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Chapitre 5 : Isolement

Chapitre 5 : Isolement

« Pardonnez-moi, madame la reine, est-ce que Lily veut venir jouer ? »

« Alia… Je t’ai souvent demandée de ne pas m’appeler comme ça. Quand tu viens chercher ma fille, tu peux simplement m’appeler par mon prénom. »

« Je ne peux pas, madame la reine… Vous êtes… la reine… »

« Pfff… Vraiment… Enfin bon… Si tu veux parler à ma fille, j’en suis désolée, Alia… Elle ne veut plus sortir… Elle ne nous adresse même plus la parole à mon mari et à moi. Qu’est-ce qui s’est passé ? Cela fait plusieurs jours que c’est ainsi. »

« Je… Je ne peux pas vous le dire complètement… Je suis désolée… madame la reine… Je peux juste vous dire qu’elle a utilisé ses pouvoirs. »

Elle… Sa fille ? Sa fille avait utilisé ses pouvoirs ? Comment était-ce possible ? Normalement… Elle s’était restreinte à ça… Elle ne voulait plus les utiliser pour ne plus faire souffrir les autres… La reine hocha la tête sous sa capuche blanche, reprenant la parole :

« Ca ne fait rien… Merci d’être quand même passée… et de m’avoir dit la vérité à ce sujet… J’irai lui parler… pour essayer de faire qu’elle ressorte avec vous. »

« Merci beaucoup madame la reine… Elle nous manque… Dites-lui que ce n’est pas de sa faute ! Je vais prévenir les autres ! »

« J’ai une dernière question… Alia… Pourquoi est-ce que ma fille a utilisé ses pouvoirs ? Elle doit bien avoir une bonne raison, n’est-ce pas ? »

« Je ne peux pas vous le dire… madame la Reine… Sinon, je pense que vous nous crieriez dessus… et Lily ne serait pas contente que je dise ça. »

« Soit… Je ne t’embêterai plus avec cela, Alia. Merci encore. »

La jeune fille aux cheveux orange s’inclina respectueusement avant de s’éloigner, laissant seule la reine qui était assise sur son trône. Oui… Avec elle et son mari, même les enfants pouvaient venir les voir quand ils avaient du temps pour cela.

« Bon… Je vais aller lui parler dès maintenant… Que l’on mette les choses au clair. »

Elle se leva de son trône, faisant quelques pas pour quitter la salle avant de se retrouver à cheminer dans les couloirs. Ah… Tout était fait de corail… Mais tout était si beau et merveilleux… L’architecture était tout simplement splendide. Elle se retrouva devant une porte et commença à toquer plusieurs fois. Aucune réponse… Hum…

Elle toqua une nouvelle fois, espérant que sa fille allait prendre la parole. Finalement, une petite voix faible murmura pour savoir qui était devant la porte. La reine annonça qu’elle voulait lui parler, la jeune fille signala qu’elle se fichait pas mal de tout ça. Elle voulait rester seule et qu’on la laisse tranquille, c’était tout ! Néanmoins, la femme pénétra à l’intérieur de la chambre, remarquant le désordre qui s’y trouvait.

Il y avait de multiples livres disséminés un peu partout, comme si la jeune fille avait décidé de les relire sans interruption, ne cherchant même pas à se reposer. Couchée sur un lit à baldaquin, Lily ne portait pas ses lunettes, se trouvant sur le ventre en train de lire. Elle se tourna vers sa mère, la regardant brièvement en reniflant avant de recommencer à lire.

« Quand tu es triste… Tu te mets à lire… sans que personne ne doive te déranger… »

« Je ne suis pas triste ! Je veux juste être tranquille ! » s’écria la jeune fille alors que sa mère venait s’asseoir à côté du lit, la regardant avec tendresse.

« Alia m’a tout raconté… au sujet de ce qui s’est passé. »

« Ce n’est pas vrai car tu serais en colère si c’était le cas. Tu mens maman, je ne suis pas bête ! Je te le rappelle que je suis très intelligente ! »

« Bon… D’accord… J’exagère un peu… Mais j’ai appris par Alia que tu as utilisé tes pouvoirs… Est-ce que tu veux bien me dire pourquoi ? »

« Non… Maman… Car tu vas te mettre en colère… »

« Est-ce que tu m’as déjà vue en colère, Lily ? »
Elle s’arrêta de lire, hochant la tête d’un air négatif. Non… Elle n’avait jamais vue sa mère en colère… Mais elle se l’imaginait parfaitement… Comment dire… Les gens les plus calmes… étaient souvent les plus terrifiants quand ils étaient en colère… Sa mère et son père ne devaient pas être différents de tout ça… Mais maintenant… Est-ce qu’elle… Elle ne savait pas trop… Elle se positionna en face de sa mère, baissant la tête d’un air triste.

« Maman… Si par hasard… J’ai … sauvé… une vie… »

« Et bien… Je te féliciterai… Que veux-tu que je te dise d’autre ? Si tu utilises tes pouvoirs pour sauver des personnes, est-ce que c’est mauvais ? Non… Pas du tout… C’est même le contraire, Lily… Ca serait un très bon acte… Alors dis-moi… Tu as sauvé la vie de qui ? »

« D’un… garçon Tylton… Tu sais… Tu m’as dit que… Auparavant… Qu’ils existaient vraiment… Je le savais… déjà… Puisque ça fait deux fois que je lui sauve la vie… Il allait se noyer et puis… Je l’ai sauvé… Mais il a été très méchant… »

« Ah bon ? Qu’est-ce qu’il a fait de méchant ? Et je ne t’en veux pas… Mais ne le dis pas à ton père au sujet du garçon Tylton… Je ne dis pas qu’il serait mécontent… Mais cela ne lui plaira surement pas… Tu es encore notre petite fille… »

« Tu veux que je te raconte des choses au sujet du garçon Tylton ? De tout ce qu’il a dit de méchant sur moi et les autres filles ? »

La reine hocha la tête pour dire que oui, Lily arrêtant de faire sa moue triste. Maintenant qu’elle avait parlé à sa mère… Ca allait un peu mieux… C’était une bonne chose… Qu’elle soit là… Elle avait plus de facilités à parler avec sa mère… Elle commença à raconter tout ce qu’elle avait vécu depuis qu’elle avait rencontré Arnaud… Oui… Il fallait se confesser.

« J’ai rien à voir avec ça ! J’AI RIEN A VOIR AVEC CA ! »

Il jetait ses affaires sur le sol, en même temps que les livres bien qu’il évitait quand même de les abîmer. ZUT DE ZUT ! Il s’en fichait royalement de la mocheté ! Qu’elle le sauve était une chose mais il n’avait rien fait pour qu’elle soit triste !

« C’est vrai quoi ! Qu’est-ce que j’en ai à faire d’elle ?! »


Ca faisait plusieurs jours qu’il prenait sur lui-même pour faire exploser sa rage seulement dans sa chambre lorsqu’il était seul. Il restait calme et tranquille pendant le reste du temps, personne ne remarquant à quel point il était en train de bouillir de l’intérieur.

« Prince Arnaud ? Prince Arnaud ? Vous voulez bien ouvrir ? »

« NON ! Je ne veux pas bien ouvrir ! Je veux être tranquille ! Ca ne s’entend pas ?! »

« S’il vous plaît, prince Arnaud… Vous pourriez m’expliquer non ? » demanda la voix de Pete à travers la porte, le jeune garçon ne sachant pas quoi faire.

« Qu’est-ce que tu veux que je t’explique ?! Que j’aime pas les moches ?! »

Qu’il n’aimait pas les moches ? Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il voulait… parler de quoi à la base ? C’était vraiment bizarre ce qu’il venait de raconter… Peut-être qu’il allait demander des explications… Ou peut-être que non… Il poussa un profond soupir, s’éloignant de la porte pour le laisser seul. Ca ne le concernait pas au final…

« Je vous laisse tranquille, prince Arnaud. Si vous avez besoin de moi, vous savez où me trouver, d’accord ? Si vous avez besoin de me dire quelque chose alors je… »

« C’est bon… Tu peux rentrer… J’ai ouvert la porte… Mais tu la refermes aussitôt derrière toi ! Personne ne doit rien savoir ! »

Personne ne doit rien savoir au sujet de quoi ? RAHHHH ! Le prince lui cachait quelque chose mais plus pour très longtemps ! Le jeune garçon pénétra dans la chambre, remarquant le bazar orchestré par le prince avant de refermer la porte derrière lui.

« De quoi vous vouliez-parler, prince Arnaud ? Vous avez parlé… de moches… »

« Oui ! D’une fille très moche ! Mais vraiment très très moche ! »

« Je ne crois pas connaître de personnes portant ce qualificatif malheureusement… »

« Mais je parle d’une fille Barpau ! D’une fille qui vient de l’océan ! »

De l’océan ? Le prince était-il en train de divaguer ? Non… Il semblait très en colère… mais plus que sérieux… Arnaud farfouilla parmi ses livres, cherchant celui qui concernait les créatures nommées Barpau avant de le trouver. Il l’ouvrit, fouinant à travers plusieurs pages comme pour rechercher une page précise avant de s’écrier. VOILA ! C’était ça ! Avec ça, il était hors de question que Pete ne le croit pas !

« Euh… Mon prince… Et vous dites que vous avez vu une fille poisson comme dans les livres ? C’est bien ça ? Est-ce que vous êtes malade ? »

« Est-ce que j’ai l’air d’être malade ?! NON ! Je te le prouverai ! »

« Et comment allez-vous me prouver quelque chose de ce genre, prince Arnaud ? Je ne veux pas vous contredire car vous êtes le prince mais… »

« Mais… Tu viendras demain avec moi à la plage ! Tu verras si je mens ou non ! Tu rigoleras moins quand tu les verras toutes ces filles super moches ! »

Oui ! Comme ça, il aurait moins peur d’aller s’excuser envers Lily. Ah… S’excuser ? Pourquoi faire ? AH ! Pour une bonne raison ! Mais pour ça… Il… Brrrr ! Il n’aimait pas être en faute ! Surtout qu’il ne savait même pas pourquoi il était en faute !

Le lendemain, après les cours de chants à la chorale, il attendit que Pete se ramène pour venir lui parler, le jeune garçon aux cheveux violets hochant la tête lorsqu’il lui demanda de le suivre et cela sans possibilité de le contredire.

« Tu vas voir si je mens ou si je raconte des blagues ! D’habitude, elles sont toujours là pour venir jouer dans le sable avec leurs objets ! »

« Oui… Je vous crois prince Arnaud… Je vous crois vraiment… Mais on peut ralentir la cadence ? Vous allez un peu trop vite quand même… »

« Pas le temps de ralentir ! Tu crois vraiment qu’on a que ça à faire ?! On doit se dépêcher ! »

D’accord ! D’accord ! Il ne disait plus rien dorénavant ! Les deux enfants se mirent à courir pour quitter le palais royal et les environs, se dirigeant à toute allure vers la plage. Le prince était vraiment excité comme une puce… C’était assez… Spécial de le voir ainsi… Et puis… Surtout à cause d’une fille. Elles étaient vraiment si laides que ça ?

« TIENS ! Ramène-toi et sois discret ! Elles ne doivent pas nous voir ! »

Hum ? Ils étaient en fait… sur la falaise… non ? Ce n’était pas la plage… contrairement à ce qu’il avait pensé… Bah… Ce n’était pas très grave… Il s’installa à côté d’Arnaud, se couchant sur le ventre pour pouvoir observer les personnes sur la plage.

« Prince… Prince Arnaud… Mais elles ne ressemblent pas à… des filles avec… des queues de poisson… comme dans les livres… »

« AH ! Mais si ! Regarde celles qui sont dans l’eau ! Tu verras que je ne mens pas ! Tu verras bien que je ne rigole pas ! J’ai pas l’habitude de mentir ! »

Bon… D’accord… Le prince semblait vraiment sûr de ce qu’il disait… Il tourna son visage vers l’océan, remarquant les jeunes filles… Ah… Oui… C’était… vrai… Vraiment étonnant… Mais bizarrement… Il ne trouvait pas ça horrible… contrairement à ce que le prince disait… Oh… Elles étaient disgracieuses… Mais elles n’étaient pas si horribles que ça non ? Peut-être que leur caractère était ainsi ? Ca… Par contre, il ne pouvait pas le savoir.

« Et maintenant… Qu’est-ce que l’on fait, prince Arnaud ? »

« Je ne sais pas du tout… Elle n’est pas là… Je pensais qu’elle était là… »

Elle était là ? Ah… Il cherchait une fille précisément… Bon et bien… Puisque c’était pour le prince… Alors, autant aller l’aider ! Le jeune garçon aux cheveux violets fit apparaître ses ailes dans son dos, s’envolant avec grâce avant d’atterrir dans le sable tout en douceur. Les filles se tournèrent vers lui, prêtes à crier mais elles remarquèrent que ce n’était pas le même que la dernière fois. La fille aux cheveux rouges prit la parole :

« Qu’est-ce que vous nous voulez ? Vous êtes déjà venus nous embêter une première fois… Alors on ne veut plus vous voir ! Partez ! »

« Pardonnez-moi… Mais ne faites vous pas erreur sur la personne ? »

« Non ! On ne fait pas erreur sur la personne ! Tu crois qu’on se fera avoir ! On voit très bien qu’il est tout là-haut ! Il a utilisé la même cachette que la dernière fois ! »

D’accord… Donc le prince avait mis en colère ces filles… Il poussa un profond soupir, passant une main dans ses cheveux avant de reprendre sur un ton gentil :

« Le prince Arnaud aimerait se faire pardonner… »

Se faire pardonner ?! Il avait mal entendu ou quoi ?! HORS DE QUESTION ! Il fit apparaître ses ailes, tentant de s’envoler mais s’écrasa dans le sable, toutes les têtes se tournant vers lui. NON NON ET NON ! Ce n’était pas prévu ça ! Il ne voulait pas se faire pardonner ! Phoebe le regardait à travers ses yeux verts, passant une main dans une mèche de cheveux rouges. Elle reprit d’une voix calme :

« Il veut se faire pardonner… pour Lily ? »

« Je suis sûr et certain que c’est ce que le prince Arnaud désire le plus au monde. »

« C’est vrai, Arnaud ? Tu veux te faire pardonner ? » demanda Alia en se tournant vers l’intéressé, Pete se raidissant sur le coup.

Pas de prince ? Comment est-ce qu’elle osait… parler ainsi au prince ? Lui-même n’oserait jamais faire une telle chose… C’était hors de question ! Rien que le fait d’y penser… BRRRR ! Pourtant… Elle n’avait pas peur de se mettre sur le dos la famille royale.

« Je ne veux… Je ne veux… Je ne veux pas ME FAIRE PARDONNER ! »

HEIN ?! Alors qu’est-ce qu’il faisait là ?! Les filles commencèrent à se mettre en colère avant de soupirer, le calme revenant tout de suite chez elles… Elles n’arrivaient même pas à en vouloir plus que ça au jeune garçon. Pourtant, celui-ci avait baissé la tête, ses cheveux bleus cachant le haut de son visage alors qu’il reprenait dans un petit souffle :

« Je… voudrais… la… la… la remercier… de m’avoir sauvé… »

Hein ? A l’entendre, on aurait presque cru que cela venait de lui arracher le cœur… Qu’il lui avait fallut des semaines pour dire une telle phrase. Les filles se regardèrent, Alia fermant les yeux avant de signaler qu’elle allait chercher Lily. Elle plongea dans l’eau alors que Pete s’approchait de son prince, lui murmurant dans le creux de l’oreille :

« Vous avoir sauvé Prince ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? »

« Tu vas voir la fille la plus laide de toutes… Il paraît que j’ai été sauvé par elle… Et je dois aller la remercier… Car je sais que c’est vrai… »

Le prince qui exprimait de la gratitude envers une autre personne… Cela relevait du miracle. Mais bon… Arnaud reprit tout aussitôt et sur un ton moins ravi :

« Je la remercies… Puis je m’en vais… Je veux rien avoir à faire avec elles ! Mais tu me crois maintenant ? Quand je te dis qu’il existe des filles super moches. »

« Je ne sais pas si elles sont moches… Mais prince Arnaud… Enfin… Elles sont très laides… Mais peut-être que plus tard, elles seront belles… »

« Aussi belles que le professeur Sanga ? Ne rêve même pas ! Le professeur Sanga est bien mieux que toutes ces filles réunies et ça, même dans vingt-cinq ans ! »

« Ah… Le professeur Sanga… Prince… Le professeur Sanga est une adulte… »

« Et alors ?! Qu’est-ce que ça fait ?! Si je veux me marier avec mon professeur, je le ferais ! »

Des fois, le prince pouvait se comporter comme un enfant assez égoïste… Dans l’océan, Alia s’était mise à nager avec frénésie, arrivant rapidement jusqu’à l’endroit tant recherché… Lily était en train de lire tout simplement sur un banc, l’un de ses livres habituels… Elle n’avait que huit ans… mais de part sa stature… On pouvait voir qu’elle était déjà bien plus mûre que les autres filles de son âge…

« Lily… J’ai une bonne nouvelle… » commença Alia en s’approchant de la jeune fille.

« Ah… Alia… Pardon pour… la dernière fois… C’est simplement que… »

« Ca ne fait rien ! Devine quoi ! Arnaud ! Tu sais, le garçon aux cheveux bleus ! Ben, il veut que tu viennes ! Il veut te remercier de l’avoir sauvé ! »

« Arnaud ? On parle vraiment du même garçon ? Tu es sûre que tu ne te trompes pas ? »

« MAIS NONNNN ! Si je te le dis, c’est que c’est vrai ! »

« Je ne sais pas trop… Tu es sûre qu’il ne mentait pas ? »

Non et non ! Elle en était sûre et certaine ! Le jeune garçon voulait vraiment aller la remercier ! Elle devait venir ! Elle le verrait de ses propres yeux qu’il ne blaguait pas ! Lily posa une main sur son front, se demandant ce qu’elle devait faire avant de se lever. Bon… Cela valait le coup d’essayer, non ? Elle referma son livre, hochant la tête pour signaler à la jeune fille aux cheveux orangés qu’elle voulait bien la suivre.

« Nous pouvons y aller… Alia… J’espère vraiment que ce n’est pas une blague. »

Elle était un peu fatiguée de tout ça… Ca ne faisait que quelques semaines mais le jeune garçon avait déjà réussi à lui prendre la tête… Pourtant… Elle était du genre à rester très calme… et tranquille… Mais des fois, ses limites se brisaient… Alia sortit de l’eau quelques minutes plus tard, en première… alors qu’elle-même apparaissait ensuite. Elle avait ses jambes humaines, tenant son livre dans la main alors que les filles parlaient avec Pete, délaissant presque Arnaud.

« Ah… LILY ! Tu es là ?! Ca va mieux ? Comment tu vas ?! »

« Ca peut aller… Oui… Je suis désolée… de vous avoir fait vous inquiéter… pour moi. »

« Ca ne fait rien… Tant que tu vas mieux… Alors c’est bien… Tiens ! Arnaud ! Elle est là ! Tu vas pouvoir la remercier alors ! » cria Rosa alors que le jeune garçon se tournait vers Lily, évitant d’émettre un rictus de dégoût.

« Oui… Voilà, tu m’as sauvé la vie alors que tu ne devrais pas, tout ça… J’ai pas tout compris avec tes trucs en rapport avec tes pouvoirs mais voilà… Tu m’as sauvé et je dois te remercier. Voilà tout… C’est tout ce que j’ai à dire. »

« Embrasse-la sur la joue pour la remercier complètement ! » s’écria Alia.

Hein ? Quoi ? Il en était hors de question ! Le jeune garçon s’apprêtait à partir mais déjà les filles formaient une sorte de barrage imperméable à toute tentative de fuite. Pete savait pertinemment que ça ne servait à rien d’essayer de le passer, il n’y arriverait pas.

Elle-même… Elle restait immobile. C’était quoi cette idée de la part d’Alia ? La jeune fille aux cheveux orangés la regardait sans sourire, croisant les bras. S’il l’embrassait sur la joue, alors ils arrêteraient de se disputer ! Elle savait pertinemment que c’était à cause de ça que la jeune fille était triste. Non pas à cause du baiser mais à cause d’Arnaud.
Il… Il n’avait pas le choix… Et puis… C’était quoi ça ? On ne forçait pas le prince ! Mais… Mais… Il n’avait pas le choix… ERKKK ! Il ferma les yeux, se mettant à trembler de tous les côtés alors que Lily ne bougeait pas. Elle ne pouvait pas protester elle ?! Du genre, dire qu’elle ne voulait pas de ça ?! D’après ce qu’il voyait, elle n’en avait pas envie non plus ! Pourtant, elle se tourna sur le côté, montrant sa joue gauche en fermant les yeux.


