Chapitre 22 : Un simple morceau de chair

Chapitre 22 : Un simple morceau de chair

« Vous plaisantez, n’est-ce pas ? Dites-moi simplement que vous plaisantez, même si c’est pour juste me mentir et me rassurer. »

« Cela ne servirait à rien de te mentir. Pourquoi se voiler la face, Tery ? Il était temps que tu l’apprennes. Il y a tellement de points communs entre toi et le Dévoreur. »

« Je n’ai rien à voir avec lui ! RIEN DU TOUT ! C’est compris ?! Et vous me dites que je n’ai même pas été conçu normalement ?! Je dois le prendre comment ?! »

« Tery, s’il te plaît, il vaut mieux que tu te calmes. Il vaut mieux attendre que l’empereur s’exprime plus correctement à ce sujet. Je suis certaine qu’il a beaucoup à nous dire, non ? »

« Je veux bien lui expliquer plus en détails ce qui le concerne mais peut-être vaudrait-il mieux laisser rentrer la femme-golem. Je sens qu’elle est derrière la porte et qu’elle n’hésiterait pas à la détruire ou du moins tenter si je ne l’arrête pas maintenant. »

« Clari… C’est quoi le rapport avec Clari ? »

Clari. C’était vrai. Depuis qu’il était de retour ici, il avait presque oublié sa présence. En fait, il l’avait même totalement occultée… mais elle était toujours là. La femme-golem, malgré tout ce qui s’était passé, n’avait jamais vraiment disparu. Elle était même présente pendant ce qu’il avait fait à Manelena. Comment… Maintenant… Comment Clari aurait réagit ? Elle l’en aurait empêché non ? Mais la femme-golem n’avait rien fait.

« Tu peux rentrer, création dotée d’une âme. »

Dotée d’une âme. Comment ça ? Manelena haussa un sourcil. La femme-golem possédait une âme ? Tery ne lui avait jamais parlé de ça, non ? Alors pourquoi est-ce que…

« Tery, qu’est-ce que tu as fait exactement à Clari ? »

« Je ne sais pas… mais… mais lorsqu’elle est morte, je sais que j’étais tellement enragé envers ce monde, je sais plus… je sais… juste une sphère… quelque chose de sphérique. Je l’ai avalé. Et quand j’ai réussi à créer ce golem, je sais que la sphère était partie et… »

« Il s’agit tout simplement de l’implantation de l’âme dans un corps de golem. Mais il est vrai que c’est la première fois que j’assiste à cela. Il n’y a bien que dans les livres sur un certain point précis que l’on peut en entendre parler. »

L’empereur avait laissé place à la femme à la peau de pierre noire, celle-ci se rapprochant de Tery. Comme à son habitude, son visage était figé dans la pierre et pourtant, ses yeux exprimaient une certaine inquiétude et tendresse.

« J’imagine que tu le veux un peu pour toi, c’est ça, Clari ? »

Manelena relâcha le jeune homme, la femme-golem ouvrant juste à peine les bras comme pour inviter Tery à s’y engouffrer. Celui-ci, décontenancé et perturbé, vint s’en approcher, jusqu’à ce que les bras se referment au niveau de sa taille, le collant contre le corps d’onyx.

« Et si nous commencions depuis le début, qu’en dites-vous ? »

« Je voudrais bien, on dirait que Tery s’est enfin calmé. »

« Il va falloir m’excuser hein ? Je sais pas trop… comment je dois prendre ce genre de nouvelles. Vous pouvez commencer, empereur Malark. »

Manelena jeta un œil au jeune homme, évitant de faire une remarque sur le fait qu’il semblait être bien plus calme dans les bras de cette femme-golem que dans les siens. Il n’y avait aucune raison pour que ça soit de la jalousie mais… elle était un peu perturbée, oui.

