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Chapitre 120 : Deux mondes différents

Chapitre 120 : Deux mondes différents

« Nous en étions sûrs ! Tu es son fils ! SON FILS ! »

« Il ne pouvait en être autrement ! C’était inscrit ! C’était gravé dans notre histoire que son enfant irait nous ouvrir les portes ! Au sein même de cette soi-disante capitale du monde, nous allons enfin pouvoir retourner à la surface ! »

Elise avait arrêté de s’en prendre à l’un des jumeaux, complètement immobile tandis que Manelena ne se préoccupait pas des deux hommes. Ses yeux étaient simplement rivés sur le corps de la jeune femme aux cheveux blonds. Ce corps ensanglanté, avec un trou imposant au niveau de la poitrine. Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ?

« TERY VANIAN ! » hurla t-elle avec rage en avançant d’un pas vif et rapide en direction du jeune homme, arme à la main. Malgré une faible hésitation, elle leva son épée pour chercher à l’abattre sur le torse de Tery, celui-ci ne se tournant pas vers elle. Seule sa main droite, recouverte d’une grise faite de pierre noire stoppa l’attaque.

« Manelena … Tu es là … Oui … Tant mieux. »

« TANT MIEUX ?! Ne me donne pas ce genre de paroles APRES CE QUE TU VIENS DE FAIRE ! TERY VANIAN ! TU M’AVAIS PROMIS ! »

« Je ne pouvais pas tenir une telle promesse. Pas si … cela allait à l’encontre de Père. J’ai finalement compris le sens de ses paroles. Je dois les respecter, Manelena. »

« NE TE FOUT PAS DE MOI ! Tu viens de tuer Elen pour un type dont tu ne connais rien ! A cause d’une voix dans ta tête ! Tu crois vraiment que je vais tolérer tes excuses ? Tu valais BEAUCOUP mieux que ça ! »

Encore une fois, elle n’hésitait pas dans le mouvement de sa lame. D’un geste vif, elle retira son épée de la griffe dans laquelle elle se trouvait, espérant bien entailler la main de Tery en même temps. Celui-ci la regarda avant de soupirer :

« Pourquoi est-ce que tu ne veux pas comprendre ? »

« Je n’ai pas à comprendre les pensées d’un traître. Je n’ai pas à saisir le mode de pensée d’une personne comme toi, Tery. »

« En un seul instant, tu as tout oublié entre nous, n’est-ce pas ? »

« TU as décidé de tout oublier ! De tout balayer d’un mouvement de la main comme si de rien n’était ! Tu es le seul responsable dans cette histoire, Tery Vanian ! »

Une nouvelle fois, la foudre vient envahir son arme vint envahir l’arme de Manelena mais elle rajoutait une sphère électrique au-dessus de la paume de sa main libre. Il n’allait pas pouvoir parer les deux et … Le visage de Tery était à quelques centimètres du sien.

« Je ne veux te faire aucun mal, Manelena. Il vaut mieux que tu arrêtes maintenant et que tu pars d’Omnosmos avec tous les autres tant qu’il est encore temps. »

« Pourquoi … Pourquoi tu t’en préoccupes maintenant ? Alors que tu l’as tuée ! »

« La … tuer … oui, c’est vrai. Elle a été tuée mais il fallait le faire. Tu devrais t’en aller. Prends Royan, Elen, Sérest et Séran avec toi. »

Pourquoi ces quatre noms ? Il manquait Elise et … Non. La jeune femme aux cheveux auburn était dans son dos ! Elle n’avait même pas remarqué sa présence alors que sa voix résonnait aux oreilles de Manelena :

« Tery … Nous devons y aller. Ils attendent notre arrivée. »

« J’arrive maintenant, Elise. Ne les faisons pas trop patienter. Manelena … »

« Elise aussi. Vous avez déjà tout oublié, n’est-ce pas ? C’est comme si ces derniers mois, non, dernières années pour toi, Tery. Comme si tout cela n’existait plus hein ? »

« Mes souvenirs ne sont pas effacés si c’est ce que tu penses en ce qui me concerne. Maintenant, tu te fais perdre un temps précieux. Je ne pense pas que nous nous reverrons. Si tel est le cas, je préfère te prévenir qu’il n’y a peu de chances que l’issue soit résolue de façon pacifique, Manelena. Adieu. »

« Je te corrige, Tery Vanian. Il n’y a AUCUNE chance. Ma priorité va être la sécurité de ta mère et de tes grands-parents ainsi que de mes compagnons. Tous ceux que tu abandonnes car tu as décidé de te laisser soumettre par une voix dans ton crâne. Tu es … pathétique. Comment est-ce que j’ai pu … me laisser atteindre par ça ? »

Le jeune homme s’immobilisa pendant quelques secondes. La griffe sur sa main droite disparu pour laisser place à la chair nue. Il glissa la main sur la joue de Manelena, s’arrêtant dans son geste avant de chuchoter :

« Je … déçois beaucoup … mais … je suis ainsi. Ma race … Mon sang … Mon être … Mon père … Tout est fait pour que je rejoigne l’autre côté. »

« Ne me touche pas … ou je vais te briser la main, Tery Vanian. Tu as décidé de me trahir. On ne me trahit qu’une fois. Je ne le permettrais pas une seconde. Disparais de mon champ de vision et ne revient plus jamais te présenter devant moi. Autant, je pouvais détester Elen sur de nombreux points, autant, la trahir de la sorte, je n’accepte pas. »

« D’accord, Manelena. » dit tout simplement le jeune homme en retirant sa main, les tremblements continuant de se faire sentir, les portes s’ouvrant derrière Tery.

« Tu ne cherches … même pas à te défendre ? A dire que tu as fait une erreur ? Peut-être qu’il serait alors possible de te pardonner. »

« Je n’ai pas à dire que c’est une erreur. C’était voulu et … » commença à dire le jeune homme en s’arrêtant. Elle cligna des yeux, comme si elle se demandait si elle était en train de rêver ou non. Tery était-il vraiment en train de pleurer ?

« Tery, ils nous attendent tous. On doit y aller maintenant. Ils sont déjà partis. »

« Je m’occuperais d’eux plus tard. Manelena, tu ferais mieux de partir avec le reste du groupe. Pour Royan, c’est mieux si tu ne le préviens pas. »

« Je ferais ce que je désire et non pas ce qui vous plaît, compris ? »

Il poussa un léger soupir avant de tourner le dos à la femme aux cheveux argentés. Un pas … puis un second … et un troisième. Ses yeux se posèrent sur le corps d’Elen comme pour l’étudier. C’était fini … à son sujet. Ses yeux se baissèrent en direction du sol. Sa main se plaça dans son dos, une griffe de pierre apparaissant subitement autour de celle-ci.
« Manelena, je ne veux pas me mettre en colère contre toi. Je n’ai pas envie de te faire du mal … alors, il vaut mieux pour chacun que tu arrêtes dès maintenant, non ? »

« Je suis la seule à décider à ce sujet. Je suis la seule qui choisit si je veux m’arrêter ou non. »

Dans la main griffue du jeune homme se tenait l’épée de Manelena. Celle-ci avait essayé de la lui envoyer dans le dos, sans réel succès. Il lâcha l’arme au sol, se préparant alors au départ alors qu’un infime espace était visible entre les portes démoniaques. Sombre, il faisait tellement sombre de l’autre côté.

« Traverse ces portes, Tery … et tu peux abandonner tout espoir de rédemption à mes yeux. Tu as intérêt à inscrire ça dans ta tête, COMPRIS ?! »

« Je … suis prêt à tous les sacrifices nécessaires dans une telle situation. »

« TU ME FAIS CHIER, TERY ! TU N’ES PAS SI FAIBLE POURTANT ! POURQUOI MAINTENANT ? POURQUOI ? Pourquoi … est-ce que tu pars maintenant ? Je te … forcerai à revenir de notre côté, Tery. Même si pour cela, ça soit en tant que cadavre. TU REVIENDRAS PARMI NOUS, TERY ! TU ENTENDS ?! JE TE TRAINERAI JUSQU’A MON ROYAUME ! »

Les dernières paroles de la reine de Shunter. Le jeune homme disparu dans l’obscurité en même temps qu’Elise, les doubles portes se refermant derrière eux. Pourtant, contrairement à auparavant, les visages démoniaques et gravés sur la porte brillaient au niveau des yeux. Ces portes pouvaient s’ouvrir d’un instant à l’autre.

« Elle … n’est pas morte. Elle n’est pas morte. »

Manelena tourna son visage vers la voix de Sérest. Celle-ci était comme épuisée et malgré le trou dans le tissu, elle était pourtant en parfait état. Il en était de même pour Séran. Ils étaient vivant tous les deux. Tsss …

« A cause de vous que Tery est dans cet état ! C’EST A CAUSE DE VOUS DEUX ! »

« Nous ne nierons pas notre implication … mais notre mort était normalement prévue. Pourtant, si le destin a voulu que nous soyons encore vivants, cela veut dire que dans le cas de Tery, il y a une infime chance qu’il puisse revenir. »

« JE ME CONTREFOUS DE CE QUE VOUS PROPOSEZ ! SAUVEZ-LES ! »

Elle désigna Elen et Royan, Séran se rapprochant de Royan avant de tendre ses mains. Les lignes de Zélisia brillèrent pendant quelques secondes, le mur de glace se brisant derrière eux, les voix inquiètes d’Ernold et des autres mages se faisant entendre.

« Tery ? Elen ? Manelena ? Où êtes-vous donc ? Prince Royan ? »

« Nous … sommes ici. » dit Manelena après quelques secondes. S’ils avaient brisé ce mur, ils n’avaient aucun doute sur leur position, non ? Royan commença à se réveiller tandis que Séran se dirigeait maintenant vers Elen. Séran était à ses côtés, soucieuse.

« Je vais tout faire pour la sauver … non. Les sauver. »

« Que veux-tu dire par là, Séran ? » demanda la femme ailée, un peu étonnée.

« Je vais les sauver, c’est tout ce qu’il y a à savoir pour le moment. »

« Elen ? Mademoiselle Elen ? Où est Tery et cette jeune femme servante ? Elise ? » demanda le vieux gnomold avant de demander aux mages d’épauler Séran pour soigner Elen.

« Tery et Elise sont de l’autre côté. Les portes démoniaques sont ouvertes. C’est ce que vous vouliez, n’est-ce pas ? D’ici quelques heures peut-être, des milliers de démons iront envahir la capitale. Vous feriez mieux de préparer le terrain et d’évacuer tout le monde. »

« Qu’est-ce que vous racontez là ? Attendez, on va d’abord soigner les blessés et ensuite … »

« Qui a fait ça à cette jeune femme enceinte ?! » s’exclama l’un des mages avec colère. « Heureusement que ce n’était pas plus bas sinon l’enfant serait en danger ! »

« … … … Quoi ? » dit Manelena après quelques secondes de silence, la zone ayant faite de même. Elle écarquilla les yeux, se tournant vers le corps inanimé d’Elen avant de se rapprocher de lui, demandant une nouvelle fois : « Est-ce que vous pouvez répéter ? »

« C’est pourtant pas difficile à comprendre. Cette jeune femme est enceinte de quelques mois, peut-être trois au grand maximum. Visiblement, son ventre le cache bien mais nos soins nécessitent de cibler deux personnes et à part ça comme explication. »

« Tery Vanian, espèce de … » commença à dire Manelena avant de se retenir d’insulter. Il n’y avait aucune chance qu’il soit au courant. Elen non plus d’ailleurs. Ils étaient tous les deux bien trop stupides. « Faites tout pour qu’ils s’en sortent, tous les deux. »

« C’est bien ce que nous comptions faire ! »

« Manelena, est-ce que tu peux te charger d’expliquer exactement la situation ? »

« Je vais le faire, je ne laisserai aucun détail. » dit la femme aux cheveux argentés qui avait bien plus de mal que prévu à se concentrer. Elen … allait avoir un enfant. Un seul d’après ce qu’elle avait compris. Sinon, les magiciens auraient parlé de plusieurs, non ?

« Nous ferions mieux de remonter. On va couper tous les accès, ça les ralentira. »

Tsss. Ils pouvaient faire tout ce qu’ils désiraient. Elle était toujours là, à regarder Elen. Elle était énervée, vraiment très énervée par la situation. Sûrement parce qu’elle savait qu’elle ne pouvait rien y faire et qu’elle n’avait repéré aucun symptôme chez Elen.

« Vraiment, dans quelle galère est-ce que tu nous fous tous, Tery ? »

Maintenant qu’elle était enceinte, ils allaient devoir surveiller le comportement psychologique d’Elen, surtout en vue du dernier événement marquant. Plus l’abandon du futur père par rapport à tout cela, ça ne sera pas simple.

Elle posa une main sur son propre ventre, comme pour le caresser avec une demie-indifférence. Avoir un enfant ? Une progéniture ? Un héritier ou une héritière ? Elle n’y avait jamais réellement pensé et n’avait pas envisagé d’y réflécir. Hum … Après ce que son père avait fait et aussi la mort de sa mère … ah …

« Manelena ? Est-ce que vous voulez bien nous expliquer alors ? »

« Je vais le faire, je vais le faire, tss … Je vous jure. »

« Merci beaucoup. Le plus tôt sera le mieux. Quant à Elen et le prince Royan, nous allons nous charger d’eux. Il est certain qu’il … »

« Elen restera avec moi et Séran. Nous allons nous occuper correctement d’elle et de son futur enfant. Dans de pareilles conditions, nous ne pouvons pas laisser notre fille ainsi. »

« Votre fille ? Depuis quand ? Je crois que pour notre lot de surprises, surtout très mauvaises, j’ai eut ma dose aujourd’hui alors … »

« Depuis le début. Cet enfant est le nôtre. Elen est notre fille … elle est la seule personne vivante à pouvoir posséder nos lignes en même temps. »

« Bien entendu, c’est logique et normal. Vous aimeriez que je dise ça hein ? Alors pourquoi ne pas le lui avoir dit auparavant ? Vous vous moquez encore de moi ? JE N’AI VRAIMENT PAS L’ENVIE DE RIRE AUJOURD’HUI ! »

Elle commençait à s’emporter et à s’énerver, devant déverser toute sa colère et sa rage. Pourtant, Sérest pointa une main vers elle, un vent glacial frappant la femme aux cheveux argentés en plein visage. Elle commença à ouvrir la bouche mais aucun son ne sortit de ses lèvres. Son corps trembla avant de se pencher en arrière.
Pourtant, il ne s’écroula pas subitement, loin de là. Son corps était comme maintenu au-dessus du sol, porté par le courant d’air jusqu’à finalement toucher doucement la pierre aux pieds des mages et du vieux Gnomold.

« Au final, il vaut mieux qu’elle se repose. Beaucoup trop d’émotions pour elle aujourd’hui. Nous nous excusons … Prince Royan ? Est-ce que vous vous … »

« Je crois que j’ai besoin de souffler moi aussi. Cela m’étonne de mademoiselle Elise mais bon … je vais tenter d’épauler tout le monde. Vous pouvez compter sur moi. »

« Prince Royan, n’en faites pas trop, d’accord ? »

« Il n’y a aucun problème à cela. Je vais bien, je suis juste un peu fatigué mais mes blessures sont complètement disparues. C’est tant mieux. »

Sérest comme Séran ne cherchèrent pas à l’interroger un peu plus. L’adolescent aux cheveux se dirigea vers Manelena, aidant un homme qui devait avoir la trentaine à soulever l’actuelle reine de Shunter. Ils n’avaient pas remarqué les grands-parents de Tery et la mère de ce dernier. Qu’est-ce qu’ils allaient penser quan ils allaient appprendre la vérité ?
Devant la tour des archimages, deux golems restèrent immobiles, comme deux gardes muets et silencieux. Ils avaient accomplis leur office et pourtant, la magie était encore ancrée en eux. Ils se retournèrent en entendant des bruits de pas, les mages s’arrêtant sur le coup.

« Des … Des golems ? Et c’est quoi ce celui de droite ? Avec ce sang et cette chair … et ces os ? Est-ce qu’ils vont nous … »

« Ils ont été crées par Tery. Normalement, ils sont innoffensifs mais par mesure de précaution, laissez-moi passer devant. Je pourrais me défendre au cas où. »

L’adolescent avait laissé Manelena aux mains des mages avant de se rapprocher des golems. Ces derniers ne bougèrent pas à son approche, n’ayant aucune réaction hostile. Pourtant, il sentait qu’ils étaient en train de l’observer. Après quelques secondes à réfléchir, il finit par faire un petit mouvement de la main, disant :

« Vous pouvez venir, c’est bon. Ils ne feront vraiment rien du tout. »

Même s’il ne restait pas totalement rassuré, n’avoir aucune confiance ne mènerait à rien. Lorsque ce fût le moment d’Elen en train de sortir, évanouie dans les bras de ses parents, les golems commencèrent à réagir.
Ils se placèrent de part et d’autre du groupe, avançant maintenant au même rythme que les autres. Bien qu’interloqués, les mages se demandant ce qu’il leur arrivait, tout le monde se mû pour se diriger hors de la capitale.

Le silence était de mise et nul ne cherchait à ouvrir sa bouche de peur de proférer quelques bêtises. Tout était calme … si calme et tranquille. Les créatures qui attaquaient la capitale n’étaient plus présentes maintenant. Comme si elles savaient que tout avait échoué.

« Elles cherchaient à empêcher l’ouverture de la porte. »

« Que faisons-nous de ces golems ? Si nous les attaquons par surprise, nous pouvons nous en débarrasser, non ? S’ils sont vraiment issus de Tery, il vaut mieux qu’ils ne restent pas avec nous, n’est-ce pas ? » dit l’un des mages, peu rassuré par la tournure des événements. « Surtout que maintenant, Tery est du côté des démons, non ? »

« Tant que rien n’est confirmé, on ne juge pas de la situation avec précipitation. » corrigea le vieux Gnomold, songeur par rapport à tout ça. Manelena n’avait pas eu tort dans ses propos. Ils avaient désiré cette situation … mais était-ce vraiment pour le mieux ?

Ailleurs, de l’autre côté des portes démoniaques, Tery et Elise marchaient avec lenteur. Une légère odeur de soufre se faisait sentir mais ce n’était pas cela qui allait les déranger. Pas maintenant, plus maintenant. Des râles autour d’eux, de la lumière artificielle causée par quelques végétaux et minéraux lumineux, voilà comment ils pouvaient se déplacer.

« Ils viennent vraiment de la surface. Ils viennent vraiment de là-bas ! »

« Ils sont déjà partis les prévenir ? Est-ce que c’est déjà fait ? Ils ont l’air … comme nous mais en même temps, ça ne semble pas … être pareil que nous. »

« Ils me donnent faim. Tu crois que je peux tenter de les manger ? »

« Essaie donc, espèce d’idiot, de dévorer les premiers Démons de la surface depuis des siècles voire des millénaires ! Je suis sûr que tout le monde te félicitera. T’en as d’autres des idioties du genre ? Que je sache si je me gêne pas pour te tuer et te bouffer avant les autres ? »

« Hey hey hey, je plaisantais hein ? T’en fait donc pas ! »

Des voix, des voix autour d’eux. Et des yeux rouges qui luisaient comme autant de paroles prononcées à leur encontre. Pourtant, le duo ne chercha pas à s’intéresser à ces êtres, se déplaçant comme s’il savait où il fallait se rendre. Finalement, après une bonne vingtaine de minutes de marche, ils arrivèrent à ce qui semblait être un sentier souterrain, bercé par de nombreuses lumières issues du plafond. Pourtant, même là, il ne s’agissait pas de trous dans ce dernier par lesquels la lumière du soleil pouvait filtrer.

« Vous êtes donc enfin arrivés ? Héhéhé. »

Les deux personnes s’immobilisèrent. Contrairement aux autres voix, ils connaissaient cette dernière. Il s’agissait tout simplement du grand prêtre. Celui-ci se tenait devant eux, blessé mais avec un sourire vainqueur au visage.

« On attendait plus que vous. Vous devriez me suivre. Ils sont impatients. »

Aucune réponse des intéressés. Le duo ne jeta qu’un simple regard sans émotion en direction du vieillard cornu aux yeux rouges. Celui-ci gardait le sourire, se retournant pour se mettre en marche, disant d’une voix amusée :

« Je vois, je vois, vous avez décidé de ne pas m’adresser la parole. Encore vos faux sentiments d’humain. Ne vous en faites pas, ça disparaîtra bien assez tôt. »

« Emmènes-nous plutôt aux autres au lieu de parler. »

« Oh … On se sent plus en confiance maintenant ? Pourquoi pas ? »

Comment faire confiance à un être comme lui ? Le jeune homme aux cheveux bruns serra son poing. Un bref regard vers Elise et il comprenait qu’ils avaient fait le même choix. Un bon ? Un mauvais ? Ils étaient les représentants de cette race maudite mais issus de la surface. Mais maintenant, ils retournaient dans le lieu dont leur race était originaire. Une race maudite. Une race bannie par les dieux. Il n’y avait plus rien qui les attendait en haut.

Chapitre 119 : La dernière clé

Chapitre 119 : La dernière clé

Le tout était de réussir à garder le contrôle de la situation. Il reste encore un sceau. Elen était déjà à la hauteur de Sérest et Séran, ses lignes de Zélisia et d’Alzar étant présents sur son visage et ses bras. Elle commençait à appliquer les soins sur leurs corps, cherchant à les sauver. Malgré qu’ils ne bougeaient plus, ils étaient encore capables de parler.

« Oh … Vraiment ? Malgré ce que nous avons fait, Elen ? »

« Vous avez sûrement des raisons ! De bonnes raisons mais pour le moment, taisez-vous pendant que je tente de vous soigner ! »

« Elle est vraiment spéciale … tu ne trouves pas, Sérest ? » murmura Séran avec lenteur, ses yeux clos. Tout autour d’eux, tout était étrangement calme après les nouveaux tremblements de terre, encore plus puissants que les précédents.

« Très … et elle aime son fils. C’est étrange comme histoire. »

« Même contre le Destin, on ne peut rien faire. Nous qui nous prétendions des Dieux. » continua de chuchoter Séran. « Mais un Dieu, c’est quoi ? Simplement un être avec plus de pouvoirs que les autres, rien de plus. »

« Des pouvoirs inimaginables … et pourtant … ah … Si nous nous en sortons, que faisons-nous, Séran ? Est-ce que tu en as une idée ? »

« Pas le moins du monde, Sérest. Pas le moins du monde. Je n’avais pas … prévu cela. »

« Alors, nous verrons en temps et en heure. C’est bien là ce qui nous attends. »

Les deux personnes se cherchèrent de la main, respirant fortement, leurs yeux toujours clos. Elen ne savait pas pourquoi elle faisait autant d’effort pour eux mais elle sentait que si elle n’accomplissait pas cela, elle allait le regretter à jamais.

« VOUS DEUX ! »

Manelena avait arrêté de se préoccuper d’Elen et du couple qui allait mourir, se retournant vers l’origine du cri. Elle eut un bref mouvement de recul de la tête en voyant Elise. Les cornes sur son crâne étaient aussi grandes que celle de Tery lorsqu’il était comme fou de rage. Et … il semblerait que c’était le cas de la jeune femme actuellement.

« POURQUOI VOUS VOUS EN ÊTES PRIS A LUI ?! »

« Hum ? Ah oui … Cette démone. C’est vrai. Elle est bien moins importante que Tery. Je l’avais complètement oublié. Que faisons-nous d’elle ? »

« Une démone en moins, cela nous fera un bon repas avant l’ouverture des portes. Eliminons-là. Des fois, ils envoient vraiment n’importe qui. »

« JE VOUS PARLE ! » hurla une nouvelle fois Elise alors que des flammes tournoyaient autour d’elle, prêtes à balayer tout sur leur passage.

Les flammes quittèrent Elise pour venir en direction des deux vieillards. Ceux-ci se positionnèrent côte à côte, de l’eau apparaissant comme un mur entre les flammes et eux. Pourtant, les flammes traversèrent l’eau avec aisance, les démons sautant sur les côtés pour finir par les esquiver, étonnés.

« Comment ? C’est … quoi cette puissance ? Même avec l’ouverture, elle ne devrait pas … »

« Comment veux-tu que je le sache hein ? Je n’en sais pas plus que toi à ce sujet. Maintenant, c’est sûr qu’on risque d’avoir un problème, là. »

« On fait quoi ? On tente vraiment de s’en débarrasser ? Car si on ne s’y met pas sérieusement, j’ai peur qu’elle arrive à nous tuer. Ça serait dommage de ne pas voir l’ouverture non ? »

Héhéhé. Les deux hommes se regardèrent en souriant. Ce n’était pas faux, pas du tout. Il valait mieux pour eux qu’ils luttent le plus possible. De toute façon, tout était en marche. Une personne ne bougeait plus depuis que le second sceau s’était brisé.

« Il suffit juste de patienter, n’est-ce pas, hein ? »

« Question de quelques minutes. Il est encore en train d’être torturé mentalement. Il est en train de l’appeler, hahaha. Ce n’est qu’une question de patience. »

Voilà que les deux hommes regardaient Tery. Celui-ci, immobile comme une statue, avait la tête baissée. Il semblait juger la situation ? Ou alors autre chose ? Difficile à savoir sauf pour les démons qui posaient à nouveau leurs yeux sur Elise qui avançait vers eux d’un pas rapide tout en s’exclamant :

« REPONDEZ-MOI, CLOPORTES ! »

« Cloportes ? Elle … est vraiment en train de penser que nous lui sommes inférieurs ? »

« J’en ait bien l’impression. Il ne faudrait pas trop lui donner d’espoir. Il semblerait que la reine de Shunter soit trop choquée elle aussi. Ces humains sont vraiment si faibles et ridicules dans le fond. TERY ! N’OUBLIE PAS D’ACCOMPLIR LA DERNIERE ETAPE ! »

Le jeune homme aux cheveux bruns ne vint pas réagir au cri, stoïque et immobile comme si de rien n’était. Manelena était juste en train de marcher vers Tery. Elle avait entendu leurs propos. Tery allait ouvrir les portes, n’est-ce pas ?

