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Chapitre 27 : Un nouveau départ

Chapitre 27 : Un nouveau départ

« Coucou Sélia. » murmura l’adolescent alors qu’il apercevait la jeune femme qui l’attendait, assise à l’extérieur d’un café. Elle se leva, puis l’embrassa sur les joues.

« Bonjour Kéran. Tu as l’air … en pleine forme d’après ce que je crois voir. »

« Euh … Oui … Et toi aussi … Ca a l’air d’aller très bien. » répondit l’adolescent en voyant le regard attendri de la jeune femme. Elle l’invita à s’asseoir en face d’elle mais la première chose qu’il remarqua, c’était les deux nouvelles noigrumes à sa ceinture. Elle reprit avec un petit rire amusé par la situation :

« Et bien, Kéran ? Tu ne veux pas plutôt relever le regard ? »

« Pardon, Sélia. Je … C’était à cause des noigrumes … Tu as de nouveaux pokémons ? »

Elle hocha la tête en gardant son sourire avant de héler une serveuse. Elle commanda à boire de son côté, invitant l’adolescent à faire de même de son côté. Il était gêné … tellement gêné. Ca ne faisait même pas une semaine qu’ils étaient séparés et surtout … Quand il voyait la réaction de la jeune femme, il se demandait si tout ça n’était qu’une …illusion. Il resta muet pendant deux bonnes minutes, la jeune femme l’observant elle aussi sans un mot. Finalement, les consommations arrivèrent, Sélia buvant tranquillement tandis qu’il avait la tête baissée.

« Et bien … Tu ne parles pas vraiment, Kéran, n’est-ce pas ? Ca n’a pas l’air d’aller ? »

« Euh … Ca va très bien. Et toi ? Ca … donne quoi d’être là-bas ? Dans la Sainte Alliance ? J’aimerai bien savoir ce que tu fais de tous tes jours. »

« Hum ? Et bien, pour l’instant, simplement de l’entraînement. Mais je partirai sûrement en mission très bientôt. Les deux pokémons que j’ai avec moi en plus de mon Archéodong, j’ai pu les choisir après mes entrainements. »

« Ah. Mais … Je vois … Euh … C’est une bonne chose alors ? » murmura-t-il, détournant le regard alors qu’elle n’avait de cesse de l’observer.

« Kéran. Tu es prié de me regarder dans les yeux quand tu me parles, d’accord ?  Ca serait très sympathique de ta part. On dirait que tu es perturbé. »

« Un peu gêné … Sélia. Euh … Je peux te dire pourquoi ? C’est juste que … Comme on s’est disputé un peu avant de se séparer et que … Tu peux remarquer que je ne pense pas … à quitter mon organisation et toi, la tienne … Je ne sais pas vraiment comment parler avec toi. J’ai l’impression que tu te forces à parler gentiment. »

« Me forcer à te parler de la sorte ? Oh … Kéran. Vraiment … Parfois, tu ne vois pas plus loin que le bout de ton nez hein ? »

Elle émit un petit rire attendri alors qu’il rougissait violemment. Voilà qu’elle le considérait encore comme un enfant. Pourquoi est-ce que ça se passait toujours comme ça ? Enfin non … Mais qu’est-ce qu’il avait dit pour qu’elle parle ainsi ? Elle semblait avoir totalement oubliée les disputes d’il y a une semaine. Non … Ce n’était pas exactement ça.

« Je suis toujours mécontente de ta décision. Je suis toujours inquiète de tes choix. Mais … Tu as décidé de vouloir grandir, éloigné de moi. Je ne peux pas t’en empêcher, Kéran. Ca me fait mal de te savoir seul … Tellement mal … Mais je tente d’être moins protectrice. Je veux juste que tu sois heureux et en sécurité … mais en même temps, tu veux être seul. »

« Je ne veux pas être seul, Sélia. Je n’ai jamais dit ça. J’ai juste pensé que c’était la meilleure chose à faire, que de rejoindre l’Enceinte aux esclaves. Si un jour, je vois que je n’ai plus ma place parmi eux, je quitterai l’organisation et je tenterai de rentrer dans la Sainte Alliance. »

« Oh ? Ca veut donc dire que j’ai encore des chances de t’avoir à mes côtés ? »

« Bien entendu ! Je ne compte pas me séparer définitivement de toi. » répondit-il aussitôt avec entrain alors qu’elle rigolait.

« Tant mieux, tant mieux alors ! C’est une très bonne nouvelle pour moi ! Visiblement, tu ne risques pas de m’oublier et inversement. Tu sais … Kéran … Une semaine sans toi, je ne pensais pas dire ça un jour, mais c’était quand même très long. A force de vivre ensemble, je m’étais habitué à ta présence. »

« C’est vrai que c’est un peu triste … sans toi. Mais bon … Il faut bien que je prenne sur moi. Je veux devenir quelqu’un sur qui tu peux compter. »

« Et n’est-ce pas déjà le cas ? Je te fais pleinement confiance. » murmura doucement Sélia, un coude maintenant sa tête sur la table tandis qu’elle l’observait avec douceur.

Il hocha la tête négativement sans lui répondre. Pourtant, il lui fit le même sourire avant de boire ce qu’il avait commandé. Si … la confiance régnait vraiment entre eux deux, rien de tout cela ne serait arrivé. Elle perdit son sourire, tournant son doigt autour de son verre d’un air songeur. Finalement, elle poussa un petit soupir avant de reprendre :

« Tu as parfaitement raison. Je ne devrais pas te mentir à ce sujet … Mais c’est si difficile … Et je pense qu’il faudra attendre … Que le temps s’écoule pendant de longues journées voir semaines … avant que je ne pense te donner toute ma confiance par rapport à tes capacités. Mais qui peut nous dire si tu n’auras pas perdu celle de mon cœur ? »

« Ton cœur ? Je … Car tu as peur que je change tellement dans l’Enceinte ? Tu sais … J’ai pu voir toutes ces choses. Enfin, ce qu’ils font. »

« Hum ? Et alors ? Qu’est-ce que … cela donne ? » demanda la jeune femme aux yeux rubis, ces derniers le fixant ardemment, attendant sa réponse avec une certaine aigreur.

« Je n’ai pas encore fait ces séances de torture et de violence gratuite. J’apprends juste les bases … Ce que cela permet … Ce que cela donne … Ce qu’il faut faire. Mais ça ne me plaît pas vraiment … Pas du tout même. »

« Alors pourquoi est-ce que tu as décidé de rejoindre l’Enceinte ? Tu pourrais partir dès maintenant non ? Ce n’est jamais trop tard ! » dit-elle avec plus d’entrain en vue de la réponse de l’adolescent qui la satisfaisait plus que tout. Pourtant, encore une fois, Kéran hocha la tête négativement. Ce n’était pas du tout cela.

S’il voulait en apprendre bien plus sur les pokémons ténébreux et spectraux, il n’avait pas le choix. C’était le meilleur endroit pour les étudier … Mais son but n’avait jamais été la violence gratuite. Il n’était pas ainsi … Enfin, il n’avait pas le caractère pour une telle chose. Ca ne lui plaisait pas le moins du monde.

« Sinon, d’ailleurs, comment dire … Bientôt, j’aurai aussi mon premier pokémon. Ça sera forcément un pokémon psychique. »

« Hum ? Mais ça sera un pokémon déjà entraîné ? »

« Je ne crois pas … Enfin, d’après ce que j’ai cru comprendre …Ca sera un pokémon qui vient de naître. Ainsi, la liaison entre lui et moi sera parfaite et il ne désobéira jamais à mes ordres. Enfin, c’est ce que j’ai cru comprendre. »

« Un pokémon qui vient de naître, s’il voit un humain, sera souvent lié pour la vie à ce dernier. C’est exact. C’est ainsi que ça marche la majorité du temps. Cela concerne surtout les pokémons psychiques qui sont à la base, des créatures anormalement plus intelligentes que les autres grâce à leurs pouvoirs mentaux. »

« Je ne savais pas … du tout cela … Dis ? Ca veut dire que ton Archéodong … Tu l’as eu aussi à la naissance ? Enfin, quand il est né ? Car c’est bizarre comme pokémon non ? »

« Hum ? Non, non ! Enfin … Je ne sais pas vraiment … quoi te dire. Mais mon Archéodong était au départ un Archéomire. Mais c’est un pokémon très rare. Il n’existe que très peu de pokémon constitués majoritairement de métal. »

Oh ? Il était subitement plus qu’intéressé par le sujet. Surtout que maintenant, ils ne parlaient plus des deux organisations et c’était tout ce qu’il voulait. Ah … Pfiou. Il poussa un soupir de soulagement, remarquant l’air un peu gêné de la jeune femme. Qu’est-ce qu’il avait dit ? Elle n’aimait pas parler de son pokémon ? Pourtant, c’était la première fois qu’ils en discutaient, ça pouvait être un bon sujet de conversation.

« Pourquoi est-ce qu’il est très rare ? Enfin, pourquoi il y a aussi peu de pokémons métalliques ? C’est bizarre, je ne l’avais jamais remarqué auparavant. »

« Oh … Ca … Je ne sais pas moi-même. Mais il paraîtrait que les pokémons métalliques peuvent vivre des centaines voir des milliers d’années. Tu imagines ce que cela veut dire, Kéran ? » demanda la jeune femme avec un regain d’intérêt.

« Peut-être que ton Archéodong est en fait un pokémon très très ancien alors ? »

« Oh … Je ne sais pas … Je ne parle pas le langage des pokémons mais peut-être, oui … Et alors, il pourrait nous raconter tout ce qui s’est passé il y a de cela des siècles ? Ca serait vraiment une source d’informations plus qu’importantes ! »

Ils éclatèrent de rire tous les deux alors qu’ils s’imaginaient déjà avoir un savoir auquel ils ne verraient sûrement aucune utilité sur le moment. Mais c’était quand même … bizarre que les pokémons de métal soient aussi rares que ça. Mais bon, ce n’était pas une impossibilité non plus. Il ne connaissait pas réellement le monde autour de lui.

« Est-ce que tu sais en quoi va consister ta première mission, Kéran ? »

« Euh … Pas vraiment … Je sais juste que ça passera en-dehors de la ville mais après … Je ne sais pas du tout … Je dois te l’avouer. »

« Hum … Une mission en extérieur. Ca n’a rien d’étonnant. Vous êtes quand même du genre à éliminer les créatures ténébreuses et spectrales … Vous en trouvez dans la ville mais principalement dehors. Surtout si vous comptez en capturer … »

« Je ne sais pas du tout. Je ne peux pas te répondre, Sélia. Pardon. »

« Ce n’est pas bien grave … Je te demande juste de ne pas te salir les mains … de ne pas devenir comme eux … même s’ils t’entourent. C’est pour ça que je ne voulais pas que tu ailles là-bas. Tu es tellement différent d’eux, Kéran. » chuchota doucement comme pour bien l’inciter à partir de cette organisation le plus tôt possible.

« Les gens changent … Sélia. Je ne sais pas du tout ce que je deviendrai mais … Ne t’en fait pas. Moi, je ne risque pas de t’oublier si tu as peur de ça. »

« Oh … C’est exactement de ça dont j’ai peur. Après toutes ces années passées ensembles, j’avoue que je n’aimerai pas que toi et moi … Nous soyons de parfaits inconnus plus tard. »

« Il en est hors de question de mon côté ! Je ne veux surtout pas de cela ! » s’écria t-il alors que plusieurs regards se tournaient vers eux.

Elle eut un grand sourire avant de se lever. Les consommations étaient déjà payées, ils n’avaient donc pas à rester plus longtemps ici. Elle tendit sa main, invitant l’adolescent à la prendre. Avec un peu de gêne, il serra la main de Sélia dans la sienne avant qu’ils ne quittent le café où ils s’étaient retrouvés.
Maintenant qu’ils marchaient dans la ville, ni l’un, ni l’autre ne prit la parole. La jeune femme était beaucoup plus attentionnée qu’auparavant. C’était pour cela qu’il était beaucoup plus … gêné par elle. Maintenant … qu’ils étaient à distance, il pouvait remarquer à quel point … Enfin, maintenant, il pouvait voir comment elle était … Sans la regarder de ses yeux de « petit frère ». Et c’était ça qui était gênant.

« Elle est plus jolie … comme ça. » chuchota-t-il à lui-même.

« Hum ? C’est un compliment que je viens d’entendre, Kéran ? »

« Hein ? Quoi ? Je … Je … Je n’ai rien dit ! Je peux te le pro… » commença à reprendre Kéran avant qu’elle ne le stoppe d’un doigt sur ses lèvres.

« Merci de reconnaître ça. Ca me touche, Kéran. Tu sais … La prochaine fois qu’on a du temps libre, je peux aussi essayer de porter une autre tenue. Il est vrai qu’avec mon armure sur le corps la majorité du temps, je ne suis pas très … féminine. »

« Si, si ! Euh … Mais en même temps, c’est vrai que je ne te vois pas souvent sans ton armure. Enfin … Quand on allait dehors. A la maison, ce n’était pas pareil. »

« C’est bien de ça dont je parlais. Bon … Nous verrons cela plus tard de toute façon. » dit-elle comme pour terminer la conversation.

Ils allaient devoir se séparer tous les deux. Peut-être que plus tard, il la reverrait dans une tenue différente ? Plus … citadine ? Il ne savait pas. Néanmoins, il fut l’heure pour les deux personnes de se quitter, la jeune femme venant l’embrasser sur les joues avant de le laisser seul. Lui ? Il allait retourner tout simplement à l’Enceinte.
Lorsqu’il pénétra dans le bâtiment, il se dirigea aussitôt vers sa chambre avant d’être arrêté par l’un des membres de l’Enceinte. Il ne connaissait même pas son nom et sincèrement, ça ne l’intéressait pas le moins du monde. Pourtant, il l’écouta lui dire :

« Tu es Kéran non ? Enfin, l’un des nouveaux. »

« C’est exact … Qu’est-ce que je peux faire ? Normalement, aujourd’hui, j’avais ma journée donc ça ne doit pas être un problème si … c’est pour cela que vous m’arrêtez. »

« C’est pas ça, tu peux te la fermer deux secondes ? Juste pour te dire que ta première mission est prévue pour demain. Donc, tu dois te préparer et tous ces trucs. »

« Euh merci de m’avoir prévenu alors. Vous pouvez dire aux autres que je serai là demain dès la première heure. Je suis pressé de voir ce que c’est comme première mission. » dit le jeune homme aux cheveux argentés alors que l’autre en face de lui pouffait :

« C’est rien de bien énorme. Ne t’imagine pas cinquante mille trucs. Ca sera un truc bateau. »

« Est-ce que je peux déjà savoir ce que c’est alors ou non ? »

« Pas du tout. Moi, je me la ferme et j’obéis seulement aux consignes qu’on me donne. Aller … Je me barre d’ici. T’es prévenu, j’ai fait mon boulot. »

« Euh … D’accord. Salut alors. » osa dire Kéran en regardant partir l’autre jeune homme avant de soupirer. C’était quoi ce type ? Pfff … Bon … Il retourna vers sa chambre, s’écroulant sur son lit en tentant de réfléchir à la mission de demain.
D’après ce qu’il avait cru comprendre, ce n’était pas une mission difficile, loin de là. Peut-être était-ce tout simplement pour faire ses preuves ? Et montrer ce dont il était capable ? Il y avait de fortes chances qu’après ça, il reçoive alors son premier pokémon non ? Ca allait lui faire bizarre … Depuis des années, les seuls pokémons qu’il avait connus étaient ceux de Sélia. Et maintenant, on lui parlait d’en avoir un à lui ? Quand même … Il se demandait à quoi ressemblerait le pokémon qu’il allait recevoir.

« De toute façon … Je verrais ça demain. Bon … Swar, j’ai remarqué que tu n’as pas parlé de la journée. Je vais me reposer quelques heures. »

Aucune réponse de la part de l’épée ? Bon … Elle faisait ce qu’elle voulait. Ce n’était pas son souci pour l’heure. Il ferma les yeux, cherchant le sommeil en se remémorant ce qui s’était passé aujourd’hui. Ah … Avec Sélia, c’était quand même spécial maintenant … Oui …Très spécial. Ah … Qu’est-ce qu’il allait devenir dans le fond ? Il ne savait pas.

Chapitre 26 : Violence et abus

Second axe : Perdre sa candeur

Chapitre 26 : Violence et abus

« Alors ? Comment est-ce que tu te sens ? » dit l’épée calmement.

« Je ne sais pas vraiment … J’ai un peu peur … Je le reconnais. Maintenant, Sélia et moi, nous ne nous verrons plus … ou alors que très rarement. » murmura l’adolescent aux cheveux blancs, regardant l’édifice en face de lui. Il serrait un papier à la main, cherchant à garder son calme bien que la situation ne s’y prêtait guère. Ce bâtiment … en face de lui … C’était celui où tout allait se dérouler, n’est-ce pas ? Du moins … à partir de maintenant. Bien qu’il se trouvait en ville, il n’y avait guère d’autres bâtiments dans les alentours, comme pour bien le démarquer du reste … ou alors tout simplement pour le considérer comme un paria.

« Hey ? Toi ! Qu’est-ce que tu fais ici ? » cria une voix alors qu’il tournait son visage vers l’endroit d’où elle provenait. Un homme … Une trentaine d’années environ. Il n’avait pas l’air d’un garde en vue de sa tenue mais bon … Il valait mieux se méfier au cas où.

« Hein ? Euh … Je suis bien dans l’Enceinte aux Esclaves non ? »

« C’est le cas … Tu le fais exprès de ne pas savoir où tu vas ou quoi ? »

« Euh si si … C’est juste que voilà … On m’a dit de ramener la tête du Tengalice avec moi pour que l’on puisse me faire rentrer. Je viens rejoindre l’Enceinte aux esclaves. »

« La tête du Tenga … Tu parles du monstre qui se trouvait en haut de la montagne ? C’est toi qui viens de le buter ? Ah bon sang ! Je me disais bien que ce trou dans les nuages, ce n’était pas commun ! BON ! Suis-moi, je vais t’emmener jusqu’au chef qui t’expliqueras rapidement comment ça se passe ici. »

« D’accord … Merci beaucoup. » murmura Kéran avec un peu d’appréhension. Aller … Il venait de passer la première étape … Ce n’était pas si difficile que ça en fin de compte, n’est-ce pas ? Ils n’allaient pas tous le dévorer ou autre ! Loin de là même …

Il pénétra dans le bâtiment, accompagnant l’homme tandis qu’il entendait plusieurs cris … mais non-humains. Enfin, pour la majorité d’entre eux. Il ne savait pas ce qui se passait mais rien qu’à l’idée d’y penser, il en avait froid dans le dos. Brrrr ! Bon … Il ne devait pas y penser … Ce n’était juste … qu’un mauvais moment. Pourquoi est-ce qu’il avait voulu rejoindre l’Enceinte au départ ? Il ne se sentait plus trop en confiance maintenant. L’homme s’arrêta devant une porte, toquant plusieurs fois jusqu’à ce qu’une voix dise :

« Qui est-ce ? J’avais demandé à ce que l’on ne me dérange pas pour le reste de la matinée. »

« Euh … Chef … On a une nouvelle recrue il paraîtrait. »

« AH ! Le jeune homme qui a déglingué ce foutu Tengalice ! Vas-y ! Fais-le rentrer maintenant au lieu de me faire perdre mon temps ! »

« Rentre … Il a l’air de bonne humeur pour une fois. » annonça l’homme en ouvrant la porte pour qu’il puisse pénétrer dans la pièce. Il acquiesça avant de partir.

C’était un bureau … Tout ce qu’il y avait de plus simple contrairement à ce qu’il pensait … C’était vraiment … Un bureau … Avec des commodes avec des nombreux livres et autres. Par contre, la seule chose un peu … saugrenue à côté, c’était peut-être ce qui était planté dans les murs. Des trophées de chasse. Il y avait de nombreuses têtes de pokémons dont il n’était pas sûr de connaître leurs origines. Gloups …

« Ah … C’est donc toi ? Tu m’as l’air un peu maigrichon … Mais le type des inscriptions m’a clairement dit de me méfier de ton apparence. »

Hein ? Quoi ? Il tourna son visage vers la personne qui venait de lui parler, un peu perdu. Ah … C’était un homme … d’une cinquantaine d’années. Il portait des vêtements de cuir noir, avait des cheveux de même couleur et une moustache assez touffue. Par contre, il remarquait surtout la balafre juste au-dessous de l’œil droit.

« Blessure de guerre, dira t-on. Mon premier combat contre ces foutus spectres il y a de cela plus de trente ans maintenant. Je m’appelle Féhnor et toi, d’après ce que je lis, c’est Kéran ? »

« C’est ça, monsieur Féhnor. » murmura l’adolescent.

« J’espère que t’es pas l’un de ces petits prétentieux qui viennent sortir des bras de leurs mères pour avoir une vie pleine d’aventures. Surtout que si c’est le cas, tu t’es gouré d’endroits, je tiens à te prévenir qu’ici, ce n’est pas joyeux. »

« C’est … bien l’Enceinte ici non ? Donc, pour les pokémons spectres et ténébreux … »

« C’est exact. Bon, toute façon, tu nous as rejoints pourquoi ? Car tu as sûrement une bonne raison, n’est-ce pas ? T’es pas là pour t’amuser … Surtout si tu as réussi à tuer ce Tengalice qui nous rendait complètement dingues, qu’importe ce qu’on tentait de faire contre lui. »

« Euh … C’est parce que j’ai un petit problème avec les spectres … ou du moins … Les créatures ténébreuses. Disons qu’ils ont ravagé mon village il y a quelques temps … Et il y a environ huit ans, j’ai perdu ma famille à cause d’eux. »

Il n’osait pas dire que c’était tout simplement à cause de Swar car il restait toujours indécis à son sujet. L’homme l’observa pendant quelques secondes avant d’hausser les épaules. Il reprit la parole tandis qu’ils quittaient la pièce :

« Chacun a ses raisons … Au moins, t’es pas là pour la gloire et la célébrité. Sinon, t’aurais été dans cette saleté de Sainte Alliance. »

« Je n’ai pas ma place parmi eux … Je ne crois pas que j’aurai mes chances toute façon. »

« Tsss … A se faire passer pour des gentils garçons et gentilles filles … Bon … Toute façon, t’es pas là pour m’entendre déblatérer à ce sujet. Je te montre comment que ça se passe ici, puis dans dix minutes, je retourne m’occuper d’affaires plus importantes. » annonça Féhror alors que Kéran ne faisait qu’hocher la tête.

« Je vous suis donc … Par contre, en arrivant, j’ai entendu de nombreux cris. »

« Ah ? Ca ? Autant te montrer tout de suite, comme ça, on ne perd pas de temps. »

Autant lui montrer quoi ? Ils marchèrent dans les couloirs, l’adolescent tendant l’oreille. Ils se rapprochaient des cris … Des nombreux cris même … d’après ce qu’il pouvait entendre. Gloups … Qu’est-ce que ça voulait dire ? Avec nonchalance, l’homme ouvrit la double porte faite de bois pour le laisser rentrer en premier.
C’était quoi ça ? Des chaînes, des menottes … Et plusieurs ustensiles comme des fers, des pinces et autres. Et sur les nombreuses tables d’opération … Des pokémons ? Que des pokémons spectres et ténébreux. Mais comment était-ce … possible ? Comment pouvaient-ils les capturer de la sorte ? Devant son appréhension, Féhror lui dit :

« Ce sont des chaînes faites d’un métal bien particulier dont une partie de sa composition est faite du sang des créatures ténébreuses et spectrales. »

« Ah … C’est donc pour cela que ça semble marcher sur eux ? » osa t-il dire alors qu’il évitait de regarder plus longtemps ce spectacle. Pourtant, il ne pouvait pas détourner ses yeux … puisqu’il n’y avait que cela autour de lui ! D’ailleurs … Il … C’était … C’était quoi ça ? Il cligna plusieurs fois des yeux alors qu’il voyait un Grahyena, le ventre ouvert, les yeux complètement blancs. Affalé sur une table d’opérations, il ne semblait plus vivant, pourtant, son ventre se soulevait, signe qui montrait tout le contraire.

« Oh … Tu vas assister à quelque chose de commun … mais en même temps qui met parfois plusieurs jours avant que ça n’arrive. La soumission d’une créature ténébreuse à nous. Vois-tu ses yeux blancs ? Cela veut dire qu’il n’est plus en état de lutter. Sortez une noigrume, vous autres ! C’est l’heure de le capturer ! »

Une noigrume ? C’est ce qu’ils utilisaient aussi ? Il observa une noigrume de couleur entièrement noire que tenait un homme. Celui-ci la lança sur le Grahyena, la créature disparaissant à l’intérieur comme si de rien n’était. Féhror reprit :

« Et lorsque le Grahyena sortira de cette noigrume, il sera complètement dominé par l’homme ou la femme qui l’a capturé. De même, nous … »

« Mais je me disais … Elles peuvent parler non ? Ces pokémons … Enfin ces créatures … Qu’est-ce qu’elles disent après que vous fassiez tout cela ? »

« Oh … Elles ne parlent plus vraiment à force. Disons qu’à force de briser leurs corps physiques, leurs esprits ne sont plus capables de raisonner correctement. C’est triste … Mais c’est ainsi que ça se passe à l’Enceinte aux esclaves. Oh … Peut-être qu’au départ, pour une bonne partie des nouveaux venus, ça semble horrible … mais tu t’adapteras, j’en suis sûr. »

« J’espère en être aussi sûr que vous. Qu’est-ce qu’il y a d’autre à visiter ? Je vous suis au cas où … Je n’ai pas vraiment envie de me perdre. »

Il murmurait cela tout en serrant fortement son arme. Ce n’était pas du tout ça qu’il avait envie de faire à Swar ! Pas du tout même ! Non, non et non ! Loin de là même … Pas du tout … Ah … Gloups … Il se sentait mal pour son arme. Il allait devoir se faire pardonner envers Swar. Si celui-ci croyait qu’il comptait faire … des choses comme ça … C’était tout simplement impardonnable ! Pas envers une créature qui lui avait sauvé la vie !

Donc … Voilà … Ce n’était pas vraiment folichon mais … Il devait avouer qu’il s’en était douté lorsqu’il avait décidé de rejoindre l’Enceinte aux Esclaves. Le reste de la visite se passa bien plus facilement. Il fallait dire que la cantine, les dortoirs, les salles d’entraînement et toutes ces parties habituelles et surement communes à bon nombre d’organisations, c’était beaucoup moins violent qu’au début.
Il lui fut alloué une chambre tandis qu’il remerciait l’homme qui s’éloigna finalement après avoir terminé la visite guidée. Ah … Une chambre rien que pour lui ? Il s’était attendu à ce qu’il dorme avec d’autres personnes mais il semblait qu’il était un peu privilégié ? Peut-être à cause de la tête de Tengalice qu’il avait décidé de laisser dans le bureau après l’avoir montrée à Féhror …

« Hum … Tu as l’air plus que tourmenté. Le voyage n’est plus aussi idyllique ? »

« Je ne sais même pas ce que ça veut dire ce mot. Mais oui … Enfin … Swar … Ne crois pas que je te ferais ça hein ? Enfin … T’es un monstre … mais … »

« De toute façon, tu n’en aurais pas la possibilité. » coupa aussitôt l’épée.

Oui. Il le savait parfaitement … Il n’était pas bête au point de croire qu’elle lui laisserait le choix … son épée hein ? Il se coucha sur le lit, regardant le plafond avant de fermer les yeux. Des menottes … Des chaînes … Il avait aussi vu des fouets non ? Et des pics ? Et aussi des cruches d’eau … mais dont de la fumée en sortait. De l’eau bouillante … Il passa une main sur ses yeux clos, cherchant à retirer ces images de sa tête.