« Alors tout d’abord, tu dois te demander pourquoi tu es de la famille du Dévoreur, n’est-ce pas ? Du moins, de sa lignée ? »

« Vous avez dit… que je n’étais qu’un morceau de peau. Mais le Dévoreur est un ancien démon millénaire, du moins, qui existait depuis des millénaires. Normalement, il est mort depuis tout ce temps, non ? »

« Non, il n’est pas mort. Il ne l’a jamais été. Malgré la puissance de Zélisia et Alzar, les deux divinités n’ont réussi qu’à le sceller et à le rendre comme mort. Il se trouve dans un lieu gardé secret, seulement connu par l’empereur ou l’impératrice actuelle. Il y a une interdiction de révéler cet emplacement à quiconque, une interdiction que chaque membre de la royauté, depuis des générations, a accepté d’obéir. »

« C’est étrange… quand on sait que la famille royale comme les nobles, aime bien se mettre des bâtons dans les roues puisque bon, l’assassinat, toutes ces choses, c’est assez commun non ? Alors comment cela se fait-il que les empereurs et impératrices acceptent d’obéir ? »

« Par peur. Car la découverte du Dévoreur instaure la peur en eux et même moi, je crains ce dernier. Lorsque l’on me l’a présenté, la première fois, j’ai compris à quel point la différence entre lui et moi était abyssale. »

« Dans ce monde souterrain où la force fait loi, vous voulez dire que même « mort », le Dévoreur peut aisément vous éliminer ? »

« Comme je l’ai déjà exprimé, il n’est pas réellement mort. Il est en léthargie… et donc, il est encore vivant, bien qu’il ne puisse plus rien faire. Mais simplement par sa présence, il peut vous écraser et vous réduire à l’état de larve. C’est pourquoi le commun des démons n’est pas au courant même de son existence et ceux qui connaissent son histoire ne savent guère qu’il est encore envie. »

« Mais alors, je… Pourquoi avoir fait ça ? Qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Quelle est la raison qui vous a poussé à faire cela ? »

« Le fait de voir si cela était possible. » déclara tout simplement l’empereur, Tery clignant des yeux pour se demander s’il avait bien entendu ou non.

« Si cela était possible ? Vous… plaisantez, hein ? Qu’est-ce qui vous pousserait réellement à faire ça ? Ce n’est pas possible de juste décider une telle chose pour une futilité comme ça ! »

« Donner naissance à un démon via la chair ou le sang de ce dernier, bon nombre de familles démoniaques le font quand il n’est plus possible pour eux de procréer via les moyens conventionnels. Dans le cas du Dévoreur, chaque démone qui avait reçu sa chair pour permettre d’enfanter est morte dans d’horribles souffrances. »

« Et… vous avez donc essayé via une personne de la surface, c’est ça ? »

« Comme tu le sais, il est possible qu’en de très rares moments, vraiment infimes, les sceaux qui bloquaient les sorties du monde démoniaque vers la surface s’affaiblissent et laisser passer les démons les plus faibles. »

« Je le sais, sinon, je ne serais pas là, Elise non plus d’ailleurs. »

« Nous avons simplement pris des démons proches de la surface, dont les pouvoirs étaient si minimes qu’on pouvait considérer qu’ils étaient inexistants. »

« D’accord et donc, sans même savoir si le projet avait réussi, vous avez décidé de faire de même quelques années plus tard avec Elise, c’est bien ça ? »

« Les demi-démons existaient à une époque très reculée, lorsque nous n’étions pas séparés des personnes de la surface. Là aussi, ce n’était qu’un test de ma part pour savoir s’il était possible de créer à nouveau des demi-démons. »

« Satisfait du résultat ? » demanda Tery avec une pointe d’ironie qu’il ne chercha pas à dissimuler devant le monarque.

« Très. Vous êtes les deux preuves vivantes qu’il est possible de renouer des liens avec la surface et le passé. Ce qu’aucun empereur démoniaque n’avait tenté auparavant, je l’ai testé et je l’ai réussi. Je ne pouvais être plus satisfait. »

Le ton était neutre, complètement neutre. Comme si tout cela n’était que le fruit d’un désir scientifique préparé depuis si longtemps. L’empereur serra doucement le poing, non pas énervement, reprenant la parole :

« J’ai posé bon nombre de questions à Elise pendant qu’elle était là. Son mode de développement, comment ses pouvoirs se sont déclarés, ses envies de chair démoniaque, elle ne savait pas quoi répondre mais il valait mieux qu’elle n’apprenne pas les raisons de sa naissance. Elle est beaucoup moins stable que toi, tu l’as remarqué, non ? »

« Moi ? Quelqu’un de stable ? Alors que je peux entendre une voix qui me dit d’haïr toutes les races de ce monde ? C’est une blague, n’est-ce pas ? »

