Chapitre 1 : Donner la vie et la retirer

Chapitre 1 : Donner la vie et la retirer

« Ahhhh ! Ahhhh ! Crusaé ! Je … Je … Le bébé commence à … »

« Tu ne vois pas que je souffre aussi, Metsubi ?! AH ! Il faut aller prévenir … Que quelqu’un aille prévenir les médecins ! » s’écria Crusaé, son ventre ayant pris du volume depuis plus d’une demi-année. La jeune femme aux cheveux châtains était couchée dans un lit, serrant fortement la main de Metsubi qui était dans le même état physique et émotionnel qu’elle. Les deux femmes allaient bientôt accoucher.


Elles se trouvaient dans une chambre ressemblant à celle des hôpitaux. Depuis quelques jours déjà, elles ne pouvaient plus bouger. Une demi-année … Une longue demi-année qui s’était écoulée depuis la mort de Luculos. Et cela avait rapproché les deux femmes encore plus. Depuis le temps, elles étaient devenues inséparables. Enfin, au bout de plusieurs minutes, Déusia apparut, visiblement un peu irritée.
« Alors, c’est le grand jour on dirait bien ? » annonça-t-elle calmement.

« Si tu pouvais éviter … de faire une tête d’enterrement … Ah … Ah … » murmura Crusaé tandis que Metsubi ne faisait que serrer les dents, ne semblant guère pouvoir faire autre chose. Elle haleta, Déusia poussant un profond soupir.

« Je n’arrive pas à le croire … Je n’ai que deux mains personnellement ! Bon … Jéwaly ! »

Subitement, la jeune fille aux cheveux blonds fut téléportée, se demandant ce qui se passait. Elle regarda autour d’elle, poussant un petit cri de surprise en voyant Crusaé et Metsubi.

« Tu n’es pas là pour t’amuser, Jéwaly. Tu vas t’occuper de Metsubi tandis que je vais me charger de Crusaé. En même temps ? Vraiment … Vous êtes deux filles irrécupérables toutes les deux ! Jéwaly, je te parlerai par la pensée ! »

« D’a… D’accord … Je vais faire de mon mieux. » bafouilla la jeune fille aux cheveux blonds.

Bon … Alors … Il était temps de s’occuper de cette histoire une bonne fois pour toute. Elle allait se demandait ce qui allait se passer … avec eux deux … En un sens … Elle était quand même intéressée par la naissance de ces deux bambins.
« Crusaé ? Tu as besoin que je te fasse un détail de comment accoucher ? »

« Je sais qu’il faut inspirer, expirer … Je ne suis pas … STUPIDEEEEEEEEE ! »

« Ma … Madame Déusia … Il y a … Il y a une tête … » chuchota Jéwaly, rouge de gêne, ne s’étant pas attendu à faire une telle chose de toute son existence.

« Mais c’est normal, Jéwaly ! Crusaé, Metsubi est déjà en train de sortir l’enfant alors si tu peux te presser puisque vous avez si bien commencé ensembles. »

« T’essaye d’être drôle ou je rêve, Déusia ?! » hurla Crusaé en poussant de toutes ses forces. Ses doigts se plantèrent dans la main de Metsubi, les deux femmes gémissant en même temps, des larmes parcourant leurs visages.

Pendant plus d’une heure, les deux femmes poussèrent de nombreux cris proches de la souffrance et de la douleur alors que Jéwaly et Déusia s’attardaient à donner le maximum d’elles-mêmes. Puis enfin, des petits cris résonnèrent dans la pièce … ainsi que de nombreux murmures de l’autre côté des murs. Des murmures bien trop nombreux pour que cela soit seulement le hasard. Déusia poussa un grognement, se levant alors que Crusaé et Metsubi tenaient chacune un petit être entre leurs mains.

« Bon ! Pour les félicitations, vous attendrez demain, c’est compris ? » s’écria la femme au visage blanc, elle aussi semblant exténuée alors qu’elle ouvrait la porte avec violence.
Aussitôt, des pas s’éloignèrent à toute allure, signe que les personnes un peu trop curieuses venaient de s’enfuir en courant. Déusia se tourna vers Jéwaly, reprenant :

« Tu devrais aller te laver les mains aussi … Pour les cordons ombilicaux, je ne pense pas que vous voulez les garder, n’est-ce pas ? »

« Mais elle est mignonne ta fille, Metsubi. » murmura Crusaé en jetant un regard au bébé qui bougeait faiblement dans les bras de la jeune femme aux cheveux noirs.

