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Chapitre 23 : Le véritable objectif

Chapitre 23 : Le véritable objectif

« Non ! Je n’utiliserai pas ma forme réelle pour un pitoyable humain ! Pas pour un humain comme toi ! » s’écria l’homme avec son katana tandis que l’aura noire autour de son corps s’était épaissit … mais en même temps formait une sorte de « carapace » autour de ses bras et de ses jambes comme une nouvelle protection.

« OUI ! OUI ! TUES-LE ! Montre lui qu’il est pitoyable ! Je n’arrête pas de le lui dire ! Je n’arrête pas de lui annoncer qu’il est pitoyable ! Mais il ne comprend jamais ! Bute-le ! Agrandis-lui son trou du cul pour qu’il comprenne la souffrance ! » s’égosilla Katérina envers Ebizaka, adorant de plus en plus ce qu’elle voyait devant ses yeux.

« … Bon Swar, heureux de t’avoir connu. » murmura l’adolescent avec appréhension.

Dit avec le ton de la fatalité, les paroles de Kéran n’étaient guère encourageantes. Il fallait dire qu’en face de lui, il n’avait rien d’encourageant. Cette impression malsaine qu’il avait eue en regardant son adversaire s’était agrandie maintenant. Sans même perdre de temps, Ebizaka disparu tel un fantôme pour réapparaître à quelques centimètres de lui, son katana arrivant au-dessous de ses épaules, prêt à trancher le corps en deux. Néanmoins, l’épée de Kéran se plaça pour protéger l’adolescent.

« Si tu comptes abandonner, il n’en est pas question de mon côté. Ce corps est important car il tient l’épée que je guide. Voudrais-tu que Sélia te voie mourir ? »

« Pas vraiment … Swar. Mais bon … Si c’est toi qui fais tout… »

« Pour l’heure, ça sera le cas. Le jour où tu n’auras plus besoin de moi, nous verrons ce qu’il faudra faire mais tu as encore bien le temps avant que ça n’arrive. »

Hahahaha ! Bizarrement, il ne savait pas pourquoi mais il se sentait réconforté par les paroles de Swar. En même temps, dès l’instant où le katana avait percuté la lame de l’épée, Kéran s’était un peu inquiété. Avec une telle puissance, n’y avait-il pas un risque que son épée se brise ? Mais ça ne semblait pourtant pas être le cas. Il était même plutôt étonné de voir que de nombreuses fissures apparaissaient sur le katana ennemi. Un peu comme la peau qui se déchirait sur la main d’Ebizaka qui tenait l’arme.

Peut-être … Peut-être que le corps d’Ebizaka n’était pas fait pour supporter la toute-puissance d’un spectre ou d’une créature ténébreuse ? C’était sûrement ça même ! Mais alors, peut-être que si … AHHHH ! Il n’avait pas remarqué mais il ressentit une vive douleur à son bras gauche, remarquant la vilaine entaille sur celui-ci. Qu’est-ce … Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il n’avait pas paré le coup ? MAIS SI ! Il l’avait paré ! Il …

« Arrête de trembler et de t’inquiéter pour un rien, Kéran. Tu ne t’attendais pas à t’en sortir indemne en combattant, n’est-ce pas ? Alors sois plus fort émotionnellement. »

« Oui mais tu … Tu as vu cette plaie ! C’est juste horrible ! »

« Tu en auras d’autres, tu auras peut-être même des cicatrices à vie. C’est ainsi que ça doit se dérouler … puisque tu as décidé de suivre la voie du combat. » murmura Swar tandis que l’adolescent reculait pour mettre de la distance avec son adversaire.

Des cicatrices à vie ? MAIS IL N’AVAIT CLAIREMENT PAS ENVIE D’ÊTRE DEFIGURE ! Pas du tout même ! RAHHHH ! Bon, bon, bon … Se calmer, il devait se calmer avant qu’il ne soit trop tard ! Mais avec le sourire éclatant de Katérina qui adorait ce qu’elle voyait, il n’était pas rassuré le moins du monde ! C’était même tout le contraire ! Il avait l’impression qu’elle attendait juste le bon moment pour bondir sur lui et le tuer !

« Attention. » murmura tout simplement Swar avant que Kéran ne serre son épée à deux mains, parant à l’horizontal un coup donné par Ebizaka pour essayer de le trancher en deux à la verticale. Gloups … L’épée … Elle n’allait pas … HAAAAA ! Encore une fois, il se retint de pousser un cri alors que sa blessure au front revenait de s’ouvrir. Rien qu’avec le coup donné, la force du katana avait suffi à entailler une nouvelle fois son front. Ah … Ah … Ah … Il sentait son cœur battre à deux cent à l’heure, sans possibilité de s’arrêter. Il ne devait pas avoir peur ! Il ne devait pas avoir pe … Il sentit sa hanche s’ouvrir, laissant un fin filet de sang s’en écouler alors qu’il s’écriait :

« AIE ! Mais ça fait mal ça ! Que … Swar ? »

« Tu t’es calmé un peu ? Tu viens de prendre l’ascendant. » chuchota calmement l’épée qui s’était ensanglantée en entaillant son propriétaire.

L’ascendant ? Ca voulait dire qu’il avait pris l’avantage ? Hein ? Mais qu’est-ce que … Des morceaux de métal sur le sol ? Ce n’était pas son épée … Alors … Il pencha la tête sur le côté, évitant de justesse une lame qui l’entailla sur la joue gauche néanmoins. Le reste du katana ! Ebizaka venait de lui jeter le reste du katana et semblait plus que furieux !

C’était son katana qui était brisé ! Il avait réussi à prendre l’avantage sur Ebizaka ! Enfin, non, ce n’était pas lui mais Swar ! Cette épée ! C’était son épée qui avait réussi ça ! Et l’homme avait les mains en piteux état. Oui, la peau avait été retirée, montrant la chair à vif, après quoi l’homme ne coure vers lui, prêt pour l’étrangler.

« Même sans arme, je ne me priverai pas pour t’étrangler ! Ca sera bien plus simple ! »

« Kéran … Montre ce que tu sais faire un peu. Il est bien plus vulnérable maintenant. Il n’a plus rien pour parer. »

Ah bon ? AH BEN OUI ! Swar avait entièrement raison ! D’un geste nonchalant, comme si c’était automatique, il fit un mouvement avec son arme en direction des airs. Au même moment, les deux mains d’Ebizaka étaient venues enserrer son cou pour l’étrangler. Ca n’avait pas duré trois secondes qu’un flot de sang vint recouvrir le visage et les habits de Kéran qui recula sous la surprise. Les mains étaient toujours tout autour de son cou avant de tomber au sol, détachées du reste du corps. GLOUPS ! Il ne rêvait pas ou alors …

« J’ai … J’ai … tranché des mains ?! »

« C’est exact, Kéran. Mes félicitations. Du moins, ce n’est pas plus réjouissant que ça. »

Ah ? Oui … Oui ! Loin d’être réjouissant même ! Puisque ça voulait dire que leur adversaire allait quitter ce corps humain. Surtout que celui-ci était devenu complètement inutile même ? Enfin, c’est ce qu’il croyait avant de pousser un hurlement strident. EBIZAKA ! EBIZAKA VENAIT DE PLANTER SES DENTS DANS SON EPAULE ! Il le repoussa en logeant son épée dans le ventre de l’homme puis en lui donnant un coup de pied.

« MAIS T’ES COMPLETEMENT MALADE OU QUOI ? T’es pas un animal ! » hurla Kéran en posant une main sur son épaule ensanglantée.

« Il est … Il est hors de question … que j’utilise ma forme … pour un pathétique humain … »

« Tu n’auras guère le choix … Ce corps devient de plus en plus vide de vie. Si tu ne le quittes pas assez tôt, il y a de fortes chances que tu y restes aussi. » annonça Swar.

« JE NE LE FERAI PAS ! Comment est-ce qu’un simple débutant peut être accompagné d’une créature comme toi ? COMMENT un monstre de la sorte peut décider de suivre un gamin de la sorte ? Il ne sait même pas faire trois pas sans se casser la figure ! »

« HEY ! Je t’entends, Ebizaka ! » s’écria l’adolescent qui n’appréciait pas de se faire insulter. C’était peut-être la vérité mais quand même ! Par contre, il était plus que surpris de voir Ebizaka énervé. Il ne s’était pas attendu à une telle réaction lorsqu’il l’avait aperçu pour la première fois. Comme quoi, ça cachait bien son jeu au départ, non ? Car un tel énervement n’était pas normal … Mais en même temps …

« Bon ? C’est le moment où tu sors le grand jeu, Ebizaka ! »

« Ta gueule, connasse ! Je ne sais pas ce que tu as foutu depuis le début mais je ne me laisserai pas manipuler par une gamine ! »

« WOW ! Mais c’est qu’il deviendrait presque insultant le petit ténébreux de mes couilles ! Si t’arrives à avoir le cran de venir m’attaquer, tu n’as qu’à quitter le morceau de chair que tu habites. » annonça Katérina, prenant ses deux lames dans ses mains avec un grand sourire. Elle fit un petit geste de l’index pour l’inviter à l’affronter.

Pourtant, Ebizaka tournait son visage furieux vers elle, prêt à l’incendier et à l’éliminer avant de s’arrêter. Avec de la fureur, il y avait aussi de la peur. Cette adolescente délurée était plus qu’inquiétante et effrayante.

« Je ne me laisserai pas berner par ton petit jeu ! Tu ne m’auras pas de la sorte ! »

« Oh … Si tu préfères crever la gueule ouverte, moi, ta vie, j’en ai rien à battre hein ? » ironisa Katérina, raclant ses lames sur le sol comme pour l’inciter à venir l’attaquer.

« Katérina … Tu pourrais reculer un peu au cas où ? Normalement, c’est mon combat. » murmura l’adolescent avec un peu de calme.

« Oh, d’accord, d’accord ! C’est encore mieux si tu joues le jeu ! »

Et elle allait le laisser s’amuser avec cet homme qui était sur le point de mourir ! Ce n’était que le début du combat ! Oh que oui ! Elle se dirigea auprès de Sélia, plantant ses lames à côté d’elle avant de dire à Kéran :

« HEY ! Regarde ça, Kéran ! C’est un petit truc pour te motiver ! »

Hein ? Quoi ? AH ! Il rougit violemment, passant sa main libre sur ses yeux pour cacher la vue de la culotte en dentelle blanche de Katérina. Celle-ci avait relevé sa tenue pour la lui dévoiler, un grand sourire aux lèvres. Stupide ! Elle était stupide !

« HAHAHAHA ! T’es vraiment qu’un petit puceau quand on te voit rougir comme ça ! Allez ! Bute ce type et termine-en maintenant au lieu de tourner autour du pot ! »

« Je le ferais si tu arrêtais de me déconcentrer de la sorte, Katérina ! » s’écria l’adolescent, retirant sa main pour regarder à nouveau Ebizaka. Celui-ci avait le haut du corps penché en avant, ne bougeant plus.

« On se fout de ma gueule … Comment un misérable humain peut-il oser se comporter de la sorte face à moi, Ebizaka ? Comment oses-tu te désintéresser de moi ? »

« Euh … C’est pas vraiment ça, c’est juste que je parle avec Katérina et voilà quoi … Je n’ai rien contre toi, Ebizaka. Enfin maintenant si … Les morsures d’homme, c’est pas souvent que ça m’arrive. BON ! Euh … Il faut que je te tue ! »

« … Brillante remarque, Kéran » murmura Swar.

Hey ! Elle pouvait éviter d’en rajouter un peu ? Il disait ça comme ça ! Sans aucune intention mauvaise ou autre hein ? C’était juste … OH ET PUIS ZUT ! Il courut vers l’homme, celui-ci ne bougeant pas de sa position. Pourtant, lorsque Kéran arriva à sa hauteur, Swar reprit :

« Je suis désolé mais c’est un cas d’urgence. »

Comment ça ? Son bras droit vint se mouvoir à toute allure, lui arrachant un petit cri de douleur comme si il venait de se placer dans une position loin d’être régulière. L’aura noire vint balayer tout autour d’elle, repoussant Kéran en arrière tandis que Katérina soulevait Sélia avec facilité avant de sauter dans les airs, évitant l’aura.

« Mais qu’est-ce qu’il vient de se passer ?! »

« Il a finalement décidé de quitter son corps humain … » répondit Swar à l’adolescent qui se releva, plus bousculé qu’autre chose par l’aura.

Le corps humain ? Alors … Il allait voir ce qu’était réellement un Tengalice ? Le corps d’Ebizaka fut parcouru de soubresauts, de la fumée noire s’échappant de tous les pores de sa peau. La fumée commença à se réunir, prenant la forme d’une créature qui devait mesurer environ 1 mètre 30. Un corps brun, un long nez pointu et une fourrure blanche qui ressemblait à une longue chevelure. Voilà ce qui composait en partie le Tengalice. A côté, à la place de ses mains, il semblait avoir des feuilles en trois parties. Mais il savait qu’il valait mieux se méfier de ça. Les feuilles devaient sûrement être tranchantes. Deux yeux dorés se posèrent sur lui, enragés.

«  Tu vas le regretter amèrement d’avoir brisé ce corps … et de m’avoir forcé à en sortir. Je t’écartèlerai et laisserai ton corps sans vie à côté de celle de la jeune femme. Ensuite, lorsqu’elle se réveillera et criera avec horreur, je m’occuperai d’elle à son tour. Vous allez comprendre ce qu’est de souffrir … »

Gloups ! Charmant programme visiblement ! Bon, il ne se sentait quand même pas rassuré bien que son adversaire était devenu bien plus petit que lui. De toute façon, c’était foutu maintenant, n’est-ce pas ? Il ne fallait même pas à espé …

« CREVE ! CREVE ! CREVE ! CREVE ! »

C’était la voix de Katérina qui s’élevait dans les airs, l’adolescente criant avec zèle alors qu’elle avait ressorti ses deux armes du sol pour courir vers le Tengalice. Le regard dément, la demoiselle aux cheveux argentés commença à donner des coups dans tous les sens devant elle, le Tengalice cherchant à les parer.

« Espèce de folle ! Tu cherches à te battre contre moi maintenant ? Tu aurais dû en profiter pendant que j’étais encore hum … »

« TA GUEULE ET CLAMSES ! » hurla-t-elle, le déchaînement de ses coups s’accélérant de plus en plus. Peu à peu, le Tengalice semblait complètement submergé par les coups.

« Mais mais … Comment est-ce qu’une humaine … »

« Je t’ai dit de claquer ! CLAQUE CLAQUE CLAQUE ! »

Du sang gicla dans tous les sens et rapidement le Tengalice ne pouvait que reculer en tentant de parer les innombrables coups qu’il recevait. Pourtant, Katérina utilisait plus de force à chaque coup donné, éclatant de rire avant de faucher les jambes de la créature ténébreuse.

Elle grimpa sur elle, commençant à donner des coups de lame sur la créature qui tentait de se débattre sans pour autant y réussir. Katérina exultait comme une folle, coupant tout ce qui tentait de se mettre en travers de son chemin.

« Swar … Je … Je crois que j’ai plus peur … d’elle … que du Tengalice … »

« Hum ? Ca se comprend … Elle n’a plus toute sa tête cette jeune fille … » murmura calmement l’épée tandis que l’adolescent recommençait à trembler.

« ARRÊTE ! MAIS ARR … »

« TA GUEULE ! TU IMPLORES MA PITIE ? QUE DALLE CONNARD ! » hurla l’adolescente, plantant finalement l’une de ses lames dans la bouche du Tengalice, lui ayant déjà coupé le nez. Elle se redressa, soulevant son pied avant de donner un coup sur le bout de sa lame pour qu’elle s’enfonce plus profondément dans la bouche du Tengalice qui eut un soubresaut avant de ne plus bouger.

« … … Swar ? Est-ce que j’avais mes chances contre ce Tengalice ? »

« Très peu … Très peu … Tu serais certainement mort. »

Ah … Ca voulait tout dire par rapport à Katérina. Si … Cette fille venait d’éclater tout simplement ce Tengalice, il valait mieux ne pas l’avoir comme ennemie. Surtout qu’elle posait maintenant son regard sur Kéran, le visage recouvert de sang comme lui.

Chapitre 22 : Mis en échec

Chapitre 22 : Mis en échec

Calme … Il était calme … Très calme … Trop calme même. Il fit un pas sur le côté au dernier moment, évitant la lame du katana d’Ebizaka. Il reprit rapidement l’équilibre à cause de son mouvement trop brusque. Ca voulait dire qu’il devait se concentrer. C’était plus facile à dire qu’à faire mais il devait … faire de son mieux.

« Pfff … Il semble un peu différent … mais c’est pas avec les apparences qu’on sauve sa vie. » murmura Katérina, passant une main devant sa bouche, étalant tout son corps sur l’imposant rocher sur lequel elle logeait depuis le début.

Ce n’était pas non plus en ne faisant qu’esquiver les coups qu’il allait pouvoir battre son adversaire. Il devait contre-attaquer ! Mais comment faire ? L’homme ne lui laissait aucune chance de riposter, c’était plus que contraignant alors ! BON ! Est-ce qu’il devait risquer de se faire blesser un peu pour réussir à attaquer ? A croire que oui ! Alors qu’Ebizaka donna un coup à la verticale, il courut dans sa direction, l’homme aux cheveux noirs clignant des yeux, surpris par ce geste. Sa lame vint entailler le bras de Kéran, l’adolescent respirant bien plus rapidement pour éviter de crier.

Voila ! Il était à sa hauteur ! Mais … Mais le pied droit d’Ebizaka arriva à nouveau vers sa tête. Hors de question qu’il se prenne un nouveau coup à cet endroit ! Du coude, il repoussa avec violence le pied d’Ebizaka, l’homme tombant en arrière avant de rouler sur lui-même pour se redresser … et mettre à nouveau de la distance avec lui ? Oh non ! Tout ce qu’il avait fait n’avait servi à rien du tout ! Pfff !

« C’était une bonne tentative, Kéran. » murmura son arme tranquillement.

« Ah ? Euh … Merci, Swar … mais ça n’a pas servi à grand-chose. »

« Tu as essayé et cela a son importance. Si on ne prend pas la peine d’essayer ce que l’on veut accomplir, comment peut-on avancer dans la vie ? Ce que tu as échoué maintenant, tu le réussiras bien assez tôt. Continue de te concentrer et tu y arriveras. »

« Hahaha … Ca fait bizarre de t’entendre me parler comme ça, Swar. » dit l’adolescent en rigolant. Très bizarre même … A croire que l’arme avait changé un peu de mentalité.

« Je ne suis guère stupide et borné. Je sais reconnaître l’effort quand il est présent. Mais aussi l’inattention comme en ce moment même. »

Hein ? Comment … AH ! Il roula sur le côté, se blessant tandis que le katana d’Ebizaka vint frapper la pierre à l’endroit où il se trouvait. Bon ! Il avait été sérieux pendant deux minutes. DEUX minutes quoi ! Et voilà qu’il retrouvait sa maladresse habituelle ! Ca ne pouvait pas durer plus longtemps ?

« HEY ! Kéran ! Si tu gagnes, je te montre ma culotte ! » s’écria Katérina.

« MAIS JE DOIS ME CONCENTRER ! » hurla t-il aussitôt, surpris et choqué par les dires de l’adolescente qui éclata de rire. « ET DE TOUTE FACON, JE L’AI DEJA VUE ! »

« Et alors ? Ce n’est pas parce que tu la regardes qu’elle va s’user ! »

… … … Elle se foutait de sa gueule ou quoi ? Bon ! Il ne devait pas perdre de vue son objectif ! Mais si Katérina s’y mettait aussi, il allait avoir de gros ennuis ! Bon … Où … Où est-ce qu’Ebizaka était ? Il tourna sur lui-même, ne le voyant pas. Ses yeux se posèrent sur Katérina qui lui fit une petite pose langoureuse avant de décider le ciel ? D’EN HAUT ?! Il eut à peine le temps de parer le coup qu’il fut forcé ensuite de mettre un genou au sol. La pierre s’était fissurée sous ses pieds, Ebizaka tapant en tenant son arme à deux mains.

« Pourquoi ? Pourquoi est-ce que depuis le début, je n’arrive pas à te battre ? Ton arme devrait normalement être brisée depuis le nombre de coups donnés ! »

« A croire que Swar n’est pas banal … Enfin, je m’en doutais depuis le début à son sujet de toute façon. » murmura calmement Kéran.