« Nullement. Cette voix, j’ai enfin compris de qui il s’agissait et c’est bien là le problème. Mais maintenant, tu es libre d’apprendre si tu le désires à qui elle appartient. »

« Pas besoin, j’ai aisément compris de mon propre côté. C’est ce… Dévoreur. Ou plutôt, je dois l’appeler comment ? Père ? Je suis le fils d’une créature ancestrale ? »

« Sans jouer avec l’ironie dans ta voix, je ne peux que confirmer tes dires. »

« Qu’est-ce qu’il me veut exactement ? Car bon, il est entièrement responsable de mon état et de mes sauts d’humeur. Je suis certain que… des fois, il peut me contrôler. »

« Te contrôler complètement ? Cela m’étonnerait. Du moins, ce n’est pas dans ses capacités. Du moins, de ce qui est marqué dans ces livres ancestraux. »

« Et peut-être que vos livres ne sont pas complets ? Qu’est-ce qui vous fait penser qu’ils détiennent toute la vérité ? »

« Tu es devenu bien plus agressif depuis que tu es dans cet endroit, Tery. Est-ce la proximité avec le Dévoreur qui te met dans cet état ? » questionna l’empereur, visiblement peu réceptif au fait que le jeune homme lui parlait de la sorte.

« Non, je le suis à cause de tout ce que je viens d’apprendre ! Est-ce que vous pensiez que j’allais sauter de joie en apprenant tout ça ?! Et qu’est-ce que vous voulez que je fasses maintenant hein ? Qu’est-ce que vous voulez faire avec tout ça ?! »

« Voir tes réactions, te faire apprendre un peu plus tes origines, ce que j’ai comme projet et ce qui va donc se passer. »

« Des projets ? Comment ça ? Qu’est-ce que vous avez en tête ? » demanda le jeune homme aux cheveux bruns, s’enfouissant un peu plus dans les bras de la femme d’onyx, celle-ci ayant relevé son regard figé en direction de l’empereur.

Il avait aussitôt ressenti une légère aura courroucée de la part de la créature de pierre ayant l’apparence de Clari. Et pourtant, il gardait le sourire, nullement inquiet par la situation.

« Sais-tu pourquoi j’ai laissé cette femme-golem venir ici plus exactement ? »

« Pour vous moquer encore un peu plus de ma personne, non ? »

« Nullement. Ce n’est pas dans mon intérêt et je n’ai rien à y gagner. Non, je veux simplement voir la preuve que tu es bien son descendant… et cette créature de pierre est la preuve que je ne pouvais qu’attendre. Elle est parfaite… »

« Clari est « née » comme je l’ai expliqué lors de l’attaque contre les armées de la surface, il y a de cela quelques mois. »

« Et c’est exactement ce à quoi je m’attendais personnellement dès l’instant où j’ai senti ce que tu pouvais être.exactement. Le Dévoreur avait la particularité d’être le démon à l’origine de la magie de création des golems. »

« Vous racontez n’importe quoi ! Je ne suis pas le seul à pouvoir créer des golems ! »

« Mais peut-être que la reine à tes côtés pourra répondre à cette question : as-tu déjà vu des golems aussi développés que ceux de Tery ? »

« Non. Je savais que certaines personnes, très rares, possédaient deux ou trois livres… mais même ainsi, elles étaient incapables de faire des golems aussi diversifiés que les tiens, Tery. »

« Aussi diversifiés… comme ceux de sang, ceux issus des végétaux et le reste ? »

« Oui, Tery. Et on ne parle même pas de ce golem qui te tient dans ses bras à l’heure actuelle. C’est la plus belle représentation de tes capacités. »

« Je ne sais pas si on peut vraiment dire ça… comme ça. C’est assez perturbant. Belle représentation ? C’est vrai que… Clari est jolie sous cette forme. »

Il était peut-être temps d’y aller ? Du moins, de faire quelque chose pour cela ? Il ne savait pas trop quoi dire exactement. Plus maintenant. Il avait obtenu plus de réponses que nécessaire à des questions qu’il ne s’était jamais posé.

