Chapitre 11 : Traîtres

Chapitre 11  : Traîtres

« Vous avez compris, vous tous, hein ? Hors de question de laisser les démons derrière nous. Ce village n’a rien fait. Si les gnomolds sont présents, c’est bien parce qu’ils nous ont suivi. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser d’autres mourir pour nos erreurs ! »

Ce n’était pas vraiment un cri de guerre mais ce n’était pas ça le plus important. Le message était bien passé aux oreilles de tout le monde. Les fortifications étaient là, elles n’étaient pas des plus solides mais cela devrait faire l’affaire.

Mais en voyant le nuage de poussière qui commençait à se soulever, elle savait que les gnomolds arrivaient. Et visiblement, ils n’étaient pas là pour faire la conversation. Non, ils avaient aperçu le village et ils n’hésitaient pas un seul instant. En entendant les cris de guerre, qu’elle, Elen et Royan connaissaient pour les avoir si souvent entendus, elle eut un léger frisson. Dire que quelques temps auparavant, ils combattaient ensemble.

« On ne peut pas changer la nature profonde d’une créature. »

Il valait mieux se dire ça. En demandant à l’un des démons spécialisés dans la reconnaissance le nombre de gnomolds qu’il voyait, elle comprenait que les gnomolds étaient bien moins nombreux qu’eux. Mais voilà, si le nombre avait une quelconque importance, cela se saurait. Dans le cas des gnomolds, ils valaient bien plusieurs soldats entraînés. Du moins, s’ils étaient parmi les meilleurs de leur race.

« ATTENTION À CHAQUE MOUVEMENT DE LA PART DES ENNEMIS ! »

Oui, cette fois-ci, c’était Royan qui avait intimé l’ordre, tendant la main droite pour signaler que c’était l’heure de se préparer à la « réception » des dégâts qu’ils allaient subir. Il fallait juste que son armée comprenne que cela ne servait à rien de chercher à lancer une attaque avant qu’ils ne soient à portée.

D’ailleurs, le point qu’il ne fallait pas oublier, c’était la petite surprise qu’ils réservaient à ces gnomolds. Les premiers arrivèrent non-loin des fortifications de fortune … mais se retrouvèrent subitement engloutis par le sol, des pieux enfoncés dans leurs chairs. Malgré leur résistance propre aux blessures, la plupart des gnomolds tombèrent sans se relever.

Les autres ? Ils utilisèrent la magie pour se débarrasser des pièges, blessés salement pour certains mais toujours capables de se battre. Elise fit un petit claquement de la langue dédaigneux, marmonnant :

« Je pensais que nous en aurions eu bien plus de la sorte. Je me suis visiblement bien trompée à ce sujet, ça m’apprendra. »

« Nous en avons déjà éliminé une partie, Elise. Maintenant, il va falloir se préparer à la confrontation directe. Que ceux armés de boucliers passent devant les autres ! S’ils tentent de nous avoir à distance via des sorts, il faudra bien se lancer dans une confrontation directe. »

« Je vais m’en charger de mon côté ! Je vais guider nos gars ! Elen peut continuer ses attaques à distance non ? Avec son arc, elle peut faire pas mal de choses pour nous soutenir ! Et puis, elle n’est pas seule pour attaquer donc ça devrait passer ! »

Oui, ils pouvaient compter sur un soutien à distance alors qu’elle observait son épée et son bouclier. Ah… Dire que c’était avec ça qu’elle avait combattu aux côtés de Tery. Rien à redire, elle aimait Royan mais Tery lui manquait grandement.

Quittant les fortifications, accompagnée par de nombreux démons et soldats, elle s’élançait au contact des gnomolds. Finissant ceux qui avaient réussi à s’extirper des pièges, elle ne se privait pas pour les tuer, quitte à ce que ça soit dans le dos.

« N’hésitez pas à les tuer à plusieurs s’il faut ! Ce n’est pas le moment de faire dans le courage et dans l’honneur ! »

Oui, l’honneur, c’était bien… mais ce n’était pas ça qui permettrait de survivre dans un combat contre les gnomolds ! D’ailleurs, certains s’arrêtaient, surpris de la voir. Hmm, c’était bien ce qu’elle pensait. Ces gnomolds étaient au courant de leur présence dans ces lieux. Elle hurla en direction des gnomolds les plus éloignés :

« QU’EST-CE QUE VOUS FAITES ICI ?! LE PRINCE ROYAN A POURTANT DÉCLARÉ QU’IL N’Y AVAIT PLUS À ATTAQUER LES DÉMONS ! »

« Démone ! C’est la démone qui accompagne le roi de Traslord ! Ce sont des traîtres ! NE LAISSEZ AUCUN VIVANT ! »

D’accord. La conversation avait été aussi vite écourtée qu’elle n’avait été lancée. Elle se serait doutée que ce n’était pas des envoyés d’Ernold ou même des gnomolds comme ce Rokar. Ce dernier avait fait preuve d’une certaine intelligence contrairement à bon nombre de ses semblables.

