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Chapitre 247 : Deux chemins différents

Chapitre 247 : Deux chemins différents

« Pourquoi est-ce qu’elles veulent tellement que j’arrête de penser à Katérina ? Pourquoi donc ? En quoi est-ce qu’elle les dérange ? Sincèrement … »

« Je ne sais pas, Kéran. Tiens … Je pense que tu peux manger ces morceaux. »

La femme aux cheveux blancs était assise sur une chaise, une assiette sur ses genoux. Elle ne portait pas son armure, seulement son habituelle tenue consistant en un marcel blanc et un pantalon noire. Dans ses mains, elle tenait un couteau et quelques quartiers de pomme, les posant sur l’assiette avant de la lui tendre.

« Voilà … Ca devrait être bon, Kéran. On ne va pas te préparer un véritable repas. Il ne faut quand même pas exagérer, n’est-ce pas ? »

« Je sais bien que je suis assisté … Mais il y a des limites, oui. »

Alors bon, il allait prendre un morceau de pomme et … AIE ! Ca faisait mal ! AIE AIE AIE ! Il poussa un petit cri de douleur alors qu’il déposait le morceau sur l’assiette. Elyséa vint aussitôt mettre la main du jeune homme sur la sienne.

« Attends un peu … Tu n’es pas en état de serrer des choses solides, c’est bien ça ? Rien que le fait de … serrer un objet te fait souffrir, Kéran ? »

« J’ai … l’air … Non en fait, je le suis … Je suis complètement ridicule, je le sais bien. »

« Ridicule ? Mais non … Kéran. Tu es juste très affaibli. Aller … Tiens. »

Elle vient se placer réellement à côté de lui, son visage près du sien. Elle prit un morceau de pomme, lui murmurant doucement :

« Ouvre la bouche, Kéran. Je vais te donner morceau par morceau. »

« Hein ? Mais c’est quand même … très gênant. J’ai … »

« Ne fait pas l’idiot. Tu vois parfaitement que tu ne peux pas manger seul. Aller … »

Mais mais mais … Sans lui laisser le temps de parler, elle enfonça un morceau de pomme avec deux doigts à l’intérieur de la bouche de Kéran. Elle retira ses doigts lorsque le jeune homme commença à mâcher le morceau avec lenteur, regardant ceux-ci. Recouverts de salive, elle les passa un par un dans sa bouche, le jeune homme la regardant avec étonnement, les yeux grands ouverts.

« Hmm … Ca a un goût un peu acide, non ? Ca ne te dérange pas, Kéran ? »

« … … … Euh … … …. Je … Euh … Non ? Je … Je vais me forcer à manger par moi-même, Elyséa. C’est mieux. Si je commence à avoir peur d’avoir mal, ça ne sera jamais possible d’avancer ! Je … Je vais le faire ! »

Bon sang … Avec leurs idioties … Avec leurs paroles … Et puis, Elyséa … Voilà quoi ! Sans même lui laisser le temps de réagir, elle enfonça à nouveau un morceau de pomme dans sa bouche, le forçant à le manger. Et puis, elle recommença son manège. Pourquoi … Pourquoi est-ce qu’il tremblait quand il la voyait sucer ses propres doigts ? C’était … Ce n’était pas Elyséa, n’est-ce pas ? Enfin … Ce n’était pas … « sale » dans le sens où il trouvait ça horrible. C’était juste un peu érotique mais pas forcément avec l’intention de l’exciter. Sauf que voilà … Il était gêné, très gêné.
Lorsqu’il termina de manger, il était vraiment rouge de gêne, Elyséa venant le soulever sans aucune difficulté, le jeune homme bredouillant pour savoir ce qu’elle comptait faire. Avec le plus grand des sérieux, elle répondit :

« Te laver, Kéran. Tous les jours, je fais ceci. Même si tu es réveillé, tu n’es pas en état de pouvoir te laver tout seul. Et il faut surtout faire attention à … »

« AH NON NON ! Elyséa ! Ah non ! Je ne veux pas me laver avec toi et je … »

« Je porterai mon armure si cela te dérange … Comme je ne risque pas de me noyer à cette hauteur, ça ne m’embête pas de la porter. Si je garde ce marcel, tu seras encore embêté. »

« Bon sang ! Pourquoi est-ce que je suis aussi … stupide ! »

« Tu n’es pas stupide, juste timide et puis, je … »

« Tu ne serais pas gênée toi ? Que je te vois complètement nue ? Et que nous prenions un bain tous les deux ? Ensemble ? Avec ta forme physique et réelle ? Celle que je vois ? »

« Je pense … que j’arriverai à le supporter. Je n’ai plus de secret pour toi, Kéran … ou presque. Tu m’as vue avec Kurym et … »

« Je n’ai rien vu du tout … Même pas ta poitrine, Elyséa … Même si j’étais en Kurym, j’étais tellement plongé dans mes pensées, je voulais tellement … ne pas te voir … nue … Non pas que ça me déplairait mais, je … Même si tu m’as tellement de fois, j’estime que ce n’est pas normal que je te vois nue si tu ne le désirais pas … Et surtout si nous ne nous … Enfin, bon ! Je vais me laver seul ! Tu peux me plonger dans l’eau mais tu fermes les yeux quand tu me déposes dedans. Et puis, tu peux rester à côté de moi pour me tenir compagnie. Et sinon … Je … Ton corps physique ne te fait pas souffrir ? Je croyais que rester trop longtemps ainsi était bien trop difficile et dur pour toi. »

« Hmm ? Quand je suis proche de toi, je peux être présente autant de temps qu’il faut, rien de plus, rien de moins. C’est juste si je m’éloigne de toi que cela devient problématique. »

« D’accord, d’accord, alors restes toujours près de moi et si tu es fatiguée, tu n’as qu’à revenir … et puis surtout, à la base … Tu peux quand même me déposer ? J’ai l’air vraiment ridicule en étant porté par toi à la façon d’une mariée ! »

« Est-ce si dérangeant que ça, Kéran ? » murmura Elyséa en souriant avec amusement, le jeune homme faisant une petite moue boudeuse en croisant les bras. C’était pas dérangeant, juste très gênant. Il avait l’air de quoi si elle se comportait de la sorte par rapport à lui ? Pfiou … Si Sélia les regardait, il …

« Tiens ? Vous partez en noces tous les deux ? »

« Qu’est-ce … SELIA ! Depuis quand est-ce que tu rentres dans la chambre sans même toquer ?! AH ! Elyséa ! S’il te plaît ! Fais-moi descendre ! »

« Arrête de gesticuler, tu vas te faire plus de mal qu’autre chose. Sélia. » murmura la femme aux cheveux blancs alors qu’elle collait Kéran contre elle pour l’empêcher de se mouvoir plus longtemps. Sélia regarda les deux personnes avant de dire :

« Je venais juste faire mes adieux à Kéran … et à toi aussi par ailleurs. Normalement, vous avez encore une bonne semaine payée ici mais bon … On ne sait jamais, je vais vous laisser de l’argent au cas où. Tu t’occupes de le remettre sur pied, d’accord ? »

« Aucun souci pour ça. Je vais me charger de ça, je te le promets. Quant à toi, évites les bêtises. Cette montagne n’est pas faite pour toi. »

« Hahaha … Même maintenant, il faut que tu me mettes en garde. Ne t’en fait donc pas … Maintenant que je suis en paix avec moi-même, je devrai pouvoir me charger de n’importe quel adversaire. Kéran ? N’oublie pas ce que je t’ai dit. »

« Ce que tu as dit ? Par rapport à quoi ? »

« Ne fait donc pas l’idiot … Tu sais parfaitement de quoi je veux parler. Elyséa. »

Sélia hocha la tête alors qu’Elyséa y répondait par l’affirmatif. Il … savait de quoi elle voulait parler mais lui ne voulait pas. Il la regarda … partir … à jamais. Il espérait la revoir quand même un jour. Et cette montagne des dragons et … HEY ! Qu’est-ce que … Elyséa était en train de le déshabiller sans même qu’il ne le remarque !

« Qu’est-ce que tu fais, Elyséa ?! »

« Tu comptes te laver avec tes habits ? Ne soit pas déraisonnable. »

« Oui mais … Attends, je devrai quand même … »

AIE ! AIE ! AIE ! Il ne pouvait même pas faire ça ! C’était beaucoup trop ! Il força Elyséa à ne rien voir, mettant ses mains devant les yeux de la jeune femme avant qu’elle ne termine son travail. Elle le déposa dans l’eau, le jeune homme étant plus rouge qu’autre chose au visage.

« Vraiment, c’est juste … stupide ça. »

« Ca ne l’est pas. S’il y a besoin que je te frotte, Kéran, tu me le dis. Je le ferai, d’accord ? »

« Je n’ai pas besoin que tu me frottes ou autres … On va juste me laver une fois et c’est tout. Après, il n’y aura plus besoin que je me lave quotidiennement et … »

« Et si … Ta peau est fragile, ton corps l’est tout autant. Il faut empêcher toute impureté de pénétrer dans ton corps sinon, tu risquerais d’être gravement malade, Kéran. Que tu le veuilles ou non, que tu le désires ou non. Aller … Tournes-moi le dos. »

Il s’exécuta alors qu’il sentait ses mains nues qui se posaient dessus. Pfiou ! Même blessé, il restait un homme … et il devait contrôler son corps. Il ferma les yeux, poussant un soupir de bonheur alors qu’il la laissait le nettoyer.
S’il ne pensait à rien, s’il ne ressentait rien, il était sûr d’y arriver. D’ailleurs, il ignorait la douleur sur son corps mais aussi les mains d’Elyséa. Elle s’occupait de lui et il devait la remercier, la remercier pour tout ce qu’elle faisait pour lui.
Elle était présente … Elle était présente à ses côtés depuis le début. Sans elle, il aurait mené une vie bien triste et morne. Enfin une autre vie … qu’il aurait sûrement regretté s’il avait connue celle qu’il vivait actuellement.

« Et voilà, Kéran. Tu es propre comme un sou neuf. Et tu vois … Tu n’as même pas réagit quand je me suis occupé du devant. »

« Hein ? Du devant ? Qu’est-ce que tu … Tu m’as lavé aussi devant ? Je … Partout ? »

« Partout. Même tes organes génitaux … mais aucune réaction, tu vois. Tu n’as pas à t’en faire, tu es lié à Katérina. »

C’était honteux, vraiment honteux même. Comment est-ce que son corps ne pouvait pas réagir à Elyséa ? Cette magnifique femme … même si elle était spectrale … même si elle était morte, il ne pouvait pas rester de marbre !

« Pardon, Elyséa. Enfin, je ne devrai pas m’excuser que je n’ai eu … une telle réaction envers toi, pas du tout. Je devrai en être heureux mais … En même temps, j’ai honte. Je m’en veux de ne pas avoir eu un quelconque … Enfin non ! Elyséa, tu es vraiment très belle et j’étais surement vraiment ailleurs. »

« Tu t’en veux de ne pas avoir eu d’érection ? Tu es blessé, Kéran. Et puis, c’est tant mieux, non ? Cela montre que nous sommes au-dessus de tout cela dans nos relations, voilà tout. »

Il remarquait … une petite pointe de déception chez elle. Enfin, il se l’imaginait surement … mais elle avait vraiment tout nettoyé … et cela pendant un mois. Et puis … Enfin ! Mais à quoi est-ce qu’il pensait ?!

Il aimait Katérina ! Enfin, il lui était fidèle ! Ne pas avoir de réaction face aux mains d’une autre femme, il devait être fier de lui ! Vraiment très fier même ! Elyséa et lui, c’était deux mondes différents. L’un était vivant, l’autre était morte.

« C’est tout … Rien de plus … Rien d’autre. »

« De quoi, Kéran ? Qu’est-ce que tu t’imaginais ? Bon … Il faut que je te sèche. »

« Hein ? Ah oui … Bien entendu. Non, rien de spécial, rien du tout même. Ne t’inquiète pas pour ça, Elyséa. Je me disais juste que j’avais de la chance d’avoir une personne aussi proche de moi dans ces moments-là. Et puis … Aussi gentille. »

« Tes paroles sont mensongères mais je ne t’en veux pas. »

Et puis … Elle était flattée maintenant. Pourquoi ? Car elle était en train de l’essuyer et elle avait la réaction de Kéran à cette hauteur. Il n’avait surement rien remarqué mais … Elle était souriante et heureuse. Pourtant, elle ne fit rien, elle ne s’attarda pas sur cette partie de son anatomie. Rien du tout … Rien …

« Maintenant, il faut que je t’habille, Kéran. »

« Elyséa ? Demain ou après-demain, tu voudras bien que l’on se promène dans les alentours ? Tu me tiendras par le bras ou la main pour que je ne tombe pas mais ça me ferait du bien de reprendre un peu l’air frais. »

« Pas de problèmes, Kéran. Tout ce que tu voudras, ça ne me dérange pas du tout. Et puis, oui … Il faut que l’on sorte un peu et que tu fasses de la marche. On fera aussi quelque exercices et on te remusclera un peu tout ça. Bien entendu, on verra aussi pour te nourrir correctement et ensuite, je pense que … »

« Ohla, ohla. Ne t’emporte pas, Elyséa. On va y aller calmement. »

« Mais il faut quand même se dépêcher … pour que tu ailles retrouver Katérina, n’est-ce pas ? Tu ne crois pas que … »

« Elyséa ? On prend notre temps. Je ne suis pas pressé de la revoir. Pendant plus d’un mois, il s’en est passé des choses. Et pourtant, Sélia et toi, vous m’avez confirmé qu’il n’y a eu aucune tentative pour me retrouver, non ? »

« Qu’est-ce que … tu veux insinuer par-là, Kéran ? »

« Que même si je l’aime … Et j’espère que c’est sincère de l’autre côté … Juste que j’ai l’impression qu’elle n’est pas forcément très pressée de me rechercher. Elle doit être en train de s’entraîner durement. Et puis, elle est avec Loa et Harno, elle n’est pas seule. »

« Bien sûr que non … C’est vrai, Kéran. Je vois … »

« Sauf si ça te dérange tellement de passer un peu de temps, seule à seul. Et puis, nous avons besoin de parler entre nous, n’est-ce pas ? »

« … … … Si tu insistes, Kéran. » répondit avec neutralité alors qu’il était à nouveau correctement habillé. Elle vient le déposer à nouveau dans le lit.

« Le plus irritant … C’est l’impression que tu ignores ce qui s’est passé, Elyséa. Moi, je ne peux pas m’empêcher d’y repenser. »

« N’y pense plus. Il ne s’est rien passé, rien du tout. »

Elle pouvait dire ce qu’elle voulait, lui, ça l’irritait. Même s’il … recommençait parfaitement ce qu’il avait avec elle … Il ne pouvait pas l’oublier. Et c’est pour ça qu’il considérait que sa relation avec Elyséa avait vraiment changé depuis son réveil. Et ça … Il ne voulait pas le nier. Il allait tout faire pour qu’Elyséa comprenne qu’il n’accepterait plus son absence d’émotions dorénavant. Il espérait juste que ça ne le mènerait pas sur une mauvaise pente.

Chapitre 246 : Les conseils d’une grande soeur

Chapitre 246 : Les conseils d’une grande soeur

« Euh … Sélia, ce n’est pas un coup tordu hein ? Je ne suis vraiment pas en état de … Enfin, j’espère que tu comprends que dans mon état, je ne veux surtout pas de … »

« Pardon, je suis vraiment désolée, Kéran. Je suis vraiment, vraiment, vraiment désolée. »

Elle ne lui avait pas laissé le temps de prendre la parole. Aucune chance même. Elle était déjà en train de sangloter à moitié, reprenant :

« Kéran … Je … Je ne voulais pas te mettre en danger … Je ne voulais pas que tu sois blessé. Je voulais juste que tu voies à quel point j’étais forte pour te protéger. Résultat ? Tu as fini gravement blessé ! Je suis impardonnable ! »

« Ohla, ohla, ohla … Pas à ce point, Sélia. Il n’y a pas mort d’homme hein ? »

« PARCE QUE TU ETAIS POSSEDE ! Sans ça ! Imagine si tu avais été un humain normal hein ? Imagine donc un peu ! »

« Un humain … normal serait mort depuis longtemps, je vois … »

« Tu comprends ? Si … Tout cela était arrivé sans que tu sois possédé, qu’est-ce que je serai devenue hein ? Je serai devenue folle ! Folle ! »

« Folle à quel point, Elyséa ? »

« Elyséa ? Elle n’est pas là … Oh … Je vois. » murmura avec tendresse la femme aux cheveux bleus alors qu’il bredouillait aussitôt :

« Pardon, je ne voulais pas confondre ton nom, Sélia. Je ne sais pas ce qui se passe avec ça … Enfin, je lui dois la vie comme avec Sarène ! Ah … Au sujet de Sarène, je devrai … »

« Est-ce que je peux terminer de te parler avant, Kéran ? Je voudrai te dire ce que je compte faire. Enfin, ce que j’ai décidé de faire. »

« Euh, d’accord, d’accord, ce n’est pas quelque chose de stupide hein ? »

« Non … Je suis sûre et certaine de mon choix, Kéran. Kéran, je ne vais plus t’accompagner. Enfin non … Disons que je vais te rendre ta liberté. Tu la mérites. »

« A la base, je ne voulais pas vraiment être emprisonné, tu t’en rends compte hein ? Mais pourquoi ce revirement de situation ? Pourquoi est-ce que tu as décidé une telle chose ? Est-ce que tu veux bien me le dire ? »

« Kéran … Tu ne te rends pas compte du danger que tu as encouru ? »

« Si, je sais bien … Mais tu n’es pas le genre de femme qui changerait d’avis de la sorte alors je veux savoir pourquoi exactement. »

« Kéran, je ne suis pas celle dont tu as besoin. Je ne suis pas la femme qui doit vivre à tes côtés, voilà tout. Je l’ai remarqué … Si je voulais vraiment … t’aimer, je n’aurai jamais fait une telle chose, loin de là même. »

« Tu ne veux plus m’aimer, c’est donc ça ? Je ne te retiendrai pas sur ce point mais … On peut rester quand même comme frère et sœur hein ? »

« Bien entendu, je ne comptais pas changer cette chose, hein ? Loin de là même … Hahaha … Pas du tout même, Kéran. »

« Tant mieux alors, je ne veux pas que nos relations soient brisées … Pas du tout même. Ca serait trop … horrible à mes yeux. Mais je suis content que tu aies retrouvé la raison. On se fait un câlin maintenant ? »

« Tu as vu ton état ? Tu crois vraiment que tu peux en faire un ? Je peux au moins t’embrasser sur le front pour te montrer ma bonne volonté. » répondit la jeune femme aux cheveux bleus tout en rigolant.