« Empereur, est-ce qu’il est possible de partir d’ici maintenant ? Je ne suis pas vraiment sûr de me sentir très bien. Il vaut mieux… que je m’éloigne d’ici. »

« Hmm ? Tu es fiévreux ? Est-ce que le Dévoreur est en train de te parler ? »

« Non, non. Je crois que c’est le surplus d’informations. Je n’avais pas vraiment prévu que ça se passe ainsi. Je suis désolé. »

« Il est vrai que tu n’étais pas prévenu de ma part à ce sujet. Je n’avais pour but de te faire une mauvaise surprise, loin de là. J’espère que tu comprendras cela de ma part. »

« Je le sais bien. Il fallait de toute façon que ça sorte un jour. Le plus tard aurait été le mieux mais je ne peux pas vous en vouloir de me prévenir ainsi. Je suis fautif, je dois l’avouer. »

« Ouais mais non, Tery. Tu n’es fautif de rien du tout. Je ne pense pas que l’empereur imaginait que tu réagirais de la sorte. Du moins, s’il annonce que c’est le cas, je ne vais pas apprécier mais je suis certaine que ce n’est pas son genre, n’est-ce pas ? »

« J’ai beaucoup mieux à faire que de m’amuser à ces enfantillages. La vérité se devait d’être révélée et maintenant que je t’ai emmené ici, Tery, nous pourrons continuer la suite de nos discussions dans la salle du trône. »

« Vous n’avez pas peur que quelqu’un puisse écouter ce que vous dites là-bas ? » demanda Manelena tout en chuchotant à Tery de lui remettre ses chaînes. Elle allait devoir reprendre son rôle, n’est-ce pas ?

« Ils ne sont pas assez fous pour cela. De même, j’ai déjà pris quelques mesures par rapport à ma salle pour que rien ne puisse être entendu à l’extérieur. De même, je suis capable de ressentir les présences dans cette pièce. Cela me permet d’être certain que nul intrus ne tente de s’immiscer sans que je ne sois au courant. »

« Ah oui, je vois, tout est prévu du début jusqu’à la fin, n’est-ce pas ? Enfin bon… Merci Tery, je vais rejouer mon plus grand rôle : celle d’une pauvre esclave. »

« Je crois que je vais aller me reposer, empereur Malark. Ou au moins, aller marcher un peu. Je crois que ça sera mieux. Si ça ne vous dérange pas, je viendrais vous poser d’autres questions plus tard. Après que j’ai retrouvé quelques couleurs. »

Car oui, il n’était pas stupide. Il savait qu’il devait être bien pâle avec toute cette histoire. Il ne se sentait vraiment pas bien du tout… et il ne pouvait rien faire pour changer ça. La porte fût refermée derrière le monarque alors qu’ils recommençaient à marcher dans les différents couloirs. Manelena était derrière Tery, Clari était aux côtés du jeune homme et l’empereur menait la marche jusqu’à ce qu’ils sortent des quartiers privés de Malark.

« Nous pouvons nous séparer maintenant, Tery. Tu viendras me voir quand tu te sentiras mieux. Il n’est pas une mauvaise chose. Simplement, il n’a pas eu une histoire facile. »

« Je… je voudrais bien dire que je le sais bien mais… je n’y connais rien. Vous me raconterez tout ça la prochaine fois, d’accord ? »

« C’est exact. Tu es vraiment blanc au visage. Si tu te sens mal, tu passeras voir un soigneur. Il pourra s’occuper de t’aider à dormir. Quant à toi… » termina de dire l’empereur, tournant son visage vers Manelena qui avait à nouveau son visage d’esclave effrayé. « Tu as pris la voie la plus difficile possible. Tu auras beaucoup de difficultés à l’avenir. »

« AH ! Je suis née avec des difficultés ! Je suis la fille unique d’un ancien roi. Alors qu’il pensait avoir une autre descendance, il s’avère que ma mère est morte à cause des méfaits d’un démon s’étant fait passé pour un prêtre de notre religion. À côté de cela, il me faut rajouter le fait que je possédais les lignes d’Alzar, rien que ça ! »

« Hmm… D’après ce que Tery m’a dit, le fait de posséder des lignes d’Alzar était un mauvais présage à la surface, c’est bien ça ? »

« Était ? Ça l’est toujours, rien n’a changé par rapport à ça ! Enfin bon, je ne vais pas tergiverser plus longtemps à ce sujet. Simplement, je sais dans quoi je me suis lancé et même si ça sera plus que difficile, je ne vais pas abandonner cet imbécile. Lui-même tente de s’en sortir, donc bon… Sinon, je peux vous demander quelque chose pour lui ? »

