, adjugé, vendu ! Fais attention à ne pas croire que tu peux m’avoir ! »

Ce n’était pas vraiment un jeu, hein ? Est-ce qu’elle s’en rendait compte ? Il la regarda juste avec un petit sourire alors qu’elle enlevait sa main de sa hanche. Comme promis, ce fût lui qui place la sienne au niveau de la hanche de la femme aux cheveux argentés. Il la regarda longuement, les yeux rubis de Manelena faisant de même, plongés dans les siens.

« Tery, tu sais qu’il est trop tard, de toute façon. Ce qui est fait… est fait. Mais si par malheur, Elen ne veut plus de toi… »

« Je le sais bien, Manelena. Tu seras là, pour moi. Comme tu l’as toujours été depuis que je t’ai « capturée ». Merci de ta présence à mes côtés. »

« Il y a pas de quoi. Je ne le fais pas pour n’importe qui, tu t’en doutes hein ? »

Il rigola à la dernière remarque de Manelena, rapprochant ses lèvres de celles de la reine de Shunter. Elle avait gardé les yeux ouverts alors qu’il l’embrassait brièvement. Elle se laissa faire quand il retira ses lèvres, le regardant avec tendresse.

« Eh bien, y a t-il une raison à un tel acte, Tery ? »

« Je crois que j’en avais simplement envie, est-ce que c’est suffisant comme condition ? »

« Je vais accepter cette raison. Elle me semble assez crédible. Dors bien. »

Marcher, combattre, dormir. Marcher, combattre, dormir. Cette vie était devenue assez monotone et pourtant, c’était bien celle qu’il avait acceptée. Encore qu’il était possible de se poser la question de la monotonie. Une vie comme la sienne était pourtant à mille lieux de celle d’un simple villageois de Leskar. S’il n’avait pas décidé de quitter un jour son village, il n’aurait sûrement jamais connu Elen, Manelena, Clari, tout le monde.

« Manelena, est-ce que tu crois… que si je ne m’étais pas engagé dans l’armée, nous nous serions rencontrés, toi et moi ? »

« Avec des si, on refait le monde, Tery. Cela ne sert à rien de regretter ce qui s’est déroulé dans le passé. Tu peux juste aller de l’avant. C’est grâce à toi que j’ai réussi. Allez, tu dois dormir. En tentant de discuter de la sorte, tu n’arriveras pas à trouver le sommeil. »

Et comme pour l’inciter à sombrer avec elle, elle se nicha contre son torse. Pourquoi pensait-il autant à ça dans ces moments-là ? Il avait l’impression de refaire toujours et encore la même chose, sans même chercher à se confronter à combattre cette lassitude. Est-ce qu’il avait tellement soif d’aller plus loin, de dépasser les limites ?
Dans le fond, est-ce que retrouver Elen était vraiment la finalité de toute son histoire ? Et ensuite ? Il y avait son… lien avec le Dévoreur. Il y avait aussi la noblesse démoniaque souterrain. Il y avait aussi les soucis liés à la surface. Est-ce que c’était… vraiment à lui de gérer ça ? Plongé dans ses pensées, il finit par enfin trouver le sommeil.

Chapitre 45 : Des lettres pour l’Empereur

ShiroiRyu
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Chapitre 45 : Des lettres pour l’Empereur

Les jours passèrent et il allait mieux au fur et à mesure. Bon, Krawnia était à nouveau collée à lui, cela n’avait malheureusement pas trop duré cet instant de paix mais… au moins, elle ne semblait pas trop vouloir tenter des approches un peu trop… insistantes.

Avec tout ça, il avait décidé définitivement de mettre de côté l’histoire des Gnomolds. De toute façon, tant qu’il n’avait pas de possibilités de discuter avec des gnomolds qui en connaissaient autant voire plus que celui qu’il avait rencontré, autant dire que ça ne servirait à rien de continuer à y réfléchir.

Mais ces détails, il avait décidé d’envoyer une lettre à l’empereur Malark. Malheureusement, contrairement au système d’envoi à la surface, il fallait juste reconnaître que celui des démons était encore à « l’ancienne ». Un messager, que ça soit sur une monture ou non, allait emmener la lettre.

« Il ne sera pas de retour avant une ou deux semaines. »


Cela avait été la remarque d’Héraisty lorsque le messager était parti. Il avait donc évoqué l’histoire des gnomolds et cherchait à savoir si l’empereur en connaissait plus à ce sujet. Même s’il ne s’attendait pas à grand-chose, il espérait quand même obtenir un tout petit plus d’informations à ce sujet.