« D’accord, d’accord, j’accepte parfaitement le petit baiser. »

Alors, elle allait le faire. Elle vint se pencher en avant, collant ses lèvres sur son front pendant quelques secondes. Il poussa un petit gémissement de douleur mais il appréciait grandement la manœuvre de Sélia. Surtout que … Il ne ressentait aucune luxure de sa part, aucune envie. Il n’y avait vraiment plus rien, n’est-ce pas ? Le fait qu’il soit presque mort par sa faute avait vraiment tout effacé en elle.

« Enfin bref, Sélia … Je … Pourquoi est-ce que tu veux que je partes ? »

« Je ne veux pas que tu partes … mais je vais m’éloigner de toi pour être sûre de ne pas retomber dans cette déferlante … Comment dire … »

« Non, non … C’est bon, je comprends mais où est-ce que tu vas aller ? »

« Oh … Je le sais parfaitement … Je sais où je compte me rendre mais je ne veux pas que tu m’accompagnes. Je veux être seule pour accomplir cela. »

« Je comprends parfaitement ce que tu veux dire, Sélia. Je ne t’arrêterai pas mais fais attention avec les dragons, d’accord ? Ce Dracaufeu … »

« Est mort et enterré. Maintenant, j’ai vraiment une panoplie complète de pouvoirs. Des flammes, de l’eau, des plantes et même du poison. Oh, bien entendu, je n’ai pas encore de véritables pouvoirs liés aux dragons mais je devrai pouvoir leur tenir tête si j’en rencontre un jour. Je pense que c’est une bonne idée, n’est-ce pas ? »

« Oui … Enfin, bonne, je ne suis pas sûr mais c’est une idée comme ça. Je ne peux pas t’empêcher de l’accomplir, loin de là même. »

« Et toi … Qu’est-ce que tu comptes faire exactement, Kéran ? »

« Je pense que je vais retourner auprès de Katérina et Loa. C’est la meilleure chose à faire. Hahaha … Elle me manque, Katérina me manque. Après tout, ça fait quand même plus d’un mois que je suis ici non ? »

« Kéran … Kéran … Kéran … Ah … »

Voilà qu’elle revenait l’embrasser sur le front avec tendresse. Qu’est-ce qui lui prenait de faire ça hein ? C’était étrange, vraiment très étrange. Mais bon, il se laissa faire. Elle vint lui caresser la joue doucement.

« Kéran … Je peux te demander quelque chose ? »

« Euh … Bien entendu mais attention, je ne suis pas en état de … »

« N’écoute pas ton cerveau, cet imbécile. Ecoutes-le lui … »

Elle posa un doigt sur le cœur du jeune homme, le pressant légèrement pour bien lui montrer de quoi est-ce qu’elle parlait. Pourquoi l’écouter ? Enfin, écouter son cœur ?

« Ecouter mon cœur ? Pour quelle raison ? Tu peux me le dire ? »

« Kéran … Tu veux raisonner convenablement … mais ton cerveau te trompe … comme mon cœur m’a trompé. C’est confus, n’est-ce pas ? Je n’ai aimé véritablement qu’une seule personne et c’était toi … Mais toi … Toi … Tu te trompes tellement … Tu te trompes lourdement. Écoute ton cœur s’il te plaît. Tu te trompes de voie. »

« Me tromper de voie ? Qu’est-ce que vous avez tous par rapport à Katérina ? Enfin toutes. Je sais bien que Katérina ne s’habille pas très correctement, qu’elle parle comme une … poissonnière mais quand même. »

« Non, non … Ce n’est pas à moi de te le dire. Je l’ai promis à Elyséa, je tiendrai ma promesse. D’ailleurs, je pense qu’il est temps de laisser ma place à cette dernière. Il faut bien que quelqu’un s’occupe de toi. »

« Tu sais, tu peux aussi le faire hein ? Je ne suis pas sûr que ça soit bon qu’elle reste trop longtemps sous forme physique. »

« Et pourquoi cela ? »

« Je ne sais pas … J’ai l’impression que ça l’épuise plus que tout. Je ne voudrai pas qu’elle ait plus de problèmes que déjà maintenant. Et puis bon … Enfin … Tu sais, Elyséa, je ne devrai pas t’en parler mais bon. »

« Ne pas m’en parler mais bon ? Qu’est-ce que tu veux me dire ? »

Il allait tout lui raconter simplement. Ca serait la meilleure chose à faire. Enfin … Lui raconter le passé d’Elyséa. Comme ça, elle comprendrait parfaitement la situation. Il pouvait aussi lui parler de ce qui s’était passé après son réveil.

« Je vais t’écouter, il n’y a aucun problème. Dis-moi tout, Kéran. »

« Alors … Je vais pas commencer par tout te dire. Mais j’espère qu’Elyséa ne m’en voudra pas … et puis, je te dirai ce que j’en pense. »

Oh. Cela semblait être assez important. Et lorsqu’il commença à lui révéler le passé de la jeune femme, elle écouta attentivement, dans les moindres détails. Il n’oublia pas … aussi de préciser qui était Sarène mais aussi le surprenant réveil qu’il venait d’avoir.

« Kéran ? Est-ce que je peux te demander quelque chose ? Par rapport à ça ? »

« Oui … Bien entendu, Sélia. Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Qu’est-ce que tu as ressenti au moment où Elyséa t’a embrassé ? Sincèrement … Je pense que tu dois t’en rappeler. »
Oh oui, il s’en rappelait exactement. Mais bon, ce n’était pas ça le problème. Enfin … Rien que le fait d’y repenser, ça le faisait rougir comme un enfant.

« J’avais un drôle de sentiment … Comme si c’était un accomplissement personnel. Je ne comprends pas vraiment … Mais je suis marié à Katérina. Bref, je ne préfère pas y penser. »

« Tu es vraiment buté dans ton genre, n’est-ce pas ? Et tu es sûr que tu ne le regretteras pas ? Car ce que tu as fait est un engagement pour la vie mais rien ne t’empêche de l’annuler hein ? Ca ne serait pas la première fois, ni la dernière. »

« Je n’annulerai rien du tout. Je fais confiance à Katérina pour changer. Elle chantait si bien … tellement bien même … Je ne peux pas l’abandonner comme ça, non. Il en est hors de question .Je refuse une telle chose et catégoriquement ! »

« Qui t’a dit de l’abandonner ? Et si elle venait … Non ! Je ne peux pas ! Ce n’est pas à moi de te dire ça ! Je n’ai pas à te le dire ! Tu dois réfléchir par toi-même ! KERAN ! Je te laisse avec Elyséa maintenant ! Je pense que je partirai dans la semaine, le temps de te voir te rétablir, d’accord ? »

D’accord … Mais bon … Ce n’est pas comme ça qu’il voulait vraiment … Pfiou. Sélia ne le laissa même pas répondre, partant de la chambre. Quelques secondes plus tard, ce fut Elyséa qui vient se rendre à l’intérieur.

« Alors … La discussion entre elle et toi a duré bien longtemps. Vous avez parlé de quoi ? »

« De mon rêve … De ton rêve, de ce qui s’est passé et … »

« Tu lui as vraiment dit tout ça ? Kéran ? Tu veux le crier à tous et à toutes ? C’est quand même… un peu étrange non ? »

« Non, non … Ce n’est pas étrange à mes yeux, pas du tout même. Elyséa ? Est-ce que tu peux t’approcher de moi, s’il te plaît ? »

Bien entendu mais pourquoi ? Elle portait son armure noire sur le corps, sauf le casque bien entendu. Elle vient se mettre auprès de lui, attendant de voir ce qu’il comptait faire.

Avec une légère difficulté et hésitation, il posa sa main sur le sein gauche d’Elyséa, à travers l’armure noire. Celle-ci resta imperturbable, le laissant faire alors que le jeune homme commençait à pleurer et à trembler.

« Kurym … Elyséa … Je … Je m’en veux tellement … C’est à cause de m… lui … C’est à cause de la fragilité de cette armure que tu es morte. C’est ici que tu as été touchée, n’est-ce pas ? En plein cœur. »

« Ne pleure pas ma mort, Kéran. Ca ne me fera pas revenir. »

« Tu ne comprends pas … Elyséa … Cette armure si fragile, c’est elle qui est à l’origine de ta mort. C’est à cause d’elle que le carreau d’arbalète t’a pénétré en plein cœur et … »

« Cette armure était un cadeau de la part de Kurym ! De ta part ! Ne répète plus jamais que c’était une chose horrible ! Un cadeau ainsi est inestimable à mes yeux ! Et c’est pourquoi j’ai continué à porter cette armure sans m’arrêter ! »

« Je … Je … Elyséa mais … »

Mais quoi ?! Quoi ?! Qu’est-ce qu’il ne comprenait pas dans ce qu’elle venait de dire ? HEIN ?! Qu’est-ce qui était si compliqué ? Cette armure était son bien le plus précieux ! Son bien qui tomba au sol, morceaux par morceaux alors qu’elle se jetait sur Kéran sans pour autant le blesser. Avec son corps spectral, elle évitait de le toucher réellement, son corps glissant sur sa peau comme de la soie.

« Ne redit plus jamais ça. »

« Je … Gloups … D’accord, Elyséa. Je comprends parfaitement mais s’il te plaît … Ce n’est pas une tenue. A quatre pattes sur moi, avec ton marcel, je … »

« Tu n’as qu’à pas regarder, Kéran. De toute façon, j’ai ces bandelettes donc tu ne risques pas de voir grand-chose. Et … Oh et puis zut … Je n’y arrive pas. Je n’y arrive plus. Je ne peux pas … Je ne peux plus … C’est trop dur, Kéran. »

Elle vint s’asseoir à ses côtés, caressant sa joue alors que Kéran continuait de trembler. Il avait maintenant … peur d’être avec elle. Quelque chose avait changé, quelque chose avait définitivement changé entre eux deux.

« Kéran, est-ce que tu me pardonnes ce que j’ai fait ? Je ne veux pas m’immiscer entre toi et Katérina, je te le promets. Je ne veux pas te faire de mal … Je ne veux pas te crier dessus. » dit-elle en lui caressant tendrement la joue.

« Bien sûr que je te pardonne. Quel homme je serai si je ne pouvais pas te pardonner une si petite chose, n’est-ce pas ? Et puis … Ce n’était pas si … important, n’est-ce pas ? »

« Hein … Oh … Oui … Ce n’était pas bien important, je confirme. »

Elle confirmait … Si cela l’avait été … réellement, ah … Non. Elle n’allait pas se laisser embrouiller par les paroles de Zaryne, celle-ci étant d’ailleurs retournée dans sa noigrume.

Chapitre 245 : Une âme en lui

Chapitre 245 : Une âme en lui

« Maman … » murmura tout simplement le jeune homme aux cheveux argentés alors que la femme Momartik continuait de le serrer dans ses bras.

« Oui, oui, Kéran. C’est moi … Tu as bien grandi depuis tout ce temps. »

« Mais mais mais … Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas répondu toutes ces fois ? Et puis, lorsque j’ai cru que c’était toi et qu’en fait, ça l’était mais tu as tout fait pour me tromper à ce sujet. Pourquoi est-ce que tu as fait ça, maman ? »

« Car tu n’avais pas besoin que j’étais là. Tu as déjà une personne pour te protéger … et cela depuis des années. Alors pourquoi m’immiscer entre vous ? »

« Mais pourquoi est-ce que tu n’es pas venue plus tôt ? Après tout ce temps … » bredouilla le jeune homme, plongé en pleine confusion par les actes de la femme qu’était sa mère.

« Lorsque l’on meure, on ne revient pas tout de suite à l’état de pokémon spectral ou ténébreux. Je pense qu’Elyséa peut confirmer cela … n’est-ce pas ? »

« Il m’a fallu environ cinq ans avant de retrouver cette volonté qui m’a permis d’avoir cette forme, Kéran. Tout dépend de la personne … Enfin, je ne peux pas le dire réellement, je ne sais pas exactement comment cela se passe. »

« D’’accord, Elyséa … Je comprends donc … Enfin … MAMAN ! »

Il resta collé contre sa mère pendant de longues secondes, n’étant pas motivé à bouger de cette position. Zaryne eut un petit rire, murmurant :

« Quand même … Sur ce point, tu n’as pas changé d’un iota, Kéran. Toujours aussi pot de colle. Il est vraiment temps que tu te trouves une femme à qui tu pourras faire une telle chose, n’est-ce pas ? Qu’est-ce que tu en penses ? »

« Je … J’en ai déjà une. Tu la connais hein ? C’est Katérina. »

« Tu veux un conseil de la part de ta mère ? »

« Euh … Je ne sais pas trop … Un conseil à quel sujet, maman ? » bafouilla le jeune homme aux cheveux argentés, un peu inquiet.

« Au sujet des femmes qui t’entourent … Hmm … Non … Je ne devrais pas donner mon avis à ce sujet. Ce n’est pas à moi de m’occuper de cela. »

« Euh … Comme tu veux mais ça concernait quoi ? Tu ne m’as pas dit. »

« Katérina … Cette jeune femme qui t’accompagne. Je tiens à te signaler que ce n’est pas une bonne chose … Enfin non. Tu es maintenant un adulte, tu es libre de comprendre par toi-même et de faire tes propres réflexions. »

« D’accord … Même si je ne comprends pas tout. »

Pfiou. Il était vraiment perturbé. Il fut poussé par sa mère dans les bras d’Elyséa, celle-ci le réceptionnant avec un peu d’étonnement. Qu’est-ce que ça voulait dire ? La femme Momartik reprit la parole avec douceur :

« Je suis venue simplement car tu étais en danger de mort, Kéran. »

« Sinon, tu ne te serais jamais présentée à moi ? C’est bien ça ? »

« C’est exact. Si je ne suis pas nécessaire, je ne me présenterais pas. Et puis bon … Vous êtes quand même bien mignons, tous les deux ensemble, non ? »

« Maman ! Ce n’est pas ce que tu penses exactement ! Et puis, Elyséa aime Kurym ! Je ne sais pas si tu as pu voir ce que nous avons vus mais … »

« Kéran, Kéran, Kéran … Sais-tu ce qu’est la réincarnation ? Elyséa s’est réincarnée en une pokémon ténébreuse, ça ne change rien à son précédent physique. C’est une réincarnation différente de celle dont tu es sujet. »

« De quoi est-ce que tu veux parler exactement, maman ? Moi ? Réincarné ? Mais en quoi ? En quoi est-ce que je serai réincarné ? Et puis, je ne suis pas mort. »

« Et si … Kurym était en toi, Kéran ? Si tu étais sa réincarnation ? Qu’est-ce que tu ferais exactement alors ? » murmura Zaryne en s’adressant à son fils, celui-ci se retirant des bras d’Elyséa qui le laissa faire sans le retenir ne serait-ce qu’un instant.

« Même si c’était le cas … Kurym est Kurym … Je suis Kéran. Elyséa aime Kurym, pas Kéran. Ca se voit parfaitement. Ce qui s’est passé … Non, il ne s’est rien passé du tout. Rien du tout ! Voilà ! Elyséa ! Tu peux lui dire parfaitement ? La situation ? »

« Kéran est juste Kéran, Zaryne. Ca ne changera pas. Kurym était un forgeron de mon temps, rien d’autre. Pourquoi est-ce que cela changerait ? »

« Toi … Kéran. Pars d’ici … Maintenant. »

Hein ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Il ne comprit pas réellement mais sa mère était en colère. Il fit quelques pas en arrière, un peu inquiet. Qu’elle ne fasse pas de mal à Elyséa hein ? Il ne voulait pas qu’elle souffre ! Pas du tout même !

« S’il te plaît … Ne te met pas en colère contre Elyséa, elle n’a rien fait de mal. »

« Je vais avoir une discussion de femme à femme avec elle, c’est tout. »

« Mais mais mais … » bafouilla Kéran jusqu’à Zaryne crie :

« Tu vas écouter ta mère, oui ou non ?! »

OUI ! Il s’éloigna aussitôt à toute allure, prenant ses jambes à son cou dans son propre rêve. Qu’est-ce qu’elle allait dire ? Qu’est-ce qu’elle allait dire à Elyséa ? Il ne voulait pas qu’Elyséa ait de problèmes ! Pas du tout même ! AH NON NON ! Pas du tout ! Ce n’était pas ça qu’il voulait ! Pas du tout même ! Mais mais mais …

« Bon, mettons les points sur les i si tu veux bien, Elyséa. Je suis la mère de Kéran, tu t’en doutes, n’est-ce pas ? Et tu sais aussi que le rôle d’une mère est de tout faire pour que son enfant soit heureux, n’est-ce pas ? »

« Je le sais parfaitement, madame Zaryne. » murmura Elyséa, employant ce qualificatif car elle ne lui laisserait pas vraiment la tutoyer.