Mais avec tout ça, elle surveillait les villageois qui se mêlaient à la bataille. Certains reculaient, effrayés, leurs armes tremblotant dans leurs mains. Il fallait s’en douter, ils n’étaient pas habitués à de telles créatures.

Il y avait bien des monstres plus horribles visuellement que les gnomolds dans le monde souterrain mais à la différence de ces derniers, ils n’avaient pas ce regard de prédateur haineux, comme s’ils étaient à l’origine même de ce sentiment de rage à leur encontre.

« Rappelez-vous ! Protégez un maximum de villageois même parmi ceux qui combattent ! Montrez-leur ce que vous valez ! »

En leur indiquant de se valoriser aux yeux des plus démunis, elle espérait exacerber légèrement leur vanité de noble … oh et leur côté un peu chevaleresque. Un soldat se devait de protéger les plus faibles, cela devrait être la norme. Mais que ça soit à la surface comme souterrain, les êtres les plus forts abusaient de leurs pouvoirs sur les plus faibles.

C’était pourquoi elle était là. Même si bon nombre de nobles ne la considéraient pas comme légitime au titre de princesse du royaume souterrain, aux côtés de son père l’empereur Malark, elle espérait montrer à ceux qui combattaient à ses côtés ce qu’elle valait… et que la noblesse n’était pas qu’un titre dont on se vantait… mais aussi des responsabilités.

« On dirait bien que j’ai pris exemple sur Manelena, moi. Je suis pas mieux que Royan. »

Un petit rire quitta ses lèvres au moment où elle enfonçait son épée dans le corps d’un gnomold, des flammes parcourant la lame pour faire flamber la créature poilue et bossue. C’est vrai ! Si Royan avait pris un peu exemple sur Tery, elle devait avouer qu’en ayant appris qu’elle était une princesse, le seul exemple qui lui venait à l’esprit était Manelena.


Et quel exemple hein ! Une poigne de fer, un coeur plus tendre qu’il n’y paraissait. Des décisions parfois dures mais nécessaires. Elle avait toujours montré que le bien de son peuple passait avant le reste, quitte à devoir prendre des choix difficiles comme avec son père. Même si dans ce cas précis, le destin… et deux foutus démons avaient décidé de s’en mêler.

Ces démons qui étaient responsables de toute cette histoire. Ah… Mais elle préférait voir le côté positif plutôt qu’une sale trogne de gnomold en face d’elle. Sans ça, elle n’aurait jamais découvert le monde souterrain, d’autres personnes comme elle. Jamais elle n’aurait connu ses origines, ni celles de Tery, bien que ces dernières restaient troubles.

« Mais quand on retrouvera Tery, tout ira définitivement pour le mieux. »

Tous ensemble, ils pourront régler la majorité des problèmes. AH ! Elle para le coup de hache d’un gnomold, sentant une lame d’air lui entailler la hanche assez salement. Elle n’avait pas fait assez attention ! Elle émit un grognement de colère, regardant le gnomold avant de laisser paraître quelques flammes autour d’elle.

« Ça va sentir le cochon grillé dans quelques secondes ! »

Tout son corps se retrouva parcouru par les flammes avant que son pied ne vienne décocher un coup dans l’entrejambe du gnomold. Outre la douleur primaire et propre à tout mâle qu’importe l’espèce, le coup était accompagné d’une flamme, faisant consumer là aussi l’homme-bête à l’intelligence sous-développée.

« Foutu gnomold, ça peut pas comprendre sa place hein ? Faut toujours que ça vienne chercher les embrouilles même quand je décide d’être tranquille. »

« PRINCESSE ELISE ! VOUS ALLEZ BIEN ?! »

Oh ? Un démon qui venait non-loin d’elle, ayant remarqué la blessure et le bref combat qui avait eu lieu. Hahaha ! Elle eut un léger sourire, elle le reconnaissait, avec ses écailles. C’était l’un des deux gardes démoniaques qui étaient restés avec eux lorsqu’ils avaient été séparé de Tery lors de cette tentative d’assassinat.

