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Chapitre 19 : Un acte horrible

Chapitre 19 : Un acte horrible

« Manelena, les gens, tu as entendu ? »

« Je sais bien, Tery. Je sais bien, enfin messire Tery. Qu’allez-vous faire donc ? »

« J’en ai aucune idée malheureusement ! Je ne vois pas comment je peux régler ça. Les autres démons n’ont pas ce problème, j’ai demandé à Héraisty. »

« Ils sont habitués à l’échelle sociale instaurée ici. Et je pense que les soldats des différentes nations aussi. Mais toi qui a toujours été tête en l’air et du genre à ne pas te préoccuper de ces petites choses, autant dire que ce n’est pas viable. »

« Mais si je ne fais rien, tu risques d’avoir de gros ennuis et… je ne veux pas que ça arrive ! »

« Alors, tu n’as qu’à trouver une solution, maître Tery. Enfin, tu as compris ! » s’exclama t-elle alors qu’ils étaient tous les deux dans la chambre de Tery une nouvelle fois.

Des journées s’étaient écoulées depuis la soirée où ils avaient bu un peu plus que nécessaire. Lorsqu’il s’était réveillé, autant dire qu’il en menait pas large, surtout qu’il était dans une tenue déplorable et que Manelena dormait à ses côtés. Il avait eu peur d’en avoir trop fait et de ne pas s’en rappeler mais Manelena portait encore quelques habits.

Puis peu à peu, il s’était dit que ce n’était pas si grave, loin de là. Dans les faits, s’il y avait bien une personne qu’il faisait plus qu’apprécier, c’était Manelena. Cela ne datait pas d’hier, ce qu’il ressentait pour elle. Pourquoi le cacher ? Pourquoi ne pas le montrer ? Ici, c’était impossible. S’il devait le montrer aux autres démons, autant dire qu’on voudra sa tête sur un plateau et que certains n’attendaient que ça.

« Je vais trouver une solution, Manelena. Mais… Est-ce que tu me feras confiance jusqu’au bout dans ma décision ? »

« Hmm… Je ne… » commença t-elle à dire avec un air un peu suspicieux. Mais elle s’arrêta aussitôt en voyant le regard du jeune homme posé sur elle. Même si cela ne semblait être qu’un « jeu » quand elle se faisait passer pour son esclave, Tery réfléchissait réellement à tout faire pour que ça se passe le mieux possible.

« Qu’importe ce que je ferais, je veux juste que tu saches que ma priorité est ta sécurité, Manelena. Tu es vraiment la personne la plus importante pour moi en ces lieux. »

« Mais quel beau parleur que tu fais, Tery. Tu devrais raconter de telles inep… Ah bon sang, tu vas arrêter de me fixer comme ça ? »

C’était elle qui avait fini par détourner le regard, plus gênée qu’elle ne l’aurai cru. D’une voix plus tremblante qu’elle ne le voulait, elle murmura :

« Je veux bien te faire confiance. Malgré les apparences, ces actes stupides et tout le reste, je suis sûre et certaine que tu envisages tout pour que ça se termine bien. »

« Je ne sais pas du tout. C’est juste absurde et monstrueux. »

Absurde et monstrueux ? Cela voulait dire qu’il avait déjà son idée en tête ? Maintenant, elle le regardait à nouveau, interrogative. Elle savait qu’il tiendrait ses promesses, du moins, qu’il fera tout pour qu’elle soit en sécurité. Mais absurde ? Monstrueux ? Qu’est-ce que Tery avait exactement en tête ?

« Il me faudra vraiment beaucoup de courage pour ça. Je suis vraiment désolé, Manelena. »

« Mais tu vas attendre un petit peu ? Et me dire de quoi tu parles exactement ? Car là, tu fais juste plus peur qu’autre chose, Tery. »

Encore, elle, avoir peur, c’était un concept assez étrange mais en même temps ce n’était pas impossible. Elle n’était pas totalement insensible. En même temps, cela lui arrivait d’être… inquiète et c’était justement ce qu’elle ressentait en écoutant Tery.

« Tery, je veux juste que tu me fasses une promesse, toi aussi. Si tu ne la fais pas, je ne pourrais pas alors accepter ce tu as dit. »

« Et de quelle promesse il s’agit ? » demanda Tery, cherchant à comprendre ce qui lui arrivait vu qu’elle n’avait pas le même timbre de voix que d’habitude.

« Que ce n’est rien de dangereux pour toi. Pfff… Qu’est-ce que j’ai l’air en disant ça ? On dirait que je vais minauder comme une petite pucelle. »

« Je ne crois pas que ça soit dangereux pour moi. Mais c’est pour toi, Manelena. Il se peut que tu sois blessée, que tu sois meurtrie, que cela t’affecte à jamais. »

« Hum… J’ai été reniée par mon père pendant plus de deux décennies, je suis certaine d’être assez forte pour ce que tu risques de me préparer. »

« Je ne sais pas du tout, Manelena. Je… Pardon à l’avance. Je vais me préparer… et vraiment, s’il te plaît, pardonne-moi. »

Mais le pardonner de quoi ? Elle voulait lui poser la question mais elle avait vraiment une certaine appréhension qui vint l’habiter. C’était elle ou… Tery la mettait mal à l’aise ? Surtout qu’il la détaillait de haut en bas.

Il signala qu’il allait revenir dans quelques heures. Elle pouvait rester ici car si elle tentait de sortir sans qu’il soit à ses côtés, elle allait avoir de sérieux ennuis. Même si elle était brave, elle n’était pas complètement stupide.

Mais qu’est-ce qu’elle allait faire ? Pendant tout ce temps ? Car oui, elle avait une boule dans le ventre. Elle n’arrivait pas à l’expliquer mais elle qui y pensait depuis des journées, elle avait le sentiment que Tery la regardait comme… un prédateur ?

C’était un regard déplaisant, un regard qu’elle avait déjà vu si souvent depuis qu’ils se retrouvaient dans ce monde souterrain. Un regard carnassier où bon nombre de démons, qu’ils soient mâles ou femelles, semblaient chercher le moment où elle serait sans défense pour lui faire subir les pires sévices. Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce que Tery avait eu ce regard si horrible ? Est-ce qu’il comptait… non. Pas Tery. Ce n’était pas son genre.

Pourtant, quelques heures plus tard, il était revenu. Elle remarqua qu’il tenait deux paires de menottes dans les mains. Du moins, en vue de l’épaisseur des menottes, ça ressemblait plus à des bracelets joints par une chaîne en métal entre les deux bracelets. Avec deux paires, elle commençait à comprendre où il voulait en venir.

« Tu décides enfin de prendre cette histoire au sérieux, Tery ? »

Il avait refermé la porte derrière lui, tournant la clef pour être sûre qu’on ne vienne pas le déranger. Il tira les rideaux pour que nul ne puisse les observer dans la chambre, n’allumant qu’une bougie sous une cloche de verre pour diffuser une lumière à peine perceptible dans la pièce. Les menottes déposées sur le bureau, elle remarqua qu’il ne l’avait même pas regardé depuis qu’il était rentré. Et il n’avait même pas cherché à parler.

« Tery ? Tu pourrais au moins t’exprimer, tu ne crois pas ? »

« La ferme, Manelena. » répliqua sèchement Tery alors qu’il finissait par se débarrasser de son haut, lentement mais sûrement, jetant ce dernier au sol.


Il se retourna vers elle, dévoilant ses yeux rubis alors qu’elle avait un léger frisson qui vint la parcourir. Elle le sentait, elle sentait le même regard que les autres démons dans ce foutu royaume, dans cette capitale pourrie. Elle sentait que Tery avait exactement ce…

« Déshabille-toi, maintenant, Manelena. »

« Je ne suis pas vraiment certaine d’apprécier cette idée, Tery. » déclara t-elle avant de finir par se lever du lit, prête à se mettre debout. Mais une baffe cinglante vint la faire retomber dessus, Manelena écarquillant les yeux avant de se mettre à grogner, des lignes noires apparaissant sur ses bras.

« TERY ! TU VAS VITE COMPRENDRE QUE … »

Une nouvelle baffe mais cette fois, elle arriva à parer le coup. Mais le front de Tery percuta le sien, la sonnant à moitié, comme si elle avait reçu un coup de marteau sur la crâne.

« MAIS QU’EST-CE QUE TU FOUS, BORDEL ?! »

Hein ?! Elle sentait sa poitrine qui venait de se retrouver à l’air libre, ses yeux se rouvrant sur ceux rubis de Tery. Ce n’était pas les yeux d’un homme, ni d’un démon, mais ceux d’un prédateur. Elle se sentait si… petite face à lui. Mais il en fallait plus pour l’impressionner !

« Je te laisse une chance de te faire par… »

Il l’empêchait de finir sa phrase à chaque instant. Alors qu’elle avait senti que son haut s’était déchiré, il en était de même avec son bas, ses habits ayant été retiré comme s’ils n’étaient que du papier pour une main de Tery. Une main légèrement griffue, l’autre maintenant les deux bras au-dessus de la tête de Manelena, entourant ses poignets.

Comment ? D’habitude, il n’avait à peine une taille capable de faire le tour de son poignet alors les deux ? Et c’était quoi ces cornes sur son crâne ? Elles étaient différentes.

Elles étaient plus longues ? Comme celles de l’empereur Malark. Elle avait la sensation qu’elles faisaient partie intégrante de Tery, comme s’il avait toujours été un démon. Mais ce n’était pas l’heure de l’étudier, surtout pas ! Surtout qu’elle voyait l’excitation du jeune homme au niveau du bas-ventre.

« Dans d’autres circonstances, j’aurais été flattée mais pas là ! JE T’AI DIT DE DÉGAGER TERY ! TU VAS COMPRENDRE ?! »

Elle venait de lui envoyer son pied droit dans les bourses mais ce dernier avait été arrêté par la main libre du jeune homme. Non, ce n’était pas un homme à cet instant mais un monstre, elle le voyait bien. Elle comprenait ce qui risquait de l’attendre et déjà elle croisait les jambes pour l’en empêcher.

« Tu n’es pas décidée à te laisser faire, Manelena ? Tant mieux, je préfère quand tu tentes de résister, ça sera encore plus appétissant. »

Et voilà qu’il malmenait sa poitrine comme s’il pétrissait une pâte prête à être enfournée par le boulanger. Les seins de la femme aux cheveux d’argent étaient palpés, se faisant secoués à gauche et à droite alors qu’elle se retenait de gémir.

« JE VAIS TE BUTER, TERY ! JE VAIS VRAIMENT T’ECLATER TA FACE ! »

Elle commençait à gesticuler, sa magie se diffusant dans tout son corps. Elle ne savait pas ce qui était en train de lui prendre mais il allait le payer ! Elle allait lui faire regretter son existence ! De l’électricité vint par courir son corps mais aussitôt, elle poussa un cri de douleur. Elle venait … de se faire entailler par Tery ? Non, il avait formé une fine carapace de pierre autour de ses membres et de ses mains.

« Qu’est-ce que tu comptais faire, femelle ? M’électrocuter ? Je te connais depuis toutes ces années, je sais de quelle façon tu te bats, quelle est ta magie principale, tu crois que je n’ai pas pris mes précautions pour ce soir ? »

« Tery, si tu crois vraiment que je vais te pardonner ou que je vais passer l’éponge sur ce que tu tentes de faire, TU TE TROMPES LOURDEMENT ! »

Elle n’était pas qu’une adepte de l’électricité ! Elle était bien plus que ça ! Si elle ne pouvait pas le frapper de cette manière, ni utiliser la magie pour l’électrocuter et lui faire lâcher prise, elle avait bien d’autres façons d’y arriver !

« N’OUBLIE PAS QUI JE SUIS, TERY ! JE SUIS LA REINE MANELENA ! JE SUIS LA MARECHALE NALI ! JE SUIS UN BIEN PLUS GROS POISSON QUE TU NE POURRAS JAMAIS FERRER ! »

Et il allait très vite comprendre ce qu’elle était ! Il voulait utiliser la force ? Ils allaient être deux à ça ! Mais ce n’était plus un jeu, c’était un combat pour la survie ! Pour son intégrité ! Sans crier gare, elle commença à rouler sur le côté, emportant Tery avec elle pour qu’ils tombent tous les deux du lit. Étonné, le jeune homme relâcha à peine sa prise sur elle, chose dont elle profita aussitôt pour se libérer. Soulevant la table de nuit avec aisance, elle l’envoya sur Tery qui eut juste le temps de parer avec son bras.

« Tu veux vraiment te rebeller contre moi, Manelena ? Et qu’est-ce que tu comptes faire ensuite hein ? Qu’est-ce que tu crois que… »

C’était à elle de lancer l’assaut. S’il pensait qu’elle allait fuir, il venait de se planter royalement. Un peu comme son épaule et son coude dans le ventre de Tery, le faisant percuter le mur derrière eux avec une violence rare, toute la pièce s’étant mise à trembler sous le choc. Elle s’écria :

« Je vais te buter, Tery. Je vais te buter pour avoir tenté même de me toucher de la sorte ! »

Et dire qu’elle pensait s’abandonner à lui il y a quelques jours, avec l’alcool ? Comment est-ce qu’elle avait pu être autant aveugle ? Ce n’était pas la première fois qu’il la décevait mais elle, toujours aussi stupide à croire dans les sentiments de Tery, elle voulait lui pardonner !

« MAIS CETTE FOIS, JE VAIS T’EXTERMINER ! »

Et qu’importe si les soldats et autres allaient tenter de l’arrêter ou de la souiller ensuite, elle emportera Tery avec elle ! D’ailleurs, elle était certaine qu’en vue du vacarme produit, ils n’allaient pas tarder ! Si tel était le cas, elle allait tuer Tery et ensuite en exterminer un maximum pour…

… … … Pourquoi personne ne venait les arrêter ? Même en fermant la porte à clef, il serait facile de la défoncer. Pareil en passant par la fenêtre. Cela ne laissait pas passer la lueur des cristaux qui éclairaient les zones pendant la « nuit ».

« Qu’est-ce que tu ça veut dire ? Où est-ce qu’ils sont tous ? »

« Tu n’as pas l’air de comprendre ta position hein ? Ici, tu n’es rien, Manelena. Tu n’es que bon à être utilisée comme l’esclave que tu es et … »

Un coup de poing dans le menton et le voilà en train de cracher du sang. Aussitôt, bien qu’elle ne pouvait pas être aussi efficace que lui, elle vient créer des griffes de pierre. Elle aussi, elle avait appris à son sujet ! Elle savait comment il combattait ! Les griffes tracèrent des lignes en diagonale sur le torse de Tery, pas assez profondément pour que ça soit réellement dangereux bien que du sang s’en écoulait.

« Ben alors, mon grand, t’es déjà essoufflé ? Tu pensais quoi ? Que j’allais être une gentille petite biche qui allait se faire croquer ? VIENS DONC, TERY ! Je vais t’arracher les couilles pour te les faire bouffer ! »

Et pourquoi est-ce qu’elle haletait et qu’elle sensiblement plus excitée que prévu par cette bagarre ? C’était vraiment ça qu’elle désirait ? Non ! Pas le moins du monde ! Il fallait être complètement tordue pour espérer du plaisir dans un tel endroit et à un tel moment ! Peut-être l’exaltation du combat ?

« Tu as terminé les enfantillages, Manelena ? Maintenant, je vais être sérieux. »

« Tu crois que ce sont des gamineries, Tery ? TU ES EN TRAIN DE ME DIRE QUE JE DEVRAIS ME LAISSER FAIRE ?! »

Un grand sourire se dessina sur les lèvres de Tery, comme s’il était amusé par les propos de la femme aux cheveux d’argent. Elle n’avait aucune idée de ce qui trottait dans la tête de Tery mais si elle ne trouvait pas rapidement une solution, elle allait…

« Tu es dispersée, Manelena. Pourtant, tu m’as toujours dit de ne pas l’être dans un combat à mort, n’est-ce pas ? »

Il avait frappé violemment dans le ventre de Manelena, la faisant pouffer de douleur. Elle se retrouva à nouveau projetée sur le lit mais cette fois-ci, ce dernier avait des bracelets de pierre qui traversèrent le sommier et le matelas pour bloquer Manelena au niveau des membres et de la tête.

« TERY VANIAAAAAAAAAAAAN ! JE VAIS TE TUER ! »

Elle recommençait à faire parcourir de l’électricité dans son corps mais à cause de ces liens de terre, c’était inutile. Du moins, c’est ce qu’elle croyait mais elle avait une solution. Elle le regarda avec rage alors qu’elle le voyait se rapprocher d’elle, prêt à faire son œuvre. Ses mains pouvaient toucher l’oreiller sur lequel sa tête était posée. Elle le gela avant d’utiliser un peu de magie de vent pour envoyer l’oreiller glacé sur la tête de Tery, lui ouvrant encore plus le crâne. Tery poussa un râle de rage, ignorant ce qu’elle venait de faire. Avec les jambes écartées de force, elle sentait le membre de Tery qui frottait contre son antre.

Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’elle était autant en sueur ? Et pourquoi est-ce qu’il prenait autant de temps ?! Qu’est-ce qu’il était foutait ?! Elle allait tout faire pour l’arrêter ! Elle pouvait encore ! Si elle se concentrait, peut-être qu’elle pourrait faire apparaître son armure et … non, ce n’était pas aussi simple que ça.

Son corps, ce stupide corps, il semblait désirer ça après toutes ces frustrations à avoir Tery contre soi pendant des semaines. COMMENT EST-CE QUE SON CORPS OSAIT L’ABANDONNER DE LA SORTE ?! Elle poussa un nouveau cri de rage, à tel point que la fenêtre de la chambre commença à se fissurer derrière le rideau.

Il était rentré ! Il était vraiment rentré ! Il avait osé le faire ! Il avait osé la souiller ! Il n’y avait aucun retour en arrière ! Au moment où il était rentré, elle avait senti que les liens de pierre se faisaient moins forts… assez pour lui permettre de libérer ses poings, chose dont elle ne se priva pas.

Ses mains se dirigèrent vers le cou de Tery qui continuait son acte bestial mais elles continuèrent leur chemin pour arriver dans le dos du jeune homme aux cheveux bruns. S’enfonçant dans la chair de ce dernier, griffant son dos pour y laisser des traces sanglantes de son passage, ses pieds se libèrent pour venir enserrer le corps de Tery.

« Désolé, désolé, désolé, désolé… »

C’était à cause de ce mot répété, sans cesse, que ses mains avaient quitté la voie de la gorge de Tery pour finir par se nicher dans son dos. Cette rage accumulée dans ses doigts déchiraient le dos de Tery alors qu’il continuait la copulation bestiale, sans réel désir… ou alors, y en avait-il un ? Elle ne savait plus trop. Elle avait du mal à réfléchir correctement à la situation, surtout que son corps lui envoyait des spasmes de plaisir.

Des spasmes qu’elle avait du mal à refouler. Maintenant que la douleur première était passée, son corps continuait de réclamer sans cesse ce désir ardent qui bouillonnait en elle depuis tout ce temps. Mais quelque chose la dérangeait. Tery voulait lui faire mal, il voulait la marquer, par des blessures, des entailles, des blessures. Mais à chaque fois, cela n’avait jamais été trop profond, quitte à la blesser réellement.


Le lit était dans un triste état, en fait, on pouvait simplement envisager qu’ils étaient juste sur un matelas. La pièce était dans un triste état, avec la table de nuit brisée, de la poussière soulevée par les murs qui avaient tremblé et les débris de verre. On aurait cru à une véritable bataille dans le lieu.

Soudainement, sans prévenir elle s’arc-bouta en même temps qu’elle sentait le corps de Tery qui venait de se raidir. Une chaleur vint envahir son bas ventre en même temps que Tery continuait de murmurer le même mot, inlassablement. Et il vint finir par s’écrouler contre elle, sur ses seins nus. Un bref regard sur le dos du jeune homme et elle voyait qu’il était dans un triste état. Un peu comme elle dans le fond. Oui, ils étaient dans un état pitoyable.

Comme s’ils s’étaient livrés à une violence inouïe … et c’était le cas. Elle avait crié, elle avait hurlé, Tery lui aussi. Il s’était livré à un acte des plus horribles. Tout avait été ravagé alors… pourquoi est-ce qu’il pleurait contre son sein ? Comment osait-il être sans défense contre elle, ses cornes ayant disparu ?

Comment osait-il relever ses yeux émeraude, sans aucune malice ou perversité empreintes dessus ? Comment osait-il verser des larmes en la regardant ? Pensait-il vraiment qu’il allait être pardonné juste avec ça ? Pensait-il vraiment survivre à sa colère ?

« Pardon, Manelena. Pardon, pardon, pardon…. Pardon et encore pardon. »

Il avait posé ses lèvres sur les siennes, une fois, deux fois, trois fois. Il l’embrassait maintes fois sans qu’elle ne réagisse. Il l’embrassait avec une certaine ferveur, comme pour attendre quelque chose de sa part. Elle, de son côté, analysait toute la situation. Oui, elle avait été violée. Que son corps apprécie le traitement ou non, cela restait un viol.

Un viol de la part de l’être en qui elle avait une extrême confiance. Un viol qui avait souillé et terni son corps à tout jamais. Un viol dont jamais elle ne pourra laver l’affront maintenant qu’il avait été commis. Ses yeux rubis, rageurs, fixèrent Tery pendant de longues secondes, comme ignorant les baisers qu’il déposait. Puis toute rage vint quitter subitement le regard de Manelena mais aussi son visage et son corps. Les mains qui avaient griffé le dos de Tery, qui avaient martelé son corps, caressaient maintenant le dos ensanglanté du jeune homme.

« Dans la plus complète des ignorances… pour être le plus réaliste. »

Elle avait simplement soufflé cette phrase mais Tery ne l’écoutait plus. Il était avachi sur elle, son corps continuant à trembler un peu. Avec une fenêtre qui avait fini par tomber en morceaux à cause des évènements, normal qu’il avait froid. Elle-même n’avait guère chaud.

Observant plus ou moins ce qui restait des draps, elle vint les déposer sur leurs deux corps, elle-même restant assise dans le lit. Cette capitale démoniaque était pourrie jusqu’au bout pour avoir emmené Tery à réagir de la sorte. C’était une chose qu’elle ne pardonnerait pas.

Chapitre 18 : En profiter

Chapitre 18 : En profiter

« Je n’aime pas du tout l’ambiance actuelle, Manelena. »

« Hmm ? Cela ne me dérange pas tant que ça, loin de là. Je n’ai aucun souci. Je veux dire, on dirait que maintenant qu’il y a eu une morte, ceux qui doivent s’occuper de leurs esclaves sont beaucoup plus sur leurs gardes et il n’y a rien eu de mauvais cette dernière semaine. »

« Je sais bien mais ça ne change pas que je n’aime pas ces regards et autres sur ma personne. Et sur la tienne aussi hein ? »

« Oh ? Tu ne vas quand même pas me dire que tu es un peu jaloux de ce que les autres pensent de moi, Tery ? »

« Jaloux, je ne pense pas. Enfin, peut-être un peu quand même. »

Mais comment peut-il réellement expliquer ça ? Ce n’est pas aussi simple que de dire que c’est de la simple jalousie. En même temps, il a l’impression qu’il fait quelques envieux avec Manelena non-loin de lui.

« Je crois que ce sont les autres qui sont jaloux de moi, Manelena. »

« Oh ? Tu penses donc que c’est aussi simple que ça ? Hahaha ! Peut-être dans le fond. »

Il avait demandé à Manelena de jouer un peu son rôle d’esclave mais il avait l’impression qu’elle prenait ce rôle un peu trop à coeur. Car oui, elle était toujours bien habillée mais son allure hautaine avait totalement disparu. En fait, il avait l’impression de retrouver la jeune femme de l’époque où il était dans l’armée… avant qu’il n’apprenne qu’elle était réellement Manelena, la maréchale qu’il connaissait.

« Tu sais, tu n’es pas obligée de jouer le jeu quand il n’y a plus personne. »

« Oh, en vue des espions et autres, il vaut mieux plutôt que je reste ainsi. Et de ton côté, il faut que tu évites de trop parler de tout ça à voix haute hein ? »

Hmm ? Est-ce qu’elle était en train de lui faire un reproche ? Si tel était le cas, il devait alors avouer qu’il était plutôt content. Car oui, depuis qu’elle jouait son rôle, il n’y avait plus aucune once d’arrogance dans ses propos et c’était… vraiment perturbant.

Il y avait comme le fait qu’il… se sentait supérieur à elle. Il n’aimait pas cette idée de se considérer bien plus fort qu’elle, en position de domination. Oh, pas qu’il aimait quand elle le dominait hein ? Mais euh, c’était vraiment perturbant.

« Tery ? Hého, tu pourrais te réveiller ? Tu es dans ton monde ou quoi ? »

Elle venait de claquer des doigts devant lui, le faisant sortir de sa torpeur alors que le jeune homme aux cheveux bruns sursautait. Il entendit quelques grognements autour d’eux. C’est vrai qu’ils étaient au beau milieu d’une ruelle mais surtout les démons n’avaient guère apprécié le geste familier de la part de Manelena en direction de l’un des leurs, même s’il n’était qu’en partie démoniaque. Son statut était connu depuis tout ce temps.

« Pardon, Manelena. Je pensais à quelque chose qui n’est pas si important en fin de compte. Enfin bref, avec tout ça, on va plutôt voir ce que l’on va faire aujourd’hui, non ? »

« Je voudrais bien te proposer une séance d’entraînement si tu le désires, Tery. Qu’est-ce que tu en dis ? Tu es motivé à me maltraiter ? »

« Te maltraiter ? Euh vraiment, sincèrement, je veux te dire, Manelena, je ne suis pas… »

« Tery, essaie de te rappeler de ce que je t’ai dit, s’il te plaît. »

« Ah… J’ai compris le message. Oui, on va aller dans un coin pour s’entraîner et tu vas me servir de sac de frappe, Manelena. Faut bien que j’aille briser ton statut de reine de la surface, non ? Car j’ai l’impression que tu es trop prétentieuse. »

Il venait déglutir. Sincèrement, ce type de « jeu » n’était pas du tout son genre. Pourquoi il voudrait se sentir supérieur à Manelena ? Surtout qu’elle faisait une petite moue intimidée. Elle était plus grande que lui, elle avait plus de muscles que lui, elle avait un corps parfait, autant sur le plan de la beauté que sur l’entretien. Mais là, lui, vraiment, il le sentait pas du tout. Il ne se sentait pas du tout à l’aise, est-ce qu’elle arrivait à comprendre ça ?

