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Chapitre 237 : Amour et protection

Chapitre 237 : Amour et protection

« Hyathéna … Je ne crois pas que je suis faite pour aimer Kéran. »

« Hum ? C’est bien ce que je pensais … Du moins, après tes dernières réflexions, je me doutais qu’il s’agissait d’une telle chose mais quand même … »

« Je … Je l’ai remarqué … Je l’ai enfin compris. J’ai compris que je ne pouvais pas l’aimer correctement. Après ce qui s’est passé, je … »

« Tu es sûre de ton choix ? Peut-être que tu étais bien partie pour avoir son cœur. Tu veux vraiment qu’il revienne vers Katérina ? Cette femme … qu’il faut éliminer ? »

« Je ne veux pas de ça ! Katérina ne le mérite pas ! PAS DU TOUT ! JE NE VEUX PAS ! » cria Sélia alors qu’elle se trouvait dans sa chambre, juste à côté de celle de Kéran.

« Alors qu’est-ce que tu comptes faire ? Tu as une idée en tête ? »

« Je … Je ne peux pas m’occuper de lui. Il n’y a qu’une personne qui peut … le protéger. Vraiment … Elle a échoué à cause de moi mais … »

Mais ce n’était pas une raison … Elle avait fait de son mieux. Toujours de son mieux même … C’est pourquoi elle était d’accord que ça soit elle. Voilà tout, Hyathéna reprit :

« Néanmoins, je tiens à signaler que pour l’heure, ce n’est pas vraiment bon pour lui. »

« Je le sais parfaitement ! Pas besoin de me le rappeler ! »

« Allons, allons, ne t’énerve pas, ce n’est pas ce que je voulais. »

Elle le savait … parfaitement, oui. Ce n’était pas son intention, loin de là même. Mais … Comment pouvait-elle aider la jeune femme dans une telle situation ? Il n’y avait malheureusement aucune solution. Enfin … Peut-être car il n’y avait aucun problème.

« Je veux juste que Kéran s’en sorte. »

« Et ensuite, qu’est-ce que tu comptes faire ? Car je ne pense pas que tu désires uniquement cela, n’est-ce pas ? »

« Ce qui se passera à ce moment précis, je ne peux pas le deviner. »

« Mais tu as bien une idée, n’est-ce pas ? Ne ment pas … Tu sais parfaitement que ça ne sert à rien du tout. Qu’est-ce que tu comptes faire ? »

« Je vais le confier … J’aurai dû faire cela depuis le début. Le lui confier … »

C’était là l’unique solution à l’heure actuelle. La seule idée qu’elle avait en tête … La meilleure idée plutôt. Kéran ne … n’avait pas besoin d’elle. Pas du tout même. Comment pouvait-elle prétendre l’aimer et le protéger … si c’est pour qu’il finisse de la sorte ? Cette quête de pouvoir l’avait mené à sa perte, à sa perte … oui …

« Hyathéna, est-ce que tu veux continuer à m’accompagner après que je sois partie ? »

« T’accompagner ? Nous avons encore quelque chose à accomplir … Je pense que tu dois parler de ça, n’est-ce pas ? »

« Maintenant que je suis concentrée sur ça … Je pense que nous pourrons nous y rendre. »

« Là-bas, le froid risque de nous glacer les os. Il nous faudra encore combattre quelques dragons et récupérer leurs pouvoirs avant. »

« Bien entendu mais ça ne sera pas aussi simple. Peut-être qu’il existe des dragons de glace ? Enfin, capables de résister au froid. Le Leviator est un pokémon aqueux et volant donc le souci … C’est le fait qu’il vole. Mais au moins, il était un peu résistant. Enfin bref … Je préfère ne pas réfléchir à cela plus longtemps pour le moment. »

« Comme tu le désires, tu ferais bien alors de te reposer. Il y a de fortes chances qu’Elyséa soit en Kéran pour le moment. »

« Ca ne me dérange plus … Je me sens un peu … soulagée et apaisée de ce côté. » murmura faiblement Sélia en tendant la main en avant comme pour toucher le plafond.
Soulagée … C’était bien le mot à employer dans une telle situation. Elle l’était … Elle était soulagée de ce qui allait se passer. Elle savait … que Kéran allait s’en tirer. Elle le sentait au plus profond de son corps. C’est pourquoi elle n’était plus inquiète maintenant.

« Sarène … Est-ce que tu crois que Kéran est en train de rêver ? »

« Si tel était le cas, il serait conscient ici, n’est-ce pas ? »

« Non … Est-ce que tu crois que ce Kéran … Celui qui est là … est en train de rêver ? »

« C’est une question vraiment très étrange, tu sais ? Je n’ai jamais envisagé une telle possibilité mais pourquoi pas ? Mais de quoi rêverait-il alors ? »

« Je ne sais pas … D’autres choses … J’aimerai tant être dans ses rêves en ce moment. Peut-être que je peux essayer ? »

« Je ne te promets pas une réussite. Et cela risque de créer de graves problèmes. Un rêve dans un rêve … Et imagine donc alors que dans ce rêve à partir du rêve dont il est issu, il est en train de rêver ? Je suis sérieuse, Elyséa. » murmure la femme aux cheveux bleus à travers son masque blanc.

« Ca ne fait rien … Ce n’était qu’une supposition. Est-ce que je peux … »

Elle commença à parler mais s’arrêta dans sa phrase alors que Sarène comprenait parfaitement ce qu’elle voulait faire. Les jambes de Kéran quittèrent celles de Sarène, le jeune homme étant soulevé pour être collé contre Elyséa. L’armure noire autour de son corps disparue complètement, laissant apparaître la même tenue que lui : ce fameux marcel blanc et son pantalon de toile noire. Elle le gardait contre elle, fermant les yeux.

Et pourtant, ce qu’elle avait dit ne manquait pas de sens. Ailleurs, en pleine tempête de neige, il voyait le décor à travers les carreaux d’une fenêtre. Il rêvait ? Cela ressemblait à quelque chose d’assez intrigant … très intrigant même.

« Où est-ce que je suis réellement ? »

Le bruit d’un marteau qui frappe sur le métal. Voilà ce qui résonnait à ses oreilles. Qu’est-ce que … Il était dans une forge ? Non ! Ce n’était pas une forge ! C’était LA forge ! Celle qui avait permis de créer l’épée d’Elyséa !

« Mais je ne suis pas dans son rêve, non ? Comment … »

Comment était-ce possible ? Il avait besoin de faire un peu de ménage dans sa tête. Ce n’était pas normal. Il devait réfléchir à la raison … qui le poussait à être ici. Normalement, il était de l’autre côté de la forge … enfin, de la fenêtre ! Dans le froid ! Alors pourquoi est-ce que maintenant, il se trouvait ici ? Et d’ailleurs, cette forge … Elle était plutôt spacieuse, enfin, il semblait y avoir plusieurs pièces bien qu’il …

« Qui est là ? » murmura une voix masculine, celle du forgeron.

Aussitôt, Kéran tourna sa tête en direction de la fenêtre. Qu’est-ce que … Un mirage ? Des yeux bleus ? Des yeux bleus comme des saphirs … Des yeux magnifiques, vraiment magnifiques … mais qui disparurent dans la tempête. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il avait eu … Non … Ce n’était qu’une illusion !

« Je me demande vraiment … si Kéran rêve. »

Elyséa caressait les cheveux de Kéran dans ce décor enneigé, le gardant contre elle alors que Sarène les observait, amusée par la situation. Elyséa reprit la parole :

« Vraiment … Kéran … Je … Je veux juste qu’il aille mieux. »

« Tu ne fais que répéter cela … Sais-tu que cela fait déjà plus de dix heures qui se sont déroulées hors de cet endroit ? Tu ferais bien d’aller le laver. »

« Je vais le faire maintenant … Mais avec ses blessures et cette carapace de froid que tu lui as mise, il vaut mieux que je ne fasse rien ? »

« Allons … Allons, tu seras plutôt douce non ? »

C’est vrai. Elle était parfaitement d’accord avec ce qu’elle venait de dire. Oui … Il fallait qu’elle sorte un peu. Elle quitta cet endroit, revenant dans ce qu’elle pouvait dire … le monde réel. Sortant du corps de Kéran, elle se matérialisa avec son marcel blanc et son pantalon noir avant de retirer la couverture de Kéran. Ses brûlures … Elles étaient toujours présentes … sur la globalité de son corps. Elle allait surement utiliser de l’eau froide … ou tiède. Hmm … Il valait mieux que … Oui … C’était la meilleure solution. Prenant Kéran avec une extrême douceur et précaution, elle se dirigea vers la salle de bain, remplissant l’imposant conteneur d’eau. Elle se débarrassa de ses habits, nullement gênée avant de plonger Kéran dans l’eau avec elle. Oui … C’était mieux ainsi …

« Doucement … Sans te faire perdre de peau. »

Sans lui faire perdre de peau. Elle nettoyait justement le corps de Kéran avec ses doigts, simplement avec ses doigts. Ses doigts glissaient le long du corps de Kéran, le caressant pour retirer toute impureté. Si elle utilisait le savon directement ou alors un gant, il y avait de trop fortes chances qu’elle le blesse.
Alors qu’avec ses doigts, elle parcourait la moindre parcelle de peau, grattant légèrement quand cela était nécessaire. Son corps … Son corps était tout simplement brûlé … tellement brûlé … Et cette absence de cheveux …

« Ca ne fait rien, l’apparence extérieure importe peu … n’est-ce pas ? Tu l’as bien montré à Katérina mais elle n’en tenait pas compte. »

Quelle idiote cette femme … Vraiment la pire des idiotes qu’elle avait rencontrée durant toute son existence. Voilà … Kéran avait maintenant la poitrine d’Elyséa qui frottait son dos, celle-ci restant imperturbable malgré l’érotisme qui aurait pu sortir de la scène.

« Ah … Kéran … Je vais te soigner … Je ne sais pas comment je vais y arriver … Mais peut-être qu’en dévorant tes rêves … En faisant que tu dévores les miens, ton corps se soignera ? Je ne sais pas … Je n’ai aucune idée pour cela mais je trouverai. »

Elle allait trouver et le soigner. Elle se mit debout, tenant Kéran dans ses bras. Il était temps d’aller le nettoyer. Encore que là … aussi, cela allait être dangereux. Mais malgré le temps qui passait, malgré que le corps de Kéran fût froid bien qu’il fut trempé dans l’eau chaude avec elle … Elle s’occupait de lui.

Elle lui trouva même quelques habits perdus d’une chambre non réservée dans l’auberge. Oui … Elle l’avait habillé pour qu’il soit un peu plus présentable. Mais qu’il ne s’en fasse pas pour ses cheveux, c’était mieux. Oh … Non, ce n’était pas grave.

« Kéran … Ah … Kéran .. »

Elle ne pouvait pas ignorer sa tristesse. Elle ne pouvait pas … Pas du tout même … Elle n’était pas obligée d’être ancrée en lui pour passer du temps avec le jeune homme, surtout lorsqu’il avait besoin d’elle.

Elle … Elle … Ah … Avant … Elle quitta la chambre, toquant à celle de Sélia avant de lui dire de ne pas venir déranger Kéran pendant quelques heures. Elle allait le faire se reposer. Sélia signala qu’il n’y avait aucun problème bien qu’elle trouvait étrange qu’Elyséa lui dise cela. La femme aux cheveux blancs retourna auprès de Kéran, ouvrant le lit avant de s’y engouffrer. Elle regarda Kéran quelques instants avant de glisser ses doigts sur son visage parcouru par les brûlures.

Les brûlures … Elle … Elle allait tout faire pour les soigner. Elle ne savait pas comment, elle ne savait pas du tout comment mais … peut-être qu’avec le temps … Oui … Elle embrassa ce qui restait de joue sur le jeune homme avant de le garder contre elle. En restant ainsi avec lui, elle serait là pour le protéger cette fois. Elle n’allait pas le lâcher, ne serait-ce qu’un instant … que cela soit à l’intérieur de son corps ou à l’extérieur.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? Pourquoi est-ce que je … suis dans la forge ? »

Il continuait de se répéter cette question sans pour autant obtenir de réponse. Ce n’était pas ça … Ce n’était pas normal, pas du tout même. Mais … Il ne pouvait rien faire contre ça, pas du tout … Alors, comment est-ce qu’il devait réagir ?

« Elle ne viendra pas encore aujourd’hui ? »

La voix du forgeron résonnait dans sa tête mais pourtant, il ne le voyait pas. C’était étrange, vraiment très étrange même. Il avait l’impression de ne pas pouvoir contrôler son corps. C’était différent des autres fois. D’habitude, il avait comme une … incarnation dans les rêves, une incarnation … qu’il pouvait déplacer librement.
Mais pas cette fois … Quelque chose l’en empêchait. En fait, il ne pouvait que regarder autour de lui et c’était tout … Et encore, ce n’était pas ses propres yeux. Ah … Qu’est-ce que ça voulait dire ? La voix du forgeron se fit entendre :

« Je ferai mieux de me passer un peu d’eau sur le visage. Je suis en sueur … »

Voilà qu’il quittait la pièce pour se diriger vers un grand bac d’eau. Lorsque le forgeron se pencha en avant pour s’asperger le visage, Kérna poussa un cri de surprise bien qu’il savait parfaitement que personne ne l’entendrait.

« MAIS MAIS MAIS MAIS ! »

Pourquoi est-ce qu’il voyait son reflet exact dans l’eau ?! Pourquoi ?! C’était une blague hein ? Comment c’était possible ?! Pourquoi est-ce qu’il voyait son reflet dans l’eau ! Il avait besoin de comprendre ! IL AVAIT BESOIN DE COMPRENDRE !

Mais … Il n’y avait aucune explication logique ou raisonnable. Aucune explication … qui permettrait de comprendre ça. Pourquoi se voyait-il dans l’eau ? Pourquoi ? Il … Il … Il n’était pas dans ce corps normalement ! C’était quoi ça ?!

« Bon … Je ferai mieux de me remettre au travail. »

Forgeron … Il était le forgeron ? Non … Ce n’était pas normal. Il ne devait pas être le forgeron ! Il ne devait pas l’être ! PAS DU TOUT MÊME ! Pourquoi est-ce qu’il serait un forgeron d’une histoire d’il y a plusieurs millénaires ?!

« J’aimerai tant qu’elle vienne aujourd’hui … »

« MAIS ON S’EN FOUT ! TU NE COMPRENDS PAS LA SITUATION OU QUOI ?! » hurla Kéran à lui-même bien qu’il n’obtenait aucune réponse.

« Cela va faire déjà plus de dix jours … Je sais bien que … ce n’est pas facile d’arriver jusqu’ici mais quand même … »

Mais quand même quoi ? Il parlait de qui ? De cette femme affreuse qui jouait avec ses sentiments ? Ce forgeron était un idiot ! Un véritable idiot ! Mais pourquoi il l’était ?

Chapitre 236 : La femme des glaces

Chapitre 236 : La femme des glaces

« Kéran … Kéran … »

« Cela ne changera rien. » murmura la voix autour d’elle alors qu’Elyséa relevait la tête, regardant autour d’elle avant de dire d’une voix un peu irritée :

« Montrez-vous donc … Je sais que vous êtes là. Vous n’êtes pas une ennemie. »

« Je ne le suis pas, je le confirme. Je suis loin de l’être même … » répondit la voix avant que des bruits de pas ne se fassent entendre derrière Elyséa. La jeune femme aux cheveux blancs se retourna pour se tenir face à la personne qui venait d’arriver.

« Qu’est-ce que … Non … C’est impossible sauf … »

Sauf si … Pourtant, c’était bien ce qu’elle apercevait en face d’elle actuellement. Elle ne rêvait pas, loin de là même. C’était même tout le contraire. Cette personne en face d’elle … Vraiment … Comment la définir ? Elle portait un kimono blanc avec un obi rouge autour de la taille. Les manches étaient néanmoins bleu ciel.

Mais il n’y avait pas que ça … Loin de là… La femme portait un masque blanc qui cachait la majorité de son visage sauf ses deux yeux dorés. Ses yeux dorés qui la fixaient avec douceur … Elle avait aussi des cheveux à la couleur du ciel et réunis en deux chignons.

« Momartik … Enfin Sarène … n’est-ce pas ? »

« C’est bel et bien le cas. Qu’est-ce que je peux faire pour te servir ? »

« Je voudrai tout d’abord te remercier pour Kéran. Sincèrement … Sans toi … Il … »

« Je ne pense pas que je mérite ces remerciements en vue de ce qu’est devenu Kéran, non ? Mais au moins, tu continues de veiller sur lui, c’est le plus important pour l’heure. Est-ce bien cela ? » répondit la femme avec tendresse.

« Je veux juste que Kéran aille mieux … Est-ce que c’est trop demandé ? »

« Pourquoi est-ce que tu ne le lui dis pas en face ? Maintenant qu’il est auprès de toi ? Est-ce bien trop difficile de s’exprimer lorsque la personne est éveillée ? »

« J’ai juré de le rendre heureux … et je pensais que son bonheur était avec Sélia. Je pensais réellement que Sélia lui apporterait tout ce dont il désire. Katérina le trompe, Sélia n’est plus réellement consciente du danger. Qui est-ce qui lui reste ? Qu’est-ce qu’il va devenir ? Oh … Mon petit Kéran … Qu’est-ce que tu vas devenir ? »

« Qui pourrait-il lui rester à part sa pokémon ? Peut-être quelqu’un qui fut toujours à ses côtés ? Pendant des années ? Toujours prêt à le protéger ? »

« Je ne mérites pas cela … Je n’ai pas réussi à le protéger cette fois-ci … Comme lors de ce moment … Je devrai le laisser tranquille. Le laisser seul, ça sera bien mieux. » répondit la femme aux cheveux blancs avant de déposer Kéran sur le moment.

« Tu vas donc l’abandonner ? Ne pas discu … Qu’est-ce que … tu fais ? »

« Je ne peux pas le laisser dans cet état … Il aurait froid … »

Le bruit d’un vêtement qui tombe … puis d’un second. Elle tenait maintenant son marcel blanc et son pantalon noir. Elle ? Elle était complètement nue … nue comme un ver.