« Il en est de même pour ton garçon, Crusaé. Je suis sûr qu’il deviendra un parfait jeune homme. » chuchota Metsubi avec tendresse, observant l’enfant qu’avait Crusaé dans ses bras. Les deux femmes s’observèrent longuement avant de se sourire. Elles étaient maintenant toutes les deux des mères … de jeunes mères.

« Bon, visiblement, c’est l’instant où vous devenez décérébrées … Je vais alors vous laisser tranquille. Reposez-vous bien et je ferai quelques examens plus tard. Jéwaly, puisque tu as l’air en admiration devant ces enfants, tu peux te charger de voir si Crusaé et Metsubi ont besoin de quelque chose, d’accord ? »

« D’accord ! » répondit avec joie la jeune fille aux cheveux blonds, se rapprochant des deux femmes avec un doigt tendu. L’enfant de Metsubi tenta de le prendre entre ses petits doigts boudinés tandis que Déusia observa la scène pendant quelques secondes.

« Vraiment … Je vous jure … Je ne sais plus quoi penser de tout cela. »

Elle quitta la chambre normalement, Crusaé ayant l’air soucieux alors qu’elle voyait Déusia. Elle se tourna vers Metsubi, la jeune femme aux cheveux noirs hochant la tête positivement comme si un message télépathique lui avait été transmis.

« Dites … Dites … Vous avez déjà décidé du nom que vous allez leur donner ? Je crois que oui mais vous n’avez jamais voulu le dire avant leurs naissances. »

« Oh … Bien entendu, Jéwaly. Tu veux être la première à les entendre ? » annonça Crusaé en souriant à la jeune fille aux cheveux blonds.
Celle-ci hocha la tête plusieurs fois à la suite, comme si elle était incontrôlable. Il fallait dire que c’était peut-être la première fois qu’elle pouvait assister à la naissance de deux enfants aux attributs à fort potentiel légendaire. Metsubi regarda Crusaé comme pour l’inciter à commencer à donner le nom de son enfant avant de donner le sien.

« Alors … Si tu veux tout savoir, ce petit bout de chou s’appelle Résirak. Ce n’est pas un joli nom ? Je trouvais que cela lui collait bien … Tu as vu ses petits yeux bleus ? »

« Ouiiiii ! Et il aura aussi des cheveux blancs ! Comme vous ? Enfin … Avant non ? » demanda Jéwaly alors que Crusaé hochait la tête.

« C’est exact … J’avais des cheveux blancs … à l’époque. Metsubi ? Tu veux bien donner le nom de ton enfant aussi ? Je suis sûre que Jéwaly sera heureuse de l’entendre. »

« Oh ? Le nom de ma fille ? Et bien … J’ai décidé de l’appeler Zérym. Je trouvais que ça lui convenait très bien. Ses petits yeux rubis iront très bien avec les cheveux noirs comme ceux de sa maman. » annonça Metsubi, passant un doigt sur les lèvres de son enfant.

« C’est joli comme nom … Dites … Je peux être la marraine ? Enfin … Si vous le voulez bien ? Si ça ne vous dérange pas … vraiment. »

« Je suis sûre et certaine que c’est ce que Luculos aurait aimé. » annonça Crusaé, se tournant vers Metsubi pour savoir si elle était d’accord. La Carchacrok répondit par l’affirmative à son tour, montrant par-là que c’était décidé alors.

Au moins, il y avait un peu de joie et cet événement allait mettre du baume au cœur de nombreuses personnes. Depuis la chute de Gégé ainsi que la mort de Luculos, le bonheur n’était guère présent dans l’Ultime Elément, loin de là même. D’ailleurs, malgré ce que l’on pouvait croire, certaines personnes étaient plus affectées que d’autres.

« Maintenant que j’en ai fini avec cet accouchement … enfin ces accouchements, je vais pouvoir me remettre au travail ! Ca ne peut pas attendre plus longtemps ! »

La femme aux yeux noirs et dorés et au visage blanc vint se positionner sur un tabouret capable de tourner. Elle observa les différentes éprouvettes et tubes devant elle, posant un doigt sur le sommet d’un tube avant de chuchoter :

« Personne … Personne ne doit savoir ce que je prépare … Cela sera une surprise pour tout le monde … Cela sera une surprise pour elle … Elle ne comprendra pas d’où le mal provient. »

Oui … C’était la seule chose qu’elle méritait. Une mort atroce et douloureuse. Voilà ce qui allait attendre celle qui était sa cible. Ah … Bon … Ce n’était pas tout, c’était loin d’être terminé … Très loin même. Elle se releva du tabouret, prenant une fiole.