Elle se tourna vers Tery qui était toujours un peu blême. Il avait vraiment très mal accusé le coup par rapport à cette révélation. Elle s’inclina respectueusement devant le monarque, laissant à nouveau paraître son visage inquiet devant ce dernier et Tery. Oui, il fallait éviter que trop de regards se posent sur elle. Pour autant, elle commença à chuchoter à peine quelques mots, l’empereur haussant un sourcil avant de faire de même, Manelena finissant par hocher la tête comme pour signaler que c’était parfait. Il était temps maintenant d’y aller et vint terminer la discussion d’une voix faible :

« Je vais raccompagner mon maître dès maintenant. Maître Tery, veuillez me suivre, je tiens à vous prier d’accepter cette main qui est là pour vous. »

Et même si elle avait des chaînes, sa main vint chercher doucement celle de Tery, lui montrant par là qu’elle était complètement dans son rôle. Lentement mais sûrement, Tery vint se mettre à se déplacer en direction de sa chambre.

À l’intérieur de celle-ci, le jeune homme aux cheveux bruns s’était assis, sans un mot, le regard tourné vers le sol. Manelena referma correctement la porte derrière eux. Dire que la chambre était à nouveau en parfait état, comme si de rien n’était.

« Tery, est-ce que tu peux me retirer cela ? Je voudrais voir si ce que l’empereur m’a dit s’avère exact ou non. Je voudrais voir si ça marche. Cela nous faciliterait beaucoup la vie si on veut rester discrets. Enfin, c’est pour nous deux. »

« D’accord, Manelena. Désolé, ce n’est pas la forme. »

Il cherchait des excuses mais la réalité était là, devant lui. Il retira les chaînes de Manelena, celle-ci poussant un soupir apaisé en se frottant les poignets. Qu’on le veuille ou non, il fallait quand même avouer que ça lui faisait le plus grand bien.

« Bon et maintenant… Faisons cette petite chose que j’ai demandé à l’empereur. »

Elle n’était pas certaine d’y arriver du premier coup mais si elle ne tentait pas, elle ne pouvait pas alors savoir. Elle commença à incanter une formule que le jeune homme ne connaissait pas, celui-ci relevant la tête. Il sentait un courant d’air dans la pièce mais pourtant, il n’y avait aucune trace de vent ou autre. Lorsqu’elle avait terminé, elle se dirigea vers la porte, finissant par l’ouvrir avant de la refermer après être passée de l’autre côté.

« Maître, est-ce que vous m’entendez ? Maître ? »

Aucune réponse de la part de Tery. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres avant qu’elle ne rentre à l’intérieur de la chambre à nouveau. Le jeune homme la regarda, un peu étonné, attendant de voir ce qu’elle allait dire :

« J’ai juste demandé quel sort il avait lancé dans la salle du trône pour que personne ne puisse entendre ce qui se disait à l’extérieur. Heureusement, en vue de la taille de cette pièce, il n’y avait pas trop à s’inquiéter non plus. »

« Euh… D’accord, mais ensuite ? Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? »

« Pour que nous puissions discuter tranquillement, sans que l’on ait à craindre qu’on nous entende. Tu pensais quoi d’autre, Tery ? Enfin bon… Maintenant que je suis certaine que tu n’as rien entendu quand j’ai crié de l’autre côté, on va pouvoir parler. Tu vas pouvoir vider ton sac avec moi à côté, d’accord ? »

« Je ne suis pas certain que ça soit une bonne idée mais puisque tu le veux tant. »

Il poussa un profond soupir avant qu’elle ne lui dise qu’elle ne lui laissait pas vraiment le choix sur le coup. Il allait mal et elle comptait bien lui redonner le moral et le sourire. De n’importe quelle façon.

« Par où tu voudrais commencer, Tery ? Dis-moi ce que tu penses de toute cette histoire. Si y a des zones d’ombre, si tu as d’autres questions, tout ça. »

« Mais ça servirait à quoi ? Tu en sais autant que moi, Manelena. »

« Fais plutôt ce que je te dis, c’est un conseil. Tu verras où je veux en venir ensuite. »

Bon, comme elle désirait. Il n’était juste pas certain de la manœuvre. Mais elle semblait si convaincue, il ne voulait pas la décevoir. Il avait eu sa dose aujourd’hui.

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