« Penses-tu réellement que cela va changer quelque chose ? »

« Non … Pas le moins du monde … Mais sur le moment, j’espère qu’il ne se réveillera pas car je ne saurai pas alors où me mettre. »

Un petit rire se fit entendre de la part de la femme aux cheveux couleur ciel alors qu’Elyséa commençait à habiller Kéran avec ses habits. Elle le regarda pendant quelques instants, un faible sourire se dessinant sur ses lèvres avant qu’elle n’approche celles-ci de son oreille, lui chuchotant tendrement :

« Je ne pensais pas qu’ils t’iraient si bien … Kéran … Enfin, ils sont un peu grands mais j’ai cette impression que tu as toujours porté cela … Tu sais … Kéran, si tu te réveillais maintenant, je serai vraiment dans de sales draps. Je suis complètement nue car je t’ai donné mes vêtements, tu verrais quelque chose que personne n’a jamais connu pendant des millénaires. Alors … tu ne sais pas la chance que tu risques de te louper. Tu ferais bien de te réveiller, Kéran … C’est un conseil pour toi, que tu ne le regrettes pas. »

Mais aucune réaction de Kéran. Rien du tout … Aucun mouvement de la part du jeune homme. Avec lenteur, des morceaux de métal noir vinrent recouvrir l’entrejambe d’Elyséa puis sa poitrine … puis le reste de son corps.

« Avec une telle armure, tu ne risques pas d’avoir de problèmes de chaleur … »

« Et pourtant … J’ai si froid. Je … Je vais sortir de Kéran. Il faut que je discute avec Sélia au sujet de Kéran. Elle voulait me parler … Je crois. »

« Comme tu le désires … Cela te dérange-t-il si je reste ici en attendant ? »

« Tu n’es pas une ennemie. Pourquoi cela m’embêterait-il ? »

« Oh … Pour rien … Pour rien … Tu peux t’en aller alors. » murmura la femme aux allures de Momartik humanisée. Elyséa fit quelques pas pour s’éloigner, remarquant qu’en un court laps de temps, Sarène avait déjà pris la tête du jeune homme pour la déposer sur ses genoux. Elle était d’ailleurs sur cette position, assise sur ses cuisses, comme pour une cérémonie. Mais elle glissait ses doigts dans les cheveux du jeune homme, un sourire aux lèvres. Un sourire … qu’Elyséa semblait déjà connaître depuis bien longtemps.

« Je le lui demanderai plus tard. Pour le moment, j’ai une affaire plus importante à accomplir. » murmura-t-elle avec lenteur.


Une affaire qui consistait en … Sélia. Elles avaient besoin de s’expliquer toutes les deux et ce pour beaucoup de choses … concernant Kéran. Oh que oui …

Quelques instants plus tard, elle était assise sur le lit, à côté du corps inanimé de Kéran. Ces cheveux … Les cheveux du jeune homme. C’était horrible de ne plus en avoir. Qu’est-ce qu’il allait pouvoir faire ? Sincèrement ? Il fallait plusieurs mois pour espérer que ça repousse correctement. C’était vraiment … affligeant.

« Tu es là ? Je pensais que tu étais partie … »

« Je ne compte pas partir de Kéran. Tu voulais que l’on parle toutes les deux. »

Même si cela avait dit avec une certaine véhémence, elle cherchait quand même à se contrôler. Sélia semblait déjà assez affligée pour qu’elle n’en rajoute pas.

« Comment est-ce que … qu’il va ? Il … Il est vivant ? »

« Il est plongé dans un sommeil profond dont il ne se réveillera peut-être plus jamais. Grâce à Sarène, la Momartik qui l’accompagne, son corps n’est plus en danger de mort mais les blessures causées sont trop importantes. »

« Je … Je … Qu’est-ce que je peux faire ? »

Elyséa croisa les bras au niveau de sa poitrine, fixant de ses yeux saphir la femme aux cheveux bleus qui semblait déboussolée. Avec lenteur, elle continua de la regarder pendant plusieurs secondes, disant finalement :

« Qu’aimerais-tu faire pour lui ? Tout est inutile maintenant. Tu t’en doutes parfaitement. »

« Je … Non … Ce n’est pas pour moi que je suis venue. C’est pour Kéran. »

« Hmm ? Tu peux lui parler si tu veux, je ne vais pas t’en empêcher. Tu veux que je te laisse seule ? Je peux quitter la chambre. »

« S’il te plaît … Je voudrai lui dire quelque chose de vraiment personnel. » chuchota Sélia alors qu’Elyséa hochait la tête positivement, quittant la pièce.

Seule avec Kéran, Sélia prit une profonde respiration. Elle devait le faire … C’était de sa faute … Elle le savait parfaitement. Mais une voix en elle lui chuchota :

« Est-ce que tu es sûre de toi, Sélia ? Je ne veux pas que tu le regrettes. »

« Je le regretterai … toujours. Ce qui s’est passé est de ma faute. Je l’ai emmené dans un danger bien trop grand et puis … Tu as pu voir comme moi… »

« Je l’ai parfaitement vu, je le confirme mais cela ne changera rien à la situation. Si tu laisses tout cela se passer alors … »

« Je ne changerai pas d’avis, j’en suis désolée. Ce qui doit être fait … doit être fait, c’est comme cela que ça marche dans le monde actuellement, Hyathéna. »

« Soit … Mais je sais que tu le regrettes … mais en même temps, tu veux mieux … »

Elle lui chuchota de se taire. Elle voulait juste être tranquille … Vraiment tranquille pour Kéran. C’était tout ce qu’elle désirait pour le moment. Les yeux fermés, elle prit une profonde respiration avant de se rapprocher de l’oreille de Kéran. Elle commença à lui chuchoter quelques mots que seul lui pouvait entendre … ou presque.

« Mais ne t’en fait pas, j’attendrai que tu te réveilles pour cela … Et quand ça sera le cas … Alors … Je … Je … Je … »

C’était bien trop difficile. Elle n’y arrivait pas ! Elle devait prendre son courage à deux mains ! Mais elle n’y arrivait pas ! C’était quand même horrible ce qu’elle comptait faire ! Pour elle … Après tout ce temps.

« Il vaut mieux patienter un peu. Faut-il rappeler Elyséa, Sélia ? »

« Je crois que oui … J’attendrai qu’il se réveille, ça sera vraiment … plus facile. Je l’entendrai alors me parler … et ça sera bien mieux, oui … »

« Comme tu le désires. »

Sélia se redressa pour se rendre jusqu’à la porte, l’ouvrant pour se retrouver en face d’Elyséa. Elle avait attendu debout, de l’autre côté de la porte, sans même bouger de cette position. Avec un faible sourire, Sélia murmura :

« J’attendrai son réveil … Et quand ça sera fait … Est-ce que je pourrai lui dire deux mots ? »

« Pourquoi je le refuserai ? Tu es libre de cela … Mais s’il se réveille seulement. »

« Je suis sûre qu’il se réveillera … J’en suis certaine. Il a une personne qui le protège depuis toutes ces années. S’il veut la revoir, il faut qu’il se réveille. »

Elyséa haussa un sourcil, ne comprenant pas réellement où elle voulait en venir. Mais Sélia quitta la chambre à son tour, un petit sourire aux lèvres. Un sourire intrigant. Mais pour le moment, ce n’était pas important.
Elle retourna auprès de Kéran, disparaissant en lui comme auparavant, se retrouvant une nouvelle fois dans ses pensées … ou son absence de pensées. Enfin presque ? Il y avait maintenant un décor enneigé bien qu’il ne faisait pas froid … Mais il n’y avait que de la neige à perte de vue.

« Comment est-ce possible ? Normalement … »

« Tu es donc de retour ? Il y a une maigre avancée … Tu t’en doutes ? » murmura la voix de Sarène alors qu’elle arrivait jusqu’à elle. La femme aux cheveux bleus était toujours à genoux dans la neige, la tête de Kéran sur elle. « Il n’a pas froid, loin de là. Ce froid est issu de son imagination … sans réellement l’affecter. »

« Qu’est-ce que ça veut dire exactement ? »

« Oh … Que même s’il est plongé dans un sommeil profond, il pense à cette neige. Maintenant que tu es de retour, il vaut mieux alors que je m’en aille. Nous échangeons nos places ? Tu es prête ? »

« Non … Je ne suis pas prête. Où est-ce que tu vas te rendre ? »

« Hmm ? Je n’ai plus besoin de rester dans son corps, que je sache. »

« Non … Ce n’est pas la réponse que je veux entendre de ta part. Je veux te tutoyer … et surtout, est-ce que tu veux vraiment le laisser seul ? »

Pour toute réponse, Sarène se leva sans aucune difficulté, déposant le jeune homme dans la neige. Elle marcha jusqu’à Elyséa, passant à côté d’elle avant de chuchoter :

« Je pense qu’il est entre de très bonnes mains. Je ne vois pas pourquoi je m’inquièterai plus longtemps à son sujet. Il faut juste que tu aies confiance. »

« … … … Je voudrais que tu restes ici … non pas pour moi … mais pour lui. »

La Momartik humanisée s’immobilisa à côté d’elle, semblant songeuse sous son masque blanc. Vraiment … Qu’est-ce qu’elle pouvait être … autoritaire ? Ce n’était pas le bon terme, loin de là. Mais elle savait utiliser les mots qu’il fallait.

« Ce n’est pas pour moi que je te le demandes mais … Il a besoin de toi. »

« Qu’est-ce que cela changerait réellement que je sois là ou non ? »

« Tu sais parfaitement ce que cela changerait. Puisqu’il n’est plus conscient, tu peux … rester à ses côtés, toi aussi. »

« Vraiment, Elyséa. Ce que tu ne m’obliges pas à faire, tu le sais ? »

« Je le sais parfaitement … Et je sais aussi que c’est pour le mieux. » murmura la femme aux cheveux blancs alors que Sarène revenait aux côtés du corps de Kéran. Elle le souleva, se mettant dans la même position qu’avant bien que cette fois-ci, elle invitait Elyséa à faire de même de son côté.

Elyséa avait la tête du jeune homme sur ses genoux, Sarène seulement ses jambes. Mais au moins, il n’était pas dans la neige. Elyséa, ne portait pas son casque, ne faisant que fixer Kéran avec lenteur.

« Cette neige … Est-ce qu’il y a une chance que … »

« C’est une maigre avancée, une très maigre avancée … mais cela ressemble à une étincelle comme quoi Kéran n’est peut-être pas définitivement irrécupérable. »

« Tant mieux … Vraiment tant mieux … Mais pourquoi de la neige ? » demanda Elyséa sans obtenir de réponse de la part de Sarène. Etait-ce parce que c’était ce qui liait le plus le jeune homme à autre chose ? A elle ? Non … A elle, ce n’était pas important. Le plus important restait le fait que Kéran devait se réveiller … le plus vite possible.

Chapitre 235 : Un corps gelé pour l’éternité

Chapitre 235 : Un corps gelé pour l’éternité

« Qu’est-ce que … Qu’est-ce que tu fais là ? »

« Si tu me laisses … m’occuper de lui, je pourrai alors peut-être lui sauver la vie. »

La voix qui s’adresse à Elyséa est douce et tendre. Elle est issue de la Momartik qui la regarde et qui a posé une patte sur son épaule. Avec lenteur, elle lui permet de se rapprocher de Kéran bien qu’elle en ait aucune envie, loin de là même.

« Je vais … tout faire pour arrêter cela. Mais pendant ce temps, tu devrais aller épauler Sélia. » continua-t-elle de dire tout en regardant Elyséa.

« Non et non ! Je ne veux … surtout pas. Je reste à ses côtés. Je le lui ais promis. Je regarderai ce que tu … vous allez faire. Sélia n’a pas besoin de moi. »

« Tu en es sûre ? Il est vrai qu’elle … est plongée dans son combat. Soit … Regarde donc ce que je vais faire, je te préviens, cela risque de te perturber. »

De la perturber ? Si elle faisait du mal à Kéran, qu’importe qui elle était, elle … Non ? Ce n’était pas ça … Un puissant froid émana de la Momartik, un froid glacial … mais en même temps … loin d’être malveillant. C’était autre chose … Le froid … Une fine particule de glace commençait à recouvrir Kéran et ses blessures … non, ce n’était même pas des blessures mais des brûlures. Elle … eut un trémolo.

« Malheureusement … Je tiens à prévenir que ce n’est que temporaire et que ça ne le soignera pas … mais au moins, sa vie ne sera plus en danger. »

« Faites tout ce que vous pouvez, c’est le plus important. »

« Alors … Je vais accomplir ce que tu désires. » murmura la Momartik, les particules de glace semblant s’épaissir autour de la peau de Kéran, jusqu’à finalement former une couche de plus en plus grosse. Le reste de peau qui était sur son corps prit une couleur blanche … et … tout semblait être parfaitement immobile. En fait, même le corps de Kéran ne se soulevait plus. Qu’est-ce que ça voulait dire ?

« Qu’est-ce que vous avez fait ?! Je veux savoir ça ! »

« Tu perds un peu de ta prestance quand tu parles de la sorte, tu t’en doutes ? »

« Ma prestance m’importe peu pour l’heure. Je veux surtout … savoir comment va Kéran. »

« Kéran va très bien … du moins, c’est ce que j’aimerai dire … mais il n’est plus en danger pour le moment … sauf si le Dracaufeu décide de l’achever. Pour l’heure, Kéran est … en léthargie. Ses brûlures ne continueront pas à s’aggraver. »

« Mais … Il y a quelque chose d’autre quand même. Qu’est-ce donc ? »

« Il faut l’emmener en sécurité mais pas seulement … Terminons déjà ce combat et ensuite, il faut trouver un endroit où se rendre, ça sera la meilleure chose à faire. »

Le combat, elle ne se préoccupait pas le moins du monde de cela, c’était aussi simple que ça ! Pourquoi est-ce la Momartik ne voulait pas lui en parler un peu ? Les battements de son cœur … de son corps qui était mort. Pourquoi est-ce qu’ils étaient aussi rapides ? L’anxiété … qui l’envahissait … Cette crainte …

« Kéran … Est-ce qu’il est mort ? C’est ce que je veux savoir. »

« Il n’est pas mort pour le moment … Mais il y a des chances que cela soit pire que la mort … Mais tu comprendras au moment venu … après ce combat. »

« Pire que la mort ? Et je suis censée rester de marbre et attendre ? Je … »

« Est-ce que tu préfères t’énerver ? Cela ne te correspond pas. Mais dès qu’il s’agit de Kéran, tu te laisses envahir par la colère, n’est-ce pas ? »

« Ce n’est pas … exactement cela. Mais je n’ai pas à vous parler à ce sujet malheureusement. Je préfère que vous me disiez exactement ce qui se passe. »

« Je ne te dirai rien pour le moment. Quant à Sélia, elle … »

La Momartik s’arrêta dans ses propos, tournant son visage vers le carnage qu’était en train de faire Sélia. La rage qui animait la femme aux cheveux bleus était tellement violente qu’elle n’avait pas hésité à planter ses dents dans le corps du Dracaufeu en plusieurs endroits. Une telle haine … Une telle violence était horrible.

Mais une telle violence était nécessaire et Sélia planta ses dents finalement dans le cou du Dracaufeu, visant bien la jugulaire. Des giclées de sang s’échappèrent du corps de l’imposante bête jusqu’à ce que Sélia hurle :

« CA T’APPRENDRA ! CA T’APPRENDRA ! CA T’APPRENDRA ! »

« Elle est vraiment devenue comme folle … C’en est effrayant. »

Cela aurait pu l’être pour elle mais malgré ses dires, elle restait imperturbable. Elle avait Kéran dans ses bras … Un Kéran qui était tout simplement gelé et glacé. Sélia revient vers elle, le corps recouvert de sang et de blessures. Malgré sa folie, ses yeux rubis étaient encore la preuve qu’elle était consciente.

« Co … Comment … est-ce qu’il va ? »

« Comment est-ce qu’il devrait aller selon toi, hein ? » rétorqua avec colère Elyséa. « Comment est-ce qu’un jeune homme tout ce qu’il y a de plus normal devrait être en se tenant face à un dragon ?! DIS-LE MOI ! »

« Mais je … »

« Mais je … quoi ? C’est comme ça que tu comptes protéger Kéran ? C’est comme ça que tu comptes l’avoir avec toi ? COMME CA ?! REPONDS-MOI ! C’EST COMME CA QUE TU COMPTES LE RENDRE HEUREUX ?! EN L’EMMENANT A LA MORT SEULEMENT POUR TES PETITES ENVIES PERSONNELLES ?! »

« Je ne voulais pas que … Je voulais juste que Kéran aille dans un coin … et … »

« Tu voulais, tu voulais … et voilà le résultat, Sélia ! Mais tu peux remercier sa Momartik. Elle a réussi à arrêter … sa mort. Il ne se décomposera pas mais … Je ne sais pas exactement ce qui va se passer, c’est à elle de me le dire. »

« Je vais engloutir ce Dracaufeu … et je reviens … Tant mieux si … Kéran est vivant. »

Sélia sembla comme déboussolée tandis qu’Elyséa continuait de veiller sur lui. Tant mieux ? C’est comme ça qu’elle le prenait ? Ou alors, est-ce qu’elle avait été un peu trop sèche avec elle ? Cela serait normal … qu’elle n’arrive pas à s’exprimer correctement après tout.
Des bruits de mâchouillements se firent entendre alors qu’Elyséa tournait sa tête brièvement vers Sélia. Comme une charognarde, elle extirpait la chair du Dracaufeu avec les doigts ou avec les dents. Heureusement que … Kéran n’était pas conscient.

« Qu’est-ce qu’il aurait alors pensé d’elle ? Est-ce qu’il aurait accepté ce qu’elle est devenue ? Sarène … C’est bien cela ? »

« Hmm ? Oui ? Que se passe-t-il exactement ? »

« Maintenant que c’est terminé, est-ce que tu veux bien me dire ce qui se passe ? »

« Oh … A nouveau du tutoiement ? » murmura la Momartik avec une pointe d’amusement alors qu’Elyséa haussait les épaules, serrant le corps froid de Kéran contre elle. Rien à faire, la chaleur ne revenait pas.