« Ça va, ne t’en fait pas. J’ai connu bien pire dans mon existence hein ? Comment se déroule la situation ? On s’en sort bien ? »

« On accuse quand même quelques blessés assez importants et même quelques pertes. Mais les soldats n’hésitent pas à se mettre à plusieurs sur un gnomold sauf que les gnomolds font de même de leur côté. »

« Ce qui veut dire qu’il faut absolument que personne ne soit isolé ! Si tu peux transmettre ce message à chaque soldat lorsque tu retourneras auprès des autres et… pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? Je n’ai pas dit de bêtise, non ? »

« Ah mais je ne vais pas pouvoir transmettre le message vu que je vais rester avec vous, princesse Elise. Vous avez bien dit de ne laisser personne isolé non ? »

« Rah bon sang, quand même, prendre les paroles de la princesse au pied de la lettre, tu exagères, tu sais ? Enfin bon, je veux bien que tu reviennes mais il faut quand même transmettre le message à tout le monde. »

« Oh, ça ne sera pas difficile à faire. » s’exclama le démon reptilien avant de provoquer plusieurs bourrasques autour de lui, faisant voleter les cheveux auburn de la demoiselle en arrière, lui arrachant un petit cri de surprise. « Voilà, c’est fait. »

« Hein ? Et comment ça ? Qu’est-ce que tu as fait exactement ? Je veux savoir ! »

« Oh, j’ai simplement utilisé le vent pour porter mon message aux plus proches soldats en leur disant de bien répéter ce dernier à un maximum de membres de notre armée. »

Elle le regarda d’un air dubitatif, se demandant s’il plaisantait mais en le voyant aussi sûr de lui, elle poussa un léger soupir avant de déclarer :

« Bon, on va dire que ça passe mais la prochaine fois, il vaudrait mieux que tu me préviennes quand tu fais un tel sort. Même si l’idée est appréciable, il faut le reconnaître. »

« Héhéhé, j’ai donc l’autorisation de protéger votre dos, princesse ? »

Il n’avait même pas besoin de poser la question. Elle se plaça dos à lui, regardant leurs adversaires. Un bref coup d’oeil et elle voyait que les soldats encore en vie et blessés se réunissaient par groupe de dix environ. Parfait.

Enfin, parfait reviendrait à n’avoir aucune perte mais dans le cas présent, il ne fallait pas faire la fine bouche, surtout qu’elle pouvait voir que les rares villageois qui les accompagnaient, étaient au centre des cercles formés par les soldats. Pour autant, à voir cette lueur dans leurs yeux, elle comprenait qu’ils avaient ce même esprit combatif que les soldats. Oui, elle était très satisfaite de la tournure des évènements.

« J’imagine que je devrais vous remercier pour le travail accompli, n’est-ce pas ? »

Elle avait ce petit sourire mutin aux lèvres, remarquant l’air perplexe dans dans les yeux du gnomold qui lui faisait face. Héhéhé ! Bien entendu, il ne comprenait rien à ses paroles mais ce n’était pas bien important. Elle lui fit un clin d’oeil avant d’ouvrir la bouche, crachant un souffle enflammé, digne des flammes d’un phénix, le gnomold poussant un hurlement strident, courant vers elle, toujours en flamme, son fléau en main.

« Oh mince, il était plus résistant que les précédents, lui ! »

« S’il veut bien se pousser ! Je ne suis pas certain que le roi Royan accepte qu’une créature de la sorte touche sa princesse ! »

Hum ? Un coup de pied dans le ventre du gnomold et voilà qu’il fut renvoyé en arrière, plusieurs mètres au loin avant de succomber à ses brûlures. Oh, oui, elle n’était pas seule.

« TRAÎTRES ! VOUS ÊTES DES TRAÎTRES À VOTRE PROPRE RACE ! »

Les rares gnomolds encore vivants hurlèrent en leur direction, commençant à reculer. Généralement, ils cherchaient à se battre jusqu’à la mort mais dans ce cas précis, ils étaient plutôt réticents. Ils avaient sûrement besoin de revenir là d’où ils provenaient, pour une raison ou autre, obscure ou pas.

