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Chapitre 6 : La pureté du diamant

Chapitre 6 : La pureté du diamant

AH ! Ca faisait du bien de s’étirer ! HUMMMMM ! Et surtout de savoir que ses deux mains allaient parfaitement bien ! Il poussa un profond soupir de joie, faisant quelques mouvements avec ses bras. Ca faisait du bien ! Les morceaux de plâtre éclatés au sol, il en récupéra la majeure partie avant de les mettre dans son sac. Pourquoi ? Pour ne pas oublier qu’il devait toujours faire très attention à la montagne dorénavant. D’ailleurs, il s’était déjà adapté un peu au nouveau climat à cette altitude. Ce n’était pas le plus chaud et le plus plaisant mais dans le fond, ce n’était pas aussi froid qu’il l’aurait pensé. D’ailleurs, contrairement à ce qu’il pouvait apercevoir plus en altitude, il n’avait pas encore de neige. Peut-être plus haut ? Enfin, non, ça, c’était sûr et certain qu’il y avait de la neige plus en hauteur.

Tiens ! D’ailleurs, maintenant qu’il avait son nouvel équipement, des vêtements plus chauds, une tente, on pouvait penser qu’il serait du genre à se reposer, à profiter de ce qu’il a autour de lui, bref de prendre du bon temps mais non ! Il continuait toujours avec zèle et la tente était simplement montée quand il devait aller dormir sinon elle restait bien ancrée dans son sac. A côté, porter des habits plus lourds et avoir plus d’objets dans son sac n’arrangeait pas les choses. Le tout faisait bien son poids mais il appréciait de se muscler un peu. On n’aurait pas cru mais pour un enfant de douze ans, il était quand même très solide. Oh … Bien entendu, son bras droit étai encore plutôt faiblard et de rares fois, il avait une petite … douleur qui se faisait sentir mais rien de bien grave à ses yeux.

Enfin bon ! Ce n’était pas parce qu’il avait un peu mal que c’était dramatique ! Ça ne l’empêchait pas de continuer à escalader les murs, maintenant plus pour apprendre à utiliser correctement son équipement qu’à progresser. Oui … Il gagnait de précieux mètres mais ce n’était rien contrairement à auparavant. Un bon escaladeur était quelqu’un qui savait tirer profit de son équipement MAIS AUSSI du terrain sur lequel il travaillait. Certains murs étaient plus friables que d’autres et donc, difficile de planter correctement un piton dedans. Oh, il n’y avait pas que ça comme roches. Il commençait bien à les connaître aussi !

Quant aux pokémons … Hum … Autant dire qu’avec eux, ce n’était pas la joie. Loin de là … Rien à voir avec le gentil Azumarill d’avant, ici, les pokémons se montraient assez agressifs et territoriaux. Néanmoins, il arrivait à les éviter la majeure partie du temps. Il fallait dire qu’il n’avait pas envie de commettre un nouvel « acte héroïque » avec un second Ursaring ou alors un Tyranocif. Oui, oui … Un Tyranocif … Ce genre de monstres qu’il valait mieux ne JAMAIS rencontrer dans la nature. Autant dire que ce jour-là, il avait craint pour sa vie … et pas une petite crainte … plutôt de celle qui peut vous paralyser sur place. Néanmoins, il s’en était sorti en le distrayant avec quelques baies lancées sur les yeux. Cela avait énervé le pokémon, provoquant un affaissement de terrain mais bon … Il s’en était sorti sans aucune casse, ce qui été une bonne chose.


Ah … Il y avait tellement à se souvenir … Mais là … Il était couché sur le sol herbeux, un peu rare à cette altitude, la tente plantée juste derrière lui. D’ailleurs, la tente, il avait eu du mal à la faire la première fois … Pas seulement à cause de son bras cassé à ce moment mais aussi à cause de son incapacité à la monter correctement. Mais bon … Depuis, c’était devenu aussi simple que de gravir les deux mille premiers mètres de la montagne. Il avait appris à connaître parfaitement le terrain et depuis, il pouvait monter et descendre sans aucune difficulté. Oui … Il était maintenant maître du bas du mont Elyeus et c’était sa petite fierté personnelle ! Mais … Ca ne voulait pas dire qu’il abandonnait l’idée d’arriver à son sommet … même si bizarrement, il pensait de moins en moins à sa haine contre Rayquaza.

Ces humains … Qu’est-ce qu’ils venaient faire dans la montagne maintenant ? Depuis plusieurs mois, ils étaient de plus en plus nombreux dans celle-ci et il remarquait de plus en plus d’affrontements et de morts entre les pokémons sauvages et les humains. L’Azumarill qui avait sauvé le jeune garçon il y a de cela plus de deux ans s’était réfugié plus en hauteur, devant quitter son habituel lac. Du moins … Pour cela … Il avait fait que les humains ne le poursuivent pas … avec un petit éboulement derrière le passage de l’Azumarill. Hum … Mais bon … Voir les humains qui s’affrontaient entre eux aussi … Quelque chose se tramait mais quoi ? Il avait dû arrêter de visionner Raikoso pour l’apprendre.

Ces humains … étaient à la recherche d’or … et de pierres précieuses. Ils cherchaient les richesses de la montagne. Absurde … C’était tout simplement absurde. La montagne n’avait rien à offrir à ceux qui la profanait … A ceux qui la blessaient et la saignaient … Et ils espéraient trouver des rubis ? Des saphirs ? Pitoyables humains … Voilà pourquoi il ne les appréciait pas … Dévorés par l’ambition, consumés par la richesse, pervertis par le pouvoir, ils ne pensaient au final qu’à eux-mêmes sans se soucier du mal qu’ils commettaient. Oui … S’il devait exprimer un sentiment, il haïssait les humains …

Mais exprimer des sentiments envers eux reviendrait à porter un intérêt sur leur personne … Si il devait se charger de punir et purifier ceux qui commettaient ces crimes, même ses millions d’années d’expérience ne suffiraient pas. C’était pour cela qu’il ne se souciait plus d’eux … C’était pour cela qu’il ne faisait que regarder ce spectacle aberrant où les hommes malmenaient les pokémons … où les pokémons combattaient ces hommes pour leur survie. C’était ainsi le cycle de la vie … cycle dont il ne faisait pas partie. On pouvait le considérer un peu comme immortel … Toujours vivant … Jamais mort … La futilité d’une vie qui s’éteignait en un souffle … comme un battement d’ailes de Papilusion.
Il ne connaissait pas ça … et il se demandait si il aurait aimé connaître … Savoir ce que cela faisait de se dire que l’on pouvait mourir le lendemain … ne pas savoir ce dont son futur était fait. Hum … Qu’est-ce que cela donnerait … si il était un humain … ou une humaine. Il ne s’était jamais posé la question auparavant. De toute façon, il était un pokémon donc la réponse était déjà toute trouvée : il ne pouvait pas devenir humain. Mais bon … Cela pouvait être une occupation. S’imaginer comment il vivrait en tant qu’humain … D’ailleurs, garderait-il ses pouvoirs ? A quoi est-ce qu’il ressemblerait ? Ou elle ressemblerait ? Déjà, le vert étant sa couleur prédominante, il ne se voyait pas avec une autre couleur de fourrure … ou chevelure comme les humains l’appelaient.

Puis ensuite … Hum … Il se voyait plutôt grand, pas forcément imposant … Juste grand … Du genre … un mètre quatre-vingts ou quatre-vingts dix. Ensuite, pour exprimer la beauté de son corps, devait-il être un mâle ou une femelle ? Le fait d’être asexué était assez contraignant en un sens. Cela voulait dire que les attributs des deux sexes ne seraient pas présents chez lui. Ainsi, une absence de poitrine et d’organes génitaux, il serait alors plat comme une limande. Hum … Ca ne lui plaisait pas. Pour la beauté d’une créature légendaire, il s’envisageait plutôt comme une femelle, c’était ainsi qu’il pensait la beauté devait être incarnée. Hum … D’ailleurs … Pourquoi est-ce qu’il était en train de penser à comment il s’imaginerait si il était humain ? Il ne se posait jamais ce genre de questions d’habitude. Etrange … C’était vraiment étrange ce qui se passait avec lui. Il n’était quand même pas envieux de ces horribles créatures, n’est-ce pas ? Non … Ce n’était pas d’elles qui lui procuraient ce désir … loin de là même … C’était … peut-être le jeune garçon ? Peut-être … Peut-être était-ce cela dans le fond ? D’ailleurs, à force de regarder les humains, il en oubliait son occupation première : regarder Raikoso. Ses yeux dorés se reposèrent sur l’enfant aux cheveux verts. Voilà … un loisir très sain pour lui.


C’était bizarre … de voir autant de monde en bas. Il avait remarqué le nombre important de personnes qui tentaient de grimper la montagne Elyeus. Cela l’avait un peu étonné d’ailleurs. Il ne s’était pas attendu à un tel nombre. Qu’est-ce qu’ils faisaient là ? Il n’avait pas tardé à le savoir lorsqu’il entendit les mots Pépites dorées et riche. Ils étaient là pour l’or ? Ah … Quelle futilité et banalité … Ils voulaient devenir riches … Ils ne pensaient qu’à l’argent … Lui-même s’y désintéressait puisqu’il n’en avait pas besoin. Enfin bon … Il avait décidé de retourner au village une nouvelle fois, non pas pour son équipement, simplement pour voir ce qu’il devenait car il avait une impression assez malsaine … et inquiétante.
Impression qui se renforça lorsqu’il vit le nombre impressionnant dans le village qui semblait avoir prospéré mais pas forcément dans le bon sens … Des déchets, des ordures, des bagarres entre plusieurs hommes et de nombreux panneaux … Qu’est-ce que ça voulait dire ? Ce n’était pas … normal … En moins de quelques mois, le village était devenu complètement différent, beaucoup trop de celui qu’il avait connu. Il apprit que depuis l’annonce qu’il était possible de trouver des quantités importantes d’or, de nombreuses personnes venaient tenter de conquérir la montagne pour devenir riches … Et bien entendu, le reste leur importait peu.

C’était donc ça … Ces personnes se fichaient pas mal de la montagne ou du village. Hum … Enfin, ce n’était pas son problème. Il n’était pas là pour s’inquiéter du sort de la montagne et du village, loin de là même. Il ne voulait rien à voir avec … tout ça … C’était juste assez « triste » quand il y réfléchissait posément. Triste car il ne voyait pas quoi dire ou penser d’autre. Le village, bien que non prospère auparavant, avait une certaine élégance … dans la pauvreté. Voilà ce que la richesse et le désir d’argent provoquaient … Tsss … Il détourna le regard, il en avait assez vu pour les mois à venir. Il se dirigea néanmoins vers les cabanes les plus pauvres du village, ouvrant son sac avant de déposer quelques pierres dorées, toquant un peu à la porte avant de s’éloigner sans un mot. Eux … Ceux qui n’avaient pas les moyens … n’est-ce pas ? Ils pouvaient bien vivre correctement … eux …

Lorsqu’il revient dans la montagne, il était maussade, plus que maussade même. Il ignora les personnes qui l’interpellaient, tous à la recherche d’or ou d’un conseil avisé pour tenter de prendre l’ascendant sur les autres. Non … Il n’était pas là pour la richesse, pas du tout. Cette montagne … Il avait un but bien plus noble : se venger de Rayquaza. No … ble ? Qu’est-ce que c’était que cette idiotie ? Qu’est-ce qu’il venait de penser à l’instant ? En quoi vouloir se venger était noble … Ah … Il comprenait un peu le ridicule de ses actes mais … il ne pouvait pas abandonner maintenant. Il devait continuer à grimper à cette montagne sans même chercher à penser à autre chose !

Il avait retrouvé sa hauteur maximale, cela à plus de deux mille mètres d’altitude. Il fut d’ailleurs un peu étonné de trouver d’autres personnes à cette hauteur. Enfin, nul ne connaissait son endroit où il était juché … mais ils étaient arrivés jusqu’ici ? Alors que cela faisait à peine quelques semaines ou mois ? Lui … Cela faisait bientôt cinq ans qu’il était ici … et voilà les progrès … C’en était plutôt pathétique. Ah … Mais bon … C’était ainsi … Un regard posé sur les hommes se trouvant plus bas par rapport à lui, il observa ses pitons et ses autres objets d’escalade. Pfff … Vraiment …

Hum … Il n’était même pas motivé à essayer d’escalader la montagne à nouveau. Voir ces … hommes qui salissaient le mont Elyeus du sang des pokémons … qui ne semblaient guère vouloir que la destruction … juste pour récupérer des pierres précieuses. Il se devait de les ignorer … mais … C’était bien plus difficile qu’il ne le voulait, oh oui … Bien plus difficile que tout … Est-ce qu’il devait faire quelque chose ? Mais quoi ?

Le jeune garçon s’était arrêté. C’était bizarre, qu’est-ce qui se passait avec lui ? Il avait levé la tête de surprise, la plongeant dans le vide pour mieux l’étudier. Il ne voulait plus monter ? Quelle était la raison d’une telle pensée ? Cela ne tarda pas à se montrer. Le jeune garçon qui était observé … était maintenant en train d’observer les autres membres de son espèce. Que se passait-il avec lui ? Pourquoi réagissait-il de la sorte ? Avait-il quelque chose à réfléchir ? A penser ? Ce n’était pas normal … Le jeune garçon ne devait pas se sentir très bien visiblement. Ou alors … Voyait-il les membres de son espèce de la même façon que lui, Rayquaza, les voyait ? Ce n’était pas possible …

Et pourtant … Il vit Raikoso qui récupérait un lourd et solide bâton, s’en servant comme d’un levier … pour créer des éboulements par rapport à des rochers bien plus gros que lui ? Il écarquilla ses yeux dorés de surprise. Le jeune garçon … s’en prenait aux membres de son espèce ? Lui qui était resté amorphe pendant toutes ces années par rapport à eux ? Il n’essayait pas de les tuer mais simplement de les repousser. Pourquoi est-ce que Raikoso faisait-il une telle chose ? Un petit regard sur une autre partie de la montagne et il voyait … Ah … Le jeune garçon combattait ceux qui grimpaient la montagne non pas pour but d’arriver à son sommet mais simplement pour s’enrichir.
Cette mentalité … Elle était spéciale … bien différente des autres humains qui étaient en train de se retrouver en nombre sur cette montagne. Avait-il décidé de défendre le mont Elyeus ? Non … Il continuait d’ignorer les pokémons dans le besoin et ceux qui tentaient de l’agresser. Il ne cernait plus le jeune garçon … Il n’arrivait pas à deviner son mode de pensée. C’était étrange … vraiment très étrange même. Il n’avait aucune possibilité de comprendre ce qui se passait avec lui, qu’est-ce qui le motivait réellement. Il n’était pas capable de lire dans les pensées d’autrui mais il aurait donné cher pour savoir ce que Raikoso avait en tête.
AH ! Maintenant, les humains se déplaçaient par groupe depuis qu’ils avaient entendu parler d’un garçon qui cherchait à les empêcher de s’approprier les richesses du mont Elyeus ! Il était en danger ! Pour la première fois de son existence, le jeune garçon était en danger non pas par la montagne mais par … sa propre espèce ? Qu’est-ce qu’il devait faire … Ca ne lui plaisait guère de se mêler de cette histoire … et le jeune garçon devait se débrouiller avec ses propres moyens mais à côté … En vue des actions de ces humains … Il devait les punir de salir la montagne et ses occupants, n’est-ce pas ? C’était son rôle … de seigneur des cieux.

Seigneurs des cieux … C’était un titre qui convenait très bien à celui qui était au sommet du perchoir du monde, le mont Elyeus. Et pourtant, il n’y avait rien d’un roi … Un roi devait protéger son peuple … Or avait-il un peuple ? La normalité de la chose serait que oui … Puisqu’il dominait la montagne, il s’occupait alors de celle-ci mais l’avait-il réellement fait ? Depuis des siècles, il avait laissé les humains et les pokémons se débrouillaient seuls. Alors devait-il avoir du remord ? De ne pas avoir pris son rôle au sérieux ? Hum … Non … Ce n’était pas ainsi … Ce n’était pas aussi simple que ça … Loin de là même … Il y avait autre chose … Si il avait décidé de ne jamais réagir, c’est bien parce qu’ils n’en avaient pas besoin … ou alors parce qu’ils ne le méritaient pas …

Le mériter ? Qu’est-ce que la montagne et ses occupants avaient fait pour subir une telle chose ? A sa connaissance, rien du tout … Juger une race ou une espèce sur son intégralité confortait son égo surdimensionné. Mais cet égo … Il devait le mettre de côté ou alors montrer à tous et à toutes la raison qui faisait qu’il le possédait ? AH ! OUI ! VOILA ! C’était ainsi qu’il allait réagir ! Il se redressa de tout son corps long de plus de sept mètres. Il ouvrit la gueule, prenant une profonde respiration. Il devait bien se faire entendre … Nul ne pouvait attaquer cette montagne sans subir SON COURROUX !

« Lâchez-moi ! Je vous interdis de me toucher ! C’est bien compris ? » dit-il à trois hommes d’une trentaine d’années, tous attirés par le sac qu’il portait sur son dos. Un sac qui laissait paraître quelques objets brillants. Il ne devait pas laisser ces personnes le voler ! Ces pierres et ces pépites n’étaient pas pour eux ! Il ne les récupérait pas pour devenir riche ! ALORS QU’ILS ARRÊTENT DE LE COLLER ! Il se débattit, donnant des coups de pied un peu partout. L’un d’entre eux vint frapper un homme dans le ventre, celui-ci pouffant de douleur. Il grogna, disant entre ses dents qu’il avait de la force pour un gamin avant de le cogner violemment au visage. Puis ce fut un véritable déluge de coups qui s’abattit sur Raikoso, celui-ci ne pouvant pas répliquer alors que les trois adultes en profitaient pour bien le frapper de toutes parts.

Lorsque l’un décida qu’il était temps de partir avec le sac du jeune garçon, le sol … non … le ciel … Non … L’existence toute entière de la montagne s’était mise à trembler lorsqu’un cri se fit entendre. Un cri proche du divin … Un cri capable d’atteindre les personnes au plus profond de leurs êtres. Le jeune garçon, le visage tuméfié et ensanglanté par les coups subis se redressa, comme pris d’une nouvelle énergie. Les trois adultes quant à eux tremblaient, c’était la première fois qu’ils entendaient ce cri … celui de Rayquaza. Avec lenteur, comme si il était dénué de vie, le jeune garçon s’avança vers eux, les bras ballants vers le sol. Il arriva à leur hauteur, l’un des adultes le regardant avec étonnement.
Soudainement, son bras droit tira sur son sac pour le récupérer avant que celui de gauche ne vienne pousser l’adulte. L’homme perdit l’équilibre, tombant en arrière sur ses compagnons avant qu’un rocher ne déboule à l’endroit où il se trouvait, broyant net tout ce était sur son passage. Raikoso releva son regard, des lignes de sang parcourant son visage alors que ses yeux verts se posaient sur les trois hommes. Stupides … Ces hommes étaient stupides … Cette montagne … On pouvait la haïr pour ce qu’elle vous retirait … On pouvait détester celui qui était à son sommet … mais il était hors de question … de la saccager.

« Déguerpissez … et prévenez tous les autres … comme vous … Tous ceux qui sont là … pour profiter de la montagne dans un but perverti par l’or … Signalez à toutes ces personnes … que Rayquaza lui-même ne laissera pas passer cet affront … Seuls ceux qui veulent escalader cette montagne ou y vivre … peuvent se trouver sur le mont Elyeus ! TRANSGRESSEZ CES PAROLES, NE RESPECTEZ PAS CETTE MONTAGNE ET VOUS SUBIREZ SA FUREUR ! » hurla t-il soudainement, serrant les poings en les redressant. Son corps penché en avant, il observait avec rage les trois adultes.
Ces derniers s’étaient mis à courir à toute allure, s’égosillant en signalant qu’ils avaient très bien compris les paroles du jeune garçon avant de s’enfuir. Lorsqu’ils ne furent plus présents, Raikoso s’écroula au sol, pris de spasmes nerveux. Rayquaza … avait crié … L’être au sommet de cette montagne … avait lui-même décidé de se mêler de cette histoire. Cette montagne … Il la détestait tant … Il la haïssait pour la mort de ses parents … Mais il ne pouvait pas la ternir … Il ne pouvait pas la souiller … Cette montagne était très belle … un havre de paix pour ceux qui y habitaient.
Il se releva, passant une main sur son visage en gémissant. Il allait devoir se nettoyer le visage. Aie … Ca faisait mal … Il était bon pour avoir un sacré visage pour les prochains jours. Enfin … bon … Ce n’était pas comme si c’était important. Il n’avait pas à le montrer à autrui. Aie … Son corps le faisait souffrir. Il ressentait à nouveau cette douleur au bras droit. Aie … Ça lui faisait horriblement mal d’ailleurs. Ah … Il avait du mal à saisir ce qu’il venait de faire … mais … Il espérait que ses propos allaient être bien compris par tous. Ses paroles … mais aussi le cri de Rayquaza. Avec ça, la montagne devrait être tranquille.

Ah … L’état du jeune garçon … Il avait réagi trop tardivement, le résultat était à déplorer. Son visage, ce visage juvénile et pourtant déjà adulte dans certains de ses traits … était maintenant dans un triste état. Ah … Et les paroles de Raikoso. Il ne s’était pas attendu à de tels mots de sa part mais au final, et cela … l’avait atteint en un sens. Il détestait la montagne … mais il la respectait en même temps. Etait-ce de même pour lui ? Le seigneur de la montagne ? Il ne pouvait pas poser la question à Raikoso. D’ailleurs … En ce moment-même, le jeune garçon était occupé. Ah … La montagne le remerciait.

Sous les traits d’un certain pokémon qui croisait sa route pour la troisième fois de son existence. L’Azumarill s’était présenté devant le jeune garçon. Il voulait voir sa réaction … Il voulait voir comment il allait réagir pour cette troisième rencontre. Et il ne fut pas déçu du résultat. Visiblement trop secoué pour réagir et repousser le pokémon, l’Azumarill avait doucement aspergé le visage de Raikoso pour le nettoyer de tout son sang. Puis, il le voyait passer une main sur son visage, le jeune garçon gémissant de douleur.

Hum … Il n’arrivait pas à le comprendre. Malgré les soins apportés par l’Azumarill, Raikoso venait de le repousser bien que cela fut sans méchanceté ou avec des cris. Non … Il le repoussait simplement en lui disant de ne pas le suivre. Mais qu’est-ce que … le jeune garçon avait en tête ? Il n’y avait aucun doute que l’Azumarill avait envie d’être son pokémon et cela depuis déjà des années. Et pourtant, ce n’était pas dans les habitudes d’un pokémon à son dernier stade d’évolution de vouloir une telle chose. Alors … Pourquoi refuser ?

Dans le fond … Malgré son observation depuis bientôt cinq ans, le jeune garçon restait un mystère entier. Peut-être était-ce cela qui l’attirait chez lui ? Attirance … Qu’est-ce qu’il venait de se dire intérieurement à cet instant ? Il avait du mal à saisir … Attirer par le jeune garçon ? A cause de ses actions ? De son comportement ? Bizarre … C’était vraiment bizarre … très bizarre même … Mais cela allait lui trotter dans la tête pour de nombreuses journées. Beaucoup trop pour que ça soit normal.

D’ailleurs, depuis qu’il avait poussé ce cri et que le jeune garçon avait fait sa petite tirade chez ces trois adultes, la montagne avait retrouvé son calme, un calme olympien. Et Raikoso … avait retrouvé sa solitude. Une solitude qu’il se forçait à avoir. Il ne semblait même pas vouloir retourner au village pour voir si tout s’était arrangé de ce côté aussi. Il semblait plus perturbé qu’autre chose … et il avait un peu de peine pour lui. Il semblait assez désemparé bien qu’il recommençait à grimper et à escalader la montagne Elyeus.

Mais même si il progressait, il était encore loin du but. Il avait peut-être fait un quart du trajet … et la montagne allait se montrer de plus en plus traîtresse dorénavant. Ah … Hum … Tout son corps étalé sur le long, sa tête dirigée vers le vide, il regardait Raikoso. Ça ne lui plaisait pas … Il ne savait pas quoi … mais ça ne lui plaisait pas … toute cette histoire allait mal se finir … Cette raison qui poussait le jeune garçon à arriver au sommet … Ah … Voilà … Il savait à quoi lui faisait penser Raikoso. Il se l’était imaginé plusieurs fois depuis qu’il avait remarqué les pierres précieuses que le jeune garçon récupérait quelques fois sur le chemin. Oui …C’était ainsi qu’il le voyait …

Un diamant … Le jeune garçon était un diamant qu’il fallait tailler. Son caractère se forgeait peu à peu, montrant par là le magnifique éclat qu’il possédait au fond de lui. Tout ce qui était salissure disparaissait peu à peu en lui. Pourtant, au plus profond de son être, il restait une obscurité … Quelque chose qui le rendait imparfait. C’était ses sentiments … Cette haine qu’il gardait intacte malgré les années qui passaient. Oui … Le jeune garçon était d’un blanc pur exceptionnel … mais terni en même temps. Triste … Il était triste pour lui.

« Mais voilà … Ni Raikoso, ni Rayquaza n’avait prévu ce qui allait arriver dans la vie du jeune garçon pour ses treize ans. » murmura la vieille femme aux yeux argentés, comme ses cheveux. Bien que sa vue était affaiblie, l’éclat dans son regard était encore vif.

« Je suis sûre qu’on va devoir attendre demain ! » annonça une jeune fille de sept ans, faisant une petite mine boudeuse alors que la dame âgée ricanait en disant :

« C’est exact … Suis-je donc sans surprise les enfants ? Ou alors, vous vous habituez ? »

« C’est quand même dommage qu’on doive avoir des bonnes notes pour savoir la suite. » répondit un garçon de huit ans, les cheveux bruns ébouriffés. Sa tenue débraillée montrait par là qu’il n’était sûrement pas un bon exemple d’écolier modèle.

« Et pourtant, c’est bien toi qui a réussi à avoir les félicitations de ton professeur aujourd’hui. Allez … Il est l’heure de souper. Retournez donc chez vos familles. Je vous raconterai la suite dès demain. » termina de dire l’ancienne du village, plusieurs baisers se déposant sur ses joues ridées, même de la part de l’enfant qui n’avait rien d’un garçon turbulent.


Ils étaient finalement partis … tous partis … la laissant seule sur son banc. A ses doigts, nul anneau ou preuve d’un quelconque mariage … Elle se leva avec difficulté. A son âge, ce n’était pas très bon de se déplacer autant mais voir le sourire des enfants … Ces futurs adultes qui continueront le travail de leurs parents ou alors changeront de voie pour les rendre fiers d’eux. Elle voulait les voir … encore et toujours … Mais elle n’était plus toute jeune. Le temps s’était écoulé depuis … depuis très longtemps même. Mais elle restait là … continuant de raconter cette histoire aux différentes générations qui se succédaient. Il était temps … de rentrer pour elle aussi, oui. Elle remit correctement son châle, s’en allant.

Chapitre 5 : Volonté et Témérité

Chapitre 5 : Volonté et Témérité

Difficile … C’était vraiment difficile … Horriblement dur même … Mais bon … Depuis cet incident, il n’avait pas vraiment le choix. Il ne savait pas comment il avait réussi une telle chose, il se demandait même si ce n’était pas … une imbécilité mais bon … A onze ans, il était encore bien jeune pour réfléchir à tout ça. Son bras droit était recouvert de morceaux de corde qui étaient serré par-dessus des morceaux de bois qu’il avait tenté de travailler. Ce qu’il avait essayé de faire ? Une attelle qui le rendait complètement stupide. Car oui, son bras droit était en morceaux ou presque. Le moindre mouvement avec lui arrachait un cri de douleur et c’était pour cela qu’il avait essayé de tout faire pour ne plus à avoir à l’utiliser. Le résultat … Il le voyait … Un résultat bien ridicule et pathétique.
De l’autre côté, il ne se serait jamais brisé le bras si il avait n’avait pas décidé de repousser l’Azumarill avant que l’arbre ne s’écrase. Encore aujourd’hui, il s’en voulait terriblement de cette idiotie. Il n’avait même pas cherché à crier de colère envers le pokémon, lui ordonnant simplement de s’en aller au loin et de ne plus jamais croiser sa route. Il avait dû se répéter plusieurs fois pour que l’Azumarill accepte, à contre-cœur, voulant aider son sauveur. Son sauveur bien embêté maintenant … Qu’est-ce qu’il pouvait faire avec un bras en moins ? Escalader ? C’était tout simplement absurde. Et pourtant, l’absurdité était son maître mot. C’était pour une raison absurde qu’il avait décidé de commencer à escalader cette montagne … Et qu’il ne comptait pas s’arrêter de sitôt !

Mais bon … Plus facile à dire qu’à faire, n’est-ce pas ? Il était en train de se maintenir sur un mur, deux pitons sous ses pieds, lui faisant atrocement mal. Il se maintenait à un troisième piton de sa main libre, cherchant à garder son calme et sa concentration. Le truc … C’était de ne faire aucun geste brusque car sinon … C’était complètement foutu. Avec lenteur, il voulut fouiller dans son sac pour prendre un autre piton mais aussitôt, il glissa de ceux sous ses pieds, poussant un cri de surprise. Il se mit sur le dos, serrant les dents alors qu’il venait de faire une chute cinq mètres. Ce n’était pas très douloureux contrairement à ce que l’on pensait mais … il avait réussi à éviter de blesser son bras droit. Pfiou … Il se redressa sur le sol rocailleux, cherchant à récupérer ses pitons par quelque gymnastique assez douteuse en soi. Puis dès que ce fut le cas, il n’eut pas le temps de faire deux pas que le sol se remit à trembler. Et voilà que ça le reprenait !