Il n’avait pas la sensation que ça soit le cas. C’était même tout le contraire. Ou alors, non, elle le savait mais elle le poussait à être plus… dominant. Elle ne voulait pas qu’il soit mis en danger car il ne jouait pas son rôle de démon « propriétaire ». Elle avait bien compris qu’il avait un statut assez particulier, même dans l’armée des démons.

« Où est-ce vous voulez que l’on se rende pour que vous vous « occupiez » de moi, maître Tery ? » demanda Manelena d’une voix un peu suave.

« Hein que de quoi ? Euh … On va se rendre au château, ils ont des endroits spécifiques pour ça ! Et on va se dépêcher et vite ! »

Mais quelle idiote ! Elle était vraiment en train de jouer avec ses nerfs ! Si ça continuait ainsi, il risquait de ne pas se retenir ! Non ! Il devait se montrer raisonnable ! Il était un adulte, elle ne faisait que s’amuser de la situation alors qu’elle pouvait être potentiellement dangereuse. Ou alors, elle prenait justement très au sérieux le fait qu’ils étaient en danger de mort ? Et donc, elle continuait à faire ça… pour lui ?

Il ne savait pas sur quel pied danser avec elle ! C’était bien pour ça qu’il était complètement perturbé par la situation ! Heureusement, pour aller au château, il n’y avait eu aucun souci sur le chemin. Et dès qu’il se retrouva dans sa chambre, il poussa un profond soupir.

« Pfiou, on peut enfin souffler, Manelena. Tu n’es plus obligée de… »

« Maître Tery, qu’est-ce que je peux faire pour vous servir ? »

« Euh, Manelena, je voulais justement te dire que tu n’étais plus obligée de faire ton rôle. Sincèrement, ici, je ne pense pas que nous sommes écoutés. »

« Maître Tery, de quoi parlez-vous donc ? Pouvez-vous me l’expliquer ? »

« Manelena, s’il te plaît, tu n’as plus besoin de… »

« Maître Tery ? » répéta une nouvelle fois Manelena alors qu’il avait fini par s’asseoir sur son lit. Il était déjà vraiment épuisé par ce petit jeu qui ne l’amusait pas le moins du monde. Enfin, c’est ce qu’il cherchait à dire mais elle lui donnait l’impression de ne pas l’écouter. Et surtout, qu’est-ce qu’elle faisait là ?

Enfin, elle était venue s’asseoir à côté de lui et il s’était aussitôt raidit. Il n’avait pas l’habitude qu’elle soit aussi proche quand ils étaient éveillés. Car oui, durant leur sommeil, c’était une toute autre histoire. Sans aucune explication valide et correcte, il devait juste avouer qu’il finissait à chaque fois contre elle.

C’était peut-être instinctif ? Il voulait une présence féminine à ses côtés. Il avait eu ça avec Elen, il avait eu ça avec Elise et maintenant avec Manelena ? Mais voilà, c’était pendant qu’il dormait et ce n’était pas pareil que maintenant.

« Maître Tery, vous savez, je peux satisfaire tous vos désirs. Il me suffit d’une phrase et je serais alors toute à vous. »

Maintenant, il était en train de déglutir violemment ! Stop, il fallait qu’elle arrête ! Car là, il avait le joue aux rouges… euh le rouge aux joues ! Surtout qu’elle avait posé doucement sa main sur son genou droit, ce qui le fit un peu sursauter.

« Manelena, vraiment, tu devrais… »

« Hmm ? Mais dites-moi, avez-vous chaud, maître Tery ? Vous devriez retirer ces habits qui sont plus qu’encombrants. Laissez-moi donc me charger de ça. »

Elle… Elle allait vraiment dépasser les limites ! Car oui, son autre main venait de se poser sur son épaule et il s’était mis à déglutir grandement. Il fallait vraiment qu’elle stoppe tout ceci avant que ça ne dégénère et qu’elle…

« Eh bien, eh bien, on dirait que vous êtes vraiment rouge, maître Tery. Dites-moi… » chuchota Manelena, finissant par rapprocher sa bouche de son oreille pour lui murmurer : « À quoi est-ce que tu penses, petite canaille ? Est-ce que Tery Vanian ne serait pas en train de s’imaginer des choses que la décence ne pourrait proférer à voix haute ? »

« Manelena ! Tu as fini de te moquer de moi ?! » dit-il avant de placer à son tour ses mains sur les épaules de la femme aux cheveux argentés, finissant par la pousser plus violemment que prévu sur le lit, la couchant dessus. Il se retrouva à quatre pattes au-dessus de Manelena, ses yeux passant du vert au rouge alors qu’il s’était mis à haleter.

« Tery Vanian, qu’est-ce que tu fais, je peux savoir ? »

« Hein ? Eh bien, tu… je t’ai demandé d’arrêter mais tu fais tout pour ne pas comprendre ! » s’exclama Tery alors que le ton utilisé par Manelena était froid et sec, bien moins tendre et chaleureux que celui employé depuis quelques minutes.

« J’ai pourtant signalé que nous devions jouer la comédie mais tu gâches tout. »

Décontenancé, le jeune homme vint se retirer de sa position, finissant par se relever complètement du lit. Il déclara qu’il allait se passer un peu d’eau sur le visage, ailleurs, il ne savait pas où, comment et quand mais il quitta la chambre à toute allure, refermant bien la porte derrière lui pour être certain que personne ne tente de s’introduire dans sa chambre pendant son absence.

« Pfff, est-ce que je ne suis pas assez explicite ? Trop ? Il n’a pas compris ça ne me dérangeait pas le moins du monde ou quoi ? »

C’est vrai. Elle avait la sensation qu’il fallait envoyer de sacrés signaux à Tery pour qu’il comprenne le message derrière ses paroles et ses actes. Oh, elle n’était pas aveugle non plus hein ? La situation n’était pas pire qu’auparavant mais… elle n’était pas pour autant joyeuse. Hmm… C’était peut-être ça.

« Même moi, j’ai parfois besoin de réconfort ? »

Ce n’était pas un terme qu’elle aurait utilisé, il y a des années de cela. La main tendue vers le plafond, elle chercha à l’attraper avant de refermer le poing. Tout ça avait changé le jour où elle avait rencontré Tery. Elle referma ses yeux rubis, soupirant une nouvelle fois.

« Je voudrais aussi me faire étreindre, être aimée, j’imagine. »

Quel vœu stupide de sa part. Si elle ne le montrait pas concrètement à Tery, est-ce qu’il…. Non. Ce n’était pas à elle de faire plus de pas. Elle en avait déjà assez fait. Mais Tery avait déjà quelqu’un, hein ? Une jeune femme à la chevelure aux couleurs du soleil.

« J’imagine que vu la morosité dont je fais preuve la majorité du temps, je ne suis pas le genre à Tery. Encore qu’il ne disait pas non. »

Mais est-ce qu’elle n’avait pas eu cette impression de le forcer un peu ? Encore qu’elle l’avait pris par surprise à cette époque à Omnosmos, ce n’était pas comme si c’était lui qui avait voulu ce geste loin d’être anodin.

« Ah ! Je devrais arrêter de me mettre martel en tête. Ce qui est fait est fait ! »

Elle se redressa enfin dans le lit, finissant par se mettre assise. Elle était… amusée par les réactions de Tery mais en même temps, elle était agacée. Elle voulait l’inciter à prendre les devants mais… une petite part d’elle avait peur. Il fallait dire qu’elle n’avait jamais connu tout ça et que Tery avec Elen, elle n’était pas stupide. Il n’avait pas fallut qu’une seule fois pour qu’elle tombe enceinte.

Elle était franchement ridicule hein ? On parlait d’une vive douleur sur le moment et autre. Même si le sujet ne la concernait pas, les femmes dans l’armée de Shunter évoquaient parfois cela et il lui arrivait d’écouter du coin de l’oreille de telles conversations. Bon après, le fait qu’elles se soient envoyées en l’air et que c’était que du bonheur, c’était un sujet dont elle ne se sentait pas vraiment concernée.

« Mais cette vive douleur… dans le bas-ventre. Hmm… Après, en vue du comportement de Tery, ça ne fait aucun doute qu’il serait doux comme un agneau. »

Et que ça serait plutôt elle la louve dans ces moments, hahaha. Ou alors, est-ce qu’il cachait bien son jeu ? Difficile à dire puisqu’elle n’avait jamais « testé » cela chez Tery. Pfiou ! Quelle pauvre fille elle était ! Avec ses idées absurdes qui lui traversaient l’esprit.

« Je n’ai pas le caractère pour être comme ces femmes. »

Elle ne pensait pas avoir abandonné sa féminité, loin de là. Simplement, elle n’avait jamais vraiment chercher à la mettre en valeur. Sincèrement, elle n’allait pas prendre un corset en acier pour aller se battre contre l’armée ennemie ! Cela paraissait stupide mais elle avait eu vent de quelques spectacles où il y avait un mélange de danse et de combat.

Elle n’avait jamais vu ça directement mais elle savait que les femmes qui participaient à ces spectacles avaient plus de chair à l’air libre que l’opposé. Autant dire que dans un véritable combat, l’ennemi n’hésiterait pas à se focaliser dessus.

C’était peut-être pour ça qu’elle préférait quand même sa lourde armure noire qu’elle pouvait faire apparaître grâce à ses lignes d’Alzar. C’était d’ailleurs dans cette optique qu’elle avait alors donné « naissance » à cette armure. Il était vrai que Zélisia et Alzar permettaient une telle œuvre grâce à leurs magies.

Elen, de son côté, se focalisait principalement sur son arc. Tery ? Elle n’y avait jamais vraiment pensé mais était-ce ses griffes ? Non, pas à sa connaissance. Hmm… C’était assez étrange quand même. Qu’est-ce que Tery faisait donc ? D’ailleurs, il était un peu en retard non ? Il n’allait quand même pas tenter de s’enfuir hein ?

« Non, ce n’est pas son genre, je sais parfaitement qu’il n’est pas ainsi. »

« Manelena ? Est-ce que tu te parles toute seule ? C’est le premier pas vers la folie, tu sais ? »

« Hmm hmm, c’est que tu dis. Où est-ce que tu étais passé, Tery ? »

« Eh bien, je suis parti chercher à manger pour nous deux. Tu n’as pas un peu faim ? »

C’est vrai qu’il était revenu avec un plateau, deux assiettes qui laissaient s’échapper une légère fumée blanche, une miche de pain à partager pour eux, un pichet dont une petite odeur d’alcool émanait et des gobelets. Il déposa le tout sur le petit bureau qui lui était attribué dans sa chambre, faisant un léger sourire.

« Oh ? Tu n’es pas en train d’inverser nos rôles ? »

« Tu peux arrêter tes bêtises, Manelena ? Je voulais te ramener à manger car c’est ainsi et pas autrement, il ne faut pas s’imaginer mille choses. »

« Sauf que je suis certaine que les cuisiniers t’ont regardé avec un air mauvais ou au moins surpris quand tu leur as dit que tu ramenais deux plats, n’est-ce pas ? »

« Pour ça, j’ai juste prétendu que j’avais un très gros appétit et que deux assiettes seraient nécessaires. Et pour la bienséance, j’ai demandé deux couverts et… »

« Tery, tu ne sais pas mentir. Alors s’il te plaît, il vaut mieux que tu t’abstiens, d’accord ? »

« Désolé. Tu veux bien manger avec moi quand même ? »

AH ! Pourquoi est-ce qu’elle refuserait une telle proposition de sa part ? Elle soupira avec une légère pointe d’agacement mais vient prendre place à côté de lui. Elle avait déjà remarqué ça depuis qu’ils étaient ici mais les repas étaient pas si différents des leurs. Oh bien entendu, en terme de viande et légumes, ils ne possédaient pas les mêmes puisque la faune et la flore étaient différentes, mais sinon, la cuisson, le pain et tout le reste, cela avait plus ou moins la même forme.

« J’ai remarqué que tu as ramené du vin, Tery. Ou du moins, de l’alcool. »

« J’ai le droit à du vin de qualité. J’ai un statut assez haut placé en vue du fait que je suis l’un des chevaliers d’Elise, tu sais ? Bon, par contre, ce n’est pas le vin d’excellente qualité et tu sais parfaitement que je ne suis pas très porté sur la boisson. »

« Nous sommes deux alors, à ce sujet. Contrairement à mon père, les festivités, ce n’était pas du tout mon genre. »

Et peut-être qu’ils allaient commettre quelques bêtises ensemble ? AH ! Elle avait vraiment des inepties en tête, n’est-ce pas hein ? Elle regarda le pichet avec un petit sourire. Elle n’était pas crédible. Même si elle ne buvait que très rarement, elle possédait une certaine retenue qui l’empêchait de finir ivre. Elle connaissait plus ou moins ses limites. Tout simplement parce qu’elle voulait rester sur ses gardes à chaque instant.

« Oh, il est pas mauvais. Et la viande marinée est délicieuse. »

Tery mangeait et buvait sans même se poser de question. Vraiment, est-ce qu’elle appréciait Tery à cause de cette candeur dont il faisait preuve dans ces petits moments ? Il avait une femme à côté de lui, pas n’importe quelle femme. Il avait la reine de Shunter, qu’il connaissait depuis des années. Il se rappelait sûrement de ce qui s’était passé à Omnosmos et pourtant, il donnait l’impression de ne pas saisir la situation.

« Ah, eh bien, tu n’avais pas tort sur le vin, Tery. Il donne un peu chaud. »

Elle commença à tirer un peu sur le haut de son vêtement, battant la main devant elle comme pour faire un léger éventail. Bien sûr, elle utilisait à peine ce qu’il fallait de vent pour produire un léger souffle.

Hmm ? Elle jeta un bref regard à Tery, elle avait réussi à capter ses yeux qui la fixaient hein ? Et il était vrai qu’il était un peu rouge aux joues aussi. L’effet du vin… ou autre chose ? Peut-être qu’elle pourrait envisager d’ouvrir un ou deux boutons ? En même temps, il fallait bien qu’elle respire.

Pendant qu’il avait détourné le regard, elle avait aussitôt fait ce qu’elle pensait, ouvrant avec vivacité deux boutons de sa chemise. Oh, peut-être qu’elle en montrait plus que nécessaire ? Non, ça avait l’air d’aller. Surtout que tant qu’elle ne respirait pas trop fort, ce n’était pas si visible que ça. Bon, ils allaient terminer le repas ? Et ensuite ? Qu’est-ce qu’ils allaient faire ? Plusieurs idées se bousculaient dans sa tête.

« Aujourd’hui, c’était plutôt consistant, tu ne crois pas, Manelena ? »

« Il est vrai que j’ai eu plus qu’il n’en fallait. Leur pain est assez bourratif, Tery. »

Et maintenant ? Ils avaient terminé le repas. La pichet de vin n’était pas encore terminé mais il était bien entamé. Le souci ? C’est qu’elle avait encore pleinement conscience de ses actes. Elle avait refermé l’un des deux boutons car pfiou, ce n’était vraiment pas son genre.

« Et maintenant ? On devrait aller se coucher, non ? Je veux dire, pour digérer et tout ça. »

« À ce sujet, Tery, tu sais que me faire dormir dans le même lit que toi alors que je suis ton esclave, ce n’est vraiment pas une… »

« Bonne idée, je le sais bien mais je ne vais pas renier toute ma relation avec toi pour bien paraître aux yeux des autres démons. Je veux dire, ici, c’est ma chambre privée. Normalement, personne y a accès, j’ai le droit de faire ce que je veux dans ce lieu. »

« Oh ? Faire ce que tu veux ? Et de quoi as-tu envie ?

Elle avait fini par s’installer sur le lit, jetant du pied ses chausses et les chaussettes qui accompagnaient ces dernières. Assise à moitié sur l’oreiller, elle s’étendait de tout son long, Tery venant faire de même à ses côtés.

« Je crois que j’ai envie de terminer ce pichet. Je dois t’avouer qu’avec toute cette mise en scène à accomplir à chaque fois, je suis vraiment fatigué et usé par toutes ces bêtises. »

Ramenant le gobelet à ses lèvres, il vint le tendre à Manelena en disant qu’il allait terminer le pichet. Et alors ? Il avait tellement de désespoir que ça pour se laisser aller ? Car oui, il finissait le pichet en l’emmenant directement à ses lèvres.

« Quelle descente, Tery. Je ne te savais pas aussi porté sur l’alcool. On dirait bien que nous avons un petit secret maintenant, toi et moi. »

Il rigola en même temps qu’elle. Quelques minutes après, il était tout simplement avachi sur le lit, au-dessus des couvertures alors que Manelena avait fait de même en faisant attention à ne pas renverser les gobelets et le pichet. Observant Tery couché sur le lit, déjà à moitié en train de cuver, elle prit une profonde respiration.

Cela ne servait à rien. Elle ne pouvait pas réellement en profiter. Pas de cette manière. Par contre, il y avait une autre façon et elle n’allait pas s’en priver. Vu que Tery était en train de dormir, elle commença à se déshabiller, retirant son pantalon avant de faire la même chose avec Tery.
L’aidant à se débarrasser de son haut, elle garda néanmoins le sien, bien qu’elle avait rouvert quelques boutons. Elle pouvait presque être poitrine nue. Il suffirait de tirer de chaque côté de la chemise et… ce n’était pas le cas. Elle rentra dans les couvertures, forçant Tery à faire de même bien que ce dernier grognait un peu. Et sans aucune hésitation, elle vient caler la tête du jeune homme contre ses seins. Elle n’aura peut-être pas plus pour cette soirée mais c’était déjà franchement pas mal à ses yeux.

Chapitre 17 : Un long chemin

Chapitre 17 : Un long chemin

« Pfiou ! Pfiou ! Je n’arrive pas à croire que Tery et toi, vous ayez été obligés de vous battre constamment de la sorte, Elise ! »

« Je ne dirais pas que nous avons combattu tout le temps mais il est vrai que ce n’était pas du tout repos ! Et même quand on sera arrivés tout en bas, tu comprendras bien vite que ce n’était vraiment pas franchement mieux ! »

« À part les monstres, j’imagine qu’il y a aussi certains démons dont il faut se méfier ? »

« Comme partout, Royan. Comme partout ! Mais oui, tu as parfaitement compris où je voulais en venir, hahaha ! Enfin, ce n’est pas très drôle, je suis désolée ! »

Elle tentait de s’excuser mais il fit un mouvement de la main pour signaler que ce n’était pas bien grave ! Ils étaient là pour discuter… en plein combat ! Mais heureusement, avec les démons qui connaissaient déjà plus ou moins la faune et la flore environnantes mais aussi des soldats entraînés et Elen, ils étaient plutôt bien entourés.

« Je suis désolée de ne pas être aussi efficace que prévue mais vous savez, avec ma fille ! »

« De base, on n’emmène pas son bébé avec soi dans un endroit des plus dangereux et mortels, Elen ! » rétorqua Elise. « Mais bon, maintenant que c’est fait et que je sais que tu tiens absolument à ce que Tery voit son enfant, on fait avec ! »

« Hey ! J’ai envie qu’il rencontre enfin sa fille après tout ce temps ! Et je veux aussi le revoir, c’est aussi simple que ça ! Mais ne vous inquiétez pas, c’est juste que je dois faire attention à ne pas être attaquée, c’est tout ! »

Car oui, déjà qu’elle ne faisait que se battre avec son arc alors que son bébé était attaché solidement dans son dos via des lanières, l’empêchant de bouger pendant qu’elle marchait, il ne fallait pas oublier que certains ennemis étaient vraiment très problématiques car elle ne connaissait pas ou peu les créatures qu’ils affrontaient.

« Ne t’en fait pas pour ça ! Ce n’est pas un problème, ni une complainte de ma part ! Je voulais juste te dire ça comme ça ! Ne t’en fait donc pas ! On va le retrouver ton petit Tery et ensemble, vous pourrez enfin souffler un peu ! »

« Souffler un peu ? AH ! S’il ne tente pas de sauver le monde, aider un royaume, combattre des créatures mythiques, bref, toute l’histoire habituelle. »

« On dirait que tu en as gros sur le coeur alors que nous sommes en plein combat. »

« J’ai surtout envie de me dire que j’étais bien tranquille, là où nous étions la mère de Tery et moi, après cet… incident à Omnosmos ! Tranquilles, pas une personne pour nous déranger, il n’y avait pas de monstres sanguinaires, de médaillons à récupérer, de mékalarmiens complètement cinglés et le reste ! »

« Quand on retrouvera Tery, tu n’auras qu’à lui dire tout ça hein ? Je veux dire, je veux bien t’écouter te plaindre et tout le reste mais en même temps, je ne suis pas la bonne personne. »

« Je sais bien, je ne veux pas vous faire croire que je ne fais que me plaindre mais… ça me fait du bien d’extérioriser tout cela. »

« Si tu peux extérioriser le cerveau de l’animal qui fonce droit vers nous et… »

Une flèche, aussi grosse qu’un bras, passa juste à côté d’Elise qui n’avait pas eu le temps de terminer sa phrase. Quelques secondes plus tard, pénétrant dans la chair de la créature en fourrure ressemblant à un ersatz de rat géant avec un corps en partie chevalin, la flèche commença à briller avant de faire exploser le corps de la créature.

« Ne t’en fait pas, je parle beaucoup, Elise, mais ce n’est pas pour ça que je ne fais pas attention à ce que je fais ! »

« Je… vois ça. Je vais dire que c’est tant mieux en un sens, hahaha. Du moins, que c’est assez rassurant, enfin, j’espère. J’imagine que ça dépend du point de vue. »

Le rire semblait un peu forcé mais pas médisant. Elle était juste assez confuse car elle oubliait qu’Elen possédait une force… proche du divin ? Enfin, avec de tels parents, ce n’était pas vraiment étonnant à bien y réfléchir même si Elise semblait vouloir complètement ignorer ses origines. En même temps, savoir la façon dont elle est née et autre, ce n’était pas forcément des plus réjouissants.

« Pfiou ! C’est enfin terminé ! Mais comment est-ce que ça se fait qu’ils soient aussi nombreux ? Ce n’est pas normal non ? Un tel nombre… »

« Ils sont attirés par la chair des personnes de la surface. Je pense que Tery et les autres, qui sont déjà passés par là, ont eu les mêmes soucis. Il suffit que certains soldats soient morts, que les créatures de cet endroit aient décidé d’y goûter et maintenant, elles ne peuvent plus s’en passer. Comme nous arrivons en second, c’est nous qui en bavons. »

« D’accord, et comme on prend le même chemin que lui, puisque c’est toi qui nous guide, Elise, on risque de ne pas pouvoir se reposer bien souvent. »

« Hahaha, désolée… on pourrait demander aux autres démons qui sont avec nous mais de ce que j’ai compris, c’est le chemin généralement emprunté. Il y a des créatures bien plus sinistres dans le monde souterrain. Beaucoup d’espèces ne sont pas encore connues. Je crois que si on ne fait pas attention, cela pourrait très mal se finir. »

« D’accord, on va juste continuer en prenant le chemin habituel alors, Elise. »

Question de sécurité. S’ils ne savaient pas ce qui pouvait se terrer dans le monde souterrain, elle ne voulait pas mettre encore plus la vie de son enfant en danger. Encore qu’elle se considérait un peu comme une mère indigne sur le coup. Elle savait très bien qu’attendre aussi longtemps pour donner un prénom à son enfant, c’était ridicule.

Comme le fait de l’emmener ici, c’était tout simplement de la folie pure. Elle savait qu’elle n’était pas faite pour être mère… tout ça parce que Tery et elle avaient plusieurs fois fait cet acte, sans même faire attention aux conséquences. Mais elle ne regrettait rien, ni ce qu’elle avait fait avec Tery, ni l’enfant qui était né. C’est juste… qu’elle se sentait fatiguée.

Fatiguée, plus que la normale. Peut-être qu’elle en faisait trop ? Non, c’était même sûrement ça. Elle en faisait beaucoup trop… et elle veillait sur sa fille. Là, il n’y avait pas la mère de Tery. Ce n’était pas une combattante et il était hors de question d’emmener quelqu’un qui n’était pas apte sur le champ de bataille.

Elle ne pouvait que compter sur elle pour s’occuper de sa fille. Pourtant, elle ne cherchait pas à s’en plaindre. Elle avait juste fait un petit sourire amusé en regardant son enfant alors qu’ils se reposaient enfin tous ensemble. Elle était contente, elle était heureuse et ça se voyait. Elle n’allait pas se priver de ce bonheur.

C’était étrange mais… elle se sentait même mieux maintenant qu’elle veillait personnellement sur sa fille. Contrairement à auparavant, c’était elle et uniquement elle qui s’occupait de son enfant. Il n’y avait pas la mère de Tery pour l’épauler mais elle veillait à son bien-être. Elle vérifiait pourquoi est-ce que sa fille pleurait, elle reproduisait les gestes qu’elle avait si souvent vus avec la mère de Tery.

Et surtout, elle veillait à ce qu’elle dorme et vive correctement. À son grand soulagement, pour la nourriture, elle n’était pas la seule à avoir eu un enfant et les demoiselles du groupe l’épaulaient dans cette tâche. Elle n’était pas vraiment la mieux placée pour l’alimentation donc elle prenait tous les conseils, comme il le fallait.

« À son âge, toutes les dents ne sont pas encore formées, c’est pourquoi elle ne peut rien manger de consistant. Il faut faire quelques bouillies et autres. Oh, et comme on a plus ou moins l’habitude de ça dans l’armée, ne t’en fait pas, tu seras vite rodée ! »

« Mais comment savoir si ce n’est pas trop chaud ou autre ? »

« Eh bien, tu dois juste mettre un doigt dedans et tu sais si cela te brûle ou non ! »

Hmm ? Ah oui ! C’était tout ce qu’il y avait de plus logique en fin de compte ! C’était plein de bon sens ! Pourquoi est-ce qu’elle n’y avait pas pensé plus tôt ? Mais bon, maintenant, Elen était très bien intégrée dans le petit groupe et les autres soldats et démons les regardaient avec amusement. En même temps, il était rare que l’on ramène un bambin sur le terrain.

« Tery a vraiment de la chance de t’avoir. J’en connais pas beaucoup qui feraient ça pour un homme ! » déclara l’une des soldates.

