Chapitre 59 : L’expérience contre la fougue

Chapitre 59 : L’expérience contre la fougue

« Perdre son calme est dangereux dans un combat, Earnos, tu devrais le savoir. »

« Je ne perds pas mon calme, je ne fais que réagir à tes attaques incessantes mais maintenant, ça va être terminé ! Je vais me débarrasser de toi ! »

Bien entendu, bien entendu. L’homme ne semblait guère réellement convaincu de ce que le Dardargnan était en train de dire. Non, il attendait tout simplement qu’Earnos s’élance au combat sans même se préoccuper de garder son calme ou non. D’ailleurs, Earnos voulu planter ses lances dans le corps de Walane mais celui-ci fit un mouvement sur le côté.

« Tu es trop lent, Earnos. Malgré mon âge, je remarque que la vitesse n’a jamais été ton fort. Nous savons aussi bien l’un que l’autre que tu es surtout très résistant et endurant. La preuve en est avec les blessures causées par mes dards qui semblent ne faire aucun effet sur toi. »

Le jeune homme ne répondit pas, tentant une nouvelle attaque sur son père sans y arriver. Il n’arrivait pas à le toucher ! C’est vrai … Son père avait toujours été très agile et rapide ! Impossible à toucher ! Mais ça ne changeait rien ! RIEN DU TOUT ! Il allait l’atteindre !

« Si je t’attrape, père, tu risques de le regretter amèrement ! »

« Tu ne m’attraperas pas, tes actions sont futiles comme le fait que vous soyez venus très nombreux. Regarde donc ça … Tu es incapable de gagner. Et si je décidais maintenant d’accélérer un peu le rythme encore ? » signala le Dardargnan.

Accélérer le rythme ? Comment ça ? L’homme aux cheveux blonds disparut de la vue d’Earnos jusqu’à se retrouver dans son dos. Il lui donna une petite tape dans la nuque, l’adolescent poussant un cri de surprise avant de se retrouver à genoux.

« Tu es peut-être très résistant mon fils mais tu ne peux rien faire si on s’attaque à l’intérieur même de ton corps. Pourquoi penses-tu que je suis un général, Earnos ? »

« Car tu es le meilleur ami du roi ! Tu crois que je ne le sais pas ? Sinon, tu n’aurais jamais retrouvé ton poste ! Mais je ne me laisserai pas faire ! MÊME SI C’EST TOI ! »

Même si c’était lui ? Tant mieux alors. Il avait besoin de plus de volontés s’il voulait atteindre son objectif. Le jeune homme aux cheveux blonds se redressa, commençant à accélérer son rythme comme l’avait fait Walane.

« Oh ? Tu comptes me battre sur le plan de la vitesse ? Earnos, je suis déjà plus rapide que toi à la base, tu devrais le savoir. Si nous allons de plus en plus vite, jusqu’à nos capacités maximum, tu seras quand même celui qui perdra. »

« Nous verrons bien cela ! Tu es vieux, il sera plus simple de te battre car tu ne pourras jamais tenir la distance par rapport à moi ! Tu t’épuiseras plus vite que moi ! »

« HAHAHA ! Oui, bien entendu, c’est le cas. Mais il suffit juste que je te batte avant pour que tout ce que tu envisages soit brisés. Qu’est-ce que tu en penses ? » demanda le général, gardant son sourire calme et serein devant son fils qui perdait contenance mais surtout son calme. Le Dardargnan était là, face à son père, réfléchissant à comment le battre. AH ! Il avait une idée ! Mais il n’était pas sûr que cela marche !

Il accéléra le rythme de ses pas, cherchant à entourer Walane qui restait parfaitement immobile. Puis soudainement, Walane le stoppa, mettant une main au niveau du cou de son fils avant de le projeter au sol quelques mètres plus loin.

« Je t’avais pourtant mis en garde, Earnos. Pourquoi n’as-tu pas écouté mes paroles ? »

« Car je ne compte pas me laisser faire de la sorte ! »


L’impertinent. Mais bon, il le voyait se relever comme si de rien n’était malgré l’attaque qu’il venait de subir. A côté, le vieil homme n’avait pas encore été touché. Celui-ci fit d’ailleurs un petit mouvement en direction de son fils avant de pousser un gémissement de douleur.

« Qu’est-ce que … Des pics ? » dit le général en posant ses yeux en direction du sol. Des pics violets ? Le jeune homme éclata de rire avant de dire :

« Des pics empoisonnés ! Maintenant, c’est fini pour toi, père ! Tu ne peux plus rien faire ! Tu es perdu et tu le sais parfaitement ! Abandonne le combat et vas donc te soigner ! »

« Et si je n’ai pas besoin d’abandonner le combat pour me soigner ? » déclara le général avant d’éclater de rire une nouvelle fois. L’une de ses lances redevint une main normale jusqu’à ce que l’un de ses doigts ne s’allonge. Il planta l’un de ses doigts dans sa jambe gauche puis sa jambe droite.