« Tery … Est-ce que tu entends ma voix ? Si c’est le cas, tu dois me répondre absolument : tu m’as fait une promesse, n’est-ce pas ? Ne l’oublie pas. »

« Je … Manelena. Il est à nouveau là. Je l’entends encore une fois. »

« Ne l’écoute pas, Tery. Tu dois te préoccuper seulement de ma voix et de rien d’autre. Tu comprends ce que je dis ? Uniquement ma voix, Tery ! Ne te soucie pas des autres ! Elen est trop occupée à soigner Sérest et Séran, Royan est blessé mais Elise va se charger de ces démons de pacotille. Je suis là pour toi, Tery. TERY ! » termina t-elle de crier avant de forcer son visage à le regarder, une main posée sous son menton.

« Manelena … Je te vois à peine. »

Les yeux rubis. Ils étaient presque vides d’expression. C’était à peine si elle y voyait une lueur dans le regard de Tery. Qu’est-ce que ces fichus démons avaient fait ? Il était encore possible de tout arrêter. Il fallait juste les éliminer. Elle retira sa main avant de dire au jeune homme :

« Restes ici, je vais m’occuper de ces types. Ca ne sera pas bien long. »

Cette fois-ci, la foudre n’émanait pas seulement de sa lame mais aussi de ses bras. Alors que les deux êtres démoniaques cherchaient à éliminer Elise, avec peu de réussite, Manelena dirigea sa lame vers le grand prêtre, la foudre quittant l’arme pour parcourir le corps de son adversaire, ayant parfaitement réussi à l’atteindre.

« C’est quoi ça ? La reine de Shunter ? Tu veux participer à la fête ? N’oublie pas où se trouve ta place ! On va vite te rappeler quelle est ta position dans ce monde ! »

Et pour cela, quoi de mieux qu’une petite démonstration ? Le grand prêtre dit quelques mots à son jumeau, celui-ci grommelant en déclarant qu’il allait faire de son mieux. Un anneau de glace se forma autour du grand prêtre, des pieux apparaissant tout autour, formant ce qui semblait être une roue gelée et pointue.

« Rendez Tery à la normale et peut-être que je serai clémente dans vos morts. »

« Clémente ? HAHAHAHA!Quel humour vous avez, chère reine de Shunter. Je vous pensais plus intelligente que cela. Vous auriez été une monarque remarquable pour Shunter, sûrement la femme dont le royaume aurait été le dernier bastion de la résistance contre les Démons. Dommage que la monarchie de Shunter va s’éteindre aujourd’hui. »

« Pour cela, il faudra réussir à me tuer, ce que tu n’es pas prêt d’arriver. »

Vantarde ! Vantarde ! VANTARDE ! Mais en même temps, il ne pouvait pas ignorer la menace que laissait paraître Elise. Cette démone était plus forte que prévue. D’où venait-elle ? Car il n’avait aucune idée de sa provenance.

« Depuis quand es-tu dans ce monde, démone ? » demanda l’Oracle, mettant un peu de distance avec elle. Entre deux manipulateurs des flammes, autant dire que le résultat pouvait très vite être explosif et chaleureux.

« Le seul démon ici, c’est toi ! TOI ET TON FRERE ! ET VOUS NE M’AVEZ TOUJOURS PAS REPONDU ! TOUJOURS PAS ! »

« Et que veux-tu que je te réponde ? Qu’il n’est qu’une plaie dans nos projets ? Un jeune prince ou plutôt roi de Traslor, qui voyage dans le monde pour tenter de régler les problèmes diplomatiques tout en étant bien entouré ? Et surtout, montrer qu’en étant accompagné d’une démone, il était possible d’avoir une amitié entre vos peuples et le nôtre ? Quelle blague ! Et tu t’emportes pour un être de cette espèce ? Tu es pathétique, jeune fille ! »

« VOUS NE TOUCHEREZ PLUS AU PRINCE ! JE VAIS VOUS EXTERMINER ! TOI ET TON FRERE ! VOUS ALLEZ PAYER TOUS LES DEUX ! »

Cette déferlante de puissance démoniaque. Ce n’était pas une démone ordinaire. Cette jeune femme était une démone issue de qui ? De quand ? Depuis combien de temps était-elle ici ? Tout d’abord, c’était la première fois qu’il en entendait parler. Son frère jumeau aussi. Cela voulait dire qu’il s’agissait d’une démone qui avait été envoyée après eux mais surtout sans même qu’ils ne soient prévenus de son arrivée.

« Tsss … Qu’importe, tu t’opposes à nous … tu es donc une cible et une plaie qui doit disparaître. Je n’ai pas à me préoccuper de tes origines. »

Et pour cela, il n’y avait pas de meilleure démonstration que de lui montrer qui savait mieux manipuler les flammes que l’autre. Commençant à prendre forme autour de ses mains, on aurait put croire que des têtes de chimère remplaçaient ses membres. Des têtes qui ouvraient leurs gueule, d’impressionnants souffles enflammées les quittant.

Pourtant, un cri rauque quitta les lèvres d’Elise, celle-ci ayant elle aussi la bouche grande ouverte, les flammes se faisant aspirer par la demoiselle aux cheveux auburn et aux cornes de bouc. Interloqué, l’Oracle fit un pas en arrière.

« Une maîtrise … complète des flammes. Au point de les absorber et de se soigner avec. Q… Qui es-tu réellement toi ? Tu ne devrais pas posséder de tels pouvoirs ! »

« JE SUIS ELISE ! ELISE ET PERSONNE D’AUTRE ! »

Et zut ! Comment est-ce qu’il se débrouillait à côté ? Manelena était peut-être la reine de Shunter, elle n’en restait pas moins une simple adepte d’Alzar ! Il ne devrait avoir AUCUN problème avec elle … normalement.

« Alors ? On commence à faiblir, n’est-ce pas ? Tu pensais vraiment que ton armure pitoyable arriverait à résister à mes attaques ? »

« Tu ne la boucles jamais, n’est-ce pas ? Si tu es si sûr de toi, qu’est-ce que tu attends pour venir t’en prendre à moi ? Tu n’as pas l’air rassuré par ma foudre. »

« Pourquoi devrais-je prendre le risque de me blesser pour une femme comme toi ? »

« Tery a au moins la décence de reconnaître quand une personne lui est bien supérieure. Toi, par contre, il semblerait que tu aies besoin de comprendre ta position, vieillard sénile. Tu mérites d’être remis à ta place. »


Elle savait que ce dialogue était plus que ridicule avec cet être mais qu’importe. Elle n’était pas là pour savoir si le ridicule tuait ou non, elle allait appliquer sa sentence sur cet homme. La seule chose qui l’importait, c’était la méthode pour y arriver. La foudre semblait être une parfaite idée mais elle se méfiait de l’arme qu’il avait utilisée. Qui lui disait qu’il n’en possédait pas d’autres et qu’il attendait juste le bon moment ?

« Tu es lente … très lente … n’est-ce pas ? Et pendant ce temps, sa résistance mentale s’atténue de seconde en seconde. Bientôt, le dernier sceau va tomber. »

« Si tu parles de Tery, il a mon entière confiance. Ce n’est pas la première fois. »

Un sourire victorieux se dessina sur les lèvres du démon avant qu’il ne disparaisse presque aussitôt. Un cri venait de se faire entendre et il était masculin. Son frère était en train de perdre contre une simple démone ?

« Tu en as pas encore fini avec elle ou quoi ?! »

« Je voudrais t’y voir ! Elle est pas d’une lignée normale ! Sa puissance n’a rien à voir avec les démons basiques que l’on trouve ! »

« Ne te fout pas de moi ! Essaie de le pousser à briser le dernier sceau alors ! Il est sur le point de craquer, ça se voit ! »

Les deux démons se chamaillaient et se bagarraient tandis que Tery restait stoïque. Immobile, comme si rien ne l’intéressait autour de lui. Il était là, les bras qui pendaient en direction du sol, lamentablement, comme dénué de vie.

« Elle est devant toi. Elle est ton ennemie. Elle est celle par qui tout va se passer. Il suffit juste que son sang coule … et le dernier sceau sera brisé. »

« Je ne blesserais pas Elen. Je ne la blesserais pas. »

« Qui te parle de la blesser ? Il faut la tuer, c’est différent, très différent. » continua de dire la voix en Tery, celui-ci hochant la tête négativement.

« Non … NON ET NON ! JE NE LE FERAIS PAS ! »

Son cri se fit entendre dans toute la pièce. Pendant un bref instant, Elise comme Manelena s’étaient arrêtées dans leurs attaques. Un instant où les démons tentèrent de prendre le dessus. L’Oracle avait décidé de changer de style dans son combat. S’il ne pouvait pas la blesser avec les flammes, alors il devait utiliser un autre élément !

« Que dis-tu d’un peu de roche, chère reine ? »

Des stalactites et stalagmites de pierre se présentèrent sur le sol et dans le plafond, Manelena restant pourtant imperturbable, yeux rivés sur Tery. Elle ne pouvait pas faire durer ça trop longtemps. Les jumeaux, malgré leurs blessures, semblaient pouvoir se battre encore des heures entières. De l’autre côté du mur de glace crée par Sérest, plus aucun bruit. Les monstres s’étaient calmés … ou étaient alors morts.

« Sérest ? Séran ? Est-ce que vous allez bien ? »

La voix d’Elen était si faible. Les soins demandés pour sauver les deux personnes l’épuisaient grandement alors qu’elle ne s’arrêtait pas pour autant. Normalement, elle en avait rien à faire de ce couple douteux qui n’hésitait pas à les mettre en danger et … pourtant … malgré ce qu’ils venaient de faire, elle tentait de les sauve.

« C’est étrange, Séran. Je n’ai plus cette impression de mourir. »

« J’ai le même sentiment, Sérest. Comment cela se fait-il ? »

« Nous sommes gardés en vie … par elle. Qui l’aurait cru ? »

« Alors que nous l’avons laissée seule pendant des siècles voire des millénaires ? »

« Nous ne méritons pas ces soins … surtout quand nous sommes responsables de sa future mort. Séran, je me sens vraiment mal. Est-ce que tu te sens mal ? »

« Je me sens très mal, moi aussi, vraiment très mal. Mais je pense que cela va bientôt changer. Nous allons corriger notre erreur par rapport à elle, n’est-ce pas ? »

« Oui … Nous la sauverons elle aussi, Séran. Faisons cette promesse à deux. »

« De quoi est-ce que vous parlez tous les deux ? » questionna Elen, haletante et en sueur alors qu’elle regardait les deux personnes au sol. Aucune n’avait ouvert les yeux mais si elles arrivaient à parler, c’est qu’au final, elles allaient s’en sortir.

« De rien, Elen. Tu peux maintenant nous laisser. Nous sommes en sécurité dorénavant. Grâce à tes soins, le destin a décidé de changer pour nous deux. »

« Mais maintenant, Sérest et moi, nous devon te laisser aller vers le tien. Nous sommes désolés, Elen. Tellement désolés … mais nous ferons tout pour en modifier une partie. J’espère qu’au fond de toi, tu nous pardonneras. »

« De quoi est-ce que vous parlez tous les deux ? » répéta la jeune femme aux cheveux blonds sans pour autant obtenir de réponse de leur part.
Elle se releva, poussant un gros soupir de contentement. Elle avait réussi, elle en était certaine. Malheureusement, pour les autres, ils allaient devoir se débrouiller seule. Elle ne comprenait juste pas pourquoi elle avait mis autant de difficultés à soigner les corps de Sérest et Séran. Etait-ce à cause de leurs véritables origines ?

« Il faudrait juste que j’ai un aperçu de la situation. »

Elle se chuchotait ces paroles à elle-même, se remettant debout, à côté de cette table en pierre noire. Malgré les cris et les attaques, elle s’était concentrée uniquement sur les soins, arrivant alors à ne pas se préoccuper des alentours mais maintenant …
Où était Tery ? Où étaient les autres ? Pourquoi est-ce que la première chose qu’elle voyait, c’était le corps de Royan couché sur le sol, du sang autour de lui ? Qu’est-ce qui … non ? Ce n’est pas de ça dont elle devait se préoccuper ! Enfin si ! Manlena ? Elle affrontait l’un des jumeaux ? Le grand prêtre. Et Elise ? Lorsqu’elle posa ses yeux sur la jeune femme aux cheveux auburn et aux cornes de bouc, un sentiment d’effroi vint l’envahir. Elle avait maintenant du mal à respirer, comme si elle étouffait et était oppressée. Cela ressemblait à ce qu’elle avait ressenti avec les portes démoniaques en face d’elle.

« Elle s’est énervée contre eux. Ils sont les responsables pour Royan, j’en suis certaine mais … où est-ce que … TERY ! TERY ! Où est-ce que tu es ? »

« Je suis là … Elen. » murmura faiblement une voix sur sa droite.

« Ah … Pfiou, tu m’as fait peur, Tery. »

La jeune femme aux cheveux blonds se tourna vers lui, faisant un grand sourire rassurant. Le jeune homme avait la tête baissée, ses yeux posés sur le sol tandis qu’il avançait inlassablement en direction d’elle.

« Elen … Elen … Elen … Tu es là, oui. Tu es vraiment là. »

« Bien sûr que oui, je suis là, Tery. Ah … Viens, nous allons aider Manelena et Elise. Tu as vu l’état de Royan ? Ça me préoccupe. Je ne comprends pas pourquoi Sérest et Séran ont fait cela mais il vaut mieux les avoir vivants que morts, tu ne crois pas ? »

Le jeune homme était arrivé jusqu’à elle, relevant son visage pour montrer ses yeux complètement rouges. Elle ne recula pas, faisant disparaître son arc brièvement. Tery avait besoin d’elle, lui aussi. Elle vient l’enlacer tendrement, la tête du jeune homme posée sur son épaule. Elle chuchota :

« Ne t’en fait pas, on ne laissera jamais personne te faire du mal. Tu es trop important pour nous tous, Tery. On a bientôt terminé toute cette histoire. »

« Elle … ne fait que commencer, Elen. Il me l’a dit. Je dois continuer vers ce chemin, Elen. Elen … Elen … Elen … Elen. »

« Tu ne dois pas écouter cette voix, Tery. Combien de fois faudra t-il te le répéter hein ? Comme on ne devait pas écouter Sérest et Séran mais bon, ce qui est fait est fait ! »

« Elen … Elen .. Elen … Je suis désolé mais tu dois mourir pour nous. »

« Mourir ? Tery, de quoi tu … »

Une main griffue traversa la poitrine de la jeune femme aux cheveux blonds, son sang se projetant sur la table de pierre noire. Tery la regardait, yeux vides d’expression mais pourtant larmoyant.

« Tu dois … mourir … Elen. Ton sang … il doit couler. »

« Tery, tu … » chercha à dire Elen, crachant du sang sur le visage du jeune homme. Les cornes de ce dernier avaient pris une allure plus terrifiante, s’étant allongées pour former deux longues spirales presque aussi grandes que le crâne de Tery.


Le sol, le plafond, toute la salle était pris de tremblements à un tel point que chacun s’écroula au sol, même les jumeaux démoniaques. Seul Tery était debout, sa griffe toujours insérée en Elen. La table s’était illuminée d’une aura noire alors que le jeune homme extirpait sa griffe, le corps d’Elen tombant sur le sol.

« Les portes ! LES PORTES DEMONIAQUES S’OUVRENT ! ENFIN ! »

« Après tant de siècles ! Après tant de millénaires, l’avènement des démons est arrivé ! » exulta le grand prêtre en réponse aux paroles de son jumeau.

Chapitre 118 : Le sang des dieux

Chapitre 118 : Le sang des dieux

« Manelena, on va aider Elen ! »

Il n’avait pas besoin de crier. C’est ce qu’elle comptait faire depuis le début même si le comportement de la jeune femme aux cheveux blonds était très irritant. Ce n’était pas une raison pour la laisser combattre seule deux êtres dont on ne connaissait rien en terme de pouvoirs. De quoi est-ce qu’ils étaient capables ?

La réponse ne tarda pas à se faire sentir et voir, l’Oracle ayant un sourire mauvais avant de faire un mouvement de la main devant lui. Sous la forme d’un halo, des flammes l’entourèrent jusqu’au niveau des épaules.

« Vois-tu, Elen, c’est avec celles-ci que j’ai ravagé notre orphelinat. Dire que je le préparais depuis des décenies. Néanmoins, il m’a servi de couverture. Dommage qu’après ta rencontre avec Tery, il ne me fût plus d’aucune utilité. Pauvre vieille aussi … Je ne me rappelle même plus de son nom sans aucune importance. »

« QUOI ?! » hurla Elen en même temps que Manelena soupirait, la voyant en train de bander plusieurs flèches en direction du vieillard.

« Elle se fait si facilement manipulée sur les sentiments. Enfin bon … »

« Il la connaît depuis qu’elle est un nourrisson. Il est normal qu’il sache au sujet de ses faiblesses. Il doit sûrement lui avoir parler de Liza. »

Liza ? Même si c’était bref, elle se rappelait du corps de la vieille femme. Il y avait aussi un message écrit avec du sang et …

« Elle était au courant. Cette vieille femme était au courant des agissements de l’Oracle et du grand prêtre ! » s’écria Manelena alors que Tery et Elen se tournaient brièvement vers elle.

« Comment ça, Manelena ? »

« Cette femme nommée Liza. Son message : Attention aux jumeaux démoniaques. Elle savait exactement ce que vous étiez ! »

« Oh … Depuis le début, depuis le début, les démons ont toujours réussi à attirer et charmer les femmes des autres « races ». C’est si simple de manipuler le coeur des femmes. Il suffit de quelques belles paroles, une part de mystère et voilà, le tour est joué ! »

« MONSTRE ! JE VAIS VOUS DETRUIRE ! »

« Oh … Elen … Elen … Elen … Tu ne comprends donc pas ? Tu es exactement dans le même cas. Tery Vanian joue avec tes sentiments mais pas seulement, il joue aussi avec ceux de notre chère reine de Shunter. Vous êtes deux femmes particulièrement stupides et naïves, malgré toutes les prétentions que vous pensez avoir. Oh … Pauvre petit Tery Vanian, toi aussi, tu as ta part de manipulation. Ta chère mère n’a servi qu’à t’engendrer. Tu ne le sais peut-être pas mais tu es le premier enfant démoniaque à naître de l’autre côté de ces portes depuis des siècles voire des millénaires ! »

« Les femmes sont des êtres si aisés. Il suffit de jouer à la marionnette avec elles et elles se laissent faire. Tu vois parfaitement de quoi nous voulons parler, Tery, n’est-ce pas ? »

« Ne me mettez pas dans le même panier que vous ! »

C’était à son tour de s’énerver et de s’emporter. Même s’il l’avait compris depuis longtemps pour sa mère et son père, il était hors de question qu’on insulte cette première ! Et il y avait aussi le fait qu’ils insinuaient qu’il jouait avec les sentiments d’Elen et Manelena.

« JE NE SERAIS JAMAIS COMME VOUS ! JAMAIS ! »

Il devait les attaquer mais maintenant, le Grand Prêtre avait crée un halo aqueux autour de sa personne. Pour des jumeaux, leurs éléments s’opposaient. Manelena ne tarda pas à envoyer la foudre issue de sa lame en direction du vieux démon aux pouvoirs liés à l’eau. Le grand prêtre envoya un projectile en métal ressemblant à une pointe, celle-ci attirant l’électricité autour d’elle alors que l’arme partait vers Tery.
Le jeune homme aux cheveux bruns posa rapidement une main sur le sol, créant un mur de pierre juste au moment où le projectile s’enfonça dans le mur. Il fit une roulade en arrière, le mur explosant en morceaux, de l’électricité parcourant l’espace entre lui et les deux vieillards démoniaques. Un piège ? Il n’avait jamais vu ce genre d’armes auparavant !

« Tu sembles un peu étonné, n’est-ce pas ? Pourtant, là d’où nous venons, ce genre d’ustensiles est si fréquent et bien plus intéressant que tout ce que vous avez dans ce monde. »

« Je ne compte pas vous pardonner ce que vous avez dit sur ma mère et sur cette vieille femme. Il ne faut pas espérer que vous vous en sortiez. »

« Pour l’instant, je n’entends que des paroles mais je ne vois rien. »

Ça n’allait pas tarder ! Il devait juste réfléchir à la meilleure méthode pour être sûr et certain de prendre l’ascendant sur eux. Comment est-ce que ces êtres combattaient ? Le grand prêtre avait différents objets qui lui permettaient de prendre l’ascendant malgré ses faiblesses élémentaires. Enfin, même si dans tout ça, en tant que démons, ils n’avaient pas vraiment de faiblesse, juste un élément qu’ils maîtrisaient.
Manelena aussi pouvait être surprise par l’acte de son adversaire. Celui-ci avait réussi à éviter avec une certaine aisance la foudre qu’elle lui avait envoyée. Quant à Elen ? Elle observait les lieux, ses flèches prêtes à quitter l’arc pour toucher ses cibles. Mais pour le moment, rien n’était fait.

« Vous n’osez pas vous rapprocher de nous ? Nous allons vous aider à cela. N’ayez pas peur, nous ne mordons pas … même s’il s’avère que dévorer la reine de Shunter peut être un plat des plus succulents. »

Le jeune homme écarquilla les yeux avant de disparaître de leur champ de vision. Lorsqu’il réapparût, il était à leur niveau, chacun ayant une main dirigée vers leurs corps. Malgré les halos, il ne semblait pas craindre ces derniers alors que ses griffes de pierre quittaient ses mains, traversant les flammes et l’eau pour pousser en arrière les deux démons.

« Et ce n’est que le début. Vous vouliez que l’on joue ? On va jouer, vous et moi. »

Ne pas leur laisser la possibilité de se redresser. Ils étaient contre un mur ? Il devait en profiter ! Il tenta de créer des mains de pierre en posant les siennes sur le sol mais rien ne se produisit. Sa magie était devenue inefficace ?

« Allons, allons. Tu penses modifier le terrain comme si de rien n’était ? Si c’était aussi simple, ces portes seraient ouvertes depuis longtemps, tu ne crois pas ? Ou alors, une autre issue se serait faite. D’ailleurs, dès l’instant où ces portes s’ouvriront, d’autres entrées feront de même, dans le monde entier. Ce jour est celui de l’avènement de notre race et tu sais quoi, Tery ? Tu seras celui qui en sera responsable. Tu ne peux pas lutter contre ton sang. »

« Je suis le seul à décider de ça et … »

« Tery ? Manelena ? Elen ? VOUS ÊTES LA ? » cria une voix masculine facilement reconnaissable. Sans pour autant se détourner du combat, Manelena lui répondit que oui, des bruits de pas se faisant entendre maintenant.

« Ah … Pfiou … Personne n’arrivait au sommet donc nous sommes descendus. On a visiblement bien fait on dirait et … Ils sont là ? »

L’adolescent aux cheveux bleus avait posé ses yeux sur les deux vieillards, se plaçant discrètement devant Elise pour qu’elle ne soit pas influencée ou autre par ce qui se passait. Deux personnes se présentèrent derrière le duo, la voix de Sérest résonnant :

« Tout le monde est présent visiblement. C’est une bonne chose. »

A ses côtés, son mari était présent tandis que les deux démons ne souriaient plus. Ils observaient la femme ailée et son imposant mari avec dédain. Visiblement, ils n’appréciaient pas cette double apparition. Surtout que maintenant, ils étaient sept contre deux.

« Vous pouvez être aussi nombreux que vous le voulez, ça ne changera rien du tout. »

« Nous allons très vite voir cela. Elise, j’ai juste une question : comment est-ce que tu vas ? » questionna Tery tout en faisant quelques sauts en arrière pour retourner auprès des autres. Etonnée de la question, elle répondit :

« Je vais bien, du moins, je crois ? Pourquoi cela ? »

« Pas de migraine ou autre ? Tu es certaine à ce sujet ? Si c’est pas le cas, tant mieux. »

« Rien de rien. C’est même étrange. La première fois, j’avoue que j’avais mal au crâne mais là, pour le coup, je n’ai rien du tout. »

Oui, c’était étrange. Comme il n’avait aucune explication raisonnable à donner, il préférait alors se taire. Ah … Mais ils étaient sept contre deux et il savait qu’avec les pouvoirs de chacun, ces jumeaux n’allaient pas tenir très longtemps.

« On va stopper leur projet à ces vieillards ! Balancez tout ce qu’il faut ! »

Il devait prendre les commandes du groupe, ordonnant à chacun de lancer ses points forts sur ses adversaires. Néanmoins, il demandait aussi à Elise de surveiller Royan. Malgré tout ce que l’on pouvait dire, il fallait juste avouer que l’adolescent restait la personne la moins puissante dans les environs. C’était toujours très laid à apprendre mais …
Le jeune homme aux cheveux bruns ne se préoccupait plus de ça. Il devait juste rester concentré sur le combat. Un souffle aqueux passa à côté de lui, traversant la pièce pour tenter d’éteindre l’halo de flammes dans lequel le vieux démon s’était insinué à nouveau. Malgré tout cela, malgré les différentes attaques, ils semblaient tenir bon.
Et surtout, ils se préparaient enfin à contre-attaquer. Auparavant, à part cette étrange dague, il n’avait rien fait en leur direction mais tout ça allait changer. L’halo de feu commença à se mouvoir en même temps que celui d’eau, les deux cylindres élémentaires se réunissant, provoquant un épais brouillard dans la pièce.

« Vous nous voyez ? Vous ne nous voyez plus, maintenant. »

« Ca ne changera rien sur ce qui vous attends à tous les deux ! Préparez-vous tout simplement à mourir et ça sera beaucoup plus simple pour vous au lieu de souffrir ! »

« Des paroles bien exagérées. Que penses-tu de cela ? »

Hum ? L’air était en train de se rafraîchir, n’est-ce pas ? Le jeune homme aux cheveux bruns regarda ses compagnons. Certains commençaient à grelotter, surpris par le froid tandis que Tery observait les environs. Ce n’était pas vraiment ce à quoi il s’attendait, il devait se l’avouer. Ce n’était pas … une bonne chose. Mais à part le froid, il n’y avait rien à craindre, non ? Des pics de glace sortirent du sol mais aucun ne vint le toucher.