C’était étonnant de voir Ebizaka un peu énervé à cause de cette histoire … et surtout de son absence d’effets sur son corps. Il fallait dire que depuis qu’il était réveillé, il n’avait pas reçu de blessures importantes. Bon, il était encore un peu secoué mais sans plus.


Et il avait … un adversaire à battre ! D’ailleurs, si celui-ci avait utilisé ses pieds … Pourquoi pas lui ? Avec force, il donna un coup de pied dans le ventre d’Ebizaka, repoussant l’homme au loin qui fit un saut en arrière. Un petit sifflement d’étonnement sortit des lèvres de Katérina qui continuait à faire son rôle de spectatrice à la perfection.

Trop parfait même … mais bon ! Qu’il arrête de se préoccuper d’elle et plutôt d’Ebizaka ! Du moins, il arrivait à tenir contre lui ! Tandis que Sélia était toujours couchée au sol, évanouie par le coup reçu par l’adolescente. D’ailleurs, Katérina était sacrément forte non ? Pour réussir à faire s’évanouir Sélia qui n’était pas n’importe quelle femme !

Enfin bon … S’il arrêtait de penser à Katérina pour se focaliser sur Sélia, ça n’allait pas arranger les choses. Pourquoi ne pouvait-il pas simplement penser au combat ? Rien qu’au combat ? Et uniquement à celui-ci ? Ca éviterait alors un paquet d’ennuis, n’est-ce pas ? BON ! Il fixa ses yeux sur Ebizaka, il n’allait plus les détourner. Qu’importe ce que Katérina ferait ou autre. Rien … Rien du tout d’autre. Personne d’autre ! Il n’y avait personne ! RIEN DU TOUT ! Il n’y avait que ce type avec son aura noire autour de lui ! Un pokémon ténébreux qui possédait ce corps voilà tout !

« J’arrive dès maintenant ! » hurla t-il soudainement, courant vers Ebizaka.

« D’habitude, Kéran, on ne prévient pas son adversaire que l’on va l’attaquer. » murmura Swar calmement, l’adolescent s’arrêtant aussitôt dans son geste alors qu’Ebizaka avait déjà amorcé un mouvement pour se défendre.

« Euh … Oui … C’est vrai … Je ne l’avais pas pensé comme ça, Swar. »

« Si tu veux réussir à battre un adversaire, encore plus si c’est un spectre ou un pokémon ténébreux et sournois, tu ne peux que ruser. »

Sournois ? Et vil aussi hein ? Il ne fallait pas oublier ce vil à côté ! Enfin bon, qu’importe, ce n’était pas forcément très important. Mais … HAHAHA ! Il donna rapidement un coup d’estoc en direction d’Ebizaka alors que celui-ci avait tenté de l’attaquer pendant qu’il parlait avec Swar ! Sauf que la lame du katana para celle de l’épée longue avec une facilité déconcertante. Même comme ça … Il n’y arrivait pas ? MAIS MERDE QUOI !

« Hmmm … Qu’est-ce … Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Hein ? Quoi ? Il tourna son visage vers le petit murmure féminin, les yeux de Sélia s’ouvrant faiblement. Elle venait de se réveiller ? SUPER ! Il allait avoir de l’aide ! ENFIN !

« Sélia ! Viens vite m’épauler ! Ce type est bien trop balèze pour moi ! » s’écria t-il en s’adressant à la jeune femme aux cheveux bleus.

« Hein ? Kéran ? Mais … Attends un peu … Je … »

« HOPLA ! T’as pas encore tes huit heures de sommeil ma grande ! »

NON ! BON SANG ! NON ! Katérina n’avait pas tardé à se relever pour faire plusieurs sauts jusqu’à atterrir devant Sélia. Lui faisant un grand sourire, elle lui redonna un coup dans la nuque, l’emportant une nouvelle fois au royaume des songes. MAIS NON, NON ET NON ! Pourquoi est-ce qu’elle faisait ça ? POURQUOI ? Ca lui servait à quoi hein ? HEIN ?! Devant l’air rageur qu’il avait, Katérina garda son sourire ravi avant de dire :

« On se débrouille seul comme un grand ! Montre-moi que tu as des couilles ! »

« Si je m’en sors, je te promets que … Je te promets que … »

« Tu vas me les faire bouffer ? Aucun souci, j’adore ça ! » rétorqua d’elle, décontenançant l’adolescent. Mais c’était quoi cette fille ? C’était peut-être une … Non … Mais avec sa tenue … Ca ne faisait aucun doute pourtant ! Même dans son ancien village, il y avait une ou deux filles faciles comme on les appelait … quand on disait cela correctement.
Mais il ne voulait pas vraiment y penser ! Il avait un combat à gagner ! Et avec le temps qui s’écoulait, ses chances étaient de plus en plus faibles. Ou alors … Peut-être était-ce le contraire ? Bien sûr ! Il avait peut-être toutes ses chances en fin de compte ! Car bien qu’il était endolori au niveau de son bras droit, il n’était pas réellement fatigué. Peut-être parce qu’il ne faisait que se défendre au lieu d’attaquer ?

« Swar … Je peux te poser une question ? » murmura t-il faiblement.

« En plein combat ? N’as-tu pas l’impression de ne pas comprendre ce que je te dis ? »

« Oui mais … C’est assez important. Ca concerne notre adversaire et en même temps toi aussi. Je suis sûr que tu pourrais me répondre. »

« Alors qu’attends-tu pour poser ta question ? Fais attention. » murmura Swar sur un ton monotone alors que l’arme bougea toute seule, parant un coup d’Ebizaka.

Malgré la difficulté omniprésente face à un tel adversaire, il s’en sortait plutôt bien. Mais il devait tout simplement reconnaître que ce n’était pas grâce à lui … mais à son arme. Oui, c’était Swar qui faisait tout depuis le début. Enfin, surtout au niveau de la parade, car les imbécilités à côté, c’était SON domaine à lui !

« Est-ce que les pokémons spectres et ténébreux s’épuisent ? »

« Hum ? Les corps qu’ils possèdent s’épuisent, c’est exact. Eux-mêmes, c’est possible aussi. Mais pourquoi une telle … Oh. Je vois. » murmura Swar.

« Ca pourrait marcher non ? Enfin … Qu’est-ce que tu en penses ? »

« Que c’est une idée tout à fait valide et valable … Nous dirons que c’est l’éclair de génie et l’adrénaline qui t’ont permis d’avoir cette idée. »

« Hahaha ! Je ne sais même pas pourquoi je rigole alors que tu n’arrêtes pas de m’insulter. »

Oui, c’était complètement stupide mais si Swar disait que ça pouvait marcher alors … Il allait faire ça ! Dès qu’il en avait terminé avec son épée, il changea complètement de tactique. Il n’attaquait plus … Il ne faisait plus rien, plus rien du tout même. Mais bon … Il esquivait les attaques, bougeant en écoutant les ordres de Swar. En même temps, il changeait de bras lorsque son épée le lu disais. Ainsi, lorsqu’il parait, l’un des bras se reposait.

« Mais à quoi est-ce qu’il joue ? » marmonna Katérina, assise à côté de Sélia, prête à lui donner un troisième coup si la jeune femme se réveillait.

« Swar … Est-ce que tu es capable de voir ? Bien qu’une épée n’ait pas d’œil ? »

« Je suis capable de regarder autour de moi si cela t’inquiète. Ce n’est pas parce que je suis dans un objet que ma vision est maintenant aveugle. » répondit l’épée.

« Est-ce que tu peux alors me dire lorsque c’est bon ? »

« Hum ? D’accord … Si cela peut t’aider, je le ferai. »

Tant mieux alors. Il se sentait un peu plus en confiance. Surtout que l’épée faisait tout pour qu’il ne soit guère plus blessé que ça. Oh … Il fallait reconnaître quand même qu’il n’était pas dans un état des plus joyeux. Ses habits étaient déchirés en partie et quelques entailles lui parcouraient ses bras et ses jambes mais … rien de bien sérieux.
De l’autre côté, Ebizaka semblait en nage dans ses vêtements. L’homme n’avait de cesse de frapper avec son katana mais qu’importe la méthode utilisée, l’épée était toujours prête à parer ses coups. Finalement, l’homme s’arrêta, respirant bruyamment avant de crier :

« Qu’est-ce que tu étais avant ? Tu ne peux pas normalement parer aussi bien mes coups ! Tu étais un combattant auparavant ? PARLE ! Qu’est-ce que tu étais ?! »

« Euh … Swar … Je crois qu’il s’adresse à toi. » murmura Kéran.

« Quelle déduction, Kéran. Mais je n’ai pas envie de lui parler. Néanmoins, je peux au moins te signaler qu’il est exténué maintenant. »

« … … … Quelle déduction, Swar. » répliqua l’adolescent, pouvant parler ainsi en vue de ce que son arme venait de dire. Oui … Ebizaka semblait avoir couru un marathon.

Il avait ses chances … Il avait maintenant toutes ses chances de le battre ! Il le savait ! Il le sentait ! Il devait juste éviter de faire une erreur et surtout, ne pas le laisser se reposer ! Sans même prévenir, il courut vers Ebizaka, tentant de donner un coup d’épée pour le tuer. Mais malheureusement, l’aura noire commença à s’agrandir fortement, le repoussant en arrière. Il tomba sur ses fesses, poussant un gémissement.

« Comment … Comment un débutant … un simple humain … peut-il croire … qu’il peut m’atteindre ? Je suis en place depuis des années ! Je supervise les créatures ténébreuses depuis tout ce temps ! Et toi ? Toi qui ne sais même pas tenir ton épée, tu penses réussir à me battre ? C’est CA ? Pour qui te prends-tu ? Un futur héros ?! »

« Euh … Pas vraiment, je devais juste ramener ta tête selon Katérina, la fille que tu vois juste à côté. Il paraîtrait que ça me permettrait d’être bien vu dans l’organisation que je veux rejoindre, c’est tout. C’est pas pour la célébrité. »

« Vos gueules, tous les deux ! BATTEZ-VOUS ! » hurla Katérina avec véhémence, visiblement énervée parce que le combat ne continuait plus.

« Et cette folle … Je ne peux même pas la choisir comme cible … Ca serait trop risqué maintenant. » marmonna Ebizaka, son regard porté vers Katérina.

« De toute façon, je ne t’aurai pas laissé faire. » murmura l’adolescent calmement, Ebizaka tournant son visage vers lui. Il lui dit :

« Tu irais la protéger alors qu’elle t’emmène à l’abattoir et à la mort ? »

« MAIS PUTAIN ! VOUS ALLEZ LA FERMER OU JE M’OCCUPE DE VOUS DEUX ?! BATTEZ-VOUS ! DISTRAYEZ-MOI BANDE DE CLOPORTES ! »

Katérina était plus qu’énervée, s’était redressée alors que de la sueur froide s’écoulait du front de Kéran. L’adolescent était tremblant de peur … pire encore. Il avait l’impression qu’elle pouvait le tuer quand elle le désirait. Et il savait que ça serait une chose plus que facile pour elle mais, mais…

« Je pensais pas avoir besoin de ça contre un gamin … »

Tiens ? La voix d’Ebizaka était tremblotante aussi ? Il avait peur ? Mais pas de lui, n’est-ce pas ? C’était bien de Katérina … Ah … Katérina faisait même peur à un type possédé … enfin plutôt au pokémon qui possédait ce type.

« Swar … Si on s’en sort contre lui, tu crois que … »

« Tu ne t’en sortiras pas seul, Kéran. Il a décidé de quitter ce corps. Il va alors reprendre sa forme originelle … Ce n’est que le début des ennuis, Kéran. »

« Ah ? Hahaha … Hahaha … Merci d’avoir … prévenu, Swar. » bredouilla Kéran alors qu’il avait bien remarqué que l’aura noire autour d’Ebizaka venait de grandir … mais pas seulement … Le corps de l’homme gesticulait bizarrement. Ce n’était que le début des ennuis et là, ils allaient lui tomber dessus et pas en petite quantité !

Chapitre 21 : Un long combat

Chapitre 21 : Un long combat

Sans même attendre que l’adolescent ne reprenne la parole, l’homme s’élança vers lui, donnant plusieurs coups de katana qui furent parés les uns après les autres. Malgré son incapacité à se battre correctement, Kéran pouvait compter sur Swar pour le protéger mais pour combien de temps ? L’adolescent tenta bien quelques mouvements pour contre-attaquer mais ça ne servait à rien, c’était à peine si il pouvait bouger, étant obligé de reculer.

« Lassant. » murmura Katérina en posant une main sur sa bouche, ne semblant guère apprécier le combat, surtout qu’il n’avait rien de bien fameux.

« Et si tu venais m’aider plutôt hein ? »
Elle ? Venait l’aider ? Et puis quoi encore. Elle lui fit un geste grossier de sa main droite, comme pour bien lui montrer qu’il avait tout simplement à se bouger le cul s’il voulait s’en tirer. Il n’était pas plus con qu’un autre, n’est-ce pas ? Alors qu’il se débrouille comme un grand et qu’il ne fasse pas chier. Pfff … Quel boulet ce type !

Que faire ? Mais qu’est-ce qu’il pouvait faire ? Ebizaka ne semblait même pas être sérieux dans ses attaques ! D’habitude, on se battait au katana en frappant avec le côté non ? Et là, ce type essayait de le planter avec sa lame ! C’était peut-être efficace mais moins bien qu’en voulant le trancher ! HA ! Il s’écroula en arrière à cause d’une pierre, tombant sur les fesses. ZUT ZUT ET ZUT ! Il ne devait pas perdre de temps avec …

Il roula en arrière, semblant surpris de sa petite prouesse technique avant de gémir. Faire ça sur de la pierre, ce n’était pas une bonne idée ! Mais au moins, il venait d’éviter le katana qui se planta dans la pierre ! MAINTENANT ! Sans même chercher à se placer correctement, il se redressa en titubant, puis couru vers l’homme avec son épée dans ses deux mains.
… … … Que … Que … Quoi ? Un pied s’était logé dans sa tête, le repoussant avec violence en arrière. Son crâne percuta le sol, du sang s’en écoulant alors qu’il était sous le choc de ce qui venait de se passer. Lorsqu’il s’était retrouvé près d’Ebizaka, il avait espéré l’attaquer … pendant qu’il retirait son épée. Mais mais mais … L’homme avait réagi en lui envoyant un coup de pied dans la tête.

« Swar … Dis Swar … Je suis … stupide, hein ? »

« Ne le remarques-tu que maintenant, Kéran ? Pourtant, cela est récurrent chez toi. » murmura l’épée alors que l’adolescent restait parfaitement immobile, couché sur le sol.

« Mais … Mais mais … Est-ce que ça valait vraiment le coup de mourir ? Pour juste avoir la possibilité … de me battre ? Je ne sais plus … Je ne voulais pas que Sélia soit seule à se battre. Pas après que je t’ai découvert … Je veux me rendre plus utile. »

« Tu n’es qu’un enfant. Dors maintenant … » murmura calmement l’épée alors qu’il fermait les yeux, plongeant dans son sommeil.

« Je peux savoir ce que tu fous, Swar ? » demanda Katérina en se redressant de son rocher.

« Je le laisse faire le vide dans son esprit embrouillé. »

… … … Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il se retrouvait devant les décombres de sa maison ? Où est-ce qu’il était ? Ah … Il s’en rappelait … Il était dans son village. Son village qui était en proie aux spectres et aux créatures ténébreuses habituellement. Il s’était mis à marcher lentement, très lentement, sans réellement savoir où il allait. Les mains dans les poches, il régressait comme si de rien n’était.

« Je suis redevenu jeune … Est-ce que ça veut dire que je suis mort ? Si je suis mort, je vais me rappeler de tout, n’est-ce-pas ? »

Se rappeler de tout parce qu’il était mort, c’était une drôle de notion. Mais … Ce n’était pas un rêve ordinaire, non ? Comment est-ce qu’il pouvait encore penser ? Il se rappelait ce qui s’était passé il y a peu de temps … Il avait voulu se battre contre une créature ténébreuse mais cela s’était très mal passé. Très très mal passé même … Sélia s’était faite attaquée par Katérina qui l’avait assommée, lui avait dû combattre Ebizaka sans réussir à le toucher. Et la dernière chose dont il se rappelait …

« Je me suis pris un coup de pied en pleine face … et puis plus rien, le vide … AH ! Non ! Swar m’a dit de dormir et je me suis endormi ? »

Dormir en plein combat. Hahaha … Il émit un petit rire qui n’avait pourtant rien d’amusé. Non, c’était tout le contraire, c’était un rire bien pitoyable, de ceux où on reconnaissait parfaitement à quel point on était lamentable. Lui ? Protéger Sélia alors qu’il s’endormait pendant un combat ? Stupide … Il n’était qu’un type stupide ! Juste stupide et rien d’autre ! Il n’y avait que lui pour réagir de la sorte ! Quel idiot mais quel idiot !

« Et qu’est-ce que je fais ici ? Si c’était un rêve, je devrais normalement voir défiler ce que je désire … Ou alors, est-ce une partie de ma mémoire ? »

Une partie de sa mémoire qui l’avait emmené devant les décombres de chez lui ? Drôle de réflexion qu’il avait … C’était particulièrement idiot même. Brrrr … Surtout qu’il remarquait que malgré sa marche, il n’avait pas bougé d’un poil. Qu’est-ce que ça voulait dire de spécial ? Ce n’était pas normal … Dans son rêve, il pouvait aller là où il le désirait, n’est-ce pas ? Alors pourquoi …

« Ahhhhhhhh ! MAMAN ! PAPA ! MAMAN ! »

Hein ? Maintenant, il entendait des cris … et il apercevait un jeune garçon aux cheveux blancs ? C’était lui ? Est-ce que sa vision était faussée ? Il avait déjà les cheveux blancs ? Après cet incident ? Les évènements avaient étaient aussi violents que ça ait changé de couleur comme ça en un instant ? C’était perturbant et surtout, il était taché de sang.

« Pourquoi est-ce que je rêve du jour où j’ai été sauvé par Sélia ? J’aurai pu vraiment choisir un autre mo … AH ! NON ! »

C’était bien lui qui venait de hurler en apercevant une forme ténébreuse qui apparaissait devant le jeune garçon. NON NON ET NON ! IL NE VOULAIT PLUS Y PENSER ! PLUS Y PENSER DU TOUT ! C’était … C’était ce Léopardus … Celui qui était responsable de la mort de ses parents ! Ce foutu chat à l’apparence violette et jaune ! AH … AH ! Et il voyait ses griffes acérées, sa démarche féline, tout ! Il voyait ! AH NON !

« Tu t’es caché ! Tu t’es caché ! Mais tu ne t’enfuiras plus très longtemps ! »

Hein ? Il ne se rappelait pas de ces paroles … Du moins, étant trop secoué quand il était jeune, cela paraissait normal. Mais mais mais … Là ? De qui est-ce qu’il parlait ? Il n’eut pas le temps d’y réfléchir plus longtemps que la tête du Léopardus quitta le reste du corps, tombant mort sur le coup. Une fille qui devait avoir douze à treize ans s’approcha de lui. Des cheveux bleus attachés en une queue-de-cheval, elle s’approcha du jeune garçon.

« Ne t’inquiète pas … Tout est terminé … »

Sélia ! Mais c’était Sélia ! Il se rappelait de la jeune fille ! C’était elle ! Et elle était bien recouverte de sang … mais de celui des spectres et des créatures ténébreuses qui avaient attaqué le village sans même qu’il ne comprenne pourquoi.

« Comment t’appelles-tu ? » demanda une nouvelle fois Sélia.
Mais contrairement à ce qu’il avait pensé, il ne lui avait pas répondu. Non … Il s’était recroquevillé contre des ruines et n’avait pas osé lui répondre. La jeune fille aux cheveux bleus sembla soucieuse avant de regarder sa tenue. Elle poussa un soupir.

« C’est sûr que je n’inspire pas la confiance dans cette tenue. Reste-ici pendant quelques minutes, je vais voir le reste du village. » dit-elle en lui souriant délicatement, passant une main dans ses cheveux blancs avec une extrême tendresse. Elle s’éloigna sans même que l’enfant ne réagisse. C’était quoi … cette réaction ? Il ne se rappelait plus de ça ?