Il décida de se placer au milieu du petit espace où il était. Ni trop près du bord pour ne pas tomber, ni trop près du mur pour avoir une bonne vue. Avec agilité, il évita les pierres, plus ou moins grosses. Voilà … Depuis le jour où il s’était cassé le bras, le seigneur des cieux avait complètement perdu les pédales. Etait-il en colère car il n’avait pas réussi à le tuer avec cet arbre ? AH ! Il n’était pas du genre à se laisser faire de la sorte ! Il allait devoir faire bien plus que ça pour espérer l’emmener rejoindre ses parents ! Il avait la hargne et c’était ça son principal vecteur dans sa conduite ! BON ! Ce n’était pas tout ça mais il avait quand même cette montagne à escalader, qu’importe ce que Rayquaza mettrait en travers de son chemin !

L’Azumarill ? Il n’y pensait plus … Même si il espérait intérieurement ne plus avoir à le revoir … Et en même temps qu’il s’en tire correctement. Ca l’embêterait quand même dans le fond puisque ça voudrait dire qu’il s’est cassé le bras pour rien. Au passage, combien de temps cela allait-il prendre pour que son bras aille mieux ? Il espérait juste que ça ne prenne pas trop de temps quoi … car bon … Pas d’escalade, pas d’avancée, pas d’avancée, perte de temps … Et du temps, même si il en avait à revendre, il préférait ne pas le gaspiller pour rien. Ou alors … Il pouvait chercher une autre méthode pour grimper ! La bonne idée !

Pourquoi est-ce qu’Arceus avait dit ça ?! De telles paroles ne pouvaient pas rester … impunies ? Non … C’était Arceus, le seul être au-dessus de lui … Il ne pouvait pas réfléchir à autre chose ! Pourquoi ?! Pourquoi ?! POURQUOI ?! Depuis qu’Arceus était venu, sa colère était restée la même et bien qu’il ne poussait pas de cris, ses nombreux coups de queue sur le sol suffisaient à provoquer des avalanches, des éboulements et autres mini-cataclysmes. Ah … Ah … Et sa colère ne semblait pas s’arrêter, rendant impossible toute conversation avec lui. Arceus était reparti sans même chercher à le calmer. Il fallait dire que sa colère s’était accentuée en voyant ce qui s’était passé avec Raikoso.

Raikoso … L’enfant au bras brisé par sa faute. Il ne s’en voulait pas de cela … Pas du tout, il n’exprimait aucune pitié à son encontre mais ça le mettait encore plus en rage envers lui-même. Comment avait-il put faire une telle chose ?! Ca … Hum … Il devait se calmer mais ce n’était pas possible de la sorte ! Car il était incontrôlable quand il était en colère ! Quand … Quand … Il savait qu’Arceus avait raison … mais qu’il ne l’acceptait pas ! Il y avait tellement de choses qui pouvaient l’énerver … Cette discussion venait de se rajouter à la liste ! Peut-être … regarder longuement Raikoso pour se calmer ? Non ! Ça voudrait alors dire qu’Arceus avait raison et cela, il ne l’acceptait !

Pourtant … Pourtant … L’enfant ne semblait pas abandonner l’escalade … Après une telle chose … Il aurait normalement réagit et aurait décidé de rentrer définitivement … pour ne plus escalader à nouveau. Mais … Il continuait … Même à une main … Il savait que le jeune garçon n’aurait pas arrêté … Il le savait maintenant depuis le temps. Ce n’était pas quelqu’un qui abandonnerait à la moindre contrariété. Et puis … Son bras droit s’était cassé pour une noble cause, une cause qui l’avait étonné sur le moment. Sauver l’Azumarill qui l’avait sauvé auparavant. Ainsi, ils étaient quittes … d’après lui.
Ah … Il se sentait un peu plus soulagé maintenant. Sa queue vint frapper le sol plusieurs fois de suite, signe de son contentement, provoquant une nouvelle vague d’éboulements et d’avalanches bien que cela était de l’autre côté de la montagne. Il fallait déplorer de nombreux morts, que cela soit du côté des humains ou du côté des humains mais cela ne l’intéressait pas du tout. S’il devait compter le nombre de vies qu’il avait retirées, il n’en avait pas terminé. Bon … Ah … Pfiou … Besoin de se reposer un peu … Il n’avait pas décidé de prendre une pause depuis le départ d’Arceus.

Ah … Bon … Il observait Raikoso qui peinait horriblement avec son bras cassé. A cette allure, ça allait être très difficile de progresser mais surtout de se soigner. Il était parti pour plusieurs mois de guérison puis ensuite d’autres mois pour remuscler son bras … car il allait devoir l’utiliser à nouveau s’il espérait escalader la montagne. D’ailleurs … Qu’allait-il faire pendant tout ce temps ? Puisqu’il ne pouvait pas mouvoir son bras droit ? Cela l’intéressait en partie. Il se demandait simplement … ce que le jeune garçon avait prévu.

C’était une bonne manipulation. Certains pans de la montagne, surtout à ce niveau, n’avaient pas besoin forcément d’être escaladés. Il y avait d’autres possibilités comme le simple fait de les monter tranquillement ou de chercher un chemin qui permettait d’y arriver sans trop se mouvoir dangereusement. C’est ce qu’il avait fait … Il était spécial ce jeune garçon, n’est-ce pas ? Il le remarquait au fur et à mesure … Le garçon semblait aussi changer peu à peu au fil des mois et des années. Mais bon … Ce n’était pas visible directement. C’était d’autres personnes … et d’ailleurs … Dans le fond, il le savait personnellement … Il devait … ne pas se mentir et se voiler la gueule. Finalement, il se dit à voix haute :

« L’avancée de cet enfant m’intéresse. Je veux voir jusqu’où il ira. »

Et bien … Malgré son bras en charpie, il y arrivait quand même ! Il était un peu soulagé, il devait se l’avouer. Il avait eu peur que tout soit terminé pour lui. Ca aurait été complètement stupide de s’arrêter alors qu’il avait une vengeance à accomplir hein ?! Réussir à aller au sommet … puis dire ses quatre vérités à Rayquaza ! Oh que oui … Il devait se venger de lui ! Il ne l’oubliait pas ça ! OH QUE NON ! Ca restait gravé dans sa mémoire ! Et cela pour toujours ! OUPS ! Il allait oublier la pépite dorée qu’il venait de trouver sur ce petit espace rocheux. Ah … Il allait devoir descendre en ville un moment quand même et puis …
Hein ? Quoi? Qu’est-ce qu’il venait de penser à l’instant ? Il avait besoin de se donner une petite claque sur le crâne. Il venait de penser à quoi là ? A retourner au village ? Et presque à y prendre du plaisir ? Non mais … Qu’est-ce qu’il pensait à cet instant ?! Il était bête ou quoi ! Il ne devait pas être heureux ! PAS DU TOUT ! Pas le moins du monde ! Le bonheur, ce n’était pas pour lui ! Ce n’était pas pour son histoire ! Il n’avait pas le droit d’être heureux et joyeux, ça lui été interdit ! Il ne pouvait pas … Non … C’était comme avoir des pokémons … Ca ne servait à rien … Il ne voulait pas en avoir … Car c’était inutile …

Assis contre un mur de pierres, il se recroquevilla sur lui-même, faisant attention à son bras droit cassé. Pourquoi est-ce qu’il avait pensé à ça ? Ce n’était pas normal … quand même non ? Enfin … A force de ne parler à rien, ni personne … C’était à peine si il se parlait à lui-même, il ne connaissait même pas le son de sa voix ! Il ouvrit la bouche, proférant quelques paroles incompréhensibles. Bon, ça allait, il savait quand même parler quoi ! Tiens, d’ailleurs, depuis quelques temps, les éboulements et les avalanches s’étaient arrêtés. Est-ce que cela voulait dire que Rayquaza était calmé ? Ça ne pouvait pas lui faire du mal tiens !
Il suffisait de ne plus y penser et tout allait beaucoup mieux ! AHHHH ! Il se redressa, un petit sourire aux lèvres. Il espérait que son bras allait se réparer bientôt hein ? Car bon, sans lui, il avait beaucoup de mal à s’améliorer même si depuis l’incident, il progressait à pas de géant … pour un petit homme comme lui ! Ah … Bon … Il poussa un profond soupir, marmonnant quelques paroles à nouveau avant de se mettre à siffler. Tiens, d’ailleurs, qu’est-ce qu’il pouvait siffler ? Il n’y avait pas réellement pensé mais bon … AHHHH ! PENSER PENSER ! TOUJOURS PENSER ! Oh ? Des fleurs ? Elles étaient plutôt belles … Une carline à feuilles d’acanthe ! Il avait crié cela, se surprenant lui-même.
Comment … C’était possible de s’en rappeler ? Il n’avait pas ouvert … un livre depuis plus de deux ans … Mais il se rappelait encore de ces derniers ? Enfin … Non, il savait à peine lire, il avait appris avec sa mère et son père mais quand même … Ça lui été resté gravé dans sa mémoire ou quoi ? C’était étonnant … mais il appréciait quand même. Enfin, il appréciait que ses pensées restent gravées et lui permettent alors de se rappeler de ses deux parents. Ah … Bon … Il cueillit la petite fleur à la corolle blanche et au calice jaune, la respirant longuement. Ah … C’était bizarre … d’aimer de telles choses. Ça lui manquait … d’apprendre les fleurs … Leurs noms, à quelle altitude on les trouve et toutes ces choses. Ah … Zut … Il était un peu triste … non pas en colère et triste … juste triste …

Est-ce que c’était bête d’être triste pour une raison aussi futile ? Et la mort de ses parents … Est-ce que c’était absurde de vouloir les venger ? Hum … Il venait d’y réfléchir … mais non … Ce n’était pas stupide. Sinon, tout ce qu’il avait fait depuis le départ … était voué au néant. Est-ce qu’il pouvait vraiment penser de la sorte ? Non … Il ne devait pas du tout ! Ce n’était pas possible ! Il ne pouvait pas ! AH ! NON NON ET NON ! Il observa la fleur plus longtemps, venant l’insérer dans l’un des nombreux trous de son haut. Il allait la garder avec lui et il allait essayer de voir si il y avait une possibilité de trouver d’autres fleurs, de se remémorer quelques souvenirs avec elles.

Hum ? Bizarre … C’était bizarre … Qu’est-ce que le jeune garçon faisait ? Cueillir des fleurs ? Cela l’avait étonné, surtout venant de la part d’une personne qui ne pensait qu’à se venger. Alors bon … Les fleurs, les garder auprès de lui, tout ça … Ce n’était pas le jeune garçon qui voulait se venger normalement. C’était une autre personne. Mais … Une autre personne qui pouvait avoir aussi son intérêt en soi. Le fait qu’il ne veuille pas escalader à tout prix … ou alors qu’il pense un peu à ce que la montagne pouvait lui offrir … Hum … Il évoluait, comme les pokémons, sans pour autant modifier son métabolisme. C’était intéressant à savoir en un sens. Mais quand même …

Il dandinait la tête de gauche à droite, ne remarquant même pas qu’il suivait le rythme de Raikoso lorsque le jeune garçon s’était mis à siffler. C’était sympathique, très sympathique, il n’y avait pas vraiment de musique mais cela était plaisant à entendre. Il secoua sa tête, qu’est-ce qui lui prenait de réagir de la sorte ?! Maintenant qu’il s’était calmé, ça ne voulait pas dire qu’il devait faire ami-ami avec le jeune garçon ! De toute façon, celui-ci se fichait royalement de ce qu’il pensait … de ce qu’il pensait … Qu’est-ce qu’il avait à faire de l’avis du jeune garçon sur ce qu’il pensait hein ? Il n’allait pas lui poser la question en face à face de toute façon ! AH ! Plus sérieusement … Sincèrement … Où était l’intérêt dans tout cela ?

Qu’est-ce qui lui prenait de réagir ainsi ? Est-ce que les paroles d’Arceus étaient plus ancré dans sa mémoire qu’il ne l’aurait cru ? Peut-être … que … dans le fond … Est-ce qu’Arceus avait raison ? A la base, il était le dieu de tout … Alors, il avait surement raison dès le départ, n’est-ce pas ? Non … Il n’acceptait pas ça … Il n’acceptait pas qu’il porte de l’intérêt à un humain … Ces histoires où les pokémons légendaires se rapprochaient des humains … Ce n’était qu’une légende, une histoire qu’il détestait croire ! Il ne voulait pas y croire, voilà tout ! Car ce n’était pas possible … que lui … soit … ainsi.

Non … Ce n’était qu’une illusion … Une chimère … Pourquoi s’intéresserait-il plus que cela à l’humain ? On ne pouvait pas le faire changer ainsi. C’était impossible. Il ne bougerait pas du sommet … Non … Car le jeune garçon espérait arriver au pic du mont Elyeus … Mais ça ne changeait rien … Il n’y arriverait pas … Personne ne pouvait y arriver au sommet. Qu’importe l’effort que le jeune garçon … Il ne pouvait accéder au sommet … Car le sommet était un véritable traître … qu’importe celui qui tentait de le grimper. Il ne bougerait pas de là … attendant patiemment le jour où quelqu’un ou quelque chose arriverait à son niveau, celui des cieux … Ah … D’ailleurs … Qu’est-ce que le jeune garçon devenait ? A force de trop réfléchir à tout cela, il ne l’observait plus.

Hum … Tiens donc … Il avait arrêté sa cueillette de fleurs et semblait frissonner un peu. C’était normal hein ? Avec des habits troués et le fait qu’il progressait par rapport à son escalade, ça n’allait pas l’équateur non plus. Vraiment … Bon … Ce n’était pas dans ses habitudes mais pour l’occasion, il pouvait bien faire quelque chose. Il leva la tête en direction des cieux, les nuages se dispersant peu à peu pour laisser passer la lumière du soleil. Voilà … Avec cela, le froid ne devrait plus être un souci … pour l’instant … car s’il continuait à cette allure, il risquait d’avoir une mauvaise surprise.

Mais à sa heureuse surprise, le garçon semblait avoir compris … Il avait commencé à comprendre que la température devenait de plus en plus froide et donc que son corps allait de moins en moins le supporter. En réponse à cela ? Il avait essayé de se recouvrir de feuilles gluantes issues de quelques arbres pour boucher les trous. Ce n’était qu’une solution peu viable mais pour l’heure actuelle, c’était bien plus qu’utile. Hum …. Il allait commencer à connaître la véritable terreur du mont Elyeus … Il n’était pas encore au quart de la montagne … et pourtant, ce n’était que le début des problèmes.

Bien … Bien … Bien … Ou non. Ce n’était pas bien du tout ce qui venait de lui arriver visiblement. Il y avait un gros souci à l’heure actuelle. Mettre des feuilles pour boucher les trous de ses vêtements, c’était bien, mais ça n’allait pas durer. Il ne s’était pas attendu à ce que le froid vienne aussitôt à cette hauteur mais c’était normal. Contrairement aux fleurs, il avait oublié les paroles de ses parents à ce sujet. Plus ils grimpaient sur la montagne, plus la température diminuait au fur et à mesure. Hein ? D’ailleurs, en regardant plus haut, c’était lui ou alors … ll voyait un peu de neige ? Enfin … Plus en hauteur, encore loin de l’endroit où il se trouvait. Ah zut … De la neige …
Il était motivé mais pas stupide. Vouloir continuer à grimper sans des vêtements plus chauds, c’était absurde … complètement absurde … Et puis, il allait devoir prendre une tente non ? Non … Il ne devait pas utiliser trop d’affaires … juste se débrouiller seul. Mais en même temps, c’était complètement stupide de ne pas vouloir utiliser les outils qu’on lui mettait à disposition non ? Alors … Il devait y avoir recours. Ah oui … Il allait descendre à nouveau dans le village, voir ce qu’il devenait en même temps et acheter vraiment tout le matériel nécessaire pour continuer l’escalade. AIE ! En même temps, il irait voir pour son bras car celui-ci lui faisait atrocement souffrir.

Ah … En fait, peut-être qu’il allait descendre dès maintenant, ça serait une meilleure idée car là … Il ne pouvait plus réellement avancer avec son bras cassé. En même temps, il allait noter dans sa tête le chemin qu’il avait pris. Du moins, c’est ce qu’il aurait aimé faire s’il n’était pas en train de courir, poursuivi par un Ursaring. Là, le combat était complètement inutile et il se demandait pourquoi il en rencontrait un sur sa route ! Qu’est-ce qui se passait ici ? Ça n’avait rien à voir avec les Racaillou d’auparavant ! AIE ! AIE ! Son bras droit continuait de lui faire mal alors qu’il fit un saut pour descendre de cinq mètres environ. Il atterrit sur une petite surface qui lui aurait coûté la vie s’il avait décidé de faire un trop grand saut. Néanmoins, pas le temps de de se reposer ! L’Ursaring sauta à son tour, atterrissant devant lui bien qu’il lui tournait le dos. Il pouvait en profiter pour s’enfuir ou alors … Il poussa un hurlement de douleur, prenant appui sur ses deux mains avant de donner un violent coup de pied dans le dos du pokémon, celui-ci se retrouvant poussé dans le vide.
… … … Zut … … … ZUT ! ZUT ! ZUT ! Il n’avait pas pleuré pour la mort de ses parents, il n’avait pas pleuré en se rappelant d’eux, il n’allait pas pleurer à cause de la douleur quand même hein ! Aie … Ca faisait mallllllllllll ! Couché sur le sol, sur le dos, en sueur, il s’était mis à gémir tout en haletant. Ah … Ah … Ah … Ah … Il avait sa vue qui se brouillait à cause de la douleur mais … mais … Quand même … Qu’est-ce qu’il avait fait pour mériter une telle chose hein ?! Il n’avait rien fait … Il était un grand garçon ! Ah … Ah … Il allait devoir faire attention dorénavant. Si les pokémons l’attaquaient sans qu’il ne puisse répliquer, il n’allait pas s’en sortir. Peut-être qu’avec l’Azuma… Non ! Il en était hors de question ! Il n’allait pas penser à ce pokémon plus que ridicule !

Bon … Il devait descendre … maintenant … Plus facile à dire qu’à faire. Néanmoins, le chemin ne semblait pas si long que ça bien qu’il lui fallut quand même deux à trois heures pour descendre tout ce dont il avait progressé. Ca l’ennuyait de revenir en arrière, il avait l’impression de ne pas s’améliorer mais il savait que ce n’était pas le cas. Lorsqu’il revint au village, plusieurs têtes se tournèrent vers lui. C’était une impression ou alors, le village semblait s’être amélioré au niveau de la condition de vie ? Enfin … Qu’importe, il se dirigea vers le magasin qui avait doublé de taille depuis la dernière fois. Lorsqu’il en ressortit, le marchand semblait fou de joie, lui signalant de se rendre chez le médecin qui s’était installé dans le village pour son bras. Qu’est-ce qui se passait ici ? Il avait l’impression que tout était différent … sans aucune raison réelle. Ce n’était pas normal …

Il était encore reparti de la montagne … C’était assez ennuyeux en un sens. Néanmoins, il comprenait la raison qui l’avait poussé à agir ainsi … La montagne était beaucoup trop forte pour lui à l’heure actuelle. Mais quand même … Récupérer les quelques pépites d’or, ce n’était pas forcément une bonne chose. Ça n’allait mener à rien de bon toute cette histoire. Mais c’était la récompense du jeune garçon qui passait son existence dans la montagne. Nul n’avait passé autant de temps que lui dans de telles conditions, dès le plus jeune âge, avec un tel but … Il était alors normal qu’il ait une telle chose.

Mais en attendant, qu’est-ce qu’il allait pouvoir faire ? Il pouvait facilement observer le village où le jeune garçon habitait auparavant … Il suffisait juste qu’il se lève du sommet et s’envole mais … Non … Il ne bougerait pas … La raison était très simple … Il ne le voulait pas. Bouger impliquerait de briser les efforts que le jeune garçon fait depuis le début. Il suffisait d’imaginer que Raikoso arrive au sommet … et qu’il n’y soit pas. Quelle déception cela allait-il être n’est-ce pas ? Enfin … C’était une hypothèse ridicule car pour cela, le jeune garçon allait devoir escalader la montagne … et cela ne se faisait pas en une journée.

Hum … Quand même … C’était ennuyeux sans le jeune garçon … Très ennuyeux même … Il poussa un petit soupir, sa tête nullement penchée en direction du vide, juste regardant l’horizon lointain devant lui. Qu’est-ce qui était en train de faire ? C’est vrai … Le jeune garçon mettait du temps à revenir, beaucoup trop pour que cela soit normal. Est-ce qu’il avait abandonné cette idée ? Est-ce qu’il avait décidé de ne plus monter ? Non … Ce n’était pas possible. Ce gamin n’abandonnerait pas ainsi alors pourquoi est-ce qu’il pensait une telle chose ? S’il ne voulait pas y croire hein ? Hein ?

Sincèrement … Quelque chose devait clocher dans sa tête. Auparavant, il ne s’ennuyait pas, il n’exprimait aucune lassitude, il laissait simplement le temps s’écouler normalement … et là … Depuis les paroles d’Arceus, il semblait se sentir un peu trop concerné par le jeune garçon. C’en était assez troublant d’ailleurs. Il n’avait pas pour habitude d’une telle chose qu’il sache. Ah … Bon … Qu’est-ce qu’il faisait ? Hum … Bien qu’inaudible, il poussa des soupirs à peu près chaque heure où il ne voyait pas Raikoso. La progression de l’enfant avait été un divertissement plus qu’intéressant et … le voir agir de la sorte pour l’Ursaring … C’était vraiment quelque chose d’assez exceptionnelle.

Un coup de pied aux fesses et l’Ursaring était passé par-dessus bord ! Il en avait de la jugeote d’après ce qu’il avait remarqué chez le jeune garçon ! AH ! Son corps se redressa aussitôt, sa tête plongeant en direction du vide. Il était revenu ! Il en était sûr et certain qu’il était revenu ! Le jeune garçon avait maintenant un plâtre à la place des morceaux de bois sur son bras droit. Il avait été … le faire se soigner ? Ah … C’était peut-être pour cela que ça avait pris plus de temps ? Et ses vêtements maintenant? De nouveaux habits pour lui permettre de bien le tenir au chaud pendant l’hiver ? Hahaha … Ça lui allait plutôt bien. Et son sac aussi était plus remplit qu’auparavant.
Ah … Voilà donc … Il avait décidé finalement de prendre une tente et un sac de couchage … Ah … Voilà donc … Il commençait peu à peu à saisir l’importance du mont Elyeus. Ce n’était pas ainsi que ça devait se passer si on voulait progresser … loin de là … Mais peu à peu, il allait comprendre à quel point le mont Elyeus faisait les choses … malgré son immobilité prenante. Oui … La montagne était vivante, bien vivante mais pour le découvrir, il allait devoir continuer de l’escalader. Sauf que dorénavant, le jeune garçon allait peu à peu se retrouver face à face avec la véritable terreur du mont Elyeus. La base de la montagne n’avait que le début… de son aventure.

Chapitre 4 : Refus de se dévoiler

Chapitre 4 : Refus de se dévoiler

Des regards étonnés, à gauche et à droite. C’était normal … Plus que normal même. Il avait maintenant un peu plus de dix ans mais on pouvait facilement lui en donner deux ou trois de plus à cause de sa tenue et de son allure. Son sac sur le dos, étrangement léger, il était finalement descendu de la montagne après plus d’une année. Oui … C’était exact … Il était descendu alors qu’il voulait atteindre le sommet. Assez ironique, n’est-ce pas ?


Pourtant, ce n’était pas parce que les autres lui manquaient ou alors une stupidité de ce genre, non, loin de là même. C’était … différent … Il avait aussi l’impression que le temps s’était arrêté depuis son départ. Le village n’avait pas changé du tout … ou alors peut-être que si … Il avait dépérit entre temps … Il y avait moins de monde dehors, moins de joie, moins de bonne humeur … C’était assez bizarre … et triste en même temps … Difficile de s’exprimer convenablement car il n’était pas ému par ce qu’il voyait.
Il pénétra finalement dans une boutique … mais pas n’importe laquelle. Une boutique qui vendait de tout et de rien … comme une brocante. Elle n’avait pas vraiment changé entre temps. Oh … Les deux pokémons étaient toujours présents et ils émirent même un petit grognement du côté canidé quand il rentra. Néanmoins, comme cela n’avait été qu’une fois, le pokémon ne pouvait pas le reconnaître. Sans même saluer l’homme qui dirigeait le magasin, il observa les rayons, récupérant divers objets qu’il connaissait très bien.

« Euh … Est-ce que je peux vous aider ? » demanda le marchand, s’approchant de lui avec un faible sourire, signe de méfiance de sa part. Un jeune garçon, habillé de la sorte, tout cela était plus que suspect aux yeux de l’homme. Pourtant, lui semblait n’en avoir rien à faire. Il continuait de récupérer des cordes, les jugeant à la taille mais aussi à leur épaisseur tout en prenant tout ce qu’il fallait d’autre. Il récupérait même des choses dont il ne savait guère l’utilité à l’heure actuelle mais dont il allait apprendre très bientôt. Lorsqu’il eut terminé, il observa son sac à dos, haussant les épaules avant de se diriger vers la caisse.

Là, il ouvrit son sac, sortant plusieurs pierres dorées de plusieurs tailles. De l’énervement à ne pas avoir de réponse, le visage du marchand passa à la surprise. Une surprise bien réelle qui le fit prendre l’une des pierres pour la juger. Puis ensuite, il la déposa, en prenant une seconde et ainsi de suite. Qu’est-ce qu’il avait avec ça ?! Il y avait un problème avec les pierres qu’il avait récupérées dans la montagne ou quoi ?! L’homme se tourna vers lui, commençant à lui demander :

« Où est-ce que tu as trouvé cela ? Est-ce que tu l’as volé ? »

« … … … Dans la montagne, je les trouve. Est-ce que ça vous suffit ? » dit le garçon en reprenant toutes ses pierres sauf une qui devait faire cinq centimètres de diamètre. L’homme voulut répliquer que c’était beaucoup trop mais l’enfant était déjà parti avec son nouvel équipement, flambant neuf par rapport à celui qu’il utilisait auparavant.

Sur le chemin, il regarda les différentes personnes qu’il rencontrait, son sac ayant pris bien plus de poids depuis qu’il avait maintenant récupéré ce dont il avait besoin. Pourtant, les différentes pierres dorées qui lui restaient … étaient maintenant complètement inutiles. Sans même prêter attention à qui récupéraient les pierres, il en envoyait une par une un peu à gauche, un peu à droite. Enfin, il quitta le village, ne semblant même pas se douter de ce qu’il venait de faire par rapport à une potentielle grosse fortune en pépites dorées.

Il était de retour … Comme il s’en était douté. La première fois, il avait pensé à un abandon mais maintenant … Il savait que le jeune garçon continuerait de lutter jusqu’au bout. Pourtant, il n’avait que dix ans … mais sa volonté était bien plus grande que la majorité des humains qui tentaient d’escalader la montagne. Il l’avait su … au moment où le jeune garçon avait crié sous la pluie, un cri qui lui avait causé une extinction de voix pour quelques jours. Mais ce cri avait été produit en réponse au sien … et il avait compris cela.

Il avait compris que le garçon n’abandonnerait pas cette bataille. Néanmoins, il allait devoir comprendre que ce n’est pas en redescendant de la montagne à chaque fois qu’il pourra espérer progresser. Oh … Car les progrès étaient maintenant bien visibles. Le jeune garçon était encore loin d’égaler le niveau des meilleurs escaladeurs mais il était bien parti pour les rejoindre. Oh … Oui … Ce n’était guère souvent qu’il reconnaissait un peu que certains humains ou pokémons avaient quelques capacités … mais ce n’était pas pour cela que ça voulait dire qu’ils étaient capables de l’atteindre, loin de là même.

Oh … que non … Tiens … D’ailleurs, pourquoi était-il parti dans son village ? Car il avait besoin d’un nouvel équipement ? Pourtant, après ses récentes démonstrations d’escalade à main nue, il avait pensé que le jeune garçon continuerait de cette manière. Il fallait l’avouer, le voir utiliser seulement ses mains, sans artifice ou objet, c’était assez … impressionnant ? Surtout pour un enfant de dix ans que l’on pourrait comparer à un Capumain. Tiens, en y réfléchissant, ses relations par rapport aux pokémons étaient toujours aussi … froides. Raikoso n’accordait plus aucune importance à ces derniers d’après le constat qu’il avait fait.

Mais ce n’était pas tout … Il était toujours aussi … insensible au monde qui l’entourait. S’il y avait bien une chose qui n’avait pas évolué, c’était ses sentiments. Le jeune garçon ne semblait plus être affecté par le monde qui l’entourait. C’est dommage … Car il n’y arriverait jamais seul … Peut-être était-ce cela qui était plaisant chez les humains ? Et les pokémons ? Oui … Le fait qu’ensemble, ils pouvaient faire des choses merveilleuses … De nouvelles civilisations, des habitations, de nouvelles sciences, cultures et autres … Les êtres intelligents procuraient un intérêt … qu’il sentait revenir en lui depuis que le jeune garçon était apparu.
Mais … Il ne se faisait aucune illusion … Car si les êtres intelligents étaient capables des meilleures choses … Ils étaient aussi capables des pires. Les guerres de clans entre les pokémons, la xénophonie de certaines races pokémon envers d’autres … Les armes des humains … Les pires tortures qu’ils étaient capables de créer pour salir et humilier d’autres personnes qui leur ressemblaient … Car oui … Tous les humains se ressemblaient … Ils avaient deux bras, deux jambes, ils marchaient de façon bipédique sauf les plus jeunes d’entre eux. Alors, pourquoi se déchiraient-ils entre eux ? Car contrairement aux pokémons, ils étaient tous issus de la même origine …
C’était stupide … Particulièrement stupide … d’avoir espéré une telle chose … Il fallait dire qu’il veillait sur ce monde depuis des millions d’années … beaucoup plus que la majeure partie des pokémons que les gens considéraient comme légendaires car ils ne les voyaient jamais. Ah … Quelle idiotie … Pourquoi pensait-il que cela pouvait changer ? A cause de cet enfant ? Non … Ce n’était qu’une illusion … Une chimère complètement inutile car un jour ou l’autre, il flancherait … et il tomberait … comme les autres. Non … Raikoso était déjà tombé depuis longtemps … depuis le jour où ses parents étaient morts … Depuis le jour où il leur avait retiré la vie sans même s’en rendre compte … à cause du mont Elyeus.