« Si vous pensez vraiment que ça suffira, vous vous trompez. »

« A nous d’en juger, Tery Vanian. Peut-être que cette surprise sera plus déplaisante que tu ne le crois pour ta propre personne. Néanmoins, nous avons besoin de toi en tant qu’être vivant. »

« Et vous pensez vraiment que je vais continuer à me laisser faire ? Mais vous plaisantez, n’est-ce pas ? N’espérez rien de ma part ! »

« Tu n’auras pas le choix. Ils sont arrivés … ce qui veut dire que malgré toute la haine que nous leur portons, le second sceau des portes démoniaques va très vite se briser. Ce n’est plus qu’une question de minutes. Tu n’entends pas les cris dehors ? »

Les cris dehors ? Il ne devait pas se préoccuper de cela, surtout que pour le moment, la voix démoniaque dans sa tête se taisait. A ce sujet, c’était étrange, vraiment très étrange. Il ne l’entendait plus alors qu’il était si proche des portes démoniaques.

« Maître … Adieu. Content d’avoir servi … maître. »

Ce n’était pas la voix à laquelle il s’attendait. Comme si cela l’affectait personnellement, quelques secondes plus tard, il plaça une main sur son coeur, déglutissant. Il savait ce que ça voulait dire : l’un de ces golems voire les deux étaient maintenant morts.

« Je ne sais pas pouquoi je suis aussi triste. »

C’est vrai. Ce n’était que des golems et pourtant, ça ne changeait pas le fait qu’il se sentait malheureux. Est-ce que le fait d’entendre leurs voix maintenant … influençait sur son mental. Soudainement, une explosion se produisit, puis une seconde et une troisième.
Secoué de partout, il s’écroula au sol, formant un petit dôme de pierre en attendant que tout soit terminé. Patientant une dizaine de secondes après la dernière secousse, il ressortit de sa cachette pour voir les environs. Le brouillard s’était relevé et du sang parcourait les murs et le sol. Même si ce n’était que très peu, cela voulait dire que quelqu’un était blessé. Des hurlements se firent entendre dans son dos, en direction des escaliers mais un épais mur de glace mélangée à de la pierre bloquait l’issue.

« Personne ne viendra interférer dans ce combat, Tery. » déclarèrent Sérest et Séran devant le mur alors que celui-ci était déjà parcouru par de nombreux tremblements. De l’autre côté, il y avait visiblement plusieurs monstres qui tentaient de le briser.

« Merci mais je ne sais pas … peut-être qu’il aurait mieux valu avoir des renforts, non ?

« On ne peut pas prendre le risque ces monstres nous attaquent aussi, Tery. »

Bien entendu mais quelque chose n’était pas rassurant. Il avait le sentiment infime que quelque chose le dérangeait mais il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus. En même temps, pourtant, il remarquait que le sang sur le sol et les murs était celui des deux vieux démons. Même si les blessures étaient ridicules, ressemblant plus à des égratignures, ils avaient été touchés … mais par quoi ?

Il obtint la réponse en regardant Royan qui avait tendu la main droite vers eux. Sa main gauche posée sur le bras, il avait réussi à les cibler mais comme Tery s’était caché, impossible alors de connaître le sort utilisé. Tout ce qu’il remarquait, c’est que les deux démons étaient mécontents, très mécontents.

« On ne se méfie jamais assez des êtres plus faibles que ça. Il faut que l’on fasse attention avant que ça ne dégénère, n’est-ce pas ? »

« On va aller tout de suite le calmer pour qu’il comprenne qu’il n’a pas sa place en ce lieu. »

« Prince Royan, mettez-vous derrière moi. Ils vont tenter de vous focaliser. » s’exclama Elise avant de positionner devant l’adolescent comme pour le protéger. Bien que cela pouvait paraître ridicule, le prince de Traslord s’exécuta tout en soufflant un simple :

« Merci, mademoiselle Elise. Je compte sur vous. Cela m’a un peu exténué de manipuler cette brume pour contrer leurs pouvoirs. »

« Je le sais bien … et même si cela n’avait pas été le cas, je vous aurais quand même invité à ne pas vous éloigner de moi, pour votre sécurité. »

« On ne vous dérange pas trop, les deux tourtereaux ? » demanda Tery avec une petite pointe d’ironie amusée en les regardant tous les deux.

Une autre raison pour pousser tout le monde à s’en sortir. Il fallait que certaines relations se concrétisent pour le meilleur de tout … et surtout pas pour le pire. Lui-même avait des choses à expliquer et exprimer par rapport à la situation.

« Tsss, je n’arrive pas à croire que nous soyons obligés d’en arriver là. » murmura le grand prêtre, toujours avec un sourire aux lèvres.

« Ils sont tous les deux prêts. Néanmoins, ils ont l’air de s’amuser de la situation. HEY VOUS DEUX ! VOUS NE PENSEZ PAS QUE CELA A TROP DURE ?! »

A qui est-ce que les deux démons s’adressaient ? Tery étudia leurs yeux rubis comme les siens. Ils ne se focalisaient pas sur lui ou Elise. Donc, c’était déjà très simple, il n’y avait que deux personnes qui étaient éloignées des des deux petits groupes formés.

« Vous deux, là, à toujours vouloir tout diriger, tout manipuler comme si vous étiez au-dessus de la masse hein ? Vous savez parfaitement que ces portes ont besoin de vous ! »

« Alors qu’est-ce que vous attendez ? Ils sont tous en position, ça n’attend plus que vous. Vous pourriez vous dépêchez, non ? »

Il n’y avait plus de combat. Celui-ci avait tourné court au moment où les deux démons parlaient maintenant avec Sérest et Séran. Le couple si particulier se regarda pendant quelques secondes avant de se mettre à avancer, passant entre les deux autres petits groupes pour se retrouver au centre de la pièce, là où tout se trouvait.

« Ah … Je vous jure. Ils sont très mal éduqués, Alzarette. »

« Je le sais bien, j’en suis désolée, Zélosor. Mais c’est ainsi qu’ils ont été crée et je me dis que parfois, une bonne leçon leur ferait le plus grand bien. Est-ce que tu es prêt ? »

« Je le suis bien que je sens que ça ne sera pas vraiment très plaisant. »

« Ça n’a jamais été fait pour. Ça sera un aller sans retour. Tu penses que nous devrions lui dire quelque chose ? C’est la première fois que nous la voyons malgré tout ce temps.

La femme ailée se tourna vers Elen, lui souriant doucement. La jeune fille aux cheveux blonds rougit faiblement, sans comprendre pourquoi elle réagissait ainsi. Elle baissa la tête, un peu honteuse, comme prise en défaut pour un acte dont elle ne savait rien.

« Il vaut mieux éviter dans une telle situation. Cela ne ferait qu’aggraver cette dernière. Elle nous rejoindra très rapidement. »

« Ce n’est pas faux .. mais j’ai le sentiment que ça ne sera pas le cas justement. Zélosor, depuis quand est-ce que tu es devenu aussi pessimiste ? »

« Sûrement depuis des millénaires. Nous allons corrige nos erreurs du passé mais ce qui va les attendre ne sera pas aisé. »

« Nous devrions être à leurs côtés mais seul le destin le décidera. Allons-y. »

« Tery. Il faut qu’on les arrête. Maintenant. Et vite ! »

Trop tard. Ce fut beaucoup trop tard alors que les deux amants venaient tout simplement de se loger une lame dans le ventre. Une magnifique lame tachée de sang maintenant. Le sang qui se déversait au centre de la pièce, sur cette fameuse table noire qu’Ernold avait demandé à ce que Tery ne touche pas.

« Bien, bien, bien .. Vous êtes vraiment deux dieux pathétiques, vous le savez ? »

« Nous corrigerons simplement les erreurs du passé. Cela n’a rien à voir avec vous deux. Nous n’avons qu’un seul regret … » murmura Sérest avec lenteur.

« Ne vous inquiétez donc pas, elle va bientôt vous rejoindre ! » s’exclama l’Oracle avec une pointe de démence dans la voix, la double porte de pierre noire s’illuminant en plusieurs endroits, là où des visages de démon étaient présents.

« Tery … Il faut aller les aider ! Tery ! »

Elen criait, sans réelle raison avant de courir vers les deux corps ensanglantés qui tombaient au sol. Elle ne savait pas réellement pourquoi mais elle ne pouvait pas les laisser mourir. Et Tery qui restait fixé sur la double porte. Il reçu une petite tape dans le dos de la part de Manelena, comme pour le faire réagir.

« Qu’est-ce que tu fous, Tery ? Si on ne stoppe pas ces deux foutus démons maintenant, il sera trop tard pour que l’on puisse les arrêter ! »

Pourtant, le jeune homme continua de ne pas lui répondre. D’un geste des plus violents, elle le frappa du poing comme la précédente fois. NON ! Il n’allait pas se laisser abuser par cette voix dans sa tête ! PAS MAINTENANT !

« TERY ! Je te rappelle que toi et moi, nous avons quelque chose de prévu et … »

« Prince Royan ! S’il vous plaît, non ! Pas vous ! »

Quoi encore ? Manelena se tourna vers Elise, ayant entendu son cri. D’où viennent ces lames de sang plantées de toute part dans les bras et les jambes du prince ? Celui-ci s’écroula au sol, hoquetant et pris de soubresauts.

« Et voilà, nous sommes enfin débarrassés des insectes. Comment est-ce qu’un être ne possédant aucune ligne spécifique a pu survivre jusqu’ici ? »

La zone tremblait. La pierre du plafond s’effritait en même temps que le mur de glace empêchant la sortie se fissurait. De l’autre côté, les cris étaient moins nombreux mais ce n’était pas ça. Une aura démoniaque se fit ressentir, encore plus forte que les précédentes. Dans tout Omnosmos, on pouvait ressentir cette déferlante ténébreuse. Un nouveau sceau s’était brisé … il n’en restait plus qu’un seul.

« Si je ne m’en sors pas … non. Je ne dois pas penser à ça. » murmura Manelena. Elle était la seule encore capable de réagir correctement dans cette situation.

Chapitre 117 : Les jumeaux

Chapitre 117 : Les jumeaux

« Où est Tery ? » demanda la femme aux cheveux blonds après une bonne quinzaine de minutes. Elle avait confiance dans les capacités de Tery pour se défendre mais même ainsi … il mettait anormalement du temps.

Peut-être qu’elle devait redescendre ? Ou alors qu’il était déjà monté à l’étage supérieur en pensant qu’elle en avait terminé ? A qui est-ce qu’elle voulait faire croire cela ? Si elle se posait la question, c’était uniquement car elle avait peur que Manelena ait rejoint le jeune homme là-bas, rien de plus, rien de moins !

« Mais je ne me laisserais pas faire. Elle va voir … »

Elle n’était pas la première fille qu’elle allait tout simplement mettre en garde. Enfin non, Manelena était parfaitement au courant que ça ne pouvait pas se passer comme ça. Elle n’était pas le genre de demoiselle à rester là sans rien faire ! Maintenant qu’elle avait remarqué qu’il n’y avait personne à cet étage sauf des créatures dont elle s’était très vite occupée, elle retourna aux escaliers.

« En … bas … En haut ? En bas ou en haut ?! »

RAAAAAAAAAAAH ! Elle était trop énervée pour une raison complètement stupide et elle le savait. Elle se dirigea vers le second étage. Lorsqu’elle verra Manelena, elle comptait bien lui dire ce qu’elle pensait de tout ça ! Mais pour ça, il fallait déjà la retrouver. Elle grimpa deux par deux les escaliers qui menaient au second étage.

« Hum … Tery en met du temps. C’est étrange, vraiment très étrange. »

Elle sait que parfois, il n’est pas très débrouillard mais à ce point ? Non, quelque chose clochait. Elle se débarrassa d’un monstre quadrupède ressemblant à un singe recouvert d’une fourrure bleue mais aux griffes acérées. Dommage pour lui mais il avait très rapidement perdu la tête car elle en avait que faire de ce macaque. Elle se dirigea vers la série d’escaliers. Les autres pouvaient aisément s’occuper de leurs étages. Elle allait retrouver Tery et vite régler cela une bonne fois pour toutes.

Mais bon … Mais bon … Elle n’était pas encore sortie d’affaire. Lorsqu’elle arriva devant les escaliers, elle s’immobilisa pendant quelques secondes en entendant des bruits de pas assez rapides. Néanmoins, son oreille avisée l’empêcha d’être déçue lorsqu’elle remarqua Elen qui se présenta dans les escaliers.

« Visiblement, Tery n’est pas venu avec toi. Où est-ce qu’il se trouve ? »

« C’est à moi de te poser la question, Manelena ! Je peux savoir pourquoi tu es ici ?  Et où est-ce que Tery est ? Je veux savoir ! »

« Est-ce que tu le vois à mes côtés ? Je ne pense pas donc non, je ne sais pas où il est. Et s’il n’est pas à ton étage ni au mien, soit il a continué de grimper dans la tour sans même nous attendre. Dans tous les cas, il n’est pas ici. »

« Pfff … Où est-ce qu’il a été ? » marmonna Elen tout en ignorant Manelena maintenant.

Ca ne servait à rien de se préoccuper des autres. Ils étaient capables de se débrouiller seuls ! Elen commença à descendre les escaliers, ayant remarqué que Manelena avait déjà fait cela, sans s’intéresser elle aussi à l’autre femme.

« Je peux savoir ce que tu fais ? Il faut monter, d’après ce qu’à dit Tery ! »

« Je ne vois pas Tery. Il a peut-être eut un problème au rez-de-chaussée. Ca ne sert rien d’aller aux étages supérieurs si nous ne sommes pas tous réunis. »

« Tu peux aller en haut prévenir les autres. Ce qui concerne Tery ne concerne que moi, Manelena. Avec ton rôle de reine, les simples sujets de ton royaume ne sont pas sensés t’importer un tant soit peu. »

« Ce que tu baragouines ne m’intéresse pas, Elen. J’ai beaucoup mieux à faire que de chercher une nouvelle dispute avec toi. »

« Et pourquoi est-ce que tu penses que nous nous disputons ? Pourquoi est-ce que tu crois que je te fais cette remarque ? Tu n’en as pas une petite idée ? »s

« Oh que si. Et si tu savais … » dit la femme aux cheveux argentés avec une petite pointe d’ironie alors qu’Elen se plaçait devant elle aussitôt, son arc à la main.

« Si je savais … quoi ? Qu’est-ce que j’ai à savoir exactement ? »

« Oh, rien de bien spécial. Je ne pense pas que cela soit très intéressant que tu l’apprennes. Tery est assez grand pour te l’expliquer. Mais dans le fond, à te comporter comme tu es actuellement, c’est parfaitement compréhensible de sa part. »

« Qu’est-ce que tu es en train d’insinuer ?! »

« Je n’insinue rien du tout. Je ne fais que constater. Maintenant, si tu veux bien … ou que tu ne le veuilles pas, je dois descendre retrouver Tery. J’ai un mauvais pressentiment à son sujet et je n’ai pas l’impression que ce sentiment va s’atténuer pour les prochaines heures. »

Elle n’allait pas déclarer qu’elle était inquiète envers le jeune homme. Il suffisait de voir la petite lueur de folie dans les yeux d’Elen pour comprendre parfaitement qu’une parole de travers suffirait à lui faire perdre la raison.

« Juste parce qu’il s’agit de Tery. La prochaine fois, tu ne t’échapperas pas, Manelena. »

La prochaine fois ? Il n’y aura pas de prochaine fois. Tout était déjà joué d’avance. Ce qu’Elen pensait comme acquis ne l’était jamais réellement. Elle pensait que si tout était aussi simple que ça, tout irait dans le meilleur des mondes ? Candide, elle était beaucoup trop candide et elle ne le comprenait pas.


Au rez-de-chaussée, aucune trace de la part de Tery. Il y avait bien quelques corps de mages mais aussi de quelques créatures mais Tery ? Rien du tout. Hum … Ce n’était pas bon, pas bon du tout. Des affrontements avaient eut lieu, difficile de les ignorer mais ce n’était pas ça qui était inquiétant. Pas du tout. Hum … Peut-être que …

« Les escaliers vers les portes démoniaques. Ils sont tachés de sang ! »

Elen s’exclama avant même que Manelena ne puisse jeter un œil. Bien entendu, Elen était peut-être cinglée par moment, ça ne changeait pas sur le fait qu’elle était loin d’être stupide comme femme. Surtout dès qu’il s’agissait de Tery.

« Ce n’est pas bon signe, Elen. Tu peux attendre ici ? Ne descend surtout pas. Je vais aller chercher les autres avant qu’il ne soit trop tard ! »

« Il est peut-être déjà trop tard, Manelena ! Je ne vais pas rester là sans rien faire non plus ! »

« Hmm …. » marmonna l’actuelle reine de Shunter. Quoi faire ? Quoi faire dans cette situation ? Elle envisageait les différentes possibilités mais elle ne se faisait pas d’illusions. Aucune n’était parfaite malheureusement. « Soit nous y allons toutes les deux pour prévenir les autres, soit nous descendons toutes les deux. Je ne peux pas te laisser y aller seule. D’après ce que je vois, tu n’écouteras pas et tu tenteras de t’y rendre. »

« Oh ? Ca se voit tant que ça ? Pour ma part, tu fais ce que tu veux mais je descends ! »

Manelena grommela mais se décida à la suivre. Bien entendu, c’était toujours ainsi. Comme si Elen allait écouter quelque chose. La femme aux cheveux argentés poussa un léger soupir de colère tout en descendant les escaliers. Elen ne se préoccupait pas des cadavres mais elle remarquait une chose étrange : aucune trace de griffure ou autre, ce n’était pas des monstres qui avaient terrassé les magiciens mais des sorts ?

« Faites que Tery n’ait pas commis de bêtises. »

Elen était déjà partie devant mais Manelena croisait les doigts. La situation dégénérait de minute en minute et elle sentait que rien n’allait s’arranger. Une petite partie d’elle imaginait Tery comme responsable de ces morts mais … tant qu’elle n’avait aucune preuve.

« Je dois juste croire en lui, rien de plus, oui. »

Mais elle devait se convaincre avant de convaincre les autres. Peu à peu, ses pas l’emmenèrent jusqu’au plus profond de la tour des archimages, Elen s’étant arrêtée au milieu des escaliers, tremblante.

« Hum ? Ne me dit pas que tu as peur maintenant, Elen ? »

« Ce n’est pas ça, Manelena ! Il y a quelque chose en bas qui est terrifiant. Tu n’arrives pas à le ressentir ? Pourtant, tu as les lignes d’Alzar ! Tu ne peux pas ignorer ça non ? » dit Elen avec agacement, comme prise au vif sur un point qu’elle n’aimait pas montrer.

« Je le ressens aussi, je ne suis pas « aveugle ». Néanmoins, si Tery est en bas, je ne peux pas me permettre de reculer et de m’enfuir. Si tu ne veux pas descendre plus, je vais le faire. »

« Je n’ai pas besoin de toi pour ça ! » s’exclama Elen avec colère avant de prendre de l’avance une nouvelle fois. Manelena, quant à elle, gardait son épée en main, la poigne se faisant plus forte sur la garde. Si un ennemi apparaissait devant elle, elle devait l’abattre au plus vite.

Elle commençait à suffoquer. Elle sentait comme Elen ce pouvoir démoniaque qui envahissait l’atmosphère. Pourtant, elle devait faire confiance à Tery. Malgré ses cornes, il avait toujours oeuvré du bon côté. Malgré tous les êtres qui le haïssaient à cause de sa race, il avait tenu bon. N’était-ce pas pour ça qu’elle en était to… non.

« Ce n’est pas le moment d’avoir des pensées aussi stupides. »

« Manelena, essaies donc de te taire. On nous observe si tu ne l’as pas encore remarqué. Je sens des yeux qui nous étudient mais je ne vois personne. »

Un sort peut-être ? Non, il y avait même de très fortes chances que ça soit bel et bien quelqu’un qui les surveillait mais par où ? Hum … Il valait mieux avancer. Elles étaient proches d’arriver jusqu’à la double porte démoniaque mais Elen stoppa ses mouvements, balbutiant en regardant devant elle :

« Te … Tery, tu étais donc là ? Tu es enfin là ? »

Elle ne savait pas trop quoi dire alors que le jeune homme leur tournait le dos. Les cornes bien présentes sur le sommet de son crâne, ses griffes étaient tâchées de sang qui dégoulinait encore, signe qu’il était frais. Au sol, la tête d’une créature était présente.

« Tery ? Est-ce que tu peux répondre à Elen ou non ? »

« Regardez plutôt qui nous attends en face. »

Le jeune homme avait parlé d’une façon un peu sèche tout en désignant les deux êtres devant eux. Malgré la faible lueur de la salle, il était facile de reconnaître les personnes cornues mais aussi d’un âge plus avancé qu’eux.

« L’Oracle ! » s’exclama Elen avec surprise, sa poigne venant se serrer sur son arc.

« Et le Grand Prêtre hein ? » compléta Manelena en essayant de contrôler sa rage.

« Vous voilà donc. Vous en avez mis du temps contrairement à Tery. Encore que ce dernier ne fait que rester immobile depuis qu’il nous a vus. »

« Tery ? Tery ? Hey ! Tu te réveilles un peu ? » dit Manelena en se plaçant à côté du jeune homme aux cheveux bruns, claquant des doigts devant les yeux de ce dernier.

« Ne fait pas ça, Manelena. On ne sait pas comment il réagirait. C’est trop dangereux ce que tu tentes de faire ! Si ça devait mal se … »

« Tu as raison. Il y a une méthode bien plus efficace. » coupa la femme aux cheveux argentés avant de donner un violent coup de poing à Tery au niveau du visage, son autre main le tenant par le col pour qu’il ne tombe pas sur le côté.

« MAIS TU ES FOLLE OU QUOI ?! »

« Aie ! Mais ça fait mal … qu’est-ce que ça … aie … quoi. »

« Bienvenue parmi les vivants, Tery. Tu es parti je ne sais combien de temps dans ton monde un peu idyllique ou autre. »

Le jeune homme se frotta la joue alors qu’Elen regardait Manelena d’un air furieux, comme prête à lui sauter dessus pour l’égorger. Mais elle se retint en entendant Tery dire :

« Vraiment, y a d’autres méthodes pour ça, Manelena ! Pourquoi tu m’as fait ça ? »

« Je ne vais pas me répéter non plus. Lorsque l’on t’appelle, tu es prié de répondre hein ? »

« Ouais mais bon, y a des moyens plus doux pour ça, Manelena. Je sais pas, une caresse sur le visage ou autre hein ? Tu ne crois pas ? »

« Tu veux que je te redonne un coup de ma douce méthode ou quoi ? »

Elle fermait le poing après avoir craqué ses os, le fixant longuement pour bien lui faire comprendre que comme d’habitude, bien trop souvent, elle ne plaisantait pas le moins du monde à ce sujet. Il déglutit avant de marmonner :

« Je me suis expliqué, c’est tout. Ca sert à rien hein ? »

« Exactement, ce n’est pas comme si j’accordais de l’importance à tes propos, Tery. Maintenant, si tu veux bien nous expliquer pourquoi ils sont là tous les deux et pourquoi tu es ici au lieu d’être monté avec nous. » termina de dire Manelena alors qu’Elen tentait d’ouvrir la bouche mais aucun mot n’en sorti.

« Ils ne me l’ont pas dit. Ils n’ont fait que sourire puis ensuite, c’est le vide complet. Mais je pense que ce n’est pas difficile de savoir ce qu’ils ont prévu. »

« Oh que non. En vue de leurs actions assez récentes, il ne faut pas trop se faire d’illusions à ce sujet. Ils ne sont pas là pour vérifier si les portes démoniaques sont bien fermées. »

« Allons, allons, doit-on se montrer à ce point ironique en vue de la situation actuelle dans laquelle nous sommes plongés ? Il est assez triste d’utiliser de telles paroles dans ces moments qui ne sont pas propices à cela. La situation est sérieuse, très sérieuse. » disait calmement le vieillard cornu qui avait été un jour l’Oracle aux yeux d’Elen.

« Dans un tel moment, il faut se concentrer à l’objectif principal. » compléta le second homme qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à son compagnon.

« Et laissez-moi deviner, cet objectif est ce qui se trouve derrière vous deux ? » dit Tery tout en sueur. Voilà que ça recommençait et cette fois-ci, il haletait bruyamment.

« C’est exact. Tous les éléments sont presque là. Nous devrions te remercier pour avoir détruit tous les sceaux qui retenaient en partie ces portes. Il ne reste plus que deux petites choses très ridicules à accomplir et enfin, notre race retournera dans ce monde ! »

« Bien entendu, vous n’espérez pas que l’on compte vous laisser faire hein ? » rétorqua le jeune homme une nouvelle fois, ses griffes se recouvrant de pierre.

« Pourquoi est-ce que tu t’opposerais à nous alors que tu n’as de cesse d’oeuvrer pour notre plus grand plaisir, non ? Tu ferais mieux d’accepter ta condition. »

« Vous parlez comme cette voix dans ma tête. A croire que c’est juste l’une de vos manipulations absurdes mais je ne tomberai pas … »

« Cette voix ? Oh .. Non ? » dit le Grand Prêtre avec surprise en clignant de ses yeux rouges. « C’est donc ça ? Il te répond enfin ? Parfait, tout simplement parfait ! Cela prouve que tu es son engeance ! Que tu es son enfant ! »

« Qu’est-ce que vous baragouinez tous les deux ? Qu’est-ce que vous allez encore inventer pour que je tombe dans votre piège ? »

Les deux vieux hommes rigolèrent ensemble, comme si cette nouvelle de la voix dans le crâne de Tery dépassait tous leurs espérances. Ils continuèrent de se regarder, Manelena forçant Tery à se placer en face d’elle pour lui demander :

« Je croyais que ça en était fini avec cette voix ! Qu’est-ce que ça veut dire, Tery ? »

« Que … Justement, ce n’est pas vraiment terminé. Elle est revenue. Elle n’arrête pas depuis que je suis ici, dans Omnosmos. Elle communique avec moi et je tente de l’ignorer. »

« Tu es prêt à serrer les dents ? Je préfère te rendre inconscient plutôt que de te laisser comme ça. Je sais pas comment on peut résoudre ce problème différemment, Tery. »

« Ou alors, tu me fais confiance, non ? Tu ne crois pas ? Je pense avoir montré assez de volonté dernièrement pour ne pas succomber à ce genre de choses. »

« Si je te fais confiance, tu ne comptes pas me trahir, n’est-ce pas ? » dit l’actuelle reine de Shunter avant qu’il ne finisse par hocher la tête positivement.