« Eh bien, je crois que j’aime bien entendre de telles paroles. La prochaine fois, je vais forcer Tery à ce qu’il les dise lui-même ! »

« Mais Tery, je veux dire, y a la princesse Elise qui était toujours collée à lui, tu n’as pas peur que… enfin, c’est peut-être indiscret et… »

« Non ! Pas Elise, vous pouvez voir vous toutes qu’elle est totalement… oh. Eh bien, justement, il semblerait qu’Elise et Royan se sont absentés. Bref, je crois que Tery considère Elise comme une petite sœur, rien de plus, rien de moins ! »

« Oh, d’accord donc y a rien à craindre au final par rapport à lui, c’est bien ça ? »

« Hmm, je peux pas dire vraiment ça. » marmonna Elen avant de reprendre : « Même si Tery est la première personne que j’ai aimée… et la seule aussi, je sais qu’il y a une autre femme qui lui tourne un peu autour et dont je dois me méfier. »

« Ah bon ? Et de qui il s’agit ? Avec une femme comme toi, y a qui qui pourrait vraiment rivaliser ? J’arrive pas à voir. »

« Eh bien, vous la connaissez, c’est la reine de Shunter. »

C’était un peu difficile de ne pas médire sur Manelena mais en même temps, à voir les visages estomaqués des soldates, elle comprenait parfaitement que c’était une sacrée surprise pour elles. D’ailleurs, l’une ne put s’empêcher de dire :

« Ah oui, c’est sûr que c’est un tout autre niveau que nous. »

« Vrai qu’il faut bien une personne royale pour contrer une femme comme toi. Mais en même temps, euh, Tery, il n’a pas d’ascendant noble ou autre, non ? »

« En fait, si si, c’est le cas même si on l’a appris que « récemment ».  En quelque sorte, Tery est issue d’une famille noble d’Omnosmos. Peut-être que vous avez entendu parler de la grande bibliothèque d’Omnosmos ? »

« Euh oui, c’est vraiment un endroit pour les personnes qui sont très instruites. Y a plus de livres qu’ailleurs et pour ceux qui veulent connaître l’histoire de chaque nation et aussi plein d’autres choses, c’est l’endroit parfait mais pourquoi cette question ? »

« Eh bien, je vous laisse deviner donc à ce sujet… ce que ça veut dire exactement. »

« Euh… Tery possède la grande bibliothèque d’Omnosnos ?! » demanda l’un des soldates, les autres ouvrant leurs yeux en grand. Elen rigola légèrement avant de faire un mouvement négatif de la fin, finissant par dire :

« Non, non ! Ses grands-parents sont ceux qui s’occupent de la bibliothèque et qui la possèdent. C’est compliqué mais dans le passé, sa mère, donc leur fille, avait décidé d’abandonner sa positionner sociale pour aller épouser quelqu’un qui n’était pas vraiment à leur goût. À partir de là, eh bien, c’est compliqué ! »

« Ah oui, t’as vraiment pas choisi l’homme le plus facile à aimer ! »

« Disons que je compte sur le fait que l’amour peut braver toutes les frontières mais des fois, ça reste sensiblement assez dur, hahaha ! »

Elle tentait de prendre ça avec le sourire même si des fois, elle savait qu’elle n’était pas à la hauteur par rapport à Manelena. En même temps, elle savait que Tery n’accordait aucune importance au titre de reine de Manelena.

Non, s’il était attiré par Manelena, c’était bien parce que celle-ci vraiment différente d’elle. En terme de comportement car bon, niveau physique à cette « hauteur », elle n’avait rien à lui envier. Encore que Manelena était vraiment très grande comme femme, il fallait avouer. Oui, par rapport à elle qui était assez petite. Y avait bien trente centimètres ? Voire plus ?

« Ah ben, vous êtes de retour. On dirait que vous avez fait la course. Vous êtes très essoufflés tous les deux. »

Elen n’avait pu s’empêcher d’adresser un petit sourire en direction du couple qui était revenu. Oui, ils étaient rouges aux joues et il était difficile de ne pas savoir ce qu’ils avaient accompli. D’ailleurs, elle se releva, son enfant dans ses bras, faisant attention tout en posant une main sur l’épaule d’Elise.

« Au cas où, je tiens à te dire que ça sera quelques mois très difficiles mais ensuite… »

« Hey ! Mais euh… Je ne crois pas que… Enfin, tu sais ! Rah ! Tu es en train de te moquer de moi, Elen ! C’est très mesquin de ta part ! »

Elle ? Se moquer d’Elise ? Ce n’était pas du tout son genre ! La jeune demoiselle à la chevelure blonde avait juste un petit sourire aux lèvres, comme pour lui montrer qu’elle était juste « heureuse » de voir qu’Elise et Royan profitaient enfin de leur couple.

Elle-même en avait largement abusé dans le passé mais maintenant, c’était de l’histoire ancienne. Elle comprenait qu’en agissant de la sorte avec Tery, elle l’avait un peu étouffé. Elle avait été dans l’excès et ce n’était pas une bonne chose. Elle ne pouvait pas agir de la sorte à l’encontre de Tery et faire ensuite comme si de rien n’était.

Du moins, plutôt ne pas se remettre en question. Et puis, elle était vraiment soulagée de voir que malgré les déboires causés avec l’ouverture des portes démoniaques, Elise et Royan étaient ensembles. Ils le méritaient, vraiment.

« Pourquoi ce sourire, Elen ? Tu as une sombre idée en tête pour nous ridiculiser ? »

« Roh, tu peux éviter de dire ça comme ça, Elise ? On dirait que je vais passer pour un monstre. Non, j’étais juste en train de me dire comment tu appelleras ton premier enfant si c’est un garçon ou une fille et… »

« À ce sujet, elle devrait réfléchir à plusieurs prénoms. » corrigea Royan sur un ton des plus sérieux avant de reprendre : « Au minimum, trois enfants, je dirais. »

« WOW ! Ah oui, euh… Elise, bonne chance ! Je savais pas que Royan se projetait aussi loin et visait dans le concret ! »

« Hahaha, tu comprends pourquoi je ne suis pas si pressée pour le moment ? Que je préfère que tout soit réglé et tranquille avant d’envisager tout ça ? »

« Oh que oui, tu n’as pas besoin de me donner plus d’explications. »

Un petit mouvement de la main pour signaler qu’ils allaient changer de sujet et ils étaient tous d’accord. Le reste de la soirée se déroula tranquillement, Elen étant bien entendu interdite de tour de garde puisqu’elle avait un enfant dont elle devait s’occuper.

« Priorité à ton enfant, la question ne se pose même pas. Moi-même et Royan, nous serons aussi chargés de faire un tour de garde. Pas de raison, ici, la royauté, on s’en fiche ! »

« Tu as bien appris les leçons de Manelena, on dirait. »

« Hahaha, je l’ai souvent remarqué mais je considère Manelena et Royan comme des modèles pour la royauté. Je me trompe sûrement, surtout quand j’ai pu voir… mon père mais bon ! Au moins, je sais que je ne me trompe pas de voie. »

« Même si Manelena, c’est Manelena, je dois reconnaître que oui, en tant que reine, on fait difficilement mieux… même si elle n’a pas forcément une personnalité très facile à supporter et que certains de ses actes étaient… problématiques. »

« Oh ! Personne n’est parfait, Elen ! Si tu tentes de l’être, où est alors le bonheur de trouver des petits défauts chez l’autre ? Ce sont les défauts qui nous rendent uniques. Il suffit de voir avec Royan. Il a encore beaucoup de mal à exprimer ses sentiments ! »

« Hey ! Ce n’est pas… enfin si un peu… mais … voilà ! »

Royan tentait de s’exprimer mais ne voyait pas comment contredire Elise sur le coup. Elen rigola légèrement, signalant qu’elle allait se coucher avec sa fille et leur souhaiter de bien dormir et faire de beaux rêves.

Le lendemain matin, rien n’était venu les déranger pendant la nuit et ils pouvaient reprendre la route. Elise proposa de se rendre dans l’un des villages qu’ils connaissaient avec Tery pour refaire un peu le plein. De toute façon, ils étaient enfoncés plus profondément dans le monde souterrain donc les villages ressemblaient plus à des villes avec plus de moyens en conséquence, ce qui était parfait pour leur groupe.

« Ça me semble être une idée raisonnable. Elen ? »

« Hmm… Oh, désolée, je veillais à ce que ma fille ait bien mangé. De mon côté, je dirais que oui. Il me faut quelques objets pour elle. Qu’importe que nous soyons de races différentes, certains objets « utilitaires » sont communs à toutes les races humanoïdes, hahaha. »

« Ou presque ! Tu ne peux jamais savoir sur quoi tu vas tomber, Elen ! »

Oh ? Qu’est-ce qu’Elise avait rencontré pendant sa session souterrain avec Tery ? Cela allait être une nouvelle histoire à raconter à Royan et elle lorsqu’ils auront une pause. Mais là, ils venaient à peine de se remettre en marche pour la journée !

« Elise, tu as une petite idée de la distance pour rejoindre Tery ? »

« Tu parles de rejoindre la capitale, plutôt, non ? Eh bien, on en a encore pour quelques semaines, je dirais. Avec les monstres qui nous attaquent et autres, on mettra un peu plus de temps que prévu mais ça, on ne peut rien y faire. »

La jeune femme aux cheveux blonds hocha la tête d’un air machinal. Elle comprenait parfaitement ce qu’Elise était en train de dire. Sans ces créatures qui les dérangeaient tous les deux ou trois jours, et encore, ils iraient beaucoup plus vite.

« Enfin, on peut encore s’estimer assez chanceux sur un point. »

« Ah oui, lequel Elise ? Car je vois pas, je dois t’avouer. »

« Eh bien, disons que nous ne sommes pas encore tombés sur les troupes de mes aînés. Avec elles sur notre passage, par contre, je suis pas certaine que ça se passerait aussi bien. »

Oh. Elle marquait un point. Elle avait bien raison. Ils n’étaient pas encore prêts à les affronter. Surtout que d’après ce qu’Elise avait dit à leur sujet, l’aîné de la fratrie était un combattant aguerri, que même Tery n’avait pas réussi à affronter et à tenir tête.

Et pourtant, elle savait pertinemment que Tery n’était pas le genre à ne pas prendre un combat au sérieux. Du moins, à tout donner quand la situation l’exigeait. Et donc, comment est-ce que tout cela avait été résolu ? Car elle était certaine que ça n’allait pas être aussi simple que ça, n’est-ce pas ?

« Disons qu’heureusement que nous avons pu arrêter ce combat, je ne suis pas certaine que Tery serait encore vivant à l’heure actuelle. Une « erreur » comme il peut si souvent en arriver quand un noble ou une personne de la royauté décide d’abuser de son pouvoir. »

« Ah oui, je vois le genre. Hmm… Bon ben, récupérons vite Tery et Manelena en espérant que cette fois-ci, on n’a pas encore une raison absurde qui nous fait nous séparer. Je commence à être vraiment lasse de tout ça. »

« Elen. C’est compréhensible ton agacement. Je crois que j’ai ressenti la même chose quand j’ai été séparé d’Elise et que… »

« Euh, on va dire que tu n’étais pas agacé mais enragé, Royan. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais c’était vraiment pas joyeux, oui. »

Royan émit un petit rictus. C’est vrai qu’il était plus enragé intérieurement qu’autre chose. Et que cela s’était un peu répercuté dans ses choix durant l’absence d’Elise. Ah, oui, c’était vraiment pas très glorieux.

« On va juste dire que… enfin… Elise me manquait terriblement. »

« Oooooh ! Mais qu’il est mignon quand il le veut, mon petit roi adoré ! » déclara Elise tout en lui pinçant la joue avec tendresse avant de venir l’embrasser tendrement là où s’était trouvé le pincement.

« S’il te plaît, Elise. C’est assez gênant si les autres nous regardent. »

« Oh ? Tiens donc ? Et depuis quand est-ce que tu te préoccupes de tout ça ? Je n’étais pas du tout au courant, Royan. »

« Euh, depuis le début, Elise ? Enfin, j’ai l’impression que tu te moques un peu de moi, est-ce que je me trompe ? »

Oooooh ! Elle le regarda avec un grand sourire, haussant les épaules pour l’air de faire croire qu’elle ne voyait pas le moins du monde de quoi il parlait. Royan leva les yeux vers le ciel ou plutôt le plafond de pierre. Elen soupira, au moins, elle était bien entourée.

Chapitre 16 : Perdus

Seconde partie : Un simple outil

Chapitre 16 : Perdus

« Ah… Comment se présente la situation ? »

« Mal, très mal, si je peux me permettre une petite remarque. »

La petit être bossu et ridé poussa un profond soupir. Il avait vécu tellement de décennies voire même plus, seul lui le savait, pour en arriver là. Mais il avait fallut que tout cela ne se passe pas comme prévu. Un peu désabusé, il reprit :

« Nous n’avons toujours aucune nouvelle de la reine de Shunter ? Nous ne savons pas où elle se trouve exactement ? »

« Outre le fait qu’elle se soit dirigée sous la surface, nous n’avons aucune autre indication à son sujet. Depuis l’attaque de certains d’entre nous sur la base des démons, nous ne savons rien de plus par rapport à sa situation. »

« Regrettable, vraiment regrettable. Comment allons-nous faire donc, sans elle ? »

« N’y a t-il vraiment aucune autre solution ? De ce que nous avons appris, lorsque la reine Manelena n’est pas dans son royaume, c’est le régent Hémurion qui a les rênes du royaume. »

« De ce que je sais à son sujet, c’est un être qui fait passer le peuple avant tout. Il n’est pas réellement apprécié par la noblesse du royaume mais ayant été à la tête des rebelles lors de l’attaque sur le précédent monarque, il a toute la confiance de Shunter. Oui, nous pourrions passer par lui, j’imagine. »

Ernold recommença à soupirer. Le fait qu’il ne connaisse pas plus que cela Hémurion était un problème en soi. Maintenant, sa propre race était responsable de tout ça … et il était donc fautif partiellement.

« Et des nouvelles… au sujet du jeune prince Royan ? »

« Il semblerait qu’il soit porté disparu lui aussi. Du moins, cela est dit avec un peu d’exagération. Ils seraient partis eux aussi sous la surface. »

« Eux aussi ? Vous voulez dire que… »

Ernold ne termina pas sa phrase alors que l’autre gnomold hochait la tête positivement. Comme affligé par le poids du monde sur ses épaules difformes, le gnomold se retrouva à ras-le-sol, pris d’une très grande fatigue.

« Tout cela aurait pu bien se passer si les peuples étaient capables de s’unir mais il a fallut que tout dégénère. Ah… Pourquoi as t-il fallu que ça se passe ainsi ? »

« Maître Ernold, vous avez voulu voir trop grand tout de suite. Rares sont les gnomolds à vivre depuis aussi longtemps que vous mais ils existent. Et certains ont gardé cette haine depuis autant de temps. Et bon, les différents peuples à la surface se battent toujours. »

« Les mékarlamiens ont toujours été un peuple problématique. Et notre race qui vit sur leurs terres n’est guère mieux. Claudiska et Traslord ont toujours été en bons termes depuis des décennies et depuis l’avènement de la reine Manelena et du prince Royan, nous pouvons considérer que Shunter est en bons termes avec Claudiska et Traslord. »

« Honoros, de son côté, cela dépend de chaque clan mais en grosse majorité, ils sont pour nouer des relations avec les autres nations. »

Les deux gnomolds continuaient de parler entre eux. Visiblement, chacun confirmait plus ou moins à l’autre le bilan de ces dernières années des plus mouvementées. Avec Omnosmos qui était en permanence sous surveillance, les portes démoniaques sous la tour des archimages étant constamment ouverte, il fallait dire que l’ambiance n’était pas forcément des plus bonnes. D’ailleurs, le fait plus étrange et presque « amusant » était justement qu’aucun démon n’était passé par cette double porte depuis son ouverture.

Rien, rien du tout, aucune personne. Comme si cet endroit n’avait été qu’un long dédale souterrain, il semblerait qu’il n’était pas le chemin de prédilection pour ceux qui voulaient espérer paraître à la surface. De toute façon, les démons n’étaient pas très enclins avec les réactions épidermiques des différentes races. Mais tout ça, c’était au début. Il avait appris les efforts de Tery, Elise et les autres.

C’était pourquoi il voulait aussi que son peuple fasse des efforts. Mais son peuple, ce n’était pas une seule culture mais plusieurs. Ils étaient plusieurs espèces de gnomolds, provenant des différents royaumes … avec différentes mentalités. C’est pourquoi tout cela était bien plus compliqué que le simple fait de chercher à discuter.

« Des fois, je me dis qu’ils sont bien plus enclins à la paix que nous autres. »

« En même temps, maître Ernold, nous devons nous mettre à leurs places. »

« Le passé est le passé. Ce n’est pas aux descendants de payer les erreurs de leurs ancêtres. S’ils comprennent ce qui s’est passé et qu’ils condamnent les actes de leurs ancêtres, c’est suffisant. Pourquoi tout le monde ne veut pas comprendre ? »

« Tout le monde ne possède pas la sagesse propre à votre longévité. Nous ne pouvons qu’écouter les paroles d’autrui et tenter de forger nos opinions en se basant sur celles-ci, bien qu’elles soient erronées ou porteuses de haine. »

« Je ne suis pas plus sage qu’un autre. Simplement, je veux oeuvrer à une entente parmi toutes les espèces. Est-ce vraiment sage que d’espérer une telle chose ? Seule un fou aux douces idées pourrait vraiment croire à ce projet. Mais au fil des années, je me rattache à cela en me disant que je vais suivre la même voie que mes ancêtres. Ah… Je ne suis pas immortel. »

« Nous autres, gnomolds, vivons bien plus longtemps que les autres espèces. Malheureusement, en vue de nos guerres incessantes contre les autres races des différentes nations, il est très rare de voir un gnomold aussi âgé que vous, maître Ernold. »

« Oh, il est vrai que mourir de vieillesse chez un gnomold, c’est presque propice à une fête sans précédent bien que ça soit saugrenu de fêter la mort d’un gnomold. »

« Surtout quand ce dernier ne peut même pas profiter de cette dernière fête. »

Des petits rires se firent entendre de part et d’autre. Il fallait décompresser un peu et à l’heure actuelle, c’était l’unique solution qu’ils se proposaient mutuellement. Le vieux gnomold reprit pourtant son sérieux quelques instants plus tard :

« Nous devons trouver une solution, néanmoins. »

« Je suis d’accord, maître Ernold. Mais nos différentes solutions commencent à s’amenuiser. Il est difficile de trouver une idée convenable. »

« Nous allons refaire une assemblée générale. Il va nous falloir contacter tous les clans pour qu’ils envoient leurs émissaires. Du moins, les clans majeurs de chaque nation. »

« Et dire que les honoriens ont gardé cette idée de clans. C’est assez amusant, vous ne trouvez pas, maître Ernold, au final ? »

« Je ne sais pas si le terme « amusant » convient mais je suis néanmoins d’accord. Bon, faisons une liste des clans et allons ensuite préparer tout cela. Ça va bien nous occuper pour quelques heures voire toute la soirée. »

Encore une où il n’allait dormir que très peu. Pourtant, le vieux gnomold ne s’en plaignait pas. Il savait ce que cela lui coûtait et ça ne l’avait jamais dérangé. Il n’avait pas vécu toutes ces années pour en arriver là et dire qu’il n’avait plus envie d’accomplir tout ça.

« Au cas où, je sais que cela va être assez mouvementé. Si tu veux bien prendre contact avec Rokar, j’ai le sentiment que je vais avoir besoin de lui dans les jours qui viennent. Est-ce qu’il est toujours en mission ? »

« Pour ce que vous lui avez demandé ? À ma connaissance, je crois bien que oui même si j’ai entendu qu’il avait délégué une partie de tout ceci à ses lieutenants et que cela s’était plutôt mal passé malheureusement. »

« Hmm ? Comment cela ? Est-ce les fameuses rumeurs comme quoi certains gnomolds ont tenté de s’en prendre aux démons qui étaient sous la protection du roi Royan ? »

« C’est bien cela. Il semblerait que certains ont piqué une crise, dans les termes utilisés par les rumeurs et autres sans… pour autant expliquer la raison de la dite-crise. »

« Mais est-ce que cela s’est terminé dans le sang ou non ? » demanda une nouvelle fois Ernold, son œil devenant bien plus vif en direction de son élève.

« Non, non, pas à ma connaissance ! Du moins, il n’y a eu aucune agression d’un côté ou de l’autre. Tout semble s’être remis en ordre mais… »

« Vu qu’ils n’ont pas expliqué cette raison, qui est l’un de nos plus grands secrets, même parmi notre propre espèce, les peuples des différentes nations doivent penser que nous ne sommes que des ingrats alors que nous avons tenté d’opérer une paix avec eux. Comme si tout cela n’avait été au final qu’un grand et gros gâchis. Ah… »

« Je vais aller préparer une première lettre pour Rokar, maître Ernold. »

Le gnomold savait qu’il devait laisser le grand archimage se plonger dans ses pensées. C’était pourquoi il se décidait à s’éloigner, comme si de rien n’était. Mais à peine avait-il ouvert la porte pour disparaître de l’autre côté qu’il revint, moins d’une minute plus tard.

« Maître Ernold, maître Ernold, c’est… c’est… »

« Est-ce que tu peux te pousser ? J’ai mieux à faire qu’attendre que tu serves de porte, nierk ! » s’exclama une voix assez forte derrière le gnomold, une main se posant sur l’épaule de ce dernier pour le déplacer sur le côté.

« Rokar. Eh bien, si je m’attendais à déjà t’avoir parmi nous. »

« Oh, vieux grigou, tu sais parfaitement que j’allais arriver en vue du foutoir que les gnomolds sont en train de faire. »

« Oh, tu sais, si nous commençons par là, il s’avère que Tery Vanian était si je ne me trompe pas, sur les terres que tu gardais à l’époque, n’est-ce pas ? »

« AH ! Je m’en doutais que malgré l’âge, tu étais toujours capable d’utiliser ta langue pour faire quelques paroles dignes d’une vipère ! »

« Eh bien, il me faut garder mes capacités pour être apte à répliquer à des jeunots comme toi, Rokar. Eh bien, si je m’attendais à ce que tu viennes aussi vite. »

« Et je vais me répéter : Tu le savais que j’allais me ramener. Avec tout ce bordel, c’est pas possible que je ne vienne pas te rencontrer pour tenter de régler la situation. »

Et sans aucune hésitation, comme si ça ne le dérangeait guère, il vint s’asseoir en face d’Ernold, celui-ci faisant un mouvement de la main pour dire à son apprenti que ce n’était pas bien grave. La différence de stature entre les deux gnomolds était effarante. Alors que d’un côté, Rokar était un « colosse » parmi les siens, avec ce qu’il fallait de muscles, de fourrure de bosses le rendant difforme, Ernold incarnait parfaitement l’usure du temps, avec un être plus rabougri et fatigué par les années.

« La situation est si dramatique pour que tu viennes en personne ? »

« Oh, allons bon, va pas faire comme si cela te troublait plus qu’il n’en faut. Dis-moi plutôt ce que tu avais en tête. À voir l’étonnement de ton apprenti, je sens que tu parlais de moi mais qu’il s’attendait pas à ce que j’arrive aussi vite. »

« Ah, toi et ton intuition, Rokar. Sans celle-ci, tu n’aurais jamais laissé une chance à ce jeune garçon démoniaque, n’est-ce pas ? »

« Suffit de voir le bordel que ça fout. Mon intuition s’est sacrément loupée ce jour-là. Pfff ! Maintenant, tout a dégénéré depuis l’ouverture de ces fichues portes ! »

« Et c’est toi que je dois remercier, Rokar. Tu sais à quel point je te suis redevable. »

« Ouais, ouais. Tu diras ça à d’autres hein ? » rétorqua Rokar, faisant un mouvement de la main pour signaler qu’il considérait les remerciements comme une quelconque foutaise.

« Si tu m’étais autant redevable que tu prétends l’être, on n’en serait pas là. »

« C’est exact et je tiens encore à m’excuser, Rokar. »

Nouveau grognement de la part de ce dernier. Celui-ci avait du mal à croire dans les paroles d’Ernold malgré qu’il ne semblait pas porté par de mauvaises intentions. Mais voilà, avec tout ce qui s’était passé ces derniers mois, autant dire que la confiance ne régnait pas totalement. Même si ce n’était pas contre Ernold spécifiquement.

« Bon, maintenant que je suis là, qu’est-ce que tu me voulais au final ? »

« Je vais organiser une réunion avec les différents clans des gnomolds. Je voudrais que toi et tes hommes soyez là pour protéger les environs et surtout que ça ne dégénère pas. »

« AH ! Mais tu te foutrais pas un peu de ma gueule ? J’ai pas besoin de te rappeler de la dernière, y a bien presque vingt ans ? »

« Disons qu’elle est est restée dans les mémoires mais pas forcément pour les bonnes choses, je peux le reconnaître, Rokar. »

« Et pourtant, tu es décidé à en relancer une ? Tu serais pas devenu gâteux avec l’âge ? »

« Situation extrême, mesure extrême. Je n’ai pas d’autres choix. Nous ne pouvons pas continuer sur cette voie si tous les gnomolds ne sont pas réunis sous une même égide. »

« Suffit pas de le dire pour que ça se produise. Faut pas croire que ça va marcher comme ça hein ? Ils vont tout simplement te rire au nez pour la grosse majorité. »

« Je sais parfaitement à quoi m’attendre et c’est bien pour cela que je compte sur ton soutien, Rokar. Avec toi à mes côtés, je sais que je serais bien plus en sécurité que si je confiais ma vie à quelqu’un d’autre. »

« T’es vraiment devenu sénile avec l’âge. »

« Eh bien, les vieilles personnes doivent être surveillées, qu’elles soient gnomolds ou non, tu ne crois pas ? Qui sait ce qui pourrait m’arriver si je ne suis pas sous surveillance constante pendant que je tente de faire mes projets ? »

Nouveau grognement de Rokar. Le vieux gnomold était plus qu’amusé par la situation, au contraire de l’autre gnomold. Pourtant, bien que sa respiration se faisait de plus en plus forte, il semblait retrouver son calme, fermant son œil valide avant de dire :

« Quand est-ce que cette foutue réunion aura lieu ? »

« D’ici quelques semaines, peut-être un mois ou deux ? Je n’ai pas encore envoyé les émissaires pour cela. À la base, normalement, tu devais en attendre un. »

« Ah… Et dire que je pensais aller me rendre dans ce foutu endroit souterrain pour éliminer quelques gnomolds et démons qui font un peu trop de zèle. »

« Hmm ? De quoi est-ce que tu parles ? » questionna Ernold, étant réellement surpris cette fois alors que Rokar lui répondait aussitôt :

« Rien de bien grave. Disons que j’ai appris que certains gnomolds avaient décidé de continuer à harceler les démons dans le monde souterrain. Et aussi qu’ils sont morts car les démons ont été défendu par des membres des races à la surface. »

« Oh ? Tu penses qu’il y a une chance que ça soit… Manelena ? Ou alors Tery ? »

« Je pense plus au petit gars de Traslord. »

« Le roi Royan ? Hmm, c’est vrai qu’en terme de délais, ça serait plus logique. Hmm, donc il est sûrement parti avec Elen. Hmm. »

« Ah ouais, la fille des deux divinités qui se trimballent dans le monde comme si elles avaient rien de mieux à faire de leurs jours ? »

« Rokar, on t’a jamais dit que tu étais plutôt aigri comme gnomold ? Et attention, pour qu’un gnomold te dise que tu es aigri, c’est que l’on atteint des sommets. »

Nouveau concerto de grognement de mécontentement de la part de Rokar. Bien entendu, vu qu’Ernold lui faisait une remarque. Il cherchait à voir jusqu’à quel point Rokar allait tenir… avant de finalement émettre un léger rire.

