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Chapitre 5 : Forger l’histoire

Chapitre 5 : Forger l’histoire

« Princesse Terria ? Ne me forcez donc pas à vous chercher. »

Hum … Huit ans. Cela en faisait maintenant un peu plus de deux ans qu’il était là pour surveiller la princesse Terria. Le souci, c’est qu’elle avait encore disparue. Le souci, c’est qu’elle était devenue bien plus douée dans ses parties de cache-cache.

« Est-ce qu’elle aurait quitté le château ? Si tel est le cas, il vaut mieux que je m’effoce de confirmer cela avant de me mettre en route. »

Un rapide coup d’œil, une course assez folle dans les couloirs, quelques gardes le saluant en lui disant qu’il a encore perdu la princesse de vue. Bien entendu, il essaie d’ignorer d’Holikan qui cherche encore à le provoquer inutilement.

« Humpf. Bon, voilà qui est bien problématique. Si elle a réussi à s’enfuir, le royaume est beaucoup plus grand que cela. Malheureusement pour elle … Je ne suis pas simple à échapper. Elle va bien finir par comprendre son erreur. »

« Ah ? Qu’est-ce que tu fais, Olistar ? Tu quittes le château ? »

« Un petit achat à faire, je reviendrais dans l’heure qui arrive si vous voulez rassurer les autres soldats. Je ne serais donc pas très long. »

« Fais donc, tu tiens généralement tes promesses de toute façon. »

« Je ne vois pas pourquoi j’en ferais si je ne suis pas capable de m’y tenir. »

Les deux soldats haussèrent les épaules avant de le laisser s’échapper, le jeune garçon aux cheveux violets quittant le château pour se mettre à courir à travers les ruelles.

« Elle va devoir comprendre qu’il n’est pas bon d’agacer un Rapion. »

Elle était si facile à trouver … et cela, elle ne s’en rendait pas compte. Une petite Apireine qui voletait dans les ruelles, ça ne passait pas inaperçu. Bien entendu, nul n’osait croire ce qui se passait mais quelqu’un de mal intentionné pouvait la faire souffrir terriblement. Le souci était qu’elle ne s’en rendait guère compte et que cela pouvait finir de façon dramatique. Ah … Il ne peut rien dire de mauvais sur elle, elle veut juste s’amuser.

« Mais son amusement peut lui coûter la vie ! »

Voilà le problème ! Et cela, elle ne le comprends pas. Il doit se dépêcher avant qu’il ne soit trop tard. S’il ne fait pas attention, cela peut devenir très grave. Il ne peut pas se permettre une telle chose. Il ne peut pas laisser cela se produire.

« Je vais devoir la retrouver, elle est peut-être en danger. »

Il ne veut pas se faire de fausses frayeurs mais ne pas prévoir le pire dans une situation comme celle-ci, ça peut résulter par la mort de la princesse. Si cela devait arriver, il valait mieux alors ne plus rien espérer pour la paix entre le royaume et les peuples du désert.

Pourtant, il n’eut guère réellement de mal à la trouver, contrairement à ce qu’il aurait pensé et pour cause : elle était tout simplement devant lui, accompagnée d’un garçon aux cheveux blonds tenant une foreuse. Un rapide coup d’oeil lui fit comprendre qu’il s’agissait d’un Aspicot, l’un de ces insectes devenant dans le futur un Dardargnan.

« Comme le destin est vraiment étrange. »

« Qu’est-ce qu’il raconte ? Bon, euh … reculez, princesse Terria ! »

« D’… D’accord ! » s’exclama la petite fille aux cheveux blonds alors qu’il haussait un œil. Qu’est-ce que cet Aspicot comptait faire ? Se battre contre lui ? Réellement ? Sans vantardise ou prétention, c’était tout simplement de la folie que de vouloir le provoquer.

« Il vaut mieux me rendre la princesse Terria sans combattre. »

« Je ne suis pas du genre à écouter les ordres d’autrui, sauf celui de mon patron ! »

Patron ? Cet enfant était donc bien déjà un jeune travailleur ? A un si jeune âge ? Il avait à peine cinq ans, autant que la princesse Terria. Comment est-ce qu’il pouvait travailler ? Non, c’était stupide de penser de la sorte, vraiment stupide.

« Je ne suis pas mieux que lui en vue de l’âge que j’ai maintenant. »

« Qu’est-ce que tu racontes ? Si tu comptes faire du mal à la princesse Terria, il faudra me passer sur le corps ! Et je te préviens, ça fait des années que je tiens ma foreuse ! Je sais me battre avec ! Tu auras de sacrées surprises ! »

« Cette foreuse ne me semble pas très résistante. »

« Ne raconte pas n’importe quoi et recule ! Je n’hésiterais pas un instant ! »

« Tu risques surtout de te faire mal … je ne veux pas te blesser, jeune Aspicot. »

Ce n’est pas de la prétention ou autre mais cet enfant n’a aucune idée de ce qui se tient en face de lui. D’ailleurs, le plus étrange est peut-être bien le fait que cet enfant ne semble pourtant pas hésitant un seul instant par rapport à la protection de la princesse.

« Tu n’es pas un ennemi, n’est-ce pas ? »

« Je suis l’ennemi de ceux qui tentent de s’en prendre à la princesse Terria ! »

« Tu te trompes d’adversaire. Arrête ceci dès maintenant et je te promets que tu ne souffriras pas si tu décides de t’en prendre à moi. Que comptes-tu faire ? »

« Que tu croies m’impressionner mais je ne tomberais pas dans ce piège. »

Jeune et impétueux, tout le contraire de lui. Il le vit qui commença à courir vers lui à toute allure avant qu’il ne fasse un simple mouvement de la main pour l’esquiver et l’éviter avec une aisance des plus certaines. Il se faisait du mal : qu’il arrête maintenant non ?

« Assez, je ne me répéterais pas une seconde fois. Princesse Terria ? »

« Je … Je … Earnos, fais attention à toi. »

Hum ? Voilà, c’est étrange, très étrange. Elle le connaît mais surtout, le ton indécis de la princesse Terria risque de lui coûter cher, très cher. Est-ce qu’elle finit par s’en rendre compte ou non ? Car il n’en a pas l’impression. Il esquive une nouvelle fois le jeune enfant aux cheveux blonds, faisant un bond sur le côté.

« Stop … Earnos. Je ne veux aucun mal à la princesse Terria et il semblerait que vous non plus. Il vaut mieux éviter les confusions, n’est-ce pas ? »

« ASSEZ ! Ne tente pas de m’avoir par des paroles bizarres ! Si tu parles comme ça, c’est que tu es bizarre ! Je ne tomberais pas dans le piège ! »

Cet enfant n’est pas vraiment une lumière, n’est-ce pas ? Mais pourtant, il y a quelque chose dans son regard ou dans ses gestes qui le rend spécial mais quoi ? Il n’en a aucune idée, c’est peut-être ça qui le dérange dans le fond.

« Bon … Je pense qu’une leçon s’impose visiblement. »

« Qu’est-ce que tu comptes faire ? Je ne peux pas aller à l’école. Tu te vantes en plus d’avoir une éducation par rapport à moi ? Tu es vraiment un monstre. »

L’enfant parle bien pour un Aspicot travailleur. C’est toujours aussi surprenant en soi. Mais pourtant, ça l’embête moins, beaucoup moins. Il doit avoir une bonne éducation de la part de ses parents. Ses parents, cette arme, tout … Humpf.

« Que cela disparaisse en morceaux. »

Une main se pose sur la foreuse en marche, une seconde puis plus rien. L’objet de métal tombe en morceaux au sol tandis que le Rapion fixe l’Aspicot, celui-ci étant interloqué. Olistar regarde ses mains avec lenteur, clignant des yeux :

« Hum ? Ce n’est pas dans mes habitudes pourtant. Je ne me comportes pas de la sorte. »

« Ma foreuse. Ma foreuse … c’est ma foreuse. »

« Je ne voulais pas en venir jusque là mais visiblement, tu ne m’a pas laissé le choix. »

Sa première impression avait été la bonne. Cet enfant n’était pas dangereux, loin de là. Le problème résidait plutôt dans la jeune fille derrière cet Aspicot.

« Princesse Terria, pourquoi avez vous fait cela ? Si vous aviez décidé de l’arrêter, tout aurait put se terminer sans en arriver à cette extrémité, vous le savez ? »

« Je voulais … je voulais juste m’amuser, Olistar. Je ne pensais pas que ça arriverait à ça ! Je te le promets ! Je te le promets vraiment ! Earnos, tu me crois aussi, hein ? Je ne voulais pas que ça se casse ! Olistar, t’es une vraie brute ! Tu as cassé sa foreuses ! »

« Mon cadeau … de papa … mon cadeau … de maman. J’avais promis que j’y ferais attention. J’avais promis de ne pas le casser. J’avais promis … snif. »

Un cadeau de ses parents ? Hum, cela expliquait pourquoi il était en pleurs maintenant. C’était parfaitement compréhensible de sa part de réagir de la sorte. Pourtant, le regard embrumé par les larmes était maintenant furieux.

« Un jeu ? C’était juste un jeu ? Tu trouvais ça amusant ?! »

Il s’était dirigé vers la princesse Terria mais déjà, le Rapion s’était interposé entre eux deux, faisant rempart de son corps. Pourtant, l’enfant continua son chemin en criant :

« TU TROUVAIS CA DRÔLE HEIN ?! DE T’AMUSER GRÂCE AUX MALHEURS DES AUTRES ! SALE APIREINE POURRIE GÂTEE ! »

« Ne compte pas lui faire de mal, tu … »

Ce fut un coup de poing qui vint atteindre le Rapion, celui-ci n’ayant pas pensé un seul instant à ce que l’enfant cherche à le frapper lui mais Terria sous le coup de la colère. Un peu sonné et éberlué, sa tête pencha sur le côté jusqu’à ce qu’il réagisse correctement.

« Remercie ton garde du corps qu’il soit là ! Je ne veux plus jamais te revoir ! »

Comment … avait-il put se faire toucher ainsi ? Est-ce que pendant un court instant, l’enfant en face de lui avait été impossible à lire ? Comment est-ce possible ? Normalement, il devait être capable de se défendre du moindre fait et geste. Surtout de la part d’un Aspicot qui n’avait aucune expérience dans l’art du combat.

« Mais mais mais … Earnos ! Je peux te refaire une foreuse ! Je suis … »

« TAIS-TOI J’AI DIT ! JE NE VEUX PLUS T’ENTENDRE ! »

Pendant qu’il se concentrait, il avait complètement oublié la dispute entre les deux enfants plus jeunes que lui. S’il ne faisait pas attention, cela pouvait très mal se finir. Il valait mieux qu’il reste sur ses gardes au cas où. L’Aspicot pouvait avoir un geste malheureux et regrettable. Il valait mieux alors être sûr.

Chapitre 4 : Le chevalier personnel

Chapitre 4 : Le chevalier personnel

« Hum ? Elle a encore décidé de se cacher ? »

Ce n’était pas possible. Est-ce qu’elle avait des ressorts à la place des pieds ? C’était la question qu’il se posait alors qu’il grimpait à une colonne, observant les environs. Ce fût lorsqu’il remarqua un buisson qui bougeait qu’il sauta pour atterrir devant.

« Princesse Terria. Veuillez cessser ces bêtises, je vous prie. »

« Pfff, ce n’est vraiment pas drôle ! Pas drôle du tout ! Tu me retrouve à chaque fois ! »

« Je dois le faire, ce sont les consignes de la reine Seiry, votre mère. » déclara calmement l’insecte bien que cela pouvait paraître plus qu’embêtant.

« Pfff, ma mère, ma mère, je la vois encore moins souvent que toi ! Je sais même pas où elle est ! » déclara encore une voix dans les buissons avant qu’une petite être aux cheveux blonds n’en sorte. Elle se retira les quelques feuilles sur sa robe aux rayures jaunes et noires.

« Ce n’est pas de ma faute, princesse. Que comptez-vous faire aujourd’hui ? »

« La même chose que toutes les après-midi, Olistar ! »

« C’est à dire, princesse ? » murmura Olistar, prenant appui sur ses deux jambes alors que la petite Apitrini avait bourdonner ses ailes avant de décoller dans les airs.

« Tenter de t’échapper ! Héhéhé ! Je suis sûre d’y arriver maintenant ! »

« Je ne crois pas, princesse. Il vaut mieux que vous stoppiez là. »

Un rapide mouvement et voilà qu’il se mit à bondit de colonne en colonne, poursuivant la princesse qui passe en zigzaguant autour des dites colonnes.

« Tu ne m’attraperas jamais ! Nanana ! Non non ! Tu ne m’attraperas pas ! Hahaha ! »

« Je ne suis pas si sûr que cela, princesse. »

Il ne trouvait pas cela forcément drôle mais la princesse s’amusait de cette situation, commençant à voleter à toute allure pour tenter de l’esquiver. Humpf, il ne pouvait pas lui faire du mal et maintenant, les soldats les laissaient passer.
Au départ, ils avaient été très réticents mais maintenant, ils comprenaient que c’était la façon à la princesse Terria de se distraire quand sa mère n’était pas dans les parages. Il fallait dire que voir un Rapion en cet endroit était insolite et inquiétant mais dans le fond, tous s’y étaient fait … tous ou presque. Une voix assez forte cria :

« PRINCESSE TERRIA ! Arrêtez cela tout de suite, je vous prie ! »

La jeune fille aux cheveux blonds et aux yeux rubis s’immobilisa presque aussitôt, marmonnant qu’elle n’avait pas envie de s’arrêter mais elle savait qu’elle n’avait pas le choix.

« Pfff, coucou à toi aussi, Holikan. »

« Princesse Terria, qu’est-ce que j’ai appris de la part des Apitrinis ? Que vous étiez encore en train de courir et de faire une échappée sauvage. »

« Pfff, je sais, je sais Holikan, tu n’as pas besoin de me le rappeler hein ? »

Elle tira la langue légèrement en direction d’un enfant qui devait avoir au grand maximum sept ou sept ans. Cela faisait combien de temps qu’il était auprès de la princesse Terria en tant qu’ambassadeur ? Une bonne année non ? Il se rapprochait lui-même des sept ans et cet enfant Yanma, aux cheveux verts et aux yeux rouges était plus jeune que lui.

« Et je vois que vous êtes encore accompagnée par … ce Rapion. »

« Arrête de l’appeler comme ça ! Il a un prénom comme toi et moi ! Il s’appelle Olistar ! »

« Cela m’importe peu, princesse Terria. Je ne le considère pas comme un membre du royaume des insectes. Maintenant, si vous voulez bien me suivre … »

« Je n’ai pas envie de te suivre et je ne le veux pas … mais j’y suis obligée. Au revoir. »

« Au revoir, princesse Terria, je retourne à mes obligations scolaires. »

« Et toi, n’oublie pas une chose : JE suis le chevalier personnel de la princesse Terria, pas toi ! Est-ce bien compris ? Que ça te rentre dans le crâne ! »

« Nul besoin d’être agressif. J’ai compris ta position de mâle dominant envers la princesse. »

« Hein ? Qu’est-ce que tu racontes ? Enfin bon … Princesse. »

Le jeune garçon se pencha en avant, tendant sa main en direction de la princesse aux cheveux blonds. Celle-ci poussa un soupir avant d’y déposer la sienne, murmurant :

« Si tu peux juste éviter de te mettre en colère juste parce qu’il y a Olistar. »

« Je ne me mets pas en colère inutilement, princesse Terria. Je ne fais que de simples mises en garde pour qu’il comprenne sa position. »

« Sa position fût donnée par la reine Seiry, ma mère. Alors attention à tes paroles. »

Il s’arrêta sur ses gestes, baissant la tête avant de prendre une profonde respiration. Comme la princesse le désirait. Elle avait raison de le mettre en garde. Trop souvent, il laissait place à ses sentiments alors que ce n’était pas une bonne chose. Ce n’était pas ainsi qu’il devait espérer pouvoir réconforter la princesse. Des efforts, il devait faire bon nombre d’efforts pour alors être entendu par elle. Il vint reprendre la parole, lui signalant qu’il allait tout faire pour bien se faire valoir aux yeux de ses parents. Encore une fois, la princesse soupira en levant les yeux au ciel. Olistar les regarda partir, sans chercher à interrompre leur route. De son côté, il allait faire ce qu’il avait dit : aller suivre les cours. Cela lui permettrait alors de mieux comprendre le royaume des insectes … même si certains d’eux étaient très spéciaux.

« Je me demande pourquoi est-ce qu’ils veulent tous la guerre. »

Que ça soit du côté des Rapions et Drascores comme Novon ou alors de ce Holikan. Qu’es-ce que la guerre leur apporterait à part de nombreuses morts ? Est-ce qu’ils se rendaient compte des agissements qu’ils tentaient de produire ? Vouloir la mort était une chose, arriver à l’emmener en était une autre et ça, ils ne voulaient pas comprendre.

« Olistar, veuillez suivre ce cours, je vous prie. La reine Seiry elle même vous a recommandé. J’espère pour vous une concentration maximale. »

« Ne vous inquiétez pas, je vous écoute et j’écris. »

C’était normal que de respecter le peuple où il vivait. Même si la culture était différente de la sienne, ça ne voulait pas dire qu’il devait la refuser. Voilà la différence : Accepter et tolérer les différences des autres. Chose que bon nombre d’insectes ne pouvait pas encore admettre. Chose sur laquelle la reine Seiry travaillait depuis des années.

C’est pour ça qu’il respectait la reine. Pour toute son œuvre, pour tout son travail. Pour tout ce qu’elle a encore à accomplir. Cette femme est l’incarnation même de ce qu’il veut devenir plus tard. Une sorte … d’idole ? Non, il ne devait pas exagérer. Elle était juste une lumière dans cet océan d’obscurité.

« Olistar ! Qu’ai-je dit ? Je veux voir si vous écoutiez ! Répétez mot par mot ce que j’ai prononcé il y a de cela quelques minutes. »

« Les insectes, malgré le royaume qui les héberge, vivent en petites communautés. Ces communautés sont basées sur les différentes espèces d’insectes qui existent dans le royaume. C’est pourquoi mon espèce, comme les Rapions et les Drascores sont exilés du royaume à cause d’une histoire ancestrale liée au royaume. »

« Hum, nous allons dire que c’est à peu près cela. Quelle autre espèce a été exilée ? »

« Le terme « exilée » est incorrect puisque les Libegons et leurs enfants sont partis d’eux-mêmes par rapport à toute cette histoire. »

« Ahem … disons que c’est une version de l’histoire que nulle ne connaît réellement. Je ne sais pas ce que la reine Seiry vous a mis en tête, Olistar. »

« Cela est un récit des anciens Drascores que nos vénérables nous racontent chaque soir parmi tant d’autres. Il y a aussi ceux issus de la haine des Drascores et des Dardargnans. »

« Hmm … Tu sembles bien connaître ton sujet. Est-ce que la reine Seiry est au courant ? »

« Elle ne m’a jamais posé la question mais je pense que non. »

« Intéressant. Je lui en parlerai alors. Les cours sont terminés. Pour demain, je veux que tu m’écrives une page sur ce que tu appelles la fameuse haine des Drascores et des Dardargnans. Tu peux t’en aller maintenant. » déclara la femme insecte, une Dardargnan au regard rubis derrière une paire de lunettes. Le jeune Rapion la salua avant de quitter la pièce.