Bon… Ce n’était qu’un mauvais moment à passer… ERK… Il approcha ses lèvres de la joue de la jeune fille, les déposant dessus avant de les retirer aussi sec, un morceau de peau se mettant à tomber dans le sable. Il poussa un cri d’épouvante, s’écroulant dans le sable alors que Lily passait une main sur sa joue. Elle alla s’accroupir devant Arnaud, le regardant de ses yeux bleus à travers ses lunettes :

« Pardon… Ce n’était pas voulu… Je te le promets… »

« Mon œil ! Elles avaient tout prévu ! Que tu perdrais ta peau ! AHHH ! J’ai un goût horrible dans la bouche ! Faut que j’aille boire de l’eau ! » s’écria t-il une nouvelle fois, se levant avec rapidité avant de foncer vers l’océan, la jeune fille se tournant vers lui pour l’arrêter :

« N’essaye pas de boire de l… »

Trop tard… Le jeune garçon avait plongé sa tête dans l’eau, commençant à boire avant de ressortir la tête. Il cracha plusieurs fois de suite, horrifié et dégoûté alors qu’elle reprenait :

« L’eau est salée… Ce n’est vraiment pas… une bonne idée… Je suis désolée… »

« Vous le faites tous exprès ! J’en suis sûr ! PETE ! Toi aussi, tu es avec eux ! »

« Prince Arnaud… Non ! Sincèrement ! Je ne vous mens pas ! »

Il n’était pas du genre à vouloir faire souffrir le prince ! Ce n’était pas du tout lui ! Ce n’était pas de sa faute ! Il s’était déjà mis à trembler légèrement, cherchant par là à trouver un moyen de sauver le prince et surtout de lui montrer qu’il n’avait rien fait. Du moins… Cela aurait du se passer comme ça… Mais la jeune fille aux cheveux bleus donna une violente claque à Arnaud, celui-ci s’arrêtant de crier alors que des larmes montaient aux yeux du jeune garçon. Elle ferma les yeux tout en hurlant :

« Tu vas arrêter un peu de crier ?! On est pas sourds ! ON EST TOUS A CÔTE DE TOI ! Tu nous fatigues à toujours crier ! A toujours te plaindre ! A toujours avoir envie de parler pour rien dire ! C’est pas difficile de se taire ! Est-ce que tu te sais t’amuser un peu ?! Sans même te moquer des autres ou leur dire des gros mots ?! J’en suis pas sûre moi ! »

« … … Lily … … Qu’est-ce qui se passe avec toi ? » demanda Alia d’une voix étonnée.

Ce qui se passait ? Ce qui se passait ? C’est que le garçon était insupportable ! C’était pire que ça ! Il ne faisait que se plaindre à chaque fois ! C’était qu’un sale garçon pourri gâté par maman et papa ! C’était ça le problème ! Sans même prévenir, elle se jeta sur le jeune garçon, le plaquant dans le sable alors qu’elle commençait à le frapper de ses poings au niveau de ses visages. Tout de suite, les cris fusèrent dans tout les sens, les filles venant séparer Lily tandis que Pete se rapprochait d’Arnaud, celui-ci explosant en larmes.

« ELLE M’A FAIT MALLLLLLLLLLL ! »

« Comment osez-vous faire ça au prince Arnaud ?! Ca, je ne peux pas vous le pardonner ! »

« Prince… Prince… Lily est aussi une princesse mais elle ne se comporte pas comme ça d’habitude ! » hurla Alia alors que Lily commençait à se calmer, la jeune fille aux cheveux oranges reprenant en sa direction : « Qu’est-ce qui t’as pris, Lily ?! Pourquoi est-ce que tu l’as frappé alors qu’il… n’avait rien fait… »

« Il me fatigue c’est tout ! Est-ce que je suis sensée être comme lui parce que je suis une princesse ?! Son père et sa mère doivent très mal s’occuper de lui ! »

« Le roi et la reine ne s’occupent pas de lui… Ils n’ont jamais le temps… »

Ah… Elle s’arrêta aussitôt de crier une nouvelle fois après les paroles de Pete. Le jeune garçon aux cheveux bleus se frottait les yeux, continuant de pleurer alors qu’elle s’était mise à rougir de honte. Pete commençait déjà à partir avec Arnaud mais Alia relâcha Lily, se mettant à courir vers eux. Le jeune garçon aux cheveux violets ne semblait guère enclin à l’écouter mais hocha la tête, murmurant à Alia :

« C’est trop risqué et après… ce qui s’est passé… »

« Il faut qu’ils discutent tous les deux… maintenant… Sinon, ça n’ira jamais. »

« Tu n’as pas tord… Enfin bon… Prince Arnaud ? Est-ce que vous voulez bien me suivre ? »

Le jeune garçon hocha la tête faiblement, n’ayant même pas la force de répondre ou autre. Il semblait si faible et chétif… contrairement à la forte tête qu’il pouvait avoir. Il fut emmené à l’endroit même où il s’écrasait habituellement, Pete demandant à Arnaud de s’asseoir dans le sable alors tout en disant qu’il allait revenir.

« Alia… Je ne suis pas bête, je sais très bien ce que tu veux… faire… »

Oui… Elle le savait parfaitement mais bon… Elle se retrouva forcée à être assise à côté d’Arnaud, le jeune garçon restant parfaitement immobile bien qu’il avait ramené ses jambes à son visage, tremblant de peur. Il savait pertinemment ce qu’elle était capable de faire. De l’autre côté, elle ne bougeait pas, restant assise en regardant la mer.

Oui… Elle savait pertinemment ce qu’ils voulaient faire… Ils n’étaient plus que tout les deux… Les autres filles et Pete étaient partis au loin pour jouer entre eux. Oui… Ils étaient tout les deux… au bord de l’eau… Et aucun ne parlait… Elle s’en voulait un peu… Elle était la princesse et elle s’était comportée d’une façon… vraiment horrible…

« On fait quoi maintenant ? Je n’ai pas envie de te parler… moi… Tu vas encore me taper. »

« La faute à qui ? Mais… Bon… Jai pas envie de te parler moi non plus, Arnaud… Mais les autres n’arrêteront pas… de nous embêter si on ne fait pas la paix. »

« Oui… Toute façon… Moi je m’en fiche… Je m’en fiche de ce qu’ils disent… »

« Dis… C’est vrai que ta maman et ton papa n’ont pas le temps de jouer avec toi ? Tu es vraiment un prince hein ? Pourtant… Mes parents… Ils ont toujours un peu de temps pour s’amuser avec moi… Enfin… Ils sont gentils… »

« Ca ne te concerne pas… Je n’ai pas à parler de mes parents à une inconnue qui n’est pas de mon royaume… J’ai pas envie d’en parler… »

Il venait de se renfrogner, cachant son visage entre ses deux jambes. Non… Il n’avait pas envie d’en parler à des personnes qu’il ne connaissait pas. De toute façon, pour les gens de son royaume, ils savaient parfaitement que le jeune garçon était turbulent.

« Mes parents se fichent de moi… Toujours occupés avec leurs réunions… Toujours occupés à être beaux… Je n’existe pas pour eux… Si ils pouvaient avoir Pete comme fils, ils le feraient… Moi, je ne suis pas le prince ou leur garçon… »

« C’est bête comme réaction… Peut-être que tu devrais parler à ton papa et à ta maman ? Pour leur dire ce que tu penses ? Car ça ne sert à rien de garder tout ça pour soi. »

« M’en fiche… M’en fiche de tout le monde puisque tout le monde s’en fiche de moi. »

« C’est pas vrai ! Pete, il s’en fiche pas de toi ! »

« Pete est trop gentil, Pete, il est tellement fort. Pete il sait voler, Pete, il sait faire plein de choses. Pete, il est bien mieux que moi. Moi j’ai rien du tout… »

« Toi, tu as une belle voix ! Moi, je trouvais que tu chantais très bien ! »

Il releva le visage avec un peu d’étonnement. La jeune fille lui souriait, ses dents jaunies se montrant alors qu’il restait imperméable à son sourire. C’était un vrai sourire ? Sincère ?

« Si on m’apprécie simplement parce que je sais chanter… Alors, je ne veux pas qu’on m’apprécie. Je n’ai pas besoin de ça moi… Je m’en fiche… »

« Tu te répètes… Mais tu n’as qu’à pas être aussi bête et méchant ! Ce ne sont pas les autres les fautifs ! Qu’est-ce que tu aimes faire ? Normalement ? »

Qu’est-ce qu’il aimait faire normalement ? Ca voulait dire quoi ce genre de phrases ? Il ne comprenait pas vraiment où elle voulait en venir mais bon… Il s’était mis à réfléchir, la regardant longuement alors que la jeune fille retirait ses lunettes pour les essuyer.

« Je sais pas trop… J’ai pas réfléchit à ce que j’aime faire… J’ai beaucoup de mal pour lire même si ça me plaît bien… J’ai commencé à lire des livres sur vous… Paraitrait que vous êtes des monstres à la naissance… »

« Merci beaucoup… Je crois avoir déjà entendu ça quelque part. Mais en fait, moi, j’ai compris ton problème ! »

« Que… Quel problème ? De quoi est-ce que tu parles ? »

« C’est pas que tu veux nous insulter, moi et mes amies ! C’est juste que tu n’es pas délicat mais trop franc ! Il suffit juste de t’expliquer qu’il y a des choses qui ne se disent pas ! Et aussi, je crois que tu n’es pas très intelligent… »

« Et après… C’est qui qui dit des gros mots à l’autre ? »

Elle s’était mise à rougir de gêne, voyant parfaitement l’erreur qu’elle venait de commettre. Elle rigola légèrement, le jeune garçon faisant de même alors qu’elle reprenait :

« Pardon… Ce n’était pas voulu… Et ce n’est pas une insulte de ne pas être intelligent. Moi, du genre, je suis très intelligente mais c’est pas pour ça que je saurai chanter… Enfin, je ne crois pas… J’ai jamais essayé… Et puis, personne n’est parfait partout ! »

« Pourquoi est-ce que tu parles comme les adultes ? »

Pourquoi est-ce qu’elle parlait comme les adultes ? Elle était peut-être très mature pour son âge ? Enfin bon… Ils semblaient avoir enterré la hache de guerre… pour l’instant… Et visiblement, ce n’était pas de refus pour les deux enfants.

Chapitre 4 : Une belle voix

Chapitre 4 : Une belle voix

« Prince Arnaud ?! C’est le prince ! C’est le vrai prince ! »

« HIIIIIIIIII ! Il fait quoi ici ?! Madame Sanga ? Il est avec nous ? Il vient avec la chorale ? C’est vrai ? Je ne pensais pas qu’il voulait venir… Mais il n’a pas d’autres choses à faire ? »

Visiblement, sa présence faisait quelques émules… Puisqu’il se retrouvait juste debout à côté du professeur Sanga, la femme à la mèche blonde souriant devant la chorale qui devait réunir une cinquantaine d’enfants… Tous âgés entre six à dix ans… Oui… Il était dans la bonne tranche d’âge… Et puis, les filles étaient presque en admiration ou adulation devant lui… A croire qu’il était une célébrité… HEY ! C’était le cas ! Il était le prince ! Il était beau ! Il était simple ! Il était le futur roi !

« Bon et bien… Prince Arnaud… Si vous voulez bien vous installer devant les autres, nous allons faire quelques tests pour voir dans quel ton vous mettre… »

« Je ne suis pas un soprano normalement ? »

« Normalement oui… Mais il existe plusieurs termes de soprano, prince Arnaud. Vous le savez aussi bien que moi, n’est-ce pas ? Je suis sûre que vous avez une petite idée de quel soprano vous êtes… »

Il hocha la tête d’un air positif alors qu’il se positionnait en face de son professeur. D’un geste de la main droite, elle demanda à Arnaud de faire quelques vocalises, le jeune garçon ouvrant la bouche alors qu’une voix mélodieuse sortait de cette dernière.

Vraiment… Il savait qu’il était doué pour la chanson… C’était simplement… qu’il n’aimait pas réellement chanter… Il ne trouvait pas ça… intéressant… Sa voix était peut-être jolie… Mais c’était tout… Elle n’avait rien de spéciale à ses yeux… Et puis… Il n’aimait pas chanter… Il n’en voyait pas l’utilité… ou une bonne raison… Il s’arrêta au bout de plusieurs vocalises, quelques applaudissements se faisant entendre, que cela soit de la part des garçons ou des filles. Il hocha simplement la tête alors que le professeur Sanga disait :

« Hum… Oui… Une belle voix de soprano… Soprano dramatique colorature… Voilà ce qui vous caractérise prince Arnaud. »

« Ca fait beaucoup de mots à la suite non ? » dit-il d’une voix neutre.

« Il faut dire que pour vous définir, cher prince… Il en faut des mots… Vous êtes un véritable virtuose et je suis sûre que vous deviendrez un magnifique soprano d’ici quelques mois… Après un entraînement dans la chorale, bien entendu… Si vous voulez continuer à venir… »

S’il voulait continuer à venir ? Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il regarda son professeur avec un peu d’étonnement, attendant qu’elle reprenne la parole.

« Oui… Si vous le voulez, vous pouvez partir dès maintenant. Je ne vais pas vous obliger à rester alors que vous êtes le prince… Cela ne serait pas une bonne chose. »

Mais… Mais… Mais… Et ce qu’ils avaient dit… Elle allait faire quoi ? Répéter alors ? Au sujet de l’odeur de Barpau ? Elle lui fit un petit clin d’œil pour dire que ça restait entre eux alors qu’il regardait les autres enfants. Ils faisaient tous des mines dépitées… HEY ! A la base, il n’avait jamais voulut aller dans la chorale.

« Restez avec nous, prince ! Vous serez même le maestro ! »

« Ohla… Attention, petite sœur… Ne dit pas de telles choses, le prince doit encore s’entraîner énormément s’il veut devenir un maestro… Avec de l’entraînement, il pourra peut-être devenir notre soliste… Mais c’est à lui de le décider. »

Petite sœur ? AH ! Il n’y avait jamais réellement réfléchit… Mais le professeur Sanga avait une petite sœur ? Il alla regarder à qui s’était adressé le professeur, remarquant que c’était la copie conforme du professeur… En plus petite… Avec des yeux dorés… comme ses cheveux… qui étaient un peu longs… et une mèche aussi devant l’œil gauche.

« Euh… Et bien… Mais… Comment dire… Je ne suis pas choriste à la base ! »

« Tout s’apprend, prince Arnaud ! Et je suis sûre qu’avec des efforts, vous y arriverez ! »

Pffff ! Que ça soit la grande ou la petite sœur, elles étaient pareilles pour le motiver. Il soupira légèrement, marmonnant quelques mots que tous purent comprendre. Il y eut des petits cris de joie alors qu’il haussait les épaules, un tout petit peu gêné par la situation.

« Alors si vous voulez bien vous installer mon prince… »

« Euh… Oui… D’accord… Euh… Ben… Je vais m’installer à côté d’elle. »

Il avait décidé de se placer à côté de la sœur du professeur Sanga, celle-ci souriant au jeune garçon alors qu’il se tournait vers elle, murmurant avec lenteur :

« Dis… C’est vraiment ta grande sœur ? Elle a donc quel âge ta grande sœur ? »

« Dix-huit ans… Mais c’est un professeur de chant… Donc il faut pas être toute vieille comme le professeur Arglor. »

« Ah ! Celui-là, je ne l’aime pas ! Il n’arrête pas de parler des éléments et de toutes ces choses ! Vraiment endormant ce professeur ! »

« Hihihi ! Je pense pareil, prince Arnaud. Ah ! Je ne me suis pas présentée… Je m’appelle Elizabeth et je suis la petite sœur de Fanny ! OUPS ! J’ai trop dit ! C’est le prénom de ma grande sœur mais faut pas l’appeler comme ça en cours. »

« Vous n’avez pas fini de parler tous les deux ? » dit le professeur Sanga.

Oups… Toutes les têtes étaient tournées vers eux alors que la jeune fille aux cheveux blonds rougissait légèrement. Hey… Ce n’était pas de sa faute ! Enfin si… Un tout petit peu… quand même… Il balbutia quelques excuses, arrêtant de parler à Elizabeth alors que tous et toutes allaient pouvoir commencer les cours. Pfff… Quel idiot… Il ne voulait pas de ça… Enfin… Allez dans la chorale… Mais devant le regard des autres….

« Maman, papa, je vais m’amuser avec Alia et les autres filles ! »

Elle s’éloigna alors que ses deux parents annonçaient qu’ils avaient bien entendu, la jeune fille aux cheveux bleus se mettant à nager à toute allure, un sachet en plastique dans la main avec plusieurs bouteilles d’eau à l’intérieur. Elle fut rapidement rejointe par plusieurs filles, celles-ci formant un groupe de dix filles.

« Vous avez toutes pris de l’eau ? Et surtout des bouteilles ? Comme ça, on n’aura pas à s’inquiéter ! » dit Lily alors que toutes hochèrent la tête.

« On a même pris de quoi manger si on a faim ! » répondit Alia avec Rosa et Phoebe alors qu’elles présentaient d’autres sujets à la vue des filles.

« SU… SU… SUPER ! Ca va être vraiment chouette alors ! On y va toutes maintenant ! Allez ! Plus vite ! J’espère que vos parents ne savent toujours pas ! »

Non… Personne n’était au courant et elles s’étaient toutes montrées très discrètes… Tous pensaient qu’elles allaient simplement au-dessus du premier plafond mais non pas qu’elles allaient marcher au-dessus du premier plafond ! C’était une grande différence !

« Personne qui nous suis ? Vous êtes sûres ? Alors on y va. » annonça Lily, sortant la première de l’eau. Sa queue se transforma en pieds tandis qu’elle était rapidement suivie par les autres sur ce point.

« C’est parfait ! Mais… Euh… Lily… Tu es sûre qu’il n’y a personne qui nous suit ? Ou qui sait qu’il y a cet endroit ? Ou alors d’autres personnes ? »

« Comme qui ? Y a personne ici ! C’est promis ! Je te le jure complètement ! »

Elle mentait un peu… Elle avait quand même un peu peur qu’Arnaud ne vienne… Mais de l’autre côté, ça faisait bien une semaine qu’elles venaient quotidiennement ici, après les cours… Et il n’y avait jamais eu de problèmes alors pourquoi maintenant ?

« Hey ! Puisqu’on est au-dessus du premier plafond… J’étais en train de me dire… Pourquoi qu’on essayerait pas de faire des bâtiments en sable ? » dit la jeune fille aux cheveux bleus tout en réfléchissant à l’idée.

« Euh… Mais… Avec l’eau… Et on le fait… Comment ? AH ! Maintenant qu’on est plus sous le premier plafond, le sable tiendra mieux non ? Enfin… »

« Bien sûr ! C’était ça l’idée ! On va faire ça ! Mais par contre… Il faut qu’on mette une ou deux bouteilles en les vidant… Non… »

« AH ! Je sais ! On va prendre des seaux ! On y met nos algues ! Je vais demander à mes parents s’ils peuvent m’en prêter un ! »

« Je vais faire de même ! » « Et moi aussi ! » s’écrièrent les filles, disparaissant dans l’eau, les unes après les autres alors… qu’elle restait parfaitement seule. Même Alia était partie dans l’eau… Pfff… C’était pas très drôle comme ça… Mais bon…

Au moins, les autres filles s’amusaient… Tandis qu’elle-même ne savait pas si c’était bien ou non qu’elles soient là… En y réfléchissant… Arnaud n’était pas revenu depuis tout ce temps… Mais bon… Ce n’était pas un problème ! Pas du tout même !

« Mais bon… Il n’a même pas prévenu qu’il était parti… C’est bête ! Toute façon, lui et moi, on n’est pas amis alors bon … »

Elle se coucha dans le sable, se disant que les autres filles n’arriveront pas avant une demi-heure, une heure. Elles avaient laissé les bouteilles d’eau à côté d’elle, tant mieux. Ca lui permettrait alors de s’arroser les jambes et le corps si elle avait besoin d’eau. Elle observa le second plafond, le trouvant merveilleux… Avec ces… hein ? C’était des ailes de coton… Du moins, ça ressemblait aux ailes de coton d’Arnaud.