« Les illusions sont faites pour être brisées un jour. »

Ah … Ah … Cela lui faisait du bien de ne plus avoir les deux mains en sang. Il arrivait à grimper avec autant de facilité qu’auparavant mais cette fois-ci, il ne se faisait plus mal du tout. En plus, l’équipement qu’il avait pris était bien plus solide que les objets usés de ses parents. Par contre, il n’avait pris que le strict nécessaire … de son équipement. Pas de tente, rien de confortable, ni même à manger ou à boire. Il continuait de vivre sa vie comme auparavant … Une vie bien calme et triste en soi. Quant aux pokémons qu’il rencontrait … Il n’hésitait plus à les ignorer ouvertement, qu’ils soient en train d’essayer de l’attaquer comme les Férosinges ou alors de demander de l’aide comme les petits Goupix. Non … Il n’en avait rien à faire … Et cela était de même pour tous les humains qu’il tentait à tout prix d’éviter.

Son existence se résumait en un mot : solitaire. Il était seul … contre tous. Que ça soit les pokémons, les humains, la montagne, Rayquaza. Il était seul à les affronter et c’était comme ça qu’il envisageait son futur, il n’en voyait aucun autre à l’horizon à l’heure actuelle. Etrange pour son âge de penser au futur, n’est-ce pas ? Et pourtant, chez lui, ça ne l’étonnait pas. Il n’envisageait pas réellement son futur … car il savait qu’il n’en avait pas. Dès qu’il rencontrerait Rayquaza si il n’était pas mort entre temps, il savait qu’il n’en ressortirait pas vivant, loin de là même. Ce n’était pas de l’espérance ou autre … loin de là même. C’était plutôt de la résignation. Il ne voulait pas se faire d’illusions.

Ah … La nuit était tombée alors que cela faisait maintenant plus d’un trimestre qu’il avait acheté son équipement. Adossé à un arbre solitaire, sur un pan de la montagne, il observait le ciel étoilé et absent de nuages. C’était … spécial comme vue … mais il l’appréciait. Ah … D’ailleurs, c’était peut-être l’unique chose qu’il appréciait dans ce monde à l’heure actuelle. Les étoiles … Hum … C’était sympathique comme vue … Très sympathique même … Il devait juste éviter … de trop s’y attarder car il se sentait mal quand il les regardait.

Le lendemain, il s’était redressé de l’herbe sur laquelle il s’était installé. Ah … Zut … de zut … Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il passa une main sur ses yeux, remarquant qu’il avait pleuré à moitié tandis qu’il se frottait pour retirer les larmes. C’était quand même pas le ciel qui lui avait fait cet effet, n’est-ce pas ? Pfff ! Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il avait du mal à comprendre ce qui se passait des fois avec son corps ou du moins sa tête … C’était bête de penser comme ça, ce n’était pourtant pas dans ses habitudes hein ?

Pour les prochains mois, il avait décidé de tirer un trait sur ses pensées. Il ne devait plus penser comme auparavant … Complètement oublier tout ce qu’il était, ce qu’il faisait, tout … Pour faire le vide dans son esprit. Quand il s’imaginait tout ça dans sa tête, c’était ridicule … et encore plus quand il réfléchissait à l’idée de ne plus penser … alors qu’il était en train de penser à l’instant même. L’ironie du sort, n’est-ce pas ? Enfin bon … Ce n’était pas son problème à l’heure actuelle. Aujourd’hui, il allait prendre quelques mètres sur la montagne, il n’avait pas le choix. Il fallait qu’il arrête de stationner à cette hauteur … ou cette basseur comme il aimait l’évoquer bien qu’il n’était pas sûr du tout que le mot existe dans le langage courant. De toute façon … Il n’avait jamais rien appris sauf à vivre … et à survivre dans cette montagne. Le reste n’était pas important, il n’avait besoin de rien d’autre.

Pourtant, cela semblait l’aider. Ne s’intéresser à rien, ni personne, ça lui avait permis de comprendre l’utilité des coinceurs. Plus il montait, plus il y avait de fissures sur les murs qu’il escaladait. Ainsi, au lieu d’utiliser ses deux mains pour se les coincer, il utilisait alors le coinceur et … une poudre blanche qui était de la magnésie d’après ce qui était marqué sur le bocal qu’il avait pris. Ses mains devenaient alors plus que sèches et si ses prises bien meilleures ! Il sentait qu’avec tout ça, il allait y arriver très facilement. C’était plus qu’une question de volonté pour continuer à progresser !

Il se débrouillait bien. Il voyait les efforts que le jeune garçon faisait pour escalader la montagne. Il avait appris diverses méthodes avec ses … nouveaux objets. Il ne pouvait que le remarquer, lui, juché au sommet de la montagne depuis maintenant plus de deux ans. Il n’avait pas bougé de cet endroit, ne semblant pas s’intéresser à autre chose. Ce qui était en partie vrai. Même si il ne s’intéressait à rien autour de lui, ça ne voulait pas dire qu’il avait un intérêt singulier pour Raikoso. Loin de là même … C’était simplement … qu’il était plus diverti par lui que par le reste du monde, voilà tout.

Ça ne voulait rien dire d’autre hum ? Il ne fallait pas tirer de plan sur la comète bien que pourtant, il y avait beaucoup de choses à dire sur les étoiles à ce sujet. Mais bon … Ce n’était pas le moment de contempler ces dernières même si il s’avérait que lorsque la nuit tombait, il les observait, se demandant si avec ses capacités, il pouvait espérer les atteindre un jour. En tant que créature légendaire, capable de diviser le monde en plusieurs fragments par sa toute puissance, est-ce qu’il pouvait y arriver ? Quelle réflexion absurde venant de sa part. Il devait se vider l’esprit et pour cela, il avait trouvé le remède. Sa tête pencha du ciel en direction du vide, là où il pouvait suivre les mouvements de Raikoso.

Le jeune garçon … Hum … C’était un humain spécial, n’est-ce pas ? Le genre d’humain que l’on ne rencontrait qu’une fois par millénaire … Un héros ? C’était ainsi qu’on devait l’appeler ? Non … Un héros était là pour un peuple, une civilisation … Or, c’était tout le contraire avec Raikoso. Celui-ci n’avait rien d’un héros … Pourquoi est-ce qu’il essayait de donner ce titre au jeune garçon ? Car il estimait qu’il le méritait ? Depuis quand était-il aussi indécis ? Il était presque comme cette … Latias qui avait trop fricoté avec les humains, aimant créer l’illusion d’être une humaine. Elle s’en montrait ainsi trop souvent confuse. Enfin … Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait plus vu aucun autre pokémon … Du moins, eut une conversation avec l’un d’entre eux.

Donc bon … Tiens ? Il venait d’arriver au premier millier de mètres de la montagne … Il n’en restait presque plus que neuf milles autres avant d’espérer l’atteindre. D’ailleurs, dans sa tenue actuelle, trouée de partout, il allait bientôt ressentir le problème qui arrivait lorsque l’on décidait d’escalader une montagne. Oh oui … Et ce n’était pas forcément bon signe … En fait non … C’était même tout le contraire mais est-ce que le jeune garçon allait le remarquer ? Le comprendre ? A l’heure actuelle, il n’y avait que peu de chance.
La raison ? Elle était pourtant très simple … C’était une tête de mule, non ouverte à la discussion et aux remarques d’autrui. A partir de là, têtu comme il était, Raikoso n’allait jamais recevoir de conseils qui lui permettrait de progresser. C’était bien beau … de vouloir se débrouiller en solitaire mais il n’était pas un pokémon légendaire, loin de là même. Oh non … Il y avait tellement de différences entre Raikoso et lui … La première différence, la majeure même … était le fait qu’il soit un pokémon et Raikoso … un simple humain. Oh, il allait faire une liste des différences entre lui et le jeune humain. Ça allait l’occuper.

Néanmoins, il n’avait pas vu l’imposante forme au-dessus de lui, invisible. Une forme chevaline … et à la peau blanche … Mais ce n’était pas n’importe quelle forme. C’était celle qui avait régit l’univers, lui donnant une forme et une consistance … Mais il en était de même pour la planète sur laquelle Raikoso et Rayquaza vivaient. Elle avait une allure à moitié centaurienne, ainsi qu’un demi-anneau doré autour de la croupe et la pointe de ses sabots était elle aussi dorée. Le dieu de l’univers … était là … en train d’observer Rayquaza comme le seigneur des cieux lui-même le faisait : avec discrétion.

Brrr … Les nuits étaient un peu plus fraîches qu’auparavant mais ce n’était pas un souci à ses yeux ! Par contre, il sentait qu’il venait de franchir un cap important, très important même ! Il avait une meilleure vue qu’auparavant, escalader se révéler un peu plus difficile aussi mais … A côté, il trouvait un peu plus souvent ces pépites dorées … Ah … Il savait pertinemment que cela valait beaucoup d’argent mais il ne s’intéressait pas le moins du monde à cela. Ce n’était pas son but de s’enrichir … Et pourquoi l’aurait-il voulut ? L’argent ne lui plaisait pas, il n’avait besoin de rien, ni personne.

Néanmoins, il avait encore beaucoup de progrès à faire. Il savait qu’il avait franchi une étape … mais ce n’était que le début de son aventure. Et celle-ci était encore loin d’être terminée ! Mais à l’allure où il allait, il sentait qu’il n’en aurait pas terminé avec cette montagne avant une vingtaine voir une trentaine d’années ! Et d’ici là … Il serait déjà plutôt vieux ? Ou alors … aguerri … Ce qui peut être une très bonne chose. Enfin, ce n’était pas le moment de penser à toutes ces choses ! Plusieurs pitons enfoncés dans la roche, il avait plus de facilité à la briser … Il fallait dire qu’à force d’escalader, son petit corps s’était quand même musclé et endurci. Oh … Il ne ressemblait quand même pas à un monstre non plus !

Par contre … Il ne retournait pas au village. Il fallait dire que la dernière fois, c’était à cause de son équipement mais ce n’était qu’une ridicule parenthèse. Il n’avait pas besoin de descendre à chaque fois non plus … AH ! Mais pourquoi est-ce qu’il se compliquait la vie avec ça ?! Il s’arrêta subitement de réfléchir, remarquant qu’il était arrivé à un minuscule lac d’une quinzaine de mètres. Là-bas, il vit une petite forme sortir la tête de l’eau, le saluant gaiement d’un geste de la patte. Un Azumarill ? Qu’est-ce que …
La petite créature vint nager en sa direction, quittant l’eau avant de se rapprocher de lui. Elle le tira de ses deux pattes, semblant quand même heureuse de le voir. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il n’y avait aucune chance que cette créature soit quand même … Pourtant, à voir le petit regard qu’elle lui lançait, il ne put que se résigner à accepter la vérité. L’Azumarill était le même que celui qui l’avait sauvé il y a … un an de cela ? Il avait du mal avec les repères temporels, pensant que ça ne le concernait plus.
Enfin … C’était ce qu’il aimait se dire alors qu’il y a quelques temps, il pensait au nombre d’années nécessaires pour réussir à atteindre le sommet du mont Elyeus. Ah … Bon … L’Azumarill continuait de lui tirer le bas du pantalon comme pour attirer son attention. Il allait le lâcher un peu ? Il n’avait rien à voir avec ce pokémon à la base ! Il ne voulait pas d’aide ! Il ne voulait pas le revoir ! Alors pourquoi est-ce qu’il avait fallu qu’il tombe sur lui ? COMME PAR HASARD ?! C’était n’importe quoi ! C’était le comble de la malchance à ses yeux ! En plus, contrairement à l’autre fois, l’Azumarill ne semblait pas vouloir le lâcher … Pfff … Vraiment ! C’était pourtant pas difficile à comprendre qu’il ne voulait rien à avoir avec lui non ? Ou elle ? Il n’était même pas au courant s’il existait des pokémons filles et des pokémons garçons. Enfin bon … Si il était un peu logique, ça devient bien exister. Comme il y avait des pokémons papa et des pokémons maman. Bon … L’Azumarill semblait être un pokémon fille puisqu’elle était très attachée à lui.

Mais c’était la dernière des choses dont il avait besoin à l’heure actuelle ! Une pokémon ! Qu’elle le lâche ! Pfff ! Il n’avait rien fait pour mériter ça ! Il recula, se cognant contre un arbre. Si l’Azumarill continuait de le coller, ça n’allait pas se passer comme ça ! Il allait la frapper et elle allait comprendre sa douleur ! Enfin … Est-ce qu’il pouvait frapper une créature qui ne lui voulait aucun mal ? C’était quand même … stupide … d’être bloqué à cause de ça. Bon, peut-être qu’en lui criant dessus, elle s’enfuirait !

Hahaha … S’il avait été capable de rire, il l’aurait sûrement fait en voyant le jeune garçon en prise à l’Azumarill. Le destin venait de lui jouer un vilain tour. Héhéhé … Et qu’est-ce qu’il allait alors penser de tout cela ? Comment allait-il réagir ? Il semblait avoir été surpris d’après ce qu’il pouvait voir, là, au sommet du mont Elyeus. Ah … Il venait d’être amusé par la situation dont il ne se serait pas douté. C’était … vraiment … spécial d’observer le jeune garçon, tellement spécial qu’il ne vit pas l’ombre au-dessus de lui qui continuait de grandir jusqu’à ce que deux quatre sabots se posent au sol.

« Rayquaza … Cela fait longtemps que je n’ai eu de nouvelles de ta part. Il en est de même pour les humains et les pokémons. » murmura d’une voix neutre l’équidé au pelage blanc.

« Arceus ?! Que … Que faites-vous là ?! » demanda le pokémon serpentin de couleur émeraude, se redressant subitement, beaucoup plus grand qu’Arceus et pourtant si petit et ridicule comparé à la créature divine.
Ce qu’il faisait là était pourtant très simple. Arceus lui disait simplement que depuis plus de deux ans, il n’y avait eu aucun mouvement de sa part et que cela lui posait quelques interrogations sur une telle raison. Pourtant, en vue de la joie qui parcourait la gueule du pokémon légendaire des cieux, il n’y avait pas besoin d’explications. Pas besoin d’explications ?! Qu’est-ce que ça voulait dire ?! Il expliqua à Arceus qu’il avait simplement trouvé un nouveau jouet plutôt divertissant et rien d’autre !
Ce jouet qu’était Raikoso ! Ce jouet qui tentait de l’atteindre et rien d’autre ! RIEN D’AUTRE ! Alors pourquoi est-ce qu’Arceus remarquait sa colère ?! Il n’était pas en colère ! Même le dieu pokémon pouvait se tromper ! Ce n’était qu’un jouet ! Rien d’autre ! Raikoso n’était pas une inquiétude potentielle ! Qu’est-ce qu’Arceus voulait dire par là ?! Comment ça, il avait trouvé un intérêt à Raikoso alors que jamais auparavant, il n’avait réussi à comprendre les humains et les pokémons ?!

C’était Arceus en face de lui … C’était Arceus … Il ne devait pas s’énerver … Il ne devait pas s’énerver contre le dieu pokémon … Cela ne donnerait rien de bon. Mais qu’Arceusj juge ses actes ou plutôt son absence d’actes depuis plus de deux ans, ça lui mettait les nerfs en pelote. Qu’il lui donne aussi un jugement dont il se serait bien passé, PAREIL ! Ah … Ah … Il devait … se calmer … Faire subir le courroux de sa colère sur quelqu’un ou quelque chose. Mais au sommet, il n’y avait rien, ni personne ! A part Arceus ou lui-même … Ah … Ah … Bon … Bon … Prendre sa respiration, une profonde respiration.

Pourtant, Arceus semblait en rajouter. Pour un pokémon qui avait créé le monde, il avait une sacrée parlotte ! Il lui annonçait que ce n’était pas la première fois qu’un pokémon légendaire était intéressé par un humain au point de l’observer pendant de longs moments. Il citait le cas de Latias qui s’était entichée d’un humain ou alors de Darkrai qui avait accompagné et protégé pendant de longues années une humaine. Ce n’était pas parce qu’ils étaient uniques ou rares, qu’ils étaient puissants ou capables de déplacer des montagnes, qu’ils ne pouvaient pas ressentir des émotions comme les autres pokémons.

Parjure … C’était un véritable parjure pour lui. Le mettre au même niveau que les autres. Il poussa un hurlement terrifiant, se dirigeant vers le bord du sommet. Il donna un violent coup de queue, un éboulement se produisant, beaucoup plus violent que ceux qui étaient apparus depuis plusieurs décennies. Puis subitement, comme si il venait de comprendre la stupidité de son geste, sa tête se pencha dans le vide en direction de l’endroit où Raikoso se trouvait. Le jeune garçon avait recouvert l’Azumarill de son corps, un rocher passant au-dessus de sa tête, fracassant l’arbre. L’arbre qui tomba en leur direction. Raikoso poussa juste à temps l’Azumarill avant que l’arbre ne s’effondre sur lui.

« Et ça sera tout pour aujourd’hui, les enfants. » annonça la vieille femme, des cris se faisant entendre de la part des nombreux gamins en face d’elle.

« HEIN ?! Mais non ! Ce n’est pas possible ! Vous ne pouvez pas faire ça ! Vous devez nous dire ce qui est arrivé à Raikoso ! Allez ! S’il vous plaît ! Et puis pourquoi est-ce que Rayquaza a fait ça hein ? Hein ? Il était en colère contre Raikoso ? » demanda un jeune garçon.

« Nullement, simplement envers Arceus qui semblait avoir découvert plus de chose sur sa personnalité et ses pensées que lui-même. Rayquaza ne voulait pas s’en prendre à Raikoso mais ce fut une effroyable erreur de sa part. » reprit la personne d’un certain âge.

« Mais alors … Est-ce que ça veut dire que Raikoso, il est mourut ? » questionna une fille, parmi les plus jeunes du groupe, le regard plein d’innocence et de candeur.

« … … … Non. Raikoso n’est pas mort sinon, il n’y aurait plus de suite à l’histoire. Mais les séquelles qu’il a subit à cause de Rayquaza seront très importantes, bien plus que l’on ne le croit au départ. Mais tout ça, vous le saurez demain. Allez, rentrez chez vous, bande de petites canailles, n’oubliez pas de faire vos devoirs. »

« D’accord, madame ! » répondirent en chœur les enfants, les plus jeunes venant l’embrasser sur sa vieille joue ridée tandis que les autres partaient déjà avec leurs sacs sur leurs dos.
Ah … Cette jeunesse … Heureusement qu’elle était là … pour raconter cette histoire … Les années s’étaient écoulées depuis cet évènement … De longues années … Mais pourtant, elle s’en rappelait comme si c’était hier. Mais elle avait un rôle … Elle devait raconter cette histoire pour qu’elle perdure … au fil des ans. Car oui … Il ne fallait pas oublier … Il ne fallait pas oublier ces années …

Chapitre 3 : Cris

Chapitre 3 : Cris

Peu à peu, sans même que le jeune garçon ne le sache, il était sur toutes les lèvres du village. En bien ou en mal ? Cela dépendait des personnes. Plusieurs parlaient d’une étrange créature entre l’homme et le pokémon, courant à quatre pattes, capables de grimper aux arbres ou d’escalader la montagne sans difficultés. Ou alors tout simplement du fantôme d’une personne disparue en montagne, étant présente pour apeurer les escaladeurs qui se croyaient un peu trop téméraires.
Un monstre … C’était ainsi que les gens pensaient de lui. Ils ne savaient pas si il était amical ou non … Si il était dangereux ou alors unique en soi … Mais il était connu peu à peu dans le village. Personne n’aurait jamais pensé à faire une relation entre cette créature et le jeune garçon qui s’était enfui de l’orphelinat il y a bientôt deux années de cela. Non … Tous pensaient déjà qu’il était mort dans cette montagne sans même chercher à le retrouver. De toute façon, quiconque se lançait dans une telle entreprise était voué à un destin tragique. On ne pouvait tenter d’escalader la montagne Elyeus que si on était bien préparé avant, que cela soit mentalement ou psychologiquement.

Plus que de tenter de découvrir les parties cachées de la montagne, que cela soit ses petits jardins ou alors ses vues superbes, c’était maintenant lui l’attraction principale. Le jeune garçon l’avait remarqué en même temps que les flashs lumineux qui l’aveuglaient pendant qu’il courait pour échapper aux autres humains. Tout d’abord, il n’avait pas très bien compris ce que cela voulait dire mais ensuite, il s’était mis à suivre un groupe de randonneurs avec discrétion. Il était devenu plus que doué dans l’art de ne plus se montrer aux autres. C’était tant mieux, ça évitait les ennuis.


C’était ainsi qu’il avait appris à son sujet. Un monstre ? Un phénomène de foire ? Bien que naturellement, il n’en ait rien à faire de ce que les gens pensaient de lui, il se sentit un peu vexé. Qu’est-ce qui pouvait leur faire croire qu’il était ainsi ? Son odeur ? Son apparence ? Ce n’était rien de gênant ou de spécial. Il n’arrivait pas à saisir où était la raison de telles paroles à son égard. Non … Rien qui ne pouvait leur faire dire cela envers lui.
Pourtant, à force de suivre les autres humains, il avait appris peu à peu ce qui leur faisait penser leurs paroles à son égard. Ses habits lui donnaient l’air d’une créature mi-humaine, mi-pokémon car il avait ainsi une apparence bestiale ? Et la forte odeur qu’il dégageait leur piquait les yeux et le nez ? Bah … Lui, ça ne le gênait pas plus que ça. Puis bon, il avait pris l’habitude au fil des semaines et des mois qui s’écoulaient. Maintenant, c’était presque si la terre et la saleté faisaient une seule et unique carapace sur les trous qui décomposaient son pantalon et son t-shirt.
C’était peut-être pour cela … qu’il avait remarqué que de nombreux pokémons s’enfuyaient en l’apercevant. Non pas qu’il était effrayant … mais à cause de l’odeur ? Quand … ses parents étaient encore vivants, il se lavait tous les jours dans une sorte de gigantesque seau. Et là … Depuis ce jour maudit, la seule fois où il se lavait, c’était quand la pluie tombait. Enfin, même là, ce n’était plus le cas. Il se cachait avec rapidité sous les branches des arbres ou alors dans les petits renfoncements rocailleux. A partir de là … Bon, d’accord.

« Peut-être qu’il faudrait quand même que je frotte tout ça. » se dit-il à lui-même.

Et voilà … Pour la première fois depuis qu’il était dans cette montagne, il était nu alors qu’il avait plongé d’abord un pied dans l’eau puis ensuite le reste du corps. Sans ses vêtements, il avait commencé à trembler fortement à cause de la fraîcheur de l’eau. C’était … étrange. Il trouvait vraiment cela étrange. Il passa une main dans ses cheveux verts, ces derniers s’étant encore allongés depuis le temps alors qu’il ne pouvait rien faire contre ça.
Il prit une profonde inspiration avant de plonger sa tête dans l’eau. FROID ! C’était froid ! Il avait l’impression que son cerveau venait de se paralyser ! AH ! AH ! C’était horrible comme c’était gelé ! Il retira sa tête de l’eau, regardant le liquide devenu légèrement bruni par la terre. Ah … Il était vraiment aussi sale que ça ? Il avait un peu honte … Il ne s’était pas attendu à une telle crasse de sa part. Ce n’était pas parce qu’il haïssait Rayquaza et cette montagne … qu’il ne devait pas se préoccuper de son corps.

Il commença à caresser ses cheveux verts, les aspergeant d’eau tout en essayant de les laver. Ah … C’était quand même plus difficile que prévu. Il n’avait pas de savon ou de shampoing pour ça … Si ses parents n’étaient pas morts … Non. Il ne devait pas y penser. Il ne devait pas recommencer à penser à eux … pour quelques minutes. Pourtant, son poing frappa la surface de l’eau avec rage. C’était sa mère qui lui lavait les cheveux habituellement ! Et là, elle n’était plus présente pour lui. Tssss … Il devait se débrouiller seul … toujours tout seul … Sans même s’intéresser aux pokémons et aux humains qui vagabondaient sur la montagne.
D’ailleurs, à ce sujet … Il avait remarqué que bon nombre de personnes étaient présentes sur la montagne, bien plus qu’il ne l’aurait cru. De son côté, malgré le temps qu’il passait, il ne semblait faire aucun progrès. Est-ce qu’il n’avait plus la volonté pour monter à ce sommet ? Tomber face à face avec Rayquaza pour se venger ? Même si cette vengeance était particulièrement stupide et qu’il n’y avait qu’une infime chance qu’il s’en sorte, il devait … le combattre pour venger la mort de ses parents !

Hum … Après une bonne quinzaine de minutes à masser ses cheveux avec ses mains tout en les plongeant dans l’eau, il avait fini par retirer toute la terre. Bizarre … Il ne se rappelait pas que ses cheveux verts étaient aussi éclatants … Enfin, aussi beaux … Il n’était pourtant pas du genre à s’aimer … surtout en vue de ce qu’il avait fait en quasiment deux ans. Il s’était complètement délaissé et ravagé par la montagne, sans même se préoccuper ne serait-ce qu’un seul instant de son propre corps. Alors … Le regarder ainsi … C’était assez étonnant.

Néanmoins, ça ne voulait pas dire qu’il allait se bichonner. Il voulait juste … que ces randonneurs s’éloignent de lui et arrêtent de le considérer comme un phénomène de foire ! Voilà tout ! Bon … Maintenant, il allait passer à la partie la plus difficile … Laver le reste de son corps. Comme la terre avait formé des plaques sur celui-ci, il allait souffrir … ou alors prendre énormément de temps pour y arriver. Mais bon, c’était de sa faute, il le reconnaissait aussi. Il n’avait pas vraiment eut une idée brillante en agissant ainsi.

Il lui fallut deux bonnes heures pour retirer les plus gros morceaux de terre sur sa peau … mais aussi pour frotter tout ce qui était bruni. A côté, le fait de rester dans cette eau froide devait l’avoir rendu un peu … bizarre car il avait du mal à sentir son corps. Néanmoins, il prit ses vêtements, les mêmes vêtements qu’il portait depuis des années. D’ailleurs, comme il avait grandi, ses vêtements étaient un peu trop serrés pour lui. Il décida de les laver aussi, pensant qu’il allait devoir trouver un moyen de les faire plus amples pour qu’il puisse se déplacer sans aucune contrainte. Ah … Tiens … Qu’est-ce que ça voulait … dire … Ses yeux se fermèrent peu à peu alors qu’il sentait le froid de l’eau qui l’engourdissait de plus en plus. Ah … Il devait … sortir … main … tenant. Il voulut quitter l’eau mais son corps s’enfouit dans l’eau du lac, tombant comme une pierre.

L’imbécile, il venait de plonger dans sa mort. Aller dans un lac, surtout à son âge, c’était simplement une stupidité sans égal. S’il voulait mourir, il pouvait l’aider. Cela aurait été bien plus rapide. Deux années … Non, ce n’était même pas deux ans et le jeune garçon avait déjà fini par abandonner. Tsss … Deux années, ce n’était même pas une seconde pour lui. L’enfant aurait pu devenir quelqu’un de bien mei … Hum ? Qu’est-ce que cela voulait dire ? Ses yeux dorés fixèrent le vide mais plus précisément le lac dans lequel le jeune garçon avait plongé. Une petite forme était maintenant visible.

Un Azumarill ? Qu’est-ce qu’il venait faire là ? Le pokémon aux oreilles de lapin bleu avait créé une bulle assez imposante, d’au moins de sa taille. Plongeant dans l’eau, il s’était approché du jeune garçon avant de le faire rentrer dans la bulle. Qu’est-ce qu’il était en train faire là ? Le corps inanimé flotta peu à peu en direction de la surface, l’Azumarill poussant la bulle jusqu’à l’emmener sur la terre ferme. Ensuite, le pokémon replongea dans le lac, récupérant les affaires de Raikoso, allant les déposer juste à côté de lui, un sourire aux lèvres.

Ah … De la chance … Le jeune garçon avait beaucoup de chance. Malgré ses innombrables combats contre les pokémons de la montagne, certains ne semblaient pas le détester. Non … Il venait de se faire sauver par l’un d’entre eux. Pour de la chance, c’en était … Encore dans ces hypothèses, il s’était mis à s’imaginer quelles seraient les solutions pour que le jeune garçon puisse réussir à progresser par rapport à la montagne. Celle de se faire aider par les pokémons … en avait une au tout début mais rapidement mise de côté car la mentalité du jeune garçon ne permettait pas une telle chose. Détester la montagne, détester ses occupants, haïr son seigneur … Ce fut ainsi qu’il voyait Raikoso d’après ce qu’il avait étudié en bientôt deux ans. Alors … Un pokémon venait de l’aider ? Comment est-ce qu’il allait réagir ?

Ah … Cela serait une bonne étude. Voir si le jeune garçon allait être reconnaissant ou non. Car sans cet Azumarill, il serait déjà mort et enterré … Ou plutôt au fond du lac. Il suffisait maintenant juste d’attendre son réveil, chose qui ne tarda pas. Voilà le moment le plus intéressant … Encore cette fois, il s’était imaginé mille scénarios et l’un d’entre eux venait de se montrer au détriment des autres. Le jeune garçon s’était levé, toujours nu, regardant à gauche et à droite. Il le vit observer l’Azumarill qui semblait heureux qu’il soit vivant. Le pokémon poussa même quelques cris alors que Raikoso serra son poing. Oh ? Il allait donc le frapper ? C’était comme cela qu’il allait remercier ? En le frappant ? Il n’y avait rien à faire du jeune garçon. Ah … Il allait recommencer les mêmes bêtises inlassablement.