Non … Ca ne servait à rien … Rien du tout. Il n’y arrivait pas. C’était plus dur qu’il ne le croyait. Ces images étaient ancrées dans sa tête ! Il ne pouvait pas se les retirer comme ça ! Bon sang, bon sang, bon sang ! Est-ce qu’il avait fait le mauvais choix ? Non … C’était comme ça qu’il pouvait essayer de se débarrasser des spectres et des pokémons ténébreux. C’était le meilleur choix à faire … Mais en même temps … S’il avait décidé de rejoindre la Sainte Alliance, il aurait eu alors la chance de rester avec Sélia.

« Tu ferais mieux de te reposer pour l’heure qui vient. Il semblerait que tu ne sois pas déjà de service pour te battre. Tu en as de la chance, visiblement. »

« J’espère ne pas à avoir … à faire ça. Ca m’embêterait vraiment. Je ne suis pas aussi violent ! Enfin … Peut-être que ça peut être une bonne chose … »

« Une bonne chose ? Pourrais-tu expliquer ces paroles incongrues ? »

« Euh … Ben tu sais … Je suis trop gentil donc … Si je fais ça … Peut-être que .. »

« J’aurai plutôt dit que tu es trop stupide. » coupa une nouvelle fois l’épée. « Si tu penses qu’en faisant souffrir les autres, tu t’aideras, tu ne t’es alors pas trompé d’endroit. C’est bien ici que tu trouveras ton « bonheur ». »

« Je te sens un peu ironique dans tes paroles, Swar. Je ne pensais pas à mal … »

« C’est ainsi que commence les plus grands et terribles dictateurs. »

Hein ? Comment ça ? Dictateur ? Il n’était pas comme ça ! Mais encore une fois, elle parlait de quelque chose qu’il ne connaissait pas du tout. Vraiment … Swar avait combien de siècles ? Car il devait sûrement en savoir des choses. Il rouvrit ses yeux, se redressant dans le lit avant de dire avec calme :

« De toute façon … Je ne vais pas abandonner après une journée. Ca serait ridicule. »

« On dit que le ridicule ne tue pas … Mais il peut s’avérer que ça soit le cas … surtout quand tu te ridiculiseras devant les autres membres de l’Enceinte. »

« Je ne pense pas me ridiculiser devant eux. » répliqua l’adolescent aux yeux bleus. Tssss … Ce n’était pas parce qu’il avait dit … une petite chose de rien du tout, qu’elle devait alors lui parler comme ça ! Il n’était pas non plus un animal hein ?

« Entre ce que tu penses et ce que tu fais … Il y a tellement de différences dans la majorité des cas. Si j’avais un corps physique et de l’argent, je parierai là-dessus. » murmura calmement l’épée comme si de rien n’était.

« Oui et bien, tu as ni l’un, ni l’autre, Swar ! Et je ne pas compte pas quitter l’Enceinte dès mon arrivée. Je suis désolé pour toi mais tu vas devoir supporter tout ça pendant … »

« Désolé ? Pour moi ? Supporter ? Qui avait le teint pâle en voyant une petite torture ? »

« Tais-toi, Swar ! Ca ne sert à rien de … »

« De te lancer dans une discussion avec moi où tu espères avoir le dessus alors que tu sais parfaitement que ton vocabulaire limité ne te permet pas de combattre ma verve. C’est exact, je suis heureux de remarquer que tu reconnais tes capacités verbaless. »

… … … Il jeta tout simplement Swar au sol, feignant l’ignorance alors qu’il retombait sur le lit. Oh … Il avait sûrement raison, il en était même sûr. Mais ce n’était pas pour ça qu’il était obligé d’écouter ce que ce type avait à raconter, loin de là même. Il poussa un long bâillement, mettant sa main devant la bouche.

« Kéran. La prochaine fois que tu fais cela. »

« Hum ? Oui ? La prochaine fois ? Que je fais quoi ? »

« La prochaine fois que tu me jettes comme une vulgaire arme, ne t’avise plus d’essayer de dormir. Tu risquerais de te trouver avec une épée plantée dans le ventre. » continua de dire Swar sur un ton un peu irrité.

« C’est pas de ma faute. Tu me parles comme à un gamin attardé. Tu crois que je vais te laisser m’insulter comme ça continuellement ? »

« Tu n’as qu’à arrêter de te comporter comme tel et mes paroles ne seront plus aussi cinglantes. » termina de dire l’arme alors qu’il faisait juste un geste de la main pour dire qu’il n’en avait rien à faire. Pourquoi est-ce que des fois, il s’imaginait que cette arme était sympathique ? C’était tout le contraire avec elle !

Chapitre 10 : Un étrange intérêt

Chapitre 10 : Un étrange intérêt

« Décision stupide, bien entendu. »

Aucune nouvelle pour ce que venait de lui envoyait Novon. Il haussa simplement les épaules en regardant la lettre, comme si de rien n’était. Rien de bien terrifiant, pour ne pas changer. Il avait fait ce qu’il avait à faire, il n’avait pas besoin de changer autre chose.

« Qu’importe qu’elle soit stupide ou raisonnable, c’est celle que j’ai choisi. »

Novon lui avait encore lancé une sorte de faux ultimatum. Cela faisait plus de trois ans qu’il était maintenant ici, dans le royaume des insectes. Le temps passait rapidement et il ne l’avait guère remarqué. De toute façon, il n’y avait qu’une chose qui l’intéressait à l’heure actuelle.

« Et ce quelque chose peut venir toutes les semaines. »

Car oui, malgré les apparences, les dires et les actes, tout cela avait été finalement bien reçu. Earnos pouvait venir en cours une fois par semaine et à partir de là, pouvait alors espérer avoir un peu d’éducation. N’était-ce pas le plus important ?

« Si on m’avait dit cela en le regardant, je ne l’aurais pas cru. »

Et pourtant, c’était une très bonne nouvelle. C’était aussi cela qui était assez dérangeant en soi. Quoi donc ? Tout simplement le fait qu’un simple enfant du royaume des insectes prenait des cours, pire ! Etait même plus doué que certains enfants nobles alors qu’il n’avait pas de cours quotidien. Comment cela était possible voire crédible ?

Tout simplement car il avait compris que l’enfant utilisait les autres jours pour apprendre par lui-même … ou par ses parents. Ses parents ne devaient pas être n’importe qui d’ailleurs pour avoir ne serait-ce qu’une éducation. Être capable de lire et écrire n’était pas à la portée de n’importe quel insecte. Simplement, ils vivaient dans la précarité.

« La vie n’est pas rose pour tout le monde. »

Lui-même, malgré les années qui s’écoulaient, avait toujours certains regards haineux qui se tournaient vers lui. Sauf qu’il en faisait sa force. De plus, Earnos n’avait toujours pas saisi qui était la personne encapuchonnée à côté de lui.

« A me demande s’il est réellement intelligent ou parfois très candide. »

Installé contre un mur du château, le garçon aux cheveux violets croisé les bras, la tête baissée en direction du sol pour mieux l’observer. C’était ainsi, n’est-ce pas ? Ainsi et pas autrement. Il ne fallait pas espérer. Mais en même temps, si personne n’espérait, nul ne pouvait alors vouloir un meilleur avenir.

« C’est pourquoi je continue de me battre pour ma race et celles des différents insectes. »

S’il abandonnait le combat dès maintenant, il n’aurait alors plus aucune chance dans le futur. Il ne pouvait pas se le permettre, il se le refusait. Bon, c’était l’heure d’aller en cours. Les autres élèves n’allaient pas attendre sur lui non plus.

« Encore du retard, Olistar. Comprenez-vous que vous ne pouvez pas faire comme vous le désirez ? Et ne cherchez pas l’excuse de la lettre. »

« Cela n’est pas une excuse mais une raison. Bien que cette raison ne soit pas suffisante pour mon retard, je tiens néanmoins à me faire pardonner. »

« Retournez vous asseoir à votre place et que je ne vous entende plus pour le reste de l’heure qui arrive, est-ce bien compris, Olistar ? »

Il hocha la tête avant de voir le visage d’Earnos. Celui-ci n’était guère dédaigneux ou mauvais. Non, maintenant, il l’ignorait complètement ou presque. L’enfant était concentré uniquement sur le tableau noir alors que le professeur reprenait.

« Earnos, est-ce que tu veux bien venir au tableau pour lire cette partie ? »

« Euh … Euh … Oui. Comme vous … voulez, professeur. » dit l’enfant aux cheveux blonds, tenant le livre en main, marchant d’un pas machinal vers le professeur. Même s’il savait que le professeur ne lui voulait guère de mal, il avait encore un peu le trac.

« Prends donc tout ton temps, quitte à ce que tu sois plus lent que les autres. »

« Non, non. C’est bon. Je vais le faire, professeur. Alors … Le Royaume … des Insectes …. est coupé en plusieurs parties. Ces parties sont … »

Et voilà qu’il se jetait dans la gueule de la mante religieuse. Il commença à réciter le texte, ayant appris à lire il y avait à peine quelques mois. Souvent hasardeux, souvent hésitant, il essayait néanmoins de faire de son mieux et cela se voyait comme cela s’entendait. L’enfant aux cheveux blonds continua jusqu’à ce que le professeur tape dans ses mains :

« C’était parfait ou presque, Earnos. Je te dirais tes erreurs à la fin du cours. Tu peux retourner t’asseoir maintenant. Hmm .. .Olistar, à toi de continuer. »

Le jeune Rapion se leva à son tour, nullement dérangé par les dires du professeur, livre en main. Il continua à la suite d’Earnos, n’ayant aucune difficulté contrairement au précédent garçon, celui-ci replongeant son nez dans le livre. Une petite voix à côté de lui vint lui dire sur un ton qui se voulait doux et gentil :

« Ne t’en fait pas, c’est Olistar. Même s’il donne l’impression de savoir tout sur tout, ça reste quand même un garçon comme nous autres. »

« Je sais bien mais je peux voir la différence d’éducation entre lui et moi. J’ai tellement de retard par rapport à lui que … »

« Je t’arrête tout de suite. On a tellement de retard par rapport à lui et ça, c’est tout le monde. Il est beaucoup trop fort et intelligent contrairement à nous. »

Il ne savait pas si cela se voulait rassurant mais il fit un léger sourire à la personne encapuchonnée comme pour la remercier de ce qu’elle venait de dire. D’ailleurs, il ne tarda pas à le lui exprimer, d’une voix légèrement enjouée :

« Je m’en doute, j’ai put le remarquer pendant que je me suis battu avec lui. Merci. »

« Oh tu sais, j’ai pas dit ou fait grand-chose hein ? Je dis juste ce qui me passe par la tête, rien de plus, hahaha … Tu pas à t’en faire. »

Il ne s’en faisait pas mais cette personne encapuchonnée était bien sympathique même si en plusieurs mois, il n’avait jamais su qui c’était. Par contre, la princesse avait espacé de plus en plus ses visites jusqu’à ne plus venir. Que cela l’embête serait un comble mais il trouvait qu’elle avait rapidement abandonné la bataille.

« Bof, de toute façon, pas comme si ça m’intéressait réellement dans le fond. »

Il avait haussé les épaules avant de replonger dans l’écriture de ce que le professeur avait marqué au tableau. Le tout était de rester bien concentré sur ce que le professeur disait et tout alors allait très bien se passer. Néanmoins, la personne encapuchonnée lui murmura :

« Dis, est-ce que tu peux m’aider un peu ? J’ai vu que tu étais plus fort que moi pour ça. »

« Ah ? Euh … Soustraction … alors, euh … Comment dire … Ah oui, je vois comment je vais t’expliquer. Tu connais l’ordre des chiffres ? »

« Du genre 0, puis 1, puis 2, puis 3 ? »

« C’est ça. Ben la soustraction, tu vas dans le sens inverse. Puis tu fais le nombre de pas pour savoir le chiffre. Du genre, regarde, 9 moins 6, tu fais le nombre de pas qu’il faut pour te rendre de 9 vers 6. Ça fait un pas donne 8 puis deux pas donne 7 puis trois pas donne 6. Donc 9 moins 6, ça fait trois. Tu vois ? »

« Mais quand y a deux chiffres ? Comment qu’on fait ? Surtout si l’autre est plus grand que le premier, comment qu’on fait ? Euh, déjà deux chiffres. »

« Deux chiffres ? Euh ben là, c’est plus compliqué. Tiens, on va faire ça pour faire plus simple. Euh … 10 ! Tu vois ce que c’est ? Ben 10 moins 3, il faut faire ça. Tu mets le 3 et le 0 du 10 sur la même. Pour aller de 3 à 0, il faut combien de pas ? »

« Euh … Je comptes ! Alors, il me faut … un … deux … trois … puis arrivé à neuf, on continue jusqu’à zéro. Sept pas ? »

« Donc tu fais que le 1 du 10 n’existe plus et il reste alors ? »

« Sept pas ! C’est bien ça, Earnos ? Mais c’est plus simple quand tu expliques. Mais maintenant, euh … si je me trompes pas beaucoup trop. Alors euh … si on fait 10 moins 5, ça fait un … deux … cinq ? C’est ça ? Mais si on met 10 mais le 3 à la place du 0, ça fait dix plus trois mais aussi maintenant, on fait ce 10 avec un 3 à la place du 0 et qu’on retire 7, on fait comment alors ? Tu veux bien me dire car je comprends pas tout ? »

« Euh … ben la même méthode ! On compte du 7 jusqu’au 3, ça fait donc … six pas ! Ca fait donc un 6 ! Et le 1 du 10 plus 3 disparaît donc ça fait 6, voilà tout ! Tu as compris ? C’est plus simple comme ça ou pas ? Tu me le dis hein … »

« Je crois un peu mais bon, c’est plus loin que le professeur nous dit. »

Ah bon ? Il avait juste imaginé ça dans sa tête. D’ailleurs, toutes les têtes étaient tournées vers eux, le professeur toussotant légèrement avant de demander ce qui se passait. Earnos se recroquevilla sur place. Il ne voulait pas se faire disputer par le professeur et …

« C’est de ma faute, professeur. J’ai demandé à Earnos de m’expliquer les soustractions. C’est plus simple quand il raconte, lui. Il devrait montrer au tableau et … »

« Mais chut, tais-toi, je ne veux pas aller au tableau et j’ai pas envie que … »

« Oh ? C’est vrai cela ? Et bien, Earnos, viens donc expliquer à tes camarades. Toute idée est bonne à prendre, montres-nous donc. »

Olistar regardait le jeune Aspicot qui se relevait, un peu décontenancé. Il lui chuchota d’y aller franchement et surtout de ne pas avoir peur. Earnos s’exclama :

« Je … Je n’ai pas peur ! Euh … professeur, je peux prendre la craie ? »


Le professeur donna le bout de craie à Earnos, celui-ci commençant à expliquer le système de pas qu’il avait fait. Le professeur avait déjà montré au sujet de mettre sur une même ligne les dizaines et les unités mais les « pas » étaient quelque chose d’assez facile à comprendre, et cela pour tout le monde. Lorsqu’il eut terminé, le professeur vient applaudir légèrement.

« C’est en cela que tu fais preuve d’ingéniosité, Earnos. Si tu arrives à résoudre un problème d’une autre façon, toute aussi facile voire plus que celle donnée par le professeur, n’hésite pas à en parler à tes camarades. Tu peux retourner à ta table. »

« Mais professeur, c’est vraiment plus simple ! Ca ressemble à la marelle ! » s’exclama un élève, signalant le jeu qui consistait à tracer des cases au sol avec des chiffres.
Et voilà que tous les élèves étaient en train de parler avec le professeur, celui-ci n’étant visiblement plus enclin à continuer son cours mais expliquer la méthode d’Earnos. Le regard du garçon aux cheveux violets fixait l’enfant-Aspicot. Il savait maintenant pourquoi il restait ici, dans le royaume des insectes : Pour Earnos. Cet enfant avait éveillé en lui un intérêt qu’il n’arrivait pas à expliquer. Un intérêt bizarre … peut-être malsain.

Chapitre 9 : Revenir à la maison

Chapitre 9 : Revenir à la maison

« Earnos ? Est-ce que … »

« Tu n’es pas accompagnée par l’autre ? Et tu n’as pas de foreuse dans les mains ? »

« Non mais je voulais savoir si … euh … est-ce que tu veux aller à l’école comme les autres enfants ? Dis ? Est-ce que tu veux ? »

« Est-ce que tu te moques encore de moi ? Je te promets que si tu continues comme ça … Tu te moques encore de moi ! Tu sais parfaitement que je fais ça car mes parents ont pas les sous pour ça ! Et que je veux les aider ! Tu crois que je peux faire ça ? »

« Je me moques pas de toi ! Mais l’école, c’est super amusant ! Et super plaisant ! Je suis sûre que tu aimeras vraiment ! Et puis, personne ne payera car ça sera gratuit ! »

« Arrêtes tes bêtises ! Sans mon travail, on aura des problèmes pour mes parents ! »

« Il faut que j’aille demander à tes parents alors si c’est vrai. »

Elle s’apprêtait déjà à quitter le chantier mais Earnos était arrivé à sa hauteur, posant ses mains sur ses épaules. Le regard rubis furieux était maintenant en train de la fixer. Avec rage, il vient dire d’une voix énervée, très énervée :

« Ne t’avises pas de faire quelque chose de la sorte, compris ? »

« Mais si je veux t’aider, j’ai le droit non ? Je suis la princesse de Shunter ! Et pui euh … »

« JE NE TE SUIS PAS REDEVABLE ALORS DISPARAIS ! »

« Snif … Tu vas voir ! Tu viendras à l’école ! Même si ce n’est qu’une journée, tu viendras ! Et tu auras pas le choix pour la peine ! Pas du tout ! Que tu vois comment c’est ! Tu verras alors à quel point c’est super chouette ! Moi-même, je savais pas avant ! » s’écrit la jeune fille aux cheveux blonds, les larmes aux yeux mais en colère comme lui.

Et elle était partie sans rien dire, comme si elle en avait rien à faire des paroles de l’enfant. Le lendemain, un garde était venu le voir et le récupérer. Sa mère accompagnait le garde, légèrement inquiète mais souriante.

« Mais maman … je veux pas y aller ! Je dois continuer à travailler ! »

« Ordre de la princesse, mon petit Earnos. Mais ne t’en fait pas, j’ai contacté ton chef, il ne déduira pas cette journée de ton salaire. Il a même dit : « Si ça peut lui permettre de devenir un meilleur époux pour Herakié, pourquoi pas ? »

« Heiiiiiiiiiiiiiiiiiiin ? MAIS MAIS MAIS ! Je sais même pas ce que ça veut dire « époux » ! »

Et voilà qu’il fût emmené « de force » au château du Roi. Oh, il n’eut pas vraiment le temps de pouvoir visiter car il fût guidé jusqu’à la salle des classes mais visiblement, l’intérêt avait pris le dessus sur le reste et ce fût avec un peu d’étonnement qu’il rentra en classe.

« Hum ? Tu es l’élève particulier de la princesse ? Installes-toi, elle a même demandé à ce que l’on te donne de quoi écrire et autres. Maintenant pour une place … »

« Par ici. Il en reste une. » déclaré une personne encapuchonnée tandis qu’il haussait un sourcil. Hum, c’était lui ou il n’y avait pas la princesse ? Tant mieux en un sens, ainsi, il ne la verrait pas et il pouvait donc profiter de tout ça.

« Je m’appelle Earnos et je suis là juste pour une journée. Je ne sais même pas en quoi ça consiste exactement mais bon … j’espère que ça sera bien. »

« Si tu as une question, tu me la poses, c’est tout simple. »

Il s’était surprise à rougir en remerciant cet inconnu, sûrement une fille d’après sa voix. Et surtout, il ne remarqua pas qu’à travers la fenêtre, un enfant aux cheveux violets était en train de l’observer, lui, ainsi que son compagnon camouflé. Il tenait une lettre en main, accroupi sur une branche avant de soupirer :

« Qu’est-ce que la princesse a put s’imaginer ? Ah … Enfin, tant mieux en soi. »

« Alors, qu’est-ce que je dois faire ? »

« Tu vois comment additionner ces chiffres ? Ben alors, il faut faire ça et ça et … »

« Ah mais je sais ! J’ai déjà vu tout ça avec les personnes du chantier ! » s’exclama l’enfant, le professeur toussotant légèrement. « A vos souhaits. » dit l’enfant, visiblement bien poli même s’il ne comprenait guère la situation dans laquelle il se trouvait.

« Tu sais déjà faire tout ça ? Mais euh … »

La personne encapuchonnée sembla surprise par les réactions de l’enfant à côté d’elle. Mais ! S’il connaissait déjà les chiffres, elle avait rien à lui apprendre alors ! Bon, peut-être pour l’écriture, elle était sûre et certaine qu’elle allait réussir à l’amadouer de ce côté ! Oui !

« Il serait bon pour toi que tu te décides à rentrer, Olistar. Toute la tribu attend ton retour. »

Il avait lu à voix haute les écrit de Novon. Bien entendu, il s’en doutait qu’il voulait qu’il rentre. Il n’était pas le seul aussi … mais toute la tribu ? Il exagérait … et de beaucoup, de vraiment beaucoup. Mais bon, il était toujours ainsi.

« Je ne comptes pas rentrer, ne le comprendras donc t-il jamais ? »

« Défendre les saines valeurs des Rapions et Drascores dans ce royaume perdu ne te mènera à rien, réfléchis-y sérieusement, tu n’as rien à gagner là-bas. »

« Beaucoup plus que tu ne le crois, Novon. Mais pour ça, il faut donner sa chance. »

Sa chance à des êtres comme Terria ou Earnos. Une chance qui peut-être n’allait jamais se reproduire. C’est pourquoi il était décidé à rester là. La réponse à cette dernière lettre allait être plus que cinglante mais il allait falloir que Novon la comprenne bien.

« C’est à cette heure-ci que vous arrivez, Olistar ? »

« Je suis désolé mais du courrier d’une importance capitale fait que j’ai dût y répondre dans les plus brefs délais. Cela n’était donc pas de mon ressort que de ne pas rejoindre votre cours. »

« Humpf, allez vous asseoir, nous avons un nouvel élève très studieux, contrairement à vous. Vous feriez bien de suivre son exemple. »

Tiens donc ? Earnos ? Celui-ci n’avait pas relevé son visage, la langue sortie, son nez plongé dans la feuille qu’il tenait entre ses mains. Cette concentration absolue … hmm. L’idée de la princesse n’était vraiment pas mauvaise en fin de compte.

« Je m’y appliquerais dorénavant. Vous pouvez reprendre le cours. »

Cette lettre n’avait au final que peu d’importance en vue de la situation actuelle. Il avait eut la surprise de voir Earnos travailler avec acharnement dans un endroit qu’il ne connaissait pas. N’était-ce pas une récompense déjà bien suffisante ? Une raison pour qu’il reste ?

« Dis … tu as vu, Olistar ? Il est en fait très doué. »

Voilà que la personne encapuchonnée lui chuchotait quelques mots. Bien sûr. La princesse avait tout fait pour qu’il soit assis à côté d’elle. Ainsi, si elle l’aidait, il serait redevable envers elle et ils feraient la paix tous les deux. Olistar murmura à son tour :

« Je vois surtout que contrairement à nous, il écoute en classe et travaille. Faisons de même. »

« Comme tu le dis, on y va alors. »

Et voilà que les deux enfants écoutaient maintenant le professseur, celui-ci pouvant continuer son cours sans être dérangé. A la fin des quatre heures, alors qu’il était temps de partir, Earnos laissa les affaires sur le bureau ,disant calmement :

« Je n’ai pas besoin de les prendre avec moi puisque je ne reviendrais plus. »

« Pourquoi est-ce que tu dis cela ? Tu ne peux pas voir avec ta famille ? »

« L’école royale ? Un peu de sérieux. J’y ait été car ma mère voulait que j’accepte le cadeau de la princesse mais je sais que c’est pas pour moi. Mais au final, je commence à comprendre pourquoi Herakié aime tant que ça l’école. C’est amusant d’apprendre toutes ces choses. »

« Si c’est amusant, ce n’est pas mieux que de travailler ? »

« Je ne crois pas que vous pouvez comprendre. On n’a pas forcément trop le choix des fois. C’est pourquoi certains continuent de travailler alors qu’ils voudraient faire autre chose. Maintenant que les heures sont terminées, je retourne chez moi. Bonne chance. »

« Oh ? Earnos, c’est bien cela ? La reine Seiry m’a demandé de noter ton travail avant que tu ne partes. Cela ne m’a pris que quelques minutes mais tiens, voilà tes résultats. Elle voulait que tu montres cela à tes parents et au reste de ta famille. Ah … quelle monarque. »

L’enfant aux cheveux blonds récupéra les différents papiers avant de remercier le professeur, s’éloignant sans un mot. L’homme-insecte poussa un soupir avant de dire :

« Certains qui ont des privilèges ne comprennent pas la chance qu’ils ont de pouvoir en profiter. C’est en voyant ce jeune garçon que je me dis que pour certains, l’éducation est du gâchis pour les nobles. Quant à vous deux, n’oubliez pas de retourner en cours. »

Même si ce n’était pas avec lui. Olistar regarda Earnos partir, l’être encapuchonné faisant de même sans un mot, la tête baissée en direction du sol.

« Est-ce que c’était une mauvaise idée de ma part, Olistar ? Je voulais … rendre service. »

« Je n’en doute pas un seul instant, princesse. Nous devrions nous mettre en route si nous ne voulons pas avoir de problèmes pour plus tard. »

Elle était d’accord. Ailleurs, l’enfant aux cheveux blonds retourna chez lui, tendant les différentes feuilles que lui avait données le professeur. Sa mère voulut l’interroger mais il fit juste un geste de la main, murmurant :

« Maman, je vais juste me reposer un petit peu. »

Elle n’avait pas osé l’arrêter, regardant les résultats. Même si c’était la première fois, il n’y avait aucune faute. Le professeur avait écrit quelques remarques comme quoi Earnos avait été un élève très sage et attentif, posant les questions si nécessaires et surtout doté d’une compréhension assez importante. La dernière remarqua consistait en un avis général, demandant à ce qu’Earnos puisse venir au moins une fois par semaine pour suivre des cours. Le professeur écrivait qu’il ne savait pas la condition de l’enfant mais que cela était possible à envisager en discutant avec les parents et les autres professeurs.

« Et bien, et bien … Pourquoi pleures t-il donc ? Peut-être qu’il n’est pas au courant ? » murmura la femme Coxyclaque avec douceur, posant une main sur sa joue. Impossible à ignorer que l’enfant sanglotait, considérant que tout cela était impossible pour lui. Peut-être qu’elle allait devoir avoir une discussion avec son mari.

Chapitre 57 : Une famille si proche

Chapitre 57 : Une famille si proche

« Tery ? Comment est-ce que tu te portes ? »

« Y a pire, on va dire mais bon … Y a mieux aussi mais je ne sais pas ce qui s’est passé hier. Désolé de vous avoir effrayés de la sorte. Normalement, je devrais tenir le coup. »

Il avait présenté ses excuses aux personnes présentes autour de la table, Manelena chuchotant à Elen, chose qui choqua plus la jeune femme que les paroles de l’ancienne maréchale qui venait lui dire :

« Est-ce qu’il a encore … eut un cauchemar ou non ? »

« Non, non. Mais … enfin, je le surveillais de toute façon pour voir si cela aurait été le cas mais il n’a rien eut du tout. Il n’y a pas à s’en faire de ce côté. Il va bien, comme il l’a dit. »

« D’accord, tout ce que je voulais savoir, je n’ai rien besoin de plus. »

Et voilà, discussion écourtée bien trop rapidement. Le jeune homme ne chercha pas à savoir de quoi elles parlaient mais comme Manelena et Elen ne s’étaient pas disputées, cela avait été une surprise, une très grande surprise même. C’était étrange … mais non pas déplaisant en un sens, il devait le reconnaître.