« Toute façon… Je sais même pas où il habite… Et j’ai pas envie de le voir… Surtout pas après ce qu’il a dit ! »

Elle tira la langue dans le vide, fermant les yeux pour patienter. Elles en mettaient du temps… Elle écoutait le bruit des vagues… Puis aussi une douce mélodie… Une mélodie vraiment belle… Ce n’était pas une voix de ténor… C’était une voix plutôt… infantile… Et assez spéciale… Mais vraiment jolie en un sens…

« Qu’est-ce que ça veut dire ? D’où elle vient la voix ? »

Elle se redressa dans le sable, regardant autour d’elle avant de s’empêcher d’émettre un cri. Il y avait… Arnaud… Mais il marchait au loin… Les yeux complètement fermés… Il n’avait pas peur de se faire mal ? Il ne l’avait sûrement pas remarquée… s’il ne la voyait pas…

Pfiou… Enfin libéré… Il n’avait même pas pu se rendre sur la plage avant maintenant… Et voilà qu’il était tranquille… Elizabeth était vraiment une gentille fille… Tout le portrait craché de sa grande sœur… Dans quelques années, elle ressemblerait à sa grande sœur non ? Et comme ils avaient le même âge…


Mais bon… Là… Il ne pensait pas à ça… Il ne pensait qu’à marcher… et à chanter… pour lui seul… Comme ça… Il serait le seul à s’entendre… Il ne voulait pas chanter pour les autres… Simplement lorsqu’il en avait envie… ou seulement si c’était pour le professeur Sanga… Enfin voilà… quoi… Et rien, ni personne ne pourrait venir le déranger.

Il s’approchait d’elle, la jeune fille retenant sa respiration alors que le jeune garçon n’était plus qu’à quelques mètres d’elle… Comment une aussi jolie voix pouvait sortir d’une telle personne ? Alors qu’il passa à côté d’elle, elle marmonna :

« Bonjour, Arnaud… Ca va bien ? »

« Qu’est… Quoi ?! Qu’est-ce que tu fais là ?! »

« Je suis là depuis le début… » murmura t-elle alors que le jeune garçon ouvrait ses yeux bleus pour les poser sur elle, la regardant longuement avec effarement.

« Tu… Tu … Tu m’as entendu ?! Tu n’as rien à dire ! Tu te tais et tu oublies ! »

« Pourquoi ça ? Parce que tu chantes très bien ? J’aime beaucoup… ta chanson. »

« Je m’en fous de ton avis ! Je ne chante pas bien ! Et je ne chante pas pour les moches ! Vas t-en, je ne veux pas te parler ! Dégage de là ! »

« Toujours aussi gentil à ce que je vois ! TIENS ! PREND-TOI CA ! » hurla t-elle avant de prendre du sable, lui envoyant une poignée en plein dans les yeux.

« Mais t’es dingue ?! Ca fait mal aux yeux ça ! » s’écria t-il à son tour avant de faire de même de son côté, la jeune fille lui tournant le dos à chaque fois.

Quel nul ! Il n’essayait même pas de se protéger les yeux ! Elle prenait du sable, se retournant rapidement pour lui en envoyer alors qu’il gémissait et sanglotait, n’aimant pas recevoir du sable sur lui. Il continuait de crier :

« Laisse-moi tranquille ! Je ne veux pas te voir ! Les moches n’ont pas à être ici ! Et je n’ai pas à chanter pour les laides ! T’es vraiment laide ! »

« J’en ai marre de toi ! Tu viens à peine, tu chantes et tu me dis des gros mots ! Tu crois que c’est drôle pour moi ?! Je suis venue avec des amies pour que nous nous amusions ! Tu n’as qu’à partir toi ! On ne veut pas te voir avec nous ! »

« Des… Des amies ?! Vous êtes plusieurs en plus ?! NON ! Vous n’avez pas à venir ! Cet endroit n’est pas à vous ! Il est au royaume des Tyltons et j’en suis le prince ! »

Prince, prince ! Un pleurnichard comme lui ne sera jamais prince ! Il avait arrêté d’envoyer du sable, se frottant les yeux en sanglotant. Quoi ? Il pleurait encore ? Mais c’était quoi ça ? C’était pas un garçon ! C’était un bébé ! Elle s’approcha de lui, une bouteille d’eau à la main. Elle l’ouvrit, laissant sortir de l’eau… qui stationna au-dessus du sable.

« Donne-moi tes yeux… On va les asperger un peu… Ca ira mieux ensuite. »

Pfff… Elle n’était pas faite pour aider les gamins… Mais bon… Voir le jeune garçon comme ça… Elle n’aimait pas du tout… Il se laissa faire, Lily venant arroser ses yeux avec un peu d’eau… alors qu’il ne remarquait même pas qu’elle utilisait quelques pouvoirs pour cela… Il frotta ses yeux, les rouvrant avant de pousser un cri. Il recula rapidement tout en tremblant. Qu’est-ce qu’il y a ? Il avait encore vu… AHHHHHH !

« Je ne suis pas un monstre ! JE NE SUIS PAS UN MONSTRE ! »

« C’est… C’est pas ça… C’est… C’est derrière toi… »

« Qu’est-ce qu’il y a derrière moi ? » demanda t-elle tout en se retournant.

Oups… Là… Il y allait avoir des problèmes… De très gros problèmes… Alia et les autres étaient revenues… finalement… Avec différents accessoires dans lesquels ils pourraient mettre du sable… Et là… Les accessoires étaient tombés au sol…Les visages surpris des jeunes filles étaient au moins aussi forts que ceux de Lily et Arnaud. Puis soudainement, ce fut une multitude de petits cris alors qu’Arnaud se retrouvait entouré par les petites filles.

« C’est qui ? C’est qui ?! Il est plutôt mignon ! »

« Tu nous le présentes, Lily ? Tu le connais ? Ben oui ! Je suis bête ! Tu es obligée de le connaître sinon tu n’aurais pas fait des trucs d’amoureuse avec lui ! »

« Des trucs d’amoureuse ? AHHHHH ! C’est son amoureux ! Dis, dis, c’est quoi ton nom ?! »

Elles… Elles… étaient toutes aussi laides que Lily ! Elles avaient des morceaux de peau qui partaient un peu partout. En parlant de la peau, il y avait de nombreuses taches dessus, leurs visages étaient assez boursouflés mais pas forcément hideux… Il y avait pire, oui ! LILY ! Elle était pire que les autres ! Avec ses grosses lunettes ! Elles, elles avaient au moins des yeux normaux ! Puis leurs cheveux étaient si sales… C’était horrible ! Il… Il… Il devait faire preuve… néanmoins… euh… euh… de confiance… ou de sauvegarde ?

« Euh… Euh… Je me nomme… Arnaud… mesdemoiselles. »

Mesdemoiselles ? Elle rêvait ou c’était bien Arnaud qui venait de dire ça ? Il venait d’appeler les autres, mesdemoiselles ? Il se moquait d’elle ?! Elle-même se faisait toujours insulter de moche et de laide ! Et les autres étaient appelées mesdemoiselles ?! Grrrr ! Se calmer car ça ne servait à rien d’être en colère.

« Tu es donc l’amoureux de Lily ? C’est pour ça qu’elle voulait rester cachée ? »

« Non, j’en suis désolé… Mais je ne suis l’amoureux de personne… »

Il n’avait pas peur… Il n’avait pas peur… AH ! Un morceau de peau qui venait tomber sur son bras… Calme… Calme… Retirer le morceau comme si de rien n’était… S’il criait et qu’il mettait les filles en colère… Il allait très mal finir.

« Pardonnez-moi… Mais je ne peux pas rester… J’en suis vraiment désolé… »

« Oh ! Tu dois déjà partir ? Non ! Reste avec nous ! On va s’amuser ! »

« Oui… Reste donc… Arnaud… Fais-nous une chanson ! » dit la jeune fille aux cheveux bleus, le regardant avec ironie.
Il savait chanter ?! Les filles se pressaient encore plus autour de lui, l’empêchant presque de respirer avant qu’il ne se mette à crier. Deux ailes de coton apparurent dans son dos, le jeune garçon sautant dans les airs avant de s’envoler à quelques mètres, retombant dans le sable.

« Mais où est-ce qu’il va ?! HEY ! Il a des ailes ! »

« Il sait flotter entre les deux plafonds ! Reviens ! Arnaud ! Reviens ! »

HORS DE QUESTION ! Il s’était mis à courir à toute allure, sautant plusieurs fois pour tenter de s’envoler, sans y arriver malheureusement. Mais il arrivait à prendre de la distance alors que les jeunes filles restaient immobiles, le regardant partir avec un petit soupir. C’était dommage… Il était si mignon… Et puis… Si il savait chanter… C’était vraiment encore mieux… Mais maintenant qu’il n’était plus là… L’interrogatoire allait commencer.

« Depuis quand est-ce que tu le connais ? »

« C’est pas un Barpau non ? Il a des ailes ! C’est quoi ? »

« Comment est-ce que tu l’as connu ? »

« Est-ce que c’est ton amoureux, Elena ?! »

AHHHHHHHH ! C’était à son tour d’être entourée ! Elle commença à cracher de l’eau un peu partout, aspergeant le visage de ses amies qui se calmèrent aussitôt. Elle murmura :

« Je ne le connais pas plus que ça ! Et ce n’est pas mon amoureux ! C’est un Tylton ! Vous avez bien vues comment il est ! Il a peur de nous ! Il n’a pas arrêté de me traiter de moche ! C’est vexant à la longue ! »

« Quoi ?! Mais il a raison ! On est toutes très laides ! Mais c’est pas un souci ? »

« Pas de la manière dont il le dit… Moi je n’aime pas quand on m’insulte… Quand c’est dit méchamment… Pour ça que je n’étais pas contente de le voir… »

Ah… Au final… Ils n’étaient pas amis ? Elles la regardèrent avec étonnement avant de s’écrier que si elles retrouvaient le jeune garçon, elles iraient lui faire regretter de la traiter de moche de cette manière ! On n’insultait pas les copines ! Néanmoins, la jeune fille aux cheveux bleus ne semblait pas plus heureuse et alla dire :

« Ca ne sert à rien… Ne lui faites pas mal… Il ne le fait pas exprès… Je crois qu’il a peur de nous… On est là pour s’amuser non ? Alors amusons nous ! »

« Oui… Tu as tout à fait raison, Lily. Heureusement que tu es là pour nous remettre bien ! On y va toutes ! On va jouer dans le sable ! »

D’autres cris fusèrent dans tous les sens alors que les filles commençaient déjà à prendre du sable pour les mettre dans les différents accessoires qu’elles avaient récupérés.

« Qu’est-ce qu’elles font ces filles ? Elles ne partent pas ? »

Elles ne l’avaient pas remarqué… Mais il s’était remis en hauteur… à l’endroit même où il sautait pour tenter de voler de plus en plus loin… Il pouvait les observer et si elles ne levaient pas leurs yeux vers sa direction… Elles ne le verraient pas… C’était donc une bonne chose… Bien qu’à côté… Il ne pouvait pas rester là à ne rien faire.

« Est-ce que je dois prévenir les autres ? Est-ce que je dois rester muet ? Car si les monstres envahissent notre plage… Ils risqueraient d’envahir mon royaume ! »

Oui ! C’était ça ! Envahir son royaume ! Le sien ! Mais à côté… Elles n’étaient pas très dangereuses ! Ce n’était que des filles de son âge ! Ou presque… Enfin… Il n’avait pas à s’inquiéter. Il allait pouvoir les laisser tranquilles pour l’instant… Mais il resterait là… à les surveiller… Il alla se coucher sur le ventre, continuant de les observer. Oui… Il devait les regarder… Comme ça… Au cas où… Une simple mesure de précaution.

« Ca ne tient pas ! Qu’est-ce qu’on fait alors ?! »

« On va mettre de l’eau un peu… Comme ça… On peut faire des boules de sable ! »

Elle menait un peu les opérations, étant la plus intelligente du groupe, c’était donc une chose normale pour elle. Peu à peu, alors qu’elles ne faisaient que de simples pâtés de sable, ces derniers commençaient à prendre différentes formes… Une longue forme serpentée…

« J’ai fait une longue queue ! Mais il en faut encore plus ! Faut qu’on dessine le corps des autres ! Dites… Vous pensez qu’on pourra devenir jolies comme nos parents un jour ? »

« Nos parents sont pas forcément tous jolis… A ce qu’il paraît, il faut beaucoup s’occuper de nous pour qu’on soit joli… »

Ah… Oui… Lily le savait très bien… Ces deux parents… Le roi et la reine… étaient vraiment magnifiques… Mais parce qu’ils étaient bien plus beaux… que les citoyens… Ils cachaient leurs visages et leurs corps à la vue de tous et de toutes.

« Papa… et maman… m’ont toujours dit… que je devais être humble… Car être plus beau qu’une autre personne ne veut pas forcément dire qu’on est meilleure qu’elle… »

« Tes paren… euh… Le roi et la reine sont des personnes très douces et gentilles. Elles ne feront jamais rien de mal… Elles sont très belles aussi… »

« Moi… Je me rappelle de la reine… Lorsque je l’ai vue pour la première fois… Elle était… si… jolie… avec ses cheveux courts… et argentés… Puis sa peau, elle n’en perdait pas… Et puis… Elle était si différente de ma maman et de mon papa… »

Il était difficile de savoir qui parlait à qui… Car chacune donnait son avis sur la question… Lily ne semblait pas s’en soucier, continuant l’œuvre qu’elles avaient crées toutes ensembles alors que les filles continuaient de discuter entre elles.

« Lily ? Tu crois que la reine et le roi se remontreront cette année ? Lors de la fête ? »

« Je ne sais pas… Mes parents n’osent plus se montrer… Même plus à moi… »

« Ah… Pourquoi ça ? Est-ce qu’il s’est passé quelque chose ? »

« Non… Mais disons… qu’ils ne veulent pas rendre vos parents malheureux. Il paraît qu’il ne faut pas être beau… pour pouvoir gouverner… selon eux… Il aurait mieux fallut ne pas être beau… Mais moi… Je trouve qu’il n’y a pas besoin d’être beau pour ça ! C’est vrai quoi ! Moi, je vous trouve toutes très belles ! Que ça soit Alia, Phoebe ou les autres ! Vous ne vous trouvez pas belles vous ? Moi je dis que si ! La beauté, ce n’est pas ce qu’on voit ! »

« C’est ce qu’on a dans le cœur ! OUAISSSSSS ! »

Les filles s’écrièrent toutes en même temps alors que le jeune garçon arrivait à entendre ce qu’elles disaient… Oui… Avec son ouïe plus développée… Il n’était pas difficile de les entendre… Tsss… Elles étaient vraiment bêtes… ces filles… et stupides… et moches.

« Et j’arrête pas de les regarder… Car elles sont bizarres… »

Et parce que c’était intéressant… non ? De les regarder ? Car elles… ne se souciaient pas réellement plus que ça de la beauté… Contrairement à lui-même… et aux personnes vivants dans son royaume… C’était bizarre… de voir des personnes de la sorte… Et puis surtout… Elles étaient vraiment laides… Elles laissaient des morceaux de peau un peu partout dans le sable… Ca lui donnait presque envie de vomir. Mais à côté… Il appréciait de les voir…

« Mais qu’est-ce que je pense moi ?! Ce ne sont que des filles super laides ! Rien à voir avec le professeur Sanga ou Elizabeth ! Ou même les autres filles ! »

OUAIS ! C’était exactement ça ! Il n’avait pas à rester ! Mais bon… Peut-être qu’il devait un peu… faire le malin ? Comment… faire… Ah… Il avait une idée… Avec ses ailes de coton dans le dos, il prit son élan, une profonde respiration et se leva. C’était le bon moment… Là… Il se sentait prêt à faire des miracles !

« Qu’est-ce que… LILY ! C’est quoi ça ?! » s’écria Alia en désignant une forme qui volait dans le ciel, au-dessus de la falaise.

« Ca… C’est un idiot ! » répondit vivement la jeune fille aux cheveux bleus et à lunettes, se mettant courir à toute allure en direction de l’océan avant de plonger dedans.
Quelques secondes après, elle était déjà en train de nager en direction d’Arnaud, celui-ci rigolant légèrement. Maintenant, même s’il mettait plus de temps à avancer, il arrivait à avancer un peu plus facilement… Oui… Il ne savait pas pourquoi… Mais peut-être parce qu’il voulait montrer à ces filles ce qu’un Tylton savait faire…

« IDIOT ! Tu vas encore tomber dans l’eau ! »

Hein ? Que quoi ? Il baissa la tête, remarquant Lily qui était dans l’eau… et au-dessous de lui. OH NON ! NON ET NON ! NON ! NON NON NON NON ! Il commença à se débattre rapidement, essayant de faire demi-tour, hors de question de retomber dans l’eau ! Hors de question de se noyer ! Hors de question. Mais… Voilà qu’il recommençait déjà à fatiguer… Cette fois-ci, il n’avait pas été plus loin… mais avait stationné plus longtemps dans les airs… Et encore une fois… Il allait tomber dans l’eau. Il s’apprêtait déjà à se noyer mais un puissant jet d’eau alla le frapper en pleine chute, le faisant s’échouer dans le sable alors que des cris fusaient dans tout les sens :

« LILY ! Elle a utilisé ses pouvoirs ! »

« HIIII ! Ca fait depuis quand ça ?! Elle ne les utilise plus réellement pour tout ça ! »

« AH ! Elle a sauvé le garçon qui vole ! C’est Arnaud ?! »

Toutes les filles étaient en liesse alors qu’elle disparaissait dans l’eau, le regard triste et morose. Elle tenta d’essuyer ses lunettes, sachant pertinemment que ça ne servait à rien alors que les filles s’approchaient d’Arnaud. Celui-ci s’était mis à cracher de l’eau avec un peu de sable, toussotant alors qu’il remarquait où il était. AH ! Il était entouré à nouveau par les filles venant de l’océan ! Ca allait très mal se finir cette fois !

« Tu vas bien ? T’as pas trop mal ? »

« Non… Non… Mais où est cette Lily ?! J’ai eu mal quand elle m’a projeté ! »

Il était légèrement en colère mais quand il vit les mines toutes aussi énervées des filles, il préféra faire profil bas. Quelques instants plus tard, la voix d’Alia se fit entendre :

« Lily est repartie dans l’eau ! Elle n’est plus là ! Elle nous a laissées ici ! »

« Ah… Euh… C’est encore… à cause de ça… ? »

Les filles soupirèrent de tristesse alors qu’il ne comprenait pas. Ca ? C’était à cause de quoi ? De quoi est-ce qu’elles parlaient ? Il allait poser la question mais Phoebe dit :

« Jouer avec des petits… jets d’eau… C’est facile… pour tout le monde… de faire trempette et de s’amuser mais ce qu’elle a fait… »

« Mais qu’est-ce qu’elle a fait ?! » s’écria t-il soudainement avec rage.

« Elle a crée une vague de plusieurs mètres de hauteur pour t’atteindre et te ramener sain et sauf sur la plage… même si la projection a été un peu trop forte… » répondit Alia.

« Et alors ? Qu’est-ce qu’il y a de si… étonnant ?! »

« Regarde-nous… Est-ce que tu crois sincèrement que nous sommes capables de faire ça ? Lily est très forte… bien trop pour son âge… Elle est même bien plus forte qu’une bonne partie des grands et des adultes de chez nous… »

« Et alors ? Je ne vois pas le problème ! »

Lily avait parfaitement raison… C’était un idiot… Un parfait idiot… Les unes après les autres, les filles plongeaient dans l’eau, récupérant leurs affaires alors qu’Alia restait en face du jeune garçon. Celui-ci s’était relevé, s’époussetant tandis qu’elle murmurait :

« Le problème ? Je ne pense pas que quelqu’un comme toi pourrait le comprendre. Être plus forte et intelligente que les autres, ce n’est pas très bien… Ca l’est même beaucoup moins. Alors que les autres font des efforts pour devenir plus forts, elle, elle fait des efforts pour devenir moins forte… car sinon, elle blesserait d’autres personnes. Contrairement à toi ou à nous tous, elle a tout d’une future reine… mais ce n’est pas une bonne chose pour elle. »

« JE SUIS AUSSI UN PRINCE MOI ! »

« Désolée de ne pas te croire. Tu l’as forcée à utiliser ses pouvoirs… et ça, c’est bien plus grave que la traiter de moche ou les autres… Moi je m’en vais… »

« Mais mais mais… JE N’AI RIEN FAIT DE MAL ! »

Il regardait la dernière Barpau partir dans l’eau… C’était quoi leurs problèmes ?! Il… Il n’avait rien… rien fait de mal… Rien du tout ! RIEN DU TOUT !