Alors … d’après ce qu’il avait appris aujourd’hui, c’était encore et toujours un peu d’histoire. Bien entendu, la version du royaume des insectes contredisait celle des Drascores. Il n’y avait aucun doute à ce sujet, pourquoi cela aurait-il changé en fin de compte ?

« La princesse va sur ses cinq ans voire ses six ans. Hum ? »

Et lui-même allait vers ses huit ans. A partir de là, tout ce qu’il avait commencé et préparé pouvait tout changer en un instant. Ah … Elle allait grandir et devenir alors plus intelligente pour tenter de lui échapper. C’est pourquoi il allait devoir se préparer mentalement à tout ce qui allait l’attendre car elle n »allait pas lui laisser une minute de répit. Couché sur le lit de la chambre qu’on lui avait laissé, il regarda le plafond pendant de longues secondes.

« Je ne sais pas si c’est ce que le Vénérable désirait en m’envoyant ici. »

Novon par contre, malgré la lettre mensuelle, continuait de tout faire pour qu’il revienne. Pourquoi est-ce qu’il voulait se forcer à ça ? Ca ne menait à rien, ça ne lui attirerait que des ennuis que de vouloir l’obliger à revenir. Novon lui manquait légèrement. Il avait toujours été là pour lui dans les moments difficiles, depuis … cet instant.

« Je ferais mieux de ne pas me déconcentrer de mon rôle. »

S’il commençait à avoir des pensées absurdes, ça serait alors la première marque de faiblesse … et il ne pouvait pas se le permettre. Les faibles n’avaient pas leur place dans ce monde et cela, il l’avait appris à ses dépends. Les faibles n’avaient aucun avenir prévu pour eux.

Chapitre 3 : Bien jeune pour cela

Chapitre 3 : Bien jeune pour cela

« Qu’est-ce que les Rapions et les Drascores ont pensé en nous envoyant ce Rapion ? »

« Il est si jeune ! Il est sûrement à peine sorti des jupes de sa mère ! »

Ne pas bouger. Rester immobile. Le Rapion garde la tête basse, un genou au sol alors qu’il est dans la salle du trône. La reine Seiry et le roi Tanator sont tous les deux déjà présents ainsi que plusieurs généraux et nobles. Les paroles fusent dans tous les sens.

« Allons allons ! S’il vous plaît ! Un peu de calme ! Qui sommes-nous pour juger les Rapions et les Drascores ? S’ils nous envoient ce jeune enfant, c’est qu’ils ont une raison, n’est-ce pas ? Quel est ton nom, jeune Rapion ? »

« Olistar, madame la reine Seiry. »

Il n’avait toujours pas relevé le visage. Ce n’était pas à lui de le faire. Il devait attendre que la reine Seiry lui ordonne de se relever et il le ferait. Cela ne tarda pas puisqu’il entendait maintenant la reine Seiry qui s’avançait doucement en disant :

« Quel âge as-tu, Olistar ? Un Rapion aussi jeune mais pourtant courageux au point de partir de son village natal est surprenant. »

« Cinq ans, bientôt six, madame la reine Seiry. »

« Six ans déjà ? Et si tu décidais de marcher à mes côtés ? J’ai tellement de questions à te poser. Mais d’abord, je veux que tu me montres ce visage. Pardonnes-donc aux nobles de cette cour. Nous manquons parfois d’éducation dans nos propos. »

« Ce n’est pas grave, reine Seiry. »

L’enfant releva enfin son visage, voyant celui de la reine Seiry. Malgré le fait qu’elle avait une trentaine d’années, elle était si belle et radieuse. Une véritable déesse pour les insectes. Il ne pouvait pas le renier. C’était impossible à ignorer.

« Reine Seiry … est-ce que j’ai le droit de marcher à vos côtés ? »

« Pourquoi n’en aurais-tu pas le droit si je te le proposes ? »

« Je ne sais pas, je ne connais pas les mœurs de la cour. »

« Alors, il va falloir les apprendre. Viens donc. Si je te le proposes, c’est bien parce que je suis d’accord pour que tu marches à mes côtés, n’est-ce pas ? »

« Comme vous le désirez, reine Seiry. »

Finalement, il se devait d’accepter la proposition de la reine. S’il refusait, il sentait qu’il se ferait encore plus d’ennemis que maintenant. Et ce n’était pas ce que son peuple voulait. Il se redressa, se tenant droit et fier pour que la reine Seiry n’ait pas honte de lui … ni de son peuple. Que son peuple n’ait pas honte de lui, oui.

« Alors, que sais-tu faire exactement ? »

« Je ne sais pas lire, je ne sais pas écrire. Du moins, je ne connais pas le langage du royaume des insectes donc je ne veux rien promettre, reine Seiry. »

« Hum? Etrange … » murmura la femme aux cheveux blonds, un rubis planté dans son front bien que cela ne semblait guère la faire souffrir. Elle vint s’accroupir devant Olistar, posant ses mains sur ses épaules. « Est-ce que tu peux me répéter cela ? »

Comme elle désirait. Qu’est-ce qu’il y avait de si bizarre dans son langage ? Il ne voyait pas où elle voulait en venir mais puisque c’était la reine Seiry qui lui demandait. Il se répéta avec nonchalance, n’osant pas détourner ses yeux du visage de l’Apireine.

« C’est bien ce que je pensais. Ah … Pauvre enfant. Tu parles comme si tu avais déjà tout d’un adulte. C’est vraiment malheureux. »

« Je ne suis pas malheureux, reine Seiry. Je peux vous le confirmer. »

« Ce n’est pas de cela dont je parle. Bref, continuons à marcher, j’ai temps à parler avec toi. »

« Reine Seiry, est-ce normal que vous soyez auprès de moi ? Ne faut-il pas que vous soyez auprès de votre peuple ? Je ne suis que l’ambassadeur des Rapions et des Drascores. »

« Malheureux, vraiment malheureux. » soupira la monarque en soulevant le Rapion. Celui-ci, surpris, se laissa faire avant qu’elle ne le serre contre son coeur. « Tu es de mon peuple, Olistar. Ne l’oublie jamais. Ce n’est pas parce que certains insectes ne sont pas d’accord avec ce principe que je suis ainsi. »

Chaleur. Cette chaleur … Cela faisait si longtemps qu’il ne l’avait plus ressenti. Il hoqueta d’étonnement mais resta parfaitement immobile alors qu’elle reprenait avec tendresse :

« Tu es un Rapion, tu es un insecte, tu es donc une personne issue de mon peuple, Olistar. La raison de ta présence en ce lieu est que nous allons travailler ensemble pour que tous et toutes puissent le comprendre. Est-ce que tu es là pour m’aider ? »

« Je suis là pour servir le royaume des insectes mais aussi mon peuple. »

Finalement, elle le retira de ses bras, l’enfant poussant un léger soupir avant que la reine Seiry ne pose une main sur son crâne, caressant ses cheveux violets.

« Alors, il est bon que toi et moi restions souvent ensemble. Nous avons beaucoup à faire. Il se peut que tu sois avec moi pour de nombreuses années. Est-ce que tu te sens prêt à cette tâche, Olistar ? A m’accompagner dans tous mes déplacements ? »

« Je suis là pour cela, reine Seiry. Mon devoir est de vous servir. »

« Me servir, me servir … Ah . Oui, c’est cela. Mais je vais éviter que tu deviennes comme quelques nobles de ce royaume. Continuons alors notre marche, j’ai beaucoup à savoir à ce sujet. Il faudra que tu me racontes tout par rapport à ce que tu es, d’accord ? »

Il hocha la tête positivement sans pour autant prendre la parole. Pourquoi est-ce qu’il se sentait épié ? Quelqu’un en voulait à la reine Seiry ? Subitement, il fit un pas sur le côté, tournant sur lui-même avant de se jeter en avant pour s’approcher de l’ombre.

« Que voulez-vous à la reine Seiry ? »

Le dard était déjà apparut dans son dos, au niveau des fesses, dressé et menaçant alors qu’il regardait qui avait osé tenter cela. Il haussa un sourcil en voyant un visage juvénile, d’une enfant encore moins âgée que lui.

« Ma … Maman ! Maman ! »

Qu’est-ce que … Il cligna des yeux. L’enfant aux cheveux blonds devait avoir trois ans au grand maximum. Ses cheveux blonds et sa petite marque rouge sur le front ne laissaient planer aucun doute sur ses origines. Et les sanglots accompagnant la course en direction de la reine Seiry non plus. La princesse du royaume ? Aussitôt, il s’écria :

« Pa … PARDON ! Reine Seiry ! Je ne savais pas ! »

« Allons, allons, ne t’en fait pas. Ce n’est pas grave. Terria ? Terria ? »

« Maman ! Il m’a fait peur, le vilain garçon ! Il m’a fait peur ! »

« C’est fini, ma fille. C’est fini. Olistar, je dois te remercier. » murmura la reine Seiry alors qu’il clignait des yeux. Le remercier ? Pour … Pour quelle raison ? Comment est-ce qu’elle pouvait le remercier après ce qu’il venait de faire. Est-ce qu’elle se moquait de lui ? « J’ai put voir aussitôt à quel point tu étais réactif et prêt à me sauver. »

« Je n’ai fait que ce que je pensais être bon .Rien de plus, reine Seiry. Mais mon excès de zèle m’a emmené à faire une décision irréfléchie. Je devrais être plus prudent néanmoins. »

« C’est le cas, il faut le reconnaître. Néanmoins, tu n’as pas à t’en faire. Je suis sûre que Terria est déjà prête à te pardonner, n’est-ce pas, Terria ? »

« Je … sais pas trop. C’est quoi ton nom ? » demanda la petite fille en regardant Olistar avec de grands yeux rouges, brillant comme la pierre inscrite sur le front de sa mère.

« Olistar, princesse Terria. Je suis l’ambassadeur des Rapions et des Drascores. »

Il s’inclina devant la jeune fille, comme pour expier sa faute mais aussi à cause de son rang. Elle ne comprit pas le geste avant de rigoler faiblement :

« Tu parles bizarrement, Olistar ! On dirait presque une grande personne ! »
Il ne savait pas pourquoi mais il se sentait un peu vexé par les propos de la jeune fille. Enfin bon, elle n’était qu’une enfant et … ah. Voilà le souci en fait. Elle était qu’une enfant mais lui aussi. Elle venait de le lui rappeler. Un peu confus et embêté, il se remit correctement debout pour regarder la reine. Celle-ci semblait maintenant avoir une idée en tête mais laquelle ? Il pencha la tête sur le côté, attendant qu’elle prenne la parole à son tour.

« Oh, je vois, je vois … Soit ! »

Hein ? Juste ça ? La reine allait juste parler de la sorte ? Cela rajoutait à la confusion ambiante mais bon … la jeune fille aux cheveux blonds restait dans les bras de sa mère. Elle semblait parfaitement l’adorer.

« Au moins, l’amour familial est présent. » murmura t-il à voix basse, la reine se tournant vers lui comme pour savoir de quoi il parlait.

Le sourire sur les lèvres de cette dernière resta figé pendant un long moment. L’idée qu’elle venait d’avoir lui semblait parfaite ! Néanmoins, le problème allait être de convaincre une autre personne à ce sujet. Hum …

« Je vais devoir vous laisser les enfants. Olistar ? »

« Oui, reine Seiry ? Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? »

« Est-ce que tu peux rester auprè de ma petite fille adorée pendant que je retourne à mes obligations ? Je pense que cela l’occupera et puis, ça sera ta façon de te faire pardonner. Qu’est-ce que tu en dis ? Est-ce que tu te sens capable de cette tâche ? »

« Je l’accomplirais sans faillir, reine Seiry. »

Il posa sa main sur son coeur, la jeune fille aux cheveux blonds le regardant étrangement, clignant des yeux comme pour se demander ce qui se passait exactement. Enfin, avec son jeune âge, elle ne savait pas trop mais bon, sa mère venait de lui dire de rester aux côtés de ce garçon plus grand qu’elle.

Chapitre 2 : Refus de le voir partir

Chapitre 2 : Refus de le voir partir

« Olistar ! Olistar ! Je peux savoir ce que tu as décidé de faire ?! »

« Oh ? Tu es là ? On t’a déjà mis au courant non ? Je ne devrais pas me répéter. »

« Mais mais mais … T’es super jeune ! C’est juste n’importe quoi ! Pourquoi est-ce qu’ils t’envoient là-bas ? C’est pas normal ! T’as à peine cinq ans ! Peut-etre six ! »

« Car j’ai gagné le tournoi auquel tu as décidé de ne pas participer, c’est tout. Enfin, la mêlée générale, rien de plus, rien de moins. »

« Mais … pourquoi tu as accepté ça ? Est-ce que je dois te rappeler ce que le royaume des insectes a fait aux Rapions et aux Drascores ? Mais surtout à nous ? »


L’enfant aux cheveux violets pose son regard sur l’autre qui lui fait face. Bien plus grand que lui, il doit avoir une dizaine d’années alors que ses cheveux de même couleur sont plaqués sur son visage, une mèche cachant son œil gauche.

« Je me le rappelle parfaitement. C’est pour cela que je vais là-bas. Pour éviter que les erreurs du passé ne se reproduisent dans l’avenir. »

« Mais tu n’es … tu n’as que cinq ans ! Juste cinq ans ! Rien de plus ! Rien de moins ! Pourquoi est-ce que tu n’acceptes pas ça ? Ce n’est pas à toi de le faire ! »

Les yeux violets de l’enfant se posent sur celui du garçon plus grand que lui Ils le toisent avec lenteur, comme pour tenter de le cerner avant que l’enfant ne soupire. Il se retourna pour reprendre la route, chuchotant :

« Ma décision est prise. Nul ne pourra m’en empêcher, Novon. »

« Mais tu .. Je vais en parler avec le chef du village. Ça sera bien plus facile de le convaincre que c’est juste complètement stupide et bête ! Un enfant de cinq ans ! »

« Il ne t’écoutera pas. Je pars dans la soirée normalement. »

« RAAAAAAAH ! » s’exclama le Rapion âgé de dix ans alors qu’Olistar haussait les épaules. Novon était son principal ami dans le village. Il fallait dire que tous les deux avaient quelque chose en commun mais … cela, il avait préféré le mettre de côté. Ce n’était pas très intéressant et dans le fond, ça n’aurait mené à rien. Il n’avait plus le temps pour ces sottises.

« Je dois me préparer … quelques affaires. »

Quelques affaires. Rien que cette idée a de quoi faire sourire. Le tout fût facilement mis dans un baluchon alors qu’il quittait sa petite demeure. Près de la sortie du village, il attendait, il attendait, encore et encore. Mais au bout de deux heures, Novon était revenu, en colère.

« Le chef du village et le vénérable n’ont pas voulu m’écouter ! »

« Ce n’est pas étonnant. Tu n’as pas participé à cette mêlée générale. »

« Mais réfléchis un peu, Olistar ! Tu seras loin de tout le monde, loin de moi ! »

« Ce n’est pas comme si j’avais quelqu’un à qui je tiens, Novon, à part toi. »

« Si tu tiens à moi, pourquoi est-ce que tu ne m’écoutes pas ? C’est de la folie ! Aller au royaume des insectes ne te créera que des problèmes, rien de plus ! Ils ne méritent pas que l’on se déplace pour eux ! Il vaut mieux tous les éradiquer ! »

« Tu racontes encore des choses déplaisantes, tu ne t’en rends pas compte. »

« Je m’en rend plus que compte, justement ! C’est pour ça que je tente de t’arrêter ! Pour que tu ne fasses pas de bêtises ! Ils ne nous accepteront jamais et même si la plupart des Rapions veulent la paix, il ne faut pas oublier tout ce qui s’est passé ! »

« Ta haine t’aveugle, Novon. S’il te plaît, laisses-moi tranquille. Je partirais, que tu le veuilles ou non, ma décision est prise et je ne comptes pas revenir en arrière. »

« Tu es un imbécile. Tu ne comprends pas à quel point tu fais souffrir les autres. »

Souffrir les autres ? Il ne s’en rendait jamais compte. Pour lui, rien ne lui importait. Rester dans ce village ne le dérangeait pas … mais en même temps, le quitter non plus. Voilà tout, c’était aussi simple que cela et il ne voyait rien d’autre.

« Maintenant que tu as terminé, est-ce que tu peux partir ? J’attends ceux qui vont m’emmener. Je n’ai pas que … »

« Est-ce que tu pourras au moins essayer de m’écrire de temps à autre ? Que je tentes de te convaincre par les mots puisque je n’y arrive pas avec la parole. »

« Il me faudra apprendre l’écriture donc … oui. »

« Alors bon voyage même si je n’accepte pas que tu partes. » déclara finalement le Rapion avant de s’éloigner sans plus de conversation entre eux.

C’est fini ? Il abandonnait enfin ? Le garçon poussa un soupir, fermant les yeux. Il commençait à avoir froid. Pourtant, il ne dormait pas. Quelques heures passèrent et enfin, on chercha à le réveiller mais dès l’instant où la main s’approcha, ses yeux s’ouvrirent :

« Nous pouvons y aller dès maintenant, je vous attendais. »

« Tu es bien pressé. Tu sais que ce voyage sera très long ? Peut-être d’un ou deux mois ? »

« Je le sais, le vénérable m’a prévenu à ce sujet. »

« Et tu n’as que ça comme objets personnels à prendre? » demanda l’un des Drascores en regardant le baluchon avec étonnement. « Tu sais que tu risques de partir pour quelques années hein ? Tu reverras personne. »

« Ce n’est pas grave. Est-ce que nous pouvons y aller dès maintenant ? »

« Tu es bien pressé … rien ne t’oblige à aller aussi vite. »

Pourtant, l’enfant prend les devants par rapport aux deux Drascores. Ce n’est même pas de l’entrain qui est peint sur son visage, rien du tout. Il avance juste plus vite que les deux hommes qui se mettent en route.

Ils marchèrent, marchèrent, marchèrent … et cela sans interruption. L’enfant aux cheveux violets ne semblait pas vouloir s’arrêter et ce furent les deux adultes qui demandèrent une pause, reprenant leur souffle tout en disant :

« Hey mais t’es … intenable en fait, non ? »

« Pourquoi dites-vous cela ? Nous n’avons fait qu’une partie du voyage. »

« Qu’une partie du voyage, oui. Nous sommes loin, très loin d’être arrivé. Nous devons ménager ton corps, tu n’es qu’un enfant. »

« Je peux encore marcher quelques heures. Je n’ai guère faim aussi. Vous ne devriez pas vous préoccuper trop de ma personne. Je peux encore me déplacer. »

« Mais pas nous. Laisses-nous souffler une dizaine de minutes, peut-être une heure en fin de compte et nous reprendrons alors la route. »

« Comme vous le désirez. » déclara l’enfant avant de chercher un rocher. Il s’y installe derrière, en plein ombre avant de fermer les yeux, bras croisés. Il semblait s’être endormi bien rapidement car au bout de cinq minutes, son corps se soulève légèrement.

« J’y crois pas. Il fanfaronne mais c’est le premier qui s’endort. »

« Ca reste un enfant hein ? Bon, par contre, les prochaines fois, faudra le forcer à faire une pause. Sinon, il ne tiendra jamais ces prochaines semaines. »

« Quand même, quelle idée que de prendre un enfant aussi jeune Je sais bien que … »

Le premier Drascore intima au second de fermer la bouche et de ne rien dire. Difficile d’ignorer que l’enfant ne dormait pas. Il avait légèrement tressaillit en attendant la suite de la conversation, chose qui n’arrive pas.