« Alors … Maintenant que je suis là, quel va être ton rôle envers Kéran ? »

« Hein ? Mon rôle ? Mais il ne va pas changer … Je vais le protéger … comme d’habitude. Je vais tout faire pour qu’il soit heureux et … »

« Je viens de te dire que c’était à moi d’agir ainsi. Tu n’es plus là pour le rendre heureuse de cette façon. Tu n’es plus sa protectrice. »

« Mais je suis censé être quoi alors ? Si vous me retirez l’unique chose pour laquelle je suis bonne, qu’est-ce que je suis censé être ? »

« Toi-même ? Réponds-moi sincèrement. Est-ce que tu as tiré un trait sur Kurym ? »

« Je … Tiré un trait … Non … J’avais juste scellé dans ma mémoire tout ce qui se rapportait à lui mais Kéran a réussi à me redonner mes souvenirs et puis, je … »

« Ca ne répond pas à ma question. Si tu avais scellé ta mémoire sur ce point, par rapport à Kéran … Qu’est-ce que cela aurait fait ? »

« Madame Zaryne, sauf votre respect, je vais vous le dire clairement : je n’aime pas Kéran. Je ne pourrai pas l’aimer et vous savez pourquoi ? Vous le savez parfaitement. Regardez votre corps, regardez le mien, regardez le sien. Maintenant, je vais retourner auprès de lui pour voir s’il a besoin de mon aide ou non. »

Elle fit un petit geste de la main pour s’en aller mais un mur de glace l’en empêcha. Elle se retourna, Zaryne faisant un petit sourire mauvais et malveillant bien qu’en même temps, Elyséa ne se sentait pas en danger par rapport à elle.

« Je ne crois pas que tu saisis l’importance d’une relation humaine, n’est-ce pas ? Je pense qu’après tous ses millénaires, tu n’as pas seulement scellé ta mémoire … mais bien d’autres choses, Elyséa. »

« Cela ne vous concerne pas, je suis désolée de devoir vous le dire de la sorte. »

« Cela me concerne grandement. Elyséa … Je ne vais pas t’embêter plus longtemps à ce sujet. Je vais juste te dire une chose : rappelles-toi de ce que tu as fait au moment où Kéran a ouvert les yeux. C’était ta véritable apparence, tes pensées vraies. Sur le moment, tu n’avais aucune contrainte, aucune restriction, tu ne t’étais imposée aucune barrière. Kéran est Kurym … L’âme de Kurym est celle de Kéran. Même si je sens que mon fils t’a caché quelque chose, je n’ai aucun doute à ce sujet. Mais même si Kéran n’aurait pas été Kurym, tu n’as pas hésité un instant quand tu l’as vu ouvrir les yeux. »

« C’était une erreur ! Une monumentale erreur ! Une erreur qui ne se reproduira plus jamais ! PLUS DU TOUT ! Rien ! Vous ne comprenez pas ?! Je vais vous le dire ! Regardez bien ce que je suis … et ce que vous êtes. Je vais vous le dire : MORTES ! Voilà ! NOUS SOMMES MORTES ! Et ça ne changera jamais ! »

« Et parce que tu es morte, tes émotions et tes sentiments le doivent être aussi ? »

« Vous ne comprenez donc pas … hein ? Regardez votre fils. La dernière fois que vous l’avez vu, il avait quel âge ? Huit ans, n’est-ce pas ? Maintenant, il en a bientôt dix-neuf voire vingt ! Il a eu ses dix-huit ans avec moi ! Mais ce n’est pas ça le problème ! Le problème, c’est que vous êtes restée la même ! Et moi aussi ! Nous sommes figées dans le temps ! Nous ne vieillissons pas ! Nous ne vieillirons pas ! »

« Oh … Cela m’étonne de ta part … mais je comprends finalement quel est ton problème. Oui … Je crois que je vais le dire à Kéran, ça sera bien mieux. »

« De quoi ? Qu’est-ce que vous allez lui dire ? Ne racontez pas n’importe quoi à mon sujet ! » s’écria Elyséa, tremblant de tout son corps.

« Tu veux rester avec lui pour toujours … mais tu as peur de le voir vieillir … de le voir mourir. Elyséa … Si tu aimes vraiment une personne, l’âge n’a aucune importance. La seule chose qui compte, ce sont les moments passés ensembles. Est-ce que tu veux être brouillée avec lui à jamais ? Bloquer par un mur indestructible tes sentiments envers lui ? Car tu le verras gagner des rides sur son visage, ses cheveux devenir encore plus blancs qu’il ne le sont ? Tu ne voudras pas être celle qui l’accompagnera dans ses derniers moments ? »

« … … … Je veux être là à ses côtés … jusqu’à son ultime souffle. »

« Qu’importe ce qui se passera entre vous deux ? »

« Qu’importe … où Kéran se trouvera, qui l’accompagnera sur sa route, ce qui se passera … Je veux juste être avec lui. »

« Bon, alors, tu as parfaitement compris où je voulais en venir. »

« Mais je ne pourrai jamais lui offrir ce qu’il veut. Kéran veut des enfants … Kéran veut une famille … Il veut tellement de choses. »

« Je pense qu’il consentira à quelques sacrifices … après tous ceux que tu as faits pour lui, n’est-ce pas ? Tu crois que Kéran est … ainsi ? Qu’il se fiche des autres ? »

« … … … Je ne veux plus en parler. Je vais attendre Kéran hors de son corps puisqu’il va se réveiller. Vous êtes perturbante, madame Zaryne. »

« Je suis une descendante de Kurym, il est donc normale que je sois ainsi, tu t’en doutes, n’est-ce pas ? » répondit la femme Momartik, finissant par mettre à nouveau son masque su son visage. Elyséa resta sur place, songeuse à ce qu’elle avait dit.

Ailleurs, dans son lit, le jeune homme aux yeux bleus ouvrit ces derniers, regardant le plafond. Il avait mal … tellement mal … Et il ne pouvait pas bouger, pas du tout même. Il tourna juste son visage vers la gauche, remarquant Sélia.

Elle était assise et endormie sur place. Elle avait surement veillé sur lui pendant tout ce temps. Elle devait se sentir responsable de son état, n’est-ce pas ? Mais il ne lui en voulait pas, pas du tout même. Même si c’était de sa faute, il n’allait pas lui jeter la pierre.

« Par contre, ce qu’Elyséa m’a dit … C’était vrai. »

C’était particulièrement vrai. Il pouvait voir ses mains. Il n’avait plus vraiment … Enfin si … Il avait de la peau mais elle semblait si fragile … comme du papier. C’était horrible, il était vraiment dans un état déplorable.

« Kéran, ne fait plus aucun mouvement, d’accord ? »

« D’accord, Elyséa … D’accord … Qu’est-ce que … »

La femme aux cheveux blancs était sortie de son corps sans même le prévenir. Elle était là, de l’autre côté du lit, regardant Sélia. Qu’est-ce que ça voulait dire ?

« Je vais m’occuper de toi mais d’abord … Je pense qu’une personne serait ravie de voir que tu vas bien. Sélia … Sélia. »

« Sélia, tu m’entends ? Sélia. »

Lui aussi avait murmuré le nom de la jeune femme aux cheveux bleus alors que celle-ci remuait un peu sur sa chaise, commençant à ouvrir les yeux à son tour. Lorsqu’elle les posa sur Kéran, ils se figèrent.

« Je … Je … Kéran ! Tu es réveillé ! KERAN ! »

Elle voulut commencer à l’enlacer mais remarqua son état et s’arrêta dans son mouvement, faisant un petit sourire tendre avant de murmurer :

« On va éviter si tu veux bien … »

« Je ne suis pas vraiment en état, c’est vrai. Alors … Tu as réussi à avoir ce Dracaufeu ? »

« Je … Je … Je … » bredouilla Sélia avant de commencer à pleurer, Elyséa soupirant en donnant une petite tape sur le crâne dégarni de Kéran bien que maintenant, une faible chevelure cherchait déjà à repousser.

« Espèce d’idiot. Blessé ou non, tu ne demandes pas si elle a réussi à battre celui qui est à l’origine de ton état. Elle s’en veut terriblement et toi, tu prends des nouvelles de ça. Tu n’as pas autre chose à lui dire plutôt ? »

« Non … Je … Ce n’est pas grave. Mais il est enfin réveillé, je vais pouvoir alors lui parler. Elyséa, Hyathéna, vous pouvez nous laisser seuls, s’il vous plaît ? »

Chapitre 244 : Une erreur

Chapitre 244 : Une erreur

« Hmm … Hmm … Hmm ! »

Il tentait de bouger mais Elyséa l’avait vraiment plaqué au sol. Elle lui retenait les bras, ayant ses mains dessus pour l’empêcher de se mouvoir. Pendant ce temps, elle avait fermé les yeux alors que lui, les avait bien ouverts. Elle était vraiment … en train de l’embrasser ! La femme qui avait toujours évité de ne faire ne serait-ce qu’une réelle … émotion envers lui. Celle qui s’était toujours retenue pendant des mois …

« On dirait … On dirait … que visiblement, je dérange. »

La voix de Sarène résonna dans le lieu alors qu’il remarquait finalement ce qui se passait … Elyséa ouvrit les yeux, ayant maintenant conscience de ce qu’elle était en train de faire. Elle retira aussitôt ses lèvres, rougissante comme une enfant.

« Pardon ! Pardon, Kéran ! C’était … C’était un moment de faiblesse ! »

Lui-même n’avait pas vraiment son mot à dire. En fait, il était dans un autre monde, un monde où lui seul pouvait se trouver. Ce baiser avait un goût de paradis. Il avait une saveur qu’il n’avait jamais sentie chez Katérina ou Sélia. C’était un goût d’interdit mais aussi un goût d’un autre genre, d’un autre niveau.

« Kéran ? Hey ! Kéran ! Ne me refait pas une chute ! S’il te plaît ! »

Voilà qu’elle s’était mise à nouveau à s’inquiéter à son sujet. Elle plaça ses mains sur ses épaules, le secouant un peu avant de le prendre dans ses bras. C’est vrai … Il était dans ses rêves … Il avait besoin d’explications mais là … Il avait juste envie d’une chose.

« Elyséa, je vais bien … Enfin, je vais mieux. Je te le promets. »

C’était lui qui vint la serrer contre son cœur. Il passa une main dans ses cheveux blancs, les caressant pendant de longues secondes pour la rassurer. Il allait bien mieux, oui. Ah … Elyséa … Il entendit quelques soupirs de sa part.

« Tu peux néanmoins … m’expliquer ce qui s’est passé ? »

« Kéran … Quand tu te réveilleras, tu … Enfin, je dois te dire quelque chose … »

« Quoi ? Je … Qu’est-ce qui … Enfin, c’est grave ? Tu m’inquiètes un peu. »

« A cause de cette attaque du Dracaufeu, je tiens à te dire … Enfin … Ton corps a été sévèrement brûlé … mais aussi … Tes cheveux, bref … Tu es devenu chauve. »

« Chauve ? » répéta le jeune homme pour être sûr d’avoir très bien compris.

Elle releva sa tête, le regardant dans les yeux avant d’émettre un sourire qui était aussi pur que du cristal. C’était un sourire comme ça qu’il recherchait depuis toutes ces années.

« Complètement chauve … Plus un cheveu sur le crâne. »

« Vrai de vrai ? » demanda le jeune homme alors qu’elle confirmait d’un hochement de tête. Il éclata de rire avant de reprendre : « Oh bon sang ! Plus un poil sur le caillou ! Je n’y crois pas ! Mais quand même … Et mon corps ? Comment est-ce qu’il va ? »

« Parcouru par les brûlures, il est dans un triste état, je dois l’admettre, Kéran. »

« Mais bon … Je peux encore me mouvoir ? C’est ça ? »

« Bien entendu ! Par contre, après un mois, il y a de fortes chances que tu aies du mal à bouger ou à faire ne serait-ce que les mouvements les plus primaires. »

« Je suis resté un mois … endormi comme ça ? Mais je dois être en train de puer ! Avec l’odeur, la transpiration, puis aussi les brûlures ! ERF ! »

« Ah ça … Hum … » commença à dire Elyséa, rougissante à nouveau. C’était si rare de la voir ainsi mais il comprenait après ce qui s’était passé il y a encore quelques minutes … Il valait mieux ne plus en parler. « Je t’ai pris avec moi et je t’ai lavé une fois par jour. »

« Oh … Je vois … Enfin … »

Est-ce qu’elle avait rêvé au fait en même temps que lui ? Est-ce que leurs esprits s’étaient connectés ? Il n’était même pas au courant à ce sujet. Il valait mieux peut-être ne pas trop en parler pour ne pas la déranger ou sinon …

« Elyséa, tu sais … J’ai fait un étrange rêve … où j’étais un forgeron nommé Kyrum … Et puis … Je … Enfin, tu étais dedans aussi. »

« Je … Je le sais … Je l’ai vécu moi aussi … mais de mon côté. Je … »

« On ferait mieux de ne pas trop en parler, je crois. C’est de ma faute. Je n’aurai pas dû ramener la conversation sur ce point. »

« Ce n’est pas de ta faute, Kéran ! C’est juste que bon … Je n’ai plus rien à cacher, plus rien du tout … Et puis, moi-même, je ne m’en rappelais plus. »

« Je vois, je vois … Enfin, oui … Je comprends parfaitement, Elyséa. »

C’était un peu … dérangeant ce qui se passait. Est-ce qu’elle s’imaginait qu’il avait pu la voir dans son plus simple appareil ? Sauf que non, plongé dans ses pensées pendant cet instant … Ah … Peut-être qu’il devait quand même parler … de ça.

« Elyséa … Au sujet de Kurym, tu l’aimes non ? Enfin, tu l’aimes toujours, n’est-ce pas ? »

« Mes sentiments sont toujours les mêmes … pour lui … jusqu’au bout, Kéran. »

Alors pourquoi est-ce qu’elle l’avait embrassé lui ? Pourquoi ? Pourquoi donc ? Maintenant, il se sentait mal et nauséeux, ça ne lui plaisait pas. Pas du tout même. Il ne voulait pas être un remplaçant, pas du tout même. Ce n’était pas sa position ! Pas du tout même ! Ce n’était pas son rôle ! Ce n’était pas son genre ! Il n’acceptait pas ça ! Il ne l’acceptait pas du tout même ! Il ne voulait pas de ça ! Il …

« Elyséa, est-ce que tu sais comment Kurym est mort ? »

« Non … Je … Je l’ai laissé vivre son existence avec cette femme … Tout ce qui importait, c’était qu’il soit heureux. »

« Elyséa, est-ce que tu veux la même chose pour moi ? » murmura le jeune homme, ne sachant pas du tout comment placer une telle conversation.

« Bien entendu ! Je veux que tu sois heureux avec … la femme que tu aimeras. »

La femme qu’il aimerait. Elyséa… Il vint la serrer plus fortement contre lui, la gardant contre son cœur sans vouloir la lâcher. Elle fut plus que surprise, bredouillant :

« Kéran, tu devrais me lâcher. Ce n’est pas une bonne chose. C’est une erreur… Une grossière erreur. S’il te plaît, Kéran. »

« Elyséa … Je … Non … Rien du tout. Je ne sais pas pourquoi j’ai eu ces pensées du côté de Kurym, je ne sais pas du tout, je suis vraiment désolé. »

« Ca doit être à cause de la fatigue ou alors du fait que j’étais en toi depuis tout ce temps. A force, ce n’est pas la première fois que tu avais mes souvenirs, non ? Cette fois-ci, c’était plus grave que prévu et il semblerait donc que tu aies eu accès … à certaines parties cachées. »

Non, elle ne comprenait pas. Pas du tout même … Pourquoi est-ce qu’il avait pu être dans les pensées de Kurym … comme si c’était lui ? Et puis, si cela avait été les souvenirs d’Elyséa, pourquoi est-ce qu’il avait su ce qui s’était passé ensuite ? Après sa mort ? Alors qu’elle n’était pas avec Kurym ? Pourquoi ? Non … Il ne devait pas lui en parler. Ca ne la concernait pas et il ne voulait pas la troubler plus.

« Elyséa … J’aime Katérina, tu sais. »

« Je le sais parfaitement, Kéran. Je ne t’arrêterai pas à ce sujet. »

Tant mieux alors. Il voulait juste être d’accord avec elle. Il fallait … oublier ce qui s’était passé. C’était tout. Il fallait que les deux se mettent d’accord à ce sujet. Pourtant, il n’arrivait pas à lâcher Elyséa. Il n’y arrivait pas ! Il tenait fermement le corps de la femme aux cheveux blancs contre lui et elle ne se débattait pas !

« Elyséa … Au sujet de ce qui s’est passé ici … »

« Il ne s’est rien passé. Ce n’était que notre imagination … Et même si cela s’est passé, ce n’était qu’un moment de faiblesse, une monumentale erreur. Cela ne se reproduira plus, Kéran. Je peux te le promettre. Je ne vais pas gâcher ton bonheur. Mais si tu veux que je me scelle à jamais en toi sans plus jamais t’adresser la parole, je le ferai. Car je ne veux pas que tu souffres à cause de moi et je ne … »

« Je le dirai à Katérina. Je n’aime pas lui mentir mais … Je dirai que c’est moi qui a lancé les hostilités. Que j’ai eu un geste malheureux car j’étais heureux de m’en sortir. »

« Mais mais mais … Kéran … Ca serait alors lui mentir. »

« Non, juste modifier un peu la vérité sur ce qui a mené au résultat final. »

Il tentait de la rassurer et de lui sourire mais bizarrement, cela le faisait souffrir, terriblement souffrir même. Il avait mal … à l’idée … Non ! Pas exactement. Ce n’était pas exactement comme ça … Loin de là même.

« D’accord, Elyséa ? Tu comprends ce que je veux faire ? »

« Est-ce que ça te rendra plus heureux de lui mentir à ce sujet ? Le mensonge est horrible … Je ne veux pas de ça de ta part. Dis-lui la vérité, Kéran. Simplement la vérité … Promets-le moi. D’accord ? Regarde-moi dans les yeux et promets-toi de lui dire la vérité. »

La regarder dans les yeux ? A l’heure actuelle, c’était assez difficile vue qu’ils étaient dans la même tenue … mais surtout celles dans laquelle Kurym et elle s’étaient aimés. Donc bon, il n’avait pas réellement la tête à tout ça. Mais pourtant, il observa ses yeux saphir. La rendre malheureuse ? Elle ? Non, il ne voulait pas. Elle avait assez souffert.