Et non. Contrairement à ce qu’il pensait, Raikoso ne vint pas le frapper, simplement lui hurler dessus pour lui dire qu’il ne voulait avoir affaire à aucun pokémon. L’Azumarill fut choqué et terrifié, courant en direction du lac avant de replonger à l’intérieur. Divertissant … C’était vraiment divertissant … Le jeune garçon n’avait pas cherché le combat cette fois-ci. Hum … Du sommet du mont Elyeus, il le vit se rhabiller, ses vêtements trempés avant qu’il ne se mette à éternuer violemment. Un rhume ? C’était la moindre chose qu’il méritait pour de telles paroles. Pourtant, il parut surpris lorsque le jeune garçon se tourna vers le lac, le visage complètement neutre ? Qu’allait-il faire ? Se baigner dedans une seconde fois ? Il n’y avait aucune chance que l’Azumarill vienne le sauver à nouveau. Enfin, le jeune garçon prit la parole, le surprenant par ce qu’il dit :

« Je ne dois rien à personne … Rien du tout. Mais merci quand même. »

Et bien … Visiblement, il savait quand même être poli lorsqu’il le fallait. Ou du moins … redevable ? Peut-être qu’il y avait alors quelque chose à faire du jeune garçon ? Ou alors … Peut-être que ce n’était qu’une infime erreur dans son mental. Oh … C’était même sûrement cela … Le jeune garçon n’allait pas se lier d’amitié avec les pokémons et les humains malgré ce qui s’était passé. Il ne fallait pas se faire d’illusions.

Et il avait bien fait ! Aussitôt cette petite épreuve passée, le quotidien du jeune garçon n’avait pas changé d’un poil. Enfin … Sauf physiquement. Maintenant, il commençait à se laver régulièrement pour quelqu’un comme lui. Une à deux fois par semaine plus exactement. Mais bon … Il remarquait que Raikoso continuait de se battre avec les pokémons, répliquant même à leurs coups lorsque ces derniers l’attaquaient. Sinon, il tentait toujours de ne pas les provoquer et de rester discret. Au contraire des humains qu’il voyait quelques fois.

Oh … Le jeune garçon semblait montrer un peu d’ingéniosité. Se dévoiler tout en se rapprochant pas vraiment des autres humains. Cela lui permettait alors de ne pas à avoir à leur parler mais aussi de montrer qu’il n’était pas un monstre ou une créature à moitié-pokémon, moitié-humain. Peu à peu, le nombre de personnes qui cherchait à le prendre en photo décrue, ce qui lui permit de souffler un peu plus posément. Il avait besoin de respirer … et pas qu’un peu. De plus, il avait totalement oublié le jour où il avait sauvé par l’Azumarill.

Ce qui le préoccupait plus, c’est bel et bien son équipement. Sa corde est usée, les pitons sont de plus en plus fragiles tandis que le bois du marteau montrait des signes de faiblesse. Bref … Tout son équipement était bientôt à jeter et il ne voyait pas comment il allait faire pour continuer son exploration. BAH ! Qu’importe ! Il savait qu’il n’en avait pas toujours besoin ! La preuve était visible, là, devant ses yeux. Devant lui se tenait à nouveau du lierre et de l’herbe. Il avait appris à mouvoir son corps de telle façon que celui-ci ne soit pas trop un poids pour le lierre, lui permettant alors de le grimper sans le déchirer.

Ah … Ah … Ah … Tiens … C’était quoi ça ? C’était la première fois qu’il voyait une telle chose … Devant lui … Il y avait de l’herbe mais aussi quelque chose qui brillait dans celle-ci. Il s’en approcha, retirant une petite pierre dorée … Elle était ridiculement minuscule mais … Elle brillait d’un tel éclat … Bah ! Il prit la petite pierre, la mettant dans son sac avant de regarder où il se trouvait plus exactement. Ah … Bon … De l’herbe … Mais aussi quelques rochers … Un endroit qui ne semblait pas être foulé par les pokémons d’après ce qu’il avait remarqué. Bon … Un endroit qu’il notait dans sa tête au cas où il aurait besoin de se reposer.

Mais c’était lui ou enfin, il avait finalement réussi à progresser plus que d’habitude ? Malgré l’état déplorable de ses objets ? Ca semblait être bel et bien le cas. Pourtant, il gardait en tête tout ce qu’il apprenait sur la montagne. Pour quelle raison ? Car mieux il connaissait les alentours et l’endroit où il vivait, plus vite il se déplaçait. Cela lui permettrait alors de ne pas avoir de soucis lorsqu’il devait se rendre à un endroit bien précis. Mais à côté, connaître parfaitement le bas de la montagne le ralentissait dans sa quête pour arriver au sommet … et se venger de Rayquaza. Car oui, il était hors de question de l’oublier.

Hum ? Il avait une drôle … de tactique, n’est-ce pas ? Il l’avait vu descendre de nombreuses fois dans la montagne mais non pas pour retourner en ville … mais simplement pour s’y reposer. Il s’était demandé ce que le jeune garçon fabriquait avant finalement de comprendre. Il voulait connaître tout du lieu où il vivait … C’était potentiellement intéressant. Oh … Même plus que cela en fait … C’était très intéressant. Il voulait connaître son ennemi … avant de l’affronter. Le problème était néanmoins bien présent : il n’était pas éternel. Si cela avait été le cas, il aurait pu prendre tout son temps … mais il n’était qu’un être éphémère. Et un être éphémère n’avait qu’une courte durée de vie.

Alors pourquoi perdre autant de temps à espérer connaître son ennemi ? Alors qu’il n’avait aucune chance d’arriver à l’apercevoir ? A se trouver en face de lui ? C’était comme si dès maintenant, il commençait à se renseigner sur ce qu’il était, lui, Rayquaza. Savait-il au moins à quoi il ressemblait ? Il était convaincu que Raikoso n’était même pas au courant à ce sujet. Hahaha … Que cela serait drôle lorsque le jeune garçon arri … Hum ? Quoi ? Que venait-il de penser à l’instant ? Il retira sa tête penchée vers le vide pour regarder l’espace. Il avait eu un petit moment de faiblesse, n’est-ce pas ? Il s’était imaginé quoi à l’instant ? Que le jeune garçon pourrait l’atteindre ? Hum … Quelle ineptie de sa part. Il était impossible que Raikoso puisse arriver jusqu’ici …

Oh que non … Ce n’était pas un enfant âgé à peine de neuf ans, bientôt dix, qui pouvait lui faire craindre la première fois où un humain ou pokémon se tiendrait là, en face de lui ! Il en était hors de question ! Il ne fallait même pas s’imaginer que cela puisse arriver ! Qu’est-ce que cela voulait-il dire ? Etait-il aussi faible que ça pour penser une telle chose ?! Pour croire à cela ?! Que … Que … c’était même réalisable ? Les nuages et les éclairs venaient d’apparaître dans le ciel, au-dessous de lui, lui qui était au sommet du mont Elyeus ! Il était temps de faire tomber la pluie, de déclencher des tempêtes et des orages ! Il était temps … de régler cette histoire maintenant !

Qu’est-ce que cela voulait dire ?! Le temps s’était déréglé en quelques minutes, sans même qu’il puisse le prévoir. Il avait pris l’habitude d’observer le ciel pour juger de ce qui allait se passer plus tard mais là … Non … C’était arrivé comme ça, sans même qu’il ne puisse s’en douter ne serait-ce qu’un instant. Bon ! Qu’est-ce qu’il pouvait faire ?! Se mettre à l’abri ? Il serait trop tard. Alors, il n’y avait qu’une solution pour y arriver … Continuer de grimper ! Il allait grimper, encore et toujours ! Sans même s’arrêter !

C’était Rayquaza le responsable, n’est-ce pas ? C’était lui qui s’amusait à modifier le temps comme ça, n’est-ce pas ? Il le savait … Car une pluie aussi forte et violente pendant plus d’un mois, cela provoquait de nombreuses coulées de boue, des rivières et des lacs qui débordaient. Il n’arrivait même plus à mettre le pied sans que celui-ci soit complètement trempé. Néanmoins, son corps semblait s’être bien mieux adapté à la pluie depuis le passage dans le lac. Il n’’avait plus aussi froid qu’auparavant et surtout, il ne tombait pas malade. Néanmoins … Néanmoins … Le pokémon des cieux cherchait visiblement la guerre. Avait-il finalement décidé de rentrer en action ? Ah… Il en était sûr que c’était le cas. Finalement, malgré la pluie, il leva son regard émeraude en direction du ciel, du sommet qu’il ne voyait pas encore. Oh … Mais il était sûr d’une chose : il était observé par Rayquaza.

Il rêvait … n’est-ce pas ? Ce gamin … Ce petit être insouciant … C’était quoi ce regard ? Ses yeux émeraude qui semblaient le défier ? Malgré la pluie, il ne clignait que rarement des yeux. Il voulait lui montrer quoi par-là ? Qu’il était sérieux dans son idée ? Il le savait pertinemment … Il savait parfaitement que le jeune garçon comptait bien réussir à escalader la montagne. Mais ses yeux … Ses yeux émeraude … Il n’aimait pas ce regard … C’était des yeux qui ne le craignaient pas … qui n’étaient pas impressionnés par les évènements, par le climat, par tout ce qui l’entourait.

« VIENS DONC ! VIENS ! MONTRE-MOI DONC DE QUOI TU ES CAPABLE ! »

Cela sonnait comme un cri de guerre mais ce n’était pourtant pas le cas. Il ne déclarait pas la bataille … ouverte. Il n’y avait pas de combat entre lui et le gamin. Mais s’il voulait lui montrer qu’il y avait bien plus que ce regard, il allait devoir faire beaucoup mieux que ça ! Ce n’était pas des regards, ni avec des paroles qu’on arrivait au sommet ! C’était bien plus … beaucoup plus que tout ça ! AH ! Qu’est-ce que ça voulait dire ?! Il ne comprenait pas … pourquoi il réagissait ainsi … Ses yeux … C’était les yeux du jeune garçon qui l’avaient mis dans cet état … Incompréhension … Il nageait en pleine incompréhension.

« Vous avez entendu ?! Le seigneur des cieux ! Le seigneur des cieux est énervé ! » cria un villageois alors qu’un rugissement s’était fait entendre dans toute la montagne mais aussi les alentours sur plusieurs kilomètres.

« C’est … C’est la première fois … en plusieurs décennies qu’il … qu’il crie ! Le maître de la montagne Elyeus est en colère ! » s’exclama une aînée du village.
Déjà, tout le monde cherchait une explication, une cause à ce cri. Pourquoi … Pourquoi celui qui n’avait jamais daigné se montrer … venait de crier ? Etait-ce à cause de quelqu’un ? D’un pokémon ? Y avait-il une raison particulière ? Toutes les hypothèses étaient de plus en plus farfelues alors que la majorité des villageois se demandait si leur fin était arrivée.

Ce cri ? Ce cri avait fait trembler la montagne … mais cette fois-ci … Son corps n’avait pas bougé. Rayquaza ? Rayquaza venait de se faire entendre ? AH ! Il savait qu’il était là pour lui ! Qu’il était là pour se venger ! Avec ferveur et zèle, il planta ses pitons dans la roche, commençant à attacher sa corde correctement avant d’escalader ce mur. Un excès de zèle visiblement … Dès le premier mouvement, la corde lâcha, le piton se brisa et il s’écroula au sol, quatre mètres plus bas. Il serra les dents sous la douleur mais pouffa lorsque la pierre dans laquelle le piton s’était planté vint atterris sur son ventre.
Pourtant, il poussa le caillou, se redressant comme si de rien n’était bien que son dos avait de nombreuses écorchures. Ce n’était pas ça qui allait l’arrêter ! Sans une once de remords, il jeta la corde, le marteau et tout le reste de son équipement par-dessus bord. S’il ne pouvait même pas compter sur ces objets, il n’y avait qu’une solution … SON PROPRE CORPS ! Cette partie n’était pas si difficile à grimper à main nue ! Ah … Ah … Ah … Avec rapidité, il escalada le mur comme le ferait un animal habitué à cela. Et aussitôt, en moins de temps qu’il n’en fallait pour dire Rayquaza, il avait réussi à gagner de précieux mètres … au détriment de ses doigts ensanglantés et écorchés. Il s’écroula à genoux, poussant un hurlement de rage comme en réponse au seigneur des cieux. Hors de question d’abandonner ! Il pouvait mettre tout ce qu’il voulait en travers de son chemin, il n’arrêterait pas !

Chapitre 2 : Un combat de tous les instants

Chapitre 2 : Un combat de tous les instants

Son ventre s’était mis à grogner pour la septième fois dans la matinée. D’un coup de ventre bien placé dans celui-ci, il se fit pouffer de douleur mais en même temps arrêter le bruit. Voilà comment il réglait ses problèmes de faim depuis maintenant une année. Une longue année s’était écoulée mais il n’avait pas abandonné le moins du monde. Par contre, il n’avait guère réellement progressé pendant tout ce temps. Il avait décidé de prendre son temps malgré la colère qui l’envahissait à chaque fois qu’il levait les yeux en l’air. Il avait appris à connaître le bas de la montagne de telle façon qu’elle ne lui recèle plus aucun secret. Et maintenant ? Au beau milieu d’une petite route parcourue par les nombreux cailloux, l’un d’entre eux s’était soulevé, poussant un cri caractéristique d’un pokémon. Le Racaillou avait ses deux mains dirigées vers le sol, frappant celui-ci alors que le jeune garçon le regardait avec un peu d’énervement.

Il n’avait pas de temps à perdre avec tout ça, largement pas ! Pourquoi fallait-il qu’il ait ce genre de problèmes maintenant ? Enfin … Ce n’était plus nouveau … Il avait pris l’habitude de se faire agresser par les pokémons de la montagne et inversement. Alors là … Pour la journée, il n’avait pas envie d’être dérangé. Son sac sur son dos, il attendait que le Racaillou fonce vers lui avant de lever le pied droit, donnant tout simplement un coup avec. Son pied droit s’arrêta contre le Racaillou, le faisant gémir à cause de la douleur subie. Pourtant, il n’allait pas se laisser faire. Il continua de pousser, le Racaillou se retrouvant projeté sur le côté, le faisant tomber près du bord du chemin. Sans même une once d’hésitation, il continua de le pousser du pied, le jetant par-dessus bord. Le pokémon ressemblant à un caillou muni de deux bras cria son nom tout en roulant au loin. Ah … Ah … Ah …

Voilà pourquoi il n’aimait pas ces foutues créatures ! Elles lui faisaient trop mal ! Il retira sa chaussure qui était encore en bon état contrairement à ce qu’il avait prévu. Aie, aie, aie … Son pied était crasseux, sale et bruni par la terre. C’était à peine si on voyait ses ongles. A côté, il toucha du doigt les nombreuses cloques et ampoules explosées au fil des semaines. Là … Il regardait simplement la rougeur apparue après le coup donné au Racaillou. Ses pieds avaient pris l’habitude de souffrir visiblement … Il n’avait déjà plus réellement mal. Il allait marcher difficilement pendant quelques heures, une journée ou deux au grand maximum et après, tout allait retourner à la normale.

Pour aujourd’hui, c’était déjà suffisant. Ses cheveux s’étaient allongés et souvent, il se les arrachait à la main pour éviter qu’ils ne poussent trop. Ça lui donnait une allure un peu caverneuse mais de toute façon, il n’avait plus aucune règle à suivre, que cela soit de conduite, de savoir-vivre, ou alors dictée par des personnes ou des pokémons. Il leva son regard vers le haut de la montagne mais plus précisément vers ce qui se trouvait à une trentaine de mètres au-dessus de lui. Il voyait du lierre grimpant le long des rochers et il savait ce que cela voulait dire. De la végétation se trouvait au-dessus … Et pour avoir de la végétation, il fallait espérer trouver de l’eau non loin.

Plaçant une main dans ses cheveux, il toucha l’objet métallique qui se trouvait à l’intérieur. Bon ! Ce n’était pas le temps de perdre du temps ! Il devait continuer à progresser … à gagner de précieux mètres sur cette montagne. Il n’avait besoin … de rien d’autre pour mener à bien son objectif. Sortant plusieurs pitons et attachant correctement la corde autour de son ventre, il prit ensuite un petit marteau, se demandant s’il allait en avoir besoin ? Ah non ! Il n’avait pas besoin de tout ça ! Plusieurs racines sortaient d’en haut, signe qu’il y avait un arbre. Bon … Ca voulait dire qu’il pouvait se servir des racines pour grimper.

… … … Assez ingénieux de sa part, il le reconnaissait mais il était de moins en moins surpris par le jeune garçon. Utiliser les racines de cette sorte … C’était plutôt astucieux. Cela faisait un an que l’enfant s’était installé sur SON territoire. Il n’aurait jamais pensé que Raikoso tiendrait aussi longtemps, cela l’avait même … étonné. Car oui, le jeune garçon était dans un sale état. Du sommet du mont Elyeus, il pouvait l’étudier longuement. Sale … C’était le premier mot qui traverserait n’importe quel être un peu sensé lorsque cela concernait Raikoso. Le jeune garçon était tout simplement répugnant à regarder.

Les habits ne ressemblaient à plus rien et là où il y avait des déchirures, il y avait des entailles. Là où il y avait des entailles, du sang séché s’y trouvait … Un peu comme dans les cheveux verts devenus bruns par la saleté. Depuis quand n’avait-il pas pris un bain ? Depuis qu’il était parti … Le seul contact de l’eau sur le corps de l’enfant, c’était quand la pluie s’abattait sur lui. Quant à la pluie, il était le seul à décider quand elle devait tomber. Or, à l’heure actuelle, il avait prévu … de ne rien faire tomber pour une bonne semaine.
Pourquoi cela ? Car il voulait que le jeune garçon abandonne … Ce n’était pas effroi envers lui, ni par amusement, ni par un quelconque intérêt … Simplement qu’il abandonne … Car il n’en retirerait rien de bon. Il n’était qu’au début de sa vie et il venait d’en gâcher une année à cause d’actions stupides. Ce n’était pas inquiétude envers Raikoso, loin de là … Il ne se souciait guère de lui mais c’était sûrement le cas d’autres personnes.

En parlant d’autres personnes, il avait aussi remarqué qu’aucun homme n’était venu chercher le jeune garçon. Ni de femme d’ailleurs … C’était assez surprenant car normalement, il fallait deux personnes pour enfanter un être plus petit que soi. Cela voulait donc dire que les deux … parents de cet enfant ne viendraient pas le récupérer … Ou alors … Hum … Il ne s’était pas posé la question avant aujourd’hui mais … Cette haine que lui portait l’enfant … n’était-ce pas à cause de cela ?
Ce n’était qu’une possibilité mais il pourrait s’avérer que l’enfant le haïssait car la montagne avait emporté ses parents ? Et qu’il le jugeait responsable de celle-ci ? AH ! Pourquoi n’était pas surpris ? Car ce n’était pas la première fois qu’une telle chose arrivait … et que ça ne serait pas la dernière. Sa tête pencha vers le vide, regardant Raikoso qui avait terminé de grimper sur le plan supérieur recouvert d’herbe mais aussi de trois arbres. C’était la haine … son vecteur qui lui permettait de continuer ? Amusant … Très amusant même. S’il était capable de s’amuser. Mais le jeune garçon avait un grand problème … Encore plus important que celui qui consistait à essayer de monter au sommet du mont Elyeus.

Et c’était la montagne en elle-même … Puisque le jeune garçon haïssait la montagne, celle-ci allait très bien le lui rendre. On ne pouvait pas vouloir grimper le mont Elyeus en le haïssant … Car malgré l’impression qu’il donnait, celui-ci était vivant … comme la végétation et les minéraux qui le constituaient. C’était aussi simple que cela … Et pourtant, nul ne s’était jamais posé la question. Alors un enfant comme Raikoso, qui détestait le monde autour de lui, qui tente d’arriver au sommet de la montagne, c’était particulièrement risible comme idée … car elle était inconcevable.

Hum ? Oh … L’enfant venait de trouver un petit point d’eau où quelques pokémons volants s’abreuvaient habituellement. Divertissant … Un peu plus que le reste de la situation dans le mont Elyeus … Il avait l’impression de se prendre pour Arceus … à étudier un humain en particulier pour voir son évolution. Il n’avait jamais eu cette idée auparavant.

Pour les prochaines fois, il avait retenu ce petit coin d’eau où il avait pu s’abreuver sans aucun problème. Il s’était même passé un peu d’eau sur le visage, chose bien trop rare pour ne pas être soulignée. Mais après, il était reparti sans même s’attarder plus de vingt minutes en ce lieu. Par ailleurs, il avait récupéré quelques fruits avant de s’en aller, croquant dans cette chose si peu commune depuis qu’il était ici. Ensuite, il avait cherché un nouvel endroit pour monter, continuant d’utiliser son équipement pour escalader. Avec le regain d’énergie grâce à cet endroit, il s’était senti beaucoup mieux qu’auparavant, en fait depuis plusieurs semaines même. Son ventre avait fini de gronder et tout était bien plus calme.

Et les journées s’étaient écoulées, écoulées, écoulées … Bien qu’il gagnait de nombreux mètres importants par rapport au mont Elyeus, il redescendait presque aussitôt, s’abreuvant et se nourrissant. Néanmoins, il ne dormait pas à cet endroit. Il n’était pas stupide au point de se faire attaquer par les pokémons oiseaux qui venaient aussi s’abreuver ici. MAIS … Trouver un endroit pour se ressourcer lui avait permis de mieux tenir les nouveaux jours, c’était donc une très bonne nouvelle … pour son corps.
Lui-même ne voulait pas s’en inquiéter. Si il commençait à penser qu’il allait avoir souffrir ou avoir mal, faim ou soif à cause de toute cette histoire, alors peu à peu, il allait perdre la motivation. Et cela, il en était hors de question ! Il ne voulait pas d’une vie où il devait s’inquiéter de ceux qui l’entouraient ou de lui-même ! Il n’avait plus personne pour l’aimer ! Ses parents étaient morts et c’était la triste réalité de la vie ! La triste réalité … qu’il allait tout simplement garder ancrée en lui.

« Tiens, mais qu’est-ce qu’un enfant comme toi fait dans la montagne ? »

C’était la première fois depuis qu’il était sur le mont Elyeus … qu’il tombait face à face avec d’autres personnes. L’homme qui se tenait en face de lui avait une quarantaine d’années, portant des habits de montagnard ainsi qu’un lourd sac à dos. Lourd, un peu comme le poids qu’il devait faire en vue de l’obésité caractéristique de son physique. Il le regarda longuement, ne lui répondant pas tandis que l’homme perdait son sourire, reprenant la parole d’une voix un peu plus calme :

« T’es quand même parti assez loin dans la montagne… Tu devrais faire attention à toi. Viens, suis-moi, je te ramène en bas de la montagne. Tes parents doivent sûrement s’inquiéter … »

Il avait repoussé violemment la main de l’homme, s’enfuyant à toute vitesse avant que celui-ci ne puisse réagir. Sans même se retourner malgré les cris de l’homme, il continua de mettre le maximum de distance entre lui et ce montagnard. L’unique personne qui s’était adressée à lui depuis plus d’un an. Car oui … Ce n’était pas la première fois qu’il voyait d’autres humains … Mais il faisait tout pour se cacher.

Il ne voulait … surtout pas perdre ses convictions. S’il commençait à parler avec d’autres personnes, alors la majorité d’entre elles essayeraient de l’empêcher de poursuivre son but. Il se retrouverait alors dans un orphelinat complètement pourri et délabré et ne pourrait plus … penser à la mort de ses parents. La mort de ses parents … Il était hors de question de les oublier ! Ne pas les venger reviendrait à être un lâche incapable de se battre pour ses principes et pour sa famille ! OU PLUTOT CELLE QUI ETAIT MORTE ! AH… AH… AH… Il avait fini par arrêter de courir, fermant les yeux en s’asseyant contre une pierre. Il ne voulait pas … les abandonner … Non … Non … Pas ses parents … Il ne devait voir aucun pokémon … aucun humain … PERSONNE ! Ah … Personne … Oui …

Quelle tête de mule. Il avait remarqué la courte discussion entre l’enfant et l’adulte. En fait, non, ce n’était même pas une discussion mais plutôt un monologue du montagnard dirigé vers l’enfant. Et pour que cela soit un monologue, il aurait fallu que l’enfant l’écoute ! Cet enfant … était un peu trop sûr de lui. Mais il savait comment mater ce genre de personnes. Il n’avait pas l’habitude d’utiliser ses pouvoirs pour des futilités mais le jeune garçon méritait bien d’avoir un petit aperçu de la puissance qu’Arceus lui avait donnée.
Peu à peu, le haut de la montagne s’était mise à trembler, chose imperceptible pour le jeune garçon … du moins pour quelques secondes. Lui ? Il regardait la scène, sans même ne faire ne serait-ce qu’un seul mouvement. Ce fut d’abord une minuscule pierre … puis une plus grosse … et encore plus grosse … et plus nombreuses … C’était un véritablement éboulement qui arrivait droit vers l’enfant et il se demandait s’il n’avait pas exagéré sur le coup ? Hum … Bref … Ce n’était pas si important que ça. Il n’était guère du genre à avoir des remords pour une simple mort d’une créature qui devait mourir de toute façon au bout d’un temps éphémère. S’il commençait à éprouver ce genre de sentiments, c’était le début de la fin.

Maintenant, les rochers arrivaient au niveau de Raikoso, celui-ci levant la tête au bon moment pour les voir débouler sur lui. Le jeune garçon commença à courir, faisant plusieurs roulades à gauche et à droite pour les esquiver, ce demandant bien ce qui se passait. Il essayait de partir de cet endroit, sans y arriver, sous le regard de Raiquaza. Enfin, après plusieurs minutes où il put se demander si sa dernière heure était arrivée, le jeune garçon fut enfin en sécurité, du moins pour l’instant.

Intéressant … Pour un enfant de neuf ans, il avait des réflexes … plutôt surprenants … puisqu’il avait réussi à s’en sortir sans aucune blessure à part quelques égratignures qui se rajoutaient aux autres. Mais bon … C’était remarquable de sa part d’avoir survécu à un éboulement bien que celui-ci n’était guère important. Ça lui donnait presque envie … de recommencer, encore, et encore … Simplement pour voir où se trouvait les limites de ce corps si frêle et chétif, capable de se briser en deux si facilement.

Mais ce n’était pas une bonne idée, loin de là même. Il n’allait pas modifier son comportement habituel juste pour un simple enfant. Peut-être qu’il verrait pour lui poser quelques tracas, qu’ils soient quotidiens ou non. Qu’il apprenne un peu ce qu’était l’humilité dans ce monde … car visiblement, ce n’était pas le cas à l’heure actuelle. La raison qui le poussait à agir de la sorte, il n’en avait aucune.

Plus d’une année … et ce garçon se prenait pour quelqu’un d’assez important … du moins capable de croire qu’il n’avait besoin de rien, ni personne. Seuls les pokémons légendaires pouvaient penser une telle chose. C’était peut-être ainsi qu’il pouvait penser lui donner une « leçon » qu’il se souviendrait durant toute sa vie. Enfin … En même temps, cette leçon, ne l’avait-il pas déjà reçue lors de la mort de ses parents ? En même temps, il n’avait pas été responsable de celle-ci et même si c’était le cas, il n’avait pas à se reprocher une telle chose.

Le jeune garçon ne savait pas ce qui l’attendrait au fil des années, oh non … Sinon, il serait déjà parti depuis longtemps, la queue entre les jambes, d’après l’expression utilisée par les humains lorsqu’il s’agissait de définir une personne honteuse après un échec.

« Ainsi, Rayquaza avait décidé d’utiliser une infime partie de ses pouvoirs pour empêcher le jeune garçon d’arriver à ses fins. »

« Mais … Mais comment c’est possible ? Pourquoi le seigneur de la montagne a décidé ça ? Le jeune garçon n’avait même pas de pokémons ! »

C’était une vieille femme, assise sur un banc en bois qui s’adressait à plusieurs enfants, eux-mêmes assis sur de l’herbe. L’aînée devait avoir environ soixante à soixante-dix ans, ses cheveux gris attachés en une queue-de-cheval, un châle vert sur ses frêles épaules, elle semblait garder la joie de vivre malgré le nombre d’années qu’elle avait sur elle. Quant aux enfants, ils étaient au nombre de cinq, tous âgés entre six et huit ans. Ils écoutaient avec attention la dame d’un certain âge, celle-ci reprenant la parole :

« Et alors ? Est-ce que le fait de ne pas avoir de pokémons est censé être une mauvaise chose pour le jeune garçon ? C’est bien parce que celui-ci a décidé de ne pas utiliser de pokémons que Rayquaza a décidé de se mêler de son histoire. Car la conviction du jeune garçon de ne pas avoir d’aide, que cela soit de la part des pokémons ou des autres humains, l’a intrigué et intéressé. Néanmoins, cela n’est que le début de l’histoire, il y a encore beaucoup de choses à raconter à ce sujet, sachez-le. »

« Oui mais mais … Attendez un peu ! Pourquoi Rayquaza a voulu faire ça maintenant alors que pendant des années et des années, il n’a jamais fait quelque chose comme ça pour tous les autres ? » demanda une jeune fille âgée de sept ans aux boucles blondes. La vieille femme lui répondit aussitôt :

« L’intérêt … Malgré ce que le seigneur des cieux pensait à ce moment-là, le jeune garçon avait piqué sa curiosité et son intérêt. Il voulait voir jusqu’où pouvait-il aller sans aucun pokémon, sans aucune aide humaine. Nombreuses sont les personnes qui lui ont lancé un défi, pourtant, aucune n’est arrivé à lui. Pourquoi cela ? Car atteindre Rayquaza n’est pas chose facile. Dès l’instant où le seigneur des cieux a décidé de mettre à l’épreuve Raikoso, cela voulait dire que l’enfant était déjà spécial. »

« Mais qu’est-ce qui s’est passé ensuite alors ? Hein ? Hein ? Qu’est-ce qui s’est passé ? » demanda un garçon aux cheveux noirs, s’étant levé pour tirer un peu sur le vêtement de la vieille femme. Un second lui dit :

« Hé ! L’embête pas ! Sinon, elle ne voudra jamais nous raconter la suite ! »

« Et bien … Les enfants … Sachez que cette histoire dure depuis des années, de longues années … La raconter prendra beaucoup de temps. Demain sera un autre jour, il se fait tard. Retournez donc chez vos parents et revenez ici dès que vous aurez terminé vos cours, d’accord ? » termina de dire la vieille femme, plusieurs moues boudeuses se lisant sur les visages des enfants alors que tous se levaient.
Lorsque les enfants ne furent plus là, la personne à l’âge avancé poussa un profond soupir fatigué. Ah … Elle leva ses yeux en direction du sommet de la montagne, bien tranquille dorénavant. C’était son … devoir de raconter tout cela.