« Humpf… Laissez-les fuir, nous ne sommes pas là pour les attaquer mais défendre le village. Nous devrions retourner auprès des villageois. Comptez les morts, notez leurs noms et occupons nous des blessés. »

Elle avait donné quelques consignes aux soldats, retournant auprès de Royan. Celui-ci eut un léger rictus en voyant l’entaille à la hanche de la jeune femme aux cheveux auburn, commençant déjà à montrer quelques signes d’inquiétude.

« Ce n’est rien, Royan. Je te rassure. Par contre, si on peut plutôt s’occuper des vrais blessés, ça serait beaucoup mieux. »

« Combien de morts ? Y en a t-il parmi les villageois ? »

« Aucun pour les villageois. Pour nous, je n’ai pas compté malheureusement mais j’ai demandé à ce qu’on s’occupe de ça. »

Elle était un peu fatiguée, elle devait l’avouer mais est-ce qu’elle voulait le montrer à Royan ? Nullement. Mais lorsqu’elle arriva au village, elle remarqua les visages étonnés des habitants démoniaques, tous la fixant avec inquiétude plutôt qu’avec soulagement.

« Eh bien, euh… Il y a un souci avec mon visage ? »

« Non non ! Nullement ! Non, pardonnez-nous ! Nous ne voulions pas vous offenser ! »

Hein ? C’était quoi cette crainte dans la voix ? Pour quelle raison est-ce qu’ils avaient peur en la regardant ? Elle continua à se rapprocher mais voilà que les villageois faisaient un pas en arrière avant que l’un d’entre eux ne se mette à genoux, criant :

« Pardonnez notre impudence, votre altesse Elise ! »

« Votre altesse Elise ? Euh… Mais vous ne saviez pas que j’étais la fille de l’empereur Malark ? Je pensais l’avoir dit. »

« NON NON ! Nous n’étions pas au courant ! Si cela avait été le cas, nous n’aurions jamais osé demander à la princesse elle-même de venir nous protéger ! »

« Euh, je vais être claire sur un point : vous n’avez rien demandé. C’est nous qui avons décidé de vous aider, rien de plus rien de moins. Pas vrai, Royan ? »

« Peut-être devrais-tu les prévenir que je suis aussi le roi de Traslord ? Au point où nous en sommes, autant révéler plus ou moins qui nous sommes, non ? Bien que j’estime que tout cela est plus ou moins radical à mes yeux. »

En voyant le regard effaré des villageois, il semblerait qu’avoir prévenu au sujet de ce qu’il était n’avait pas été la meilleure idée qui soit. Ah… Mais maintenant, comment ils allaient régler cette situation ?

« BON ! On s’occupera de discuter de tout ça dès qu’on aura fini de soigner les blessés, d’accord ? Je ne sais pas comment vous avez été mis au courant mais vous n’avez rien à craindre. Je ne suis pas comme mes aînés ! »

Même si elle avait la sensation qu’elle parlait à un mur, autant dire qu’elle n’était pas des plus joyeuses à cet instant précis. En apprenant que l’un des villageois qui combattaient avait entendu le fait qu’elle était la princesse du monde souterrain parmi les discussions en pleine bataille entre les soldats, elle maugréa.

Elle ne voulait pas d’un traitement privilégié ! C’était peut-être pour ça qu’elle avait évité implicitement de parler de ses origines ? Sans même s’en rendre compte, elle cachait sa véritable nature… et peut-être que cela allait lui porter préjudice dans le futur.

« C’est vraiment trop compliqué des fois… »

Elle maugréa tout en observant les villageois. Tout le monde détournait le regard maintenant. Aucun n’osait poser les yeux sur elle ou même Royan. Et certains étaient même en train de chuchoter tout en regardant Elen, cherchant à savoir ce qu’elle était vraiment.

Ah ! Si on leur disait qu’elle était l’enfant de deux divinités, du moins des réincarnations de deux divinités, elle était certaine qu’ils allaient tirer de drôles de têtes. Mais comment les convaincre de sa bonne foi ? Car pour l’heure, rien ne prouvait cela malheureusement.
Est-ce qu’en se mettant à genoux ? Non, elle n’allait pas se rabaisser à ça. Ce n’était pas une question de vanité ou vantardise, c’est juste que c’était inutile. Personne n’aurait rien à y gagner en agissant de la sorte.