Et comme il ne pouvait plus bouger, il ne pouvait que regarder ce qui se passait. Pendant plusieurs secondes, la seule chose qu’il entendit était le reniflement aigu de l’enfant. Il était comme ça ? Du genre à être dans son coin, asocial ? Hahaha ! Il ne savait pas ce qui se passait mais son rêve devait se tromper lourdement. Il avait peut-être perdu ses parents mais avec Sélia, il n’avait jamais regretté sa nouvelle vie. Alors pourquoi est-ce qu’il voyait le jeune enfant ainsi ? Ce n’était pas lui ! Mais en même temps … Si …

C’était juste bizarre et saugrenu, il ne pouvait dire que cela. Pfff … Et bien entendu, comme c’était un rêve, il ne pouvait pas bouger ou agir sur son rêve. Il vint s’asseoir alors qu’il attendait la suite des évènements. S’il était mort, pourquoi pouvait-il encore rêver ? D’ailleurs, même lorsqu’on rêvait, on n’avait pas l’habitude … de pouvoir les « vivre » comme actuellement non ? Alors, si ce n’était pas un rêve ni une annonce de sa mort, qu’est-ce que c’était donc ? Il avait bien besoin de le savoir.

Mais ça restait bizarre, franchement bizarre. D’ailleurs, sans même qu’il ne le remarque, le jeune garçon s’était relevé, tournant la tête à gauche et à droite. Qu’est-ce que … Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il semblait rechercher quelque chose ? Pourquoi est-ce que LUI, le Kéran adolescent, ne se rappelait pas de cette partie de ses souvenirs ? Ce n’était pas normal ! PAS NORMAL DU TOUT ! Quelque chose clochait !

Finalement, l’enfant s’arrêta de tourner autour des décombres de la maison, hochant la tête plusieurs fois comme si il acquiesçait à quelque chose. Bizarre … C’était franchement bizarre même. Mais au moins, il semblait aller un peu mieux. Mais quand même, pourquoi est-ce qu’il avait fait un tel geste ? Il savait qu’il avait perdu une partie de sa mémoire à cause de cet incident mais ce genre de petits détails devait avoir son importance non ? Et pourquoi est-ce qu’il s’en rappellerait maintenant ? Etait-ce à cause du coup derrière la tête ? Quand même pas, c’était stupide de penser de la sorte mais peut-être que …

« Oui ! Je le ferai ! Je vous le promets ! »

Hum ? Il promettait à qui ? A quoi ? Euh … Il avait fait une promesse à quelqu’un mais là, lui, le Kéran adolescent, était particulièrement perplexe. La jeune fille aux cheveux bleus était revenue, le sang ayant disparu de son corps bien qu’il restait présent sur ses vêtements. Sans même qu’elle ne prenne la parole, le jeune garçon aux cheveux blancs s’était enfoui contre elle, sa tête posée contre son ventre.

« Merci pour tout, mademoiselle ! Merci de m’avoir sauvé ! »

« Oh ! » murmura-t-elle dans un petit soupir de surprise. Elle ne s’était pas attendu à une telle réaction de la part du jeune garçon. Lui … Maintenant qu’il voyait cela d’un œil extérieur, il pouvait remarquer à quel point la jeune fille avait une certaine beauté et une grâce déjà bien présente à son âge. Avec douceur, elle passa une main le long de la nuque du jeune Kéran, venant s’accroupir pour être à sa hauteur.

« Et bien ? Tu ne veux pas me dire ton nom ? Je m’appelle Sélia, enchantée de te connaître. Mais je crois que tu me connais déjà, n’est-ce pas ? Ah non … Il est vrai … Tu es le jeune garçon qui vivait avec ses parents à distance du village … Vous en faisiez partie … sans en faire réellement partie … n’est-ce pas ? Je suis désolée pour tes parents. »

« Je m’appelle … Kéran, mademoiselle Sélia ! »

« Dorénavant, tu m’appelleras Sélia, d’accord ? Sélia, tout simplement … Etait-ce vrai que ta mère conversait avec les spectres et les ténèbres, Kéran ? » demanda la jeune fille. Lui, à distance, semblait offusqué par les paroles de Sélia. C’était quoi cette question ? Pourtant, elle reprit aussitôt : « Oh … Pardon, je ne devrais pas te demander ceci. Ce que tes parents faisaient ne concernaient qu’eux, n’est-ce pas ? Tu es encore jeune et tu n’es en rien responsable de tout cela. Tu veux vivre avec moi ? Je comptais rester un peu dans ce village mais il se peut que je m’installe définitivement. Avec ce drame, il s’avère que la chasse aux spectres et aux créatures ténébreuses soit bien présentes. J’ai beaucoup de travail. C’est à toi de voir, n’est-ce pas ? Mais bon … Je serai un peu comme ta grande sœur si tu veux. »

« Je veux bien que tu sois ma grande sœur, mademoi … euh …. Sélia. » répondit l’enfant gaiement, ne ressemblant en rien à celui qui s’était adressé à elle auparavant.

« Tu es vraiment si mignon, toi ! Je craque ! » s’écria la fille aux yeux rubis avant de venir enlacer tendrement le jeune Kéran, celui adolescent rougissant comme un enfant.

« Ah ! Tu m’étouffes un peu, grande sœur ! Mais tu sens bon ! »

Ah … Si c’était un rêve, il était quand même très plaisant dans le fond. Ça lui permettait de ne pas oublier qu’il continuait de vivre grâce à une personne. Que c’était bien pour elle qu’il combattait … Il le savait déjà … Il le savait depuis le début mais il avait fait trop de zèle, beaucoup trop de zèle même. Et bien qu’il semble lui manquer quelques parties de sa mémoire, il se rappelait des choses les plus importantes.

Ses yeux s’ouvrirent faiblement sur un spectacle plus qu’inhabituel. Il voyait son épée qui continuait de parer les attaques incessantes d’Ebizaka comme si de rien n’était. L’homme semblait un peu épuisé par l’effort mais aussi un peu en colère. Son épée ? Qui bougeait toute seule ? En contrôlant en même temps le mouvement de sa main ?

« On peut me dire ce qui se passe ? »

« Et voilà qu’il se réveille ! Oh putain, c’est pas possible. » dit une voix féminine qu’il reconnut comme celle de Katérina qui était debout alors qu’il se relevait un peu.

Il avait besoin de mettre un peu d’ordre dans ses idées car il était un peu perdu. Ebizaka avait fait un saut en arrière pour reprendre son souffle et surtout éviter un mauvais coup.

« Swar ? J’ai cru voir ma main qui bougeait … Tu peux m’expliquer s’il te plaît ? »

« Pendant que tu dormais, j’ai dû me charger de te protéger. C’est aussi simple que ça. Heureusement que tu me tenais dans ta main, sinon, je n’aurai pas donné cher de ta peau.Mais maintenant, tu sembles avoir fait un peu le vide dans ton esprit. »

« Je ne sais pas si on peut dire que j’ai fait le vide … mais ça a l’air d’aller mieux. » répondit-il tout simplement en tournant son visage vers Sélia qui était toujours évanouie. Il se sentait un peu plus serein. Peut-être que si il combattait correctement, sans faire de fausse manœuvre, il pouvait espérer tenir tête à Ebizaka.

« Ne pense pas à survivre … mais à gagner tout simplement. »

C’était de bien belles paroles mais il fallait reconnaître que l’épée avait raison. Il ne devait pas s’imaginer perdre ce combat sinon, il allait très mal commencer la seconde partie. Serrant Swar fortement dans sa main, il se positionna correctement en face d’Ebizaka.

« Nous pouvons recommencer … à nous battre, Ebizaka. Je t’attends mais cette fois-ci, ça ne sera pas aussi simple qu’auparavant, je tiens à te le signaler. »

« Avec ta blessure au crâne, ça ne devrait pourtant être guère difficile. Tu n’es qu’un adolescent banal et commun, sans aucune importance même. Si tu es encore en vie actuellement, tu ne le dois qu’à l’arme qui t’accompagne. »

« Je crois que rencontrer Swar fut la seconde meilleure chose de toute ma vie. » murmura Kéran, Katérina s’étant remise assise depuis tout ce temps. Elle dit calmement :

« Ah bon ? Et la première, c’est quoi ? »

« Avoir Sélia comme grande sœur, c’est la plus belle chose de mon existence. Je veux qu’elle soit fière de moi et je lui montrerai ta tête, Ebizaka. »

Mais pour ça, il devait réussir à le battre. Et même s’il se sentait mieux, ça ne voulait pas dire qu’il … Non. Il avait toutes ses chances, Swar était avec lui. Katérina pouvait bien rester sur le côté comme à son habitude, il allait l’ignorer. Ce qui était le plus important actuellement, c’était bien la mort d’Ebizaka. C’était son premier véritable combat.

Chapitre 20 : Faire durer le plaisir

Chapitre 20 : Faire durer le plaisir

« Je me nomme Ebizaka … Je suis le Tengalice que vous recherchiez apparemment. Je suis celui qui gère les créatures ténébreuses de cette zone depuis des années. Bien que je ne paraisse pas, je possède ce corps dix ans environ. Je le connais parfaitement et je sais comment le manipuler de telle sorte que ses capacités soient optimales. »

« Je me nomme Kéran et la jeune femme avec moi s’appelle Sélia. »

« Tu n’as pas besoin de te présenter, Kéran. Nos adversaires n’ont guère besoin de connaître nos noms … même si ce sont les dernières choses qu’ils entendront. » murmura Sélia, serrant un peu les dents en même temps que ses deux armes.

« Ce qu’elle dit est correct … Vous ne devriez pas me donner vos noms aussi facilement. Néanmoins, j’ai fait de même de mon côté … Donc, ainsi, nous sommes quittes tous les trois. Voulez-vous venir à deux contre moi ? Ou voulez-vous un combat pour l’honneur ? »

Un combat pour l’honneur ? Qu’est-ce que c’était ? Il se tourna vers Sélia, celle-ci ne semblant guère intéressée par la proposition de l’homme en face d’eux. Elle répliqua sèchement :

« Qu’est-ce que l’honneur pour une créature comme toi hein ? Ne te moque pas de moi … Tu sais que tu as peu de chances de t’en sortir face à nous alors tu utilises des moyens plus que vils pour nous manipuler. Ca ne marche pas comme ça ! »

« Euh … Tu es sûre qu’il pensait réellement ça, Sélia ? Même si il est possédé … Il me parait quand même normal … Enfin, pas fou ou manipulateur contrairement à ce que tu sembles vouloir lui montrer. Enfin … C’est ce que je pense hein ? Je n’en sais rien de plus. »

« Tu penses très mal, Kéran, ça ne change pas de tes habitudes. Une créature ténébreuse reste une créature ténébreuse, qu’importe la forme qu’elle emprunte. »

Ce n’était pas très sympathique de sa part … mais il savait qu’elle avait parfaitement raison à ce sujet. Il n’était pas un modèle d’intelligence et il pouvait se faire trop facilement manipuler par ses adversaires. C’était même un peu trop souvent le cas avec Katérina d’ailleurs. Hum … Il se demandait où elle était.
Ebizaka resta debout et immobile, sortant tout simplement son arme qui était un katana à la garde rouge, de nombreux losanges dorés gravés dessus. Néanmoins, à part ce geste, il n’en fit aucun autre, puis il reprit la parole :

« Normalement … Mes sbires étaient présents le long de la montagne. D’après ce que je crois comprendre, vous n’en avez rencontré aucun ? »

« Oui, oui … C’est exact ! Nous sommes venus avec … »

Encore une fois, Sélia tendit sa main vers la bouche de l’adolescent pour qu’il se taise. Ca ne servait à rien de parler, ne comprenait-il pas ce qu’elle lui disait ou quoi ? Vraiment … Des fois, Kéran pouvait être un vrai boulet. Bon ! Cependant, il y avait quelque chose d’étrange et inquiétant. Il y avait quelqu’un d’autre qui venait vers cette montagne mais qui ? Elle n’était pas au courant qu’une …

Le corps de Sélia s’écroula au sol, la jeune femme s’étant évanouie sous le puissant coup qu’elle venait de recevoir dans la nuque. Ebizaka ne fit pas un seul mouvement alors que Kéran cria de surprise en apercevant une adolescente qu’il reconnaissait que trop facilement.

« Vraiment … Qu’est-ce qu’elle est ennuyeuse cette truie … Salut, Kéran ! Bien dormi avec elle ? Visiblement, tu lui as parlé du pokémon au sommet de la montagne hein ? Tu ne peux jamais fermer ta gueule quand il le faut, n’est-ce pas ? »

« Katérina ? De … De … Pourquoi tu as fait ça ? SELIA ! »

L’adolescent s’approcha de la jeune femme évanouie, cherchant à voir si elle n’avait aucun problème tandis qu’il tremblait. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que Katérina venait de faire une telle chose ? Puis subitement, toutes ses pensées se tournèrent vers ce qui avait été dit, fait ou vu depuis le début. Elle … C’était elle qui lui avait annoncé où se trouvait Ebizaka. Puis ensuite, le chemin normalement occupé par les spectres et les créatures ténébreuses … Mais il n’y avait rien, rien du tout même ! Alors, quand Ebizaka avait annoncé que ce n’était pas normal, il avait été aussi surpris que lui … jusqu’à maintenant.

« KATERINA ! C’est toi qui a tué ces spectres ! »

« Bravo ! Tu vois que ça t’arrive de réfléchir ! Même si j’avoue que sur le coup, tu m’as impressionnée ! Je ne pensais pas que tu trouverais aussi rapidement, Kéran. »

« Katérina … Tu es donc responsable de la mort de mes compagnons. As –tu une explication raisonnable pour expliquer de tels actes ? A part bien entendu la folie. »

« Je trouvais cela plutôt distrayant. Par contre, ils n’étaient pas vraiment très costauds. »

« Il s’avère donc que je me suis trompé … sur la personne à éliminer. » murmura calmement Ebizaka, pointant son katana vers Katérina.

« Tu es sûr de ce que tu veux faire ? » chuchota doucement Katérina, un grand sourire aux lèvres avant de sortir ses deux armes. S’il voulait se battre, elle n’allait pas se priver. Néanmoins, l’homme au katana fit quelques pas en reculant.

« Qu’est-ce que tu … es réellement, femme ? »

« Oh ! Ce que je suis ne te concerne pas, petit gars ! Bon … Kéran, t’as fini de larmoyer et de te plaindre ? Ce n’est pas que ça me fait chier mais je suis pas venue pour te voir pleurer ! »

« Mais mais mais … Pourquoi est-ce que tu as fait ça, Katérina ? » bafouilla l’adolescent, essayant de traîner Sélia pour la mettre à l’abri, ou du moins hors de portée d’Ebizaka.

« Je vais pas me répéter bordel ! J’avais envie de me distraire ! De m’amuser quoi ! BORDEL ! JE T’ORDONNE DE LE BUTER MAINTENANT ! »

« MAIS MAIS MAIS ! Je ne peux pas me battre sans Sélia ! »

« Bon, le petit ténébreux, tu peux attendre deux secondes ? J’ai des noix à briser. »

Des … noix à briser ? Ebizaka haussa un sourcil, un peu intrigué par les paroles de l’adolescente avant de la voir se rapprocher de Kéran. D’un coup sec, le genou de Katérina se plaça dans les bourses de l’adolescent, le faisant crier de douleur.

« … … … Même si je ne fais que posséder ce corps, je compatis à ta douleur de mâle. »

« Ah ! Pour avoir mal, t’en fait pas qu’il a eu mal le petit salaud hein ? PAS VRAI KERAN ?! T’arrête quand d’être une tafiole ? »

« Quand … Quand tu arrêteras de me taper là … »

Et en plus, il faisait de la rébellion ! Elle lui donna un coup de pied dans le ventre, lui arrachant un nouveau cri de douleur avant qu’elle ne le prenne par le bras, le forçant à se relever. Elle lui murmura doucement dans le creux de l’oreille :

« Je te conseille de faire du bon boulot si tu ne veux pas que je te les brise définitivement. »

« Qu’est-ce … Qu’est-ce que tu veux … Qu’est-ce que tu veux faire réellement ? C’est quoi … C’est quoi ton objectif réellement ? »

« Oh … Tu peux encore poser des questions ? C’est un petit conseil si tu veux survivre : ne t’avise surtout pas de me demander mon âge. »

HEIN ? Mais ce n’était pas du tout ça qu’il pensait ! Ce n’était pas cette question qu’il voulait lui poser ! Qu’est-ce qu’elle racontait ? Elle était complètement dérangée ou quoi ? Elle … Elle voulait quoi au final ? C’est ça qu’il devait savoir !

« Bute-le … C’est un ordre, Kéran. » termina t-elle de dire.

Il hocha la tête positivement, ne taisant , ne prononcant plus aucune parole alors qu’il tenait son épée fermement. Ne plus rien dire … Juste combattre … C’était tout … Il devait juste combattre. Ebizaka avait observé la scène d’un air détaché, prenant finalement la parole :

« Je ne sais pas ce qu’est cette femme mais tu ne devrais plus traîner avec elle. »

« Je … Je ne devrais plus parler … » murmura l’adolescent.

« J’ai l’impression que le démon en ce lieu n’est guère celui auquel on s’attendait. » termina de dire l’homme, pointant son katana maintenant vers Kéran.

« Les apparences sont trompeuses … Les apparences sont trompeuses. »

« C’est exact … Ne te fie jamais à ce que tu vois … C’est bien le dernier conseil que j’ai à te donner avant que tu ne périsses de ma lame, Kéran. » murmura l’homme à l’adolescent.

Hahaha ! Il éclata de rire avant de sangloter, des larmes s’écoulant le long de son visage. Il était pitoyable au point que même son adversaire voulait lui donner un conseil ? C’était ça … Il ne savait pas se battre ! Il ne savait pas du tout se battre ! C’était seulement ça qu’il pouvait admettre ! Il était nul ! Complètement nul et il n’allait rien réussir !

Sans attendre plus longtemps, Ebizaka fonça vers lui, donnant un coup en direction de sa hanche. En réponse à ça, Kéran se protégea la hanche avec son arme, les deux lames se percutèrent. Ebizaka fit un saut en arrière, observant l’adolescent qui tremblait de tout son corps, comme apeuré et effrayé par ce combat.

« Pourquoi … es-tu devenu un combattant ? »

« Car je voulais servir à quelque chose … » murmura Kéran.

« Plus de baston, moins de blabla, les deux bouffons ! » cria Katérina, assise sur un rocher, les jambes croisées, ses deux lames plantées dans le sol à côté d’elle.

« Un véritable monstre … Même moi, je ne peux guère lutter contre elle sans risquer mon existence. Il vaut mieux pour toi que je te tue dès maintenant. » annonça Ebizaka.
Et c’était quoi le rapport entre ce qu’il pensait de Katérina et ça ? HEIN ? HEIN ? Il avait besoin de le savoir car il avait terriblement peur sur ce coup ! Ah … Ah … Ah … L’homme fonça une nouvelle fois vers lui, tentant une attaque à la verticale avant que l’adolescent ne pare le coup comme si de rien n’était.

« Deux fois de suite … et avec une telle facilité. Ce n’est pas normal. » souffla Ebizaka bien que ses paroles n’arrivèrent pas à Kéran.

Ce n’était pas normal … Ce n’était pas possible. Si cet enfant était un débutant, alors comment pouvait-il réussir à parer ses coups ? Il y avait quelque chose d’illogique dans cette histoire. Il devait trouver en quoi ! Il recommença à donner des coups, certains plus puissants que les autres tout en étudiant ce que l’adolescent faisait. Malgré la peur, le fait qu’il ne répliquait pas, il arrivait toujours à parer les coups comme si …

« Son épée est vivante. Je viens de comprendre … Hum … »

Il donna un coup bien plus violent que les autres, Kéran se faisant repousser au loin en arrière, roulant sur plusieurs mètres en direction du vide. Néanmoins, Katérina l’arrêta d’un simple coup de pied dans les côtes, lui arrachant un nouveau cri de douleur.