Chapitre 1 : Promesse de vengeance

Chapitre 1 : Promesse de vengeance

« Les pauvres … Ils étaient si jeunes. Ils n’avaient même pas trente ans. »

Qu’elle se taise, cette femme d’un âge trop avancé. Il ne voulait plus entendre, il ne voulait plus avoir affaire à cette phrase qui se répétait sans cesse depuis plus d’une heure. Il serrait les poings, le visage nullement baissé, toujours droit et fier, ses yeux émeraude fixant ardemment les deux cercueils devant lui. Ses cheveux verts lui tombaient sur le front, la pluie étant la raison d’une telle coiffure.

« Et leur enfant ! Il n’a aucune autre famille à part eux. Le maire du village a envisagé de l’emmener à l’orphelinat, nulle famille n’a la possibilité de s’occuper d’un enfant en plus, surtout de son âge. Déjà que le village va très mal ces derniers temps. »

En quoi est-ce que cela l’intéressait ? Quel intérêt portait-il à ces personnes ? Aucun. Leurs paroles rentraient dans une oreille pour sortir par l’autre. Il voulait être tranquille … et seul … Il n’avait pas besoin d’eux. Il voyait maintenant les deux cercueils qui étaient soulevés avant d’être enfouis sous terre, une unique pierre tombale étant utilisée pour le couple disparu beaucoup trop tôt.

Un éboulement, une avalanche, un effondrement, un glissement, on pouvait appeler de différentes façons un seul et même évènement. Lorsque le terrain venait s’effondrer sur le corps innocent d’une personne, cela emmenait souvent à une seule et même conclusion : la mort. La mort de ses parents … qui grimpaient sur le mont Elyeus pour récupérer simplement quelques herbes et autres éléments naturels comestibles.

La mort … Pour lui, âgé simplement de huit ans, il n’y avait jamais réellement réfléchi avant aujourd’hui. Avant qu’un homme qu’il connaissait comme le maire lui avait annoncé la triste nouvelle. Il avait pris l’habitude de patienter calmement à la maison, attendant que ses parents reviennent. Ils n’avaient pas les moyens de l’envoyer à l’école, cela lui semblait logique. S’ils n’avaient pas les moyens d’acheter de la nourriture, pourquoi en auraient-ils pour l’école ? Mais il ne se plaignait pas … Il n’avait pas à se plaindre. C’était une vie agréable et calme qu’il avait eu … jusqu’à aujourd’hui.

Jusqu’à ce jour maudit … Ses yeux se relevèrent pour se poser sur l’immense mont qui se dressait au loin par rapport au village. Le mont Elyeus … C’était lui qui avait emporté à jamais ses parents. Il haïssait ce mont … Mais pas uniquement lui. Pourquoi haïr quelque chose qui ne vit pas ? Non … L’être qu’il détestait le plus au monde à ce jour était celui qui trônait au sommet d’Elyeus : Rayquaza.

Il ne le connaissait pas, il ne l’avait jamais vu, seulement décrit d’après les légendes du village. Le pokémon des cieux avait créé cette montagne en des temps immémoriaux et s’était installé à son sommet, observant de loin tous les pokémons et les humains qui tentaient de l’atteindre. L’atteindre ? C’est bien ce qu’il comptait faire … même si on ne comptait plus le nombre de morts causées par cette montagne.

« Allons … Raikoso. Il est temps de partir. Tu pourras leur rendre visite quand tu le voudras. J’ai prévenu le directeur de l’orphelinat à ce sujet, comme je le fais pour chaque enfant orphelin à cause de la montagne. » dit un homme d’une soixante d’années à l’embonpoint bien présent. Le jeune garçon hocha la tête avec lenteur avant de l’accompagner, jetant un dernier regard à la tombe de ses deux parents.

« Voilà l’orphelinat où dorénavant, tu logeras. Tu apprendras les bases de l’écriture, de la lecture voir d’autres matières suivant tes capacités. Ce n’est pas grand-chose mais nous n’avons guère les moyens de faire plus. J’espère que tu plairas et que tu sauras tirer un trait sur cet évènement bien triste. »

Bien entendu. Cela ne se voyait-il pas sur son visage ? Comme il ne donnait aucune réponse au maire, celui-ci se gratta le sommet du crâne, un peu gêné devant une telle absence de réaction de la part du jeune garçon. Dès que celui-ci fut parti, le directeur était là, lui demandant s’il voulait rentrer se présenter aux autres enfants. Sans réponse, il hocha simplement la tête d’un air négatif. Il ne comptait pas rester ici de toute façon. L’orphelinat était comme le village : Austère et dénué de vie. Il n’avait rien pour lui … Rien du tout. Il n’y avait que quelques petits grillages de fer mais ils ne faisaient même pas cinquante centimètres de hauteur. Et que dire du bâtiment en lui-même ? Ah … Rien du tout. Il s’en fichait, il n’y accordait aucune importance.

« Et bien … Raikoso, si tu veux bien me suivre, je vais te montrer la chambre où tu vas dormir. Il y a des règles à suivre et … Est-ce que tu m’écoutes ? Ah … Bon … Tu veux sûrement regarder une dernière fois au-dehors de l’orphelinat. Malgré les paroles de ce bon vieux maire, je ne peux pas te laisser voir tes parents quand tu le désires. Imagine donc que je laisse les enfants se balader hors de l’orphelinat ? Cela serait complètement stupide. Est-ce que tu me comprends ? Raikoso ? Raikoso ? »

Il n’y avait rien à retirer de lui, ce n’était pas visible ? Ses yeux verts se posèrent sur le directeur, puis à nouveau devant lui sans prendre la parole. Il vit du coin de l’œil le vieil homme qui remettait correctement ses lunettes. Celui-ci lui dit qu’exceptionnellement, pour aujourd’hui, il pouvait rester dehors mais que d’ici une quinzaine de minutes, il reviendrait le chercher et lui présenter les lieux.

… … … Ce fut la dernière fois qu’il vit le directeur en plusieurs années. Dès que celui-ci fut reparti à l’intérieur du bâtiment, il avait enjambé le grillage de métal, s’écorchant la jambe droite, son pantalon se déchirant à cause de la grille. Comme si une petite blessure de ce genre pouvait lui faire quelque chose ? Ce n’était rien … Rien du tout … Sans même prêter attention aux personnes qui se retournaient en le voyant courir, il se dirigeait vers le mont … Le mont Elyeus … Celui qui avait mis un terme à ses instants de bonheur.

Voilà … Le voilà … Ce mont … Ce mont infranchissable … dont nul n’avait réussi à atteindre le sommet. Il se trouvait au milieu d’un sentier fait de terre, tracé par les humains. Tout autour de lui, de la verdure était présente, aussi intéressante que d’habitude. Il en avait rien à faire de cette chose … Ce n’était pas le plus important. Sa tête se leva en direction du ciel. Le sommet n’était pas visible mais pourtant, pour la première fois depuis la mort de ses parents, il prit la parole, une voix sombre sortant de ses lèvres :

« Rayquaza … Je te tuerai. »

Après ses paroles, il fit quelques pas, lentement, suivant le sentier de terre. Ça ne servait à rien de dériver du chemin original … pour l’instant. Qu’importe le temps que cela prendrait, il accomplirait la mission qu’il s’était lancé … Celle de mettre à mal le pokémon des cieux.

Loin … Loin très loin dans le ciel … Dépassant les nuages, sur le sommet du mont Elyeus, deux yeux dorés venaient de s’ouvrir. Un murmure lointain, un écho distant et pourtant, les paroles du jeune garçon venaient d’arriver jusqu’à la créature. Oh … Un pokémon normal n’aurait surement pas entendu ces quelques mots mais pour une créature comme elle, il n’y avait aucune difficulté à cela. Un long corps serpenté de couleur vert, des cercles dorés dessinés sur lui, l’imposant monstre était de loin l’un parmi les plus grands de ce monde. Il se déplaça avec lenteur, sa gueule se penchant au bord de l’immense terrain qui ornait le sommet du mont Elyeus. Il était rare que réellement, un mont soit pointu au bout, celui-ci ne faisait pas exception puisque le monstre, pour s’y loger, n’avait pas hésité à réduire sa taille de quelques mètres. Ainsi, il pouvait alors avoir un terrain où se reposer.

Une créature aussi chétive et faible que ce petit humain … venait de le menacer ? Ce n’était pas la première fois, ni la dernière fois qu’il entendait une telle chose, il ne pouvait s’empêcher de jeter un regard vers la personne qui avait proféré de telles paroles. Un humain qui n’était guère encore un adulte … ni même un adolescent … Ce n’était qu’un enfant et il avait l’idée de venir le tuer ? Cela serait presque drôle … mais il n’était guère du genre à rire ou à s’amuser.

Il n’accordait aucune importance à ces êtres inférieurs, que cela soit les humains ou les pokémons. Ce n’était pas de la vantardise ou de la vanité, nullement … Mais il était lassé de ces créatures. Elles étaient ennuyeuses, toujours à vouloir monter et grimper au sommet de ce mont. Bien entendu, personne n’avait réussi en plusieurs décennies, siècles, millénaires. La technologie progressait comme ce monde et bien que les humains et pokémons montent de plus en plus haut, nul ne pouvait l’atteindre. Il n’avait rien à faire, la montagne elle-même se chargeait de les ramener sur la terre ferme.

Alors … Un petit humain ? Sans pokémon ? Avec seulement ses mains et ses pieds comme outils ? Etait-ce une blague de sa part ? Malgré la hauteur, malgré la distance, malgré les nuages, il était capable de le voir … de le regarder … Ses yeux jaune et noirs se posaient sur Raikoso. Comme si tout le jeune corps avait senti sa vision sur lui, l’enfant s’était mis à trembler. Ou alors … Peut-être était-ce le froid ? Non … Le jeune garçon avait levé la tête en direction du sommet sur lequel il logeait.

Oh… Cette lueur de défi dans le regard, dommage qu’il ne soit pas le premier à l’avoir … jusqu’au moment où elle s’éteindrait en même temps que la vie de la personne qui la possédait. Il n’y avait aucun intérêt à le regarder mais pourtant, il continua de le regarder pendant plusieurs minutes bien que pour le distraire, il y avait tant d’autres façons. Ou non … Il ne s’amusait guère et il s’ennuyait … mais après avoir vécu tellement d’années, plusieurs millions, n’était-ce pas normal ? Plus rien ne l’excitait, que cela soit les guerres qui ravagent les pays, les peuples qui se développent, la naissance d’un enfant royal ou alors la mort d’une personnalité toute aussi importante.

C’était ainsi … son existence … Et rien ne semblait raviver la flamme qui l’avait animé lors de sa création, lors de son rôle que lui avait donné Arceus. Un rôle devenu inutile et obsolète puisque Kyogre et Groudon ne se combattaient plus, eux aussi étant en paix. Il pourrait bien perdre son temps à vaguer à diverses occupations mais en tant que pokémon des cieux, en avait-il réellement la possibilité ? Il ne s’était pas posé la question, il n’était pas un être qui aimait la réflexion poussée à son paroxysme, consistant en des : « Pourquoi doit-on vivre ? La mort est-elle une fin en soi ? » Il n’était pas ainsi.

Le jeune garçon tentait maintenant de sortir des sentiers tracés dans la terre. Oh ? Que comptait-il faire ? Essayer réellement de grimper au sommet ? Nul n’y arrivait … Et ce n’était pas lui qui allait réussir. Ce mont qui atteignait les cieux … endroit où il régnait en maître. D’ailleurs, il était temps de faire pleuvoir. Tout son corps se souleva avant de léviter au-dessus du sol malgré son absence d’ailes.

Il tournoya sur lui-même, les nuages blanc se trouvant au-dessous du mont commençant à se réunir et à prendre une teinte grisée. Peu à peu, les éclairs grondèrent avant qu’une violente pluie ne tombe sur la montagne Elyeus. Il était celui qui décidait du climat, qu’on le désire ou non … Il voulait de la pluie ? Alors la pluie tomberait. Un soleil resplendissant ? Alors le soleil rayonnerait. Une neige glaciale ? Alors la neige s’abattrait.

Comment est-ce que le jeune garçon avait réagi à ce temps qui s’était modifié sans prévenir ? Ayant fini de danser, il s’était repositionné au bord du sommet, la tête penchée en direction du vide. Le jeune garçon ne cherchait guère à se couvrir de la pluie, faisant simplement attention simplement à ce que les coulées de boue ne s’abattent pas sur lui. Oh … Tiens donc … Voilà donc une forte tête ? Mais qu’importe, ce n’était pas cela qui allait l’amuser.

Pourtant, il était là, toujours les yeux dorés qui fixaient le jeune garçon. Celui-ci tentait tant bien que mal de combattre les éléments sans y arriver. En plus, la nuit était tombée le plus naturellement possible et nombreuses étaient les chutes dans la boue et la terre. Que ce gamin abandonne le combat, il était sûr de perdre. Surtout sans avoir aucun pokémon.

Les idiots et les insouciants ne méritent guère d’exister … autant que ceux qui se pavanent, qui sont trop sûrs d’eux et de diverses autres catégories de personnes ou pokémons. Car oui, les pokémons n’étaient guère mieux que les humains. Bien qu’ils vivent dans cette montagne, il interdisait aussi aux créatures de grimper à son sommet. Nul ne pouvait l’atteindre, nul ne le devait. Il était intouchable, infranchissable et nul ne l’avait aperçu.

C’était pourquoi il est seul et isolé du monde … ou alors seule et isolée … Car il devait l’être. Plongé dans ses pensées, il avait complètement oublié que son visage était penché, toujours là à regarder l’avancée du jeune garçon. La pluie continuait de s’abattre, encore plus violemment qu’auparavant. Il n’était guère du genre à vouloir tuer les pokémons et les humains. Ils laissaient ces derniers mourir par leurs propres bêtises. Néanmoins, avoir provoqué la pluie en réponse à ce regard fier pour un enfant de huit ans n’était pas dans ses habitudes. Alors … Autant arrêter les frais maintenant.
Il se redressa une nouvelle fois, tournoyant dans les airs tandis que les nuages se dispersaient et s’éloignaient de la montagne. Qu’ils aillent donc voir ailleurs il y était … Maintenant, le ciel constellé par les étoiles était parfaitement visible tandis qu’il regardait la réaction du jeune garçon. Allait-il rebrousser chemin ? Nullement … Il le voyait continuer sans même daigner prendre le temps de se reposer ne serait-ce qu’un instant. Avec neutralité, il dit :

« Arrive donc à moi, je t’attendrai. »

Pour lui, ses paroles avaient un sens mais pour le jeune garçon, il n’entendrait alors qu’un simple cri, un cri puissant et proche du divin. Un cri capable de faire trembler le plus courageux des hommes et des pokémons. Alors, ce n’était pas un simple enfant qui allait réussir ce que nul n’avait abouti depuis des décennies. Personne … ne pouvait y arriver. Mais le cri n’arriverait jamais jusqu’à lui.

Des crampes … Voilà ce qu’il avait à l’estomac depuis plusieurs journées … En fait, depuis plusieurs semaines même. Heureusement pour lui, grâce à ses parents, il arrivait à savoir quelles herbes étaient consommables ou non. Mais ce n’était pas cela qui nourrissait l’enfant qu’il était et il avait besoin de plus de choses mais comment faire ? Mentalement, dans sa tête, il se disait que ça ne le concernait pas alors que c’était pourtant le cas.


La crasse sur ses habits, son corps, ses cheveux, il n’y accordait aucune importance. A quoi bon se laver ? Il avait une bonne constitution et grâce à la chance, il arrivait à ne pas être malade sinon, c’en était fini de lui. Par contre, malheureusement, le fait d’avoir dérivé du chemin initial, d’avoir pris une autre route, cela l’avait fait perdre dans son trajet. Et depuis plus d’un mois, il vagabondait dans les plaines, sans savoir réellement où il se trouvait. Il savait simplement qu’il devait monter mais des fois, il n’avait pas le choix, il devait redescendre. Néanmoins, sa volonté restait la même : inflexible.
Il ne comptait pas abandonner ce qu’il avait commencé et il s’était juré d’atteindre le sommet pour mettre à mal la créature qui vivait à son sommet. C’était ridicule ? Ou non. Ce que les autres auraient pensé s’il avait parlé de ça, il n’y accordait aucune importance, seule la réussite de sa mission personnelle lui suffisait. Et pour ça, qu’importe la méthode qu’il utiliserait pour arriver à ses fins. AIE ! ZUT DE ZUT ! Il venait de s’égratigner la jambe une nouvelle fois à cause de la pointe d’une pierre cachée dans l’herbe. Un peu de sang s’écoula le long de sa cuisse. Bon, ce n’était pas grave. Il se lécha un doigt sali par la terre, venant laver le sang sur sa jambe. Son pantalon était dans un triste état, un peu comme sa tenue, il ressemblait à un enfant sauvage sauf qu’il n’était pas issu de la montagne, loin de là.

D’ailleurs, il avait tout fait pour éviter les pokémons et les humains. Il se déplaçait furtivement, esquivant les endroits où il remarquait des traces de pas. Il ne voulait rien à voir avec eux … Que ça soit de près ou de loin. Ses yeux émeraude n’accordaient de l’importance qu’envers une seule chose … La montagne … Cette montagne traîtresse qui avait emporté ses parents … Il ne pouvait pas lui pardonner … ni à elle … ni à celui responsable de cet acte.

Encore une journée s’écoula et il faisait à nouveau nuit. Il ne cherchait pas à trouver une grotte ou une pierre pour se cacher dessous, il n’était pas stupide au point de tomber dans un piège aussi grossier. Il faisait attention à trouver simplement un endroit à l’abri … non pas du vent … mais du reste. Généralement, il ne dormait pas adossé à un arbre, contre un rocher ou autre mais tout simplement sur les morceaux de plaine qu’il pouvait trouver.

Son corps tout simplement couché sur le dos dans l’herbe, celui-ci souffrait à cause du manque de confort … mais il ne se plaignait pas … Il avait la majeure partie du temps, une magnifique vue en direction des étoiles. Atteindre les cieux … et renvoyer de cette place le pokémon qui les dirigeait. C’est ce qu’il allait faire … Oui … Mais pour l’instant … Il savait qu’il était inutile d’espérer atteindre le sommet … simplement à la force de ses mains. Il n’était pas stupide, ces quelques semaines malgré sa faiblesse physique, lui avaient permis de mettre de l’ordre à ces idées.

Il avait besoin d’un équipement … Comme ses défunts parents allaient souvent à la montagne, il savait qu’il avait besoin d’une corde, de pitons et divers autres objets pour être sûr de pouvoir continuer sa montée de la montagne. C’est pour ça … qu’il allait chercher le chemin à suivre pour retourner au village. Là-bas, il retournerait chez ses parents … du moins, l’endroit où il vivait auparavant … Maintenant qu’il n’avait plus de maison.

Hum ? Tiens donc … Même si il ne le regardait que très rarement, deux à cinq minutes par jour, malgré le désintérêt qu’il lui portait, il était là, à l’observer brièvement pour voir ce qu’il faisait. Plus d’un mois et demi s’était écoulés depuis qu’il était sur le mont Elyeus et il pensait que cela avait suffi à tempérer la volonté du jeune garçon. Ça avait bien réussi mais en même temps … Ce n’était pas pour cela qu’il abandonnait.

C’était assez … surprenant en un sens. N’importe qui aurait déjà abandonné, du moins à cet âge plus que précoce. Il y avait donc une raison bien particulière, n’est-ce pas ? Pour que le jeune garçon veuille sa mort. Ce n’était pas cela qui lui l’intéressait … Mais bon … Il se posait une question dont pourtant la réponse lui semblait complètement égale. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que le jeune garçon le haïssait tant ? Pourquoi est-ce qu’une aussi frêle et chétive créature lui en voulait au point de le haïr ? Il ne le savait pas … Et pourtant, il pouvait donner mille explications, une seule serait la bonne.


La conception d’un troisième être par rapport à un seconde était la base de tout … Enfin … Dans les relations sexuées permettant aux espèces, que cela soit humaine ou pokémon, de procréer. Lui ? En tant que pokémon légendaire, il était né … de rien … ou plutôt d’Arceus lui-même, comme l’était tous les pokémons légendaires. Néanmoins, il n’avait ni père, ni mère, ni famille, ni ami, rien … Pourquoi crée un semblant de sociabilité dans ce monde ? Cela n’avait aucun intérêt à ses yeux.
Intérêt, intérêt, intérêt, il n’avait que ce mot à la bouche car c’était ainsi qu’il vivait ses jours, ses semaines, ses mois, ses années, ses décennies, ses siècles et ses millénaires. Sans un quelconque intérêt envers ce monde qui l’entourait. Pourquoi accorder de l’importance à une chose éphémère ? Pourquoi s’y attarder ? Cela n’avait … aucune utilité. Néanmoins … D’après ce qu’il voyait … Le jeune garçon avait décidé d’abandonner la bataille. Il faisait bien … Les combats perdus d’avance ne valaient pas la peine d’être faits. La réédition était pourtant une qualité rare chez les humains comme les pokémons. Accepter de reconnaître que l’on est plus faible qu’autrui … mais aussi protéger en même temps ceux qui les entouraient. Néanmoins … Comme il le pensait … C’était rare, beaucoup trop rare pour être signalé.

Alors le jeune garçon avait reconnu sa défaite ? Et rentrait bien sagement chez lui ? C’était ainsi que cela devait se terminer ? Pathétique … mais en même temps compréhensible. Il s’était attendu à ce que l’enfant cherche encore et toujours à vouloir grimper jusqu’au sommet de la montagne mais avec ses petites mains et ses petits pieds, qu’est-ce qu’il pouvait faire ? Rien du tout … Il n’avait les capacités pour ça.

Et c’était pour cela qu’il était faible … Car ce n’était qu’un enfant … qu’un humain … et sans pokémon d’après ce qu’il avait pu voir. Alors, c’était inutile de n’espérer atteindre que les mille mètres sur plus de la dizaine de mille qui constituait le mont Elyeus … Ah … Dix milles mètres d’altitude, c’était ça qui composait la hauteur de l’endroit où il logeait.

Contrairement à ses habitudes, il regardait le jeune garçon qui descendait au fur et à mesure les mètres pour tenter de retrouver son chemin en direction du village. Il l’aurait aidé … si il avait été intéressé par son existence … or ce n’était pas le cas. Mais cela aurait pu être drôle si il avait été doté d’un sens de l’humour … Quelles seraient les réactions des autres humains en voyant la tenue que le jeune garçon arborait ? Hum … Cela aurait prêté à sourire … s’il en était capable … Si il en avait l’envie. Or … En avait-il envie ? La réponse était dans la question personnelle qu’il se posait. Il ne se souciait pas de cet humain … qui de toute façon, disparaît un jour ou un autre … comme chaque créature dotée d’une courte vie.

Il lui avait fallu quelques jours pour retrouver son chemin, suivant toujours la même route. Sa tête le faisait atrocement souffrir mais il ne se plaignait pas. Dormir de la sorte, attraper froid à cause de la pluie, de ses vêtements trempés, de la boue qui s’écoulait le long de son corps dans ses moments, il n’avait pas à parler. En fait, il ne parlait plus. Ça ne servait à rien d’ouvrir la bouche car il n’avait personne à qui parler et qu’il ne voulait parler à personne.

Il avait suivi le chemin de terre, retrouvant ainsi après plus d’un mois, le village qu’il avait quitté. Néanmoins, évitant le regard des villageois, il se dirigeait vers l’endroit où il avait habité. La petite maisonnette de bois étant éloignée du village car ses parents n’aimant guère être entouré par d’autres personnes et surtout dérangés, il la remarqua aussitôt … Elle était restée la même … bien qu’abandonnée. Et aussi cambriolée d’après la porte en bois qui avait été éclatée en deux en son milieu.

Quoi de bien surprenant ? Il aurait bien aimé réagir avec neutralité mais sur le coup, non, ça le mettait réellement en colère. Il pénétra avec vivacité dans la maisonnette, regardant à gauche et à droite, plus de chaises sauf certains morceaux de bois brisés. Plus de vaisselle, plus de lits, plus rien du tout ! RIEN DE RIEN ! CES VOLEURS DE VILLAGEOIS ! Ils avaient tout pris ! Sauf … Sauf … Sauf ce qu’ils considéraient ce qui n’était pas important. Ca … Ils avaient préféré les casser … comme le petit tableau qui représentaient ses parents lorsqu’ils s’étaient mariés. Celui-ci avait un trou béant à la place de leurs visages … Ah … Ah … Il devait se calmer … se calmer … MAIS COMMENT SE CALMER ?! Il donna des coups de pied un peu partout, gémissant de douleur alors qu’il brisait ce qu’il pouvait briser. Parce que ses parents étaient morts, ils pouvaient faire ça ?! NON ! PAS DU TOUT !

On ne bafoue pas les morts ! Et surtout, on ne vole pas leurs possessions ! Car oui, il ne retrouvait plus les objets ayant appartenus à ses parents ! C’était … C’était … juste horrible ! HORRIBLE ! Il savait où il pouvait retrouver les objets de ses parents … Ah … Ah … Il quitta la maisonnette avec fureur, bien décidé à ne plus y remettre les pieds. Ils allaient le payer ! Ils allaient tous le payer ! Ils ne se valaient pas les uns aux autres !

Marchant d’un pas vif et rapide en direction du village, plusieurs hommes, femmes et enfants tournaient son visage vers lui, se demandant qui était ce jeune garçon sale et crasseux. Nul n’avait reconnu l’enfant, qui plus d’un mois auparavant, n’avait pas versé de larmes lors de la cérémonie d’enterrement de ses parents. Il se dirigeait vers un bâtiment bien particulier : une brocante. Lorsqu’il pénétra à l’intérieur, l’enfant ne se gêna guère pour donner un coup de pied dans un Miaouss qui dormait paisiblement dans un coin avant de faire de même avec un Caninos. Aussitôt, ce fut un tintamarre indescriptible, le chien comme le chat commençant à se griffer et à se mordre, de nombreux objets tombant sur le sol. L’homme qui dirigeait la boutique, trop occupé avec un client, ne remarqua pas au départ le chahut qui se produisit juste à côté. Puis enfin, quand il commença à s’en mêler ainsi que le client, l’enfant s’était mis aussitôt à récupérer les affaires de ses parents. Le matériel du parfait petit escalateur ! Raikoso s’était mis à courir à toute allure lorsque l’homme cria, celui-ci ne pouvant néanmoins rien faire puisque trop occupé à calmer ses deux pokémons.

Et le voilà de retour sur le sentier de la montagne Elyeus … Mais maintenant avec un petit sac à dos contenant tout ce qui était important … pour l’aider à monter ! Car oui, le grondement de son ventre lui rappelait la triste vérité. Il n’avait pas récupéré à manger et à boire. Mais qu’importe ! Il avait récupéré l’équipement de ses parents et c’était le plus important ! La faim, la soif … Il pouvait s’en passer ! Il en était sûr et certain !

Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il était revenu ? Le jeune garçon était revenu ? Et avec un sac sur son dos ? Il n’avait pas abandonné ? Il voulait quand même tenter de grimper au sommet du mont Elyeus ? Ah …. Qu’il tentait donc … Il verrait à quel point cet endroit était cruel … Pourquoi nul n’y était jamais arrivé. Ce n’était qu’un enfant. Et il n’allait même pas prendre la peine de voir celui-ci échouer. Il avait mieux à faire … C’est-à-dire « rien ».

Chapitre 12 : En perdition

Chapitre 12 : En perdition

Ah … Bon … Le voyage était terminé. Cela avait pris quelques jours mais ils étaient de retour à Midès. Elen lui avait écrit une lettre, lui signalant qu’elle avait quitté la capitale de Shunter car elle ne l’avait pas vu malheureusement. Il signala qu’il en fut aussi très attristé mais qu’il espérait la voir l’un de ces jours, voir très rapidement. Il essayait d’appliquer un peu les paroles de sa mère, demandant aussi à la jeune femme si elle pouvait lui renvoyer une image la représentant le plus tôt possible.

« Et bien, tu écris une lettre à ton amour de toujours, Tery ? » demanda Clari alors que le jeune homme venait d’envoyer la lettre après avoir terminé d’écrire.

« Ce n’est pas mon amour de toujours, ne raconte pas n’importe quoi. Ma mère m’a dit d’essayer de lui écrire des choses gentilles … Enfin, je ne me rappelle pas exactement ce qu’elle a dit, enfin, je ne sais pas l’expliquer et … »

« Tu contes fleurette à Elen ? » dit la jeune femme aux yeux verts comme les siens, paraissant surprise en reprenant : « Oh … Tu deviendrais donc un véritable homme de la société ? Si tu voulais des conseils pour essayer de prendre son cœur si ce n’est pas déjà le cas, tu n’avais qu’à me le demander des conseils hein ? Je … »

« Mais qu’est-ce que vous racontez toutes les deux ? Toi et ma mère, vous vous faites des illusions ! Moi et Elen, il n’y a rien entre nous ! Rien du tout ! Arrêtez de croire des choses comme ça ! Ça devient vraiment … »

« Qu’il est mignon, le petit Tery qui s’emporte en rougissant. »

Hein quoi ? Il rougissait ? Tsss ! Il était sûr qu’elle disait n’importe quoi, Clari ! Pfff … Il n’était pas gêné ou en train de rougir, c’était n’importe quoi. C’était juste que … Bon … Sa mère lui ait donné des conseils quand même sacrément bizarres. Il n’était pas quelqu’un de la haute société alors bon… Il regarda Clari du coin de l’œil, se demandant si elle allait partir de sa chambre ou non. Maintenant qu’ils étaient de retour, ils n’avaient pas à dormir ensembles ! En fait, ils n’avaient pas à dormir ensembles, qu’importe le moment !