Néanmoins, pour s’occuper, il avait prévu quelques chasses des créatures dans les alentours. Comme toujours, dès qu’il s’agissait de chasser, il préférait demander aux démons de l’armée si la créature qu’ils venaient d’abattre était un ancien démon ou non. Pour éviter ce souci de chair démoniaque et autre car même lui avait encore beaucoup de mal à comprendre exactement comment ça marchait. Cela parlait de brûler la chair du démon pour que ses pouvoirs disparaissent. Mais était-ce confirmé que cela fonctionnait de la sorte ? Mais si la chair était touchée mais pas le muscle, est-ce que ça marchait quand même ?


Beaucoup de questions, avec des points de vue théoriques, car en les posant à Héraisty, elle lui avait dit qu’elle ne connaissait pas la réponse. Par contre, écrire des lettres pour l’Empereur lui rappelait quelques petits souvenirs liés à Elen. Ah… Vraiment, il avait plus qu’envie de la revoir et de l’étreindre.

« Petite question, Tery. Nous montons de plus en plus. Nous devrions être proches de la surface, non ? Même si ce n’est pas toi qui nous conduit directement, tu as sûrement une petite idée à ce sujet, non ? »

« Hmm… Euh… Plus ou moins, je dirais. Je ne dis pas que nous serons arrivés dans un laps de temps assez court mais… dans les jours qui suivent, peut-être deux semaines au grand maximum. Mais pourquoi cette question ? »

« Car nous avons quand même un peu dérivé de notre chemin initial avec tout ce qui s’est passé. Et comme nous prenons bien plus de précautions maintenant, je voulais simplement me renseigner à ce sujet, rien de plus. »

« J’espère donc que mes réponses te sont satisfaisantes, Manelena. Je ne suis pas certain de pouvoir t’aider plus. Je ne suis pas celui qui connaît plus ou moins le chemin. »

« Je m’en doute mais ce n’est pas la première fois que tu montes et descends donc à force, tu dois quand même avoir un peu l’habitude. C’est bien toi qui a appris d’Héraisty au sujet des cristaux qui changent de couleur suivant la hauteur dans les souterrains. »

« C’est vrai. Mais en même temps, je ne peux pas confirmer si tout cela est vrai ou non. »

« Héraisty n’a aucune raison de te mentir. Néanmoins, cela ne veut pas dire qu’elle ne peut pas se tromper, loin de là. »

Il hocha la tête aux propos de Manelena, montrant par là qu’il comprenait ce qu’elle voulait dire. En même temps, Héraisty n’était pas la seule à les guider ceux qui indiquaient la marche à suivre parmi les démons, utilisaient aussi les cristaux comme repères.


Mais personne n’était parfait et il y avait sûrement une possibilité de prendre des chemins moins compliqués. Pour autant, le jeune homme aux cheveux bruns ne fit aucune remarque à ce sujet. Il était maintenant concentré sur la lettre qu’il avait envoyée au monarque. Comme ils allaient devoir attendre plusieurs voire semaines, il n’était pas certain qu’ils seront encore sous la surface lorsqu’il aura une réponse de sa part.

« Et si ça doit arriver… Ah… J’imagine qu’il va falloir me débrouiller seul. »

« Te débrouiller seul ? De quoi est-ce que tu parles à voix haute, Tery ? »

« Juste par rapport à ce que l’on va devoir faire en attendant la lettre de l’empereur Malark. »

« Hmm ? Mais justement, nous avions dit qu’on allait tout simplement gérer tout cela calmement, non ? En continuant de progresser. Qu’est-ce que je dois faire pour que tu penses à autre chose ? Et non, je te préviens, pas en public. »

« Qu’est-ce que … De quoi est-ce que tu parles ?! »

Aucune réponse de la part de l’intéressée. Seul un sourire était présent sur ses lèvres puisqu’elle ne portait pas son casque sur le moment. Brrr, il n’était pas vraiment certain de vouloir vraiment comprendre ce qui se passait.

Mais avec tout ça, pour quelques heures, il allait avoir l’esprit ailleurs. Ignorant bien le regard mauvais que Krawnia lançait à Manelena, il restait quand même sur ses gardes par rapport à la femme ailée. Si elle s’en prenait à Manelena, il allait pas vraiment le supporter… car il n’avait aucune possibilité de savoir si Manelena arriverait à tenir face à Krawnia. Manelena avait beaucoup d’expérience en combat mais Krawnia….