« Ça serait bien la dernière chose que je compte faire dans ce monde car je sais ce qui m’attend si cela devait m’arriver, non ? » »

« Bonne réponse, je l’accepte pleinement, Tery. Tu as la vie sauve pour l’heure alors. »

Hahaha ! Cela disait donc qu’il allait devoir s’expliquer à nouveau dans une heure ? Pourquoi pas ? C’était une sorte de petite promesse bien qu’elle n’était pas explicite. Le jeune homme aux cheveux bruns posa son regard une nouvelle fois sur les jumeaux.

« Et si maintenant, on se chargeait de vous ? Démons ou non, nous sommes trois. »

« Et vous n’êtes pas n’importe qui. LEUR enfant, SON enfant et la reine de Shunter. Encore que contrairement au précédent roi, elle semble préparée à livre bataille. Rien à voir avec ce bon vieux monarque qui n’a pas compris ce qui s’est passé. »

« Manelena, il faut absolument que tu te … »

« Calmes ? Tu n’as pas besoin de me le dire, Tery. Je suis très calme à l’heure actuelle. »

« Alors pourquoi est-ce que tu es aussi nerveuse ? Ta main tremble. »

« Et toi ? Pourquoi est-ce que tu es en sueur comme si tu suffoquais ? Tu peux me le dire ? »

Grumpf. Elle marquait un point. Les deux personnes n’étaient pas calme alors la troisième … Leurs yeux se posèrent sur Elen qui restait muette depuis déjà quelques instants maintenant. Les yeux baissés en direction du sol, aucun mot ne sortait de sa bouche.

« Tery, par mesure de précaution, tu ne crois pas que ça … serait mieux que … »

« Ca ne sert à rien. On va plus se blesser qu’autre chose si on décide de s’en mêler, Manelena. Il vaut mieux que l’on se prépare à agir nous aussi. De toute façon, nous ne sommes pas dans un meilleur état émotionnel qu’elle. »

Manelena confirma d’un mouvement de la tête alors que de l’électricité parcourait sa lame au même moment où les lignes noires se présentaient sur son bras. Jusqu’au bout, elle avait été totalement à l’opposée de son existence. Même dans ses pouvoirs, elle présentait une affinité avec la foudre dans un royaume régit par la puissance terrestre. A partir de là ? Hum … Elle se compliquait la vie pour des futilités. Elle le savait bien mais … elle était ainsi.

« Où sont les autres au fait, Manelena ? »

« Ils ne sont pas avec nous. Ils sont sûrement aux étages supérieurs. On ne pouvait pas te laisser seul dans cet endroit. Tu n’es pas venu. Pourquoi ? »

« Tout simplement car cette voix dans ma tête continuait de me crier dessus. Elle m’incitait à descendre … et j’ai accepté pour une fois. Je me suis préparé sur le coup et ça m’a plutôt bien réussi, j’ai l’impression. »

« Je ne sais pas si on peut considérer cela comme une bonne ou mauvaise impression. »

« Sois rassurée. Je vais bien, je peux te le promettre. Je n’ai rien fait comme folie, tu ne trouves pas ? Est-ce que j’ai l’air d’aller ma à tes yeux, Manelena ? »

« Ce n’est pas une question de ça … Tery. Arrêtons de parler de tout ça et concentrons-nous. On aura tout notre temps plus tard, hein ? »

Tout leur temps ? Ah oui, après. Il faut qu’il en parle avec Elen mais aussi sa famille. En vue des projets qu’ils ont en tête, autant dire que rien n’est déjà gravé dans la roche. Mais maintenant, il espérait que Royan et les autres allaient vite les rejoindre.

Pourquoi cela ? Car malgré ses belles paroles, il n’était pas sûr de pouvoir tenir le coup. Il espérait simplement pouvoir repousser voire éliminer les deux démons en face d’eux. Ces deux êtres infâmes qui avaient tout manigancé depuis le début.

« DISPARAISSEZ ! » cria la voix d’Elen avant qu’une flèche lumineuse n’éclaire la pièce, les deux vieillards se déplaçant chacun sur le côté pour l’esquiver. La flèche se planta dans la double porte démoniaque. L’attaque venait de commencer … et le trio bloquait la sortie. Ces deux hommes n’auront aucune possibilité de fuir dorénavant.

Chapitre 116 : Un appel

Chapitre 116 : Un appel

« Ah … Ah … Ah … Dès que tu es là, ça va beaucoup plus vite subitement. »

« Je ne sais pas si je prends cela comme un compliment ou non mais on va faire comme si c’était le cas alors … merci Manelena. »

« Comment est-ce que tu connaissais leurs points faibles ? Même si j’ai beaucoup voyagé avec l’armée de Shunter, c’est la première fois que je rencontrais de telles créatures. »

« Jusqu’à ce que j’arrive jusqu’à vous, disons que sur le chemin, j’ai eut quelques soucis. Rien de grave, bien entendu mais … je suis soulagé de voir que vous allez bien. »

« Nous allons bien, oui … mais de là à dire que la situation est reluisante et sous contrôle, il ne faudrait pas vraiment exagérer, loin de là. Et comment vont Elen et les autres ? »

« Je n’en sais rien, je n’ai pas été les voir. J’ai essayé de retrouver le premier groupe que je pouvais rencontrer. J’ai aidé quelques soldats mais bon … j’ai l’impression de me retrouver dans une nouvelle guerre dans laquelle on ne peut pas lutter. »

« Une guerre contre les monstres. Si seulement le monde était aussi simple que ça, Tery. Sauf que ce n’est pas ainsi et que ce sont les différents peuples de ce monde qui sont les véritables monstres. Les créatures sont majoritairement non dotées d’une intelligence assez développée pour s’imaginer toutes les horreurs qu’elles pourraient commettre. Nous avons le monopole dans ce domaine … et ce n’est pas forcément flatteur. »

Il savait bien qu’elle ne disait pas cela pour plaisante. Le jeune homme se frotta les yeux pendant quelques secondes avant de s’adosser contre un mur pour reprendre son souffle. Elise et Royan restaient ensemble alors que Manelena venait s’adosser à côté de lui.

« Tu en as un peu trop fait, Tery. Il vaut mieux pour toi que tu te reposes. Ca ne sert à rien de trop en faire si c’est pour finir sur les rotules à la fin. »

« C’est pas une question de finir sur les rotules ou non, c’est juste que … combat après combat … et je pensais surtout que nous n’aurions plus à nous battre pour le moment … ou au moins pendant pas mal de temps. Je me suis lourdement trompé. »

« Ne fait donc pas cette tête dépitée, Tery. Tu n’es pas respon … »

« Comment est-ce que tu peux le savoir ? C’est sûrement le cas. C’est à cause de toute cette histoire avec les portes démoniaques. Or, c’est qui qui vous a emmené combattre je ne sais combien de créatures pour avoir ce résultat ? »

« Tu sembles décidé à t’accepter comme coupable, je ne peux rien faire contre ça. »

« Mais … non … Enfin, je dis juste la vérité, tu ne crois pas ? Tu ne penses pas que ça se passe ainsi ? Ou alors, est-ce que je me trompe ? »

« Tu te trompes complètement. Est-ce que tu n’as jamais envisagé que tu pouvais être manipulé ? Que depuis le début, tu n’as jamais voulu tout ça ? »

« Bien entendu, je ne suis pas stupide à ce point, non plus. Mais … Voilà. »

« Que tout est fait pour que tu ailles ouvrir les portes démoniaques ? Que ça soit d’un côté comme de l’autre ? Enfin bon … Je déteste la manipulation et je n’ai pas été mieux en ne faisant que te suivre au lieu de t’arrêter. »

« Euh, tu n’es pas fautive non plus hein ? Je sais qu’il aurait mieux valu que je m’arrête bien plus tôt mais c’est trop tard. A chaque fois, je … enfin bon … »

« Regarde-nous. A chercher sans cesse des excuses. A quoi est-ce que l’on ressemble hein ? Ah … Enfin bon, ce qui est fait est fait, Tery. Tu n’as pas à t’excuser ou t’en vouloir. »

« Je le sais parfaitement mais ça ne changera pas la situation … »

Elle finit par quitter le mur pour se placer devant lui. Il y avait Royan et Elise non-loin même s’ils ne les regardaient pas. Le jeune homme aux cheveux bruns déglutit, se rappelant une situation qui était encore beaucoup trop présente dans sa tête sur le moment.

« Qu’est-ce … Qu’est-ce qu’il y a, Manelena ? Tu sais que je ne peux rien voir si on se fait attaqués, non ? Tu ne crois pas que tu devrais te pousser ? »

« J’ai toujours du mal à me dire que le jeune homme qui tremble devant moi est celui qui pourtant a mis a mal bon nombre d’hommes, de femmes et de créatures mystiques. Est-ce que cela revient à dire que je suis plus impressionnante que tous ces êtres réunis ? »

« On pourrait dire ça, Manelena. Mais en tout bien, tout honneur hein ? »

« Tout bien, tout honneur. C’est quoi cette réplique complètement ratée, Tery ? »

« Je ne sais pas … Sûrement le fait que tu m’impressionnes ? » disait-il tout en rigolant devant la jeune femme aux cheveux argentés. Celle-ci rapprocha son visage du sien, lui chuchotant d’une voix étrangement douce :

« Attendons d’en avoir fini avec ces monstres et cette histoire avant de rire ensemble, Tery. Tu comprends cela ? Et ensuite … »

« Tu es trop près, Manelena, beaucoup trop près. Royan et Elise nous regardent, tous les deux. On va éviter de leur donner des raisons, tu ne crois pas, hein ? »

« Je ne sais pas. Oui … On va éviter, je ne suis pas très public de toute façon. »

Elle marquait un point même s’il se sentait autant fautif qu’elle dans l’histoire. Alors pourquoi est-ce qu’elle ne reculait pas ? Le front de Manelena toucha le sien avant qu’elle ne chuchote une nouvelle fois, sur un ton sérieux … mais inquiet :

« Tery Vanian, je t’ordonne de survivre. D’accord ? »

« Bien … Bien entendu ! Je ne sais même pas pourquoi tu me dis ça, je vais survivre, Manelena. Ne t’en fait pas, ce n’est pas comme si j’étais décide à mourir hein ? »

« Soit, c’est vrai. Tu es aussi résistant qu’un cafard. »

Et merci pour l’égo ! Il ne fit aucune remarque à Manelena, Royan haussant un sourcil en ayant entendu les propos de la femme aux cheveux argentés, Elise clignant des yeux. Elle s’éloigna alors que la demoiselle démone comme Tery se rapprochait de ce dernier :

« Elle pourrait être plus amicale à ton encontre, Tery. »

« Ne t’en fait pas. Tu commences à la connaître non ? Moi, ça fait déjà pas mal de temps … quelques années en y réfléchissant. Elle est inquiète mais elle ne veut pas le montrer. Et surtout, ne vas surtout pas lui répéter cela sinon, je pense qu’elle me tuera sur place, hahaha. Mais bon … Il faut que l’on retourne à la tour des archimages. »

« Et pour Elen et les autres ? Qu’est-ce que l’on fait ? »

« On va essayer de les retrouver en chemin. Comme on sait qui ces monstres tentent d’atteindre ou plutôt quoi, ça sera plus facile pour la défense. »

Elise alla prévenir Royan tandis que Tery revenait auprès de Manelena pour lui donner la marche à suivre. Acquiesçant d’un mouvement de la tête, le quatuor s’était mis en mouvement pour aller retrouver l’autre groupe.
Dès qu’il y avait un groupe de soldats qui avait besoin d’aide, ils perdaient quelques minutes à les épauler. Ils ne pouvaient pas laisser des personnes mourir en faisant comme si de rien n’était, surtout que les soldats et les mages étaient les derniers remparts de la capitale.

« ELEEEEEEEEEEEN ! ELEEEEEEEEEEEEN ! »


Il criait son nom, ne souciant guère si des monstres l’entendaient ou non. Dans un tel cas, il n’aurait qu’à les éliminer. Le plus important était de savoir où elle se trouvait. Bon, Sérest et Séran aussi hein ? Mais eux, ça pouvait atteindre, il ne s’en préoccupait pas tellement. Ils étaient assez grands pour …

« Oh ? Vous êtes donc là ? Je vais vite chercher Séran et Elen. »

Une voix qui provient du ciel ? Sérest les salue d’un mouvement de la main avant de s’éloigner. Au moins, elle semblait être en bon état. C’était peut-être ça le souci ? Il n’avait remarqué aucune blessure sur son corps. Elen et Sérant étaient sûrement dans le même état. C’est vrai que contrairement à l’autre groupe, ils étaient tous les trois des porteurs des lignes légendaires. Mieux encore, deux … étaient des réincarnations ?

Donc bon, à partir de là, il savait qu’il n’avait pas trop à s’en faire mais bon .. en même temps … Pfiou. Heureusement pour lui, Elen se présenta derrière un coin d’un bâtiment, rejointe par Sérest et Séran. En parfaite forme, aucune difficulté, n’est-ce pas ?

« Vous n’avez renconrré aucun monstre ou quoi ? Vous semblez indemnes. »

« On a surtout affronté des monstres que je ne connaissais pas du tout, Tery ! Mais Sérest et Séran étaient là. Je t’avoue que cela m’a surpris mais … ils m’ont protégé facilement. »

« Surpris ? Ce n’est pas comme si nous pouvions te laisser seule et sans défense. »

« Je le sais bien mais bon … autant de protection, je t’avoue que je n’y suis pas habituée. »

« Et pourtant, tu es unique dans le monde, comme nous tous. C’est pourquoi nous devons tous se protéger les uns les autres. »

« Sauf ceux qui veulent nous tuer. Eux, ils peuvent mourir sans vergogne. » corrigea Tery alors qu’Elen quittait le duo pour arriver dans les bras du jeune homme. « Sinon, je pense qu’il faut que l’on se rendre le plus tôt possible à la tour des archimages. Normalement, j’ai déjà deux golems pour les défendre mais ça ne sera pas suffisant. »

« Tes golems sont encore actifs, tu es sûr, Tery ? »

Pas le moins du monde mais il l’espérait vraiment. Retrouver sa famille sans défense, il n’était pas vraiment motivé à ce que ça arrive. Poussant un léger grognement de colère, voilà qu’il se mettait à courir à vive allure pour ne pas retarder plus longtemps les retrouvailles.

« HEY ! Mais il pourrait nous attendre quand même ! Dépêchez-vous de le suivre ! »

Voilà que Manelena venait de leur ordonner d’accompagner Tery. Pas besoin de crier puisque tous comptaient le faire. Néanmoins, le jeune homme avait déjà pris une confortable avance, indéniable et impossible à ignorer.

« Ils sont de plus en plus nombreux ou alors, c’est moi ? »

« C’est le cas, Elen. Il suffit de voir le ciel. Il est couvert par les monstres. »

Manelena lui avait fait cette remarque sans méchanceté, étudiant les cieux. Et en écoutant les grognements et les cris qui provenaient de tout autour d’eux, la situation était de plus en plus préoccupante. Tout cela donnait l’impression que le monde entier se liguait contre la tour es archimages. Que le chaos et la destruction étaient les seules choses qui attendaient Omnosmos. Et pourtant … ils étaient encore tous là, tous réunis.

Et ils savaient tous que Tery ne faisait que lutter pour éviter une nouvelle mort dans leur groupe ou dans les proches de ce dernier. Il arriva jusqu’aux environs de la tour des archimages, remarquant qu’il avait pris beaucoup d’avance par rapport aux autres.

« Aide … Trop nombreux. »

Il sursauta sur le coup. D’où est-ce que cette voix dénuée de sentiment se faisait entendre ? Ce n’était pas une voix masculine, ni une voix féminine. C’était totalement différent de tout ce qu’il avait entendu. Et surtout, cette voix provenait de la tour des archimages.

« Mamie ? Papy ? Non, ce n’est pas eux mais … »

Puis zut ! Les autres iraient le rejoindre plus tard ! Le fait que cette voix ressemblait à un murmure le dérangeait en plus du fait qu’elle avait été pourtant totalement perceptible par lui. Ce n’était pas vraiment dans son crâne et ce n’était pas cette voix horrible.

Devant la tour des archimages, il voyait ses deux golems, entourés par une dizaine de créatures dont l’existence du monde aurait préféré ignorer la leur. Une unique sphère de chair, un œil qui pouvait « glisser » le long de cette dernière … mais surtout une dizaine de tentacules comme base.
Les créatures de cauchemar étaient pourtant bien réelles tandis que le jeune homme remarquait que l’un de ses golems était dans un piteux état. L’autre, celui fait de chair et d’os, issu de la créature ailée qu’il avait tuée quelques temps auparavant, arrivait à tenir bon.

« Maitre est là. Sauver nous. »

AH ! Il se stoppa sur le coup. Il n’avait pas du tout rêvé. Cette voix… provenait du golem plus imposant en terme de stature que l’autre mais surtout … ça provenait d’un golem ? Comme galvanisé par une force inconnue, le jeune homme poussa un cri de rage, trois des créatures sphériques à tentacules se retournant vers lui.

« Lâchez-les ! LÂCHEZ-LES, VOUS AVEZ COMPRIS ?! »

Il pouvait crier, hurler, s’égosiller, il était déjà sur ces créatures. Celles-ci tentèrent de l’attraper avec leurs tentacules, le jeune homme remarquant que chacun produisait de la foudre … Purée ! Il ne pouvait même pas les toucher directement ! L’électricité parcourait leurs corps complètement. C’était peut-être pour ça que les golems imploraient de l’aider !

« Des golems qui réclament de l’aide … mais à quoi est-ce que je pense ? MAIS A QUOI ?! »

Il se rapprocha des deux golems, ces derniers s’avançant vers lui. Celui qui avait déjà perdu des parcelles de son corps le fixa faiblement, affaibli et sur le point de s’écrouler. Tery murmura d’une voix lente :

« Je vais m’occuper de ça. Il faut que tu restes tranquille. »

« Oui, maître. Moi plus bouger. »

On pourrait croire à un être primitif et incapable de communiquer. Enfin, ce n’était pas totalement faux mais voilà que Tery faisait quelques mouvements des mains, des morceaux de pierre et de brique s’élevant au-dessus du sol pour se coller au corps du golem. A peine deux minutes plus tard, voilà qu’il était à nouveau en parfait état.

« Et voilà, tu devrais aller correctement maintenant. C’est mieux, non ? »

« Mieux, maître. Merci, maître. Gentil maître. »

Gentil maître ? Pfiou … Déjà, le statut de maître était embêtant à entendre mais surtout, quant ça provenait d’un être fait de pierre qui ne devrait pas s’exprimer normalement, c’était encore plus surprenant … et aussi un peu effrayant en un sens. Il se tourna vers l’autre golem, créature ailée et osseuse. Même ainsi, il gardait quant même une forme à peu près humanoïde. Moins que l’autre par contre.

« Est-ce que tu as besoin d’aide, toi aussi ? Tu peux me le dire hein ? »

« Tery ? A qui est-ce que tu parles ? » demanda la voix d’Elen alors qu’il se retournait pour faire face au groupe qui venait enfin de le rattraper.

« Oh … Euh … Disons que je me parlais tout seul. »

« Aucune voix bizarre hein ? Je veux dire. Ce n’est pas celle à laquelle je pense ? » reprit la jeune femme aux cheveux blonds dans un délicat sourire tendre et amusé.

« Pas du tout, Elen. Pas le moins du monde si ça peut te rassurer. C’est juste que … »

Non. Il n’avait pas besoin de préciser qu’il arrivait à communiquer avec ses golems. Cela paraîtrait encore plus étrange et bizarre. Enfin, il répondit :

« Rien de bien spécial. Même si je n’ai aucune réponse de mes golems, je leur demandais juste s’ils allaient bien, rien de plus. »

« Et tu pensais vraiment qui’ls allaient communiquer avec toi, Tery ? Hahaha. Mais bon, ce n’est pas si grave ou important, non ? »

« Ca l’est un petit peu quand tu te préoccupes de leur état. L’un d’entre eux était pas vraiment folichon. Désolé pour avoir couru aussi vite. Je pense que nous pouvons rentrer maintenant dans la tour. Par contre, je ne suis pas sûr que ça soit sécurisé. »

Personne n’en était convaincu de toute façon. Tery regarda les deux golems, leur donnant quelques indications pour qu’ils fassent encore leur objectif de protection. Il fixa pendant quelques secondes le golem de pierre et de brique, remarquant que sans faire exprès, il l’avait renforcé encore plus sur de nombreux endroits.

« Nous protéger maître. Lui rien à craindre. »
Il ne pût s’empêcher de sourire avant de rentrer dans la tour, accompagné par le reste du groupe. A l’intérieur, des marques de griffures, brûlures et autres dégâts matériels étaient visibles un peu partout. Quelques fenêtres étaient brisées, des portes défoncées. Ce n’était pas rassurant, pas rassurant du tout.

« On ferait mieux de se dépêcher. Je ne veux pas que ma famille soit plus en danger. Je pensais que ça allait être tranquille ! »

« Même si on dit de se fier toujours à nos premières impressions, ça ne change pas qu’elles peuvent être mauvaises ou trompeuses, Tery. »

« Manelena, je ne crois que la philosophie soit vraiment ce dont j’ai envie de discuter en ce moment même. Je voudrais surtout retrouver ma famille. »

« Je le sais parfaitement mais ça ne doit pas t’empêcher de rester clair dans tes réflexions. Soit ils sont tout en haut, soit ils sont … non, je ne pense pas que ça soit le cas. »

« Tu imagines devant les portes démoniaques ? Si Ernold les a emmenés là-bas, je préviens : grand archimage ou non, je lui ferais passer le goût de recommencer ! »

« Tu me permettras d’observer ça de mes propres yeux, j’espère, Tery. »

« Pas de souci, Manelena. Enfin si … pour le moment, j’en ait un gros et … Hum, séparons-nous, ça sera mieux. Que chacun aille de son côté. Je vais étudier le rez-de-chaussée puis chacun va étudier un étage avant de monter. Hop, hop, hop ! »

La dernière série de phrases qui provenait de la bouche de Tery sonnait faux. Pourtant, aucun ne fit une remarque, Tery partant déjà dans une série de couloirs. Elen regarda Royan et les autres avant de déclarer qu’elle allait s’occuper du premier étage.

« Humpf … Comme ça, Tery ira la récupérer au premier étage. Elle sait se montrer intelligente quand elle le veut. Bon, je vais m’occuper du second. Aucune objection, n’est-ce pas ? » déclara Manelena avant de partir sans même attendre de réponses.

Royan et Elise soupirèrent, déclarant qu’ils allaient rester ensemble par contre car ils étaient moins forts que les autres s’il y avait un problème. Sérest et Séran hochèrent la tête, signalant par là que ça ne les dérangeaient pas le moins du monde.

« Ah … Je vous jure, si tout était bien plus simple, ça serait beaucoup mieux. »

Tery s’immobilisa dans un couloir, restant droit comme un i, les yeux fermés. Il avait murmuré simplement une phrase, la même voix que d’habitude résonnant dans sa tête :

« Tu le savais qu’en venant ici … cela se passerait ainsi … et pourtant, tu l’as fait. Car tu sais que c’est ce que tu désires au plus profond de ton âme. »

Oui, elle était revenue mais cette fois-ci, le jeune homme ne répondit pas. Regardant qu’il n’y avait plus personne au rez-de-chaussée, il se dirigea vers l’entrée menant aux souterrains, dans les escaliers en colimaçon. La porte était fermée mais non pas à clef. De l’autre côté, plusieurs cadavres de mages étaient déjà présents.

« Quelqu’un est déjà en bas … et ce n’est pas amical. »

Ou du moins, pas amical envers les mages. Des créatures ? Il n’en savait trop rien. La voix continuait de lui parler dans le crâne mais il semblait comme l’ignorer. Comme si tout autour de lui était inexistant. Peu à peu, ses bruits de pas se faisaient entendre alors qu’il descendait les escaliers. Peu à peu, l’atmosphère démoniaque se faisait étouffante.

« Tu n’oses plus parler ? Comment cela se fait-il ? Peut-être as-tu enfin décidé d’abandonner la bataille contre ta race ? »

« Je … peux t’entendre. Je n’ai juste aucune raison de te répondre. Ne me dérange pas. Je vais empêcher l’ouverture … des portes démoniaques. »

La voix émit un rire tonitruant, comme si cette idée était tout simplement ridicule à entendre de la part du jeune homme. Celui-ci avait ses yeux complètement rouges, des cornes sur le crâne et se déplaçait avec lenteur, comme un golem.

« Fais donc … Fais donc … Empêche cette ouverture, je n’attends que cela. »

Chapitre 115 : Quant la mythologie s’abat

Chapitre 115 : Quant la mythologie s’abat

« Qu’est-ce que ça … veut dire ? BON J’EN AI MARRE ! »

Cela faisait la troisième créature qu’il affrontait. Il n’en avait jamais rencontré de telle. Cela ressemblait à des oiseaux gigantesque et quadrupèdes, comme avec un corps de lion et de ailes colossales. Mais surtout ? C’était leur puissance ! Elle était effarante et effrayante !