« Si elles pouvaient continuer ainsi, ça serait tout simplement parfait. » se murmura le jeune homme en silence avant que Clari ne s’exclame :

« AH ! J’allais oubler ! Tery, il faut que tu retournes à la bibliothèque avant que l’on parte. Je me suis chargée de les prévenir que nous nous en allions. Visiblement, ils voulaient te dire quelque chose et ça semblait assez important. »

« Hein ? Euh, d’accord, merci, j’irais les voir d’ici une heure, après le petit-déjeuner. Quand nous aurons préparé nos affaires mais je me demande ce que c’est. Peut-être encore un livre sur les golems ? Pourquoi pas ? Bon, je n’ai pas encore fini les autres … »

« Tu penses tout de suite que c’est un cadeau, Tery. Tu deviens matérialiste, fais attention, ce n’est pas bon signe, loin de là. »

Pour toute réponse, il haussa les épaules comme pour signaler que ça ne le dérangeait guère vraiment. Il eut un petit soupir, il ne penser pas à mal hein ? Pas du tout. C’est simplement que voilà, il avait pris cette habitude de recevoir quelque chose de leur part.

« De toute façon, je ne comptais pas partir sans les saluer. Question de politesse. Après tout ce temps passé avec eux, je trouve ça normal que de les remercier. »

« Comme tu le veux, Tery, comme tu le veux. »

Royan ne semblait pas s’en soucier plus que ça tandis que les autres personnes n’étaient pas non plus concernées. Bon ben, si c’était comme ça, il pouvait y aller seul hein ? Il était encore capable de marcher sur ses deux jambes, autant que cela serve à quelque chose ! Il quitta l’auberge, rapidement rejoint par Elen qui lui demanda :

« Tu ne boudes pas, Tery ? On ne pensait pas à mal hein ? »

« Je le sais bien mais bon, avec les soucis de ces derniers jours, j’ai l’impression que je peux être irrité beaucoup plus rapidement que prévu. »

« Ne dit pas cela, c’est juste un mauvais moment, rien de plus ! Tu n’as pas à t’inquiéter à ce sujet, tu restes toujours Tery, juste un peu plus fatigué, voilà tout. On y va ensemble ? »

« Pourquoi pas ? Si vous voulez bien me suivre, mademoiselle. » déclara le jeune homme en se penchant en avant, faisant quelques courbettes.

Elle prit son bras, venant se rapprocher de lui tout en rigolant. Quel idiot ! Il n’avait pas besoin de faire tout ça pour qu’elle soit attirée par lui ! Il devait le savoir à force, non ? C’était bête de sa part … mais voilà, c’était comme ça qu’elle l’aimait.

« Tery ? Elen ? Oh ? Les autres ne sont pas là ? Bonjour à vous. »

« Bonjour monsieur Périk. On m’a signalé que vous vouliez me voir et donc, je suis venu. Vous vouliez me dire quelque chose avant que nous partions ? »

Ils étaient rentré dans la bibliothèque, saluant le vieil homme à la réception, celui-ci leur souriant avec tendresse avant de les inviter à le suivre. Quelques minutes plus tard, ils étaient déjà face à Jésiana, celle-ci étant installée dans son bureau. C’était pas la première fois qu’ils se rendaient ici ? La vieille femme était en train de lire divers papiers et d’y écrire dessus avec une plume dont la pointe était trempée dans un flacon d’encre.

« Hum ? Oh … Vous êtes bien matinaux, je ne pensais pas vous voir aussi vite. »

« Disons que je me suis inquiété quand on m’a appelé. Vous saviez que nous allions partir bientôt donc j’ai préféré me dépêcher. Je pense que vous comprendrez tout cela. »

« Je le comprends, je le comprends, installez-vous tous les deux, j’ai à vous parler, oui. »

La vieille femme murmurait tout en désignant les fauteuils devant elle, replongeant alors dans ses écrits. Le vieil homme restait debout jusqu’à ce qu’elle relève la tête, s’exclamant :

« Les lecteurs ne vont pas trouver leurs livres tout seuls ! Du balai, Périk ! »

« Bon, visiblement, je ne saurais que plus tard ce qu’elle va vouloir vous dire. Nous nous reverrons plus tard, les enfants. »

Les enfants ? Le jeune homme eut un petit rire amusé à ces propos. C’est vrai qu’en y réfléchissant, ils pouvaient facilement passer pour des personnes issues de leur famille. Enfin, juste une impression car malheureusement, lui-même n’avait pas le caractère et l’allure qu’il fallait pour cela. Dommage mais c’en était ainsi.

« Je termine ce que j’ai commencé et je suis alors à vous, compris ? Patientez donc. »

« Prenez tout votre temps ! Je ne pense pas qu’ils nous attendent tout de suite. »

La vieille dame ne répondit pas tandis qu’Elen regardait autour d’elle. Le bureau de madame Jésiana était rempli de livres, comme la bibliothèque. Rien d’anormal à ce sujet, comment cela pourrait-il l’être ? Mais certains livres semblaient dater d’un âge très ancien.

« Est-ce ces livres sont des reliques ou autres, madame Jésiana ? »

« Hum ? Tu parles de ceux dont la reliure te semble abîmée, c’est ça ? C’est le cas. Certains de ces livres sont uniques et n’existent plus depuis longtemps. D’autres, il suffirait d’un mauvais mouvement pour qu’ils tombent en poussières. »

« Wow … C’est vraiment impressionnant. Comment est-ce tout simplement possible que vous ayez autant de livres ? Vous êtes collectionneuse ? »

« En quelque sorte. Dans ma jeunesse, il m’arrivait parfois de partir en quête d’un livre oublié mais ma famille ne le tolérait guère. Il faut comprendre que notre … mon nom est celui d’une ancienne famille noble réputée en Omnosmos. Nous sommes dans la capitale depuis des décennies voire des siècles. Cela n’était pas forcément bien vu pour une jeune femme de bonne famille que de partir à l’aventure. »

« Wow … Et vous possédiez des lignes de quel élément, madame Jésiana ? » demanda Tery en espérant une réponse, la vieille femme relevant le visage pour le regarder.

« Mais qu’est-ce que je raconte exactement ? Cela ne vous concerne pas, ce n’est que le passé. A partir de là, je ne vois pas pourquoi j’ai parlé de ce sujet. »

« Car vous en aviez envie dans le fond ? Mais c’est vrai que c’est surprenant que de vous imaginer vous battre et sortir d’Omnosmos. Aussi, que vous étiez … »

« TERY ! Tu te tais et dès maintenant ! »

Elen avait pris la parole pour l’empêcher de continuer sa phrase. Jésiana avait levé un sourcil comme si elle connaissait la suite de la phrase. Pourtant, elle ne vint rien dire, ses doigts serrant la plume qui glissait sur le papier.

« J’en ait bientôt fini. Laissez-moi quelques minutes et cela sera bon, d’accord ? »

« Prenez tout votre temps, madame Jésiana. Nous pouvons bien attendre une dizaine de minutes si nécessaire, n’est-ce pas, Elen ? Encore que les autres iront se questionner. Il se peut qu’ils viennent aussi à la bibliothèque. »

« Tant que vous ne créeez guère de problèmes, cela m’indiffère complètement. »

« Ne dites pas cela, madame Jésiana ! Vous aimiez bien aider Manelena non ? J’ai vu que vous discutiez souvent avec elle. »

« Aider ? Je ne faisais que lui indiquer l’endroit où devait se placer quelques livres. Tery, tu me déconcentres. Essaies donc de rester tranquille pendant quelques minutes encore. » termina de dire Jésiana alors que le jeune homme plongeait maintenant dans son mutisme. Elen s’empêcha de rigoler toute seule, amusée par la situation.

Enfin, après une bonne demie-heure où le jeune homme s’était retenu d’ouvrir la bouche, Jésiana arrêta d’écrire avant de se relever, se dirigeant vers l’une de ses étagères. Elle fixa plusieurs livres avant de les pousser, finissant par en prendre un.

« Voilà, je pense que ce dernier te conviendra parfaitement, Tery. »

« Je te l’avais dit que c’était un livre, Elen. » chuchota le jeune homme à Elen avant que la vieille dame n’arrive jusqu’à lui en déposant le livre devant ses yeux.

« Tu es prié de ne pas souffler quand je te parles, Tery. Tu manques vraiment d’éducation dans ces moments-là, on ne te l’a jamais dit ? »

« Si si, un peu trop souvent, madame Jésiana. Je m’excuse mais j’avais quelque chose à dire à Elen et je ne pouvais pas retarder cela, pardon. »

« Humpf … On va dire que je passe outre cela pour la première fois. Tiens, prends-donc ce livre, ce n’est pas sur les golems mais cela devait t’être assez utile, j’imagine. »

Ah bon ? Si ce n’était pas un livre sur les golems, à quoi est-ce que cela allait lui servir ? Il haussa un sourcil en voyant que le livre qu’elle lui avait donné était un très ancien mais semblait surtout évoquer la magie de la terre. Un livre pour lui permettre de s’améliorer dans ce domaine ? Ce n’était pas que dans les contes de fée que ça se passait ainsi ?

« Cela peut te surprendre pour la première fois mais bien que tu ne vas pas deviner comment lancer un sort en tournant les pages de ce livre, ils peuvent néanmoins t’être utile. »

« Merci beaucoup, c’est vraiment un chouette cadeau, je ne peux que vous remercier pour ce cadeau de départ. Ne vous en faites pas, j’en prendrais soin et je vous le ramènerais en bon état. Je vous le promets, d’accord ? »

« Hmm ? Me le ramener ? Pourquoi pas ? Ca ne me semble pas être une mauvaise idée. Si tu en es capable, je te féliciterais à ce sujet, oui. »

Elle avait été prise de court visiblement. Elle ne s’attendait pas à ce que le jeune homme lui dise qu’il comptait lui ramener ce livre. Elle s’empêcha de sourire avant de jeter un œil à la fenêtre. Il faisait plutôt beau aujourd’hui.

« Bon, tu n’as plus aucune raison de rester dans les environs. Tu peux t’en aller sinon, tu risques d’être en retard, n’est-ce pas ? »

« C’est pas faux, madame Jésiana ! Il faut que l’on se dépêche, Elen. On va dire au revoir à monsieur Périk et on retourne voir les autres. »

« Ne te presse pas, ne te presse pas, je pense bien que Claudiska peut attendre quelques minutes de plus non ? Ce n’est pas comme si nous étions attendus là-bas ? »

Hmmm, ça serait plutôt problématique si tel était le cas. La femme aux cheveux blonds avait réussi à le rassurer tandis qu’il s’était relevé à son tour. Bon bon bon ! Il quitta la pièce, saluant la vieille femme bien que celle-ci avait décidé de les suivre jusqu’à Périk.

« Oh ? J’ai le droit de vous rencontrer ? Ma femme m’y autorise ? »

« Ne soit pas mauvaise langue, Périk, cela ne te correspond pas le moins du monde. » répliqua aussitôt Jésiana sur le même ton avant que Périk ne rigole, disant :

« Ce n’est pas faux, je suis le gentil dans notre couple, il ne faudrait pas que cela change. »

« Hmm ? Insinuerais-tu que je fais peur à autrui, Périk ? »

Périk ne répondit pas, tournant son visage vers l’autre couple, bien plus jeune qu’eux avant de regarder le livre dans les mains de Jésiana. Il eut un petit sifflement d’admiration :

« Ben zut, Tery, c’est moi ou tu es gâté ? »

« Plus que gâté même. Cela me fait penser. Madame Jésiana, est-ce que vous pouvez fermer les yeux pendant quelques secondes ? Promis, ce n’est rien de bizarre. »

«J’espère pour toi que ce n’est pas une plaisanterie. Tu sais parfaitement que je ne les supportes pas vraiment, n’est-ce pas ? »

Pourtant, elle s’exécuta, un peu soucieuse de voir ce qu’allait préparer le jeune homme aux cheveux bruns. Celui-ci vient déposer deux baisers sur les joues un peu ridées de la vieille femme qui rouvrit ses yeux subitement à ce contact.

«  Et voilà, c’est pour vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi. Cela me semblait logique au final, non ? Après tout ce temps passé ensemble. »

« Trop de familiarités, Tery. Nous ne sommes pas assez proches pour cela. »

« Elle ronchonne mais elle apprécie le geste, Tery. Fais attention à toi, d’accord ? » déclara Périk avant de serrer le jeune homme dans ses bras, étant à son tour d’être surpris par le geste. « Bien entendu, il en est de même pour les autres. »

« Ne vous inquiétez pas, à force, on commence à savoir se protéger, monsieur Périk. Au revoir à vous deux. » dit Elen avant de prendre le vieil homme dans ses bras puis de voir si elle pouvait faire de même avec Jésiana. La vieille femme soupira avant de tendre mollement les bras, Elen venant l’enlacer.

« Et vous, madame Jésiana, soignez-vous bien, d’accord ? »

« Humpf, je ne suis pas si chétive que ça malgré mon âge. Je suis une battante. »

« Oui,mais ça ne change pas que je pense que Tery serait triste si vous étiez encore malade à son retour. Bref, nous allons partir sans plus attendre. Tery, on y va ! »

« J’arrive, j’arrive ! Pas besoin de me presser ! » dit le jeune homme aux cheveux bruns tandis qu’il se dirigeait vers la sortie de la bibliothèque, livre en main. Quelques secondes plus tard, ils avaient franchi les portes sous le regard bienveillant du vieil homme et de sa femme. Celle-ci baissa la tête avant de fermer les yeux.

Les minutes s’écoulèrent avant qu’elle ne se décide à quitter cet endroit, se dirigeant alors vers son bureau sans un mot. Périk vient la rejoindre à son tour, murmurant :

« Pourquoi est-ce que tu ne lui as rien dit ? »

« A quoi est-ce que cela aurait servi ? N’as t-il pas une mission à accomplir ? »

« Cela ne change rien de tenter de paraître insensible, Jésiana. Après les lettres de sa mère, tu as rapidement reconnu son écriture, n’est-ce pas ? »

« Et elle aussi, elle n’est pas stupide, loin de là. » soupira la vieille femme une nouvelle fois avant de passer une main sur son front. « Je ne m’attendais pas … juste à le voir un jour. A chaque fois que je le regarde, j’ai l’impression de devoir rattraper tout ce temps perdu. Cela fait plus de vingt ans, vingt longues années. »

« Et il est toujours temps de réparer ces erreurs, non ? Tu ne crois pas ? »

« Qu’est-ce que tu veux dire par là ? Racontes-moi tout. »

« Je ne sais pas, tu peux faire un effort et lui demander devenir nous voir ? Il est vrai que cela fait une sacrée distance. Nous pourrions aussi envoyer quelqu’un et … »

« Arrêtes tes idioties. Tu sais aussi bien que moi qu’elle a une fierté personnelle très forte, comme toute les femmes de ma famille. Elle ne laissera jamais quelqu’un venir la prendre. Elle a décidé de tout abandonner il y a plus de vingt ans. »

« Mais ces vingt ans, on ne pourra jamais les récupérer. Ecrivons-lui une nouvelle fois pour lui demander de passer. Comme ça, il aura une surprise en revenant, non ? »

« Peut-être. Allons-y alors, ne perdons pas plus de temps. »

Elle avait pris la parole sur un ton monotone tandis qu’il gardait son petit sourire aux lèvres. Alors, il leur fallait du papier et de quoi écrire. Il allait trouver tout ça. S’ils n’avaient pas cela dans une bibliothèque, cela serait un peu ridicule. Laissée seule, Jésian passa une main sur sa bouche, la glissant sur son menton.

« Forte ou non … l’abandon fait mal, très mal. Je n’aurais jamais dû la laisser partir. »

Mais cet homme ne lui avait jamais inspiré confiance et au final … non. Elle ne devait pas y penser, elle ne devait pas s’y attarder. Ça serait trop bête que de stopper maintenant, beaucoup trop bête. Elle n’était pas ainsi.

« Ce qui est fait est fait … Même si son fils … est un démon, il a montré tous les traits d’un garçon exceptionnellement gentil et bon. »

Son mari passa une main dans ses cheveux, l’invitant alors à débuter cette lettre. Ils avaient beaucoup à mettre sur papier, non ? Et surtout ,ils allaient devoir passer beaucoup de temps sur chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe. Ils avaient vingt longues années à rattraper avec la destinataire de cette lettre qu’ils allaient écrire. Vingt longues années.

« Vous en avez mis du temps ? Encore un livre, Tery ? »

« Oui mais non pas sur les golems cette fois mais la magie terrestre. Un cadeau de madame Jésiana. On dirait qu’elle m’aime bien. Je vais pas m’en plaindre, hahaha ! »

« Oui, tu es plutôt bien vu par elle, tu ferais bien de tout faire pour que ça continue non ? »

« Oui, Elen, c’est pas faux. Bref, on part faire les courses alors ? Enfin, faire les achats nécessaires pour le voyage ? Car là, nous avons pas mal de chemin à faire pour arriver à Claudiska et encore, nous verrons là-bas ce que nous devons faire. »

« Comme … trouver des informations ? Ca me semble être un bon début, non ? »

Manelena avait haussé les épaules tandis qu’il souriait. Clari tapota le dos du jeune homme, récupérant le livre dans ses mains avant de l’ouvrir, faisant une petite moue. Elle murmura :

« Et bien … Je sens que ça ne va pas être simple pour toi, Tery, désolé de te le dire. »

« Ca ne fait rien, un cadeau est un cadeau tant qu’il n’est pas empoisonné. Visiblement, madame Jésiana attend beaucoup de moi, je ne vais pas la décevoir en abandonnant dès le premier problème rencontré hein ? Donc ne t’en fait pas, Clari, je commencerai à bouquiner dans la soirée, voilà tout ! »

« Tiens, le revoilà. Fais y attention hein ? Un cadeau, c’est un cadeau, comme tu l’as dit. Il est donc très précieux. » compléta la demoiselle aux couettes en lui rendant le précieux livre.

« Je le sais bien, ne t’en fait pas. J’y prendrais soin. »

Le jeune homme avait un petit sourire aux lèvres, visiblement heureux de la tournure des événements tandis qu’il regardait le reste du groupe. Le sourire ne passa pas inaperçu, Sérest finissant par lui demander :

« Et bien, tu me sembles étrangement joyeux, non ? Qu’est-ce qui te met dans cet état, Tery ? Je ne pense pas que ça soit le livre, n’est-ce pas ? Tu as appris une autre bonne nouvelle ? »

« Non non, juste que je suis bien content de nous voir tous réunis une nouvelle fois. On ne dirait pas mais c’était sacrément triste sans personne. »

« Hum ? Est-ce que tu insinues que rester avec moi est une plaie, Tery ? » déclara Manelena en croisant les bras, Tery répondant aussitôt :

« Bien sûr que si, tu étais même l’unique personne avec madame Jésiana et monsieur Périk qui arrivaient à me soutenir moralement par leurs paroles dans ces moment difficiles. Ne te dévalorises pas plus que nécessaire, Manelena. »

Ah ! Le fait qu’il dise que ça soit elle qui se dévalorisait mettait à mal alors la phrase qu’elle avait prononcé. Tsss ! Bien joué mais bon … Tery tapa dans ses mains, déclarant qu’il était temps de se mettre en route plutôt que de s’amuser à se lancer de petites piques. Le groupe se mit en marche, partant faire quelques achats nécessaires. Claudiska, les voilà !

Epilogue : Devoirs et sentiments

Epilogue : Devoirs et sentiments

« Mes félicitations, Pete… Et à toi aussi, Elizabeth. »

Le jeune homme aux cheveux bleus, dans sa parure royale, venait de baiser la main de la nouvelle mariée aux cheveux blonds, celle-ci étant resplendissante. Elle portait une magnifique robe blanche, de nombreuses roses se trouvant sur son voile et sur la robe tandis qu’il retirait ses lèvres de sa main. Elle lui fit un grand sourire avant de dire :

« Merci à toi d’avoir eut le temps pour notre mariage. Je sais à quel point il était difficile pour toi d’être présent, surtout avec tout ce que tu fais mais … »

« Ne t’en fais donc pas, je n’aurai pas loupé cela, qu’importe si le monde devait s’écrouler. Pete, et bien … Tu as intérêt à rendre heureuse cette demoiselle … ou plutôt dame dorénavant. » répondit le jeune homme en se tournant vers celui qui portait un costard bleu :

« Je m’attèle à cette tâche depuis … la fin de la guerre. »

« Bien entendu, vous pouvez prendre du repos pour le mois à venir. De toute façon, mes deux généraux n’ont pas besoin de trop en faire actuellement. »

Héhéhé. Pete fit un grand sourire à son tour alors qu’Arnaud leur demandait de sortir pour aller se présenter devant le peuple qui n’attendait que ça. Une petite voix se fit entendre derrière lui tandis qu’il observait le nouveau couple :

« Arnaud ? Est-ce que je peux te parler ? S’il te plaît … »

« Je suis désolée, mademoiselle mais je dois retourner au palais. »

Il avait répondu aussitôt, faisant apparaître ses deux ailes de coton avant de quitter l’église en s’envolant. La même voix murmura avec une grande tristesse :

« Mais c’était … pour discuter … Arnaud … Je ne suis pas une … C’était Lily. »

… … … Elle était elle aussi dans une magnifique robe de couleur violette, celle-ci mettant en valeur son corps et sa poitrine. Elle avait plusieurs parures dans ses cheveux roses alors que ses épaules comme ses bras étaient nus. Elle avait pensé pouvoir lui parler … mais depuis un an, c’était à peine s’ils discutaient tout les deux.

« Snif … Ca … Ca ne fait rien … J’aurai bien une autre occasion. »

« Mademoiselle Lily ? Pourquoi est-ce que vous pleurez ? Pourquoi ? C’est de la faute à mon grand frère. » demanda d’une voix lente, un jeune garçon aux cheveux rubis dans son costard.

« Ce n’est rien, Icare. Ce n’est pas de la faute d’Arnaud. Ton grand frère est quelqu’un de très occupé … Beaucoup trop occupé pour pouvoir m’adresser la parole. »

« Alors la prochaine fois que je reviendrai de chez vous, vous restez avec moi ! C’est d’accord ? Comme ça, vous pourrez lui parler ! » répondit aussitôt le jeune garçon alors qu’elle lui souriait avec affection. Il était si mignon quand il parlait ainsi.

Cinq jours s’étaient écoulés … Et comme si cela était habituel, un petit convoi venait de pénétrer dans le château, les gardes l’ayant laissé passer. Lorsqu’il s’arrêta, le jeune garçon aux cheveux rouges prenait la main de la jeune femme, lui disant :

« Dépêchez-vous mademoiselle Lily ! Il ne pourra pas s’échapper ! »

« Icare … Je ne suis pas sûre que cela soit la meilleure idée, sincèrement … Tu devrais arrêter cela. Je vais dire les formalités à ton grand frère et je repars. Je retournerai te prendre dans deux jours et puis, c’est tout. »

Il fit une petite moue boudeuse, signe qu’il n’était pas du tout d’accord. Ils se dirigèrent à l’intérieur du palais, tout ayant été refait au fil des années. Les deux gardes royaux les laissèrent passer à l’intérieur de la salle du trône, Arnaud étant assis sur celui-ci, un sceptre à la main. Il y avait bien une dizaine de gardes de chaque côté du tapis rouge conduisant jusqu’au trône. Le jeune garçon relâcha la main de Lily, celle-ci s’apprêtant à repartir.

« Grand frère ! Grand frère ! Mademoiselle Lily a quelque chose à te dire ! »

« Si c’est au sujet de ton éducation, je pense qu’elle pourra en discuter avec ses parents. Merci Lily, les gardes pourront te raccompagner pour tout ce que tu as fait. »

« NON ! GRAND FRERE ! Lily a autre chose à te dire ! » s’écria le jeune garçon.

« Je n’ai pas le temps pour une discussion, Icare. Vas donc dans ta chambre. Gardes … »

« GARDES ! Veuillez laisser mon grand frère et mademoiselle Lily tout seul ! » s’écria à nouveau Icare alors que les soldats étaient interloqués. Arnaud avait haussé un sourcil, étonné par ce qu’il venait d’entendre, Lily l’étant tout autant. Comme pour accomplir son geste, il s’approcha d’un garde, essayant de le pousser pour le faire quitter le trône. Il bafouillait à voix basse :

« Laissez mon grand frère tranquille … Mademoiselle Lily veut lui parler. C’est un ordre royal ! Vous devez m’obéir car je suis le prince. »

… … … … Le garde l’observa avant de sourire devant la petite mine du prince, commençant à se diriger vers la sortie avant de demander aux autres de faire de même. Arnaud s’était aussitôt levé, criant de toutes ses forces :

« JE VOUS ORDONNE DE RESTER EN PLACE ! »

« Désolé roi Arnaud, nous ne pouvons obéir qu’à un ordre royal en même temps. »

« Je … Je … Je… » murmura le jeune homme en serrant les dents.

… … … … … Voilà qu’ils étaient seuls. Il n’y avait plus que lui et la jeune femme aux cheveux roses dans l’immense salle du trône. On ne pouvait pas entendre un bruit alors qu’Arnaud revenait s’asseoir, tapotant les côtés de son trône en observant Lily. Il attendait … Mais la jeune femme aux cheveux roses ne rougissait pas bien qu’elle était gênée. Elle commença à faire quelques pas vers lui avant qu’il ne dise :

« Bon… Pourquoi est-ce que tu es venue Lily ? Si tu as quelque chose à me dire, c’est le moment. Tu n’auras sûrement pas une autre occa…. »

« La ferme. » murmura t-elle avec lenteur alors qu’il s’arrêtait dans son petit geste.

« Waouh … J’ai cru mal entendre. Est-ce que tu peux répéter, Lily ? » demanda t-il une nouvelle fois alors qu’elle continuait de marcher vers lui, reprenant aussitôt :

« Je t’ai demandé de la fermer, Arnaud. C’est pourtant très simple. »

Hum ? Qu’est-ce qu’elle lui voulait ? Pourquoi est-ce qu’elle se montrait aussi agressive ? Elle arriva à sa hauteur, le jeune homme ne montrant aucun tremblement alors qu’elle se positionnait bien en face de lui.

« … … … … … Soit, je ne dis plus rien. Tu peux parler puisque ce n’est pas une discussion mais un monologue que tu vas me dire. »

« LA FERME, ARNAUD ! » s’écria t-elle avant de sangloter, reprenant aussitôt : « Tais-toi ! C’est bon ! Jusqu’à quand est-ce que tu vas me faire attendre ?! »

« Te faire attendre pour … » demanda t-il sur un ton neutre alors qu’elle serrait les dents avant de bafouiller : « Me dire que tu m’aimes ! ESPECE D’IDIOT ! Ca ne t’a rien fait du tout quand Pete et Elizabeth ont décidé de sortir ensembles ! Ca se voit que tu n’étais pas amoureux d’elle autant que tu le pensais ! Tu as fait ton choix et … »

« Mon choix est mon peuple. » répondit sur un ton sec et légèrement cassant alors qu’elle écarquillait les yeux. Elle approcha son visage du sien, des larmes aux yeux bien qu’elle avait arrêté de pleurer. Elle murmura :

« Tu… Tu peux me le redire ? S’il te plaît ? J’ai cru mal … entendre. »

« J’ai dit que mon choix était mon peuple. Je ne veux pas que les erreurs du passé se reproduisent. Je suis désolé mais il faut que tu ailles te trouver un autre homme. Je ne suis pas fait pour toi … » répondit-il, s’accoudant à une partie de son trône.

« JE SUIS LIBRE DE CHOISIR LA PERSONNE QUI EST FAITE POUR MOI ! »

« Et moi de ne pas répondre à ses sentiments. » dit-il aussitôt.