« S’il vous plaît, je n’ai pas envie de rire … Je n’ai … Je n’ai vraiment pas envie … de rigoler. Dites-moi ce qu’il a, c’est tout. »

« Kéran est entre la vie et la mort … mais son état est bien plus grave que cela. Malgré tes pouvoirs, son corps ne pourra pas le régénérer plus longtemps. »

« Mais alors, qu’est-ce que je peux faire ?! »

« Rien en ce qui est en ton pouvoir. Je pense que tu comprendras dans quelques heures. Mais il faut que tu ailles trouver un endroit où le déposer. Un lit sera bien mieux que tout le reste. Il va vous falloir faire une longue marche. »

« Pas forcément, il doit bien y avoir une auberge dans les environs, je … »

« J’ai terminé ! Je mange bien plus rapidement maintenant ! »

Elyséa s’arrêta de parler, regardant Sélia qui avait réellement avalé la majeure partie de ce qu’il y avait … à dévorer. Comment est-ce que toute cette chair avait pu être digérée sans que cela n’affecte son métabolisme ? Non … Ce n’était pas ça le plus important, loin de là même. Le plus important était Kéran. Elle se releva, le jeune homme contre elle.

« Nous nous en allons, Sélia. »

« D’… D’accord … Je vois parfaitement ce que tu veux dire, je comprends parfaitement. »

Malgré le sang sur ses lèvres, malgré tout ce qu’elle venait de faire, elle était comme désemparée par le corps de Kéran.

« Je … Je préfère te laisser le porter. Il est … déjà dans un sale état et … avec mes mains … et mon corps … Enfin je … »

« C’est bon. Plus besoin de parler. Je pense que … notre punition est assez lourde. Nul besoin d’en rajouter d’autres actuellement. »

Sélia hocha la tête positivement avant de venir l’accompagner. A côté d’Elyséa, la Momartik restait elle aussi présente. Il fallait trouver une auberge … et cela n’allait pas être forcément très difficile bien que plus le temps passait, plus Elyséa était inquiète pour Kéran.

« Elyséa … Est-ce que quand … tu auras le temps … »

« Tu penses vraiment que je vais avoir le temps avec ce qui vient de se passer ? Sincèrement ? Tu crois que … »

« J’aimerai juste te parler … seule à seule. »

Elyséa haussa un sourcil accusateur vers la jeune femme mais marmonna qu’elle était d’accord. Pour l’heure, le plus important restait de trouver un endroit pour Kéran. Une auberge isolée sur le côté d’une route de terre. Elyséa vint aussitôt camoufler Kéran et la majeure partie de ses blessures avec une capuche, le tenant contre elle tandis que la Momartik rentrait déjà dans sa noigrume, seule relique encore intacte avec l’épée du jeune homme. C’était bien … les dernières choses qui lui restaient ou presque.

Deux chambres séparées … L’une pour Sélia, l’autre pour Kéran. Mais Kéran était déposé dans le lit, ne bougeant plus. Il était si froid … tellement froid que … qu’elle avait l’impression qu’il était mort. C’était quasiment pareil … n’est-ce pas ? Il était si proche de la mort … tellement proche
Elle passa une main sur le crâne dénué de cheveux du jeune homme, le caressant avec tendresse avant de l’embrasser faiblement, n’ayant que ses yeux rivés sur lui. Sélia les observa tous les deux, faisant quelques pas en arrière avant de dire :

« Je vais aller me laver … Avec tout cela … Je … Enfin bref … Je reviendrai plus tard. »

« D’accord. » murmura tout simplement Elyséa, ne quittant pas des yeux le jeune homme.

Qu’il aille bien … Qu’il aille bien … C’est tout ce qu’elle demandait. C’est tout ce qu’elle voulait … C’est tout.

C’est tout … C’est tout … Elle savait comment voir … non … comment discuter avec Kéran. Il y avait un endroit où il allait surement parfaitement bien. Un endroit que nulle autre qu’elle ne pouvait se rendre, loin de là même.

Voilà … Elle s’insinua dans les pensées du jeune homme, retrouvant sa forme de fumée noire comme auparavant. Voilà … Elle allait parler avec lui à l’intérieur de son corps et le rassurer. Ils allaient trouver une solution, ils allaient …

« Kéran ? Kéran ? Où est-ce que tu es ? »

Elle posait cette question sans pour autant avoir de réponses de sa part. Le décor était blanc … tellement blanc … Comme si tout était immaculé … Comme si tout était d’une si grande pureté … C’était étrange, tellement étrange, oui.

« Kéran ! Réponds-moi ! Kéran ! »

Aucune réponse de sa part … mais ce n’était pas la blancheur immaculée qu’elle avait … C’était différent, réellement différent. Ce n’était pas ça … Ce n’était pas du tout ça ! CE N’ETAIT PAS UN LIEU ! C’ETAIT UNE ABSENCE DE LIEU !

Incapable … de réfléchir … Incapable de raisonner … Plus aucune pensée, plus aucun détail … comme si le cerveau était mort. Comme si tout était fini. Non … Non …. Cela voulait dire que plus rien n’était imaginé.

« Je vois que tu as parfaitement compris ce qui se passe. Suis-moi … »

Cette voix féminine … Une belle voix féminine et mâture. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Mais elle écouta les bruits de pas sans même les voir. Elle les suivait … jusqu’à ce qu’un corps ne soit visible au loin, flottant dans ce vide complètement blanc.

« KERAN ! »

La femme aux cheveux blancs courut vers le corps nu de Kéran, celui-ci étant dans un parfait état mais quelque chose … était différent, vraiment différent. Kéran ne bougeait pas, il gardait les yeux fermés. Comme s’il dormait.

« Tu as pu le constater de tes propres yeux … Kéran n’est plus conscient. Il faut que le cerveau soit actif pour lui permettre de penser et de réfléchir … ou tout simplement dans ce cas précis … de rêver. «

« Le cerveau de Kéran … ne bat plus … » termina de conclure Elyséa, serrant le corps du jeune homme contre elle, la voix chuchotant :

« Il n’est pas mort, loin de là … Mais les dégâts sont tellement graves qu’il est plongé dans un sommeil profond. Maintenant, tu es au courant de tout. »

« Ca … Ca ne fait rien … J’attendrai … J’attendrai le temps qu’il faut … Que cela soit une éternité … ou qu’il ne se réveille jamais … J’attendrai … » murmura la femme aux cheveux blancs, posant sa tête contre le torse de Kéran, fermant les yeux. Qu’importe … le temps qu’il fallait attendre. Qu’importe … ce qu’il fallait endurer … Elle serait là.

Chapitre 234 : Un corps calciné

Chapitre 234 : Un corps calciné

« Bonne chance … Sélia … »

« Ce n’est pas de la chance dont j’ai besoin, héhéhé … Tu devrais plutôt la donner à ce pauvre Dracaufeu qui ne va rien comprendre à ce qui va lui arriver. »

« Si tu le dis … Fais vraiment attention à toi, d’accord ? S’il te plaît … »

« Pas besoin de t’inquiéter pour moi, je t’ai dit. Ça va se passer très facilement. Mets-toi dans un coin et regarde-moi faire, tu vas voir comme c’est facile. »

La femme aux cheveux bleus avait le sourire aux lèvres et ne semblait nullement inquiète par la situation, loin de là même. Elle avait tout sous contrôle … Du moins, d’après son point de vue. Peut-être un point de vue erroné à force mais pour le moment, il préférait ne pas s’en préoccuper plus que ça. Il restait quand même soucieux mais il hocha la tête positivement, reculant pour laisser Sélia se battre avec cette créature.

Cette créature terrifiante qu’était le Dracaufeu. Terrifiante et impressionnante La puissance qui s’en dégageait ne ressemblait à rien d’autre. Rien à avoir avec le Métalosse. Pourquoi est-ce que les dragons ne s’étaient jamais occupé des pokémons spectres et ténébreux ?

« Car ils n’étaient pas assez nombreux pour cela, Kéran. Comment essayer de lutter face à des milliers d’ennemis ? Voilà tout … C’est aussi simple que cela, Kéran. »

« Merci Elyséa … même si ce n’est pas forcément très joyeux quand on t’entends dire cela … malheureusement. Enfin bon, c’est la vie. »

Si seulement il pouvait penser de la sorte mais il entendit un râle de colère alors que Sélia venait tout simplement de projeter de l’eau en pleine face du Dracaufeu, le projetant et le faisant tomber en arrière. Elle se débrouillait bien, divinement bien même. Tant mieux … Oui, c’était tant mieux dans un tel cas. Il n’était pas possible de penser autrement.

Enfin, c’était comme ça qu’il envisageait la chose car il n’était pas réellement convaincu que ça se passe bien. Elyséa lui parlait pour le rassurer mais il tenait déjà fermement son épée en main. Il allait devoir se battre, il en était convaincu ! Il en était sûr et certain. Il avait les capacités pour ça ! Il allait pouvoir l’aider !

« Ne fait rien d’insensé, Kéran. Compris ? Pour l’heure, laisse-la se battre. Elle se débrouille plutôt bien. Et je ne veux pas que tu sois blessé inutilement. »

« Je me doutes de ça, Elyséa mais ne t’en fait pas, si je me bats, je sais que tu seras là. »

« Kéran, je ne peux pas te rendre invincible, je tiens à te le rappeler car j’ai l’impression que tu oublies grandement cette partie. »

« Mais non, mais non … Ne t’en fait réellement pas. Tout va très bien se passer, tu t’inquiètes pour rien, Elyséa. Je te le promets. »

« Alors pourquoi est-ce que tu viens de bloquer tes pensées ? »

Ha … hahaha … Elle venait de marquer un point. Il ne répondit pas alors qu’il sentait déjà une vive douleur dans son corps. Elyséa n’appréciait pas qu’il fasse ça dans de tels moments. Pas du tout même. La douleur fut bien plus forte.

« Arrête ! Elyséa ! Là, ça commence à piquer ! »

« Tu ne m’as pas répondu … Je hais cela, tu t’en doutes, n’est-ce pas ? Alors … Qu’est-ce que cela veut dire exactement ? Je veux une réponse claire et précise … Est-ce bien compris, Kéran ? Ou alors, je continue … »

« Si tu continues, je ne t’adresserai plus la parole. Je ne réfléchis à rien de bien spécial, sauf si tu commences à vouloir me torturer de la sorte, ce qui ne me plaît pas du tout je dois dire. »

« Je ne te torture pas, je veux juste extirper quelques pensées de toi, c’est aussi simple que cela. Est-ce que tu veux bien me laisser te triturer tes pensées ? »

« Mais non ! Elyséa ! J’ai le droit à un peu de vie privée quand même ! Je suis parfaitement d’accord pour que tu sois avec moi mais il y a des limites quand même à ne pas dépasser ! C’est un peu abusé ce que tu tentes de faire ! »

« Mais non, mais non … Aller … Ne t’en fait pas, ça ne sera qu’une petite douleur passagère, rien de plus … Tu es prêt ? »

« Elyséa … J’ai dit … NON ! » commença à grogner Kéran, une aura noire se formant autour de lui, repoussant Elyséa même à l’intérieur de ses pensées. « Je … Je suis désolé mais ce que je pense actuellement est problématique. »

« Tu utilises la force contre moi, Kéran ? Ces pensées sont-elles si importantes que ça pour que tu agisses de la sorte à mon encontre ? »

« Je … Pas tellement mais … En même temps, je ne veux pas que tu fasses ça, c’est tout, Elyséa. Si tu apprenais … Je suis sûr que tu me réprimanderais. »

« Kéran … Kéran … Kéran … Est-ce que tu sais que c’est en parlant de la sorte, tu veux me forcer à utiliser mes pouvoirs pour te lire ? »

« Ne le fait pas … s’il te plaît … Cela concerne Sélia. »

Ah, c’était donc ainsi ? Peut-être qu’elle avait un peu exagéré la chose dans le fond alors … Elle avait imaginé … d’autres problèmes. Mais qu’il pense à Sélia n’en était pas un alors. Elle murmura qu’elle allait le laisser tranquille alors que Kéran regardait le combat avec un peu de peine. C’était … problématique, vraiment problématique, oui.

Il … Il … Ah … Vraiment … Il ne devait pas avoir peur mais ce Dracaufeu ne semblait pas avoir de problèmes. Pourtant, elle utilisait l’eau mais ce n’était pas suffisant. Et inutile d’utiliser les plantes pour réussir à le battre. Comment est-ce qu’une créature volante et crachant des flammes pourrait avoir des soucis avec ça ?

« C’est mal parti … Je vous le dis … C’est mal parti … »

« Kéran, tu es sûr que tu ne veuilles pas que je lise tes pensées ? »

« Pour faire quoi, Elyséa ? En quoi est-ce que tu serais utile ? Sincèrement … »

« Je ne sais pas … Tu as besoin d’être rassuré et cela, pas besoin de lire dans ton cœur pour le deviner. Kéran … Je te comprends, tu le sais ? »

« Je le sais parfaitement, Elyséa. Sans toi … Comment est-ce que je pourrai … Enfin, non … Je suis un peu bête … Je dois te l’avouer. »

« Tu n’es pas bête, personne ne l’est. Ne t’imagine pas de telles choses qui sont loin d’être véridiques et fondées, Kéran. »

« Elyséa … Tu peux te préparer au combat, s’il te plaît ? J’espère que ça répondra à tes questions. » murmura le jeune homme aux cheveux argentés avant de déjà sortir son épée. La voix en lui se montra extrêmement douce, lui soufflant :

« Bien entendu, Kéran. Je me doutais que tu ferais une telle chose. Je suis prête. »

« Tant mieux … Car Sélia a besoin de mon aide et dans une telle situation, je n’ai pas d’autres choix que de l’épauler ! J’Y VAIS ! »

« Bonne chance, Kéran … Je veille sur toi … et je te protègerai. » continua-t-elle de dire d’une voix extrêmement tendre, cachant très difficilement l’anxiété qui l’animait.

Une anxiété grandissante au fil des secondes. Ce Dracaufeu était tellement proche d’un dragon que cela en était effrayant. Mais … Elle restait là … Elle était prête à tout pour aider Kéran ! Elle allait l’épauler !

« Qu’est-ce que … KERAN ! Qu’est-ce que tu fais ?! »

« Sélia ! Je viens t’aider ! Tu ne peux pas y arriver seule ! Ne t’en fait pas pour moi ! Je sais me battre ! Je tiens à te le rappeler ! »

« C’est beaucoup trop dangereux, Kéran ! »

« Et donc, tu préfères que je te laisse te débrouiller seule, c’est ça ? Hors de question. »

« … … … Fais attention, Kéran quand même. »

Comme s’il avait besoin d’entendre ça de sa part. Il savait se battre quand même ! Et il avait déjà affronté bien plus gros de toute façon ! Alors bon … Pas de quoi s’en faire ! Il grimpa sur un arbre, arrivant à sauter sur les branches avant d’arriver jusqu’à la hauteur du Dracaufeu. Celui-ci se tourna vers lui, donnant un coup de queue pour balayer tout ce qui se trouvait devant lui. Le jeune homme poussa un cri de surprise, projeté en arrière.
Mais il se réceptionna, prenant appui sur l’arbre contre lequel il aurait dû se percuter sans pourtant que cela n’arrive. Il fonça à nouveau vers le Dracaufeu, maintenant occupé avec Sélia. Tant mieux ! Il allait pouvoir le blesser salement !

D’ailleurs, c’est ce qu’il fit ! Son épée recouverte d’une aura de glace vint frapper le pokémon … sans que cela ne l’affecte réellement ? Qu’est-ce que ça voulait dire ? Qu’est-ce que ça voulait dire ?! Ce n’était pas normal !

« Kéran, c’est un pokémon de feu ! La glace fond face au feu ! »

« Mais c’est un dragon ! Ca devrait quand même marcher non ?! »

« Ce n’est pas un vrai dragon ! Même s’il est capable de voler, tout cela ne fait que s’annuler ! Tu ne provoqueras pas de lourds dégâts ! »

MAIS MAIS MAIS … CE N’EST PAS COMME CA QUE CA DEVAIT SE PASSER ! Il fit un saut en arrière, se cachant derrière un arbre pour réfléchir à la situation. Comment combattre ce Dracaufeu ? Et les cris de Sélia !

Il se tourna vers elle, sortant de sa cachette. Elle souffrait … Il la voyait souffrir. S’il ne l’aidait pas, malgré son corps si spécial, elle n’allait pas s’en tirer ! Il le sentait parfaitement ! Il devait réagir et vite ! BON SANG ! Qu’il réagisse au lieu de rester là ! Les bras croisés et toutes ces choses !

ALLER ! IL DEVAIT AGIR MAINTENANT ! Il poussa un cri de rage, sortant définitivement de sa cachette ! C’était Sélia ! Il n’allait pas la laisser se blesser sans réagir ! C’était quand même une personne plus qu’importante à ses yeux ! Hors de question de rester là sans rien faire ! IL DEVAIT l’AIDER ! MAINTENANT ! ET VITE !

Même si ses coups d’épée n’avaient pas réellement d’effet et même s’il était devenu plus fort … Il comprenait la différence de puissance entre lui et Sélia. Il était bien plus faible qu’elle mais il ferait de son mieux ! C’est sa sœur … C’était la personne qui s’était occupé de lui pendant des années ! Il ne pouvait pas la laisser se blesser sans réagir ! Il en était hors de question ! Il ne resterait pas là sans rien faire ! PAS DU TOUT ! SELIA !

SELIA AVAIT BESOIN DE SONAIDE ! AH ! Il sauta dans les airs, frappant le Dracaufeu au niveau de son torse sans que cela ne l’affecte grandement. Sélia, de son côté, avait déjà repris cette forme à moitié hybride, mélange de Junkgo et de Leviator. Mais … Cela ne semblait pas marcher du tout non plus.

Rien à faire … Rien du tout. Il était anxieux … à cause de cette situation. Ce Dracaufeu … Comment est-ce que cela se faisait-il que Sélia ait autant de problèmes contre lui ? Ce n’était pas normal, pas du tout même.

« Sélia ! Pourquoi est-ce que tu n’arrives pas à le battre ?! »

« Car je n’arrête pas de penser à toi, Kéran ! Je … Je … Je ne peux pas me concentrer sur ce combat … Pas du tout même ! »

« C’est de ma faute ? Je … Je te dérange ? Je pensais que … Enfin, je voulais t’épauler, c’est tout, Sélia. Je ne pensais pas te déranger de la sorte et … »

« ATTENTION, KERAN ! » hurlèrent deux voix en même temps.

Il perturbait Sélia. Comme auparavant … n’est-ce pas ? Enfin … Il n’avait jamais été très fort, toujours eut besoin de quelqu’un pour le protéger. Pourquoi est-ce que Sélia avait voulu qu’il vienne là ? Pour la voir se battre ? Pour qu’il l’encourage ? C’était de sa faute ?