Quelques heures plus tard, les revoilà en route. Cette fois-ci, l’enfant avait décidé de rester non-loin des deux adultes. Ces derniers n’avaient aucun problème à le nourrir et le faire boire, lui montrant comment s’abreuver par rapport aux Cactus. Il n’avait fallut que quelques minutes pour que l’enfant comprenne exactement faire.

« Mais tu n’es pas un petit prodige par hasard ? Enfin, ça expliquerait pourquoi le vénérable te confie cette mission. » déclara l’un des deux Drascores tandis que le Rapion ne répondit pas, regardant uniquement devant lui comme si de rien n’était. Il ne voulait pas chercher la confrontation et il n’allait pas le faire. Ce mois allait paraître long pour les deux hommes, très longs, surtout que l’enfant n’était pas des plus éloquents ou souriants. Mais voilà, cela avait toujours été ainsi depuis des années.

« Nou y voilà ! Les portes du royaume des insectes ! Nous avons normalement prévenu par un Ninjask que nous arrivions ! Tu as bien tenu le coup. Par contre, lorsque tu seras là-bas, essaies alors de manger un peu, ça te fera du bien. Tu es chétif et ridicule. »

« Je verrais cela … tant que je reste en pleine forme. »

« Allez, bonne route et ne t’en fait pas, des Ninjasks nous font réceptionner les lettres que tu nous envois et inversement. Malgré la haine et le dégoût du royaume des insectes envers notre peuple et inversement, les Ninjasks sont toujours là pour transmettre le courrier. »

S’ils le disaient. Il les regarda partir sans aucune parole, haussant simplement les épaules alors qu’il se dirigerait vers les deux gardes. Ouvrant son baluchon, il en sortit un bout de papier, portant le sceau royal : un petit visage souriant avec un triangle rouge sur le haut intérieur du visage. Le tout était entouré par un hexagone.

« C’est donc toi le futur ambassadeur des Rapions et des Drascores ? Ben bon sang, ils les prennent au berceau. Suis-nous, on va t’emmener jusqu’à la Reine Seiry. »

Chapitre 1 : Au beau milieu du désert

Chapitre 1 : Au beau milieu du désert

« Aujourd’hui est le jour où nous déciderons celui ou celle qui deviendra l’ambassadeur des Rapions et des Drascores pour le royaume des insectes. Sachez une chose : cette tâche ne sera pas aisée et bien que vous n’êtes que des enfants, il vous sera demandé des tâches normalement difficiles, même pour des adulte. »

Nul ne répondait au vieil homme aux cheveux violets. La mine usée par le poids des années, il regardait la dizaine d’enfants qui se trouvait en face de lui, reprenant la parole :

« Nous ne ferons pas de tournoi. Cela est beaucoup trop basique. Non, nous allons faire tout simplement une mêlée générale. Vous pourrez alors affronter qui vous le désirez, vous allier ou non et ainsi voir lequel d’entre vous survira à cette affrontement. Survivre est un bien grand mot, n’est-ce pas ? N’ayez pas peur, vous ne devez pas tuer vos adversaires. »

Quelques Rapions poussèrent un soupir de soulagement avant que chacun ne prenne place dans ce qui ressemblait à un cercle tout ce qu’il y avait de plus basique. L’âge moyen devait tourner aux environs de huit ans pour aller de cinq à douze ans au grand maximum.

« Vous pouvez commencer le combat … MAINTENANT ! »

Bien que le combat avait débuté, aucun Rapion ne fît de mouvement. Chaque enfant observait les autres, attendant que l’un d’entre eux débute les hostilités. Chose facile et raisonnable, nul ne voulait perdre le combat en premier.

« Puisque c’est comme ça, j’y vais, moi ! J’ai pas peur ! »

Un Rapion d’une dizaine d’années, les cheveux hirsutes, se jeta sur celui qu se trouvait à côté de lui, l’un des plus jeunes. L’enfant fit un pas sur le côté, donnant un croche-pattes pour faire s’écrouler son adversaire. Comme ce n’était pas suffisant, sa queue de Rapion, bien que petite et minuscule se planta dans le dos de son adversaire.

« Et voilà ! Un en moins ! Le poison va faire son effet ! »

« Il en faudra plus que ça pour tenter de m’empoisonner ! Tu vas voir ! »

Le carnage avait tout simplement débuté. Lorsque l’enfant d’une dizaine d’années s’était relevé, chacun avait déjà son adversaire choisie. La bataille venait de commencer ! Chaque Rapion cherchait à en affronter un, les plus petits se liguant ensemble s’il le fallait mais chacun faisait attention à ses alentours.

« Ils sont prometteurs. C’est vraiment une belle et future génération. »

« Où est donc Olistar parmi eux ? Je n’arrive pas à remarquer Olistar. »

« Par ici, tu peux facilement le trouver non ? Celui avec le dard un peu plus épais que les autres. Regarde donc un peu mieux, tu finiras par le trouver. »

Mais le plus simple était de voir tout simplement le jeune Rapion qui arrivait à se défaire de ses adversaires sans réellement se fatiguer. Car oui, cette mêlée était plus que ça, bien plus.

Oui, le Rapion, l’un des plus jeunes, se déplaçait avec aisance et agilité, esquivant les attaques de ses confrères et consœurs, n’ayant aucune difficulté pour repousser ses adversaires sans réellement s’épuiser. Après une vingtaine de minutes, il ne restait plus que trois Rapions. Chacun représentait une tranche d’âge : Le plus jeune âgé de cinq ou six ans, celui qui devait en avoir neuf et enfin le plus vieux du groupe avec une douzaine d’années.

« Laissez-vous faire tous les deux. Vous ne pourrez pas survivre hors du désert. »

« Ça, c’est à nous d’en juger, pas vrai, Olistar ? » dit le Rapion d’environ neuf ans.

« Cela m’indiffère légèrement, sans plus, dira t-on. Je ne suis pas vraiment inquiet à ce sujet. Mais ne perdons pas de temps, s’il n’y a pas de vainqueur d’ici dix minutes, aucun d’entre nous ne sera qualifié et ce n’est pas ce que nous voulons non ? »

« Toujours à parler ainsi alors que tu es le plus jeune du groupe hein ? Mais t’en fait pas ! HEY ! On y va à deux, tu en penses quoi ? »

« Hors de question ! Je me méfies de toi autant que d’Olistar ! Je suis pas bête ! »

L’enfant aux cheveux violets haussa les épaules comme pour montrer que ça ne le dérangeait pas qu’ils s’y mettent à deux contre lui. Pourtant, ce ne fut que l’enfant d’une douzaine d’années qui arriva en sa direction, aveuglant celui de neuf ans avec du sac. Le plus jeune des Rapion vint décocher un coup de pied dans la mâchoire avant que sa queue ne se plante dans le cou du Rapion d’une douzaine d’années. Sans plus attendre, il donna un coup de pied pour l’envoyer au loin mais surtout hors du cercle.

« Je me doutes que le poison ne serait pas assez efficace. Mesure de précaution. Maintenant pour ton cas, qu’est-ce que tu veux faire ? » s’adressa Olistar en direction du dernier Rapion encore conscient, celui-ci hochant la tête négativement.

« J’ai aucune chance hein ? C’est bien ça, Olistar ? Tu peux me le dire hein ? »

« Tu as tes chances si tu te débrouilles bien. Tout le monde a ses chances, il faut juste réussir à les attraper. Tu peux venir, je combattrais sérieusement contre toi. »

Il s’était mis en position d’attaque, sa queue de Rapion frappant le sol avec ferveur. Pourtant, l’enfant de neuf ans en face de lui hocha une nouvelle fois la tête négativement. Avec lenteur, il se dirigea hors du cercle jusqu’à ce que le vieux Drascore ne déclare :

« Ce combat est terminé ! Mes félicitations, Olistar. Te voilà devenu alors notre ambassadeur pour le royaume des insectes. Tu peux aller te reposer, tu l’as bien mérité. »

« Je ne comprends pas pourquoi il a abandonné maintenant. »

« Car il connaissait sa propre force et volonté. Il sait qu’il ne pouvait rien faire contre la tienne. Allez, je vais réveiller tes petits camarades. Tu n’as pas à t’en faire, tu ne partiras pas dans la journée qui vient mais sûrement le mois prochain. D’ici là, tu as de quoi te préparer mentalement à quitter le village. » compléta le vieil homme avant de s’éloigner, permettant au Rapion de faire de même de son côté. Il allait rentrer chez lui.

« Qu’est-ce que je vais me faire ce soir ? »

Pénétrant dans ce qui ressemblait à un igloo fait de pierre, il n’y avait alors qu’une seule et unique pièce. Assez spacieuse, il y avait de quoi vivre pour une seule personne, ce qu’il était. Il s’installa sur le lit fait de feuilles et de plumes tout en regardant le plafond.

« Ambassadeur des Rapions et des Drascores, n’est-ce pas ? »

C’était ce qu’il était devenu. C’était donc très important et merveilleux, n’est-ce pas ? Il avait accomplit quelque chose d’aussi important tout en étant seul. Seul, voilà ce qu’il était exactement, il était seul, tout simplement et rien d’autre. Tout simplement seul, sans que l’on ne lui pose de questions. Personne ne lui posait de questions.

« C’est comme ça. Demain, je verrais ce que je dois faire. »

Demain, oui. Il ferma les yeux, sombrant dans le sommeil en même temps que son ventre grondait, signe d’une absence de nourriture à l’intérieur de son estomac. Qu’importe qu’il grognait, il ne lui donnerait rien à manger.

Le lendemain matin, il se réveilla avant même que le soleil ne se lève. Il voyait l’aurore et cela était suffisant pour lui. S’étirant hors de son lit, il baissa les yeux, regardant son ventre pendant quelques secondes. Il valait mieux le nourrir maintenant.

« Sinon, il risque de me dé … »

« Ah ! Olistar ! Déjà debout ? Le vénérable du village voulait te parler ! »

« J’arrive tout de … » commença à dire Olistar alors que son ventre s’était mis à geindre de douleur. Le Rapion qui était venu le chercher eut un petit sourire avant de reprendre :

« Et il paraîtrait que ça soit le petit déjeuner est servi là-ba, pour le vénérable et son invité. »

« Je ne veux pas devoir quelque chose … Mais je ne peux pas être en retard. Je vous accompagne maintenant, il vaut mieux. »

Le Rapion adulte rigola légèrement, incitant alors Olistar à l’accompagner, ce qu’il fit. Les deux personnes marchèrent pendant quelques minutes dans le village, l’aube se levant peu à peu à l’ouest, Olistar l’observant pendant quelques secondes.

« J’espère que tu nous écriras souvent quand tu seras là-bas. »

« Il vous faudra vous tenir au courant au sujet de nos relations avec le royaume des insectes, c’est alors ce que j’accomplirais sans férir. »

« Tu n’es pas obligé de parler ainsi. Tu n’as que cinq ans, ne l’oublie pas, d’accord ? »

« L’âge n’a rien à avoir par rapport à tout cela, loin de là. » répondit Olistar avec neutralité, continuant de regarder le soleil pendant de longues secondes avant que l’homme ne lui rappelle d’avancer pour retrouver le vénérable du village.

Voilà, ils se retrouvaient maintenant dans un salon. Assis sur une chaise, Olistar attendait poliment la suite alors que le Rapion était parti. Quelques instants après, le vieil homme qui avait présidé au combat se présenta en face d’Olistar, disant :

« Te voilà donc … Je voulais parler avec toi de ce qui t’attendait. »

« Je suis prêt pour cela. Vous n’avez pas d’inquiétude à avoir. Je vous enverrais des écrits une fois par semaine. J’apprendrais l’écriture et la lecture du royaume des insectes. »

« Tu sais, elle n’est pas si différente que la nôtre. Tu partirais d’ici la fin de la semaine, je vais te donner quelques recommandations. »

Et voilà, pendant quelques longus heures, Olistar s’était mis à écouter le vénérable du village. Aucun mot, aucune parole, aucune phrase ne fût oubliée. C’était des choses qu’il devait encore inscrire dans sa mémoire car lorsqu’il partirait du village, qui sait ce qui l’attendrait ? Qui sait s’il allait revenir ou non ? Seul l’avenir le lui dira.

Chapitre 54 : Envisager autre chose

Chapitre 54 : Envisager autre chose

« Bon sang, Tery ! Allez, remotives-toi un peu ! »

Ils étaient tous les trois en train de marcher dans les ruelles pour retourner à l’auberge. Il savait qu’il allait se faire crier dessus par Elen pour être parti comme ça mais voilà, il était prêt à l’affronter après ce qu’il venait d’apprendre.

« Mais tu vas arrêter de faire cette tête, Tery ? »

« Manelena, je viens d’apprendre une chose horrible que je risque de faire si je ne sais pas me contrôler. Comment est-ce que je dois le prendre alors ? Je ne veux surtout pas faire de mal à Elise, à toi, Elen, Royan, Clari et aux autres. Mais voilà, qu’est-ce que je dois faire ? Je dois passer à côté, c’est ça ? Je dois ignorer ce que j’ai appris ? »

« Tery. Ah … T’es usant. Est-ce que tu te considères trop faible d’esprit pour pouvoir lutter contre ce que tu es ? Si tel est le cas, dis-le moi tout de suite et je te tues sur place. »

La main déjà mise sur la garde de son épée, elle fixait maintenant Tery de ses yeux rouges tandis qu’il déglutissait difficilement. Non, elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait rien du tout. Elle n’avait jamais rien compris de toute façon. Non, il était méchant, il ne devait pas penser ça, pas du tout. Pas du tout.

« Mais merde ! Il vaut mieux pour toi que tu me répondes ! Viens par là ! » s’exclama la femme aux cheveux argentés avant de venir le forcer à passer sous son bras pour qu’elle puisse y coincer la tête du jeune homme.

« Aie ! Mais Manelena, tu vas me faire mal ! Arrête s’il te plaît, je ne suis pas d’humeur. »

« Et moi non plus donc tu ne bouges pas si tu ne veux pas que je t’assommes, d’accord ? »

Il poussa un petit soupir avant de se laisser faire.Deux minutes après, il était toujours dans la même position mais l’étreinte était moins forte. Il se sentait presque protégé par Manelena tandis qu’il ne remarquait pas les regards portés sur eux, rapidement détournés dès que Manelena se mettait à grogner.

« Il faudra peut-être le relâcher, Manelena. Nous sommes proches de l’auberge. »

« Ce n’est pas faux. J’ai pas envie qu’elle me hurle dessus non plus bien que cela ne m’effraie guère. Chien qui aboie ne mord pas. »

Le jeune homme pût enfin retirer sa tête, se remettant bien droit malgré l’air maussade toujours présent sur son visage. Pfff ! Qu’il continue de bouder, ça n’allait rien arranger, voilà tout. Mais non, il ne boudait pas. GRUMPF ! Elle plaça une main sur le bras droit de Tery, le forçant une nouvelle fois à venir se coller à elle, tête posée sur son épaule.

« Ca se voit que tu n’as pas vécu pendant des années avec les horreurs de la guerre, Tery. »

« De base … je … je n’étais pas vraiment partant pour l’armée, Manelena. Pas du tout. Je ne voulais pas. Enfin, je voulais juste que ça soit paisible, rien de plus. »

« HEY ! Mais qu’est-ce que vous faites tous les deux ? »

Elen était rapidement sortie de l’auberge en ayant entendu leurs voix. Elise tenta de prendre la parole mais Manelena repoussa Tery pour l’envoyer sur Elen avant de dire :

« Occupes-toi de lui, il en a bien besoin. Il t’expliquera la situation, j’imagine. »

« Hein ? Comment ça ? Tery ? Tu ne vas pas bien ? Attends un peu. Qu’est-ce qui s’est passé ? Manelena ?! Elise ? Elise ? Toi aussi ? »

Manelena était la seule à aller bien et encore, Elen avait remarqué que quelque chose clochait. Même … Manelena n’allait pas vraiment bien. Tery était dans les bras de la demoiselle aux cheveux blonds, celle-ci le regardant, prenant son visage à deux mains.

« Tery ? Qu’est-ce que vous avez fait tous ensemble ? Tery ? »

« Elen, je … suis un Démon. Tu le sais hein ? Tu sais que je le suis hein ? »

« Bien entendu, pourquoi est-ce que tu me dis ça ? Ne t’en fait pas, il n’y a aucun problème. Ça ne me dérange pas vraiment, Tery. Tu es ce que tu es mais je t’aime. »

« Même si je … Elen … » murmura le jeune homme avant de se rapprocher d’elle, collant sa bouche près de son oreille pour lui chuchoter : « Même si je suis issu d’une race portée sur le cannibalisme ? Que peut-être un jour, j’irais dévorer d’autres démons pour me renforcer ? »

« Hein ? Qu’est-ce que tu racontes ? Tery ? »

Elle l’avait légèrement repoussé mais elle remarqua aussitôt les larmes à ses yeux. Ce n’est pas tout, les tremblements présents dans le corps de Tery montrent parfaitement son effroi à l’heure actuelle. Ou alors sa tristesse.

« Tery? On va à l’intérieur ? On va en parler avec tout le monde. »

Il finit par hocher la tête positivement, se laissant emmener par Elen jusqu’à la table où se trouvaient déjà les autres. Il les salua d’un petit geste de la tête avant de pousser un profond soupir, regardant tout le monde.

« Hmm, mon petit Tery ne va pas franchement bien. C’est à cause de Manelena ? »

« Non non, Clari, ce n’est pas du tout le cas. Pas du tout. Hmm, euh … Elise ? Tu peux parler à ma place s’il te plaît ? Je n’ai pas … vraiment la force, je t’avoue. »

« Moi non plus mais je vais essayer, Tery. Par où je débute ? Par Ernold ? »

Voilà que la jeune demoiselle aux cheveux auburn commençait maintenant à prendre la parole. Elle expliquait qu’elle avait décidé de suivre Tery avec Manelena pour voir où il allait quand ils étaient juste tous les trois debout. Elle racontait tout depuis le début, la rencontre avec Ernold, la colère de Manelena puis … l’historie avec les Démons. Le jeune homme se braqua à ce moment, baissant les yeux et la tête, Elise faisant de même de son côté.

« Je … C’est confirmé tout ça ? » demanda Clari après un long silence. Elle avait complètement perdu son sourire tandis que Tery murmurait d’une petite voix :

« Il semblerait … je ne vois pas pourquoi est-ce que le grand archimage mentirait . Il nous a montré plusieurs livres et voilà … enfin voilà … »

« Je peux le confirmer. J’ai put y jeter un œil aussi. Mais voilà … Bon, Tery. »

« Oui ? Manelena ? Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda faiblement le jeune homme aux cheveux bruns, n’osant pas relever la tête.

Elle frappa du poing sur la table avant de se redresser, soulevant Tery par le col pour le fixer de ses yeux rouges. Aussitôt, Elen se releva à son tour mais n’osa pas l’interrompre. Personne n’osait la stopper, tous encore sous le choc. Même Sérest et Séran étaient silencieux.