« … … … … … POURQUOI EST-CE QUE TU FAIS CA ?! Pourquoi ?! Hein ?! Pourquoi ?! Est-ce que tu ne crois pas que l’on a assez attendu ?! Ca fait treize années ! TREIZE ans Arnaud ! TREIZE ! Plus de la moitié de notre existence actuelle ! »

« … … … … Et ? Je ne vois pas ce que l’on doit attendre. » répondit-il sur un ton neutre.

« Tu as raison … Oui … Héhéhé… Tu as raison, Arnaud. Je crois qu’on a assez attendu. Peut-être même trop attendu … Désolée de t’avoir dérangé … Je pensais sincèrement que puisqu’Elizabeth était maintenant mariée, tu étais réellement libre. Mais bon … Les sentiments ne se contrôlent pas, n’est-ce pas ? »

Elle colla brièvement ses lèvres sur les siennes, les retirant aussitôt alors que le jeune homme aux cheveux bleus restait de marbre. Elle n’avait pas à rester ici. C’était bon … Elle allait retenir … Non … Elle n’allait pas retenir ses larmes en fin de compte. Pourquoi retenir ses sanglots alors que le jeune homme lui disait clairement …

« Désolé Lily, je suis un salopard. Tu ne mérites vraiment pas de … »

« On ne mérite pas l’autre en amour ! On le désire et on l’aime, c’est tout ! »

« … … … Si ce n’est qu’une question de sentiments alors … Je … t’ai… » commença t-il alors qu’elle s’arrêtait dans ses mouvements de départ. « Je t’aime, Lily. »

« Alors pourquoi est-ce que tu fais tout pour éviter ça ? »

« Car j’ai un peu peur de tout ça. J’ai déjà tant de responsabilités … Je dois régner sur un royaume alors que j’ai à peine vingt-et-un ans, je dois rendre heureux mon peuple alors que je fais pleurer celle qui m’est proche. Si ce n’était qu’une question … de sentiments … Il y aurait longtemps que je t’aurai épousé, Lily. Mais à côté … Tu es une Milobellus, tu ne peux pas vraiment vivre hors de l’eau, n’est-ce pas ? Et moi, il est impossible que je puisse vivre sous l’eau durant toute ma vie… Et toi-même … »

« … …. Je suis la future reine des Milobellus donc je dois régner sur mon royaume sans le quitter. Tu es le roi des Altarias donc tu dois régner sur ton royaume. Je vois … ce que tu voulais dire … Arnaud. J’ai finalement compris … »

« Je ne t’ai jamais … détesté, Lily. Sincèrement… Je t’aime tant. »

« Répètes-moi ça à nouveau. » murmura t-elle alors qu’elle revenait en face de lui, se mettant à genoux devant lui pour être à sa hauteur.

« Je t’aime, Lily. Je t’aime énormément … Je t’aime comme un fou, comme un damné, je ne pourrai jamais réellement me passer de toi mais je me fais souffrir chaque nuit en sachant que tu n’es pas à côté de moi. Je t’aime de tout mon cœur. »

Il s’était mis à pleurer lui aussi, ses deux mains sur les accoudoirs de son siège tremblantes d’émotion. Elle émettait un petit sourire attristée, venant l’embrasser longuement alors que le jeune homme prenait son visage à deux mains, fermant les yeux pendant le baiser.
Leurs langues se joignirent en même temps que leurs deux mains, le jeune homme se relevant du trône pour s’écrouler sur Lily. Ils commencèrent à s’enlacer à même le sol, le jeune homme caressant le corps de la jeune femme alors que celle-ci ne se débattait pas le moins du monde, l’invitant même à continuer. Pourtant, elle l’arrêta pendant le baiser, le regardant d’un air fiévreux. Elle demanda en murmurant :

« Arnaud … Tu n’as pas … une chambre ? Pour que l’on … »

« Tu es vraiment … sûre, Lily ? Je … Tu sais … Ca ne mènera à rien ce que l’on fait … Alors je … je… Je ne veux pas que tu regrettes tout … J’ai ma chambre… » murmura t-il alors qu’elle se relevait, lui prenant la main pour qu’ils puissent se diriger vers la sortie du trône.

Main dans la main, ils passèrent devant les soldats qui sourirent avant d’être un peu … étonnés. Même Icare qui avait attendu depuis le début semblait un peu confus. Ils se tenaient main dans la main alors pourquoi… Pourquoi est-ce qu’ils pleuraient ? Aucun n’osa poser la question alors que roi Arnaud murmurait :

« Mademoiselle Lily et moi-même allons discuter ailleurs. Signalez aux conseillers que je serai occupé pour le reste de la journée. »

« Je … Je … Ca sera fait, roi Arnaud. » répondit l’un des soldats, éberlué.

« Lily … Si tu veux bien me suivre. » dit l’homme aux cheveux bleus.

Elle hocha simplement la tête d’un air positif, ne se préoccupant pas des regards des autres personnes alors qu’il la guidait vers la chambre où il dormait. Dès qu’il referma celle-ci, tournant la clé tout en restant face à elle, la jeune femme fit un léger sourire. Sa robe tomba au sol alors qu’elle tendait les deux mains vers lui, soufflant :

« Toute la journée … C’est bien cela, Arnaud ? »

« Toute la journée, Lily. Toute … Pour que l’on ne l’oublie pas. » répondit-il en commençant à se dévêtir, la jeune femme le laissant faire. Puis chacun à leur tour, ils s’effeuillaient, retirant le reste des derniers vêtements jusqu’à ce qu’ils soient nus. Le jeune homme la fit tomber sur le lit, tombant avec elle alors qu’ils croisaient les doigts. Leurs visages à quelques centimètres l’un de l’autre, ils s’embrassèrent avec tendresse.
Le lit bougea sous leurs caresses, le drap se tachant légèrement de rouge la première fois alors que chacun murmurait des mots doux à l’autre dans le creux de l’oreille. Oreille qu’elle mordillait et suçotait tandis que le jeune homme caressait toute son anatomie tout en accélérant ses gestes.

La première fois avait duré une bonne demi-heure, la découverte du corps de l’autre, les petits frissons à chaque doigt qui se posait sur la chair mise à nue, et la tendresse qui émanait de chaque geste. Puis le moment … de la première fois où leurs corps s’unissaient et fusionnaient pour créer l’alchimie parfaite.
Et puis, plus le temps passait, plus ils avaient peur que ce dernier ne leur laisserait pas d’autres choix, ce qui avait été tendresse devenait passion, la jeune femme ne retenant plus les cris qui sortaient de sa bouche.

Elle l’aimait et elle sentait aussi qu’il l’aimait alors pourquoi … Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’ils ne pouvaient pas le montrer aux yeux de tous et de toutes ? Pourquoi est-ce qu’il fallait que leurs statuts … bien qu’ils soient les mêmes … Snif … Elle ne voulait plus y penser mais… couchée dans le lit, dégoulinante de sueur avec le jeune homme à ses côtés, elle murmura :

« Arnaud … Si je te proposais de quitter ton royaume … et moi le mien… De partir et de vivre en ermite … Est-ce que tu le ferais ? »

« Non, Lily. Si nous n’étions … que de simples personnes ayant un statut moyen … J’aurai accepté … Mais pas avec ceux que nous avons. »

Ca ne faisait rien … Car elle se doutait de la réponse du jeune homme. Plusieurs heures s’étaient écoulées. Combien ? Ils ne savaient pas … Mais ils avaient vu la nuit qui était tombée, le jour se lever … Et maintenant, à nouveau la nuit. Ils n’avaient pas eut faim de la journée, s’étant aimés pendant des heures entières, s’étant dévorés l’un par rapport à l’autre.

« … … … Lily, il va être l’heure… »

« Jusqu’à demain matin, s’il te plait, Arnaud. Demain matin… » murmura la jeune femme, sa tête posée contre le torse nu d’Arnaud.

« … … … Je le sais très bien … Je ne vais pas te faire sortir en pleine nuit. » répondit-il tout en reprenant aussitôt : « Mais je voulais que l’on se prépare … mentalement. »

Elle comprenait ce qu’il voulait dire mais là … Elle voulait simplement profiter de ces instants avec Arnaud. Elle embrassa son torse, le jeune homme lui caressant le dos alors qu’il baisait ses cheveux avec tendresse.

… … … Les dernières heures où ils pouvaient être ensembles … réellement ensembles … Mais là, ils ne faisaient rien… Rien du tout. Ils ne faisaient que dormir, l’un contre l’autre, enlacés tendrement tout en se murmurant quelques douces paroles.


La nuit s’était déroulée rapidement, trop rapidement à leurs goûts … Et au petit matin, ils s’étaient aimés une dernière fois, chacun venant habiller l’autre tout en le caressant. Ils avaient passé la plus merveilleuse des journées dans les bras de l’autre.

« Grand frère ? Pourquoi est-ce que mademoiselle Lily repart ? Pourquoi est-ce qu’elle ne reste pas avec toi ? Tu l’aimes non ? »

« Oui … Mais on ne peut pas … Enfin merci beaucoup, Icare… »

« De rien grand frère mais … Si tu l’aimes … et elle aussi, elle t’aime … Pourquoi vous ne faites pas comme mademoiselle Elizabeth et monsieur Pete ? »

« L’épouser ? Ah … J’aurai bien aimé … J’aurai vraiment beaucoup aimé, Icare mais tu vois … On ne peut pas toujours choisir ce que l’on désire. »

… … … Lily était en train de s’éloigner, d’un pas vraiment lent. On voyait bien qu’elle ne voulait pas partir, qu’elle n’avait pas envie de le quitter mais … Le jeune homme détourna le regard de la jeune femme, posant ses yeux sur son petit frère.

« … … Icare ? Tu veux savoir pourquoi je ne peux pas être avec elle ? »

« Hein ? Ben oui ! Je veux bien savoir, grand frère ! »

« D’accord, alors je vais commencer à te le dire … »

Il s’était mis à genoux pour se retrouver face à son petit frère et surtout à la même hauteur, lui faisant un petit sourire tendre et délicat. Oh … Il était triste … Mais il devait lui dire … Icare était quand même assez grand pour comprendre un peu de ce qu’il allait dire.

« Alors … Comment est-ce que je peux t’expliquer cela … Tu sais à l’école, tu as des devoirs à faire et à rendre, n’est-ce pas ? »

« Oui, oui, grand frère ! C’est bien ça ! Même que des fois, c’est vraiment embêtant. »

« Et bien, moi, en tant que roi, j’ai aussi des devoirs et je dois toujours rester au palais pour devoir les faire et les accomplir. Lily, c’est pareil, elle doit aussi faire ses devoirs et les accomplir mais dans son palais. Donc normalement, elle ne doit pas quitter son palais trop longtemps et retourner dans son royaume. »

« Je … ne comprend pas grand frère. »

« … … Je ne peux pas quitter le royaume car je dois faire mes devoirs et Lily ne peux pas quitter son royaume car elle doit faire ses devoirs. »

« Alors ne les faites pas ! C’est pas dur à ne pas faire ! »

« Les grandes personnes doivent faire leurs devoirs … Surtout un roi et une princesse car cela concerne les deux peuples… »

S’ils ne pouvaient pas ne pas faire leurs devoirs, alors il y avait sûrement un autre moyen. Le jeune garçon était en train de réfléchir alors qu’Arnaud reposait son regard sur Lily. Ah … Il devait la retenir … vraiment la retenir avant qu’il ne soit trop tard mais … Mais … Ah … Il ne pouvait pas… Il serrait les poings, tremblant de colère contre lui-même.

« Grand frère ? Si vous étiez dans le même royaume, est-ce qu’il serait possible que vous ayez les mêmes devoirs ? Comme ça, vous serez quand même ensembles non ? »

« … … Ce n’est pas aussi simple que … cela. »

« Mais si c’est très simple ! Vous n’avez qu’à être qu’un seul royaume et non deux ! Si tout le monde est ensembles, vous pourrez faire vos devoirs ensembles aussi ! »

« Oui mais … Je suis un Altaria, Icare. Et Lily est une Milobellus. »

« Y a beaucoup d’Altarias qui s’installent près de la plage … Et ils peuvent vivre très longtemps sous l’eau ! Moi aussi, grand frère ! »

« … … … Un seul royaume … Mais c’est trop difficile. »

« Les devoirs sont pas difficiles, grand frère ! PAS DU TOUT ! C’est toi qui fait croire que tout est difficile ! Même si je ne crois pas y arriver, j’essaye quand même ! »

« … … … … Oui … Tu as tout à fait raison. Tu as même entièrement raison ! Merci Icare, tu es un vrai petit ange ! » s’écria soudainement le jeune homme aux cheveux bleus.

Il vint enlacer son petit frère dans ses bras avant de se redresser, courant vers Lily tout en hurlant son nom. La jeune femme aux cheveux roses se tourna vers lui, étonnée de le voir aussi joyeux jusqu’à ce qu’il arrive à sa hauteur.

« Lily ! Je viens avec toi dans ton royaume ! »

« Hein ? Que ? Comment ça ? Pourquoi ça ? Arnaud ? Je ne comprend … »

« Tu verras quand je serais devant tes parents ! J’ai eu … Non ! Icare a eut une idée en tête et même si elle est complètement folle et stupide, j’ai envie de l’essayer ! »

« Hein ? De quoi ? Comment ça ? Tu ne veux pas m’expliquer ? »

« Signalez que je pars vers le royaume des Milobellus pour une mission de la plus haute importance ! » s’écria t-il aussitôt à ses soldats alors qu’il prenait la main de Lily pour la tirer dans le convoi et rentrer avec elle. A l’intérieur, elle continua de le questionner :

« De quoi est-ce que tu vas faire ? Enfin non … Ce n’est même pas bien parlé … »

« Tu verras bien, Lily … Mais … J’espère qu’ils accepteront. »

… Ils ? Qui ? Elle ne voyait pas … Ou alors peut-être qu’il parlait de ses parents à elle ? Qu’est-ce qu’il allait leur demander ? Elle tremblait légèrement d’une certaine excitation avant de reprendre la parole :

« J’espère que ce n’est pas une bêtise, Arnaud … Promets-moi que ce n’est pas une bêtise. »

« Ca dépend du point de vue, mais l’idée vient d’Icare ! »


Oui mais bon … Cette idée provenait d’un enfant … Un enfant quoi ! Ce n’était pas autre chose ! Ah … Elle était un peu inquiète de la suite des évènements mais le jeune homme semblait relativement motivé … Puisqu’ils étaient seuls dans ce convoi … Il vint se positionner en face d’elle, l’embrassant longuement alors qu’elle ouvrait en grand ses deux yeux :

« … …. … Humpf ! Hmmm … Hm… »

Elle se laissait finalement faire, passant ses mains dans ses cheveux bleus. Tout cela n’avait pas été un rêve éphémère et il venait lui prouver encore une fois. Le convoi tangua légèrement pendant qu’ils s’embrassaient, signe qu’il y avait un peu de mouvement à l’intérieur avant qu’il ne retire finalement ses lèvres :

« Ne t’en fait pas … Je suis sûr … que ça marchera. »

« Mais de quoi ? Dis-le-moi ! Je n’aime pas quand tu me caches des choses ! »

« Tututut ! Tu sauras tout dans quelques heures … Lily, je t’aime vraiment. »

« Ben … Et bien … Moi aussi, hein ? » balbutia t-elle, gênée.

Tout avait été si rapide. Pendant une année, elle avait patienté et là … En une journée, tout s’était accéléré à une vitesse telle prodigieuse qu’elle avait du mal à y croire mais… mais … Arnaud lui disait qu’il l’aimait et c’était tout ce qu’elle voulait … Tout ce qu’elle désirait … Ah … Oui … Elle était déjà heureuse rien qu’en entendant ces quelques mots.

« Madame la reine, monsieur le roi, je viens ici demande la main de votre fille en mariage. »

… …. … QUOI ?! Sans même attendre l’acquiescement de ses parents, elle se jeta à son cou, l’embrassant sur plusieurs parties de son visage avant de dire :

« Oui, j’accepte ! Je le veux, Arnaud ! Je le veux ! »

« Calme … Calme-toi, Lily. Ce n’est pas fini quand même. » répondit-il dans un grand sourire alors qu’elle venait se loger contre son torse, si heureuse.

« Hum ? Que veux-tu en plus, Arnaud ? » demanda le roi.

« J’aimerai vous faire une proposition … d’unifier nos deux royaumes en un seul. Bien entendu, vous seriez le souverain et la souveraine de ce dernier, ayant beaucoup plus d’expérience que moi-même dans ce domaine. L’idée est que … Les Milobellus et les Altarias puissent vivre ensembles et en communauté. Nous sommes tous des dragons et je suis sûr qu’au fil du temps, il n’y aura plus aucun problème entre nos deux peuples. Et puis … »

« Il y a quelque chose de plus personnel là-dessous, n’est-ce pas ? » dit la reine en lui souriant, le jeune homme aux cheveux bleus venant rougir.

« Oui … Cela me permettra de ne plus avoir aucune contrainte pour épouser Lily… et vivre avec elle … Comme elle est la princesse des Milobellus, elle doit rester près de son peuple. Comme je suis le roi des Altarias, je dois rester auprès du mien. Alors si nos deux peuples s’unissent … Nous pourrons nous voir quand nous le voulons … et vivre ensembles. »

« Hum … Tu sais bien qu’il est très difficile de faire ce que tu proposes n’est-ce pas ? »

« Oui mais … Je pense que ça vaut le coup d’essayer. Et vous savez … Ce n’est pas mon idée … Elle ne vient pas de moi. »

« Hum ? Et de qui vient-elle donc alors ? » demanda le roi.

« D’Icare. Vous savez, je suis sûr qu’il deviendra quelqu’un de très intelligent et de très bons conseils dans le futur. On ne dirait pas mais il fera un bien meilleur prince que moi dans l’avenir ! » répondit le jeune homme avec un grand sourire.

« Icare ? Ah mais bien, cela change tout, n’est-ce pas ma mie ? »

« Exactement … Soit … Arnaud, je pense que nous allons accepter ta proposition mais avant de penser à unifier nos deux peuples, n’y a-t-il pas autre chose à unifier avant ? »

« Ah ? Et quoi donc ? » demanda le prince en regardant le roi.

« Vous deux bien entendu. » dit le roi en observant sa fille avec l’homme qu’elle aimait.

Héhéhé … Oui … Bien entendu … Il allait oublier le plus important. La jeune femme aux cheveux roses était ivre de joie, le jeune homme la gardant contre lui. D’abord, ils allaient devoir s’unir officiellement. Il avait assez perdu de temps, il devait se l’avouer.

Voilà … Le temps s’était écoulé … Un mois était passé depuis le jour où le jeune homme et le roi des Milobellus avaient fait un discours devant des plusieurs dizaines de milliers de personnes. Un discours où ils prônaient les relations et l’unification de leurs deux royaumes en un seul. Et alors, aujourd’hui, pourquoi y avait-il autant de monde devant une magnifique église qui semblait avoir été faite sur mesure ? Toute de glace, elle brillait au soleil bien qu’elle ne semblait pas être capable de fondre.
Oui … Toute une foule réunie attendait en-dehors de l’église, quelques soldats surveillant quand même au cas où il y aurait quelques problèmes au sujet d’une petite folie de la part de ces personnes. Mais bon … Tous étaient calmes et très impatients.

« Alors, là, c’est carrément énorme ! D’abord nos deux généraux Altarias mais maintenant … CA ! Je veux que tout le monde crie de toutes ses forces quand ils sortent ! »

« D’ACCORDDDDDDDDDD ! » hurla la foule en écoutant l’une des personnes plus que douées pour haranguer comme il le fallait.

A l’intérieur de l’église, un jeune garçon aux cheveux rouges et en costard venait tendre une petite boîte contenant les deux alliances alors qu’une femme aux cheveux verts et portant une magnifique robe se trouvait derrière lui, lui murmurant de reculer. L’un après l’autre, les deux personnes en face d’eux venaient mettre un anneau au doigt de l’autre alors que la voix du prêtre se fit entendre :

« Je vous déclare mari et femme par les liens sacrés du mariage ! Vous pouvez embrasser la mariée. »

Le jeune homme aux cheveux bleus releva le voile de la jeune femme dans sa robe rose. Il déposa ses lèvres sur les siennes, un tonnerre d’applaudissements se faisant entendre à l’intérieur de l’église.

« BON LES GARS ! CA M’A L’AIR BON ! Préparez-vous ! »

Lorsqu’ils quittèrent l’église, le brouhaha causé par le peuple autour d’eux avait de quoi rendre sourds. Pourtant, ils souriaient et saluaient la foule, chacun tenant la main de l’autre alors qu’elle murmurait avec lenteur :

« La prochaine fois … Evite de mettre autant de temps, d’accord ? »

« J’essayerai, tu sais très bien que je n’ai jamais été très doué pour cela. »

« J’espère que tu l’es quand même bien plus lorsqu’il s’agit de former une famille. »

« Je le pense … et je m’appliquerai à cela. »

Il était légèrement rouge de gêne, la jeune femme aux cheveux roses étant de même bien qu’elle émettait un petit rire tendre. Ses doigts croisaient ceux de l’homme qu’elle aimait. Plus de treize ans s’étaient écoulés depuis leur première rencontre mais finalement, ils étaient ensembles. Et cela pour de nombreuses décennies voir de nombreux siècles … Oui, ils allaient être les créateurs d’un nouveau royaume où ils seraient deux à régner, unis pour la vie.

Chapitre 29 : Pour le peuple

Chapitre 29 : Pour le peuple

« Arnaud … Qu’est-ce que … » demanda Lily en le regardant d’un air étonné, toute autant que l’était les trois autres personnes avec eux deux.

« C’est pourtant clair. Il y a douze ans, Pete a été banni du royaume par Loïc et son père. Il a dût vivre une vie presque misérable pendant presque six ans alors qu’il a sûrement plus de sang noble en lui que dans cet être pourri en face de moi. Puisque je suis le prince de ce royaume, j’ai donc les obligations mais aussi les pouvoirs qui vont avec. Donc si cela n’est pas encore rentré dans la tête de Loïc, je vais le répéter. Loïc, tu es banni et exilé du royaume. A partir d’aujourd’hui, tu peux te considérer comme un Altaria renégat qui n’a d’Altaria que le nom puisque tu n’as même pas la carrure qu’il faut pour cela. »

« … … Attends un peu … Arnaud … Tu vas voir … Tu vas voir comme je vais te le faire regretter, tu vas vite comprendre ta douleur ! Je vais te faire souffrir comme auparavant ! »

« Bien entendu … Bien entendu … Toi-même ? Ou alors plutôt tes larbins ? »

… … … Pete comme les trois femmes ne savaient pas du tout ce qui se passait. Le jeune homme aux cheveux bleus avait radicalement changé de comportement dès l’instant où il avait entendu les paroles de Loïc et surtout le fait que ce dernier avait survécu.

« Et pendant ce temps, les minutes s’écoulent sans que tu ne fasses aucun mouvement. C’est bien ce que tu es … Tu attends tout simplement que tout te tombe dans les mains, Loïc, et cela depuis le début. Ton père a échoué dans ton éducation. Je ne l’appréciais pas et je sais parfaitement que ses actes étaient dictés par un souvenir du passé mais contrairement à toi, je pense que l’on pouvait éprouver de la peine et de la compassion pour lui. Oui … Pour toi, je ne ressens que de la pitié car tu l’es … Tu es pitoyable comme personne. »

« ASSEZ ! BUTEZ-LE MAINTENANT ! »

Les soldats s’élancèrent vers lui et le reste de son petit groupe mais déjà, il s’était mis à rayonner, Pete et Elizabeth écarquillant les yeux.

« Qu’est-ce … Prince Arnaud ?! Depuis quand est-ce … »

« Arnaud ! Qui t’a appris cela ?! Est-ce que c’est toi-même qui a … »

« Je ne voulais plus être un fardeau pour ceux qui m’entourent … Je ne voulais plus être incapable comme je l’étais il y a douze années de cela … Alors, je me suis entraîné, encore et encore … Jusqu’à l’épuisement … J’ai appris à me battre mais aussi les cours. Je voulais être cultivé et raffiné … Car je suis le prince de ce royaume … Je ne peux pas être un boulet pour mes citoyens … Et je n’hésiterai pas à utiliser tout ce que je peux. »

« Oui mais … Tout ça demande beaucoup trop de préparation ! Nous devons te protéger pendant ce temps ! » s’écria Pete alors que Lily et Phoebe comme les Milobellus ne savaient pas quoi répondre. Seuls les Altarias, que ça soit d’un groupe ou de l’autre semblaient étonnés. Loïc s’écria à nouveau :

« Arrêtez-le avant qu’il ne termine ! S’il fait cela, tout est fichu ! C’est bien clair ?! »

« Oui mais … Seule la famille royale et quelques rares … »

« JE M’EN FOUS ! Vous voulez mourir ou quoi ?! TUEZ-LE ! »

Depuis … Depuis quand est-ce ce blanc-bec avait appris à se battre de cette manière ?! Ce n’était plus le même gamin d’il douze ans. Il avait grandit … et il osait même lui tenir tête maintenant ! Quelle bonne blague ! Il allait lui régler son compte !

« PROTEGEZ A TOUT PRIX LE PRINCE ! »

Voilà que chaque camp recommençait à se battre et tout cela pour une unique personne. Une personne qui voletait légèrement au-dessus du sol, ses yeux fermés alors qu’il tendait les deux mains sur les côtés, semblant chercher sa respiration. Lily combattait d’un air distrait, observant Arnaud du coin de l’œil avant de s’adresser à Elizabeth.

« Qu’est-ce qui se passe avec lui ? Qu’est-ce qu’il est en train de faire ? »

« … … … C’est une technique que même les plus aguerris des Altarias ne sont pas capables d’utiliser … Je ne pensais pas qu’Arnaud en serait capable … C’est de ma faute … Visiblement, je ne lui faisais pas assez confiance … »

« Tu n’es pas la seule dans ce cas, Elizabeth. Moi-même, je n’aurais jamais pensé que le prince Arnaud en serait capable ! » s’écria Pete avant de pourfendre l’un des soldats, ayant quelques blessures sur le corps malgré son armure.

« Mais … Mais … Mais … Arnaud ? » dit la jeune femme aux cheveux roses en tournant son visage vers le prince, celui-ci murmurant :

« Je vais en terminer définitivement avec lui… quitte à ce que j’utilise jusqu’à mes dernières ressources. C’est bientôt bon … »

« MAIS QU’EST-CE QUE VOUS FOUTEZ ! Crachez tout ce que vous pouvez ! Blessez-le ! Empêchez-le de faire son attaque ! »

Il commençait à perdre une certaine contenance mais il avait de bonnes raisons. Si Arnaud arrivait à faire cela … C’était la preuve qu’il pouvait gouverner le royaume … qu’il était au-dessus des autres … ah … Dire que lui-même avait déjà essayé ces dernières années … Cela avait toujours été un échec retentissant.

Et lui … Lui… Il avait appris cette technique ?! Elle devait sûrement imparfaite ! OUI ! Elle l’était sûrement même ! Il était hors de question qu’un minable comme lui soit capable de pouvoir faire une telle chose ! IMPOSSIBLE !

« Et alors ?! Je ne le vois pas tomber ! Ca veut dire quoi ça ?! »

Il commençait sérieusement à perdre patience ! Ils étaient plus nombreux mais pourtant, aucun soldat n’avançait ou n’arrivait à atteindre Arnaud ! Qu’est-ce qu’ils foutaient ?! Ce n’était pas dur pourtant de tuer quelques rebelles et soldats ! Tsss ! ET … Il allait s’en occuper réellement de lui ! Et tout seul puisque c’était ainsi !

« Tu vas voir … Tu vas voir, Arnaud ! TU VAS VOIR ! »

« Donnez-moi deux épées, s’il vous plaît … Je n’ai pas l’habitude mais qu’importe … » murmura le jeune homme aux cheveux bleus en tendant ses mains en avant, Lily récupérant deux lames tout en arrêtant le combat pour les lui emmener.