Il ne remarqua même pas les flammes du Dracaufeu qui vinrent le recouvrir, tellement plongé dans ses pensées au même instant où une fumée noire s’échappait de son corps, un bras de métal le tirant hors des flammes crées par le pokémon gigantesque.


Mais le mal était fait … Les lambeaux de chair brûlée tombèrent au sol, en même temps que les cendres des habits de Kéran. Sur la globalité de son corps, la chair était à vive, émettant une forte odeur qui donnait envie de vomir. Ses cheveux ? Il n’en restait plus rien. Sa capacité à respirer ? Elle diminuait de seconde en seconde. Pourtant, son corps ne s’écroula pas en arrière, simplement maintenu par Elyséa.

« Kéran, restes conscient, d’accord ? Tu restes conscient ! Tu as compris ?! »

« Ely … séa ? »

Les yeux bleus dénués de vie cherchèrent à se poser sur Elyséa mais ils regardèrent autour deux, se croisant, se décroisant avant de se fermer. Un cri de rage se fit entendre, accompagné d’un autre hurlement. Une giclée de sang vient asperger les feuilles des arbres.

« QU’EST-CE QUE TU AS FAIT ?! QU’EST-CE QUE TU AS FAIT ?! »

Consumée par la rage, Sélia s’était tout simplement jetée sur le Dracaufeu, plantant ses dents sur les écailles, les arrachant comme le ferait un animal. Le pokémon tentait déjà de la repousser, cherchant à l’attraper avec ses pattes sans y arriver, s’envolant dans les airs.

« JE VAIS TE TUER SALOPARD ! JE VAIS TE TUER ! »

Mais heureusement pour elle qu’elle fut dans les airs en même temps que le Dracaufeu, les arbres commençant à pourrir, les végétaux à flétrir. Elyséa était à genoux, tenant le corps de Kéran sans rien faire d’autre.

« Kéran …. Kéran … Kéran … »

Elle n’aimait pas ressentir cela … Elle n’aimait pas du tout … Pas du tout … C’était affreux. Elle ressentait cela au plus profond de son corps mais elle détestait cela. Elle le détestait tellement. Elle avait envie de vomir de dégoût.

« Qu’on me laisse tranquille … Qu’on le laisse tranquille … Je dois le sauver. »

Elle devait le sauver … mais même en étant dans son corps, ça ne changerait rien. Rien du tout … Les brûlures étaient trop importantes, les flammes avaient fait leurs offices. Le corps de Kéran était trop … calciné … beaucoup trop … Il n’allait plus rien rester de lui … plus rien du tout. Elle se sentait mauvaise, terriblement mauvaise. Elle avait envie de haïr le monde entier, de devenir comme tous ces spectres et pokémons ténébreux. Elle avait envie de ravager cette terre … pour la punir de ce qu’elle venait de faire. Elle voulait juste … Elle voulait juste … que tout disparaisse. Mais une patte blanche vint se poser sur son épaule.

Chapitre 233 : L’or maudit

Chapitre 233 : L’or maudit

« Kéran … Donc … Tu es prêt pour une longue marche ? »

« Bien entendu … Mais tu es sûre que c’est une bonne idée que je t’accompagne ? »

« Je pense que oui. Comme ça, tu verras qu’il n’y a rien de si monstrueux que ça. Et puis, peut-être que toi aussi, tu pourras en manger un morceau. »

« Non merci, ça ne m’intéresse pas. Je préfère avoir ma propre force … C’est pour ça que je préfère ne pas utiliser les pouvoirs d’Elyséa. En plus, je ne veux pas qu’elle s’épuise par ma faute, c’est aussi simple que ça. »

« Elle ne va pas s’épuiser quand même. N’exagérons pas, Elyséa n’est pas en porcelaine non plus. Si elle te possède et si en plus, elle est capable de vivre depuis tellement de temps, ce n’est pas en utilisant un peu ses pouvoirs qu’elle va finir épuisée. »

« Il y a des chances oui … Enfin, elle semblait un peu exténuée hier, c’est pour ça donc que je préfère me méfier au cas où. Question de sécurité. »

Un peu épuisée hier ? Peut-être que le combat … Non, ce n’était pas ça. C’était peut-être le fait qu’elle soit aussi distante de Kéran qui avait influé sur son physique. Elle ne voyait que ça de toute façon. Le jeune homme regarda Sélia avec étonnement, murmurant :

« D’ailleurs, c’est bizarre que tu parles aussi gentiment d’Elyséa, je n’y suis pas habitué. »

« Ne te fait pas trop d’illusions ! Je la considère toujours comme une rivale ! »

« Vraiment … Toi ou Katérina, de ce côté-là, vous êtes vraiment pareil. »

« Ne me compare pas à elle ! C’est compris d’accord ? Je ne veux surtout pas ça ! »

« Je ne fais que constater, ne t’énerve pas, Sélia. » murmura le jeune homme avec lenteur alors qu’elle poussait un petit soupir agacé. C’était juste … fatigant d’entendre ça. « Elyséa restera toujours une personne … comme une grande sœur. Ou alors une mère … Quelqu’un de ma famille, je pense. Elle ne vieillit pas, mais elle est toujours présente. »

« Cela doit faire vraiment mal … d’entendre ça. »

« Hein ? Pourquoi est-ce que ça devrait faire mal ? » questionna le jeune homme, intrigué par les paroles de Sélia, celle-ci faisant un geste négatif de la main :

« Non rien, ce n’est pas bien important. Je comprends ce que tu veux dire … mais je n’étais pas en colère par rapport à Elyséa, juste sur tes propos liés à Katérina. »

« Ah … Je vois … Mais vraiment, pourquoi ça devrait faire mal ? »

Elle ne chercha pas à lui répondre, le jeune homme la regardant quitter la pièce puis l’auberge sans un mot. Il voulait savoir ! Mais visiblement, elle n’allait pas le lui dire. Dommage, c’était vraiment dommage … Mais est-ce que ça concernait Elyséa ?

« Nullement, Kéran, ne te fait pas de fausses idées. Cela ne m’affecte pas. Et puis, me considérer comme une personne de ta famille, n’est-ce pas une bonne chose ? »

« Bien entendu. Tu es au même niveau que Sélia … Enfin, avant qu’elle ne dégénère si je peux dire ça. » murmura Kéran en lui après les paroles d’Elyséa.

« Je pense que je dois être contente, n’est-ce pas ? »

« Euh … J’espère oui, c’est une bonne chose que je t’apprécie non ? Et si tu veux, ce soir, après le combat contre ce dragon, on pourra s’entraîner. »

« Je penchais plutôt à l’éventualité de te reposer, Kéran. Tu seras surement exténué. » corrigea la femme aux cheveux blancs avec lenteur.

« Tu veux donc dire que tu vas dormir avec moi ? Dans le lit ? Enfin … Comme la dernière fois ? C’est un peu gênant, tu sais … »

« Si cela te gêne tant, je ne le ferai pas. Si c’est ce que tu veux, je peux envisager cela … bien qu’il faut que j’y réfléchisse sérieusement. »

« Comme tu veux … En vrai ou en rêve, ce n’est pas un problème pour moi. Enfin, je ne vais pas me plaindre si je peux dire cela. »

Il pouvait le dire, bien entendu. Mais … Qu’il n’oublie pas que tout cela était différent justement. Un rêve se voulait parfait, la réalité était laide, très laide … Vraiment laide. Tellement laide que s’il savait pour Katérina, il …

« Pourquoi est-ce que tu penses ceci, Elyséa ? Qu’est-ce qu’il y a avec Katérina ? »

« Hum ? J’oublie que tu peux lire mes pensées quelques fois. Je devrai faire plus attention, visiblement. J’en suis désolée et … »

« Elyséa, ça ne répond pas du tout à ma question. Qu’est-ce que ça veut dire ? Réponds-moi ! Par rapport à Katérina ! Qu’est-ce qui s’est passé ?! »

« Rien qui aurait une importance. Si tu t’inquiètes sur sa santé, elle va très bien. Un peu blessée mais rien de plus, voilà tout. »

« Ce n’est pas … ça que je veux savoir. Je veux surtout la vérité ! Le reste de tes pensées ! »

« Un échange de bons procédés : si je te dis ce qu’il y a pour Katérina, nous ne nous adresserons plus la parole pendant un mois. Plus aucune présence de ma part, plus aucun dialogue, plus aucun contact. Je ne veux pas te laisse seul mais si tu m’obliges à agir de la sorte, je l’accomplirai. Toute vérité n’est pas bonne à dire. »

« C’est du chantage. Je pensais vraiment mieux de ta part, Elyséa. Tu sais parfaitement à quel point ça me fait mal quand tu ne me parles pas. Tu le sais … et tu en abuses. » marmonna le jeune homme. Mais … Elle faisait ça pour lui ? C’était quoi cette vérité horrible ? Qu’est-ce qu’elle lui cachait réellement ? Mais … Il accepta ses conditions

« Alors ce soir … Kéran … Je te proposerai une séance de relaxation. Ce soir, après le combat contre le dragon, nous ferons comme si nous étions une famille. Qu’en penses-tu ? Nous irons dans l’endroit de la dernière fois. »

« La maisonnette ? Enfin avec le lit … Toutes ces choses ? » bredouilla le jeune homme.

« Bien entendu. Et même si ce n’est qu’un rêve, je pourrai cuisiner si tu le désires. Bien entendu, la nourriture ne sera pas dans ton estomac et … »

« Je veux bien ! J’accepte complètement ce que tu as dit ! Je ne savais même pas que tu cuisinais ! C’est vrai ça ? Tu cuisines vraiment ? »

« Kéran … J’ai vécue seule … en marginale, tu ne crois pas que cela est normal que je saches faire à manger pour moi-même ? »

« Si … C’est vrai … Maintenant que tu le dis. »

« Alors, tu as accepté ma cuisine ? Prends garde donc à toi … Tu risquerais de le regretter amèrement, tu t’en doutes, n’est-ce pas ? »

« Ta cuisine ? Même si elle doit me tuer, je ne pense pas que je t’en voudrai. » rétorqua Kéran alors qu’Elyséa ne vient plus prendre la parole pendant quelques secondes. Finalement, elle signala qu’il encourait de graves risques avant de le laisser seul pour qu’il se concentre sur le combat qui allait l’attendre dans quelques heures.

C’est vrai … Maintenant, Sélia et lui étaient en route. D’après ce qu’elle avait dit, le dragon était assez loin … Et plusieurs heures de marche allaient être nécessaires. Mais sur le chemin, il tenta de faire la conversation avec Elyséa, sans réponse. Elle avait décidé de le laisser tranquille, comme convenu … Sauf que ça ne lui convenait pas.

Pas du tout même … Alors, bon, il allait discuter avec Sélia. Il devait faire quand même quelques efforts. Tant qu’il n’outrepassait pas une certaine ligne entre elle et lui. Tournant sa tête vers Sélia, il vint dire :

« Est-ce que tu sais au moins ce que l’on va combattre ? Je n’ai jamais rencontré de dragon … sauf un seul et il était fossilisé. Un grand Dracolosse blanc … »

« Draco…Est-ce qu’Hodan a dit quelque chose à son sujet ? » murmura la voix en Sélia, une voix qu’il n’avait que très rarement entendu.

« Bien entendu … Pas sur le moment mais ça m’a permis de comprendre exactement. C’était votre père adoptif … et à cause de cette fichue gelée, vous l’avez perdu. »

« C’est … exactement ça. Enfin, presque mais … Tant mieux si Hodan n’a pas oublié ça. »

« Hyathéna, c’est ça ? Pourquoi est-ce que tu cherches à tuer les … membres de ta famille ? Ces dragons sont comme toi, non ? »

« Ils ne le sont pas réellement. Ce ne sont que des parodies de dragon … Mais ils possèdent des pouvoirs tellement proches d’eux … Les véritables dragons … se trouvent dans leur montagne, là où la météorite est tombée. »

« Ca n’explique pas pourquoi … tu fais ça. Ils sont un peu tes semblables, non ? »

« Ils le sont … Mais en même temps, je ne peux pas perdre plus de temps avec ça. Il nous faut plus de puissance … car cette gelée n’est pas morte. Elle ne peut pas quitter la montagne pour le moment, depuis des millénaires, à cause de ce froid qui l’entoure. Mais plus les années passent, plus elle devient résistante au froid. Le froid … C’est bien l’unique chose qui peut la combattre, surtout depuis qu’elle possède les dragons. Eux-mêmes ne supportent pas le froid. Mais … Il suffit juste d’un seul morceau encore intact et cette gelée peut revenir à la vie. »

« Ca a l’air vraiment problématique … Très problématique même. Mais ça ne répond pas à ma première question : quel dragon est-ce que nous allons affronter ? »

« Je ne peux pas te le dire, Sélia non plus. Nous savons juste qu’il y en a un … mais sans plus de détails malheureusement. J’espère que tu te contenteras de cette réponse, Kéran. » termina de dire Hyathéna avant que Kéran ne sourit :

« Quand même … Tu as l’air plus agréable qu’Hodan aux premiers abords. Enfin … Tu es un peu comme Sélia et moi, n’est-ce pas ? Sa petite sœur sans que vous soyez liés par le sang. J’espère juste que tu n’auras jamais les mêmes problèmes que nous. »

« Malheureusement, tu vois … Kéran … Je suis en plein dans ces problèmes. » rétorqua la voix en Sélia avant de rigoler faiblement.

« Quoi ? Ne me dit pas que … Oh bon sang … Vous faites bien la paire toute les deux. »

Il poussa un profond soupir désabusé avant de se remettre en marche. Pendant les prochaines heures, il discuta soit avec Sélia, soit avec Hyathéna. Heureusement pour lui, la dragonne en la jeune femme était quelqu’un de très ouvert.

C’était à se demander même si elle n’avait pas toujours voulu pouvoir parler de la sorte avec quelqu’un d’autre, que ça soit des humains ou des pokémons. Enfin bon … A force, ils passèrent le reste de la journée jusqu’à ce que Sélia arrête Kéran.

« Nous y sommes … Il doit être dans les environs. »

« Tu es vraiment capable de ressentir sa présence comme ça ? D’un claquement de doigts ? »

« Pas exactement … Mais disons que je suis capable de repérer les dragons … puisque je suis en partie de leur espèce maintenant. »

« Sélia … Vraiment … Je me répète mais ce que tu as à fait à ton corps, je … »

Elle l’empêcha de terminer sa phrase, posant une main sur ses lèvres. Elle n’avait pas besoin de ses remarques. Elle était une grande fille. Ce qu’elle avait fait, elle en était pleinement consciente. De toute façon, impossible de revenir en arrière maintenant. Il soupira légèrement, l’accompagnant en se plaçant derrière elle.

C’était quoi alors … Ce qu’ils allaient affronter ? Enfin, il n’avait pas à avoir peur … Il avait quand même affronté un Metalosse géant, il ne fallait pas l’oublier. Mais il se sentait anxieux … Un véritable dragon ? C’est bien ça ?

Un véritable dragon … Enfin, un véritable faux dragon qui … Il se retrouva subitement la tête au sol comme le reste de son corps, Sélia couchée à côté de lui. Il sentit une forte chaleur passer au-dessus de son corps, Sélia criant :

« ET MERDE ! Il nous attendait depuis le début ! C’est bien le premier ! »

« Il est capable de nous repérer … car il est l’un des pokémons parmi les plus proches des dragons … Rien que sa forme fait penser à l’un d’entre eux. »

« DRAAAAAAAAAAA ! » hurla une voix au-dessus de Kéran alors qu’il cherchait à se relever. Le décor autour de lui … était maintenant carbonisé ? Il n’y avait plus que des cendres et un terrain ravagé … par les flammes ?

« Un Dracaufeu … Rien que ça ? Rien que ça ?! »

C’est bien ce qu’il disait mais il ne croyait même pas ses propres mots ! Car ce Dracaufeu était gigantesque ! Et pas seulement ! Au lieu d’une peau orangée … Elle était de couleur dorée et elle semblait comme avoir des écailles dessus.

« Ca sera un combat plus simple que prévu visiblement. Je possède les pouvoirs du Leviator rouge avec moi … Hahaha … Kéran, restes en retrait et admires. »

« Tu es sûre que tu ne vas pas avoir besoin d’aide ? »

Il n’était pas vraiment rassuré, il devait l’avouer. Ce Dracaufeu devait bien faire huit à neuf mètres de hauteur, ce qui devait être quatre à cinq fois plus qu’un simple Dracaufeu … normal. Oh, bien entendu, c’était plus petit que le Metalosse, largement plus petit même ! Mais … L’impression était bien différente.

« Elyséa, s’il te plaît … Dis-moi qu’elle a une chance. »

« Elle a dévoré déjà de nombreux faux dragons, elle est possédée par Hyathéna … Normalement, il ne devrait y avoir aucun problème, Kéran. »

« Normalement, ce n’est pas la réponse que j’attendais. »

« Je ne peux rien te dire de plus … Si j’étais seule, je pense que j’aurai quelques problèmes à le combattre … mais rien de plus, Kéran. »

« Je … Oh … Je crois que je me sens un peu mal, je dois l’avouer. »

Il se sentait même très mal en fait. Il ne voulait pas que ça arrive mais comment faire autrement ? Ce Dracaufeu … et Sélia. Pourquoi est-ce qu’elle avait voulu qu’il vienne ? Pour voir ce massacre ? Et si Sélia avait des problèmes, est-ce qu’il aurait le cœur de l’aider ? Est-ce qu’il serait capable de réagir pour l’épauler ?

Chapitre 232 : D’amour ou d’amitié

Chapitre 232 : D’amour ou d’amitié

« Dire que c’est le bon moment pour que je me débarrasse de toi … »

Sélia avait toujours le sourire aux lèvres, un sourire mauvais et machaivélique. Comme si elle appréciait grandement ce qui était en train de se passer. Elyséa se maintient droite, fixant Sélia avant de faire quelques mouvements d’épée.