Non. Manelena possédait les lignes d’Alzar, il ne fallait pas l’oublier. C’est vrai que c’était devenu très commun, vu que tous les démons se basaient sur ça dans le monde souterrain mais à la surface, les lignes d’Alzar sur les différentes races restait quand même un phénomène assez rare. Il ne fallait pas l’oublier.

« Bon… Dans tous les cas maintenant, avec tout ça, nous avons encore de quoi faire. »

« Comme tu dis, Manelena. Ah… J’espère qu’elles vont bien. »

Oui, en se focalisant un peu sur Elen et Elise, cela sera plus facile. En se disant qu’il allait bientôt les revoir, il ne savait pas quand exactement, peut-être qu’il pourrait alors se concentrer pour arriver le plus rapidement à la surface.

Et même en étant à la surface, cela prendra un peu de temps pour envoyer du courrier et obtenir une réponse. Car oui, même avec les enveloppes volantes, il restait une chance qu’elles ne soient pas à la surface. Il pourra toujours écrire à sa mère, elle avait des nouvelles à lui donner aussi de son côté.

Avec tout ça, il se sentait un peu ragaillardi et en pensant aussi à ses grands-parents, il se disait qu’il y avait au final beaucoup de monde qu’il aimerait revoir à la surface. Enfin, sa priorité restait quand même Elen. D’ailleurs, comment expliquer concrètement au sujet de Clari ? La femme-golem était toujours aussi discrète, malgré son apparence. D’un autre côté, maintenant qu’ils étaient sortis de la capitale démoniaque et que lui-même avait Manelena à ses côtés, elle se faisait moins présente.
Elle avait été là, contre les gnomolds, en utilisant ses capacités et son corps fait de cette pierre de couleur noire, l’onyx. Sa résistance était telle qu’elle n’avait tout simplement reçu aucune « blessure » sur son corps. C’était un terme un peu étrange à décrire puisqu’elle ne pouvait plus être blessée par des moyens conventionnels.

Mais c’était réellement Clari et ça il ne pouvait pas se le retirer de la tête. Même si elle n’était pas exactement comme avant… c’était celle qu’il avait connue. Celle qu’il pouvait ouvertement appelé grande sœur sans aucune honte.

De quoi devrait-il avoir honte de toute façon ? Elle lui avait sauvé la vie à l’époque. Oui, cela commençait à remonter à plusieurs années mais le souvenir était encore frais dans sa mémoire. Hmm… Peut-être qu’un jour, il fera son deuil et…

À qui il ferait croire ça ? Il suffisait de voir qu’il avait donné vie à un golem ressemblant exactement à Clari pou comprendre qu’il ne le fera jamais. Pas de cette façon… Il n’avait toujours aucune idée de comment il avait réussi ce tour de force.

Oui… car cela tenait du domaine du miracle. Un miracle auquel il avait donné « vie ». Même si le terme pouvait paraître déplacé dans une telle utilisation. Enfin, dans tous les cas, le jeune homme aux cheveux bruns était satisfait de la tournure des évènements et il n’allait pas s’en plaindre.

Oui… S’en plaindre. C’était le bon terme encore une fois. Même s’il pouvait être pris pour un fou, il comprenait un peu le Dévoreur sur le coup. Avoir perdu un être que l’on aimait profondément et… Tiens, pourquoi est-ce qu’il pensait à lui maintenant ?

Non, non, il devait tout de suite arrêter. Cela allait très mal se finir s’il ne faisait pas attention. Il ne pouvait pas retomber dans ces travers, loin de là. Brrr ! Vivement qu’il retrouve celle qui était la plus chère à son coeur et il ne se posera alors plus de questions de la sorte. Il espérait vraiment avoir Elen en face de lui très bientôt. Il allait devoir s’excuser sur de nombreux points et aussi parler pendant longtemps, très longtemps. Il n’avait pas eu la possibilité de s’expliquer la dernière fois … comme tant de fois d’ailleurs. S’il avait pu, peut-être que tout cela ne serait jamais arrivé.