« Je te le promets, Elyséa. Je lui dirai que tu m’as embrassé mais que tu étais confuse à ce moment précis. Tu ne savais pas comment réagir exactement. Est-ce que cette vérité-là te convient ? Si c’est le cas … Tant mieux. »

Pfiou ! Pourquoi est-ce qu’il se sentait aussi mal que ça ? Il avait mal au cœur, comme s’il se refusait lui-même la vérité. Enfin … Ce n’était pas normal ! Pas du tout même ! Enfin … Elyséa …Comment lui dire la vérité à son sujet ?

« Je n’aime pas le mensonge … Je n’aime pas qu’on lui cache tout … Loin de là. »

« Je … Je suis d’accord, Elyséa, c’est exactement ça. »

« Je crois que je vais donc vous laisser tous les deux. Vous avez bien des choses à vous dire, non ? » murmura finalement la voix de Sarène. AH ! Il avait complètement oublié la femme aux cheveux bleus !

« ATTENDS UN PEU ! »

Elyséa avait finalement retiré ses mains du corps de Kéran pour se lever aussitôt. Elle prit Sarène par le bras, l’empêchant de s’en aller.

« Tu ne crois pas qu’il mérite de savoir la vérité justement ? Je lui en parle mais si de ton côté, tu commences à lui mentir, mes paroles n’auront aucune valeur. Et puis, il a besoin de savoir qui l’a surveillé pendant un mois à mes côtés. »

« Elle … Elle était là pendant tout ce temps ? » bredouilla Kéran.

« Et plus encore … Sans elle, tu serais surement mort à l’heure actuelle. »

« SARENE ! C’est donc vrai ça ?! Ce qu’elle dit ?! »

« C’est le cas, Kéran. Ton corps était tellement … déchiré par les brûlures qu’il ne pouvait que mourir. J’ai préféré gelé ton corps avec mes pouvoirs pour éviter que tout cela ne s’accentue. Mais maintenant que tu as retrouvé conscience et malgré ton état, tu devrais pouvoir t’en tirer. Tant mieux … Je vais … »

« SARENE ! FAIS-LE MAINTENANT ! Si tu ne lui dis pas la vérité maintenant, tu le regretteras pour le restant de ton existence ! »

« A quoi bon ? Qu’est-ce que cela changerait ? Kéran n’a pas sincèrement besoin de moi, non ? J’étais juste là au bon moment. »

« Et sans toi ? Qu’est-ce que cela changerait ? Tellement de choses. Alors dis-lui maintenant ou je te forcerai à retirer ce masque ! »

« Retirer ce masque … Hum … Si seulement Kéran le désire. »

« Je veux savoir qui tu es réellement, Sarène ! »

« Soit … Alors … Visiblement, je n’ai pas le choix. Elyséa ne me lâcherait pas de toute façon. » murmura la femme aux cheveux bleus avec lenteur.


Elle poussa un léger soupir avant de mettre une main sur mon masque, le retirant doucement. Peu à peu, les traits de son visage commencèrent à apparaître. Des traits féminins, bien entendu mais qui avaient une certaine maturité. Elle n’était pas vieille … mais elle avait déjà des années, un bon nombre d’années en elle.
… … … Ce visage … … … Il le connaissait. Mais comment ? Depuis quand ? Quand est-ce qui l’avait vu ? Cela faisait des années, de très longues années même mais il n’arrivait pas à mettre un nom dessus.

« Et bien alors ? C’est comme ça que tu accueilles celle qui t’a donné la vie après toutes ces années de séparation ? »

Cette voix … Sans le masque, il en était maintenant sûr ! Ces mots ! Il en était sûr ! Il en étiat sûr maintenant ! Il en était convaincu ! C’ETAIT … C’ETAIT …

« Si tu peux me lâcher maintenant, Elyséa ? »

« Je pense que oui … Si tu comptes le voir, Zaryne. »

« Après tout ce temps et puisque tu m’as forcée à me montrer, ça ne serait pas logique de ma part de faire ça donc ? » chuchota la Momartik humanisée.


Elyséa retira sa main du bras de Zaryne, la femme faisant quelques pas en direction de Kéran, arrivant jusqu’à lui. Elle vint s’accroupir, tendant ses mains vers le jeune homme avant de le serrer contre sa poitrine. Finalement, elle avait été obligée de se découvrir mais … Cela avait été une bonne chose. Maintenant, elle savait exactement ce qui allait se passer.

Chapitre 243 : Liés pour l’éternité

Chapitre 243 : Liés pour l’éternité

« Dites au revoir à Papa, les enfants. »

« Maman … Maman ? Pourquoi est-ce que Papa ne prend pas le même chemin que nous ? »

« Papa a quelque chose de très important à faire. Il ne reviendra pas avant très longtemps. Avancez donc, je dois lui dire quelque chose. »

Les deux enfants s’exécutèrent, le jeune garçon portant un petit sac sur le dos tandis que la petite fille tenait juste un sachet, suivant son grand frère. La femme aux cheveux bleus avait elle-même plusieurs sacs sur les épaules et le dos, regardant Kurym.

« Est-ce que tu veux bien me pardonner ? »

« Je ne veux pas te pardonner … surtout après ce que tu comptes faire mais … Je ne suis pas la mieux placée pour te dire ça. Tu sais que tu es un égoïste ? »

« Je le sais parfaitement … Vous faire ça … Mais normalement, ce que tu as dans les sacs, tu devrais pouvoir mener une bonne vie avec les enfants. Tu ne devrais jamais avoir un seul problème d’argent, tu comprends ? »

« Ces métaux si rares, capables de produire du grand froid … et aussi … Tu es sûr de vouloir nous les donner, Kurym ? »

« Là où je vais, je n’en aurai plus besoin. Et puis, c’est bien la dernière chose que je peux faire pour vous. Vous les méritez tellement. Je veux que mes enfants soient heureux … et toi aussi. J’espère que … »

« Si tu voulais vraiment que l’on soient heureux, tu nous aurais … »

« Je ne peux pas, je ne peux plus tenir ! Je suis désolé, vraiment désolé ! C’est impossible pour moi maintenant ! Vraiment … Je … »

La femme aux cheveux bleus fit un profond soupir avant de déposer les sacs sur le sol enneigé. Elle vient prendre Kurym dans ses bras, le serrant pendant de longues secondes contre elle.

« Je comprends parfaitement ce que tu veux dire par là. Je ne vais pas t’arrêter, j’accepte pleinement le choix que tu as décidé de prendre. »

« … … … Mais c’est un choix vraiment horrible pour vous. Dis … Est-ce que tu m’as vraiment aimé un jour ? »

« Quelle question stupide ! Bien sûr que oui ! Je ne m’offre pas à n’importe quel homme ! Il est vrai … que … Au départ, je t’ai utilisé et puis … Enfin … Quand je suis revenue … »

« Je ne t’en demande pas plus, ne t’en fait pas. »

« Merci beaucoup … Et puis, tout ce que tu as fait pour moi, je pense que c’est plus que suffisant, ne t’en fait pas. Aller … Je vais rejoindre les enfants. Ils vont être tristes sans toi. »

« Je ne suis pas l’exemple d’une bon père à la base… »

« Ne dit pas ça ! Je te l’interdis ! Même si tu as toujours aimé … Elyséa … Tu n’as jamais repoussé tes enfants ! Tu les as aimés ! Moi, je peux m’en passer de ton amour et … »

« Pardon. » murmura Kurym avant de clore la discussion par un rapide baiser sur les lèvres de la femme aux cheveux bleus.

Elle ne vient dire du tout …Rien de rien … Mais elle resta parfaitement muette alors qu’il s’éloignait sans un mot. Il n’avait rien à leur offrir, rien du tout même. Quoi donc ? Qu’est-ce qu’il aurait pu leur donner ?

« Je suis un mauvais père … Un très mauvais père. »

Et qu’importe ce qu’elle disait, c’est comme ça qu’il se voyait. Comme un monstre qui allait abandonner sa famille … pour une femme morte. Une femme qui était tout simplement morte depuis des années. Une chimère …

« Elyséa ? Je suis finalement là … J’espère que tu m’attendais. »

Il murmura cela avec douceur devant une simple croix en bois … Voilà ce que ces foutus gens avaient offert à celle qui … avait œuvré pour la paix. Une simple … croix … Cela lui donnait envie de pleurer. Plus que de pleurer … Snif …

« Désolé de ne pas être venu auparavant, je n’y arrivais pas. C’était trop dur, beaucoup trop dur pour moi … Ah … Tu ne peux pas comprendre hein ? Tu étais morte ! Définitivement morte ! Et je n’arrêtais pas de te voir ! Snif ! »

Il commença à sangloter alors que dans un autre endroit, bien loin de cette montagne enneigée, une créature ténébreuse était visible, assise contre un arbre. Faites de noir, son corps flottait au-dessus du sol néanmoins. Elle avait une flamme blanche comme chevelure, des yeux bleus et un col rouge.

« Je ne peux pas l’empêcher d’être heureux … C’est le plus important … Il a une famille maintenant … J’ai perdu toutes ces années snif … Je … Je suis devenue un monstre. »

La créature ténébreuse commença à sangloter de tout son corps, étant prise de convulsions. Elle ne pouvait pas s’en empêcher. Elle était en pleurs, comment ne pas l’être ? Elle n’avait plus rien, plus rien du tout.

« On m’a retiré la seule parcelle de bonheur que je possédais … Snif … »

Elle n’avait peut-être pas le droit d’être heureuse comme les autres ? C’était peut-être ça ? Elle devait œuvrer pour les autres … C’était ça. Elle ne deviendrait pas un esprit mauvais … Pas du tout. Elle ne pouvait pas.

« Je dois protéger le monde dans lequel les descendants de Kurym vivront … quittes à ce que je me mettes tous ceux qui y habitent sur le dos. Qu’importe ce qui se passera, qu’importe ce que les gens penseront, je dois le protéger. »

Ailleurs, devant la tombe sommaire d’Elyséa, Kurym était à genoux, la tempête de neige se faisant de plus en plus forte, recouvrant son corps d’un manteau blanc. Il avait les mains gelées mais ne semblait pas s’arrêter dans ce qu’il faisait.

« J’aurai dû t’accompagner … J’aurai vraiment dû … »

Mais cela n’allait pas l’arrêter. Pas du tout même ! Creusant la terre avec ses mains, quitte à ce que les gelures le fassent souffrir, il arrivait peu à peu … à déterrer son corps … Il était comme au premier jour où il l’avait rencontré.

« Tu es si belle … dans ce cocon de froid … et de glace … »

Il ne voyait que son visage mais celui-ci n’avait pas subit les aléas du temps à cause du froid qui avait permis de conserver son corps maintenant. Avec douceur, il vient embrasser ses lèvres gelées, ne s’attendant à aucune réaction.

« Tu sais … J’ai une famille … Enfin … Des descendants … Mais je voulais que ça soit toi qui porte mes enfants. Et puis, tu sais, elle est revenue … Et j’ai accepté son pardon. Elle n’était pas méchante, loin de là même. Elle s’est excusée … tellement de fois. Je crois qu’elle m’aimait réellement. Mais pourquoi je te dis ça ? »

Pourquoi ? Il continua de creuser pour déterrer le corps comme si de rien n’était, s’arrêtant subitement lorsqu’il vit sa poitrine … Il poussa un cri de surprise, explosant en sanglots alors qu’il regardait l’armure noire … Cette armure … C’était ça.

« Ma faute … C’est de ma faute … C’est de ma faute … C’EST DE MA FAUTE ! »

C’ETAIT DE SA FAUTE SI ELLE ETAIT MORTE ! Le trou dans son armure ! C’était parce qu’elle n’était pas assez résistante ! Parce qu’elle avait été plus fragile ! NON ! NON ET NON ! NON ET NON ! NON !

« De ma faute … Je t’ai tué … Je t’ai tué … Elyséa, tu es morte par ma faute. C’est moi qui t’ai tué … Je voulais juste t’offrir cette armure. Tu es si belle, tellement belle … tellement belle, tu es magnifique même quand tu es morte … »

Tellement belle … Et c’est pour ça qu’il allait la rejoindre. Il avait fini par déterrer complètement le corps. Personne ne venait ici … de toute façon … C’était un endroit isolé de tous et de toutes. Il en était convaincu … et puis, il allait faire cela.

« Tu sais, je crois que … Que ce que tu as combattu n’est pas mort, même … C’est tout le contraire mais je ne vais pas laisser ce monde disparaître. Ce monde pour lequel tu t’es battu. Je vais venir avec toi … Si près de toi. Mais je ne vais pas les laisser sans rien … »

Il allait continuer à se battre, comme Kyurem. Il allait offrir son existence à cette montagne pour qu’elle puisse contenir ce monstre qui l’habitait. Oui … C’était la meilleure chose à faire. Couché sur le corps gelé d’Elyséa, il resta immobile pendant de longues minutes, attendant tout simplement que la mort vienne le chercher.

« Elyséa … Je voulais te demander … Est-ce que tu crois à la réincarnation ? »

Est-ce qu’elle croyait au fait que même après la mort, il y avait une vie ? Quelque chose ou quelqu’un qui les attendait ? Pas que ça … Non … Il voulait encore lui en parler … En dire plus … Lui en dire tellement plus.

« J’espère que dans une autre vie, nous nous retrouverons, tous les deux. J’aimerai être à tes côtés pour l’éternité … que cela soit en tant qu’être vivant ou mort. Je veux juste que mon âme soit conjuguée à la tienne, que mon cœur soit lié au tien. Je ne veux plus me passer de toi, je veux voir la fin de cette planète avec toi, je veux juste … être là pour toi. »

C’était tout ce qu’il désirait, rien de plus même. Rien du tout … Rien de rien … Ses yeux se fermèrent peu à peu, sombrant dans un sommeil qui allait être éternel. La neige allait recouvrir leurs deux corps et cette croix … Il en avait décidé ainsi. Il serait alors l’esprit qui allait protéger cette montagne, comme son père adoptif.

Mais il espérait qu’Elyséa l’attendrait de l’autre côté. Il voulait la retrouver … Il voulait vivre avec elle pour l’éternité. Et c’était ce qu’il désirait le plus au monde. Finalement, il ne vint plus jamais se réveiller.

Et Kéran ? Lui … Il sentait que c’était terminé. Définitivement terminé même … Il avait fini de connaître le passé d’Elyséa. Il savait tout à son sujet … Son premier et unique amour. Un amour qui avait très mal tourné. Il s’en voulait … de ne jamais avoir considéré les sentiments d’Elyséa de la sorte. Et puis … Comment dire … Comment faire exactement ?

« Hmm … Je … Elyséa … Elyséa … »

Il ouvrit finalement ses yeux bleus, regardant au-dessus de lui. Blanc … C’était complétement blanc et il y avait de la neige sauf qu’elle ne le recouvrait pas. Il y avait aussi un certain poids sur son corps.

« Tu es donc réveillé ? Tant mieux. Vraiment tant mieux … »

Cette voix ? Il tourna son visage vers la gauche, apercevant une étrange femme en kimono blanc avec un obi rouge. Elle avait de magnifiques cheveux bleus en chignon et des yeux dorés. Elle portait aussi un masque blanc sur son visage.

« Vous ressemblez à la femme que Kurym a aimée. »

« Qui est donc Kurym ? Je ne crois pas le connaître. »

« Kurym ? Euh … Enfin bon … Je … Qu’est-ce qui s’est passé ? Où est-ce que je … Elyséa ? » murmura le jeune homme aux cheveux argentés, remarquant qu’Elyséa était endormie sur lui, du moins, la partie supérieure de son corps était couchée sur son torse.

« Je pense que les explications attendront un peu. Tu n’es pas en … »

La Momartik était maintenant muette alors que Kéran caressait les cheveux d’Elyséa comme un automatisme. C’était normal … vraiment normal qu’il fasse ça … Une telle chose. C’était si logique et si … classique. Ah … Elyséa, la petite Elyséa qui était sur lui, c’était bien celle dont il avait découvert les dernières parcelles de son passé.

« Elyséa … Je sais tout à son sujet. Mais tu es Sarène ? »

« Je suis Sarène, c’est vrai … »

« AH ! MAIS ALORS TU PARLES ! »

Il venait de comprendre finalement ce qui se passait ! C’était bien sa Momartik ! Il en était sûr et certain maintenant ! Sa Momartik n’était pas n’importe quelle Momartik ! Elle était Sarène ! Elle était bien capable de parler !

« C’est le cas … sinon, je ne pourrai pas t’adresser la parole, n’est-ce pas ? » murmura avec douceur la femme aux cheveux bleus.

« J’aimerai juste savoir ce qui s’est passé … C’est tout. Pfiou … Mais je crois que j’ai fait quelque chose de vraiment bizarre. »

« Tu es mort … ou presque … voilà tout. »

« Rien que ça ? Je suis mort comment ? Je … Je suis dans un rêve ? Enfin dans mon rêve ? Mais … Oh … Je m’en rappelle … Ce Dracaufeu, ses flammes … Tout ça, je … »

Oh et puis zut, il n’avait pas envie de réfléchir plus longtemps. Il voulait juste comprendre exactement ce qui se passait. Enfin … Pas exactement … Pour l’heure, il voulait juste parler avec Elyséa, la remercier pour tout ce qu’elle avait et s’excuser.

« Elyséa … J’ai envie de … »

Il avait envie qu’elle se réveille … et c’est ce qui se passa. Quelques marmonnements et voilà qu’il sentait des mouvements sur son corps. Elyséa était en train de se réveiller.