« Debout le cloporte ! Tu ne crois pas abandonné maintenant hein ? »

« AIE ! MAIS TU N’ES PAS OB… »

« Mais qu’est-ce qui lui prend au vilain garçon ? » murmura Katérina, qui s’était penchée pour bloquer ses lèvres avec l’une de ses mains. « C’est des façons de remercier la personne qui vient de te sauver le vie ? Tu aurais préféré peut-être passer par-dessus bord ? Il n’y a aucun problème à cela, je peux même t’y aider ! » dit-elle alors qu’il bafouillait quelques remerciements. « Ah … Mais voilà ! Tu vois quand tu veux ! Aller ! Fais des efforts et bute-moi ce type ! C’est compris ? Alors, tu arrêtes de glander et de te taper une branlette et tu bouges ton boule ! » cria Katérina, donnant une claque sur les fesses de Kéran après qu’il ait avancé.

Mais c’était qui le garçon entre eux deux ? Elle avait quand même de ces manières plus que douteuses ! Et puis … Elle ne voulait pas toujours du mal, n’est-ce pas ? Ou alors, il s’imaginait des choses de plus en plus bizarres à cause d’elle.
C’était vraiment perturbant … autant que le regard inquisiteur d’Ebizaka sur lui-même. Il se posait quand même une sacrée question à son sujet ou quoi ? Ebizaka dirigea sa lame vers le sol, prenant la parole sur un ton neutre bien qu’un peu étonné :

« Pourquoi combats-tu avec lui ? »

« Hein ? Avec qui ? » demanda Kéran, regardant à gauche et à droite. Il ne parlait quand même pas à Katérina, il le savait d’après le regard dirigé vers lui et non vers l’adolescente. Alors à qui … Est-ce que … Il avait déjà compris ? Il espérait que non … mais il ne faisait pas d’illusions. « Si tu parles de mon arme, je … »

« Je m’adresse bien à la créature à l’intérieur. Pourquoi combats-tu contre moi ? Tu ne m’as pas l’air d’être un spectre d’après ce que je peux sentir. »

Ce n’était pas un spectre ? Qu’est-ce que … ça voulait dire ? Swar n’était pas un spectre ? Mais alors, qui était à l’intérieur de son arme ? Swar se fit entendre :

« Je suis mon propre chemin. Je ne suis l’esclave de personne. Je n’ai guère besoin d’autres créatures spectrales ou ténébreuses en face de moi. »

« Quitte à combattre ceux issus des mêmes origines que toi ? Tu es un être ténébreux, comme moi. Nous ne devrions pas nous battre l’un contre l’autre … Non pas alors que tu es manipulé par un humain. » répondit Ebizaka assez sèchement.

« Hum ? Qui a dit que j’étais manipulé par cet humain ? Est-ce que je donne cette impression ? Peut-être est-ce le cas … Néanmoins, je suis libre d’avoir mes propres convictions et avis à ce sujet. »

« Et pour cela, tu n’hésites pas à protéger cet humain ? »

Swar ? Le protéger ? Et comment ça ? Qu’est-ce que ça voulait dire ? L’adolescent posa son regard sur l’arme, attendant sa réponse. Celle-ci ne tarda pas, la lame venant tracer une entaille sur la propre joue de Kéran, lui arrachant un énième cri de surprise. HEY ! Mais qu’est-ce qu’il venait de faire ? Il posa la question à Swar qui lui répondit :

« Ne te déconcentre pas du combat, cela pourrait t’être mortel. »

« Mais c’est pas une raison pour m’entailler comme ça ! Vous êtes vraiment tous cinglés ou quoi ? » hurla l’adolescent, remarquant son erreur.
Il se tourna vers Katérina, espérant qu’elle n’allait pas lui en vouloir. Mais celle-ci avait les bras croisés à hauteur de sa poitrine, les jambes elles aussi croisées. Elle avait la tête des mauvais jours, enfin, le visage sérieux et neutre. Elle ne disait rien, attendant simplement la suite du combat comme si toute cette histoire ne la concernait pas. Mais ils avaient quand même intérêt à se dépêcher car sinon …

Chapitre 19 : Un homme solitaire

Chapitre 19 : Un homme solitaire

« Dis … Swar … Je t’ai jamais posé la question mais qu’est-ce que tu penses de Katérina ? »

« Elle est comme toi. Particulièrement stupide et irrespectueuse. » répondit l’arme alors que l’adolescent n’avait pas quitté sa place depuis que Katérina était partie.

« Ah. Bon. Si elle est comme moi, c’est qu’elle doit être sûrement une chic fille. Merci beaucoup, j’ai obtenu la réponse que je voulais. »

Il venait de faire semblant de ne pas comprendre ? Ou alors tout simplement de se moquer de lui ? L’arme alla se taire. Ce n’était pas la peine de parler si c’était pour que Kéran fasse ce genre de réfléxions. D’ailleurs, l’adolescent retourna en ville, se dirigeant vers l’auberge où il dormait quotidiennement avec Sélia. Au passage, la jeune femme n’était pas encore rentrée. Hum … Il allait l’attendre et lui parler de son idée. Il espérait qu’elle apprécierait. Enfin, il allait éviter quand même de parler de l’organisation qu’il tentait de rejoindre.

Finalement, au bout de deux longues heures où il s’était endormi, il fut réveillé par la jeune femme, celle-ci lui souriant affectueusement. Elle lui demanda s’il avait bien dormi. Il hocha la tête, mettant une main devant sa bouche avant de dire :

« Euh …Sélia … Tu étais où ? Enfin non … Ce n’est pas le plus important. J’ai quelque chose à te demander. Enfin, c’est une idée pour qu’on rentre dans une organisation. »

« Hum ? Et bien, tu peux la poser non ? Je t’écoute avec attention, Kéran. » répondit Sélia.

« J’ai appris qu’il y avait un spectre ou une créature ténébreuse bien plus forte que les autres dans les environs. Est-ce que tu es au courant de ça ? »

« C’est exact … J’en ai déjà entendu parler. Il faut dire qu’à force de faire mon travail d’extermination, je reçois quelques informations plus ou moins à ce sujet. »

« Il semblerait que ça soit un Tengalice … Mais je ne sais pas quelle créature c’est exactement. Est-ce qu’il existe plusieurs Tengalices ? »

« Je ne me suis jamais posé la question. Mais oui, c’est un Tengalice. Enfin … Je pense qu’il possède surement un corps humain. » annonça la jaune femme calmement, retirant son armure pour pouvoir souffler un peu. Elle vint s’asseoir à côté de lui, l’adolescent s’étant lui-même mis correctement pour ne pas la gêner avec ses jambes.

« Donc … Il va falloir tuer un homme ? Est-ce que tu as … déjà tué quelqu’un, Sélia ? »

« Est-ce que tu es stupide, Kéran ? Tu m’as déjà vue normalement en tuer plusieurs même. C’est pourtant facile … à deviner. Lorsqu’un homme est possédé, il n’y a que peu de chances de le sauver. C’est pourquoi je t’ai toujours demandé de faire attention. »

« Oui … Mais visiblement, ça n’a pas servi à grand-chose. » murmura-t-il en jetant un bref regard à ses deux épées qui étaient posées sur le bureau. Hum. Il n’était pas réellement possédé, simplement son arme. C’est pourquoi c’était moins grave que ce qu’il croyait. Mais bon, ce n’était pas non plus la joie hein ? Il ne fallait pas croire !

« Et au final ? Qu’est-ce que tu en penses de cette idée ? » demanda Kéran avec appréhension.

« Hum … Je ne sais pas vraiment … Déjà toute seule, je ne suis pas sûre d’y arriver. Je ne surestime pas mes forces, loin de là. C’est pourquoi j’évite de penser que je pourrai réussir à le battre. Il y a de fortes chances que l’on se fasse battre … sauf si tu arrives à t’entraîner plus que correctement entre temps. Je pense qu’à nous deux, nous pouvons y arriver. Mais pour cela, il va falloir faire bien plus d’efforts, Kéran. »

« Donc tu veux bien que je vienne avec toi quand ça arrivera ? Enfin … Quand on ira ? » dit l’adolescent, la jeune femme lui souriant.

« Bien entendu ! Tu ne penses quand même pas que j’allais y aller seule hein ? Je ne suis pas folle à ce point … Et dis-toi que même les organisations n’arrivent pas à abattre cette créature. Cela veut dire qu’elle est bien plus puissante qu’on ne le croit. Je pense surtout qu’elle s’est très bien entourée et donc … que ça ne sera pas une partie de plaisir. »

« Est-ce que tu veux dire que l’on risque de combattre d’autres spectres ? »

« Spectres ou monstres ténébreux … Y a de fortes chances. » murmura la jeune femme.

Ah … Bon … Katérina lui avait annoncé ça sans le prévenir au sujet des quelques … renforts… Ah mais non, c’était logique. Si ce monstre en dirigeait d’autres, c’était normal que ces autres … viennent l’aider en cas de pépins. Bref, ils allaient devoir affronter le menu-fretin avant d’affronter le chef de la bande.

« Pour l’heure, il vaut mieux que l’on aille se reposer. Tu vas me raconter ce que tu as fait de ta journée ? Et inversement bien entendu. »

« Euh … Ce n’est pas forcément très important. J’ai été dans la forêt et … »

« Tu as été dans la forêt ? Tout seul ? Tu aurais pu te faire attaquer ! KERAN ! Il faut vraiment que je te mette une laisse et t’attache à ton lit pour que tu ne fasses plus de bêtises ou quoi ? Même les pokémons sauvages attaquent les humains ! »

« … … … Sélia ? Je pensais que tu voulais que je t’accompagne. Si tu t’énerves parce que je vais seul dans la forêt, je ne crois pas que je vais te rassurer très longtemps. »

« Ce n’est pas la même chose car je serai à tes côtés. Bon, au final, je crois que la conversation est déjà terminée. Descendons pour aller manger un peu. » dit la jeune femme aux cheveux bleus, se dirigeant déjà vers la porte.

« Ensuite, nous irons nous reposer, c’est ça ? »

« Exactement, Kéran. Avance au lieu de rester sur place. » annonça Sélia en ouvrant la porte, invitant Kéran à passer de l’autre côté. Le duo descendit les marches.
Pour le reste de la journée, ils allèrent dormir, celle-ci ayant été rude pour les deux personnes. L’un comme l’autre avait eu son quota d’émotions fortes. Kéran avait même eut le droit à la présence de Katérina. Quoi de … mieux … non ?

Plusieurs jours s’écoulèrent, devenant des semaines avant qu’il ne soit enfin décidé que les deux personnes se rendraient à la montagne. Oh … Elle avait tenu à prévenir l’aubergiste que peut-être, ils ne reviendraient pas. Sur le coup, Kéran s’était demandé le pourquoi d’une telle phrase mais quand elle expliqua à l’aubergiste où ils allaient, celui-ci fut plus qu’étonné, les traitant de fous. Lorsqu’ils sortirent, il demanda à Sélia :

« Tu étais obligée de le prévenir ? Ca sert à quoi ? »

« A ta notoriété, Kéran. A ta notoriété. A ta popularité si tu préfères. »

« Hein ? Que comment ? Comment nous faire insulter de fous va nous aider ? » questionna Kéran, regardant la jeune femme avec étonnement.

« Et bien … Si des fous arrivent à s’en sortir, cela ne voudrait-il pas dire que … Nous sommes encore plus forts qu’ils ne le pensaient ? Imagine un instant que l’on vainque notre ennemi ? Que l’on ramène sa tête ? Nous serons acclamés et … »

« Je ne savais pas que tu étais autant attirée par la célébrité, Sélia. » murmura l’adolescent, un peu surpris par la réaction de Sélia.

« Ce n’est pas une question de célébrité, Kéran. C’est même tout le contraire. Je ne cherche pas à être célèbre. Simplement, ils nous féliciteront lorsque nous reviendrons. Cela nous ouvrira encore plus facilement les portes des organisations. »

« Je vois … Je vois, c’est sûrement une bonne idée, je te fais confiance, Sélia. »


De toute façon, il n’avait pas vraiment le choix hein ? Comme si elle avait été capable de lire dans ses pensées, elle rigola, le tirant un peu vers elle pour accélérer le pas. Ils quittèrent la ville assez rapidement, Kéran ne faisant que suivre Sélia. Au loin, la montagne où normalement se trouvait ce fameux … Tengalice c’est ça ?

« Combien d’heures de marche environ pour arriver là-bas, Sélia ? »

« J’ai déjà prévu le coup pendant que tu dormais ce matin. Il y a de quoi tenir deux à trois jours dans le sac que je porte sur mon dos. »

« Une armure plus un sac … Tu ne veux pas plutôt que je le porte en plus de celui que j’ai déjà sur moi ? » demanda l’adolescent tandis qu’elle hochait la tête négativement.

« Pas question, Kéran. Tu n’es pas assez costaud pour ça. Sinon, si on se fait attaquer, tu n’auras alors qu’à me défendre. Ça me permettra de voir s’il vaut mieux rebrousser chemin ou alors tout simplement continuer à avancer. En fait, la durée du trajet dépendra des créatures que l’on combattra en face de nous. Tu as compris, Kéran ? »

« Ca ne m’a pas l’air très difficile à comprendre … Oui … Je pense que c’est bon. » termina-t-il de dire bien qu’il était quand même un peu offusqué qu’elle ne veuille pas de son aide.

Finalement, la ville s’éloigna peu à peu de leur vue, Kéran se retournant plusieurs fois pour la regarder. Avec Sélia, il n’avait pas à avoir peur de se perdre … n’est-ce pas ?

Pourtant, contrairement à ce qu’il pensait, aucun pokémon ténébreux ou spectral ne fut en travers de leur chemin. Non, c’était même le calme plat. Au bout de quatre heures de route, une pause fut déclarée par Sélia, les deux personnes s’asseyant face à face pour manger un morceau. Pendant qu’elle dégustait son petit repas, il demanda :

« Est-ce que c’est normal que nous ne soyons pas tombé sur un seul monstre ? »

« Pas le moins du monde, Kéran. Visiblement, soit ils nous attendent au bout, soit ils sont morts. Je pencherai plutôt pour la première solution. Nous allons droit vers un piège … Mais comme nous sommes au courant, nous n’avons pas à nous inquiéter à ce sujet. »

« Ah bon ? Euh … Si tu le dis, Sélia. C’est juste que je trouve ça un peu étrange, rien de plus. » termina-t-il de dire avant d’engloutir un morceau à son tour.

« Rien d’étonnant, je te dirai bien de ne pas t’inquiéter mais ça serait parfaitement inutile puisque c’est plus angoissant qu’autre chose. »

« Je me sens encore moins rassuré. J’aurai mieux fait de me taire. »

Elle émit un petit rire avant de se lever, faisant craquer son cou. Bon ! S’il avait terminé de manger, ils pouvaient peut-être se remettre en route ? L’adolescent fini son repas, regardant autour de lui. Ils continuaient de suivre le chemin qui les emmenait à la montagne mais … Il n’y avait rien du tout. Pourtant, autour d’eux, avec ces rochers, ces quelques arbres, cela pouvait promettre une embuscade … mais rien de rien.

« … … … Vraiment. » dit-il tout simplement, cherchant à faire la conversation alors que la montagne n’était plus très loin. Cela se sentait à ses pieds, le terrain étant de plus en plus dur et difficile. Sélia se tourna vers lui, prenant sa main.

« Accroche-toi bien au cas où … On ne sait pas … Une mauvaise chute et ça pourrait être la dégringolade. Même si cette montagne ressemble plus à un petit mont qu’autre chose, on est jamais sûr hein ? Et qu’est-ce qu’il y a ? Vraiment quoi ? »

« Euh … Je ne vais pas me répéter. J’espère juste que nous arrivons bientôt. »

« Ca ne devrait plus tarder. Tu sais, Kéran. C’est une habitude de marcher autant. Si tu veux rentrer dans une organisation comme la Sainte Alliance, ce genre de marche sera commune. Tu ne pourras pas te plaindre à chaque fois hein ? »

« Mais je ne me plains pas, Sélia. Pas du tout … Je suis juste ennuyé. »

« Ennuyé ? Hum … Tu préfères donc avoir à affronter des pokémons et donc t’affaiblir avant de combattre le Tengalice ? Tu as tellement de choses à apprendre, Kéran. »

Elle avait dit cela avec un ton un peu amusé mais aussi … ironique. Elle se moquait de lui, n’est-ce pas ? Peut-être qu’il était trop impétueux, elle n’avait pas forcément tort. Mais bon, il faisait quand même pas mal d’efforts pour paraître bien ! Peut-être qu’il n’y arrivait pas et que c’était ça son problème mais il tentait de faire de son mieux ! De toute façon, qu’il se plaigne ou non, la montagne n’allait pas se rapprocher plus rapidement.

« Nous y voilà, Kéran ! Nous sommes proches du sommet ! »

Hein ? Comment ? Il fut plus que surpris, regardant autour de lui avec étonnement. C’est vrai … Ils étaient déjà en hauteur ? Mais comment ? Est-ce que simplement parce qu’il ruminait ses pensées depuis plusieurs minutes ? A force de marmonner dans sa barbe inexistante, ils avaient avancé sans même qu’il ne s’en rende compte.

« Kéran … Nous avons donc de la compagnie visiblement. » murmura la jeune femme aux cheveux bleus. Lui ? Il était encore plongé dans ses pensées.

C’est vrai … Mais contrairement à ce à quoi il s’attendait, il n’y avait personne ou presque. Il n’y avait qu’un être en face d’eux alors qu’ils étaient proches du sommet du mont. C’était un homme qui devait être proche de ses trente ans. Long cheveux noirs, un bandeau blanc sur le front, il avait les yeux fermés alors qu’il était assis sur un rocher. Avec lenteur, il murmura :

« Vous étiez donc deux … Est-ce vous les responsables ? »

De quoi est-ce qu’il parlait ? Responsable de quoi ? Il aimerait bien le savoir mais il n’était pas sûr qu’il allait avoir une réponse. L’homme ne fit aucun mouvement, Sélia sortant néanmoins ses deux petites haches. Elle chuchota :

« Kéran … Tu n’arrives pas à voir l’aura sombre autour de lui ? Cet homme est bien possédé. Observe voir … son corps. Nous avons affaire au Tengalice. »

« Un débutant ? S’il n’arrive pas à apercevoir que je possède ce corps, je me demande comment vous avez pu arriver jusqu’ici … sans aucun problème. »

Sans aucun problème ? Qu’est-ce que ça voulait dire ? Et il n’aimait pas vraiment se faire insulter de débutant ! Oh, c’était la vérité mais quand même ! La vérité n’était pas toujours bonne à dire ! Pas du tout même ! L’homme fit un simple mouvement du bras droit.

« Vous n’êtes que deux … Dont une personne qui ne semble pas savoir se battre, qu’est-ce que cela veut dire ? Pouvez-vous m’expliquer la situation ? »

Mais lui expliquer quoi ? Sélia ne semblait pas vouloir lui adresser la parole tandis que l’adolescent sortait son épée. Enfin, celle qu’il avait achetée ! Swar restait bien rangée dans son fourreau. L’homme se leva finalement, permettant de mieux l’observer. Deux mètres … Il devait bien mesurer deux mètres et portait une longue veste blanche de tissu qui lui allait jusqu’au bas des jambes. Dessous, on pouvait apercevoir des vêtements noirs, eux aussi en tissu … mais aussi une lame qui brillait ?

« Je vois … Vous ne voulez pas me répondre. Je conçois que cela n’est guère plaisant de parler avec son ennemi. Je ne saurais jamais comment avez-vous réussi à battre ceux et celles qui étaient sous mes ordres mais cela m’importe que peu maintenant.  Préparez-vous donc. » annonça l’homme, ouvrant ses yeux pour laisser paraître deux yeux dorés.

« Sé … Sélia ! Je les vois maintenant ! Je la vois maintenant ! » s’écria Kéran, remarquant l’épais voile noir qui flottait autour du corps de l’homme. C’était … C’était cela quand on était possédé par quelqu’un ? Mais ça n’avait rien à voir … avec auparavant !

Chapitre 18 : Un défi lancé

Chapitre 18 : Un défi lancé

« D’ailleurs, que je sache, qu’est-ce que tu fous dans cette forêt ? Tu ne devrais pas plutôt être dans ta chambre, à boire ton petit chocolat préparé avec soin par ta petite amie ? Enfin ta grande amie un peu conne sur les bords. » demanda Katérina avec un sourire aux lèvres en voyant le visage déconfit de l’adolescent.