« C’est pour cela que tu m’as dit de venir ici ? Ou pour autre chose ? Nous sommes éloignées de l’auberge. Cette auberge ne se trouve même pas dans une ville mais sur une route. A cette distance, personne ne viendrait nous déranger, n’est-ce pas ? »

« A peu de choses près … Peut-être que c’est ça ? Si j’en termine avec ton existence, peut-être alors que Kéran sera libre définitivement ? Tu ne seras plus dans ses pattes ? »

« Si c’est tellement ce que tu désires … »

« Ce que je désire, c’est avoir Kéran pour moi seule. C’est aussi simple que ça. Tu es une femme trop importante dans sa vie … Je ne peux pas te laisser plus longtemps. »

« Je devrais m’énerver … mais je n’y arrive pas. » murmura faiblement Elyséa avec lenteur, baissant la tête avant de reprendre : « C’est comme ça que tu comptes conquérir Kéran ? En utilisant des moyens les plus vils et bas ? Est-ce que tu te sens obligée d’en arriver à ces extrémités pour obtenir son cœur ? Tu n’as pas honte de ta personne ? Je ne devrais pas exprimer de la pitié envers toi … mais pourtant, c’est le cas. »

« Comment est-ce que tu … Je pensais juste te menacer mais si tu le prends comme ça, je ne vais pas me priver pour te couper un membre ! »

La femme aux cheveux bleus courut en direction d’Elyséa, celle-ci fermant les yeux, parant l’arme de Sélia avec une extrême facilité. Les yeux clos, elle n’avait aucun mal à se défendre face à Sélia, celle-ci reculant, énervée :

« Comment est-ce possible ? Tu ne me regardes même pas ! On va voir si tu fais plus la fière face à la puissance des dragons. »

« Je ne veux pas te blesser. Je veux juste que l’on parle … toi et moi. Est-ce trop demandé ? »

Elle ne lui répondit pas, courant vers elle alors que déjà des flots aqueux et de poison sortaient de sa bouche. Elle combattait le plus sérieusement contre elle, n’est-ce pas ? Alors, elle allait faire de même de son côté.

« Il vaut mieux pour toi que tu arrêtes maintenant, Sélia. Si je ne retiens pas mes coups, cela pourrait très mal finir. Mais je ne veux pas te faire de mal. »

« De qui est-ce que tu te moques ?! Je sais parfaitement ce que tu veux ! Tu es comme cette Katérina ! Tu ne pourras pas me tromper ! »

« Le pouvoir t’aveugle … Ton amour aussi. Mais d’accord, je comprends ce qu’il faut faire pour que tu saisisses correctement la situation. »

La femme en armure noire prit appui sur son pied droit, se penchant un peu en avant, son épée tenue en arrière. Les jets d’acide et aqueux passèrent à côté, l’ignorant complètement alors que Sélia était déjà à moitié consumée par les pouvoirs liés aux dragons.

« Tu ne pourras pas me blesser ! Mon corps est devenu bien plus résistant que … »

« Il ne faut jamais penser que quelque chose est impossible à réaliser. »

Et elle allait lui en faire la démonstration. Un simple geste, un unique mouvement d’épée et elle se retrouva derrière Sélia, une entaille se dessinant le long de la hanche de la femme aux cheveux bleus, du sang s’en écoulant.

« Mais mais mais… Cette épée ! C’est cette épée ! J’en étais sûre ! C’est à cause d’elle … »

« Il n’y a pas que ça, loin de là. Tu ne comprends donc pas ? Tu ne pourras pas me battre, malgré toute ta puissance. Car oui, la force ne fait pas tout durant un combat. »

« J’AI APPRIS A ME BATTRE DEPUIS DES ANNEES ! Depuis plus de dix ans ! »

« Dix ans ? Et tu penses alors être une combattante aguerrie ? J’ai combattu depuis plusieurs millénaires, depuis tellement de temps que je ne peux être précise. Tu as la puissance, j’ai l’expérience. L’expérience primera bien souvent sur la puissance. Je suis désolée de devoir te le faire remarquer de la sorte. »

« Me le faire remarquer … POUR QUI EST-CE QUE TU ME PRENDS ?! J’ai réussi à battre Katérina ! Ce n’est pas toi qui va maintenant te mettre en travers de mon chemin ! »


Elle semblait comme enragée de constater que malgré sa force, elle n’arrivait pas à blesser Elyséa, celle-ci se mouvant avec une telle subtilité qu’elle semblait comme voler au-dessus du sol. Pourtant, ses pieds ne quittèrent pas ce dernier.

Les minutes s’écoulèrent et finalement, Sélia se retrouva à genoux, haletante et ensanglantée alors qu’Elyséa restait debout, des fissures sur son armure, des égratignures sur les rares parties de son corps visibles.

« Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? »

« La raison est simple … Très simple. Je ne voulais pas me battre, loin de là. Je veux juste que tu me promettes de ne pas dire la vérité au sujet de Katérina à Kéran. »

« POURQUOI ?! POURQUOI JE NE LE FERAI PAS ?! Pourquoi est-ce que tu veux qu’il n’apprenne jamais ça ?! POURQUOI ?! »

« Car cela le ferait souffrir… Je ne veux pas qu’il souffre, je ne veux pas qu’il soit triste, je ne veux pas … qu’il ait mal, c’est tout. »

Sélia écarquilla les yeux plusieurs fois de suite, ses plaies commençant à se refermer peu à peu. Elles n’avaient été que légères donc la guérison était presque instantanée … Puis elle se releva, demandant à nouveau d’une voix plus calme :

« Et tu veux donc qu’il reste ancré dans son mensonge ? »

« Je ne veux pas qu’il souffre … Il a déjà perdu sa famille … Il a ensuite perdu sa grande sœur. Tu veux maintenant lui retirer de force son amour, son premier amour. Quel genre de monstre veux-tu être ? Si tu lui dis ceci, il perdra alors sa capacité à aimer. La seule chose que tu gagneras, ça sera son indifférence. Il ne pourra alors t’apprécier. »

« Qu’est-ce que tu insinues par-là ? Que tu es de mon côté ? Que tu veux que Kéran soit avec moi ? Pourquoi est-ce que tu ferais ça ? »

« Je suis seulement du côté de Kéran et rien d’autre. Mon seul désir est qu’il soit heureux … Et c’est avec toi qu’il le sera. Il le sera bien plus qu’avec Katérina. »

« Pourquoi est-ce que … ferais ça ? Tu es … bizarre. »

« Bizarre ? Où donc ? Je ne fais que ce que j’estime être bon, voilà tout. »

« Tu ne fais que posséder Kéran … mais tous tes actes ne concordent pas avec tes paroles. Si ce n’était même qu’une simple amitié, pourquoi tu irais jusqu’à faire tout ça pour lui ? POURQUOI ?! Je veux une réponse ! »

« Kéran … est Kéran. Voilà tout. » termina de dire Elyséa, faisant demi-tour sur elle-même, prête à retourner dans l’auberge.

« Arrête tes imbécilités ! Tu es une spectre ! Tu devrais seulement le posséder ! Tu ne devrais JAMAIS te préoccuper du corps que tu possèdes ! Tu ne devrais jamais faire tout ça ! Même pour un homme qui n’est pas de ton temps ! Même pour un garçon comme lui ! Et si c’était … vraiment ça … ce que je pensais … Tu ne ferais pas quelque chose envers les autres femmes. Pourquoi est-ce que tu ne cherches pas à lutter ? »

« Lutter ? Mais lutter pour quelle raison ? Toi … Tu ne voudrais pas que Kéran soit heureux ? Qu’importe la femme qu’il aime ? Qu’importent les actions qu’il a commises ? Qu’importe ce qu’il a vécu ? Toi, tu ne voudrais pas que la vie de Kéran soit la plus paisible possible ? La plus tranquille et calme ? »

« Toi … Qu’est-ce que tu fais réellement ? »

Elyséa s’arrêta de marcher, ayant à peine commencé en fin de compte. Elle tourna tout simplement son visage vers Sélia :

« Je veux le rendre heureux. »

« Jusqu’à quel point tu es prête ? » demanda Sélia.

« S’il faut crier sur lui, je crierai. S’il faut qu’il me déteste, je le ferai me haïr. S’il faut que je souffre pour sa joie, j’endurerai les pires douleurs. S’il veut que je disparaisse, je m’effacerai de sa vie. Si je ne dois plus exister … Je serai prêtre à lui donner mon éternité. »

« … … … Toi … … … Depuis quand tu … »

« Je vais retourner auprès de Kéran. Je n’aime pas être éloignée plus longtemps de lui. »

« Tu es morte … Tu es définitivement morte … Et pourtant … »

« Je vis avec lui. Je vis pour lui car à cause de moi, son existence paisible s’est arrêtée il y a de cela plus de dix ans. Je ne suis qu’un spectre, je ne suis rien d’autre. »

« Pourquoi tu n’essaies pas de te battre ? Pourquoi tu ne dis rien ! Kéran n’est pas stupide ! Il doit s’en douter ! Il doit se douter de quelque chose ! Je n’admettrai jamais qu’une femme comme toi puisse … »

« Ce n’est pas la première fois que tu me considères comme une femme ? Mais la réalité est toute autre … Je suis une pokémon … Je suis une créature ténébreuse … J’étais une femme … il y a de cela plusieurs millénaires. Mais aujourd’hui, je ne suis qu’une ombre. L’ombre d’un jeune homme qui a perdu sa famille par ma faute. Je ne suis pas faite pour vivre au grand jour, je ne suis pas faite pour m’exprimer devant tout le monde. »

« Ca me rend malade … Et pas pour une bonne raison. »

Le visage d’Elyséa resta imperméable à toute émotion alors que Sélia serrait le poing et les dents. Ce que venait de se passer … Elle ne l’acceptait pas. Cette femme en armure noire, elle pouvait obtenir tout ce qu’elle désirait ! Elle avait largement les moyens ! Elle avait tous les pouvoirs ! TOUT ! Elle pouvait avoir ce qu’elle voulait !

« POURQUOI ?! POURQUOI ?! POURQUOI ?! »

« Pour son bonheur. Je prierai pour que ça soit toi qu’il choisisse … mais ne te trompe pas de voie … Ne continue plus cela … »

« Vraiment, quelle stupidité. Je me suis peut-être transformée en grande partie pour obtenir ces pouvoirs mais toi … Tu ne cherches même pas à combattre ! »

Elyséa fit un simple geste de la main, la levant vers Sélia avant de retourner dans l’auberge. Sélia vient quelques minutes plus tard, remontant dans la chambre jusqu’à retrouver Kéran. Elyséa était déjà retournée en lui, Sélia pestant.

« Tu te sens mal maintenant, Sélia ? »

« Tiens donc … Tu as décidé de parler après tout ce temps, Hyathéna ? Je pensais que tu ne voulais pas prendre la parole quand elle était dans les alentours. »

« Ne parle donc pas avec ironie. Tu devrais être heureuse, n’est-ce pas ? Concernant Kéran, elle semble décidée à t’épauler. »

« Elle n’a jamais … réellement penser à cela. Elle n’a jamais envisagé ne serait-ce qu’un instant de se battre. Elle considère que c’est perdu d’avance. En fait, même pas … Elle a toujours gardé cela pour elle. Ca m’énerve … Ca m’énerve, ça m’énerve ! »

« Tu n’as pas à t’énerver à cause d’elle. Mais … Elle n’est pas une ennemie. »

… … … Elle le savait parfaitement. Elle l’avait compris à force. C’était aussi … « simple » que ça même. Elle regarda Kéran, celui-ci marmonnant dans son sommeil avant d’ouvrir les yeux. Il tourna sa tête vers elle, Sélia lui souriant.

« Qu’est-ce qui s’est passé, Sélia ? Je … Pourquoi je suis dans un lit ? »

« Tu n’es pas dans un lit mais sur un lit. Tu as eu un petit coup de fatigue. C’est étrange, je trouve … Mais tu vas bien non ? »

Il avait du mal à mettre de l’ordre à ses idées mais … il ne se rappelait pas exactement de ce qui s’était passé. Est-ce qu’Elyséa pourrait lui en parler ? Elle lui expliquerait surement la situation, n’est-ce pas ? Il …

« Tu t’es évanoui mais Sélia t’a rattrapé à temps, Kéran. »

« C’est donc ça ? Mais quand même … Je … Comment ça se fait que je me sois évanoui ? Ca m’étonne un peu et c’est effrayant en même temps, tu ne trouves pas ? »

« Effrayant est un bien grand mot, Kéran, tu le sais ? »

« Pardon … Je ne vais pas te causer plus de problèmes que ça quand même. Désolé, c’est de ma faute, je ne veux pas te causer d’ennuis, Elyséa. »

Il se redresse sur le lit, s’étirant pendant quelques secondes avant de sourire à Sélia. Il vint la remercier pour ce qu’elle avait fait tandis qu’il se demandait maintenant ce qui allait se passer. Est-ce que Sélia avait une idée en tête ?

« Kéran … Si ça ne t’embête pas, qu’est-ce que tu penserais de venir m’accompagner pour une chasse au dragon ? D’après ce que je ressens, il y en a un qui ne doit pas se trouver si loin que ça … Peut-être à une cinquantaine de kilomètres, cela fait un peu de marche mais qu’importe, ça ne te dérangerait pas non ? »

« Pas vraiment … Enfin, ça ne m’embête pas plus que ça aurait pu l’être, je pense. Mais bon … C’est à voir avec le reste, bien entendu. »

« Tant mieux alors. Tu as faim ? Peut-être que … Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Tes habits ont l’air un peu déchiré. Tu peux me dire ce qui s’est passé exactement ? » dit le jeune homme, un peu méfiant maintenant.

« J’ai encore du mal à contrôler mes pouvoirs donc ne t’en fait pas … Comme je fus inquiète à cause de ton évanouissement, j’ai été un peu trop anxieuse et tu as le résultat devant toi … Mon corps a eu quelques difficultés à se contrôler. »

« Oh … Je vois, je vois … »

Ca avait tout l’air d’un mensonge mais en même temps, il lui faisait confiance sur ce coup. Elle ne voulait pas l’inquiéter et elle ne semblait pas avoir perdu ses esprits. Mais quand même, il ne se rappelait pas exactement ce qui s’était passé auparavant.

Chapitre 231 : Trahison

Chapitre 231 : Trahison

« Sélia, je ne suis plus un enfant. Arrête donc de vouloir me materner. »

« Je sais bien que tu n’es pas un enfant … Loin de là même. »

Alors pourquoi est-ce qu’elle continuait à vouloir lui donner à manger ? Hein ? S’il n’était pas un enfant, ce n’était donc pas ça qu’elle devait faire mais tout le contraire ! Il poussa un léger soupir avant de commencer à manger par lui-même.

« Hmm … Un peu dure la viande aujourd’hui. »

Cela faisait maintenant quelques jours qu’il vivait dans l’auberge. Où est-ce que Sélia trouvait l’argent ? Il avait un peu peur de savoir mais il devait savoir … cela justement. Il murmura avec lenteur :

« Sélia … Cet argent pour payer l’auberge … Tu n’as pas tué quelqu’un hein ? »

« Comment est-ce que tu oses insinuer ça, Kéran ? Ca me fait vraiment mal, là ! Cet argent est celui que j’ai économisé durant tous ces mois. »

« D’accord … Pardon, je m’excuse sincèrement. C’est juste que je préfère être méfiant. C’est tout … Une simple mesure de sécurité, voilà tout. »

« Tu as raison de l’être même si c’est vraiment offensant de penser de la sorte en ce qui me concerne. Je le prendrais très mal, tu sais ? C’est vexant … très vexant même. »

« Pardon … Qu’est-ce que je peux faire pour me faire pardonner ? »

« Tu peux m’embrasser non ? Ça serait une très bonne façon de te faire pardonner à mes yeux. Qu’est-ce que tu en dis ? » demanda-t-elle tout en tendant ses lèvres vers lui.

« Autre chose … qui n’a rien en rapport avec ça. Ou alors, tu me pardonnes sans rien me demander, qu’est-ce que tu en penses ? »

« Bon … C’est bien parce que tu es mon petit Kéran que j’accepte ça. »

« Merci beaucoup, Sélia. Ca me fait plaisir. »

Pendant qu’il terminait de manger, il réfléchissait à Elyséa. Enfin, il avait fait la paix avec elle, c’était vraiment important pour lui. Mais en même temps, il s’inquiétait pour Katérina. La raison était simple : son père … Ce fichu Noctunoir. S’il lui mettait la main dessus, qu’est-ce que cela allait donner hein ?

« Je ne sais pas vraiment … mais pas forcément quelque chose de plaisant. »

« Hodan est avec elle … Il la protègera. » murmura calmement Elyséa en lui, lisant dans ses pensées. Il marmonna quelques mots :

« C’est vrai … Il y a Hodan, le magnifique et grand Hodan … Mais en même temps, je lui fais confiance. Il est très fort puisqu’il était un dragon auparavant. Enfin, proche d’eux. »

« Tu ne sembles pas si jaloux que ça … Enfin, tes premières paroles l’étaient mais plus maintenant. Comment est-ce que ça se fait, Kéran ? »

« Je ne sais pas … Je ne dis pas que ça ne m’embête pas qu’un homme tourne autour de Katérina mais à côté, je suis avec Sélia et puis, il y a toi aussi. Hodan a surement vu nue Katérina comme toi tu m’as vu. »

« C’est étrange de ta part, je dois l’avouer mais … Tant mieux. »

« Tant mieux ? Là, c’est toi qui es étrange. Pourquoi est-ce que tu penses que c’est une bonne chose ? Je devrais plutôt être jaloux. »

« Non, tu ne devrais pas. Je ne te dis pas d’être candide mais rappelle-toi ce qu’est devenue Katérina à cause de la jalousie. Voilà … Tu sais ce que j’en pense exactement non ? »

« Je le sais parfaitement … Je ne deviendrai jamais comme ça, Elyséa. »

« Quand même … Hodan est un beau parti. Quand je me dis qu’il était de mon époque mais qu’il n’a pas changé depuis tout ce temps … Vraiment. » soupira la femme aux cheveux blancs en lui alors qu’il se redressait aussitôt sur sa chaise.

« Sélia, je … J’ai une envie … Enfin, désolé. »

Elle lui signala de ne pas avoir besoin de s’excuser alors qu’il se dirigeait aussitôt vers l’étage, pénétrant dans la chambre. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Cette boule dans l’estomac à l’instant ?