« Bon, tu pars quand de ma vie, Clari ? J’aimerai bien être tranquille. »

« … … ..C’est vraiment très méchant de ta part, ça. » murmura t-elle avec lenteur, baissant les yeux tout en se demandant ce qu’elle avait fait pour mériter une telle appellation.

« … … … Euh, tu rigoles, n’est-ce pas ? Je ne voulais pas te blesser par mes paroles, Clari. Pas du tout … C’est juste que bon … Des fois, tu t’amuses avec mes sentiments et alors, ça me fait un peu mal de te voir toujours rire, toutes ces choses … » marmonna le jeune homme, ouvrant les bras comme pour lui signaler qu’elle pouvait venir s’y engouffrer. Elle ne s’en priva pas, restant muette pendant quelques secondes avant de ricaner.

« Si facile … Vraiment si facile de te manipuler, Tery. Si moi, j’y arrive, je ne sais pas ce que cela pourrait donner avec Elen. »

« Si tu parles du fait que j’ai accepté ça, c’est que je me doutais que tu réagirais comme ça. A force, je commence à te connaître, Clari. » termina t-il de dire en la faisant quitter ses bras.

Elle tira la langue tout en émettant une nouvelle mine boudeuse, le jeune homme haussant simplement les épaules. Bon … Si elle avait terminé, est-ce qu’elle pouvait enfin quitter sa chambre ? Ils n’avaient pas encore été félicité pour la réussite de la mission et même si ce n’était pas forcément très important. Cela lui permettait quand même de savoir que l’armée était au courant qu’il n’y avait plus à s’inquiéter pour les soldats de Traslord près du village où habitait sa mère.

Pourtant, elle ne partait pas, restant avec lui jusqu’à ce qu’un soldat ne vienne toquer à sa porte. Il demanda ce qui se passait, le soldat signalant que tout le monde devait se rendre sur la grande place, la maréchale ayant une annonce importante à faire. Ah ! La maréchale ! Le visage du jeune homme s’éclaira subitement, Clari semblant songeuse devant la réaction de Tery, enfin … Il était assez grand pour savoir ce qu’il devait faire. Ils quittèrent la chambre deux minutes après, se rendant sur la grande place où bon nombre de soldats de Shunter étaient présents, que cela soit des gradés comme des bleus.

« Tu penses qu’elle va nous signaler quoi, Tery ? » chuchota Clari, le jeune homme haussant les épaules pour lui dire qu’il n’en savait rien du tout.

La maréchale passait devant eux, jetant un bref regard rubis au jeune homme avant de continuer son chemin. Elle attendait visiblement que les retardataires viennent à leur tour, semblant faire preuve d’une patience infinie bien qu’il voyait parfaitement qu’elle semblait en colère. Aie, aie, aie … Quand même … Il valait mieux ne rien dire au cas où, une simple mesure de précaution. Finalement, les dernières personnes arrivèrent, la maréchale s’immobilisant devant lui. Les gradés étaient tous alignés derrière elle, les mains dans le dos.

« Je ne vais pas tergiverser très longtemps en vous faisant un discours digne des plus grands généraux militaires de toutes les époques. Nous sommes en guerre et vous le savez tous très bien. La grande majorité d’entre vous ont déjà eu affaire aux autres royaumes, la plus récente bataille venant d’être gagnée grâce aux hommes envoyés au village de Leskar. Mes félicitations d’ailleurs à ce sujet, il semblerait que d’après mes renseignements, les gnomolds furent aussi de la partie. »

Wow ! Il venait de recevoir un compliment de la part de la maréchale ! C’était si unique … ou presque … Enfin, il savait qu’il n’était pas le seul à être ciblé dans ses paroles mais bon. Il ne put s’empêcher de sourire assez bêtement à ces paroles, la maréchale s’arrêtant devant lui. Il se prit un violent coup de poing au ventre, le faisant s’arquer en avant de douleur.

« Je disais donc … Comme vous l’avez remarqué, chaque royaume nous attaque.  Honoros s’en prend au nord-est du royaume, Traslord nous envahit par le sud-est tandis que Claudiska semble s’occuper en grande majorité de l’ouest voir plus précisément du sud-ouest. Quant à Mekalarma, nous n’avons pour l’instant aucune nouvelle à leur sujet. Des questions ? »

« J’en … J’en ai une … Pourquoi m’avoir frappé ? » bafouilla Tery, toujours à moitié penché en avant à cause de la douleur. Plusieurs murmures passèrent parmi les soldats et les gradés avant que chacun se résigne à ne rien faire ou dire. Le cas de Tery était maintenant parfaitement connu dans l’armée de Shunter. Masochiste ou alors simple idiot ? Les rumeurs allaient bon train mais toutes tournaient vers un seul constat : lui et la maréchale n’étaient jamais en très bon termes. Surtout que celle-ci n’hésitait pas à lui montrer à quel point elle le détestait en le frappant de nombreuses fois.

« Je disais donc … Y a-t-il des questions ? Si ce n’est pas le cas, vous pouvez rompre. » reprit la femme en armure noire, ignorant superbement le jeune homme.

Ouais bon … Il fallait s’en douter, n’est-ce pas ? Ah … Ah … Il reprit une position plus correcte, Clari rigolant à moitié bien qu’elle ne le montrait pas. Elle connaissait l’habitude de la maréchale de lui faire mal bien que depuis un certain épisode, ce n’était pas aussi violent qu’à ses débuts. Il fallait dire qu’avec ses lignes d’Alzar, le jeune homme était très utile pour la maréchale et l’armée de Shunter. Il valait mieux alors ne pas gâcher tout le potentiel qu’il pouvait représenter.

Pourtant, avant de rompre les rangs, un messager courut en direction de la femme en armure noire, une lettre à la main. Comme si il avait fait une centaine de kilomètres tandis qu’il semblait exténué. Il tendit la lettre, restant immobile pendant que la maréchale ouvrit la lettre pour la lire. Elle parut surprise bien que cela était invisible de tout le monde sauf de Tery. A force d’essayer de voir sous son casque et surtout de savoir ce qui se trouvait sous cette armure, il avait commencé à deviner ses émotions. Alors là, il sentait qu’il y avait un souci mais quoi ? La maréchale se tourna vers le messager, lui demandant :

« Est-ce sérieux ? Cela m’étonne quand même … »

« C’est tout ce qu’il y a de plus sérieux, maréchale Nali. »

« C’est bien la première fois qu’il va faire une telle chose. Enfin bon … Tu peux aller le prévenir que nous serons tous prêts pour cela. »

Elle lui rendit la lettre qu’elle avait froissée dans sa main droite. Le messager s’inclina respectueusement devant elle avant de courir une nouvelle fois. Ah ? Encore capable de faire la course ? Ca méritait le respect, hahaha. Bon … Euh … Maintenant, est-ce qu’ils devaient partir à leur tour ou non ? En regardant les autres soldats, il comprit qu’aucun ne comptait bouger, signe qu’ils attendaient tous que la maréchale reprenne la parole. Celle-ci fit plusieurs pas de gauche à droite, réfléchissant à la situation. Nul n’osait lui poser une question, chacun étant immobile, aucune respiration ne se faisant entendre.

« … … … Le roi va prononcer un discours. »

Tout le monde fut choqué ou presque. Même lui … Il n’avait jamais vu le roi auparavant. Ayant habité dans le village de Leskar pendant toute sa jeunesse, il n’avait jamais eu cette chance … Le roi Theor ? Le véritable roi allait faire un discours ? Mais quand ? Où ? Est-ce qu’ils allaient l’apercevoir ? Il tourna son visage vers Clari, celle-ci paraissant aussi surprise que lui sur le coup. C’était … C’était …

« Clari, tu n’as jamais vu le roi, toi ? » demanda t-il avec lenteur.

« Jamais … Je ne l’ai jamais vu … oui … Je ne sais même pas à quoi il ressemble. »

Euh … Alors, ils étaient deux à ce sujet car lui non plus ne savait pas à quoi ressemblait cet homme … qui était au sommet du royaume de Shunter. Voilà qu’il commençait déjà à se l’imaginer sous différentes formes, plus ou moins différentes. Par contre, c’était étonnant mais il ne se rappelait pas … d’avoir entendu parler d’une reine. Le roi n’était pas marié ?

Et puis à la base, en quoi ça le concernait ? C’était quoi cette question absurde ? Il se posait la question tandis qu’il attendait de voir si Clari avait quelque chose à dire. Néanmoins, la jeune femme aux couettes blondes restait muette. Lui comme elle, étaient visiblement muets, ne sachant pas quoi dire. La maréchale reprit la parole :

« Le roi fera son discours dès demain. Pour aujourd’hui, vous avez quartier libre ou presque pour la majorité d’entre vous. »

Son regard rubis se posa sur Tery, celui-ci sursautant sur le coup. Qu’est-ce qu’il avait fait de mal cette fois-ci ? Rien … Rien du tout hein ? Hein ? Qu’il sache, il n’avait pas créé de problèmes ! C’était elle qui l’avait frappé auparavant ! HEY ! Qu’on ne lui mette pas de fautes sur son dos alors qu’il n’avait rien fait cette fois ! Pourtant, elle lui fit un geste de l’index pour l’intimer de la suivre. Gloups … Il détestait ça.

« Allez, courage, Tery. Tu sais très bien que ce n’est qu’un mauvais moment à passer ! »

Clari lui chuchotait ses quelques mots alors qu’il s’avançait, un peu tremblant à l’idée de suivre la maréchale Nali. Ah … Comme d’habitude, il avait peur … peur d’elle … et en même temps … Il était excité. C’était bizarre de ressentir de l’excitation non ? Pourtant, tous les soldats se dispersaient alors que la maréchale et lui restaient face à face. Même sa garde personnelle … n’était plus là.

« Accompagne-moi Tery, il y a quelques petits points à mettre au clair entre nous. »

« Si c’est pour me faire frapper, je préfère que ça soit maintenant, ici et que ce ne soit pas trop douloureux, maréchale Nali. » bafouilla le jeune homme.

« Si tu l’ouvres encore une fois, je peux te trancher maintenant, ici et cela risque d’être indolore en vue de a vitesse à laquelle ta tête quittera ton tronc. »

« … … … J’aurai mieux de me taire. » répondit-il avec lenteur.

« Tu aurais mieux de te taire. Maintenant, suis-moi. » conclut la femme en armure noire.

Bon d’accord, il allait la suivre. Il n’avait pas vraiment le choix de toute façon … Bon … Autant se rendre sur le lieu de sa mort … Il accompagna la maréchale, la suivant de dos sans réellement savoir où il allait être emmené. Pourtant, ce fut dans la salle où il s’était entraîné il y a de cela plusieurs mois … voir peut-être plus d’une année maintenant ?

« Euh … Si c’est pour me faire massacrer, maréchale Nali, je préfère encore retourner dans ma chambre. C’est une question de survie. »

« Sais-tu … Tery … Ce qu’est ton plus gros problème dans l’armée de Shunter ? Et quel est le plus gros problème que tu causes à l’armée de Shunter ? »

« … … … Je ne vois pas du tout, maréchale Nali. »

« Le plus gros problème que tu causes à l’armée, ce n’est pas ton manque de discipline. Non, tu es discipliné, tu obéis aux ordres et tu es un bon élément. Non … Ce n’est pas ça du tout. C’est ta familiarité avec la personne qui représente la plus haute instance militaire du royaume. Au cas où tu ne le saurais pas, cela veut dire, moi. »

« Hein ? MAIS NON ! Je n’ai jamais voulu être familier avec vous, maréchale Nali ! Je … Je continue toujours de vous craindre et de vous respecter, vous n’avez pas à vous en faire pour cela ! C’est juste … C’est juste que … Bon … Je ne sais pas trop comment l’expliquer … »

« Et le plus gros problème dans l’armée de Shunter par rapport à toi ? C’est … moi. Au final, t’avoir à une distance respectable permettrait alors d’éviter des soucis des deux côtés. Mais … Bon … Je ne suis pas là pour te menacer ou te battre aujourd’hui. » annonça le femme en armure noire, le jeune homme lui demandant aussitôt :

« Alors pourquoi est-ce que vous m’avez frappé auparavant, maréchale ? »

« … … … Tu le fais exprès, n’est-ce pas ? Je vais plutôt ignorer ta question et te signaler la raison de ta présence ici. Je vais être très explicite. Tu ouvres la bouche pendant le discours du roi, je te tues sur place. »

« Euh … J’ai le droit de demander pourquoi une telle recommandation ? Et vous parliez de ne pas me menacer aujourd’hui … C’est quand même un peu …osé non ? »

« Voilà ton problème  … Malgré ce que je t’ai dit, tu n’hésites pas à poser des questions. »

« Mais je cherche quand même à savoir où est le problème avec moi ! Ce n’est pas normal ?! » demanda t-il avec un peu de zèle alors qu’elle s’approchait de lui, le soulevant par le col tandis que son visage était à sa hauteur. Néanmoins, lui qui ne voyait que ses yeux rubis, elle, elle pouvait apercevoir son visage neutre, du moins, qui tentait de l’être.

« … … … Est-ce à cause de moi ? Car tu n’arrêtes pas de voir Manelena ? Je ne suis pas Manelena, simplement Nali … C’est pourtant très simple non ?! »

« Vous me rappelez vraiment Elen quand vous parlez comme ça … Elle aussi voulait qu’on l’appelle Neel voir l’Ombre … Bref, qu’on ne parle pas de sa véritable identité… »

« Disparais … Disparais complètement de ma vision. Je n’ai jamais eu affaire à un pareil abruti depuis des années … Et pourtant, je suis la maréchale depuis que je suis adulte. » dit-elle en le relâchant, le jeune homme tombant au sol sur les fesses. Il se releva, gémissant un peu de douleur.
Ca faisait jamais du bien tout ça … Aie, aie, aie … Vraiment … Bon … Il ne savait pas quoi lui répondre mais … En même temps, il avait l’impression de revoir Elen dans la maréchale. C’était stupide de penser ainsi… car elles ne ressemblaient pas le moins du monde. Enfin bon … Il se retourna, lui répondant avec calme :

« Je vais alors faire ce que vous voulez … Je ne parlerai pas pendant l’annonce du roi car mon but n’a jamais été de vous rendre ridicule, mademoiselle Manelena. Néanmoins, comme je n’arrête pas de vous le dire depuis que je sais qui vous êtes, je vous resterai fidèle. Vous valez bien mieux qu’une bonne partie de l’armée de Shunter … et même si j’en ai aucune preuve formelle, je le sens au fond de moi et ça me suffit amplement. Je n’ai pas à vous juger pour vos actes ou ce que vous dites, je ne suis pas comme ça. De toute façon, au départ, moi-même, la première chose que j’ai faite quand j’avais dix-huit ans, ce fut de quitter mon village sans prévenir ma mère. Résultat ? J’ai failli mourir … Heureusement qu’Elen était là d’ailleurs car sinon, je ne serai plus de ce monde. Enfin bref, tout ça pour vous dire que malgré votre carapace sombre, vous êtes bien plus agréable et gentille qu’on ne le croit. Je ne sais pas si c’est spécialement avec moi ou alors avec d’autres personnes, je ne pense pas être un privilégié … mais depuis le début, vous êtes comme une tutrice à mes yeux … Voir un peu plus que ça. Sans vous, il y aurait longtemps que je ne serai plus dans l’armée de Shunter. Dans le fond et même si je pense que ça risque de ne pas vous faire plaisir, je vais être sincère envers vous, maréchale Nali. Bon … Ca ne concerne que moi et surtout, je ne pense pas que ça soit réciproque mais … Je vous aime bien. Au revoir, nous nous reverrons lors du disc … »

Il ne la voyait plus il remarqua bien l’épée qui passa à côté de lui, traçant une ligne de sang sur sa joue avant de se planter dans le mur en face. Gloups … Est-ce qu’il avait dit une bêtise ? Il valait mieux … ne pas chercher … et continuer à avancer. Il prit une profonde respiration, marchant d’une façon un peu stupide, comme celle d’un golem alors qu’il venait d’être crée et de commencer à se déplacer. Il sortit de la salle, laissant seule la maréchale puis se mit à courir à toute allure pour mettre un maximum de distance entre elle et lui. Qu’est-ce qui venait de lui prendre ?! Qu’est-ce qu’il venait de dire ?!

« Je suis complètement stupide ou quoi ? C’est de sa faute ! »

La faute à sa mère ! C’était elle, avec ses idées d’être plus sincère envers les femmes qu’il connaissait ! Pourquoi est-ce qu’il avait fait ça hein ? Hein ? Maintenant, il était clair que c’était complètement foutu de ce côté … Il devait se préparer à se faire torturer de toutes les façons possibles. Elle n’allait pas le laisser tranquille. Gloups … Triste vie en perspective.^

Il retourna dans ses quartiers, quartiers où Clari semblait l’attendre devant sa porte, les bras croisés, le regard un peu distant jusqu’à ce qu’il arrive. Il s’approcha d’elle, la jeune femme tournant son visage vers lui, son visage montrant une certaine inquiétude maintenant. Sans même lui laisser le temps de prendre la parole, elle lui demanda :

« Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? Ça n’a pas l’air … »

« Je lui ai dit que je l’aimais bien … »

« Wo… Wow… » répondit-elle tout simplement, abasourdie par les propos du jeune homme : « Le pire dans ce que tu me dis, c’est le fait que tu sois sérieux. »

« J’ai aussi annoncé qu’elle était une personne gentille et agréable … que j’ai l’impression qu’avec moi, j’ai la sensation que je suis un privilégié par rapport aux autres. »

« Je ne sais pas si c’est de la folie, de la stupidité ou alors un acte d’héroïsme venant de ta part, Tery, Tery, Tery. » marmonna la jeune femme aux cheveux blonds, ouvrant la porte pour qu’ils rentrent chez Tery. Aussitôt, elle se coucha sur le lit, reprenant : « Mais je pensais que tu craquais pour la petite Elen. Peut-être que tu préfères les femmes fortes ? »

« Arrête avec ça, tu sais très bien que ce n’est pas une question de préférence, simplement de relations. Que ça soit Elen ou la maréchale, je me sens proche autant l’une que de l’autre. Oh … Ne t’en fait pas, je t’aime bien aussi. » termina t-il de dire alors qu’elle se relevait du lit, un sourire aux lèvres. Elle s’approcha de lui, venant le serrer dans ses bras.

« Mais c’est réciproque, mon petit Tery. Dans quoi est-ce que tu t’es foutu encore ? Et puis, si toi, tu as dit cela … Qu’est-ce que la maréchale a-t-elle dit ? Car je ne pense pas qu’elle s’attendait à une déclaration venant de ta part, n’est-ce pas ? »

« Euh … C’était simplement pour que je me taise demain, pendant le discours du roi. Elle a l’impression que dès que je l’ouvre, c’est pour l’embêter. Ce n’est pas du tout mon but hein ?! Mais voilà quoi … Je ne sais pas pourquoi elle pensait une telle chose … »

« Tu es souvent du genre à la provoquer … ou du moins, tes paroles montrent que tu te crois proche de la maréchale. Sans la contester, ça ne plait pas à tout le monde ce que tu fais avec la maréchale, je tiens à le signaler, Tery. »

Il avait l’impression d’entendre les discours des autres soldats. Ah bon … Cela voulait surtout dire qu’il y avait une part de vérité dans toute cette histoire, n’est-ce pas ? Bon … Qu’est-ce qu’il pouvait faire ? Il n’avait même pas remarqué que cela faisait cinq bonnes minutes que Clari le serrait contre elle.

« Oui mais bon … Je suis peut-être une cas désespéré ? J’ai l’impression que je cherche toujours les ennuis … même quand je ne le veux pas réellement. Ce n’est pas de ma faute si je trouve la maréchale très attirante et très sympathique ! »

« Ce qui est tout le contraire du mode de pensée des autres soldats. Pour eux, la maréchale est un monstre d’égo. Elle n’a besoin de rien, ni personne, elle est au sommet de l’armée de Shunter, nul ne la connait réellement, même son histoire, son origine ou autre. Elle est … intouchable et toi, tu t’adresses à elle comme à une bonne amie. »

« Mais … Mais … je … Comment dire … Je … »

« Arrête de trop y penser, Tery. Ça ne te mènera à rien de bon. »

Mais, les paroles de Clari résonnaient dans sa tête. C’est vrai que depuis qu’il connaissait la maréchale, puis ensuite son autre … face nommée Manelena, il réagissait différemment envers elle. En fait, non … Ce n’était pas réellement ça, c’était différent … La maréchale était assez importante pour lui dans le fond.
Et il voulait essayer de la considérer autrement qu’une simple personne qui avait plus de pouvoirs militaires que lui. C’était ça … Il n’avait pas envie que le statut de la maréchale Nali … se résume simplement à celui militaire. Elle était une personne à côté ! Elle avait surement des envies, des ambitions, des choses qui la rendaient joyeuse non ? Tiens … Qui était réellement la maréchale sans son armure ? Manelena ? Ou alors une autre fille ?

« … … … J’aimerai bien avoir une discussion normale avec la maréchale un jour … Enfin … Sans que ça finisse par une menace de mort. »

« … … … T’as de drôle d’ambitions, Tery, si tu veux tout savoir. » répondit Clari.

Il le savait parfaitement ! Mais voilà qu’à cause de ce qu’il avait dit, il ne savait plus quoi penser de toute cette histoire. La maréchale … Il allait essayer d’en savoir un peu plus sur elle … avec diverses méthodes. Juste pour mieux la connaître.

Chapitre 11 : La véritable raison

Chapitre 11 : La véritable raison

Co… Comment ? Comment Rokar savait-il au sujet des médaillons ? Et surtout depuis quand ? Et puis aussi … que c’était lui qui était responsable de tout ça ? Pour dire qu’il était perturbé, c’était exactement ça … Vraiment perturbé même. Comment était-ce possible ?

« C’est une blague, n’est-ce pas ? Comment un gnomold comme toi pourrait être au courant d’une chose aussi importante ?! Tu racontes n’importe quoi ! Je ne sais pas comment tu as obtenu ce genre d’informations mais ça ne prendra pas avec moi ! » cria le jeune homme avec énervement tout en étant décontenancé.

« Hum ? Comment je pourrai l’être ? Car tu crois que les gnomolds ne se trouvent que dans Shunter ou quoi ? Nous sommes aussi présents que vos peuples … Nous sommes partout … »

« Et en quoi est-ce que cela te concerne ? Pourquoi tu as besoin de savoir une telle chose ? Qu’est-ce que cela t’apporte de savoir que c’est moi ? »

… … … Il attendait la réponse du gnomold avec un peu d’appréhension. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il n’aurait jamais prévu une telle chose … Que le gnomold soit au courant de ce genre de choses …C’était effrayant … de savoir que même une telle créature connaissait au sujet des médaillons. Rokar émit un grognement qui ressemblait à de la joie, se maintenant sur sa masse posée au sol.

« Dire qu’il y a plus de quinze ans, tu n’étais qu’un petit vaurien … Et maintenant, depuis que tu as des lignes d’Alzar, tu te prends pour un grand, n’est-ce pas ? »

« Ce n’est pas le sujet ! Je veux savoir ce que ça veut dire ! Pourquoi est-ce que tu connais tout ça à mon sujet ?! » s’écria le jeune homme une nouvelle fois.

« Si encore tu étais capable de me battre, peut-être que … »

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase que Tery s’était jeté sur lui, ses deux griffes tendues en avant. Des lignes noires … et deux yeux rouges. Oh ? Cela voulait dire qu’il avait perdu le contrôle de son corps ? Intéressant … Mais loin d’être suffisant ! Alors qu’il était à sa hauteur, prêt à lui planter les griffes dans son armure rouge, il souleva sa masse, prêt à l’abattre sur les côtes du jeune homme. Celui-ci s’accroupit aussitôt, poussant un nouveau râle de colère avant de percuter le gnomold avec la ferme intention de le faire tomber.

« HAHAHAHA ! Une épreuve de force ?! Avec moi ?! MAIS POUR QUI TU TE PRENDS MISERABLE AVORTON ?! »

Le gnomold ferma son poing, le frappant avec violence au ventre avant de lui décocher un coup de poing dans le visage. La tête de Tery pencha sur le côté, du sang s’écoulant de ses lèvres alors qu’il grognait à son tour, donnant un coup de tête dans celle du gnomold. Rokar commença à faire de même tandis que Tery cherchait à le griffer avec ses deux armes.

« Et il continue ?! ABANDONNE ! Ca ne servira à rien ! »

« Tant que tu ne me diras pas toute la vérité, je ne te lâcherai pas ! POURQUOI EST-CE QUE TU ES AU COURANT ?! C’est quoi ce que tu me caches, ROKAR ?! »

Amusant … Vraiment très amusant … Il cherchait à tout savoir à son sujet ? Et en même temps … Il n’était pas devenu totalement fou et contrôlé … Cela se voyait dans ses yeux devenus couleur rubis. Hum … C’était quand même assez impressionnant de voir une telle mentalité … Normalement, un homme possédé par Alzar n’aurait aucune chance de se contrôler … correctement. Si il était normal … Mais Tery ne l’était pas.

« J’en ai assez fait pour aujourd’hui, avorton. »

Il le repoussa d’un coup d’épaule, faisant quelques pas en arrière en serrant sa masse à deux mains. Déjà, l’arme semblait se préparer à lancer une nouvelle attaque explosive, Tery croisant ses deux griffes pour parer le coup. Hors de question de reculer cette fois-ci ! Ce gnomold en savait beaucoup trop à son goût !

« Je veux savoir … pourquoi tu es au courant pour les médaillons ! »

« Et à quoi est-ce que cela te servirait ? Tu as besoin de connaître la vérité ? Il vaut mieux mourir ignorant des fois … que de se faire souffrir inutilement. »

Ah oui ?! Ca n’allait pas se passer comme ça ! Qu’est-ce qu’il pouvait utiliser pour se protéger ? AH ! Pourquoi pas ça ?! Avant que la masse à deux mains ne vienne percuter ses griffes, des morceaux de terre se formèrent tout autour d’elles mais aussi des deux bras. Pourtant, l’explosion se produisit bien au contact, le jeune homme se retrouvant projeté en arrière, son dos percutant un arbre alors que Rokar lui criait avec amusement :

« Et bien ! Quelle magie ! Avoir une protection de terre capable de ne pas se réduire en morceaux après l’un de mes coups, je te félici… »

Il s’arrêta au moment même où il roula sur le côté, chose étonnante en vue de l’armure qu’il portait sur son corps. Une claymore s’abattit sur l’endroit où il se trouvait quelques secondes auparavant, une faille se créant après le coup. Une faille dont sortait une lame de vent, tranchant en deux ceux qui se trouvaient au-dessus d’elle. Clari était là, serrant les dents, ses yeux complètement bleus alors que des lignes blanches étaient visibles sur son visage et ses deux bras. Elle tourna son visage vers Rokar, celui-ci paraissant surpris, et loin d’être agréablement. Pourtant, il ne s’empêcha pas de sourire après quelques instants :

« C’est vrai … Il y avait une fille de Zélisia … Assez étonnant en un sens qu’elle soit aussi proche du gamin … Mais bon … Comme quoi, Zélisia et Alzar semblent bien se réincarner peu à peu avec cette génération. »

« Avise-toi de toucher encore à Tery et je te promets que tu n’auras plus la possibilité de marcher à nouveau … voir vivre. »

« Que de belles paroles issues d’une personne bien énervée. » répliqua le gnomold, s’étant relevé, regardant à gauche et à droite. Hum … Il était visiblement temps. Il leva sa masse à deux mains dans les airs, poussant un cri puissant, ralliant tous les gnomolds autour de lui. « On a fini ce qu’il y avait à faire ici. On se retire. » Et si ils ne voulaient pas les laisser partir, ils allaient utiliser les grands moyens. Pourtant, les soldats de Shunter se poussèrent, comme impressionnés ou paralysés par le cri de Rokar. Clari avait fait disparaître ses lignes, courant pour arriver à la hauteur de Tery, le serrant dans ses bras en lui demandant :

« Tout va bien ?! Tery ! Réponds-moi ! Allez ! »

« … … … Tu n’es pas forcée de crier, Clari. Plus de peur que de mal … » marmonna le jeune homme en gémissant de douleur, son dos le faisant souffrir plus que prévu.

« C’est terminé … Les gnomolds sont partis. » chuchota-t-elle, le gardant contre elle malgré leurs blessures. Olin passait les troupes en revue, regardant de tous les côtés comme si il venait de remarquer quelque chose. Il annonça :

« Il semblerait que toutes les troupes de Traslord sont mortes … Quant aux nôtres, nous avons perdu quand même pas mal d’effectifs, presque autant que les gnomolds. Mais … Avec ce gnomold en armure rouge, normalement, nous n’aurions pas pu gagner. Que tout le monde se regroupe et vienne aider ceux qui ne peuvent plus marcher. Nous rentrons au camp. »

« Allez, Tery. Je viens t’aider et te prendre avec moi. » dit Clari avec amusement alors qu’il tentait de la repousser. Pourtant, il ne fit rien contrairement à ce qu’il pensait. Accolé contre la jeune femme, il marcha avec lenteur tandis qu’elle l’aidait. Elle avait un sourire aux lèvres, rien à voir avec la personne qu’il avait vu auparavant.

Pourtant, il allait l’interroger … dès qu’il aurait le temps car là … Ils se retrouvaient dans une tente, seuls tous les deux. Elle avait récupéré quelques bandages pour se soigner et il faisait de même de son côté. Il bandait le bras blessé de Clari par sa faute alors qu’elle l’avait forcé à retirer son haut pour qu’elle observe ses blessures. Clairement gêné par cette idée, il avait néanmoins accepté, lui tournant le dos.