« Eh bien, si on m’avait dit que ce projet irait aussi vie, je ne suis pas certaine que je l’aurais cru. Et même maintenant, j’ai encore du mal. »

« Et pourtant, Elen, c’est bien ce qui est en train de se produire devant nos yeux. Tout le monde met la main à la pâte et c’est vraiment une chose merveilleuse. Je suis certaine que cette idée est excellente. Comme ça sera un tunnel non connu de la surface mais aussi des démons, nous avons donc un chemin secret. Pour combien de temps ? Cela sera difficile à savoir, il faudra sûrement le camoufler. Mais néanmoins, pas de poste de garde au service d’un membre de la noblesse ou de la famille royale, hahaha. »

« Elise, je tiens à te rappeler que tu es membre de la famille royale donc indirectement, ce nouveau tunnel sera plus ou moins géré par toi ou les personnes qui te suivent. »

« Merci de me briser mes petits rêves, Elen. C’est très sympathique de ta part. Plus sérieusement, ils ne doivent pas se douter un seul instant de ce que l’on fait exactement et c’est ça qui est vraiment une excellente chose. »

« Nous sommes assez discrets de notre côté ce qui est mieux, oui. Mais pendant combien de temps ? Je ne voudrais pas être pessimiste mais… »

« Tu n’as pas à l’être. Nous avons plus ou moins camouflés nos travaux. Il faudrait vraiment se concentrer sur la zone pour les trouver. »

« Et ce n’est pas ce qu’ils risquent de faire justement ? C’est plutôt problématique. »

« Oui et non, Elen. Encore une fois, j’ai pris mes précautions. Je ne veux pas qu’ils le repèrent donc pour cela, ils devront faire pas mal d’efforts pour y arriver. »

Elise était vraiment convaincue par son projet et Elen poussa un léger soupir. Peut-être que c’était elle le souci pour l’occasion. Elle s’en faisait plus que nécessaire… et ce n’était pas bon, loin de là. Elle prit une respiration plus forte que les autres avant de lui sourire :

« Si tu es certaine de ton coup, tant mieux alors. S’il le faut, de toute façon, tu sais où me trouver, d’accord ? Je vais aller voir ma fille. »

« Nous pouvons être deux pour l’occasion. Royan est en train de superviser le tout. Il doit quand même montrer qu’il est le roi de Traslord même si là, il est plus en train de jouer les apprentis chefs de chantier. »

« Peut-être une reconversion future, Elise ? Qui sait ce que l’avenir lui réserve ? »

« Ne va pas lui dire ça, il serait capable de le prendre au sérieux. Je sens qu’il a envie de faire comme Manelena : avoir une vie en-dehors de la royauté. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est avec moi, hahaha ! Non pas à cause de mon sang royal ! »

Elen ne répondit pas à Elise. Elle ne pouvait pas lui donner tort sur le coup. Que ça soit Manelena ou Royan, l’un comme l’autre, leur sang royal n’avait pas autant d’importance que pour beaucoup d’autres monarques. Oui, contrairement à la majorité des nobles, ils voyaient tout cela d’une bien autre façon. Une façon bien plus plaisante.

« Je vais aller retrouver mon prince royal à moi, enfin roi maintenant. »

« Fais donc Elise. Fais donc. » déclara Elen d’un petit mouvement de la main comme pour l’inciter à y aller dès maintenant alors qu’elle-même, tout sourire, était juste en train de prendre le chemin qui la mènerait à sa fille.

Ah… Sa fille… ou plutôt leur fille… à elle et Tery. Sauf que Tery ne pouvait même pas la prendre dans ses bras. Même si ce n’était pas vraiment un secret, le fait qu’elle ne puisse pas avoir le jeune homme auprès d’elle après tout ce temps commençait vraiment à lui travailler le mental. Elle espérait que tout soit résolu rapidement.

Mais l’espoir faisait peut-être vivre mais ce n’était pas ça qui allait ramener Tery plus rapidement à ses côtés. Elle le savait bien et ça lui dévorait le crâne. Elle n’allait pas devenir folle, loin de là. Depuis le jour où il l’avait plantée… à cause de ses sombres pensées et de cette manipulation par cette voix étrange, elle avait compris.

Elle avait compris que même en aimant autant Tery, elle ne pouvait pas réagir de la sorte. Mais elle n’était pas stupide. Elle avait parfaitement compris ce qui risquait de se passer avec Manelena auprès de Tery mais… elle ne pouvait pas y faire grand-chose. Qu’importe ce qu’elle tentait, tant qu’elle n’avait pas Tery à ses côtés, elle ne pouvait qu’être spectatrice.