« Arnaud … … … … … » souffla t-elle en lui tendant les deux lames.

« Oui, Lily ? Que se passe t-il ? Tu as un problème ? »

« Hein ? Que ? Oh non ! Je … Je ne sais pas trop … comment dire ça … Mais tu disais … souvent que tu ne méritais pas d’être le prince des Altarias. »

« C’est exact … Mais je pense personnellement que je ferais un meilleur prince que Loïc. »

« Non non ! Ce n’est pas ça que je veux dire … C’est juste que … »

« Vas-y, exprime-toi, Lily tant que tu le peux. »

« … … … Non rien, Arnaud. Reste en vie, c’est tout. » murmura t-elle en lui faisant un petit sourire qu’il ne pouvait pas voir avec ses deux yeux fermés.

« J’aimerai bien que ça soit le cas mais je ne peux rien promettre … comme d’habitude. »

Hum … Elle le savait parfaitement mais bon … Elle espérait tout simplement. A peine avait-elle reprise son arme que les paroles d’Arnaud se firent entendre :

« C’est bon … Je peux y aller … Poussez-vous maintenant. »

Il s’était encore mis à parler d’une voix neutre alors que les soldats et rebelles se poussaient, Pete et les trois femmes faisant de même. Arnaud était maintenant face à la petite armée de Loïc, les soldats étant blessés pour la plupart alors que Loïc s’était mis à trembler de rage.

Tout le corps du jeune homme aux cheveux bleus s’illuminait violemment, aveuglant la pièce avant qu’il ne trace un chemin droit devant lui, volant à une vitesse prodigieuse. Moins d’une seconde plus tard, il était penché en avant, à quelques centimètres de Loïc, du sang s’écoulant le long de ses deux lames avant qu’il ne murmure.

« C’est terminé … pour ton armée … et ton existence, Loïc. »

« Ah oui ? Je ne vois pas où ! Mon armée est encore debout ! » s’écria le jeune homme aux cheveux verts, des tremblements dans la voix, signe qu’il était impressionné par ce que venait de faire Arnaud.

Les soldats se retournèrent vers Loïc et Arnaud, prêts à tuer ce dernier avant que leurs armures ne se fissurent et que de nombreuses entailles parcourent leurs corps. Des giclées de sang volèrent un peu partout, les soldats s’écroulant les uns après les autres.

« … … … Il fallait s’en douter … » murmura Arnaud avant de poser un genou au sol, de la sueur s’écoulant de son front alors qu’il haletait.

Qu’est-ce … AH ! Il était exténué par ce qu’il venait de faire ! Sa technique n’était pas au point mais il avait quand même décidé de l’utiliser ! Et maintenant … Maintenant … Il était à la merci de Loïc.

« HAHAHAHA ! Idiot ! Tu as peut-être éliminé une partie de mon armée mais en fin de compte, tu seras celui qui va tomber de MES PROPRES MAINS ! »

Son épée en main, le jeune homme aux cheveux bleus à ses pieds, Loïc amorça un mouvement pour venir lui trancher la tête avant de crier de douleur.

« Je n’ai jamais dit … que je n’avais pas terminé ce que j’avais commencé. »

Qu’est-ce que … Deux profondes entailles vinrent parcourir les hanches de Loïc, lui faisant lâcher son arme alors qu’il se mettait à reculer.

« … Comment ça se fait … Comment ça se fait que tu arrives à me blesser ?! Alors que tu ne m’as même pas attaqué ! Tu es à genoux devant moi ! »

« Qui a dit que je ne t’avais pas attaqué avant que je ne m’écroule ? » murmura le jeune homme aux cheveux bleus avant de se redresser avec lenteur, bloquant le chemin à Pete et les femmes qui étaient venus pour tenter de l’aider. « Vous restez en arrière, vous quatre. »

« Qu’est-ce que … tu manigances, Arnaud ? Nous allons abréger son existence ! »

« C’est à moi … de m’en … OCCUPER ! »

Il venait de crier de toutes ses forces bien qu’il semblait exténué, le regard légèrement fiévreux. Cette technique …Voler en pique … était bien plus épuisant que prévu. Le jeune homme aux cheveux bleus prit l’épée que Loïc avait tenue, redéposant l’une des siennes avant de la lui envoyer à ses pieds. Le jeune homme aux cheveux verts le regarda avec étonnement, une main posée sur sa hanche droite alors qu’Arnaud reprenait :

« C’est quoi ce délire ? Qu’est-ce que tu fous ? »

« Pour les dernières minutes de ton existence … Essaye de te battre d’une façon honorable. »

« … … … TU TE FOUS DE MA GUEULE ?! HONORABLE ?! Ce n’est pas un foutu gamin comme toi qui va m’apprendre ce que c’est l’honneur ! Un gamin pleurnichard et braillard ! »

Pourtant, il récupérait son épée, le regardant d’un air haineux alors qu’Arnaud prenait une profonde respiration. Vraiment … Qu’est-ce que cela avait donné depuis toutes ces années…

« Terminons-en une bonne fois pour toutes. »

« Tu vas voir, espèce d’imbécile ! Ca sera la dernière erreur que tu commettras ! »

« Nous verrons cela. » répondit finalement Arnaud alors qu’il maintenait son épée avec difficultés dans sa main droite, observant Loïc qui avait un air rageur au visage.

Celui-ci s’était mis à courir vers lui, donnant un coup d’épée alors qu’Arnaud parait ce dernier. Il devait prendre l’ascendant sur le combat… Il devait le prendre … et le battre … Il était le prince d’un royaume déchu … D’un royaume qui avait tant souffert pendant six ans … Il était hors de question de ne plus rien faire ! Il n’en avait jamais assez fait !

Il fit reculer le jeune homme aux cheveux verts, évitant de gémir alors que les soldats et les quatre proches d’Arnaud restaient immobiles. Ils avaient envie de réagir … Ils en avaient tellement envie … La jeune femme aux cheveux roses faisait apparaître une petite flaque d’eau à ses pieds, celle-ci semblant se mouvoir pour se rendre vers Arnaud.

« TU FAIS CELA, LILY ET TU NE M’ADRESSES PLUS JAMAIS LA PAROLE ! »

« Hein ?! De … De … De quoi, est-ce que tu parles, Arnaud ? » dit-elle d’une voix faussement innocente mais surtout apeurée et étonnée.

« Ne fais pas semblant de ne pas avoir compris ce que je voulais dire ! »

« Tu devrais plutôt t’inquiéter de ce que tu as en face  de toi, PRINCE ! » s’écria Loïc en venant créer une entaille sur le bras du jeune homme, celui-ci serrant les dents.
AH ! Elle avait crié en voyant Arnaud se faire blesser mais là, elle n’allait pas rester là à ne rien faire ! Elle allait l’aider … Oui … Elle allait l’aider ! C’était le plus important à faire ! Ah… Comment dire … Elle allait … Non ? Pete venait de l’arrêter, tremblant lui aussi. Il voulait vraiment aller l’aider mais Arnaud n’aurait pas voulut.

« On doit rester là … et ne rien faire … »

« Et tu veux le laisser mourir, c’est ça ?! Tu as bien vu son état ?! »

« Est-ce que j’ai l’air de vouloir laisser mourir le prince, Lily ? » murmura Pete alors qu’elle voyait bien à quel point sa poigne était forte et puissante. Il enrageait intérieurement.

… … … Et alors ? Qu’est-ce qu’ils devaient faire ? Phoebe et Elizabeth n’avaient rien dit alors que les soldats tremblaient eux aussi. Pourquoi ce combat ridicule ?! Pourquoi est-ce qu’ils ne décidaient pas de tout simplement tous y aller ?! Quelques soldats s’avancèrent mais Pete s’écria :

« NE FAITES PAS UN SEUL MOUVEMENT ! »

« C’est complètement stupide ! On risque de perdre le prince à cause de sa vanité ! Ca ne sert à rien un tel combat ! Il n’a pas à se prendre pour un héros pour nous ! »

« Ce n’est pas une question d’héroïsme … ou de vanité … Mais simplement… de régler ses comptes. Ce n’est pas quelque chose qu’il a pensé sur le moment mais depuis des années ! Perdre maintenant est impossible pour lui ! » répondit Pete alors qu’il avait un tic nerveux. Depuis douze ans … Depuis tellement d’années … Arnaud avait ruminé de telles pensées … Il avait voulut régler cette ultime affaire … qui lui était bien plus personnelle que tous pensaient.

« Alors ?! On faiblit ?! Tu as toujours été affreusement faible ! Et cela depuis le début ! Tu veux jouer les grands et les durs mais tu t’es toujours caché derrière Pete ! »

« C’est pour cela … que je suis en face de toi aujourd’hui. »

« Hein ? Comment ça ? Tu veux dire que tu fais tout ça pour montrer que tu as changé ? HAHAHA ! IMBECILE ! Tu ne mérites vraiment pas d’être le prince ! Tu penses d’abord à tes sentiments personnels avant ceux de ton peuple ! »

Raison de plus pour lui prendre sa place ! Ses coups devenaient plus forts et puissants alors que depuis le début, Arnaud n’avait fait que parer les coups. Pourtant, le jeune homme aux cheveux bleus faisait quelques pas en reculant bien qu’il tournait autour de Loïc en même temps. Il y avait une chose que ce dernier n’avait pas remarqué … Une unique chose.

Pfff ! Mais qu’est-ce qu’il attendait pour crever ?! C’était pourtant pas si dur ! Il voyait bien que le jeune homme était en train de peiner ! Et lui, de son côté, il donnait des coups toujours plus puissants ! Alors pourquoi ?! Pourquoi il n’y arrivait pas ?! AH !

« Je sens que cela commence à faire effet … J’ai gagné, Loïc. »

« Ne raconte pas n’importe quoi, Arnaud ! Je ne suis pas terminé ! »

« Tu es exténué … Tu n’as même pas remarqué que je ne faisais que t’épuiser depuis le début. » continua le jeune homme en commençant à se déplacer plus rapidement qu’auparavant. Il ne semblait même pas être blessé ?!

Qu’est-ce que … Qu’est-ce … QU’EST-CE QUE CA VOULAI DIRE ?! Depuis quand est-ce qu’il était aussi intelligent ?! Non … Non … Ce n’était pas possible ! Ce n’était pas possible ! Il hurla de toutes ses forces avant de courir avec frénésie vers Arnaud, celui-ci prenant une profonde respiration avant de murmurer :

« C’est terminé, Loïc. Adieu. »

Aucun mouvement de la part d’Arnaud, il n’avait rien à craindre ! Ce n’était que de vaines paroles pour tenter de l’effrayer mais il n’était pas du genre à s’inquiéter pour rien ! NON ! Hors de question même ! HORS DE QUES…

Son épée tomba au sol, le jeune homme aux cheveux bleus ayant fait un pas sur la gauche. Une vilaine entaille sur sa hanche droite était apparue alors que sa lame s’était tout simplement plantée dans le cœur de Loïc. Il n’avait rien fait … C’était le jeune homme aux cheveux verts qui s’était empalé lui-même sur sa lame … Bien que cela n’avait pas été intentionnel. Loïc commença à cracher du sang, hurlant :

« POURQUOI ?! POURQUOI EST-CE QUE TU ES DEVENU COMME CA ?! »

« Je ne sais pas … Ce que j’ai vécu durant mon enfance et adolescence m’ont profondément changé. Si tout ce qui s’était déroulé avait pris une tournure différente, il y a de fortes chances que cela soit moi qui se trouverais à ta place. Mais ce n’est pas le cas … Et tu es l’un des acteurs de ces changements produits sur ma personne. »

« Sale… Saleté… Arnaud… Tu… Tu… Ah… Je… Je t’emporterai dans la tombe… Il est hors que toi… TOI… Toi… Tu arrives à me battre… »

« Et que comptes-tu faire ? Tu n’es plus en état de te battre. »

« Tu vas voir … Tu vas voir … JE VAIS TOUS VOUS ENTERRER AVEC MOI ! »

Il avait poussé un hurlement strident alors que toute la pièce s’était mise à trembler, le plafond se fissurant avant de partir en morceaux, laissant voir un ciel orangé.

« Ah… Ah… Il est vrai que … Que je n’ai pas réussi à apprendre cette foutue technique mais j’en ai dominé une autre ! UNE AUTRE BIEN PLUS PUISSANTE ! »

« Le météore … PARTEZ-TOUS D’ICI ! » hurla soudainement Arnaud avant que du sang ne s’écoule de ses lèvres, Loïc ayant planté à moitié sa main dans son ventre.

« ARNAUD ! » s’écria la jeune femme aux cheveux roses alors qu’il reprenait :

« NON ! Partez d’ici ! Pete ! Emmène-là avec toi ! Fais-là s’évanouir mais partez d’ici ! Prévenez toutes les armées ! Il est devenu complètement fou ! »

« Héhé… Héhéhé… Comme ça … Tu ne pourras plus… t’enfuir… » marmonna Loïc une dernière fois avant que ses yeux ne se ferment, un sourire ensanglanté aux lèvres. Il avait toujours sa main plantée dans le ventre d’Arnaud, celui-ci gémissant de douleur.

Pourtant … Les soldats comme le quatuor s’étaient approchés de lui, retirant la main enfoncée de Loïc dans son ventre alors qu’il les regardait avec neutralité. Ils n’avaient pas compris quoi ?! Et ils ne voyaient pas le gigantesque météore qui s’approchait ?! Ce n’était pas une banale attaque ! C’était une attaque qui avait coûté toute la vie de Loïc ! Toute une vite pour en détruire des milliers d’autres !

« Laissez-moi … Je vais m’occuper de ça … Je dois bien avoir assez de force … pour créer un second météore … pour contrer celui-là… et les faire exploser en milliers de morceaux inoffensifs pour nous tous. »

« Et comment est-ce que tu comptes faire ça, Arnaud ? » demanda Elizabeth en tremblant légèrement rien qu’à l’annonce de la plausible réponse.

« Tout simplement en l’imitant … Voilà tout. »

« HORS DE QUESTION ! » hurla Lily alors qu’elle s’apprêtait à le soigner. D’un coup sec, il la frappa dans le dos de la nuque, la faisant s’évanouir. Dommage qu’elle ait retiré son casque … Cela lui avait coûté cher.

« Je suis le prince Arnaud, il est de mon de voir de protéger mon peuple et de me sacrifier pour lui. Maintenant, disparaissez … Rebelles de mon ro… Non… Fiers soldats de mon royaume… Veuillez emporter la princesse des Milobellus avec vous… ainsi que les deux futurs généraux Pete et Elizabeth. De même, embarquez avec vous la générale Phoebe. Ceci est un ordre royal… que vous devez accomplir maintenant. »

… … … Les soldats se regardèrent longuement, que cela soit pour les Milobellus et les Altarias. Pete et Elizabeth se jaugèrent du regard avant de hocher la tête. Ils se dirigèrent vers Phoebe, murmurant quelque chose alors que la chaleur commençait peu à peu à monter à cause de l’approche de ce gigantesque météore.

« Vous êtes deux imbéciles … Et lui l’est encore plus. »

« Merci de nous dire ceci, Phoebe. Bon … Allez … Partons le plus loin d’ici. » répondit Pete alors qu’Arnaud observait le ciel en fronçant les sourcils :

« Environ une dizaine de minutes … Vous devriez avoir le temps de vous enfuir. »

« … … … Adieu, Arnaud. J’espère que tu le regretteras toute ta vie ce que tu as fait … Et ne me demande même pas de te faire pardonner pour Lily. »

« Je n’en pensais pas le moins du monde, Pete … Merci beaucoup. »

Tsss … Peu à peu, la salle du trône se vidait alors qu’il fronçait les sourcils … Il n’y avait plus que des cadavres autour de lui … Et il allait en devenir un lui aussi… La meilleure chose à faire était de créer un météore … Mais qui devait partir en direction du ciel … et non l’inverse… Cela allait être encore plus dur que prévu.

« Je dois le protéger … Je dois protéger mon royaume … Je dois le faire… Hahaha … Depuis quand est-ce que je suis aussi courageux hein ? »
Il s’était mis à rire nerveusement alors qu’il sanglotait. Il ne voulait pas mourir … Il ne voulait pas mourir du tout. Pas du tout … Ce n’était pas ce qu’il voulait… Il ne voulait pas mourir… Il n’avait pas envie… Mais bon… C’était son devoir… Déjà, le ciel orangé commençait à se zébrer d’éclairs, un météore quand même deux fois moins impressionnant que celui qui fonçait vers le château faisant son apparition.

« Ce n’est pas assez … Ce n’est pas assez … Il faut encore plus … Il faut … »

Il devait user plus de force ! Le sol continuait de trembler, la salle du trône se fissurant de partout alors que le plafond s’écroulait autour de lui, des éclats de pierres venant sur lui, l’entaillant un peu partout malgré son armure… Ah… Ah…

« JE VEUX PROTEGER MON PEUPLE ! » hurla t-il dans un sanglot bien qu’il sentait qu’il n’avait plus assez de force … Hein ? Pour… Pourquoi voyait-il trois météores de même taille contre celui de Loïc ?

« Et tu n’es pas le seul, prince idiot. » répondit une voix derrière lui alors qu’il tournait son visage … pour apercevoir Pete ? Et Elizabeth ? Les deux personnes lui souriaient, s’approchant de lui alors que la température était devenue impressionnante, de grosses coulées de sueurs glissant de leurs visages.

« … … … Nous le sommes autant que toi. » répondit Elizabeth aussitôt alors qu’ils se positionnaient à côté de lui, toujours en train de sourire. Oui… Ils étaient venus pour l’aider donc ils ne valaient pas mieux en fin de compte. Héhéhé.

… … Il ne répondit pas, les deux personnes à côté de lui. Il observa Pete puis Elizabeth, faisant un petit sourire triste avant de murmurer :

« C’est déjà trop tard pour nous trois … Vous le savez, n’est-ce pas ? Même si nous sauvons tout le monde … Il n’est pas possible … »

« … … On a mis un peu de temps, c’est de notre faute, Arnaud. » annonça Elizabeth.

« Et puis bon … Si je ne peux pas sauver le prince, pourquoi est-ce que je devrai encore vivre ? Je suis à ton service depuis tellement d’années … Il serait absurde que tu meures alors que je sois encore vivant. »

… … … Il ne lui répondit pas, fermant les yeux alors que le sol se fissurait peu à peu. Puis soudainement, une explosion se fit voir, puis une seconde et une troisième. Le gigantesque météore s’éloigna en même temps que les trois petits météores avaient été détruits par la puissance … Ils avaient …

« Réussi… Elizabeth… Pete… Nous avons… »

Il s’écroula sur le sol, observant le ciel orangé qui redevenait peu à peu bleu. Quelques secondes plus tard, deux corps venaient s’écrouler à côté de lui, chacun ayant un sourire aux lèvres. Ils avaient réussi … mais le ciel se constellait… de morceaux de petite taille … qui fonçaient à toute allure vers le château tout en s’enflammant. Des morceaux de météore qui allaient détruire tout ce qui se trouvait à l’intérieur du château … dont eux.

Comme une pluie d’étoiles, les météores tombaient sur le château, des pans entiers de pierre s’écroulant alors qu’il émettait un petit sourire. C’était fini… Il ferma les yeux, cherchant à discuter une dernière fois avec Elizabeth et Pete.

« Pete … Nous avons réussi … Nous avons vraiment réussi … »

« Oui, Arnaud … Prince Arnaud … Nous allons pouvoir … Non … Ils vont pouvoir enfin… »

« Elizabeth ? Comment vas-tu ? Pas trop fatiguée ? »

Aucune réponse de la part de la jeune femme aux cheveux blonds. Il tourna son visage vers elle, voyant ses yeux complètement clos, sa bouche légèrement ouverte. Elle l’était déjà ? Il commença à sangloter, bougeant faiblement sa main pour tenter de prendre la sienne alors qu’il faisait de même avec celle de Pete.

« Pete ? Merci … d’avoir été à mon service… pendant toutes ces années … »

« De rien, prince … De rien… Par contre, je vais … Un peu me reposer … si vous me le permettez … J’ai un peu sommeil… »

« Fais donc, Pete. Fais donc … Moi aussi, je crois que … »

Il ne répondit plus, aucun son ne sortant de ce qui restait de la salle du trône. C’était fini … pour eux … Complètement fini …. Ils n’avaient plus qu’à attendre.

Moins d’une heure plus tard, plusieurs équipes de Milobellus et d’Altaria commençaient à fouiller les ruines, dirigées par Lily.

« EXTIRPEZ-MOI TOUT SES CORPS ! ET VITE ! »

Elle ne voulait pas … Elle ne voulait pas y penser … Chaque corps retiré … lui faisait pousser un petit cri d’effroi … puis d’apaisement … Ce n’était pas celui d’Arnaud … Ni celui de Pete ou Elizabeth … Ce n’était pas l’un des trois … Puis vint le moment où ils extirpèrent le corps du général, Lily s’écriant avec force :

« QUE TOUS RASENT CETTE ZONE ! Ils doivent être vers là ! »

Oui … Oui ! Ils se trouvaient dans les gravats de la salle du trône donc dans la zone où Arnaud et les autres devraient se retrouver ! Le corps de Loïc … puis ceux de plusieurs rebelles et soldats … Ah … Ah … Ah…

« Mais qu’est-ce que … »

Un groupe de soldats avait du mal à extirper un corps, demandant de l’aide à plusieurs autres soldats avant de remarquer qu’il n’y avait pas qu’une main … mais plusieurs ! Ah … C’était sûrement Arnaud ! C’était … Non, c’était Pete … Il y avait Pete … Mais ah ! Dessous ! Il y avait Elizabeth … Et sous Elizabeth ? Le corps d’Arnaud ! Chacun s’était mis sur l’autre pour tenter de protéger les deux autres personnes alors que Lily s’était mise à sangloter. Rapidement, plusieurs personnes s’affèrent autour des trois corps, l’une d’entre elles disant :

« Ils respirent encore ! Ils sont vivants ! Venez vite emmener les soins ! »

Ils étaient sauvés ! Ils allaient être sauvés ! Sans même se soucier qu’il était dans un état grave, elle vint embrasser le jeune homme aux cheveux bleus, sanglotant en lui murmurant à quel point elle l’aimait et qu’elle était heureuse. Ah … Ah … Elle allait presque s’évanouir de joie. Tout était enfin terminé ! COMPLETEMENT terminé !

Voilà … … … Le temps s’était écoulé … Une année était passée depuis la mort du général et de son fils. Depuis la fin de cette tyrannie qui avait fait tellement de dégâts en plus de six ans … Et le château avait été reconstruit … Oui … Complètement reconstruit en moins d’une année ! Sauf qu’il ne fallait pas se rendre là pour retrouver une foule des plus nombreuses. Non … Ce n’était pas ici …

Que cela soit le peuple des Milobellus ou alors le peuple des Altarias … Tous étaient réunis en pleine ville … Entourant une magnifique et gigantesque église. Oui, la foule était si importante … et si imposante, comme si l’évènement à l’intérieur dépassait toute entendement.

« Ca va être vraiment merveilleux ! Dès que l’on entend ces mots, applaudissez ! »

Ces mots ? Oui, ils étaient tous d’accord. Il n’y avait rien d’autre à attendre de toute façon ! Déjà que tout le monde s’était réunit, que cela soit les soldats ayant participé à la bataille, les civils … Oui, tous et toutes étaient là. Puis vint le moment où dans l’église, une voix résonna :

« Je vous déclare mari et femme par les liens sacrés du mariage ! »

Chapitre 28 : Un royaume affaibli

Chapitre 28 : Un royaume affaibli

« Pete … Tu penses que je n’ai aucune chance, sincèrement ? » demanda Elizabeth alors qu’ils étaient à la queue du groupe pour surveiller les arrières des soldats avec Phoebe.

« Si tu veux parler d’Arnaud … Je ne sais même plus à quoi il joue. Je n’ai pas l’impression qu’il aime réellement quelqu’un quand je le regarde. Il n’a pas l’air de vouloir s’attacher complètement à une personne. »

« … … … Il n’a pas peur de mourir et il s’attend à un coup d’éclat du général. Il m’a même demandé de surveiller Icare pour qu’il devienne le futur roi des Altarias au cas où. » répondit Phoebe avec lenteur tandis que Pete et Elizabeth tournaient son visage vers elle.

« Cette idée absurde de mourir lui pourrit son existence ! Bon … Au cas où … Que l’on se réunisse … Et qu’on se prépare … Vous vous doutez bien de ce que je vais vous demander … Ne laissez pas Arnaud s’attaquer au général … On va devoir le protéger, de notre vie si cela s’avère nécessaire. Est-ce que vous êtes d’accord avec moi les filles ? » demanda Pete en regardant les deux femmes à côté de lui.

« … … … D’accord. On ne peut pas le laisser penser ça. S’il ne peut pas comprendre qu’il ne doit pas mourir, alors on va le lui faire comprendre. »

« … … … Je n’aime pas aider une rivale, surtout pour ce genre de choses… Mais il le faut bien car ça reviendrait à me faire mal si Arnaud devait mourir. » répondit Elizabeth après les paroles de Phoebe.

« Bon et bien … Tout est décidé alors. Nous formons la protection d’Arnaud sans qu’il ne le sache. Et … Elizabeth … Je suis désolé pour tes sentiments. » dit Pete.

« Ca ne fait rien, la bataille n’est pas perdue à ce niveau. C’est bien loin de tout ça même. »

Elle était encore motivée et combattante pour le cœur d’Arnaud ! Elle n’allait pas perdre la bataille aussi rapidement ! Et puis, si elle le protégeait, elle pouvait espérer que les sentiments d’Arnaud se tournent vers elle-même si … Même si … D’après les deux mains liées du jeune homme et de Lily, cela allait être très difficile.

« Je continuerai de me battre … même si … C’est complètement risible ! »

« De quoi est-ce que tu parles, Elizabeth ? Ca ne va pas ? » demanda Pete.

« Hein ? Si … Bien entendu … Enfin, c’est bizarre quand même. On dirait que j’ai un peu moins peur de toi … Je ne tremble même pas … Ca doit être grâce au sauvetage d’avant. Tu peux te classer dans la catégorie des rares hommes qui ne me font plus peur, Pete. »

« Je pense que je devrais m’en féliciter, non ? » répondit le jeune homme aux cheveux violets en émettant un petit rire, Phoebe souriant en les regardant.

Ils restaient tout les trois en arrière, discutant de tout et de rien alors qu’ils continuaient de marcher à travers les couloirs du château. Ah … Ils s’étaient tous mis d’accord alors bon … Ils n’avaient plus qu’à se préparer au dernier combat contre le général.

« Arnaud ? Est-ce que je peux te demander quelque chose ? »

« Tu le peux, Lily. Je ne vois pas pourquoi je refuserai de te parler. » dit-il avec lenteur sans même remarquer que sa main était avec celle de Lily au contraire de cette dernière.

« Quand tu te retrouveras en face du général … Recule d’accord ? »

« Hein ? Et pourquoi cela ? Je ne vais pas me cacher alors que je veux le tuer ! »

« … … Fais-le s’il te plaît ? Pour moi … » répondit la jeune femme en la regardant longuement, Arnaud tremblant légèrement d’émotion.

« … … Non, Lily. » dit-il avec lenteur alors qu’elle baissait la tête, murmurant aussitôt :

« Je te le demande … Car je ne veux pas que tu meures … à cause de tout ça. »

Il ne lui répondit pas cette fois, la jeune femme aux cheveux roses venant serrer sa main avec plus de force, le faisant gémir de douleur. Il voulut la retirer mais elle lui lançait un regard qui exprimait tellement de sentiments. La colère, la tristesse, l’amour … Tout était dans les yeux de Lily et lui … Il fuyait ce qu’il ressentait.