« Qu’est-ce que … Kéran est toujours inconscient ? Il n’y a aucun changement ? Ca va faire … un mois … Un long mois … Un long mois … »

« Coucou, Elyséa. Je suis réveillé. »

Elle avait murmuré cela mais après les paroles de Kéran, elle se redressa aussitôt, choquée et étonnée. Elle n’avait pas rêvé, n’est-ce pas ? Elle …

« Kéran … C’est bien toi … Kéran, tu es conscient. »

« Oui, oui … Enfin … Elyséa, j’ai fait un drôle de rêve … Oh … Ne pleure pas, s’il te plaît, je ne voulais pas t’inquiéter. Tu sais bien que je … »

Elle était en train de recouvrir son visage de larmes mais ce n’est pas ça qui l’arrêta dans ses paroles. Pendant qu’elle pleurait, elle avait posé un doigt sur ses lèvres pour qu’il se taise, le retirant pour ensuite placer ses lèvres sur les siennes. Elle était en train de l’embrasser ? Il n’était pas en train … de rêver ? Pas du tout ? Elle était vraiment en train … de … Il … Il … Oh … C’était si bon … Comme s’il n’avait attendu que ça depuis le début de son existence, avant même qu’il soit né. Il avait envie … que cela continue.

Chapitre 242 : Tant qu’il est heureux

Chapitre 242 : Tant qu’il est heureux

« Elyséa … Tu es sûre que c’est ce matin que tu dois faire ça ? Pas cette après-midi ? Ou le soir ? Tu es sûre de ça ? »

Kurym était couché sur la femme aux cheveux blancs, celle-ci ne bougeant pas du lit, lui souriant tendrement avant de murmurer :

« Malheureusement, oui, Kurym. Mais dis-toi que plus vite j’en aurai fini avec ça, plus vite je reviendrai … Et cette fois-si … si ça ne te dérange pas … »

« Hein ? Si ça ne me dérange pas ? De quoi ? » demanda Kurym alors qu’Elyséa rougissait un peu bien qu’elle ne semblait pas intimidée.

« Si ça ne te dérange pas, je peux aller prendre mes rares affaires et rester ici. Oh … Un seul lit, ça sera difficile et il faudra se serrer mais … »

« Ah ! Mais je le veux ! Je le veux réellement ! Je le veux vraiment ! Bien entendu que j’accepte ça ! Ca ne me dérange pas le moins du monde ! »

« Je m’en doutais … Mais bon, il vaut mieux confirmer des fois n’est-ce pas ? Tu te pousses un peu ? Que je puisse me lever ? »

Sauf qu’il ne le fit pas. Il restait sur elle, Elyséa poussant un petit soupir attendri avant de placer ses bras autour du cou de Kurym, l’entraînant contre elle. Elle pouvait bien se permettre une bonne petite heure de retard non ?

« Bon … Cela est un peu embêtant. Je crois que dans l’euphorie d’hier, j’ai un peu exagéré … par rapport à mon armure. Je ne sais pas ce que je vais porter … Je ne vais quand même pas y aller en marcel et en pantalon non ? »

« AH ! Je crois que c’est le moment parfait pour ça ! Je me dis que je comptais te l’offrir de toute façon bien assez tôt mais bon … »

Hein ? Un cadeau pour elle ? Il ne fallait pas … vraiment pas. Mais c’était tout ce qui faisait le charme de Kurym. Surtout qu’elle ne s’attendait pas du tout à cela … Kurym lui demanda de le suivre pour l’emmener jusqu’à une pièce qu’elle n’avait jamais visité.

« Ces derniers jours … Enfin … Je suis désolé mais je t’ai étudié du regard et j’ai pris des mesures visuellement … »

« Hmm ? Tu ne serais pas un peu pervers sur les bords, Kurym ? » dit-elle en lui tirant légèrement la joue, le jeune homme bredouillant quelques mots. « Je rigole … Je devrai plutôt te féliciter. Ce que tu fais est remarquable. »

Alors, c’était pour ça qu’il voulait lui donner ça … Cette armure … Les morceaux d’armure … Fait dans un métal des plus rares et noirs. C’était ça … Par contre, il n’était pas sûr de la solidité du métal. Pourtant, Elyséa vint l’équiper, murmurant :

« Ca ne fait rien si cette armure n’est pas solide, elle est magnifique. Et puis, tu pourras la renforcer quand je reviendrai non ? C’est une armure d’apparat, on va dire. »

« Une armure qui n’est pas là pour combattre ou protéger … Enfin, elle te plaît ? »

« Elle fait plus que me plaire … mais celle-ci, on va éviter de la briser, d’accord ? »

« D’accord, d’accord ! Mais s’il te plaît … Reviens vite hein ? »

Il prit ses mains dans les siennes, la regardant longuement. Pour toute réponse, elle alla l’embrasser doucement et tendrement sur les lèvres avant de dire d’une voix lente :

« Je vais me dépêcher. Maintenant que j’ai eu le courage de te parler et de t’aimer, je ne veux plus passer une seconde de ma vie sans toi. »

« Si seulement … Ah … Si seulement tu n’avais pas besoin de faire ça … Mais bon, tu es Elyséa, tu n’es pas n’importe quelle femme. »

« Et oui … Je ne suis pas n’importe quelle femme. Je suis TA femme. »

« … … … Reviens vite. »

Il avait juste murmuré cela en prenant son visage à deux mains pour l’embrasser à son tour avec passion. Puis finalement, elle quitta la forge, souriante et heureuse. Elle observait l’armure, remarquant qu’elle ne ressentait pas le moindre froid. Il avait … Peut-être que cette armure était fragile mais la chaleur de Kurym l’entourait complètement, comme les pouvoirs du jeune homme.

Lui ? Il était juste un peu anxieux, regardant par la fenêtre. Peut-être qu’il devait se remettre au travail ? Ah oui ! Pourquoi ne pas commencer à créer des outils utiles pour Elyséa et lui ? Il avait une nouvelle vie qui s’offrait à lui ! Autant en profiter grandement non ? C’était une excellente idée ! Il aurait dû y penser bien plus tôt même ! C’était ça qu’il devait faire ! Et le plus rapidement possible normalement ! OUI ! Quelle excellente idée ! Vraiment !

Il suffisait juste d’attendre qu’elle revienne … Oui … La journée passa avec une extrême lenteur, le soleil venant se coucher. Pourtant, lui … n’avait pas sommeil … Pas du tout même. Il attendait le retour d’Elyséa, tout simplement son retour.

« Qu’est-ce qu’elle fait ? Elle ne devrait pas mettre autant de temps. »

Cette nuit-là, il n’arriva pas à dormir. Pas du tout même. Il ne pouvait pas … Il n’arrivait pas à trouver le sommeil, loin de là. Comment dormir ? Une journée s’écoula … puis une autre … et encore une autre … et encore une … Une semaine … Puis deux semaines. Elyséa n’aurait jamais joué avec son cœur, il en était sûr et certain. Mais qu’est-ce qui lui était arrivé alors ?

« Kurym ? Est-ce que tu peux m’ouvrir ? »

Cette voix, il la reconnaissait … mais ce n’était pas celle d’Elyséa ? Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il ouvrit la porte avec lenteur, étant étonné de la revoir … elle. Pourquoi est-ce qu’elle … Pourquoi est-ce qu’elle était là ? POURQUOI ?!

« Je peux rentrer ? Si tu veux bien ? »

« Bien … Bien entendu … » bredouilla le jeune homme, laissant la femme aux cheveux bleus et aux yeux dorés. Qu’est-ce que … Elle avait des bagages avec elle ?

« Je ne sais pas comment te l’annoncer … Enfin … Si … Je … »

« Elyséa ? » murmura Kurym avec lenteur alors que la femme aux cheveux bleus hochait la tête positivement, sortant un paquet de lettres de sa robe.

« Elles sont toutes écrites de sa main … Elle était au courant à mon sujet mais n’a jamais rien fait pour m’arrêter … Rien du tout. Je … Je suis désolée, Kurym. »

« Ca ne … Ca n’explique pas où elle est. Où est-ce qu’Elyséa est maintenant ? Je veux une réponse … Je voudrai une réponse très rapide, s’il te plaît. »

« Elyséa … a été assassinée en même temps qu’Hodan. »

« Assassinée ?! MAIS MAIS MAIS … »

Il s’était approché d’elle, posant ses mains sur ses épaules pour la secouer. Comment ?! Pourquoi ? Par qui ?! Il, il, il … Elyséa ! Elyséa ! Ce n’était pas possible !

« La guerre est néanmoins terminée, il n’y a plus rien … Rien du tout. »

« CA N’EXPLIQUE PAS CA ! Pourquoi est-ce qu’elle est morte ?! Où est son corps ?! Je veux savoir ! JE VEUX SAVOIR ! DIS-MOI TOUT ! »

« Elle est morte ! C’est tout ! ELLE EST MORTE ! Je suis là … »

« Pourquoi est-ce que tu es là ? Pourquoi ?! POURQUOI ?! Ce n’est pas de toi ! Tu n’as fait que m’utiliser depuis le début ! Je le sais parfaitement ! Ne te moque pas de moi ! »

« JE SUIS VENUE POUR REPARER TOUT CA ! »

« Vas t-en … Non … Même pas … Je ne veux pas que tu t’en ailles. Je vois que tu as … décidé depuis le début. Je veux juste … que l’on me laisse seul. »

« Elyséa t’aimait depuis longtemps, Kurym. Tiens … Prends ses lettres. Tu les liras … Je pense qu’il fallait que je te les donne. »

« Elle est la seule qui … Non … Je … D’accord. »

« Je prendrai le temps qu’il faudra … mais je panserai tes blessures, je te le promets. »

Ce n’était pas de ça … Ce n’était pas du tout de ça. Pas du tout … Ah … Ah … Il récupéra les lettres, s’enfermant dans sa chambre pour aller pleurer. Elyséa était morte … définitivement morte. Elle … Pourquoi est-ce que quelqu’un avait voulu la tuer ? Qu’est-ce qu’elle avait fait pour mériter ça ? Rien du tout … Il en était sûr et certain. Rien du tout …

Les années passèrent, de longues années même … Trois ? Quatre ? Cinq ? Il ne savait pas … Mais il pouvait les compter grâce à son premier enfant … Son fils … Puis aussi sa fille. Ses deux enfants. Il avait eu deux enfants avec elle et elle ne s’était jamais plainte. Non … Elle avait remboursé depuis longtemps le mal qu’elle lui avait fait.
Et elle ne lui en avait jamais voulu de ne jamais l’avoir aimé … réellement. Peut-être que physiquement, tous les deux, ils avaient fait quelque chose … enfin, ils avaient eu des rapports sexuels mais ça ne changeait rien … Son cœur n’était plus disponible.

Plus du tout … Son cœur était indisponible mais elle ne lui en avait jamais voulu. Tant mieux … Et puis, il avait une famille maintenant. Et même si ce n’était pas un amour véritable, il aimait sa femme … et ses enfants. Mais rien n’avait été … Ah …

« Kurym, qu’est-ce que tu veux manger aujourd’hui ? »

« Comme tu le veux, ne t’en fait pas pour moi. Sinon, le chemin que j’ai tracé pour que vous puissiez aller hors de la montagne des dragons est bientôt terminé. Ce passage vous protégera du froid de cette montagne. »

« Je ne comprendrai jamais pourquoi est-ce que tu as voulu faire cela. »

« Je ne sais pas … Peut-être qu’un jour, nous partirons de cette montagne pour aller voir le monde extérieur … C’est la meilleure chose à faire pour les enfants. »

« C’est vrai … Si nous voulons envisager un avenir pour eux … »

Peut-être … Surement … Il était perdu depuis toutes ces années mais il ne les oubliait pas. C’était pour elle … et pour eux. Il tourna sa tête vers la fenêtre, remarquant deux yeux bleus qui vinrent l’observer. Qu’est-ce que …

« ELYSEA ! ATTENDS UN PEU ! »

Il s’était levé subitement, quittant la maison sous le froid pour se diriger sur les côtés. Il avait vu les yeux bleus ! Il en était certain ! C’était les yeux d’Elyséa ! Il n’y avait qu’elle pour avoir des yeux comme ça ! Il en était sûr et certain ! Il ne pouvait pas espérer autre chose ! ELYSEA ! ELYSEA ETAIT DE RETOUR !

« ELYSEA ! ELYSEAAAAAAAA ! »

Il criait son nom mais rien ni personne ne vint lui répondre. Elyséa … Pourquoi est-ce qu’elle ne se présentait pas à lui ? Pourquoi ? Pourquoi ? Elle … Elle lui en voulait ? Il aurait dû l’accompagner … Il aurait dû … Vraiment …

« Kurym, tu ferais mieux de rentrer. Il fait plus que froid. »

Il était tombé à genoux dans la neige, la femme aux cheveux bleus venant le redresser pour le ramener à la maison. Les deux enfants demandèrent ce qui se passait, Kurem retournant dans la chambre pour se sécher. Pendant ce temps, la femme aux yeux dorés vint s’asseoir sur une chaise, prenant ses enfants sur ses genoux.

« Votre papa aime une autre femme depuis très longtemps. »

« Papa ne t’aime pas, maman ? » demanda le jeune garçon.

« Oh … Je pense que si … mais pas de la même façon qu’elle. D’ailleurs, il a évité de nommer ta petite sœur par la même nom qu’elle … pour éviter de s’en rappeler. »

« Oh … Papa est donc triste ? Mais elle est où cette dame ? »

« Elle est haut dans le ciel. Elle a sûrement la plus belle place dans cet endroit. Elle en a tant fait pour tout le monde … Elle n’aurait que ce qu’elle mérite. »

Oui … C’est bien ce qu’elle pensait de son côté. C’était ainsi … Elle ne méritait que cela … Une place dans les étoiles. Cette femme avait été merveilleuse … du début jusqu’à la fin. Elle comprenait parfaitement pourquoi Kurym en était toujours autant amoureux malgré toutes les années qui s’étaient écoulées.

« Ah … Je ferai bien d’aller parler avec votre père. Filez au lit les enfants. »

« D’accord, maman ! Bonne nuit ! On peut aller le lui dire ? »

Elle hocha la tête positivement alors que les deux enfants allaient vers la chambre où se trouvait leur père, celui-ci ayant quelques tremblements mais les embrassant sur les joues pour leur souhaiter de bien dormir.

« Dormez bien les enfants … »

La femme aux cheveux bleus attendit que les enfants soient dans leur chambre avant de refermer celle où elle dormait avec Kurym. L’homme aux cheveux argentés resta de marbre, regardant sa femme en attendant qu’elle prenne la parole.

« Kurym … Est-ce que tu comptes faire une bêtise ? »

« J’ai cru voir … Elyséa … aujourd’hui. »

« Ce n’est pas la première fois que tu as ces crises mais … »

« Cette fois-ci, c’était vrai ! Je suis sûr et certain que c’était elle ! C’était la première fois que c’était aussi précis ! J’ai vu ses yeux bleus de l’autre côté de la fenêtre ! Je … Ah … Je crois que je ferai mieux d’aller me reposer. Je me sens très mal … beaucoup trop mal. »

Elle le laissa plonger dans le lit, venant le rejoindre quelques minutes plus tard. Elle savait que ce qui s’était passé aujourd’hui n’était que le début de la fin. Kurym allait commettre une erreur … Une grave erreur mais elle ne pouvait rien faire pour l’arrêter. Rien du tout même. Elle ne pouvait qu’accepter son choix et le laisser se débrouiller. C’était à lui de régler cette histoire … Et si … le chemin qu’il avait préparé, c’était pour … non ? Quand même pas. Il n’avait jamais parlé de lui. Peut-être que c’était bien ça qu’il avait comme idée ? Si tel était le cas … Elle devait alors se préparer … mais pas seulement … Elle devait aussi préparer les enfants à cette épreuve plus que déplaisante.

Chapitre 241 : Toujours là pour lui

Chapitre 241 : Toujours là pour lui

« Alors … Il est vrai que je dois te mettre au courant, Kurym. Même si j’aurai aimé ne pas t’apporter ce genre de nouvelles. Cela concerne la personne qui te rendait visite chaque jour, tu sais de qui je parle, n’est-ce pas ? »

« Bien entendu … Mais pourquoi est-ce que tu veux me parler d’elle ? »

Il était déjà anxieux, très anxieux même mais il évitait de le montrer. Enfin, il tentait d’éviter de le montrer, le problème, c’est que cela était clairement visible sur son visage.

« Elle ne viendra plus … Elle ne viendra pas … »

« Qu’est-ce que … Il lui est arrivé quelque chose ? Non … Surement pas. Ce n’est pas ça … Tu ne sembles pas assez triste pour ça. »

« Elle … Kurym, elle t’utilisait, tu le sais ? Juste pour obtenir des armes et des armures. »

« Ah ça … Je me doutais bien que c’était la seule chose qui l’intéressait. Mais est-ce qu’elle va bien ? Ou non ? Enfin … »

Il vint se remettre sur ses jambes, étant déjà prêt pour travailler. C’était mieux … pour ne plus penser à toute cette histoire. C’était bien mieux même. Il poussa un profond soupir, ne disant plus rien avant de s’éloigner d’Elyséa.

« Est-ce que je peux te dire autre chose, Kurym ? »

« Pour me décevoir encore plus des … humains ? Pourquoi pas … Tu peux y aller. »

« Je t’observais … depuis des semaines … voire des mois … »

Hein ? L’observer ? Comment ça ? Qu’est-ce qu’elle voulait dire par là ? Comment est-ce qu’elle l’observait ? De quelle manière ? Comment était-ce tout simplement possible ? Il … AAAAAAAH ! Il le savait maintenant ! Il le savait parfaitement !

« C’était toi … Les beaux yeux bleus que je voyais ? »

« Les beaux yeux bleus ? Hmm ? » dit la femme aux cheveux blancs avant de se rapprocher de lui. Il vint aussitôt rougir, bredouillant quelques mots.