Et si ça devait arriver ? Et si c’était déjà arrivé ? Comment devait-elle réagir ? Hurler dessus comme une damnée ? Une démone ? Qu’est-ce que cela changerait puisque la situation s’était déjà produite ? Comment ? Est-ce qu’elle devait lui pardonner alors qu’elle-même n’avait jamais eu d’écart ? Et s’il y avait eu un écart, combien de fois ?

Et s’il trouvait une excuse ? Et ensuite ? Comment faire ? Faire comme si de rien n’était ? Regarder Manelena continuer à tourner autour de Tery ? Et s’ils retombaient dans ses travers ? Que dans son dos, ils continuaient à se voir ? Voilà toutes les questions qui lui traversaient l’esprit à cet instant précis.

Elle était sûrement irrécupérable, elle s’en doutait mais… ce n’était pas non plus tout de sa faute hein ? Ah … Pourquoi est-ce qu’il n’était pas possible de s’envoyer de courriers ici ? Pourquoi est-ce que les lettres volantes ne fonctionnaient pas ici ? Avec elles, tout aurait été bien plus simple. Elle se rappelait de l’époque où encore, elle n’avait pas compris la portée de ses sentiments envers Tery.

Oui. Elle se rappelait de cette image qu’elle avait envoyé au jeune homme avec ce fameux miroir. Son premier moment où elle s’était considérée comme coquette. Elle en avait encore un peu le rouge aux joues rien qu’en y repensant, hahaha. Voilà, elle se sentait un peu mieux. Les souvenirs d’antan lui faisaient du bien.

Et elle savait qu’elle allait le retrouver un jour. En continuant de se fixer cela comme objectif, elle était convaincue qu’ils pourront un jour tout simplement couler des jours heureux. Pas d’aventure à l’horizon, pas de créature monstrueuse à affronter, pas de royaume à combattre. Tout cela sera derrière eux. Et derrière eux, il n’y aura alors pas besoin d’y jeter un œil.

« Qu’il me tarde de te la montrer pour qu’on lui donne un nom. »

Oui, elle le savait parfaitement. C’était plus qu’absurde de ne pas avoir donner de nom à cet enfant qui avait déjà dépassé sa première année. Sa fille comprenait déjà quelques mots, elle poussait des petits cris mais elle était heureuse et silencieuse pendant la nuit. Ce qui pouvait être étrange pour un enfant de cet âge.

Est-ce qu’elle en faisait trop pour elle ? Ou pas assez ? Cela dépendait sûrement du point de vue, elle en était certaine mais… en un sens, il y avait vraiment un souci. C’était le fait qu’elle se comporte de la sorte alors qu’il valait mieux pour l’enfant qu’il ait de l’amour et de l’affection tout autour de lui.

Pensée absurde. Sa fille était aimée et choyée. La question ne se posait même pas en fin de compte. Que ça soit par elle ou par sa grand-mère. D’ailleurs, les grands-parents de Tery seront sûrement ravis de la voir dès qu’elle pourra la leur montrer.

Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait la sensation qu’une certaine vieille dame serait complètement folle de joie de voir son arrière petite-fille. Oui, elle lui avait fait une bonne impression à chaque fois qu’elle l’avait vue et elle avait d’ailleurs compris que dans la famille Vanian, les femmes étaient très souvent fortes en terme de caractère.

D’ailleurs, c’était aussi en partie pour ça qu’elle devait redoubler d’efforts. Pour être à la hauteur de toutes les femmes de cette famille. En montrant ce dont elle était capable, elle serait alors plus qu’apte à représenter la famille Vanian. Le rouge vint parcourir ses joues. Dans les faits, c’était vrai que Tery et elle n’étaient pas mariés mais cela sera très vite réglé lorsque la situation sera stabilisée, héhéhé.

« Tu es vraiment si mignonne, tu le sais ? »

Peu à peu, sur le sommet du crâne de l’enfant, il était possible de voir quelques reflets blonds, comme sa mère. Si ce n’était pas la preuve la plus concrète qu’elle était bien sa fille, elle ne voyait pas ce qui pouvait le prouver alors. Enfin bon, la mère, c’était certaine. Le père ? La question ne se posait même pas. Elle n’avait fait la chose qu’avec lui, maintes fois, encore et encore.