« Je ne compte pas mourir aussi facilement si c’est cela qui t’inquiètes. »

« … … … D’accord … … … De toute façon, tu ne pourras pas mourir avant moi. »

« Hein ? Mais qu’est-ce que tu racontes encore maintenant ? » répondit-il en la regardant avec un peu d’étonnement dans les yeux.

« … … … Tu ne pourras pas mourir avant moi … car même si tu ne veux plus rien ressentir pour moi, moi, je n’hésiterai pas un instant à te protéger. »

« Je te protègerai aussi … comme je protègerai mes soldats et mes amis … Le général est celui qui a tué mes parents, c’est à moi de l’éliminer. »

« Tu peux dire tout ce que tu veux, faire semblant de ne pas comprendre ce que je veux dire, ça ne changera rien du tout … Rien de rien, Arnaud. »

« … … … Ne commet pas de bêtises, Lily. Je tiens à te le dire en toute franchise. »

« Venant de quelqu’un qui se fait à l’idée de mourir pour son peuple, il est de mon devoir de me préparer à cette éventualité … pour moi aussi. »

« … … … … … Arrête tes bêtises. Ton peuple n’a pas besoin de souffrir et le mien non plus ! Tu restes en arrière et tu te tais ! »

HAHAHAHA ! Elle éclata de rire, retirant sa main finalement avant de s’éloigner un peu de lui sur le côté. Elle lui fit un léger sourire qui avait une petite lueur machiavélique qu’il ne pouvait pas comprendre. Elle préparait un mauvais coup ou quoi ? Il devait rester sur ses gardes … même si il était légèrement en colère, il le reconnaissait.

« … … Nous nous rapprochons de la salle du trône. Faites attention, elle sera sûrement bien mieux gardée que celle avec Loïc. »

Il venait d’annoncer la couleur tandis que le jeune homme ne s’adressait plus à Lily. En fait, celle-ci était retournée vers Elizabeth, Pete et Phoebe. Elle ne semblait pas très heureuse …

« Pourquoi as-tu rigolé, Lily ? » demanda Phoebe en s’adressant à elle.

« Est-ce que tu aurais préféré que je pleure, Phoebe ? » rétorqua Lily aussitôt avant de reprendre d’une voix lente : « Je préfère rire de tout ça plutôt que d’en pleurer. Arnaud n’arrête pas de penser qu’il va mourir … et je voulais savoir … si Elizabeth voulait bien mettre ses différends de côté pour s’unir avec moi … pour que l’on le protège. »

« Hum ? Tu arrives un peu en retard ma grande, c’est déjà prévu entre Phoebe, moi et Pete. Nous avons décidé de le faire bien avant toi … » dit Elizabeth en souriant.

« Est-ce que je peux vous rejoindre ? Dans cette minuscule organisation ? »

« Il n’y a aucun doute. Pourquoi est-ce que je refuserai une aide précieuse ? »

La jeune femme aux cheveux blonds lui faisait un petit sourire de circonstance. La hache de guerre n’était pas enterrée … mais mise de côté pour l’heure. Maintenant, ils étaient quatre à vouloir protéger le jeune homme … Il n’y avait aucune chance qu’Arnaud ne puisse mourir à l’heure actuelle. Oui ! C’était ça l’idée !

Finalement, après quelques minutes de marche, le palais étant immense, ils arrivèrent devant la double porte royale. Là … où avait siégé ses deux parents. Il s’imaginait à nouveau ses derniers … Ca faisait déjà six ans qu’ils avaient été assassinés … Six années … Et Icare en avait six aussi … Pfiou … Il donna un coup d’aile sur la double porte, l’ouvrant rapidement.

« Voilà … Le général doit se trouver devant nous. »

« Une voix qui m’est familière … Une ancienne voix même … Bien qu’elle soit différente. »

Le ton semblait assez lointain et distant alors qu’il pénétrait en premier dans la salle du trône. Autour d’eux et devant le trône, d’autres soldats se trouvaient présents, prêts à défendre le général alors que tout de suite, les rebelles et les soldats des Milobellus se plaçaient devant lui. Mais qu’est-ce que …

« … … L’âge ne vous a pas fait de cadeaux, général. »

« Elric … Tu peux m’appeler comme ça, Arnaud. Quel âge est-ce que tu pensais que j’avais à la base ? » répondit l’homme derrière ses soldats, presque invisible à cause du nombre impressionnant de personnes devant lui.

« J’aurais plutôt dit la trentaine bien finie … mais visiblement, je crois que je me suis trompé à votre sujet, Elric. » répondit le jeune homme aux cheveux bleus.

« J’ai dépassé la soixantaine d’années il y a de cela deux ans. »

Soixante-deux ans ? Il écarquilla les yeux d’un air étonné. Ca faisait quand même plus de dix ans de différence avec ce qu’il avait prévu. Les gardes se poussèrent légèrement, laissant voir l’homme qui avait été la cause de tous les méfaits… Les cheveux gris … Il avait des cheveux gris ? Et ces rides si importantes ?

« Comment se fait-il que le temps vous ait affecté à ce point là ? »

« Les dragons peuvent décider de laisser le flot du temps qui s’écoule ou non … Si nous le désirons, nous pouvons vivre des centaines d’années … Si nous le désirons, nous pouvons vivre que soixante-dix à quatre-vingt ans … Comme le serait une vie normale… »

« Vous ? Vous avez décidé ça ? J’ai du mal à croire que vous voulez vivre une vie normale après tout ce que vous avez fait ! Vous vous foutez de ma gueule ou quoi ?! »

« Je suis las de tout ça, Arnaud. Je pensais que la guerre prendrait des proportions plus importantes, plus imposantes … Que tout cela se ferait dans la haine et le sang mais regarde au final ce que cela a donné ? L’armée des Milobellus et celle des rebelles Altaria se trouvent en face de moi, prêtes à me tuer et à achever le travail que j’ai voulut accomplir. »

« C’est une sacrée ironie non ? Les deux peuples que vous avez voulut se faire affronter … se trouvent là, unis ! » s’écria Arnaud en gardant la parole.

« Ce n’est pas ironique … C’est simplement que j’ai échoué dans ce que je voulais faire … Ce que je voulais accomplir. Ah … C’est dommage. »

« Assez parlé, je pense qu’il est grand temps d’en terminer ! Loïc est déjà mort, vous allez le rejoindre bien assez tôt ! »

« Mon fils … est mort ? Ah … Il l’a peut-être enfin rejointe. »

« Rejointe ? De qui est-ce que vous parlez ? » demanda le jeune homme, restant sur ses gardes tout en suspectant une ruse de la part du vieil homme.

« Tu n’as pas besoin de le savoir. Je crois apercevoir la princesse avec toi, n’est-ce pas ? Et aussi le chef des rebelles, Pete … Hahaha … Si vous mourrez ici, on peut considérer que la bataille et la guerre sera terminée … même si je dois mourir ensuite. »

« Vous serez le premier à trépasser ! » s’écria une voix alors qu’Elizabeth se présentait devant Arnaud, son épée à la main.

« Je ne crois pas que je vous laisserai toucher à la princesse des Milobellus, vieillard. » répondit Phoebe en se présentant à côté d’Elizabeth, un trident à la main.

« De toute façon, à la base, ma vie est liée à celle du prince Arnaud. Qu’importe si je dois la sacrifier pour protéger celle du véritable souverain des Altarias. » annonça Pete en se positionnant à côté d’Elizabeth.

« Et puis … Oh et puis zut … Je ne suis pas faite pour les longs discours donc on va dire que je veux protéger celui que j’aime. » termina Lily en rigolant légèrement avant de se placer.

« Je vois … Je vois … Les Milobellus et les Altarias sont réunis… Soit… Que cette guerre s’achève avec la mort de l’un des deux camps. Combattez-vous maintenant. »

Le vieil homme leva la main avant de l’abaisser, signe que le dernier affrontement allait commencer. Tout de suite, la bataille eut lieu, les soldats des deux groupes venant se battre les uns contre les autres.

Lui ? Il restait parfaitement assis, une lance se trouvant dans sa main droite alors que le prince Arnaud et la princesse Lily livraient bataille. Les soldats étaient bien mieux entraînés que ceux de Loïc mais ce n’était pas suffisant pour réussir à contrer les mercenaires de Pete et les soldats de Lily.

« Essayez de forcer le passage, moi, je vais m’occuper de lui ! »

« Hors de question, Arnaud ! Empêchez-le d’arriver à la hauteur du général ! Il ne doit pas l’atteindre ! » hurla Lily aussitôt alors qu’elle crachait un peu d’eau pour repousser Arnaud en arrière, celui-ci semblant être furieux.

« QU’EST-CE QUI TE PREND DE FAIRE CA ?! »

« Tu peux toujours me crier dessus, il est hors de question que je te laisse te blesser ! »

« … … … Vous me prenez vraiment la tête là ! »

Mais ils étaient tous d’accord avec elle ! Qu’est-ce qu’il pouvait faire d’autre au final ?! Rien du tout ! Et ça le faisait enrager ! Ils continuèrent la bataille, celle-ci étant de plus en plus violente alors que lui-même ne combattait pas. Le général était à portée de main ! Celui qui était responsable de la mort de ses parents, de ses amis, de tellement de monde !

« Héhéhé ! Dommage, Lily ! »

« Que … Que quoi ?! ATTENDS UN PEU ! » hurla la jeune femme aux cheveux roses avant de projeter de l’eau en sa direction alors qu’il avait réussi à se faufiler entre la scène de combat. Héhéhé ! Dommage pour eux !

« Général Elric ! C’est l’heure de votre destinée ! »

« … … Je vois … Tu voulais m’affronter en combat singulier … Comme tu le désires. Il ne faut pas nier l’honorabilité de ton action. »

Le vieil homme s’était levé, prenant sa lance dans ses mains alors que le jeune homme avait déployé ses ailes pour s’envoler vers lui. Son trident … Il allait le planter avec son trident ! Pete, Phoebe, Elizabeth et Lily repoussèrent avec violence les soldats sur eux avant d’essayer de se diriger vers Arnaud mais c’était déjà trop tard.

« ARRÊTEZ-LE ! Le général est beaucoup trop fort pour lui ! On ne combat pas un homme d’expérience sans se préparer auparavant ! » hurla Phoebe.

« ARNAUD ! NON ! » s’écria la jeune femme aux cheveux blonds.

… … … … … Du sang s’écoula au sol alors que les combats entre tous et toutes venaient de s’arrêter. … … … … … Le jeune homme aux cheveux bleus regarda le général d’un air estomaqué avant de bafouiller :

« Qu’est-ce que … Qu’est-ce que ça veut … dire ? »

Il n’arrivait même plus à formuler correctement sa phrase alors que des murmures se faisaient entendre autour de lui. Ses yeux étaient révulsés par l’étonnement, le bruit d’une arme tombant au sol se faisant entendre.

« Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? » murmura le général avec lenteur.

Le trident s’extirpa du corps du vieil homme aux cheveux gris, le jeune homme semblant faire par ce geste arrêter la bataille. Le corps ensanglanté au niveau du torse du général vint s’asseoir sur le trône, sa respirant étant courte.

« C’est quoi ça ?! Pourquoi vous vous êtes laissé faire ?! »

« La victoire n’est pas ce qui le plus important actuellement ? Vous avez gagné … Vous devriez être fiers d’avoir mis un terme à ma folie … »

« Folie ?! Je ne vous crois pas vraiment fou ! Vous me semblez avoir toute votre tête, général Elric ! C’est quoi ça ?! Pourquoi vous vous êtes laissé faire ?! Répondez ! »

Il avait jeté son trident au sol, s’apprêtant à soulever le vieil homme par les habits mais s’arrêta juste avant. Me… MERDE ! Ca ne changerait rien ! Il était mortellement blessé donc ce n’était plus qu’une question de minutes !

« Soldats … Le combat est fini. Rendez-vous tranquillement pour avoir la vie sauve. »

Le général s’exprimait avec difficultés alors que les soldats s’exécutaient, jetant leurs armes au sol. Les rebelles et les Milobellus vinrent les entourer, les faisant prisonniers tandis qu’Arnaud était rapidement rejoint par le quatuor.

« C’est quoi cette vaste blague ? Pendant des années, vous avez décidé de diriger notre royaume et là, tout d’un coup, vous vous êtes laissé … planté ? »

« Je suis las … Et au final, plus rien ne me retient. C’était la meilleure chose à faire. »

« Las ? Plus rien ne me retient ?! Qu’est-ce que vous racontez encore ?! » hurla le jeune homme aux cheveux bleus alors qu’il tentait de se calmer sans y arriver.

« Arrête, Arnaud ! Laisse-le parler ! La guerre est terminée ! »

« Non, elle n’est pas terminée ! Elle ne le sera pas tant qu’il ne se sera pas expliqué ! »

« Pete ? As-tu une idée de comment étaient tes deux parents ? »

« Hein ? Non … Je ne me suis jamais posé la question … Je ne les ais jamais réellement connus de toute façon. » répondit le chef des rebelles d’un air étonné.

« Des personnes très sympathiques et agréables … Ta mère était une femme assez remarquable. Diable qu’elle était intelligente et raffinée, un véritable modèle de noblesse … Et elle n’était pas hautaine pour autant ! Quand à ton père, autant dire qu’il valait mieux ne pas le provoquer …Sauf si on voulait jouer au fou contre lui. Enfin, lui aussi était un homme très sympathique …C’était juste qu’il fallait ne pas le provoquer … Il n’aimait pas les disputes inutiles et préférait résoudre les conflits en parlant. Dommage que des fois, cela dérivait. » dit le vieil homme en crachant du sang.

« Co… Comment est-ce que vous savez tout ça ? »

« Ah… Ma femme… Ma femme était vraiment magnifique… Elle était si belle… et tendre… Je l’ai vraiment aimé… Pourquoi est-ce qu’il a fallut qu’elle se promène sur la plage ce jour de pluie ? Pourquoi est-ce qu’il a fallut qu’une tempête se produise ce jour-là ? Pourquoi est-ce qu’il a fallut … qu’ils soient emportés … En une journée … J’ai perdu mon meilleur ami, sa femme … et la mienne … Pourquoi est-ce qu’il a fallut que ça se passe ainsi ? Pourquoi … est-ce que j’ai fait passer mon devoir de général avant eux ? Si seulement … J’avais été là … Ils ne seraient pas morts … »

Est-ce qu’il avait perdu la tête ? Les cinq personnes se regardèrent avec un peu d’étonnement, Pete tremblant légèrement alors que quelques larmes s’écoulaient le long des joues du général. Elles allèrent se mêler au sang qui glissait le long de ses lèvres alors qu’il reprenait d’une voix lente :

« Pourquoi est-ce que les Barpaux et les Milobellus n’ont rien fait pour les sauver ? Pourquoi est-ce qu’il a fallut que pour le prince … Il soit sauvé ? Et non pas ma femme ? Mon meilleur ami ? Son fils s’est retrouvé orphelin sans avoir connu ses parents … Et Loïc n’a jamais eut de mère en fin de compte … J’en ai voulut pendant presque vingt ans à ces Barpaux et ces Milobellus … Je leur en aie tellement voulut. »

« C’est une raison purement égoïste qui vous a poussé à assassiner mes parents ? A devenir le roi de ce royaume ? A déclarer la guerre aux Milobellus ? » demanda le jeune homme aux cheveux bleus en tremblant à son tour.

« L’égoïsme … C’est exactement cela … J’ai été tellement égoïste … et je ne regrette pas mes actions … Je ne regrette pas ce que j’ai tenté de faire … Ce que j’ai échoué à faire … Pourquoi est-ce qu’il faudrait que vous soyez heureux alors que je ne le suis pas ? C’est une pensée … égoïste … Mais on m’a retiré celle que j’aimais … Mais maintenant, tout est fini … Et Loïc est mort aussi. Je vais pouvoir les rejoindre, c’est ce que j’aurais dut faire depuis longtemps mais je ne pouvais pas. Loïc n’était qu’un bébé, je ne pouvais pas partir en le laissant seul. Au final … Je crois que j’ai gagné, prince Arnaud. »

« Pauvre vieux fou … Tout ça pour une femme … » murmura le jeune homme en baissant la tête d’un air légèrement gêné.

« Quand on aime une personne … On est prêt à commettre les pires folies … même si cela doit blesser autrui … Héhéhé … J’aurais aimé … J’aurais aimé au moins … la revoir une dernière fois mais c’est impossible … Elle est au fond de l’océan maintenant. Prince Arnaud ? Tu feras un très bon prince, j’en suis sûr … Tu pourras même éviter que les erreurs du passé se reproduisent … Est-ce que tu veux écouter les dernières paroles d’un vieil homme ? Fais tout pour … que les Altarias ne se noient plus … Personne ne doit voir les personnes aimées disparaître … dans l’océan … Personne. »

Puis avec lenteur, la tête du général se baissa en avant, observant le sol alors qu’il poussait un dernier soupir. Arnaud serrait les dents, un petit tic nerveux apparaissant sur son visage :

« Tout ça pour ça ?! C’est ça ?! On s’est battu pendant plus de six années parce qu’un vieillard complètement sénile a perdu la raison après la mort de sa femme ?! »

« Arnaud ! Je sais très bien que … Mais le général … Son histoire … est triste. » bafouilla Lily en retirant son casque, Phoebe semblant réfléchir.

« Peut-être que … Princesse Lily, est-ce que vous avez déjà montré à Arnaud le temple des Enfouis ? Celui où se trouve les nombreuses … »

« Le temple des Enfouis ? Tu veux parler de celui que Lily m’a montré un jour ? Il y a pas mal de personnes mises dans des sortes de cristaux … mais je ne vois pas ce que tu veux dire. Ce sont des morts n’est-ce pas ? Des morts de votre peuple … »

Lily hocha la tête d’un air négatif pour répondre à Arnaud avant de s’écrier ! AH ! Elle voyait parfaitement ce que Phoebe voulait dire !

« Il y a surement les parents de Pete mais aussi la femme du général ! »

« C’est exact, Lily. Est-ce que tu penses à la même chose que moi ? » répondit Phoebe alors que les deux hommes et Elizabeth semblaient assez perplexes.

« On peut emmener le général sous la mer et le mettre dans un cristal à côté de sa femme ! »

« Wowowow ! Je vous rappelle qu’il était notre ennemi juré il y a encore quelques … Oh et puis zut … Je pense aussi que c’est une bonne chose. » murmura Arnaud en baissant la tête.

Il n’avait même plus envie d’être haineux envers le vieil homme. Celui-ci n’avait fait que ce qu’il pensait être bon pour lui … Non, ce n’était pas la vérité. Il avait simplement perdu la tête depuis le jour où sa femme était morte … Et Pete n’avait plus rien dit depuis l’annonce de ses deux parents … Savoir qu’il était noble avait dut lui faire une sacrée surprise.

« Bon… Et maintenant, qu’est-ce que l’on fait ? Pour les soldats prisonniers … Je pensais à un jugement mais après que tout soit terminé … Enfin, qu’on est prévenu le peuple et toutes ces choses. » répondit le jeune homme aux cheveux bleus.

« ARNAUD ! Maintenant que j’y pense … » murmura Lily avant de s’approcher de lui, venant l’enlacer subitement et avec une forte étreinte. « Tu es encore vivant ! Contrairement à ce que tu avais dit ! Tu vois bien que tu n’avais pas à t’en faire ! »

« Oh que si … Il en a à s’en faire. SOLDATS ! RELEVEZ-VOUS ET TUEZ-LES TOUS ! » s’écria une voix derrière eux, une voix qu’ils reconnurent facilement. Les soldats Altarias reprirent leurs armes, tuant une bonne partie de l’armée rebelle et des Milobellus.

« … … … Co… … Comment est-ce que tu as fait pour survivre ?! »

Le jeune homme aux cheveux bleus se tournait vers les soldats, remarquant Loïc qui avait une blessure cicatrisée au torse … à l’endroit où l’épée s’était logée.

« La prochaine fois, vous vérifierez si je suis bien mort. C’est votre plus grande erreur. »

… … … Mais le général l’était vraiment … Il ne restait plus que Loïc. Pourtant, l’envie de se battre n’était plus vraiment très présente alors que les soldats encore vivants revenaient se placer devant les cinq personnes et le cadavre du général.

« Dommage mais maintenant, vous êtes blessés et bien moins nombreux qu’auparavant. Puisque le vieux est mort, je suis donc dorénavant le nouveau roi de ce royaume ! »
« Ton père est mort … Montre-lui un peu plus de respect, Loïc ! » s’écria Arnaud avec de nouveau un peu de colère.
« Du respect ? Pour lui ? Pour cet homme qui n’a jamais eut la réelle ambition de gouverner ce royaume ? Tsss … Il aurait mieux fait de rester à son statut de général ! Dans ce monde, il y a deux types de personnes : Ceux qui gouvernent et ceux qui obéissent. On ne peut pas passer d’un type à un autre ! Mon père n’a jamais été fait pour gouverner contrairement à moi ! » dit Loïc avec un grand éclat de rire.
« Attends un peu que je m’occupe de toi définitivement, Loïc ! » hurla Elizabeth avant d’être arrêtée par Pete, celui-ci la retenant d’une main. « Lâche-moi Pete ! Lâche-moi ! »
« Ca serait courir au suicide, Elizabeth … »
« Oui mais non ! Je ne laisserai pas faire, Pete ! Lâche-moi ! »
« Qui a dit qu’on allait le laisser faire ? » répondit-il sur un ton sec en la tirant légèrement en arrière alors que déjà, chacun et chacune reprenait leurs armes en main.
« Il est hors de question de le laisser vivre plus longtemps. Je … Je n’arrive pas à croire mais je ressens un peu de compassion pour le général, maintenant. » bafouilla Arnaud alors que Lily lui faisait un léger sourire, disant à son tour :
« Il faut comprendre que malgré ses agissements complètement déments, il n’avait plus du tout toute sa tête après la mort de sa femme. »
« C’est pour cela que mes parents l’ont gardé … Maintenant, je comprends pourquoi … Ils n’ont jamais pensé à le renvoyer … Car ils savaient à son sujet … Par contre, toi … Loïc, tu me sembles avoir toute ta raison … Et je ne pense pas que j’aurai du remord quand tu seras définitivement devenu un cadavre ! » répondit Arnaud en pointant le trident en avant.
Loïc rigola une nouvelle fois alors que les cinq personnes étaient encore derrière leurs soldats Milobellus et Altaria. Ah … Ah … Il n’y avait pas vraiment d’issues maintenant … La seule possible était celle que Loïc et ses soldats bloquaient. Hum… Il n’y avait qu’une possibilité pour tout ça. Combattre ou mourir donc ?
C’était loin d’être un choix cornélien et ils se préparaient déjà tous à la dernière attaque. Pourtant, elle n’arrivait pas tout de suite, Loïc reprenant la parole :
« Qu’est-ce que cela fait de savoir qu’en fin de compte, tout ce que vous avez fait est définitivement inutile ? »
« Inutile ? Je n’en suis pas si sûr, Loïc. De toute façon, tu n’as jamais été un modèle d’intelligence donc je ne me vois même pas t’expliquer ce qui se passe ici. » répondit Pete avec un sourire aux lèvres.
« Si tu parles des deux armées qui se ramènent, ne t’en fait pas, ce n’est pas un problème. La véritable armée est sur le point d’arriver. »
Hum ? La véritable armée ? De quoi est-ce qu’il parlait ? Arnaud le regarda en haussant un sourcil. Il n’avait pas l’air de plaisanter donc … De quoi est-ce qu’il parlait ?
« Tu ne pensais quand même pas que mon père avait toute l’armée à son service non ? Pfff ! Mais quel idiot ! Les rares personnes présentes autour de mon père étaient ses plus fidèles sujets et amis ! Tous les autres se sont emmagasinés ailleurs. »
« Mais qu’est-ce que tu racontes ? Au final, tu es comme ton père, un peu fou. »
« HAHAHAHA ! C’est ce que tu dis mais même si tu tentes de t’échapper, tu ne pourras pas t’enfuir ! Mon armée t’attend de bien ferme ! Tu es encerclé ! Et vos deux armées aussi ! »
« C’est ce que nous verrons. » répondit le jeune homme aux cheveux bleus.
Il ne savait pas comment l’expliquer mais là … Il venait de le lasser définitivement. Cette guerre était fatigante … Vraiment très fatigante … Et il en avait assez … Il voulait se reposer … Et fermer ses yeux le plus longtemps possible.
« Assez parlé, Loïc. » murmura t-il finalement.
« Hum ? Qu’est-ce que tu as dit ? » dit l’homme aux cheveux verts.
« Je t’ai dit de te taire. Si tu as quelque chose à faire, ferme-là et agis. »
Il avait sortit ses deux ailes d’Altaria, balayant le sol avec lenteur tout en se mettant à voler à quelques centimètres du sol. Ses deux yeux dorés posés sur Loïc, il murmura avec dédain :
« Tu ne seras jamais le prince, tu n’as jamais été autre chose qu’un déchet. Pourquoi tu ne veux pas rentrer cela dans ta tête ? Celui qui veut gouverner un peuple doit être aussi fort que ses soldats. Tu ne fais que donner des ordres tout en restant en retrait, ça a toujours été comme ça. La dernière fois, ce fut Pete qui t’as mis une raclée, je me rappelle même que Lily aurait put t’en mettre une aussi. Tu es pathétique comme Altaria et je pense même qu’en tant que prince, je ferais mieux de rendre la monnaie de ta pièce par rapport à ce que tu as fait à Pete il y a de cela douze ans. Loïc, par décret royal, tu es maintenant exilé de mon royaume. »
La surprise défigura le visage de Loïc, celui-ci poussant un hurlement de rage. Ce salaud…

Chapitre 27 : La vengeance d’une femme

Chapitre 27 : La vengeance d’une femme

« … … … Arnaud ? Je sais bien que la situation n’est pas très grave mais … »

« Tu n’as pas à t’en faire à ce sujet … Ce n’est rien de bien important. »

« Mais quand même … Est-ce que j’ai mes chances ou non ? » demanda la jeune femme aux cheveux blonds alors qu’il hochait la tête d’un air positif.

« Je ne te promets rien car je ne veux rien promettre… Je m’attends à mourir à chaque instant … pendant cette guerre … C’est pourquoi je ne veux pas que tu espères quelque chose. »

« … … Mourir ? Hors de question que tu meures ! Il faudra d’abord me tuer et Pete aussi ! Voir tout les rebelles ! Tu ne peux pas mourir car tu es le Prince ! »

« … … Je ne suis que peu convaincu par ces arguments, Elizabeth, je suis désolé. »

« … … Pense ce que tu veux, Arnaud. C’est ce que j’ai dit et c’est ce que je ferais. Je vais prévenir Pete de cette idée absurde que tu as en tête. » dit-elle avant de l’abandonner dans la pièce dans laquelle il se trouvait … Une chambre bien austère, différente de celle qu’il avait dans le palais royal de Lily.

Mais bon … Il ne s’en souciait pas plus que ça en fin de compte … Loin de là même … Ah … Il poussa un profond soupir légèrement désabusé alors qu’il fermait les yeux … Il voulait être seul et tranquille … Car il pensait à la mort et ce n’était jamais une bonne chose.

Les minutes s’écoulèrent jusqu’à ce qu’Elizabeth revienne avec Pete et il se redressa sur le matelas, regardant les deux personnes devant lui. Il fronça légèrement les sourcils devant le regard accusateur du jeune homme aux cheveux violets :

« Un problème, Pete ? Ca n’a pas l’air d’aller réellement d’après ce que je crois voir. »

« Disons que j’ai déjà vu pire … Alors, c’est quoi cette idée absurde ? Te préparer à mourir ? Si tu te sens si triste au point de vouloir te suicider, retourne avec Lily mais ne commets surtout pas de bêtises, d’accord ?!  C’est bien clair, prince Arnaud ?! »

« … … Je n’ai jamais parlé de me suicider hein ? Tout simplement que j’ai des chances de mourir au combat, surtout quand ils me verront réellement … Je serais la première cible … »

« Moui … Tu n’as pas totalement tord mais si c’est ainsi, tu restes en arrière, voir tu ne combats pas du tout et ça sera une affaire très vite réglée. » dit Pete.