« Tu peux te décrisper, Rokar. Je crois que j’ai choisi le bon gnomold pour la surveillance de cette réunion. Je ne pouvais pas espérer mieux. »

« Comment ça ? Tu vas me faire croire que tu m’as fait passer un test ou quelque chose du genre ? Je suis pas un gnomold avec qui on s’amuse, Ernold. »

« Oh non, non. Ne t’en fait pas. Je voulais simplement savoir quelles étaient tes limites et tolérance par rapport à ton énervement. Je suis heureux de voir que tu as bien mûri. »

« Ne t’amuse pas trop à ce sujet, tu sais jamais ce qui peut arriver si tu franchis la limite. »

« Héhéhé. J’ai bien ma petite idée à ce sujet mais oui, cela ne sert à rien de t’inciter à ça, loin de là. Bon bon bon. Est-ce que tu veux quelque chose à boire ? À manger ? »

« Non, pas la peine. Mes hommes m’attendent. On a pas trop l’habitude de se traîner dans les environs donc ils veulent en profiter. Et puis, faut bien que quelqu’un surveille ces idiots, on ne sait jamais ce qu’ils pourraient commettre comme conneries. »

Il pesta tout en ayant un petit tic aux lèvres. Malgré tout, il avait fini par se relever, son unique œil valide posé sur Ernold avant de déclarer :

« Je m’en vais. Tu m’enverras un message quand et où la réunion se fera. »

« Prends bien soin de tes gaillards, Rokar. »

« Ce sont pas mes gamins non plus. Ils sont assez grands pour se débrouiller seul. »

« Hahaha mais pourtant, c’est bien dans ton groupe qu’il faut avoir connu le moins de morts… du moins, sauf pendant ce combat contre Tery, hein ? Quand tu l’as revu, quelques années plus tôt. »

« Ah… T’es vraiment qu’une sale fouine quand tu décides de t’y mettre. »

« Je tiens au bien-être de ma propre race. Il n’y a donc rien d’anormal à ce que je sois au courant de ces petites choses, tu ne crois pas ? »

Rokar pesta, comme à son habitude avant de fini quitter la pièce, laissant seul le vieux gnomold. Celui ne pût s’empêcher de rire tout seul, jusqu’à ce que son apprenti ne vienne, deux minutes plus tard, s’enquérir des nouvelles de son vieux maître.

« Maître Ernold, je suis toujours inquiet quand je le vois arriver. Ce n’est pas une bonne fréquentation, vous savez ? »

« Allons bon, mon brave Ninos, tu sais pourtant qu’il ne faut pas juger sur les apparences, non ? Surtout en tant que gnomold. Imagine si ces braves personnes que je connais avaient décidé de me juger sur mon apparence ? Jamais nous n’en serions là. »

Il ne précisa pas que ce n’était peut-être pas un bon constat final. Mais dans l’ensemble, à ses yeux, ils avaient réussi ce qu’il désirait et recherchait depuis le début. Le souci, c’est que sa vision était très précise et portée sur un futur qu’il espérait pas si lointain. En voyant Tery et Elen la première fois, il avait compris que c’était cette époque qui allait tout changer.

Et c’était pour cela qu’il faisait une prise de risque immense. Le secret des gnomolds, depuis des siècles, voire des millénaires, allait sûrement être révélé un moment ou à un autre. Il ne savait pas quand, il ne savait pas où mais il était certain que cela allait se produire.

« Je tiens à m’excuser pour mes paroles irrespectueuses. »

« Je ne vais guère en tenir compte, ne t’en fait donc point ! »

« Maître Ernold, est-ce que vous me révélerez un jour ce secret ? Avant qu’il ne soit annoncé aux yeux de tous ? »

« Hmm ? Tu es bien curieux comme apprenti. Mais qui sait ? Cette nouvelle n’est pas encore prête à être annoncée. Cela se prépare, il faut prendre la température et autre. Cela fait combien de temps que tu es à mon service ? »

« Quelques mois à peine, maître Ernold. »

C’était exact. Le vieux gnomold gardait son sourire aux lèvres. S’il avait pris un apprenti, c’était bien à cause des évènements récents. Un apprenti gnomold, le petit Ninos avait montré quelques facultés impressionnantes pour son jeune âge, oui. C’était pour cela qu’il était là.

Chapitre 15 : Supérieurs aux autres

Chapitre 15  : Supérieurs aux autres

« Tery, c’est devenu une manie ou quoi ? »

Elle parlait toute seule. Tery dormait contre elle, comme la dernière fois. Il fallait dire que le jeune homme avait passé une sale journée même s’il cherchait à ne pas trop le montrer. Elle le regarda, longuement, doucement, mais sûrement.

« Tu te compliques beaucoup trop la vie, Tery. Combien de fois je vais te le dire ? »

Elle avait un sourire aux lèvres. Un sourire qu’elle gardait pour elle. Un sourire qu’elle n’offrait à personne, sauf peut-être à l’homme dans ses bras, dans ce lit. Après la discussion avec le monarque, il s’était plongé dans un quasi-mutisme. Il avait à peine adressé la parole à Manelena et elle comprenait parfaitement pourquoi il agissait de la sorte.

Elle n’allait pas l’en empêcher. Elle n’était pas ainsi. Elle voulait simplement… qu’il soit peut-être comme au tout début ? Non, elle n’allait pas se mentir. Elle était exaspérée par son comportement lors de leur première rencontre mais… le voir autant démoralisé, comme s’il avait tout perdu, elle avait beaucoup de mal à le supporter.

Tery n’était pas comme ça. C’était un combattant. Quelqu’un qui avait montré maintes fois qu’il tenait bon face à l’adversité ! Alors pourquoi est-ce que ça ne se passerait pas ainsi ? Pourquoi fallait-il que cet endroit soit aussi mauvais ? Elle comprenait que Tery voulait vraiment que les démons, race dont il était issu, soient en paix avec les races de la surface. Tery était des deux, c’était alors normal.

« Ce petit côté niais et candide qui te caractérise tant, Tery. »

Ses doigts glissèrent dans la chevelure de Tery. Lorsqu’il était à côté d’elle, elle sentait cette chaleur qui l’envahissait. En même temps, à deux sous la même couette et avec un pantalon de la sorte et un haut qui l’étouffait ah… Oui, c’était normal.

« Stupides vêtements trop serrés. Je ferais bien de m’en débarrasser. Je me demande quelle serait sa réaction hmm… »

Elle l’avait pris par surprise, il y a bien longtemps, dans la bibliothèque de ses grands-parents. C’était même à ce moment là qu’elle avait réussi à se déclarer. Mais, elle n’était pas vraiment certaine en ce qui concernait Tery. Ce qu’il pensait de ça. Hmm… Le pire dans toute cette histoire, c’est qu’elle connaissait parfaitement les histoires de concubines et autres. Elle était même certaine que dans cette capitale, c’était monnaie courante.

Elle avait l’impression d’être retournée plusieurs siècles en arrière avec ces êtres. Hmm… Après, le concubinage ? AH ! Si Elen était la concubine, pourquoi pas ! Tant qu’elle restait en première position. Tsss … Elle pensait vraiment à des absurdités, n’est-ce pas ? D’ailleurs, elle voulait montrer à Tery qu’elle n’abandonnerait jamais le combat… pour qu’il fasse de même de son côté.

« Bon allez, on va plutôt te réveiller, hein ? Hmm… Comment est-ce que je pourrais faire ça de manière un peu sournoise ? Hmm… Tu veilles sur moi pendant que je sors ou plutôt l’inverse. Clari, tu n’aurais pas une idée ? »

Car oui, elle s’adressait sans aucun souci à la femme-golem. Ne s’attendant à aucune réponse de la part de celle-ci, elle cligna pourtant des yeux en pensant remarquer que Clari lui faisait un sourire du bout des lèvres, comme pour l’inciter à quelque chose.

« Ah oui, quand même, tu n’as pas froid aux yeux. Tu as raison. On ne peut vivre qu’une fois, enfin deux dans ton cas. Je sais ce que j’ai à faire. »

Il suffisait juste de rapprocher ses lèvres de celles de Tery et de les coller les unes contre les autres dans un long baiser langoureux… mais ce n’était pas son genre. Lentement mais sûrement, elle plaça ses doigts sur le nez de Tery, bloquant sa respiration alors que celui-ci semblait comme surpris, ayant visiblement l’habitude de respirer ainsi.

« AH ! Qu’est-ce qui se passe ?! Je … AAAAH ! Bouffée d’air ! »

Il s’était mis à haleter de surprise, reprenant une respiration alors que Manelena le regardait, avec une fausse neutralité peinte sur le visage.

« Eh bien, Tery ? Du mal à te lever ? Tu as l’air complètement rouge. »

« Je ne sais pas ce qui s’est passé, Manelena. J’ai… J’ai… pfiou. J’ai eu l’impression d’étouffer. J’ai encore dormi contre toi ? Pardon, ce n’était pas voulu de ma part. »

« Ce n’était pas voulu mais tu l’as quand même fait donc bon… j’imagine que c’est un peu tard pour s’excuser correctement, n’est-ce pas ? »

« Mais c’est étrange. Tu ne devrais pas hésiter à me repousser, Manelena. Je sais bien que je t’ai proposé de dormir avec moi pour… enfin, tu sais quoi… mais je ne pensais pas que ça se passerait de la sorte à chaque fois. »

« C’est la seule excuse que tu as trouvée, c’est bien ça, Tery ? Je m’attendais vraiment à mieux de ta part, je suis un peu déçue, je dois avouer. »

« Ce n’est pas une excuse mais la vérité, Manelena. Ce n’était pas vraiment mon but en t’invitant dans ma chambre. Je me suis contrôlé avec Elise, je vais me contrôler avec toi, je peux vraiment te promettre cela. »

« Et si je ne voulais pas que ça soit le cas ? »

Hein ? Il ne comprenait pas sur le coup pourquoi elle disait cela alors qu’elle finissait par se lever du lit. Comme hier, elle passa de l’eau sur le visage, maugréant contre elle-même alors que le jeune homme regardait le matelas trempé par la sueur. Vraiment… Et les habits n’étaient pas franchement mieux. Heureusement qu’ici, il n’était qu’un simple chevalier et que donc, il n’avait pas besoin de porter d’atours comme ça. Encore que oui, il se rappelait encore une fois de la magnifique tenue que Manelena avait mise il y a bien longtemps, à Omnosmos. Ah… C’était Omnosmos ? Il n’était plus vraiment certain.

« Manelena, il faudra que l’on envisage de se laver, toi et moi. Enfin plus que ça. »

« Hein ? Tu insinuerais que je suis sale ? Ou alors, c’est une invitation à y aller ensemble ? »

Le ton employé n’avait rien de charmeur mais la question était naturelle, comme si elle la posait pour connaître réellement la réponse. Le rouge passa aux joues de Tery qui vint tousser légèrement pour se donner une certaine contenance avant de dire :

« C’est mieux que tu évites de dire d’aussi grosses bêtises, Manelena. Tu sais aussi bien que moi que je ne ferais jamais ça, n’est-ce pas ? »

« Je le sais bien. Jamais tu ne me proposeras une telle chose. C’est bien pour ça que je pose la question car je connais déjà la réponse. Tu as une meilleure mine. »

Une meilleure mine ? Il la regarda fixement, pendant quelques secondes avant de soupirer. Si elle le disait, c’est qu’il y avait peut-être une part de vérité. Mais bon, ce n’était pas pour ça que tout allait être arrangé non plus hein ?

« Au lieu d’aller voir Héraisty ou l’empereur aujourd’hui, passons juste une journée ensemble, Tery. Juste toi et moi, qu’est-ce que tu en penses ? Cela ne serait pas une idée si déplaisante, n’est-ce pas ? »

« Pourquoi pas, Manelena ? Je n’ai pas de raison de refuser donc nous pouvons y aller quand tu veux. Allons juste manger un peu et… »


Sans même lui laisser la possibilité de terminer sa phrase, la main de Manelena vint prendre la sienne avant de la serrer avec fermeté pour le tirer hors de la chambre. Quelques minutes plus tard, ils étaient dehors et… ils se dirigeaient vers la sortie de la capitale démoniaque. Qu’est-ce qu’elle comptait faire ? Même si les gardes les observaient avec suspicion, ils les laissaient passer. En même temps, Tery était de plus en plus connu donc il était normal qu’ils le laissent rentrer et sortir de la capitale démoniaque sans poser de questions.

« Manelena ? Qu’est-ce que tu fais là ? Je ne suis pas certain que ça soit très… sûr. »

« C’est bien parce que ça ne l’est pas que justement je veux que l’on se dirige par là. J’imagine que tu es au courant que nous sommes suivis, n’est-ce pas ? »

« Je sentais bien trois présences. Est-ce que tu crois que… »

« Dans ce monde, nous sommes d’accord que c’est la loi du plus fort qui est la meilleure, n’est-ce pas ? Alors, si on sent que l’on se fait agressés, nous ne serons pas en tort, tu es d’accord avec moi ou non ? »

« Je ne me suis jamais posé vraiment la question, il me faut t’avouer. Mais bon, dans tous les cas, j’imagine que l’on va tout simplement se défendre. »

Et maintenant, il comprenait pourquoi est-ce qu’elle avait décidé de se mettre en armure pour une sortie « classique » comme il aimerait le dire. Car au final, la dite sortie n’avait rien de vraiment basique. Lentement mais sûrement, ils vinrent traverser une zone recouverte par de nombreux rochers, finissant par disparaître derrière l’un d’entre eux, plus gros que les autres. Bien entendu, Clari était là aussi mais lorsque les trois démons se présentèrent, avec un sourire mauvais aux lèvres, Tery et Manelena faisaient face à ces derniers. Ils étaient armés mais surtout, ils possédaient quelques boursouflures sur le corps en divers endroits.

« Je vois, vous êtes au plus bas de l’échelle sociale de vos familles et vous avez l’habitude d’agresser et dévorer d’autres démons. »

« Ce sont donc des démons vraiment basiques, Tery ? Est-ce que tu crois qu’il s’agit des mêmes démons qui ont décidé de les… »

« Hey ! Vous vous prenez pour qui tous les deux ? À croire que nous ne sommes pas là ! On va régler votre compte à tous les deux ! »

« Hey, attends un peu, ils étaient pas trois à la base ? Où est-ce qu’elle est passée l’autre femme ? HEY ! VOUS DEUX ! VOUS… »

Ils avaient peut-être décidé de se mettre en position de combat mais ils ne comptaient pas vraiment lutter contre eux, loin de là. Une ombre se forma au-dessus de l’un des trois démons, Clari finissant par lui tomber dessus, de tout son corps de pierre, étrangement bien plus lourd qu’au départ. Un craquement sinistre et sonore se fit entendre, les deux autres démons se tournant vers elle, prêts à l’attaquer.

Mais avant même qu’ils ne puissent réagir, la femme de pierre leva un bras, poing fermé pour emporter l’un des démons au niveau de la tête, coinçant cette dernière contre le rocher avant de finir par exploser la pierre et le crâne en même temps. Le troisième démon, comprenant que qu’il ne s’en sortirait pas s’il restait, se préparait déjà à fuir mais un pieu de pierre traversa sa gorge, puis deux autres se plantèrent dans son dos, en terminant avec lui ou presque … puisque la femme-golem vint à sa hauteur, levant un pied de pierre … pour l’abattre sur le crâne une bonne fois pour toutes.

« Je me rappelais que Clari était bien plus douce que ça dans mes souvenirs, Tery. »

« Les souvenirs sont souvent faussés et bien loin de la réalité. Enfin, dans ce cas précis, c’est bien ça. Clari était plus… délicate dira t-on. Tu veux qu’on fouille les corps ? »

« Les morts n’ont plus besoin de leurs affaires. Au final, si nous avons des indices sur qui ils sont et de quelles familles ils font partie, peut-être que nous pourrons nous préparer à les réceptionner une nouvelle fois. Oh par contre, Tery, ne… »

Elle ne lui avait pas laissé finir sa phrase à son tour, montrant ses deux griffes de pierre. Il savait pertinemment ce qu’elle allait lui dire. Ne pas laisser d’odeur pour être certain que personne n’irait remonter jusqu’à eux.

Oui, il suffisait que certains se mettent à appeler les renifleurs royaux à la rescousse et il aurait alors de très gros problèmes. Oui… même si bon, il ne comptait pas dévorer ces saletés de démons. Par contre, que cela n’empêche pas Clari de faire un peu de ménage par rapport à ces cadavres.

« Il faudra juste que l’on trouve de quoi nettoyer Clari. Même si elle ne produit pas d’odeur, j’imagine que le sang sur ses pieds et autres, cela risque d’attirer l’attention non ? »

« C’est exact. Il doit bien avoir des lacs ou des ruisseaux dans les environs non ? D’ailleurs, tu as déjà essayé de remonter le cours de l’un d’entre eux ? Savoir où il mène ? »

« Pas du tout. Bon et maintenant ? Qu’est-ce que nous faisons ? À part chercher un endroit pour laver les poings et les pieds de Clari. »

« Eh bien, nous allons rentrer, tout simplement. Maintenant que nous avons plus ou moins montrés que ceux qui sont les proies peuvent devenir les chasseurs, j’imagine que ça va calmer quelques ardeurs parmi les démons, non ? »

« Je t’avoue que je n’en sais trop rien à ce sujet. Mais oui, il y a de très fortes chances que ça se passe de la sorte. Nous allons être tranquilles maintenant qu’ils savent à à quoi s’attendre… jusqu’à la prochaine tentative de leur part. »

« Hmm, et tu crois qu’ils vont aussi se calmer par rapport aux autres démons ? »

Ça, il ne pouvait pas le lui dire. Il n’en savait strictement rien. Mais bon, maintenant que c’était plus ou moins décidé, il était temps de rentrer dans la capitale. Et d’après ce qu’ils remarquaient, il y avait de l’effervescence. Heureusement, comme convenu, ils avaient juste perdu quelques minutes pour nettoyer Clari de son sang.

« Eh bien, il y a de l’agitation ? »

Des clameurs royaux. Qu’est-ce qu’ils faisaient là ? Et ils semblaient avoir des décrets en main ? S’installant parmi les démons, Tery laissa un peu de place à Manelena et Clari bien qu’il installait la première entre lui et la femme-golem.

« Oyez, oyez, l’empereur Malark et son conseil de ministres vous annoncent le présent décret qui prendra effet dès la fin de la lecture de ce dernier. »

Oyez, oyez ? Il tourna son visage vers Manelena, faisant un petit sourire bref. Ben oui, fallait quand même avouer qu’entendre de telles paroles, ça lui rappelait un peu Midès. Ah… Midès, ça lui manquait sa capitale de Shunter.

« En vue des nombreux visiteurs de la surface qui commencent à venir dans notre capitale, ces derniers ne seront pas autorisés à se déplacer sans l’accompagnement d’un membre d’une famille démoniaque résidant dans la capitale. Ils porteront le titre d’esclave et ne pourront plus se déplacer sans le dit-membre de la famille démoniaque. Classé au plus bas de la capitale, ils ne pourront donc commercer, discuter et être vu sans que leur accompagnateur ou accompagnatrice ne soit avec eux. »

Tery était éberlué, commençant à cligner des yeux. Ce n’était même plus de l’esclavagisme à ce niveau-là. Les membres de la surface n’avaient plus rien, rien du tout. Alors qu’il pensait pouvoir faire quelque chose avec les démons, il s’avérait que… c’était encore pire que prévu. Tentant de retrouver ses esprits, il bredouilla à Manelena :

« Allons-nous en. Il vaut mieux. Je ne veux plus rien entendre et… »

« Oh, je veux écouter la fin de mon côté, Tery. Jusqu’où cette farce va continuer. »

« Manelena, je ne suis pas certain que… je suis juste dégoûté. Je crois que ça ne sert à rien, vraiment à rien. C’est pire que tout, vraiment pire. »

Pourtant, il ne vint pas partir puisqu’elle avait décidé de rester. Et il écoutait encore ce décret stupide. Ce décret qui signalait que les esclaves de la surface n’avaient aucun droit mais surtout que la famille démoniaque qui possédait un esclave de la surface pouvait faire ce qu’il désirait de la personne.

« C’est vraiment pathétique… mais j’ai le sentiment que ce n’est pas de la faute à l’empereur Malark. Il a sûrement été « obligé » d’accepter. »

Manelena lui avait signalé de se mettre en route, prête à retourner auprès de Tery et Clari, mais surtout reprendre le chemin en direction du château. Une nouvelle fois, Tery s’était emmuré dans le silence, une nouvelle fois, Manelena cherchait à faire la conversation.

« Tu devrais vraiment arrêter de te préoccuper de toutes ces choses, Tery. »

« Du fait que j’ai emmené tout le monde à une mort certaine ? C’est ça ? »

« Pourquoi est-ce que tu penses forcément ainsi, Tery ? »

« Car c’est le cas, tu peux prétendre ce que tu veux mais la réalité, c’est que c’est le cas. Si j’avais su que ça se passerait ainsi, jamais je n’aurai emmené tout le monde dans cette capitale. Et voilà le résultat ! »

« Sais-tu pourquoi il y a eu ce décret ? Je suis certaine que tu n’as pas cherché à deviner le second sens de ce décret. »

« Et ça serait quoi ce sens secret dont tu es la seule à connaître le sens ? »

« Si tu me parles avec d’ironie, tu peux aller tout simplement te faire foutre, Tery Vanian. Est-ce que je me suis bien faite comprendre ? »

« Pardon… Manelena. Je ne voulais pas, c’est juste que… enfin, tu peux comprendre, n’est-ce pas ? Manelena, s’il te plaît. »

« Oui, oui, pas besoin de faire les yeux larmoyants, je peux comprendre aisément, Tery. Bref, ils viennent d’officialiser le statut d’esclaves pour les gens de la surface. Ce qui veut dire qu’à partir d’aujourd’hui, si un démon s’en prend à un esclave d’un autre démon, la justice viendra trancher et surtout, la famille du démon criminel risque de payer assez chèrement le prix. »

« Mais la justice dans un monde comme celui des démons… avec la loi du plus fort et… »

« Cette loi n’est là que pour le principe. Bien entendu qu’elle est toujours fonctionnelle mais si elle était la seule utilisable, cela reviendrait à avouer que nous ne sommes pas mieux que des bêtes sauvages, Tery. Nous valons bien mieux que ça. »

« Et pour les familles démoniaques qui ont un esclave et… »

« Hmm… Je sais ce à quoi tu penses. Tu imagines qu’il peut y avoir des problèmes internes dans les familles en elles-mêmes hein ? Car ce sont des soldats ou mercenaires qui sont partis comme ça pour aller explorer le monde à la surface ? »

Elle était capable de lire dans ses pensées ou quoi ? Car elle semblait comprendre son problème sans même qu’il n’ait à ouvrir la bouche. Et avec sa main posée sur son épaule, il se sentait encore plus ridicule et chétif qu’auparavant.

« Je ne pense pas que ça soit le cas. Même si nous allons ressembler simplement à des « objets de valeur », il y a des chances que les démons qui étaient partis au combat aient pris du galon dans leur famille respective. »

Donc que les démons qui étaient avec eux soient mieux vus ? Et peut-être que tout se passera bien ? D’ailleurs, en pensant à tout ça, il ne connaissait pas du tout la famille d’Héraisty. Il n’en avait jamais parlé avec elle. Est-ce qu’elle était en conflit avec eux ?

« Donc, tout va bien se dérouler ? Enfin, tu crois ? »

« Je ne sais pas, je ne peux pas lire dans l’avenir, Tery. Mais tout n’est pas aussi noir que tu le pensais hein ? Alors, arrête de te morfondre, c’est chiant. »

« Je ne veux pas me morfondre exprès, tu sais ? Je ne le fais pas pour le plaisir. »

« Mais je préfère quand tu as ton petit caractère habituel et niais. C’est ce qui fait ton charme. Et puis bon, cela veut dire que je suis ton esclave, n’est-ce pas ? »

« Mon esclave ? Euh, enfin, Manelena, c’est juste que… »

« Je serais alors obligée d’obéir au moindre de tes ordres. Obligée d’exécuter le moindre de tes désirs. Tu sais, cela tenterait beaucoup de personnes d’avoir une princesse à leurs pieds, hein, Tery ? Mais j’imagine que ce n’est pas ton cas. »

« Eh bien, vu que de base, tu es une reine et non une princesse, ce n’est pas la même chose. Et puis, tu as parfaitement raison. »

Encore qu’il ne cherchait pas à finir de « confirmer » que ça ne le tentait pas du tout. Car oui, il avait regardé Manelena quand elle avait évoqué le fait qu’il pouvait abuser d’elle comme il le désirait. Et à voir la femme aux cheveux argentés, il se demandait vraiment si ce n’était pas ce qu’elle… non, ce n’était pas le genre de Manelena.