« Tu es libre d’apprécier qui tu veux, Elyséa. Juste que … Je ne te vois pas avec lui. Il ne te conviendrait pas. »

Hein ? Qu’est-ce qu’il venait de dire là ? Il n’avait … pas osé déclarer ça quand même ? Quand même pas non ! Assis sur le lit, il vient se tenir la tête entre les mains, bredouillant quelques mots à voix haute :

« Pardon, Elyséa. Je t’ai demandé de ne pas te mêler de mes sentiments mais … Je ne devrai pas me mêler des tiens. Je m’excuse. »

« Ca ne fait rien mais est-ce que tu peux m’expliquer pourquoi tu penses cela ? Pourquoi tu estimes qu’Hodan n’est pas fait pour moi ? »

« Sans qu’il soit prétentieux … Il y a tellement de noblesse en lui, tellement de valeur … Comment dire … Toi, tu es une femme discrète, je suis sûr que tu n’as jamais voulu être devant la scène … contrairement à Hodan, Katérina ou Sélia même. Tu es quelqu’un de discret mais qui tient aux autres. Hodan n’est pas fait pour toi-même si on dit que les opposés s’attirent. Ce n’est pas dans ton caractère et vous n’iriez pas ensemble. «

« Hmm … Je crois que … »

« Attends, je n’ai pas terminé, loin de là. Vous êtes aussi très différents, vraiment différents dans ce que vous avez vécu. Alors que toi, tu as dû te débrouiller seule, lui a vécu avec sa sœur et des dragons. Bien entendu, tu n’étais pas vraiment « seule » mais à côté, il n’y avait pas que ça, loin de là même … Tu n’avais aucune famille alors que pour lui, il y avait tout autour de lui qui était sa famille. Vous n’avez pas les mêmes vécus, pas les mêmes origines, pas les mêmes histoires, pas les mêmes caractères. »

« Tu sembles un peu te répéter, Kéran. Je pense que … »

« A côté, Hodan, bien que cela fut comme une erreur, a quand même fait souffrir Katérina pendant des années. Contrairement à toi, il s’est bel et bien montré en elle depuis le départ alors que toi, tu es restée discrète pour me protéger du monde extérieur. Même quand tu t’es découverte, tu as pourtant tout fait pour ne pas te mettre en valeur. Tu aurais pu me dire directement que tu me possédais, que tu avais le contrôle de mon corps. Tu aurais pu me faire peur comme Hodan l’a fait avec Katérina pendant des années. Mais non … Rien de tout ça. Si je n’avais pas été blessé mortellement, peut-être que je ne l’aurai jamais su … que tu étais là. Que tu étais en moi … Tu es vraiment une personne très timide, Elyséa. Tu es timide et discrète mais tu as le cœur sur la main et tu es plus que généreuse. »

« Je crois que c’est bon, Kéran, tu en as assez fait. Tu peux arr… »

« Et ça, je ne permettrai jamais à quelqu’un d’autre de prétendre le contraire. Je ne permettrai jamais à une personne, qu’elle soit proche ou non, de t’insulter de la sorte. Surtout en disant de telles âneries à ton sujet. Que ça soit bien clair, Elyséa. Je vais le dire puisque je suis sûr que personne ne te l’a dit : tu es une femme exceptionnelle. Une femme que l’on ne risque pas de rencontrer, même une fois par millénaire. Tu n’es pas une personne charismatique, tu n’es pas une personne que l’on devrait prendre en exemple, tu es juste Elyséa, une femme que j’admire et respecte plus que tout. Que cela déplaise à Katérina que je te complimente, c’est bien le dernier de mes soucis. Je … »

Sa bouche fut subitement scellée alors qu’il s’immobilisait. Qu’est- ce que … Cette douceur … Cette chaleur … C’était qui il pensait ? Il avait fermé les yeux mais maintenant, il ne pouvait que les ouvrir car il n’y avait pas d’autres solutions. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il remarqua … cela.

Les deux mains féminines posées sur ses lèvres. Les deux mains qui quittaient finalement celles-ci avec lenteur. Puis elles descendirent jusqu’à sa poitrine, les doigts se croisant avant qu’il ne sente maintenant un corps qui se colle contre son dos. Elyséa ? Mais … Elle ne portait pas son armure, il en était certain.

« Ne bouge pas de là … Ne te retourne pas. C’est suffisant. … Kéran … Merci pour tout. »

« Ne parle pas comme si tu allais disparaître non plus hein ? Tu le sais ? »

« Je ne disparaîtrai pas … tant que tu ne le désires pas. »

« Ne disparait jamais, c’est tout ce que je te demande. Tu es une partie de moi. » murmura le jeune homme aux cheveux gris avant de poser ses mains sur celles d’Elyséa. Il vient lier ses doigts avec les siens mais cela ne dure qu’un instant.

« KERAN ! Qu’est-ce que tu fais ?! Je t’attends depuis déjà dix bonnes minutes ! »

La porte s’est ouverte pour laisser paraître Sélia. Lui ? Il regarde ses doigts maintenant libres. Qu’est-ce qui lui prenait sincèrement ? Il releva ses yeux, les posant sur Sélia.

« Pardon, je rêvassais maintenant … Je ne me sentais pas forcément très bien. »

C’est vrai … Sélia était belle, terriblement belle même. Elle avait un charme indéniable. Un corps des plus envoûtants … Le fait qu’elle soit maintenant en … partie dragonne, tout cela devait surement avoir un rôle dedans. Ah … D’ailleurs, voilà aussi quelque chose de différent : Hodan était en partie dragon, du sang noble et « princier » coulait dans ses veines. Elyséa était juste une femme normale, rien d’autre.

« Sélia … Sincèrement, je veux que tu comprennes tout. »

« Que je comprenne quoi exactement ? Dis-le-moi. »

« Sélia … Tu es magnifique comme femme, vraiment. Depuis que les mois ont passé, tu es devenue quelqu’un d’autre. Quelqu’un d’autre … que je ne reconnais pas tout de suite. Tu es devenue une femme resplendissante. Une femme qui n’existe surement que dans les rêves mais … Je ne peux pas. J’ai juré d’aimer Katérina. »

« Encore et toujours elle. Encore et toujours elle. Elle me fatigue ! »

« Oui mais c’est elle que j’aime. Je suis marié avec elle, tu le sais, Sélia ? »

« Je ne le … savais pas. Mais depuis quand ? Quand est-ce que … »

Il commença à réfléchir. Cela faisait combien de temps ? Et puis, il avait complètement oublié d’en parler à Sélia ? Qu’il était marié avec Katérina ? Qu’est-ce qui lui avait pris ? Ca ne se faisait pas ! Pas du tout même ! Il fallait être monstrueux pour oublier ça ! Quel idiot mais quel idiot quand même ! Quel imbécile !

« Ca doit faire quelques semaines quand même … »

« Je ne la laisserai jamais te récupérer ! Cette garce ne te mérite pas du tout ! »

« Sélia ! Il faut que tu comprennes que je l’aime, ELLE ! Tu es comme une grande sœur pour moi et ça ne changera jamais ! Je ne suis pas Hodan qui peut aimer Hyathéna ! Il faudrait que je sois mort depuis des millénaires pour espérer un changement dans mon comportement ! Que j’envisagerai ça différemment ! »

« Hodan qui peut aimer Hyathéna ? Hahaha … Quelle bonne blague. C’est vrai … Tu es mon petit Kéran … Mon petit Kéran. »

Qu’est-ce que ça voulait dire ? Elle venait lui caresser avec tendresse la joue, comme elle le faisait … auparavant. Son petit Kéran … Ce n’était pas moqueur, loin de là. C’était doux … C’était chaleureux, c’était … apaisant. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Elle savait quelque chose qu’il ne connaissait pas et ça le rendait terriblement anxieux maintenant.

« Elle en a profité … Cette salope … Il n’y a pas d’autres termes pour elle. Elle a profité de ta candeur et de ta gentillesse. »

« Qu’est-ce que tu racontes ? Je ne te laisserai pas l’insulter de la sorte, Sélia. »

« Mais réfléchis un peu, Kéran ! C’est pourtant simple ! »

« Pourtant simple ? Qu’est-ce qui est simple selon toi hein ?! »

Il commençait à s’énerver et il était déjà en sueur. On lui cachait quelque chose mais quoi ?! Surtout que Sélia ne semblait pas mentir sur ce coup. Il était anxieux, très anxieux même.

« Kéran … Tu ne le sais peut-être pas mais Katérina te trompe avec Hodan … et cela depuis bien longtemps même. Avant le mariage … »

Mais il n’eut pas le temps d’écouter cette phrase. Son corps se pencha en avant, s’effondrant au sol ou presque. La pièce s’était mise à trembler comme la majorité des meubles, les fenêtres s’ouvrant à la volée.

« Qu’est-ce que … »

La femme aux cheveux bleus sentit une sueur froide qui s’écoula le long de son cou alors qu’en un seul instant, Elyséa était apparue, tenant Kéran dans ses bras avant qu’il ne tombe. Ses cheveux flottaient au vent, bougeant comme des flammes.

« Toi … Je peux savoir ce que tu comptais dire à l’instant ? Tu peux te répéter ? »

Tenant Kéran contre elle d’une main, elle n’avait pas hésité un seul instant à avoir l’épée dans l’autre bien que la lame était dirigée vers le sol. Ses yeux saphir fixèrent Sélia avec rage, attendant que la femme reprenne la parole.

« Tiens donc … C’est donc à ça que tu ressembles réellement ? Elyséa ? »

Passée la surprise, elle avait maintenant retrouvé son allure imposante. Elle observa Elyséa avec lenteur, penchant la tête sur le côté.

« Je t’ai posé une question … Qu’est-ce que tu comptais dire à Kéran ? »

« Simplement la vérité, est-ce que ça te dérange ? »

« TU ES STUPIDE OU QUOI ?! Tu veux le blesser ?! Tu veux le faire souffrir ?! »

« Et si nous en parlions ailleurs ? Tu n’as qu’à prendre possession de son corps … Ou alors, tu peux t’en éloigner pendant quelques minutes ? »

Le sourire mauvais que lança Sélia n’avait rien de plaisant. Pourtant, Elyséa n’hésitait pas à lui faire face. Elle hocha la tête positivement, déposant avec tendresse Kéran sur le lit alors que Sélia lui présentait la sortie de la chambre puis de l’auberge. Si elle était dans les environs, Kéran ne … serait pas en danger mais elle ressentait déjà un grand vide l’envahir.

Chapitre 230 : Se faire dresser

Chapitre 230 : Se faire dresser

« Elyséa … Est-ce que toi et moi, nous avons fait la paix ? »

C’était important pour lui de savoir. Il devait savoir cela … Mais bon … Comment dire, il n’y avait pas d’autres choses que … Enfin, Elyséa le regarda avec lenteur, penchant la tête sur le côté avant de murmurer faiblement :

« Et toi ? Est-ce que tu me considères comme une plaie ? »

« Hein ? MAIS MAIS MAIS ! Pourquoi est-ce que tu dis ça ?! Elyséa ! »

Il vint aussitôt marcher à quatre pattes jusqu’à elle, arrivant à sa hauteur. La jeune femme aux cheveux blancs resta assise au sol, le laissant venir jusqu’à elle. Elle ne semblait pas choquée par ses paroles, contrairement au jeune homme.

« Je t’ai posé une simple question. Est-ce que tu peux y répondre ? Ça serait plus simple. »

« Bien sûr que non ! Jamais je ne te considérerai comme une plaie ! Pourquoi est-ce que je le ferai hein ? Réfléchis un peu ! »

« Je réfléchis … et je constate qu’amoureusement, tu ne veux pas que je me mêle de tes problèmes de cœur. De même, il n’y a pas que ça … Loin de là. Il y a aussi … le fait que le seul intérêt que tu me portes, c’est parce que je suis en toi. Si je n’étais pas en toi, est-ce que tu aurais dit la même chose ? Est-ce que tu m’aurais porté un quelconque intérêt ? »

Drôle de question … C’est vraiment très drôle. Enfin non ! Ce n’était pas drôle dans le sens humoristique, loin de là même ! C’était … vraiment non … Comment il devait penser ça ? Et surtout, pourquoi est-ce qu’elle lui posait une telle question ?

« Tu es en moi et j’ai besoin de toi pour vivre. C’est la chose la plus importante qu’il faut noter non ? Sans toi, je serai mort depuis longtemps. »

« … … … Oui … Peut-être. Un autre spectre ou créature ténébreuse aurait pu faire la même chose. C’est ça …. Et pas d’une autre façon. »

Qu’est-ce qui lui prenait ? Elle était étrange, vraiment étrange. Il avait l’impression de lui faire terriblement mal depuis qu’il n’était plus avec Katérina. Depuis quand est-ce qu’Elyséa montrait des signes flagrants de faiblesse … physique ?

« Quand même … Tu n’as pas besoin de te mettre dans cet état. Enfin, je crois … »

« Sûrement. Je ne devrai pas me montrer faible. Ce n’est pas dans mon caractère, loin de là. Si je commence ainsi, c’est alors le début de la fin, rien d’autre. »

« J’espère que ça ne sera jamais une véritable fin. Mais bon, tu sais, un jour, je vais mourir. Peut-être très vieux. Dès que tu verras que je suis inutile, tu pourras partir. »

« Partir ? Est-ce que tu veux vraiment que je commence à m’éloigner ? C’est bien ça ? » murmura la femme aux cheveux blancs. Bien sûr que non !

« NON ET NON ! Rien du tout ! Rien de tout ça ! »

Comment expliquer correctement ! Elyséa, il avait tellement de mal à la comprendre ! Katérina, c’était simple, Sélia, c’était simple ! Elyséa, c’était tellement de nœuds que c’était impossible de la comprendre !

« Je n’arrive pas à penser à ce que je suis pour toi, Elyséa ! C’est tout ! »

« Ce que tu es pour moi ? Tu es Kéran, rien d’autre. Pourquoi est-ce que tu essayerais d’être quelqu’un que tu n’es pas … juste pour moi ? »

« Ce n’est pas du tout ça. Loin de là même. Je … Elyséa, je suis fatigué. »

Il était vraiment exténué. Il n’arrivait pas à saisir correctement ces pensées. Voilà tout ! Il … Il … Il était trop perplexe à cause d’elle. Elyséa. La femme aux cheveux blancs était toujours immobile, toujours au visage neutre et froid.

« Je sais ce que c’est le problème avec toi, Elyséa. Je commence réellement à comprendre … J’ai pu le voir un peu depuis que je ne suis plus avec Katérina mais dans la chambre … »

« Ah ? Quel est le problème alors, Kéran ? Je t’écoute et je suis sérieuse sur ce point. »

« Tu n’es pas assez émotionnelle. Enfin … Je l’ai remarqué depuis déjà pas mal de temps, avec ton passé et toutes ces choses. Tu souris que rarement, tu n’exprimes jamais réellement tes sentiments, tu … »

« Je ne souris pas sur commande, je ne rigole pas car on me le demande. Les sentiments n’ont pas besoin d’être exprimés et … »

« Pourtant, là, quand tu es sortie brièvement dans la chambre de l’auberge, je trouvais ça amusant de te voir me « provoquer » un peu. C’était bizarre mais ça changeait. Mais je n’étais même pas préparé. Je ne sais pas comment le prendre ! Je ne sais pas sur quel pied je dois danser avec toi ! Voilà tout ! Et pas autrement ! »

« Donc, qu’importe ce que je fais, je suis comme une étrangère, n’est-ce pas ? »

« Pas réellement une étrangère … Mais c’est complexe, vraiment très complexe. Je suis désolé mais c’est bien trop difficile de saisir exactement ce que je veux faire avec toi. »

« Ne te complique plus l’existence par rapport à moi. Je resterai la même … définitivement. Je ne pense pas que j’aurai besoin de changer pour plus tard. »

« Ne fait pas ça, restes toi-même. Si tu ne veux pas exprimer tes émotions, ne le fais pas. Je n’aime pas forcer les gens, pas du tout, d’accord ? »

Cette conversation … Il en souffrait. Surtout que la femme aux cheveux blancs restait vraiment imperturbable. Elle semblait si … dénuée de sentiments. En fait, tout cela semblait ne lui faire ni chaud, ni froid. C’était horrible … car il savait que ce n’était pas le cas, pas d tout même. Et puis … Elle avait aussi dormi contre lui en vrai, auparavant, non ?

Ce n’était pas … aussi simple que ça. Pas du tout même. Comment … Elyséa ! Elyséa ! Il … Il n’y arrivait pas du tout ! Voilà tout ! C’était aussi simple que ça ! Il regarda la femme aux cheveux blancs avant de dire avec lenteur :

« Est-ce que je peux partir de ton rêve ? Si ça ne te dérange pas ? »

« Comme tu veux, Kéran. Je ne vais pas te forcer, tu le sais bien. »

« Merci pour tout ce que tu as fait, Elyséa. »

« Ce n’est rien du tout. C’est une chose normale, rien de plus, rien de moins. »

Il ne savait plus comment réagir alors, il préférait s’enfuir. C’était un acte d’une très grande lâcheté mais ça ne faisait rien. Tout autour de lui commença à se brouiller mais il tendit la main vers Elyséa. Elle resta parfaitement immobile sans rien faire, le laissant seul de son côté … jusqu’à ce qu’il se réveille.
Et il se réveilla, le regard tourné vers le plafond. Sauf qu’il se sentait mal, terriblement mal. Ses pensées étaient toutes tournées vers quelque chose qu’il ne comprenait pas. Il passa une main sur son visage, celui-ci se modifiant légèrement par la surprise. Ses yeux étaient embués par les larmes ? Il avait pleuré ? Il continuait à pleurer ?