« D’où est-ce qu’elles viennent ces sales bêtes ? »

« On en a aucune idée mais les sorciers nous ont dit qu’il s’agissait de créatures anciennes et très rares ! Pourquoi est-ce qu’elles nous attaquent ? »

« De toute façon, je vais pas me priver, vais leur régler leur compte ! »

Une main posée sur le sol, faisant attention à ne pas blesser sa mère, il fait apparaître un golem d’une taille humaine mais dont l’épaisseur devait au moins faire le triple d’un humain normal. Tery poussa un soupir devant le regard ébahi des soldats :

« Ne vous en faites pas, il est plutôt très costaud. On ne devrait rien avoir à craindre de ce côté. Nous pouvons y aller normalement. »

« Euh … d’accord … mais c’est impressionnant. Même ici, dans Omnosmos, c’est rare que l’on voit des golems aussi réussis. Pourtant, je pensais que dès que l’on possédait un livre, cela serait très simple de créer son propre golem. »

« Si seulement ça se passait ainsi mais non … c’est peut-être la seule chose magique que j’arrive à créer à peu près proprement. »

Ce n’était même pas pour se vanter ou autre, c’était la seule chose où il avait à peu près confiance dans ses capacités. Heureusement pour lui, le golem commença à faire son office, frappant violemment les créatures ailées qui tentaient de se diriger vers la tour des archimages. Tery regarda tout ça d’un air intrigué avant de dire :

« Je ne sais pas si la tour des archimages est vraiment une bonne idée maintenant. »

« Nous serons à l’abri là-bas, Tery. Il n’y a pas n’importe qui. Tu n’arrives pas à voir à distance ? Les mages protègent parfaitement la tour. »

C’est vrai. Maintenant que sa grand-mère le lui disait, il remarquait parfaitement que tout ce qui tentait de se rapprocher de la tour était subitement grillé, foudroyé, percé par des pieux de glace et autres sorts d’une cruelle efficacité. Impressionnant était bien le premier mot qui lui venait à l’esprit.

« Bon … J’ai peut-être exagéré un peu en m’inquiétant pour tout ça. Ils semblent avoir les moyens de se défendre. Je laisserai juste un ou deux golems devant l’entrée pour être sûr que vous soyez vraiment en sécurité. »

« Cela ne risque t-il pas de trop t’épuiser, Tery ? » lui demanda sa mère. Il hocha la tête négativement : comme il voulait la rassurer, autant mentir un petit peu non ?

« Ca ne me fait plus rien à force d’en invoquer. »

« Euh … Vous dites que vous arrivez à en créer plusieurs ? C’est vrai ? Lorsque je voyais un mage en invoquer un, il semblait sur le point de s’évanouir. »

« Comme je vous l’ai déjà dit, la force de l’habitude fait que ça ne m’affecte pas vraiment dans le fond. Vous n’avez pas à craindre pour ma santé ou autre, hein ? »

« D’accord, d’accord. Je vous crois. » répondit le soldat plutôt impressionné par Tery. Celui-ci posa une main contre un mur avoisinant. Ce fut le même membre mais fait de briques et de la taille d’un être humain qui sortit du mur, coinçant l’une de ces créatures ailées dans sa paume … avant de la broyer entre comme si de rien n’était.

« Hum … Vraiment horrible, Tery. Tu pourrais faire cela avec un peu plus de délicatesse. »

« Désolé, grand-mère … mais vu la situation, tu comprends que tout ça, je ne peux pas vraiment me le permettre, n’est-ce pas ? »

« Humpf … Pour cette fois, j’imagine que je peux bien te pardonner, Tery. Mais uniquement pour cette fois, il ne faudrait pas que tu commences à en profiter, hum ? »

« Je ne suis pas comme ça … Mais merci beaucoup pour cela, mamie. Je peux aussi être pardonné pour t’avoir appelé ainsi ? » dit-il en lui souriant doucement.

« Ne profite pas de ma gentillesse, jeune homme. Nous y sommes bientôt. »

Maintenant qu’il avait montré ses capacités, les soldats étaient plus rassurés. Finalement, la tour des archimages était à leur portée, Tery finissant par déposer sa mère sur le sol. Elle commença à se mouvoir comme si de rien n’était, ssous le regard étonné du jeune homme.

« Je t’avais pourtant dit que je n’étais pas dans un état aussi grave … mais comme d’habitude, tu n’écoutes que ce que tu as envie d’écouter, Tery. »

« Euh … pas à ce point quand même, maman. Faut pas pousser … bon. On va chercher le grand archimage et les autres et vous resterez à ses côtés ? »

« Je pense que c’est le plus raisonnable à faire dans ce cas précis. »

Bon, ses grands-parents sont d’accord, sa mère aussi. Il regarde les deux soldats puis son golem. Il finit par regarder le cadavre criblés de pointes de glace avant de sourire. Bon … Puisqu’il fallait faire ça … Il s’approcha de celui-ci, se concentrant longuement avant qu’un être difforme fait de chair sanguinolente et avec des ailes déchiquetées n’apparaisse là où se trouvait le cadavre auparavant.

« Voilà … J’imagine que c’est parfait, n’est-ce pas ? »

« Mon petit-fils … adoré … qu’est-ce que c’est que cette chose ? »

« Papy ? C’est un golem de sang … Effroyable mais très puissant. Je suis rassuré. »

Rassuré par rapport à quoi ? Et eux pouvaient-ils réellement l’être ? Pourtant, le jeune homme était finalement parti alors qu’à côté d’eux, les deux golems se regardaient avant de prendre position devant l’entrée de la tour des archimages.

« Je ne sais pas … vraiment ce dont il est capable mais … est-ce normal ? »

« Pas vraiment, ma fille. » murmura Périk. Le vieil homme semblait comme songeur, pensant à tout ce qui s’était produit en si peu de temps. « Néanmoins, nous ne pouvons que lui faire confiance, n’est-ce pas ? Il est très doué pour les golems. Allons retrouver Ernold. »

Les cinq personnes se dirigèrent vers l’intérieur de la tour des archimages, laissant là leur question concernant Tery pour le moment. Celui-ci était maintenant reparti au combat, cherchant où se trouvait son groupe.

« Normalement, ils se sont séparés en deux groupes … Normalement. »

Maintenant, dans quel groupe doit-il aller ? Quel groupe rejoindre ? Celui de Manelena ou Elen ? S’il se décidait pour l’un ou pour l’autre, ne faisait-il pas alors un choix définitif ? Non, qu’est-ce qu’il pensait comme idiotie ? Vraiment … c’était stupide.

« Je ferais mieux de les retrouvr. Elen est avec Sérest et Séran. Ils sont largement capables de se défendre eux-mêmes. Par contre … »

Manelena était avec Royan et Elise. Malgré qu’Elise et Manelena avaient son côté démoniaque pour l’une, son expérience pour l’autre, il n’était pas vraiment rassuré. BON ! Direction le groupe de Manelena ! Alors … par rapport à la tour des archimages, où est-ce qu’ils étaient ? Difficile de savoir.
Il commença à faire apparaître des mains de pierre dans un mur, se servant d’elles pour finir par arriver sur un toit. Aussitôt, des flammes cherchèrent à le calciner. Plusieurs aboiements et voilà que de véritables molosses au poil enflammé se présentaient sur les toits. Il … Cela faisait très longtemps non ? Ils n’étaient pas originaires de Shunter normalement ?

« Qu’est-ce que ces fichus chiens font ici ? Vous venez aussi pour mourir ? »

Non, il devait se calmer. S’emporter contre des créatures qui n’avaient encore rien fait pour mériter ça … surtout une utilisation de ses pouvoirs démoniaques … Il valait mieux qu’il se contrôle et fasse un effort pour éviter de se faire surprendre.

« Je vous donne une chance de reculer pour ne pas mourir. Vous voulez la prendre ? »

Comme seule réponse, un aboiement strident, signe qu’ils ne comptaient pas se laisser faire. Est-ce qu’ils ne saisissaient pas que cela allait les emmener à une mort rapide et douloureuse ? Vraiment ?
Il esquiva les nouvelles flammes qui arrivaient vers lui, ses cornes poussant sur son crâne au même instant où des mâchoires claquèrent à quelques centimètres de son corps. L’une de ses griffes se planta dans la gorge d’un chien avant de le soulever au-dessus du sol pour le projeter sur l’un de ses compères. VOILA ! Qu’ils comprennent ces sales cabots !

Mais c’était étrange, tellement étrange. Il n’y avait pas qu’eux dans les environs. Ils étaient nombreux, beaucoup plus nombreux … beaucoup trop nombreux. Et ils ne semblaient pas vouloir s’en prendre aux citoyens qui tentaient de fuir. Ils attaquaient uniquement si on les attaquait et si on les empêchait de rentrer dans la tour des archimages.

« Qu’est-ce que ces créatures ont en tête ? »

Car oui, malgré qu’elles n’étaient normalement pas dotées d’une très grande intelligence, ces créatures pouvaient travailler en équipe et pour meute. Elles avaient sûrement ressenti quelque chose mais il ne voyait pas quoi ? Ou alors …

« A force de vouloir ignorer jusqu’à mon existence même, tu te fais souffrir. Et maintenant, voyons voir comment tu vas réagir, n’est-ce pas ? »

Que … SON CRÂNE ! Il avait l’impression qu’il allait exploser ! Le jeune homme poussa un cri avant de s’écrouler à genoux, un chien passant juste au-dessus de lui avant de glapir. Rapidement, les autres chiens reculèrent, se regardant pendant quelques secondes. Quelques courageux tentèrent d’ouvrirent la bouche pour cracher des flammes mais rien ne sortait de leurs gueules, signe qu’ils n’osaient pas l’attaquer.

« Ah … Ah … Ah … La tour … C’est la tour ! La porte ! Les animaux veulent … la porte ! »

Mais qu’est-ce qu’ils voulaient faire par rapport à celle-ci ? Empêcher son ouverture ? Aider celle-ci ? Normalement, elle ne pouvait pas s’ouvrir ! Il savait depuis le début que ce n’était pas possible alors pourquoi maintenant ? Enfin non … Cela pouvait s’ouvrir ! Ils avaient tout ce qu’il fallait pour ça ! Il en était convaincu. Pourquoi est-ce que toutes ses pensées se mélangeaient dans sa tête ? Pourquoi ça ?

Est-ce qu’il était possible d’ouvrir la porte ? De ne pas l’ouvrir ? Est-ce qu’ils devaient l’ouvrir ? Ou non ? Est-ce que c’était leur but depuis le début ? Tous devaient le savoir au fond d’eux : ils avaient combattu les créatures légendaires pour permettre l’ouverture vers ces êtres démoniaques. Il ne devait pas se bercer d’illusions.

« Tu comprends enfin que tout est perdu, n’est-ce pas ? Que tu ne peux pas lutter contre cela. Qu’il est impossible pour eux de nous empêcher de sortir. »

« Tu peux continuer à parler dans ma tête, ça ne changera rien. Je ne me laisserais pas faire et je ne laisserai pas se faire. »

« Et comment comptes-tu y arriver ? Tu es incapable de lutter, tu le sais parfaitement. »

Ils allaient voir ça mais pour le moment … MANELENA ! Vu que les chiens s’étaient enfuis, il pouvait repartir à sa recherche. Mais … il y avait tellement de créatures différente. Il apercevait même des sorte des poulets géants avec une queue de serpent … sauf que la tête du serpent était bien au bout !

Et ranges, il n’y avait que des créatures de plus en plus étranges et saugrenues ! Qu’est-ce qu’il allait pouvoir faire contre ça ? Il n’avait aucun moyen et aucun pouvoir pour y arriver malheureusement ! Enfin … Non, il ne fallait pas trop se poser de questions. Pas le moment.

Manelena … Il arrivait à ressentir sa présence. Il ne savait pas comment c’était possible mais il savait qu’elle n’était pas loin du tout. Il allait pouvoir l’aider ainsi que les autres. VITE ! Il allait accélérer ! Sans crier gare, voilà qu’il venait planter une griffe dans la gorge de l’un de ces poulets géants, le tuant sur le coup.
Mais ce fût lui qui eut une mauvaise surprise lorsque le corps de la créature continua de se mouvoir pour se retourner, la tête de serpent tentant de planter ses crocs dans sa chair. BON SANG ! C’était quoi ça ?! Depuis quand une créature sans-tête était capable de se mouvoir ? C’était quoi cette blague ? Ça voulait le terroriser ou quoi ?


C’était tout simplement affreux mais bon il ne perdit pas plus de temps avec cette monstruosité, faisant claquer ses griffes l’une contre l’autre. Deux murs de pierre sortirent du sol, venant s’écraser l’un contre l’autre sur la partie de serpent de ce monstre, l’écrabouillant entre avec facilité. Finalement, le reste du corps tomba au sol, sans vie.

« Y en a combien comme ça ? »

Il tentait de reprendre son souffle mais celui-ci commençait à lui manquer. Une main sur le coeur, il s’était mis à courir avec férocité et ardeur, entendant des éclats de combat dans les environs. Il y avait des personnes qui livraient bataille ! Ce n’était pas une question de savoir si c’était contre des créatures ou entre elles mais surtout de savoir de qui il s’agissait. A son grand désespoir, il s’agissait simplement de soldats, l’un d’entre eux se retrouvant pétrifié après la morsure de la queue de serpent de ce poulet géant. Trop tard pour le soldat mais non pas pour les autres. Il cria :

« FAITES ATTENTION ! Sa véritable tête est celle du serpent ! Tuez-la et vous tuerez la bête ! Je viens vous aider ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Voilà qu’il se lance à la rescousses des soldat, la créature se tournant aussitôt vers lui. L’appréhension des hommes et des femmes chargés de défendre Omnomos était normale. Comment pouvait-on faire confiance à un être qui avait des cornes de démon sur le sommet du crâne et des yeux rouges sang ?
Néanmoins, le jeune homme se concentra plutôt sur son objectif, éliminer une nouvelle fois ce genre de bêtes. Il mettait du temps … trop de temps pour retrouver Manelena mais il ne pouvait pas laisser des personnes sans défense ! Pourquoi est-ce qu’il … enfin non !

« Et pourquoi pas ? Ce sont des êtres chétifs et faibles. »

« Car ce n’est pas parce que j’ai la force que je dois en abuser sur plus faible que moi. »

« Quelle notion absurde ! C’est ce genre de pensées qui emmène à la mort des démons ! Heureusement, quand tu reviendras parmi nous, tu comprendras. »

« Je ne compte pas revenir … et tu le sais très bien. J’ai déjà pris ma décision depuis longtemps, très longtemps. Tu ne peux pas m’en empêcher. »

« Hum ? Cette décision comme celle qui concerne cette jeune femme au sang royal, n’est-ce pas ? Tu ne peux rien me cacher, mon fils. Rien du tout. »

« Je ne serais jamais le fils d’une voix dans ma tête ! »

« Euh … Vous allez bien ? A qui est-ce que vous parlez ? » demanda l’un des soldats tout en regardant le jeune homme avec appréhension.
Celui-ci remarqua qu’il tenait encore son arme en main, peu rassuré de le voir. Où était la créature ? Ah ! Elle était morte ? Il s’en était occupé comme ça ? Sans même s’en rendre compte ? Quelle folie. Quelle folie ! Ah … Enfin bon …

« Oui, je vais bien mais je vais devoir aller rejoindre d’autres groupes. Faites attention à vous, c’est tout ce que je vous demande, d’accord ? »

« Euh oui, bien entendu mais vous … êtes de quel côté ? »

« De celui que je protège, bien entendu. A vous de voir de qui je parle. » répondit le jeune homme dans un petit sourire qui se voulait rassurant.

Il ne savait pas s’il avait réussi à convaincre les soldats et il ne chercha pas à en savoir plus. Voilà qu’il recommençait à courir à vive allure, continuant son chemin. Il ne devait pas aider tout le monde et cette voix … était de plus en plus ancrée dans son crâne.

« Tu voudrais te débarrasser de moi … mais pourquoi pas plutôt du superflu. Tu n’as pas faim ? Une faim tenace, qui te dévore de l’intérieur. Tu as faim … tellement faim … Tu ne devrais pas retenir ton corps et tes désirs, Tery. »

« Faut vraiment que tu arrêtes de raconter n’importe quoi. Je n’ai aucun désir de la sorte et je sais de quoi tu parles. Je n’irai pas dévorer des êtres vivants ! »

« Pourtant, c’est ce que ton corps te réclame. Pourquoi lutter contre la nature ? Contre TA nature ? Celle d’un démon sanguinaire. »

« MAIS TU VAS LA FERMER UN PEU ?! » hurla le jeune homme aux cheveux bruns avant de frapper contre un pilier de pierre, le détruisant sur le coup.

Qu’il le lâchait ! C’était pourtant pas compliqué à demander non ? Il voulait juste être tranquille et ne plus avoir d’emmerdes ! MANELENA ! Où était Manelena ? La voir allait très vite le calmer, il le ressentait !

« Manelena, j’arrive pour toi … Attends moi ! »

« Cette femme si particulière … pourrait nous être très utile. Tu peux sûrement la convaincre de te suivre. Sous ses allures, elle reste une femme profondément attachée à ta personne, n’est-ce pas ? Tu l’as aussi remarqué. Tes doutes se sont évaporés dans cette bibliothèque. Ce moment où vos lèvres se sont scellées les unes sur les autres. »

« Mais tu peux vraiment pas te taire hein ? Ce qui s’est passé entre moi et Manelena, en plus que ça soit privé, c’est … »

« Ce que tu désirais dans le fond. Tu es las de cette femme nommée Elen. Et pire encore… »

« Je vais éviter de t’écouter pour le moment, ça vaut mieux. »

Surtout qu’il était maintenant près de ce qui semblait être trois personnes qui combattaient contre d’imposantes créatures. Surtout, il ressentait une énergie démoniaque non-loin de lui. Ce qui voulait dire qu’il … y avait Elise !

« HEHO ! MANELENA ! ROYAN ! ELISE ! J’ARRIVE ! TENEZ BON ! »

Elise se retourna en l’entendant, faisant un grand sourire pour montrer que maintenant, elle était plus que rassurée par la suite des évènements. Tant mieux car c’était ce que comptait faire Tery ! Manelena et Royan par contre … ils ne se retournaient pas.

« Mademoiselle Elise ! Concentrez-vous, je vous pries ! »

Elle sursauta sur le moment avant de bafouiller quelques excuses. A cette distance, Tery ne pouvait pas les entendre mais il savait qu’il en rigolerait si c’était possible. Après un dernier élan, Tery se plaça à côté de Manelena, lui disant :

« J’ai fait le plus vite possible mais … certains monstres s’en sont pris à moi, désolé. »

« Si tu as le temps de t’excuser, utilises-le plutôt pour nous aider ! »

« Est-ce que ces monstres vous attaquent ou non ? Je veux dire … Est-ce qu’ils ont essayé de foncer vers vous ? Ou alors, il n’y avait rien du tout ? »

« Comment ça ? Ils cherchent à se rendre à la tour des archimages. Si on en laisse passer un, il continue son chemin mais si on se place devant eux, ils nous attaquent. Pourquoi ? »

« Car ils n’hésitaient pas à m’attaquer de mon côté. Je crois qu’ils sont attiré par les portes démoniaques. Je suis … vraiment désolé, Manelena. »

« Si tu es si désolé que ça, aides-nous à résoudre ce foutoir une bonne fois pour toutes ! »

« Oui, oui … Enfin, Manelena, toi et moi, il … »

« APRES ! TERY ! JE SAIS DE QUOI TU VEUX PARLER MAIS APRES ! »

Ce n’était pas un cri de colère ou de rage. Elle n’était pas vraiment énervée ou agacée par le jeune homme, c’était autre chose. Comme il était à côté d’elle, il remarquait qu’elle semblait un peu perturbée. Était-ce à cause de tout ça ?

« Pardon Manelena, ce n’était peut-être pas le moment. »

« Non, moi, je suis certaine que ça ne l’est pas. Viens plutôt m’aider et ensuite, toi et moi … »

Ensuite, elle et lui … ? Enfin, il n’aura pas la suite de la phrase pour le moment. Ils sont chargés de stopper ces monstres mais à vue de nez, cela semble irréalisable. La raison ? C’est qu’au loin, de nouvelles troupes arrivent. Ils veulent vraiment détruire la tour, n’est-ce pas ? Et empêcher l’ouverture des portes démoniaques. Pourtant … Que doit-il faire ?

Chapitre 114 : L’assaut de la capitale

Chapitre 114 : L’assaut de la capitale

« C’est étrange … »

Il s’était relevé en pleine nuit. Endormie à côté de lui, Elen était là, paisible et heureuse tandis qu’il se levait, un simple pantalon de toile pour cacher sa nudité. Pourquoi avait-il dit cela ? Car malgré tout ce qui venait de se passer, il n’était pas rassuré, loin de là.

« Quelque chose se prépare … mais quoi ? »

Et cette voix dans sa tête ? Là, elle était tranquille. Ca aussi, c’était franchement bizarre mais il ne chercha pas à tout relever. Se rapprochant de l’imposante fenêtre d’où il était possible de voir les rayons de lune, il prit une profonde respiration. C’était si beau … Malgré qu’il s’agissait de la capitale du monde, Omnosmos n’avait rien qui cachait cette vision.

« C’est si beau. Mais j’ai l’impression qu’il y a des nuages au loin. »

Mauvaise impression ? Il n’en savait trop rien. Il entendit un petit marmonnement de la part d’Elen, celle-ci gesticulant dans le lit avant de murmurer :

« Tery … Tu reviens quand ? Il fait froid, tu sais. Tu devrais … être là. »

« Et non toi, tu t’en rappelles ? Ma grand-mère nous a mis dans des chambres séparées car bon, à notre âge, on a encore besoin de quelques notions de politesse et de conduite. Je crois que tu en as sûrement transgressées une bonne dizaine en agissant de la sorte. »

« Ca ne fait rien, je peux en transgresser dix de plus si nécessaire … si tu reviens vite. »
Elle n’avait pas l’air de comprendre la dangerosité de la situation. On parlait de sa grand-mère, pas de n’importe qui. Jésiana pouvait être très effrayante. Mais voilà, il aimait jouer dangereusement. Il retourna dans le lit, embrassant Elen tout en se plaçant au-dessus d’elle. Son seul habit fut rapidement retiré avant qu’ils ne finissent pas retrouver le sommeil quelques minutes plus tard après l’effort.

Le lendemain matin, une servante vint dans la pièce pour le réveiller, poussant une petite exclamation de surprise en voyant la jeune femme aux cheveux blonds avec lui. Rougissante, elle balbutia quelques excuses avant de dire :

« Par … Pardonnez-moi de vous déranger mais … le petit-déjeuner est servi. Je vais prévenir madame que vous aurez un peu de retard tous les deux. »

« Euh … Précisez juste pour moi, je vous prie. Je crois que si grand-mère apprend la petite escapade d’Elen, elle risque de ne pas apprécier. »

« Co… Comme vous le désirez, messire. Je ferais selon vos consignes. Pardonnez-moi. »

Et voilà qu’elle s’échappait. Il la regarda partir, un peu intrigué avant de voir que la couverture était descendue plus que nécessaire. Ah … Euh … Ce n’était pas prévu ça. Il eut quelques petits rougeurs avant de secouer doucement Elen pour la réveiller. Il était temps qu’elle ouvre les yeux, non ? On les attendait.

« Vous en avez mis du temps … tous les deux. »

« Pardonnez-moi, grand-mère. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas dormi dans un endroit aussi bon. Peut-être était-ce même la première fois. »

« Et j’imagine que dans le cas d’Elen, il s’agit de la même explication, non ? Il est toujours plus difficile de se lever à deux que tout seul. »

Ah … Euh … D’accord. Elle avait tout de suite compris visiblement. Ca ne servait à rien de tourner autour du pot. Tery vient s’asseoir là où on lui indiqua une chaise, Elen étant bien éloignée de lui. Oh … et la grand-mère maternelle avait visiblement pris ses précautions.

« Désolée, Tery, mais ici, c’est comme cela que ça marche. Quelques règles sont établies et il va falloir que tu commences à t’y adapter. »

« Ce n’est pas bien grave, maman. Je ferais de mon mieux. Et toi ? Comment est-ce que tu vas ? Ça fait moins mal qu’hier, j’espère ! »

« Bien entendu que ça ne fait pas autant qu’hier mais cela me fait plus souffrir que demain. Que comptez-vous faire aujourd’hui ? »

« Je ne sais pas trop. Vagabonder dans la bibliothèque. A voir si cela dérange les autres. La ville est moins animée qu’auparavant, malheureusement. J’espère que tout ça va bientôt s’arrêter. Ah … Enfin bon, ça ne sert à rien de s’en vouloir. »

« Ce n’est pas comme si tu étais responsable de tout cela, Tery. » corrigea Elise qui était quant à elle, assise à côté de Royan.

« Je le sais bien mais bon … alors, qu’est-ce que vous en dites ? Une journée dans la meilleure bibliothèque au monde, ça ne vous tente pas ? »

« Bah … Pourquoi pas ? Cela me rappellera les journées où nous nous renseignions sur les créatures légendaires. » déclara Manelena sans hausser les épaules. Etant à table, le comportement était primordial comme la bonne conduite.

« Alors, c’est décidé. Si vraiment on veut prendre un peu l’air, on le fera et … »

« Tery, tu n’oublierais pas de nous demander la permission par hasard ? » questionna la grand-mère alors que Périk répondit aussitôt :

« Roh, ne lui fais donc pas peur de la sorte. Ils peuvent venir tant qu’ils ne saccagent pas. De toute façon, si cela devait être le cas, j’imagine que Tery serait prêt aux conséquences. »

« Euh … Ca dépend des conséquences car ce n’est pas rassurant quand tu parles comme ça, papy. Tu voudrais pas dire cela d’une autre façon ? »

« Non non, je me suis très bien exprimé … Tery. »

« Ah bon … Euh … D’accord. Vous autres ? Aucun problème avec cette journée ? »

Tous acquiescèrent d’un mouvement de la tête, le repas se continuant bien plus tranquillement au soulagement de Tery. Lorsque celui-ci retrouva la bibliothèque, il semblait comme émerveillé. Heureusement, il avait ramené sa mère aussi pour qu’elle ne s’ennuie pas dans sa chambre. Malgré tout ce qu’elle avait dit, il était toujours là, l’aidant à marcher.