Chapitre 3 : Nos rapports

Chapitre 3 : Nos rapports

« Ben alors ! Pourquoi est-ce que tu ne réponds pas ?! Je suis trop beau pour toi ? »

« Tu seras jamais assez beau ! Et tu sais pourquoi ? Car tu es laid à l’intérieur, c’est tout ! »

« Mon œil ! Je suis le prince des Tyltons ! Un jour, je deviendrai le plus beau garçon de tout mon royaume ! Et je régnerai dessus ! Et tu sais quoi ?! Votre royaume ne vaut rien par rapport au nôtre ! NA ! C’est moi qui le dis ! »

HEY ! Il allait encore recommencer à se battre avec elle ?! Elle était plus forte que lui à ce petit jeu ! Elle tendit une main vers son visage, lui envoyant un jet d’eau qui alla le faire tomber dans le sable. Il se redressa aussitôt, la jeune fille s’écriant :

« Comme ça, ça te rafraîchit les idées ! T’es bête de penser comme ça ! »

« Co… Comment est-ce que tu fais pour faire apparaître de l’eau ?! »

« Euh… Toutes les personnes comme moi en sont capables… HAHAHAHA ! On est capables de quelque chose que tu ne sais pas faire ! »

Elle éclata de rire, tirant la langue alors qu’il serrait les dents. Incapable de faire ? AH ! C’était elle qui disait ça ! Il fit apparaître ses ailes de coton, essayant de voler légèrement au-dessus du sol, y arrivant avec une extrême difficulté.

« Moi, je sais faire ça ! ET TOI, tu ne sais pas faire ça ! »

« De voler ? Tu es sûr de savoir voler ? Moi, je n’y crois pas vraiment ! »

« AH OUAIS ?! Je vais te le montrer ! Je suis capable de voler sur plus de cent mètres ! »

Tsss ! Quel prétentieux ! Mais bon… Elle l’arrêta aussitôt, lui prenant le bras alors qu’il émettait une mine répugnée par le geste de la jeune fille.

« Je peux savoir ce que tu fais ? Ne me touche pas ! Tu vas me salir ! »

« Si tu refais encore un vol comme ça, tu vas finir dans l’eau ! Et cette fois, je n’irai pas te repêcher ! Alors arrête tes bêtises ! »

Il s’immobilisa, fronçant les sourcils en baissant la tête… Cette fille… Elle était comme Pete ! Elle l’empêchait de faire ce qui lui plaisait ! Il était capable de voler ! Il le savait parfaitement alors qu’elle ne lui prenne pas la tête avec ça ! Il retira son bras avec colère, se dirigeant avec la falaise alors qu’elle soupirait.

« T’ES QU’UNE TËTE DE MULE, ARNAUD ! »

« ET TOI T’ES VRAIMENT MOCHE ALORS DEGAGE ! »

HEIN ?! Elle allait le taper ! Elle commença à reproduire de l’eau pour lui jeter cela à la figure mais il s’était déjà trop éloigné ! TSSS ! Elle plongea dans l’océan, sentant qu’elle commençait à fatiguer. Ah… Maintenant, elle était bien mieux… Avec sa queue plongée dans l’eau… Elle observa le jeune garçon qui grimpait au sommet de la falaise… En y réfléchissant bien, c’était quand même très très haut non ? Il n’avait pas peur de se rompre le cou ? Brrrr ! Rien que le fait de le voir lui faisait déjà très peur pour elle.

« TU VAS VOIR CE QUE TU VAS VOIR ! MOI JE SAIS VOLER ! »

« Tu vas encore te faire mal comme avant ! Tu devrais arrêter avant de te casser quelque chose ! Moi, je ne suis pas là pour réparer ! »

Elle disait cela mais elle se faisait quand même du souci pour le jeune garçon. Elle n’était pas du genre à accepter de voir la souffrance devant ses yeux. Pourtant, elle déposa ses mains devant ces derniers alors que le jeune garçon sautait dans le vide, battant des ailes frénétiquement… sans même arriver à faire dix mètres… avant de s’écrouler. Elle poussa un cri terrifié, nageant rapidement vers lui jusqu’à ressortir de l’eau.

« Tu t’es fait mal, Arnaud quand même ? »

« Non ! J’ai l’air d’aller très bien ! En plus d’être moche, t’es vraiment stupide comme fille ! T’es vraiment bête ! Et t’es laide ! T’as rien pour toi ! Aie, aie, aie… »

Elle lui donna un coup de poing dans la jambe droite, lui faisant arracher un nouveau cri de douleur alors qu’il se roulait au sol. Il tenta de se relever mais s’écroula dans le sable, recommençant à gémir tout en s’écriant :

« Pourquoi est-ce que tu as fait ça ?! Ca fait super mal ! J’ai mal ! »

« Car tu n’es qu’un idiot ! Tu vois bien que tu te fais mal et tu continues ! »

« Et alors ?! Ca ne te concerne pas ! La moche la moche la moche ! »

GRRRR ! Il lui tapait sur les nerfs ! ASSEZ ! Elle lui donna une violente claque au visage. Des morceaux de peau tombèrent en même temps, Arnaud reculant à toute vitesse en voyant ces derniers. Il fit une mine dégoûtée en disant :

« Et en plus, c’est dégueulasse ! Tu me frappes et tu me laisses ça sur moi ! BEURK ! »

« Mais c’est normal ! Ca arrive à tout le monde chez moi ! »

« C’est vous qui êtes pas normaux ! Moi, je m’en vais ! Et merci bien pour le pendentif mais je veux plus te voir ! Si les gens de mon royaume apprennent que j’ai vu et même été touché par un monstre comme toi, ils vont tous se moquer de moi ! Père et Mère m’en voudront beaucoup et ça, je ne veux pas ! »

« Euh… D’accord ! Et arrête de m’insulter ! Tu m’énerves à ça ! PFFFF ! Moi aussi, je retourne chez moi, tiens ! Et je ne veux plus te revoir ! »

Elle tira la langue une nouvelle fois, se dirigeant vers l’océan avant d’y plonger. Voilà ! Elle retournait dans l’eau, observant Arnaud qui partait de son côté. Une bonne chose de faite ! Elle n’aimait pas les personnes comme lui ! Aucun respect des autres enfants !

« Prince Arnaud ? Vous êtes déjà de retour ? Ca ne fait que quarante-cinq minutes ! »

« Chuuutttt, Pete ! Regarde ce que j’ai… »

Le jeune garçon aux cheveux bleus retira le pendentif de son haut, le montrant aux yeux du garçon aux cheveux violets. Celui-ci poussa un petit cri de surprise mais vite étouffé par la main d’Arnaud pour lui dire de se taire. Le jeune garçon reprit :

« Tais-toi mais chut ! Ils ne doivent pas être au courant ! »

« Au courant de quoi, jeune prince ? » alla dire une voix féminine derrière eux.

Ils se retournèrent aussitôt, se retrouvant devant une femme d’une trentaine d’années aux cheveux blonds. Ses habits étaient d’un jaune magnifique alors que ses cheveux étaient sous la forme d’une frange. Elle avait quelques livres à la main et était aussi élégante que les autres personnes de son royaume, des morceaux de coton blanc étant attachés tout autour de son corps pour lui donner une belle allure.

« Professeur… Professeur Sanga… Bon… Bonjour… Moi et Pete, on ne parlait de rien ! De rien du tout ! Je vous le jure ! On ne parlait pas du tout de quelque chose ! »

« Vous mentez, prince Arnaud, cela se lit sur votre visage comme sur vos lèvres. »

« Beuh… Je vous le jure pourtant ! Je le jure sur la tête de Pete ! »

« HEY ! Prince ! Ne jurez pas sur moi ! Sinon, je vais plus avoir ma tête ! » s’écria le jeune garçon aux cheveux violets en se cachant le visage avec ses deux mains.

« Hahaha ! Pete, veuillez nous laisser seuls avec le prince, j’ai besoin de lui parler en privé. » dit la femme aux cheveux blonds.

« Mais je vous le promet ! Je n’ai vraiment rien de rien fait ! RIEN DU TOUT ! » cria à son tour Arnaud avant de commencer à s’enfuir… Du moins, essayer… Puisque la femme le tenait par le bras en lui faisant un grand sourire.

« Cela fait plusieurs fois que vous me le dites, cher prince Arnaud… Pete, veuillez partir. Nous allons parler des cours de chant avec le prince. »

Ah… Ce n’était que ça ? Il poussa un profond soupir de soulagement, se disant qu’il était tiré d’affaire pour l’instant. Mais devant le sourire du professeur, il remarqua que c’était loin d’être gagné. Pete l’observa quelques instants, faisant une petite moue attristée :

« Je dois vraiment partir ? Le prince… Je ne peux pas rester avec lui ? »

« Malheureusement… Non… Même si il est vrai qu’au niveau des cours de chant, tu devrais faire quelques efforts car à part le vol… »

« Je le sais très bien ! AH ! Expliquez-lui que je ne suis doué qu’en ça ! Et que lui est très fort partout à côté ! Enfin, surtout au chant ! Car il manque beaucoup d’estime de lui ! » dit Pete avant de s’éloigner d’eux deux en courant, saluant le prince.

« Et bien… Maintenant… Prince ? Que diriez-vous de faire quelques pas avec moi si vous le voulez bien ? » demanda Sanga en retirant sa main du bras du jeune garçon.

« Euh… Je n’ai pas le choix… Je crois… non ? »

« Vous n’avez pas le choix, c’est exact. » répondit la femme aux cheveux blonds en rigolant.

« Bon ben… Je vous suis, professeur Sanga. »

Il n’avait pas le choix… Donc au final… La femme prit les devants, le jeune garçon se mettant à marcher à côté d’elle. Pendant plusieurs minutes, elle ne dit rien du tout, l’emmenant à ce qui ressemblait à un magnifique jardin interne.

« Veuillez vous asseoir, prince Arnaud. » dit-elle en indiquant un banc, le jeune garçon s’exécutant tandis que la femme reprenait : « Ainsi, j’aimerai vous parler des cours de chant… ou plutôt de ce que vous êtes… comme élève. »

« Je ne suis plus bon ? C’est ça ? Je ferai des efforts ! C’est la seule matière où j’arrive ! Je ne veux pas être nul là-dedans aussi ! »

« Mais non… Mais non… Je suis là pour vous demander si vous voulez faire partie de la petite chorale… Je vous l’ai déjà proposé plusieurs fois mais… »

« Mais non ! Je ne veux pas ! Je vais être ridicule ! Y a que les filles qui vont dedans ! Et je ne suis pas une fille moi ! Je suis un garçon ! »

« Et alors ? En quoi est-ce un problème ? Les garçons font de très bons chanteurs. Tu as une voix très belle, qui n’a pas encore muée… Et lorsqu’elle muera, cela sera encore plus merveilleux… S’il vous plaît… Prince… »

« Non, non et non ! Je ne veux pas ! Ne me forcez pas, professeur ! »

« Je ne veux pas te forcer… Mais j’ai demandé l’autorisation à vos parents… Et ils sont d’accord… Ils seraient ravis de vous voir dans la chorale. »

AH ! Elle venait de toucher un point très sensible. Il alla la regarder avec un peu d’effarement… se demandant si son professeur blaguait ou non. Visiblement, ce n’était pas le cas… Ses parents… seraient fiers ?

« Je ne sais pas trop… Je ne veux pas… Et puis… Les autres garçons se moqueront de moi… Je ne veux pas… La chorale… C’est bête ! »

« Vous verrez que vous n’êtes pas le seul garçon à faire partie de la chorale… Et puis… Maintenant… Que vous y réfléchissez… Est-ce que je peux vous parler d’autre chose ? Cela concerne… l’odeur qui émane de vous… Comment cela se fait-il que vous avez l’odeur de Barpau sur vos vêtements ? »

L’odeur de Barpau ? Il la regarda avec étonnement, ne comprenant pas tout de suite ce qu’elle voulait dire avant de saisir… Elle connaissait les monstres ?!

« Lily ! Tu étais passée où toute la journée ? On te cherchait pour s’amuser avec nous ! »

« Euh et bien… J’étais encore entre le premier plafond et le second… Je devais aller faire quelque chose… Puis euh… Voilà quoi ! Dites… Vous ne voulez pas que l’on marche normalement ? Enfin… Avec des pieds ? »

« Euh… Si tu veux… Mais c’est bizarre que tu demandes ça… »

Les filles avaient accepté sa demande… tant mieux… Chacune fit apparaître ses pieds, les unes après les autres tandis qu’elle terminait la transformation. Voilà… Elles étaient cinq ou six jeunes filles de huit à dix ans… Et elles étaient pieds nus… en train de nager dans l’eau… Ou du moins d’essayer. Chacune avait des difficultés tandis que bizarrement, elle-même ne semblait pas avoir tant de mal que ça.

« C’est de la triche, Lily ! Pourquoi est-ce que tu veux que l’on nage comme ça ?! »

« C’est vrai ! Ce n’est pas drôle ! Tu es la seule à savoir nager de cette manière avec les pieds ! Puis ce n’est pas drôle toute façon ! »

« C’est si on doit aller… Euh… Non rien du tout… On reprend nos queues de Barpau alors si ça vous dérange trop ! » dit-elle en regardant les autres qui peinaient.

Elle avait presque annoncé qu’elle voulait tenter de marcher normalement sur le sable… entre les deux plafonds… Mais bon… Ce n’était pas pour le jeune garçon ! AH NON ! Elle le détestait lui ! C’était vraiment un sale garçon ! Et il n’était vraiment pas beau de l’intérieur !

« Pourquoi est-ce que tu as voulu qu’on prenne des pieds, Lily ? Normalement, y a pas beaucoup de personnes qui font ça de toute façon. »

« Euh… C’était simplement pour voir ce que ça faisait ! Vous savez, je suis sûre qu’on peut réussir à marcher normalement si on essaie tous ! »

« Mais pourquoi qu’on devrait essayer ? Je vois pas en quoi c’est drôle ! »

« Oui… C’est vrai… Pardon… »

Elle était bizarre, Lily… C’était la remarque qui passait dans le creux des oreilles de chaque fille, même son amie Alia constatant la même chose. Plusieurs minutes passèrent, les filles s’amusant entre elles, Lily lisant de son côté… Oui… Elle était en train de lire dans l’eau car les livres et l’encre utilisée étaient imperméables à l’eau… Donc impossible de les mouiller !

« Voilà que le rat de bibliothèque s’est remis au travail. Tu ne veux pas jouer avec nous, Lily ? On cherche des coquillages, on trouve ça très drôle. »

« Euh… Je lis un peu… Et ensuite, je viens m’amuser avec vous ! Je vous le promets ! »

Elle disait cela bien qu’elle n’était pas très convaincante… Elle était plongée dans son livre… et il était impossible de la retirer de ce dernier. Pourquoi ? Car elle avait essayé de trouver des informations sur les deux différents plafonds… Et surtout sur les Tyltons… Mais rien de rien… Elle ne trouvait rien du tout. Peut-être qu’elle pourrait demander discrètement à ses parents ? Pour l’heure… Elle referma son livre, le déposant sur un banc fait de corail rouge avant de se mettre à nager vers les autres filles pour s’amuser avec elles.

« Papa… Maman… Nous… On est bien des Barpau ? »

« Bien sûr ma fille… Pourquoi une telle question ? » répondit le père alors qu’ils terminaient de manger comme à leur habitude.

« Euh… Est-ce qu’ils existent d’autres Barpau ? Mais ailleurs… Pas ici ! Ou alors, d’autres personnes qui ne sont pas des Barpau ? »

« Hum… Je dois y réfléchir… Je ne sais pas quoi répondre. » dit le père une nouvelle fois, son visage camouflé se tournant vers sa femme comme pour attendre une approbation. Plusieurs secondes passèrent mais elle hocha la tête d’un air négatif tandis que le père reprenait d’une voix désolée : « Malheureusement, je ne crois pas qu’il existe d’autres peuples, ma fille. »

« Alors… C’est quoi un Tylton ? Car j’ai vu un nom comme ça dans les livres… »

« Un Tylton ? Dans un livre ? Lequel ? » demanda rapidement le père en se levant de sa chaise, Lily tremblant subitement sur le coup.

Est-ce qu’elle avait dit une bêtise ? Une idiotie ? Pourtant… Elle avait tout fait pour ne pas paraître suspicieuse… Et maintenant, qu’est-ce qu’elle devait faire ? Elle n’allait quand même pas dire la vérité, non ? C’était… très dangereux… et puis son père n’avait pas pour habitude de se comporter comme ça… Enfin… Ce n’était pas son genre.

« Bon… Ca ne fait rien… Mais s’il te plaît, ma fille… Ne lis plus ce genre de livres… Ce ne sont que des mensonges… Il ne faut pas se fixer cette idée… »

« Euh… Oui… Mais Papa… Est-ce qu’ils existent vraiment ? Car ils parlent de coton tout doux… et qu’ils vivent entre les deux plafonds… »

« Je crois que tu as passé trop de temps entre les deux plafonds justement, Lily. Ton père a raison… Tu devrais oublier tout ça. »

Mais elle ne voulait pas oublier ! Elle fit une petite mine boudeuse, croisant les bras sans terminer de manger. Elle resta ainsi pendant plusieurs secondes, sa mère poussant un soupir de dépit alors qu’elle ne disait plus aucun mot. Lorsque son père quitta la pièce, sa mère alla murmurer d’une voix douce :

« Ne t’en fais pas donc pas pour cela… Les Tyltons existent vraiment… Sauf… Qu’il vaut mieux ne pas trop en parler… »

« Alors ils existent ?! C’est vrai ?! Parce que, j’ai… »

Parce qu’elle… Qu’elle quoi ? Sa mère s’était tournée vers elle, attendant que la jeune fille continue et dise le fond de ses pensées… Mais rien ne vient. Lily se leva de sa chaise, remerciant sa mère de lui avoir dit la vérité avant de quitter la pièce. La femme repoussa un léger soupir mais amusé cette fois-ci… Vraiment… Sa fille était spéciale.

« Je vous le promets ! Je n’ai pas d’odeur de Barpau sur moi ! Et c’est quoi à la base, une odeur de Barpau ? Et puis pourquoi vous me dites ça ?! »

« Hum… Car vous avez des marques sur la joue… Et puis… Il semblerait que vous vous soyez un peu trop rapproché de l’eau de la plage… »

Mais non ! Il n’avait rien fait de tout ça ! Il n’était pas bête au point d’aller trop près de la plage ! Il n’était pas comme ça ! Non, non et non ! Pourquoi est-ce qu’il ferait ça ?! Brrr ! Et puis…. Comment est-ce qu’elle savait ça ?!

« Vous ne pouvez pas me mentir, prince Arnaud… Mais on va faire un pacte… Vous venez dans ma chorale… et je ne dirai rien au sujet des Barpau… »

« Mais je vous le jure que… »

Elle posa un doigt sur ses lèvres pour lui dire de se taire, rigolant légèrement. L’attitude de son professeur était assez étonnante, il devait reconnaître. Puis bon… C’est quand même… Et il n’avait rien… Enfin… Si ! Mais… Mais mais non !

« C’est bien… Vous devenez plus sage, prince Arnaud. Ne vous souciez pas de ça… Je serais muette comme une tombe. »

« Mais… Mais… Vous me le promettez ? Je ne veux pas… Que Père et Mère… soient au courant… Il y avait bien une Barpau… Mais elle était vraiment laide… »

« Il vaut mieux en parler ailleurs… Si vous voulez bien en discuter… Ou alors, si vous préférez lire discrètement… Vous pourriez aller prendre ces livres… »

Elle sortit un petit bloc-notes ainsi qu’une plume de coton. Au bout de celle-ci, une sorte de liquide noir suintait. Elle commença à écrire sur une page du bloc-notes, griffonnant dessus à toute hâte avant de déchirer la page.