« Ce n’est pas … ma petite amie ! Et ne l’insulte pas, Katérina ! Elle n’a rien fait de mal ! Je te rappelle quand même que tu as tué son pokémon ! »

« Oh ? Mais dites-moi si je rêve ou non ! » s’écria subitement l’adolescente aux cheveux argentés avant de se positionner en face de lui. Elle plaça une main sur ses bourses, les serrant avec force avant de reprendre : « C’est mon coup là-dedans qui les as mises en route ou quoi ? Depuis quand tu me parles comme ça hein ? Je crois que je vais t’ordonner de siffler ! Aller ! Tu siffles maintenant ! Je ne te lâcherai pas jusqu’à ce que tu le fasses ! »

« Mais … Mais arrête ! CA FAIT MAL ! Ca fait super mal même ! »

« Pfff … Même pas drôle … Je pensais que tu avais au moins grandi … Mais même de ce côté-là, ça semble être le calme plat ! » annonça Katérina, retirant sa main alors qu’il se massait pendant quelques secondes l’entrejambe. Elle était juste folle à lier !

« Est-ce que … je peux te répondre maintenant ? Ou tu vas encore essayer de … »

« De quoi ? De malaxer les boules ? Même pas en rêve, déjà qu’il va falloir que j’aille laver ma main. Toucher un puceau me répugne rien qu’à l’idée ! »

Y avait l’art et la manière de parler ! Là, elle n’avait aucun des deux ! Comment est-ce qu’il était censé parler avec une telle femme hein ? COMMENT ? Il la regarda pendant quelques instants, s’apprêtant à reprendre un mouvement pour la dépasser et chercher lui-même la sortie de cette forêt. Il préférait encore …

« Hey blaireau ? Je peux savoir où tu comptes aller ? » murmura Katérina avant de ramener une nouvelle fois sa lame à la hauteur du cou de Kéran.

« J’espérais pouvoir partir sans avoir besoin de ton aide, Katérina. Si c’est pour me faire frapper, je préfère encore … voir ailleurs si tu veux bien. » dit-il sur un ton neutre, espérant ne pas la mettre en colère bien qu’il s’attendait à ce que ça soit le cas.

« Et tu ne m’as toujours pas dit ce que tu foutais dans cette putain de forêt que je sache ? »

« Et bien … En fait, je ne sais plus du tout. » bafouilla Kéran.

« Oh bordel, tu te fous de ma gueule hein ? Dis-moi que tu te … »

« Mais pas du tout ! Je ne sais plus du tout pourquoi j’ai été dans cette forêt ! Je crois que c’était pour parler avec Swar ou m’entraîner mais après … »

« J’ai une méthode pour te rafraîchir la mémoire, petit con ! » s’écria Katérina avant de planter sa lame dans le sol. Elle colla l’adolescent contre un arbre … avant de percuter son crâne avec le sien. Celui de Kéran émit un craquement sonore, signe que la force utilisée par Katérina avait brisé une partie de l’écorce de l’arbre derrière l’adolescent. Elle retira son front du sien, observant la tache ensanglantée alors que Kéran était à moitié sonné par le coup. Elle sifflota, s’adossant à un autre arbre, les bras croisés au niveau de sa poitrine.

« Dis, l’outil pour couper l’herbe, puisque ton jouet est assommé pour quelques minutes, tu veux pas plutôt me causer ? Au moins, je peux espérer un peu de conversation. »

« Je ne pense pas pouvoir me rabaisser intellectuellement pour avoir un niveau de conversation qui nous permettrait d’avoir un dialogue auquel tu pourrais prendre part. »

« … Que … Espèce de baltringue ! » s’écria subitement Katérina en réponse aux paroles de l’épée. Elle se redressa et dit en s’énervant : « De quel droit tu te permets de me parler comme ça alors que ta seule utilité avec ce gamin, c’est qu’il puisse se gratter le cul correctement ? Je tente d’être sympa et … »

« D’après ma définition, la sympathie vocale n’est guère dans ton registre. Celle physique non plus. Je ne pensais pas tomber sur un être décérébré. Au moins, il semblerait que Kéran ne soit pas le seul idiot dans ce monde. Est-ce que cette planète a rendu les jeunes gens de plus en plus niais et stupides au fil des siècles ou n’est-ce qu’une impression ? »

« Toi, je crois que je vais te briser avant même que tu comprennes ce qui se passe ! »

« Bien entendu. Si tu penses en être capable, tu peux toujours essayer. Je ne te promets guère une réussite … Un peu comme la tentative de la personne qui a essayé de t’instruire la politesse. Visiblement, cela fut un échec cuisant. »

« J’ai deux lames et j’hésiterai pas à les utiliser, espèce de cure-dent. »

Et bien ? Qu’elle les utilise alors. Qu’est-ce qu’elle attendait ? L’arme ne se mû, comme si elle attendait son sort. Katérina était folle de rage. Elle sortit ses deux lames dans les airs avant de s’arrêter en entendant un petit gémissement de la part de Kéran. Celui-ci ouvrit les yeux, regardant où il se trouvait avant de sentir un liquide chaud qui s’écoulait le long de son front. Il poussa un cri de surprise tout en se relevant :

« MAIS C’EST MON SANG ! Qu’est-ce qui s’est passé ?! »

« Tsss … Visiblement, j’ai pas tapé assez fort. » grogna Katérina avant d’abaisser ses armes. Cette épée ne perdait rien pour attendre. La première conversation allait être la dernière … Dès que l’adolescent aurait le dos tourné, elle allait facilement la briser.

« De quoi ? C’est … C’est toi ? Hein ? Katérina ? Qu’est-ce que tu fais ici ? AH ! J’étais dans la forêt et ensuite, je me suis perdu, tu es venu et puis … Ouille, ouille, ouille … »

« Bon si t’arrives à faire deux pas en marchant droit, on va pas perdre de temps, tu bouges ton cul et tu te me suis. On a assez perdu de temps avec tes conneries. »

Ses conneries ? Qu’est-ce qu’il avait fait ? Et lorsqu’il s’était réveillé … Pourquoi est-ce que Katérina avait ses deux lames dirigées vers lui ? Enfin … Si elle voulait le tuer, elle aurait continué le mouvement non ? Il avait un peu de mal à raisonner correctement.

Sur le trajet, il avait arrêté de regarder les fesses de Katérina, passant juste sa main droite plusieurs fois sur son front. Il se léchait même les doigts pour tenter de nettoyer le sang, gémissant un peu de douleur au contact de la blessure.

« D’ailleurs, tu m’as écouté par rapport à ce que je t’avais dit, Kéran ? » demanda Katérina, s’arrêtant pour se retourner vers lui, les bras croisés.

« A quel sujet, Katérina ? Si tu peux me rafraîchir la mémoire, je ne suis pas sûr … »

« Au sujet des organisations, tu le fais exprès ou quoi ? PUTAIN ! Pourquoi je me tartine un type aussi pourri que toi hein ? Qu’est-ce que je fous en fait ici ?! »

« Euh … Pas besoin de t’énerver non plus, Katérina. Sinon, pour te répondre, j’ai décidé de rejoindre une organisation mais il faut que je fasse mes preuves, voilà tout. »

Hum ? C’était vrai ce mensonge ? Avec un type aussi indécis que lui, elle était plutôt méfiante, très méfiante même. Elle le regarda longuement, s’approchant de lui tout en se penchant un peu en avant pour mieux l’étudier. Elle pencha la tête sur la gauche, puis la droite. Il ne semblait pas mentir bien qu’elle le voyait trembler rien qu’au fait qu’elle s’était rapprochée de lui. Une larve … C’était juste une grosse larve.

« Ah ouais ? Et au final, tu vas rejoindre quelle organisation ? Quelle guilde ? Que l’on rigole un peu tous les deux ensembles hein ? Je suis sûre que ça va être un truc bien fumeux comme … » commença-t-elle à dire avant d’être coupée par Kéran.

« Je pensais rejoindre l’Enceinte aux Esclaves. »

Elle s’immobilisa, comme stupéfaite par ce choix. Pendant une bonne minute, elle resta figée, l’adolescent tournant le visage. Est-ce qu’il avait dit une bêtise ou quoi ? Avec un peu d’appréhension, il posa son doigt sur le bras droit de Katérina, celle-ci réagissant aussitôt.

« OH BORDEL ! Mais t’es vraiment un bon ! » s’écria t-elle avec amusement, s’écroulant à moitié sur lui. Elle se maintenait en passant ses bras autour de son cou, s’esclaffant comme si il venait de lui raconter une blague des plus drôles. Pourtant, Kéran rougissait violemment, sentant le corps de Katérina contre lui.

« Qu’est-ce que … Qu’est-ce que j’ai dit ? »

« Non mais tu n’arrives même pas à saisir ce que tu viens de balancer ? T’es vraiment trop fort quand tu le veux, Kéran ! Vraiment ! Dis-moi … J’ai une question des plus sérieuses, je peux te la poser si ça te dérange pas ? » annonça Katérina avec ironie.

« Euh … Vas-y … toujours ? » dit-il, un peu inquiet de la tournure des évènements.

« T’es con ou t’es con ? » demanda t-elle calmement, retirant son corps de celui de Kéran.

« Mais mais mais … Qu’est-ce que … C’est quoi ça ? »

« Non mais je suis vraiment sérieuse ! C’est ça le pire ! HAHAHA ! »

Alors pourquoi elle semblait tellement rire qu’elle en avait une crampe à l’estomac ? Elle se tenait le ventre, s’écroulant à genoux tandis qu’il était un peu en colère. Il n’avait rien fait pour mériter une telle dérision de sa part !

« … Tu as terminé ou pas ? Que l’on reprenne … la route. »

« Oui … Oui … Bien entendu. Attends deux secondes, s’il te plaît. Le temps de reprendre mon souffle quoi … Je m’attendais pas à ça de ta part. »

« J’ai remarqué cela … Je ne comprends pas pourquoi tu réagis de la sorte … Qu’est-ce qu’il y a de si drôle dans mes paroles ? »

« Rien, rien, c’est juste que … Ah non, je peux pas. Toi ? Toi ? Tu veux rentrer dans l’Enceinte aux Esclaves ? Ceux qui adorent torturer des spectres et les pokémons ténébreux ? Je pensais que tu blaguais au départ mais même pas … Et surtout, si je me rappelle un peu le caractère de ta petite copine, elle n’est pas du genre à apprécier de voir les autres souffrir hein ? T’es sûr qu’elle est d’accord ? »

« Elle n’est même pas au courant … » murmura l’adolescent avant de baisser la tête.

« C’est bon ! Je t’adore ! » s’égosilla Katérina. « J’ai jamais vu un type encore plus stupide que toi ! Et pourtant, des cons, y en a partout sur cette planète !  Oh purée … J’ai besoin de reprendre mon souffle … Encore une fois. Ca ne s’arrange pas hein ? Aller … Viens, on accélère sinon ta chaperonne risque de ne pas être contente. Je crois que je vais pouvoir te filer un petit conseil encore une fois. T’as l’air motivé pour foutre ta vie en l’air. »

Ce n’était pas vraiment sympathique de sa part … mais elle avait un peu raison, il le savait. Ils recommencèrent à marcher ensembles, l’adolescent plongeant dans son mutisme pour éviter de prendre la parole. Il avait l’impression que s’il l’ouvrait encore, elle allait en rajouter. Et d’ailleurs, cette Katérina … était trop bizarre à son goût. Des fois, elle était violente, des fois, elle était plus que sympathique, des fois, elle était tout simplement insupportable. Alors … Comment la comprendre ?

« Bon … Te voilà sorti de la forêt ! T’es content ? Sèche tes grosses larmes ! »

Sécher ses larmes ? Mais il ne pleurait même pas ! Qu’est-ce qu’elle rac … Ah … Elle se moquait encore de lui ? Pff, ça en devenait lassant. Pourtant, maintenant qu’il était sorti de la forêt, il se tourna vers Katérina, lui disant :

« Merci beaucoup, Katérina. Sans toi, je serai encore en train de vagabonder. »

« Y a de fortes chances, oui ! Bon, maintenant, on se dirige vers ta cité de pouilleux, là où tu pourras dormir dans des draps rapiécés à côté de ta copine aux cheveux bleus ! »

« Laisse-tomber. Je pense que je peux retrouver mon chemin jusque-là. Il suffit juste que … Je ne me trompe pas… A gauche ou à droite ? »

« Droit dans ton cul. Tu fermes ta gueule et tu me suis. Sur la route, je vais te parler d’un truc pour que tu te fasses engager direct dans l’Enceinte aux Esclaves voir même n’importe quelle autre organisation si tu le désires ! »

« Ah bon ? Et comment ça ? Je suis prêt à t’écouter. » murmura le garçon aux cheveux blancs comme ceux de Katérina, marchant à ses côtés.

« Hum … Disons que je sais où se trouverait une sorte de chef ténébreux. Tu sais, les spectres et les créatures ténébreuses, à la base, c’est pas forcément copains hein ? Mais en même temps, à l’intérieur même des spectres et des créatures ténébreuses, il y a aussi des dissensions, tu vois où je veux en venir ? »

« Chacun pour soi … C’est ça, Katérina ? »

« C’est correct ! Tu vois que t’es pas si con que ça hein ? Enfin, bon, on arrête là … En clair, des fois, il se peut que certains monstres … que ça soit des spectres ou un être ténébreux … dirige les autres. Dans les alentours, c’est lui le patron des créatures ténébreuses. Si tu arrives à le tuer, je te promets que les villageois pourront souffler au moins pour une bonne année. »

« Une bonne année … Cela voudrait dire alors que les personnes seraient heureuses ? »

« Heureuses ? Mais ta mère t’a loupé à la conception ou quoi ? Quel simplet utilise un tel mot ? Tu crois que tu fais ça pour tout le monde ou quoi ? Tu fais ça juste pour ta gueule ! Arrête de penser aux autres et soucie-toi simplement de toi d’accord ? » dit-elle, plus amusée qu’en colère malgré la dureté de ses propos.

Pourquoi est-ce qu’elle faisait cela ? Il lui posa la question mais elle ne fit qu’hausser les épaules, annonçant qu’elle trouvait cela drôle. Drôle ? Elle faisait simplement ça pour s’amuser ? Elle aussi, elle était plutôt stupide. Enfin, lui, il préférait éviter de lui annoncer quand même. Finalement, ils arrivèrent aux abords de la ville, pouvant l’apercevoir au loin. Finalement, elle lui annonça que le Tangalice se trouvait sur la petite montagne au nord, logeant à son sommet pour coordonner les attaques de créatures ténébreuses.

« Tu ne viens pas en ville ? Après ce que tu as fait … Je peux essayer de te trouver une chambre discrètement car je ne sais pas où tu dors … »

« Même pas en rêve, je fais pas l’aumône. Et j’ai pas besoin de remerciement. Prépare-toi juste à sortir ton arme … CAR ME VOILA ! »

Hein quoi ?! Il eut à peine le temps de retirer Swar de son fourreau que Katérina le frappa de l’une de ses lames, les deux armes se percutant violemment.

« C’est tout ce que je voulais savoir ! Maintenant, je me barre ! »

HEY ! Mais qu’elle attendait un peu ! Qu’est-ce que ça … voulait dire ? Il tenta un mouvement vers elle mais Katérina fit plusieurs mouvements en arrière avant de sauter dans un arbre. Pourquoi … elle partait aussi vite ? Et d’ailleurs, il n’avait pas remarqué sur le moment … mais la parade avait été instinctive … avec Swar. Il ne semblait même pas se soucier de l’épée qu’il avait achetée. Bizarre. Enfin bon, pour aujourd’hui, il avait sa dose d’émotions. Il allait devoir parler avec Sélia au sujet de ce Tangalice.

Chapitre 17 : Ne s’attacher à rien

Chapitre 17 : Ne s’attacher à rien

« Puisque cette décision est prise, pourquoi ne penserais-tu pas à rentrer ? Cela commence à faire quelques temps que tu te trouves au-dehors de la ville. Tu sais particulièrement bien que ce n’est pas conseillé pour des personnes inexpérimentées et sans défense comme toi. »

« J’ai maintenant une épée, Swar, au cas où tu ne l’aurais pas remarqué. J’en ai même deux, c’est pour te dire. » marmonna l’adolescent, un peu en colère.

« Bien entendu … Et sais-tu les utiliser correctement pour venir à bout d’un pokémon ? Qu’il soit spectral, ténébreux … ou non ? »

« Je n’ai pas encore pu essayer et je ne suis pas adepte des boucheries sanguinaires. Je suis désolé mais ce n’est pas du tout dans mes habitudes d’aller chercher les ennuis. »

« Tiens donc. Cela est assez nouveau de ta part. » annonça l’épée d’une voix un peu ironique, un grognement se faisant entendre de la part de Kéran. Qu’est-ce que ça voulait dire ça ? Il ne le croyait pas ? Il n’allait pas le laisser passer de la sorte !

Pff … Bon ? Qu’est-ce qu’il devait faire alors ? Retourner en ville maintenant ? C’était une bonne idée mais il n’était pas motivé à ça. Il se baladait dans la forêt, sans même savoir réellement où il se rendait. Il n’avait pas envie de rentrer tout de suite. Même s’il ne parlait pas, son intention était pourtant facile à deviner …

Il avait envie de tomber nez à nez avec un puissant pokémon ! Oh, pas forcément une créature maléfique … mais juste un pokémon avec qui il s’opposerait. Ça lui permettrait alors de tester son épée et de montrer à Swar qu’il savait se battre. Enfin, en un sens, c’était quand même bien risible que de vouloir faire ses preuves … à une arme.

« Ne te serais-tu pas perdu ? Je te vois vagabonder dans la forêt depuis plus de deux heures … tournant en rond comme le ferait un animal perdu. »

« Espèce d’idiot. Je ne suis pas perdu, je peux rentrer quand je le désire, je n’ai aucun problème à cela. Si tu ne l’avais pas remarqué, j’essaie simplement de trouver un pokémon à combattre. Ce n’est pas difficile à comprendre ! »

« Bien entendu. Tu n’es pas perdu, juste stupide. » compléta l’épée, l’adolescent s’immobilisant. Mais il n’allait pas se laisser faire ! Il sortit Swar avant de le planter dans le sol. Il commença à faire quelques pas avant de s’écrouler au sol, posant un genou. Une main sur son cœur, il respira bruyamment, Swar murmurant : « Tu ne comptais quand même pas m’abandonner, n’est-ce pas ? Plus tu continues à vivre, plus tu t’enfonces dans la médiocrité. Il est temps de quitter l’enfance et l’adolescence. »

« Qu’est … Qu’est-ce … Pourquoi est-ce que ça me fait aussi mal ? » cria Kéran, cherchant une explication avant de tourner son visage vers l’épée. « C’est toi ? C’est toi, n’est-ce pas ? Tu veux me tuer ! Tu n’attendais que ça, je suis sûr ! »

« Si je voulais te tuer, j’en aurai eu maintes fois l’occasion. Bien plus que la possibilité de te sauver la vie. Tu es une catastrophe ambulante. Sélia n’a guère de chance de t’avoir à ses côtés. Cette jeune femme doit avoir un mental en acier pour te supporter. »

« Ca te fait plaisir … hein ? De me faire mal … »

« Ai-je l’air de prendre une satisfaction personnelle à te voir ainsi ? Est-ce que dans le ton de ma voix, tu peux saisir une exultation à te torturer de la sorte ? »

Pourquoi est-ce que cette fichue arme lui parlait ainsi ? Il voulait lui mettre la tête dans la boue ? Lui montrer à quel point il n’était rien entre ses mains ? C’est ça ? Et bien, il l’avait remarqué ! Bordel ! Il n’aimait pas ça ! Pas ça du tout même ! Il n’était pas aussi pathétique que ça pour se laisser faire par cette arme !

« Tu ne veux pas me répondre, je conçois alors que tu as accepté ma proposition. Tu ne devrais plus avoir mal au cœur dorénavant. »

« Je me débarrasserai … de toi … dès que je le peux, Swar. » murmura l’adolescent avant de se redresser faiblement, récupérant l’arme pour la ranger.