« N’oublie pas une chose : ce n’est pas parce que tu es issu de cette race que tu vas être forcé de faire comme elle. Si tu as la force de lutter, tu n’auras pas à t’inquiéter à ce sujet, d’accord ? Alors maintenant, ce que tu vas faire, c’est lutter contre ça et tout se passera bien. Depuis combien de temps tu as découvert ce que tu étais ? Est-ce que tu as déjà ressenti ce besoin par rapport à Elise ? Non ? »

« N… Non. Jamais, j’étais juste focalisé sur mon adversaire. Je n’ai jamais eut … faim. »

« Et Elise ? Pareil pour toi non ? » demanda Manelena en relachant Tery, Elise faisant un petit hochement de la tête faiblard comme pour confirmer qu’elle aussi n’avait pas ressenti ça. Ce n’était pas du tout son intention, loin de là.

« Je ne penses pas que … je tenterais cela. Je ne veux pas que cela arrive. »

« Alors, le problème est réglé maintenant d’accord ? Arrêtez de vous compliquer la vie et tout ira pour le mieux. Ce que vous avez appris vous choque, soit, mais n’oubliez pas tout le reste et ça sera parfait, d’accord ? »

Manelena qui commençait à parler ainsi. Tous l’écoutèrent avant qu’elle ne finisse par se rasseoir. Finalement, le silence recommença à planer jusqu’à ce qu’elle décide de reprendre :

« Parlons d’autre chose maintenant, d’accord ? Peut-être de notre futur objectif ? »

« Notre futur objectif ? De quoi exactement Manelena ? De quoi est-ce que tu parles ? »

« Du dernier monstre légendaire, l’aigle bicéphale, bien entendu. »

« C’est vrai qu’il reste lui dont on doit s’occuper. Bon ben, parlons-en ? Il faut se rendre à Claudiska pour ça non ? C’est bien là-bas qu’il se trouverait ? »

Tery cherchait maintenant à communiquer avec la femme aux cheveux argentés. Bon, d’après ce qu’elle avait dit, ils avaient beaucoup à faire, vraiment beaucoup. Mais ça, ils n’avaient malheureusement pas beaucoup d’informations à ce sujet. Peut-être qu’ils devaient se rendre à la bibliothèque d’Omnosmos pour se renseigner ?

« C’est quoi déjà son nom ? Trozeral, c’est ça ? » demanda Clari tandis qu’Elen répondait :

« C’est exactement ça son nom. Mais bon, à part que normalement, c’est la créature gardienne de Claudiska et qu’elle ressemble à un aigle à deux têtes, nous n’avons aucune indication. »

« Nous devrions tous nous rendre à la bibliothèque, non ? Tery ? »

« Je pense que c’est une bonne idée … pour oublier un peu, oui. »

Il ne semblait pas réellement convaincu de la manœuvre mais vu son émotion actuelle, il valait mieux ne pas trop en demander. Il poussa un profond soupir avant de placer une main sur son front, se frottant ensuite les yeux pendant quelques secondes.

« J’ai l’air vraiment pathétique maintenant. Nous pouvons y aller, il n’y a pas de problèmes. »

« Ca ne change pas par rapport à d’habitude, ne t’inquiète pas sur ce point, Tery. » déclara Manelena alors qu’il tentait un faible sourire.

Tous quittèrent la table avant de se mettre en route vers la bibliothèque/ Le jeune homme aux cheveux bruns était devant le reste du groupe, Elen à ses côtés. Clari, Elise et Royan étaient derrière eux tandis que Sérest et Séran fermaient la marche. Seule Manelena était bien éloignée du reste du groupe sans aucune explication, les bras croisés.

« Sur quoi est-ce que je suis tombé ? Je me le demandes des fois … »

Pourtant, cela ne la dérangeait pas. Elle ne pouvait pas nier l’intérêt constant qu’elle avait pour ce groupe. Même si souvent, il y avait beaucoup de problèmes et surtout qu’ils en causaient de plus en plus mais … ces personnes … Ses yeux se posèrent sur le dos de Tery. Elle voyait son corps légèrement penché en avant, comme exténué et lassé par les événements. Elle savait parfaitement de quoi il s’agissait.

Il ne s’en remettait que peu voire pas … de toute cette histoire. Des démons mangeant d’autres démons. Le cannibalisme parmis les animaux, cela existait. Pareil pour les insectes quand on y réfléchissait bien avec les mantes religieuses. Mais chez des êtres humains ? Est-ce que l’on pouvait vraiment appeler Tery un être humain ?

… … … Absurde. Elle s’immobilisa, laissant les autres prendre de l’avance. De toute façon, personne n’avait remarqué qu’elle n’était pas au beau milieu du groupe. Pourquoi est-ce qu’elle pensait ça ? Car elle était inquiète pour Tery … ou pour ce qu’il était ? Un démon ? Un être monstrueux, dont la puissance pouvait devenir dévastatrice dans le futur ? Est-ce que depuis le départ, ce n’était pas ce qu’ils étaient en train de faire ?

Elle n’en savait rien, rien du tout ! Elle ne s’était pas posé la question et voilà où tout cela la menait ! Maintenant, avec ces idioties, elle était perturbée ! Grumpf. Elle accéléra le rythme pour rattraper les autres. Elle verrait en temps et en heure. Pour le moment, la seule chose qui comptait, c’était Tery et Elise. A partir de là, s’ils pouvaient évacuer cette sombre nouvelle pour penser à autre chose, elle le ferait.

« Je me ramollis, je crois … C’est désespérant. »

C’était un constat effroyable qu’elle chercha à dissiper lorsqu’ils arrivèrent devant la bibliothèque. Là-bas, ce fût Périk qui vit les accueillir avec un grand sourire :

« Je ne vous attendais plus ! Surtout avec les événements du Colisée. Bravo à vous deux, Tery et Manelena. Je n’étais pas présent. Moi comme ma femme, ne sommes pas vraiment … intéressés par ce genre de choses, je dois l’avouer. »

« Moi non plus à la base mais les événements ont fait que … enfin voilà. »

« N’en dit pas plus, Tery. Alors, qu’est-ce qui vous emmène en ce lieu ? Expliquez-moi tout pendant que vous me suivez, ça sera bien plus simple. »

« Nous voudrions des renseignements sur Trozereal. »

Le vieil homme s’immobilisa à ce nom, se tournant vers eux pour demander :

« Est-ce que vous savez exactement ce que vous me questionner ? »

« A part le fait qu’il s’agit d’une créature légendaire qui normalement régit sur Claudiska, non, pas vraiment, je dois l’avouer. » répondit Tery Vanian.

« Suivez-moi donc, je vais vous trouver ces fameux livres. »

« Où est donc madame Jésiana ? Je ne la vois pas. » questionna Elen, regardant autour d’elle pour remarquer que la dame d’un certain âge n’était pas présente.

« Elle est assez fatiguée et exténuée depuis hier. Vous savez, elle s’est tenue au courant au sujet du combat dans le Colisée. Elle était morte d’inquiétude mais ne lui répétez pas cela. Vous savez ce que sont les femmes fortes, n’est-ce pas ? Elles ne veulent pas que l’on sache qu’elles ont un coeur en or au final. »

« Je vois parfaitement de quoi vous voulez parler et ne vous en faites pas, le silence sera bien gardé aussi, je vous le promets. »

Tery avait fait un petit sourire, chose qui rassurait Elen. Avoir des nouvelles de Jésiana et Périk lui faisait un bien assez fou, il fallait le reconnaître. Tery reprit la parole :

« Mais au moins, si vous pouvez lui passer le bonjour de ma part, qu’elle sache que nous étions là et surtout qu’elle aille mieux car bon, ça me rend un peu triste de ne pas la voir. Je ne sais pas, je pense que j’ai l’habitude à ce sujet … un peu trop. »

« Cela sera fait, Tery, cela sera fait. Maintenant, si nous allions donc vers la section des œuvres oubliées, là où vous désirez avoir des informations précises, non ? »

« S’il vous plaît. » compléta le jeune homme aux cheveux bruns.

« Suivez-moi alors, tout sera bien plus simple. » termina Périk en faisant un petit geste de la main. Tout le groupe se mit en mouvement tandis que Tery regardait les livres, prenant une profonde respiration. C’était tellement plus plaisant que le Colisée.

« Voilà, nous sommes dans la fameuse section où normalement peu de personnes sont autorisées. Disons que les ouvrages sont très rares. »

« C’est vrai qu’ils sont très anciens d’après ce que je peux remarquer. C’est plutôt impressionnant et étonnant … vraiment. »

« Je me doutais que cela te plairait, Tery. Tu sais, quand tu travaillais ici avec Manelena en attendant que le reste de ton groupe revienne, j’ai compris que tu avais une certaine attirance assez « brute » pour les livres. Comme si tu avais un retard à combler. »

« Disons que … bien je n’ai jamais vraiment suivi des cours quand j’étais jeune, ma mère a tout fait pour m’apprendre les bases et autres à la maison .De toute façon, je n’avais pas vraiment le choix. C’était soit ça, soit je risquais d’en baver. »

« Hahaha, elle semble être une femme formidable. Mais de ce que tu me racontais, vous n’êtes pas une famille de villageois tout ce qu’il y a de plus normal ? »

« Si si, enfin, normal, vu ce que je … enfin bon ! » commença à bredouiller Tery.

« Je trouve cela un peu étrange qu’une mère de famille dans un village soit capable de donner une éducation aussi importante à son fils. Et tu me parlais de ses pouvoirs aussi. »

« Je ne me suis jamais réellement posé la question, je dois l’avouer. Ce n’est pas si grave que cela non ? Monsieur Périk ? On retourne sur le sujet principal ? »

« C’est le cas, pardonnes-moi Tery de t’avoir retenu de la sorte. Je vais corriger cette erreur dès maintenant. Accompagnez-moi, je sais le livre qu’il vous faut. »

Malgré son âge avancé, le vieil homme se déplaça avec vélocité vers une rangée de livres, la fixant pendant quelques secondes avant de lever les yeux vers les rangées supérieures. Il poussa un petit soupir, fixant visiblement un livre en hauteur.

« Est-ce que vous voulez de l’aide pour le récupérer, messire Perik ? »

« Tery, voyons bon, tu n’oublies pas une petite chose ? » signala Périk avant de pointer du doigt en direction du livre. Même si la ligne était infime, Tery remarqua la couleur verte avant qu’un léger courant d’air ne fasse retirer le livre de la rangée jusqu’à ce qu’il retombe tout doucement dans les mains du vieil homme.

« Oups. C’est vrai que la magie peut être très utile dans des situations communes. Hahaha. »

Il passa une main derrière son crâne, visiblement un peu gêné de ne pas y avoir pensé plus tôt. Le vieil homme lui fit un sourire avant de lui tendre le livre :

« Lisez donc cela pour le moment. Je vais chercher d’autres ouvrages sur le sujet mais je pense que celui-ci est déjà assez important. Normalement, vous devriez avoir les bases grâce à tout cela, d’accord ? »

« Merci pour tout, monsieur Périk. Nous allons commencer la lecture dès maintenant ! »

S’installant à une table, le jeune homme ouvrit le livre avant de lever un sourcil. Ah ben ça commençait bien, des gravures ressemblant à celles de la double porte de la tour des archimages étaient présentes dès la première page du livre. Sous chaque gravure, cela parlait d’une des créatures légendaires et de l’élément lié.

« Bon, jusque là, rien de nouveau. »

« Oui et non, regardes la gravure de l’aigle bicéphale, tu n’a pas vu le nom donné dessous ? »

« Le monarque des cieux ? C’est un joli terme mais à part ça, Manelena, il y a quoi ? »

« Regardes bien, tu comprendras plus rapidement alors. Le monarque … et observe alors le nom utilisé pour les autres, tu ne vois pas ? »

Qu’est-ce qu’il devait voir ? Il cligna des yeux pendant quelques secondes avant d’ouvrir la bouche comme pour s’exclamer. Néanmoins, aucun son n’en sortit et ce fut Elise qui vint dire d’une voix enjouée :

« N’est-ce pas là pour déclarer que cet aigle est le monarque des autres ? »

« Je pense que c’est ça aussi ! Une sorte de chef par rapport aux autres ! »

Clari avait répondu à la suite d’Elise sur un ton enjoué tandis que tous acquiesçaient d’un mouvement de tête. La femme ailée sembla songeuse, murmurant :

« Hum … En un sens, ce jugement n’est pas mauvais. Peut-être est-ce par ce qu’il est introuvable actuellement que l’on peut le considérer comme le souverain des créatures légendaires et donc logiquement le plus dangereux d’entre eux. »

« On ne l’a pas trouvé ? Il n’est pas à Claudiska comme le voudrait la logique ? » demanda Tery sur un ton un peu étonné, la femme ailée hochant négativement la tête.

« D’après les informations récupérées de part et d’autre, ce n’est pas le cas. Mais bon, le mieux sera de chercher par nous-même. Peut-être qu’il nous attend, tout simplement. »

« Nous attendre ? Car nous sommes les responsables de la mort de ses sujets ? » demanda une nouvelle fois Tery tandis que Séran déclarait :

« Un peu de ça, oui ! Mais bon, nous le savions, non ? Que cela allait nous retomber dessus un jour ou l’autre, ce n’est pas comme si nous avions à être surpris, au final. »

« Ce n’est pas faux. Voyons voir ce que les autres livres ont à nous donner. »

Le jeune homme aux cheveux bruns était toujours assis sur une chaise, les autres personnes autour de lui comme pour former un petit cocon. Au loin, une vieille femme observait ce petit groupe avec neutralité, une main ridée se posant sur son épaule, Perik lui disant :

« Tu vois bien qu’il est en bonne santé. Tu n’avais pas à t’en faire tant que ça non ? Et si tu allais les saluer ? Tery était inquiet à ton sujet, autant que toi envers lui. »

Chapitre 53 : Une étrange méthode

Chapitre 53 : Une étrange méthode

« Hum ? Tery ? Comment est-ce que tu vas ? »

« Plutôt bien, merci pour l’aide, hier, Manelena. » déclara le jeune homme alors qu’il avait laissé Elen se reposer dans la chambre. Il était descendu le plus tôt possible ce qui fait qu’ils étaient en pleine matinée et encore, il n’y avait personne du groupe. « Tout le monde dort ? Après ce que j’ai eut, je n’ai pas vraiment sommeil, je dois avouer. »

« Je n’ai pas sommeil non plus, je n’aurais pas réussi à le trouver de toute façon. »

« Ce n’est pas totalement faux, oui … mis bon … Je te jure, hier. Je ne sais pas s’ils m’auraient laissé mourir ou non. Je crois que je n’aurais pas à me poser cette question. »

« Ne t’en fait pas, hier, le plus important, c’était ta sécurité mais aujourd’hui, je comptes bien avoir une discussion avec ce foutu grand archimage. Je vais lui apprendre à me prendre pour une imbécile. Ce Colisée, si ça tenait qu’à moi, j’irais l’exploser. »

« Calmes-toi, calmes-toi, ça ne sert à rien de t’emporter. Tu sais parfaitement que ça ne nous causera que des ennuis si tu t’emportes mais vraimentr, merci pour hier. »

Elle le regardait à peine sans qu’il ne sache pourquoi. Est-ce qu’il avait fait ou dit une bêtise ? Peut-être, il n’en avait aucune idée tandis qu’il venait s’asseoir en face d’elle. Il demanda si elle voulait manger ou boire quelque chose mais elle fit un geste évasif de la main pour lui signaler que ça l’importait peu. Bon ben, alors, c’était pour eux deux et c’est tout.

« Bon appétit, Manelena. Il faut que l’on mange après tout ce qui s’est passé, tu ne crois pas ? Qu’est-ce que tu en dis ? »

« Peut-être … tu n’as rien à me demander par rapport à hier ? » chuchota t-elle sur un ton un peu évasif, comme pour montrer que ça ne la dérangeait guère de ne pas en parler.

« Non, pas vraiment, Manelena. Je t’ai déjà remercié, je pense que c’est suffisant. »

« C’est vrai. Pourquoi est-ce que j’ai posé cette question stupide ? »

La femme aux cheveux argentés haussa les épaules tandis qu’il observait maintenant son assiette. Pourquoi est-ce qu’il aurait dût la questionner au sujet de ce qu’elle avait dit hier en arrivant l’arène avec fureur ? Cela aurait juste causé plus de problèmes qu’il n’en faut.

« Bon appétit à toi, Manelena. Je ne suis pas d’humeur à attendre les autres. J’ai juste envie de me reposer et de dormir, je dois t’avouer. »

« Encore dormir ? Tu n’exagères pas un peu hein ? Vu le quota que tu as eut hier. »

« Oui mais bon … c’était un sommeil forcé, je n’ai pas eut trop le choix hein ? Enfin, ce Colisée … je ne savais pas qu’il y avait des créatures aussi monstrueuses dans les environs. Je me demande où est-ce qu’elles ont réussi à trouver ce Cyclopocus. »

« Des fois, il vaut mieux ne pas trop demander. Tu es loin de tout connaître. »

« Ca doit être assez grisant de découvrir et chercher dans ce monde, je me dis. »

« Ne me dit pa que tu comptes explorer le monde après qu’on en ait enfin fini avec ces monstres légendaires ? Vrai qu’il en reste qu’un seul mais bon … »

« Hey ! Il faut bien que j’envisage de penser à mon avenir, non ? Et toi ? Qu’est-ce que tu comptes faire, Manelena ? Je ne le sais même pas. »

Oups. Question qui fâche. Il n’y a pas pensé sur le coup mais en vue des déboires avec son père, elle n’a plus vraiment d’endroit qui l’attend.

« Je verrais en temps et en heure. Nous n’avons pas encore terminé et vu que tu te coltines des problèmes à chaque fois que tu te déplaces, je n’ai pas l’impression que ça sera terminé une fois que nous en aurons fini avec ces créatures légendaires. »

« Euh, si tu parles de l’ouverture des portes, je préfère me dire que ça n’arrivera pas, entre nous hein ? C’est juste une simple mesure de sécurité, dira t-on. »

« Mesure de sécurité, mesure de sécurité, tu en as de bien bonnes hein ? »

« Mais je suis sérieux, Manelena ! »

« Je sais que tu es sérieux, très sérieux, trop … sérieux. Ah, et aussi parfois bien imbécile. Voilà ce que tu es, Tery. Tu es tout ça à la fois. »

Elle poussa un profond soupir avant de mettre une main sur son front. Pourtant, lorsqu’elle vit le visage décontenancé de Tery qui s’était remis à manger bien sagement, elle tenta de s’empêcher de sourire sans réellement y arriver. Elle chuchota :

« Au moins, tu es vivant, c’est déjà ça le plus important à mes yeux. »

« Tu as dit quoi, Manelena ? J’ai pas compris. Tu me parlais ? »

« Tu n’avais qu’à m’écouter si je te parlais. Comme ce n’est pas le cas, je ne vais pas me répéter. » reprit-elle en haussant un peu la voix.

« Désolé, désolé, je ne voulais pas t’emporter. Enfin, encore merci … pour hier. »

« Tu me remercieras cette après-midi, lorsque nous irons voir le grand archimage. J’ai à lui donner mon point de vue avant mon poing dans sa gueule. »

« He… HEY ! Attention, s’il te plaît. Ne fait pas trop de violence si ce n’est pas nécessaire hein ? Je ne veux pas que tu aies des problèmes à cause de ça ! »

« Je n’en aurais pas car généralement, les gens évitent d’en avoir avec moi. »

Encore une menace déguisée de sa part, il ne vint pas la relever. Il termina son petit déjeuner, espérant que les autres allaient se réveiller assez vite. Il ne se sentait pas vraiment très à l’aise maintenant … enfin pour ne pas changer, pensera t-on dans le fond.