« Prenez ceci… Et allez lire un peu… Je suis sûre que cela vous plaira… Mais dès demain, je veux vous voir à la chorale, d’accord ? »

« Je … Je… Euh… Oui… Professeur Sanga… Je vous en remercie vraiment beaucoup. »

Il alla prendre sa main, la baisant avec respect comme on le lui avait appris dans son code de bonne manière. Il alla rougir faiblement, la femme souriant à nouveau. Soit… Alors qu’attendait-il pour partir au plus tôt ? Le jeune garçon s’éloignait déjà tandis qu’elle reprenait sur le même ton qu’auparavant :

« Je vous attendrai dès demain avec impatience à la chorale, prince Arnaud. Je suis sûre que tout le monde sera ravi de vous savoir parmi nous. »

« Euh… Oui… Oui… Je dois m’en aller maintenant ! »

Il se mit à courir, gêné comme à son habitude alors qu’il parlait avec le professeur Sanga… Elle était vraiment si gentille… et belle… Contrairement à cette fillette horrible !

« Prince Arnaud ? Que faites-vous donc dans la bibliothèque royale ? »

« Euh… De la documentation… Enfin… Je suis venu prendre quelques livres ! » répondit-il à une dame dont l’âge n’avait pas pourtant altéré sa beauté naturelle… Oui… Même les personnes de cet âge… étaient encore belles… La vieille femme prit le morceau de papier que tenait le jeune garçon, le lisant plusieurs fois derrière ses lunettes avant de se lever de son fauteuil désignant du doigt une rangée de livres.

« Voilà où se trouve la majorité des livres que vous recherchez, mon prince… Ils sont normalement localisés à la quatrième et troisième rangée… Donc vous ne devriez pas avoir besoin de voler pour atteindre ces livres… Pour le dernier livre, vous le trouverez dans une autre rangée… Je vais demander à ce que l’on le vous ramène mais… Pardonnez ma curiosité, prince Arnaud… Mais pourquoi vous intéressez-vous aux légendes et histoires de notre peuple ? Enfin… Je veux dire maintenant… »

« Euh… Euh… Je ne peux pas vraiment le dire… Pardon ! »

Il s’éloigna aussi vite qu’il était venu, se dirigeant vers la rangée de livres que la vieille femme lui avait montrée. Bon… Alors… Euh… Euh… Ces livres-là… Puis aussi… Ceux là… Ca en faisait déjà cinq… voir six… HEY ! Combien est-ce qu’il allait prendre de livres ?! Il retourna vers la bibliothécaire, celle-ci ayant un autre livre en main… Deux fois plus épais… que ceux qu’il avait en main. ARGGG !

« Ca fait vraiment beaucoup de lecture… Je ne pensais pas qu’il y en avait autant… »

« J’avoue que cela m’étonne de vous… prince Arnaud. Mais je suis sûre que cela sera très enrichissant pour votre savoir. Un jour, vous régnerez sur notre royaume, il est donc normal que vous soyez cultivé, discipliné pour être un bon roi. »

« Je vais faire de mon mieux… Mais il faudrait déjà que mes parents me voient… »

« Ne dites pas cela mon prince… Vous existez… Puisque vous êtes devant moi. »

Ah… Ce n’était pas forcément ça qu’il voulait ! Il remercia la vieille femme, ayant du mal à prendre les nombreux livres qu’il avait mis dans un sachet. Pfiou… C’était vraiment beaucoup trop… Jamais il ne pourrait lire tout ça… Il n’allait même pas réussir à terminer un seul livre de toute façon ! Dans sa chambre, il se coucha dans son lit qui devait bien être quatre à cinq fois plus grand que lui, prenant un livre au hasard avant de lire ce qu’il y avait sur la couverture. Il murmura pour lui-même :

« Laideur et Beauté… Leurs différences… »

Cela semblait être un livre sur ce que les grandes personnes appelaient la mode… Pas vraiment son genre… En y réfléchissant bien… Mais bon… Il n’avait pas vraiment le choix… Il devait faire plaisir au professeur Sanga… Il aimait bien quand elle était gentille et le complimentait héhéhé… Bon… Il devait se forcer ! Il ouvrit le livre, se couchant sur le ventre sur le lit avant de commencer à lire… Alors… Ca racontait quoi… Ah… Les critères de beauté chez son peuple ? Comme la douceur du coton, l’amplitude des ailes… Les cheveux aussi… Et la peau ? Waouh… C’était pas simple tout ça !

« Mais où est-ce qu’elle va ? On la suit discrètement… D’accord Alia ? »

La petite fille aux cheveux orange hocha la tête pour accepter la proposition des autres filles tandis qu’à environ cinquante voir cent mètres d’elles, Lily était en train de nager. Elle semblait se diriger… vers le premier plafond ? Quelques minutes plus tard, la jeune fille à lunettes sortait la tête de l’eau, se retrouvant aux abords de la plage.

« Pas là ? Il n’est pas venu ? Comment ça se fait ? Ah… Peut-être qu’il ne veut pas venir… »

Cela s’expliquait aussi… puisque le jeune garçon et elle s’étaient quand même violemment disputés… Ils n’étaient même pas amis… Mais bon… Sa mère lui avait dit que les Tyltons existaient réellement… Alors donc… Les autres personnes du royaume des Barpau étaient peut-être au courant ? Elle devait les interroger.

« Bon ben… Je pensais qu’il serait là… Ca serait drôle de le voir tomber… Enfin… Non… Ca ne serait pas drôle ! Faut pas se moquer de ceux qui ont du mal. »

« LILYYYYY ! Tu parles toute seule maintenant ? »

« HIIIIIIIIIII ! » s’écria la jeune fille, faisant tomber ses lunettes dans l’eau par surprise alors que plusieurs têtes sortaient de celle-ci dont celle d’Alia. Elle reprit avec un peu de peur : « Qu’est-ce que vous faites ici ?! »

« Héhéhéhé ! On voulait voir ce que tu faisais surtout TOI ! Tu ne viens plus jouer avec nous depuis deux ou trois jours… On dirait que tu vas voir quelqu’un. C’est qui ? C’est qui ? C’est un garçon ? Il est comment ? Tu es amoureuse ? Tu nous le présentes ! »

« Vous êtes bêtes ! Ce n’est pas un garçon ! Et ce n’est rien du tout ! Vous feriez mieux de partir car vous n’avez pas l’autorisation normalement ! »

« Si on est avec toi, nos parents ne nous diront rien ! C’est pour ça que tu voulais que l’on marche ? Pour qu’on puisse aller sur le sable ? »

Elle hocha la tête d’un air négatif alors que chaque fille rigolait en même temps que les autres. Elle poussa un petit soupir, s’approchant du rebord de la plage avant de transformer sa queue de Barpau en petites jambes avec des pieds au bout. Elle s’était mise à marcher avec difficulté, les autres filles s’exclamant :

« MAIS MAIS MAIS… Attends-nous Lily ! »

« C’est pas drôle ! Tu sais marcher comme ça toi ! Nous, on n’y arrive pas ! »

« Je sais pas très bien marcher, moi ! Vous dites n’importe quoi ! J’ai du mal à marcher ! » s’écria la jeune fille aux cheveux bleus avant de s’écraser dans le sable.

Voilà que de nouveaux rires fusaient dans tout les sens, Lily retirant le sable de ses lunettes et de ses cheveux. C’était bizarre… de sortir… et de marcher… Mais bon… Même si ce n’était que pour quelques minutes, cela leur changeait… de leurs habituelles nages sous le premier plafond. Elle fut rejointe par les autres après quelques instants.

« Vous voulez de l’aide, les filles ? On devrait toutes se tenir la main pour éviter de tomber… Comme ça, on se tient toutes les unes par rapport aux autres. » dit-elle en regardant Alia qui peinait à rester debout. Pour une fois, elle était plus douée que les autres… Même si ce n’était que sur un domaine dont tout le monde se fichait royalement dans son royaume.

« Une… Deux… On marche toutes en même temps ! Ca sera plus simple ! »

Toutes les filles levèrent le pied droit ensemble, le posant en avant en même temps avant de faire pareil avec le pied gauche. C’était un exercice difficile, presque militaire mais elles s’amusaient d’un rien. Le problème était que si l’une d’entre elles échouait dans sa manœuvre, toutes tombaient dans le sable. Mais bon… Elles rigolaient quand cela arrivait.

Elle avait complètement oublié Arnaud… Et ce n’était pas plus mal… Avoir ses amies avec elle était déjà très important… Et c’était tout ce qui lui importait au fond… Après cinq à dix minutes, Alia commençait à avoir quelques gouttes de sueur, annonçant qu’elle avait la tête qui tournait. Tout de suite, elle annonça :

« On va retourner dans l’eau ! Normalement, on ne doit pas rester trop longtemps en-dehors ! Car il faut que nos corps soient…. Euh… Euh… hydratifiés… je crois… Ou hydratés ! Oui ! C’est comme ça que ça s’appelle ! Il faut que nous allions dans l’eau maintenant ! Rosa, Phoebe, vous voulez bien m’aider ? »

Oui ! Elle ne jouait pas à la petite cheffe mais toutes savaient qu’elle était la plus intelligente de toutes… malgré ses lunettes et son corps disgracieux. Deux filles aux cheveux verts et rouges allèrent porter Alia avec Lily, l’emmenant dans l’eau.
Elles allèrent arroser le visage d’Alia, celle-ci toussant un peu avant de se mettre à rire alors que les autres plongeaient dans l’eau, reprenant leurs queues de poisson. Toutes se tournèrent vers Lily, annonçant avec joie :

« C’était vraiment super ! Pourquoi est-ce qu’on n’y a jamais pensé avant ? Et puis, il n’y a personne ici ! Et on est tranquilles ! On retournera s’amuser là, Lily ? »

« Pourquoi pas ? Mais faudra faire attention ! Nos parents ne doivent pas savoir ça ! Je ne crois pas qu’ils aimeraient qu’on aille marcher au-dessus du premier plafond ! Et puis… On prendra des bouteilles d’eau et toutes ces choses ! Comme ça, on pourra rester plus longtemps dehors si on s’arrose un peu les jambes, vous en pensez quoi ? » demanda t-elle alors qu’elle plongeait à son tour dans l’eau, rejointe par Rosa et Phoebe, Alia étant la dernière.

« Vraiment trop bien ! Ca sera notre secret à nous toutes ! Mais… On va devoir retourner à l’école… On aura plus le temps… » dit l’une des autres filles présentes.

« On ira bien lorsqu’on aura pas école. » rétorqua Lily avec joie.


C’était vraiment une bonne idée… Et puis… Elle voulait voir ce qu’Arnaud allait penser de tout ça… S’il revenait un jour ici… A plusieurs contre lui, elle était sûre qu’il n’oserait pas les critiquer… Sauf si il était fou… C’était peut-être le cas… Ah… Les unes après les autres, les petites Barpau allèrent s’enfoncer dans l’eau, disparaissant dans les profondeurs de l’océan dont elles étaient issues. Un autre jour… Peut-être.

Chapitre 2 : Dégoût

Chapitre 2 : Dégoût

« C’est joli… C’est quoi, Lily ? »

« C’est un pendentif… Il était accroché à un corail quand je suis rentrée de ma petite excursion entre les deux plafonds. » dit la jeune fille alors qu’elle avait un pendentif accroché autour du cou.

« Tu as réussi à l’ouvrir ? » demanda une autre fille qui la regardait.

« Non ! Non ! Enfin, il se fait tard ! Je dois aller dormir moi ! Merci d’avoir attendu que je revienne mais je suis fatiguée… J’ai vraiment sommeil. »

Elle s’éloigna avec rapidité, les autres filles ne comprenant pas pourquoi elle réagissait ainsi alors qu’elle mettait le maximum de distance entre elle et les autres. Elle ne semblait pas rentrer chez elle… mais plutôt… essayer d’aller dans un coin tranquille. Quand elle vit qu’il n’y avait plus personne autour d’elle, elle décida d’ouvrir le pendentif, laissant apparaître une photo derrière un morceau de verre pour le protéger de la pluie. Sur cette photo se trouvait le jeune garçon, habillé dans une tenue chic alors qu’il croisait les bras en faisant une mine légèrement boudeuse. C’était assez drôle en y réfléchissant bien… Mais ce n’était pas ça le plus important… C’était le fait qu’elle avait récupéré le pendentif.

« Et qu’est-ce que je vais en faire maintenant ? Je ne vais quand même pas le ramener… »

Et pourquoi pas ? Par contre… Ses parents n’allaient sûrement pas être d’accord… Là… Elle en était même plus que sûre ! Et puis, il y avait aussi l’école où elle devait aller avant… Peut-être qu’elle pourrait y retourner quand même demain ? Pourquoi pas ? Ce n’était pas une mauvaise idée, elle en était sûre.

« J’irai demain après les cours ! Mais toute seule car sinon maman et papa risquent de se mettre très en colère… Je ne veux surtout pas ça ! » se dit-elle à elle-même avant de retourner vers l’endroit où elle habitait.

Pendant toute la soirée, elle pensait au pendentif et au jeune garçon qui s’y trouvait à l’intérieur. C’était bête… Mais elle était intéressée par l’histoire du jeune garçon. Comment cela se faisait-il qu’il avait ce pendentif ? Enfin, comment faisait-il pour vivre aussi longtemps au-dessus du premier plafond ?

« Hey ! Mais il s’appelle Arnaud ! J’ai entendu son nom ! »

« Hum ? De quoi parles-tu ma chérie ? Qui est cet Arnaud ? » demanda sa mère, toujours emmitouflée dans sa robe blanche qui cachait la majorité de son corps et de son visage… Comme son père… Mais bon… Le problème n’était pas de voir leurs visages mais plutôt de ce qu’elle venait dire à voix haute. Elle bafouilla :

« Euh, ce n’est pas très grave maman… C’est juste quelqu’un… »

« Tiens donc… Mon enfant serait-elle déjà en train de tomber sous le charme d’un jeune garçon ? N’est-ce pas un peu jeune et prématuré de ta part ? »

« Papa ! Tu racontes n’importe quoi ! Tu sais très bien que je ne suis pas comme ça ! » s’écria la petite fille en retirant ses lunettes, essayant de les nettoyer bien que cela était complètement ridicule lorsqu’on se trouvait sous l’océan.

« Hum… Je vais devoir me méfier… Les enfants grandissent trop vite. »

« Je ne vous le fait pas dire mon cher… Mais qu’importe… Tu pourras nous le présenter quand tu le veux, Lily. Ce n’est pas un problème pour nous. »

« Vous dites n’importe quoi ! J’ai plus faim ! » s’écria à nouveau Lily avant de se lever de table, quittant celle-ci pour se diriger vers sa chambre.

« Ah… Qu’elle est charmante quand elle se met dans cet état… J’avais peur qu’elle ne passe sa vie dans les livres… Je suis heureux de savoir qu’elle s’intéresse à d’autres choses. »

« Elle a quand même des amies, il ne faut pas l’oublier. Elle ne vit pas recluse… Et même si ses questions sont parfois assez gênantes, nous ne pouvons nier qu’elle semble avoir une capacité d’apprentissage dépassant toutes celles connues actuellement depuis des générations. Je pense qu’elle fera une très grande reine, juste et intelligente… Capable de savoir ce qui est bon comme ce qui est mauvais… Qu’en pensez-vous ma chère ? »

« Il faut déjà qu’elle arrive à surmonter le physique dont elle est affublée… Mais elle l’accepte très bien… Normalement, la famille royale ne tarde pas à montrer de très beaux enfants mais dans le cas de notre petite Lily, il est vrai qu’elle est assez disgracieuse… Comme le sont nos citoyens… Mais ce n’est guère un problème, n’est-il pas ? »

« Nullement… Puisqu’elle ne se soucie guère de son apparence, ce qui est une grande qualité pour notre peuple… Néanmoins, ces lunettes ne sont guère à son avantage. »

« Veuillez me pardonner ma mie… Cela est en partie de ma faute… Je ne pensais pas qu’elle irait dans cette salle… Depuis, elle ne cesse de les porter… Cela est étrange en soi… Qu’elle ait besoin de porter des lunettes aussi épaisses… Et surtout venant de ce peuple. »

« Mon mari… Veuillez ne plus parler de ce peuple. Je ne le déteste guère mais nous ne pourrons jamais nous entendre avec eux… Nous sommes si différents… »

L’homme se confondit en excuses, inclinant plusieurs fois la tête avant de prendre la manche droite de la femme. Elle la releva, faisant apparaître une main gracieuse dans un gant blanc. Il embrassait le gant alors que la voix de la femme reprenait :

« Ne vous en faites donc pas, je ne vous en veux guère. J’aimerai simplement que notre enfant arrête d’aller… aussi souvent à la surface. Ce n’est guère une bonne chose. »

« Mais devant son regard si tendre, nous ne pouvons refuser… Elle est trop mignonne pour ça, ma chère. » répondit l’homme avant de retirer ses lèvres du gant blanc.

Ils étaient parfaitement d’accord sur ce point. Ils ne pouvaient pas interdire à Lily, leur enfant, d’aller à la surface… Mais ils ne cautionnaient pas ses gestes. Elle ne devait pas commettre de bêtises à la surface… Surtout que celle-ci était très dangereuse pour elle… qui n’y connaissait rien… Elle avait tant de choses à apprendre à ce sujet.

« Prince Arnaud ! Vous ne comptez quand même pas retourner sur la plage des monstres, hein ? Pas dès le matin ! »

« Mais chut ! Tais-toi un peu, Pete ! Je ne veux pas réveiller mes parents ! »

Le jeune garçon s’était déjà habillé, portant la même tenue qu’hier. L’idée était simple : Retrouver son pendentif avant que ses parents ne le découvrent. Il ne voulait pas avoir de problèmes ! Il quitta rapidement la demeure, n’écoutant pas les suppliques de son serviteur avant de se diriger vers la plage.

« Pourquoi est-ce que vous faites ça ? Il ne faut pas ! Les monstres risqueraient de nous attraper et de nous emmener dans l’eau ! On risquerait d’avoir de très gros problèmes ! »

« Oh, tu peux partir si tu le veux mais si mes parents apprennent que j’ai perdu le pendentif avec ma photo, ils vont m’en vouloir ! »

« Votre pendentif ?! Celui que vous avez reçu pour votre huitième anniversaire ?! »

« Oui, oui ! Pas besoin de crier ! Je ne suis pas sourd ! Tu viens m’aider ou pas ? »

De toute façon, est-ce qu’il avait le choix ? Pas vraiment… Pete poussa un soupir, haussant les épaules avant de se mettre à chercher dans le sable à son tour. Mais… Attendez un peu… Hier… Avant qu’il n’arrive vers le prince, celui-ci avait crié une étrange phrase…

« Prince Arnaud… Est-ce que vous n’auriez pas donné votre pendentif à quelqu’un ? »

« Comment ça, quelqu’un ? Qu’est-ce que tu veux dire par là ? Tu crois vraiment que je serai capable de donner le cadeau de mes parents à un inconnu ? »

« Peut-être pas donné… mais volé ? Vous avez crié quelque chose hier et donc je… »

« Il n’y a rien du tout ! Tu as dû entendre des voix hier ! Cherche avec moi au lieu ! »

Oui, oui ! C’était bon… Ca n’avait été que des paroles comme ça… Rien de bien concret non plus hein ? Enfin… Si le prince était en colère, c’est qu’il cachait quelque chose… Peut-être qu’il avait été réellement sauvé par un monstre ? Mais non… Les monstres n’étaient pas là pour les sauver… mais les dévorer… C’était dans l’ordre même des choses !

Après une bonne heure de fouilles qui se solda par un cuisant mais certain échec, les deux garçons se mirent assis dans le sable. Arnaud observa la mer, ne parlant pas du tout tandis que Pete regardait autour de lui, recherchant avec moins d’insistance.

« Tu ferais mieux de rentrer, Pete… Mes parents se fichent pas mal de l’endroit où je suis… Et je vais aller chercher encore un peu… »

« Je ne vais pas vous laisser seul ici, prince Arnaud ! Déjà hier… Et puis, il faut vous préparer pour les prochaines épreuves qui auront lieu demain et après-demain ! »

« Ca attendra… S’il te plaît… Je peux rester seul pour chercher ? C’est de ma faute… »

« Je ne veux pas vous laisser… seul… Prince… Mais si vous le prenez comme ça… Je reviens vous chercher dans une heure et je dirai que je ne sais pas où vous êtes si on me pose la question, d’accord ? » dit Pete en le regardant dans ses yeux bleus.