« Dis-moi, mon fils, tu n’aurais rien à te faire pardonner par hasard ? »

« A part le fait que je n’ai pas été assez souvent là depuis mon départ alors que tu en avais grandement besoin ? Je dirais que non. C’est un peu comme ta perte de poids. »

« Cela commence à dater, Tery. Et ne t’avise plus de continuer à parler de ce sujet sinon, je risque d’être vraiment en colère, compris ? »

« Le message est très bien passé, maman. Mais je t’aime. »

Il l’embrassa sur la joue avec tendresse. Il n’était pas vraiment un habitué des marques de tendresse, surtout envers sa mère mais il avait cette douleur au coeur. Une inquiétude grandissante qui émanait de lui. Il avait le sentiment qu’il risquait de la perdre à tout moment mais pas uniquement elle. Il y avait aussi Elen, Manelena et les autres.

« Bon, passons alors une bonne journée dans cet endroit. Chacun se sépare dans son coin. On discutera ensemble au repas de ce que nous avons lu. »

« Voilà donc qu’il se prend pour un intellectuel. Oh Alzar et Zélisia réunis, veuillez pardonner ce que je vois de mes propres yeux. »

« Manelena, prier les dieux ne changera rien en la situation. Tu es comme les autres : de corvée de lecture. Si la lecture en était une, bien entendu. »

Pff. Ah … Elle leva les cieux, étudiant le plafond pendant quelques secondes avant de s’éloigner. Le jeune homme la regarda partir, se tournant vers les autres avant de taper dans ses mains. Tout de suite, lui, il était parti vers un coin bien spécial. Celui des herbes mais aussi des soins que l’on pourrait appliquer aux personnes âgées. Non pas qu’il insinuait que sa mère était vieille … mais si la magie soignait les blessures et encore, pas tout le temps, elle ne soignait pas la fatigue.
S’il pouvait trouver un moyen d’alléger la peine de sa mère, il en serait tellement ravi. Mais bon, il remarquait qu’Elen le suivait un peu avant de partir dan son coin. Elle avait finit par comprendre qu’elle ne pouvait pas toujours rester collée à lui hein ? Ah … Enfin bon … Voilà qu’il avait trouvé deux, trois livres pour s’occuper l’esprit.

Ah … Enfin bon, ce n’était pas un souci. Il s’était trouvé un petit coin reculé et isolé des autres. Il y avait un minuscule bureau au fond d’une allée. Bien sûr, le bureau n’était pas tourné de telle façon que le lecteur serait de dos par rapport à l’entrée de l’allée.

« Il ne manque plus qu’à manger et à boire … mais bon, il vaut mieux pas que je ne dise ça à madame Jé… euh mamie. Elle risquerait de me filer une claque derrière le crâne. »

Ah … Rien que le fait de l’appeler mamie suffisait à lui emmener le sourire aux lèvres.

Deux bonnes heures défilèrent mais c’est à peine s’il l’avait remarqué. Le plaisir de lire était tel qu’il semblait avoir presque ignoré que le temps s’écoulait. Ce fut lorsqu’il entendit une voix féminine lui dire « Tu étais donc là, Tery … … … Vanian. » qu’il releva le visage pour voir Manelena. Il cligna des yeux avant de dire :

« Euh … Oui. Manelena ? Tu as fini de lire ? Tu es déjà ennuyée ? »

« Pas vraiment, je te cherchais, Tery. »

Cette fois-ci, elle n’avait pas rajouté son nom de famille. Il continua de la fixer, remarquant qu’elle s’était penchée un peu en avant. Il était vrai que la petite table personnelle était entre eux deux mais … euh … depuis quand … enfin, les yeux de Tery descendirent un peu, remarquant quelque chose qu’il ignorait pourtant la majorité du temps.

« Qu’est-ce que je peux faire pour toi, Manelena ? »

« Cela dépendra de ce que tu veux faire pour moi, Tery. »

Elle ne bougeait pas de cette position ? Vraiment ? Il continuait de la regarder, ayant du mal à détacher ses yeux de ce qu’elle lui offrait. C’était tellement rare, presque unique … et il remarquait tous les charmes qu’elle possédait quand elle s’y mettait. Mais … pourquoi ? Pourquoi faire ça maintenant ? Qu’est-ce qui lui prenait ?

« Tu … peux mieux m’expliquer, Manelena ? Car je ne vois pas vraiment où tu veux en venir, je dois l’avouer. Qu’est-ce qui … »

« Est-ce que tu peux venir m’aider pour un livre ? Il se trouve dans cette section. »

L’aider pour un livre ? Elle s’était remise correctement debout alors qu’il clignait des yeux. Voilà qu’il se relevait de sa chaise, Manelena lui désignant la rangée de livres en face d’elle. Il demanda d’une voix lente :

« Alors bon, qu’est-ce que tu recherches, Manelena ? Tu sais, vu que je suis très petit, je ne risque pas d’atteindre les plus hautes rangées. »

« Ce n’est pas ça. Rah … Est-ce que tu peux me trouver le livre sur les différents types de végétaux qui laissent des démangeaisons aux lèvres dans Shunter. Je crois que cela portait le nom de : « Ouille, ça piquouille ! »

« … … … Ca existe vraiment un livre avec un tel nom ? » questionna le jeune homme en levant un sourcil avant de se rapprocher d’elle. Il voyait qu’elle était en train de regarder dans les différentes sections devant elle, Tery se plaçant dans son dos avant se mettre à rechercher de son côté. Alors … Ouille, ça piqouille ?

« Ca existe. Je ne te dirais pas ce nom si ça n’existait pas, Tery. Tu penses que j’ai envie de te faire perdre ton temps ? Vraiment ? Hum … Désolée, ce n’est pas voulu que je te parle ainsi, Tery. Est-ce que tu trouves ? »

« J’ai du mal mais nous sommes dans la bonne section, Manelena. »

En plus de ça, le rayon où il était se concentrait justement sur les herbes issues de Shunter. C’était un bienheureux hasard que voilà. Bon, encore quelques secondes de recherche et voilà qu’il avait le livre.

« Manelena, c’est bon, je l’ai … »

Il s’était retourné au même moment où Manelena se retrouvait en face de lui. Proche, très proche. Son visage était trop proche du sien. Son visage était imperturbable, neutre, dénué d’émotion. Et pourtant, en un seul bref instant, il cru remarquer quelques rougeurs sur ses joues … puis le visage termina de s’avancer. Le livre qu’il tenait dans sa main tomba au sol sur le moment alors qu’il déglutissait.
Lorsqu’elle s’éloigna de quelques centimètres, il avait l’impression qu’il venait de rêver. Manelena posa un doigt sur ses lèvres, comme pour les essuyer. Elle le fixa pendant quelques secondes avant de murmurer :

« C’est donc ainsi que ça se passe. Oui … Ce n’est pas déplaisant. »

« Mane … » commença t-il à dire avant d’avoir à nouveau les lèvres scellées.

Ce n’était pas une erreur ce qui s’était produit. Elle venait de confirmer ce qui se déroulait entre eux deux. Est-ce qu’il … devait la stopper ? Elen. Il y avait Elen dans sa vie. Il y avait cette femme aux cheveux blonds … mais une autre personne s’était forgée une place aussi importante qu’Elen. Une personne dont il n’avait jamais espéré que cela se produise.

« Bon, ce n’est pas tout ça mais ce qui est fait est fait. Je ne pensais pas que cela me provoquerait une telle émotion. » dit la femme aux cheveux argentés avant de reculer.

« Manelena, mais tu … Enfin … »

« Ah … C’est donc ça en fin de compte. Vraiment … On en fait tout un foin. A en croire les soldats et autrui, ils s’imaginaient cinquante mille choses. »

« Manelena, j’ai vraiment besoin de … »

« Bon, ce n’est pas tout ça mais je dois retourner à mes livres, Tery. Tu seras bien gentil de ranger celui que tu as en main, s’il te plaît ? Je n’en ait plus besoin. »

« Manelena, mais attends un petit peu, est-ce que c’était ta … »

« Tu n’es pas obligé de le dire à voix haute ! Je n’ai pas la tête à de telles futilités, compris ? Alors, tu arrêtes d’avoir des pensées absurdes sur de tels détails, d’accord ? »

« Euh, d’accord, je n’ai rien dit, rien du tout, oui. Rien de rien … »

Mais c’était pas lui le fautif dans cette affaire ! Il regarda Manelena partir, presque guillerette. Rien à voir avec l’habituelle femme réservée et sérieuse qu’il connaissait.

« Qu’est-ce que … je dois faire moi, maintenant ? J’en sais rien. »

Comment faire dans une telle situation ? En parler à Elen, c’était hors de question. En même temps, ne rien lui révéler reviendrait à dire qu’il avait quelque chose à cacher. Sauf que oui, il avait quelque chose à cacher ! Et pas rien ! Ce n’était pas une petite chose.

« Ah … Dans quelle situation je me suis fourré, moi ? »

Impossible de trouver une réponse sur le moment. Il se toucha les lèvres, une forte rougeur envahissant son visage comme un gamin pris en faute. Il déglutit en baissant les yeux, se marmonnant pour lui-même comme depuis déjà quelques minutes :

« Je ne suis pas vraiment fautif hein ? Ce n’est pas comme si je l’avais forcée. »
MAIS QU’EST-CE QUI LUI PRENAIT ?! Il n’était pas responsable de tout ça ! Pas du tout ! Mais ça ne voulait pas dire qu’il n’était pas fautif ! Il … Il n’avait pas repoussé Manelena. Il avait même apprécié ça. Manelena … C’était si différent d’avec Elen. C’était vraiment autre chose. Il y avait un peu de force dans le geste mais aussi de l’inexpérience, comm lui à ses débuts. Manelena n’y connaissait rien.
Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi est-ce que ça se passait maintenant et pas auparavant ? Il n’arrivait pas à comprendre, il n’arrivait pas à savoir ce qu’il devait faire et … Qu’est-ce que ?! Des tremblements de plus en plus puissants secouèrent la bibliothèque avant que des cris ne soient entendu dans tous les sens.

Aussitôt, il avait levé les yeux par rapport aux étagères mais aucune ne s’effondra. Un sort avait été lancé dessus et même les livres ne tombaient guère. Le plus important, ce n’était pas de savoir si ça allait s’écrouler mais plutôt qu’est ce qui venait de se passer ?! Il était tout simplement encore à moitié sonné par les derniers événements.
Il se dirigea hors des rangées où il se trouvait, cherchant du regard le reste du groupe. Sa mère ! ZUT ! Il ne voulait pas que ça se reproduise ! Il ne voulait pas que ça se finisse ainsi ! Il ne voulait pas être incapable de la protéger une nouvelle fois. Il commença à courir dans la bibliothèque, criant le nom de sa mère en espérant la retrouver.

« Tery ! Par là ! Dehors ! Viens vite ! »

La voix d’Elen ? Il ne pouvait pas s’en préoccuper maintenant ! Il avait mieux à faire ! Tellement mieux à faire mais pourtant, il se dirigea vers la voix. Qu’est-ce qui se passait dehors ? Il se retrouva devant les portes grandes ouvertes de la bibliothèque, tout le monde étant sorti. Bien qu’heureux de revoir sa mère, il demanda :

« C’est quoi tout ce boucan ? D’où est-ce que ça vient ? »

« De tout autour de nous … et ce ne sont pas de bonnes nouvelles, Tery Vanian. »

Voilà que Manelena avait retrouvé son langage habituel. Qu’est-ce qu’elle insinuait par là ? Il apercevait plusieurs ombres dans le ciel mais aussi quelques citoyens qui couraient dans tous les sens. Des gardes arrivèrent vers la bibliothèque, se présentant aux propriétaires de celle-ci d’un geste rapide. Bien que sur le qui-vive, ils n’oubliaient pas les position sociales avant de dire d’une voix très vive :

« Pardonnez-nous mais vous devez nous suivre ! La ville se fait assiégée ! »

« Par qui ? Par quoi ? De quel côté ? »

« Par des monstres ! Des tas de monstres ! On arrive à les repousser mais on ne sait pas combien de temps ! Et ils viennent de tous les côtés ! Dépéchez-vous ! »

« J’accompagne ma famille. Je vais la mettre à l’abri. Est-ce que … je peux compter sur vous ? » demanda Tery en se tournant vers le reste du groupe.

« Comme de toute façon, nous n’avons pas mieux à faire, oui. Tu as besoin d’aide ton côté ? » dit Manelena alors qu’il la regardait en rougissant légèrement.

« Pas vraiment, je pense me débrouiller. Il s’agit de ma famille, je ne laisserai même pas une poussière les atteindre ! Il en est hors de question ! »

« Garde cette volonté intacte et je suis sûre que rien n’arrivera, Tery. Royan, Elise ? Vous m’accompagnez tous les deux ? Elen, tu pars avec Sérest et Séran ? »

« Pourquoi pas ? M’enfin, je n’ai pas envie de laisser Tery tout seul. »

« Je suis un grand garçon, Elen. Ne t’en fait pas ! » répondit le jeune homme en rigolant doucement avant de soulever sa mère. Il jeta un œil à ses grands-parents, leur demandant : « Vous pensez pouvoir vous déplacer correctement ? »

« Pour qui nous prends-tu, Tery ? Nous ne sommes pas des vieilles reliques ou d’anciens fossiles. Tu comprendras bien assez tôt. »

« D’accord. Maman, est-ce que tu veux bien t’accrocher à moi si possible ? »

« Je ne suis pas une éclopée … mais qu’importe ce que je dirais, je sais que tu ne va pas m’écouter, n’est-ce pas ? Alors, oui, je suis prête, Tery. »
Sa mère passe ses bras autour de son cou, Tery commençant à marcher d’un pas vif en accompagnant les gardes. Il n’avait jeté qu’un bref coup d’oeil à Elen et les autres, leur faisant confiance. Il devait protéger sa famille … absolument !

« Tery, tu n’es pas obligé d’aller aussi vite, tu sais ? Et tu n’as pas à t’en faire pour nous, nous sommes parfaitement capable de nous défendre. »

« Non, maman. Ni toi, ni papy ou mamie. Je ne peux pas vous laisser ici comme si de rien n’était. Quand je serais sûr que vous êtes tous les trois en sécurité absolue, alors, je partirai. Mais pour le moment, il est hors de question de vous abandonner comme ça. »

« Ah … On ne pourra jamais te refaire, Tery. Je suis sûr qu’ils sont fiers de toi. »

Qui donc ? Il ne posa pas la question, se concentrant simplement sur son objectif : dans la tour des archimages, il était certain que sa mère et ses grands-parents seront en sécurité ! Il en était sûr et certain. Et ensuite ? Il allait s’occuper de ces monstres !

Chapitre 113 : Des nouvelles de la famille

Chapitre 113 : Des nouvelles de la famille

« Euh … Bon … Je … »

Voilà qu’il en perdait la parole. Il fallait dire qu’il se devait d’assimiler tout ce qu’il venait d’apprendre. Peut-être qu’il venait de rêver ? Que c’était juste son imagination ? Mais il avait vraiment cru entendre que madame Jésiana était sa grand-mère. Son regard se posa sur son groupe, ouvrant la bouche avant de désigner la vieille dame. Celle-ci lui tapota la main pour qu’il l’abaisse, déclarant :

« On ne montre pas du doigt, jeune homme. C’est malpoli. »

« Aie ! Mais … Enfin, je … qu’est-ce que ça veut dire exactement ? »

« Cela veut dire ce que ça veut dire. Comment voudrais-tu l’expliquer autrement, hum ? Est-ce que je peux savoir ce qui te te trotte dans la tête ? »

« C’est pas vraiment possible. Pourquoi ? Comment ? J’ai … enfin … C’est pas normal. Vous êtes des personnes nobles et moi, je … »

« Tu es mal habillé mais vu que tu aimes l’exploration, tu n’as pas besoin de t’équiper avec de lourds vêtements pour parader, jeune homme. »

« Mais mais mais … Quand même, pourquoi ? Comment c’est possible ? Maman, comment tu peux connaître ces personnes ? Enfin, à part par mes lettres. »

« Tu sais : lorsqu’un homme et une femme te donnent la vie, il semblerait que tu sois généralement capable de les connaître sauf s’ils décident de t’abandonner à ton plus jeune âge, ce qui ne fût pas mon cas. »

Pourquoi est-ce que sa mère lui parlait ainsi ? Il avait surtout l’impression de paraître pour un imbécile. Enfin, encore plus que d’habitude, quoi ! C’était tout simplement horrible. Il … AH ! Hum … AIE ! Sur le moment, il n’avait pas réagit à la douleur mais on lui tirait gentiment la joue alors que Jésiana se plaçait en face de lui, un faible sourire aux lèvres.

« Vraiment … C’est donc ça que j’ai comme petit-fils ? Il n’est vraiment pas très éclairé mais au moins, il est beau garçon, il sera un bon parti, il a des relations et des connaissances que beaucoup devraient jalouser mais le plus important, c’est qu’il tient de sa mère pour la gentillesse qui émane de lui et il semble avoir le coeur sur la main. Un peu trop volontaire néanmoins. Il devrait faire attention à ne pas en faire trop justement. »

« Pourquoi j’ai l’impression d’être étudié comme un morceau de viande ? »

« Peut-être parce que c’est le cas, Tery ? » répondit sa mère alors que Jésiana venait enlacer son petit-fils, soupirant doucement :

« Après plus de vingt ans, je peux au moins te tenir dans mes bras. »

« Tu peux aussi me laisser embrasser mon petit-fils, Jésiana ? Je sais bien que tu n’es pas habituée à être émotive mais … … … bon, d’accord, je vais patienter. »

Il avait vu le regard mauvais de sa femme dans ses yeux et il évita alors de trop quémander à ce sujet. Déglutissant légèrement, le jeune homme continua de se laisser faire, toujours éberlué par l’évènement qui se déroulait devant ses yeux.

« Est-ce que … je peux avoir des explications ou non ? »

« Bien entendu, Tery. Tu peux tout avoir. Il faut juste que ma mère te lâche un peu. Je crois qu’elle n’en a pas envie pour le moment. »

« Qu’est-ce que tu insinues ma fille ? Ce n’est pas bien difficile. La preuve. »

La preuve ? Le jeune homme était toujours dans les bras de la vieille femme, n’osant plus bouger de peur d’énerver celles qui semblaient commander dans la famille. Il poussa tout simplement un petit soupir désemparé avant de réfléchir à la situation. Il avait sa grand-mère maternelle dans ses bras. Son père, il n’y avait aucune chance qu’il voit ses grands-parents de ce côté et il n’était pas vraiment certain de les voir. Bon, dans l’idée, avoir Jésiana et Périk comme grands-parents, il n’avait rien à reprocher. L’idée était pas déplaisante ! Il posa ses mains sur le dos de Jésiana avant de dire :

« Est-ce que je dois vous appeler mamie, maintenant ? »

« C’est définitivement bien ton fils, cet avorton. Il a le même caractère moqueur que sa mère. » déclara Jésiana avant de marcher faiblement sur le pied de Tery.

« Les chats ne font pas des chiens, mère. Il faut bien que nous ayons des traits communs. »

« Quelle belle expression que voilà. Toute la famille est réunie ! »

Perik tentait aussi de s’incorporer dans la famille, Tery remarquant que les membres de son groupe restaient complètement muets. Ce fut Elen qui brisa le silence en disant :

« C’est … une bonne nouvelle, non ? »

« Je dirais que oui, Elen. Enfin, papy, mamie, je ne pense pas que j’ai besoin de vous présenter mes compagnons et inversement, n’est-ce pas ? »

« Nullement … mais moi-même, je suis encore étonné que tu le prennes bien. Tu n’as aucun ressentiment envers nous, Tery ? » demanda la vieille femme en le regardant Tery.

« Euh … Ca veut dire quoi ressentiment ? Et pourquoi je vous en voudrais ? »

« Tu ne serais pas en train de te moquer de moi par hasard ? Si tu sais ce que veut dire ce mot, pourquoi est-ce que tu me poses la question ? Ah … Enfin bon .. Simplement car nous n’avons jamais été là pour toi durant plus de vingt ans. »

« Bah … euh, non, je ne vous en veux pas. Ma mère m’a jamais raconté pourquoi je ne pouvais pas voir mes grands-parents. Je pense que je vais avoir des explications non ? »

« Je vais m’en occuper, ça sera mieux, oui. »

Mais tout d’abord, est-ce qu’ils ne voulaient pas s’installer ailleurs ? Car en vue du groupe, il n’allait pas rester debout sans rien dire ou faire, non ? La vieille dame leur demanda de patienter mais Manelena se décida à l’accompagner, murmurant :

« Je vois ce que vous voulez faire. »

Qu’est-ce que cela voulait dire ? Après quelques minutes, Manelena était revenue en faisant quelques allers-retours. Après le premier, Tery avait décidé de l’accompagner, comme les autres alors qu’elle avait ramené quelques chaises pour que chacun puisse s’asseoir.

« C’est vrai que ça sera beaucoup mieux. Maintenant, maman, tu veux bien nous raconter ? »

Le jeune homme alternait entre le langage commun et celui un peu soutenu pour parler à sa génitrice. La femme eut un léger sourire avant de lui dire de se rapprocher. Elle lui donna un petit coup sur le sommet du crâne tout en rigolant :

« Imbécile de fils. Tu m’appelles mère ou maman mais non pas les deux. Bon, par où est-ce que je dois commencer ? Comme tu peux t’en douter maintenant, je ne suis pas une simple paysanne, Tery, mais l’unique fille d’une famille de nobles d’Omnosmos. Une famille qui a toujours été chargée de s’occuper de l’érudition d’Omnosmos. »

« Ca explique pourquoi malgré que tu étais une paysanne, tu étais très éduquée et me forçait à lire des bouquins et à écrire et à lire. Enfin, même si j’avoue que je n’écoutais pas vraiment. »

« Et en plus, il me le dit avec le sourire. »

Manelena paraissait songeuse. C’était donc ça cette impression qu’elle avait eut lorsqu’elle avait rencontrée cette femme dès le départ ? Qu’elle n’était pas à sa place dans cette maisonnée ? Qu’elle paraissait trop bien éduquée pour habiter dans un petit village. Au moins, son instinct ne la trompait jamais.

« Enfin bref, j’étais jeune, j’étais insouciante, j’avais des envies d’interdit. Enfermée comme un rat de bibliothèque, il faut comprendre que la moindre chose pouvait me paraître bien plus intéressante que ce qui se trouvait dans ce bâtiment. C’est pourquoi lors d’un passage d’une troupe de soldats, il arriva ce qui devait arriver. »

« A voir ces hommes en armure lui a donné des envies de liberté et voilà qu’elle s’est laissée embobiner par un jeune freluquet. »

Jésiana ne tarissait pas de paroles loin d’être élogieuses envers l’homme qui avait été le père de Tery. D’ailleurs, ce dernier n’ouvrait pas la bouche, restant muet tout en réfléchissant. Sa mère n’était pas du tout au courant de la véritable nature de son ancien mari, n’est-ce pas ? Il n’avait pas besoin de briser ses espoirts et …

« Il n’est malheureusement plus parmi nous. Néanmoins, ayant gardé mon côté fier, je n’ai pas voulu retourner chez mes parents et j’ai voulu t’élever seule. Je dois avouer que ce n’était pas de tout repos quand on y réfléchit bien. Je n’ai pas connu beaucoup d’enfants plus insupportable que toi, Tery. Tu m’en as fait voir des vertes et des pas mûres. Néanmoins, tu as été la pus belle chose qui me soit arrivée. »

« Maman, tu sais, je suis très très loin d’être ce que tu penses et … »

« Ils m’ont déjà prévenu et j’ai même eut le droit à la visite du grand archimage. Je n’arrive pas à croire que malgré les années, ce soit toujours le même. Il est immortel ou quoi ? »

« D’après les légendes, si on ne tue pas les gnomolds, leur longévité n’est plus vraiment à démontrer, ma fille. Tu le sais pourtant, non ? »

« Je le sais mais je ne voulais pas forcément m’en rappeler, c’est différent. »

« Mais si on me disait plutôt ce que ma mère fait ici et pourquoi elle est alitée ? Car je ne le sais toujours pas en fin de compte. Est-ce que ça a un rapport avec les lettres ? »

« C’est exact, Tery. Tu vois quand tu te décides à réfléchir, ce n’est pas beaucoup plus simple, tu trouves ? Pendant que j’écrivais ces lettres qui étaient reçues par mes parents et inversement car ils faisaient les coursiers pour nous, j’ai remarqué que l’écriture me rappelait quelqu’un. J’ai fini par leur envoyer directement une lettre pour savoir de qui il s’agissait et il s’avère que cela était bien mes parents. Rien de plus, rien de moins, Tery. »

RAAAAAAAAAAAAHHHH ! Ca paraissait tellement logique maintenant. Bon, il avait eut une partie des explications désirées et ensuite ? Pourquoi est-ce qu’elle était couverte de bandages ? Comment était-ce possible ?

« Quant à mon corps, j’ai eut un petit accident en protégeant tes grands-parents du premier tremblement de terre. Comme il n’avait pas été prévu, on va dire qu’un pan de la bibliothèque a faillit leur tomber dessus. Heureusement, ce ne fut que sur moi. Plus de peur que de mal, tu ne crois pas, Tery ? »

« Plus de peur que de mal ? C’est une blague, maman ? Je suis sûr que madame Jés… enfin, mamie t’a crié dessus pour avoir fait une telle idiotie ! »

« Malgré vingt ans sans te voir, il me donne l’impression de te connaître déjà parfaitement, mère. » dit la femme assise dans le lit en rigolant, le vieil homme faisant de même avant de dire en recherchant son calme :

« Si seulement, si seulement ce n’était qu’une impression. Tery a pourtant parfaitement résumé ce qui s’est passé mais bref … voilà, tu sais finalement tout, petit-fils. Ce n’est pas aussi difficile que je le pensais en fin de compte. »

« Bon, et bien, ce soir, vous êtes bien entendu tous invités à venir manger chez nous. C’est la moindre des choses pour fêter cela. »

« Ce n’est pas de refus ! Et puis bon, je suis si contente d’apprendre ça ! Je ne me serais jamais doutée que vous étiez les grands-parents de Tery. Vous savez, il n’est pas forcément celui qui mettait le plus souvent le nez dans les livres lorsque je l’ai rencontré pour la première fois. »

Elen avait finit par être plus qu’enjouée par cette nouvelle, Tery lui faisant un petit sourire attendri. C’était parfaitement compréhensible d’être aussi heureuse en ce moment. Lui-même l’était plus que tout, c’était pour dire !