« Les autres vont sûrement descendre bientôt. »

« Tu étais très matinal sur ce coup. Il faut dire ce qui est : tu t’es évanoui et donc tu avais du sommeil à rattraper. Ils ne se réveilleront pas avant quelques heures. »

« Mais toi ? Comment est-ce que cela se fait que tu sois aussi rapidement debout ? »

La femme aux cheveux argentés haussa les épaules comme si de rien n’était. Elle était debout et elle lui tenait compagnie, ce n’était pas déjà une bonne chose ? Il n’avait pas de quoi se plaindre normalement. Mais bon, c’était Tery et des fois, elle n’arrivait pas à le comprendre.

« Alors ? Tu n’as aucune raison, c’est ça ? Ou alors, tu ne veux pas en parler ? Je comprendrais hein ? Mais bon … Ca m’embête légèrement. »

« Qu’est-ce que tu veux que je te dises exactement ? »

« Je ne sais pas, n’importe quoi ? Pour me rassurer ou autre ? A toi de voir hein ? »

« Je me suis levé car un dragon crachant de gigantesques flammes a assiégé Omnosmos. Quand je me suis dirigé vers l’endroit d’où provenait l’attaque, le dragon avait été tué par le sir Ratator, une petite souris recouverte d’armure. »

« … … … Pourquoi j’ai l’impression d’être pris pour un idiot ? » murmura le jeune homme aux cheveux bruns en fronçant les sourcils.

« Tu penses que ce n’est qu’une impression ou alors un peu plus que ça ? »

« Et zou, ça reprend les insultes. Mais au moins, tu vas bien, Manelena. Si tu es capable de faire de l’humour, c’est que tu vas très bien, je suis soulagé de l’apprendre, hahaha. »

« Je ne vois pas où j’ai fait de l’humour. J’ai juste répondu à ta question de façon stupide puisque ta question l’était tout autant, rien de plus, rien de moins. »

« Oui mais ta réponse était drôle, c’est ça qui est le plus important, je trouve, à savoir. »

Pou toute réponse, elle finit par hausser les épaules. Qu’est-ce qu’elle s’en fiche dans le fond, non ? Qu’est-ce que ça lui apportera de toute façon ?

« Hein ? Déjà réveillés, tous les deux ? »

Ce fut Elise qui descendit la première, petit sourire aux lèvres. Il était vrai qu’en vue de son passé de serveuse, il était loin d’être illogique qu’elle soit debout avant les autres.

« Oui, disons que vu comment j’ai dormi à cause de mon évanouissement, ça ne devrait pas être si surprenant que ça, j’imagine non ? »

« Pas vraiment mais … est-ce que tu vas bien ? Aucune séquelle ou autre ? »

« Non non, merci de t’inquiéter mais je vais parfaitement bien. »

« Tant mieux alors, c’est juste qu’hier, tu faisais un peu peur. J’avais l’impression de voir encore pire que moi … avant que je ne vous connaisses. »

« Pire que toi ? A ce point ? Pour tout dire, j’ai fais un cauchemar … mais je n’arrive pas à savoir exactement de quoi il ‘agissait. J’ai vraiment l’impression que c’était quelque chose d’important mais que j’ai tout oublié en me réveillant. »

« C’est étrange, il faudra en parler avec les autres non ? Et aussi le grand archimage ? »

« Ce grand archimage n’aura peut-être pas l’occasion de parler. » rétorqua Manelena sous un ton menaçant tandis qu’il marmonnait :

« Si tu peux éviter de le tuer tout simplement parce qu’il ne te plaît pas, je t’en remercierais Manelena. Il va juste devoir s’expliquer, c’est tout. »

« Je le laisserais s’expliquer mais il a intérêt à être franchement convaincant sinon … »

« Ne lui fait pas de mal, ça ne sert à rien. La violence ne mène à rien. »

« Quand je t’écoute ainsi, j’ai envie de te baffer, Tery. Et de façon assez violente, comme si ta tête allait percuter le mur et y rester. »

« Gloups, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter une telle idée ? Je peux savoir ? »

« Tu parles trop et surtout de façon trop stupide. Tu as besoin d’autres explications ou tu préfères que j’arrête de t’aligner dès maintenant ? Qu’est-ce que tu décides ? »

« Quand même, je trouve que vous vous entendez très bien tous les deux. » dit Elise en finissant par s’asseoir à la même table qu’eux. « On ne dirait pas comme ça d’un point de vue extérieur mais si on vous connaît bien, on comprend que Manelena dit cela simplement car Tery a l’habitude de se mettre en danger inutilement et qu’elle veut le protéger. »

« Qu’est-ce que tu racontes ? » déclara Manelena en tournant son visage vers la jeune demoiselle aux cheveux couleur auburn.

« Oh mais rien de spécial, promis ! Je ne pensais à rien de mal hein ? »

« Alors, il vaut mieux que tu arrêtes de penser, ça sera bien meilleur pour tous et toutes. Enfin, surtout pour toi, en vue de tes paroles. »

« D’accord, d’accord, j’ai parfaitement compris, hihihi. Je ne dirais plus rien ou presque, je peux vous le promettre, voilà tout. »

« S’il te plaît, Manelena, ne fais pas ta tortionnaire sur Elise. Elle ne mérite pas ça. »

L’ancienne maréchale ne répondit pas aux paroles de Tery, celui-ci questionnant ensuite Elise pour savoir si elle voulait quelque chose pour son petit déjeuner, qu’il puisse héler alors une serveuse. La jeune femme hocha la tête, signalant qu’elle allait commander elle-même.

« Tu peux faire comme tu le dires, Tery. Mais je suis vraiment contente de voir que tu vas bien, vraiment contente. J’espère que ça ne se reproduira plus. »

« Le Colisée ? Une fois mais pas deux, c’est pas du tout mon genre ! Tu as bien vu, je n’ai pas vraiment cherché les acclamations ou à faire le spectacle. »

« Tant que tu fais attention à toi, je pense que c’est le plus important. Juste que ça ne se reproduise plus vraiment, j’imagine, non ? »

« Je pense que ça doit être ça, je ne sais pas trop, je dois t’avouer. »

Il se gratta la tête, un peu confus et gêné par toute cette histoire. Le Colisée et le cauchemar ensemble ? Sincèrement, il préférait éviter que ça se reproduise, oui. Ça le perturbait beaucoup trop en fin de compte et il valait mieux que ça ne soit pas le cas. Ah … Bon. Il se leva finalement, déclarant d’une voix lente :

« Je vais aller prendre un peu l’air. Je reviendrais dans dix minutes. »

Qu’importe si Manelena le regardait avec suspicion. Il s’éloigna de la table, sortant de l’auberge avant de mettre les mains dans les poches. Il devait parler au grand archimage.

« Il vaut mieux que j’y aille seul. »

C’était la décision qu’il avait pris. Prenant une profonde respiration, il se dirigeait maintenant vers la tour des archimages, les soldats le laissant placer en le félicitant pour les combats d’hier. Ils semblaient vraiment impressionnés par ça.

« Ne vous inquiétez pas, tout va bien de toute façon. »

« Vous êtes sûr, Teny Vanian ? Hier, c’était quand même assez ardu non ? »

« N’exagérons pas non plus, je ne suis pas aussi chétif que ça hein ? »

Il émit un petit rire pour rassurer les soldats, ces derniers faisant de même avant de paraître gênés. Hmm ? Il y avait un problème ? L’un des deux gardes lui demanda :

« Par contre, votre dernier combat … vous sembliez vraiment différent. »

« Contre ce monstre géant ? Je dois avouer que je ne me suis pas senti si bien que ça. »

« Faites attention à vous ! C’est dommage que vous arrêtez aussi une carrière comme ça. Mais bon, c’est super dangereux comme métier, ça se comprend Vous auriez dût voir hier comme votre petite amie s’est énervée. Je vous le jure, j’avais l’impression qu’elle était prête à tuer tout le monde dans le Colisée ! Mais du genre un bon gros massacre ! »

« Ma petite amie ? Hein ? C’est vrai qu’elle était … »

« Vous savez, la femme aux cheveux argenté qui s’est battue à vos côtés. Elle aussi, elle a une sacrée puissance. Ah les ligne d’Alzar, c’est super impressionnant à regarder dans le fond. Et super inquiétant aussi d’ailleurs, faut pas croire ! J’en tremble encore un peu ! »

« Euh … Vous parlez bien de Manelena ? »

Sa petite amie ? L’idée en soi est vraiment amusante mais pourtant, il vaut mieux ne pas trop y penser. Si elle apprenait ça, autant dire qu’il n’avait plus de tête sur les épaules. Et à l’heure actuelle, il valait mieux qu’elle reste accrochée.

« Je crois que c’est ça. La princesse de Shunter en plus ? Vraiment, y en a qui ont de la chance par ici. Enfin, je ne vais rien dire, manquerait plus que … »

« Avez vous fini d’importuner Tery ? » demanda une voix légèrement amusée alors que les soldats se mettaient aussitôt au garde-à-vous, le grand archimage se présentant dans le dos de Tery. Celui-ci se retourna pour lui faire face avant de le saluer d’un geste et d’une parole.

« J’ai à vous parler, Ernold. J’espère que vous comprendrait que c’est assez important. »

« Je n’en doute pas un seul instant. Si tu veux bien me suivre, cela sera beaucoup plus simple alors. Je pense que ça sera mieux pour nous. »

« Je voudrais surtout obtenir des réponses à mes questions … et surtout, qu’est-ce que c’était que ça ? Hier ? Je crois bien que j’ai mérité de … »

« Si prévisible, Tery. Vraiment prévisible. » déclara une voix au loin avant que Manelena ne fasse son apparition, accompagnée d’Elise. Celle-ci lui fait les gros yeux, le jeune homme détournant la tête. Elise ne semblait pas avoir apprécié le fait qu’il se soit éloigné sans prévenir. Bon où sont les autres ? Hein ? Ils ne sont pas là ?

« Pourquoi est-ce que vous êtes ici ? »

« Car je n’avais pas confiance en toi et que j’ai bien fait non ? Alors, qu’est-ce que tu comptes demander à ce grand archimage qui a sombré dans la bassesse par rapport au Colisée. »

« Si vous voulez bien m’accompagner. » répéta encore une fois le Gnomold en posant son regard sur Manelena, inquisiteur et légèrement irrité.

« Nous allons vous suivre, Ernold. Vous m’accompagnez ? »

« Tu ne pensais quand même pas que j’allais te laisser seul avec lui, non ? »

Pour toute réponse, il ne fit qu’hausser les épaules. Il n’allait pas chercher la provocation et la dispute, contrairement à Manelena. Hum ? Ils n’allaient pas dans son bureau ? Non, c’était autre chose, ils se dirigeaient vers une autre pièce de la tour.

« Si vous voulez bien pénétrer, il s’agit de la salle de lecture. Elle est elle-même composée de plusieurs pièces au cas où quelqu’un veut parler en paix tout en lisant. »

« Je vois, je vois ,c’est assez impressionnant quand on y réfléchit, vraiment ! Je trouve ça vraiment très chouette dans le fond. Sincèrement, c’est vraiment une bonne idée. Mais c’est de la magie, n’est-ce pas ? Enfin, pour permettre une telle chose. Ça reste impressionnant en soi mais j’avoue que j’aime beaucoup dans le fond. Qu’est-ce que nous faisons ici alors ? »

« Nous allons parler. Installez vous sur ces fauteuils. Tery, je voulais te parler de la raison qui nous poussent, nous, à appeler les humanoïdes cornus « démons ». Tu dois savoir qu’il n’y a rien d’étrange à ce que tu sois un démon. Non, ce n’est pas lié à Shunter, loin de là. »

« Alors à quoi donc ? Vous voulez dire, que je ne sais pas, un exemple, un citoyen d’Honoros peut aussi être un Démon, c’est bien ça ? »

Ils avaient traversé un couloir fait entièrement de nombreuses rangées de livres. Au bout, il avait put ressentir un peu de magie avant que ne se trouvent plusieurs fauteuils et petites tables pour que chacun et chacune puissent s’installer.

« C’est exactement cela. Je me doutes que vu toi et Elise êtes tous les deux originaires de Shunter, cela pouvait te paraître lié aux citoyen de Shunter mais ce n’est pas le cas. »

« C’est vrai que dans le fond, j’ai toujours pensé que c’était ainsi. Je ne me suis jamais réellement posé la question ! Mais bon, qu’est-ce que vous voulez dire par là exactement ? »

« Tout simplement que tu fais partie d’une … race. Oui, il vaut mieux utiliser ce mot plutôt que de vous définir par vos appartenances à un royaume. Je reprends donc : toi et Elise faites partie d’une race dont les pouvoirs peuvent se renforcer par divers procédés. Le gros problème, néanmoins, est que ces procédés sont parmi les plus horribles existants. Je pense qu’il vaut mieux pour vous que vous lisiez ce livre. »

Un livre ? Ah … Oui. Le Gnomold en a déposé un sur la table, les trois personnes s’en avançant pour lire les quelques lignes qu’Ernold pointait de son doigt boursouflé. Tery tenta de dire quelque chose après quelques minutes mais aucun son ne sortit de ses lèvres.

« Vous êtes sûr ? Enfin, c’est confirmé ? »

« Malgré l’âge de ces livres, leurs écrits sont véridiques et fondés. Pourquoi tellement de livres en parleraient ? Je pourrais vous montrer d’autres articles si vous le désirez. »

« Non non, c’est bon mais … ne me dites pas que vous m’avez envoyé dans le Colisée pour vérifier cela quand même ?! » s’exclama Tery, finissant par prendre la parole après Elise tandis que Manelena restait silencieuse, plongée dans le livre.

« Nullement. Si tu as bien lu, cela ne concerne que les membres de votre race et entre vous pour être plus exact. C’est pourquoi le Colisée n’avait aucun rapport avec cela. Car oui, malgré ce que certains doivent penser, dont toi j’imagine, c’était bel et bien une envie de voir ta puissance, chose que tu as parfaitement montré malgré l’intervention de Manelena. D’ailleurs, visiblement, les personnes de sang royales sont toutes aussi impressionnantes en terme de puissance. Je me demande ce dont elles sont capables réellement. »

« Je crois que … même si ce n’est que la seule nouvelle que vous allez m’annoncer, je crois que j’ai ma dose. Enfin, j’ai eut vraiment ma dose, je vais … aller retrouver les autres à l’auberge. Pardon, grand archimage, je préfère … m’en aller. »

C’est vraiment ça être un Démon ? Comme perdu et déboussolé, le jeune homme quitte cet endroit, rapidement rejoint par Manelena. Derrière eux, Elise marche avec lenteur.

Chapitre 52 : Le festin d’un démon

Chapitre 52 : Le festin d’un démon

« Aaaaah … Aaaaaaah … Aaaaaaah. »

Où est-ce qu’il se trouve ? Où est-ce qu’il se trouve ? Il émet un gémissement de douleur avant de regarder autour de lui. C’est étrange, tellement étrange, vraiment … Mais en même temps, il ne pouvait se détacher de tout cela. Il devait continuer à avancer dans le noir.

« Où est-ce que je suis ? Je me serais … perdu ? C’est pas possible. »

Il passa une main dans ses cheveux, remarquant les cornes qui s’y trouvaient. Hein ? Ses cornes ? Qu’est-ce qu’elles faisaient là ? Il cligna des yeux, observant ses mains. AH ! Dans le noir, difficile de voir quelque chose.

« Quel idiot des fois, je fais. Pfff, je vous jure. »

Il poussa un léger soupir désabusé avant de continuer à avancer mais où ? Il ne connaissait pas cet endroit et il ne savait pas où il était. Mais pourtant, il avançait, il continuait d’avancer en espérant trouver la sortie.

« Il y a quelqu’un ? Si c’est le cas, vous pouvez répondre hein ? »

« Enfin te voilà … après toutes ces années, tu es enfin là. »

« Qui c’est ? Montrez-vous ? » s’exclama le jeune homme aux cheveux bruns. La voix était caverneuse et plutôt terrifiante mais il évita de trop montrer sa surprise. Car bon, cette voix était étrange, très étrange. Cette voix qui reprit :

« Tery Vanian … Tery Vanian … Ce nom factice qui est le tien. Celui donné par cette femme humaine. Tery Vanian, toi qui possède les lignes d’Alzar. Tery Vanian, toi qui est … »

« Comment est-ce que vous savez tout ça à mon sujet ? Qu’est-ce que ça veut dire ?! »

« Tery Vanian, toi qui est un Démon parmi ces êtres qui peuplent la surface de ce monde. »

STOP ! Assez ! Il ne savait pas d’où venait cette voix mais elle semblait bien le connaître ! Il était hors de question de rester là sans rien faire ! Mais d’où est-ce que cette voix provenait ? C’est ça le problème ! Il ne voyait pas d’où !

« Où est-ce que vous vous cachez ?! Je vais vous montrer ce dont je suis capable ! »

« Je sais parfaitement ce dont tu es capable maintenant … mais tu peux faire plus, beaucoup plus. Tu es un Démon, pourquoi tenter de le renier? »

« Je ne renierais jamais ce que je suis, c’est bien clair? »

« Pourquoi alors cherches-tu à le cacher ? As-tu honte de tes origines ? »

« MONTREZ-VOUS MAINTENANT ! Qui est-ce que vous êtes ?! Où est-ce que vous vous trouvez ?! Vous avez peur de moi ou quoi ? Je vous attends ! Et vite ! »

« Peur ? Nullement, j’observe ce que tu étais, ce que tu es, ce que tu seras. Je suis là pour étudier chaque mouvement de ta part et … »

« SORTEZ DE LA ! MAINTENANT ! »

Il haletait et hurlait mais il n’allait pas se laisser impressionner par un être qui préférait parler dans l’ombre ! De l’électricité ou du feu ! Il allait faire ça pour voir de qui il s’agissait ! Il allait vite comprendre sa douleur et …

Rien du tout. Il n’allait rien faire du tout car il ne savait pas où se trouvait son adversaire. Le jeune homme aux cheveux bruns continuait d’haleter pour reprendre son souffle. Ca ne servait à rien, il ne savait pas du tout où il était, ce qu’il devait faire mais tout cela le perturbait au plus haut point ! Rien du tout ! Rien du tout ! Rien de rien !

« Où est-ce que vous vous cachez ?! Sortez de là ! Je ne veux pas me répéter ! »

« T’es-tu déjà posé la question sur tes origines ? Ce pourquoi tu es devenu un démon ? Si tu ne l’étais pas à la naissance ? Est-ce que tu t’es demandé si ta génitrice était au courant ? »

« MA MERE N’A RIEN A VOIR AVEC TOUT CA ! »

Il avait hurlé de rage, le décor autour de lui se dissipant légèrement. Tout ce brouillard noir était en train de disparaître ! Il allait trouver celui qui lui adressait la parole et ensuite, il allait lui faire payer tout ça ! HORS DE QUESTION DE RESTER LA SANS RIEN FAIRE !

« Montrez-vous MAINTENANT ! »

Pourquoi est-ce qu’il criait autant ? Qu’est-ce qui se passait avec lui ? Etait-ce parce que l’ambiance était malsaine ? Mauvaise ? Qu’il ne savait pas où il se trouve ? Le fait que la personne savait qu’il était un démon ?