« Hein ? HORS DE QUESTION ! Je combats avec vous ! C’est bien clair ?! »

« Ce n’était qu’une proposition mais que visiblement, tu n’es pas prêt à accepter. »

« … … Comme si j’allais l’accepter, il est hors de question que je vous laisse combattre alors que je serais en sécurité … Je ne veux pas voir mes amis mourir, ça en fait déjà trop. »

Les deux autres personnes ne répondirent pas alors qu’il s’était mis assis, la tête baissée en direction du sol. C’était une bonne pensée mais … Ce n’était pas une raison pour se sacrifier de son côté hein ? Ce n’était pas ce genre de choses qu’on devait faire !

« … … … Fais comme tu veux bon sang ! Ca m’énerve quand tu parles comme ça, prince Arnaud ! Je te l’ai déjà dit et répété ! RAHHHH ! Ca me gonfle sérieusement ! »

Le jeune homme aux cheveux violets passa une main dans ses cheveux, pestant contre Arnaud alors que celui-ci le regardait faire. Il était désolé … Mais c’était comme ça et pas autrement malheureusement … Il reprit la parole d’une voix calme :

« Bon … Tu peux dire tout ce que tu veux mais dorénavant, tu ne seras plus en première ligne pendant les combats … Tu seras plutôt vers le fond. »

« Hein ? Mais pourquoi ?! Je suis aussi fort qu’un autre ! Voir même plus fort ! »

« Ton aspect suicidaire, je préfère encore éviter de le revoir, question de principe. »

« MAIS JE NE SUIS PAS SUICIDAIRE ! Pourquoi est-ce que tu dis ça ?! »

« … Elizabeth, je te confie Arnaud. Tu y fais très attention ? »

« Aucun souci, je m’en occupe dès maintenant. » répondit la jeune femme alors que Pete quittait la chambre, Arnaud émettant un grognement.

« Ne t’avise pas de me bloquer … Je ne voudrais pas te faire de mal, Elizabeth. »

« Fais donc, Arnaud … Fais donc … » dit la jeune femme en craquant les os de ses deux mains, Arnaud se mettant à trembler légèrement sur le coup.

« Euh… Tu ne vas rien me faire du mal hein ? »

« Si tu t’avises de ne pas écouter Pete, je crois que j’en serai bien obligée … On se fait du souci pour toi et moi encore plus que les autres … Tu le sais très bien ? »

« … … Je le sais … Pfff … Sincèrement, ce que vous pouvez être chiants … »

Il disait cela alors qu’elle émettait un petit rire amusé, le jeune homme ne trouvant pas cela très drôle en fin de compte. Non, pas du tout même. Elle vint l’enlacer tendrement, le gardant contre elle tandis qu’il fronçait les sourcils.

« Ce n’est pas avec ce genre de choses que tu vas me faire plaisir. »

« On essaye quand même un petit peu, n’est-ce pas ? »

« … … … … Je préfère ne pas répondre. » dit-il en fermant les yeux.


Pouquoi est-ce qu’il avait ouvert sa bouche en fin de compte ? Pfff … Elle le regardait avec affection, l’embrassant sur la joue bien qu’elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi il avait dit de telles paroles … C’est vrai … Pourquoi de tels mots ? Aussi … tristes ?

« … … … … … »

« Quand est-ce mon grand frère revient, mademoiselle Lily ? » demanda le jeune garçon.

« Je ne sais pas du tout, Icare. Je ne sais pas du tout … Je ne faisais que passer de toute façon. » répondit-elle sur un ton assez nonchalant bien qu’elle ne voulait pas paraître trop brusque et distante envers le jeune garçon aux cheveux rouges.

« Vous allez repartir encore ? Mais … Mais … C’est moins drôle sans vous et grand frère… »

« Je suis désolée mais je te promets de te le ramener dès que possible, d’accord ? »

« Ah ! Votre papa et votre maman m’ont demandé de vous dire que vous devriez aller les voir avant que vous partiez ! Ils sont dans la salle du trône ! »

« Merci beaucoup, petit ange. Je vais y aller tout de suite. » répondit-elle en l’embrassant sur le front, Icare rougissant violemment.

Elle se dirigea vers la salle du trône, demandant aux soldats à voir ses parents. L’un d’eux pénétra à l’intérieur de la pièce, revenant après deux minutes pour lui dire que c’était bon.

Elle rentra dans la salle du trône, observant ses deux parents qui firent de même avec elle. Qu’est-ce qu’ils… lui voulaient ? Elle avait l’impression d’être jugée là … Et ça ne lui plaisait pas réellement. Ce fut sa mère qui prit la parole la première, murmurant :

« Lily ? Pouvons-nous te poser une question toute simple ? »

« Si c’est au sujet de … … … d’Arnaud … Je ne veux pas vous répondre, je tiens à vous le dire tout de suite avant que l’on commence à discuter de tout ça. »

« Non mais comment s’avance la guerre ? Nos généraux ne pouvant être que sur le terrain, les seules informations que nous obtenons sont celles des envoyés de guerre. »

« … … Hein ? Vous voulez savoir quoi à ce sujet ? Nous sommes en train d’entourer le château et nous allons bientôt gagner cette guerre. C’est vraiment qu’une question de jours ou de semaines. Sincèrement, il était temps … Plus de six ans … C’est vraiment très long. »

« … … … Soit … … … C’est donc une bonne nouvelle en fin de compte. Et maintenant, passons au sujet principal si tu le veux bien. Ta relation avec Arnaud. »

AH ! Elle en était sûre qu’ils allaient parler de ça ! Elle s’en était doutée dès le premier instant ! Elle les regarda en fronçant les sourcils, croisant les bras alors que son père se relevait de son trône aussitôt. Il n’appréciait guère ce regard :

« Evites de faire les gros yeux à tes parents, jeune fille. Nous sommes inquiets pour toi, voilà tout ! Alors, nous te conseillons de coopérer tranquillement ! »

« Je n’ai rien à vous dire à ce sujet ! Ce qui se passe entre Arnaud et moi ne concerne que moi et Arnaud ! Le reste, vous n’êtes pas concernés ! C’est bien clair ?! »

« LILY ! Je t’ordonne de rester ici ! LILY ! » s’écria le père avant de reprendre sur un ton légèrement irrité, semblant contraster avec son calme habituel : « Soldats ! Enfermez ma fille dans sa chambre ! Elle ne retourne pas sur le champ de bataille ! »

Elle s’arrêta de marcher, se tournant avec colère vers son père. Qu’est-ce… Qu’est-ce qu’il venait de dire là ? Sa mère s’était relevée, disant à son mari : « Mon amour … C’est un peu extrême … Lily se débrouille très bien … Et cela ne nous concerne pas … Elle a entièrement raison à ce sujet. »

« SI ! Ca nous concerne autant qu’elle ! C’est de notre enfant dont on parle ! »

« … … Ah … Laisse-là souffler un peu, bon sang … Lily, tu peux partir … Les gardes ne feront rien du tout. Quand à toi, chéri … Il va falloir te calmer. Tu ne voudrais pas effrayer le jeune Icare s’il te voyait ainsi, hein ? »

« … … Oui, tu as totalement raison … Hum … »

« Si vous voulez tout savoir … Arnaud et moi, nous ne sommes plus ensembles. » murmura la jeune femme aux cheveux roses, baissant la tête.

« Nous le savons très bien mais pourquoi ? Enfin non … Essaye de quand même parler avec lui ? De savoir si il y a une possibilité … »

« Non Maman … Il n’y a pas d’autres choix possibles. Je suis désolée. Je vais retourner à l’armée … Cela va prendre quelques heures … »

« Soit … Fais donc attention à toi, ma fille. » répondit le père alors qu’elle hochait la tête.


Les gardes étaient retournés à leurs places tandis qu’elle-même quittait la salle du trône. Ah… Elle était simplement venue pour prendre quelques affaires … La guerre ne reprenait pas chaque jour mais … bon … Elle n’aimait pas ça … C’était normal ! On n’arrêtait pas de la questionner au sujet d’Arnaud et elle ! C’était aussi évident et normal que ça ?

… … … … Elle l’aimait … Elle ne le cachait pas … Et contrairement aux dires du jeune homme, il serait le seul qu’elle aimerait tout au long de sa vie … Il n’y avait aucune possibilité d’imaginer autre chose …

« Je l’aime ! Je l’aime et puis c’est tout ! Qu’il se rentre ça dans le crâne ! »

Elle s’écriait toute seule dans l’eau, nageant pour retourner à la surface. Là-bas, des personnes l‘attendaient pour la transporter en direction de l’endroit où tous et toutes étaient réunies. L’une des personnes lui demanda avec lenteur :

« Nous pouvons partir maintenant, princesse Lily ? »

« Oui, oui … Nous pouvons y aller maintenant. Je vous suis. »


Elle disait cela alors qu’on commençait déjà à la guider hors de la plage. Elle était fatiguée de ces questions incessantes … au sujet d’elle … et Arnaud. Elle voulait être tranquille.

« Que tous et toutes se préparent au combat. Nous lancerons l’offensive dans environ une heure ! » s’écria l’un des généraux Milobellus tandis que Pete faisait de même avec les rebelles. Ils étaient réunis à environ un kilomètre du château, celui-ci ne semblant plus guère impressionnant maintenant qu’il était à leur portée.

« … … … … … … C’est enfin le moment. Enfin … Tant mieux … Il était temps. »

Le jeune homme était assis sur un tabouret, ses coudes posés sur ses genoux alors qu’Elizabeth était auprès de lui, dans son armure rouge et prête à se battre.

« Alors ? » demanda t-elle en le regardant avec un petit sourire tendre aux lèvres.

« Alors quoi, Elizabeth ? » dit-il avec interrogation en relevant son regard.

« Tu te sens comment, Arnaud ? Je comprendrais que tu sois un peu stressé … Je le suis … J’ai les mains moites … J’ai le cœur qui bat à cent à l’heure … »

« Tu n’as pas à t’en faire … Tu n’as pas à t’inquiéter, Elizabeth. On va régler cette histoire une bonne fois pour toutes. » annonça Arnaud en se relevant, voyant la jeune femme qui tremblait légèrement d’émotions. Il vint la serrer dans ses bras, reprenant : « On va tuer Loïc… Je n’ai aucun remord à le dire … Loïc … Ses amis … Son père … »

« On les tuera tous … Tous ceux qui n’ont pas hésité un instant à nous faire souffrir. »

« Oui … C’est exactement cela, Elizabeth. Bon … On se prépare ? Je vais aller voir les Barpau pour prendre des nouvelles de mon petit frère. »

Il disait cela bien qu’elle savait parfaitement où il allait. Quelques secondes après, il était déjà parti, marchant en direction des Barpau. Il vint se retrouver face à Lily, la regardant avec neutralité tout en hochant la tête pour la saluer.

« Bonjour Lily. Comment va mon petit frère ? » demanda t-il.

« Plutôt bien … Plutôt bien oui … Et toi ? Comment est-ce que vont les rebelles ? »

« Ah ? Euh … Ben… Disons que ça va quoi ? Je ne suis pas toujours derrière eux non plus. »

« Et Elizabeth ainsi que Pete ? Ils vont bien tout les deux ? »

Oui … Oui … Ils allaient bien … Ils se regardèrent pendant quelques secondes, chacun détournant le regard pour éviter de parler. S’ils ne se disputaient pas, ils disaient des futilités … S’ils disaient des futilités, ils n’osaient pas se regarder. Cette ambiance était vraiment gênante et ce fut elle qui coupa court à la discussion :

« Allez … Je dois me préparer … Bonne chance et … reste en vie hein ? »

Il murmura de même alors qu’il la regardait partir, baissant le regard. Voilà … Lui aussi retournait de son côté … Il allait être dans les airs … donc risquer sa vie … Bon ! Il devait réellement se préparer à rencontrer la mort maintenant …

« Faites attention à vous ! Attention à votre droite ! TOI ! FAIS GAFFE ! »

« Ecoutez Elizabeth et le prince ! Ils savent ce qu’il faut faire ! » hurla Pete après les paroles du jeune homme aux cheveux bleus, celui-ci donnant des consignes tout autour de lui.

« Faites attention à vous ! Je ne veux pas me répéter ! AH ! »

Il continuait de s’écrier tandis qu’il esquivait un jet de flammes de la part d’un Altaria ennemi. En réponse à cette attaque, ce fut Elizabeth qui envoya tout simplement son épée en direction de l’Altaria, celle-ci se plantant dans son cœur alors qu’elle se mettait à utiliser le vent. L’épée revint dans sa main, Arnaud la regardant avec un grand sourire. Il adorait vraiment quand elle faisait cela … Ca montrait à quel point elle était douée au combat.

« Bon … Ce n’est pas tout mais … TOUT LE MONDE ! Balancez vos plus puissantes attaques ! On va rentrer de force dans le château ! »

Dès que tout cela serait terminé, il allait de toute façon le rénover. Tous ouvrirent la bouche et tendirent les bras en même temps, de puissants rayons sortant d’eux en même temps. Ils se combinèrent pour n’en former qu’un seul, effaçant complètement des airs les quelques soldats qui avaient osé tenter de s’en prendre à eux.

Un trou se forma dans le château en son milieu, des acclamations venant du sol se faisant entendre alors que les Milobellus les félicitaient. Avec ce trou crée, les Altarias ennemis ne savaient pas comment réagir. Voilà qu’ils venaient de prendre l’ascendant !

« ARNAUD ! Il y a un problème ! Les soldats sont épuisés ! »

« Non… C’est tout à fait normal … Ils ont utilisé toutes leurs énergies … Qu’ils se reposent. De toute façon, rentrer dans le château n’a pas besoin d’eux. »

« Que tout ceux qui peuvent encore bouger et se battre nous suivent ! Nous allons commencer l’infiltration dans le château ! Ils vont comprendre qu’il est temps qu’ils débarrassent le plancher ! » cria Pete alors qu’une vingtaine de rebelles armurés les accompagnaient.

« LILY ! PHOEBE ! Vous vous occupez de rentrer de force par la porte, d’accord ?! On se rejoint dans la salle du trône ! »

« D’accord, Arnaud ! Fais attention à toi ! Je t’… » vint dire la jeune femme aux cheveux roses, s’arrêtant dans ses paroles alors que Phoebe lui donnait un petit coup de coude.

« La prochaine fois, tu ferais bien de terminer tes phrases, ma grande. »

« … … … Ce n’est plus comme ça. Continuons à nous battre. » répondit aussitôt Lily en faisant apparaître un puissant jet d’eau devant elle, frappant les Altarias qui tentaient de leur barrer le passage. Dommage pour eux … mais ils n’étaient pas assez puissants pour ça.

« Irrécupérables … Vous êtes tout les deux irrécupérables, voilà tout. » dit Phoebe avant de l’accompagner et de rester auprès d’elle pour une simple mesure de sécurité. Elle ne voulait pas que la princesse soit blessée par inadvertance non plus !

Héhéhé ! Aucun soldat n’osait leur tenir facilement tête … En fait, ils faisaient presque un carnage devant eux mais ce n’était pas le souci … Ils couraient dans les couloirs, allant à gauche et à droite tandis que les trois … chefs de la rebellions savaient où se rendre.

« Je ne pense pas que le bâtiment a trop changé à l’intérieur. Ca ne devrait pas être trop difficile, n’est-ce pas, prince Arnaud ? »

« Je suis tout à fait d’accord avec toi … Bon, continuons … »

« Arnaud ! Fais attention … Restes près de nous … Tu es une cible de choix ! »

Elizabeth s’était exclamée alors qu’elle venait de faire apparaître un souffle de feu à partir de sa bouche, crachant sur un soldat Altaria qui tentait d’envoyer des lames de vent. Il en était hors de question qu’elle le laisse se faire blesser !

Ils arrivèrent dans une immense salle mais malheureusement ce n’était pas celle du trône. Au beau milieu de celle-ci pourtant siégeait un jeune homme aux cheveux verts, les jambes croisées alors qu’il portait une armure grise recouvrant tout son corps. Sa tête soutenue par son coude, il fit un petit sourire en posant son regard émeraude sur ceux en face de lui :

« Arnaud … Elizabeth … et Pete, n’est-ce pas ? Les années sont passées. »

« … … … LOÏC ! » s’écria la jeune femme aux cheveux blonds avant de commencer à s’envoler vers lui pour tenter de l’attaquer.

«  ELIZABETH ! NON ! RECULE ! » hurla Arnaud en la tirant en arrière, des carreaux d’arbalète arrivant juste devant eux, passant comme des flèches.

« Désolé mais je n’allais pas vous accueillir tout seul … J’avais quand même prévu que vous arriviez près de nous … C’est pourquoi j’ai ramené quelques personnes pour vous accueillir. »

Quelques personnes ?! Ils étaient bien une trentaine et tous lourdement armurés ! C’était quoi ce délire ?! RAHHHH ! Saleté ! Pete fit un petit soupir tout en murmurant :

« Dommage Loïc … Ton physique peut changer mais ton caractère de merde reste le même. »

« Je n’ai pas vraiment à recevoir de leçons de la part d’un pauvre paysan comme toi. »

« Blablabla … Toujours à l’ouvrir, n’est-ce pas ? Enfin, qu’importe, ils peuvent être une cinquantaine que ça ne changera rien. »

Loïc resta parfaitement immobile sur son siège, un sourire aux lèvres tandis qu’il levait sa main en l’air pour l’abaisser ensuite. Plusieurs carreaux volèrent en direction d’Arnaud et des rebelles, les carreaux s’enflammant très rapidement.

« Dommage mais ce n’est pas comme ça que tu vas réussir à nous embêter, Loïc. »

« Je laisse la sale besogne se faire … Je ne suis pas là pour combattre. Occupez-vous d’eux et tuez-les tous. » répondit le jeune homme aux cheveux verts.

Les soldats lâchèrent leurs armes pour sortir leurs épées, courant vers Arnaud, Pete et Elizabeth ainsi que les rebelles. La bataille commença rapidement et violemment mais pourtant, malgré leurs armures, l’ascendant se faisait rapidement voir du côté des rebelles.

« Vous ne devriez avoir aucune difficulté contre eux ! »

« Ce sont tous des faibles ! Ils ne méritent même pas d’être soldats ! »

« C’est ça lorsque l’on s’engraisse et que l’on croit être capable de se battre … Dommage pour vous mais votre orgueil et votre choix vous emmèneront à la mort ! »

Chaque personne allait de son petit commentaire alors qu’Elizabeth se frayait un chemin à travers les soldats qui se réduisaient au fur et à mesure. Elle s’écria, arrivant à passer derrière eux tout en volant en direction de Loïc.

« JE VAIS TE TUER LOÏC ! »

« Tiens donc … Bien entendu … Sale petite femme, apprends ta place ! »

Le jeune homme aux cheveux verts s’était relevé, passant sa main derrière son siège avant d’en sortir une flamberge qu’il vint tenir à deux mains. Il attendit qu’Elizabeth arrive à sa hauteur pour parer le coup, un grand sourire aux lèvres :

« Toujours en colère pour la mort de ta sœur ? Dommage que les soldats n’aient pas eut le temps de passer sur elle … Par contre, tu es devenu comme elle. Ca sera un plaisir de te faire devenir une esclave de notre royaume ! »

« Notre royaume ?! MÊME PAS EN RÊVE ! Ce royaume appartient au peuple Altaria et au prince Arnaud ! Je vais te tuer et ton père aussi ! »

« Bien entendu mon père … Bien entendu … Dommage … Mais ce n’est pas prévu que vous me battiez … Héhéhé … »

« ON VERRA CELA ! DISPARAIS DE LA SURFACE ! » dit-elle avec énervement alors que son épée revint frapper contre la flamberge, le jeune homme n’ayant aucun souci à parer malgré l’arme plutôt grande.

« Il faudrait la calmer … Pete, tu peux t’en occuper ? »

« Et toi, prince Arnaud ? Qu’est-ce que tu comptes faire ? »

« Ca ne se voit pas ? Je vais aider nos soldats à éliminer les autres ! VAS-Y ! Je te crée une issue ! » hurla le jeune homme aux cheveux bleus en faisant tournoyer son trident avant de la planter dans un soldat ennemi. Il le souleva, l’envoyant sur d’autres soldats alors que Pete venait s’infiltrer pour aller rejoindre Elizabeth.

« Bon … Les gars … Vous avez compris ? On va les tuer et on s’occupe du fiston du général ! Ensuite, on s’en prend à celui qui a crée tellement de misères depuis six ans ! » hurla Arnaud en extirpant son trident, des cris fusant tout autour de lui, comme un seul ralliement.

« … … … Ils sont vraiment inutiles. Il n’y a rien d’autre à dire. »

« Un peu comme toi depuis le début de ton existence, Loïc ! Tu ne sers à rien ! Tu n’aurais jamais dût naître ! Ca me fait penser … Je n’ai jamais vu ta mère au passage. »

« Ma mère ? Qui a besoin d’une femme dans la famille ? Mon père l’a jetée comme une malpropre quelques mois après ma naissance ! Il n’avait besoin que d’un descendant, pas d’une traînée et une catin ! »

« … Quelle belle vision de la femme que tu as, Loïc ! » s’écria Elizabeth tout en tentant à chaque fois de donner un coup toujours plus fort et puissant.

Malheureusement, cela ne semblait pas être suffisant puisque le jeune homme aux cheveux verts continuait à parer les coups les uns après les autres… puis à la repousser peu à peu ?! Hey… Hey… Depuis quand est-ce qu’il savait se battre ?!

« Tu penses que j’ai passé six années à vous attendre ? En espérant que vous veniez me tuer ?! Et puis quoi encore ?! Bande de trouffions ! Je suis le prince Loïc ! Je mérite tout autant ce statut que ce foutu prince ! »

« … … NE PARLE PAS D’ARNAUD COMME CA ! »

Elle voulait lui exprimer toute sa colère mais ça ne servait à rien. Il arrivait toujours à parer ses coups ! Puis soudainement, son épée vola dans les airs, atterrissant au loin derrière elle alors qu’elle se retrouvait sans arme et sans défense.

« Tu vois ? Tu n’es qu’une faible femme… Et qu’importe la rage que tu as, ça ne changera rien à ce qui devait se passer. Va rejoindre ta sœur en enfer ! »

Alors qu’il allait porter le coup de grâce, la double porte sortit de ses gongs, un puissant torrent d’eau faisant son apparition, rapidement accompagné d’une foule de soldats Milobellus gérée par un général ainsi que Lily et Phoebe.

Profitant de la confusion crée, Elizabeth voulut rechercher son épée mais le jeune homme la remarqua aussitôt, battant des ailes vers elle pour la faire s’éloigner le plus rapidement possible. Oui … Elle n’allait pas avoir son épée ! Et elle allait mourir ! Sa flamberge dans ses deux mains, il était à portée d’Elizabeth, s’écriant :

« Dommage pour toi mais ce n’est pas ça qui va te sauver ! »

Elle s’était déjà apprêtée à mourir, plaçant sa main pour une défense complètement risible devant son corps. Mais elle n’avait pas peur … Elle n’avait pas peur d’aller rejoindre sa sœur … Elle n’avait pas à s’en faire … Si elle devait mourir … Alors, c’était le destin qui avait voulut ça … Elle ferma les yeux, entendant un bruit de métal qui tombe alors qu’elle décidait de les rouvrir, remarquant une lame plantée dans le torse de Loïc :

« Que … Que … Merde … Co… Comment… Pete … Enfoiré … »

« Je t’avais pourtant prévenu … que si tu me cherchais pendant ces dernières années, tu allais me trouver … Et malheureusement, c’est le cas aujourd’hui. »

L’objet qui était tombé était la flamberge de Loïc, celui-ci s’écroulant au sol en crachant du sang alors qu’elle tournait son regard vers Pete. Le jeune homme aux cheveux violets était essoufflé, sa main tendue en avant. Il avait récupéré l’épée d’Elizabeth pour la projeter en direction de Loïc et le tuer.

« Une bonne affaire qui est réglée ! »

« Si vous ne voulez pas mourir, vous avez intérêt à vous rendre ! Le fils de ce foutu général est mort et il va bientôt le rejoindre ! Ne faites pas les imbéciles ! »

Le jeune homme aux cheveux bleus avait pris la voix sur un ton puissant et autoritaire, plantant son trident dans le sol alors que les soldats se regardaient. Ils déposèrent les armes au sol, Lily s’approchant d’Arnaud, Pete et Elizabeth.

« … … Vous n’aviez visiblement pas besoin de nous. On s’est un peu perdus. »

« Ce n’est pas de votre faute et si … Sans vous, Elizabeth serait morte. » répondit Arnaud.

« Merci… Lily … Et merci aussi Pete. Sans vous deux, je serais surement… »

« On n’a pas le temps de pavoiser si vous voulez tout savoir ! » répondit Pete alors qu’il reprenait l’épée du corps de Loïc, la tendant à Elizabeth. Il dit : « Tiens … Ton épée… Ca sera elle qui aura portée le coup de grâce à Loïc. »

« Je ne me sens pas encore complètement soulagée … Je veux voir le général mourir … Et enfin, je serais calmée et apaisée … »

Elle disait cela tout en passant sa main sur le sang comme pour le retirer bien que c’était inutile. Le jeune homme aux cheveux bleus observa Lily du coin de l’œil, reprenant d’une voix calme et lente :

« Comme je connais parfaitement ce château, je vais aussi guider les troupes des Milobellus. »

« Comme tu le désires … Général, ça vous pose un problème ? » demanda Lily.

« Aucun souci personnellement. Mieux vaut être dirigé par quelqu’un qui sait où l’on va. »

« Alors tout est réglé… Arnaud … Pour la dernière bataille, tu prends le commandement. »

« … … C’est un grand d’honneur que d’avoir à dirigé les Milobellus et les Altarias pour cet ultime combat. Mettons un terme à la folie de cet homme ! »

Il aurait bien voulut lever son trident en l’air pour faire pousser des cris d’acclamations mais ce n’était pas son genre. Instinctivement, sa main vint chercher celle de Lily alors que les deux personnes quittaient cette salle pour se rendre dans celle où normalement le général se trouvait … Oh bien entendu, ils étaient accompagnés … Lourdement accompagnés … Le dernier affrontement allait avoir lieu … cette histoire se clore.

Chapitre 26 : Sur fond de guerre

Chapitre 26 : Sur fond de guerre

« Prince Arnaud ?! C’est vraiment le prince Arnaud ?! »

Pour une surprise, les rebelles l’étaient vraiment. Aucun ne s’était attendu à voir le prince en face de soit, surtout que le jeune garçon était devenu un jeune homme maintenant.

« C’est exact. Je dois vous remercier pour tout ce que vous faites pour notre royaume. Mais je tiens à vous signaler que je ne suis plus le prince dorénavant. Vous pouvez m’appeler tout simplement Arnaud. » murmura t-il d’une voix calme et lente alors qu’il observait les personnes présentes. Des jeunes hommes, d’autres plus vieux, il y avait quelques personnes plutôt âgées mais qui semblaient avoir une grande expérience. Bien entendu, il y avait aussi des femmes et des enfants.

« Nous ne pouvons pas vous retirer ce titre. Vous le méritez autant que vos deux parents… Et puis … Si nous sommes là, c’est que nous pensons que vous êtes le prince… Sinon, pourquoi combattrions-nous ? De même, vous avez bien grandi. Quel âge maintenant ? »

« Une vingtaine d’années approximativement » dit-il en baissant un peu la tête, gêné par toute cette attention qu’il avait sur lui. Depuis toutes ces années, il n’aimait guère sur le devant de la scène, il avait bien changé sur ce côté.