« Bon … Ce n’est pas encore assez dangereux … Heureusement que les projets de Gégé étaient entre mes mains … Oui … Elle comprendra son erreur bien assez tôt. Elle regrettera ce qu’elle a commis comme acte. »

Elle éclata de rire dans la pièce où elle se trouvait. Isolée de toutes les autres, elle n’avait pas d’inquiétude à ce que l’on découvre par inadvertance qu’elle préparait. Ah … Ah … Ah … Elle récupéra deux éprouvettes en plus de la fiole, sortant une seringue avant de la remplir du liquide de la fiole. Elle déversa le liquide dans les deux éprouvettes, regardant les réactions chimiques qui s’y déclaraient avant de sourire, un sourire qui n’avait rien de bon à donner. C’était même tout le contraire. Elle voulait la faire disparaître … mais pour cela … Il fallait tout quitter … tout abandonner … tout oublier.

« Allons-y … Mon corps tiendra le coup … jusqu’à ce jour … Il ne reste plus que six mois avant que tout soit terminé … Ah … Bientôt. »

Bientôt, c’était cela qui permettait à son corps de supporter tout ce qu’elle faisait. Si elle n’avait pas eu le mental nécessaire, ni l’intelligence minimale pour un tel projet, elle aurait pu devenir folle. Ah ! Luculos était mort et pourtant, elle avait vu que Crusaé et Metsubi se soutenaient toutes les deux. Ces deux femmes étaient fortes, très fortes …

« Elles sont là … l’une pour l’autre. Elles se comprennent si bien toutes les deux. Comme si … Luculos n’existait plus pour elles. M’enfin … C’est juste mon imagination. »

Seulement son imagination. Elle n’avait plus à penser à de telles choses, même si elles étaient aussi horribles. Elle leva les yeux en direction du plafond. La pièce était complètement plongée dans l’ombre mais elle n’avait aucun souci pour voir. Bon … Il fallait continuer.

« Quel décor sinistre … Tu as entendu la nouvelle ? Crusaé et Metsubi ont accouché. »

« J’ai entendu … Je suis contente pour elles. Elles le méritent … après tout ce qui s’est passé. J’espère que leurs enfants vont bien. »

« D’après la petite Jéwaly, ça a l’air d’être parfaitement le cas. Ah … J’aimerai tant que tout s’arrange dans ce monde … Mais il y a encore beaucoup à faire. »

Deux jeunes femmes étaient en train de discuter. Deux femmes aux atours impressionnants. Il fallait dire que depuis ces derniers mois, elles avaient montré ce dont elles étaient capables auprès de Mistria. Sarila et Perrine étaient en-dehors du bâtiment de l’Ultime Elément, l’un des rares bastions encore debout pour combattre Arceus.

En face d’elles ? Le ciel était obscurci par les nuages et la foudre. Oui, de nombreux éclats de foudre se faisaient entendre quotidiennement. Sans que le monde soit sur le point de se détruire … Il n’y avait pourtant plus rien, plus aucune progression, plus aucune avancée.

« Le monde stagne … à cause d’Arceus, n’est-ce-pas, Sarila ? »

« Tu es capable de le savoir toute seule, non ? »

« Oh … Te fout pas de ma gueule, Sarila. T’as toujours été plus douée que pour ça. » répondit séchement Perrine avant de se retourner : « On ferait mieux d’aller voir Mistria si elle n’a pas quelque chose pour nous. D’ailleurs … Elle te voulait quoi Déusia ? »

« Rien de bien important … Juste prend quelques gouttes de mon sang. Une vérification pour être sûre que mon poison soit stable. Rien de bien dangereux quoi. »

« Mouais, désolée de pas être convaincue. Depuis la mort de Gégé et Luculos, elle est devenue un peu bizarre si tu veux mon avis. M’enfin, Mistria l’accepte dans l’Ultime Elément, c’est qu’il y a sûrement une bonne raison non ? Allez, on y va ! » termina de dire Perrine avant de rentrer à l’intérieur du bâtiment, suivie par Sarila.

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