Il en avait assez de cette arme. Pourquoi est-ce qu’il était aussi lunatique avec elle ? C’était juste un spectre ou une créature ténébreuse qui attendait le bon moment pour lui dévorer le cerveau et posséder son corps, non ? Alors, autant qu’elle le fasse maintenant et qu’elle le laisse mourir … Il en avait assez … vraiment assez … C’est bon, il avait décidé qu’il était temps de rentrer et de sortir d’ici ! Il se mit à courir dans la forêt, passant à travers les arbres pendant plusieurs minutes mais au final, ce fut pour avoir le même résultat. Qu’importe le chemin qu’il empruntait, il était …

« Perdu, n’est-ce pas ? » chuchota Swar calmement. « Je m’en doutais. »

« Ne t’avise pas de prononcer, ne serait-ce qu’un seul mot sinon … »

« Une menace ? Kéran, n’apprends-tu donc jamais de tes erreurs ? »

Gloups. C’est vrai que ce n’était pas forcément très malin de dire cela à une créature capable de vous tuer sans même ne serait-ce bouger le petit doigt. Bon … Qu’est-ce qu’il pouvait faire ? Encore se taire … comme souvent. C’est lui qui allait se taire. L’arme semblait prendre un malin plaisir à faire la conversation dès qu’il la mettait en veilleuse.

« Veux-tu un conseil ? Sacrifie tout ce que tu possèdes. »

Hein ? Quoi ? Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il s’arrêta, en partie à cause de la course effrénée qu’il avait faite quelques minutes auparavant, l’autre raison était les paroles de l’épée. Sacrifier tout ce qu’il a ? Il fallait déjà posséder quelque chose pour le sacrifier. Ensuite ? Il ne savait pas le moins du monde.

« Peut-être que tu es trop jeune pour saisir la portée de mes paroles. »

« Alors, pourquoi tu ne me l’expliques pas, toi qui a la connaissance suprême ? »

« Je le ferais volontiers … si j’en avais la motivation. Néanmoins, lorsqu’un ignare décide de ne faire aucun effort pour comprendre, les batailles perdues d’avance sont tout simplement risibles. Ne me fait guère perdre mon temps. » répliqua l’épée.

« Je ne crois pas que c’était mon intention. Je voulais juste en savoir un peu plus. Pourquoi est-ce que tu me parles de sacrifier tout ce que j’ai ? »

« Si tu veux progresser sur le chemin que tu as décidé de prendre, tu n’auras guère le choix. »

« Et pourquoi cela ? Je ne vois pas où est le problème … entre ce que je veux … Hum. Peut-être que tu as raison mais quand même … Je vais éviter d’avoir à sacrifier ce qui est important pour moi. Je sais que j’ai décidé de ne pas mener une vie facile. »

« Au moins, tu comprends ce que tu fais … même si ce n’est qu’en partie. Si tu tiens à la vie, je t’aiderai alors à la garder. » annonça l’épée tandis qu’il semblait perdu. Comment est-ce qu’il devait prendre l’arme ? Une fois, elle voulait le tuer et quelques minutes après, elle lui signalait qu’elle n’hésiterait pas à le sauver au cas où.

Difficile donc de comprendre ce qui se passait avec cette arme. Enfin bon … Ca n’arrangeait pas aussi son cas. Il ne savait toujours pas par où aller. Swar lui signala de toujours garder le même chemin. Il allait bien finir par sortir de la forêt au bout d’un moment. Pour une fois encore, il décida de l’écouter mais cela n’arrangeait en rien la situation.

« Finalement … Je suis plus perdu que prévu, Swar. Sélia va me passer un savon. »

« Si elle nous retrouve, du moins, te retrouve. Je ne crois pas qu’elle m’accorde de l’importance. Néanmoins, cela ne nous aide pas. La prochaine fois, si tu veux piquer une crise de colère, peux-tu le faire sur un tonneau vide ou contre un mur ? Merci bien. »

Soudainement, alors qu’il s’était arrêté, une ombre descendit du ciel, atterrissant devant lui.

« BOUH ! » s’écria t-elle, l’adolescent poussant un hurlement avant de s’écrouler en arrière, un rire amusé se faisant entendre alors qu’il remarquait Katérina en face de lui. Toujours là au meilleur moment visiblement. Il se releva, passant à côté d’elle, du moins, essayant de passer à d’elle. Mais l’une de ses lames se planta dans l’arbre, juste à hauteur de la gorge de Kéran. Celui-ci déglutit … Pourquoi est-ce qu’il tombait toujours sur elle ? Ou plutôt qu’elle faisait tout pour tomber devant lui.

« Katérina … Est-ce que je peux … »

« Tu t’étais décidé à m’ignorer, n’est-ce pas ? Vouloir passer comme ça comme si je n’existais pas … Tu sais que ce n’est pas très sympa de ta part, petit con ? »

Voilà qu’il se prenait maintenant une insulte gratinée de la part de Katérina. Vraiment, elle voulait faire quoi avec lui ? Elle allait encore … tenter ses mouvements pervers ? Rien qu’à la regarder, elle l’était déjà assez. Il voulut passer sous la lame plantée dans l’arbre mais un coup de pied bien placé dans ses bourses le fit s’écrouler contre l’arbre. Il commença à sangloter de douleur, Katérina se mettant accroupie devant lui, lui offrant une vue sur son décolleté et sa poitrine. Pourtant, elle ne rigolait plus, le visage neutre.

« Ca fait mal aux boules hein ? Si tu veux m’ignorer, avise-toi de ne pas te trouver sur mon chemin, espèce de couillon. Maintenant que tu es prêt à m’écouter, peut-être que tu voudras bien … entendre ce que j’ai à dire ? Non ? Je te parle, bouffon ! »

« Aie, aie, aie … Mais je te fais quoi pour que tu me colles comme ça ? »

« De quoi ? Tu crois que je te suis, bâtard ? T’es un peu trop sûr de toi ! Un coup dans les couilles ne t’a pas suffi ? Tu veux que je te les coupe ? »

« Non, non ! C’est bon … C’est bon … C’est juste que tu apparais … comme ça … »

Elle se présentait toujours aux moments les moins opportuns … Enfin, dans ce cas précis, c’était plutôt une bonne chose. Peut-être qu’elle pouvait … Non. Vu comment ils venaient de se rencontrer, il valait mieux pour lui éviter de lui poser la question.

« Bien entendu ! Tu crois que tu peux te balader dans la forêt comme si de rien n’était ? T’es franchement pas malin comme gringalet ! Et tu penses garder ton cul posé au sol combien de temps ? Tu te relèves ? Ou je te fourre mon arme dans ton cul de telle sorte que ça ressortira par ta bouche ! ALLER ! T’attends quoi ? »

« Qu’est-ce que tu vas me faire ? Encore essayer de me tuer ? »

« Y a des moments où je te promets que ça me démange de te planter ma lame dans ton ventre et de jouer avec des tripes ! Mais là, je ne suis clairement pas motivée alors tu te lèves ! »

D’accord, d’accord, elle ne lui laissait pas le choix. Pfff … Il se redressa, ses jambes tremblant encore un peu à cause du coup dans son entrejambe. Ca laissait toujours des marques … Et en plus, elle ne se privait pas pour lui faire mal.

« Bon … Tu me suis et je te raccompagne en-dehors de la forêt. » annonça l’adolescente aux cheveux argentés, une fleur dans ces derniers. Il balbutia :

« Hein ? Que … Comment ? Tu me sors de cet endroit ? Tu sais que je suis perdu ? »

« T’entendre gueuler avec ton arme, mieux vaudrait que je sois sourde mais j’ai pas pu m’empêcher de te repérer. De toute façon, tu serais en train de pleurer comme pas possible si j’étais venu dix minutes plus tard. Bon, tu me suis ? » dit Katérina tandis qu’il hochait la tête pour acquiescer avant de marcher à ses côtés.

Il aimerait bien avoir un sujet de conversation … mais il ne savait pas quoi dire. L’adolescente marchait comme si elle savait où se rendre. Ils ne rencontraient aucun pokémon et surtout, elle ne semblait en avoir rien à faire de lui. Alors pourquoi est-ce qu’elle venait l’aider ? Et puis … Qu’est-ce qu’elle faisait ici ? D’ailleurs, y avait un petit truc qui le perturbait par rapport à elle ? A chaque fois qu’il la voyait … C’était au-dehors d’une ville. Il ne l’avait jamais vue à l’intérieur. Finalement, il prit son courage à deux mains.

« Katérina ? Dis … Enfin … Si tu veux bien me répondre, est-ce que tu vis dans la forêt ? »

« Quoi ? Tu me prends pour une Ursaring ou quoi ? Et en quoi ça te concerne hein ? MERDE ALORS ! C’est ma vie et j’en fais ce que je veux ! »

« C’était juste une question amicale, Katérina. Je ne voulais pas t’embêter avec ça. » murmura le garçon aux yeux bleus avant qu’elle ne reprenne :

« Et si je dormais dans la forêt, qu’est-ce que t’en as à foutre hein ? Tu veux éprouver de la pitié pour moi ? Si c’est le cas, je te coupe la bite et je te fais la bouffer toute crue. »

« T’as vraiment l’habitude de parler comme ça ? Enfin, toujours de cette façon ? »

« MAIS PUTAIN ! C’est un interrogatoire ou quoi ? » hurla-t-elle en s’arrêtant, le soulevant par le col. Elle le plaqua contre un arbre, s’écriant : « Ca va te servir à quoi de savoir ça ? Si je veux dormir sur une branche, c’est MON problème, c’est compris ? »

« C’est … C’est parfaitement compris, Katérina. C’est juste que j’aie envie … de te connaître un peu plus. C’est tout. Tu me sauves la vie quand même … au lieu de me tuer. »

« Kéran, il s’avère que des fois, il vaut mieux avoir sa langue dans sa poche et se taire. » annonça Swar, Katérina haussant un sourcil.

« C’est vrai merde … J’allais oublier que t’avais une arme maudite. Et en plus, elle est du genre discrète. Tu voudrais pas faire comme elle et la mettre en veilleuse ? »

Elle retira sa main de son col, le relâchant avant de se remettre en route. Il chercha sa respiration avant de la suivre. Quand même, elle n’était pas obligée de se montrer aussi violente ? Et puis, elle était exactement comme Swar ! Est-ce qu’elle voulait le tuer ou non ? Il perdait la tête avec elle aussi ! Il nageait en pleine incompréhension !

« Bon, je mords pas, tu peux aussi t’approcher hein ? »

Elle s’était adressée à lui après une bonne dizaine de minutes, sautant lorsque des racines gênaient le passage au sol. Il devait lui parler, avoir une discussion avec elle. Vue de dos, elle ne semblait pas du tout menaçante. En fait, la première chose qu’il voyait lorsqu’elle était de dos, c’était plutôt … Gloups.

« Kéran, tu devrais éviter de regarder le postérieur de cette jeune demoiselle. »

« SWAR ! Je ne fais pas ça du tout ! » s’égosilla l’adolescent alors que Katérina s’arrêtait. Elle tourna légèrement son visage vers Kéran, l’observant quelques secondes. Elle lui sourit, comme amusée par la situation.


Après cela, il remarqua facilement qu’elle gesticulait un peu plus des fesses à chaque pas. Il n’allait quand même pas regarder ça pendant des heures ! C’est juste que bon … Sa tenue … Enfin ses lacets noirs pour derrière … Ca ne cachait que très peu … Elle n’avait pas froid ? Mais il ne pouvait voir que la raie de ses … AHHHH ! Il n’allait pas faire ça ! Mais elle faisait tout pour qu’il l’observe à cet endroit !

« Tu accélères, Kéran ? Sauf si tu préfères dormir dans la forêt cette nuit. Par contre, je te promets pas la vie sauve si tu fais ça. »

« AH ! Désolé, Katérina, j’arrive tout de suite ! » répondit-il en marchant plus rapidement.


Cette fille … Elle était sérieusement bizarre, plus que bizarre même. Tantôt violente, tantôt sympathique, il avait du mal à savoir ce qu’elle était réellement.

Chapitre 16 : Faire son choix

Chapitre 16 : Faire son choix

« Sélia ? Je comptais me balader aujourd’hui en ville … Ca ne te dérange pas si j’y vais seul ? » demanda Kéran alors que la jeune femme se tournait vers lui.

« Si tu as une bonne explication, je pense que je peux te laisser y aller seul, oui. » annonça Sélia, assise sur le lit alors qu’il lui répondait naturellement :

« Juste besoin de souffler un petit peu. Après … hier … Euh … Disons que je serai un peu gêné de marcher avec toi. Enfin … Si ça ne te dérange pas. »

Elle eut un petit sourire amusé en le regardant, comme attendrie par ce qu’il disait. Elle se leva à son tour, semblant se préparer à partir malgré ses dires. Donc … Elle ne voulait pas le laisser seul, d’après ce qu’il comprenait ? Dommage … Vraiment dommage même.

« Soit … Tu as besoin d’être seul. Je veux bien accéder à ta requête. De mon côté, je vais aussi me promener. J’ai besoin de faire quelques achats qu’une femme seule ou accompagnée par d’autres femmes puisse faire. »

« Je ne crois pas … que j’ai à te demander ce que c’est. » murmura l’adolescent aux cheveux blancs, la jeune femme rigolant avec amusement.

« Je ne pense pas non. Il faut juste que j’envisage une vie en dehors de mon travail. Ca ne peut me faire que du bien. J’ai gâché quelques années en ne faisant que combattre. Il est temps de changer cela. Attention, tu n’es pas fautif hein ? »

« Je sais … Je sais … Alors, on descend ensemble et on se sépare ? On se retrouve à quelle heure ? » demanda t-il en regardant la jeune femme.

« Hum … Quand tu veux … L’un attendra l’autre à une table. Hors de question de manger par contre. Ne perdons pas de temps et tu ne fais pas de bêtises, d’accord ? »

Hey. Qu’elle ne se comporte pas comme une grande sœur ! Enfin, c’était son habitude mais dit comme ça, il allait avoir un peu honte quoi ! La jeune femme descendit l’étage avec lui et comme il en fut convenu, ils se séparèrent tous les deux à la sortie de l’auberge.

« Fais attention à toi, Kéran. » dit Sélia avec douceur. Elle ne portait aucune partie de son armure. Aujourd’hui était vraiment le jour où elle n’allait rien faire du tout, simplement se reposer. Bien entendu, elle aurait aimé avoir Kéran à ses côtés mais pour le moment, il fallait reconnaître qu’il avait besoin d’être un peu seul.

Mais bon … Il n’était encore qu’un enfant aussi … Non ! Elle devait arrêter de penser de la sorte. Kéran était maintenant un adolescent, bientôt un adulte. Il n’avait plus rien à voir … avec l’enfant qu’elle avait sauvé il y a de cela sept ans. Hum … Sept longues années … Dire qu’elle ne portait aucune affection envers l’adolescent serait mentir.
Mais bon. Elle ne devait pas y penser, ce n’était pas une bonne idée. Elle espérait simplement qu’il ne commettrait pas de bêtises en étant seul. Elle ne voulait pas qu’il ait de problème ou d’accident. Pourquoi est-ce qu’elle avait accepté ça encore ? Ahhh ! Des fois, elle se considérait comme une petite idiote ! Bon … Elle allait faire passer la journée rapidement.

« Si tu as décidé de te promener seul, ce n’est pas pour les raisons que tu évoquais, n’est-ce pas ? » murmura l’arme faiblement de telle sorte qu’il fut le seul à l’entendre.

« J’avais envie de réfléchir à ces guildes … et ces organisations. Je me demandais par quoi commencer … et je ne voulais pas que Sélia influe sur ma décision. Je ne suis peut-être pas destiné à suivre le même chemin qu’elle … mais je suis sûr que si je lui avais dit ce que je comptais prendre, elle n’aurait guère accepté. »

« Réfléchir alors que tu connais déjà ta décision, n’est-ce pas inutile ? »

« Je n’ai pas dit que j’avais déjà pris ma décision. Simplement que je voulais … peut-être aller ailleurs qu’elle. C’est tout. » marmonna l’adolescent en marchant dans une nouvelle rue marchande. Il regarda les affiches placardées sur les murs.

« Tu n’es qu’un pauvre enfant étouffé par les sentiments de la fille qui le protège depuis tellement d’années. Comme un oisillon qui tente de quitter le nid … Mais sais-tu que vouloir s’envoler trop tôt provoque la chute ? »

« Ne me parle pas de cette façon, on dirait de la philosophie ! » grogna l’adolescent. Pourquoi fallait-il qu’à chaque fois, il parle à Swar alors qu’il savait que ça allait terminer comme ça ? C’était lassant et fatiguant ! A chaque fois, ça risquait de très mal se terminer ! Pffff … Il accéléra le pas, se disant inconsciemment qu’il mettrait le maximum de distance avec l’épée … tout en oubliant en même temps qu’elle était à ses côtés. Jamais il n’arriverait à s’en débarrasser. D’ailleurs, qu’est-ce qu’il allait faire d’elle maintenant ?

« Que comptes-tu faire ? Tu me donnes l’impression de vouloir quitter la ville, ce n’est pas la meilleure des idées. Tu ne veux pas inquiéter Sélia, n’est-ce pas ? »

« Au diable, Sélia. Je ne suis pas un gamin, il faudra que tu te le rentres dans le crâne, voilà tout ! » marmonna l’adolescent, comme vexé par les paroles de Swar.

« Tu ne devrais pas te comporter de la sorte, tu risquerais de te mettre en danger inutilement. Ce n’est pas parce que tu as une épée que tu sais la manier. »

« Tu ne peux pas te taire par hasard ? En plus, regarde-ça … Ils n’arrêtent pas de nous observer maintenant. » dit l’adolescent, quelques têtes se tournant en sa direction. Visiblement, le fait de parler « seul » semblait déranger quelques citoyens.

« Alors … Tu n’as qu’à éviter de m’adresser la parole. Ils ne peuvent m’entendre réellement … si je le désire. Montre-toi discret si tu veux continuer de converser. »

« Je crois plutôt que je vais m’arrêter là pour l’instant. Si j’ai besoin de parler, autant éviter que ça soit avec toi. Ca me posera moins de problèmes. »

« Comme tu le désires, tu es libre de tes actes. » termina de dire l’épée.

Et surtout, il avait envie d’accélérer le rythme car les regards devenaient plus insistants. Ses pas se firent plus rapides tandis qu’il jetait un œil en arrière. Quitter cette ruelle et vite ! Il allait discuter avec Swar mais pas maintenant. Il n’allait pas apprécier du tout.

« Qu’est-ce qui m’a pris … Mais vraiment … Qu’est-ce qui m’a pris ? »

Elle murmurait cela alors qu’elle se promenait dans les ruelles, deux petits sacs dans les mains. Elle avait fait quelques emplettes comme elle l’avait annoncé à Kéran. Oh … Ce n’était que des vêtements car elle avait envisagé l’idée qu’il fallait qu’elle soit plus présentable. Les mêmes guenilles utilisées depuis tellement de temps, ce n’était pas bon pour elle. Elle ne devait pas oublier qu’elle était une femme avant d’être une soldate.
Elle remarquait aussi les yeux de certains hommes rivés sur elle. Au moins, même si elle ne se considérait pas comme une femme charmeuse et charmante, elle se disait qu’elle avait des atouts qui la mettaient en valeur. Elle était quand même … belle sur certains points. Ou alors, c’était autre chose ? Ses yeux se baissèrent sur les deux noigrumes autour de la taille. Même si l’une d’entre elles était vide … C’était normal d’attirer le regard.

« Comme si ces personnes pouvaient apprécier ce que je suis … »

Hum. Elle venait de se donner un petit coup dans le moral. Elle ne remarqua qu’après quelques secondes la main posée sur son épaule. Un homme qui devait avoir son âge lui souriait. Sauf qu’il n’avait pas des tenues des plus plaisantes. Non, plutôt assez sale même. A croire qu’il avait traîné un peu dans les mauvais quartiers.

« Ma petite dame, tu voudrais pas qu’on aille discuter, toi et moi ? Dans un coin plus tranquille ? » dit-il sur un ton charmeur, enfin qui se voulait comme tel mais qui était plus ridicule qu’autre chose. La jeune femme leva les yeux en l’air, poussant un soupir.

« Il y en a un qui a besoin de leçon. » chuchota-t-elle avant de lui dire qu’elle n’avait aucun problème à l’accompagner. D’ailleurs, si elle était petite, lui était microscopique. Il devait faire une dizaine de centimètres de moins que Kéran. Pourquoi est-ce qu’elle le comparait à lui ? Vraiment. C’était assez navrant. Sans même qu’elle ne se rende compte, elle fut emmenée dans une ruelle sordide et surtout très peu espacée. Aussitôt, l’homme sortit une dague, la pointant vers elle.