« Nous allons donc vous préparer une tente pour que vous puissiez dormir. Êtes-vous… »

« Je ne suis plus le prince ! Je ne fais pas exception au reste d’entre vous ! »

« Ne vous en faites pas, il n’aime guère qu’on l’appelle ainsi. » annonça Pete alors que le jeune homme aux cheveux bleus s’éloignait, les joues rougies par tout ceci. Pete posa son regard sur Elizabeth, faisant un petit geste de la tête pour lui demander d’accompagner Arnaud. Elle hocha la tête d’un air positif, s’approchant d’Arnaud qui avait mis un peu de distance avec les autres :

« Arnaud ? Ca ne sert à rien de se voiler la face hein ? Dès que l’on aura tué le général et ses larbins, tu redeviendras le prince. »

« Je le sais très bien … Mais pour l’instant, je ne suis qu’un homme comme les autres. Et je n’ai jamais mérité mon titre de prince de toute façon. »

« … Ne dit pas ça car tu sais très bien que ce n’est pas vrai… AH ! » s’écria t-elle soudainement en rougissant, le jeune homme lui demandant :

« Que se passe t-il ? Il y a un souci ? Tu rougis pour rien ? »

« N… Non… Je … Je crois que j’ai quelque chose à demander aux autres femmes. Attends-moi d’ici deux ou trois heures ! »

Elle venait de penser à quelque chose qui allait surement le ravir. Oui ! Auparavant, ça ne lui était pas venu en tête mais maintenant … La jeune femme était partie comme transportée par quelque chose qu’il ne voyait pas ce que cela pouvait être. Il la regarda avant de hausser les épaules, cherchant à mettre encore le plus de distance entre les rebelles et lui.

Il voulait être seul… et il s’était trouvé une grosse pierre contre laquelle il s’était assis, croisant les bras tout en fermant les yeux. Plusieurs personnes passèrent pendant les deux heures qu’Elizabeth lui avait demandées.

« Oui, ne vous en faites pas, je vais très bien. »

« Ne vous inquiétez pas, je réfléchis à la situation. »

« Non, mais merci quand même, je n’ai pas très faim. »

C’était quelques unes des nombreuses réponses qu’il avait formulées, voulant éviter à tout prix de communiquer avec les autres. Il était en train de réfléchir mais nullement à la situation… Il pensait plutôt à Lily … Pfff … Qu’est-ce qu’il avait fait comme choix ? Il ne devait pas regretter… tout ça… Il ne le devait pas … Il en était hors de question.

… … … Les heures s’étaient écoulées et il s’était finalement endormi contre ce rocher austère … C’était bizarre mais il y était arrivé. Il n’avait plus envie de penser à quoi que ce soit … Il voulait seulement dormir et rien que cela … Rien du tout d’autre … Il gardait ses yeux fermés, voulant penser à Lily dans ce monde des rêves.

« Arnaud ? Arnaud ? Arnaud ? Réveille-toi, Arnaud. » murmura une voix dans ses rêves alors qu’il sentait une main le secouer légèrement. Hein ? Il ne voulait pas être réveillé…


Lorsqu’il ouvrit les yeux, la première chose qu’il vit, ce fut une fleur… Une fleur dorée … Où est-ce qu’il avait déjà vu … ça ? Il levait les yeux en l’air, ouvrant en grand la bouche alors qu’il apercevait la jeune femme aux cheveux blonds qui rougissait.
Elle … Elle … Elle portait la robe de sa mère … De sa défunte mère … Ah … Elle avait gardé la robe de la reine ! Mais elle était plus petite normalement, non ? Enfin, elle était pour une adolescente, non pour une …

« J’ai demandé à ce que l’on fasse quelques retouches. Il y a des Altarias très douées de l’ancienne noblesse … qui ont fait ça … Comment est-ce que tu me trouves ? »

« … … … Je … Comment dire … Je … Et bien … Je … »

« Tu peux être sincère Peut-être qu’elle ne me va plus. Je n’ai plus porté une telle chose … depuis des années mais quand je t’ai vu, je ne pouvais pas te laisser comme ça. »

Il lui fit un petit sourire en réponse à ses paroles. C’était bien Elizabeth … malgré son regard … Malgré ses changements physiques … Malgré les années qui passent … Ah … Il tendit sa main vers elle, la jeune femme l’aidant à se relever alors qu’il reprenait :

« Il n’y a pas de musique malheureusement … Est-ce que cela te dérange ? »

« Pas le moins du monde. On peut toujours se l’imaginer dans la tête, n’est-ce pas ? »

Oui. Il hocha la tête, fermant les yeux alors que la jeune femme et lui-même s’étaient mis à danser peu à peu avec lenteur. Un, deux, trois, un, deux, trois … Et voilà, c’était comme cela.

« Tu as continué à danser, Elizabeth ? Pendant que je n’étais pas là ? »

« Pas le moins du monde, pourquoi cela ? » demanda t-elle tout en rougissant.

« Je sais pas … Ca m’a l’air de venir naturellement avec toi. Tu n’as pas oublié le moins du monde les pas … Et moi-même, je n’ai dansé que très rarement … Lors des anniversaires … de … Non rien du tout. »

Elle ne lui répond pas, fermant les yeux alors qu’elle se laissait bercer par le jeune homme aux cheveux bleus. Ah … Ca lui avait manqué … Beaucoup manqué … Ils n’entendirent pas les murmures de quelques soldats et soldates, tous observant en cachette les deux jeunes gens.

« Hey… Je ne savais pas que la vice-cheffe Elizabeth était aussi jolie … »

« Normal, elle n’a jamais réellement retiré son armure … Et même si elle a peur des hommes … Enfin, tu sais, c’est ce qu’on dit … »

« Mouais, si elle a peur des hommes là, je crois qu’elle se fout de nos gueules. »

Arnaud et Elizabeth s’arrêtèrent de danser sans la musique, la jeune femme aux yeux dorés posant son regard sur les personnes qui la gênaient. Un regard vraiment très … menaçant. Tout de suite, ils partirent en courant, Arnaud rigolant légèrement.

« Hahaha ! Vice-cheffe Elizabeth ? Et bien, si je m’attendais à ça … »

« Les mercenaires sont comme tout le monde … Ils aiment les potins. »

« Mouais … Je vois ça, je vois ça … Hum … Et qu’est-ce qu’ils peuvent bien penser ? »

« Que nous sommes ensemble alors que ce n’est pas du tout vrai, n’est-ce pas ? »
… … … Ce n’était même pas une affirmation ou une question, c’était loin de ça même. Mais bon … Il baissa la tête, rougissant légèrement avant de dire :

« Rien n’est confirmé, loin de là même. Je préfère que l’on soit patient si ça ne te dérange pas trop, Elizabeth … Je pense encore à elle comme je pense à toi. »

« Je serais patiente, d’accord ? Mais avant, j’ai envie de faire quelque chose qui me perturbe depuis déjà plusieurs années … Et que j’aurais dût faire depuis tout ce temps. »

« Et qu’est-ce que … »

Il s’arrêta de parler alors qu’elle venait l’embrasser longuement, ses lèvres posées sur les siennes. Elle fermait les yeux, tremblant de tout son corps avant de retirer ses lèvres

« Hihihi… J’ai affreusement … J’ai affreusement peur d’être déçue … Je tremble car je n’ai jamais été aussi … Aussi proche de quelqu’un que toi … Et tu es un homme … Comme ceux qui ont essayé … Ah ! Je ferais mieux de m’en aller ! » s’écria t-elle en sanglotant tout en souriant, le jeune homme ne sachant pas quoi dire pour l’arrêter.

… … Trois jours étaient passés et ils se trouvaient sur le terrain de combat. Dos à dos, la jeune femme et le jeune homme en armure semblaient se connaître parfaitement, ayant pleinement confiance en l’autre tandis que les corps s’amassaient autour d’eux.

« Ils sont impossible à arrêter ! Ils sont même plus forts que le chef ! »

« Hého ! Ne dit pas ça quand même ! Ils sont forts, oui mais quand même … »

« Je dis que la vérité mon gars ! Regarde-les ! »

C’est vrai qu’ils étaient tout simplement divins. L’un tenait son trident, l’autre son épée… Et ils se protégeaient mutuellement. Plusieurs heures s’écoulèrent alors que le château était maintenant à la vue de tous et de toutes. Le jeune homme aux cheveux bleus retira son casque, prenant une profonde respiration avant de dire :

« Ca fait si longtemps que je ne l’avais plus vu … »

« Il n’a pas beaucoup changé… Sauf peut-être qu’il semble beaucoup plus armé. »

« Je confirme tes dires, Elizabeth … Ah … Tu as un peu de sang sur le visage… Comment est-ce que tu as fait… AH ! Mais tu es vraiment blessée ?! »

« Hein ? Oh … Mais je ne ressens rien du tout. » dit-elle sans sembler se soucier du sang qui coulait sur son front. Pourtant, lui, semblait s’en inquiéter énormément !

Il lui prit la main, criant à tous et à toutes de trouver un médecin pour la jeune femme. Pfiou ! Il n’avait pas besoin d’en faire autant non plus hein ? Il ne remarqua pas le regard de certains Milobellus qui observaient le jeune homme avec Elizabeth. Oui, ils avaient tous participé à la bataille mais … Bon …

« Voilà … Ce n’était pas bien grave, juste une légère ouverture, on le voit à son front. »

« … … Ah … D’accord, je suis vraiment soulagé. »

« Je t’avais pourtant dit que c’était pas grave. Tu t’inquiètes vraiment pour un rien. » murmura la jeune femme aux cheveux blonds en rigolant, un petit bandage sur le front.

« Oui mais bon, on ne savait pas … Enfin, je n’étais pas sûr et je préfère prendre mes précautions. » annonça t-il alors qu’elle l’embrassait sur les joues.

« Je préfère quand tu t’inquiètes pour moi, ça me donne l’impression d’être … spéciale. »

« Tu l’es … Comme beaucoup de personnes à mon cœur. Ah … Je me demande comment va Icare. J’espère qu’il écoute bien à l’école ! »

« Je ne sais pas du tout, Arnaud… Tu veux peut-être retourner chez les Milobellus ? »

Elle demandait cela avec un peu de tristesse mais tout en lui souriant. Elle n’allait pas le forcer à rester ici … loin de là. Il avait son unique famille là-bas… et elle savait que c’était plus qu’important … Une famille … Avec Arnaud. Elle y avait souvent pensé … mais justement, les pensées d’Arnaud étaient occupées par une autre personne …

« … … … Non, c’est bon. Icare est entre de bonnes mains. J’irais lui rendre visite après la fin de la guerre, on n’est pas si loin de ça non ? »

« Les Altarias désertent peu à peu le palais royal … Il ne reste plus que les plus fanatiques du général, enfin, sa garde proche … On va dire que ce n’est même plus une question de mois mais de semaines … C’est donc une bonne chose. »

« On va la venger, Elizabeth. On va la venger … On va tous les venger. »

Il tendit ses deux mains vers Elizabeth, la jeune femme s’enfonçant dans ses bras bien qu’ils étaient encore ensanglantés par le liquide des morts ennemies. … … … Elle ne pouvait pas avoir son cœur n’est-ce pas ? C’était impossible à l’heure actuelle.

« Je ne me suis toujours pas excusée … pour ce baiser … J’en avais trop envie … »

« Trop envie … D’accord, je te pardonne. Enfin, je n’ai même pas à te pardonner car je n’ai rien à te rapprocher. Enfin … Euh … Non … Rien à te reprocher ! »

« Je vois que l’on m’oublie vite … » murmura une voix derrière eux, laissant paraître Lily qui semblait relativement furieuse sous son armure.

« Lily ?! Mais qu’est-ce que tu fais là ?! Enfin non … Tu étais dans la bataille mais… »

« … … Je venais tout simplement te voir. J’ai demandé à quelques rebelles de me dire où tu te trouvais pour que l’on puisse discuter mais visiblement … Tout est dit. »

Il voulut se retirer des bras d’Elizabeth mais celle-ci le gardait contre elle, l’empêchant de partir. Pourtant, ce fut le jeune homme aux cheveux bleus qui cria le premier :

« Oui ! Tout est dit ! Vas t-en avant même que l’on puisse discuter ! C’est de toute façon, toujours ainsi ! NON ! Je ne nie pas que j’aie quelques sentiments pour Elizabeth ! Elle a été là quand j’en avais besoin il y a douze ans ! Tu sais, la fois où tu as décidé de ne plus jamais venir me parler alors que j’avais décidé de changer ! Ben oui, j’ai changé ! Et Elizabeth m’a aidé à cela ! Qu’est-ce que tu crois ?! Que tu es toute seule au monde ?! Que parce que je t’aime, je ne dois plus pouvoir avoir de contacts avec les autres ?! C’est quoi ce délire ! VAS-Y ! BARRE-TOI ! Elizabeth est restée la même dans le fond mais elle a montré qu’elle n’était plus aussi candide qu’auparavant ! Toi, c’est juste de la jalousie mal-placée ! Je suis sûr que j’aurai la même chose si je te voyais avec un autre homme ! »

« … … Et tu me balances tout ça alors que tu penses ça ? Bon et bien, je vais te trom… »

« Per avec un autre homme, comme ça, tu comprendras, c’est bien ça ? Mais nous n’avons même pas couchés ensembles ! C’est quoi ce délire ?! »

« C’est quoi ce délire ?! Mais tu le fais exprès ma parole ! Ce n’était même pas une question de jalousie à la base ! JE TE RAPPELLE TES PROPRES MOTS ?! Tu as dit que tu n’étais pas sûr de tout ça ! Que tu préférais peut-être que les Altarias restent entre eux et les Milobellus aussi ! Alors pourquoi est-ce que tu devrais être jaloux si ça ne te gêne pas que je sois avec un Milobellus hein ?! »

« C’est pas toi qui le fait exprès par hasard ?! HEIN ?! BORDEL ! »

Elizabeth retira ses bras, le laissant se présenter en face de Lily bien qu’il était moins grand qu’elle. Ah … Elle n’avait rien à dire … ni à faire … Ils devaient se séparer définitivement si elle voulait pouvoir avoir une chance avec lui … mais elle n’avait pas à se mêler de tout ça.

« Tu comprends pas que moi aussi, j’aimerais en avoir rien à faire de tout ça mais est-ce que tu t’imagines un peu me faire respirer chaque journée dans l’eau juste par pur plaisir de vivre avec une Milobellus ?! »

« Si c’était uniquement ça le problème, on peut vivre à la surface ! On pourra même vivre dans ton palais, y a aucun problème à ça ! AUCUN ! Tu comprends ?! »

« Ca sert à rien, c’est un dialogue de sourds ! Disparais ! »

« NE M’ORDONNE SURTOUT PAS DE FAIRE QUOI QUE CE SOIT ! »

Elle faisait apparaître une sphère d’eau autour du jeune homme, celui-ci commençant à se mouvoir pour tenter d’en sortir. M… M… MERDE ! Avec son armure, il n’allait pas pouvoir s’en sortir ! Elizabeth courut vers Arnaud, tentant de le sortir alors que Lily reprenait :

« Ne t’approche surtout pas de lui ! C’est pour le punir ! »

« Espèce d’idiote ! C’est comme ça que tu aimes une personne ?! En la faisant souffrir ?! »

« De la part d’une femme qui a planté celui qu’elle aime, ça me fait bien rire ! »

« C’était un accident ! Sur la colère ! Je ne veux que le bonheur d’Arnaud contrairement à toi qui ne pense qu’à ta petite personne pour être heureuse ! »

« … … … … … Je vais te le faire regretter amèrement ! »

La sphère aqueuse autour d’Arnaud disparut pour se retrouver autour du corps d’Elizabeth, celle-ci poussant un cri dans l’eau, des bulles sortant de sa bouche. Arnaud était haletant, reprenant son souffle avant d’hurler à Lilu :

« Arrête ça tout de suite ! Elle risque de se noyer ! »

« C’est ce que je vais faire … Comme ça au moins, tu ne te poseras plus de questions, n’est-ce pas ? Qu’est-ce que tu en penses, Arnaud ? Et je suis calme… Très calme … Mais je suis une dragonne aussi … Donc parfois, j’ai un peu de sang chaud… »

«  Je te laisse trente secondes … et ensuite … Je promets que tu le regretteras toute ta vie. Arrête ça dès maintenant ou … »

Il avait ouvert la bouche, prêt à cracher des flammes en direction de Lily. Il… Il n’oserait pas hein ? Il n’oserait pas … Mais elle était sûre qu’il … le ferait en fait … Elle retira la sphère, Elizabeth toussant et crachant de l’eau, ne s’étant pas préparée à ça.

«  … … … … … Lily … Ah … Sincèrement, Lily. »

La jeune femme aux cheveux roses baissa le regard, ne murmurant rien du tout pendant plusieurs secondes alors qu’elle semblait en proie à une très grande tristesse. Elle murmura :

«  … … … J’abuse … Je le sais très bien … Je sais très bien que je dépasse les bornes. »

« Je ne suis pas mieux non plus en fin de compte … Je t’ai limite jetée … Et là, je le regrette vraiment … Et sincèrement aussi … Enfin … On ne peut pas revenir en arrière … »

« Non, Arnaud, non … On ne peut pas revenir en arrière … Comme d‘habitude. »

« … … … Qu’est-ce que l’on fait alors ? Tu veux vraiment patienter ? »

« J’aimerai réfléchir à tout ça … Tu me manque, Phoebe me manque, Icare me manque, tes parents me manquent … J’ai vécu six années avec vous et je ne peux pas les oublier, je ne veux pas les oublier … C’est simplement que … »

« Tu veux prendre ton temps, Arnaud. Tu veux prendre ton temps. Pfff … Quels imbéciles nous sommes… On se dispute comme ça … et à cause de tout ceci. »

Elle s’approcha de lui, tendant avec lenteur sa main droite alors que le jeune homme détournait le regard, comme gêné. Il prit sa main, la serrant avec tendresse en lui faisant un petit sourire. Il reprit sur un ton lent :

« Pardon, Lily. Je pensais en être certain … vraiment certain … »

« Mais oui … Mais oui … Tout le monde est sûr et certain de tout ceci. Arnaud ? Que veux-tu que l’on fasse ? Je ne veux pas que l’on se dispute même si … Même si tu n’es plus certain de tes sentiments, on peut rester … Enfin, tu peux encore venir chez nous hein ? »

« On reste amis bien entendu ! Il est hors de question de se crêper le chignon ! C’était une erreur ce qui s’est passé ces derniers temps ! »

«  … … Plus besoin de s’emporter, Arnaud. Plus besoin du tout. »

Elle disait cela alors qu’il plongeait dans son mutisme, la main de Lily toujours posée sur la sienne. Elizabeth arrêtait de cracher de l’eau, ne faisant rien du tout. En un sens, elle l’avait méritée … cette punition par rapport à la gifle qu’elle avait donnée à Lily.

« Bon … Et bien … Je vais retourner voir les autres alors ? Retourner chez les Milobellus. »

« Attends un peu ! » s’écria t-il alors qu’elle avait amorcé un mouvement pour retirer sa main, le regardant avec émotion. Elle espérait quelque chose n’est-ce pas ? « Comment est-ce qu’Icare va ? Est-ce qu’il va bien ? Et l’école avec lui ? »

« Ah… Icare … Et bien … Tu lui manques un peu. Il espère que tu reviendras très rapidement que tu ne feras pas de bêtises … Enfin non … Il a un peu peur pour tout ce qui se passe. »

« Prends vraiment soin de lui, Lily, il est ce que j’ai de plus important au monde. »

« Ne t’en fait pas, il sera en sécurité avec moi, tu es un grand garçon, non ? »

Il hocha la tête d’un air positif alors qu’elle lui souriait. L’ambiance était totalement différente d’il y avait une quinzaine de minutes. Il prit son autre main, la jeune femme aux cheveux roses restant immobile alors qu’elle sentait qu’il la tirait légèrement vers lui. Elle comprit ce qu’il voulait faire et se laissa emmener près du jeune homme, l’un comme l’autre se serrant mutuellement et avec tendresse. Tout ceci dura une bonne minute, chacun ayant les yeux fermés avant que Lily ne se retire de ses bras.

« Allez ! On va arrêter ça et on va se dire au revoir. On se reverra de toute façon ! »

« D… D’accord, Lily … On se reverra sur le terrain alors ? »

« Et je te soignerai si tu es blessée. Il n’y a aucun souci. Par contre … Toi… Elizabeth. » dit la jeune femme en s’adressant à l’Altaria aux cheveux blonds. « Si il te choisit, tu as intérêt à le rendre heureux car sinon, tu risquerais d’avoir affaire à moi. »

Elle disait sans méchanceté ni menace mais pourtant, le ton était impérial et royal. L’autorité qu’elle venait de faire preuve avait quelque chose de vraiment … imposant. La jeune femme embrassa Arnaud sur les joues avant de s’éloigner, ne lui permettant pas de voir la tristesse qui se lisait sur son regard. Ils venaient de se briser le cœur.

« Arnaud ? Arnaud ? » demanda Elizabeth alors qu’il s’approchait d’elle, aidant la jeune femme aux cheveux blonds à se relever.

« Oui ? Que y a-t-il, Elizabeth ? Un problème ? »

« Non … Non … Pas du tout … Pas pour moi … Mais toi ? Comment est-ce que … »

« Je vais bien … Je vais très bien, Elizabeth. De toute façon, ce n’est pas définitif et nous nous retrouverons avec Lily et moi … Comme d’habitude. »

Pourtant, il était déjà en train de pleurer légèrement et elle le vint serrer fortement contre elle, le jeune homme se mettant à sangloter sur son épaule. Il… Il n’avait pas voulut ça … Il avait tout fait échouer comme d’habitude.

« Pourquoi … Pourquoi je suis aussi stupide … Elizabeth ? Pouquoi ? »

« Tu n’es pas stupide, tu as juste … beaucoup de mal à montrer ce que tu ressens. »

« … … … … … Elizabeth, est-ce que tu comprends que … »

Oui, elle comprenait mais elle serait patiente … Car il était hors de question d’abandonner ce combat personnel. HORS DE QUESTION OUI ! Elle allait se battre pour l’amour qu’elle portait au jeune homme aux cheveux bleus… Oui … Elle allait continuer le combat.

Voilà … Même si ils n’étaient plus ensembles, ils avaient fait la paix et la guerre semblait se passer bien mieux. La meilleure chose dans cette histoire était quand même le fait que le château était à portée de vue, qu’il y avait de moins en moins de soldats ennemis tandis que leurs propres rangs grandissaient au fur et à mesure.

« Bon … Les nouvelles sont franchement très bonnes. Ce n’est plus qu’une question de jour voir un mois tout au plus. »

Ils étaient tous réunis à une table ronde, les chefs de l’armée des rebelles et de l’armée des Milobellus se trouvant ici. Au total ? Ils étaient environ une dizaine. Du côté des rebelles, Arnaud, Elizabeth et Pete étaient présents tandis que Phoebe était là avec … Lily. Oui, il était normal que la princesse qui participait à la guerre soit présente … Surtout qu’elle combattait divinement bien. Elle était parfaite …

« Le mieux sera de séparer nos deux armées … en deux champs d’attaque. Même si cela semble logique, tous les Altarias présents iront par la voie des airs. Nous savons nous battre au sol mais nous ne le ferons pas. Pendant ce temps, les Milobellus iront assiéger le château dans le sol. Après, pour la séparation des effectifs à l’intérieur même des armées, c’est libre court aux généraux de ces deux armées. »

« … … Je vais réfléchir à une possibilité d’attaquer sur tout les fronts … » répondit Pete alors qu’Arnaud annonçait aussitôt :

« Le mieux serait quand même de faire attention à tout ceci justement. La voie des airs est problématique … Nous n’avons aucun endroit où nous cacher. »

« C’est exact … Malheureusement … C’est plutôt compliqué mais nous trouverons bien une solution. L’attaque se fera dans deux jours. Pendant ce temps, que toutes les troupes se reposent. » annonça Pete en se levant de son siège.


Tout de suite, Arnaud et Lily se levèrent, sortant chacun de leur côté ou du moins voulurent essayer … Sauf que Phoebe s’était approchée d’Arnaud tandis que Pete faisait de même avec Lily. Chacun avait arrêté la personne à qui il voulait s’adresser.

« Lily ? Il est possible de te parler un peu ? »

« Hein ? Bien sûr, Pete. Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? »

« Arnaud ! Ramène un peu tes fesses par là mon mignon. Vas falloir qu’on discute, toi et moi. » s’écria Phoebe tandis que le jeune homme avait légèrement sursauté.

« Oui… oui… Un souci, Phoebe ? En quoi est-ce que je peux t’être utile ? »

… … … Phoebe et Pete se retournèrent en même temps, se regardant droit dans les yeux. Ces deux imbéciles … Ils le faisaient exprès, n’est-ce pas ? Ils allaient les mettre en colère !

« BON ! Lily ! Suis-moi ! On sort d’ici ! C’est bien clair ?! »

« Oui oui ! Mais ne me tire pas par la main ! Qu’est-ce qui te prend ?! » s’écria Lily alors qu’ils quittaient la tente, Phoebe faisant de même avec Arnaud.

L’un comme l’autre, l’Altaria et la Milobellus discutaient avec Lily te Arnaud sans qu’ils ne puissent entendre ce qu’ils se disaient.

« Alors ? Qu’est-ce qui se passe avec Arnaud et toi ? Vous vous parlez à peine. »

« Rien de bien grave, il n’y a pas à s’en faire. Nous sommes toujours amis ! Ce n’est pas ça le plus important ? Tu ne trouves pas ? »

« … … … Faites comme vous le voulez en fin de compte. Je voulais discuter avec toi pour essayer de régler ce problème mais rien qu’à t’entendre, ça me démotive complètement. »

Le jeune homme aux cheveux violets fit apparaître ses ailes, délaissant complètement la jeune femme qui le regardait s’éloigner sans un mot. … … … C’était très dur pour elle aussi hein ? Mais c’était le mieux à faire … en attendant que la situation s’améliore.

« J’ai envie de me comporter comme une femme et de te baffer. De l’autre côté, j’ai envie de me comporter comme un homme et de te foutre mon poing dans la gueule. Qu’est-ce que tu choisis, Arnaud ? Je te laisse trente secondes. »

« Il n’y a pas un moyen de discuter de tout ça ? »

« Et est-ce que j’ai une tête à avoir envie de discuter alors que toi et Lily, vous vous adressez à peine la parole, faisant semblant d’être bons copains ? »

« Nous sommes bons copains comme je le suis avec toi, Phoebe. »

« MAUVAISE REPONSE ! » hurla la jeune femme aux cheveux verts avant de le frapper au visage, le faisant tomber en arrière. Elle reprit aussitôt : « Ce n’est pas le même genre de relations entre toi et moi qu’entre toi et Lily ! »

« Ah bon ? Et pourquoi cela ? Nous sommes amis, c’est tout. »

« … … BORDEL ! TU ME GONFLES, ARNAUD ! »

Elle disait cela en criant, le jeune homme se relevant en se massant la joue, la jeune femme aux cheveux verts semblant fulminer.

« Ca vous sert à quoi d’être aussi bornés l’un que l’autre ?! Ca vous sert à quoi hein ?! Qu’est-ce que ça vous apporte à tout les deux ?! Rien du tout, n’est-ce pas ?! »

Il ne lui répondit pas, la jeune femme serrant les dents tandis qu’il murmurait avec lenteur :

« C’est ainsi que ça doit se passer … et nous devons réfléchir … »

« Réfléchir, réfléchir ! Mon œil ! Vous me fatiguez autant l’un que l’autre ! »

Et voilà … Elle était partie elle aussi, laissant seul le jeune homme… Seul comme Lily.