« Merci beaucoup, Pete ! Je vais recommencer à chercher tout de suite ! »

Le jeune garçon s’éloigna sans un mot, s’envolant peu à peu en faisant apparaître ses ailes dans son dos. Il jeta un dernier regard à Arnaud avant de l’abandonner à sa lourde tâche. Le prince passa une main dans ses cheveux bleus, émettant un petit sourire avant de se dire :

« Je ne devrai pas rigoler… Ce n’est pas drôle du tout… Je fais comment moi ? »

Il s’approcha de l’eau, trempant ses pieds dedans avant de les retirer. Elle était sacrément froide ! Et qu’est-ce qu’il devait faire ? Il n’allait quand même pas nager… Et puis… Le monstre… C’était une monstre hier, non ?

« Elle avait une voix de fille… Donc c’est une monstresse… Même pas sûr que ça se dit comme ça pour dire que c’est un monstre fille ! »

Pffff ! Il n’allait pas pouvoir faire grand-chose ! Ca l’embêtait beaucoup ! HEY ! Peut-être que c’était dans l’eau mais tout près ? Enfin… Sur le bord de l’eau ? Il alla se pencher en avant, commençant à chercher à nouveau mais dans l’eau.

« J’espère que je vais le retrouver… Je ne veux pas que père et mère se mettent en colère… Déjà qu’ils ne me parlent pas beaucoup… »

Il ne voulait surtout pas que les seuls mots qu’ils iraient lui dire, ce soit : « Monte dans ta chambre et interdiction de sortir ! » Il ne voulait surtout pas ça… Il en avait assez de ne pas pouvoir leur parler… Pfff…

« Je ferai mieux d’arrêter de chercher… Il faudrait que le monstre revienne… Et je n’ai pas du tout envie qu’il revienne… Il me fait peur avec ses yeux globuleux… »

Oh oui… Des yeux horribles et violets ! Ou bleus ? Enfin ! Il s’en fichait pas mal ! Tout ce qu’il savait, c’est qu’il était vraiment affreux ! Plus que moche ! Plus que laid ! Il prit un galet dans le sable, l’envoyant au loin dans l’eau.

« C’est pas comme si j’allais le faire apparaître en jetant des pierres. »

Il reprit d’autres pierres, commençant son petit jeu de les envoyer les uns après les autres sans se soucier de l’endroit où il visait. Au bout de cinq minutes, après l’envoi d’une énième pierre, au lieu d’entendre un habituel *plouf*, il eut le droit à un petit cri :

« AIE ! Ca fait mal ça ! Pourquoi est-ce que je reçois des cailloux ?! »

Me… M… Ah… Ah… Il avait fait une effroyable bêtise ! Plus qu’effroyable ! Il se mettait à reculer, faisant quelques pas en arrière avant de tomber sur ses fesses dans l’eau. Une… Une créature sortait de l’eau… La même voix… Les mêmes cheveux… Les mêmes yeux globuleux et violets… Que… Qu’est-ce qu’il devait faire ?! Reculer… Se relever d’abord…

« C’est toi qui t’amuse à m’envoyer des pierres ? C’est pas très malin non plus ! »

C’était vraiment… le même monstre… La même voix féminine… Le même visage hideux… La même queue de poisson bleue… Et elle… Et elle se dirigeait vers lui ! Elle allait le dévorer ! Il devait partir ! Il devait s’enfuir au plus vite !

« Pourquoi est-ce que tu recules ? Je ne vais pas te mordre ! »

Dire qu’elle était revenue ici… prétextant à ses amies qu’elle avait autre chose à faire que de s’amuser aujourd’hui… tout ça pour retrouver le jeune garçon aux cheveux bleus… Elle alla nager jusqu’à la plage de sable chaud, posant ses deux coudes dans celle-ci pour maintenir sa tête alors que le jeune garçon restait assis sur le sable.

« Alors… C’est quoi ton nom ? Tu t’appellerais pas Arnaud par hasard, hihihi ? C’est ce que j’ai cru entendre quand tu as crié hier… Et qu’il y a quelqu’un d’autre qui t’a appelé. Est-ce que je me trompe ou j’ai raison, alors ? »

« Co… Comment… Tu… Tu… Tu comprends mon langage ? Qu’est-ce que tu es ? Tu es un monstre… Tu es vraiment… un monstre ! »

« C’est vexant ça ! Je ne suis pas un monstre ! Je suis une Barpau ! »

« Les monstres… portent des noms comme ça ? Tu es… un monstre ! »

Visiblement, le langage du jeune garçon était quand même bien moins développé que le sien… Mais au moins… Ils semblaient se comprendre… n’est-ce pas ? Ou alors, ce n’était qu’une illusion de sa part. Enfin… Non… Ce n’était pas le plus important. Elle reprit :

« Non ! C’est le nom de mon peuple ! Moi, je m’appelle Lily ! Et toi, c’est Arnaud ? »

« Co… Comment est-ce que tu connais mon mot, monstre ? »

« Ton prénom ! Tu ne parles même pas correctement. Ce n’est pas ton mot mais ton prénom… Ben… Je le connais car je l’ai entendu hier. Moi c’est Lily. Je suis une Barpau ! Et toi ? Qu’est-ce que tu es ? Tu es un peuple qui vole entre le premier et le second plafond non ? » demanda t-elle sur un ton amusée.

Premier plafond ? Second plafond ? De quoi est-ce qu’elle parlait ? La jeune fille à queue de poisson arrêtait de s’avancer tandis que lui-même s’était immobilisé. Il avait un peu moins peur… Surtout qu’il remarquait bien que ce n’était pas un monstre… Mais qu’elle était vraiment moche comme fille… Il demanda en regardant sa queue :

« Et ça… C’est quoi ? C’est vraiment vivant ? »

Ben quoi ? Il croyait que c’était une fausse queue ? Elle alla la bouger avec un petit sourire, le jeune garçon semblant impressionné par ce tour si cela en avait été un… ce qui n’était pas le cas. Lily s’approcha de lui, le jeune garçon ne reculant plus avant de lui tourner le dos. Elle se servait de ses mains pour avancer dans le sable. Elle lui présenta la queue bleue tout en disant en souriant, montrant ses dents jaunes :

« Vas-y ! Tu peux toucher ! Elle n’est pas dangereuse hein ? »

Il n’en avait clairement pas envie ! Mais mais… D’un autre côté… Sa curiosité infantile l’emportait assez… sauvagement… Il devait le reconnaître… Il restait un peu immobile, faisant finalement après quelques secondes un pas vers la queue de la jeune fille. Celle-ci poussa un petit cri alors qu’Arnaud avait sa main collée contre la queue. Il la retira rapidement, faisant une mine dégoûtée en regardant sa main.

« C’est dégueulasse ! C’est quoi ça ?! »

« Ben… De l’eau ? Et juste ma queue… C’est énormément de peau ! C’est pas comme si c’était étonnant non ? Et toi ? Tu as des ailes non ? »

Co… Comment qu’elle savait ça ?! Elle était drôlement au courant cette fille ! Il se remit à reculer, toujours apeuré par elle alors qu’elle se remettait en face de lui, un sourire aux lèvres. Elle était quand même amusée par la situation. C’était rare de voir une personne avoir peur d’elle… Et puis… Elle était venue ici car elle avait une très bonne raison… Mais elle l’avait déjà oubliée… ou mise de côté.

« Qu’est-ce que tu me veux au final ?! Ne me dévore pas ! Je ne suis pas comestible ! »

« Te dévorer ? Pourquoi est-ce que je ferai ça ? » demanda t-elle sur un ton interrogateur.


Qu’est-ce qu’il voulait dire par là ? Elle n’avait pas faim… Et puis… Elle ne mangeait pas les autres ! Pourquoi est-ce … … Brrrr ! Elle n’allait pas se compliquer la vie avec ça !

« Alors ? Tu as des ailes non ? Tu ne m’as même pas répondu ! »

« Oui… Oui… J’ai des ailes… mais ça ne te concerne pas, monstre ! »

Elle allait commencer à se sentir vexée… Toujours monstre, monstre, monstre… Il n’avait que ce mot à la tête ! C’était parce qu’elle avait une queue de poisson ? Pfff ! Elle ferma les yeux, sa queue de poisson commençant à se modifier alors que des petits bruits visqueux émanaient de celle-ci.

« Qu’est-ce que tu fais ? C’est horrible comme bruit ! Arrête ! »

« Même si ce n’est que pour quelques minutes, je vais me tenir droite comme toi ! Comme ça, tu ne m’insultes plus de monstre ! »

Elle disait cela sans pour autant le crier avec colère. C’était simplement qu’elle était un peu vexée… Toujours un monstre… Deux petites jambes frêles et menues apparurent à la place de sa queue, sa robe allant les cacher après quelques instants.

« Horrible… Tes jambes sont pleines de croûte ! »

« Pourquoi ? Ca ne t’arrive jamais chez toi ? Chez nous, c’est tout le temps donc ce n’est pas nouveau ! Je ne vois pas pourquoi tu dis ça… Comme si c’était nouveau pour toi…. Vous en avez pas chez vous ? »

« Non ! Chez nous, nous sommes tous beaux et propres ! On n’a pas de queue comme vous ! Et nos ailes sont vraiment douces et belles ! Rien à voir avec vos queues horribles et moches ! Et puis… Et puis… Et puis… Votre peau ! C’est quoi ça ! Et votre tête ! Vous êtes vraiment laids ! Ils sont tous comme ça les monstres chez vous ?! »

… … … … … Elle émit un petit sourire, baissant la tête alors qu’elle tentait de se tenir debout correctement, se mettant en face du jeune garçon qui se statufia. Elle murmura :

« Les pieds que j’ai… Je ne peux les garder que quelques minutes… Car il faut que je retourne dans l’eau rapidement… Car mes jambes ont besoin d’être arrosées assez souvent… Comme le reste de mon corps… Pour ça que je ne reste pas trop souvent à la surface… Enfin… Je peux respirer hors de l’eau… Mais il faut que mon corps soit trempé… Plus le temps passera… Plus je pourrai vivre en-dehors de l’eau… Mais là… »

« Mais là quoi ? Ca change rien au fait que tu sois un monstre ! »

« Moi… J’étais intéressée de voir qu’il existe d’autres personnes…. Différentes… Mais il faut que je tombe sur une personne comme toi… Pourquoi ? »

« Pourquoi quoi ? Moi, j’ai pas des réponses à tes questions ! Et mes parents m’ont toujours dit de ne pas parler aux personnes vraiment moches ! »

« Tu sais quoi ? Mes lunettes sont très résistantes ! Je me suis souvent cognée contre des choses très dures comme des rochers ou des murs… Elles se sont jamais brisées ! Je ne sais pas pourquoi mais il paraît qu’elles viennent de chez vous. »

« Et alors ? En quoi est-ce que ça m’intéresse ? »

« Oh… Je crois qu’elles vont rencontrer encore quelque chose de dur. »

Même si elle n’avait pas l’habitude de faire ça… Même… Si ce n’était pas son habitude de réagir ainsi… Ce jeune garçon le méritait parfaitement ! Elle alla cogner son crâne contre celui d’Arnaud, le faisant tomber en arrière en gémissant alors que ses lunettes glissaient de son visage. Déjà, elle se mettait à les reprendre pour les mettre devant ses yeux alors que le jeune garçon se roulait au sol, gémissant et criant de douleur.

« Mais qu’est-ce que tu as fait ?! Pourquoi t’as fait ça ?! Tu ne sais pas qui je suis ?! Je suis le prince des Tylton ! Je m’appelle ARNAUD ! Ce que tu as fait est une grave erreur ! »

« Tiens… Tu viens de me donner le nom des gens de ton peuple. Tylton ? Et tu es peut-être un prince mais moi, je suis une princesse ! Lily, princesse des Barpau ! »

« Même pas en rêve ! T’es trop laide pour être une princesse ! »

Il s’était relevé, une main posée sur son front. Il avait cru… l’impressionner avec son rang… Mais elle semblait n’en avoir rien à faire… Pourquoi ? Comment ? Elle ne pouvait pas être une princesse ! Les princesses étaient belles ! Comme les filles de son royaume ! Et puis… Qu’est-ce que tout ça voulait dire ?! Et puis… Il n’aimait pas utiliser son rang… Alors pour une fois… Et pour cette fois… Il fallait qu’il tombe sur ça.

« C’est pas la forme extérieure qui compte ! C’est la forme intérieure ! »

« T’es aussi laide à l’intérieur qu’à l’extérieur ! Comment tu pourrais être belle si tu me frappes ! T’es qu’une sale brute ! »

« C’est qui la sale brute ?! Et celui qui insulte à chaque fois une personne qu’il ne connaît pas ! Ils sont tous comme ça chez vous ?! Ou alors, tu es le prince car tu te comportes comme le pire de tous ! »

« Je ne te permets pas d’insulter mon statut social ! Tu ne seras jamais une véritable princesse ! Et tu sais pourquoi ?! Car les princesses de ton espèce resteront de sales monstres et créatures hideuses ! »

Elle serra les dents ainsi que les poings. Ce… Ce… garçon ! Il… Il… Il… lui prenait la tête ! Qu’est-ce qu’elle avait fait pour tomber sur un garçon aussi méchant ?! Oh, certains Barpau étaient aussi assez méchants mais ils ne se moquaient jamais de la beauté d’une personne ! C’était quelque chose de tabou ! Car tout le monde était pareil chez son peuple ! Elle s’écria avec une colère qu’elle ne cachait plus :

« Tu n’es qu’un sale garçon vraiment laid et pas beau ! Tu es complètement pourri de l’intérieur et tu le resteras ! Tu es tellement laid que la seule personne qui t’intéresse, c’est toi-même ! J’étais venue pour te redonner ton pendentif ben pour la peine, je le garde ! »

Son pendentif ? Son pendentif ? Elle retira l’objet qu’elle avait mis autour du cou, le montrant aux yeux d’Arnaud qui s’ouvrirent en grand de surprise. Elle avait son médaillon !

« REND-LE MOI ! IL EST TRES IMPORTANT ! Père et Mère vont me gronder sinon ! »

« Et puis quoi ?! Tu me cries dessus ! Tu m’insultes ! Tu dis que je suis laide et moche et je dois te redonner ton médaillon ! NON NON ET NON ! »

Elle se retourna, se mettant à courir sur la plage alors qu’il se mettait à la poursuivre. On voyait parfaitement qu’elle avait du mal à courir et à marcher mais il était hors de question qu’elle lui redonne son pendentif !

« Reviens ici ! J’ai besoin de mon pendentif ! »

« NON ! Tu ne l’auras pas ! Je l’ai retrouvé hier sous le premier plafond ! Il était tombé ! Comme il est dans le domaine des monstres et que j’en suis une, je le garde ! »

« Arrête ça ! J’ai besoin de mon pendentif ! S’il te plaît ! Rends-le-moi ! »

« Tu peux toujours courir ! Moi, je retourne dans l’eau puisque c’est comme ça ! Et je ne reviendrai plus ! Je ne veux plus retrouver des garçons comme toi ! »

Elle se dirigeait vers l’océan, plongeant à l’intérieur avant de disparaître dans les eaux. Elle… Elle… Elle était partie… Elle était partie avec son pendentif… Elle… Elle… Il s’effondrait à genoux, se mettant à sangloter avant de fondre en larmes. Son pendentif ! Le sien ! Son pendentif à lui ! Celui offert par ses parents et qui le représentait !

« MON PENDENTIFFFFFFFFFFFFFFFFFFF ! JE VEUX MON PENDENTIFFFFFFFFFFFFFFF ! MOUINNNNNN ! C’ETAIT UN CADEAU DE PAPA ET MAMANNNNNNNNNNNN ! »

Il explosait en sanglots, déversant des flots de larmes alors que deux yeux l’observaient à travers le premier plafond… Deux yeux légèrement inquiets… Elle ne pensait pas… le mettre dans cet état… Mais ce n’était qu’un enfant trop gâté par ses parents ! Il n’avait que ce qu’il méritait… Elle avait le même âge que lui… mais elle ne se comportait pas d’une manière infâme contrairement à lui ! Mais bon… Quand même… Le voir en pleurs…

« C’est bon… C’est bon… C’est bon… »

Elle ressortait de l’eau, arrivant à nouveau sur la plage alors qu’elle avait retrouvé sa queue de poisson. Le pendentif d’Arnaud était dans sa main, main qu’elle tendit au jeune garçon qui arrêtait de pleurer, séchant ses larmes en reniflant.

« Tu sais que d’habitude, ce sont les filles qui pleurent et les garçons qui leur font plaisir pour qu’elles arrêtent de pleurer ? »

« Snif… Oui… Enfin… Je… Je sais… Snif… »

Il alla récupérer son pendentif, émettant un grand sourire avant de se relever. Il rigola tout en reculant, la pointant de doigt. Il s’écria :

« T’es tombée dans mon piège ! Je faisais semblant de pleurer ! Tu t’es fait avoir ! »

Que… Que… Quoi ?! Il s’était moqué d’elle ?! Il n’aurait quand même pas osé n’est-ce pas ?! Pourtant en le regardant… Cela semblait être véridique… Il s’était déjà mis à courir à toute allure, lui tirant la langue tout en reprenant :

« T’es complètement stupideuh ! Tu n’aurais jamais dû me croire héhéhé ! Tu… »

Tu… Il s’arrêta de courir, baissant la tête en réfléchissant… Quand même… Sans elle, il n’aurait pas retrouvé son pendentif… Il alla se retourner, s’apprêtant à dire quelque chose mais une giclée d’eau alla le faire tomber dans le sable.

« AHHHH ! C’était quoi ça ?! Je me suis pris quoi ?! C’est de l’eau chaude ?! »

« Ca, c’est ce dont je suis capable moi ! J’en ai marre que tu te moques de moi ! »

Oui ! Elle était fatiguée qu’il se moque d’elle ! C’était pas normal d’être aussi arrogant, prétentieux et être autant une peste que lui. Comment est-ce qu’il faisait pour cumuler tout ça ?! Il s’entraînait tous les jours ?! Elle se déplaçait en utilisant ses mains pour se traîner dans le sable, arrivant à sa hauteur avant de vouloir reprendre le pendentif des mains d’Arnaud. Elle n’y arrivait pas, le jeune garçon le tenant avec force.

« Je voulais te remercier pour le pendentif ! Tu n’as pas besoin de faire ça ! »

« Ah non ! Cette fois, tu ne m’auras pas ! Hors de question que je te le rende ! »

« Non mais sérieusement ! Je voulais vraiment te remercier sinon… Pourquoi est-ce que je me serai arrêté pendant que je courais ? Réfléchis un peu, Lily ! »

« Ne dit même plus mon nom ! Seuls mes amis peuvent m’appeler par mon nom ! »

« D’accord, d’accord ! Princesse Lily ! C’est bon ?! Tu veux bien me laisser tranquille ? »

Princesse Lily ? De la part du jeune garçon qui s’était montré arrogant et prétentieux, cela faisait bizarre de l’entendre… Et il n’y avait même pas le ton ironique ou autre… Il était sincère ? Elle arrêta de chercher à récupérer le pendentif, se mettant à côté de lui tout en restant néanmoins suspicieuse.

« Ca me convient… Tu peux m’appeler Princesse Lily… »

« Ah… Enfin libéré… Merci beaucoup… Surtout que tu as une odeur vraiment forte… »

« Tu m’insultes à nouveau ?! Tu veux que je recommence ?! »

« HEY NON ! Je ne faisais que remarquer ! C’est bon, c’est bon ! J’ai compris la leçon… »

Pfff… On ne dirait pas comme ça… Mais elle était assez teigneuse comme fille… Il devait se méfier d’elle s’il ne voulait pas avoir de problèmes. Il alla se mettre assis dans le sable, remettant son pendentif autour du cou.