« Dites, madame la princesse, merci de nous avoir protégés ! » murmura une petite voix alors qu’elle n’avait même pas remarqué qu’une jeune fille, âgée de peut-être cinq-six ans, tirait sur le tissu de sa tenue. Ah, un enfant démoniaque, avec ses petites cornes si adorables. Oh, elle avait un visage crasseux et ses mains n’étaient pas des plus propres, venant salir sa tunique et elle allait…

« NON ! Reviens par ici ! Pardonnez-là, princesse ! Elle ne voulait pas souiller vos… »

« MAIS PUTAIN VOUS ALLER ARRÊTER ?! »

Elle venait d’exploser aux propos de la mère de la petite démone, les deux hurlant de peur, la jeune fille se recroquevillant dans les bras de sa mère qui la recouvrait pour la protéger. Royan avait couru aussitôt en direction d’Elise alors qu’il était normalement occupé à vérifier l’état de santé des blessés aux côtés d’Elen. Elen elle-même qui tenait son enfant contre elle, utilisant sa magie de sa main disponible pour apaiser les douleurs de l’autre.

« Je vais devoir le répéter combien de fois pour que ça rentre dans le crâne de tout le monde hein ?! On peut me le dire ?! Ici, je ne suis pas la princesse ! JE SUIS UNE DÉMONE ! »

« Mais… » commença à dire un villageois, tremblant de tout son être.

« Y a pas de mais ! Rentrez-vous ça dans le crâne ! On va continuer à fortifier votre village pour vous protéger des dangers extérieurs et ceux qui viennent d’apparaître comme les gnomolds ! On va aussi préparer quelques messagers pour qu’ils puissent aller à l’extérieur et envisager quelques convois pour faire le chemin jusqu’ici ! Je ne plaisantais pas lorsque je disais que vous allez être le premier village de démons à officiellement avoir une route commerciale avec une nation de la surface. Maintenant, on va arrêter de mettre mon titre de princesse en valeur car ça fait même pas un an que je suis au courant que je suis issue de la famille impériale démoniaque. »

« Mais mais mais… » chercha à déclarer un autre villageois avant d’être une nouvelle fois interrompu par Elise.

« Mais y a pas de mais ! Je ne fais pas ça car je suis une princesse ! Je ne fais pas ça car nous sommes de la même race ! Je fais ça parce que je suis moi ! Alors maintenant, on va finir de s’occuper de tout le monde et on va fêter le fait qu’on a réussi à protéger le village tout en faisant une cérémonie pour ceux qui sont morts au combat ! »

Elle espérait qu’après cette courte discussion, le message était bien passé. Les villageois comme les soldats étaient penauds mais s’exécutaient. Surtout, elle revint auprès de la mère et de la jeune fille, tapotant doucement le crâne de cette dernière en lui murmurant de ne pas avoir peur. Elle avait juste élevé la voix pour que chacun comprenne son message.

C’était sa façon à elle de s’exprimer et elle ne comptait pas changer ça juste parce que les gens pensaient qu’elle était comme ses aînés. Pendant combien de générations la monarchie démoniaque maltraitait les simples villageois ? Et sûrement pas qu’elle ! Il y avait de fortes chances que les nobles ne fassent guère mieux.

Mais bon, après son petit éclat, le village semblait apaisé. Les morts avaient été enterrés, une cérémonie silencieuse a eu lieu et c’était le plus important. Ils pouvaient fêter ça, comme elle l’avait proposé mais… elle avait le sentiment qu’il fallait mettre tout ça au clair.

« Royan, est-ce que tu voudras bien m’accompagner ? Je veux parler au chef du village mais je crois que je vais avoir besoin de toi. »

« Oh ? Et pour quelle raison ? Tu as sûrement quelque chose en tête non ? D’ailleurs, moi-même, je me demande ce que les gnomolds voulaient dire par traîtres. »

« Cela, je m’en fous complètement, je vais t’avouer. Nous avons décidé de tendre la main vers les démons comme nous l’avons fait pour eux. S’ils sont jaloux au point de vouloir nous tuer car ils ne sont pas les seuls avec qui nous voulons régler ce souci pacifiquement, ça ne regarde qu’eux de toute façon hein ! »

« De la jalousie ? Je ne suis pas certain, Elise. »

Hein ? Elle avait dit cela sans réellement le penser ! Elle ne pouvait pas expliquer ce qui se passait dans la tête de ces créatures poilues et bossues. Sa priorité pour elle, à l’heure actuelle, c’était de mettre en action ce vaste plan concernant ce village de démons !

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