« Maintenant, tu vas être très gentille, n’est-ce pas ? Pas de geste trop brusque … Tu vas me donner tes deux noigrumes et je te promets qu’il ne t’arrivera rien de mal. »

« Bien entendu … Bien entendu … Bon … Je ne vais pas perdre de temps avec un nain comme toi. Tu as de la chance … Je suis juste un peu de mauvaise humeur. » murmura Sélia avant de lever son pied droit, l’enfonçant sans hésitation dans la tête de l’homme. Celui-ci percuta le mur, sonné par le coup alors qu’elle s’éloignait sans attendre.

Quelle idiote … d’avoir pensé qu’on pouvait l’apprécier pour sa féminité. De toute façon, ce n’était pas vraiment important. Elle observa les vêtements qu’elle avait achetés. Peut-être qu’il valait mieux pour elle qu’elle les jette maintenant ? Ou alors qu’elle les donne … à des personnes qui en auraient besoin ?

« Ca ne serait que du gâchis … de les mettre sur moi. » souffla t-elle avec une petite pointe de tristesse. Mais bon … Peut-être qu’il valait mieux les garder. Elle verrait ce qu’elle ferait plus tard avec eux … Peut-être que cela plairait à Kéran. Qu’est-ce qu’elle pensait encore ? Ce genre de choses ne concernait pas un adolescent comme lui.

D’ailleurs, l’adolescent se dirigeait avec dextérité vers la sortie de la ville. Il n’était pas vraiment en colère mais assez nerveux. Si les gens apprenaient qu’il avait une arme possédée et s’ils réagissaient de la même manière que Sélia, cela risquait de sonner le glas pour lui. Gloups … Il valait mieux ne pas y penser.

« As-tu fini de courir ? Tu t’épuises à ne rien faire pour l’heure. »

« Swar … Si j’avais un conseil à te demander, ne t’inquiète pas, je te poserai la question. Là, je n’ai vraiment pas envie de te parler. »

« Tu ne fais que fuir dès que tu ne veux admettre la vérité. Cela est un manque courage et une preuve de couardise. » reprit l’arme tandis qu’ils arrivaient aux abords de la ville, quelques gardes surveillant les rentrées et sorties des citoyens.

Il ne répondit pas à Swar, saluant les soldats en signalant qu’il allait simplement se promener dans la forêt. Les hommes le regardèrent avec réticence avant de remarquer les deux épées autour de la taille. Même si il n’avait guère réellement d’assurance, être ainsi équipé devait le mettre à l’abri de quelques pokémons sauvages.

Lorsqu’il fut assez éloigné de la ville, il se dit qu’il aurait mieux valu prévenir la jeune femme. Néanmoins, connaissant Sélia, elle ne l’aurait pas laissé faire … Or, ce n’était pas pour ça qu’il était parti. Il sortit Swar, ignorant l’épée qu’il s’était acheté hier. Il donna plusieurs coups dans le vide, poussant des râles.

« Puis-je savoir ce que tu fais avec moi ? Et surtout, quels sont ces cris dignes d’un animal ? »

« C’est pour exprimer toute ma puissance ! Ce n’est pourtant pas difficile à comprendre hein ? » répondit l’adolescent, continuant de battre l’air avec son arme.

« Et tu penses donc qu’en émettant des bruits qui sont proches d’une créature à l’intelligence moindre, tu seras plus vaillant ? Drôle de notion. »

« La ferme, Swar. Je ne fais que m’entraîner ! Si je veux rejoindre une organisation, ce n’est pas seulement en ayant une arme que ça marchera. »

« … … .. Je le conçois. » dit tout simplement Swar avant de se taire.

Bien ! Maintenant qu’il était plus au calme, il allait pouvoir s’entraîner sérieusement ! Bien qu’il fut seul, il continuait de s’éloigner pour s’enfoncer un peu dans la forêt. Il donna de nombreux coups dans le vide, parfois contre un arbre avant de se retrouver rapidement épuisé. Là … Encore une fois, l’arme ne parlait plus.

Swar ne voulait pas se moquer de lui ? Comme c’était étrange. Mais bon … Il rangea cette épée, prenant celle qu’il s’était acheté. Maintenant qu’il avait un peu de temps et qu’il était seul, il pouvait mieux l’étudier. Elle était assez normale … mais il appréciait quand même la garde qui était de couleur rouge brillante. D’ailleurs, elle avait une pierre bleue ancrée en son milieu. Au niveau de la lame en elle-même, elle devait mesurer presque un mètre tandis que la poigne devait faire une vingtaine de centimètres. Il n’avait pas remarqué que cette épée longue … était justement plus longue que celles habituelles.

Mais d’ailleurs … Il n’avait pas encore comparé sa nouvelle épée avec Swar. Il ressortit l’arme, l’étudiant à son tour. Qu’est-ce que … Ce n’était pas vraiment une épée longue ou quoi ? D’ailleurs, elle ne s’était pas allongée ? Et elle était même trop proche du sol malgré sa position et l’angle.

« Swar … Qu’est-ce que tu es réellement ? » demanda-t-il, un peu inquiet.

« Ce que je suis ? Une créature qui est dans cette arme. D’autres questions ? »

« Non … Mais, je n’avais jamais remarqué que tu étais aussi grand ? Enfin que l’arme était aussi grande ? Elle fait plus d’un mètre ! »

« Environ une trentaine de centimètres pour la garde pour plus d’un mètre vingt de longueur au niveau de la lame. Il est vrai que cela ne ressemble guère à l’autre épée que tu as. »

Bonne déduction … Et la lame était noire ? Et en même temps cylindrique ? Il avait vraiment beaucoup de mal à définir l’arme qui semblait pouvoir se modifier sans même qu’il ne puisse y faire quelque chose. Comment … est-ce qu’elle faisait cela ? Enfin, ce n’était pas vraiment ça … qu’il devait s’imaginer. Il poussa un soupir, rangeant Swar à nouveau ainsi que son épée. Voilà … Il avait repris son souffle.

« Je ne sais pas vraiment ce qui se passe dans cette histoire … mais je sais simplement ce que je veux faire … ou plutôt, où je veux aller. »

« Et tu n’as toujours pas dit cela … J’ai l’impression que la réponse ne va être guère plaisante. Du moins, à mes oreilles, si on conçoit que j’ai un système auditif ressemblant à celui des humains et des pokémons. »

« Je suis sûr que Sélia va essayer de rejoindre la Sainte Alliance. C’est tout elle … Mais de mon côté, ça ne me plaît pas vraiment. J’ai une autre idée en tête … J’aimerai rejoindre l’Enceinte aux Esclaves. Tu sais ce que c’est ? »

« Choisir entre la guillotine ou la pendaison … Tes deux idées sont discutables. » annonça tout simplement l’arme avec calme et sérénité.

« Ne crois pas que je veuille me débarrasser de toi. » murmura l’adolescent alors qu’il posait sa main sur la poigne de Swar.

« Dit-il alors qu’il veut rentrer une guilde spécialisée dans l’éradication des spectres et des créatures ténébreuses. Si j’avais un corps physique, je dirai que c’est le moment où tu décides de me planter ta lame pendant que j’ai le dos tourné. » ironisa l’arme.

« Tu peux penser ce que tu veux … Mais ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas ton avis … mais ce que Sélia pensera de moi. »

« Je ne crois pas qu’elle t’enlacera pour cette décision. » répondit Swar avec dédain.
Il ne fallait pas être une personne intelligente pour comprendre cela. Mais … Il avait besoin de réussir à manipuler les spectres et les êtres ténébreux … s’il voulait devenir plus fort.

Chapitre 15 : Au-dessus des autres

Chapitre 15 : Au-dessus des autres

« Et bien, et bien … On dirait que mon petit Kéran est en train de devenir un homme. » annonça la jeune femme aux cheveux bleus en lui souriant.

Il vint rougir, un peu gêné par les paroles de Sélia qui le réconfortaient. C’est sûr… Il avait déjà une meilleure allure maintenant. Mais bon, avoir l’allure ne faisait pas tout, il devait prouver qu’il était capable de se battre. Et pour ça … Y avait-il beaucoup de choses à faire ? Il n’y connaissait rien et il espérait qu’avec l’aide de Sélia, il y arriverait.

« Maintenant ? Que devons-nous faire, Sélia ? Est-ce que l’on doit quitter la ville pour s’entraîner ? Enfin, faire des choses que je ne connaissais pas avant ? Car tu n’as pas appris seule à te battre, je pense ? D’ailleurs … Déjà quand tu es arrivée au village … Tu savais te battre. » murmura l’adolescent aux yeux bleus.

« L’origine de tout cela, il vaut mieux ne pas y penser. Je sais me battre et c’est le plus important. Je t’apprendrai les maniements de base. Enfin, ils seront quand même plus compliqués que ceux de l’armurier hein ? Il va falloir faire des efforts. »

« J’en ferai ! Je te le promets ! Mais … Bon … Je n’ai pas envie que l’on se balade. J’ai envie d’essayer mon arme … Enfin … On peut y aller s’il te plaît ? »

Hum … Il était très motivé, trop motivé même. Qu’il ne commette pas de bêtises avec une telle réaction. Il valait mieux commencer dès maintenant car sinon, il se pourrait que dans un futur très proche, il doive utiliser son épée. Elle soupira légèrement, lui disant :

« Soit. Sortons de la ville. Il faut simplement que l’on demande à quelle heure les portes se referment car sinon, nous allons devoir dormir à la belle étoile. »

« Ca ne me déplait pas forcément. Même si on ne voit jamais le soleil, le ciel est quand même si beau, hein ? » annonça Kéran en rigolant.

Un ciel si beau … Il n’y avait que des enfants ou des ménestrels pour penser de la sorte. Des poètes et des gens qui ne voulaient pas voir la vérité en face. Mais … Elle ne pouvait pas leur en vouloir. Certains étaient nés pour les défendre … Les sauver. Et voir Kéran qui tentait de passer d’un rang à un autre, elle ressentait une pointe de tristesse en elle. Elle ne voulait pas qu’il combatte … C’est pourquoi elle allait devoir tout faire pour qu’il abandonne cette idée.

Ils sortirent de la ville, Kéran attendant qu’elle finisse de discuter avec l’un des gardes qui surveillaient la double porte. Alors, d’après ce qu’il entendait, ils avaient six heures devant eux avant qu’ils ne referment la porte ? C’était plus tôt qu’il ne l’aurait cru. Mais il entendit les gardes répondre qu’il y avait une recrudescence du nombre de créatures ténébreuses et spectrales dans les environs. Finalement, Sélia revint vers lui, un peu embêtée avant de dire :

« Hum … Bon … On va faire de notre mieux pendant ce délai. De toute façon, l’entraînement ne durera pas six heures car je ne pense pas que je tiendrai la cadence. »

« Oh … Sélia risquerait de se fatiguer un peu trop vite ? » dit-il avec une ironie amusée.

« Oh … Le pauvre Kéran va avoir tout son corps qui va crier de douleur. »
Gloups … Il déglutit légèrement, se disant que ce n’était peut-être pas une bonne idée que de la provoquer. Et le sourire qu’elle avait été un mélange de tendresse et d’amusement. Elle n’allait visiblement pas se priver de le faire atrocement « souffrir » pendant les six prochaines heures. Le cri de son corps n’allait pas qu’être une image.

Ils s’éloignèrent de la ville d’un bon kilomètre, ce qui prit une dizaine de minutes. Ils se retrouvaient dans une petite plaine parsemées de nombreux rochers de différentes tailles. Mais néanmoins, ils étaient seuls et c’était le plus important pour ne pas déranger autrui. Elle s’installa sur un rocher de grande taille, s’asseyant pour le regarder. Elle lui dit :

« Fais donc quelques mouvements d’épée … Donner un coup à droite, à gauche, en avant pour donner un coup d’estoc … Bref, montre-moi ce dont tu es capable, Kéran. »

Hein ? Euh, comme elle voulait. Il sortit l’épée, donnant quelques coups dans le vide alors qu’elle l’observait brièvement. Elle ne faisait qu’hocher la tête plusieurs fois de suite tandis qu’il continuait jusqu’à ce qu’elle lui demande d’arrêter. Il fallut attendre une trentaine de minutes pour que ça soit le cas et il était vraiment épuisé.

« Je peux reprendre mon souffle un peu … Sélia ? »

« Hum … Je te laisse deux minutes de repos. Ensuite, tu iras t’entraîner avec moi mais je te préviens, tu risques d’en baver sérieusement. »

Ah ? Pourquoi est-ce qu’il n’était pas rassuré le moins du monde ? Car c’était ainsi qu’il percevait ce qui allait l’attendre. La jeune femme se leva avec calme, sortant l’une de ses haches. HEY ! Il se redressa subitement, faisant quelques pas en arrière avant de crier :

« On ne va quand même pas se battre avec ça ? Ce n’est pas du jeu, là ! Tu risques de me blesser sérieusement, Sélia ! »

« Hum ? Tu aurais donc peur d’être blessé ? Mais je pensais que tu voulais devenir un combattant ? Ce n’est pas ainsi que tu pourras me protéger ou être là à surveiller mon dos. Je pensais beaucoup mieux de toi … »

Beaucoup mieux de lui ? HEY ! Il n’avait pas dit qu’il abandonnait non plus ! Mais elle savait se battre bien mieux que lui ! Il suffisait de voir ce dont elle était capable. D’ailleurs, si elle avait perdu contre Katérina, qu’est-ce que Katérina devait être ? Enfin, il ne pardonnait pas à l’adolescente ce qu’elle avait fait …

« Et bien ? Mes paroles t’ont fait autant d’effet, Kéran ? Si tel est le cas, il vaut mieux que tu abandonnes l’idée de combattre. Voilà tout. » dit-elle en faisant un demi-tour.

« Tu ne devrais pas tourner le dos ! » s’écria l’adolescent avant de courir vers elle à toute vitesse. Il allait en profiter pendant qu’elle ne le voyait pas !

La hache tomba au sol dès qu’il fut à sa portée. D’un geste vif et rapide, elle le prit par le bras, le soulevant au-dessus d’elle avant de le faire retomber lourdement sur le sol sur le dos. L’adolescent poussa un petit cri de douleur avant de sentir la lame de la petite hache près de son cou. Elle l’avait récupérée … aussi rapidement ?!

« Ca ne me plait pas … car je n’aime pas agir de la sorte … Mais je te demanderai de ne plus jamais attaquer dans le dos, Kéran. C’est une tactique vile et lâche … Et même si je l’utilise contre des spectres et des créatures ténébreuses, je ne veux pas que tu fasses comme moi. D’accord ? Je veux que tu me le promettes, Kéran. » murmura la jeune femme avec lenteur.

Gloups … Il hocha la tête pour dire qu’il acceptait. Sélia lui sourit, retirant sa hache avant de lui permettre de se relever. Il se redressa, reprenant son arme en tremblant un peu. Il serrait son épée à deux mains, attendant qu’elle soit prête. La jeune femme avait brandit ses deux haches en même temps, reprenant la parole :

« Maintenant que tu sembles un peu plus motivé … Allons-y. »

Allons-y ? Dit comme ça, il sentait qu’elle aussi venait de gagner en motivation. Bon, il allait faire de son mieux … surtout pour qu’elle soit contente de ses progrès. Le reste pouvait bien attendre. Il courut vers elle, son arme empoignée avec ses deux mains. Malgré la force qu’il venait de mettre dans le coup, la jeune femme fit un simple geste en diagonale avec sa hache, la lame de Kéran allant se planter dans le côté.

« Trop de force ne veut pas forcément dire meilleur … Kéran. Il va falloir vraiment t’apprendre toutes les bases. Pourtant, tu m’accompagnais depuis tellement d’années. C’est bien différent, n’est-ce pas ? D’être acteur au lieu de spectateur. »

« C’est … différent mais c’est aussi bien je trouve. J’aime beaucoup. »

Il aimait ? Il aimait se battre ? Ce n’était pas comme ça qu’il devait voir les choses. Non … Elle ne voulait pas qu’il se batte. Elle pensait que voir à quel point se battre était dangereux … lui aurait fait changer d’avis. Mais non ! Ce n’était pas comme ça qu’il devait réagir ! Pourquoi est-ce qu’il n’avait pas compris le sens caché de ce combat ?

Pourtant, les heures passèrent et rien ne changea. Malgré la fatigue, l’adolescent tenait bon et ne semblait pas vouloir s’arrêter. Oh … Elle, elle avait l’habitude de ce genre d’entraînement mais lui, il ne voulait pas stopper … Il ne lui disait pas « Assez ! Je ne veux plus le faire ! ». Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il continuait ? C’était tout simplement stupide ! C’était trop dangereux pour lui de suivre la même voie qu’elle !

« Kéran … Viens … Nous devons rentrer. »

« D’accord mais on peut y aller doucement s’il te plaît ? J’entends mon corps qui crie de douleur. » murmura Kéran alors qu’elle s’était mise à rigoler.

« Espèce d’idiot … Je n’ai pourtant jamais été sérieuse pendant l’entraînement. »

Ah bon ? Et bien, ça promettait pour les futurs entraînements. La nuit n’était pas encore tombée mais ils étaient en fin d’après-midi. Ils pouvaient facilement se balader dans les ruelles marchandes pendant une bonne heure encore. Retournant dans la ville, les gardes fermèrent les portes derrière eux. Visiblement, ils étaient arrivés au bon moment … ou plutôt au dernier. Maintenant ? Ils allaient faire quoi ?

« Est-ce que tu veux aller te laver, Kéran ? Nous pourrions aller dans cette source d’eau chaude. J’ai vu ce bâtiment quand nous sommes passés avant de partir. Ca peut nous faire que du bien … Tes douleurs partiront après quelques minutes. »

« Je me disais plutôt … Qu’est-ce que l’on doit faire pour essayer de rentrer dans une organisation, Sélia ? Tu dois bien le savoir non ? » demanda l’adolescent, espérant changer de conversation à ce sujet. L’idée … de se baigner dans une source avec elle. Il préférait plutôt l’éviter pour le moment.

« Ce que vous devez faire ? C’est simple ! C’est si simple pourtant ! »

Hein ? Il se tourna vers la personne qui venait de crier. Un homme qui devait avoir la trentaine d’années mais qui semblait si petit et ridicule, mesurant au grand maximum 1 mètre 40. Même lui était plus grand que ce petit homme ! Il avait une bouteille à la main, du liquide violet s’écoulant de ses lèvres alors qu’il avait tout du parfait alcoolique.

« Vous devez tout simplement tuer les spectres ! Le plus grand nombre de spectres ! Plus vous tuerez de spectres et de créatures ténébreuses, plus vous vous ferez remarquer ! C’est pas compliqué mais faut savoir utiliser sa jugeote ! Mon frère, il pensait pareil mais c’était un abruti ! Et vous savez ce qui lui est arrivé ? Il a été possédé y a des années de ça ! L’est rentré chez nous et il a zigouillé toute ma famille ! Ouais ! Comme ça ! Moi, je suis le seul qui a survécu ! HIP ! Paraitrait que maintenant, les spectres et toutes ces choses ténébreuses, elles sont plus malignes que nous. Ils réfléchissent maintenant ! Paraitrait que dans les environs de la ville, y a des chefs ou je ne sais quoi … Ce sont eux qui dirigent ces créatures ! OH MERDE … Je me sens mal ! »

L’homme s’écroula sur le sol, personne ne semblant venir l’aider. Kéran amorça un geste pour le relever, Sélia s’apprêtant à l’arrêter avant de le laisser faire. Non … C’était sa décision donc, elle ne devait pas juger ses actes. Elle le regarda soulever l’homme pour le déposer contre un mur. D’après ce qu’il avait compris, cet homme avait perdu toute sa famille à cause d’un spectre. Ce n’était qu’un cas comme s’il y en avait tant d’autre dans ce monde. L’homme s’était endormi, complètement abattu par l’alcool.

« D’ailleurs … En parlant de ces créatures … Vous avez entendu ? Il paraîtrait qu’il y a eu un véritable carnage de leur côté. Les routes sont bien plus sûres pour au moins une semaine … Mais les soldats et les marchands ont relevé d’innombrables corps sur les côtés. Vous pensez qu’ils ont essayé de s’entretuer ? Ca ne serait pas la première fois. » murmura une voix autour de Kéran et Sélia, l’adolescent étant retourné auprès de la jeune femme.