« Donc… Euh… Princesse Lily… C’est ça ? Tu viens d’où ? Tu viens vraiment de l’océan ? »

« Ben oui… Et toi, tu habites où ? Comment tu fais pour respirer facilement entre les deux plafonds ? AH ! Pour vous, le premier plafond, c’est l’océan ? C’est le nom que vous lui donnez ? C’est bizarre… »

« Ben… Ca s’appelle comme ça… L’océan… Je ne vois pas pourquoi ça s’appellerait autrement… Mais vous êtes nombreux ? Car il n’y a que de l’eau autour de notre île… »

« Euh… Pas tant que ça… Enfin… Je ne crois pas… On vit sous l’eau… Mais très en profondeur… Enfin… C’est ça quoi ! »

« C’est bizarre… Vous ressemblez vraiment à des monstres… Vous êtes vraiment moches… Et laids… Loin de nous, loin de moi ! »

« Je vais me remettre en colère si tu continues à nous insulter ! »

« Mais non ! Je fais… Je fais que… remarquer… Enfin… Est-ce que tu te trouves jolie toi ? Réellement ? En comparant par rapport à moi ? »

C’était quoi cette question ? Elle l’observa longuement, réfléchissant aux paroles du jeune garçon. Est-ce qu’elle se trouvait belle ? Par rapport à lui ? Mais belle comment ? Intérieurement ? Elle en était sûre et certaine qu’elle était bien plus jolie que lui de ce côté… Mais là… Physiquement… Et avec ses cheveux bleus trempés… Le jeune garçon était quand même bien… plus beau ? Mais c’était quoi la beauté alors au final ?

Chapitre 1 : Noyade

Première partie : Enfance

Chapitre 1 : Noyade

« Ouille ! Aie ! Ouille ! Ca fait mal, snif ! »

« Tu n’as qu’à faire attention à toi quand tu nages, pfff… Qu’est-ce qu’on va faire de toi ? »

Elle poussa un petit gémissement de douleur, se remettant à nager en sanglotant légèrement. Ce n’était pas de sa faute à elle… Si elle voyait difficilement dans les eaux troubles. Elle positionna ses mains devant elle, tâtonnant dans l’eau pour éviter de se reprendre une pierre en pleine figure. A côté d’elle ? De nombreuses filles dont l’âge devait osciller entre huit et douze ans. Toutes avaient une queue de poisson de couleur bleu, cette queue semblant sale et terne tandis que leurs corps étaient camouflés par de nombreux morceaux de tissu bleus avec par-dessus des vêtements jaune et bruns, quelques lignes noires dessinées dessus. Elle-même ? Elle n’était pas si différente des autres… Sauf peut-être à cause de la paire de lunettes qu’elle avait sur les yeux… Une paire de lunettes dont les verres étaient aussi épais que des culs-de-bouteille. Ses yeux semblaient violets et de nombreuses gouttelettes d’eau venaient parcourir ses lunettes, rendant la vue aussi bonne que si elle ne portait pas de lunettes. BOUM ! Elle émit un sanglot alors que les autres filles s’approchaient d’elle :

« Sincèrement… Tu devrais vraiment faire attention Lily. Donne-nous tes mains, on va te guider pendant que l’on nage. Ca sera bien mieux… et surtout bien moins dangereux pour toi. » alla dire l’une des filles en lui prenant sa main droite, une autre prenant sa main gauche alors qu’elle murmurait avec tristesse :

« Pourquoi je suis la seule… à porter des lunettes ? »

« Car tu es la seule à avoir une aussi mauvaise vue, voilà tout ! Mais c’est vrai que c’est bizarre… En plus, ses lunettes… Elles ne ressemblent pas aux objets de verre que l’on a l’habitude d’avoir avec nous… »

« Il paraîtrait que ce sont des lunettes venues d’en haut. »

Toutes les filles s’arrêtèrent, immobiles. Elles tournèrent leurs têtes vers la jeune fille avec sa paire de binocles sur les yeux, celle-ci rougissant violemment en baissant la tête. Elle… Elle savait parfaitement qu’elle ne devait pas parler de ça mais bon… C’était juste que…

« Papa n’a jamais voulut me le dire… Mais j’en suis sûre… Vous avez remarqué que ces lunettes ne se sont jamais cassées depuis que je les porte ? Et avec toutes ces fois où je me suis cognée… Ce n’est pas normal… »

« Oui mais d’en haut… C’est quand même… »

« Lily a peut-être raison ! Ce n’est pas la première fois qu’un objet tombe du second plafond constitué d’air. Nous n’avons que notre premier plafond constitué d’air normalement. Il faut demander aux adultes le droit d’y aller car c’est interdit normalement. » répondit une fille aux cheveux orange mais avec la même tenue que les autres. Elle portait une étrange barrette qui pointait au-dessus de sa tête : Une barrette orange, triangulaire et allongée bien que vide à l’intérieur. Lily hocha la tête avant de dire sur un ton un peu plus ravi :

« J’irai demander à mon papa si on peut y aller ce soir ! »

« Ah oui ! Comme ça, même si nos parents ne sont pas d’accord, si on se fait engueuler, au moins, ça ne sera pas de notre faute ! »

« Ca fait du bien d’avoir comme amie la fille du roi, hihihi ! »

Les filles rigolaient en même temps qu’elle alors qu’elles gardaient leurs mains dans les siennes pour l’aider à se guider. Il était vrai qu’il faisait plutôt assez noir… dans cette eau… Pourtant, elle était pure et belle… Mais il faisait sombre… Il ne fallait pas se perdre, cela serait une très mauvaise idée car il paraîtrait qu’une étrange créature vivait en ces lieux.

« S’il te plaît, Papa ! Dis oui ! S’il te plaît ! »

« Hum… Je ne sais pas trop… Qu’en penses-tu, ma mie ? »

« Pour ma part… Si elle est accompagnée et qu’elle ne fait pas de bêtises, il n’y a aucun problème. Tu peux y aller, Lily mais fais attention. »

Les deux personnes assises sur deux trônes faits de pierre blanche étaient encagoulées, comme si elles devaient cacher leur visage. Et sur elles ? Une robe blanche, aux longues manches qui dépassaient leurs bras et leurs jambes… si elles en avaient… Il était impossible de voir qui se trouvait sous ces vêtements. La jeune fille aux yeux violets inclina la tête pour remercier ses deux parents tandis qu’elle retournait auprès des autres, leur disant :

« On peut y aller ! Papa et Maman ont accepté ! Alia ? Et les autres ? Vous avez demandé ? »

« Comme ils savent que tu as eut l’accord de tes parents, ils ont dit que de toute façon, ils ne pouvaient rien faire contre ça… »

« Mais je viens à peine de… Oh ! C’est malin hihihi ! Car même sans leur accord, au moins, vos parents n’en sauraient rien, n’est-ce pas ? »

Les petites filles hochèrent la tête en rigolant, amusées par la situation tandis que Lily remettait correctement ses lunettes. C’était si bien d’avoir des amies ! Ca permettait de ne pas se sentir seule… Même si… Elle était un peu triste… Toutes ses amies avaient des frères ou des sœurs… Mais elle… Elle n’avait que ses parents…

« Lily ? Fais attention à toi ! Tu vas encore te prendre un rocher ! »

« Hein ? Que quoi ? AIEEEEEUHHHH ! » s’écria Lily en percutant une pierre.

« Je t’avais pourtant prévenue… Viens par là, on va encore se donner la main. » alla lui dire la jeune fille aux cheveux orange alors qu’elle observait si Lily ne s’était pas blessée.

La fille à lunettes émit un petit sourire pour dire que ce n’était pas trop grave et qu’à force, elle avait maintenant la tête bien dure, cela faisant rire toutes ses amies avant qu’elles ne repartent en nageant. Maintenant, elles allaient se diriger vers le premier plafond ! Il était temps de jeter un petit regard vers ce qui se trouvait entre les deux plafonds !

« Hey ! Prince Arnaud ! Restez en place un peu ! Que je puisse vous rattraper ! »

« Et puis quoi encore, Pete ?! Dans tes rêves ! »

Un jeune garçon qui ne devait avoir que huit ans s’était mis à courir sur la plage, entièrement habillé de bleu… Même ses cheveux étaient de cette couleur, deux longues mèches pointant en direction du ciel. Il se retourna, observant un garçon aux cheveux violets mais habillé comme lui… Sauf que sa tenue était entièrement violette. Cela ressemblait plus à une sorte de chemise de fin tissu tandis que le pantalon était dans le même genre. Ils avaient aussi de petites sandales de la couleur de leurs vêtements.

« S’il vous plaît ! Je… Je… Bon… Vous l’aurez voulu… Je vais vous montrer que l’on ne peut pas m’échapper ! » s’écria le jeune garçon aux cheveux violets avant qu’une paire d’ailes de coton n’apparaisse dans son dos. Il s’envola subitement, fonçant à toute allure vers Arnaud, celui-ci se retournant.

« C’est pas du jeu ! Toi, tu sais déjà voler ! »

« Oui mais c’est parce que contrairement à vous, je suis les cours régulièrement ! »

« M’en fiche des cours ! Tu ne m’auras pas ! »

C’est ce qu’il allait voir ! Il arriva à hauteur du prince, le plaquant dans le sable alors que celui-ci se mettait à se débattre pour réussir à s’échapper. Il y arriva après quelques secondes d’effort, se relevant rapidement alors qu’il regardait Pete.

« Ce n’est quand même pas du jeu ! Je suis le prince, moi ! Je devrai être capable de voler ! »

« Prince Arnaud… Il faut faire attention quand même… On n’apprend pas à voler aussi facilement… Vous le savez très… »

« C’est facile de dire ça de ton côté… Tu es l’élève le plus doué depuis des générations selon le professeur Fligor. » murmura le jeune garçon en allant s’asseoir dans le sable.

« Mais non ! Vous êtes le prince ! Vous pourrez voler comme un dieu ! Et aux cours de chant, vous êtes indétrônable ! Le professeur Sanga est littéralement sous votre charme ! »

« Si tu le dis… Pfff… Elle est bizarre cette plage… »

Le jeune garçon observa l’océan devant lui tandis que Pete regardait autour de lui. Ah… Cette plage… Il venait à peine de remarquer où ils étaient ! Il s’écria avec anxiété :

« Prince Arnaud ! Nous devons partir ! S’il vous plaît ! Nous sommes sur la plage des monstres ! Il faut partir d’ici le plus rapidement possible ! »

« La plage des monstres ? AH ! Ces monstres dont tout le monde parle ?! Ils sont vraiment laids il paraît ! Ils sont encore plus moches que moches ! »

« Prince Arnaud, n’utilisez pas un tel langage s’il vous plaît ! »

Le jeune garçon se leva rapidement, se mettant à courir avec Pete pour quitter cet endroit maudit. AH ! Jamais il n’aurait dut venir ici ! C’était une mauvaise idée ! Une très mauvaise idée ! Mais à force… Il n’avait plus réellement d’endroit où aller… Plus du tout…. Mais bon… Il voulait tant apprendre à voler…

« AH ! Arnaud ! Qu’est-ce que tu faisais dehors ?! Il fait presque nuit ! Le soleil va tomber et toi tu étais dehors ?! »

« Pardon… Maman… Pardon… Papa… » murmura le jeune garçon en baissant la tête devant deux personnes… ou du moins une dizaine de personnes puisque ses deux parents étaient entourés par différents hommes et femmes, tous parant de magnifiques habits avec des morceaux de coton autour d’eux… De véritables beautés en regardant de plus près.

« Bon… Ca ne fait rien… Mais ne fait plus de bêtises… Nous avons une réception. Quand à Pete, je suis déçue mon enfant… Je pensais que vous aviez été éduqué de telle sorte que vous deviez surveiller sept jours sur sept mon unique fils. »

« Pardonnez-moi, maîtresse… Je ne faillirai plus à ma tâche… Et je ferai tout pour que votre fils soit capable de voler. »

« J’y compte bien… Vous êtes quand même le plus jeune garçon à avoir volé sur plus de cent mètres sans s’écraser… C’est une performance admirable. »

« Vous me flattez maîtresse… Je vais emmener le prince Arnaud dans sa chambre si vous le voulez bien… Nous n’allons pas plus vous déranger. »

Le jeune garçon aux cheveux bleus haussa les épaules comme pour dire que ce n’est pas si grave que cela tandis que Pete lui demandait de bien vouloir le suivre. Il alla l’emmener dans un dédale de couloirs, comme si il connaissait parfaitement le chemin à suivre. Dans la chambre plus que coquette, Arnaud alla s’incliner faussement devant Pete, disant :

« Et bien… Mon cher Pete… Cela a été un honneur de vous avoir à mes côtés. »

« Prince Arnaud… Vous êtes en colère contre moi… Je… Je suis désolé ! Je ne voulais pas vous offusquer de la sorte. »

« Non… Ce n’est pas toi le problème, Pete… Ce sont mes parents… Ils ne pensent pas que je sois capable de voler sérieusement… Comme pour mes études… »

« Ne dites pas cela ! Vous y arriverez un jour ! J’en suis sûr ! »

« Merci… Mais bon… Je n’y crois pas… Allez, je vais me coucher. Bonne nuit, Pete. »

Le servant inclina sa tête avant de quitter la chambre. Arnaud ouvrit ses gigantesques fenêtres, observant le ciel… Ah… Le soleil était vraiment en train de se coucher… Cela n’allait prendre moins d’une heure avant qu’il ne disparaisse pour laisser place à la lune. Il posa son regard sur la plage avoisinante… La plage des monstres… Elle longeait toute la côte… Et il était vrai… que la famille royale vivait en hauteur… A moins d’un kilomètre d’une falaise… Ah… Une falaise… Il y en avait même plusieurs… Peut-être que…

« Ahhhh… Ahhhh… Ahhhh… Ca fait bizarre… de respirer comme ça. »

« C’est de l’oxygène, on en a aussi dans l’eau. » alla dire Lily alors que des petites têtes sortaient de l’eau, la jeune fille aux cheveux bleus tentant de retirer les gouttelettes sur ces lunettes. Les autres observaient le ciel avec étonnement, poussant des cris ravis.

« Le second plafond… Il change de couleur… »

« C’est ce que les gens appellent la nuit… Nous, nous vivons en profondeur donc on n’a pas vraiment de journée d’après ce que j’ai compris… »

« Comment est-ce que tu sais ça, Lily ? » demanda l’une des filles alors qu’Alia répondait :

« Parce qu’elle est très intelligente, voilà tout ! Elle lit énormément de livres et puis, il paraîtrait même qu’elle a des livres sur… »

« CHUUUUTTTT ! Tais-toi, Alia ! » s’écria la jeune fille aux cheveux bleus, posant une main sur la bouche de son ami pour lui dire de ne plus prononcer un mot.

« De quoi ? De quoi ? On veut savoir ! Brrrr ! Fais froid !  Y a quelque chose qui se tape contre nous… Comment est-ce que ça s’appelle, Lily ? »

« Du vent. C’est une sorte de souffle qui nous frappe sur notre corps… Comme si on respirait mais sauf que ce n’est pas dans l’eau… Et que c’est en face de nous… Du genre comme ça. » répondit la jeune fille à lunettes, soufflant sur le visage d’Alia pour montrer l’exemple.

« Hiiii ! C’est froid ! Ce n’est pas pareil que s’envoyer des bulles d’eau sous le plafond. » dit Alia en tremblant un peu, replongeant son corps dans l’eau.

« Tu connais beaucoup de choses, Lily ! »

« Normal si c’est la fille du roi et de la reine ! Elle doit en savoir beaucoup ! Par contre… OHHHHH ! Il commence à s’éteindre le ciel. »

« La nuit va tomber, on ferait mieux de retourner sous le premier plafond ! » annonça Alia, ressortant la tête de l’eau tandis que Lily restait parfaitement immobile, observant le ciel. L’une des filles s’approcha d’elle, posant sa main sur son épaule en disant :

« Lily ! On doit rentrer maintenant ! Je n’aime pas quand le second plafond fait ça. »

« Je vais rester un peu ! Si vous voyez papa et maman, signalez simplement que je ne vais pas tarder trop longtemps. Je vais aller voir un peu plus loin ! »

Ca n’avait été qu’une impression… mais malgré sa mauvaise vue… Elle avait cru percevoir quelque chose dans le ciel… Mais elle allait vérifier ça… Ce n’était qu’une idée comme ça… Mais elle allait vérifier… Malgré les paroles d’Alia qui lui disait de rentrer maintenant, elle se mit à nager rapidement, s’éloignant du reste du groupe. Elle allait vérifier de ses propres yeux ce qu’elle avait cru voir… Même si c’était sûrement impossible. Elle devait voir… si c’était vraiment possible… Ou non… Ah ! Ca commençait déjà à se perturber dans sa tête.

« AHHHHH ! Le prince s’est encore enfui ! »

« Il est passé par la fenêtre ?! Mais quand est-ce qu’il arrêtera tout ça ?! On doit le trouver avant que la reine et le roi ne demandent à le voir après la réception ! »

C’était l’ébullition dans les couloirs, les portes s’ouvrant et se claquant avec rapidité tandis que le jeune garçon aux cheveux violets se frottait les yeux, à moitié endormi. Il n’avait guère eu le temps de pouvoir dormir correctement, cela faisant à peine une demi-heure qu’il avait été se coucher. Plusieurs adultes s’approchèrent de lui, l’interrogeant :

« Pete ! Le prince Arnaud ! Il est passé par la fenêtre ! »

« Passé par la fenêtre… Qu’est-ce que… Ahhhhhh ! … … Hein ? AH ! Le prince ?! Je sais où il se trouve ! Je vais le chercher tout de suite ! »

« Nous comptons sur toi ! Fais le plus vite possible ! »

Oh que oui ! Il allait se dépêcher ! Le prince allait encore faire une bêtise ! Il quitta la demeure, des ailes de coton apparaissant dans son dos alors qu’il se mettait à voler avec difficultés… En fait, il atterrissait plusieurs fois sur le sol, reprenant son envol… C’était un vol de quelques secondes mais cela lui permettait de passer au-dessus des précipices. Il était sûr de le retrouver là-bas… A cause de lui… Il savait que c’était de sa faute… Que c’était à cause de ce que le roi et la reine avaient dit… Au sujet qu’il était bien meilleur que les jeunes de son âge… pour pouvoir voler…

« Zut… Zut et zut ! Encore échoué ! Je ne fais même pas dix mètres ! »

Le jeune garçon aux cheveux bleus venait de s’écrouler dans le sable, ses habits comme ses cheveux étant parcourus par les nombreux grains de sable récoltés au fil des échecs. Il se releva, gémissant un peu de douleur avant de quitter la petite plage sur laquelle il s’était trouvé il y a quelques heures avec Pete. Il remonta au bord d’une falaise qui devait se trouver à cinq ou six mètres de hauteur, des ailes de coton apparaissant dans son dos.

« Cette fois-ci… J’y arrive ! Je me le promets ! »

Oui ! Il se le promettait et il allait y arriver ! Il n’avait pas d’autres choix de toute façon ! Il se positionna au bord de la falaise, prenant une profonde respiration avant de se mettre à battre des ailes. Il sauta subitement et sans avoir peur du vide, ses ailes battant avec frénésie pour le faire planer au-dessus du sol… Dix mètres… Vingt mètres… Trente mètres… Puis sans aucune explication, ses ailes commencèrent à battre avec moins de vitesse, son vol se faisant capricieux et douteux alors qu’il se dirigeait à toute allure vers le sol.

« Attention à l’atterrissage ! » hurla t-il à lui-même alors que sa tête s’enfonçait dans le sable.

Non… Il n’abandonnerait pas… Il n’abandonnerait pas cette idée de pouvoir voler sur plus de cent mètres ! Lui aussi voulait les félicitations de ses parents ! Lui aussi voulait être récompensé de ses efforts ! Il se redressa dans le sable, crachant un peu de grain avant de remonter vers la falaise… Encore une fois… ENCORE UNE FOIS ! Il allait y arriver ! Il en était sûr et certain ! Il pouvait y arriver ! Il avait fait plus qu’auparavant !

« C’est quoi ça ? AH ! » s’écria t-elle avec surprise.


Elle ne rêvait pas ou il y avait une personne qui se trouvait entre les deux plafonds ? Comment est-ce qu’elle faisait ? Elle semblait se déplacer ainsi… Et avait de drôle d’appendices dans le dos… Des sortes… de morceaux de… Elle avait du mal à voir dans le noir… Malgré la lumière de la lune…

« AH ! Mais elle va tomber ! Ouille, ouille, ouille… »

Elle disait cela sans qu’elle ne puisse faire grand-chose. La personne s’écroula une nouvelle fois dans le sable alors qu’elle se rapprochait de la plage en flottant sous l’eau. Elle allait voir à quoi ressemblait cette personne… Lorsqu’elle sortit sa tête de l’eau, ce fut pour remarquer que la personne avait disparu… mais où ?