Ah … Sincèrement, les émotions allaient de mieux en mieux au fil des heures qui découlaient depuis qu’il était réveillé mais bon, cela ne pouvait lui faire que du bien. Quelques minutes plus tard, tous étaient autour d’une table, dans une allée de la bibliothèque interdite au public. En fait, cela ressemblait plus à un long couloir qui les emmenait dans un bâtiment différent : le manoir des grands-parents de Tery.

« Je ne sais pas si j’arriverai à supporter un tel mode de vie. Ce n’est pas trop difficile des fois, messire Pé… euh papy ? Grand-pèr ? »

« Papy, ça me convient très bien, Tery. Et non, c’est moins difficile qu’il n’y paraît. La raison est simple : nous avons les servants et les soubrettes pour communiquer avec nous. Il en est de même pour les jardiniers, cuisiniers et autres personnes. Nous avons des êtres autour de nous avec qui nous pouvons communiquer, Tery. »

« Ah oui, sûrement ! Sur le coup, je n’y pensais pas trop mais c’est vrai. Ca semble logique en fin de compte, hahaha. C’est une bonne chose, non ? »

« C’est le cas, Tery. Nous n’avons pas à nous plaindre la situation. »

Difficile d’ignorer que toute la famille, la mère de Tery comprise, était tout simplement coupée à l’heure actuelle. Ce n’était pas qu’ils désiraient ignorer le reste du groupe mais Tery portait sa mère dans ses bras sans aucune difficulté. Pendant ce temps, il discutait avec ses grand-parents. Manelena se surprit à soupirer en murmurant :

« Ça me fait bizarre de le voir aussi souriant … et heureux … mais ce n’est pas déplaisant. »

Elle ne devait pas sourire, cela paraissait trop flagrant qu’elle était contente pour lui. Néanmoins, le repas était d’une qualité rare. Cela lui rappelait le peu de repas royaux qu’elle avait eut depuis qu’elle était devenue la reine de Shunter ou alors avec l’invitation de Royan pour faire la surprise à Tery.

« C’est délicieux ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas mangé quelque chose d’aussi bon. Je me demande de quoi il s’agit. »

« Il te faudra interroger les cuisiniers mais pour le moment, profites plutôt de la nourriture au lieu de t’interroger sur la composition de ton assiette. Je pense que vous avez beaucoup de choses à nous raconter, n’est-ce pas ? »

« Tery, je suis peut-être couverte de bandages mais je peux encore me nourrir seule. Tu n’as pas besoin de me coller autant, tu sais ? »

« Je préfère prendre mes précautions ! Je n’ai pas réussi à t’écrire pendant plus d’un mois, tu ne voudrais pas que je fasse comme si rien ne s’était passé, hein ? »

« Je n’ai jamais prétendu ça, Tery … mais tu n’as pas d’autres personnes dont tu dois t’occuper ? Comme tes compagnons de route ? »

« Maman, ce n’est pas comme s’ils avaient besoin de moi pour le moment. Et je pense qu’ils comprennent quelle est ma priorité pour le moment. »

Pour toute réponse, la mère de famille poussa un soupir alors que Tery continuait de l’aider à se nourrir. Elise semblait avoir du mal à cette table, Royan la regardant en lui demandant quel était le problème. Elle bredouilla :

« Je ne suis pas certaine que je sois vraiment … dans cette position. Je suis plus habituée à être la personne qui serre les plats et non celle qui doit les déguster. Je m’excuse. »

« Allons jeune demoiselle, ne vous préoccupez pas de si peu. Vous êtes une compagne de route de notre petit-fils et vous avez toujours eut une aura bienveillante autour de vous, comme si vous étiez digne de confiance. » s’exclama Périk avec enthousiasme.

« Je ne suis pas vraiment sûre … que bienveillante soit le bon terme à utiliser. »

« Mademoiselle Elise, ce que vous êtes à l’extérieur ne reflète en rien ce que vous êtes à l’intérieur. Ne l’oubliez jamais, je vous prie. Vous risqueriez de regretter beaucoup de choses en vue de vos paroles alors que vous n’avez pas démérité depuis que vous êtes avec nous. Je peux vous le confirmer. »

« Merci beaucoup, prince Royan. Vos paroles sont réconfortes. »

« Cela me rappelle quelques contes d’antan. » murmura la vieille femme sans pour autant poser son regard sur le jeune prince et l’ancienne servante.

« Que voulez-vous dire par là, dame Jésiana ? » questionna aussitôt Royan, comme si ces paroles lui étaient adressées.

« Oh, seulement quelques souvenirs, rien de plus. Mon grand âge me joue parfois des tours. Cela fait partie des nombreuses légendes qui se trouvent inscrites sur papier dans notre bibliothèque. Rien de plus. Je vous confierai les livres correspondants avant votre départ bien que je ne pense pas que vous soyez sur ce dernier avant quelques temps, non ? »

« C’est exact. Du moins, pour ma part, je ne compte pas m’éloigner avant que ma mère ne soit rétablie, grand-mère. D’ailleurs, comment cela vas t-il se passer ? Est-ce que tu comptes t’installer ici, maman ? Ou alors retourner à Leskar ? »

« En vue de ma condition, je n’ai pas trop le choix. Mais je pense retourner à Leskar mais je reviendrais rendre visite à mes parents le plus souvent possible. »

« A la bonne heure ! Et vous mademoiselle … hum … non. Reine Manelena, c’est cela ? Vous n’avez pas ouvert la bouche depuis votre arrivée dans la bibliothèque ou presque. Est-ce que quelque chose vous déplaît ? »

« Vous pouvez m’appeler Manelena comme auparavant. Mon titre de reine ne correspond qu’aux personnes extérieures à celle du groupe auquel je fais partie. »

« Vous savez pertinemment que malgré ces paroles, nous ne pouvons réellement faire exception, n’est-ce pas ? »

« Comme vous le désirez alors … tant que certains ne s’amusent pas à m’appeler reine. »

« Oh ? Qui donc, reine Manelena ? » demanda Tery tout en rigolant.

« Fais donc le malin, Tery, tu ne voudrais pas le regretter plus tard, n’est-ce pas ? »

Pour toute réponse, il ne fit qu’hausser les épaules avec amusement. Bien entendu que non, il ne regrettait rien du tout. Mais il savait qu’elle parlait d’elle et donc il n’hésitait pas à s’en amuser. La preuve, c’est qu’il voyait la mine faussement agacée de la demoiselle aux cheveux argentés. Ah … Là, pour dire qu’il était heureux, il l’était !

« Bon, de toute façon, on va pas se disputer avec Manelena. Il faut que tout soit tranquille et zen. Ne vous préoccupez de tout ça. De toute façon, nous avons toute la journée et la soirée. J’ai des choses à apprendre sur ma mère quand elle était petite. »

Sourire mauvais aux lèvres, le jeune homme se frottait les mains d’un air maléfique en ricanant. Sa mère le regarda faire avant de lui donner un coup de poing sur le sommet du crâne. Pourtant ce fut elle qui poussa un petit cri de douleur.

« Aie, aie, aie, je me fais mal à cause de tes bêtises, Tery ! »

« Je devrais en profiter que tu ne puisses pas me martyriser, maman. De toute façon, j’ai mes grands-parents maintenant. En tant que tel, j’ai plus de vingt années à rattraper où je vais être chéri et choyé mais surtout protégé de ma mère tyrannique car mes grands-parents veulent absolument que je les adore. »

« Il a vraiment une imagination débordante. » déclara la vieille femme en regardant sa fille.

« Ah ça, je ne vous le fais pas dire, mère. J’ai l’impression qu’il est trop enjoué pour un rien. »

« Digne de son grand-père sur ce point ! » s’exclama Périk tout en rigolant longuement.
Le reste du repas se passa très tranquillement. Après s’être levés, tout le monde put profiter d’une balade dans le jardin derrière la maison. Néanmoins, alors qu’ils marchaient calmement, une secousse se fit sentir, Tery prenant appui fermement sur ses pieds pour ne pas tomber. D’une main, il avait réussi à éviter que sa grand-mère ne tombe. De l’autre, sa mère était toujours en sécurité. Mais voilà, ses bras avaient du mal à les garder contre lui et il vint les déposer sur le sol en s’excusant.

« Ce n’est pas grave, Tery. Tu en as déjà fait beaucoup aujourd’hui. »

« Oui mais pas assez. Et j’aimerai tellement que tout ça s’arrête. Je n’ai aucune idée de ce qui se passe. Il faudra retourner voir le grand archimage demain. »

« Oui, car ce soir, vous êtes tous nos invités. Ne vous inquiétez pas pour les chambres, nous en avons largement assez. »

Elen écoutait la conversation avec intérêt. Des chambres ? Hum, ce qui voulait dire que Tery et elle allaient en avoir une pour eux deux, non ? Puisqu’elle était officiellement sa petite amie ! Et même plus encore. Elle regarda le jeune homme avant de se rapprocher de lui, se plaçant près de son bras. Oui, il était à elle et inversement.

Chapitre 112 : Garder son calme

Chapitre 112 : Garder son calme

« Alors, comment est-ce que tu vas, Tery ? »

« Mieux qu’hier, moins bien que demain, je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Je sais même pas ce qui s’est passé exactement pour tout dire. Je suis vraiment confus. »

« Tu devrais rester dans la tour des archimages ou au moins dans Omnosmos, jusqu’à ce que tu sois parfaitement rétabli. De toute façon, tu n’as plus rien à faire dorénavant. »

« Si seulement, j’aimerai y croire, je dois vous avouer, grand archimage Ernold. » soupira le jeune homme aux cheveux bruns. Celui-ci était hors de la salle des soins, accompagné par le reste du groupe sauf Sérest et Séran. Il ne savait pas où ils étaient et il ne devait pas se sentir concerné normalement par tout ça.

« Enfin bref, Tery, tu es la bienvenue ici et tu peux te reposer autant de temps qu’il le faudra. C’est la moindre des choses. D’ailleurs, je remarque que les tremblements de terre sont moins nombreux depuis que tu es arrivé. Je ne sais pas si cela a une explication raisonnable. »

« Sûrement plus que le fait que ça soit ma présence qui ait calmé ces tremblements. »

Il tentait de sourire mais l’humeur n’était pas là. Elen était à ses côtés, il avait encore eut de mauvaises pensées. Pourtant, il dormait paisiblement à ses côtés mais à part ça ? Rien à faire, il avait toujours des idées malsaines et mauvaises en tête. Mais surtout, alors qu’il s’était voué un amour « sans faille » à Elen, voilà que quelques heures après, c’était déjà oublié. Qu’est-ce qui se passait avec lui ?

« Tery ? Peut-être devrais-tu aller prendre un peu l’air ? Mais revenez quand vous aurez terminé, ça sera mieux que de payer une chambre dans une auberge. »

« Peut-être qu’il vaut mieux que je reste ici. Je ne sais pas trop quoi dire ou faire … »

« Tery Vanian, il faut que tu sortes. Si tu restes enfermé dans un même endroit pendant des jours et des jours, tu n’arrangeras rien du tout. Nous allons lui faire découvrir la vie à l’extérieur, Ernold. Nous verrons si nous reviendrons. »

L’ancienne maréchale de Shunter ne cherchait même pas à s’expliquer par rapport à sa dernière phrase. Sans même mettre en valeur le titre du gnomold, elle regarda Tery comme pour l’inciter à confirmer ses propos.

« Ah … On va peut-être le faire en fin de compte. De toute façon, si je reste des heures sans rien faire, je risque de devenir fou. Au moins, ça ne peut me faire que du bien. »

« Hum … D’accord alors ! J’accompagne Tery ! Royan ? Elise ? Vous allez partir de votre côté ou vous voulez venir ? »

« Pour la sécurité de Tery, je pense que c’est mieux que nous vous accompagnions, oui. »

HEY ! Pourquoi est-ce qu’il disait ça ? Elen le fixa pendant quelques secondes pour comprendre où il voulait en venir mais rien à faire, elle ne voyait pas.

« Est-ce que tu peux expliquer pourquoi tu dis de telles paroles, Royan ? »

« Je ne pense pas que ça soit nécessaire, Elen. Tout est aisé à comprendre par soi-même. »

« Bien entendu, bien entendu … » murmura Elen en fronçant les sourcils. Pourquoi est-ce qu’elle avait attendu quelque chose de la part de Royan ? Néanmoins, elle ne chercha pas à tergiverser plus longtemps, se retournant vers Tery : « Nous pourrions aller à la bibliothèque, qu’est-ce que tu en dis ? Ca ne serait pas une bonne chose ? »

« Revoir madame Jésiana et messire Périk ? Bien entendu, moi je suis d’accord ! On y va quand ? Dès maintenant, non ? Le plus vite sera le mieux ! »

« Je savais que cela te plairait, Tery. Ne perdons pas plus de temps alors. Le plus tôt sera le mieux. Je suis sûre et certaine qu’ils sont impatients de te revoir. Cela fait tellement longtemps. En plus, avec tes soucis, tu n’as pas vraiment pensé à leur écrire. »

C’était exact. Même si le sourire disparut des lèvres de Tery, il devait avouer qu’elle avait raison. Comme il n’avait pas eut de réponse de sa mère, il avait pas envisagé de demander e l’aide au couple de la bibliothèque pour qu’ils puissent faire le nécessaire pour retrouver sa mère. Quel imbécile ! Ils n’étaient pas n’importe qui, ils auraient put aisément trouver une solution et ainsi résoudre pas mal de problèmes.

« Pourquoi est-ce que je n’y ait pas pensé plus tôt ? Oui, on va aller leur rendre visite dès maintenant ! Le plus tôt sera le mieux ! Dépêchons-nous. »

Le jeune homme avait retrouvé un certain entrain impossible à ignorer. Il passa une main sur son front, l’épongeant doucement pour vérifier qu’il allait bien. Quittant en premier la tour des archimages, il semblait tout simplement en parfait état, comme si tout ce qui était arrivé depuis plusieurs jours n’existait plus.

« Faites attention à vous quand même. Tery n’est pas rétabli complètement. »

« Nous le savons parfaitement, grand archimage Ernold. Quant à vous, vous n’avez aucune idée d’où pourraient se trouver Sérest et Séran par hasar ? »

« Nullement, ils ne m’ont donné aucune indication. Ils ont simplement signalé qu’ils restaient dans Omnosmos pour préparer quelque chose sans me donner plus de détails. »

Préparer quelque chose ? Manelena fronça les sourcils. Elle n’appréciait guère de telles paroles, surtout lorsqu’il n’y avait vraiment aucune information qui pourrait leur indiquer exactement ce que faisait le couple. Néanmoins, le sourire de Tery était réel et bien là : après quelques jours à être enfermé dans cette fichue tour, il était normal qu’il veuille prendre le large et surtout voir autre chose que les murs de la chambre.

« Avant d’aller à la bibliothèque, par contre, j’aimerai juste me promener dehors. »

« Tout ce que tu veux, Tery. Nous sommes là pour toi, aujourd’hui. »

« Euh … Peut-être pas à ce point, Elen. Je ne suis pas aux portes de la mort non plus. »

« Tu me permets quand même d’être contente de voir que tu vas bien, non ? »

Oui oui, bien entendu. Il fit un petit sourire alors que ses premiers pas à l’extérieur étaient plus laborieux qu’il ne le pensait. Aucune raison valide à ça et pourtant, il était là … pfiou … Pfiou … prendre un peu l’air, ça lui ferait le plus grand bien.
Et maintenant ? Regard à gauche puis regard à droite et voilà qu’il vagabondait dans les rues comme le ferait n’importe quel jeune homme de son âge. Malheureusement, avec les récents évènements, les rues étaient désertes ou presque. Tery pourtant ne chercha pas à s’en plaindre, continuant de marcher comme si de rien n’était.

« Que veux-tu faire avant d’aller à la bibliothèque, Tery ? »

« Peut-être voir dans les ruelles marchandes ? Acheter des fruits ou autres ? Car bon, je ne veux pas dire mais les repas que l’on donne aux personnes qui ont besoin de soin, ce n’est vraiment pas la choix, c’est même … hum … »

« Dégueulasse, Tery Vanian. C’est le mot que tu cherches. »

« Je ne sais pas si je peux me permettre de parler de la sorte, Manelena. Ce n’est pas vraiment mon genre, tu sais ? Je ne parle pas ainsi naturellement. »

« Arrête donc de faire la mijaurée. On te prendrait presque pour une fille. »

Bah, vu son état actuel, il n’en était pas si loin hein ? Encore que bon, une fille, vu les personnes qui l’entouraient, il n’était pas sûr que le terme « faibles » corresponde réellement à Manelena ou quiconque d’autre. Encore peut-être qu’Elise mais ça …

« A quoi est-ce que tu réfléchis, Tery ? Tu as l’air de faire un effort surhumain à l’heure actuelle. Tu veux en parler ou non ? »

« Pas besoin, Manelena. Ce n’est rien de bien important si tu veux tout savoir. »

« Moui … Justement, je veux tout savoir mais je ne suis pas sûre que tu me donnes entière satisfaction malgré ce que je te poserais comme question … donc non merci, Tery. »

Pfiou ! Il haussa les épaules malgré les paroles de Manelena. Il ne voyait pas où elle voulait en venir réellement mais il ne chercha pas plus à le trouver. Le plus important était surtout qu’il pouvait profiter du bon air de la capitale. Hum … En parlant de bon air, ce n’était pas vraiment aussi plaisant qu’il l’aurait cru.

« C’est étrange, comment ça se fait que ça sente aussi … mauvais ? Enfin, pas mauvais, mais il n’y a autant de bonnes odeurs que d’habitude. »

« Rien d’anormal, Tery Vanian. Je te rappelle qu’une bonne parties des citoyens d’Omnosmos sont parties à cause des tremblements de terre. »

« C’est vrai mais … toutes les parfumeries n’ont quand même pas fermé ? Il doit bien y en avoir une ? Ou des boulangeries pour l’odeur de pain frais. »

Maintenant, il commençait à regretter sérieusement de ne plus voir autant de monde que ça dans les rues qu’il pouvait considérer comme désertes. Faisant un peu la moue, le jeune homme accéléra le mouvement dans sa marche, murmurant :

« On devrait aller tout de suite voir nos deux vénérables personnes. »

« Je crois que si tu appelles madame Jésiana de la sorte, elle risque de te faire passer un sale quart d’heure, Tery. » lui dit Royan avec une petite pointe d’inquiétude. Héhéhé ! A entendre la voix de Royan, cela lui rappelait un peu comment il voyait sa propre mère. Il était vrai que madame Jésiana lui donnait un peu cette impression d’être comme sa propre mère mais en plus âgée, bien entendu. Pfiou … Peut-être éviter la comparaison en fin de compte ? Ca serait mieux s’il tenait à la vie, hahaha.

« Et tu retrouves maintenant ton sourire niais, tu es désespérant, Tery Vanian. »

« Manelena, tu ne peux pas la boucler un peu ? A toujours avoir une pique à dire à Tery ? On est là pour qu’il puisse profiter de sa sortie, pas pour le rabaisser en permanence. »

« Je peux aisément lui dire ce que je pense de lui sans que tu sois obligée de t’en mêler. Ce n’est pourtant pas compliqué à comprendre, Elen. »

« Non, tu n’es pas obligée de le dire aussi ouvertement. S’il t’emme … embête autant, tu connais parfaitement l’une des nombreuses sorties d’Omnosmos. Tu es une plaie pour tout le reste du groupe et je ne suis pas la seule à le penser, Manelena. »

« Ah bon ? D’autres personnes dans le groupe pensent cela ? Elles peuvent toujours dire leurs noms … car vous savez une chose ? Si je dois me préoccuper de ce que les gens pensaient de moi, je ne serai jamais ce que je suis maintenant. Tery n’est pas aussi stupide que toi, Elen. Il comprend le réel sens de mes paroles. »

« Ah bon ? Moi je comprends ça ? » demanda Tery en clignant des yeux, un peu surpris par les propos de Manelena. Celle-ci fit de même, levant les yeux au ciel avant de pousser un profond soupir de désespoir.

« Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi, Tery ? Dis-le moi. Il vaut mieux que tu laisses tomber. Je crois que j’en espérais trop. »

« Tu peux aussi me le dire, Manelena. Tu sais, je ne suis pas plus bête qu’un autre. Je suis sûr et certain que si tu m’expliques, je … »

« Si je t’explique, cela rendra le tout encore plus inutile. Je préfère encore que tu laisses tomber, comme à ton habitude, Tery. Ce n’est pas comme si c’était la première fois. »

Garder le sourire pour aujourd’hui. Il allait juste garder le sourire. Il savait pertinemment qu’elle ne pensait pas à mal à son sujet mais bon, ça faisait toujours un peu … mal au coeur justement. Après, peut-être était-ce cela qu’elle voulait dire ? Qu’il ne doit pas prendre en considération les propos de Manelena et continuer d’avancer comme si de rien n’était ?

« Tery, ne t’en fait pas, ce n’est pas important, c’est juste Manelena. »

« Tu peux éviter l’appelation « juste », Elen ? Ca n’arrangera rien du tout. »

Même s’il sait que ça ne sert à rien de lui demander de faire un effort, elle n’en fera pas. Que ça soit pour Manelena ou quelqu’un d’autre. Elle n’a toujours que lui en tête. Après une bonne heure à marcher, ils finissent par arriver devant l’imposant bibliothèque où Périk et Jésiana travaillaient. A son grand soulagement, elle était ouverte et surtout, les tremblements de terre ne semblaient avoir causé aucun dégât.

« Bon et bien … ne perdons pas plus de temps alors. »

Pénétrant à l’intérieur, il se sentait déjà bien plus rassuré. Sans réelle explication à ce sujet, c’était tout simplement l’ambiance. La bibliothèque n’était pas remplie par les citoyens amateurs de lectures mais quelques personnes étaient présentes. Alors qu’à l’extérieur, un certain zèle restait présent, ici, tout était calme.

« Ah … Qu’est-ce que c’est reposant en fin de compte, vous ne trouvez pas ? »

« Tery, fais attention à ne pas parler trop fort. Je te rappelle que madame Jésiana n’apprécie pas vraiment que tu lèves la voix dans ce lieu. »

« C’est correct, Royan. On va éviter de la mettre en colère dès notre retour. Je me demande d’ailleurs où elle est … et aussi messire Périk. »

Pas d’inquiétude, ils étaient sûrement dans l’une des rangées remplies de livres. C’est vrai hein ? Puis cette personne à l’accueil, il ne la connaissait pas mais ce n’était pas bien grave. N’est-ce pas ? Alors pourquoi est-ce qu’il se présentait directement à cette femme d’une quarantaine d’années, le visage inquiet.

« Bonjour … pardonnez-moi de vous déranger mais … »

« Ils ne sont plus présents, désolée. » répondit aussitôt la femme avec un désintérêt assez violent. Le jeune homme déglutit longuement, bredouillant :

« Mais attendez au moins que je pose ma question, non ? Ca ne serait pas mieux ? »

« Je n’en ait pas besoin car vous allez poser la même que tant d’autres. Ils ne sont plus là et je ne sais pas où ils sont passés. Voilà tout. »

« Bon … Je voulais y aller gentiment mais puisque l’on m’y force … »

« Tery Vanian, çe ne sert à rien de s’em … » commença à dire Manelena alors que Tery plaçait ses mains sur le bureau de l’accueil, les lignes d’Alzar se présentant sur celles-ci.

« JE VEUX VOIR MESSIRE PERIK ET MADAME JESIANA ! JE VEUX SAVOIR OU ILS SONT ET SI VOUS COMMEN… »

Le jeune homme s’arrêta subitement, un livre venant le frapper dans le dos du crâne. Un petit cri de douleur se fit entendre de la part de Tery, celui-ci gémissant ensuite en se frottant le dos. Aie aie aie, mais qui qui s’amusait à lui balancer des bouquins ?

« Vous êtes fou ou quoi ?! Si madame Jésiana était là, vous seriez déjà sur un bûcher ! »

« Ne te préoccupe donc pas de ce que je pense, jeune homme. Tu ferais mieux de t’inquiéter de ton propre sort si tu continues de crier dans une bibliothèque. Quant à ce livre, je me suis chargée de te l’envoyer d’une position bien précise pour ne pas l’abîmer. »

AIE ! Jeune homme ! Difficile d’ignorer le titre qu’on venait de lui donner. Surtout de la part d’une voix féminine assez âgée. Une voix qu’il arriva à reconnaître tandis que la femme à l’accueil de la bibiothèque s’exclama :

« Mais madame Jésiana, vous m’aviez dit de ne pas … »

« Nous déranger alors que nous nous occupions de notre invitée, surtout en vue des tremblements de terre mais … ceci est un cas assez spécial. Tery Vanian, tu viens devant moi et tout de suite. Compris ? »

Hey hey hey ! Depuis quand est-ce que la vieille femme lui donnait des ordres ? Surpris par le ton de Jésiana, il s’approcha d’elle, restant un peu inquiet. L’air sévère, la vieille femme semblait pourtant en pleine forme. Il fit un petit sourire en disant :

« Je suis content de voir que vous allez bien, madame … »

« Tu vas très vite me suivre, jeune homme. » coupa t-elle en le tirant par l’oreille. HEY ! Mais ça faisait mal ! Mais surtout, pourquoi est-ce qu’il se laissait faire ? Il regarda Elen et les autres mais aucun n’osa prendre la parole, ni bouger. Même Manelena paraissait étonnée par les événements. « Vous pouvez nous suivre. Je pense que cela vous concerne autant que lui vue que vous l’accompagnez depuis longtemps. »


La seconde phrase avait été déclarée pour le reste du groupe, celui-ci se mettant en marche alors que des regards se tournaient vers eux. Ils avançaient à travers les allées jusqu’à passer par une porte, puis une seconde. Maintenant, ils étaient dans des couloirs mais surtout, Jésiana n’avait pas lâché l’oreille de Tery.