« Qu’est-ce que vous me voulez réellement ? Dites-le moi. »

« Tu viendras nous délivrer, Tery Vanian. Tu viendras nous délivrer de cette prison dans laquelle nous sommes enfermés depuis si longtemps, depuis des siècles, des millénaires. Tu viendras nous délivrer car cela est ta destinée. »

« Vous délivrer ? Ma destinée ? De quoi donc ? Attendez, est-ce que vous seriez … un démon ? Je ne compte pas délivrer de démons ! »

« Pourtant, tu as put voir qu’ils ne sont pas tous mauvais, non ? Dans le fond, c’est ce que tu as remarqué quand tu as eut tes propres cornes qui se sont mises à pousser pour la première fois. Et chez cette jeune femme nommée Elise. »

« Comment est-ce que vous connaissez son nom ? PARLEZ ! »

« Tu n’as aucune idée à ce sujet ? Aucune pensée qui pourrait t’expliquer cela ? Pourtant, c’est si simple à trouver, si simple à deviner. Il n’y a qu’une raison valide à cela : Tery Vanian, je suis ton père, l’être dont tu es la chair et le sang. »

« C’est … tout ? » demanda le jeune homme en écarquillant les yeux. Ce n’était pas qu’il n’était pas surpris mais dans le fond, il ne savait pas vraiment quoi dire.

« Nullement étonné ? Cela … »

« Je le suis mais bon … Comme je me doutais que ma mère ne pouvait pas être une démone, je me doutais bien que quelque chose clochait du côté de mon père. Mais il est mort. »

« Hahaha. Hahaha. Parfait, vraiment parfait, tu as déjà saisi la situation. Il ne fallait pas en douter en ce qui te concerne. »

« Je ne vois pas ce qu’il y a de super à comprendre. Je ne suis pas particulièrement stupide. »

« Ce n’est pas un problème. Le simple fait que tu saches d’où tu viens et que tu connaisses une partie de tes origines est déjà une bonne chose. Je me demandes ce que ta génitrice doit penser de tout cela … quand elle apprendra cette vérité. »

« Sauf qu’elle ne l’apprendra jamais car elle n’a pas besoin de le savoir. »

Il se sentait plus rassuré maintenant. Ce malaise qu’il avait ressenti au départ était en train de disparaître, tout doucement et faiblement. Ce n’était pas qu’il se sentait bien, loin de là mais … il avait la possibilité de souffler et il en profitait. Cette voix, il voulait montrer qu’il n’avait pas peur d’elle mais en même temps, il n’osait pas croire ce qu’elle venait de dire car il ne savait pas d’où elle provenait exactement. Mais … son père ? Un démon ?

« Tu seras celui qui sera à l’origine de tout, Tery Vanian. »

« L’origine de l’ouverture des portes démoniaques ? Nullement. Même pas en rêve et … Est-ce que je suis en train de rêver ? »

« Un rêve si réel que tu as l’impression que je peux te toucher. Ne t’en fait pas, tu es notre réussite … après ces derniers millénaires d’échecs. Enfin, grâce à toi, nous allons retrouver cette liberté qui nous est due. »

« Je ne libérerais jamais les Démons ! JAMAIS ! »

« Tu ne veux pas rencontrer le peuple dont tu es issu ? Mais tu n’auras pas le choix … oh que non, tu n’auras pas le choix, Tery Vanian. Non. »

Rien à faire, cette discussion ne menait à rien. Déjà avec le fait que cela parle de son père … ah … Non … C’était n’importe quoi, vraiment n’importe quoi. Il valait mieux qu’il trouve le moyen de se réveiller plutôt que de rester ici.

« Tu es inquiet, tu es effrayé, tu as peur, tellement peur. »

Il ne devait pas lui répondre et chercher une sortie ! Mais il ne voyait pas comment faire ! Un regard à gauche et à droite ne menait à rien ! Courir ! Courir toujours pour s’éloigner de cette voix qui était redevenue oppressante depuis le moment où il avait décidé de se poser des questions ! Il ne voulait pas que cela soit vrai ! Ça ne pouvait pas être vrai !

Il se réveilla en sursaut dans un lit mais surtout en sueur. Il passa une main sur son front, l’épongeant pendant de longues secondes avant d’halener. Pfiou … C’était donc un rêve, juste un rêve qui venait de lui filer une migraine affreuse.

« J’aurai préféré ne jamais rêver de ça. Où je suis maintenant ? »

Le Colisée ? C’est fini ? Un rapide coup d’œil sur sa gauche lui montrait qu’il était en pleine nuit d’après la lueur de la lune. Il était dans une chambre d’auberge. Mais laquelle ? Rapidement, il comprit qu’Elen était là. Elle était là pour lui. Il eut un petit soupir de soulagement, venant passer une main dans ses cheveux blonds.

« Elen ? Elen ? Elen ? Est-ce que tu es réveillée ? »

« Hmm ? Tery ? Réveillée ? Hmm … Tery ? »

Quel idiot ! Ce genre de question stupide, c’était bien son genre de les poser ! Il poussa un petit soupir désespéré en passant une main sur son front. AH ! Il était en sueur ? Qu’est-ce que ça voulait dire exactement ? Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il avait fait exactement ?

« Tery ? Tery ? Tu es réveillé ? TERY ! »

WOOOOOOOOOW ! Il eut à peine le temps de comprendre la situation qu’il se retrouva plaqué sur le lit, Elen sur lui, avachie avant de dévorer ses lèvres. Pendant une bonne et longue minute, il se laissa faire, n’osant pas bouger de cet endroit. Lorsqu’elle le libéra, il la voyait déjà en pleurs alors qu’elle bredouillait :

« Tu es resté couché et évanoui pendant des heures ! Plus de douze heures ! »

« Mais je suis réveillé maintenant, non ? Ce n’est pas une bonne chose, tu ne trouves pas ? »

« Bien sûr que si. Pourquoi ça ne le serait pas ?! Je n’ai jamais dit ça ! Idiot ! Imbécile ! Je peux continuer à t’insulter mais j’en ait pas la force et le courage ! Tu m’a rendue folle d’inquiétude ! Et les autres aussi ! Mais surtout moi et juste moi ! »

« Je crois que c’est la première et dernière fois que je participe à un Colisée surtout. Ce n’est pas du tout mon genre et … c’est épuisant. »

« Bien sûr que ça l’est ! Bon sang, quel idiot, idiot, idiot ! »

Elle commença à le frapper de ses poings sur son torse, sans pour autant chercher à le faire mal. Il vint la stopper doucement, plaçant ses mains autour des poignets avant de la forcer à tomber sur lui. Glissant ensuite les mains sur son dos, il le caressa longuement.

« Désolé d’avoir dût te réveiller, j’ai fait un mauvais rêve, très mauvais, Elen. Le genre de rêves dont j’aimerai tellement me passer, je dois t’avouer. »

« Est-ce que tu veux en parler, Tery ? Tu sais bien que je suis là. »

« Je le sais. Pour en parler … peut-être pas cette nuit, si tu veux bien. »

Il disait cela avec tendresse tout en passant une main dans ses cheveux. Il la recouvrit de baisers au visage, chose qui semblait lui plaire alors qu’il finissait par rouler dans le lit, se retrouvant maintenant au-dessus d’elle. Pourtant, elle parue inquiète, demandant :

« Est-ce que … tu vas assez bien néanmoins ? »

« A part que j’ai un peu mal partout, une légère migraine et que je suis en sueur, ça peut aller. Je suis pas malade ou autre, si c’est ça qui t’inquiète, Elen. »

« Non, ce n’est pas de ça dont je veux parler, Tery. C’est pour … »

« Oh ? Oups, je me suis imaginé des choses, hahaha. »

« Est-ce que tu vas assez bien ? Vraiment bien ? Ton crâne ? Et tout le reste … Je suis vraiment inquiet, Tery. Tu ne me rassures pas quand tu parles ainsi, pas du tout. »

Ah, c’était donc ça. C’était donc bien à cause de ce qui s’était passé. Il glissa une main dans sa chevelure blonde, la caressant avec tendresse. Rassurer la petite demoiselle, n’est-ce pas ?

« Ce n’était qu’un simple cauchemar, rien de plus. »

« Mais ce cauchemar, qu’est-ce qu’il impliquait ? Est-ce que tu veux bien me le dire ? »

« Hum, si tu veux … si cela peut te rassurer ? Mais d’abord, viens … »

Il vient doucement la coller contre son torse, continuant de caresser son crâne avec tendresse. Alors, par où commencer ? Humpf, dans le fond, son cauchemar ressemblait surtout à une seule et unique chose.

« Disons que j’étais plongé dans les ténèbres. Je ne voyais pas où j’allais. A partir de là, j’ai entendu une voix que je ne reconnais pas du tout. »

« Une … une voix, Tery ? Quel genre de voix ? Qu’est-ce qu’elle disais ? »

« Un peu envoûtante, masculine, du genre charmeuse. J’avoue que je ne sais pas trop mais je voulais croire ses paroles absolument. C’était étrange, très étrange. »

« Mais qu’est-ce que c’était ses paroles ? Tu t’en souviens ? »

« Bien entendu, ça parlait de … »

Parlait de ? Il cligna des yeux, Elen le regardant pendant de longues secondes, cherchant à attendre une suite qui n’arrivait pas. Il balbutia, gêné :

« Je n’arrive pas à m’en rappeler. C’est étrange. Les paroles, ça ne me dit rien du tout. »

« Mais tu savais qui t’adressait la parole, Tery ? Ou non ? C’est juste … surprenant. » finit-elle par dire alors qu’il haussait les épaules. Rien du tout. C’était le vide le plus complet dans son esprit, il devait le reconnaître. Il n’avait aucune stricte idée dans son crâne.

« Pardon, ça m’a complètement échappé, je ne sais pas pourquoi. »

« Ce n’est pas grave, Tery. Cela te reviendra en temps et en heure non ? »

« Je l’espère vraiment, Elen, je l’espère vraiment. »

Elle tentait de le rassurer, passant une main sur son corps pour le couvrir ensuite de légers baisers. Le jeune homme en tremblait avant de descendre ses mains jusqu’au ba du dos, la regardant avec tendresse.

« Tery dans ton état, je ne suis pas sûre que ça soit recommandée. »

« Oh ? Mademoiselle Elen refuse quelques caresses de la part de son homme ? »

« Ne dit pas cela, tu connais parfaitement la réponse non ? Est-ce que j’ai l’air assez folle pour ça, monsieur Tery Vanian ? »

« Roh ! Qu’elle m’appelle ainsi montre que j’ai vexé la petite demoiselle ! »

Faussement vexée par contre. Il sourit tendrement alors qu’ils commencent à s’embrasser. Cette impression inquiète qui animait son corps depuis son réveil vint se taire, peu à peu tandis que le jeune homme continuait l’embrassade, dévorant les lèvres de la jeune demoiselle aux cheveux blonds. Celle-ci se laissa faire, toujour un peu soucieuse

« Doucement, d’accord ? Je ne voudrais pas te blesser, Tery. »

« Oh mais tu ne me blesseras pas, je te le promets, Elen. »

Et pour le lui prouver, il alla se déshabiller devant elle, retirant son haut avant que le reste des habits ne fasse de même. Elle poussa un petit gémissement plaintif en voyant ses blessures, glissant ses doigts le long du torse du jeune homme.

« Tery, je ne veux pas … cela. Je crois que l’on va se contenter de quelques câlins et quelques caresses, rien de plus, rien de moins. »

« Comme tu le désires … mais tu ne vas pas me laisser seul dans cette tenue non ? »

Il s’amusait de sa réaction, tirant sa langue avant de lui donner un petit coup sur les lèvres. La jeune femme vint tressaillir de surprise, ne s’attendant pas à une telle chose. Aussitôt, elle commença à se déshabiller vivement, se retrouvant dans la même tenue que Tery.

« Voilà … mais c’était mesquin de ta part, le coup de la langue. »

« Oh ? Mesquin à quel point ? Dis-moi en plus, Elen pendant que je te recouvre de baisers. »

Mais il était excité cette nuit ou quoi ? Non pas que ça la dérangeait, loin de là . C’était plutôt le contraire. Elle poussa un léger feulement de bonheur en sentant son corps réagir aux baisers de Tery. Finalement, elle le stoppa, prenant son visage à deux mains avant de l’embrasser longuement. Ses jambes se placèrent autour des hanches de Tery.

« Et maintenant que je t’ai capturé, Tery, qu’est-ce que tu comptes faire ? »

« Me rendre, bien entendu ! Faites de moi tout ce que vous désirez ! »

« Alors qu’est-ce que vous faites au-dessus de moi, jeune homme ? » demanda Elen tout en passant au vouvoiement comme l’homme de sa vie. Il se retourna, se retrouvant sous elle alors qu’il la contemplait sous les rayons de lune qui éclairaient la chambre par la fenêtre.

« Me voilà sous vos ordres, belle maîtresse Elen. »

« C’est un peu … surprenant, je dois avouer. Je ne suis pas très habituée à ça, Tery. »

Pour toute réponse, il redressa le haut de son corps, venant rapidement déposer un baiser sur les lèvres de la jeune femme aux cheveux blonds. Celle-ci se laissa faire longuement, très longuement jusqu’à ce qu’elle le repousse en plaçant ses mains sur son torse, le forçant à être couché sur le lit. Avec lenteur, elle chuchota :

« Tery Vanian, tu m’as provoqué. Je t’ai pourtant signalé tant de fois que je ne pensais pas que c’était une bonne idée mais non, il a fallut que tu fasses un petit jeu, que tu continues à m’embrasser et que tu te déshabilles. Tu es prêt à en payer les conséquences ? »

« Plus que prêt, mademoiselle Elen. Je vous appar … OOOOH ! »

Elle avait décidé de lui appliquer un suçon sur le cou, une belle marque rouge étant maintenant visible. Cela avait été fait avec ardeur et un peu de férocité tandis qu’il la regardait, léger sourire aux lèvres. Elle était un peu fofolle sa demoiselle, n’est-ce pas ?

« Tery Vanian, tu es vraiment tout à moi, rien qu’à moi. Quitte à ce que je te marque. »

« Bien entendu, Elen. Tu le sais parfaitement et … »

Encore une fois, elle ne lui avait pas vraiment laissé le temps de terminer sa phrase. Cette fois-ci, elle prenait les devants, bien installée sur lui alors qu’il haletait de joie. Elle y mettait tout son coeur et toute son âme tandis qu’il la regardait avec ferveur.

« Tu vois … que … aaaah … »

« Et moi qui m’inquiétais pour ton état de santé après ce Colisée, tu es en pleine forme, Tery hein ? En pleine forme, n’est-ce pas ? »

« Je n’ai jamais prétendu le contraire, Elen, je tiens à le préci … »

« Et Manelena qui a décidé de se mettre à l’attaque mais NON ! Tu es à moi ! »

OUCH ! Hey, l’amour un peu brutal, pourquoi pas mais pas de cette manière hein ? Mais les doigts ancrés légèrement dans sa peau trahissaient l’inquiétude grandissante d’Elen à son égard … et le mouvement de ses hanches sur lui son envie de possession. Il était à elle, elle était à lui.

Chapitre final : Cartes abattues et autre monde

Chapitre final : Cartes abattues et autre monde

Leurs lèvres restaient collées, ce baiser ne devant jamais s’arrêter. Un sang doré et rouge s’écoulait de leurs lèvres et ils avaient ouvert les yeux mais ce n’était pas de l’amour que l’on pouvait lire dans ces derniers… Mais de la surprise.

« Valet et As tués. »

La voix avait été sans appel et dite sur un ton monocorde alors que s’extirpait une main placée au niveau du cœur de Ryusuke et Riza. L’être qui se tenait devant l’arène passa cette main sur ses lèvres, léchant le sang tandis que les deux êtres enfin réunis tombaient au sol, sans vie. Cela avait été si rapide, si violent… et pourtant si efficace puisque Ryusuke et Riza restaient à terre, l’un contre l’autre, sans bouger. Le jeune homme gardait ses lèvres posées sur celles de la jeune femme mais leurs yeux restaient grands ouverts.

« PERE ! »

« RYUSUKE ! »

Drimali, Shymi et Clemona s’étaient mises tout de suite à courir en direction de l’homme qui tenait à côté des cadavres de ce qui avait été le Valet de la Rancœur et le Dieu Supérieur des Dragons. Déjà, les trois femmes bouillonnaient de colère, chacune préparant une sphère avec toutes leurs puissances. L’homme qui se tenait au milieu n’avait plus grand-chose à voir avec ce qu’il avait été auparavant.


Ses cheveux étaient maintenant entièrement blonds, ses yeux rouges observant avec malice la scène autour de lui et les trois femmes. Il avait une magnifique paire d’aile de plumes rouges noires dans le dos et portait une tenue blanche avec quelques morceaux de jaune. Il avait bien changé au niveau musculature… comme si il était complètement différent. Etait-ce vraiment Malar ? Pourtant sa voix restait la même tandis qu’il rigolait.

« Que voulez vous faire ? Vous n’avez pas compris que tout cela était un piège, un simple piège. »

« MALAR ! »

Xano venait de crier son nom et l’homme lui donnait comme simple réponse un sourire dédaigneux. Encore une fois, il s’était joué de lui. Encore une fois, il n’avait été qu’un pantin entre ses mains. Trois ombres apparurent subitement derrière les trois femmes, une lame de glace venant se planter en Shymi, celle-ci poussant un cri de surprise. Le haut de son corps se pencha lamentablement en avant alors que du côté de Drimali, une lame de roche avait fait son office. La jeune femme aux longs cheveux bleus avait simplement tourné ses yeux vers le ciel avant de rendre l’âme. Du côté de Clemona, celle-ci avait disparu rapidement au moment où une lame de métal avait tenté de se planter en elle. Elle réapparue devant Malar, une sphère d’énergie dans sa main en lui criant avec toute la haine qu’elle lui portait :

« MALAR ! Je vais te tuer pour ce que tu viens de faire ! »

« Hinhin. Désolé ma petite. »

La voix était venue de derrière elle alors que deux mains se posaient sur sa tête. Celle-ci fit un demi-tour alors que Clemona tombait au sol. Quelques secondes plus tard, des sphères de fumée sortaient des corps de cinq personnes qui venaient de périr alors que les quatre meurtriers entouraient maintenant Malar. La première sphère de couleur verte qui était sortie du corps de Shymi s’approcha de l’homme aux cheveux blonds comme si elle était manipulée par ce dernier. Malar ouvrit la bouche, l’avalant en murmurant :

« Huummmm… Mais dis donc… Ce n’était pas qu’une simple âme mais deux… Tu sais ce que cela veut dire, Xano ? »

« MALAR ! »

Le corps de Xano se mettait à se consumer voir à se calciner… Il semblait s’enflammer puis tout s’arrêta subitement. Malar arrêta de sourire, poussant un léger soupir comme si ce n’était à ce à quoi il s’attendait. L’œil rouge de Xano était devenu bleu comme l’autre et une voix plus profonde se fit entendre :

« Malar, Joker Noir, Giradès. J’ai été à ton service, il fut un temps. Je ne sais pas quel était ton but en me signalant que Shymi était enceinte de mon enfant mais tu as lamentablement échoué. Néanmoins, par pur souci de vengeance, je vais devoir t’éliminer, le comprend-tu ? »

« Tiens donc… Une autre personnalité ? Ce n’est plus le petit gamin immature qui se tient devant moi ? Est-ce… DornRek ? »

« DornRek, Xano Likan ou Joker Blanc, tu peux m’appeler comme tu veux. Au final, cela ne changera rien à ce que je vais te promettre comme souffrances. »

« Si tu veux bien attendre un petit peu, j’ai quelque chose à faire. »

La sphère bleue et fumeuse qui était sortie du corps de Drimali alla se diriger vers la bouche de Malar, celui-ci l’avalant avec appétit. Il avait maintenant un sourire carnassier mais une décharge d’énergie violette alla le frapper au visage, Malar ne réagissant pas comme si il n’avait rien ressenti. Les envoyés célestes, les deux Reines, Berthra, Pandora et Snakiante s’étaient positionnés devant Xano pour le protéger mais celui-ci fit un petit geste de la main pour le laisser passer.