D’ailleurs, c’était peut-être pour cela qu’elle avait porté son enfant aussi rapidement. Ils s’étaient plus ou moins comportés comme des bêtes, non pas sauvages mais disons… qu’il n’y avait jamais eu de retenue ou presque. Hmm … Ah … Elle plaça doucement un doigt sur la joue de sa fille endormie.

« Vraiment si mignonne. Tu es à croquer, mon amour. »

Un amour de petit bout de chou. Elle déposa brièvement un baiser sur la joue du bambin. Ils n’étaient qu’en début d’après-midi mais elle allait éviter de faire une sieste. Depuis la naissance de l’enfant, ça lui arrivait un peu plus souvent car il fallait bien qu’elle récupère des nuits où l’enfant se réveillait.

Heureusement, à l’époque, elle avait eu la mère de Tery avec elle mais elle ne pouvait pas toujours compter sur elle non plus. Cela ne pouvait pas être aussi simple que ça hein ? Du moins, pas de cette manière non plus. Mais là, l’enfant était au calme et bien sage. De toute façon, il y avait toujours quelqu’un pour la surveiller.

Car oui, même si c’était assez étrange, les femmes des différentes races dans leur groupe semblaient adorer la petite demoiselle. Peut-être était-ce l’instinct maternel qui primait ou alors autre chose qu’elle n’arrivait pas à expliquer mais elle avait la sensation que toutes considéraient l’enfant comme un trésor sacré.

C’était assez saugrenu à bien y réfléchir mais elle n’allait pas s’attarder sur ça, hahaha. En fait, elle préférait même ne pas trop y penser. Elle allait juste se contenter de se dire que chacune était heureuse de pouvoir lui rendre ce service. Oh, bien entendu, elle avait quand même pris des précautions pour éviter des gestes malheureux.

Il s’agissait de quelques mesures de sécurité pour être certaine que son enfant était entre de bonnes mains. Est-ce qu’elle faisait une erreur ? Oui et non. Elise avait voulu la rassurer en lui disant que tout le monde dans ce groupe voulait oeuvrer pour un but commun. De même, elle aussi comprenait parfaitement le fait que le bébé de Tery et Elen avait quelque chose d’assez exceptionnel sans forcément réussir à expliquer quoi exactement.

« Je me demande si c’est à cause de ses origines ou non. » chuchota doucement la femme aux cheveux blonds, songeuse à cette idée.

Tery était un être à moitié démoniaque. Elle-même était issue… de deux divinités. Enfin, deux êtres aux capacités exceptionnelles. Cela devait sûrement influencer d’une manière ou d’une autre, non ? Même si elle ne savait pas trop comment et de quelle façon.

C’était le genre de choses qui ne pouvait sûrement pas être étudiée d’un claquement de doigts. Enfin, avec tout ça, elle devait aller retourner voir Elise et Royan. Même si elle n’était pas totalement rassurée par l’avancée du projet, ça ne voulait pas dire qu’elle ne pouvait pas soutenir ce dernier.

Revenant auprès du couple royal, puisqu’on pouvait les considérer tous les deux ainsi, elle vint apporter sa pierre à l’édifice, commençant à user de ses capacités magiques pour épauler ceux qui travaillaient. Dans ces moments-là, elle regrettait doublement Tery. Déjà par son absence de présence mais aussi par le fait qu’avec sa capacité à créer des golems, il serait d’une utilité bien plus grande qu’elle. Autant dire qu’elle regrettait la main d’oeuvre que Tery pouvait emmener avec lui. Une main d’oeuvre plutôt importante et utile.

« Enfin, il me manque surtout et pas qu’un peu. »

« Hmm ? De qui donc ? Votre homme, c’est bien ça, non ? Enfin, Tery, si je me suis pas trompé de personne. » répondit calmement un démon à côté d’elle alors qu’elle tenait dans ses mains une lourde pierre, ses propres mains devenues des griffes de roche.

« Oui, oui, c’est bien Tery. Et oui, il me manque. »

« Ah ouais, je peux voir ça. Vous utilisez les mêmes griffes que lui. »

« Une simple coïncidence, hahaha. » dit-elle en rigolant légèrement. Elle-même ne croyait pas en son mensonge mais qu’est-ce qu’elle pouvait y faire, hein ? Dans tous les cas, elle allait se concentrer à la tâche et peut-être que par de petites actions comme ça, l’attente pour retrouver Tery sera moins difficile.