« Aie, aie, aie mais ça fait mal ! Vous pouvez pas laisser mon oreille, s’il vous plaît ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Vous pouvez me le dire ? »

« Qu’est-ce que tu n’as pas fait plutôt, non ? Tu vas très vite le savoir. »

« Euh … Pourquoi je ne suis pas très rassuré maintenant ? Enfin, non, ce n’est pas ça le problème ! Vous ne pouvez pas lâcher mon oreille, s’il vous plaît ? J’ai l’impression d’être fautif de quelque chose dont je ne suis même pas au courant ! »

« Dis-toi que c’est exactement cela, jeune homme. Quelqu’un était morte d’inquiétude à ton sujet, surtout en vue des derniers événements. Tu as encore commis pas mal de bêtises, n’est-ce pas ? Et je parle pas de tes actions dans les autres royaumes. »

Alors de quoi est-ce qu’elle parlait ? Mais surtout, qui pouvait être inquiet à son sujet ? Est-ce qu’elle parlait d’elle-même pour ne pas être gênée ? Peut-être que oui, ça la rendait encore plus attendrissante à ses yeux. Enfin, hors de question de le dire à voix haute.

« Tu peux rentrer, Tery. Elle t’attend. »

Hein ? Qui pouvait donc l’attendre ? Il cherchait un prénom féminin en tête mais non, ça ne pouvait pas être Krawnia. C’était tout simplement impossible mais surtout stupide. Elle aurait put les accompagner si ce n’était que ça …

« Il est vraiment là … mon fils. Tery … »

Il s’immobilisa sur le coup. He… Hey. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Pourquoi est-ce que sa mère était là ? Pourquoi est-ce qu’elle était couchée dans un lit, couverte de bandages sur de nombreuses parties de son corps ? Elle semblait très affaiblie.

« M… Maman ? Mais … Maman ? Enfin … Maman ? »

« Tu peux te répéter quinze fois, ça ne changera rien du tout, Tery. Je reste la même femme. Tu peux venir dans mes bras ? Je suis désolée de ne pas avoir put te répondre plus tôt. »

« Tu crois vraiment que je dois te dire : « C’est pas grave, ne t’en fait pas ? » Je m’en fous des lettres ! Je veux juste savoir ce qui s’est passé. Et aussi, qu’est-ce que tu fais là ? »

« Allons, Tery. Tu peux laisse ta mère se reposer un peu ? Allons ailleurs. » dit une voix masculine alors que Tery tournait son visage vers celle-ci.

« Messire Perik ? Vous êtes là ? Mais …Je crois que j’ai besoin d’explications et oui. »

« Tu les auras. Tu ferais mieux de la laisser tranquille pendant que je te raconterais tout. »

« Hey hey hey … Est-ce que je peux au moins serrer mon fils dans mes bras ? Il n’aura rien à craindre, je ne vais pas lui briser les os. Je sens à peine les miens. » rétorqua la femme allongée dans le lit. Depuis quand est-ce qu’elle parlait ainsi à messire Perik ? Tery s’avança vers sa mère, venant embrasser ses joues avant de l’enlacer bien qu’il faisait attention à ne pas la faire souffrir en vue de son état.

« Tant que tu es vivante, maman, je suis content, ça me suffit. »

« « Est-ce que l’on peut le récupérer maintenant ? Que l’on lui explique tout car il semblerait qu’il n’ait pas tout compris. »

« Il s’agit de mon fils, il est naturellement un peu lent par défaut à tout saisir. »

« Hey ! Maman, pas devant messire Périk et madame Jésiana, je te prie ! Sinon, ils risquent de se moquer de moi. Déjà que madame Jésiana m’a tiré l’oreille pour m’emmener ici, j’en souffre encore un peu pour tout te dire. »

« Oh ? Elle a fait ça ? Vraiment ? Quelle vilaine grand-mère que tu as, Tery. »

… … … Le jeune homme resta stoïque pendant quelques secondes, assimilant la nouvelle information qu’il venait de recevoir. Qu’est-ce que sa mère venait de dire à l’instant ? Il avait besoin qu’elle répète cela. Jésiana était sa grand-mère ? Et … donc Perik son grand-père ?

Chapitre 111 : La tuer

Chapitre 111 : La tuer

« Son état ne s’améliore pas. Pour Elise, elle peut remarcher mais Tery … »

« Je ne sais pas ce qui se passe. Cela me paraît trop étrange. Il va falloir que l’on le garde près de chez nous car il se peut qu’il soit atteint par une maladie inconnue. »

« Vous plaisantez j’espère ? » s’écria Elen alors que tout le monde était hors de la chambre où Tery se reposait. Cela faisait déjà trois jours que le jeune homme n’avait pas bougé du lit.

« Malheureusement non, nous ne connaissons pas les symptômes de Tery et à partir de là, nous entrons en terres inconnues et donc, nous ne savons pas ce qui l’attend. »

Elen serrait les poings avec rage, sentant parfaitement qu’elle ne pouvait rien faire pour arranger les choses. Tery avait besoin d’elle et elle était tout simplement incapable de lui venir en aide. Son impuissance était telle qu’elle commença à se faire saigner les paumes de ses mains, ses ongles s’enfonçant dans sa chair.

« Elen ! Fais attention, on va aller bander tes mains. »

Elise avait rapidement remarqué le souci de la jeune demoiselle aux cheveux blonds, celle-ci se laissant faire avec réticence. La situation actuelle ne faisait qu’agacer de plus en plus Elen alors qu’Elise s’occupait de ses mains.

« Voilà, ça devrait aller beaucoup mieux maintenant, Elen. Tu ne crois pas ? »

« Ca n’ira pas mieux tant que Tery ne rouvrira pas les yeux. Pourquoi est-ce que nous sommes venus à Omnosmos ? Pour ce genre de résultats ? C’est bien ça ? »

« Tu ne dois pas te mettre en colère hein ? Je ne sais pas pourquoi c’est particulier chez Tery mais si cela a fonctionné pour moi, cela fonctionnera pour lui, tu ne crois pas ? »

« Je ne crois en rien en ce moment même … Elise. Je ne crois rien du tout. »

Et comment pouvait-elle lui dire qu’elle avait du mal à croire Tery maintenant ? Depuis … déjà plusieurs semaines, elle sentait qu’il était différente. Ou alors, c’était elle ? Peut-être que c’était elle qui était différente ? Elle n’en savait trop rien.
Tery n’envisageait peut-être plus d’avenir avec elle ? Depuis qu’il avait découvert qu’elle possédait les lignes d’Alzar ? Non, c’était plus profond. Ce n’était pas les lignes puisque Tery les possédait aussi. Et puis, entre lui, Manelena, Sérest et Elise, niveau lignes d’Alzar, ils étaient plus que servis. Encore que dans le cas de Tery et Elise, tout cela était uniquement à cause de leur corps démoniaque.

Mais … était-ce à cause d’elle ? Elle n’était plus assez bien pour Tery ? Peut-être qu’elle était trop effrayante pour lui ? C’était peut-être ça … oui. Elle prit une profonde respiration en fermant les yeux. Elle ne devait pas se laisser emporter par la tristesse. Mais elle ne pouvait pas nier qu’elle avait mal de voir Tery qui s’éloignait de plus en plus d’elle. Etait-ce le message que l’aigle tricéphale avait voulu lui donner avant de disparaître ? Ou alors parce qu’elle était impossible à contrôler lorsqu’elle s’emportait ?

Tellement de raisons pour expliquer qu’elle perdait Tery de jour en jour, sans même pouvoir empêcher cela. Et à côté … A côté … Elle voyait clair dans le jeu de Manelena. La demoiselle intouchable hein ? Son œil, oui !

Elle n’était pas stupide ou aveugle. Tery non plus. Est-ce qu’elle … ah … si au moins, Tery assumait tout ça. Est-ce qu’elle accepterait ? Non, non et non ! Elle n’acceptait pas la vérité ! Elle ne voulait pas que Tery parte ! Elle n’avait pas envie qu’il aille voir quelqu’un d’autre ! C’était pourtant aussi simple que ça à comprendre ! Aussi simple ! Et il n’y avait pas besoin de cinquante mille explications à ce sujet !

Elle aimait Tery malgré qu’il soit différent ! Elle aimait Tery et elle n’allait pas laisser une autre femme le lui prendre, même s’il s’ agissait d’une fichue reine de Shunter ! Son œil gauche devint rouge pendant quelques instants en fixant Manelena, un grognement sourd résonnant en elle alors que la femme aux cheveux argentés remarqua ce regard.

« Il y a un problème avec moi, Elen ? Tu as pas mieux à faire que de me regarder ? »

« Non, pas vraiment. Et toi, tu n’as pas un royaume à diriger ? »

« Je fais confiance à autrui pour cela. Je n’ai pas à m’en inquiéter pour le moment. La situation ici est assez grave pour que je doive rester dans les environs. »

« La situation actuelle ne nécessite pas ta présence. Tu n’es importante que pour ton royaume, Manelena. Et non, tu n’obtiendras pas de « reine » de ma part. »

« Je ne comptais pas en recevoir de toute façon. Et j’ai mieux à faire que de me lancer dans des disputes stériles et infantiles. »

Pour toute réponse, Elen fit une simple grimace. Elle n’avait pas tort sur le coup mais elle ne comptait pas donner raison à cette femme. Et puis quoi encore ? Le plus important était la sécurité de Tery mais … c’était à peine s’il était conscient.
Une demie-journée s’écoula et finalement, la soirée était déjà bien entamée. Isolé dans la chambre, Tery avait ses yeux ouverts, étudiant le plafond avec intensité. Quelque chose le perturbait mais il n’arrivait pas à mettre la main dessus.

« Je dois vraiment paraître plus qu’étrange aux yeux des autres. Elen a encore faillit se battre avec Manelena. Mais Elise … va bien, tant mieux. »

Même s’il n’était pas aussi proche d’Elise que Royan, même si elle était la dernière du groupe, si on ne comptait pas Sérest et Séran, elle restait pourtant celle qui était la plus à même de comprendre ce qu’il ressentait avec … le corps qu’il possédait.

« Je ne sais même pas si je peux me considérer comme un monstre ou non. »

L’éternelle question qui revenait dans son esprit. Chaque minute, chaque heure, chaque jour, il avait cette même interrogation qui continuait de parcourir son être. Ah … Et il n’avait malheureusement aucune réponse. Il commença à se lever : il était vraiment seul dans la pièce. Même Elen avait eut une interdiction de rentrer.

« Ca vaut mieux … sûrement, je crois … je ne suis pas sûr. »

Ça valait mieux car depuis l’instant où il s’était retrouvé devant les doubles portes, il était sûr … de ce qu’il avait entendu. Sûr et certain. Ce qui se trouvait de l’autre côté. La voix qui s’adressait à lui pendant quelques temps avant de disparaître pour plusieurs jours voire semaines. Et là ? Elle était revenue, plus forte, plus puissante. Il pouvait l’entendre de tous les côtés. Elle était omniprésente.

« Tu sais ce qu’elle est. Tout ton sang bouillonne à cette idée, n’est-ce pas ? »

« Vous ne voudriez pas me lâcher s’il vous plaît ? J’en demande pas plus que ça, quoi ! »

« Tout t’oppose à cette engeance. Elle n’est faite que pour une chose : être tuée. Tu la tueras de tes propres mains, sans aucune hésitation … car tu es un démon, comme moi, comme nous. »

« Cessez-ça ! Arrêtez de me parler dans le crâne ! »

Il n’ouvrait pas la bouche. Il ne faisait que penser, cherchant à voir si converser de cette manière lui permettrait d’obtenir une réponse de cet être qui se permettait de lui parler dans son crâne. Mais rien à faire, cette voix … était comme inscrite en lui. Elle répétait à chaque fois le même message, les mêmes paroles. Parfois, il y avait une différence. Elle se montrait plus insistante, plus autoritaire … et il avait l’impression d’y succomber.

« Je ne tuerais pas Elen … que vous le voulez ou non. Je l’aime. »

« Non. Tu ne l’aimes pas. Elle n’est qu’un objet que tous les démons cherchent à s’approprier car ils connaissent son utilité. »

« Je vous interdis de mettre en doute mes sentiments ! »

« Mais n’es-tu pas le premier ? Tu sens à quel point elle n’est pas celle que tu désires. Il y a une autre femme, plus proche, plus véritable, qui a les mêmes sentiments que toi. Elle est parfaite pour que tu engendres une descendance avec elle. »

« Ce n’est pas le cas ! Arrêtez de tourner dans ma tête ou alors, je risque de vraiment … »

« T’emporter, c’est le mot que tu voudrais dire, n’est-ce pas ? Pourtant, imagines donc les enfants que tu pourrais avoir avec elle ? Elle possède les lignes de ce créateur trop présomptueux, celui qui a donné vie à notre race avant de comprendre que cela causerait sa perte et celle de son opposée. Quel idiot : il a voulut croire qu’il était possible que deux êtres dont l’existence même les sépare puissent s’aimer. Il en est de même pour cette femme et toi. »

« La ferme ! Bouclez-là et lâchez-moi ! Je n’ai pas envie d’entendre votre foutue voix ! »

Surtout qu’il en était sûr maintenant : cette voix pouvait communiquer avec lui. Elle était capable de lui répondre et de l’inciter … à tuer Elen. Il était vrai que ces derniers temps, depuis le phénix peut-être, il doutait de son amour envers Elen mais … non. C’était Elen, il était convaincu qu’il était possible pour elle et lui de s’aimer. Même si cette voix voulait lui prétendre le contraire et qu’il avait plus de chances avec Manelena.

« Je suis là pour que tu évites de te tromper de voie, Tery Vanian. Tu n’as pas à changer de chemin. Ta route est déjà tracée, tu le comprendras bientôt. »

« C’est bien pour cela que je renie de telles choses. Vous ne pouvez pas me forcer ! »

Plus aucune réponse de la part de la voix. Celle-ci semblait avoir totalement disparu de son esprit alors qu’il marmonnait quelques paroles. Il était las, tellement las par cette situation. Il n’avait aucune idée de ce qu’il voulait faire, de ce qu’il devait faire. Il avait juste envie de se reposer et de ne rien faire d’autre.

« Je ne vais pas commettre ce qu’il me dit ! Je ne suis pas comme ça ! »

Alors pourquoi est-ce que sa voix est chevrotante ? Est-ce que dans sa tête, il a déjà envisagé ce cas précis ? Pourquoi est-ce qu’il avait pensé à la mort d’Elen ? ABSURDE ! Tout ça à cause de cet être qui lui adressait la parole dans sa tête !

« Je vais retourner me coucher … je sais que je n’aurais pas dû me lever. »

Il poussa un léger soupir désabusé avant de se retourner … pour faire face à Manelena. Il se frotta les yeux, remarquant qu’elle n’était plus présente maintenant. Qu’est-ce que … Il avait maintenant des visions ? Il était fatigué, visiblement très fatigué. C’en était à ce point pathétique, c’est bien ça ? Il était pathétique à un tel niveau que ça en devenait risible ?
« Qu’est-ce que tu fais debout, Tery Vanian ? »

« Normalement, tu n’es pas autorisé à te lever, mon tendre amour. »

Hein ? C’était Manelena qui venait … non. C’était Elen. Elen était à côté de Manelena, à sa hauteur. Il avait les deux femmes en face de lui. Il se frotta les yeux, comme pour voir s’il était en train de rêver. Il y avait de fortes chances que ça soit le cas. Il rêvait … et c’en était parfaitement risible. Comment est-ce qu’il pouvait rêver à ce point ?

« Je fais vraiment des rêves bizarres et … »

« On va te ramener dans ton lit, Tery Vanian. JE vais te ramener dans ton lit. Si tu veux, tu pourras partager ma couche. Je sais que la chaleur humaine est parfaite pour guérir les maux. » déclara Manelena avant de se placer auprès de lui pour prendre son bras.

« Tery n’a besoin que d’une seule personne : moi-même. Disparais de notre champ de vision, charogne sentimentale. Tu n’as qu’à aller te présenter devant tes sujets. Il y aura bien un gueux pour attirer ton attention. Tu en as l’habitude, non ? » répondit Elen avant de faire de même.

« Euh, les filles, ne vous disputez pas. C’est juste ridicule de se battre pour … »

« Et si je t’arrachais les yeux, monstruosité incapable d’être définie par les dieux ? »

« Et si je te tailladais tes lignes d’Alzar pour montrer à quel point tu es inutile sans elles ? »

« Mais vous allez arrêter ? Vous vous écoutez toutes les deux ? »

Mais rien à faire. Il se sentait tiré des deux côtés … et aucune douleur pour autant. Il cligna des yeux pendant plusieurs secondes et voilà que Manelena était disparue. En face de lui, Elen était présente, ne portant que son simple justaucorps moulant.
C’était la première fois qu’il avait vue Elen … Il avait remarqué toute sa féminité à ce moment précis, lorsque cette cape était tombée, lorsque son masque s’était brisé. Il avait compris ce qu’était le coup de foudre. Cette frappe en plein coeur qui l’avait atteint. Il n’avait jamais voulu le lui dire, même encore maintenant, mais c’était à ce moment précis qu’il en était tombé amoureux. Mais voilà, si elle avait décidé de ne jamais se montrer, est-ce qu’il aurait quand même réussi à l’aimer ?
S’il n’avait jamais su qu’il s’agissait d’une fille ? Il … avait des sentiments pour Manelena, il ne pouvait pas les cacher éternellement … et tout le monde s’en doutait. Mais à côté, malgré les découvertes sur Elen, il était sûr et certain que c’était …

« Elen ? C’est quoi cette tâche de sang au niveau de ton ventre ? »

Il cligna des yeux alors qu’elle s’était rapprochée de lui. Un sourire aux lèvres, du sang s’en écoulant, il constata que sa main droite était recouverte du liquide rouge ? Lui … Lui ? LUI ! Il attrapa Elen mais alors qu’il voulait la prendre dans ses bras, ses mains s’étaient jointes autour du cou de la jeune femme. Il était en train de l’étrangler !

« Non … Non … NON ! JE NE VEUX PAS ! »

Mais pourquoi alors que ses mains serraient avec plus de force ? Pourquoi est-ce qu’il n’arrivait pas à ouvrir ses mains ? POURQUOI EST-CE QUE TOUT CA ETAIT IMPOSSIBLE ? Il ne voulait pas ! Il ne voulait pas de ça ! NON !

« Tery ! Je suis là ! Je suis là, c’est bon ! Je suis là … »

La voix d’Elen ? Les yeux embrumés par les larmes, il voyait Elen qui était auprès de lui. Elle était vivante, elle était vraiment vivante. Elle était là … Il était debout dans la chambre. Elen l’avait pris dans ses bras pour le serrer avec force.

« El… Elen … Tu es réelle ? El … Elen, tu es pas morte ? »

« Je suis vivante, plus que vivante, Tery. Mais qu’est-ce que tu fais debout ? Tu devrais être couché, vu ton état. Viens, je vais te ramener dans ton lit. Cet endroit est vraiment horrible. »

« Je pensais … je pensais vraiment t’avoir perdue, Elen. J’ai fait un cauchemar, je crois. Je te tuais … je te tuais complètement ! »

« Et pourtant, je suis vivante. Je n’aime pas Omnosmos, je n’aime pas cette tour des archimages et j’ai l’impression que ces portes démoniaques sous nous te rendent dingues. Viens donc par là, Tery. »

Elle le serrait tendrement contre elle avant de l’emmener dans le lit. Néanmoins, cette fois-ci, il n’était pas seul et elle plaqua la tête du jeune homme contre sa poitrine. Ses mains caressèrent les cheveux et le haut du dos de Tery avec une certaine tendresse.

Elle entendait la respiration coupée du jeune homme contre son sein. Elle releva un peu le visage de Tery mais celui-ci avait les yeux fermés, les larmes encore présentes sur son visage. Elle déposa un baiser sur son front, comme le ferait une mère à son enfant.

« Je crois que le quota d’émotions pour la soirée a été atteint. »

« Elen … Snif … Elen … Ah … Elen … Elen … »

Il répétait sans cesse le nom de la jeune femme. Elle aurait put en profiter mais l’état émotionnel du jeune homme l’empêchait d’imaginer autre chose. Elle n’allait rien faire qui allait emmener Tery dans un état pire que maintenant.

« Pauvre chou. Mon petit Tery à moi. Je suis là pou te protéger de ces êtres infâmes. »

Et ces personnes qui tentaient d’abuser de la gentillesse et de la candeur de Tery sur certains points. Elle n’était pas aveugle, pas du tout. Elle regardait juste la chevelure brune de l’homme qui était tout pour elle dans sa vie.

« Tery Vanian … tu es tout simplement à moi, rien qu’à moi et à personne d’autre. »

Elle utilisait son nom de famille et le possessif … car la réciproque était vraie. Tery possédait chaque parcelle de son corps. De la pointe de ses cheveux jusqu’au bout de ses doigts de pied. Elle était là en intégralité pour lui. Elle n’avait jamais désiré un autre homme de toute sa vie. Peut-être était-ce à cause de ce côté démoniaque ? Peut-être qu’elle était sous son pouvoir ? Elle eut un petit rire avant de dire :

« Tu m’as envoûtée, Tery. Tu devrais avoir honte d’abuser de moi. »

Maintenant qu’il dormait, elle déposait un tendre baiser sur ses lèvres. Le plus important … était qu’il se repose. Main sur le coeur de Tery, l’autre était sur le dos du jeune homme pour le garder auprès d’elle. Qu’importe ce que disaient Manelena et les autres, elle savait qu’elle était nécessaire à Tery pour qu’il ne perde pas la raison. Vouloir la tuer, elle ? Folie pure.

« Tery ne voudra jamais ma mort. »

Et elle-même ? Est-ce qu’elle voulait le tuer ? Si un jour, il devait se retourner contre elle … ou inversement ? Qu’elle devait l’éliminer pour la sécurité de ce monde ? Elle connaissait déjà la réponse. Elle irait l’emmener à la mort … mais dans ce cas précis, il ne serait pas seul. Elle chuchota tendrement :

« Je te rejoindrai dans la mort si cela doit arriver, Tery. »

Une mort certaine. Elle n’allait pas le laisser seul dans l’autre monde. Ah … Pourquoi est-ce qu’elle pensait à des choses aussi horribles ? Hum … Car elle n’allait peut-être pas bien dernièrement. Elle prit une profonde respiration avant de venir tout simplement se coller de plus en plus à Tery, jusqu’à sombrer dans le sommeil de son côté. Pendant la nuit, les deux corps s’étreignirent sans interruption, chacun cherchant du réconfort dans l’autre, se murmurant quelques mots doux bien que les deux personnes dormaient profondément. Au moins, Tery semblait s’être finalement apaisé après ses dernières crises.

Lorsqu’il se réveilla le lendemain, il n’avait plus aucun mal de crâne ou autre. Tout allait parfaitement … bien trop au goût du jeune homme. Pourtant, malgré la sueur et les vêtements qui collaient, il savait pourquoi il allait beaucoup mieux.

Elen était collée à lui et le bruit produit lorsqu’il chercha à se détacher à cause de leurs vêtements conjoints était assez horrible à entendre. Pourtant, il avait un léger sourire aux lèvres avant se mettre une main sur son front :

« Je suis vraiment dans un sale état … c’est assez pathétique quand on y réfléchit bien. »

Après avoir vérifié comment il allait, il plaça sa main sur la joue d’Elen pour ensuite aller l’embrasser. Ainsi, il était certain qu’elle se réveillerait. Comme prévu, les yeux bleus de la demoiselle s’ouvrirent avec lenteur, le regardant pendant quelques instants.

« Comment vas-tu, Tery ? Hum … Ca faisait bien longtemps que je ne m’étais pas endormie aussi paisiblement contre toi. »

« Tu veux dire quelques jours, c’est bien ça ? »

« Ne sois donc pas moqueur, Tery. Je suis vraiment très sérieuse dès qu’il s’agt de ton état de santé. Je n’ai pas envie de prévenir les autres, je suis désolée. »

« Tu n’es pas obligée de le faire. De toute façon, un soigner passera sûrement d’ici quelques minutes ou heures pour vérifier que je vais mieux. Il est déjà venu, j’imagine. »

« Je me demande ce qu’il a pensé de notre position. » murmura Elen d’un air taquin.

« Que j’étais vraiment très chanceux et qu’il va sûrement m’en vouloir pendant plusieurs années, ce n’est pas ça la bonne réponse ? »

« Hum … Vil flatteur mais je vais te l’accorder. Et la plus chanceuse entre nous deux, c’est moi. J’ai réussi à obtenir ton coeur alors même que tu veux ma mort. »

Le sourire du jeune homme disparaît aussitôt. Comprenant qu’elle venait de dire des paroles horribles, la demoiselle aux cheveux blonds commença à remuer dans le lit, bredouillant :

« Ce que je veux dire par là, c’est qu’après ce que tu m’as dit hier, cela pouvait paraître perturbant mais que je n’ai rien à craindre car je sais que tu ne me feras aucun mal ! »

« Tant mieux … car c’est vrai. C’est juste que depuis que nous sommes à Omnosmos … j’ai vraiment cette impression que tout est fait pour me donner la migraine. »

« Ma proposition en colère … enfin, d’hier, elle tient toujours. On peut quitter Omnosmos quand tu veux, Tery. »

« Il y a encore des choses à faire, Elen, je suis désolé mais … ce n’est pas possible. »

Elle ne le forçait pas à partir dès maintenant ! Juste que si les crises reprenaient, elle n’aurait … aucune hésitation à l’extirper de cet endroit.