« A part quelques égratignures … Rien de bien spécial. » dit-elle avant de poser sa joue contre le dos nu du jeune homme, celui-ci s’écriant de surprise :

« Mais qu’est-ce que tu fais, Clari ? Hey … Tu pourrais quand même me répondre ! »

« On peut rester comme ça … un petit peu ? J’étais inquiète … Tellement inquiète … Tu te mets vraiment en danger pour rien. Ce Rokar … était effrayant en un sens, tout autant que la vouivre que l’on a affrontée à Clausdiska. »

« … … … Tu sais … … … Enfin bon … Je t’apprécie beaucoup, Clari. » dit-il subitement, se grattant le nez en levant les yeux en l’air.

« Tu crois que ce n’est pas réciproque, Tery ? » répondit la jeune femme en rigolant, passant ses deux bras autour de son torse, poussant un petit soupir de plaisir.

« Enfin, ce que je veux dire par là, c’est que, c’est bien mais … Il ne faut pas trop en faire non plus hein ? Du moins, comment dire, je ne veux pas te vexer mais entre toi et l’Ombre … »

« Tu es libre d’aimer qui tu veux, Tery. » dit-elle, le jeune homme s’étranglant dans ses paroles. Mais qu’elle le laisse terminer !

« Je n’aime pas Elen ! C’est juste que … Bon, entre toi et elle, je l’apprécie plus elle … Mais toi aussi, la maréchale … pareil … Je connais trois femmes exceptionnelles. Et c’est pour cela que je voulais te prévenir au cas où. Je t’apprécie grandement mais je ne t’ai… »

« Tu me rappelles quelqu’un, c’est tout, quelqu’un que j’aimais énormément. »

Encore une fois, il resta bouche bée à l’écoute des paroles de la jeune femme. Qu’elle aimait énormément ? Il n’était pas un remplacement, il tenait à lui dire avant qu’il ne soit trop tard ! Enfin bon … C’était la première fois qu’elle semblait se confesser donc …

« Et euh … Cette personne … Elle savait tout ça ? » demanda t-il. « Car bon … Je … Je ne sais pas … Je ne pense pas connaître car tu as ton passé et j’ai le mien mais …  Bon … »

« Il est mort … Et comme tu lui ressemblais … un peu … Enfin, je ne sais plus vraiment … Mais tu lui ressemblais … Je peux rester s’il te plaît ? »

Il ne comprenait pas du tout ce qu’elle voulait dire mais elle semblait assez perturbée. Il marmonna que oui, se grattant la joue sans savoir où se mettre. C’était plus que gênant tout ça mais … Il ressemblait à quelqu’un ? C’était bizarre mais pas forcément surprenant. Sans qu’il y ait une copie exacte de sa personne, ce n’était pas impossible quoi.

« Mais c’était qui exactement ? Enfin … Si tu veux le dire, je ne vais pas te forcer non plus à tout me dire à ton sujet mais comme c’est le bon moment. »

« C’était mon grand frère, je l’adorai plus que tout. »

Ah. Son grand frère ? Son grand frère ?! Depuis quand avait-elle un grand frère ? Mais quel idiot, c’était normal. Elle aussi avait de la famille ailleurs, ça n’avait rien d’étonnant ou spécial … Juste qu’il ne s’était pas renseigné à son sujet. Il se retourna, la jeune femme restant calfeutrée contre lui en murmurant :

« Je croyais que je pouvais rester un peu plus longtemps quand même. »

« On doit finir les bandages … Mais je ne savais pas que tu avais un frère … Enfin un grand frère … Par contre, ce que tu m’as dit … est bizarre. Au sujet de ton grand frère … Euh … Tu sais bien qu’entre une sœur et un frère … »

« Mais non ! Ce n’est pas comme ça, Tery ! Ne raconte pas n’importe quoi ! » s’écria t-elle, vivement gênée tandis qu’il cherchait à remettre son haut. Elle le laissa faire, reprenant : « C’est juste que mon grand frère … avait aussi des lignes d’Alzar … »

« Hein ? Quoi ? Deux membres de la même famille ayant des lignes différentes ? Je n’ai jamais entendu parler de ça … Enfin, je ne me suis jamais renseigné aussi. »

« Tu sais … Il avait six ans de plus que moi alors bon … Il y avait quand même une différence d’âge mais … Pourquoi est-ce que je te parle de ça, Tery ? Ca ne te concerne pas et tu n’as surement pas envie de penser à de telles choses. »

« Ce n’est pas vrai du … »

Il s’était arrêté de parler tandis que la jeune femme se leva, l’embrassant sur les deux joues avant de dire qu’elle retournait dans sa tente. Maintenant que les éclaireurs de Traslord étaient hors d’état de nuire, ils allaient surement partir d’ici. Donc … Il allait devoir revoir sa mère avant de partir et lui signaler qu’il allait lui écrire, réellement cette fois ! Mais est-ce qu’il allait avoir la permission de parler à sa mère ? Lorsqu’il la demanda à Olin et aux autres gradés, tous acquiescèrent, certains un peu effrayés par le spectacle qu’il avait donné. Ah oui … Ses lignes d’Alzar, si certains n’étaient pas encore au courant avant ce combat, maintenant, c’était le cas … Pfff … Bon, il avait compris. Néanmoins, il dit :

« Merci beaucoup de m’accorder cela. Je vais y aller tout de suite, qu’elle aille crier en voyant que j’ai été un peu blessé à cause des éclaireurs de Traslord, héhéhé. »

« Faut pas faire inquiéter sa maman, Tery ! Ce n’est pas bien ! » répliqua Olin, le jeune homme aux cheveux bruns rigolant, amusé par les paroles de celui qui était maintenant plus gradé que lui. Il lui dit :

« Ne t’en fait pas, Olin. Quand ma mère est en colère, je peux te promettre qu’elle est diabolique et plus qu’impressionnante. Je ne prendrai jamais le risque de l’inquiéter exprès sinon je sais que même toute une tribu de gnomolds ne serait rien par rapport à elle. »

… … … Il paraissait rire mais il était en même temps plus que sérieux. C’était donc … la vérité. Quelqu’un possédant des lignes d’Alzar était capable de craindre … une simple mère au foyer ? Enfin, peut-être était-ce à cause de la relation les unissant.

Lorsqu’il revint chez lui, toquant plusieurs fois à la porte, sa mère lui ouvrit, poussant un petit cri horrifié en apercevant les blessures sur son corps. AIE ! Il savait pourquoi il valait mieux éviter de faire une mission près de l’endroit où vivaient ses proches dorénavant. Ils n’arrêtaient pas d’avoir peur pour la moindre égratignure. Assis sur une chaise tandis qu’elle préparait de nouveaux bandages, il murmura :

« Maman … Y a pas besoin de tout ça, j’ai déjà été soigné hein ? Ce n’est pas si grave que ça. Tu n’as pas à t’inquiéter autant. »

« Bien entendu, bien entendu. Tu veux que je laisse leurs bandeaux crasseux te couvrir tes blessures et t’infecter ? Mais pour quelle mère indigne tu me prends hein ? »

« Ohla ! Si je commence à faire une liste de tout ce qui te rend indigne, je n’ai pas terminé … Euh … Euh non … Je n’ai rien dit du tout. » conclut-il devant le regard de sa mère. Il valait mieux se taire s’il voulait éviter de s’en prendre une dans les dents et une belle d’ailleurs.

« Bon … Montre-moi où tu as été blessé … Alors, ces hommes de Traslord … Vous les avez repoussés ? D’après le fait que tu sois encore en vie, je dirai oui … »

« Merci maman, on voit tout le réconfort qui émane de tes paroles en apprenant que ton fils est encore en vie … Et oui, ils sont tous morts. Mais … On a eu le droit à une visite surprise en plein combat, Maman … Rokar était présent, comme les autres. »

Elle arrêta aussitôt de bander, restant immobile pendant plusieurs secondes alors que ses deux mains tremblaient. Rokar … n’est-ce pas ? Elle n’avait pas entendu souvent ce nom … mais ils savaient aussi bien l’un que l’autre qu’il était plus qu’important pour eux deux. Après quelques instants, elle reprit son travail pour bander les blessures de son fils.

« Et ? Est-ce qu’il est mort lui aussi ? Il ne devait pas être seul, n’est-ce pas ? »

« Pas le moins du monde, maman … Je l’ai affronté et AIE ! Ça fait mal ! Tu serres trop fort, maman ! » s’écria t-il avant que ce ne soit sa mère qui hausse la voix.

« Mais quel idiot j’ai mis au monde ?! Ca ne te suffit pas de devenir un soldat de Shunter, il faut aussi que tu ailles courir droit à la mort ?! »

« HEY ! Ce n’est pas moi qui l’aie invité ! Il s’est incrusté en plein combat ! »

« Je veux bien te croire mais … Arrête tes idioties un peu ! Je ne veux pas perdre mon fils après mon mari par la même créature ! »

« Maman … Je … Enfin … Il avait quel élément ? »

« Hum ? Ton père ? Et bien … Hum … Cela fait quand même un bon nombre d’années. Mais pourquoi est-ce que tu me demandes une telle chose ? » dit-elle, un peu surprise.

« Pour rien … Pour rien du tout. Ne t’inquiète pas … Sinon … Euh … Maman … Tu sais de quel élément je suis ? » demanda t-il une nouvelle fois mais maintenant, encore plus inquiet qu’auparavant, presque apeuré par quelle serait la réaction de sa mère.

« Tu as des lignes d’Alzar. Tu ne penses quand même pas que je n’étais pas au courant, n’est-ce pas ? Tout le village est au courant … Tu n’as pas à t’inquiéter à ce sujet, personne ne te jugera chez nous, ou du moins, presque personne. Tu n’as jamais été une source de problèmes et tu nous as sauvé deux fois, je te rappelle. »

« Oui mais bon … Tu sais bien … Maman … Que tout peut changer en un instant. » marmonna le jeune homme, ne sachant guère réellement où se mettre.

Hum ? Et ? Les villageois, contrairement aux citadins, avaient des mœurs différentes de ces derniers. Oh … Bien entendu, les lignes d’Alzar n’étaient guère plus appréciées que dans les villes mais il avait montré plusieurs fois que malgré celles-ci, il était plus que …

« Et puis zut, Maman. Je t’embête avec tout ça, je vais m’en aller. »

« Hum ? Tu dois déjà partir, Tery ? Je te rappelle une chose très importante après ton départ. »

« Je te promets que je t’écrirai … Je n’ai pas envie de me faire à moitié tuer une troisième fois.  J’ai appris mes leçons, je te le promets. »

« … … Il y a intérêt … Par contre, tu n’as pas l’impression d’oublier quelque chose ? » demanda sa mère en se levant, décroisant les bras.

« MAMANNNNNNNN ! J’ai plus de vingt ans ! J’ai passé l’âge de faire ça ! » cria t-il, rougissant légèrement alors qu’elle restait immobile, semblant attendre quelque chose.


Et zut ! Quand même ! Heureusement qu’il n’y avait pas Elen voir surtout Clari car sinon, celle-ci en rajouterait une couche, il s’en doutait ! Il sera sa mère contre lui, celle-ci faisant de même. Pfff … Il n’était pas vraiment très grand dans le fond. Il n’avait rien de bien protecteur à cause de sa taille. Sa mère lui murmura :

« Prend simplement soin de toi, Tery, d’accord ? »

« Oui, Maman … Ne t’en fais pas, je ne me mettrai pas dans des situations abracadabrantesques et je te préviendrais chaque semaine ou chaque mois de ce que je fais. Comme ça, tu éviteras de perdre encore une trentaine de kilogrammes, sinon tu deviendras aussi épaisse qu’une aiguille. »

Il sentit un petit craquement dans son dos, le faisant gémir de douleur alors qu’il apercevait des lignes brunes sur les mains de sa mère. Oh zut … Sa mère reprit :

« J’ai eu l’impression que tu voulais me faire un reproche, est-ce que je me suis trompé Tery ? Ou alors, peut-être que tu as … »

« NON NON ! C’est bon, Maman ! Je n’ai rien dit ! Tu es très bien comme ça ! Encore plus jolie qu’auparavant ! Quand tu faisais cinquante kilos de plus ! »

« … … … Mon fils, je crois qu’il va vraiment falloir que je te donne quelques cours de savoir-vivre avec les femmes Les autres soldats attendront une heure en plus. Assis. »

Gloups … Il valait mieux l’écouter. Sa mère était des fois très effrayantes, il le reconnaissait parfaitement. Bon … Euh … Comment dire … Et pourquoi au passage, il devait apprendre quelques trucs par rapport aux femmes ? C’était quoi ce délire ? Devant le regard de sa mère, il valait mieux éviter de trop l’ouvrir. Il s’était assis dès qu’elle lui avait intimé ceci, baissant les yeux alors que sa mère venait s’asseoir en face de lui.

Une heure plus tard, il était ressorti de chez lui, un peu perturbé et sonné. Il se dirigeait avec nonchalance hors du village, saluant les gardes et les villageois sur son chemin. C’était aussi … difficile que ça ? Et puis bon … Euh … Quand même … Dans tout ce qu’elle disait, il y avait plusieurs choses quand même sacrément perturbantes.

« Tery ? Ça ne va pas ? T’as l’air … assez secoué. » lui demanda Clari lorsqu’il revint au camp, les tentes étant déjà bien moins nombreuses.

« Disons qu’après une discussion avec ma mère, j’en ressors jamais indemne. »

« Hahahaha ! Mais ta mère … Elle est quand même spéciale hein ? Je la trouve vraiment différente des autres villageois. Il y a une certaine … prestance. »

« Prestance ? Tu veux dire puissance plutôt. »

« HAHAHAHA ! Peut-être, peut-être … Mais je suis sûre qu’elle aurait fait une grande dame de Shunter si il n’y avait pas eu cette guerre ou alors si elle était née dans une autre famille. »

« … … … Peut-être mais elle ne serait pas devenue ma mère alors. »

Bonne remarque de la part du jeune homme. Elle lui tapota doucement le crâne. Il était temps de retourner à Midès. Cette mission avait été une réussite, loin d’être parfaite peut-être mais … Bon … La mère de Tery était en sécurité et c’était le plus important aux yeux du jeune homme. Oui … Il ne voulait pas perdre son unique famille.

Chapitre 10 : Protéger son domaine ou autre

Chapitre 10 : Protéger son domaine ou autre

Et zut ! Il aurait dû s’en douter ! Pourquoi est-ce qu’il n’était pas surpris dans l’ensemble ?! POURQUOI ?! Car malheureusement, il n’avait pas la tête à penser à ça … Et qu’il était au courant depuis le début … Grrrr ! Courant avec Clari, le golem les suivit d’un geste lent tandis qu’ils retournaient au beau milieu de la bataille. Comme il s’en doutait … Comme il s’en était douté … Les gnomolds étaient là, frappant violemment une armée ou l’autre. Ils étaient au moins aussi voir plus nombreux que chaque armée, ce qui mettait alors maintenant une bataille à trois flans … Si l’un prenait l’avantage sur l’autre alors le troisième pourrait en profiter pour frapper dans le dos du premier. C’était simplement horrible … Maintenant, le combat devait se dérouler avec une extrême précaution.

« C’est eux les gnomolds qui ne sont pas loin de ton village, Tery ? »

« Exactement, Clari … Et je crois que l’on a de la chance, leur chef n’est pas là. Si cela avait été le cas, je peux te promettre que ça aurait été un plus gros problème sur les épaules. » répondit-il, prenant une longue respiration. « Mais on ferait mieux de commencer à se battre au lieu de perdre du temps, Clari. »

« Tout à fait d’accord, Tery. » cria t-elle avant de s’élancer dans la bataille, fauchant aussitôt un gnomold et un soldat de Traslord d’un seul coup de claymore.
Il devait se rappeler … de ne jamais la provoquer ou alors de la mettre en colère. Quand il la voyait ainsi, il avait de quoi sérieusement s’inquiéter … et pour cause … Elle était si violente ou du moins, si … puissante avec son arme. Il fallait dire qu’un tel objet dans les mains d’une femme comme Clari, ça créait beaucoup de problèmes pour les ennemis.

Le sol commença à trembler, les attaques s’arrêtant pour quelques secondes pour voir l’origine. Le golem de la nature apparut derrière Tery, le jeune homme tendant sa main en direction des soldats de Traslord et des gnomolds. Le monstre de pierre, de mousse et de racine avança avec lenteur, semblant marcher au ralenti alors que déjà les soldats reculaient au contraire des gnomolds. Trois d’entre eux tentèrent de l’affronter, leurs armes ricochèrent contre l’épaisse carapace du golem. Le monstre en souleva l’un d’entre eux, brisant sa nuque avec facilité alors qu’un petit sifflement se fit entendre à côté de Tery.

« Et bien … Sacrément efficace, hein ? Déjà que la dernière fois … » dit la voix de Clari.

« La dernière fois, j’ai utilisé mes lignes. Je préfère éviter … cette fois-ci. »

Comme il voulait ! Elle retourna au combat alors qu’Olin se présentait maintenant à côté de lui, demandant si cette créature était bien à lui. Il répondit que oui, Olin s’écriant :

« Et bien bon sang ! C’est vraiment super comme truc ! Je ne savais pas que tu étais capable de faire un truc comme ça, Tery ! Pourquoi tu n’es qu’un lieutenant ? »

« Je ne sais même plus si je suis encore un lieutenant avec les problèmes causés à la maréchale Nali. Enfin bref … On devrait pouvoir prendre l’avantage sur les soldats de Traslord et les gnomolds avec lui. Clari de son côté a la possibilité d’utiliser ses lignes de Zélisia. Normalement, on devrait facilement tenir. Bon … Je vais aller combattre aussi de mon côté. » termina Tery de dire tout en se jetant dans la bataille, ses griffes aux mains.

Sans utiliser ses lignes d’Alzar, il remarquait aussi qu’il avait progressé depuis le temps. Les gnomolds ne pouvaient même pas l’atteindre qu’ils étaient déjà morts, une griffe plantée dans le corps ou dans le cou. Quand aux soldats de Traslord, ils n’étaient pas en reste. Ils savaient se battre et ils utilisaient leurs lignes … Certains envoyaient des projectiles enflammés, d’autres quelques petits éclairs mais dans l’ensemble, la majorité utilisait l’eau sous toutes ses formes pour combattre.

« Ah … Je ferai mieux d’accélérer le rythme avant que tout commence à partir dans tous les sens. CLARI ! Où est-ce que tu es ?! » cria t-il en tournant sur lui-même, la jeune femme se déplaçant tout simplement près de lui.

« Qu’est-ce qu’il y a, Tery ? Tu ne tiens pas la cadence ? C’est sûr que lire pendant des jours sans réellement s’entraîner physiquement à côté, c’est … »

« Mais non ! Ce n’est pas du tout ça ! » répondit-il avec véhémence tandis qu’il créait un pieu de terre, le plantant dans le cœur d’un gnomold trop proche de lui. Le golem, quand à lui, malgré de minuscules fissures sur son corps, semblait tout simplement balayer devant lui tout ce qui se trouvait à sa portée. Les fissures étaient rapidement recouvertes par la mousse comme pour les consolider tandis qu’il reprenait : « Je voulais juste savoir si tout allait de ton côté, c’est tout … Rien de bien énorme non plus hein ? »

« Oh … Il se fait du souci pour moi ? Tu n’as pas à t’inquiéter, je ne suis pas du genre à me mettre en danger inutilement. Tu veux plutôt que je reste auprès de toi ? Comme ça, tu seras plus rassuré ? Héhéhé … Non, allez, je bl… »

« C’est une mesure de précaution mais bon … Ca serait mieux. »

Hein ? Quoi ? Elle avait très mal entendu ? Ou … Oh … D’accord ! Elle ne lui répondit pas, n’émettant qu’un petit rire amusé tandis qu’elle se collait près de lui. Fauchant plusieurs gnomolds, la jeune femme balayait tout ce qui se trouvait devant elle tandis que le jeune homme surveillait ses arrières. Pourtant, malgré les nombreuses morts des trois côtés, heureusement moins du côté de Shunter, les troupes ennemies ne semblaient pas décroître. Même les gnomolds continuaient d’affluer sans s’arrêter.

« C’est … surprenant … Généralement, les gnomolds sont belliqueux … mais aussi assez peureux … Dès qu’ils se font dominés, ils partent habituellement. »

« Et ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Où est-ce que tu veux en venir ? »

« Et bien … Il y a quelque chose qui semble les obliger à rester ici … Ou alors, on n’est pas au bout de nos surprises et là … Je ne promets plus rien. »

« Tu ne promets plus rien ? Ne parle pas comme ça, c’est assez effrayant. » termina t-elle de dire, évitant de penser à tout cela.
Il ne voulait pas l’inquiéter … mais lui-même l’était, c’était tout. Il ne se sentait pas en confiance à l’heure actuelle et il avait toutes les raisons de ne pas l’être. Il sentait qu’ils allaient avoir de gros ennuis. Il le sentait réellement … Pourquoi ? Car il était proche des gnomolds … dans le fond. Son histoire était liée avec eux, il en était sûr.

Les minutes s’écoulèrent au fur et à mesure, les soldats de Traslord reculant sans cesse tandis que les gnomolds continuaient de combattre indifféremment leurs adversaires, qu’importe le camp dans lequel ils se trouvaient. Tery quant à lui ne semblait plus se soucier du combat, il voulait simplement en terminer le plus rapidement possible, se demandant comment cela se serait déroulé si Elen avait été à la place de Clari à côté de lui … Ou voir même la maréchale. HAHAHA ! La maréchale … Il en était sûr … Si elle avait été … là … L’armée ennemie serait déjà morte et enterrée depuis longtemps, très longtemps même. Il eut un petit rire amusé, Clari lui demandant ce qui se passait sans qu’il n’explique la raison d’une telle réaction. Au niveau de la magie, il n’utilisait que celle de la terre. La raison était très simple : s’il utilisait une autre magie, tous allaient savoir au sujet de ses lignes … Après une légère réflexion, il se rappela que la plupart était au courant qu’il possédait les lignes d’Alzar. Mais bon … Il ne voulait surtout pas y avoir recours … sauf en cas grave problème.

Le nombre d’ennemis décroisait mais aussi ceux des soldats de Shunter. Là, c’était plus … inquiétant … Il ne s’attendait quand même pas à un tel débâcle. Est-ce à cause des soldats de Traslord ? Ou des gnomolds ? Il n’eut pas réellement le temps d’y penser sérieusement puisqu’il vit son golem en train de se fissurer complètement … puis de s’effondrer en morceaux devant ses yeux. Que … Que … Quoi ?

« Fais gaffe ! TERY ! Devant toi ! » cria la voix de Clari alors trois gnomolds se jetaient sur le jeune homme aux cheveux bruns, éberlué par ce qui venait de se passer.

La claymore planta les trois gnomolds, les embrochant alors que du sang aspergea le visage de la jeune femme. Celle-ci donna un coup de pied pour extirper son arme, regardant Tery. Qu’est-ce qui se passait ?! Il venait de serrer les dents, des lignes noires présentes sur son visage. Elle se tourna vers l’endroit qu’il regardait, là où les gravats de son golem étaient présents. C’est vrai … Qui ou quoi avait été responsable de cela ?

Un maul … C’était un maul gigantesque pour une si petite … Ah non … Ce gnomold en armure rouge … était bien plus grand que ses congénères. C’était lui qui avait fait disparaître le golem en un coup ? Ce n’était pas possible … Une telle puissance n’était pas réalisable. Sans même lui laisser le temps de réfléchir plus longtemps à cela, Tery passa à côté d’elle, fonçant vers le gnomold.

« ROKAR ! AUJOURD’HUI, C’EST TA TÊTE QUI TOMBERA ! »

« Qu’est-ce donc que cela ? C’était toi qui étais le créateur du golem ? Pas bien solide si tu veux tout savoir. » dit le gnomold sans même craindre l’avancée du jeune homme.

Clari arriva à la hauteur de Tery, ayant utilisée ses lignes de Zélisia alors que deux flèches vinrent se planter dans son bras gauche, la faisant crier de douleur. Néanmoins, sa main droite se plaça sur le sommet du crâne de Tery, le faisant tomber sur le sol alors qu’elle s’écroulait elle aussi. Des soldats de Traslord avaient essayé d’en profiter pour tuer le jeune homme. Heureusement qu’elle avait utilisé … sa magie de l’air pour le rattraper sinon …

« Qu’est-ce qui te prend ?! CLARI ! C’est Rokar ! »

« Tu veux bien te calmer ?! J’ai … un peu mal … » dit-elle en criant à son tour, Tery semblant aussitôt se restreindre émotionnellement. Elle était blessée ? Il vit les deux flèches dans son bras gauche, les retirant aussitôt alors qu’elle gémissait de douleur.

« Tu ne pourrais pas être un peu plus doux quand même ? Ca fait … assez mal … »

« Qu’est-ce qui s’est passé ? Comment est-ce que tu as eu ces flèches ? »

« Car j’ai voulu aider un imbécile qui fonçait vers la mort, voilà tout. Bon … Ce n’est pas si grave que ça … Je peux toujours brandir mon arme donc je peux me battre … Je me soignerai après … C’est qui ce Rokar ? » demanda t-elle en observant le gnomold borgne, l’œil doré de celui-ci continuant de les regarder avec amusement. Puis sans même s’adresser à eux, il s’éloigna, son maul dans ses mains. Il vit une forte lueur rouge apparaître au bout de l’arme, le gnomold frappant un soldat de Traslord, une violente explosion se produisant, emportant le militaire mais aussi celui de Shunter qui le combattait.

C’était quoi cette arme ?! Il ne se … AH ! AH ! Il posa une main sur son front, de la sueur dégoulinant de celui-ci en grande quantité. Mais si ! Il s’en rappelait ! Il s’en rappelait parfaitement maintenant ! C’était cette arme … qui avait mis un terme à l’existence de son père ! C’était cette arme qui l’avait tué sans une once d’hésitation ! C’était … C’était … Il fit apparaître ses lignes noires sur la globalité de son corps, criant :

« Je m’occupe de lui ! Laissez-le-moi ! »

« NON ! Attends que je me soigne, Tery ! Je vais venir t’aider ! » dit aussitôt Clari, une main posée sur son épaule gauche, l’autre tenant son arme plantée dans le sol.

« TU NE T’EN APPROCHES PAS ! C’EST MON COMBAT ! »

Ils n’avaient pas à se mêler de cette histoire ! Alors que Rokar s’approchait pour éliminer d’autres soldats de Traslord et de Shunter, il se retourna juste au dernier moment pour parer les griffes imprégnées du pouvoir d’Alzar. Un sourire se dessina sur ses dents pointues, repoussant le jeune homme tout en le regardant plus en détails.

« Encore ce gamin … hein ? C’est bien ça … Et visiblement, tu sembles avoir découvert tes véritables pouvoirs hein ? Des lignes d’Alzar … Tsss … Je vais donc devoir t’écrabouiller et te réduire en un tas de chair indescriptible. »

« Tu crois vraiment que tu en auras le temps ?! »

« Oh que oui ! Tu vas être divertissant ! J’espère que tu le seras tout autant que ton père à cette époque ! Enfin … Si tu le considères encore comme tel après ce qu’il t’a fait hein ?! »

« Comment je le considère … NE TE CONCERNE PAS ! »

Il ne voulait pas s’énerver envers Rokar … mais simplement son père … C’était uniquement son père la cible de sa haine … La disperser, c’était en vouloir à tout le monde … C’était haïr le monde … Haïr le monde lui ferait perdre alors le contrôle de soi. Mais il ne voulait pas … Il ne voulait pas … Il avait des personnes en tête … qu’il devait protéger. Cette pensée devait surpasser celle haineuse en direction du gnomold !

« Si tu veux faire une épreuve de force, tu sais parfaitement que tu vas perdre. »

Une épreuve de force ? Ce n’était pas son idée à la base. Malgré qui s’élançait vers Rokar, celui-ci ayant des lignes brunes sur ses deux bras. Il était plus rapide que le gnomold … bien plus rapide … Il le savait … Il le sentait … Il en était même convaincu ! Alors pourquoi avait-il peur ? Pourquoi s’inquiétait-il ? Ce n’était pas normal. Pas le moins du monde. Il s’arrêta à quelques mètres de Rokar, celui-ci disant avec ironie :

« Et bien ? Qu’attends-tu ? Je pensais que tu voulais régler cette histoire … »

« Je ne suis pas convaincu de tout cela … Il me suffit juste de tuer le maximum de gnomolds et de soldats de Traslord pour que te retrouves en infériorité numérique. Et à partir de … »

« HAHAHA ! Espèce d’idiot … Tu crois vraiment que je vais rester là, les bras croisés en attendant que tu fasses une telle chose ? Je vais te dire quelque chose … Je pense facilement éliminer plus de soldats que toi sur la même durée. A partir de là, plus le temps passera, plus vous serez en sous-nombre. »

… … … Il marquait un point. Donc il devait forcément l’occuper pour que les autres puissent continuer de combattre. ET ZUT ! Clari était où au passage ? Car bon, c’était pour elle dont il était le plus inquiet. Il regarda à gauche et à droite, tournant son visage dans toutes les directions. Ah … Clari combattait … mais elle aussi semblait inquiète à son sujet. Bon … Il devait arrêter de se poser des questions et combattre ! Voilà tout ! Ses lignes revinrent sur son visage et ses deux mains, Rokar murmurant :

« Alzar … Des lignes d’Alzar … n’est-ce pas ?  Tu ne m’as toujours pas répondu. »

« Pourquoi devrais-je te répondre hein ? Tu n’auras pas le temps d’y réfléchir que tu seras déjà mort ! » s’écria le jeune homme, faisant apparaître des petites boules de feu au bout de ses griffes, Rokar haussant un sourcil.