« Je ne pense pas que tu comprennes la situation, DornRek. Tu es bien trop faible pour toi, tu étais à mon service et tu penses m’infliger la moindre blessure ? »

« Non mais je pense qu’avec toute cette petite troupe, je pourrais sûrement t’emmener en enfer. Nous sommes dix contre cinq. »

« Et en terme de puissance ? Dois-je te signaler qui sont ces quatre personnes autour de moi ? Ce sont simplement mes Rois et les Cavaliers m’attendent ailleurs. Sais-tu pourquoi j’avais besoin de tuer Drimali et Shymi ? »

« Pour faire ce que tu voulais depuis tant de millénaires. »

« Héhéhé… Je vois que la mémoire ne te fait pas défaut. Quand même, tu as déjà sept Atouts avec toi, c’est un joli nombre. »

« Sept Atouts ? »

Tyrania s’était tournée vers Xano en même temps que Nelya. La mort de Shymi et des autres avaient-elles ouvert une porte dans la mémoire du jeune homme aux longs cheveux blancs ? L’œil droit était redevenu rouge tandis qu’il désignait du regard les quatre envoyés célestes. Dans les cas de Berthra, Pandora et Snakiante, cela avait déjà été signalé.

« Et dire que vous étiez du côté de Juperus pour éviter un tel drame… Eviter que les portes vers mon monde s’ouvrent les unes après les autres. Les quatre Valets sont morts et la première des portes, celle où se situe le plus de cadavres de Valet va s’ouvrir d’ici quelques minutes. Il est temps de consommer la dernière âme : Celle du Valet de la Rancœur. »

La sphère jaune émanant du cadavre de Riza se dirigea vers le ventre de Malar, s’incorporant à l’intérieur comme il n’y avait pas cette barrière de chair. L’homme aux cheveux blonds poussa un long râle de plaisir. Tyrania serrait la main droite de Xano pour tenter de le calmer mais celui-ci tremblait de tout son corps.

« Ahhhh… Vraiment délicieuse. Dire qu’enfin, elle était heureuse… Enfin, elle pouvait être avec lui… mais tout fut terminé en quelques instants. Une simple marionnette manipulée par mes files. Un appât qui m’a permis d’attirer deux As. Vois-tu, Joker Blanc, je vais te dire le bilan de toutes ces années : Tu as perdu l’une de tes plus puissantes alliés nommée Shala, tu as perdu tes deux Valets de la Connaissance et de l’Amour et enfin tu as perdu deux de tes quatre As. En comparaison, je n’ai perdu que deux pitoyables Valets. Vois-tu la différence entre toi et moi ? C’est que tu ne penses qu’à toi, qu’à ta petite personne et jamais à ceux qui sont situés autour de toi. Ca a toujours été comme ça, TOUJOURS… »

« La ferme… Je n’ai pas de conseils à recevoir de la part d’un type de ton genre. »

« Est-ce là toute ta répartie ? Tu n’as donc rien d’autre à me dire ? Et bien, c’est vraiment dommage mais maintenant, il va être temps de prendre les âmes de tes deux As. »

« Je t’en empêcherais. Tyrania et les autres, reculez, je vais lui montrer que je ne plaisante pas en tant que Joker Blanc. »

Malheureusement pour Xano, personne ne semblait se pousser. Ils étaient là pour protéger le jeune homme aux longs cheveux blancs. Celui-ci eut un regard neutre sur le groupe. Il fit apparaître une sphère violette qu’il enfonça dans le sol, les quatre rois créant un champ de protection alors qu’un rayon violet sortait du sol. Le rayon percuta le champ sans le passer tandis que Malar reprenait la parole :

« Tu es si faible… Tu es bien celui de la prophétie mais malheureusement, nul ne sait comment elle va terminer. Tu as sept Atouts, il te reste tes quatre Reines et deux As. De mon côté, j’ai mes quatre Rois, mes quatre Cavaliers et tous ceux qui ne sont pas avec toi en tant qu’Atouts. Ceux qui ne sont pas avec toi sont avec moi, ils ont choisi le nouveau dirigeant de ce monde. »

« Je ne te laisserais pas faire. Autant me débarrasser de toi avant qu’il ne soit trop tard. »

« Mais il est déjà trop tard ! »

Malar explosa d’un rire tonitruant alors que le sol se mettait maintenant à trembler. Il leva la main tandis qu’une sphère rouge et une autre de couleur brune lévitaient au-dessus du sol : Les âmes de Ryusuke et Clemona.

« Il est temps de se ressourcer. Deux âmes liées aux As. Je sens que ça va être un repas divin héhéhé. »

Les sphères lévitaient autour de Malar mais celui-ci eut un petit mouvement de recul, le visage surpris. Subitement, les deux sphères disparurent devant le regard étonné du groupe de Xano et de Malar. L’homme aux cheveux blonds poussa un grognement :

« Tsss… Juperus. Tu as décidé de me mettre des bâtons dans les roues ? »

« Il ne fallait pas croire que tout allait être aussi simple. Et maintenant, qu’est-ce que tu comptes faire ? Tu n’auras pas ces deux âmes et je compte bien récupérer les autres ! »

« Pour cela, il faudrait réussir à me tuer ou alors à m’extirper ma propre âme mais tu vois, ça ne sera pas possible car tu es trop faible, beaucoup trop faible. Tu ne veux pas comprendre la différence entre toi et moi ? Je vais te la montrer. »

Malar fit un petit geste en levant la main droite, la tendant horizontalement au niveau de son épaule en murmurant quelques paroles. Lentement, le décor changea… mais seulement pour Malar et Xano. Celui-ci s’était mis légèrement à trembler, reconnaissant ce vide si spécial qui avait été le lieu où il avait été torturé pendant presque deux siècles. Malar était devant lui, ses yeux rubis semblant flamboyer dans ce noir si intense. Sa voix sortie mais elle était complètement différente de celle habituelle. Elle avait une intonation féminine :

« DornRek. Cela faisait longtemps en un certain sens. Pourquoi n’as-tu pas écouté ce que je t’ai dit ? Est-ce que tu n’as pas compris que depuis que tu m’as trahie, tu ne peux plus espérer mon pardon ? J’aurais dut t’éliminer définitivement. »

« Mademoiselle Giradès. Quel… plaisir de vous revoir. Vous allez toujours aussi bien ? »

« Arrête donc là les questions sans intérêt, tu n’auras rien de cette façon. Nul ne peut intervenir dans cette zone qui est une partie de la mienne. Qu’est-ce que je devrais te retirer ? Ou qu’est-ce que je devrais te donner ? Si je tuais une de tes Reines, est-ce que cela te permettrait de ressentir de la haine à mon égard ? »

« Encore faudrait-il que je te laisse faire ! »

Bien qu’il tremblait, il se dirigea vers le jeune homme aux cheveux blonds, celui-ci restant parfaitement immobile comme si il ne craignait pas les attaques de Xano. Le corps de Malar disparu dans les ténèbres alors que Xano s’était approché de lui avec une flamme violette dans les mains pour le brûler, la voix de Giradès reprenant dans le vide :

« Vois-tu, tu étais à mon service et je t’ai permis d’asservir ce monde à ma place mais tu as refusé cette chance et tu as décidé de te mettre du côté de Juperus. C’était la pire de tes idées, tu aurais put gérer ce monde et moi, j’aurais continué à rester dans le mien puisque je te faisais confiance. Dire que je t’avais façonné à ma façon mais encore une fois, tu as décidé de te mettre de son côté. »

« Encore cette histoire de jalousie envers Juperus ? Cela commence à être lassant, Giradès. Tu pourrais arrêter de mettre tes sentiments personnels dans tout ça. »

Visiblement, les propos de Xano n’avaient guère plus à Giradès puisque que subitement, l’ombre de l’homme aux cheveux blonds se présenta devant Xano. Il se retrouva au sol, son corps meurtri de l’intérieur en hoquetant de douleur tandis que Malar reprenait la parole :

« Ne parle pas de choses qui ne te concernent pas ou dont tu ne connais pas l’existence, DornRek. Je n’ai jamais été jalouse de ma sœur jumelle, tu devrais le savoir pourtant. Chacune se livre une bataille perpétuelle pour conquérir le monde que l’autre a crée, voilà tout. Je crois que tu as compris la leçon. Il va être temps de t’emmener dans mon monde. »

Le décor changea peu à peu pour reprendre la forme de celui de l’arène de Ryoran. Xano restait au sol et Tyrania poussa un cri strident en s’approchant de lui pour voir son état. Les Atouts entourèrent le jeune homme, chacun se transformant légèrement pour répliquer à Malar mais celui-ci fit un petit geste pour dire que ça ne servait à rien. La voix avait reprit son intonation masculine :

« Je vois que Xano a eut affaire à Giradès. Quelle chance… Moi-même, je ne peux guère la voir trop souvent et encore… Maintenant, je pense qu’il est temps pour vous de disparaître de ce monde héhéhé. »

Une fissure se produisit et Malar disparaissait déjà dans le sol. Xano s’était redressé, cherchant à se concentrer pour ne pas se faire emporter par le courant de la fissure. Celle-ci grandissait de plus en plus et Malar reprit la parole :

« Je vais t’attendre dans mon monde. Nous t’attendrons. Ici, les seules règles qui seront dictées seront les miennes. Le monde que tu vas rejoindre sera ma création. Il m’a été donné par le Dieu Originel et depuis j’en suis le gérant. A partir de là, tu ne pourras plus rien contre moi. Ah oui… J’ai une petite surprise pour vous tous. »

La voix et l’homme aux cheveux blonds disparu complètement tandis que les quatre ombres prétendues Rois faisaient de même après plusieurs secondes. Xano se tourna vers Tyrania et les autres, la femme aux cheveux dorés toujours près de lui :

« On a complètement échoués… Complètement. Qu’est-ce qu’on va pouvoir faire ? J’ai put… tester ses pouvoirs et je n’ai même pas réussi à esquisser un geste face à Giradès. »

« C’est simple. On va aller dans son monde et aller lui botter son cul. Je ne peux pas laisser quelqu’un de son genre vivre plus longtemps ! »

« Ohla…Tu me parais bien énervée, Tyrania. »

« Simplement que…Je veux que Ryusuke et Riza reviennent à la vie, voilà tout. »

Elle s’arrêtait de parler, n’expliquant pas pourquoi elle voulait cette chose. Les Atouts entouraient maintenant Xano pour lui parler mais personne ne put ouvrir la bouche et subitement, Parapapa, Valésia et Luna qui était évanouie furent emportés dans la faille.

« Oh mer… Restez tous groupés ! Vous avez compris ?! »

C’était bien beau de comprendre mais après, il fallait agir et ça… C’était beaucoup plus difficile que prévu. Ce fut au tour de Snakiante, Berthra et Shala de disparaître dans la faille qui s’était ouverte. L’homme à la moustache violette depuis qu’il avait repris son rôle serrait Shala dans ses bras en murmurant vers Xano :

« Je m’occupe de tout. Il faudra que nous nous retrouvions tous dans l’autre monde. »

Puis plus rien, plus rien du tout même. Nelya était restée près de Xano. Malasa et Kéli s’étaient rapprochés de lui aussi tandis que Pandora était assise sur le sol, ne disant rien du tout. Finalement, ils n’étaient plus que six.

« Snakiante nous a dit de nous retrouver là-bas. Cela voudrait-il dire que nous allons tous être séparés ? »

« Il y a de fortes chances, Joker Blanc ou Xano. Néanmoins, nous sommes plus nombreux que lui mais nous manquons d’expérience. Que nos routes se recroisent dans le futur. »

« Qu’est-ce que tu veux dire par… Nelya ?! »

Il venait de crier son nom alors que la jeune femme aux yeux saphir se dirigeait maintenant vers la faille sans que celle-ci ne la force. Elle indiqua à Kéli et à Malasa de la suivre, les deux autres femmes hochant la tête avant de disparaître avec elle dans la faille. Il ne restait plus que Xano, Tyrania et Pandora. Celle-ci prit finalement la parole en disant :

« Je suis la plus faible des Atouts… mais je serais ton bouclier. »

« Et je serais ton arme. »

« Pandora, Tyrania, arrêtez de parler comme ça. Je vous l’ai déjà dit. Je suis fatigué de toutes ces choses, vraiment fatigué. Il faut y mettre un terme. Rapprochez vous de moi. »

Les deux femmes s’exécutèrent. Xano posa un bras autour de chacune d’entre elles avant de fermer les yeux. Déjà, ils se laissaient emporter par cette fissure, celle-ci se refermant après le dernier passage. Malgré les nombreux coups de pression qu’il recevait dans tous les sens durant le voyage, il gardait près de lui Tyrania et Pandora, se demandant où il allait bien atterrir. Sa réponse arriva très rapidement… puisqu’il s’écroula tête la première dans la robe rouge et bleue de Tyrania au niveau de la poitrine. Il se redressa subitement sans aucune gêne avant de regarder autour de lui. Ils se trouvaient… sur une île flottante ? Elle devait être de petite taille puisqu’il lui semblait pouvoir en observer plusieurs autour de lui et qui étaient toutes différentes. Il prit la parole en s’adressant à Tyrania et à Pandora :

« Vous allez bien ? Pas trop de dégâts ? »

« Tout va très bien, Joker Blanc. Rares sont les blessures qui peuvent m’affecter mais si c’est le cas… Je suis très fragile. »

« Ca… Ca peut aller, Xano. Où est-ce que nous sommes ? »

Tyrania n’avait pas réagit lorsque le jeune homme aux longs cheveux blancs s’était retrouvé sur elle. Ils étaient seuls… enfin presque seuls puisqu’il y avait aussi Pandora mais celle-ci ne semblait pas du genre très vivace. Tyrania se releva, se rapprochant de Xano tout en se collant sous son bras pour qu’il puisse la serrer contre lui, chose qu’il fit d’un geste naturel et évident. Pandora était immobile, ses yeux verts se posant autour d’elle :

« Que faisons nous ? »

« Nous allons devoir retrouver les autres. Par contre… On marche sur une terre inconnue. »

Une remarque sans importance et qui était facile à deviner. Ils commencèrent à marcher vers l’Est sans savoir où ils se dirigeaient. Retrouver les trois autres Reines et ses Atouts, voilà ce qu’ils devaient faire mais… Où se trouvaient-ils ?

« Ils sont arrivés. Devons-nous nous mettre en place, maître Malar ? »

« Hummmm… Je ne sais pas trop. Laissez les donc se perdre un petit peu dans mon monde. De toute façon, ce n’est pas comme si ils savaient où se rendre pour espérer m’atteindre. »

« Héhéhé, maître Bal, elle est arrivée… Elle est arrivée finalement. »

« L’âme que j’ai prise a enfin obtenu sa forme physique, Bal ? »

« Oui héhéhé. Elle se présentera à vous très bientôt. »

« Tant mieux, tant mieux, tant mieux. Je sens que cela va être une partie de plaisir. »

Malar rigola longuement alors que Bal s’agenouillait aux côtés des quatre Rois. Tout été maintenant mis en place et tout allait se dérouler dans SON monde, celui où il régnait d’une main de maître. Finalement, tout était parfait dans le pire des mondes, il avait réussi ce qu’il voulait et DornRek allait se présentait à lui… si il ne mourrait pas avant.

« Xano, je n’aime pas cet endroit. »

« J’en pense pareil, pas besoin de me le signaler Tyrania. Je ne sais pas combien de temps nous allons passer ici mais je sens que ça va être long… Très long. »

Il poussa un profond soupir en observant le vide devant lui. Ils étaient perdus, isolés des autres et ne savaient même pas par où commencer. Rechercher Luna et les autres, c’était la première chose à faire mais vu qu’ils ne connaissaient pas cet endroit, cela revenait à trouver une aiguille dans une botte de foin. Où se trouvaient-elles ? Ses trois Reines ? Et les Atouts ? Il s’inquiétait plus pour Luna que pour les deux autres : Elle se trouvait avec Parapapa et Valésia qui semblaient être les moins forts. Il poussa un profond soupir, enlaçant Tyrania contre lui en murmurant :

« On y va. Nous allons éradiquer le Joker Noir dans son monde. »

Chapitre 89 : Apothéose

Chapitre 89 : Apothéose

Elle le regardait avec un petit sourire triste, ayant terminé enfin son récit sur ce qui s’était déroulé pendant toutes ces décennies. Ryusuke restait interdit, tentant d’assimiler le plus d’informations à ce sujet. C’est vrai qu’à sa mort, il avait été emporté avec Clemona mais…Il cria rapidement et subitement :

« Je ne sais pas ce que foutu Malar a dit mais il a raconté n’importe quoi ! Je n’ai même pas attendu une semaine avant de partir à ta recherche ! J’ai dit à Juperus que j’allais te chercher, que je t’avais fait une promesse ! »

« Et alors, Ryusuke ? Au final… Qu’est-ce que cela va changer maintenant ? Ce qui est fait est fait, n’est-ce pas ? On ne peut pas revenir en arrière. Es-tu prêt ? Nous devons mettre un terme à ce combat maintenant. »

« Non mais je ne veux pas ! Arrête toi là ! C’en est trop ! Je ne veux pas te tuer ! Tu comprends ?! Pas après tout ça ! »

« Tu n’auras pas le choix. »

Elle baissa la tête avant de voler en direction du jeune homme. Dire qu’il avait changé complètement d’avis après son histoire, il était si sentimental… Peut-être qu’il ne mentait pas mais cela ne changeait rien… Sa griffe droite se plaça au niveau du cœur de Ryusuke mais celui-ci se protégea avec sa griffe gauche, entrelaçant leurs doigts. Elle n’attendit pas pour attaquer maintenant avec sa griffe gauche, Ryusuka parant le coup. Finalement, leurs deux griffes étaient réunies et l’épreuve de force allait débuter.