« Eh bien ? Est-ce que tu es en train de t’imaginer des choses indécentes, Tery ? »

« Pas le moins du monde, Manelena. Je ne sais pas ce que tu es en train de t’imaginer mais ce n’est pas du tout le cas. »

« Hmm, ce n’est pas moi qui a ce regard un peu perdu, Tery. Ce n’est pas moi. Mais bon, de toute façon, pour cela, il faudrait que je me laisse faire et ce n’est pas mon genre. »

« Pas le moins du monde, Manelena. »

Et puis, il espérait que chacun avait ce même mode de pensée avec les surfaciens. Il fallait juste espérer… car il ne voyait pas comment faire autrement. S’il décidait de lâcher prise, tout serait alors terminé… et il n’y aurait pas de retour en arrière.

Chapitre 14 : Mauvais climat

Chapitre 14  : Mauvais climat

« Ah… Pourquoi est-ce que je m’en doutais ? »

La jeune femme aux cheveux argentés s’était réveillée en première, comme elle l’avait imaginé. Et surtout, elle avait la non-surprise de voir qu’elle et Tery s’étaient étreints pendant la nuit, le jeune homme ayant la tête calfeutrée contre ses seins. Ah… Un bon gros soupir singulier, signe non pas de son exaspération, loin de là, mais simplement qu’elle n’avait rien fait pour empêcher ça. Et surtout, son regard étudia Clari. La femme-golem n’avait pas bougé de son emplacement.

« Tu as vraiment fait ton rôle de gardienne jusqu’au bout hein ? Je trouve ça vraiment admirable dans le fond, n’est-ce pas ? »

Bien sûr, elle ne s’attendait pas à une réponse de la part de Clari. Par contre, elle devait peut-être faire réagir Tery ? Car même si cela faisait un bon bout de temps qu’ils n’avaient pas dormi ensemble, il ne fallait pas qu’il en profite trop. Encore que la question se posait pour savoir qui profitait de l’autre à l’heure actuelle.

Enfin… Elle commença doucement mais sûrement à le repousser d’une main, cherchant par là à se séparer de lui avant de reculer dans le lit. Ah… Vraiment quelle bouille d’ange quand il dormait hein ? Difficile à croire qu’il vivait des choses horribles presque au quotidien.

« Je ne suis pas forcément mieux hein ? Humpf … Bon allez, je ferais bien d’aller me passer un peu d’eau sur le visage. »

Même si elle n’était pas des plus féminines durant la journée, elle prenait quand même soin de son corps. Par contre hors de question de se laver plus que nécessaire en présence de Tery. De la pudeur, elle en avait, même si dans l’armée, elle avait bien vite remarqué que pour beaucoup d’hommes et de femmes du bas peuple, ce n’était pas grand-chose.

« De toute façon, pour le moment, ce n’est pas le lieu pour ça. »

Elle avait fini par se regarder dans le miroir en face d’elle. Elle n’avait pas une mauvaise mine. Elle n’était pas vilaine même si un peu décoiffée. Elle s’observa plus longuement, de haut en bas, comme si elle était en train de noter ses défauts physiques mais aussi ses qualités. Elle semblait aussi se comparer à une personne absente.

« Je ne pourrais jamais la remplacer, je sais bien. De toute façon, nous allons devoir tout faire pour tenter de retourner à la surface. »

C’était devenu presque une obligation. Elle sentait que tout cela allait dégénérer un peu trop rapidement. D’ailleurs, le fait que ces démons n’attendaient même pas une semaine pour agir montrait bien par là que la loi du plus fort était celle utilisée dans la capitale.

« Tery devrait normalement se faire dévorer tout cru. Et comment est-ce qu Héraisty peut elle aussi réussir à survivre ? »

Car oui, la démone, avec son caractère singulier, ne lui donnait pas l’impression d’être du genre à avoir une grande survivabilité. Peut-être cachait-elle sa véritable force ?

« Bon, Tery, tu te réveilles ou alors, il va falloir que je te foutes hors du lit ? »

« Hmm, non, maman, s’il te plaît. On est dimanche et… »

« Ah oui ? C’est comme ça que tu le prends ? Tu crois vraiment que je suis ta mère ou quoi ? Je vais te donner une raison de me craindre ! »

Elle s’était rapprochée du lit, craquant ses doigts avant de faire apparaître ses lignes d’Alzar sur ses bras. Aussitôt, elle souleva le lit avec facilité avant de le faire pencher sur le côté, faisant tomber le jeune homme sur le sol, tête la première.

« AIEEEEEEE ! Qu’est-ce qui se passe ?! Pourquoi je suis au sol ? »

« Car tu as cru que j’étais ta mère. Je ne suis pas si vieille par rapport à toi ! »

« Mais ce n’est pas une raison non plus pour me jeter comme un malpropre ! Je crois pas que tu aies remarqué que ça fait super mal, tout ça hein ? »

« Hmm ? Je le sais bien et ta mère m’a déjà dit qu’elle te le faisait souvent car tu n’étais qu’une feignasse à l’époque. Qu’est-ce que tu es devenu aujourd’hui hein ? »

« Un fainéant qui a eu du grade, c’est ça que tu veux dire ? » demanda le jeune homme dans un petit soupir de dépit, finissant par se relever en s’étirant et en gémissant un peu de douleur. C’est que ça faisait mal de se prendre le sol au réveil !

« Je n’ai pas déclaré cela, loin de là, d’accord ? »

Manelena émit un grognement de mécontentement alors que Tery était maintenant correctement réveillé. Il se tourna vers Clari, la remerciant pour sa surveillance avant de proposer à Manelena d’aller manger un bout à la cantine.

Et pour les projets de la journée ? Ils n’étaient pas obligés de s’adonner à l’entraînement quotidien des sodlats de la capitale, c’était pourquoi il proposa une nouvelle fois d’aller rendre visite à Héraisty, même si cela ne plaisait pas du tout à Manelena.

« Ouais, ouais, j’arrive, j’arrive ! Tu restes là, Héraisty ! On sait jamais ! »

Une voix féminine qu’ils ne reconnaissaient pas se fit entendre l’autre côté de la porte de la demeure d’Héraisty. La porte s’ouvrit, laissant paraître une femme encore plus grande que Manelena, aux oreilles pointues et à la musculature qui ne laissait place à aucun doute sur le fait qu’elle était sensiblement plus forte que Tery. Des cheveux rouge comme le sang, quelques cicatrices aux bras et une petite à la joue droite, ses yeux bruns fixèrent Manelena et Tery d’un air neutre… avant de faire un grand sourire.

« Oh mais c’est vous, cheffe ! Hey, Héraisty, c’est la reine de Shunter ! Et le petit gars dont elle est a… OUCH ! »

Elle n’avait pas terminé sa phrase, Manelena ayant envoyé son poing assez violemment dans le ventre de l’honorienne. Malgré le coup, elle pouffa plus qu’elle ne souffrait.

« Hahaha ! J’ai compris, j’ai compris, on doit rien dire ! T’es Tery, nan ? Bon ben, je suis la prisonnière d’Héraisty. Par contre, elle a pas encore réussi à me mettre les menottes ! »

« Tu sais bien que je ne ferais jamais ça, Lindé. Enfin bon, Tery, Manelena, vous avez décidé de venir me voir chaque jour ou quoi ? Je ne dis pas que je vais m’en plaindre mais aujourd’hui, je vais devoir aller travailler, vous savez ? »

« Je le sais bien, Héraisty. C’est simplement savoir… si ta nuit s’est bien passée ou non. Et d’aileurs, je ne savais pas que tu avais une prisonnière au final. »

« Oh, eh bien, après ce qui s’est passé hier, malgré tout ce que j’ai dit, je pense qu’il valait mieux pour moi que j’ai quelqu’un pour m’accompagner au cas où. Je ne suis pas tellement rassurée en fin de compte donc voilà. »

« Je me charge de protéger ma « maîtresse » quoi ! Elle est si petite par rapport à moi et puis, c’est une intellectuelle donc, ça serait marrant. »

Lindé semblait être le genre d’honorienne qui représentait parfaitement sa race. Même si elle ne semblait pas bien méchante, elle avait tout l’air d’une petite brute qui préférait foncer plutôt que de réfléchir. Un grand classique.

« Au cas où, personne n’est venu vous importuner, c’est bien ça, hein ? »

« Pas du tout, Tery. En même temps, je sais que tu t’inquiètes car nous sommes deux femmes mais j’ai constaté à quel point Lindé était puissante physiquement. Je ne m’inquiète pas trop, je dois vous avouer. Mais bon, on ne sait jamais. »

« Maintenant que tout le monde est sur les nerfs et surttout sur ses gardes, je pense que ça devrait se calmer un peu mais … quand même, restez toujours sur le qui-vive, d’accord ? »

« Est-ce que c’était uniquement pour ça que vous êtes venus ? » demanda une nouvelle fois Héraisty, Tery hochant la tête positivement.

« Il est beaucoup trop inquiet à votre sujet. Je n’arrête pas de lui dire que ce n’est pas bon mais il ne veut rien entendre, pour ne pas changer. Tu es usant, Tery. Et ce n’est pas faute de te prévenir à chaque fois, hein ? »

« Je suis désolé de me préoccuper des personnes que j’apprécie. C’est de ma faute, je le reconnais amplement, ha… ha… ha. »

Le rire qui accompagnait les paroles de Tery n’avait rien d’amusé. Avec tout ce qui s’était passé, il était normal et logique que de vouloir protéger les personnes qu’il appréciait. Â les écouter, il était fautif de vouloir leur sécurité.

« Mais maintenant que tu es ici, Tery, tu veux bien m’accompagner jusqu’a mon lieu de travail ? En même temps, je pourrais te parler de ce que j’ai appris. Cela risque de t’intéresser même si ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. »

« Je ne suis pas certain que cela me rassure, tu te doutes, non ? »

« Je le sais bien mais je sais aussi que tu aimerais être au courant. Enfin bref, tout cela pour te dire que j’ai appris que des partisans d’Halyza et Haiktos ont prévu de revenir dans la capitale dans les jours qui suivent. »

« Ce n’est pas déjà le cas ? Je veux dire, je ne crois pas qu’ils auraient laissé la capitale sans aucune personne pour les informer de la situation, non ? »

« Oui mais là, s’ils sont de retour, c’est bien à cause de nous, de ces prisonniers de la surface. Il faut que tu parles avec l’empereur Malark avant qu’il ne soit trop tard. J’ai la sensation que si nous ne faisons rien, cela va vite rendre la vie impossible pour nous tous. »

« Tu crois qu’ils vont tenter de manipuler les gens de la surface et les démons qui les accompagnent ? Même si majoritairement, il n’y a aucune chance ? »

« Je ne peux pas te dire, j’ai aussi appris une autre chose mais cela demande une vérification par contre car rien n’est sûr. »

« Et quelle est cette autre chose que tu veux nous révéler, Héraisty ? » questionna Manelena, les bras croisés. « Même si ce ne sont que des rumeurs, on ne sait jamais sur quoi on peut tomber donc il vaut mieux que tu nous le dises. »

« Les individus au service d’Halyza auraient visiblement des objets inconnus avec eux, qui proviendraient de la surface. Cela attire encore plus la méfiance et donc… »

« Ils auraient noué un contact avec des êtres de la surface… mais de quelle nation ? » compléta Manelena en grognant.

« Aucune idée, je ne peux pas vous le dire malheureusement. Enfin, je ne vais pas tarder à aller au travail ! Tu viens aussi, Lindé ? »

« Hahaha ! J’ai pas la gueule d’une… renifleuse royale, si c’est bien le nom ? Mais bon ! Au moins, ils viendront pas t’embêter là-bas ! »

« Au revoir, Tery. Au revoir, Manelena. On se revoit dans les prochains jour pour me dire comment s’est passé l’audience, d’accord ? »

« Cela sera fait, Héraisty. Je vais juste te dire de bien travailler en espérant que tout se passe bien là-bas, d’accord ? »

« Hihihi, merci beaucoup, Tery. Au revoir ! »

Elle répéta la même gestuelle, saluant les deux personnes avant de partir de son côté avec Lindé. À nouveau dehors avec Manelena, il murmura simplement de se mettre eux aussi en route. Allant vers la cour pour s’entraîner avec le reste des soldats, le duo commença quelques mouvements, ne faisant que s’affronter l’un et l’autre.

Comme il connaissait la puissance de Manelena, il ne cherchait pas à se restreindre. Il voulait même montrer aux autres démons à quel point elle était forte. Ainsi, peut-être que certains éviteraient alors de lui chercher des noises… ou alors se mettront à plusieurs.

« J’ai l’impression que tu te donnais beaucoup plus que d’habitude, Tery. »

« Tu te fais sûrement des idées, Manelena. Je suis pareil qu’auparavant. Après le repas, j’aimerais voir si je peux avoir une audience avec l’empereur. Ce n’est pas comme avec toi, je ne peux pas vraiment rentrer dans la salle du trône sans raison valable. »

« Est-ce que tu insinues que tu peux venir comme tu veux chez moi ? »

« Disons que j’ai plus de facilités à rentrer car je connais la gentille reine qui dirige Shunter ? Est-ce que c’est une bonne excuse ? »

« Tsss, vraiment, pour qui est-ce que tu me fais penser ? Allons-y. »

Elle n’allait même pas chercher à se battre avec lui pour le coup. Il pouvait raconter n’importe quoi. Ne se préoccupant pas des regards des gardes du palais, le duo se dirigea jusqu’à la salle du trône, demandant aux soldats qui se tenaient devant la double porte si l’empereur Malark était là et surtout disposé à bien vouloir communiquer avec eux.

« Nous allons signaler votre présence. Si vous voulez bien patienter. »

Ce n’est pas comme s’ils pouvaient vraiment proposer autre chose, de toute façon. Attendant que le soldat revienne, celui-ci indiqua que l’empereur voulait bien les rencontrer. Pourtant, en le voyant en face à face, il était difficile de prétendre que l’empereur était ravi de les revoir tous les deux.

« Tery Vanian, Manelena ? Je ne t’appellerais pas reine en ces lieux, tu dois te douter. »

« Oui, j’ai plutôt compris ma position en vue de ce qui s’est passé hier. » répliqua la femme aux cheveux argentés, agaçant presqu’aussitôt l’empereur.

« J’ai appris ce qui s’est passé. C’est malheureux mais c’est plus fréquent que ce que l’on croit. Cela est dommage que ça soit arrivé sur l’un de vos camarades. »

« Ce n’est pas vraiment ça le problème, empereur Malark. Le souci résiderait plutôt dans le fait que cela risque de devenir de plus en plus flagrant. On ne peut pas considérer nous ouvrir vers la surface si des personnes qui en sont issues se font dévorer. »

« Comme tu le sais bien, ici, seule une loi peut régir les autres. »

« Celle du plus fort, empereur Malark. Mais ce n’est pas comme cela que les démons pourront finir par s’ouvrir aux autres races. »

« Tery Vanian, nous en avons assez discuté. Il est impossible de changer la mentalité d’une race juste parce que tu le désires et en quelques semaines. Cela prend des années voire des décennies. Surtout quand la dite race a été scellée et enfermée dans ce monde souterrain à cause de deux divinités. Est-ce que tu pensais vraiment que tout se passerait aussi aisément que ça ? Tu n’as pas imaginé que cela pourrait se produire ? »

« Je ne pensais pas que… enfin… Vous étiez au courant et vous n’avez rien fait ? »

« Je n’ai pas à réparer les erreurs d’autrui. Tu es le seul responsable de tes actes, Tery. Et avant que la reine de Shunter ne prenne la parole, ce qui semble la démanger, j’ai bien précisé de ses actes, non pas de ceux commis par les démons de la capitale. Cela est ancré dans leur sang et Tery devait s’en douter lui aussi. »

« Ce n’est pas une question de doute mais de… »

« De désir de voir le monde évoluer dans le bon sens, que cela soit du côté des surfaciens ou des démons, je le sais parfaitement, Tery Vanian. Mais le monde ne tourne pas forcément dans le sens que l’on désirerait. Il faut que tu te rentres ça dans le crâne. Tu as pourtant bien vu et même vécu cela, non ? Est-ce que toutes ces tentatives d’assassinat sur ta personne ne représentaient donc rien ? »

« Pas de ma faute de lui dire d’arrêter de croire que le monde est tout gentil et rose bonbon mais qu’importe ce que je dis et ce que je fais, il ne veut pas changer. »

Pour la première fois, l’empereur semblait comme amusé par les propos de Manelena, visiblement satisfait de voir que la jeune femme aux cheveux d’argent étaient d’accord sur son point de vue, ce qui lui faisait comprendre que malgré son timbre de voix provoquant lorsqu’elle s’exprimait, elle avait les caractéristiques d’une membre de la famille royale.

« Tery, les morts, ça arrivera tous les jours, que tu le veuilles ou non. En restant en plein coeur d’un endroit où plus tu es de sang noble, plus tu as de pouvoirs et de droits, ce ne sont pas les étrangers qui vont avoir le plus d’avantages. Toi, peut-être que tu n’as pas grand-chose à craindre, du moins, disons que tu auras moins de soucis que d’autres puisque de ce que j’ai compris, ça n’a pas empêché certains membres de la famille royale de vouloir t’éliminer. Héraisty, y a aussi des chances qu’elle soit tranquille. Son métier de renifleuse royale reste des plus importants mais à côté, son existence ne met pas en danger les bases même de la société formée par les démons. On ne sait pas même pas si elle est issue d’une origine assez haute parmi la noblesse ou non ! Mais les démons qui nous accompagnent ? De ce que j’ai compris, ce sont des démons désavoués par leurs familles pour la grande majorité d’entre eux. S’engager dans cette expédition, c’était leur permettre d’obtenir un peu de gloire et de se faire valoir aux yeux de leurs parents, proches et relations ! Je suis certaine que tous savaient que ça n’allait pas forcément bien se finir comme histoire. Mais est-ce que tu as entendu une complainte de leur part ? Non, ils étaient plus lucides que toi. La seule chose qu’il aurait mieux valu faire, c’est prévenir les surfaciens à ce sujet mais ça, tu n’y as pas pensé et j’ai manqué de vigilance. »

Elle avait parlé, beaucoup parlé même. Peut-être trop à son goût. Mais l’empereur avait eu la décence de ne pas lui couper la parole et Tery semblait comme affligé par les propos de Manelena. Les épaules affaissées, il finit par murmurer :

« Donc au final, ce que tu dis, c’est qu’importe ce que je fais, ce monde restera toujours aussi pourri, que ça soit à la surface que souterrain ? »

« Ce n’est pas ce que j’ai dit, Tery. Tery ? Hey ! » dit-elle en voyant que le jeune homme tournait le dos à l’empereur et à elle-même.

« Je vais juste aller prendre un peu l’air. Pardonnez-moi, empereur. »

« Tu es tout excusé, Tery Vanian. Sache néanmoins que tu n’es pas le seul à avoir cette vision même si tu manques de lucidité. »

« Pardon du dérangement encore une fois, empereur Malark. »

« De futures lois sont en préparation pour parler de ce que nous allons faire par rapport à l’arrivée des surfaciens. Néanmoins, je dois te prévenir : Il ne faut pas espérer que cela soit en leur faveur. De nouvelles règles seront annoncées. »

« Je vais aller le rejoindre. Empereur Malark. »

Manelena s’était brièvement inclinée devant le monarque, sentant qu’elle n’avait pas à continuer une conversation qu’elle trouvait assez déplaisante à la base. Retrouvant Tery bien vite, celui-ci avait toujours la tête baissée, marmonnant quelques mots, plus comme pour les baragouiner qu’autre chose :

« Inutile de toute façon, ça sert à rien. Je fais tout ça pour rien… »

« Tery, je préfère que tu arrêtes de te morfondre plutôt que de te voir dans cet état. »

« C’est facile pour toi de dire ça, Manelena. Tu n’as pas à devoir supporter l’échec constant de tes tentatives pour améliorer le monde. »

« C’est en se relevant de ses échecs que l’on fini par progresser, Tery. »

« De bien belles paroles. Ou alors, on peut voir ça comme ça. Chaque nouvel échec ne fait que t’enfoncer plus profondément. »

« Ah… Bon, qu’est-ce qui te ferait aller mieux, Tery ? » demanda t-elle en désespoir de cause, Tery s’arrêtant dans sa marche, les yeux émeraude se posant sur elle.

« Rien du tout ? Est-ce que cela te convient comme réponse, Manelena ? Je vais juste chercher un coin tranquille et réfléchir à comment rendre le monde meilleur… tout en envisageant les pires crasses dont seraient capables les personnes avec un peu d’intelligence. Vu que c’est dans le sang de chacun de plus vouloir faire souffrir l’autre que de l’aider et l’apprécier. »

« Je vois. Qu’importe ce que je te dirais, tu feras la sourde oreille. Alors bon, je ne sais pas pourquoi je vais perdre mon temps à discuter. Allons donc trouver un banc ou autre. »

« Hmm ? Mais je viens de te dire que je voulais être… »

« Tu n’as pas dit que tu voulais être seul, juste un endroit tranquille. »

Elle venait de lui couper la parole et il comprenait que ça ne servait à rien de discuter. Elle n’allait pas le laisser seul, surtout pas dans cet état. Le jeune homme poussa juste un petit soupir, fatigué et usé par les évènements. S’installant sur ce qui semblait être un banc, la mine assombrie, le jeune homme sombra dans le silence, Manelena faisant de même. Elle allait se montrer patiente… comme à son habitude avec Tery.

Chapitre 13 : Preuve de faiblesse

Chapitre 13  : Preuve de faiblesse

« Hmm… Comment s’est passé ta nuit, Manelena ? »

« Plutôt bien, pas un bruit, personne pour venir me déranger, rien de tout cela. Bref, j’ai dormi comme une souche et ce n’était pas déplaisant. »

« Hmm, tant mieux. Je dois avouer que je n’ai pas trouvé le sommeil aussi aisément. »

« Â cause d’hier, c’est cela ? » dit-elle dans une question qui se voulait légèrement rhétorique, le jeune homme hochant à peine la tête. « Tu n’as pas à t’en faire. Si quelque chose se produit ou se passe, nous serons alors mis au courant et nous pourrons réagir en conséquence. Continuer à s’inquiéter ne mènera à rien de bon. »

« Ce n’est pas des plus rassurants, Manelena. »

« Et cela, est-ce que ça te rassure ? » dit-elle en venant déposer ses lèvres sur la joue de Tery, l’embrassant brièvement. Il la regarda, interloqué par son action. « C’est comme ça que se saluent les amis proches, non ? Du moins, lorsqu’ils se retrouvent le lendemain. »

Pourquoi est-ce qu’elle posait la question ? Elise et… Clari dans le passé, agissaient de la sorte mais elle ? Ce n’était jamais le cas. Du moins, pas de cette manière. Et donc, le voilà complètement immobile, Manelena claquant des doigts devant ses yeux pour le faire réagir avant de finir par marmonner :

« Je savais bien qu’il ne fallait pas que je fasse ça ! Ça m’apprendra à… »

C’était maintenant elle qui s’arrêta dans ses paroles, Tery venant lui rendre la pareille. Malgré qu’elle laissait paraître un visage qui se voulait le plus neutre possible, une légère rougeur anima ses joues alors qu’il murmurait :

« C’est exact, Manelena. Bonjour à toi aussi. »

« Comment est-ce que tu vas de ton côté ? Enfin, à part ce sommeil pas si réparateur que ça en fin de compte, tu vas… bien ? »

« Ah, j’ai envie d’aller voir les autres démons, Héraisty et tout cela. Savoir comment cette première nuit s’est passée. Tu veux bien m’acccompagner ? »

« Même si tu ne voulais pas que je t’accompagne, tu aurais été obligée de me supporter. Désolée pour toi mais je ne le suis pas. »

Ah, elle avait retrouvé du mordant, comme à son habitude. Il ne cacha pas le petit sourire amusé qu’il avait aux lèvres avant de se remettre en route… pour aller prendre le petit-déjeuner dans la cantine. Bien entendu, ce n’était pas parce que Manelena était une reine à la surface qu’elle allait avoir un traitement de faveur. Et Tery, bien qu’il était le chevalier personnel d’Elise, n’allait pas manger à la même table que l’empereur.

« Tu verras, nous ne sommes pas si mal logés que ça quand même, non ? Déjà que tu as une chambre personnelle et je… »

« Je ne crois pas m’être plainte de ma situation, Tery. Tu sais, j’étais une simple soldate avant d’être maréchale. Tu penses vraiment que mon père approuvait mes actes ? »

« De ce que je sais au sujet de l’ancien roi de Shunter, je ne suis même pas sûr qu’il s’intéressait vraiment à ce que tu faisais. »

« Ce n’est pas faux, malheureusement. Enfin bref, tout ça pour dire que j’ai quand même mangé à la même table que d’autres soldats. Encore récemment, je ne fais pas de différence entre moi et les soldats. »

Il le savait parfaitement, c’était bien pour cela qu’il ne faisait pas plus de remarque. S’installant à table à la droite de Manelena, les deux personnes discutèrent, l’air de rien, observant à peine les regards dédaigneux de certains soldats. Dire qu’avant son retour avec les prisonniers, il avait réussi plus ou moins à calmer le jeu.

Malheureusement, il semblerait que cela n’avait pas duré assez longtemps. C’était triste mais bon, il ne pouvait rien faire contre ces personnes bien pensantes qui considéraient que ceux qui n’étaient pas d’accord avec elles étaient dans le tort. Et tout cela quitte à le prouver d’une manière assez violente.

Enfin, de ce côté, la violence, depuis que la femme golem avait éliminé le démon qui avait tenté de l’assassiner, cela avait permis de montrer aux autres qui espéraient le blesser pendant l’entraînement, qu’il valait mieux ne pas le prendre à la légère. D’ailleurs, la femme faite de pierre noire avait été des plus calmes depuis qu’il y avait Manelena. Elle les suivait, sans rien faire de plus. Mais elle semblait comme… heureuse que Manelena soit là.

« Dis moi d’ailleurs, bon, là, il n’y avait pas d’endroit spécifique vu que nous dormions dans des tentes sur le chemin mais… Clari dort toujours avec toi ? »

« Toujours. C’est comme mon ange gardien. Sans elle, je crois que je serais mort depuis déjà quelques mois. Je ne t’ai pas raconté ? »

« Je ne suis pas certaine. Malgré que nous avons passé pas mal de temps ensemble ces derniers temps… étrangement, nous n’avons jamais discuté de tout ça. »

« Peut-être que je ne voulais pas me lancer dans le sujet, ça se peut aussi. Enfin bref, je vais te raconter plus ou moins ce qui s’est passé. »

Et surtout, cela ferait un petit sujet de conversation avant qu’ils n’aillent voir les autres démons. Sur le coup, il n’allait pas omettre le fait qu’il dormait avec Elise, du moins, pas tout le temps et pas pendant cet évènement. Bien entendu, il s’était attendu aux grognements de Manelena mais surtout, il expliquait ce dont Clari était capable de faire.