« Pardon, pardon … C’est venu comme ça, sur le moment. Enfin, je n’ai pas modéré mes paroles et puis, je aussi … Enfin … »

« Les personnes qui parlent sans réfléchir sont souvent les plus sincères, je tiens à te le signaler. Tu étais donc sincère sur mes yeux ? »

« Ils sont vraiment beaux … Oui … Enfin … Ils sont bleus … comme la glace. Enfin, ils sont purs … Enfin ! Je ne sais pas ! »

« Hahaha … Merci du compliment, Kurym. » chuchota la femme en rigolant faiblement.

Quelques jours … Quelques jours s’étaient écoulés et les deux personnes étaient en train de manger paisiblement, l’un en face de l’autre, comme si de rien n’était. Le jeune homme ne semblait un peu soucieux, disant :

« Est-ce que tu es vraiment sûre de toi ? »

« Bien entendu. Mais quand même … J’aimerai savoir ce que tu manigances. »

« Rien de spécial, je te le promets. » murmura le jeune homme aux cheveux blancs alors qu’il avait encore du mal à croire qu’Elyséa venait tous les jours le voir. Vraiment beaucoup de mal… Et pourtant, c’était le cas. Il en était sûr et certain, il en était convaincu.

« Hmm … Tu n’oserais quand même pas mentir à la seule personne qui vient te rendre visite, n’est-ce pas ? Ou alors … Est-ce que tu … Ah … Ca y est … »

« Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi est-ce que tu pousses un petit soupir ? Le repas n’est pas bon ? Pas satisfaisant ? »

« Non, je me rappelle … La guerre est bientôt finie … Demain … C’est demain que je rencontrerai cette personne qui est l’ambassadeur des dragons. »

« Comment est-ce qu’il est ? Il ressemble à quoi ? C’est un humain ? »

« Bien entendu qu’il est humain ! Pourquoi est-ce qu’il ne le serait pas ? Il doit avoir notre âge, il a des cheveux blonds, il est plutôt immense et … »

« Est-ce qu’il est beau ? » bredouilla le jeune homme, n’arrivant pas à terminer son repas, Elyséa semblant songeuse tandis qu’elle remarquait que Kurym baissait la tête.

« Beau comme un dieu … sûrement. Il a quand même une certaine prestance et noblesse en lui. On voit qu’il a été élevé par des dragons durant toute sa vie. »

« Moi aussi … Mais … Je … Enfin bon … »

Il ne savait pas quoi dire. Il avait lancé cette attaque mais il se doutait de la réponse. Qu’est-ce qu’il avait espéré hein ? Pourquoi est-ce qu’il se sentait aussi mal ? Elyséa termina son repas, se levant de table avant de dire :

« Je pense donc qu’il est temps pour moi de partir plus tôt. Ainsi, demain, je serai prête pour ce qui m’attend. Bref, je reviendrai dès que j’aurai terminé tout ça. »

« Je … Attends un peu, Elyséa, non … C’est bon … »

« Oh … Ne t’en fait donc pas, je ne compte pas fêter ça. Je ne suis pas vraiment de ce genre … Je préfère encore passer un … »

Elle s’était rendu jusqu’à la porte, s’apprêtant à l’ouvrir mais Kurym l’attrapa par le bras. Elle portait depuis tout le temps … Depuis tout ce temps … Cette armure sur son corps. Cette armure grise … Mais elle pouvait sentir le froid qui pénétrait le métal.

« Ne t’en va pas aujourd’hui ! Reste … ici … pour cette nuit … s’il te plaît. »

Le ton était implorant comme si c’était la dernière chance du jeune homme. Pourtant, Elyséa ne bougea pas de sa position, lui tournant toujours le dos avant d’appuyer doucement sur le bras recouvert de métal. Avec lenteur, l’armure se fissura à cause du froid, se brisant en morceaux à ce niveau.

« AH ! Pa … Pardon ! Je ne pensais pas utiliser mes pouvoirs pour …. »

« Kurym ? Il fait quand même bien chaud dans cette forge. Tu ne trouves pas ? Les journées passent et je porte toujours cette lourde armure. »

« Euh … J’ai pu voir ça … C’est vrai, je tiens à le signaler. Je ne voulais pas que … »

« Tu veux bien m’aider à la retirer ? Mais … en la gelant. De toute façon, elle est vieille et usée. Donc … Est-ce que tu peux ? »

La geler ? Euh … Il voulait bien mais … C’était gênant … mais en même temps, il avait envie … Enfin, il était un peu excité. Il devait le reconnaître, hahaha. Pourquoi est-ce qu’il rigolait ? Pourquoi est-ce qu’il rougissait ? Car … peut-être que … Enfin … Chaque partie … d’armure qui tombait … laissait découvrir un nouveau pan de peau … Mais elle était … Elle était là … Peu à peu, il voyait la chair nue ou presque d’Elyséa.

Car elle portait encore un haut blanc … Un marcel blanc ? Comme lui ? Et le pantalon de toile noire ? C’était aussi comme lui ! C’était étrange ! Il avait l’impression de se voir dans un miroir … mais en même temps, il …

Gloups ! Il avait jamais remarqué à cause de l’armure mais … Elle était très féminine. Elyséa était très féminine. Et bon, avec les morceaux de métal et puis tout ça, et puis … Enfin ! Elyséa se plaça à quelques centimètres de lui, sa poitrine touchant le torse de Kurym.

« Mais un problème se pose, Kurym. J’ai cru … remarquer que tu n’avais qu’un seul lit. »

« Hahaha … Euh oui … Enfin bon … Le lit … Je crois que … »

Il ne termina pas sa phrase, rapprochant son visage en même temps qu’Elyséa. Leurs lèvres se lièrent pendant de longues secondes, Kurym comme la jeune femme rougissant en même temps. Lorsqu’il retira ses lèvres, il bafouilla :

« Je suis … désolé si ce n’est pas très bon. »

« Ah ? Pourtant, je considère mon premier baiser comme très réussi. »

« Ton … Enfin … Premier… Je … Enfin … Le mien aussi … Elle n’a jamais … »

« Tu sais qu’il vaut mieux ne jamais parler d’une autre femme pendant ces moments précis ? Ou alors, il faut que je t’apprenne cela, Kurym ? Enfin … Apprenons à deux, d’accord ? »

« Je veux bien … Elyséa … Je veux apprendre à te connaître. »

« Alors … Viens donc … »

Elle tend ses bras avec tendresse, les passant autour du cou du jeune homme pour l’attirer jusqu’à elle. Un nouveau baiser et voilà qu’en même temps, l’une de ses mains vient lever son marcel pour le lui retirer. Elle l’invite à faire de même de son côté, lui montrant les nombreux bandages au niveau de sa poitrine.

« Quand … Je combats, je n’aime pas que ça bouge trop … Et puis … Cela est un peu gênant qu’elle soit aussi … imposante. »

« Non, non ! Tu es une femme assez grande, elle est très bien comme ça ! »

Il cherchait à la compliment car il ne savait pas réellement comment s’y prendre avec elle. Mais elle faisait tout pour le calmer, chose qu’elle arrivait parfaitement. Maintenant, il glissait aussi le pantalon de toile de la femme aux cheveux blancs, remarquant encore une fois les bandages … Qu’est-ce que …

« Ah ça … Par contre, c’est une petite fantaisie … personnelle. Désolée. » dit Elyséa en rigolant légèrement.

« C’est très bien … Enfin, ça donne envie de les retirer un par un … pour mieux … »

« Oh ? Mais tu pensais que j’allais les garder ? Ca sera à toi de les retirer justement … Laisses donc tes envies te guider. »

C’était une telle … demande de sa part qu’il ne pouvait pas la contredire. Avec lenteur et tremblements, il commença à chercher le début des bandages alors qu’elle-même le mettait complètement nu comme un ver d’une main malhabile, montrant par là son inexpérience … comme lui … Mais bon …

« Tu ne veux pas que l’on aille dans la chambre … Avec le feu à côté, il y a … »

« Oh … Nous irons nous laver ensuite, non ? Et puis … Cette sueur n’est pas déplaisante, nous le serons tous les deux. Tu as dit que tu voulais que je dorme ici ce soir … Mais je ne suis pas très fatiguée, Kurym. »

« J’espère que j’arriverai à te faire dormir … ENFIN NON ! Pas de cette manière ! »

« Par l’épuisement ? Je l’espère aussi. »

L’épuisement … avec elle ? Il sentait que ça serait une chose merveilleuse. Finalement, les bandages recouvrant la poitrine d’Elyséa tombèrent au sol tandis que Kéran lui-même ne pouvait pas en détourner les yeux, puisqu’il se trouvait en Kurym. C’était Elyséa … comme il ne l’avait jamais vue auparavant.

Amante … Une amante parfaite … Une amante douce et tendre … Une amante qui découvrait les joies du contact de la chair et de la peau … entre deux personnes. Il était jaloux de Kurym … Vraiment jaloux. Pourquoi est-ce que lui n’avait jamais eu ça ? Pourquoi donc ? Pourquoi ? Pourquoi ?

Il était en colère, réellement en colère … Pourquoi est-ce qu’il devait voir Elyséa heureuse avec quelqu’un comme lui ?! QUI LUI RESSEMBLAIT ?! Pourquoi ce Kurym et pas lui ?! Pourquoi est-ce que les entendre, les voir, les …

« Assez … J’en ai assez … Je veux quitter cet endroit ! Je veux quitter cet endroit ! Je ne sais pas qui est ce Kurym ! Non … »

Non … Il venait de penser à quelque chose. Il était peut-être le descendant d’Elyséa. Peut-être … C’était peut-être ça … Il descendait d’Elyséa et Kurym … Rien que le nom de ce type ! Le fait qu’il lui ressemble ! Ce n’était pas du hasard !

« Elyséa serait mon ancêtre … »

Il ne voulait pas ça. Il n’en avait pas envie. Il ne voulait pas ça ! Elyséa était au courant ! Elle était surement au courant depuis le début ! C’était pour ça toutes ses affections ! Non … Non … Ce n’était pas ça. Quelque chose clochait mais quoi ?

« Je ne dois pas m’emporter pour ça, pas du tout même. »

Pourquoi s’énerverait-il ? Sincèrement ? Il … Il n’était pas en défaut, n’est-ce pas ? Pourquoi est-ce qu’il était aussi jaloux et triste ? Car Elyséa … n’était pas pour lui, n’est-ce pas ? Elle avait été amoureuse de cet homme, un homme qui lui ressemblait. Il n’avait pas à être son remplaçant et puis bon … Il aimait Katérina.

« Mais voir … Elyséa aussi heureuse et amoureuse, c’est beau … C’est vraiment très beau … Je suis content pour elle. »


Car il ne s’était jamais attendu à ce que la femme qui le possédait depuis des années soit ainsi. Enfin, qu’elle soit son ancêtre ne changerait rien à leur relation de toute façon. Elyséa était … vraiment quelqu’un d’exceptionnel.

« Et je devrai plutôt la remercier pour tout ce qu’elle a fait pour moi. »

Oui … Au final, le temps qu’il pensait à tout cela, les deux jeunes gens s’étaient aimés … Et la tache de sang sur le drap ne les dérangeait pas le moins du monde. Endormis l’un contre l’autre, Elyséa et Kurym ne semblaient pas vouloir se détacher.

« J’aurai aimé … que ça se passe aussi comme ça pour moi. »

Mais peut-être qu’il ne le méritait pas ? Il devait trouver une sortie … C’était mieux. Un endroit où il s’en allait. Mais pourquoi ne quittait-il pas cette zone ? Il pouvait juste les regarder … Où est-ce qu’il était ? Ah oui … Dans l’histoire de Kurym. Peut-être qu’elle n’était pas encore finie ?

« Peut-être que … c’est lui dont parlait Elyséa ? »

Quand Elyséa avait eu ses petites crises d’hystérie, hurlant qu’elle voulait le rendre heureux, qu’il méritait son bonheur. Qu’est-ce qui s’était passé ? Qu’est-ce que Kurym avait subi à ce moment ? Il manquait une dernière chose, il en était maintenant certain.

Chapitre 240 : Désintérêt

Chapitre 240 : Désintérêt

« Elyséa ? Est-ce que tu es sûre de cela ? De ce que tu veux faire ? »

« Je ne sortirai plus qu’une heure par jour, au grand maximum. Je tenais juste à te le signaler. Je vais rester avec lui, ancrée dans son corps … jusqu’à ce qu’il se réveille. Je ne changerai pas d’avis à ce sujet. »

« C’est tout ce que je voulais savoir. Je vois aussi … que les brûlures cicatrisent … un peu. Mais je ne sais pas s’il gardera ça indéfiniment ou non. »

« Ca ne fait rien … Qu’importe l’allure qu’il aura … tant qu’il est vivant. »

« C’est vrai, je ne devrai pas penser autrement. Bon … Et bien … Je te laisse alors t’occuper de lui, Elyséa. Je reviendrai chaque jour. En fait, viens me chercher quand tu sortiras. Pour l’auberge, les chambres sont payées pour deux semaines. »

« J’espère que ça sera suffisant … » souffla la femme aux cheveux blancs dans son armure noire alors que Sélia faisait un petit sourire.

« Si ce n’est pas le cas, je payerai encore un peu plus, ne t’en fait donc pas à ce sujet. »

Soit … Elle lui faisait alors confiance. Ce n’était pas comme si c’était possible autrement de toute façon. Sélia quitta la chambre, Elyséa rentrant aussitôt en Kéran pour retourner auprès de lui … dans ce monde enneigé. Là-bas, il y avait encore la femme masquée de blanc qui l’attendait, souriante à son tour.

« Alors … Tu es certaine de ton choix ? »

« Plus que certaine … Je vais faire cela … et puis … cela parait étrange mais … Quand je rêve contre lui, j’ai l’impression de revoir des choses … que j’avais scellées dans ma mémoire. C’est vraiment étrange. »

« Soit … Je peux donc te le confier. Je vous surveillerai tous les deux. Mais sache que cela fait déjà une bonne semaine qu’il est dans cet état et qu’il n’y a aucune amélioration. »

« Je le … sais parfaitement … Je l’ai remarqué … oui. »

« Alors, ne te fais pas trop d’espoir, néanmoins. Même si je sais que tu espères qu’il se réveillera. Mais … Voilà. »

Sauf qu’Elyséa n’écoutait pas Sarène, ayant déjà posé sa tête contre le torse du corps du jeune homme inanimé. Elle avait fermé les yeux, murmurant qu’elle attendrait autant qu’il le faut … Mais le corps physique de Kéran n’était pas éternel …. Pas du tout. Et plus les journées passaient, plus … le … corps de Kéran allait s’affaiblir. Se soigner certes … mais devenir de plus en plus faible car il ne faisait rien.

C’était tout … mais elle resterait à ses côtés … jusqu’au bout … mais elle voulait qu’il se réveille … qu’il se réveille et lui parle, comme d’habitude. Elle ne voulait pas qu’il meure, pas du tout. C’était impossible. Elle ne voulait pas se l’imaginer.

« Alors … Qu’est-ce que vous voulez que je vous raconte ? »

« Que tu me tutoies, d’abord ? Non … Et puis, si tu parles de ton passé, je te parlerai du mien. Un échange de bons procédés. Qu’est-ce que tu en penses ? »

« Je … Hum … Je pense que c’est une bonne idée. Tu … Vous … Tu commences ? »

« Comme tu le désires. Alors … Qu’est-ce que je peux te dire ? Hmm … Tu ne risques pas de connaître réellement cela, c’est bien dommage. »

Même s’il était à l’intérieur de Kurym, qu’est-ce qu’il était content de revoir Elyséa. Du moins, de voir la jeune femme et son passé. Là, elle lui racontait ce qu’elle avait vécu avant que la météorite ne tombe. Les voitures, les gratte-ciels, toutes ces choses. Mais bon … Même si lui, de son côté, n’en avait jamais vu réellement, de ses propres yeux, il pouvait toujours se les imaginer. Et il sentait que Kurym était émerveillé par les paroles d’Elyséa, s’abreuvant de ses paroles sans aucun problème. C’était si … simple de le captiver.

Mais oui, lui aussi, il l’était, en Kurym. Elyséa le captivait … Elle faisait tellement d’efforts pour Kurym que ça en était impressionnant. Pourquoi le faire pour un homme qu’elle ne connaissait pas ? Pas du tout même. Mais finalement, elle termina de raconter son histoire, Kurym prenant la parole :

« De mon côté … A part le fait que je n’ai jamais connu mes parents, j’ai été élevé par Kyurem que je considère comme mon père. Vous savez … Euh tu sais … C’est étrange. Kyurem est un dragon qui produisait énormément de froid autour de lui, vraiment… »

« D’après les textes qui parlaient de lui, il pouvait tout geler … »

« Mais à côté, même s’il semblait … défiguré et froid … justement … Il était tellement gentil avec moi. Je n’ai pas compris pourquoi il m’a élevé pendant des années mais grâce à lui et malgré le fait que je sois humain, j’ai survécu. »

« Mais où est donc Kyurem maintenant ? Il n’y a plus aucune nouvelle de lui, non ? »

« Kyurem est parti lorsque la météorite est tombée … près de chez nous … dans la montagne. Lorsqu’il est parti, j’ai su qu’il ne reviendrait jamais. »

« Sais-tu exactement ce qui s’est passé par rapport à cette météorite ? »

« Tu veux parler de ce qui en est sorti ? Kyurem l’a surement scellé … C’est pour ça qu’il s’en est allé. Et c’est pour cela que la montagne des dragons est maintenant baignée par ce blizzard permanent. Pour empêcher qu’un jour, cette … chose arrive à s’en échapper. »

« Cette chose contrôle les dragons et les manipule. Elle veut avaler toute vie sur notre planète. Elle peut créer la vie comme elle peut l’enlever et … C’est cela que je combats. »

« Fais attention à toi, réellement … hein ? C’est dangereux, très dangereux. Je ne suis pas un combattant, loin de là … mais je sais que je dois suivre les pas de Kyurem. Si un jour, cette chose doit revenir, je me mettrai en travers de son chemin. »

« … … … Tu n’es pas un combattant mais tu veux risquer ta vie ? » dit Elyséa avec neutralité, aucune émotion peinte sur son visage. Pourtant, elle prit la main gauche de Kurym dans la sienne, le jeune forgeron déclarant :

« Je suis sûr que je peux être capable de geler cette chose à jamais. Peut-être qu’en la gelant à un tel point que même la plus infime parcelle en elle ne peut pas se reproduire … ou vivre … Je pense qu’à ce moment précis, ça sera parfait. »

« Ne te mets pas en danger. Tu n’en as pas la carrure. Tu peux aider à ta manière, n’est-ce pas ? Alors … C’est bon, ne force pas tout cela. »

Hein ? Que quoi ? Il … Il … Il était en train de voir Elyséa qui souriait. Et il sentait déjà que le cœur de Kurym battait fortement, très fortement. Il retira sa main aussitôt, se levant avant de bredouiller d’une voix troublée :

« Je vais continuer ton épée, Elyséa. Il se fait tard, tu ferais mieux de rentrer. »

« Est-ce qu’un jour, tu … Hum non. »

Tu ? Il aurait bien voulu entendre le reste de la phrase mais maintenant, il n’était pas sûre qu’elle, elle veuille en parler. Il l’accompagna jusqu’à la sortie, la regardant disparaître sous la tempête de neige sans même se retourner. Il aurait … Non. Il aurait rien voulu, il attendait toujours le retour … son retour … ou alors, celui d’Elyséa ?