« Ca m’étonnerait. Elles sont intelligentes … Elles savent que ce n’est pas bon pour elles de commettre un tel acte. Vous pensez que la Sainte Alliance est passée par là ? »

« HAHAHA ! Quelle bonne blague ! Cette ville n’est pas assez grande pour qu’ils envoient des membres capables de tuer autant de créatures aussi facilement ! »

Il ne comprenait pas vraiment ce qui se passait mais d’après ce qu’il entendait … Ils n’avaient eu aucun mal à arriver jusque dans cette ville parce que les routes étaient plus sûres ? Enfin, il n’avait pas remarqué de cadavres sur le chemin. Bizarre … C’était vraiment bizarre. Mais bon, ce n’était pas un problème.

« Sélia … J’aimerai plutôt que nous retournions à l’auberge. On va dire que ce sont des blessures de guerre ce que j’ai sur le corps. »

« Hum … Comme tu le désires … Libre à toi. C’était pourtant une proposition amicale, rien d’autre, je peux te le promettre avant que tu ne te fasses des idées. »

« Je le sais parfaitement, Sélia. Je le sais parfaitement. Mais avec ce qui vient de se dire, l’alcoolique, toutes ces choses … Enfin, je ne sais pas. » murmura Kéran avec une petite pointe de tristesse, signe qu’il ne semblait pas être au mieux de sa forme.

« Hum. On va quand même y aller en fin de compte. Et ce sont sûrement des bains séparés, tu n’as pas à t’en faire. Tu ne verras rien du tout, Kéran. »

Elle n’était pas obligé de dire ça comme ça … Il avait quand même la fâcheuse impression qu’elle se moquait de lui, ça ne lui plaisait pas vraiment. Mais bon, elle venait de le titiller sur ce point précis car elle savait parfaitement de quoi il parlait. La jeune femme lui prit la main, l’emmenant à travers les rues pour trouver le bâtiment.

« Nous devons nous reposer … et ne pense pas trop à cela pour l’instant. Prends ton temps pour progresser à ton rythme. »

« D’accord, d’accord, j’ai saisi le message, Sélia. » répondit l’adolescent aux cheveux blancs tout en la suivant. Bon … Ce n’était pas forcément le plus ardu à faire. Et puis, dans le fond, ce n’était pas si mal … Cela allait être la première fois qu’il allait dans un tel endroit.
Ailleurs, loin de la ville, alors que les bâtiments étaient à peine visibles si on les regardait d’une hauteur respectable, un pied dénudé se balançait tranquillement à côté d’une branche. Située en hauteur, une demoiselle aux cheveux argentés observait la ville avec neutralité. Elle se trouvait presque au sommet de l’arbre dans lequel elle avait grimpé. Deux grosses lames étaient plantées dans l’écorce de l’arbre au-dessus et au-dessous de la branche sur laquelle elle était à moitié avachie.

« Ah … La vie citadine, ce n’est pas vraiment fait pour moi, ça. »

Elle poussa un petit soupir avant d’éclater de rire, levant sa main en l’air. La main se posa sur le manche de son arme avant qu’elle ne saute de la branche. Elle récupéra sa seconde arme en même temps, traçant deux lignes verticales sur l’arbre qui fut fendu en deux. A ses racines, de nombreux cadavres de pokémons et d’humains s’y trouvaient. Une partie d’entre eux était de simples créatures qui étaient passées par là au mauvais moment. Elle ne faisait aucune différence entre les bons et les mauvais, pourquoi se préoccuper de cela quand ils étaient tous si faibles ? Les faibles n’avaient pas le droit de vivre.

« De toute façon … Il devra bien sortir de sa tanière un jour ou l’autre. Je suis sûre que cela me permettra de me divertir. HAHAHA ! » s’exclama-t-elle, prise d’un puissant fou rire avant de se mettre à marcher d’un pas lent à travers la forêt.

Ce monde, ces villages, ces populations, ces êtres, rien n’était fait pour elle. Elle ne se préoccupait de rien, ni personne. La seule vision du monde qu’il l’importait était la sienne. Le reste … pouvait bien crever. Le reste … pouvait bien disparaître.

Chapitre 14 : Bien se préparer au combat

Chapitre 14 : Bien se préparer au combat

« Nous voilà enfin arrivés … » murmura Sélia tandis qu’ils dépassaient plusieurs gardes qui venaient de les laisser passer. L’adolescent aux cheveux blancs regarda autour de lui, un peu surpris et étonné par la quantité immense de bâtiments, échoppes et diverses choses.

« Quand même … Comment ça se fait que ça soit aussi grand ? Ils n’ont pas du mal à bouger dans les rues ? Pour avancer ? C’est encore bien plus grand qu’auparavant ! C’est tout simplement immense non ? » demanda –il en s’adressant à Sélia.

« C’est le cas … Mais au moins, ici … Nous aurons de quoi trouver sûrement un métier. Suis-moi et colle-toi bien à moi. Si je devais te perdre dans les rues, je ne suis pas sûre que je pourrai te retrouver … Et ça ne serait pas très « mâle » de pleurer en criant mon nom, n’est-ce pas ? » répondit la jeune femme en lui souriant avec amusement.

« Hey ! Je ne suis pas un gamin que je sache ! Viens, on va tout de suite trouver de quoi bien s’équiper ? Je suis sûr qu’il doit y avoir une armurerie non ? J’aimerai bien essayer les épées alors … Enfin … Si ça ne te dérange pas d’y aller tout de suite. »

« Hum … Je ne sais pas trop … Avant de penser à ton arme, pense plutôt à ton ventre. Allons manger, ça sera bien mieux car nous n’avons que très peu déjeuné ce matin. »

Il fallait dire … qu’il avait dormi assez longtemps … et elle aussi. Mais bon … Rien que le fait d’y penser le faisait rougir comme un gamin. Il devait se donner une plus grande contenance ! Il était un grand garçon quand même hein ? Il lui répondit :

« D’accord ! Je veux bien te suivre, Sélia. Cherchons d’abord alors une auberge. »

Elle hocha la tête, lui prenant la main tandis qu’il remarquait de plus en plus … qu’elle était proche de lui mais que en même temps … Il paraissait plutôt ridicule comparé à la jeune femme. Celle-ci était grande … au moins une tête de plus voir deux que lui. Elle avait une vingtaine d’années, voir vingt-et-un. Et lui dans tout ça ?
Bientôt dix-huit ans, le passage à l’âge adulte et il sentait qu’il restait simplement un enfant pour elle. Il ne devait pas se faire d’illusions, ce n’était pas possible ce genre de relations avec Sélia. De toute façon, elle le considérait comme son petit frère et lui-même la considérait comme sa grande sœur. Comme ça, les Ecreumeuhs étaient bien gardées et tout se déroulait très bien entre eux deux. Voilà !

Ils marchèrent pendant une dizaine de minutes, Kéran regardant les petites échoppes, certaines vendant des herbes, d’autres des potions aux couleurs étranges. C’était quoi comme ville ça ? C’était simplement gigantesque. Est-ce qu’ils allaient vraiment s’installer ici ? Il se le demandait mais en vue de l’humeur de la jeune femme, il y avait des choses. Il s’était promis de ne plus recommencer à lui parler au sujet du regard sur son arme. C’était une question qu’il ne fallait plus poser s’il voulait garder une bonne relation avec elle.

« Que penses-tu de cette auberge, Kéran ? Elle m’a l’air plutôt potable … On devrait pouvoir manger correctement. Enfin … D’après l’allure extérieure. »

« D’accord ! Allons à l’intérieur au lieu de rester plantés devant ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait, les deux personnes pénètrent dans le bâtiment. Plusieurs regards se tournèrent vers eux, tous plus dirigés vers la jeune femme que vers l’adolescent qui l’accompagnait. Des petits ricanements fusèrent en leur direction. Ces personnes, elles n’avaient rien à voir avec celles de son village. Il faut dire que là-bas, ils se connaissaient tous mais eux … Les yeux lubriques ne laissaient guère place à l’hypothèse concernant ce qu’ils pensaient de Sélia. La jeune femme désigna une table isolée au milieu d’autres tables vides. Elle lui dit avec douceur :

« Va t’asseoir là-bas pendant que je commande, Kéran. Qu’on évite de nous prendre la place avant qu’il ne soit trop tard. »

« Tu ne veux pas plutôt que je reste avec toi, Sélia ? » demanda-t-il avec un peu d’inquiétude.

« Tu te fais du souci pour moi ? Ne t’en fait pas, je pense que je suis assez grande pour pouvoir aller jusqu’au comptoir et demander ce que l’on veut. »

Ce n’était pas vraiment ça … dont il s’inquiétait mais visiblement, elle ne voulait pas qu’il la suive. Il se dirigea vers la table qu’elle avait signalée, s’asseyant en la regardant partir. Il la vit se rapprocher du comptoir, montrant deux doigts tout en prenant la parole. Les pochetrons à moitié avachis sur le comptoir se redressèrent, semblant vouloir lui parler. Pourtant, elle les ignora superbement, retournant à la table avant d’adresser un sourire à l’adolescent. Celui-ci fit de même, baissant un peu la tête d’un air confus. Elle remarqua la gêne de Kéran, reprenant la parole :

« Et bien … Tu aurais voulu jouer au héros, Kéran ? »

« Hein ? Mais non … Non … Pas vraiment … Je te le promets … »

« Hum … Tu es sûr de cela ? Tu m’as l’air assez dépité … Ne t’inquiète donc pas, tu auras bien d’autres occasions pour montrer ta valeur. Je pense qu’ils ne vont pas me laisser tranquilles ces deux types du comptoir. Mais bon … S’ils me connaissaient … »

« Ils sauraient qu’il vaut mieux éviter de te chercher des ennuis, oui. » termina t-il de dire alors qu’il attendait que le repas arrive.


Une serveuse s’approcha d’eux, deux assiettes en main. Elle lança un petit clin d’œil à Kéran, chuchotant qu’elle le trouvait plutôt mignon tandis que Sélia commençait déjà à manger tranquillement comme si de rien n’était. Quelques secondes plus tard, la serveuse revint avec de quoi les abreuver, signalant qu’il y avait un peu d’alcool dans la boisson. Lorsqu’elle repartit, Sélia murmura calmement :

« On dirait qu’elle croit que tu es déjà majeur. Dommage que ça ne soit pas le cas, n’est-ce pas, Kéran ? Sinon, tu aurais eu surement toutes tes chances aujourd’hui. »


Sans même lui laisser le temps de parler, elle prit la boisson de l’adolescent, buvant d’une traite le liquide à l’intérieur avant de goûter un peu à la sienne. Elle tendit son verre en direction de Kéran, reprenant la parole :

« Voilà … C’est de l’eau … Tu peux boire tranquillement. Pas d’alcool pour les enfants. »

« Euh … Mais tu as bu dedans, Sélia. Enfin un tout petit peu mais … »

« Et bien alors ? C’est quoi le souci ? Je n’ai pas la gale que je sache hein ? » répondit-elle en rigolant, l’adolescent tournant un peu la tête, confus.
Bon, ce n’était pas si … dramatique que ça non plus hein ? C’était juste … Il avait juste à tourner un peu le verre pour que ça ne le dérange pas plus longtemps. Il prit la boisson, laissant s’écouler liquide à l’intérieur de sa bouche. Lorsqu’ils eurent fini de manger et de boire, Sélia alla payer le tout, les deux hommes avachis au comptoir étant déjà prêts à la recevoir. Comme elle lui avait demandé de l’attendre près de la sortie, il n’avait rien entendu … Mais il pouvait tout voir.

Cela avait été rapide … très rapide … Trop rapide même. L’un des deux hommes voulu lui prendre son bras mais d’un geste vif, ce fut elle qui prit la main de l’homme pour la poser sur le comptoir. La maintenant dessus, son autre coude vint s’abattre sur le bras de l’homme avec violence. Un cri résonna dans l’auberge, la voix de Sélia l’accompagnant :

« Je ne te l’ai pas brisé … Mais avec ça, tu devrais éviter de faire trop d’efforts dessus … La prochaine fois, tu éviteras ces allusions douteuses, d’accord ? »

« Sale garce ! Tu me le payeras ! » répondit l’homme avec force, se massant le bras fortement endolori par le geste de Sélia. Celle-ci lui dit sur le même ton :

« Et bien, j’attendrai ce moment avec plaisir. On verra ce que tu vaudras. Je n’ai plus de temps à perdre avec toi maintenant. »

Elle rejoignit Kéran, lui murmurant de l’accompagner alors qu’elle se faisait insulter. Elle ne fit guère attention à l’insulte, l’adolescent ne sachant plus du tout où se mettre. Mais en un sens, il était heureux de ce qui s’était passé. Maintenant qu’ils avaient fini de manger, ils pouvaient se diriger vers le lieu le plus important pour la journée : l’armurerie.
Ils ne tardèrent pas à trouver le bâtiment, celui-ci mettant en vitrine de nombreuses armes, bien différentes les unes des autres. Certaines étaient des épées, d’autres des masses, des troisièmes des fléaux … Mais il n’y avait pas que ça. Il pouvait apercevoir aussi de magnifiques armures mais qui semblaient bien trop grandes ou lourdes pour lui. Il était un peu perturbé par cet objectif qu’il n’allait jamais pouvoir atteindre.

« Arrête donc de baver devant la vitrine et rentrons dedans, Kéran. » annonça la jeune femme avec tendresse, rentrant la première dans le magasin.

« Ah ! Attends-moi un peu, Sélia ! » s’écria Kéran, l’accompagnant.

« Bonjour, mademoiselle ? Messire ? Que puis-je faire pour vous ? » annonça un homme plutôt bien habillé malgré son statut d’armurier. La trentaine d’années d’après ce qu’il estimait, l’homme portait des vêtements en cuir mais surtout … Il n’était pas crasseux. Pourquoi est-ce qu’il pensait à ça ? Car ça lui rappelait Ronard, celui qui avait été le forgeron de son village avant qu’il ne soit détruit.

« Ce n’est pas vraiment pour moi mais plutôt pour l’adolescent qui m’accompagne. » dit la jeune femme aux cheveux bleus en montrant Kéran.

« Hum ? Il va donc devoir se battre ? Mais il m’a l’air un peu chétif si vous voulez mon avis … Il ne devrait peut-être pas risquer sa vie de la sorte. » répondit le commerçant avec neutralité, signe qu’il ne faisait que donner son opinion.

« Ca ne fait rien … Il a décidé de me suivre, je n’ai donc pas vraiment le choix. On ne dirait pas mais c’est une forte tête …Si vous pouviez voir aussi pour une épée longue. »

Une épée longue ? Mais n’en possédait-il pas déjà ? Enfin le client était roi … Il demanda à l’adolescent de l’accompagner, lui montrant plusieurs modèles d’épées longues. Certaines étaient plus légères que d’autres, d’autres avaient une garde un peu plus grosse pour une meilleure prise de main. C’était compliqué … vraiment compliqué.

« Dis … Sélia ? Est-ce que je peux tester les armes avant ? Au cas où ? »

« Hum … Ce n’est pas à moi que tu dois demander ça, Kéran mais au vendeur. »

« Suivez-moi dans l’arrière-boutique. Vous n’êtes pas le premier à me demander cela… J’ai donc pris mes initiatives. » répondit le marchand, Kéran ne disant plus rien.

Dans l’autre pièce, des mannequins s’y trouvaient. Des mannequins ? Des épouvantails recouverts d’armures dans un triste état, d’une épée et d’un bouclier qui n’étaient guère mieux. Le marchand dit que c’était l’équipement qui ne se vendrait plus alors autant qu’il soit utile à autre chose. Kéron ne répondit pas, serrant l’arme sur laquelle il avait jeté son dévolu.

Le vendeur lui dit de faire quelques mouvements, de viser le bouclier en donnant plus coups d’estoc. D’estoc ? Il parut surpris, jusqu’à ce que l’homme lui signale que cela consistait à frapper en avant, comme pour planter son arme. AH ! D’accord ! Il s’exécuta, lâchant l’arme lorsque celle-ci percuta le métal du bouclier. AIE ! Ça faisait mal cette bêtise !

« Je me demande ce qui se passe dans la tête de votre amie … »

« Je …Je … Je dois apprendre à me battre pour ne pas la déranger, voilà tout ! » répondit-il nerveusement, Sélia étant trop loin pour l’entendre.

« Hum … La déranger, bien entendu … Enfin, un client est un client donc je ne vais pas tergiverser plus longtemps à ce sujet. »

Comme il le désirait … Bon … Il reprit l’épée, recommençant à faire quelques manœuvres en espérant y arriver correctement. Le vendeur ne se plaignait pas, continuant de lui donner quelques conseils. Des coups en large, des coups à la verticale. Il lui signalait aussi d’éviter de donner trop de force dans son arme sinon, si il se faisait paré, il n’aurait alors pas le temps de se protéger ensuite à cause du choc.

« Et après ça ? Qu’est-ce que je dois faire d’autre ? » demanda l’adolescent.

« Pour l’instant … Disons que ça peut aller … Il vaut mieux juste éviter que tu rencontres des pokémons trop forts … Cela serait problématique. Qu’est-ce que vous faites, tous les deux ? »

« Nous chassons les pokémons spectraux et ténébreux. » répondit franchement Kéran, passant une main dans ses cheveux blancs. C’était bizarre … mais ça lui plaisait bien d’utiliser une arme. Il se sentait un peu plus utile qu’auparavant.

« … … … Est-ce une blague ? »

« Non non ! Je vous le promets ! Enfin … On a eu des petits soucis … Mais auparavant, je ne faisais qu’accompagner Sélia lorsqu’elle partait en mission. Maintenant que j’ai grandi, je peux finalement l’aider dans son travail. »

« Mais vous faites cela depuis combien de temps ? » questionna le vendeur, partagé entre l’incrédulité et l’incompréhension.

« Euh … Ca doit faire environ sept ou huit ans … Enfin, moi, je connais Sélia depuis tout ce temps … Je ne sais pas ce qu’elle faisait avant. »

« Attends un … peu. Tu vas avoir dix-huit ans, n’est-ce pas ? Et depuis l’âge de dix ans, tu accompagnes cette jeune femme pour combattre les créatures ténébreuses et spectrales ? »

« Bien sûr que oui ! Pourquoi je ne le ferais pas ? C’est si étonnant que ça ? » dit Kéran avec un peu d’étonnement, le vendeur lui répondant :

« Mais … hum … Non … C’est bon, je ne poserai plus de questions à ce sujet. Pour ton armure, je te déconseille d’en prendre une … Du moins … Complète … Nous pouvons voir pour une épaulette droite accompagné d’un morceau de cuir. Bref … Une armure mais qui est nullement complète. Cela te permettra de te protéger un minimum mais néanmoins, tu ne seras pas sans rien contrairement à maintenant. »

Qu’est-ce qu’il y avait de si surprenant ? Il aurait bien voulu continuer la discussion mais visiblement, le vendeur n’en avait guère envie. Est-ce qu’il avait dit une bêtise ? Ou alors, était-ce parce qu’il côtoyait les créatures ténébreuses et spectrales depuis tellement de temps qu’il n’était plus vraiment affecté par cela.

Enfin, une vingtaine de minutes plus tard, il se présenta à Sélia, celle-ci ayant observé plusieurs armes et armures dans un rayon bien particulier. Les prix étaient bien plus hauts que dans les autres rayons. La jeune femme se tourna vers Kéran, poussant un petit cri ravi en l’observant. C’était parfait pour un débutant :

Des épaulettes en cuir sur les deux côtés, elles étaient attachées en diagonale sur son torse. D’ailleurs, il portait un épais morceau de cuir compressé contre son coeur. Enfin, aux jambes, il n’avait que de simples genouillères en cuir là aussi. Dans sa main, il tenait l’épée qu’il avait utilisée pour l’entraînement tandis que Swar était toujours attachée à sa ceinture.

« J’ai fait de mon mieux … Pour l’heure, qu’il supporte déjà ce poids et si, plus tard, il en a encore besoin, vous pourrez revenir me voir. »

« C’est parfait comme ça. Dites-moi votre prix. » répondit Sélia, serrant Kéran contre sa poitrine. Elle semblait folle de joie maintenant. Ça n’avait rien à voir avec la scène de l’auberge. Enfin bon … Désormais, il était préparé pour se battre.