« Qu’est-ce que tu viens de faire, père ? Ce n’est quand même pas … »

« Tu n’espères quand même pas être le premier à faire une telle chose pour m’empêcher d’utiliser ma vitesse, n’est-ce pas ? Ah … Mon fils, tu as tant à apprendre si tu veux espérer m’arrêter. Contrairement à toi, j’ai les capacités pour te stopper. »

Ce n’était pas possible ! Pas après ce qu’il venait de faire quand même hein ? Il n’était pas sûr d’y arriver ! Il n’était plus aussi sûr … Mais … Mais … Il revoyait son père qui s’avançait tranquillement, repoussant les rares rebelles qui n’étaient pas occupés à combattre contre les soldats avec une certaine facilité.

« Ne crains rien. Comme signalé, je ne compte pas te tuer mon fils … si tu te laisses faire. »

« Je préfère encore mourir plutôt que de rester en prison ! Si je meurs, je la rejoindrai ! Mais il est hors de question que je trépasse sans savoir emporter le roi avec moi ! »

« Tu n’auras guère réellement le choix. » déclara le Dardargnan, un sourire aux lèvres.

« Ah oui ? C’est ce qu’on verra ! JE NE ME RETIENS PLUS ! »

En fait, c’était déjà le cas depuis le début du combat mais il voulait impressionner son père ! Le problème ? C’est que tout cela était particulièrement inefficace ! Il le voyait bien ! Il n’arrivait pas à battre son père ! Ni même tout simplement à le toucher ! Il en avait marre ! IL ALLAIT Y ARRIVER OUI OU NON ? IL DEVAIT LE FAIRE !

« Earnos … Sincèrement, est-ce que tu penses réussir à abattre le roi ? Avec une puissance aussi faible ? Si tu n’arrives pas à me toucher, n’espère même pas atteindre le roi. »

« J’Y ARRIVERAI ! J’Y ARRIVERAI ! J’Y ARRIVERAI ! »

Les rebelles comme les soldats ne se préoccupaient pas du père et du fils. Ils étaient seuls dans cette bulle, seuls à se battre l’un contre l’autre. MAIS IL S’EN FICHAIT ! Il allait l’emporter ! Il allait battre son père pour savoir qui …

« Si tu veux que je sois sérieux, c’est gagné, Earnos. Je vais te considérer à ta juste valeur alors. » déclara l’homme aux cheveux blonds, mettant les lunettes rouges devant ses yeux. Earnos fit quelques pas en reculant, un peu étonné.

« Vas-y, je t’attends ! Tu ne sais pas ce qui risque de t’arriver si je combats ! »

Il devait se donner une certaine contenance. Il n’avait pas à avoir honte … PAS DU TOUT ! Ce n’était pas rien … Ce n’était pas n’importe qui qu’il affrontait ! C’était le chef de l’armée ! C’était son père ! Mais il tremblait, il tremblait de rage et de peur. Son père était beaucoup trop fort, bien plus fort que lui, bien plus expérimenté, bien plus …

« Comme tu le désires. Accélérons le rythme alors. »

Accélérer le rythme ? Il allait se déplacer encore plus vite ? Mais comment était-ce possible ? Même les Yanmegas ne pourraient sûrement pas aller plus vite ! Il exagérait sûrement mais … mais … Ah ! Il devait faire attention ! Où est-ce que son père se trouvait ?

« Earnos … Je suis désolé … Je ne sais pas si tu vas mourir sur ce coup mais comme tu ne veux pas abandonner le combat, je vais devoir y mettre toutes mes forces. »

LA VOIX VENAIT DE DERRIERE LUI ! Il se retourna au dernier moment, apercevant les deux lances qui se dirigeaient vers lui à toute allure. ZUT ! ZUT ! Ça allait faire très mal et … La lance n’arriva jamais à son ventre, Walane s’étant immobilisé.

« Ah … Tu avais peut-être raison dans le fond … »

« Père ? » bredouilla le jeune homme aux cheveux blonds, remarquant que le Dardargnan se tenait le cœur dans une main.

« Je ne suis plus tout jeune malheureusement. Je n’aurai pas dû faire autant d’efforts. »

« Tu as alors perdu, père. » déclara le jeune homme aux cheveux blonds, présentant sa lance au niveau du ventre de son père.

« Hahaha … Tu penses vraiment qu’un petit malaise suffira pour m’arrêter ? »

« TU NE PEUX PLUS TE BATTRE ! LA PREUVE ! » hurla le jeune homme, n’hésitant qu’un court instant avant de planter sa lance dans le ventre de son père. Un court moment d’hésitation qui suffit à Walane pour parer le coup avec sa propre lance, gémissant de douleur. Il fit un tendre sourire à son fils, remarquant les larmes dans ses yeux. Il sentait qu’il n’avait jamais voulu ça … mais qu’on lui y obligeait depuis le début.

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