« Ton épée sera bientôt prête, Elyséa. »

« Est-ce que je peux déjà voir à quoi elle ressemble ? Si c’est possible, bien entendu. »

« Viens donc … Je ne vois pas pourquoi je refuserai cela. »

Il l’invita à l’accompagner, lui présentant alors la garde. Une belle garde qui brillait d’une lueur bleutée … Comment avait-il réussi à obtenir une telle couleur avec seulement du métal ? Et sur la garde était dessinées les antennes d’un Dracolosse.

« C’est vraiment un travail magnifique … et je peux la tenir facilement. »

« Tu voulais faire honneur à ce Dracolosse non ? Alors … Je me disais que cela irait bien … Pour la lame, je vais … essayer de faire quelque chose de bien. »

« Quoi donc exactement ? Si tu peux me le dire … bien entendu. »

« Oh … C’est assez personnel mais … Tu verras au moment venu. Ton épée est bientôt terminée de toute façon … »

Il avait dit cela avec une petite mine déconfite et triste mais elle ne lui demanda pas la raison d’un tel comportement, non … Kéran, lui, comprenait parfaitement ce qu’il pensait. Il était dans Kurym de toute façon alors ce n’était pas difficile … de savoir … Il avait peur de ce qui allait se passer très bientôt, oui.

Les journées s’étaient écoulées … et il savait que la guerre allait bientôt se terminer définitivement. Elyséa lui en parlait tous les jours, lui déclarant que bientôt, elle allait rencontrer celui qui dirigeait les dragons. Un homme … Un humain … Aussitôt, Kurym avait senti une petite pointe l’atteindre en plein cœur.

« Ton épée est prête, Elyséa. »

Ce qu’il ne lui avait pas dit, c’est que cela faisait depuis déjà trois à quatre jours qu’elle était prête. Elle … l’était … Enfin … Il vint l’emmener jusqu’à sa création, lui tendant l’arme avec lenteur, ayant du mal à la lâcher.

« Je ne peux pas la récupérer si tu ne … retires pas ta main, Kurym. »

« Oh ? Ah oui … C’est vrai … Je suis désolé … Je n’y avais pas pensé. »

« Qu’est-ce qui te perturbe tant que ça ? Tu ne sembles pas aller très bien. Est-ce que tu es malade ? Après tout, ça ne serait pas étonnant. Tu ne fais que travailler. »

Il sursauta au moment où elle posa une main sur son front, la retirant aussitôt en la repoussant d’un geste vif. Il rétorqua :

« Tu peux t’en aller maintenant. Tu as ton arme. J’espère que tu en feras bon usage mais je n’en doute pas le moins du monde. »

« Je l’espère, rien n’est jamais moins sûr, tu t’en doutes ? »

« Je ne m’en doute pas un seul instant. Aller … C’est bon … »

Il se dirigea vers la porte d’entrée, l’ouvrant pour qu’Elyséa puisse s’en aller. Elle resta immobile pendant quelques secondes, murmurant :

« Merci pour cette arme, Kurym. Elle est vraiment splendide. Je te jure que je ferai tout pour ne jamais te décevoir par rapport à elle. »

« Je m’en doute … Bonne route à toi … Elyséa. »

Elle passa devant moi, se stoppant pour regarder le visage baissé de Kurym. Le jeune forgeron aux cheveux blancs n’osait pas la regarder. Elle sortit de la forge, Kurym fermant la porte derrière lui avant de murmurer :

« Adieu … Je me doutes bien que tu ne reviendras pas. »

Il n’était plus motivé pour la journée. Plus du tout … Elyséa avait fait quelque chose de pire, bien pire que la précédente personne. Elle s’était intéressée à lui … pour de faux. Il le savait parfaitement … Assis sur une chaise, il se triturait les doigts sans même remarquer que deux yeux bleus l’observaient à travers la tempête de neige, de l’autre côté des fenêtres. Il … se sentait si mal … tellement mal … et Kéran qui était en lui aussi. Il comprenait … Il comprenait le fait qu’il n’arrivait pas à se convaincre qu’Elyséa ne reviendrait pas, c’était … aussi simple que ça. Mais en même temps, ça le faisait souffrir.

Et toute la journée s’était passée ainsi … Le lendemain matin, il était resté couché dans son lit, sans même chercher à bouger. Il n’avait plus envie de travailler pour le moment. Il voulait juste être seul … voilà tout.
Puis de toute façon, ce n’était pas comme si quelqu’un l’attendait. Pas du tout même … Plus personne n’avait besoin de lui. On l’utilisait comme un objet, on le complimentait, on obtenait ce que l’on voulait de lui et ensuite … on le jetait, voilà tout.
Les yeux fermés, il vient retenir ses larmes, s’engouffrant dans les mêmes draps depuis des années … Son lit était si petit … comme la forge. Et malgré les pouvoirs qu’il possédait, il n’avait rien … du tout. Rien du tout.

« Est-ce que tu comptes dormir encore longtemps ? »

Hein ? Quoi ? Que ? Mais comment … Il ouvrit subitement ses yeux, voyant le visage penché d’Elyséa juste au-dessus du sien. Il poussa un cri mais elle plaça une main sur ses lèvres, reprenant la parole en chuchotant :

« J’ai toqué plusieurs fois mais aucune réponse. Je suis donc rentrée, tu n’étais pas au fourneau. J’ai donc commencé à visiter le tout. »

« Mais mais mais … Tu as eu ton épée ! Tu n’as plus besoin de moi ! »

« Hein ? Pour me forger quelque chose, bien entendu que je n’ai plus besoin de toi mais après ? Tu me refuses le droit de te rendre visite ? »

« Bien sûr que non ! Mais qu’est-ce que tu veux de moi alors ? Je n’ai plus rien à te forger, tu le sais parfaitement ! »

« Passer du temps avec moi ? Est-ce que tu penses y arriver ? »

« Hein ? » bredouilla Kurym, Kéran sentant une forte chaleur l’envahir. C’était ça … C’était exactement ça … C’était exactement Elyséa. Bien qu’elle ne montrait aucune émotion ou presque, ses phrases étaient toujours bonnes et justes.

« Je t’ai demandé si cela te dérange de parler avec moi de tout et de rien ? Et puis … Il faut que je t’avoue quelque chose concernant … cette femme … »

« Cette femme ? Comment est-ce que tu … »

« Tu veux te lever ? Ou alors, tu préfères rester couché ? »

« C’est une mauvaise nouvelle ? »

« … … … Tu peux le prendre de la sorte. » murmura Elyséa avec lenteur.

Alors, il préférait rester couché. Ca ne changerait pas de d’habitude. Des mauvaises nouvelles, il ne connaissait que ça de toute façon depuis le début de son existence. Il attendait juste qu’Elyséa reprenne la parole et raconte donc ce qui se passait.

Chapitre 239 : L’enfant du froid

Chapitre 239 : L’enfant du froid

« Alors, qu’est-ce que vous voulez que je fasse avec ce crâne ? »

« Pourriez-vous arrêter de me vouvoyer ? Je n’arrête pas de le répéter à bon nombre de personnes mais … aucune ne m’écoute. Le tutoiement me convient parfaitement. Je ne suis pas une personne spéciale ou différente des autres. »

« Je n’oserai pas vraiment car vous êtes … imposante, mademoiselle Elyséa. »

« Et en plus, vous en rajoutez. Ah … Vraiment … Je m’appelle Elyséa, tout simplement. Il n’y a pas d’autres appellations. »

« Je … Dites-moi ce que vous voulez faire avec ce crâne. »

Kéran pouvait sentir la confusion et la gêne de Kurym comme si c’était la sienne. Elyséa était vraiment … spéciale, très spéciale même. Comment ne pas la trouver différente des autres ? Avec un tel charisme qui émanait d’elle ? Comme … Elle n’était pas réellement là, il pouvait comprendre pourquoi Kurym … était attiré par elle.

« Mais vue comment il est doué dans les relations amoureuses, ça ne servira à rien. »

« Je voudrais que vous fassiez une épée avec ce crâne. J’aimerai rendre hommage à ce Dracolosse blanc que j’ai combattu … en montrant par-là que … »

« Un hommage. Mais vous me demandez quand même une arme, voilà tout … Je pensais que la guerre était terminée. »

Kurym poussa un profond soupir désabusé avant de lui tourner le dos. Elyséa s’approcha de lui, se penchant en avant pour que sa tête soit à côté de la sienne, Kurym tournant son visage avec surprise, poussant un cri d’étonnement.

« Ah ! Mais qu’est-ce que vous faites ?! «

« Vous … n’aimez pas la guerre, n’est-ce pas ? Elle est terminée … Je veux juste posséder cette épée car il reste encore quelques dissidents, rien de plus. Je ne cherche pas à la continuer, loin de là. Il faudrait être fou ou … »

« Mais vous recherchez quand même une arme pour tuer … comme tous les autres. Je n’aime pas la guerre, oui … mais je ne peux pas m’empêcher de créer des armes et des armures. Car qu’est-ce qui est le pire ? Permettre aux personnes que vous appréciez d’attaquer, de se défendre et de se protéger correctement ? Ou alors, les abandonner par souci d’éthique et les voir mourir car vous n’avez rien fait pour elles ? »

« Vous êtes plus … pensif que vous en donnez l’impression. »

« Est-ce une mauvaise remarque ? Vous ne seriez pas la première à trouver absurde ce que je dis … donc je ne vous en voudrai pas. »

« Et pourquoi est-ce que ça serait absurde ? Non … Vous êtes contre la guerre mais vous n’êtes pas buté, vous ne fixez pas sur vos positions. Même si vous êtes contre l’avis de la moyenne des gens, vous ne les délaissez pas pour autant. »

« C’est vrai ? Vous ne trouvez pas ça … stupide ? »

Elle avait toujours sa tête au-dessus de son épaule, le fixant pendant plusieurs secondes avant de l’hocher positivement. Elle confirmait ses dires. Pourquoi devrait-elle trouver cela digne d’une idiotie hein ? Pourquoi donc ?

« Est-ce que vous voulez bien faire mon épée ? »

« Est-ce que vos paroles sont là pour m’amadouer ? » murmura le jeune forgeron aux cheveux blancs, Elyséa haussant un sourcil. « Non, désolé, je ne devrai pas dire cela. Même si c’est pour m’amadouer ou non, je vous ferai cette épée. Vous pouvez revenir dans les jours qui suivent, je ne vous la promets pas pour tout de suite. Vous pouvez partir maintenant. »

« Vous me mettez à la porte pour être plus tranquille ? »

« Hein ? Mais non … mais vous n’avez plus rien à faire ici, je crois. »

« C’est vrai. » dit tout simplement Elyséa bien qu’elle ne bougeait pas de sa position. Qu’est-ce qu’elle … comptait faire ? Kurym resta immobile à son tour, ne bougeant pas de sa position … Il était … un peu perturbé mais bon … Euh … Il allait se mettre au travail. Elle était un peu bizarre … cette femme. Mais il prit le crâne du Dracolosse, commençant à l’étudier sous toutes les coutures puis à regarder les différents métaux qu’il possédait.

« Peut-être que je pourrai … fusionner des parties de ce crâne … des lambeaux d’os … avec le métal … Peut-être oui … »

C’était une bonne idée mais … AH ! Pourquoi est-ce qu’elle était encore là ? Il avait un peu oublié sa présence mais Elyséa était toujours présente. Elle faisait quoi exactement là ? Elle étudiait quoi ? Elle … Enfin … Il …

« S’il vous plaît … Est-ce que vous pouvez partir ? Je crois … que ça me perturbe. »

« D’accord, comme vous le désirez. »

« Vous pouvez revenir d’ici une semaine, je pense que ça sera bon. »

« Soit … Travaillez donc avec l’ardeur du forgeron que vous êtes. Bon … travail. »

« Euh … Bonne route, n’oubliez pas votre casque, d’accord ? » dit le jeune homme aux cheveux blancs avant de se remettre au travail, entendant la porte qui s’ouvrait puis se refermait derrière Elyséa.

Après une bonne heure à se concentrer sur ce qu’il comptait faire, il remarqua … qu’elle avait justement oublié son casque. Il poussa un profond soupir, s’installant sur une chaise avant d’étudier le casque avec lenteur. Elle … C’est bizarre … Enfin, elle avait laissé son odeur sur le casque. Avec quoi se lavait-elle ? Car pour imprégner une armure …

« Bonjour, Kurym. »

« Mais qu’est-ce que … Tu … Vous … Je … J’avais dit d’ici quelques jours ! »

« Quel est le problème ? Je ne fais que visiter la forge. »

Elle se moquait de lui ? Non … Elle était sérieuse, très sérieuse. C’est juste que … Enfin bon … Il n’allait pas la mettre à la porte. Et puis, avoir de la compagnie … tous les jours, il n’y était pas habitué et puis … ZUT !

« Vous avez oublié votre casque hier. Attention à vous, je ne pense pas que vous soyez une grande combattante si vous … oubliez vos protections. »

« Surement … Je ne me prétends pas tellement en tant que guerrière de toute façon. Ce titre ne me plait pas. Quant à mon arme, je tenais juste à dire … que c’est pour vous … Enfin non … Que cette arme me permettra de mettre un terme à cette guerre … définitivement. Trop de sang a coulé depuis le début. »

« Je … Bon … Je sais ce que je vais faire. J’aime beaucoup vos yeux … Euh non ! La lueur dans vos yeux ! Vous êtes une femme franche ! Alors, je sais ce que … je vais faire. »

Dire qu’il n’en avait jamais parlé à elle … car elle ne s’était jamais intéressée à lui. Enfin en même temps, Elyséa non plus ne s’intéressait pas à lui. Mais … Il aimait beaucoup ses yeux. Ils avaient quelque chose d’envoûtant. D’ailleurs, il avait l’impression de les avoir déjà vus.

« Purée ! Mais ça crève les yeux qu’Elyséa ne … »

Qu’Elyséa était une femme comme les autres ? Non … Enfin, qu’elle était une femme ? Et puis, ce Kurym qui lui ressemblait tant. Ça se voyait parfaitement qu’il était perturbé par Elyséa ! Purée ! Quels idiots ces deux-là !

« Alors … Je … Ne soyez pas apeurée, d’accord ? »

« Pourquoi est-ce que je le serai ? Vous allez vous transformer en monstre ? »

« Non … Mais disons que ça pourrait ressembler un peu à ça. »

Elle haussa un sourcil alors que le jeune homme s’approchait d’un morceau de métal encore rouge, le métal qu’il allait utiliser pour l’épée qu’il allait lui confectionner. Sans hésitation, il vint le serrer dans sa main droite, Elyséa criant :

« Mais qu’est-ce que vous faites ?! »

« Oh … Vous semblez moins stoïque. C’est étonnant et bizarre mais ne vous en faites pas. »

Il tenait fermement le morceau de métal mais celui-ci émettait une fumée … comme s’il était en train de refroidir. Le jeune homme déposa le bout d’acier sur la table alors qu’Elyséa retirait ses gantelets, prenant la main de Kurym entre les siennes. Aucun problème ? Aucune brûlure ? Comment était-ce possible ? Humainement possible ?

« Voilà pourquoi j’habite seul … et loin de toute civilisation. »

« Car tu ne te brûles pas en prenant du métal dans tes mains ? Je trouve cela assez déraisonnable … comme explication. »

« Non ! PAS DU TOUT CA ! Ce n’est pas ça ! C’est … mes pouvoirs … Regardes, je vais te montrer ce que je veux dire par là. »

Puisqu’elle tenait sa main entre les siennes, la jeune femme aux cheveux blancs sentit aussitôt un certain froid la recouvrir. Elle retira aussitôt sa main, celle-ci étant devenue un peu plus blanche qu’auparavant.

« Voilà … Je suis capable de produire ce froid particulier qui fait que je peux forger plusieurs armes et armures assez rapidement. »

« Mais comment est-ce possible ? Est-ce de la magie ? »

« Nullement … Disons … que … Enfin non … Ca ne t’intéressera pas. Ton épée sera prête dans quelques jours. Il vaut mieux que tu ailles avec les autres … enfin, les tiens. »

Pourtant, elle vint tout simplement s’asseoir sur une chaise. AH NON ! Elle n’allait pas recommencer comme … hier hein ? Pourtant, elle croisa juste les bras et les jambes, sans un mot. Bon … Tant qu’elle ne faisait pas de bêtises et qu’elle … Enfin bon … Qu’elle ne le dérangeait pas réellement, ça ne lui poserait aucun réel problème, voilà tout.