« Voilà où mène les paroles de Malar… Il m’énerve ce type ! IL M’ENERVE ! »

« Calme toi, Xano, tu ne peux rien pour eux. Riza a déjà abandonné tout ce qui lui restait, il n’y a plus d’autres issues. »

« JE M’EN FOUS DE CA ! Ne dites pas n’importe quoi ! On va les arrêter ! »

C’était bien beau mais il n’arrivait pas à faire un seul pas. Clemona avait tourné son visage vers lui pour lui faire comprendre que c’était inutile. Personne ne pouvait bouger devant la déferlante de puissance entre Ryusuke et Riza. Les deux serraient les dents alors que tout semblait se désagréger peu à peu autour d’eux. Des gouttes de sueur s’écoulaient des fronts des deux personnes alors que Ryusuke prenait la parole :

« Il n’y a aucun… moyen ? »

« Aucun. Nous ne pouvons pas revenir dans le passé. Je suis désolée Ryusuke mais tu aurais dut faire ton choix plus tôt. Maintenant, il est trop tard. »

« Il n’est jamais trop tard ! Arrête toi là ! Je suis sûr que Juperus sera clémente et te pardonnera ! Moi, je t’ai déjà tout pardonné ! »

« Et moi ? Dans tout ça ? Est-ce que tu crois que je t’ai pardonné ? Que toutes ces paroles étaient en l’air ? La seule et dernière fois où tu seras près de moi sera quand tu me donneras le coup de grâce. Prépare toi maintenant. J’ai ma propre vengeance à accomplir et celles de Tonar et Anolk sur le dos. »

« ILS NE VOULAIENT PAS TE VOIR COMME CA ! »

« Merci bien… Tu penses vraiment que je n’étais pas au courant ? Ils pensaient que je méritais d’être heureuse… mais… Même après ma mort, je ne pourrais pas l’être. »

Hein ? Il se passait quelque chose de bizarre. Sa force diminuait, elle sentait que Ryusuke prenait l’ascendant sur elle. Ou alors… Devenait-il plus fort ? Elle ne savait pas mais elle reculait de plus en plus alors qu’il ne lui répondait pas. Quelques larmes tombèrent au sol avant que Ryusuke ne retire sa griffe droite, la refermant en un poing. Il alla frapper avec une violence inouïe le ventre de Riza, celle-ci se faisant renvoyée en arrière en roulant sur le sol.

« Connasse ! De quel droit tu te permets de dire ça ?! Si y en a bien une qui mériterais de pouvoir être heureuse après tout ce qu’elle a accompli, c’est toi ! Contrairement à ce que tu as fait, je suis misérable ! »

« Ah… Ah… Tu veux donc en terminer avec moi, c’est bien… C’est ce que je voulais. »

Enfin, il allait se donner à son maximum pour elle. C’est ce qu’elle voulait au final… Une partie de son cœur avait attendu ce moment avec impatience… Elle avait compris son erreur après plusieurs décennies, cette erreur où elle avait rejoint Malar et ses forces. Elle ne pouvait plus revenir en arrière et rien ne pouvait être pardonné. Elle se releva, essuyant le sang sur ses lèvres en souriant.

« De bien belles paroles mais tout a été décidé. L’un d’entre nous doit mourir aujourd’hui… et définitivement. Si tu ne veux pas te battre, alors meurs. »

Elle faisait apparaître des flammes autour de son corps en fermant ses yeux rubis. Puisqu’elle avait la puissance de Tonar en elle couplée à la sienne, il n’était pas étonnant de la savoir capable de faire une telle chose. Elle réouvrit ses yeux avant de courir vers Ryusuke, celui-ci faisant apparaître des flammes autour de lui à son tour.

« Je ne veux pas me battre… PAS CONTRE TOI ! Ce n’est pas dur à savoir ! »

Il battit des ailes, s’envolant en envoyant une vague de feu. Les ailerons bleus de Riza se positionnèrent devant elle, la protégeant du feu alors qu’elle s’envolait à son tour, ouvrant la bouche pour cracher un rayon de glace. Ryusuke l’évita avec aisance, envoyant une décharge électrique de la main droite. Le corps de Riza absorba les éclairs et elle poussa un petit rire amusé : Il savait aussi bien qu’elle que ce genre de choses ne pouvait pas l’atteindre. Il devait faire mieux… BEAUCOUP MIEUX !

« Il faut les stopper ! Ca a assez duré ! »

« Xano… Est-ce que tu peux les laisser se battre ? S’il te plaît. »

Depuis quand Tyrania voulait-elle laisser un combat se dérouler de cette manière ? Ils allaient se tuer à cette allure et ce n’était pas ce qu’il voulait ! Il regarda la jeune femme aux cheveux dorés, celle-ci ayant baissé sa tête en reprenant la parole :

« Il y a des choses… qui doivent se dérouler de cette manière. J’en suis sûre… Si ce n’était pas aujourd’hui, alors ça aurait été demain ou après-demain. Ils devaient se battre, ils devaient se parler de cette manière. Il n’y a pas d’autres issues. »

« Mais ce que tu racontes est absurde ! Il est clair qu’il l’aime et je suis sûr que c’est pareil pour elle ! Ils ne doivent pas… »

« Elle doit être heureuse en ce moment… Très heureuse, j’en suis sûre. »

« Tu divagues, Tyrania. Je crois que ton cerveau s’est calciné, ce n’est pas possible autrement. »

« Non… Tu ne vois pas ce qui se passe. Elle s’est décidée à mourir à nouveau. Elle savait bien qu’un jour, ce combat allait arriver. Elle sait que Ryusuke ne lui a pas mentie. Mais, elle garde le sourire… Elle est heureuse car elle va mourir de la main de celui qu’elle aime. »

Le jeune homme aux cheveux blancs tomba à genoux. Elle disait n’importe quoi, tout ça n’avait aucun sens. Personne ne tentait de bouger ou de réagir, est-ce qu’ils avaient tous compris ceci en voyant Riza et Ryusuke ? Est-ce qu’il n’était vraiment pas capable de ressentir cet amour que pouvaient se porter deux personnes ?

« Un jour… Si je deviens folle et que je suis ton ennemie, j’aimerais mourir en sachant que c’est toi qui m’as achevé. »

Tyrania avait terminé de prendre la parole, rouge de gêne. Depuis qu’ils étaient dans cette arène, elle s’était mise à en dire de plus en plus sur ces sentiments et il tentait de sourire mais n’y arrivait pas. Il n’était même pas capable de comprendre les sentiments des autres, alors pourquoi essayer de comprendre les sentiments de ceux qui étaient proches de lui ?

Le terrain ressemblait maintenant à un véritable champ de bataille : Des morceaux fondus, des autres gelés, chaque attaque était d’une puissance rare mais aucune ne semblait prendre le dessus sur l’autre. Visiblement, Ryusuke n’utilisait toute sa force qu’en de rares moments… lorsqu’il était énervé par exemple.

« Alors ? Tu faiblis déjà ? Il va être temps de mettre un terme. Essaye voir d’éviter ça, Ryusuke. Voilà l’une de mes plus puissantes techniques. »

Le ciel se mit à gronder, des nuages apparaissant dans ce dernier avant que tout le monde ne reconnaisse cette technique… Celle utilisée par Shala. Seul Xano semblait être encore plus surpris que les autres. Ryusuke leva la main droite dans les airs, paume tendue alors qu’il poussait un léger soupir. Il ne voulait pas de ça… Il devait la blesser suffisamment pour la rendre inconsciente et ensuite la reprendre avec lui ! Le ciel s’ouvrit subitement pour laisser apparaître deux magnifiques météores qui allèrent frapper Ryusuke et Riza de plein fouet. Une pluie de météores s’abattit sur le terrain, créant encore plus de trous qu’auparavant alors que Ryusuke et Riza étaient allongés sur le sol. Xano prit la parole en criant :

« ILS SE SONT TUES ! Voilà c’est ce que vous vouliez ?! Ils sont tous les deux morts à cause de cette connerie ! »

« Calme toi… Ils ne sont pas morts… loin de là. Il faudra beaucoup plus que ça pour que l’un d’entre eux ne meure. »

Mais ils étaient complètement cons ou quoi ?! Comme si ils pouvaient… Et pourtant, il remarqua que Ryusuke se levait, la tête recouverte de sang dorée, sa veste déchirée alors qu’il gémissait de douleur. Elle était puissante… très puissante. Il n’y avait aucun moyen qu’elle meure avec ce qu’il venait de lui envoyer. Il marchait vers Riza qui restait allongée sur le sol, s’approchant d’elle :

« Je vais te ramener à Juperus. Je m’occuperais de te soigner et je veillerais sur toi. Il est temps de partir avec moi, Riza. »

Elle ne lui répondait pas, les yeux clos alors qu’il voyait que sa tenue était légèrement déchirée au niveau du ventre. Il se pencha vers elle avec un petit sourire ému. Il avait réussi à la faire s’évanouir et maintenant… Tout était enfin terminé. Il alla prendre sa main gauche avant que les yeux de Riza ne s’ouvrent subitement, sa griffe droite venant transpercer le ventre de Ryusuke avec facilité. Le jeune homme aux cheveux bruns cracha du sang sur le visage de Riza, surpris par le geste, les yeux exorbités posés sur elle. Elle eut un petit sourire triste en murmurant :

« Je t’avais dit… de ne plus croire en moi. »

« Je… Je… Ak… J’ai… Riza. »

« Tu étais trop faible, tu n’as pas réussi à me tuer, Ryusuke. »

« J’ai… Tu es réveillé maintenant, héhéhé… Au moins… Je n’ai plus d’inquiétudes à avoir. Riza, ce que j’ai dit… Je le ferais. »

« Tu ne feras rien du tout, c’est terminé. »

Elle tenta de retirer son bras mais n’y arrivait pas. Il avait bloqué son bras alors que sa blessure se refermait au niveau du ventre. En un sens, c’était effrayant et gore et elle poussait un cri de détresse alors qu’il avait son petit sourire ensanglanté.

« Maintenant, tu ne pourras plus t’en aller, Riza. Tu vas rester avec moi jusqu’à la fin. »

« NON ! Lâche moi ! LÂCHE MOI JE TE DIS ! »

« Ecoute moi… J’ai passé plus de cent vingt ans à te chercher, j’ai même presque abandonné mes deux familles pour toi ! Drimali et Shymi n’ont presque jamais put me voir durant toutes ces années ! »

« Je m’en fous ! Tu te moques de moi ! »

« Riza… Il ne te ment pas. Il dit la stricte vérité. »

Drimali avait prise la parole, la tête baissée, les yeux fermés. C’était vrai ce qu’il disait… Ni elle, ni Shymi n’avaient put Ryusuke sauf une fois par an et encore… C’était beaucoup dire. Il ne restait que peu de temps, heureusement qu’elles ne vieillissaient à la même vitesse que les humains dans le domaine céleste sinon il ne les aurait jamais vu grandir. Riza extirpa avec violence sa griffe, Ryusuke crachant du sang à nouveau mais sans pousser un cri de douleur. Elle tremblait légèrement de froid, sa perte de sang était bien plus importante que celle de Ryusuke puisqu’elle ne pouvait pas soigner ses blessures.

« Tu es sérieusement blessée… S’il te plaît, arrêtons nous là. »

« JAMAIS ! Ce combat ne pourra pas se terminer de cette manière ! »

« Attrape ça. »

Il retira sa longue veste qui était apparue lorsqu’il avait décidé d’utiliser ses pouvoirs de Dracolosse. Elle l’observa d’un regard ahuri alors qu’il lui envoyait sa veste. Qu’est-ce… Il avait remarqué qu’elle avait froid ? C’était normal avec ses blessures mais… Elle observa la longue veste, qu’est-ce qu’elle devait faire ?

« Met la toi sur le corps. Tu ne me feras pas croire que… »

« Attends un peu ! Tu es complètement stupide ?! C’est cette veste qui te permettait de ne pas te prendre mes coups. Tu étais protégé avec elle ! Ne te mo… »

« Tu as froid, ça ne serait pas galant de laisser une femme dans cet état. »

« MERDEEEEEEEEEEEEEE ! »

Elle poussa un cri de rage en mettant la veste autour d’elle, ne se préoccupant pas de voir le torse du jeune homme devant elle. Il était aussi musclé qu’auparavant, toujours aussi beau et elle était en train de déverser ses larmes alors qu’une aura violette entourait la jeune femme. Elle allait utiliser toute sa force pour le frapper jusqu’à ce qu’il comprenne qu’elle ne pouvait plus être avec lui, plus après tout ce qui s’est passé !

« Il n’en fait pas un peu trop ? Maintenant qu’il n’a plus sa veste… »

« Il est comme ça, on ne pourra pas le changer. »

« Je comprend rien. »

Il devait faire attention mais maintenant qu’elle avait sa veste sur lui, il se sentait pleinement confiant. Elle ne pouvait plus mourir avec cette protection sur elle. Il pouvait finalement utiliser toutes ses forces. Il esquiva le coup de Riza qui alla frapper le sol, un tremblement de terre se produisant, des morceaux de pierre venant érafler le corps de Ryusuke. Maintenant, des égratignures apparaissaient sur ce dernier et la blessure sur son ventre bien que guérie pouvait se rouvrir très rapidement.

« Arrête de t’enfuir ! Ca ne servira à rien ! »

« Je ne pensais pas m’enfuir, Riza. Je vais simplement me concentrer à mon tour. »

« Donne tout ce que tu as, espèce d’imbécile ! »

Elle n’allait plus tenir très longtemps, elle le savait. Ce n’était pas à cause de ses blessures mais de son mental, le jeune homme jouait avec ce dernier et elle sentait ses forces disparaître peu à peu. Qu’il arrête maintenant ou qu’il termine ce qu’il avait commencé ! La main de Ryusuke l’agrippa au niveau du sein droit : Mauvais endroit ou acte délibéré ?

« Ohla ! Ils sont encore plus imposants que ceux de Clemona. »

« Bouffon ! Retire cette main ! »

Elle rougissait en sentant la main de Ryusuke, lui collant un coup de poing dans le menton. Un coup de poing ?! Non ! Elle n’avait même plus le moral pour utiliser ses griffes ! Ce n’était pas possible ! Elle n’avait pas passé plus d’un siècle dans cet état pour tout voir disparaître maintenant, c’était impossible ! Elle martela le corps de Ryusuke de nombreux coups de poing et coups de pied, le jeune homme aux cheveux bruns reculant à chaque fois, de plus en plus de blessures apparaissant sur son corps.

« Le combat va bientôt se terminer. »

« Les deux sont épuisés… L’une par le mental, l’autre par le physique. Tout va se jouer. »

Il préférait se taire, ne plus rien répondre. Elles étaient folles, elles restaient là, observant le spectacle comme de simples spectatrices ! Elles n’avaient donc aucun remord à les laisser s’entretuer ?! Où est-ce qu’il ne comprenait pas ce qui se passait ?! Il avait mal au crâne, tellement mal au crâne.

« Xano, arrête de te tracasser pour rien. »

« Ty… Tyrania ? Mais… Vous êtes complètement cinglées ! »

« Les femmes se comprennent entre elles, c’est tout. »

Qu’est-ce qu’elle voulait dire par là ? Ils ne pouvaient toujours pas bouger mais il voulait l’aider ! Aider Ryusuke et Riza mais il savait qu’il n’y avait rien à faire ! Le jeune homme aux cheveux bruns était maintenant dans un état pitoyable, tout son corps ruisselant de sang doré bien qu’il restait souriant :

« Tu en as assez, Riza ? Tu as évacué ta colère ? »

« JAMAIS ! Tu m’entends ?! JAMAIS ! »

« Alors continue… Continue jusqu’à ce que tu sois enfin calmée… »

Il se foutait d’elle, il se foutait encore de ses sentiments à ce moment ! Il se fichait royalement de ce qu’elle ressentait lors de cet instant ! Il ne pensait jamais à elle ! JAMAIS ! Deux sphères apparaissaient dans les paumes de Riza, deux sphères d’une puissance démentielle qui rappelaient celles qu’elle avait utilisées avant qu’il n’annonce son statut de Dieu des Dragons. Elle allait lui projeter ses deux rayons issus de ces sphères mais il apparut subitement devant elle, à quelques centimètres de son visage, les rayons passant largement à côté de lui. Il bloqua rapidement les deux de Riza contre ses hanches, ses deux mains enlaçant avec force la jeune femme alors qu’elle lui criait de le lâcher.

« Non… Ca suffit… Ca suffit maintenant. Si nous continuons, l’un d’entre nous va mourir réellement et l’aura le cœur brisé pour l’éternité. »

« Je l’ai déjà imbécile ! Après tout ce que tu m’as fait, tu ne crois pas que… »

« C’est bon, Riza. Je ne t’écouterais plus. »

« Qu’est-ce que tu ne comprends pas ?! Le Destin nous empêchera toujours de nous réunir, qu’importe ce que nous serons, qu’importe ce que nous faisons ! »

« Ce… Ce n’est pas vrai ! »

Xano avait crié de toutes ses forces alors que l’atmosphère s’apaisait peu à peu. Enfin, il arrivait à reprendre le contrôle de son corps et à marcher en direction de Riza et Ryusuke. La jeune femme aux cheveux blonds bouclés continuait de se débattre mais avec moins de force alors que le jeune homme aux cheveux bruns gardait ses yeux fixés sur elle.

« Il y a de cela… quelques années… avant que ma mère ne meure… Je veux parler d’Elis pour ceux qui s’en rappellent. L’ancienne Isalia si vous préférez. Avant qu’elle ne meure, j’ai été hébergé et logé pendant une journée par deux personnes. L’homme se nommait Ryou et avait une Gardevoir avec lui. C’était l’un de tes descendants, Ryusuke. »

« Tu vois ce que je te disais ?! TU VOIS ! Même dans le futur, même ton descendant reste près des Gardevoir, alors lâche moi ! »

« Je n’ai pas terminé. Le jeune homme n’était pas seul, j’ai bien parlé de deux personnes et non d’une personne avec sa pokémon. Ryou est marié à une jeune femme… Elle s’appelle Sira et ils vivent seuls et heureux, loin de tous et de toutes. Ils ne sont que tous les trois mais ils n’ont rien besoin d’autre. Si tu n’as toujours pas compris qui est cette Sira, je vais te le dire clairement, Riza. Sira est ta descendante alors arrête tes bêtises avec le Destin et toutes ces choses. Accepte finalement ce que Ryusuke veut te donner. Il t’a toujours aimé et cela ne date pas d’hier. Puisque vous n’avez pas réussi à vous réunir pendant plus de deux siècles, vos descendants ont pris le relais. »

« Ce n’est pas possible… Tu mens… Il ment ! Il essaye de me déstabiliser ! »

Nul ne répondait et son regard rubis se portait sur Tyrania et Nelya. Les deux femmes hochèrent la tête négativement. Xano disait la vérité. Riza ne semblait plus quoi penser… Tout se mélangeait dans sa tête : Si ce n’était pas les Dieux qui se mettaient en travers de sa route, si ses descendants et ceux de Ryusuke pouvaient s’aimer alors… Elle tenta de tourner son visage vers le jeune homme qu’elle aimait. Elle eut les yeux rubis grands ouverts au moment où Ryusuke venait l’embrasser. Elle tenta de le repousser, d’arrêter ce baiser avant de ne plus pouvoir revenir en arrière mais rien n’y faisait, rien du tout. Elle ferma les yeux, appréciant ce baiser qu’elle désirait tant après presque deux siècles. Elle s’abandonna à lui, posant ses mains sur son dos alors qu’ils continuaient le baiser sans s’arrêter. Elle pouvait enfin l’aimer comme elle le désirait tant. L’embrasser avec tout l’amour qu’elle lui portait, ils étaient enfin capables de s’unir. Il passait ses mains sous le dos de la veste, lui caressant son dos avec tendresse alors qu’elle faisait de même. Leurs yeux s’ouvrirent avec amour, chacun s’aimant dans le regard de l’autre, un flot de sang rouge et doré s’écoulant de leurs lèvres.