« Je me suis toujours demandé… pourquoi est-ce qu’elle est aussi « vivante », Tery. Dans tes livres, rien ne parle de tout ça ? »

« Pas le moins du monde. Comme souvent, c’est juste pour créer différentes sortes de golem mais celui-ci, de base, il n’était pas prévu. Je ne pensais pas que je serais capable de donner vie à un golem permanent qui semble indestructible. »

Hum hum. Et elle en savait quelque chose. Elle avait été obligée de se confronter à Clari et cela n’avait pas été une partie de plaisir. Elle se rappelait aussi comment elle avait créée, la rage qui animait Tery et… en le regardant, là, maintenant, elle ne savait pas quoi penser.

Oui, il semblait totalement innofensif même si elle savait que ce n’était pas le cas. Elle sentait que le poids des années commençait à être trop lourd pour les épaules de Tery. Tery n’était pas quelqu’un de combattif, qui cherchait vraiment à montrer que la force avait loi. Non, c’était tout le contraire. Il avait toujours essayé de dialoguer auparavant, la majorité du temps. Maintenant ? Elle ne savait plus.

Le repas étant terminé, Tery et elle se dirigèrent vers la demeure d’Héraisty. Même si Manelena ne l’appréciait pas spécialement, pour une raison obscure que Tery ne voulait pas savoir, la démone restait vraiment adorable aux yeux de ce dernier. Pourtant, lorsqu’ils toquèrent à la porte et qu’elle ouvrit, ils sentaient que quelque chose clochait.

« Tery ! Manelena ! Vous êtes venus me chercher après avoir appris la nouvelle ? »

« Quelle… nouvelle ? » demanda Tery en la regardant avec interrogation, Manelena faisant de même, toute aussi étonnée que le jeune homme.

« Oh, d’accord. Je vois, vous nétiez pas au courant donc. Je crois que je vais devoir vous expliquer en chemin. Si vous voulez bien attendre que je me prépare un peu. »

Se préparer ? Ils allaient où ? Visiblement, c’était déjà décidé qu’ils n’allaient pas rester chez Héraisty mais à part ça, silence complet. Et d’après le ton employé par Héraisty, cela semblait assez grave. Quelques minutes passèrent et ils étaient tous les trois maintenant dehors, Héraisty au milieu de Tery et Manelena.

« J’ai appris qu’un assassinat avait eu lieu cette nuit. Quelque chose de vraiment horrible. J’ai été appelée dans la matinée mais je n’étais pas sûre que je devais m’y rendre seule. Heureusement que vous êtes passés, je ne voulais pas… sortir de chez moi, j’étais inquiète. »

« Mais inquiète à quel sujet, Héraisty ? Et puis, tu as parlé d’un assassinat. »

« Oui, Tery. Onos, tu te rappelles de lui ? »

Onos ? Il avait entendu le nom parmi les nombreux démons qui les accompagnaient mais à part cela, il ne pouvait pas vraiment prétendre le connaître. Pourtant, il venait d’hocher la tête positivement comme pour chercher à rassurer Héraisty.

« Je vais nous emmener sur les lieux du crime. Je suis habilité à pouvoir m’y rendre et avec toi à mes côtés, Tery, je suis certaine qu’on nous donnera plus d’informations. »

« Mais attends, Onos, il ne faisait pas partie de ceux qui avaient un « prisonnier » avec lui ? »

« Si si, une prisonnière même. De ce que j’avais cru comprendre, il s’était proposé pour elle et disons qu’ils… étaient assez proches, de ce que j’ai cru comprendre. »

« Cétait une soldate de Shunter, Tery. Viviana, si je ne me trompe pas. »

Le fait qu’elle parle d’elle au passé montrait que la femme aux cheveux argentés n’avait que peu d’espoir sur la santé de la dite-soldate. Le regard froncé, elle continua de suivre Héraisty, non-loin de Tery, jusqu’au lieu du drame. Contrairement à ce que le jeune homme pensait, il n’y avait que peu de curieux, la majorité des démons semblant en avoir rien à faire de ce qui s’était passé.

Et pour cause, le jeune homme vint déglutir en voyant l’état des deux cadavres au sol. Il reconnaissait vaguement les deux êtres allongés par terre, du moins, ce qu’il en restait. Car oui, la soldate semblait avoir été souillée par son agresseur ou ses agresseurs … mais à moitié dévorée en prime. Le démon avait eu la « chance » de ne pas avoir subi la première partie de l’agression même s‘il lui manquait la moitié du corps à lui aussi.

« On connaît les coupables ou… » commença à dire Manelena, son regard rubis se portant sur les passants, certains ayant un petit sourire aux lèvres.

« Il vaut mieux ne pas s’attarder sur leurs corps, Manelena. Tery ? Qu’est-ce que tu fais ? »

« Je ne vais pas laisser deux cadavres au beau milieu de la rue ! Ce sont des… compagnons. Il faut au moins qu’ils soient enterrés et… »

« Tery, je vais juste te demander d’être fort… et de ne rien faire, s’il te plaît. »

Le ton de Manelena se voulait froid et sec mais il sentait une pointe de colère. Il la regarda en écarquillant les yeux, ne comprenant pas ce qu’elle voulait dire. Enfin si, il comprenait mais il ne voulait pas comprendre !

« Manelena, tu es vraiment en train de me demander de les abandonner ? »

« Nous ne pouvons pas faire autre chose. Ces démons pathétiques attendent que cela nous affecte mais il vaut mieux faire comme si de rien n’était. »

« Je suis d’accord avec elle, Tery. Même si Manelena n’est pas une démone, elle a très vite compris comment se passe notre mode de vie dans les plus basses sphères du monde souterrain. Nous serions bien mieux à juste prévenir les autres de faire très attention. »

« Et tu crois vraiment que je vais laisser passer ça ? Alors qu’ils ont assassiné, non, c’est même pire, vous avez vu ce qu’ils ont fait à Viviana ?! »

« Je le sais très bien, Tery. Mais tu ne peux pas t’en prendre à toutes les familles nobles de la capitale pour espérer trouver celle responsable de ce crime. »

« Et donc, on ne doit rien faire, c’est bien ça ?! »

« Tery, je n’ai pas dit une telle chose. Simplement, Héraisty, il y a de fortes chances que tu ne sois pas ciblée dans tout ça, tu l’as compris ? »

« Oui, Manelena. Ils vont s’en prendre aux démons qui ont décidé d’avoir des prisonniers avec eux. Ils veulent goûter à cette « nouveauté » et cette fraîcheur. Cela ne m’est jamais venu à l’esprit, je dois le reconnaître. »

« Donc ce que nous allons faire, Tery, maintenant, si tu veux bien te calmer, nous allons nous préparer à prévenir tout le monde. Héraisty, je ne connais pas vriament les démons et tout le reste, tu veux bien alors te charger de ça ? »

La renifleuse royale prit une profonde inspiration. Malgré ce qu’elle disait, elle était affectée tout autant que Tery, jetant un nouveau regard aux deux cadavres. Elle murmura :

« Pas de soucis, Manelena. Oui, je connais plus ou moins chaque famille qui a un prisonnier avec elle. Je vais leur transmettre ce qui s’est passé, s’ils ne sont pas déjà au courant, pour qu’ils puissent alors se préparer à réagir en conséquence. »

« Merci bien. Tery ? Nous allons rentrer au palais mais, avec ce que tu m’as dit hier, nous ne serons pas plus en sécurité, c’est bien ça ? »

« Pas le moins du monde. Ils peuvent rentrer dans le château de l’empereur, d’une façon ou d’une autre. L’empereur lui-même, je ne crois pas qu’il nous aidera. »

« Rien d’étonnant. La loi du plus fort est la meilleure, c’est ce que je crois remarquer ici. Ou alors, la loi du plus vil. J’imagine que cela doit dépendre de la façon dont on prend toute cette histoire. Bon… Ce fût bref, Héraisty, mais moi et Tery, nous allons retourner au château. »

« C’est normal. Nous ne sommes plus en sécurité ici. Tery ? Est-ce que tu pourras voir avec le monarque pour nous renvoyer en mission le plus tôt possible ? Avec moi… s’il te plaît. »

« Il est hors de question que je te laisse en arrière, Héraisty. Pas dans cette capitale. »

« Merci, Tery. »

Et sans un mot de plus, elle vient l’enlacer dans ses bras, restant ainsi pendant quelques secondes qui durent une éternité aux yeux de Manelena qui finit par lever ces derniers vers le plafond de pierre. C’est vraiment sinistre l’absence de ciel.

« Je n’aime définitivement pas ce monde souterrain… pour le moment. Et ce n’est pas avec e qu’ils viennent de faire qu’ils vont me permettre de l’apprécier. »

Elle avait marmonné ensuite quelques paroles incompréhensibles, Tery finissant par inciter Héraisty à le relâcher. Il l’adorait comme démone, ça ne faisait aucun doute.

« Je vais quand même voir si je ne peux pas avoir une prisonnière ou un prisonnier moi aussi. Je ne sais pas, me sentir seule chez moi, avec tout ça, je ne suis pas rassurée. »

« Mais si tu fais ça, tu risques d’être prise comme cible, Héraisty ! »

« Je le sais, Tery. Mais au moins, je ne serais pas seule. On se revoit demain alors ? »

Elle ne lui laissa pas tellement le choix. Après avoir posé sa question sans attendre de réponse, elle était déjà partie, comme si de rien n’était, laissant seuls Tery et Manelena. Celle-ci vint prendre la main de Tery dans la sienne, le forçant à la suivre pour reprendre le chemin vers le château. Elle était vraiment de mauvaise humeur sur le coup.

Et sur le chemin du retour, aucun ne chercha à converser avec l’autre. En même temps, qu’est-ce qu’ils pouvaient espérer dire ? Ils venaient de voir deux cadavres de personnes qui pouvaient être considérées comme « proches » ces dernières semaines ? Oh, des morts, en ayant été dans une armée, ce n’était pas la première fois… mais là, ils n’étaient pas sur un champ de bataille.

Ils étaient dans la capitale des démons, un endroit qui, normalement, devait être sécurisé ! Et ce n’était pas du tout le cas ! C’était tout le contraire ! Ils risquaient plus de se faire tuer qu’autre chose en restant dans un tel lieu. Finalement, lorsqu’ils arrivèrent au château, la main de Tery serra avec plus d’insistance celle de Manelena avant qu’il ne dise :

« Ce soir, Manelena, si cela ne te dérange pas, je voudrais plutôt… que tu dormes avec moi. Clari pourra veiller sur nous et surtout, je me… sentirais mieux. »

« Tu as besoin d’une nourrice pour te border, Tery ? Ah… Bon, c’est d’accord. »

Il ne s’était pas attendu à ce qu’elle accepte aussi rapidement mais il la remercia d’un petit hochement de tête. S’il n’avait pas besoin de s’expliquer pourquoi, cela lui faisait gagner un temps des plus précieux et il poussa un soupir de soulagement.

« Par contre, je te préviens, Tery. Tu ne vas pas t’imaginer des choses, d’accord ? »

« Ça ne sera jamais le cas, Manelena. Je ne vais pas profiter de ta personne, loin de là. Je ne suis pas comme ça, tu devrais pourtant le savoir. »

« Oui, c’est bien dommage d’ailleurs. »

« Hein ? Tu as dit quelque chose, Manelena ? »

« Rien du tout. Préparons-nous pour le reste de la journée et allons ensuite nous coucher. Clari va vraiment dormir en nous surveillant ? Elle ne va rien faire d’autre ? »

« Bien sûr que non. Qu’est-ce que tu voudrais qu’elle fasse précisément ? »

« Je ne sais pas, elle ne vient jamais te déranger pendant que tu dors ou autre ? C’est Clari quand même non ? Elle n’a pas son caractère ? »

« Je dirais que si mais… tu sais, c’est une femme-golem. Elle ne sera jamais réellement Clari, qu’on le veuill et qu’on le désire. C’est tout simplement impossible de ramener les morts à la vie, c’est pour cela que je veux éviter absolument que mes proches soient blessés. »

Elle avait lancé un sujet un peu fâcheux, elle le savait parfaitement. Elle le regarda alors qu’il faisait une petite mine dépitée. C’est vrai, le sujet restait toujours aussi douloureux aux yeux de Tery. Elle reprit d’une voix qui se voulait douce, ton inhabituel chez elle :

« La seule chose dont je suis certaine, c’est que malgré ce que tu dis, Clari est toujours là. Sous une autre forme mais aucun golem connu depuis des siècles n’avaint une apparence aussi parfaite et humaine, Tery. Je suis certaine que… même à l’intérieur de ce corps, ce n’est pas juste un amas de roche mais tout un travail d’orfèvre. »

« Un travail d’orfèvre ? Co… Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »

« Eh bien, je suis certaine qu’à l’intérieur de Clari, il y a une multitude d’organes fait de pierre. Tu n’as jamais remarqué que les yeux de Clari peuvent t’observer ? Et ne sont pas figés dans la pierre ? »

Hein ? Il ne s’était jamais posé la question, c’est vrai. Maintenant, il se tourna vers la femme-golem, la regardant en face. Elle avait bien des yeux de pierre mais, en faisant un pas de côté, les yeux suivaient sa personne. Ce qui voulait dire que c’était bien deux sphères qui composaient les yeux et ce n’était pas un simple « morceau » de roche qui représentait chaque œil. Il cligna des yeux, murmurant :

« C’est impressionnant, Manelena ! »

« Ca l’est et tu ne te rends pas compte de ce que tu as fait comme prouesse. D’ailleurs, il te faudra aussi me parler de ce que les démons pensent des golems par ici aussi. J’imagine que ça nous fera un sujet de conversation pour la nuit. »

« Ah oui, discuter dans le lit ? Pourquoi pas. »

C’était même une bonne chose. Il sera moins anxieux que maintenant. D’ailleurs, savoir Manelena à ses côtés, il avait du mal à mettre de l’ordre dans ses sentiments à l’heure actuelle. Il n’avait aucune idée de comment il devait réagir maintenant qu’il savait qu’elle allait dormir avec lui.

Enfin bon, avec tout ça et avec ce qui s’était passé par rapport à cet assassinat, il n’aura pas le temps de se reposer. Le reste de la journée se déroula aisément, comme si de rien n’était puis vint le moment où… il allait devoir dormir avec Manelena. D’ailleurs, comment est-ce qu’elle… oh… Oui, c’est bon. Lui-même s’était déjà préparé pour dormir avec juste un pantalon de toile et rien en haut.

« Qu’est-ce que tu espérais, Tery ? Que j’allais porter une nuisette ou quelque chose du genre ? Je ne suis pas en sécurité ici. »

D’accord mais bon, elle portait elle aussi un pantalon de toile et une chemise qui était un peu trop tirée par ses formes. C’est vrai. Il oubliait parfois que Manelena, sous son armure assez épaisse et noire, avait un charme féminin assez prononcé. Enfin, disons un charme égal à sa taille. Il détourna les yeux alors qu’elle finissait par s’installer dans le lit, à côté de lui.


Elle jeta un bref regard à la femme-golem, celle-ci étant parfaitement immobile, à côté de la fenêtre de la chambre. Même s’il ne lui avait rien dit, Clari avait pris cette position pour éviter qu’un nouvel attentat n’arrive par cet endroit. De plus, il suffisait alors de jeter un bref regard sur la porte pour qu’elle puisse agir là aussi.

Manelena le secoua légèrement de l’épaule, lui demandant s’il était toujours motivé à parler avant d’aller dormir. Il signala que oui, les deux personnes commençant à évoquer quelques petites anecdotes chacun de leur côté, à l’époque où ils étaient séparés. Même si cela avait duré un peu trop longtemps aux yeux de chacun, ils voulaient en parler. Et cette nuit-là passa bien plus rapidement que l’un et l’autre l’avaient prévue.

Chapitre 12 : De simples prisonniers

Chapitre 12  : De simples prisonniers

« Je n’aime pas l’idée de l’empereur, surtout après notre discussion. »

« Pourtant, c’est un choix viable. Nous sommes des étrangers aux yeux des êtres qui vivent ici depuis des générations, Tery. »

« Ça ne change pas que je n’approuve pas cette idée, Manelena. »

Il avait retrouvé sa chambre. Il ne savait pas pour combien de temps il allait rester ici avant de repartir vers la surface, voulant absolument retrouver les autres, mais pour l’heure, il avait un autre souci en tête. L’empereur ne pensait pas à mal, loin de là. Mais…

« Je n’aime pas l’idée de te constituer prisonnière comme tous les autres membres de l’armée. C’est juste comme ça et pas autrement. »

« Il faut que tu vois ça d’une autre façon. En nous constituant prisonniers, nous montrons par là aux autres démons qui habitent la capitale que nous ne voulons pas prendre leur place. C’est bien là le souci : les gens détestent perdre ce qui leur est acquis. Pas besoin d’être un démon pour penser de la sorte. »

« Mais comment je vais devoir expliquer à ceux qui nous accompagnent depuis le début qu’ils sont maintenant considérés comme des prisonniers… politiques ? »

« Hmm, de ce que tu m’as dit concernant notre « état », nous n’allons pas vraiment finir dans un cachot, non ? Nous devons rester auprès de l’un des membres de la troupe qui nous a emmenés ici et nous ne pouvons pas nous déplacer seuls et librement dans la capitale. Ainsi, chaque démon qui était avec vous va se retrouver à s’occuper d’un soldat de la surface voire plusieurs. Je pense qu’il y a pire comme traitement. »

« Je n’avais pas envisagé ça comme ça. Mais donc, tu ne te sentiras pas vraiment prisonnière si tu restes à mes côtés ? »

« Hmm ? Qui a décidé que tu serais le démon qui serait en charge de ma personne ? »

Il cligna des yeux, cherchant à s’exprimer bien que la réplique de Manelena l’avait coupé dans son élan. Un peu abasourdi, il tente de retrouver une certaine contenance avant de se faire pincer la joue par Manelena qui a un petit sourire :

« Je plaisantais, Tery. Je sais que cela m’arrive rarement d’en rigoler mais tu devrais voir ta mine actuelle. Il est hors de question que ça soit quelqu’un d’autre qui veille sur moi. »

« Ah ! Euh… Tu m’as fait un petit peu peur, je dois avouer, Manelena. Et puis tu sais, faire de l’humour, ça te donne un certain charme puisque je m’y attendais pas. »

« … … … Tery ! Rah ! » s’exclama la femme aux cheveux argentés après quelques secondes, levant les yeux en l’air.

« Hey ! Qu’est-ce que j’ai dit de mal ? J’espère que je n’ai rien fait cette fois ! Je ne veux pas être fautif alors que pour cette fois, je ne pensais à rien de mauvais ! »

« Il faut parfois savoir se taire, Tery. Dans certains moments, c’est beaucoup mieux. »

Mais maintenant, il veut se renseigner un peu plus sur le côté « prisonnier » qui va être mis en place pour Manelena et les autres soldats. Il veut être sûr que tout va bien se passer et que cela risque de ne pas dégénérer. Il veut être certain que rien de mauvais ne se produise.

« Manelena, est-ce que tu veux bien m’accompagner voir Héraisty ? Je pense qu’elle est au courant de comment la législation doit se dérouler. »

« Cette Héraisty, maintenant qu’elle n’est plus avec nous, je trouve que tu es assez proche d’elle, c’est moi ou je me trompe ? »

« Disons que si on ne prend pas en compte Elise, elle est sûrement la démone en qui j’ai le plus confiance. Son rôle de renifleuse royale a été très important et malgré les apparences, elle a beaucoup de connaissances. »

« Malgré les apparences ? Tu dis cela pour te protéger d’une quelconque colère non ? Car de ce que j’ai pu voir pendant notre voyage à ses côtés, elle est plutôt mignonne comme démone bien qu’elle semble avoir soif de savoir. »

Hahaha. Il avait un léger rire aux lèvres. Il voyait où Manelena voulait en venir. Il était vrai qu’Héraisty avait une question pour tout et lorsqu’ils étaient arrivés à la surface, elle avait montré un intérêt plus qu’important pour tout ce qui l’entourait.

« Je dirais bien qu’elle est comme une petite sœur qui a envie de découvrir le monde pour la première fois mais y a un souci dans mon affirmation. »

« Ah bon ? Laquelle donc ? Car je ne vois pas, personnellement. »

« Eh bien, une petite sœur est moins âgée que soi-même non ? Et je penche plus pour le fait qu’elle doit avoir le double de notre âge au minimum. »

« Hmm, elle me paraît bien jeune quand même. Et de ce que j’ai cru voir, les démons et les gens de la surface ont plus ou moins la même croissance jusqu’à l’âge adulte. Après, il semblerait que ça soit plus… Rah ! Ce que je veux dire, c’est qu’elle ne me semble pas aussi vieille que tu penserais le croire ! »

« Moi,ce que je me demande, c’est comment nous en sommes arrivés à cette conversation sur l’âge d’Héraisty alors qu’il me suffira de lui demander la prochaine fois. »

« Tu n’as vraiment aucune délicatesse envers les femmes, Tery. Je pensais qu’à force, au fil des années, tu comprendrais mais… demander son âge à une femme ? Même si c’est une démone, je pense que certains principes transcendent les races. »

« Je ne suis pas certain qu’une mékalarmienne s’intéresse vraiment à son âge. » rétorqua t-il bien qu’il voyait où elle voulait en venir. Elle haussa les épaules, l’air de rien. Les mékalarmiens étaient vraiment … à part dans ce monde. Et les gnomolds qui habitaient la région de Mékalarma devaient l’être tout autant. Ah… Enfin bon, ils allaient plutôt se renseigner sur le statut de prisonnier dans ce monde démoniaque.

Bon, ce statut de prisonnier, ce n’était pas la même chose qu’un démon d’une famille inférieure au service d’une plus haute famille. Est-ce qu’ils allaient être maltraités ? Mal considérés parmi les démons ? Et aussi, est-ce qu’ils allaient quand même pouvoir être libres de leurs déplacement ? Ce qui serait ironique vu qu’ils seraient des prisonniers.

Tellement de questions mais il n’avait aucune réponse à l’heure actuelle. Le jeune homme était plongé dans un petit conflit, se disant qu’il valait mieux faire une réunion des membres du groupe qui avait servi à l’expédition ainsi que des futurs « prisonniers ». Contrairement à ce qu’il pensait, tous semblaient très bien prendre cette nouvelle.

« Contrairement au terme utilisé, c’est plus comme s’ils étaient des hôtes chez nous. » signala l’un des démons, plus âgé que la majorité des personnes présentes.

« Des hôtes ? Comment cela ? »

« Eh bien, disons que oui, ils ne peuvent pas se promener seuls dans la capitale. Certains démons sont très… enfin, vous voyez ce que je veux dire. Ils se croient supérieurs aux autres. Mais à côté, ils logent chez le démon ou la démone qui décide de les héberger. Ils n’ont pas de chaînes, ils peuvent dormir tranquillement et en sécurité, ils sont nourris, logés, bref, comme s’ils étaient des amis de la famille. De mon côté, je vais pouvoir en prendre deux ou trois avec moi car j’ai assez de place pour les accueillir. C’est mieux que rien. »

« Donc oui, vous avez pas à vous en faire. De toute façon, de ce que j’ai compris, vous avez pas à vous inquiétez pour la reine de Shunter, elle va rester avec vous. »

« Oui, oui, bien entendu. Disons que de toute façon, je ne laissais pas vraiment le choix. »

Il avait juste dit ça comme ça mais en voyant le regard des autres personnes, il se demandait s’il n’en avait pas fait trop ? Et avec tout ça, heureusement qu’il avait pensé à inviter Héraisty pour cette conversation, vu qu’à la base, il partait pour aller la rencontrer uniquement elle mais bon, une réunion, c’était mieux.

« Je ne suis pas vraiment ta propriété, Tery, tu le sais, n’est-ce pas ? »

« Je le sais, Manelena. Je le sais. Ne t’inquiète pas, je fais bien la différence, oui ! »

« Il vaut mieux pour toi. La personne qui me mettra la corde au cou n’est pas prête d’exister. »

« Et celle qui te mettra la bague au doigt, non plus, c’est bien ça ? »

Il avait rétorqué cela aussi vite qu’elle avait répondu, Manelena le regardant avec un peu de dépit… et de déception. Oups, il avait été peut-être un peu trop direct et dire qu’il voulait juste la titiller ! Il bredouilla :

« Pardon Manelena, je ne le pensais pas le moins du monde, tu le sais. »

« Oui, oui, bien entendu, Tery. De toute façon, soyons honnêtes, qui voudrait m’épouser hein ? Qui serait assez stupide pour ça, n’est-ce pas ? Je ne suis pas vraiment le genre de femme que l’on peut fréquenter en pensant que tout ira bien avec elle. »

« Mais si, mais si ! La preuve, c’est que je suis avec toi depuis des années ! »

« Sans pour autant avoir envisagé de finir ta vie avec moi, Tery. Ah .. .Cette conversation est tout simplement stupide et ridicule. »

« Ben euh, je dois quand même avouer que ça m’a souvent traversé l’esprit quand même. Je veux dire, pourquoi pas ? Je te connais depuis assez longtemps pour me dire que non, ce n’est pas une mauvaise idée et que c’est même pas déplaisant. »

« Euh… Est-ce que l’on peut retourner sur le sujet principal, s’il vous plaît ? »

Les démons étaient visiblement un peu gênés de la conversation et cela se comprenait. Tery toussota un peu comme pour se donner une certaine contenance. Du côté de Manelena, celle-ci n’avait rien dit, rien fait, restant parfaitement immobile avant de se diriger vers un mur pour s’y adosser. Tery la regarda faire, espérant que la réponse lui avait convenu.