Pendant deux bonnes heures, elle était en train de l’observer tailler quelques morceaux d’os sur le crâne qu’elle lui avait confié. Mais aussi … Il mélangeait plusieurs métaux … et elle pouvait voir aussi le froid qui émanait de ses doigts … mais de son corps. Il n’y avait pas que cette aura glacée … Il y avait autre chose aussi.

« Vous feriez mieux … de rentrer chez vous … Ca sera mieux pour tout le monde. »

« Pourquoi cela ? Et tu … m’as tutoyée auparavant. Tu peux continuer vers cette voie, tu sais ? Je ne vais pas te mordre. »

« Je préfère être seul … C’est tout. Tu … Vous risquez … Enfin, je me dis que c’est mieux pour vous, voilà tout. »

« Et pour toi ? Qu’est-ce qui est le mieux ? Et tu ne m’as pas dit comment cela se fait que tu possèdes de tels pouvoirs, ce n’est pas normal, n’est-ce pas ? »

« J’ai été élevé par Kyurem ! Voilà tout ! Kyurem est un imposant dragon des glaces ! Comme j’ai été élevé par lui, j’ai toujours eu une partie de ses pouvoirs ! Maintenant que vous êtes satisfaite, partez ! Mon histoire n’est pas intéressante ! »

« C’est donc ça … Hum … Je me disais bien que les livres sur les dragons me seraient utiles un jour. Je commence à comprendre réellement ce qui se passe. »

« Et qu’est-ce qui se passe selon vous exactement ? »

Il ne s’était pas énervé, c’était même tout le contraire. Il semblait étonnamment triste, se frottant le bras gauche avec sa main droite. Il se retourna pour ne plus regarder Elyséa, murmurant d’une voix lente et calme :

« Pardonnez-moi … Je ne voulais pas m’emporter. »

« Et où est donc le problème ? Je vois … Surtout que tu veux te donner une apparence froide pour que personne ne s’approche de toi mais en même temps, tu recherches un peu de chaleur humaine … Tu ne dois pas être sociable car tu n’as pas de contact humain mais en même temps, tu es plus que gentil. »

« Veuillez ne pas dire ça … C’est vraiment gênant quand vous parlez de la sorte. Comment faire pour que vous ne me parliez plus ? »

« Dites-moi de partir définitivement, vous pourrez garder le crâne et faire comme si je n’avais jamais existée. Mais est-ce que tu le désires ? »

C’était Elyséa … C’était celle qu’il avait toujours connue, lui, Kéran. Enfin … Elle aussi se montrait froide et distante mais … en même temps, elle avait aussi le cœur sur la main. Il comprenait ce qu’elle était en train de faire. C’était tellement simple à comprendre, tellement facile … mais tellement appréciable en même temps. Kurym se tritura les doigts, comme en proie à une intense réflexion, tremblant un peu de tout son corps.

« Qu’est-ce que cela … va t’apporter ? »

« Est-ce qu’il est toujours nécessaire d’obtenir quelque chose de ta part si on te parle ? »

« … … … J’ai été élevé par Kyurem et bien que je n’ai pas réellement de nom, je m’appelle ainsi … pour faire référence à lui. »

« Où sont tes parents alors ? Si tu as été élevé par Kyurem, cela veut dire que … »

« Où sont les tiens ? » rétorqua le jeune homme en lui coupant la parole, pour bien montrer qu’il … n’avait pas envie d’en discuter.

« Morts lorsque la météorite est tombée du ciel. »

« Ah … Pardon … »

« Tu t’excuses pour quelle raison ? Car tu es celui responsable de la chute de la météorite ? »

« Non non ! Et puis zut … Je … Je vais faire du thé et de quoi préparer à manger. Je te mets une assiette, n’est-ce pas ? »

Bien entendu. Ils allaient avoir une discussion tous les deux, n’était donc pas normal ? Enfin, il lui offrait un repas et à boire. Peut-être pas le thé en même temps que le repas … Mais voilà tout. Kéran ? Lui, il regardait tout simplement le spectacle devant ses yeux, trouvant cela … touchant en un sens. Il savait ce que … Kurym endurait. Il voulait juste qu’une personne s’intéresse à lui, voilà tout, à son existence.

Chapitre 238 : Abandon

Chapitre 238 : Abandon

« Pourquoi est-ce que je suis un forgeron ? »

Pourquoi ? Ce n’était pas normal ! Pas du tout normal même ! Il essayait de se montrer raisonnable mais rien n’arrivait dans sa tête. Il ne pouvait pas être raisonnable ! Surtout qu’il avait plusieurs flash blancs qui arrivaient jusqu’à lui !

« Ah ! Tu es enfin là ! J’avais peur que tu ne reviennes plus ! »

Voilà qu’il entendait la voix du forgeron … En fait … Sa voix … C’était sa voix. Il se tenait en face d’une jeune femme aux cheveux bleus. Une magnifique jeune femme … Mais qui avait vraiment tout de l’allure d’une femme froide.

« Est-ce que tu as préparé de nouvelles armes ? »

« Bien entendu … mais tu ne veux pas discuter un peu ? Je peux facilement faire une pause. Tu es la seule personne qui vient me voir … donc bon … Un peu de compagnie me ferait le plus grand bien. » murmura le forgeron avec lenteur et tendresse.

« Tu sais pertinemment que je n’ai pas le temps pour ça. Qu’est-ce que tu regardes ? »

« Attends un peu … J’ai vraiment … l’impression que … »

Il se dirigea avec rapidité vers la porte de la forge, l’ouvrant avant de sortir dehors. Il regarda autour de chez lui pendant deux bonnes minutes avant de revenir. Il murmura :

« C’est étrange … Vraiment étrange même. J’ai l’impression que quelqu’un m’observe depuis quelques temps et … »

« Tu es dingue ? Tu as vu comme il fait froid ?! Je ne comprends pas que tu puisses sortir de la sorte sans même trembler ! »

La femme aux yeux dorés lui criait dessus alors qu’il souriait doucement. Qu’il aimait cela … lorsqu’elle se mettait en colère doucement. Il s’approcha d’elle, chuchotant :

« Si tu as froid, tu sais, je pense connaître une bonne méthode pour … »

« Tu blagues, j’espère ? Tu es en sueur et tu n’as jamais connu personne. Comment est-ce que tu pourrais savoir comment faire dans ce genre de moments ? »

« Oh … Oui … C’est vrai … Attends, je vais un peu me laver. »

Il retira son marcel blanc trempé de sueur, ses légers muscles saillants se faisant voir. La femme aux cheveux bleus vint rougir légèrement, détournant la tête alors que le forgeron se dirigeait vers le bac d’eau, s’aspergeant le visage et le torse plusieurs fois.

« Quant à tes armes, ne t’en fait pas, elles sont là … Mais quand même … Tu es sûre que tes pokémons et toi, vous arriverez à tout prendre ? Ca serait mieux que … je vous … Non. Qu’est-ce que je pense. Je préfère ne pas quitter ma forge. »

« C’est pour ça que tu ne connais personne. Tu ne sors pas de ta tanière et … »

« Le plus important pour moi, c’est juste d’avoir ta compagnie. Rien d’autre. Mais est-ce que la guerre dont tu parles est bientôt terminée ? »

« Je ne sais pas … J’en ai pas vraiment grand-chose à faire. Je m’occupe juste des armes et des armures que tu nous forges. Il y a au moins une chose de positif dans tout ça, il faut l’avouer. Je ne sais pas comment tu peux créer de tels objets. »

« Oh … Tout s’apprends. Si tu veux, un jour, je pourrai t’expliquer. »

« M’expliquer ? Je ne veux pas devenir forgeronne ! Bon … Je crois que j’en ai assez fait pour aujourd’hui. Ce sont ces différents sacs sur les côtés ? »

« C’est le cas … Merci de les avoir ramenés … Ça permet au moins de bien entreposer tout cela. Tu reviendras quand ? Tu n’es pas resté très longtemps … »

« Quand j’en aurai du temps … Et pour l’heure, avec cette guerre, je suis occupée. »

« Oh … D’accord. Alors, on se revoit quand tu peux. » murmura le jeune forgeron avec déconfiture alors qu’il se rapprochait d’elle, tendant ses lèvres. La seule réponse qu’il obtint fut le fait qu’elle l’ignora.

« Aller … Je m’en vais. Reste en bonne santé quand même. »

C’était bien ce qu’il comptait faire ! Sauf que … Kéran … qui voyait la scène à travers les yeux du forgeron … Il enrageait intérieurement. Comment cet homme pouvait-il se laisser marcher sur les pieds ? COMMENT ?!

« Tu n’as aucune fierté personnelle ou quoi ?! Ca se voit parfaitement qu’elle joue avec toi ! Elle en a rien à faire de ta personne ! Rien du tout ! Elle veut juste tes talents de forgeron pour cette fichue guerre … qui a coûté la vie à Elyséa. »

Oui … C’était de cette guerre … dont ils parlaient, n’est-ce pas ? Il en était sûr et certain, il n’y avait pas vraiment tellement … d’autres choix de toute façon quand il y réfléchissait bien. Du moins, ce n’était pas une question de choix, loin de là. Pas du tout même.

« Quand même … Qu’est-ce qui n’arrête pas de m’observer ? »

Comme il était ancré dans le forgeron, il pouvait lire ses pensées et donc … Il était troublé car deux yeux bleus l’étudiaient dans la neige … Oh … Pas tout le temps … Mais comme la montagne des dragons était perpétuellement recouverte par la tempête de neige … C’était problématique, très problématique même.

« J’espère quand même que ce pokémon n’a pas froid … Ca serait vraiment ennuyeux. Si au moins, il cherchait à se présenter, ça serait plus simple. »

Mais rien à faire, rien du tout même. Rien de rien … ah … Bon ! Il devait se remettre au travail, il avait encore beaucoup de choses à accomplir malheureusement !

D’autres flashs … et il pouvait alors constater la mine déconfite et défaite du forgeron. La raison était simple … Il avait pu voir ce qui s’est passé. Cette femme aux cheveux bleus et aux yeux dorés était revenue, déclarant :

« La guerre est terminée, nous avons gagné. »

« Mais c’est merveilleux alors ! Je n’aurai plus jamais besoin de créer des armes et des armures ! Plus besoin de construire des objets de mort ! Et puis, maintenant que c’est terminé … Est-ce que tu veux bien venir avec moi ? Enfin … Habiter ? »

« Hein ? Comment ça ? Pourquoi est-ce que … »

« Puisque la guerre est terminée, tu n’as plus besoin de revenir là-bas, n’est-ce pas ? Ca serait tellement merveilleux de t’avoir à mes côtés. »

« Je … vais y réfléchir. Je ne peux pas partir sans même prévenir. » dit la femme avant de quitter la forge à toute vitesse.

Et c’était la dernière fois qu’il vit la femme aux cheveux bleus. Elle ne revint jamais … Les journées s’écoulèrent et il gardait le sourire lorsqu’il forgeait. Mais quand ce n’était pas le cas … Quand ce n’était plus le cas … Alors … C’était différent …
Il perdait son sourire, se demandant ce qu’il n’allait pas chez lui, ce qui clochait. Pourquoi est-ce qu’elle était partie ? Qu’est-ce qui n’avait pas … réussi à l’attirer chez lui ? Il ne savait pas … Il ne comprenait pas … du tout même.

« Pourtant, je fais des efforts, je suis … gentil, non ? Ou alors, c’était peut-être ce qu’il m’avait dit depuis le départ. Peut-être que je dois vivre seul … en fin de compte ? Cela fait tellement longtemps qu’il est parti. »

Et il n’avait pas compris son message … réellement … mais à l’époque, il n’avait été qu’un enfant. Maintenant, peut-être que … Non. Ca ne servait à rien ! AH ! Il ressentait à nouveau cette présence !

« Cette fois-ci, je te mettrai la main dessus, pokémon ! »

Il n’allait pas se montrer menaçant mais les deux yeux bleus l’avaient fixé une nouvelle fois ! C’était hors de question d’ignorer plus longtemps cela ! Il ouvrit la porte de sa forge, sortant dehors avant de tomber à la renverse.

« AIE ! Mais qu’est-ce que … Ca fait mal ! »

Il avait percuté du métal en plein nez ! Rien que ça ! Mais c’était affreux comme il souffrait ! Enfin … Ca faisait … mal ? Il releva son visage, remarquant une étrange femme dans une armure de métal gris. Elle était gigantesque !

« Qu’est-ce que … Vous êtes ? »

« Tu es le forgeron, n’est-ce pas ? Celui qui nous fournit depuis des mois, n’est-ce pas ? »

« Oui … Bien entendu … Vous voulez rentrer ? »

Il reprit aussitôt sa contenance, se disant que cette femme était étrange, très étrange. Mais en même temps, Kéran, lui … Il avait déjà entendu cette voix. Elle était un peu différente de celle d’habitude, mais il était convaincu … de qui était cette personne.

« Est-ce que vous voulez que je vous serve quelque chose ? Je n’ai pas grand-chose à part du thé … mais j’en ai différentes saveurs. »

« Comment pouvez-vous faire pousser des théiers ici ? Cela semble hautement improbable normalement. Mais pourquoi pas ? »

« Oh ça … C’est mon petit secret. Alors … Le thé, vous vous en fichez duquel, c’est ce que je note. Mais bon … Ca ne fait rien ! Attendez un peu. »

« Cette forge est bizarre … Elle est très bien entretenue. » murmura la femme à travers son casque tandis qu’il rigolait faiblement avant de répondre :

« C’est étrange que je m’en occupe si bien ? Tenez donc. »

« Ce n’est pas ce que je voulais dire par là. Je tiens à m’excuser de mes paroles. » murmura la femme casquée, posant d’ailleurs ses mains sur celui-ci avant de le retirer. Le forgeron resta interdit, contemplant les longs cheveux blancs qu’il apercevait chez cette femme. Il y avait aussi ses yeux bleus.
Puisqu’il était dans le corps du forgeron, il pouvait ressentir les battements de son cœur. A ce moment précis, celui où elle avait retiré son casque, il avait eu le cœur qui battait bien plus rapidement. Néanmoins, il vint se ressaisir avant de déclarer :

« Voilà votre thé. J’espère qu’il vous plaira et ne vous en faites pas, je ne vous en veux pas. »

« … … … Ce thé est doux. » murmura faiblement la femme aux cheveux blancs après avoir posé ses lèvre pour goûter au liquide.

« Est-ce qu’il est plaisant ? Enfin … Surtout, c’est ça le plus important. »

« Bien entendu, qu’il l’est … Pourquoi ne le serait-il pas ? »

Oh … Elle avait donné une réplique à laquelle, il ne s’attendait pas. Il se plaça en face d’elle, décontenancé et gêné, ne sachant pas réellement quoi dire. Il la regarda pendant quelques secondes, bredouillant :

« Vous ne m’avez pas dit … ce que vous voulez faire ici … »

« Cela peut attendre la fin du thé ? » demanda la femme aux cheveux blancs.

« O… Oui ! Bien entendu ! Je … Bien entendu … Attendez un peu ! Je vais vous chercher aussi un peu de nourriture, vous avez surement faim avec ce froid ! » bafouilla le forgeron, se levant avec rapidité pour quitter la pièce.

Il était trop gentil … Ce forgeron était trop gentil … trop simplet … Mais trop gentil. Mais il était tombé sur une bonne femme. Elyséa était là … C’était la première fois qu’il la voyait de la sorte … Enfin, elle ne portait pas son armure noire, c’était étrange, très étrange.

« Est-ce que cela vous convient ? »

« Ce repas … est simple … mais très bon en même temps. »

« Je cuisine d’habitude que pour moi. Mais tant mieux si cela vous convient. »

Et c’était surtout la première fois qu’il servait à manger pour quelqu’un d’autre que lui. Tant mieux si c’était plaisant … Et puis, il n’y avait pas que ça. C’était aussi la première fois qu’une personne restait aussi longtemps chez lui. C’était plaisant … et pendant ce temps, il ne savait toujours pas ce qu’elle lui voulait.

« Est-ce que vous pouvez me dire ce que vous désirez ? »

« Est-ce que ma présence vous dérange à ce point ? Préférez-vous être seul ? Je pensais terminer le repas avant de vous demander … quelque chose. »

« Bien sûr que non ! Je suis vraiment désolé, je ne sais pas vraiment … Je n’aime pas être seul alors, je ne vais pas me plaindre de votre compagnie, pas du tout ! »

« Oh ? Ma compagnie ne vous dérange pas alors ? Tant mieux. Si vous voulez bien m’attendre, ça ne sera pas très long. »

Bien entendu mais la dernière fois … qu’on lui a dit d’attendre, elle n’est jamais revenue. Néanmoins, il ne pouvait pas arrêter cette femme qui … HEY ! Elle avait oublié son casque ! Il s’en approcha, commençant à l’étudier sous toutes les coutures. C’était du bon travail, très bon … mais … Hmm … Il manquait quelque chose.

« Me voilà … Je suis de retour. »

« Ah ! Vous aviez oublié votre casque et … WOW ! »

Wow ! C’était exactement le mot qu’il aurait aussi utilisé de son côté. Ce qu’Elyséa tenait dans ses mains, c’était tout simplement … une tête de Dracolosse ! Celle du Dracolosse blanc ! Il en était sûr et certain !

« Je … Je peux savoir votre nom, mademoiselle ? »

« Je me nommes Elyséa. »

« Je me nomme Kurym, enchanté de vous connaître. Veuillez refermer la porte. »

Cela faisait depuis bien longtemps qu’il n’avait pas été aussi … motivé ! VRAIMENT ! Motivé ! Cette tête ! Cette femme ! Il sentait qu’il allait pouvoir faire de grandes choses avec elles ! Mais bon … Il devait surtout retrouver son calme. Elyséa ferma la porte derrière elle avant de déposer la tête sur la table. Elle ne lui avait pas dit ce qu’elle voulait faire mais il sentait que ça n’allait pas tarder. Ca serait … grandiose.