« Peut-être que dans le fond … Je ne comprends vraiment rien aux femmes. Qui est-ce que je cherche à rendre réellement heureux dans le fond ? »

Qui est-ce qu’il comprenait réellement ? Personne … Vraiment personne. Il tourna son visage vers Sélia qui dormait encore paisiblement. Et elle ? Est-ce qu’elle avait des soucis avec la femme en elle ? Cette Hyathéna ? Il n’en était pas si sûr. Et Katérina ? Avec Hodan ? Peut-être pas. Il se frotta le bras avant de murmurer :

« Elyséa ? Est-ce que tu es là ? »

« Je le suis … Mais ne parlons plus, nous nous sommes mis d’accord à ce sujet. »

« Je … sincèrement … Elyséa. Est-ce que tu m’en veux ? »

« Pourquoi devrai-je t’en vouloir ? Kéran, ce n’est pas cela. Mon seul désir est vraiment de te protéger, que cela soit des autres ou de toi-même. Que cela soit physique ou psychologique. Il est stupide de penser une telle chose. Il est stupide de penser cela … car un être qui n’a jamais souffert n’apprendra rien du monde qui l’entoure. Je suis une femme stupide, une femme tellement stupide mais tu as déjà perdu tellement de personnes, que cela m’est insupportable. Je ne veux plus de cela … et si je suis celle qui te cause tant de peine, alors … je préfère ne plus être présente. Mais ne t’en fait pas … »

« Je ne m’en fais pas … au sujet de ? »

« Pendant des années, je suis restée immobile et imperceptible. Tu n’as jamais remarqué ma présence. S’il le faut, je scellerai si nécessaire ta mémoire une nouvelle fois … pour que tu puisses être heureux encore une fois. Je suis prête à tout pour cela. »

« Arrête, Elyséa. Arrête s’il te plaît. Ce n’est pas ce que je veux. »

« Mais je suis perdue. Je n’arrive plus à te protéger même dans tes rêves. Je commence à perdre mes habitudes. Je ne veux pas de cela Je m’investis trop pour toi. »

« Est-ce une mauvaise chose ? Est-ce que tu regrettes de vouloir conseiller mon cœur pour que j’aille vers Sélia et Katérina ? »

« Je ne regretterai pas … cela … Je ne peux pas le regretter. Je sais parfaitement que ce que je fais, dans le fond, est bon pour toi. Mais je ne peux … pas … Je ne peux pas regretter ça. »

« Alors continue. Je t’écouterai. Même si je le refuse, continue ce travail, continue ce que tu fais, tu es celle qui me protège depuis des années, discrètement, comme si tu n’avais jamais voulu te dévoiler. Tu es mon ange gardien et je t’en remercie. »

« Je … suis d’accord. Je suis contente, Kéran. »

« Alors, j’espère te revoir encore une fois durant cette nuit. Et je suis désolé d’être aussi lunatique. Si toi, tu ne montres pas souvent tes sentiments, moi, j’ai du mal à les garder très longtemps correctement. Hahaha … Et Elyséa, malgré tout ce que j’ai dit, je tiens énormément à toi … même si je ne sais pas l’exprimer de la meilleure façon qui soit. Dis-toi que je reste assez bizarre … pour me dévoiler. »

« D’accord, Kéran. Je note cette remarque. » murmura la voix en lui, plus chaleureuse qu’auparavant, chose qui n’échappa pas au jeune homme.

« Et toi ? Tu devrais normalement me répondre et me dire que c’est ton cas aussi ? »

« Pourquoi devrai-je déclarer quelque chose qui est logique ? »

« Tu vois … C’est pour ça que je tiens à toi. »

Elle plongea dans son mutisme mais il sentit une forte chaleur l’envahir alors qu’elle ne disait plus un mot. Il était satisfait … de la fin de cette discussion entre elle et lui. C’est tout ce qu’il avait voulu désirer de toute façon.

« Kéran … Je tiens à toi. »

Elle avait murmuré cela faiblement après quelques minutes de silence alors qu’il était resté dans le lit. Ah … C’était ce qu’il avait voulu entendre de sa part. Et oui, il était heureux. En un sens, il ne savait pas pourquoi mais entendre cela de la part d’Elyséa le mettait dans un état bien plus euphorique que si cela avait été Katérina ou Sélia. Peut-être parce qu’il savait que c’était déjà le cas pour elles ?

« Non … C’est sûrement une raison bien stupide ça. »

Il le savait parfaitement. Mais les discussions avaient Elyséa avaient un autre goût. Un goût bien étrange, délicieux … Comme pour bien lui montrer qu’elle était différente des autres femmes. Heureusement pour lui, il bloquait cette pensée pour qu’elle ne puisse pas la lire.

Katérina était allongée au sol, haletante et en sueur alors qu’elle se trouvait dans un rêve. Hodan était là, ses griffes toujours à la place de ses mains.

« PUREE ! Mais comment ça se fait ?! »

« Cela se fait quoi, Katérina ? » murmura l’homme aux cheveux blonds.

« Que tu sois aussi fort ! Ce n’est pas normal ! Normalement, tu ne devrais pas être aussi fort ! Ce n’est pas logique ! Depuis quand tu l’es ? »

« Comment … Est-ce que je suis … ? Fort ? C’est cela que tu veux dire ? »

« Bien entendu ! A la base, tu n’es qu’un simple esprit ! Comment est-ce possible ? BON SANG ! Je suis crevée maintenant ! Je veux me reposer ! Ou pas ! Maintenant que je me suis entraînée, j’ai un autre besoin à combler ! »

« Katérina … Tu idéalises trop nos rapports dans les rêves. Je tiens à te le signaler … »

« Alors … Tu n’as qu’à venir en vrai, c’est tout. On verra si tu es aussi doué ou endurant en vrai, tiens ! Ca t’apprendra et … »

« Katérina, il y a des limites à ne pas dépasser. Ce que tu dis en est une. » coupa Hodan avec lenteur alors qu’elle semblait songeuse, réellement songeuse avant de se recroqueviller sur elle-même, assise par terre.

« Si ce que tu as dit est vrai, ça ne devrait pas réellement te déranger non ? Et puis … Depuis que j’ai recommencé avec toi, t’es le seul … à y arriver. »

« Tu n’as pas laissé beaucoup de chance à Kéran non plus. Est-ce que tu es certaine … à son sujet ? Il est vrai qu’il fut le premier à découvrir ce que tu étais réellement par ma faute. »

« J’ai peut-être été trop rapide en besogne. Ca arrive à tout le monde de se tromper non ? Bref, tu en as envie ou pas ? Que je sache si je vais dormir après m’être fait plaisir toute seule ou non. J’ai pas envie de perdre mon temps. »

« … … … Katérina, tu dois comprendre que j’aime aussi ma sœur. Enfin, elle n’est pas ma sœur naturelle, je tiens à te prévenir. »

« Elle est pas là et j’ai été violée par mon père alors sur l’inceste, si en plus, il est faux, je ne vais pas te jeter la première pierre. Tu feras ce que tu veux de ta vie sauf si elle cherche à me tuer, là alors, je répliquerai. Bon… Tu viens ? »

« Katérina, tu vas tromper Kéran … réellement, tu le sais ? »

« Et lui alors ? Vu comment il gueulait par rapport à Elyséa, tu ne crois quand même pas qu’il en profite ? Et puis bon … Tu n’as qu’à essayer de me conquérir si ce que tu disais était vrai … sauf si tu racontes des mensonges, ce qui ne serait pas digne de toi. »

Elle venait de briser ses dernières réticences. Mais … S’ils retrouvaient Kéran….

Chapitre 229 : Pas de combat, pas de sexe

Chapitre 229 : Pas de combat, pas de sexe

« Tu as une très mauvaise mine, Kéran. »

« … … … Ce n’est pas bien grave. Juste un petit manque de sommeil. »

« Tu donnes plutôt l’impression de ne pas avoir dormi du tout de la journée. C’est étrange et assez effrayant. Tu veux te reposer sur mes jambes ? »

« Je ne suis pas sûr que ça change grand-chose malheureusement. »

Elle avait tenu parole et c’était problématique. Vraiment problématique … Quand même … Quand elle décidait quelque chose, elle était une vraie tête de mule, plus que tout le reste. Elle exagérait ! Il était fatigué, lui ! Quand même …

« Enfin bon … Si tu veux en parler, dis-le moi hein ? »

« Pour le moment, je préfère ne parler de rien du tout, il vaut mieux. »

Sélia haussa les épaules comme pour bien montrer qu’elle était toujours à son écoute malgré qu’elle n’aimait guère qu’il ne lui dise rien. Elle poussa un léger soupir avant de faire un geste de la main, reprenant d’une voix lente :

« Si tu continues comme ça, cette nuit, je tiens à te prévenir, je dormirai avec toi, que tu le veuilles ou non. Ta santé est plus importante que tout le reste. »

« Je t’ai dit que j’allais parfaitement bien, ne me force pas à me répéter, je déteste ça. »

« Et je déteste voir le garçon que j’aime avec une tête de la sorte. » répliqua-t-elle assez sèchement alors qu’elle collait son front contre le sien.

Il resta immobile, déglutissant bien qu’il attendait de voir ce qu’elle allait faire. Elle resta ainsi pendant quelques secondes, comme pour l’étudier plus en profondeur. Puis finalement, elle murmura d’une voix lente :

« Tu es exténué … et je ne plaisante pas. Je ressens parfaitement la fatigue dans tous les pores de ta peau, est-ce que tu comprends cela ? »

« Comment est-ce que tu pourrais ressentir une telle chose juste avec ça ? »

« Car je ne suis plus totalement humaine, Kéran. Plus du tout même … Je suis autre chose … Un peu comme l’évolution de l’humain. »

« L’évolution de l’humain ? » demanda le jeune homme, intrigué par les paroles de Sélia. Celle-ci s’était éloignée, tournoyant légèrement sur elle-même avant de reprendre :

« Je ne suis plus humaine mais je ne suis pas totalement autre chose … Je suis surement l’entité la plus forte dans ce monde … Ou presque. Et même si ce n’est pas encore le cas, je ferai tout pour le devenir. Avec une telle force alors, personne ne pourra se mettre en travers de mon chemin et surtout, personne ne pourra rien faire contre moi. »

« Et pourquoi est-ce que tu as tant besoin de cette puissance hein ? »

« Pour l’homme que j’aime … Pour le protéger car je n’ai pas pu le faire auparavant. »

« Sélia, je … Je me suis parfaitement expliqué à ce sujet et … »

« Ne dit rien du tout, s’il te plaît. Je fais ce que mon cœur me dit et je pense que tu devrais faire pareil de ton côté, ça serait bien mieux. »

Elle venait de lui couper la parole. Faire ce que son cœur lui disait ? S’il devait écouter son cerveau, il irait alors retourner vers Katérina. S’il devait écouter son cœur … Il devait alors tout faire pour faire la paix avec Elyséa.

« Qu’est-ce qu’une femme non-féminine apprécierait comme cadeau, Sélia ? »

« Hein ? Qu’est-ce que … C’est quoi cette question saugrenue, Kéran ? Vraiment, tu as des idées assez …étranges, tu le sais ? »

« Non … Non … C’était juste pour savoir. »

C’était mieux dans le fond qu’il s’imagine par lui-même ce qu’il pourrait faire pour faire la paix avec elle. Mais bon … c’était toujours plus compliqué qu’on ne pouvait le croire. Il s’en doutait parfaitement même … Réfléchir pour faire plaisir à Elyséa. Il avait peut-être une bonne idée … Enfin bon … Il fallait qu’elle le laisse dormir.

« Bloque tes pensées jusqu’à ce soir. Si tu ne le fais pas et que je me doute de ce que tu comptes faire, tu ne dormiras plus jamais. »

La voix d’Elyséa ! Rien qu’à l’entendre, son cœur battait déjà deux à trois fois plus vite. C’est stupide de se dire qu’il la considérait comme une douce mélodie à ses oreilles ! C’était … Elyséa … Il n’avait vraiment besoin d’entendre rien d’autre. C’était si bon à ses oreilles !

« Et maintenant, tu fais un sourire des plus sinistres, Kéran. Tu es effrayant. »

« Ah ? Je fais ça ? Désolé … Ce n’était pas voulu. »

« Etrange … C’est vraiment étrange, maintenant, tu as l’air soulagé. »

« Je crois que je suis bizarre comme garçon. » répondit-il alors qu’elle rigolait à son tour.

« Surement … Mais c’est peut-être pour ça que je t’apprécie autant, Kéran. »

« Ah ? Peut-être … Je n’y ait pas pensé. Bon … On sort d’ici un peu ? »

Il lui proposait une balade à deux ? C’était vraiment étrange mais elle n’allait pas refuser ! Loin de là même ! Pourquoi est-ce qu’elle le ferait ? Si c’était pour passer du temps avec lui, elle allait tout faire pour que ça soit un maximum ! Elle prit sa main, sortant à toute vitesse hors de la chambre et de l’auberge, souriante et radieuse. Kéran avait envie de se promener avec elle, c’était tout ! Et personne n’allait les déranger, hahaha !

Pendant la nuit, elle tenta quand même se de faufiler dans le lit mais il l’en empêcha, signalant qu’il était sûr de bien dormir. Avec un petit murmure triste, elle lui souhaita de trouver le sommeil, chose qu’il obtint très rapidement.

« … … … J’attends. »

Voilà qu’il revoyait Elyséa, dans son armure noire, assise sur une pierre, les bras croisés, le regard sombre. Quand même … Qu’est-ce qu’elle était magnifique comme femme. Il ne pouvait qu’admettre ça quand il la voyait. Elle était …

« Je te laisse une dizaine de secondes et ensuite, je … »

Sans un mot, il sortit son épée, un sourire aux lèvres. Puis il courut vers elle, la jeune femme aux cheveux blancs se redressant aussitôt, sortant son arme. Elle voulut ouvrir la bouche mais il avait déjà fait un mouvement pour la frapper à la hanche. L’épée vint percuter son armure noire, Elyséa haussant un sourcil.

Ce n’était pas forcément le plus impressionnant mais … Quand même … Soit ! S’il le prenait ainsi ! Elle n’allait pas le laisser tranquille ! Elle claqua des doigts et le jeune homme aux cheveux argentés se retrouva affublé de la même armure qu’elle, cela dans les moindres détails. Etrange … vraiment très étrange. Enfin non ! Il était encore plus heureux maintenant ! Il ne s’attendait pas à ça de sa part !

AH ! A cause de ça, il fut déconcentré, se prenant un coup dans les hanches de la part d’Elyséa, une légère fissure se faisant voir sur l’armure. AH ! C’était de sa faute là ! Il commença à accélérer le rythme, se dépêchant d’aller jusqu’à sa hauteur pour recommencer à la frapper avec l’épée !

« Je n’ai rien … sous mon armure. »

Hein ? Quoi ? Qu’est-ce qu’il venait d’entendre de la part d’Elyséa ? Il avait surement mal compris, très compris. Mais bizarrement, cela lui donna un petit coup de boost, Elyséa parant ses coups les uns après les autres, cherchant à briser son armure sans y arriver. Elle-même aussi tentait de le frapper mais elle se faisait parer. Après tout ce temps, il commençait à comprendre comment elle se battait et inversement. Et puis, il n’était plus l’adolescent frêle et faible qu’elle avait connu auparavant ! Il était différent !

Vraiment différent même ! Elle allait finir par le remarquer à force ! AH ! Voilà ! Un bon coup au niveau de l’épaule et il remarqua que l’armure se fissura avant d’exploser à ce niveau, dévoilant juste de la chair nue. Elle … Il avait donc bien compris ? Quand même pas … Et pourquoi est-ce qu’il était rouge et excité comme un enfant ?

Et zut ! Maintenant c’était à lui de se prendre un coup en plein ventre, l’armure explosant pour laisser place à son nombril. He… HEY ! Il n’était quand même pas nu dessous hein ?! C’était une blague ! Enfin, il espérait ! Ca ne lui plaisait pas vraiment ça ! PAS DU TOUT EN FAIT ! AH NON NON ! Il devait vite se dépêcher de la battre avant qu’il ne soit trop tard ! Non mais, il n’allait pas se trimballer nu ! Et puis quoi encore ! Mais en même temps … Voir Elyséa dans une telle … NON ! Il n’avait pas avoir des pensées impures de la sorte envers elle ! C’était un combat ! Un combat pour la paix !

La paix ? C’était stupide mais en même temps, c’était exactement ça. Il se battait pour faire la paix entre elle et lui.

C’était aussi simple que ça ! Enfin, à dire … oui … A faire, c’était quand même bien plus compliqué malheureusement. Il hoqueta sur le coup reçu de la part d’Elyséa, se retrouvant allongé au sol. Mais il se redressa aussitôt, fonçant vers Elyséa, l’emportant avec lui dans son élan. Il en profita pour la frapper avec son arme, le combat s’éternisant entre les deux.

Les minutes s’écoulèrent et finalement, il haletait, se tenant en face d’elle. Un genou au sol, l’épée plantée devant lui, il se maintenait à cette hauteur grâce à son arme. Son armure était dans un triste état, s’effondrant autour de lui alors qu’Elyséa était debout, droite et fière.

« Tu as encore besoin de beaucoup d’entraînement si tu veux me tenir tête. »

« Je … Je … Je … Je m’en doutais. »

« Mais il faut quand même reconnaître que tu t’es grandement amélioré depuis tout ce temps. Pourquoi est-ce que tu as fait ceci ? C’était ton cadeau ? »

« Car je ne voyais pas d’autres façons de me faire pardonner à tes yeux. »

« De te faire pardonner ? Par cette méthode ? Tu n’es donc pas sérieux ? Et que désires-tu comme cadeau de ma part ? Oh … Mon armure ne tient plus … Tu as vraiment été très efficace, Kéran. Voilà mon cadeau. »

Hein ? Comment ça ? Son cadeau ? Elle n’allait quand même pas … Il devait détourner le regard. Il le devait … Mais chaque partie de l’armure qui tombait au sol semblait dévoiler un peu plus du corps d’Elyséa.

Il devait détourner la tête. Ca ne se faisait pas ! Pas du tout même ! Il aimait Katérina, il aimait Katérina et il ne devait alors pas … réagir … comme ça. Il ne devait pas se laisser amadouer de la sorte ! Non ! Mais il n’y arrivait pas ! Elyséa allait être vraiment nue devant lui ? Avec son armure qui s’effondrait peu à peu ?

Elle allait vraiment … être nue ? Il n’y arrivait pas. Il ne pouvait pas quitter le corps de la jeune femme devant ses yeux. Sauf qu’à son grand désarroi, la bouche à moitié ouverte, il voyait des bandelettes blanches qui recouvraient et compressaient sa poitrine ainsi qu’elles tournaient autour de son entrejambe et du haut de ses cuisses pour les cacher.

« Tu sembles déçu … A quoi est-ce que tu t’attendais donc ? »

« Oh … A rien du tout, rien de rien. » bredouilla le jeune homme en détournant la tête vers la gauche. C’était gênant … très gênant même.

Elle n’était pas très recouverte en même temps … et sa peau était si blanche et laiteuse … Vraiment, il avait envie … de la toucher et la caresser. NON ! Qu’est-ce qui lui prenait ?! Il fit un demi-tour sur lui-même, lui demandant s’ils avaient fait la paix. Elle lui répondit que oui, lui murmurant de se retourner. Elle avait maintenant à nouveau son marcel et son pantalon. Tant mieux … Et lui aussi avait en fait ses vêtements. Mais il était … soulagé.