Les boules de feu partirent en sa direction mais déjà, le gnomold ricanait, restant en position. D’un geste vif de son arme, il renvoya les boules de feu vers leur propriétaire, celui-ci s’accroupissant aussitôt, ne s’étant pas attendu à une telle chose.

« … … … T’es pas sérieux quand même ? Ton père … Ou plutôt ce type que tu considères comme ton père dorénavant … Il savait se battre contrairement à toi. »

« Ne t’avise même pas de parler de lui, c’est bien compris ? Il n’est rien, rien du tout ! »

« Oh … J’aurai peut-être visé la corde sensible ? Ca m’étonne que tu arrives à te contrôler, héhéhé … Mais il suffit juste de t’énerver pour que tu fasses un véritable massacre ! »

Un véritable massacre … Rokar connaissait parfaitement les lignes d’Alzar mais pourquoi n’en était-il pas plus étonné que ça ? Car c’était un gnomold loin d’être commun. D’ailleurs, en y réfléchissant bien, il se demandait pourquoi l’armée de Shunter ne s’était jamais occupé de lui ? Car il était assez problématique … Et surtout très puissant. D’ailleurs … Une telle puissance, pourquoi n’avait-il pas détruit le village de Leskar ? Il en avait largement les possibilités non ? Surtout avec une telle troupe de gnomolds, capables de tenir tête à deux armées en même temps ou presque.

« Pourquoi est-ce que tu es venu ici, Rokar ? »

« Hum ? Pourquoi je suis là ? Pour simplement écraser vos pitoyables armées. Personne n’avait à envahir mon terrain, je pensais que cela était parfaitement compris mais visiblement, ça ne veut pas rentrer dans vos futures carcasses. »

« … … … D’accord. » répondit tout simplement le jeune homme sans chercher à connaître plus que cela. Il n’avait pas à se faire des idées au sujet de Rokar… Mais plutôt à chercher à le tuer. Les gnomolds … Aucun ne venait l’attaquer, ce qui était assez bizarre en un sens. Peut-être que Rokar avait prévu ce combat et avait prévenu les autres gnomolds de ne pas s’en mêler ? A quoi est-ce qu’il pensait bon sang ?!

Ce n’était pas le moment de réfléchir ! Puisque ça ne servait à rien de l’attaquer à distance, il fallait y aller au corps à corps ! Le problème, c’est que comparé à cette masse, ses griffes étaient bien pitoyables ! L’imposant gnomold sembla surpris de sa réaction avant de ricaner, les combats continuant autour d’eux. Les soldats de Traslord étaient de moins en moins nombreux, certaines commençant même à s’enfuir alors que les gnomolds restaient en nombre égal avec les soldats de Shunter. Tsss … Bref, ce n’était pas encore fini, loin de là. Par contre, il remarquait brièvement en courant vers Rokar qu’Olin se débrouillait très bien avec son épée longue à la main. Wow … Il s’était aussi très bien amélioré depuis le temps. Sa lame s’était allongée grâce à sa maîtrise de l’élément aqueux, tranchant dans les gnomolds avec facilité alors qu’avec les soldats de Traslord, c’était plus difficile à cause de leurs origines issues de l’eau.

Ses griffes percutèrent la masse, le gnomold n’ayant aucun mal à parer les coups malgré la taille de son arme. Il se déplaçait trop facilement ! Ce n’était pas normal ! Comment est-ce qu’une telle créature pouvait-elle faire ça ?! Il ne devait pas perdre plus de temps … Perdre du temps … Si il prenait trop de temps … Ils risquaient de mourir … Les soldats de Shunter autour de lui ! ASSEZ ! Il ne fallait pas que Clari soit plus blessée que ça ! Il poussa un râle de colère, commençant à faire reculer Rokar, celui-ci ne pouvant que parer les coups sans réagir à côté, les attaques étant trop rapides.

« Tsss … Tsss … T’as bien grandi visiblement, le moucheron ! »

C’était un compliment ? Ou du moins, ça semblait l’être ? Il ne savait pas quoi en penser mais il n’allait pas s’arrêter. Malgré l’armure rubis sur le corps du gnomold, il continuait de frapper, le faisant reculer sans cesse alors que les gnomolds semblaient s’arrêter de combattre. C’était qui ce type pour empêcher Rokar de frapper ?

« L’est pas normal, l’humain … Z’avez vu ça ? Ses lignes ? On dirait celles d’Alzar. »

« Hahahaha ! Même avec, le chef n’en fera qu’une bouchée ! C’est pas la première fois qu’il en élimine un, même ceux de Zélisia finissent comme crânes pour sa collection ! »

« Ouais mais quand même … Généralement, ils ne sont pas aussi teigneux. Il a l’air d’avoir vraiment la haine mais de se contrôler en même temps. C’est carrément bizarre et louche. D’habitude, les lignes d’Alzar rendent complètement dingues. »


Plusieurs gnomolds se firent tués à cause de la surprise, trop peu concentrés en raison du combat entre Rokar et Tery. Celui-ci semblait s’épuiser rapidement mais le gnomold continuait de parer inlassablement, son arme ne semblant même pas se fissurer malgré les nombreux coups donnés dessus.

« Mais tu vas tomber ?! Laisse-toi mourir au lieu de résister, Rokar ! Tu ne peux rien contre moi maintenant que je sais utiliser mes lignes ! »

« Tu ne serais pas un peu prétentieux, mon petit gars ? Je vais te montrer ce qu’est de réellement combattre ! » répondit le gnomold borgne alors que des lignes brunes apparaissaient sur ses deux mains.

Aussitôt, le jeune homme fit un saut en arrière alors que des pieux de pierre sortirent du sol autour de Rokar, celui-ci ricanant. Les pieux explosèrent en minuscules morceaux qui vinrent se planter dans chaque soldat et gnomold. Lui ? Il avait paré les coups et il vit que Clari avait fait de même. Olin quant à lui avait créé un petit mur de glace pour se protéger à son tour. Pfiou … Au moins, les plus importants étaient saufs ou presque … Clari semblait aussi assez exténuée, sûrement à cause de sa blessure.

« Fini de jouer le gamin … Si tu veux qu’on s’amuse avec la magie, on va être deux. » annonça le chef des gnomolds, frappant le sol de son arme, une explosion se produisant. Des morceaux de terre volèrent dans les airs avant de s’aiguiser comme manipulés à distance. C’était … C’était quoi ça ?! Il regardait les morceaux, comprenant rapidement ce qui allait se passer. Il commença à courir et à gesticuler dans tous les sens alors que les morceaux de pierre tombaient du ciel, comme des flèches.

Des entailles apparurent sur ses bras et ses jambes, le jeune homme n’arrivant guère à toutes les esquiver. Il fallait dire qu’en plus d’être pointues, les flèches tombaient avec précision. Enfin, à côté, ça tuait aussi les compagnons de Rokar, celui-ci ne semblant guère prendre de précaution envers le reste. Il était simplement fixé sur son objectif … qui était sa mort. Brrr … Quand le gnomold en armure rouge était sérieux, il ressentait une certaine inquiétude.

« Tu ne veux pas crever ? Je vais t’y … »

« Grand chef Rokar ! Grand chef Rokar ! Ça commence à être bon ! »

Un gnomold s’était adressé à celui borgne, l’imposante créature tournant son visage vers l’origine de la voix. Il serra les dents comme pour exprimer une légère colère, lui criant :

« LA FERME ! J’ai pas besoin de le savoir ! J’ai des yeux, je te rappelle ! Enfin, plus qu’un seul maintenant, héhéhé. »

« Qu’est-ce que vous manigancez depuis le début ? » murmura le jeune homme, restant sur ses gardes, ses deux griffes en croix devant lui.

« Tu n’as pas besoin de le savoir, petit insecte ridicule … qui deviendra un grand dragon puissant d’ici quelques temps, héhéhé. » répliqua le gnomold. « Depuis que les derniers médaillons ne sont plus aux mains de leurs protecteurs, cela veut dire que le monde commence à changer. Tu es responsable de tout cela, n’est-ce pas ? Je le sais. »

Chapitre 9 : Un rôle inconnu

Chapitre 9 : Un rôle inconnu

Là, les prochains jours étaient assez … calmes. Il fallait dire que les troupes de Traslord n’arriveraient pas avant quelques temps et c’était tant mieux. Néanmoins, les Gnomolds restaient de leur côté aussi et cela était assez … surprenant. Néanmoins, pas de nouvelle, bonne nouvelle. Il n’allait pas s’embêter avec tout ça. Par contre, Elen lui avait envoyé une drôle d’image … Drôle non pas dans le sens comique mais dans le fait qu’il ne s’y attendait pas le moins du monde. Elle était à côté d’une femme d’un certain âge … mais qui délivrait une prestance … surprenante. Cette femme était madame Liza et il avait fini par comprendre qu’il avait donc affaire à celle qui s’était occupée d’Elen pendant toutes ces années. Il avait écrit à Elen pour lui dire de la remercier de sa part et qu’il était pressé de la voir l’un de ces jours. Enfin bon … Il était aussi assez pressé d’avoir Elen avec lui … bien qu’il ne savait pas comment. Il reçut une petite tape dans le dos, le faisant se retourner pour apercevoir Clari.

« Et bien ? Je t’ai vu t’entraîner ces derniers jours comme un fou et là … Depuis la lettre que tu as reçue de la part d’Elen, c’est à nouveau la flemme qui t’envahit ? Je suis déçue … »

« Ne raconte pas n’importe quoi, j’ai quand même besoin d’un peu de repos, Clari. »

« Bien entendu … Ca fait quinze minutes que je t’observai, t’avais l’air dans la vague, comme d’habitude dès l’instant où tu penses à ta belle petite blonde. » répondit Clari.

« Tu veux pas repartir et me laisser seul ? Enfin allez voir ailleurs si j’y suis ? Ca me permettra de me concentrer au lieu de t’avoir dans mes pieds. »

« Je sais parfaitement que c’est ce que tu voudrais … C’est pourquoi je refuse cela et je vais voir comment tu t’entraînes si sérieusement. »

Il tiqua, émettant une petite mine boudeuse. Et zut … Il allait devoir se la coltiner encore hein ? Dommage pour lui … oui … Il n’allait pas pouvoir souffler un peu visiblement. Il haussa simplement les épaules, lui répondant :

« Fais comme tu veux … Je ne peux pas te forcer … Et toute façon, même si c’était le cas, tu ne m’écouterais pas … comme d’habitude. »

« C’est bien … Tu commences à me connaître de mieux en mieux. Bientôt, tu sauras exactement quoi dire en toutes circonstances quand je serai dans les parages. » dit-elle en rigolant à moitié alors qu’il se remettait déjà à lire.

Il aimait particulièrement les nouveaux livres sur les golems. Il y avait tellement de façons de les lire … C’était assez spécial en un sens. Ils expliquaient comment en créer de toutes sortes … mais aussi comment améliorer ceux de base. Par contre, il avouait ne rien savoir au sujet de la magie qui permettait de connecter chaque livre entre eux pour conférer plus de puissance golémique envers leur propriétaire. Comme quoi, ce n’était pas aussi simple que ça. Pendant qu’il lisait, Clari le regardait, la tête soutenue par ses deux mains dont les coudes étaient posés sur ses genoux.

« C’est si passionnant que cela, Tery ? Tu as l’air complètement subjugué par ton livre. »

« Ce n’est pas forcément passionnant mais j’y trouve un certain plaisir, c’est vrai. »

« … … … Si seulement, j’avais aussi un livre comme cela … Enfin bon, à part m’entraîner avec ma claymore et un peu sur ma magie, je ne sais pas vraiment faire grand-chose. » murmura la jeune femme aux couettes blondes.

Hum ? Elle avait un ton légèrement triste bien qu’elle gardait son sourire habituel. C’était assez surprenant mais bon … Elle était quand même capable d’avoir d’autres sentiments que ceux habituels hein ? Rien de bien surprenant … Il tapota doucement le crâne de la jeune femme en reprenant la parole :

« Ne t’en fais donc pas … Chacun a ses spécialités … Enfin, moi, je tente toujours de trouver la mienne. Je ne sais pas si je suis un magicien, un invocateur de golems ou un soldat. »

« Et si tu étais un peu de tout, pourquoi pas ? Rien ne t’en empêcherait non ? » dit-elle pour tenter de lancer une conversation alors qu’il haussait les épaules :

« Je ne suis pas réellement convaincu, je dois te l’avouer, Clari. Si c’était aussi simple que ça … Mais personnellement, je pense qu’il vaut mieux se spécialiser quelque part plutôt que d’être moyen partout. Enfin, c’est comme ça que je le vois de mon côté. »

« Et si tu étais bon partout ? » répliqua la jeune femme en rigolant.

« Ca voudrait dire que je suis parfait … ou presque … Et je ne pense pas que ça soit le cas. »

« Oh … Peut-être que si ? Rien ne t’empêche d’être parfait d’un côté et de ne pas l’être d’un autre. Parfait dans le combat magique, l’invocation et le combat armé tandis que tu es imparfait niveau émotions, sentiments et relations amoureuses. »

« Mais qu’est-ce que vous avez avec mes sentiments amoureux ?! Je n’ai rien fait de spécial que je sache ! Déjà depuis que tu as parlé avec ma mère, vous n’arrêtez pas de tourner en rond autour de cette histoire. J’aimerai bien des explications un jour ! »

« Si tu es grand … Tu verras bien ! Bon, je vais aller m’entraîner sérieusement aussi. Mon but n’est pas de me faire protéger par un golem. »

Ah ? Elle partait enfin ? Il n’allait pas pousser de soupir encore une fois mais il était quand même un peu soulagé intérieurement. Il allait pouvoir se concentrer correctement. Il la regarda partir tandis qu’il gardait son livre en main. Il ne voyait pas … pourquoi elles n’arrêtaient pas de parler toujours de cela …

Depuis que Clari avait rencontré sa mère, la jeune femme était assez insupportable par rapport à Elen. Elle lui faisait souvent des allusions et autres, ce qui le perturbait plus que tout dans sa réflexion et sa concentration. Bref, ce n’était pas forcément un bon jour à chaque fois qu’elle était dans les environs.

« Et si au lieu de penser à Clari, je reprenais mes livres ? »

Il n’avait toujours pas fait le choix sur ses préférences mais bon … Cela pouvait attendre n’est-ce pas ? Il voulait juste d’abord progresser pour avoir un niveau acceptable en tant qu’invocateur de golems, voilà tout. Le reste était déjà à un bon niveau, normalement.

D’autres journées passèrent peu à peu et il allait voir sa mère quand il en avait parfois la possibilité. Tant mieux pour lui car il ne voulait surtout pas avoir de soucis avec cela. Mais à côté, il attendait quand même la lettre d’Elen pour pouvoir lui écrire une nouvelle fois. C’est bizarre mais il pensait de plus en plus à elle depuis qu’il en avait parlé avec sa mère.

Il n’avait pas à se plonger dans ses rêveries ! De toute façon, il était trop tôt pour penser à de telles choses. Il regarda à gauche et à droite, se demandant quoi faire. Il avait déjà refermé son livre tandis que Clari ne l’avait guère réellement embêté ces derniers jours. Il avait apprécié cette tranquillité mais bon … Ne pas la voir était assez … triste. Il l’appréciait quand même, il le reconnaissait. C’était pour cela qu’il aimait bien l’avoir à ses côtés, malgré tous ses dires. C’était assez … ridicule en un sens. Quand elle était là, il ne voulait pas d’elle et quand elle n’était pas là, il se sentait seul.

« Pardonnez-moi … N’auriez-vous pas vu Clari ? » demanda t-il une nouvelle fois à un soldat qui s’amusait à aiguiser son épée. L’homme tourna sa tête vers lui, répondant :

« Qui c’est Clari ? »

« Une femme blonde avec deux couettes … Enfin, elle est pas si difficile à repérer, c’est une grande perche quand on y réfléchit bien. »

« Qui est une grande perche, mon petit Tery ? » murmura la voix de Clari, faussement douce. Il n’eut pas la possibilité de se retourner que déjà, il retrouvait les deux mains de Clari qui vinrent le serrer contre elle. « J’ai cru comprendre que l’on me cherchait ? »

« Hahaha … Euh … Même pas en rêve, Clari. »

Il voulut s’échapper mais elle ne lui laissa guère la possibilité, le jeune homme poussant un profond soupir. Il reprit en murmurant d’une voix lente :

« Je l’ai cherché … Je mérite amplement cela … C’est mon châtiment … C’est ma punit… AIE ! Ca fait mal ça ! Qu’est-ce qui te prends Clari ?! »

« J’ai l’impression que tu ne sais pas ce que tu veux hein ? »

… … … Elle avait raison. Il se laissa faire tandis qu’elle l’emmenait un peu au loin, les mettant à distance par rapport aux autres soldats. Assis sur le sol, côte à côte, les deux personnes observaient le ciel, le jeune homme prenant finalement la parole :

« Je pensais sérieusement que l’attaque arriverait bien plus vite mais je me suis trompé. »

« Ce n’est pas une question de rapidité … mais de préparation. Plus de temps ils attendront, plus nos troupes seront préparées … ou inversement … Il se pourrait que nous perdions notre vigilance et ils en profiteraient allégrement. »

« … … … Y a de chances, oui. Et pendant ce temps, les gnomolds sont bien tranquilles, un peu trop même à mon goût si je dois dire. »

« Ne t’inquiète donc pas … Ca n’arrivera pas maintenant. » dit-elle pour le rassurer.

« Pas vraiment convaincu. » termina le jeune homme aux cheveux bruns.

Oh que non … C’était même tout le contraire d’ailleurs. Il voulut se relever mais subitement, la jeune femme posa sa tête sur ses genoux, le faisant rougir violemment. Qu’est-ce que … Qu’est-ce qu’elle venait de faire là ?

Il n’eut pas le temps de dire quelque chose qu’elle prit sa main pour la poser sur ses cheveux, le forçant à la caresser avec douceur alors qu’il ne savait plus du tout où se mettre. Oh punaise … Elle aurait pu quand même éviter une telle chose hein ?! Il était complètement rouge de gêne et il ne savait pas du tout où se mettre.

« Je peux savoir pourquoi je dois faire ça ? »

« Car j’en ai envie et que c’est plus que plaisant. Continue donc … »

« Tout le monde nous regarde, Clari. » marmonna t-il alors que ce n’était guère vrai.

« … … Et alors ? C’est leurs problèmes, pas le mien. Je suis très bien là où je suis et tu ne me feras pas bouger le moins du monde, c’est bien compris, Tery ? »

… … … C’était bien compris. Il voulut soupirer mais il n’en avait même pas la force. Il espérait simplement que tout cela n’allait pas continuer trop longtemps … ou peut-être que si ? Il l’espérait dans le fond ? Ah … Après une trentaine de minutes, ils inversèrent les rôles, Clari l’empêchant de s’enfuir tandis qu’il se laissait faire.

Quelques heures s’écoulèrent et le soleil n’allait pas tarder à se coucher. Le jeune homme comme la jeune femme étaient restés ensembles, Tery semblant préférer sa compagnie à celle d’Olin comme il le remarquait lui-même. Alors qu’ils se dirigeaient pour aller dîner avec les autres, une troupe de quatre soldats arriva, tous aussi blessés les uns que les autres.

« Ils … Ils sont là ! Ils arrivent … Ils arrivent dans la forêt ! » s’écria l’un des soldats, quitte à perdre son souffle dans cette histoire.

« Que l’on aille chercher des soigneurs ! Calmez-vous sinon. Vous allez vite nous raconter tout depuis le début et ce qui se passe. » hurla un gradé avant de se calmer aussitôt pour s’adresser aux quatre soldats blessés. Clari regarda Tery, lui disant :

« Et toi qui voulait de l’action, tu vas être servi, n’est-ce pas ? »

« Peut-être mais pas à l’heure du repas ! Ca ne se fait pas ! » répliqua le jeune homme en émettant une petite mine déconfite par cette nouvelle.

« Roh … Ne fait donc pas cette tête. On s’occupe de ces quelques soldats perdus et on aura le temps d’aller manger avant même que le jour se lève. »

« … … … Je ne suis pas convaincu le moins du monde, là. Bon … Alors autant écouter ce que les soldats ont à dire et ensuite, on peut se préparer. » termina t-elle de dire alors qu’il hochait la tête. Bien entendu … De toute façon, ils n’avaient pas vraiment le choix. Si l’ennemi était là … Alors il fallait se préparer avant qu’il ne soit trop tard.

Tout se fit très rapidement, les soldats autour de Clari et Tery bougeant dans tous les sens tandis que le jeune homme plaçait déjà ses deux griffes sur ses mains. Son ventre gargouilla, Clari rigolant un peu avant que ce ne soit le sien qui fasse de même. Elle rougit légèrement, sa claymore dans son dos avant qu’ils ne viennent rejoindre les autres. Enfin, tout le monde se retrouva aligné en plusieurs files, un gradé prenant la parole :

« Bon … On ne va pas perdre plus de temps … Puisque le village risquerait d’être attaqué si nous ne sommes pas là, nous allons devoir laisser une partie de nos effectifs ici. L’autre partie ira tout simplement repousser l’armée ennemie. D’après les dires de nos éclaireurs qui sont revenus dans un triste état, ils sont plusieurs centaines. Pour une troupe de cette taille pour un aussi petit village, c’est bien plus qu’important. Cela n’est rien comparé aux véritables combats qui nous attendront plus tard mais ce n’est pas pour cela qu’il faut baisser votre garde ! Les ordres de la maréchale étaient formels : il faut protéger ce village comme les autres. Montrez à nos adversaires qu’ils n’ont rien à faire sur nos terres ! »

« J’ai une raison de plus … pour les repousser. » murmura le jeune homme aux cheveux bruns, Clari rigolant une nouvelle fois en lui chuchotant :

« Ne t’en fais pas … Il est hors de question que ta mère soit mise en danger. »

« J’utiliserai mes lignes d’Alzar … pour ceux qui me sont proches, pas pour un intérêt personnel … pas de cette façon. » reprit le jeune homme, n’écoutant plus les paroles du gradé qui continuait de prononcer un discours de motivation.

« Si seulement tout le monde pouvait penser ainsi … avec ces lignes d’Alzar … mais aussi que les autres ne jugent pas une personne suivant ses lignes … »

Elle avait dit cela avec tristesse et il allait lui demander ce qu’était le problème … avant de s’arrêter. C’était sûrement quelque chose de personnel … et il ne voulait vraiment pas en parler car ça ne le concernait pas. Si elle voulait se confier, il était là. Pourtant, ils n’allaient pas avoir le temps, comme il aimait se le répéter mentalement.

« Que tout le monde se mette en position ! La séparation des effectifs en deux va se faire dès maintenant ! » s’égosilla un autre gradé alors que Tery et Clari se mettaient en rang comme les autres. Ah … Tiens … Olin était de l’autre côté, avec les chefs.

Bah … Lui aussi donnait des ordres. Par contre, il était facile de voir que son caractère était bien différent des autres. C’était amusant en un sens, il le reconnaissait. Mais bon, ce n’était pas l’heure de s’amuser justement et il devait se concentrer ! Par chance, lui et Clari furent choisis pour aller combattre les soldats de Traslord. De la chance … ou non. Olin lui-même avait décidé de les prendre avec eux. Il savait parfaitement à quel point la jeune femme aux couettes blondes était forte … et aussi son ancien lieutenant.

« Puisque les effectifs ont été séparé, que ceux qui sont avec nous viennent nous suivre ! »

Il espérait intérieurement que les gradés allaient se taire pendant la marche en direction des soldats de Traslord. Car bon … Crier de la sorte n’allait pas leur permettre d’être très … discrets pendant leurs déplacements. Clari était toujours à ses côtés, comme à son habitude tandis qu’il regardait à gauche et à droite, la troupe s’enfonçant dans la forêt.

« Normalement … Je connais cette forêt … On ne devrait pas se perdre. »

« Et bien … Tu pourras me guider. Je te fais plus confiance qu’aux autres, question de principe. » dit Clari en lui souriant, faisant attention à ne pas cogner sa claymore contre les arbres tandis que le jeune homme tendait l’oreille.

C’était toujours sympathique à entendre. Ils continuèrent de se mouvoir à travers les arbres jusqu’au moment où une flèche vint se planter dans l’épaule d’un des soldats de Shunter. Aussitôt, des cris fusèrent dans tous les sens, Tery et Clari, se collant dos contre dos, la jeune femme ayant déjà sorti son arme.

« Visiblement, ils nous attendaient eux aussi. Dommage pour l’effet de surprise. » dit-elle avec un petit air amusé bien qu’il n’y avait pas de quoi l’être.

Le soldat qui s’était retrouvé avec une flèche fut aussitôt soigné tandis que déjà apparaissaient l’ennemi. De belles armures bleues sur une partie de leurs corps, ils semblaient bien mieux équipés que les soldats de Shunter au niveau de leurs défenses. C’était assez rageant en un sens mais l’équipement ne faisait pas tout dans un combat, c’était cela qu’il se disait dans sa tête pour se motiver.

« Je le sens quand même un peu mal, Clari. »

« Hum ? Et pourquoi cela, Tery ? Tu n’as pas du tout à t’inquiéter. Je ne pense pas qu’ils aient envoyé quelques personnes aux lignes d’Alzar et Zélisia … contrairement à nous deux. Tu veux montrer à quel point tu es devenu fort ? Tu peux facilement t’occuper d’eux. »

Facilement s’occuper d’eux ? Hum … C’est juste que … Voilà bon … C’était la première fois qu’il voyait un homme de Traslord. Ah mais non ! Quel idiot ! Il avait déjà vu une personne issue de Traslord ! Un jeune prince même … Ah … Mais pourquoi est-ce qu’il n’y avait pas réfléchit … Il n’y avait rien d’étonnant alors en les regardant.

« Dès l’instant où tu nous attaques, préviens-moi, Tery. Je m’occuperai de mon côté mais à nous deux, nous devrions facilement … »

« Pouvoir venir à bout de plusieurs centaines de soldats, c’est cela ? Tu n’es pas un peu folle ? » demanda t-il tandis qu’elle rigolait comme à son habitude.

« Pas le moins du monde. Tu n’as qu’à faire confiance en tes pouvoirs. »

Faire confiance, faire confiance … Bon … Ca ne servait à rien de s’attarder plus longtemps là-dessus. Il allait régler cette histoire le plus rapidement possible pour que sa mère soit en sécurité. Voilà ! C’était sur cela qu’il devait se focaliser ! Sur la protection de sa mère … Il devait protéger sa mère … Et pour ça … Il devait alors tuer ces soldats … Ah … Pourquoi n’y avait-il pas réfléchit plus tôt ? Avec rapidité, il s’éloigna du terrain de combat, c’est-à-dire la forêt, criant à Clari :

« Clari ! Est-ce que tu peux venir s’il te plaît ?! Du moins protéger mes arrières ? »

« Oh … D’accord, d’accord ! C’est demandé si gentiment, je ne peux rien te refuser ! »

Il avait déjà rangé ses deux griffes, les soldats de Shunter étant trop occupés à attaquer leurs adversaires pour se préoccuper des deux jeunes personnes qui mettaient de la distance avec eux. Dès qu’il fut assez loin, Clari se mit en position pour le défendre, le jeune homme commençant à psalmodier quelques paroles tout en prenant quelques morceaux de terre. Il lui fallait une base … Rien qu’une base … Pour préparer tout cela.

« Visiblement, les soldats vont avoir un sacré allié, héhéhé. »

« Chut … Clari … Je tente de me concentrer. Tu sais aussi bien que moi que ce n’est pas aussi simple que ça, n’est-ce pas ? »

« Ohlala … D’accord, je ne te perturbe plus mon grand … Pour l’instant, il n’y a pas à s’inquiéter, c’est bien tranquille. Comme quoi … Ils ne savent pas ce qui va les attendre dans moins de dix minutes, hihihi. »

Roh ! Qu’elle arrête avec son rire, ça allait le perturber plus que tout. Il avait décidé de tester une nouvelle technique … d’après les livres … qu’il avait compris … Il pouvait modifier un peu son golem, n’est-ce pas ? Alors il avait envie de tester cela.

Peu à peu, une petite forme commençait à apparaître devant ses yeux. Une forme bien spécifique … Un mélange de terre, de pierre mais aussi de racines. Clari avait même pousser un petit cri d’émerveillement à cette vue, disant avec joie :

« Ce n’est pas un golem normal ?! C’est quoi, Tery ?! »

« Un golem lié à la nature. Il est bien différent d’un golem de terre qui n’est constitué que de pierre et de terre. Ici, c’est vraiment un être issu de la nature même. J’avais envie d’essayer car il paraîtrait que cela est assez compliqué à créer … Mais à partir de là, Shunter est son terrain de prédilection. Ah … Quand j’ai vu Mekalarma, Honoros ou Claudiska, cela n’a rien à voir avec Shunter … Shunter est vraiment un endroit merveilleux et beau. »

« C’est rare qu’une personne préfère l’endroit où il vit qu’ailleurs … L’herbe est toujours plus verte ailleurs … mais je suis d’accord avec toit néanmoins. »

Tant mieux … Il n’avait pas envie d’en discuter plus que cela. Le golem de la nature prenait peu à peu forme, mesurant un mètre cinquante de hauteur. Il ne pouvait pas imaginer quelque chose de bien plus gros à l’heure actuelle. Formé de pierres dans la majorité de son corps, des racines se baladaient dans les espaces entre chaque pierre tandis que de la mousse se formait un peu sur les parties de son corps, comme pour le protéger.

« C’est le moment, Clari ! On peut y aller ! »

« Aucun souci, on n’a eu aucun problème, tant mieux alors ! Allons-y dès … »

Elle s’arrêta de parler alors que des petits cris se firent entendre au loin. Ce n’était pas des cris … d’humains. Il les reconnut tout de suite, hurlant à Clari de se dépêcher alors qu’il savait ce que cela voulait dire ! Les gnomolds étaient de la partie ! Ils allaient se mêler à la bataille ?! Ca allait devenir plus que problématique ! Et ce n’était pas son golem qui allait les aider plus que ça … surtout … surtout si il était là.