« Bon alors, au moins, vous me rassurez par rapport à tout ça. J’avoue que je n’ai pas encore l’habitude des us et coutumes des démons même si ça commence à faire un petit bout de temps que je suis parmi vous. »

« Y a pas de quoi, c’est normal que vous soyez inquiet, messire Tery. Certains démons d’une lignée noble n’hésitent pas à abuser de leur position. De notre côté, personne n’a à craindre grand-chose vu que nous nous connaissons depuis notre petit voyage. »

Héhéhé ! C’est vrai que durant cette petite session, ils avaient beaucoup discuté et combattu ensemble. Cela devait sûrement forger des liens. Ah, peut-être vraiment qu’il s’inquiétait pour pas grand-chose. Il poussa un petit soupir, finissant par déclarer :

« Bon, avec tout ça, peut-être que vous voulez déjà me dire qui va avec qui ? Du moins, tant que chaque démon a au moins une personne à sa charge et que tout le monde ne se retrouve pas chez le même démon. Vous en faites pas, Héraisty est excentrique mais pas méchante. Elle risque juste de vous parler pendant des heures et … AIE ! »

« Oups, désolée, Tery, je crois que mon pied a marché sur le tien ! »

Marcher ? Elle venait de lui écraser le pied oui ! Et sincèrement, ça ne faisait pas du bien ! C’était pas qu’il souffrait mais si ! Ouch ouch ouch ! Au moins, ça faisait rire les autres membres du groupe et tous comprenaient qu’il avait dit cela principalement pour tenter de se calmer plus que de calmer les autres.

« J’ai juste une question, comment est-ce que ça va se passer pour les autres démons ? »

« Les autres démons ? De qui est-ce que vous parlez ? »

« Ceux de la capitale. Vous avez dit que chaque « prisonnier » est relié à la famille qui l’héberge, plus ou moins, de ce que j’ai cru comprendre. Mais de ce que je sais, que ça soit via les relations extérieures ou au sein même de la famille, il y aura sûrement des problèmes qui vont se former non ? Tout le monde ne va pas rester là sans rien faire. J’en sais quelque chose… avec ce qui s’est passé avec la famille royale. »

« Ça sera à nous de protéger nos « prisonniers ». Il y a une part de responsabilité dans le fait de posséder un prisonnier. C’est pourquoi nous sommes autant responsables de sa sécurité que du reste. En même temps, cela veut dire que si un démon tente de s’en prendre au prisonnier d’un autre, la justice risque de ne pas apprécier cela. »

« Et malgré le fait que le prisonnier ne soit pas de la même classe sociale ? »

« Disons que cela concerne… la propriété d’autrui ? En quelque sorte, tu n’irais pas demander à la justice de trancher si quelqu’un venait ravager ta maison ? »

Tery entendit un grognement de la part de Manelena mais remarqua que visiblement, beaucoup de personnes de la surface réagissaient plus ou moins de la même manière qu’elle. Et même du côté des démons au final. Bref, cela semblait être un sujet assez… fâcheux.

« Dans le cas d’un esclave et d’un prisonnier, il « appartient » à la famille du démon. S’en prendre au prisonnier, c’est s’en prendre à la famille du démon. Après, il ne faut pas se mentir à soi-même. Dans de nombreux cas, la justice « occulte le sujet et fait comme si de rien n’était. J’imagine que c’est la même chez vous, non ? »

« Le fait que la justice soit surtout au service des puissants ? Vous en faites pas, c’est pareil partout. Dès qu’il y a du pouvoir en jeu, les lois ignorent superbement les plus faibles. »

C’était encore un petit soupir de dépit général qui se fit entendre. Â bien regarder les soldats démoniaques, il remarquait que la plupart d’entre eux n’avait pas vraiment une allure noble qui émanait d’eux. Il était certain qu’en les questionnant, il allait apprendre que la majorité d’entre eux était les derniers nés d’une famille noble ou alors les vilains petits canards de cette dernière. Mais bon, c’était un sujet personnel et ce n’était pas à lui d’en parler.

« Bon, au moins, avec tout ça, on va finir de voir qui va avec qui et ensuite, tout dépendra de la suite des évènements. Je ne peux pas parler au nom de l’empereur sans en avoir discuté avec lui auparavant. Il y a des chances que nous cherchions un autre chemin pour la surface. Et il ne faut pas oublier que nous avons des gens qui nous attendent là-bas. »

« Si seulement nous pouvions être en contact avec elles… »

Tery avait bien envisagé les lettres mais le monde souterrain était vraiment dangereux et il n’y avait que peu de chance que l’une de ces lettres ailées puisse arriver à destination. Entre les monstres et les démons qui dévoraient ces dit-monstres pour se transformer à moitié, les lettres n’arrivaient que rarement aux personnes auxquelles elles étaient destinées.

« Bon, maintenant que tout est fait, Tery, on peut y aller ? »

Manelena avait fini par revenir auprès de lui, le prenant par le bras pour le tirer à moitié et le forcer à se lever. Elle fit une petite salutation brève au reste des personnes présentes avant d’emmener Tery avec elle, Héraisty finissant par se lever à son tour pour les rejoindre.

« Hey, hey ! Manelena, pas besoin d’être aussi violente. Qu’est-ce qui te prends ? »

« Nous en avions fini avec eux, pas besoin de tergiverser plus longtemps. »

C’était lui ou elle semblait encore énervée ? Il pensait qu’avec ce qu’il avait dit auparavant, tout irait mieux mais il s’était peut-être trompé assez lourdement. Ça lui apprendra à vouloir trop bien faire. Alors qu’il allait ouvrir la bouche pour s’exprimer, Héraisty arriva derrière eux avant de dire dans un souffle :

« Eh bien, je ne pensais pas que ça se terminerait aussi vite ! Alors, comme ça, Manelena va rester avec toi, Tery ? »

« Disons que c’est pour le mieux. Elle reste la reine de Shunter, je préfère qu’elle soit dans mon champ de vision pour que rien de grave n’arrive. »

« C’est vraiment dommage. » murmura Héraisty en faisant une petite moue, Manelena clignant des yeux avant de dire d’une voix lente :

« Et pourquoi est-ce que c’est dommage ? Quel est le souci ? »

« Oh, je me disais que j’aurais bien aimé que Manelena vienne loger chez moi. Nous pourrions alors parler de la surface et de toutes ces choses ! Comment cela se passe la royauté à Shunter, le climat économique, et toutes ces choses. En tant que reine, elle n’a pas la même vision de Shunter que toi, Tery. »

« Je le sais bien mais je trouve ça presque un peu vexant, même si je n’arrive pas à expliquer pourquoi. Enfin bon, Manelena, qu’est-ce que tu… »

« Je vais rester avec toi, Tery. Héraisty, nous pourrons parler de tout ça même si je ne suis pas logée chez toi, non ? »

« Oui mais bon… C’est compréhensible ! Vous vous connaissez bien tous les deux. Et puis, ce n’est pas bien grave. Je crois que je vais voir pour plutôt m’occuper de tout ça d’un point de vue global. Il est vrai que je vis seule et qu’en plus, j’ai mon métier ! »

Cela sonnait plus comme des excuses mais Tery comme Manelena ne firent aucune remarque. Héraisty semblait assez déçue mais n’en montra pas plus, faisant juste un sourire aux deux personnes avant de signaler qu’elle allait repartir travailler. Après l’avoir saluée, Tery et Manelena se dirigèrent de leur côté vers le palais impérial.

« Bon, on peut dire que c’est plus ou moins résolu, non ? »

« Je dirais plus non que oui à ton interrogation. Ce n’est pas vraiment réglé. Il suffit juste de voir les regards que certains nous lancent. »

Hmm ? Les regards ? Il jeta juste un petit coup d’oeil discret autour d’eux tandis qu’ils continuaient leur marche. C’est vrai. Déjà à leur arrivée, il y avait bon nombre de démons qui montraient une certaine hostilité à leur groupe. Mais maintenant qu’ils étaient séparés et isolés, est-ce que tout allait vraiment se passer aussi bien que ça ?

« Qu’est-ce que je devais faire, Manelena ? Qu’est-ce que j’étais sensé faire ? Dis-le moi. J’ai l’impression qu’au final, qu’importe les responsabilités que l’on veut me donner, je ne serais jamais assez bon pour elles. Je suis complètement perdu ! »

« Hmm, il n’y a pas de bonnes ou mauvaises décisions sur le coup. Simplement, des fois, tu ne peux qu’accepter que tout n’ira pas forcément pour le mieux. C’est triste à dire mais tu ne dois pas oublier que tu ne peux pas régler les problèmes de tout le monde. Mais combien de fois je vais devoir te le dire pour que tu le comprennes, hein ? »

« Autant qu’il le faut, ah. J’ai maintenant… peur de ce qui risque de se passer. »

Peur ? Elle haussa un sourcil aux propos de Tery. Vraiment ? C’était juste maintenant qu’il le réalisait ? Elle plaça une main sur l’épaule du jeune homme, finissant par murmurer :

« Si tu es si inquiet, je peux rester à tes côtés pour veiller sur ta personne hein ? De toute façon, tu ne peux pas protéger tout le monde. Il faudra bien qu’ils apprennent à se défendre eux aussi. Et puis, je vais devoir aussi t’interroger, tu t’en doutes. »

« Hein que quoi ? Pourquoi est-ce que tu veux m’interroger ? »

« Il semblerait que l’idée de te marier à ma personne ne te dérange pas tant que ça, non ? »

La main posée sur son épaule était dénuée de gantelet métallique contrairement à l’habitude de la jeune femme. La main sur qui remontait doucement le long de l’épaule pour finir par poser un doigt sur la nuque de Tery.

« Bien sûr. Je ne… Je ne vais pas retirer mes paroles. Je… Je n’ai aucune raison de le faire. »

Brrr ! Il tremblait mais il ne savait pas si c’était de peur à cause de ce qui risquait de les attendre ou alors tout simplement de froid… ou autre chose. Pourquoi est-ce qu’elle se mettait à réagir de la sorte ?

« Et donc au final, ma présence n’est pas déplaisante, Tery ? Tu sais pourtant que je ne suis pas des plus faciles comme femme, non ? »

« Bien sûr que je le sais mais et alors ? Il faut accepter les bons côtés comme les mauvais. »

« Et quels sont mes bons côtés ? Et les mauvais ? »

« Euh, tu veux vraiment que j’aille faire une liste ici ? Au beau milieu d’une rue marchande ? Alors que nous allons retourner au château ? »

« Eh bien, nous avons encore un peu de route, n’est-ce pas ? Donc, tu vas pouvoir prendre tout ton temps pour m’expliquer mes défauts comme mes qualités. »

Euh… Il n’était vraiment pas très certain de saisir toute la personnalité de Manelena sur le coup. Mais au moins, une chose était sûre : elle était d’une humeur très… très… Le mot semblait ne pas vouloir apparaître dans ses pensées. Un adjectif qui ne semblait pas coller du tout avec la personnalité de Manelena : Charmeuse.

Car oui, la main avait fini par arrêter son petit jeu sur la nuque du jeune homme pour venir chercher les doigts de Tery et croiser les siens avec eux. Hmm, si cela lui permettait d’évacuer un peu son stress, il n’allait pas dire non.

Chapitre 11 : Traîtres

Chapitre 11  : Traîtres

« Vous avez compris, vous tous, hein ? Hors de question de laisser les démons derrière nous. Ce village n’a rien fait. Si les gnomolds sont présents, c’est bien parce qu’ils nous ont suivi. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser d’autres mourir pour nos erreurs ! »

Ce n’était pas vraiment un cri de guerre mais ce n’était pas ça le plus important. Le message était bien passé aux oreilles de tout le monde. Les fortifications étaient là, elles n’étaient pas des plus solides mais cela devrait faire l’affaire.

Mais en voyant le nuage de poussière qui commençait à se soulever, elle savait que les gnomolds arrivaient. Et visiblement, ils n’étaient pas là pour faire la conversation. Non, ils avaient aperçu le village et ils n’hésitaient pas un seul instant. En entendant les cris de guerre, qu’elle, Elen et Royan connaissaient pour les avoir si souvent entendus, elle eut un léger frisson. Dire que quelques temps auparavant, ils combattaient ensemble.

« On ne peut pas changer la nature profonde d’une créature. »

Il valait mieux se dire ça. En demandant à l’un des démons spécialisés dans la reconnaissance le nombre de gnomolds qu’il voyait, elle comprenait que les gnomolds étaient bien moins nombreux qu’eux. Mais voilà, si le nombre avait une quelconque importance, cela se saurait. Dans le cas des gnomolds, ils valaient bien plusieurs soldats entraînés. Du moins, s’ils étaient parmi les meilleurs de leur race.

« ATTENTION À CHAQUE MOUVEMENT DE LA PART DES ENNEMIS ! »

Oui, cette fois-ci, c’était Royan qui avait intimé l’ordre, tendant la main droite pour signaler que c’était l’heure de se préparer à la « réception » des dégâts qu’ils allaient subir. Il fallait juste que son armée comprenne que cela ne servait à rien de chercher à lancer une attaque avant qu’ils ne soient à portée.

D’ailleurs, le point qu’il ne fallait pas oublier, c’était la petite surprise qu’ils réservaient à ces gnomolds. Les premiers arrivèrent non-loin des fortifications de fortune … mais se retrouvèrent subitement engloutis par le sol, des pieux enfoncés dans leurs chairs. Malgré leur résistance propre aux blessures, la plupart des gnomolds tombèrent sans se relever.

Les autres ? Ils utilisèrent la magie pour se débarrasser des pièges, blessés salement pour certains mais toujours capables de se battre. Elise fit un petit claquement de la langue dédaigneux, marmonnant :

« Je pensais que nous en aurions eu bien plus de la sorte. Je me suis visiblement bien trompée à ce sujet, ça m’apprendra. »

« Nous en avons déjà éliminé une partie, Elise. Maintenant, il va falloir se préparer à la confrontation directe. Que ceux armés de boucliers passent devant les autres ! S’ils tentent de nous avoir à distance via des sorts, il faudra bien se lancer dans une confrontation directe. »

« Je vais m’en charger de mon côté ! Je vais guider nos gars ! Elen peut continuer ses attaques à distance non ? Avec son arc, elle peut faire pas mal de choses pour nous soutenir ! Et puis, elle n’est pas seule pour attaquer donc ça devrait passer ! »

Oui, ils pouvaient compter sur un soutien à distance alors qu’elle observait son épée et son bouclier. Ah… Dire que c’était avec ça qu’elle avait combattu aux côtés de Tery. Rien à redire, elle aimait Royan mais Tery lui manquait grandement.

Quittant les fortifications, accompagnée par de nombreux démons et soldats, elle s’élançait au contact des gnomolds. Finissant ceux qui avaient réussi à s’extirper des pièges, elle ne se privait pas pour les tuer, quitte à ce que ça soit dans le dos.

« N’hésitez pas à les tuer à plusieurs s’il faut ! Ce n’est pas le moment de faire dans le courage et dans l’honneur ! »

Oui, l’honneur, c’était bien… mais ce n’était pas ça qui permettrait de survivre dans un combat contre les gnomolds ! D’ailleurs, certains s’arrêtaient, surpris de la voir. Hmm, c’était bien ce qu’elle pensait. Ces gnomolds étaient au courant de leur présence dans ces lieux. Elle hurla en direction des gnomolds les plus éloignés :

« QU’EST-CE QUE VOUS FAITES ICI ?! LE PRINCE ROYAN A POURTANT DÉCLARÉ QU’IL N’Y AVAIT PLUS À ATTAQUER LES DÉMONS ! »

« Démone ! C’est la démone qui accompagne le roi de Traslord ! Ce sont des traîtres ! NE LAISSEZ AUCUN VIVANT ! »

D’accord. La conversation avait été aussi vite écourtée qu’elle n’avait été lancée. Elle se serait doutée que ce n’était pas des envoyés d’Ernold ou même des gnomolds comme ce Rokar. Ce dernier avait fait preuve d’une certaine intelligence contrairement à bon nombre de ses semblables.

Mais avec tout ça, elle surveillait les villageois qui se mêlaient à la bataille. Certains reculaient, effrayés, leurs armes tremblotant dans leurs mains. Il fallait s’en douter, ils n’étaient pas habitués à de telles créatures.

Il y avait bien des monstres plus horribles visuellement que les gnomolds dans le monde souterrain mais à la différence de ces derniers, ils n’avaient pas ce regard de prédateur haineux, comme s’ils étaient à l’origine même de ce sentiment de rage à leur encontre.

« Rappelez-vous ! Protégez un maximum de villageois même parmi ceux qui combattent ! Montrez-leur ce que vous valez ! »

En leur indiquant de se valoriser aux yeux des plus démunis, elle espérait exacerber légèrement leur vanité de noble … oh et leur côté un peu chevaleresque. Un soldat se devait de protéger les plus faibles, cela devrait être la norme. Mais que ça soit à la surface comme souterrain, les êtres les plus forts abusaient de leurs pouvoirs sur les plus faibles.

C’était pourquoi elle était là. Même si bon nombre de nobles ne la considéraient pas comme légitime au titre de princesse du royaume souterrain, aux côtés de son père l’empereur Malark, elle espérait montrer à ceux qui combattaient à ses côtés ce qu’elle valait… et que la noblesse n’était pas qu’un titre dont on se vantait… mais aussi des responsabilités.

« On dirait bien que j’ai pris exemple sur Manelena, moi. Je suis pas mieux que Royan. »

Un petit rire quitta ses lèvres au moment où elle enfonçait son épée dans le corps d’un gnomold, des flammes parcourant la lame pour faire flamber la créature poilue et bossue. C’est vrai ! Si Royan avait pris un peu exemple sur Tery, elle devait avouer qu’en ayant appris qu’elle était une princesse, le seul exemple qui lui venait à l’esprit était Manelena.


Et quel exemple hein ! Une poigne de fer, un coeur plus tendre qu’il n’y paraissait. Des décisions parfois dures mais nécessaires. Elle avait toujours montré que le bien de son peuple passait avant le reste, quitte à devoir prendre des choix difficiles comme avec son père. Même si dans ce cas précis, le destin… et deux foutus démons avaient décidé de s’en mêler.

Ces démons qui étaient responsables de toute cette histoire. Ah… Mais elle préférait voir le côté positif plutôt qu’une sale trogne de gnomold en face d’elle. Sans ça, elle n’aurait jamais découvert le monde souterrain, d’autres personnes comme elle. Jamais elle n’aurait connu ses origines, ni celles de Tery, bien que ces dernières restaient troubles.

« Mais quand on retrouvera Tery, tout ira définitivement pour le mieux. »

Tous ensemble, ils pourront régler la majorité des problèmes. AH ! Elle para le coup de hache d’un gnomold, sentant une lame d’air lui entailler la hanche assez salement. Elle n’avait pas fait assez attention ! Elle émit un grognement de colère, regardant le gnomold avant de laisser paraître quelques flammes autour d’elle.

« Ça va sentir le cochon grillé dans quelques secondes ! »

Tout son corps se retrouva parcouru par les flammes avant que son pied ne vienne décocher un coup dans l’entrejambe du gnomold. Outre la douleur primaire et propre à tout mâle qu’importe l’espèce, le coup était accompagné d’une flamme, faisant consumer là aussi l’homme-bête à l’intelligence sous-développée.

« Foutu gnomold, ça peut pas comprendre sa place hein ? Faut toujours que ça vienne chercher les embrouilles même quand je décide d’être tranquille. »

« PRINCESSE ELISE ! VOUS ALLEZ BIEN ?! »

Oh ? Un démon qui venait non-loin d’elle, ayant remarqué la blessure et le bref combat qui avait eu lieu. Hahaha ! Elle eut un léger sourire, elle le reconnaissait, avec ses écailles. C’était l’un des deux gardes démoniaques qui étaient restés avec eux lorsqu’ils avaient été séparé de Tery lors de cette tentative d’assassinat.

« Ça va, ne t’en fait pas. J’ai connu bien pire dans mon existence hein ? Comment se déroule la situation ? On s’en sort bien ? »

« On accuse quand même quelques blessés assez importants et même quelques pertes. Mais les soldats n’hésitent pas à se mettre à plusieurs sur un gnomold sauf que les gnomolds font de même de leur côté. »

« Ce qui veut dire qu’il faut absolument que personne ne soit isolé ! Si tu peux transmettre ce message à chaque soldat lorsque tu retourneras auprès des autres et… pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? Je n’ai pas dit de bêtise, non ? »

« Ah mais je ne vais pas pouvoir transmettre le message vu que je vais rester avec vous, princesse Elise. Vous avez bien dit de ne laisser personne isolé non ? »

« Rah bon sang, quand même, prendre les paroles de la princesse au pied de la lettre, tu exagères, tu sais ? Enfin bon, je veux bien que tu reviennes mais il faut quand même transmettre le message à tout le monde. »

« Oh, ça ne sera pas difficile à faire. » s’exclama le démon reptilien avant de provoquer plusieurs bourrasques autour de lui, faisant voleter les cheveux auburn de la demoiselle en arrière, lui arrachant un petit cri de surprise. « Voilà, c’est fait. »

« Hein ? Et comment ça ? Qu’est-ce que tu as fait exactement ? Je veux savoir ! »

« Oh, j’ai simplement utilisé le vent pour porter mon message aux plus proches soldats en leur disant de bien répéter ce dernier à un maximum de membres de notre armée. »

Elle le regarda d’un air dubitatif, se demandant s’il plaisantait mais en le voyant aussi sûr de lui, elle poussa un léger soupir avant de déclarer :

« Bon, on va dire que ça passe mais la prochaine fois, il vaudrait mieux que tu me préviennes quand tu fais un tel sort. Même si l’idée est appréciable, il faut le reconnaître. »

« Héhéhé, j’ai donc l’autorisation de protéger votre dos, princesse ? »

Il n’avait même pas besoin de poser la question. Elle se plaça dos à lui, regardant leurs adversaires. Un bref coup d’oeil et elle voyait que les soldats encore en vie et blessés se réunissaient par groupe de dix environ. Parfait.

Enfin, parfait reviendrait à n’avoir aucune perte mais dans le cas présent, il ne fallait pas faire la fine bouche, surtout qu’elle pouvait voir que les rares villageois qui les accompagnaient, étaient au centre des cercles formés par les soldats. Pour autant, à voir cette lueur dans leurs yeux, elle comprenait qu’ils avaient ce même esprit combatif que les soldats. Oui, elle était très satisfaite de la tournure des évènements.

« J’imagine que je devrais vous remercier pour le travail accompli, n’est-ce pas ? »

Elle avait ce petit sourire mutin aux lèvres, remarquant l’air perplexe dans dans les yeux du gnomold qui lui faisait face. Héhéhé ! Bien entendu, il ne comprenait rien à ses paroles mais ce n’était pas bien important. Elle lui fit un clin d’oeil avant d’ouvrir la bouche, crachant un souffle enflammé, digne des flammes d’un phénix, le gnomold poussant un hurlement strident, courant vers elle, toujours en flamme, son fléau en main.

« Oh mince, il était plus résistant que les précédents, lui ! »

« S’il veut bien se pousser ! Je ne suis pas certain que le roi Royan accepte qu’une créature de la sorte touche sa princesse ! »

Hum ? Un coup de pied dans le ventre du gnomold et voilà qu’il fut renvoyé en arrière, plusieurs mètres au loin avant de succomber à ses brûlures. Oh, oui, elle n’était pas seule.

« TRAÎTRES ! VOUS ÊTES DES TRAÎTRES À VOTRE PROPRE RACE ! »

Les rares gnomolds encore vivants hurlèrent en leur direction, commençant à reculer. Généralement, ils cherchaient à se battre jusqu’à la mort mais dans ce cas précis, ils étaient plutôt réticents. Ils avaient sûrement besoin de revenir là d’où ils provenaient, pour une raison ou autre, obscure ou pas.

« Humpf… Laissez-les fuir, nous ne sommes pas là pour les attaquer mais défendre le village. Nous devrions retourner auprès des villageois. Comptez les morts, notez leurs noms et occupons nous des blessés. »

Elle avait donné quelques consignes aux soldats, retournant auprès de Royan. Celui-ci eut un léger rictus en voyant l’entaille à la hanche de la jeune femme aux cheveux auburn, commençant déjà à montrer quelques signes d’inquiétude.

« Ce n’est rien, Royan. Je te rassure. Par contre, si on peut plutôt s’occuper des vrais blessés, ça serait beaucoup mieux. »

« Combien de morts ? Y en a t-il parmi les villageois ? »

« Aucun pour les villageois. Pour nous, je n’ai pas compté malheureusement mais j’ai demandé à ce qu’on s’occupe de ça. »

Elle était un peu fatiguée, elle devait l’avouer mais est-ce qu’elle voulait le montrer à Royan ? Nullement. Mais lorsqu’elle arriva au village, elle remarqua les visages étonnés des habitants démoniaques, tous la fixant avec inquiétude plutôt qu’avec soulagement.

« Eh bien, euh… Il y a un souci avec mon visage ? »

« Non non ! Nullement ! Non, pardonnez-nous ! Nous ne voulions pas vous offenser ! »

Hein ? C’était quoi cette crainte dans la voix ? Pour quelle raison est-ce qu’ils avaient peur en la regardant ? Elle continua à se rapprocher mais voilà que les villageois faisaient un pas en arrière avant que l’un d’entre eux ne se mette à genoux, criant :

« Pardonnez notre impudence, votre altesse Elise ! »

« Votre altesse Elise ? Euh… Mais vous ne saviez pas que j’étais la fille de l’empereur Malark ? Je pensais l’avoir dit. »

« NON NON ! Nous n’étions pas au courant ! Si cela avait été le cas, nous n’aurions jamais osé demander à la princesse elle-même de venir nous protéger ! »

« Euh, je vais être claire sur un point : vous n’avez rien demandé. C’est nous qui avons décidé de vous aider, rien de plus rien de moins. Pas vrai, Royan ? »

« Peut-être devrais-tu les prévenir que je suis aussi le roi de Traslord ? Au point où nous en sommes, autant révéler plus ou moins qui nous sommes, non ? Bien que j’estime que tout cela est plus ou moins radical à mes yeux. »

En voyant le regard effaré des villageois, il semblerait qu’avoir prévenu au sujet de ce qu’il était n’avait pas été la meilleure idée qui soit. Ah… Mais maintenant, comment ils allaient régler cette situation ?

« BON ! On s’occupera de discuter de tout ça dès qu’on aura fini de soigner les blessés, d’accord ? Je ne sais pas comment vous avez été mis au courant mais vous n’avez rien à craindre. Je ne suis pas comme mes aînés ! »

Même si elle avait la sensation qu’elle parlait à un mur, autant dire qu’elle n’était pas des plus joyeuses à cet instant précis. En apprenant que l’un des villageois qui combattaient avait entendu le fait qu’elle était la princesse du monde souterrain parmi les discussions en pleine bataille entre les soldats, elle maugréa.