« RAAAAAAAAH ! J’en ai envie maintenant ! Bon sang ! »

« Hmmm ? Même si ce n’est qu’un rêve, arrête de crier. »

« Quoi ? Je t’ai dit que j’en ai envie ! Je n’arrive plus à me passer de ça maintenant que j’ai obtenu ce que je voulais. Il faut … Aller ! Déshabilles-toi ! »

« Ce n’est pas une bonne idée, je ne l’accepterai donc pas. De même, tu as dit à Kéran que tu allais le sauver. Est-ce que tu comptes trahir tes propos ? »

« … … … Non. Je ne compte pas. Mais par ta faute, je ne peux même pas dévorer des dragons. J’ai dit ça comme ça mais tu ne m’aurais jamais laissé faire de toute façon et puis à cause de ces bêtises, je … »

Elle commence à se caresser le bras droit avec nervosité, fixant Hodan de ses yeux dorés. Elle murmure ensuite, après quelques secondes :

« T’étais sincère dans … ce que tu as dit ? »

Il ne répondit pas alors qu’il claquait des doigts, ses yeux fermés. Deux lames sortirent du sol, se présentant devant Katérina. Sans un mot, ses mains devinrent des deux puissantes griffes dorées avant qu’il ne rouvre ses yeux :

« Voilà ce que Kéran et Elyséa font depuis des mois maintenant. »

« Ca ne répond pas à ma question ! Et je n’ai pas envie de me battre ! Je veux … »

« Si tu ne te bats pas et que tu ne mérites pas cela, je ne vois pas pourquoi j’accepterai ta demande. C’est aussi simple que … »

« CE N’EST PAS UNE DEMANDE MAIS UN ORDRE ! »

Elle avait crié mais au même moment, l’homme avait disparu de son champ de vision. Quelques secondes plus tard, elle sentit une présence dans son dos, la faisant se retourner. Mais elle n’eut pas la possibilité de crier, une griffe venant prendre sa tête pour soulever tout son corps avec lenteur.

« Tu es faible … Terriblement faible, Katérina. Tu penses tout obtenir par la force mais quand tu es impuissante, tu n’obtiens rien … Je vais te forger pour que tu aies une chance face à Sélia, voilà tout. Peut-être que pendant ce temps, nous verrons pour te … récompenser. Mais n’oublie pas une chose : je suis celui qui a dirigé les dragons pendant des années … et celui qui a dirigé les spectres après sa mort. Est-ce que tu comprends cela ? »

Elle bougea simplement un bras, Hodan la faisant descendre. Il entendit quelques sanglots, Katérina étant en train de pleurer en même temps que du sang s’écoulait un peu de son visage. Il n’avait pas voulu réellement la blesser et tout cela n’était qu’un rêve … Mais il fallait qu’elle comprenne la situation dans laquelle elle était. C’était mieux pour elle.

« Maintenant, prends tes armes et viens te battre contre moi. »

Chapitre 228 : Un manque de confiance

Chapitre 228 : Un manque de confiance

« Tu es sûr de toi, Kéran ? Tu ne veux vraiment pas … »

« Je veux bien dormir dans la même chambre mais il est hors de question que ça soit dans le même lit. Je ne suis plus un enfant. Et surtout, en vue de ce que tu peux … »

« Faire ? Je ne vais pas te sauter dessus, tu sais ? Si tu veux que l’on s’aime, on s’aimera. »

« Mais je ne veux pas de rapports sexuels. Je suis fidèle ! Et après ce que tu as fait, il faut déjà que je recommence à t’apprécier avant tout le reste. »

« Je prendrai tout mon temps pour cela. Je serai patiente, très patiente même. » murmura la femme aux cheveux bleus alors qu’il la voyait retirer ses vêtements. Aussitôt, il détourna le regard, Sélia reprenant : « Tu peux m’observer, tu sais ? Je n’ai plus rien à te cacher. »

« Non et non ! Auparavant, ça n’aurait pas été aussi dérangeant, enfin, un peu … Mais là, je ne vais pas regarder une autre femme ! »

« Comme tu le désires … ou justement, ne le désires pas. »

Elle murmure cela avec une certaine tendresse avant de s’enfouir dans les couettes de son lit. Il fait de même de son côté, tremblant un peu à l’idée de savoir Sélia à ses côtés. Vraiment … Il n’aime pas ça, pas ça du tout même. Pas du tout même ! Mais … Il allait trouver le sommeil très rapidement, surement épaulé par Elyséa.

Mais ici … Rien du tout … Rien de rien même …. Il n’avait pas l’impression qu’Elyséa et lui rêvaient comme à son habitude. C’était étrange. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il se déplaçait dans le vide obscur de ses pensées mais rien n’y faisait. Il ne voyait pas Elyséa. Par contre, pendant qu’il rêvait, il sentait quand même une certaine difficulté à se déplacer dans le monde « réel » comme il aimait le penser. Pourquoi ? Qu’est-ce que … Sélia ! Elle n’était quand même pas venue dans son lit ! Il devait se réveiller !

Et il se réveilla … Sauf que Sélia était toujours dans son lit. Mais alors … Il … Qu’est-ce que … Ca voulait dire exactement ? Elyséa ? Elyséa était là. Elle était en train de dormir paisiblement contre lui. Enfin … Elle avait ses cheveux blancs autour de son visage et qui en cachait une partie mais pas que ça. Elle était là ? Pourquoi est-ce qu’elle était sortie ? Il devait la réveiller ? Il était anxieux, vraiment anxieux … surtout qu’elle portait son marcel blanc et son pantalon noir comme à son habitude. Mais pourquoi ?

« Ely … » commença-t-il à dire avant de s’arrêter dans ses paroles. Elle gesticula légèrement dans le lit et il sentit ses pieds contre les siens.

Bon … D’accord, il comprenait parfaitement ce que ça voulait dire. Avec tendresse, il alla remettre correctement la couverture jusqu’à ses épaules, se plaçant bien en face d’elle. Oh … Il était plus petit qu’elle mais dans un lit, ce n’était pas si visible que ça. Elyséa était là ? En train de dormir ? Et bizarrement, il n’avait plus tellement envie de rêver. Sans elle à l’intérieur de son corps, il se sentait un peu … vide … mais en même temps, il reconnaissait amplement que l’avoir à ses côtés … dans la vie réelle, c’était plaisant. Mais quand même, comment est-ce que cela se faisait-il … qu’elle soit là ?

Bien qu’il fût à moitié conscient, pendant la nuit, il posa ses mains sur les épaules d’Elyséa, gardant pourtant les yeux fermés. La tête de la femme aux cheveux blancs juste un peu sous la sienne, il … appréciait son parfum. Enfin … C’était bizarre mais son odorat appréciait grandement ce qu’il sentait.

Elle était quand même … malgré sa taille assez grande, plutôt maigre. Elle avait pourtant des muscles mais en même temps, elle n’était pas pour autant faite comme une montagne. Non, elle était très bien comme elle était maintenant. Il n’y avait pas besoin de changement. Finalement, il arriva à sombrer définitivement dans le sommeil, s’endormant complètement, rêvant de choses dont il ne se souviendrait surement pas le lendemain.

Et le lendemain était arrivé rapidement. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il n’y avait plus personne dans ses bras. Etait-ce peut-être un rêve ? Une illusion ? Surement. Il soupira tout en mettant une main devant sa bouche. Dans ses pensées, il murmura :

« Elyséa ? Est-ce que tu es réveillée ? »

« C’est le cas, Kéran. Que se passe-t-il ? Tu sembles soucieux. »

« Non rien … De bien important. Ne lis pas mes pensées, je n’ai pas envie de les bloquer. Si vraiment, il y a un problème, je … »

« Kéran, j’ai dormi avec toi cette nuit. »

Elle avait coupé la parole au jeune homme, celui-ci restant interdit, assis dans le lit. Ce n’était donc pas son imagination ? Un rêve ? Il voulut reprendre la parole mais ce fut elle qui continua, murmurant d’une voix douce :

« Je voulais voir … ce que cela faisait en vrai. Les rêves ne sont pas la réalité. «

« Pourquoi est-ce que tu me dis cela ? Est-ce que je peux savoir ? Si ça ne te dérange pas trop d’en parler, bien entendu. Je suis à ton écoute. »

« A mon écoute ? Qu’est-ce que tu racontes donc ? J’ai fait cela sur le moment, je n’avais aucune intention malsaine, j’espère que tu t’en doutes. »

« Ce n’est pas … de ça dont je veux parler. Tu parles que les rêves ne sont pas la réalité. Pourquoi est-ce que tu dis ça, Elyséa ? »

« Kéran … Peut-être que tu idéalises trop la femme que tu aimes. »

« Non … Katérina est vraiment une peste sur certains points. Je le reconnais parfaitement … Donc tu te trompes lourdement à ce sujet. »

« Alors, tu idéalises trop ta relation avec elle. Je tenais à te le signaler. »

« Mais en quoi est-ce que cela te dérange réellement ? Réponds-moi sincèrement. » murmura le jeune homme aux cheveux argentés. Pourquoi est-ce qu’elle parlait de ça ? Pourquoi est-ce qu’elle évoquait une telle chose maintenant ? Il avait besoin de savoir.

« Ca ne me dérange pas … personnellement. Kéran, je pense à toi. »

« Penser à moi ? Mais si cela me rend heureux d’être avec elle, pourquoi ne pas me laisser ? »

« … … … Kéran. » murmura la femme aux cheveux blancs en lui.

Mais rien d’autre. Il voulait … tellement d’explications de la part d’Elyséa mais il n’allait rien obtenir du tout. Pourquoi est-ce qu’elle ne s’exprimait pas plus clairement ? Qu’elle lui parlait plus franchement ? Les yeux dans les yeux ?

« Kéran ! Tu es donc réveillé ! Il était temps ! »

Finalement, Sélia avait tourné sa tête vers lui alors qu’elle était restée couché dans son lit. Elle se redressa à son tour et aussitôt, il eut une violente rougeur au visage, détournant celui-ci. Que … Qu’est-ce qu’elle faisait complètement nue sous les couettes ?! Il posa une main sur son nez, bredouillant quelques mots :

« Rhabille-toi au lieu ! Et vite ! C’est compris, Sélia ?! »

« Pourquoi faire ? Je vais aller me laver. Tu peux venir aussi, Kéran. Comme au bon vieux temps, n’est-ce pas ? Je trouve cela plutôt … bon … Enfin, une bonne idée ! »

« Non merci. Tu peux y aller, je viendrai ensuite. »

« Quand je serai encore dedans ? » dit-elle dans un sourire tendre.

Il fit un geste négatif de la main comme pour lui dire de partir. Mais maintenant, il savait le problème … Il savait pertinemment le problème qu’il avait actuellement. Il était trop méchant envers Sélia, c’était bête.

« Pardon Sélia mais non, je ne veux pas. Je ne suis pas prêt à cela. »

« Oh … Ça ne fait rien, je comprends. Comme je te l’ai dit, je serai parfaitement patiente. »

Il entendit les draps qui tombaient alors que des pas montraient qu’elle se rapprochait de lui. Deux lèvres se posèrent sur sa joue droite avant qu’il ne rouvre les yeux. AH ! QUEL IDIOT ! Ce qu’il voyait devant lui, c’était … C’était … Une forte bouffée de chaleur vient l’envahir alors que devant ses yeux … Il … Il pouvait voir … Il pouvait voir la poitrine de Sélia qui se balançait. Comme elle était plus grande que lui et qu’elle s’était penchée, il avait bel et bien devant les yeux … NON !

« Sélia ! Pars vite te laver ! S’il te plaît ! »

« Oh ? Est-ce que j’aurai provoqué une réaction … sur ton corps ? »

Elle alla s’asseoir sur le lit mais il avait déjà refermé les yeux, la repoussant faiblement. Lorsqu’elle tenta de le toucher en bas de son ventre, il repoussa sa main, lui murmurant de ne pas continuer. Il sentit ses lèvres toucher sa joue une nouvelle fois avant qu’elle ne parte. Il avait honte … Il avait honte de son corps … Il avait honte d’avoir des pensées impures pour celle qu’il considérait comme sa sœur. Comment est-ce qu’il pouvait avoir une telle idée ? Il avait honte, tellement honte. Il commença à sangloter. Il ne voulait pas trahir Katérina, pas du tout même. C’était impossible, c’était monstrueux ! Elle ne méritait pas ça après tout ce qui s’était passé chez elle.

Il s’en voulait terriblement. Posant une main sur son cœur, il le sentait battre à deux cents à l’heure. Il était anxieux, tellement anxieux. Il devait faire comprendre à Sélia qu’il n’y avait pas de place dans sa vie amoureuse pour elle. Peut-être qu’en lui expliquant clairement la situation, elle allait comprendre ? Il ne pouvait qu’espérer cela. Oui … Il ne pouvait qu’espérer cela et rien d’autre.

« Kéran … Tu n’es qu’un idiot. »

Il entendit un reniflement dans son être intérieur comme si … quelqu’un allait se préparer à pleurer. Elyséa ? Il regarda autour de lui, un peu inquiet. Pourquoi est-ce que … il se sentait mal mais pour autre chose ? Est-ce qu’Elyséa partageait sa tristesse ? Ca serait normal … Elle était si proche de lui. Et même si elle détestait Katérina, elle aussi … Elle ne pouvait pas s’empêcher d’être triste n’est-ce pas ? C’est pour ça qu’elle …

« NON ! Ce n’est pas pour ça espèce d’écervelé ! Je ne veux pas que tu foutes ta vie en l’air à cause d’une femme, voilà tout ! Pas comme la dernière fois ! Je … »

Plus aucun mot de la part d’Elyséa. Il avait entendu sa voix colérique et parcourue de trémolos. Comme ils étaient rares les moments où elle s’emportait. Qu’est-ce que ça voulait dire exactement ? La dernière fois ? Foutre sa vie en l’air ? A cause de Katérina ?

« Elyséa, il faut vraiment que l’on parle tous … »

« Je ne veux pas discuter avec toi, c’est aussi simple que ça ! Voilà tout ! Ne m’adresse plus la parole ! Tu ne fais plus aucun effort ! Tu préfères juste croire en ce que tu vois ! Tu ne laisses jamais parler ton cœur ! JAMAIS ! »

« Mais qu’est-ce que tu racontes … Tu dis n’importe quoi, tu n’as pas l’air d’aller bien. Pas bien du tout. Tu veux que l’on … »

« J’ai dit non ! ET NON ! Laisse-moi tranquille ! »

« Mais qu’est-ce qu’il y a ? Ça ne va pas ? Attends, fais-moi dormir ! On vaa voir une conversation, toi et moi ! Si tu ne me fais pas … »

« Dormir ? Tu ne dormiras pas … tant que je n’ai pas sécurisé le tout. Tu ne dormiras plus jusqu’à ce que tu comprennes la situation ! Voilà tout ! »

« Kéran ? Je t’entends parler à voix haute ! Qu’est-ce que tu dis avec Elyséa ? Ne vous bagarrez pas ! Sinon, je viens te chercher et t’emmener ! »

Il lui répondit par la négative Elyséa n’allait pas le laisser dormir ? Elle ne pourrait rien faire contre ça ! Qu’Elyséa se comporte comme une femme … normale, il n’était pas habitué, pas du tout même. Il avait l’impression que sa meilleure amie, sa confidente, son … Non … Que juste Elyséa faisait la tête pour une raison inconnue.

« HAHAHA ! J’ai trouvé finalement la solution ! Elle était si simple ! »

Katérina s’exclama avec joie alors qu’elle était en train de marcher avec Loa au beau milieu d’un chemin. Pendant toute la journée, elle avait réfléchit à la solution. A une solution tellement simple qu’elle était pourtant évidente.

« Je vais tuer des dragons et ensuite dévorer leurs chairs ! COMME ELLE ! »

« JE T’EN EMPÊCHERAI ! » hurla une voix en Katérina, la paralysant aussitôt et lui arrachant un cri de douleur avant qu’elle ne s’effondre au sol.

« Qu’est-ce que tu fous bordel ?! Ca fait horriblement mal là ! »

« Ce que j’ai fait ? Je t’ai calmé aussitôt après les bêtises que tu viens de dire. Ne recommence plus jamais, c’est compris ? Ou je risque de devenir très violent. »

« Et je suis censé la battre comment ?! Elle a des pouvoirs issus de votre foutue race ! Ce n’est pas de ma faute que je sache ! »

« Et tu crois que je vais te laisser faire ainsi ? Tu veux tuer mes semblables ? Tu penses que je ne fais pas réagir en conséquence ? La confiance que j’avais en toi vient de disparaître complètement, Katérina. Mes félicitations. Maintenant, tu ne seras même plus capable de bouger face à Sélia. Tu es comme une Aspicot face à un Roucarnage. Faible et inutile … Car pourtant, je te l’ai déjà répété mais la confiance entre l’être qui te possède et toi … est la plus importante. Tu as parfaitement oublié cela … dommage pour toi. »

« Dommage ? Dommage ? Qu’est-ce que tu racontes ?! »

« Tu ne comprends donc pas ton erreur ? Tu ne peux pas admettre ta faute ? C’est vraiment triste … Vraiment très triste même. »

Mais pour qui est-ce qu’il se prend ? Elle allait lui donner une leçon s’il commençait comme ça ! Il allait comprendre sa douleur ! Elle n’allait pas le laisser faire ! Elle allait lui expliquer le sens de la vie s’il continuait !

« Et tu ne reconnais même pas ton erreur ? Tu parles de tuer des dragons … à celui qui les dirigeait. Tu ne saisis pas ton erreur ? »

« Mon erreur ? Et où est-ce que j’ai fait une erreur ? »

« Je t’expliquerai tout ça … plus tard … Tu es fatigante des fois … Je tiens à te prévenir. »

« Je suis fatigante ? JE SUIS FATI … »

« Peut-être qu’il faudrait que j’use un peu de force pour te mater. »

Il avait coupé la parole de la jeune femme aux cheveux argentés. Il était peut-être temps qu’il lui explique correctement les choses. Son surplus de colère était peut-être à cause de lui … car il avait été beaucoup trop gentil depuis tout ce temps.