Elle ne voulait pas d’un traitement privilégié ! C’était peut-être pour ça qu’elle avait évité implicitement de parler de ses origines ? Sans même s’en rendre compte, elle cachait sa véritable nature… et peut-être que cela allait lui porter préjudice dans le futur.

« C’est vraiment trop compliqué des fois… »

Elle maugréa tout en observant les villageois. Tout le monde détournait le regard maintenant. Aucun n’osait poser les yeux sur elle ou même Royan. Et certains étaient même en train de chuchoter tout en regardant Elen, cherchant à savoir ce qu’elle était vraiment.

Ah ! Si on leur disait qu’elle était l’enfant de deux divinités, du moins des réincarnations de deux divinités, elle était certaine qu’ils allaient tirer de drôles de têtes. Mais comment les convaincre de sa bonne foi ? Car pour l’heure, rien ne prouvait cela malheureusement.
Est-ce qu’en se mettant à genoux ? Non, elle n’allait pas se rabaisser à ça. Ce n’était pas une question de vanité ou vantardise, c’est juste que c’était inutile. Personne n’aurait rien à y gagner en agissant de la sorte.

« Dites, madame la princesse, merci de nous avoir protégés ! » murmura une petite voix alors qu’elle n’avait même pas remarqué qu’une jeune fille, âgée de peut-être cinq-six ans, tirait sur le tissu de sa tenue. Ah, un enfant démoniaque, avec ses petites cornes si adorables. Oh, elle avait un visage crasseux et ses mains n’étaient pas des plus propres, venant salir sa tunique et elle allait…

« NON ! Reviens par ici ! Pardonnez-là, princesse ! Elle ne voulait pas souiller vos… »

« MAIS PUTAIN VOUS ALLER ARRÊTER ?! »

Elle venait d’exploser aux propos de la mère de la petite démone, les deux hurlant de peur, la jeune fille se recroquevillant dans les bras de sa mère qui la recouvrait pour la protéger. Royan avait couru aussitôt en direction d’Elise alors qu’il était normalement occupé à vérifier l’état de santé des blessés aux côtés d’Elen. Elen elle-même qui tenait son enfant contre elle, utilisant sa magie de sa main disponible pour apaiser les douleurs de l’autre.

« Je vais devoir le répéter combien de fois pour que ça rentre dans le crâne de tout le monde hein ?! On peut me le dire ?! Ici, je ne suis pas la princesse ! JE SUIS UNE DÉMONE ! »

« Mais… » commença à dire un villageois, tremblant de tout son être.

« Y a pas de mais ! Rentrez-vous ça dans le crâne ! On va continuer à fortifier votre village pour vous protéger des dangers extérieurs et ceux qui viennent d’apparaître comme les gnomolds ! On va aussi préparer quelques messagers pour qu’ils puissent aller à l’extérieur et envisager quelques convois pour faire le chemin jusqu’ici ! Je ne plaisantais pas lorsque je disais que vous allez être le premier village de démons à officiellement avoir une route commerciale avec une nation de la surface. Maintenant, on va arrêter de mettre mon titre de princesse en valeur car ça fait même pas un an que je suis au courant que je suis issue de la famille impériale démoniaque. »

« Mais mais mais… » chercha à déclarer un autre villageois avant d’être une nouvelle fois interrompu par Elise.

« Mais y a pas de mais ! Je ne fais pas ça car je suis une princesse ! Je ne fais pas ça car nous sommes de la même race ! Je fais ça parce que je suis moi ! Alors maintenant, on va finir de s’occuper de tout le monde et on va fêter le fait qu’on a réussi à protéger le village tout en faisant une cérémonie pour ceux qui sont morts au combat ! »

Elle espérait qu’après cette courte discussion, le message était bien passé. Les villageois comme les soldats étaient penauds mais s’exécutaient. Surtout, elle revint auprès de la mère et de la jeune fille, tapotant doucement le crâne de cette dernière en lui murmurant de ne pas avoir peur. Elle avait juste élevé la voix pour que chacun comprenne son message.

C’était sa façon à elle de s’exprimer et elle ne comptait pas changer ça juste parce que les gens pensaient qu’elle était comme ses aînés. Pendant combien de générations la monarchie démoniaque maltraitait les simples villageois ? Et sûrement pas qu’elle ! Il y avait de fortes chances que les nobles ne fassent guère mieux.

Mais bon, après son petit éclat, le village semblait apaisé. Les morts avaient été enterrés, une cérémonie silencieuse a eu lieu et c’était le plus important. Ils pouvaient fêter ça, comme elle l’avait proposé mais… elle avait le sentiment qu’il fallait mettre tout ça au clair.

« Royan, est-ce que tu voudras bien m’accompagner ? Je veux parler au chef du village mais je crois que je vais avoir besoin de toi. »

« Oh ? Et pour quelle raison ? Tu as sûrement quelque chose en tête non ? D’ailleurs, moi-même, je me demande ce que les gnomolds voulaient dire par traîtres. »

« Cela, je m’en fous complètement, je vais t’avouer. Nous avons décidé de tendre la main vers les démons comme nous l’avons fait pour eux. S’ils sont jaloux au point de vouloir nous tuer car ils ne sont pas les seuls avec qui nous voulons régler ce souci pacifiquement, ça ne regarde qu’eux de toute façon hein ! »

« De la jalousie ? Je ne suis pas certain, Elise. »

Hein ? Elle avait dit cela sans réellement le penser ! Elle ne pouvait pas expliquer ce qui se passait dans la tête de ces créatures poilues et bossues. Sa priorité pour elle, à l’heure actuelle, c’était de mettre en action ce vaste plan concernant ce village de démons !

Chapitre 10 : Collaboration

Chapitre 10  : Collaboration

« Et voilà, nous pouvons apercevoir un village. »

Elise avait pris la parole, pointant du doigt vers l’horizon. Dans ce dernier, il était possible de voir à une bonne distance, ce qui semblait être un village de petite taille. Avec des bâtiments en pierre dans un triste état, ils semblaient néanmoins assez solides. C’était le genre de village généralement ignoré par tout le monde, qui arrivait à vivre difficilement dans une demi-autarcie.

« Est-ce que nous allons dormir là-bas, Elise ? Ça me semble vraiment trop petit pour que nous puissions y faire quelque chose de correct. »

« Oh non, non. Il ne vaut mieux pas espérer pouvoir dormir là-bas. S’il y a une auberge, ça serait déjà une chance, Elen. Non, ce que je veux montrer par là, c’est qu’un village de démons n’est pas si différent d’un village de Shunter ou d’une autre nation. »

Oh ! Elle voyait où elle voulait en venir exactement ! C’était une très bonne idée de sa part. En présentant des villageois « normaux » à l’armée des gens de la surface, accompagnés de quelques démons, ils comprendront qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter à ce sujet.

Elle approuva l’idée d’Elise d’un mouvement de la tête alors que la femme aux cheveux auburn présentait la dite-idée à Royan. Celui-ci l’accepta volontiers, montrant par là une volonté de faire avancer les choses, comme auparavant.

« Et s’il se montrent agressifs, comment devons-nous réagir ? » demanda un soldat des Traslord en face d’Elise lorsque Royan signala ce qu’ils comptaient faire.

« N’ayez aucune inquiétude à ce sujet. Vous allez très vite comprendre ce que je veux dire par là. Avançons donc. »

Elle semblait si sûre d’elle ça en était presque inquiétant. Pour autant, tous s’exécutèrent et dès lors qu’ils posèrent un pied dans le village, aussitôt trois démons se présentèrent à eux. Âgés d’une quarantaine d’années physiquement, ils tenaient des fourches dans les mains, tremblant de partout.

« Qu… Qu’est-ce que l’armée… veut de nous ? »

« A… Attends un peu ! Regarde un peu à quoi ils… ils ressemblent ! »

« C’est la première fois que je vois des démons comme ça ! Vous, vous pensez qu’ils sont venus nous dévorer ? Si c’est le cas, il faut… il faut que j’aille prévenir les… »

« Fuis pas ! À deux, on n’arrivera jamais à tenir ! Et puis, ils sont déjà prêts à… »

« Je crois qu’on va plutôt devoir vous expliquer la situation hein ? Car j’ai l’impression que vous êtes en train de vous fourrer le doigt dans l’oeil jusqu’au coude ! »

« Euh… Vous êtes une démone non ? Et à voir vos atours, vous venez de bien plus profond que le commun des démons. Pour… Pourquoi est-ce que vous êtes ici ? »

Quelques explications allaient être nécessaires. Et pas des moindres ! Pour autant, elle s’avança, demandant aux autres de ne faire aucun mouvement brusque de la part du reste de l’armée, que ça soit Royan, Elen ou même le simple soldat ou capitaine.

« Nous ne venons pas vous faire du mal, soyez en rassurés. Nous voulons simplement discuter avec vous, de tout et de rien. »

« Hein ? Que… de quoi ? Discuter avec nous ? C’est une mauvaise blague ? Je veux dire, qu’est-ce que des gueux comme nous pouvons faire pour vous aider ? »

« Oh, vous allez très vite le savoir. Hey ! Vous pouvez venir ! Venez parler de tout et de rien avec ces gentilles personnes ! »

À croire qu’elle s’adressait à une bande d’enfants. Elle demandait cela principalement aux membres de l’armée qui provenaient de la surface, déclarant aux démons de bien vouloir rester en retrait. Ce n’était pas un ordre mais un conseil de sa part.

Et sur quoi questionner les paysans et les enfants ? Elle laissait libre court aux soldats de bien chercher les sujets. Bon, de ce qu’elle voyait, c’était assez difficile. D’un côté comme de l’autre, la barrière de la peur était plus forte que celle linguistique. Oui, ils avaient de la chance qu’ils parlent tous la même langue, qu’importe les différences entre les nations. Chacun avait quelques mots propres à sa nation mais dans les faits, malgré les différences physiques, ils s’exprimaient tous de la même manière.

« Au moins, Alzar et Zélisia ont eu une bonne idée sur le coup. »

C’était Elen qui venait de proférer une telle parole, finissant par se rapprocher elle aussi. Dans les faits, elle était aussi considérée comme un simple soldat et donc elle pouvait chercher à dialoguer. D’ailleurs, vu qu’elle avait sa fille dans les bras, une démone se rapprocha d’elle, portant elle aussi son enfant dans ses bras.

« Comment est-ce qu’elle s’appelle ? C’est une fille, n’est-ce pas ? »

« Je n’ai pas encore décidé. Je préfère attendre que je retrouve son père pour que nous puissions discuter à ce sujet tous les deux. »

« Ah oui ? Un mari infidèle ? Un homme qui a pas assumé sa coucherie ? Je veux dire, ça serait pas le premier, ça serait pas le dernier. Ici, on n’a pas trop ça. Avec cent habitants ou deux cent habitants au grand maximum, on se connaît tous. Si y en a un qui tente un coup dans le dos comme ça, tu peux être sûre qu’il va plus être le bienvenue dans les environs. »

« Je vois, je vois, mais non, ce n’est pas tout ça. Disons que son père a eu quelques problèmes mentaux, a tenté de me tuer quand j’étais enceinte et… »

« Ben ma brave, tu dois sacrément l’aimer si tu veux encore le retrouver après ça ! Je dirais bien que c’est beau l’amour mais moi, je pourrais jamais faire ça ! »

« Ah mais non ! Attendez, je vais vous expliquer ! Ça sera bien plus compréhensible si je tente de vous raconter plus en détails ! Enfin, ceux qui sont importants ! »

Elle n’allait pas expliquer qu’elle était à l’origine de l’ouverture des portes démoniaques et de toutes ces choses ! Mais peut-être expliquer le souci de Tery par rapport à cette possession et tout le reste non ?

La voilà maintenant en train de discuter avec cette mère de famille démoniaque, racontant plus ou moins son histoire alors que celle-ci l’écoutait comme si de rien n’était. En la voyant faire, les autres membres de l’armée commencèrent à s’ouvrir, cherchant à parler eux aussi. Bien entendu, ils étaient confus, bien entendu, ils faisaient des erreurs mais voilà, les villageois semblaient comprendre leur inquiétude et discutaient de leur plein gré.

Et pendant ce temps ? Elise avait demandé aux autres démons, ceux de l’armée, pour voir s’il n’était pas possible de chasser un peu les monstres dans les environs. Des monstres comestibles. Cela permettrait peut-être aux villageois de souffler un peu mais aussi de faire un repas correct pour toute l’armée et le village.

Est-ce qu’elle cachait son titre de princesse du monde démoniaque ? C’est exact. Ce n’était pas qu’elle en avait honte mais qu’ainsi, leur comportement ne change pas à son encontre. Voilà tout simplement. Quelques heures plus tard, un banquet avait été installé. Il n’y avait pas assez de tables pour tout le monde, c’était vraiment un village d’une taille minuscule mais cela ne dérangeait pas les soldats, plus habitués à manger par terre. Elise, elle-même assise à côté de Royan, sur le sol, chuchota en regardant tout ce monde :

« Tu vois, ce n’est pas une si mauvaise chose. Ils ne sont vraiment pas différents de vous autres, n’est-ce pas, Royan ? »

« Je ne me suis jamais posé la question, tu sais ? J’étais déjà au courant en t’ayant à mes côtés, Elise. C’est pourquoi je n’avais aucune crainte. »

« Mais quel charmeur quand il s’y met ! Je ne te savais pas aussi mielleux, Royan. »

« Je n’ai fait qu’énoncer une vérité, Elise. Tu devrais pourtant le remarquer à force non ? »

Hmm, hmm. Aucune remarque à faire en plus à ce sujet. Elle jeta un bref regard à Elen pour voir ce qu’elle faisait, voyant que la jeune femme aux cheveux blonds s’occupait de sa fille, aux côtés de la mère de Tery. Les deux femmes s’étaient grandement rapprochées depuis que la mère de Tery veillait sur elle avec cet… incident.

Et puis, il s’agissait quand même de la grand-mère de l’enfant dans les bras d’Elen. Cela devait jouer aussi sur le tout, hein ? Hmm … Elle posa son regard sur Royan qui mangeait en silence, lui-même concentré sur le buffet qui se déroulait devant ses yeux.

Elle plaça ses mains sur son ventre, semblant le masser comme pour vérifier quelque chose. Aucune chance que ça se produise aussi vite, n’est-ce pas ? Mais bon, plus elle voyait Elen, plus elle commençait à être envieuse.

« Chaque chose en son temps. Ça serait beaucoup trop dangereux de faire ça dès maintenant. Il vaut mieux que j’évite, hein ? »

« Hmm ? De quoi est-ce que tu parles, Elise ? Tu as l’air d’avoir une idée derrière la tête. »

« Oh, je pensais simplement à notre avenir, c’est tout. »

« Notre avenir ? J’espère que tu envisages que de bonnes choses alors. »

« Oh, plus que tu ne le crois. Je peux te poser une question, Royan ? Combien en voudrais-tu ? » demanda t-elle sans pour autant préciser le sujet, Royan répondant aussitôt :

« Au minimum trois. Euh… On parle bien de futurs enfants, c’est ça ? »

« Trois ? Attends un peu, tu as précisé au minimum ? »

« Bien entendu. Je ne veux pas que notre enfant soit seul comme moi. Je veux qu’il ait des frères et des sœurs, ou que de l’un ou l’autre. Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve. »

Oh par Alzar et Zélisia. Elle posa à nouveau les mains sur son ventre, le regardant longuement avant de chuchoter d’une petite voix intimidée :

« Tu vas sérieusement devoir travailler, toi. »

« Hein ? A qui est-ce que tu parles encore, Elise ? Cela commence à faire beaucoup en si peu de temps, tu sais. »

« Oh, comme d’habitude, les projets d’avenir. Je me parle à moi-même, rien de bien grave, je peux te le promettre, Royan. Profitons plutôt de la soirée, non ? »

En plus, elle n’était pas aveugle, les villageois commençaient à danser avec quelques soldats. Elle ne pensait pas que son idée marcherait aussi bien. Peut-être qu’elle devait présenter l’idée qu’elle avait en tête ? Hmmm. Cela pouvait attendre demain. Elle vint chercher la main de Royan, l’invitant à la suivre pour aller danser avec tout ce beau monde.

Demain était un autre jour et les idées fusaient dans son esprit. Elle allait parler de tout ça à Royan, plus tard, dans la nuit, lorsqu’ils seront en train de dormir… ou alors après la préparation de leur futur. Elle n’avait pas encore décidé, hahaha !

Le lendemain matin était des plus appréciables et pour cause ! Avachie à moitié sur Royan, elle lui avait proposé son idée et il avait accepté. La seule chose qu’il restait à faire maintenant, c’était de la mettre en marche. Pour cela, il fallait trouver le chef du village. Cela n’avait pas été difficile, ce dernier s’étant présenté devant eux, armé au tout début. Bon, d’accord, il n’avait pas été des plus courageux vu comment il tremblait mais pourtant, il leur avait tenu tête, ce qui montrait qu’il n’avait pas été nommé chef pour de mauvaises raisons.

« Euh, vous êtes certains de ce que vous voulez faire ? Je veux dire, notre village n’a rien à offrir mais quand même… »

« Je suis sûr et certain que cela n’est que pour un temps. En permettant à nos troupes de vous épauler à la tâche et de nous installer autour de vous, nous pourrons alors faire de votre village, le premier village qui accepte les surfaciens. Qu’est-ce que vous en dites ? »

« Si vous me permettez d’en discuter avec les gens du village. »

C’était normal que de demander l’avis de ses camarades. C’était même une marque de sagesse qu’il appréciait tout particulièrement. Le jeune homme à la chevelure bleutée laissa le chef discuter avec les habitants alors que lui-même retournait auprès d’Elen et les autres.

La réponse ne tarda pas à se faire entendre, unanime de la part des villageois. Ainsi, ils acceptaient tous l’idée proposée par Royan. Sans se montrer médisant, il comprenait que les villageois n’avaient pas l’habitude d’avoir de telles propositions et de voir aussi loin que ça. Bon… Par contre, cela voulait dire qu’ils allaient devoir rester ici quelques jours.

« Elen m’a dit que ça ne la dérangeait pas, qu’elle sent que ça plairait à Tery que l’on prenne une telle initiative. Hmm… Mais quand même, ce n’était pas prévu à la base. »

« Tu devrais arrêter de parler à voix haute. » lui dit une voix féminine à côté de lui, Elen bordant son enfant. « Ça se voit que tu as trop traîné aux côtés de Tery. Tu as pris une mauvaise habitude de sa part, Royan. »

« Une mauvaise, tu es certaine, Elen ? »

« Pas le moins du monde, hahaha ! Je me dis que c’est une bonne chose. Malgré les apparences, Tery a vraiment marqué chacun d’entre nous à sa façon. Un peu comme Clari. »

« Clari a toujours été une grande sœur… pour tout le monde, sauf Manelena. Je crois que Tery voulait lui ressembler un peu dans le fond et ça marchait… assez bien. »

« C’était le seul garçon du groupe si on évitait de considérer mes… parents comme tels. Enfin, seul garçon à part toi, je veux dire. »

« C’est exact, j’imagine que c’est quelque chose à prendre en considération et en compte. »

Elle n’allait pas dire qu’elle imaginait que Royan prenait Tery comme exemple. Souvent, les hommes avaient du mal à assumer de telles choses. Ce n’était pas du tout son genre de se mettre en valeur de la sorte, de toute façon.

Bon… Elle allait voir comment la situation se déroulait par rapport aux soldats. Les soldats démoniaques étaient un peu moins enclins à travailler que les soldats de la surface mais elle comprenait pourquoi. Pour eux, il s’agissait simplement d’un village comme les autres. La totalité des soldats ici avait plus de noblesse et de puissance que le village tout entier.

Pour autant, ils allaient devoir faire un petit effort ! Et c’était bien pour cela qu’elle allait les convaincre de mettre la main à la pâte et plus vite que ça ! Même s’ils maugréaient, elle pouvait aussi remarquer qu’ils semblaient apprécier le fait que des gens de la surface veuillent bien aider les démons les plus démunis, chose qui ne se serait jamais produite avec d’autres démons provenant de la capitale.

« Ah… Enfin bon… Peut-être que je devrais faire un petit tour des environs avec quelques éclaireurs. Pour la chasse et le reste. »

« Fais attention à toi, Elise. Même si je sais que les monstres des environs ne peuvent rien contre toi, je préfère quand même être plus rassuré si tout se passe bien. »

AH ! Elle déposa un rapide baiser sur ses lèvres avant d’aller rejoindre deux autres démons et deux soldats de Traslord. À eux cinq, ils étaient largement suffisant pour se défendre et pour fuir si vraiment ça dégénérait.

Ce n’était même pas une question de crainte ou autre. En vue de sa propre force et des flammes qu’elle utilisait, il n’y avait aucun doute que la majorité des créatures des environs n’allait rien pouvoir faire face à elle.

Mais quelque chose clochait. Oui, ils trouvaient bien des créatures des environs … mais elles étaient mortes et d’après les traces, ce n’était pas des morsures ou des griffures, signes qu’elles s’étaient combattues entre elles.

« Hey, y a des traces de pas dans les alentours. Vous les reconnaissez ? »

C’était l’un des deux démons qui venait de poser la question, signalant les dites-traces à Elise et au reste du groupe. Aussitôt, le groupe se rapprocha mais en voyant l’inquiétude et la surprise se dessiner sur leurs visages, il osa demander :

« Qu’est-ce qui se passe ? Vous savez à quelle bête ça appartient ces traces ? »

« Oui, et ce n’est pas bon signe. Il faut absolument prévenir les autres ! On annule l’exploration ! Il faut que l’on se prépare ! »

« Mais attendez ! De quoi s’agit-il ?! » demanda le second éclaireur démoniaque, aussi perplexe que le premier.

« Des gnomolds ! Des gnomolds sont arrivés ! S’il est trop tard, le village mais aussi l’expédition sera en danger ! »

« On ne peut pas les considérer comme nos alliés, plus après ce qui vient de passer ! Les démons passent avant ces bêtes sanguinaires ! » s’égosilla un soldat après Elise, montrant bien qu’il était parfaitement en accord avec les propos de la femme aux cheveux auburn.

Rapide ! Il fallait être encore plus rapide ! Elle demanda si l’un savait utiliser correctement la magie du vent pour leur faire avoir une accélération, un soldat démoniaque signalant que oui, des lignes vertes apparaissant sur ses bras avant qu’il ne les pointe derrière lui.

Aussitôt, une petite bourrasque se fit sentir, emportant les cinq personnes avec elle, leur permettant de prendre une avance indéniable. Mais le plus important était d’arriver au village avant que les gnomolds. Il n’y avait aucun doute qu’ils allaient trouver ce dernier.

« Elise ? Vous êtes déjà de retour ? Mais tu es essoufflée. Vous êtes tombés sur un monstre plus fort que les autres ? »

« Gnomolds ! Des gnomolds vont arriver dans les environs ! »

« Mais qu’est-ce que… Attends, il faut prévenir Elen et les autres ! Il va falloir expliquer tout cela plus en détails, tu t’en doutes hein ? »

Elle allait expliquer ce qu’il fallait expliquer mais pour l’heure, il valait mieux que tout le monde se réunisse ! Avec le chef du village et les rares démons capables de se battre, voilà qu’ils étaient tous en cercle, Elise commençant à raconter ce qu’ils avaient trouvé.

« Il ne faut pas se faire d’illusions. Il y a des chances qu’ils soient sur notre piste. Et même si nous avons utilisé la magie du vent pou accélérer nos déplacements, ils seront sur le village au grand maximum dans la journée de demain. »

« Qu-Qu’allons nous faire ? » demanda le chef du village, tremblant de tout son être. « Nous ne sommes pas des combattants, vous avez très bien pu le voir, non ? Nous serons incapables de nous défendre. Même si nous connaissons pas ces créatures, la description que vous en donnez fait froid dans le dos. »

« Et vous faites bien de vous méfier. Je ne plaisante pas lorsque je dis que ces monstres sont terrifiants. Pour une obscure raison, ils haïssent plus que tout les démons. »

« Comment… Comment allons nous faire ? Qu’est-ce que nous pouvons faire ? »

« Ne vous inquiétez pas, je vais me répéter mais lorsque nous avons parlé d’une collaboration, ce n’était pas à sens unique. Et de toute façon, il y a de fortes chances qu’ils veulent juste nous retrouver mais aussi éliminer un maximum de démons. Donc… »

Donc… Il était aisé de savoir ce qu’ils allaient faire. La princesse démoniaque tapa dans ses mains. Tout le monde se tourna vers elle, attendant ses consignes. Rapidement, la magie était mise en œuvre, aidée par diverses fortifications. Les villageois les regardaient avec étonnement. Eux aussi étaient capables de magie, peut-être à moindre puissance mais bon…

« Je ne savais pas que nous pouvions utiliser la magie de cette façon. »

« Hein ? Comment vous faites alors pour vous défendre ? »

Elle posait une question relativement simple aux villageois mais elle sentait qu’à part s’armer avec quelques outils rudimentaires, ils n’étaient vraiment pas prêts. Bon ben, cela voulait dire une seule et unique chose : cours de rattrapage avec épreuve physique !

Et voilà. En moins de deux heures, les fortifications étaient installées, ils avaient même creusé des tranchées, préparer quelques pieux et autres. À bien y réfléchir, c’était même à se demander si ce n’était pas mieux protégé que l’avant-poste et… non, elle exagérait un peu.

Mais au moins, pour une défense de fortune, c’était déjà pas si mal que ça. L’autre composante qui restait inconnue par contre, c’était le nombre de gnomolds. Mais aussi comment allait réagir les villageois. Heureusement, elle pouvait compter sur les soldats, Elen et Royan au cas où. Pour la mère de Tery, elle s’occuperait de sa petite-fille, des femmes et des enfants du village. Oui, il ne fallait pas oublier son « aura ». Elle restait une femme issue de la noblesse, avec le charisme qui correspondait.

À l’horizon, ils pouvaient finalement voir les torches et les flammes des gnomolds. Ils étaient plus nombreux qu’elle ne le pensait. Une sombre pensée vint l’envahir : s’ils étaient arrivés jusqu’ici, cela voulait dire que les gardiens des portes à l’entrée de la grotte… Brrr ! Non, ce n’était pas le moment de penser aux morts !