« Euh… Bonsoir ? Il y a quelqu’un ? Où êtes-vous ? Vous ne vous êtes pas fait mal ? »

Aucune réponse… Elle entendit un cri, la faisant tout de suite reculer et plonger dans l’eau alors qu’elle tentait de percevoir la provenance du cri à travers le premier plafond constitué d’eau. Elle revoyait une ombre dans entre les deux plafonds… Une ombre qui battait frénétiquement… des ailes ? AH ! C’était des ailes ! Elle avait déjà lu ça dans un livre !

« Je vais y arriver ! Je vais y arriver ! Je vais y… pas y arriver ! »

Il poussa un nouveau cri, atterrissant avec plus de difficultés sur le sable, se redressant aussitôt. Interdiction d’abandonner ! Il n’allait lui rester plus qu’une vingtaine de minutes au grand maximum avant que Pete ne revienne le chercher ! AH ! Pete savait exactement où il se trouvait mais ça, il s’en fichait royalement lui !

« C’est un Barpau avec des ailes ? Non… Papa et Maman m’ont toujours dit que ça n’existait pas… Malgré tout ce que j’ai cru lire dans les livres. »

Mais alors… C’était quoi cette personne ? AH ! Elle allait encore tomber une nouvelle fois ! Mais cette fois-ci, elle était assez proche de l’eau. Furtivement, elle se rapprocha de la personne, étant dans l’eau… A cette distance, elle pouvait entendre ce qu’elle disait. Elle fut surprise d’entendre la voix d’un jeune garçon :

« ZUT DE ZUT DE ZUT ET RE-ZUT ! J’ai bientôt atteint… J’en suis sûr ! Enfin… Non… Je dois en être qu’à quarante mètres… Mais j’ai bientôt réussi à battre mon record de quarante-cinq mètres sans atterrir ! Je peux le faire ! »


Maintenant, elle pouvait le voir malgré l’eau trouble et la faible luminosité de la lune. C’était un jeune garçon qui devait avoir son âge… Il avait des cheveux bleus et des petites mèches de même couleur… AH ! Les ailes… Elles étaient en coton ? Mais il n’était pas… comme elle… Il n’avait pas de queue… C’était bizarre… Alors… Il y avait des gens avec des ailes… Mais elles étaient bizarres, ses ailes… quand même…

« Bon… J’y retourne… Mais… Oh… Je commence à fatiguer… » murmura le jeune garçon en mettant une main devant sa bouche comme pour bâiller, signe que le sommeil venait le rattraper. A son âge, il était vraiment difficile de rester trop longtemps debout en pleine nuit.

Elle allait le regarder tenter de voler… Car elle ne comprenait pas comment il faisait exactement… Et puis bon… Elle faisait ça discrètement… Donc elle n’allait pas se faire repérer… Elle n’était pas comme ça… Hihihi ! Mais ce jeune garçon était vraiment beau… Enfin… Très différent des autres garçons qu’elle connaissait… Ceux qui se trouvaient sous le premier plafond… Ils avaient tous des croûtes ou des morceaux de peau qui partaient un peu… Et puis, elle n’était pas vraiment mieux… Elle se gratta le bras, quelques minuscules lambeaux de peau allant flotter au-dessus de la surface après s’être déchirés.

« J’aime pas me gratter… J’ai l’impression que je mue… »

C’était bête de parler de mue mais c’était pourtant le cas…Enfin… Elle n’était pas là pour se préoccuper de ça mais plutôt du jeune garçon… Avec ses yeux bleus… Ah… Il était vraiment très beau… Elle devait le reconnaître ! Mais comment cela se faisait-il qu’autant de beauté se trouve devant elle ? Elle n’eut pas le temps de réfléchir à la question.

« Prendre… Une profonde respiration… Et y aller… à nouveau… »

C’était sa dernière tentative ! Ensuite, il rentrerait ! Il fit quelques pas en reculant, se mettant à courir à toute allure avant de se jeter dans le vide une nouvelle fois, ne déployant pas ses ailes. Mais il allait se tuer ?! Il allait se faire très mal ! Entre le second et le premier plafond, ce n’était pas pareil qu’au-dessous du premier plafond !

« HIIIIII ! Il va se faire mal ! JE DOIS ALLER… »

Aller… l’aider ? Le jeune garçon déploya ses ailes juste avant de s’écraser, prenant son envol en poussant des cris de joie. C’était ça ! C’était exactement ça ! C’était comme ça qu’il devait faire ! Il sentait qu’il venait de faire un grand pas en avant ! Il s’était mis à flotter au-dessus du sol, battant des ailes tout en continuant toujours tout droit.

« Héhéhé ! Je vais y arriver ! Je vais y arriver ! Père et Mère vont être contents pour moi ! »

Il venait de faire un grand pas en avant ! Et avec ça, il venait de s’ouvrir de nouveaux horizons ! Il continua d’avancer, ne se préoccupant pas de l’endroit où il allait. C’était si merveilleux ! Il y arrivait enfin ! HAHAHAHA ! Il s’arrêta de rigoler, commençant à dériver vers le sol. NON ! NON ET NON !

« J’y étais presque ! J’y étais vraiment presque ! Tout presque ! J’ai largement dû faire plus qu’auparavant ! Même si ce n’est pas cent… Hein ? »

Qu’est-ce que… De l’eau ?! Des monstres ! Il était en train de flotter au-dessus de l’endroit où vivaient les monstres ! IL DEVAIT PARTIR ET VITE ! Il tenta de se retourner, perdant tout contrôle de ses ailes alors qu’il se dirigeait dangereusement vers l’eau.

« Quelqu’un ! Au secours ! Je vais me faire dévorer ! »

Il percuta l’eau avec violence, son corps plongeant à l’intérieur alors qu’il se mettait rapidement à se débattre. Il ne savait pas nager ! Ses ailes étaient trop lourdes ! Il ne pouvait même pas les faire disparaître ! Que quelqu’un vienne l’aider ! Il ne voulait pas mourir mangé par un monstre ! Il… il… il… Glups… L’eau rentrait dans sa bouche, l’empêchant de crier alors qu’il continuait de se débattre avec moins de rapidité… Il… Il… Il ne voulait pas… se faire… avaler… par des monstres… Mais il était si faible…

Qu’est-ce qui se passait ?! Le jeune garçon ne pouvait pas respirer sous l’eau ?! Comment ça se faisait ?! AHHHH ! C’était comme elle ! Elle ne pouvait pas respirer très très longtemps au-dessus du premier plafond ! Elle s’approcha avec vélocité du jeune garçon, le prenant par la taille avant de commencer à nager rapidement. Elle devait le ramener sur le bord de la plage et vite ! Après plusieurs secondes de nage, elle alla déposer le jeune garçon sur le sable, le regardant longuement comme pour l’étudier.

« Il a vraiment… beaucoup de différences avec nous. Sa peau ne pèle pas. »

C’est vrai… Elle posait une main sur son bras, cherchant à l’écorcher à moitié sans y arriver. Elle venait de lui laisser quelques marques, posant sa tête contre le cœur du jeune garçon. Il commençait à battre moins rapidement. Ce fut lorsqu’il cracha un peu d’eau qu’elle comprit que c’était ça qui l’empêchait de respirer. Comment faire mais comment faire ?!

« Ouvre la bouche ! Crache l’eau ! Crache ! Crache ! Crache l’eau ! »

Mais comment lui faire cracher plus d’eau ?! AHHHH ! Elle le força à ouvrir la bouche, lui levant la tête pour la retourner et tenter de faire couler de l’eau mais rien… AH ! Ce n’était pas comme ça ! Elle le remit sur le dos, appuyant sur son ventre alors que le jeune garçon se mettait à bouffer en crachant de l’eau… Mais ce n’était pas la bonne solution !

« Ca ne marche pas ! Ca ne marchera toujours pas ! Il faut que je continue ! PLUS HAUT ! »

Elle ne connaissait pas de personne qui ne pouvait pas respirer sous l’eau mais… Elle devait l’aider maintenant ! Elle pressa ses deux mains contre le torse du jeune garçon, celui-ci crachant de l’eau à nouveau alors qu’elle redisait :

« Expire ! Expire ! C’est comme ça que ça sortira ! Expire ! Expire ! »

Elle reposa son oreille contre le cœur du jeune garçon, l’entendant battre à nouveau à un rythme plus régulier. Pfiou… Tant mieux… Il allait visiblement s’en sortir… C’était une bonne nouvelle… Elle arrêta de presser le torse du jeune garçon, murmurant :

« Je suis pas faite pour ça moi… Mais papa et maman seront contents ! »

Oui ! Elle était très contente ! Maintenant que le jeune garçon ne risquait plus rien, elle pouvait le regarder… Elle avait énormément de difficultés à bouger bien qu’elle était au bord de l’eau, les vagues venant arroser son corps et celui d’Arnaud.

« C’est bizarre ces ailes… C’est tout doux… Mais assez trempé aussi… C’est bizarre… Et puis à côté… Il ne perd pas sa peau tous les jours… C’est bizarre. »

« Hm… Qu’est-ce que ? Hum… Qui qui parle ? »

AH ! Le jeune garçon était en train de se réveiller ?! Les deux coudes posés dans le sable, elle continuait de l’observer en souriant. Elle voulait voir sa réaction lorsqu’il la verrait. Elle avait tant de questions à lui poser ! C’était un habitant vivant entre le premier et le second plafond ! Donc il y avait tant de choses à savoir grâce à lui ! Lorsque les yeux bleus du jeune garçon s’ouvrirent, elle alla dire dans un sourire où ses dents étaient jaunes :

« Coucou ! Moi, c’est Lily ! C’est quoi ton nom ? Tu ne sais pas nager ? »

« AHHHHHH ! UN MONSTRE ! »

« Prince Arnaud ! Prince Arnaud ! Où est-ce que vous êtes ? »

C’était la voix de Pete ? Il tourna son visage quelques instants pour voir d’où elle venait avant d’entendre un plouf singulier. Il remarqua l’étrange créature… qui s’enfuyait… Elle avait une queue de poisson bleue ? Elle était assez laide… Il posa une main sur son torse trempé, se demandant ce qui s’était passé.

« AH ! Je me suis noyé et puis et puis… Ce monstre… Il m’a sauvé la vie ? Mais où se trouve mon pendentif ?! Où se trouve le pendentif que Père et Mère m’ont donné ?! »

Il se mettait à chercher dans le sable avec anxiété, espérant le retrouver sans n’y arriver. Où était-il ?! Où était son pendentif ?! Il avait besoin de lui ! Père et Mère seraient furieux ! Il ne se préoccupa plus de l’étrange créature qui était là… avant de s’écrier :

« AH ! ELLE ME l’A VOLE ! ELLE M’A VOLE MON PENDENTIF ! »

« Prince Arnaud ! Vous êtes là ?! Pourquoi vous êtes trempé et… »

« PETE ! J’ai vu un monstre ! Il était vraiment moche ! Vraiment très très moche ! Et il avait même une longue queue bleue ! »

« Vous avez vu un monstre ? Il ne faut pas le dire à vos parents ! Nous devons rentrer… Mais vous êtes complètement trempé ? Et vos ailes sont sorties… Vous avez été jusqu’à où ? »

« J’ai été assez loin Pete ! Je crois avoir compris comment voler correctement maintenant ! Mais je suis tombé dans l’eau et puis… Après je me suis retrouvé ici. »

« Est-ce que vous avez été sauvé par le monstre ? »

Il hocha la tête d’un air négatif. Impossible ! Ce monstre était vraiment trop horrible pour être sympathique ! Il se leva grâce à l’aide de Pete, commençant à lui dire en détails à quoi ressemblait le monstre… Des cheveux bleus et mal lavés, des yeux globuleux violets énormes, une grosse queue bleue, une peau écailleuse et qui semblait se détacher. Le jeune garçon aux cheveux violets hocha la tête pour lui répondre par l’affirmatif.

« Mais ne le signalez pas à vos parents… Sinon vous risquez d’être puni. »

« Je ne le dirai pas du tout ! Ca doit rester un secret ! »

Oh que oui… Car sinon, il allait avoir très mal aux fesses ! Il avait perdu le pendentif… Il se ferait tout simplement… Arf… Il ne voulait pas y penser car c’était horrible… Du genre, privé de sorties et toutes ces choses ! Rien que le fait d’imaginer une telle chose le faisait plus que trembler ! Il rentra avec Pete, oubliant tout de cette histoire malheureuse.

Chapitre 56 : Flatterie

Chapitre 56 : Flatterie

« Alors bon … Qu’est-ce qu’il y a de si important à me raconter ? »

« A te raconter ? Hmm … Bon pour Claudiska, tu sais parfaitement ce qui se passe non ? »

« Vous me l’avez assez dit et répété, oui mais pourquoi est-ce que tu m’en parles ? »

« C’était juste pour être sûr, rien de plus, rien de moins. Donc bref, on a découvert de nouvelles choses, même si elles sont infimes. »

« Je m’en doutes … mais à partir de là ? Tu ne vois pas que les autres attendent que tu continues de me dire ce que vous avez appris ou non ? Ne les fait pas patienter. »

Hum ? Vraiment ? La femme aux cheveux blonds à côté de lui semblait anxieuse. C’est vrai que ce qu’ils avaient trouvé n’était pas forcément très rassurant mais à part ça … ce n’était pas comme s’ils avaient trouvé une localisation. Ah ! Bon, autant le lui dire.

« Bon, pour ne pas te mentir, ce n’était pas vraiment fameux. Mais ça, j’imagine que t’en doutais, n’est-ce pas ? Enfin, nous avons surtout lu un peu au sujet de Trozéral. »

« Laisses-moi encore deviner un peu. Je pense qu’il doit s’agir de ses pouvoirs ? Comme le fait qu’il manie l’élément de l’air, n’est-ce pas ? »

« Hahaha ! Et c’est là où tu te trompe ! » s’exclama le jeune homme, comme ravi de voir l’air un peu surpris de Manelena. « Il maîtrise bien l’air mais aussi … un autre élément : l’eau. »

« L’eau ? Qu’est-ce que cela à a… non ? Est-ce que cela a un rapport avec le fait que Traslord et Claudiska soient alliés depuis des siècles voire des millénaires ? »

« Il y a de fortes chances que c’est grâce à lui que la paix soit durable entre ces deux royaumes. Peut-être que Royan a quelque chose à nous raconter ? Comme une légende royale ou autre ? Je ne sais pas, je demande. » s’adressa Tery en direction de l’adolescent aux cheveux bleus. Celui-ci haussa les épaules tout simplement avant de dire :

« Pas vraiment non. Je ne savais guère qu’il était relié aussi en partie à notre nation avant aujourd’hui. Sinon, je te l’aurai signalé. »

« Et à part ça ? Qu’est-ce que tu as appris d’autre ? Sur sa puissance ? Son histoire ? Son règne ? Je ne sais pas. Il doit bien y avoir des histoires à dire non ? » demanda Manelena une nouvelle fois, se tournant vers Tery qui reprit la parole :

« Il y en a mais ce sont surtout sur sa création. Il semblerait que l’aigle bicéphale symbolise une partie de l’harmonie désirée par la déesse Zélisia à l’époque mais aussi un symbole entre elle et Alzar bien que cela ne correspondait pas à leurs pouvoirs. On peut considérer que c’est une sorte … d’animal de compagnie des deux dieux. »

« Ils savaient se faire plaisir visiblement à cette époque. » dit Manelena avec ironie en levant les yeux en l’air. C’est bon ? C’était terminé ? Est-ce qu’elle pouvait finalement prendre la parole ? Elle prit une profonde respiration avant de déclarer d’une voix neutre :

« A mon tour alors, n’est-ce pas ? Je voulais vous signaler que je compte me rendre normalement à Shunter. Comme je n’ai que peu d’informations à ce sujet, je veux me renseigner et alors, je vais m’y rendre directement. »

« Arrêtes ça, Manelena. Tu sais parfaitement que je te laisserais pas partir seule là-bas. Surtout pas alors que c’est dangereux, beaucoup trop dangereux. »

« Tais toi, Tery. Tu n’as pas d’ordre à me donner, compris ? Je fais ce que je désire et … »

« Ce n’est pas une question d’ordre ou autre, je ne veux pas que tu sois séparée du reste du groupe. Manelena, réfléchis un peu ! Après en avoir fini avec Trozéral, nous pourrons nous rendre à Shunter, d’accord ? Rien ne nous empêchera. »

« Sauf si quelque chose nous tombe encore dessus. Et oui, cela, tu n’y as pas pensé. Et te connaissant, ça nous tombera dessus sans que l’on puisse réagir. »

« Ce manque de confiance envers moi me fait très mal, vraiment très mal. »

« Tu t’en remettras, Tery. Tu t’en remettras. Si ce ne sont là que tes arguments pour me convaincre de ne pas y aller, je préfère te prévenir qu’ils ne valent rien du tout. »

Il poussa un petit soupir. Ça ne servait à rien de la retenir de toute façon, non ? Il passa une main derrière son front, un peu gêné et embêté par tout ça. Comment est-ce qu’il pouvait expliquer ça sans paraître malpoli ou désobligeant ? Enfin embêté … voilà tout.

« Et si je te dis que l’on a besoin de toi, est-ce que tu me crois ? »

« C’est un peu faible comme raison, encore une fois. Tu n’as pas mieux à me proposer ? Plutôt que de tergiverser comme si de rien n’était ? »

« Mais je ne vois pas quoi dire de mon côté ! Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? »

« A toi de me le dire, je ne suis pas dans ton crâne, Tery. » répliqua la femme aux cheveux argentés alors que Clari disait dans un petit rire :

« Et si je te dis que ça rendrait triste Tery que tu ne viennes pas, qu’est-ce que tu vas faire ? »

« Arrête tes bêtises, Clari. Tu sais parfaitement que ce n’est pas un argument, non ? »

« Oh ? Tu es sûre de cela ? Tu ne m’en donnais pas vraiment l’impression, si je peux me permettre. Hahaha ! Pourtant, je trouvais cela pas mal comme raison. »

« Tu te trompes complètement et tu le sais très bien alors arrêtes ça, compris ? »

« Mais pourquoi autant de violence verbale ? Où est donc le problème ? Je ne fais qu’évoquer une possibilité, rien de plus, rien de moins, Manelena ! »

« Clari, arrêtes. Deuxième fois que je me répète. Au bout de la troisième, je ne suis pas sûre que l’auberge risque de tolérer ce qui pourrait se passer. Compris ? »

Clari eut tout simplement un petit rire tandis que le jeune homme se grattait la joue. Quelqu’un d’autre voulait tenter sa chance ? Encore une fois ? Ah ! Elise !

« Mademoiselle Manelena, pourquoi ne pas patienter ? Même si cela semble être personnel, sachez que sans vous et Tery, nous avons eut beaucoup de mal contre notre Park. En vous laissant seule, nous perdrons alors une force de frappe conséquente. Et je pense que cela influencera aussi sur le moral de tout le monde. »

« HUMPF ! Un soutien moral et physique, c’est comme ça ? »

« Sans vouloir vous manquer de respect, bien entendu. »

« Si elle veut partir, elle n’a qu’à le faire. Je ne la retiendrais pas. Elle est libre de ses choix. Je ne veux pas qu’elle se prenne pour une princesse qui aime se faire désirer. » déclara Royan en croisant les bras, fixant Manelena sans sourciller.

« Au moins, tu es toujours aussi direct, toi. »

Elle rétorquait cela tout en posant ses yeux rouges sur lui. Tsss ! Mais dans le fond, il n’avait pas tort. Elle n’avait pas envie que l’on croie qu’elle ne faisait que se plaindre. De plus, les paroles d’Elise n’étaient pas mauvaises en soi.

« Bon, je pense que dans le fond, je peux encore me permettre de rester pendant quelques semaines avec vous. La seule chose que je veux, c’est obtenir des renseignements sur Shunter. La situation reste plus que préoccupante et … »

« Même si l’armée te hait, tu ne peux pas t’empêcher de te faire du souci pour le royaume. C’est normal après l’avoir protégé durant tellement de temps. Mais tu sais, cette conversation, Manelena, on l’a déjà eut si souvent, toi et moi. Je ne vois pas le besoin de se répéter inlassablement, tu sais ? Cela te dérange tant que ça ? J’ai dit que je t’aiderai ,je le ferais. »

« Ce n’est pas une question de faire ou non. Je sais que tu en es capable et sur ce point, je te fais confiance. Mais à chaque fois que l’on pense avoir fini, un nouveau problème arrive et on tente alors de le résoudre. A partir de là, est-ce que je dois rester là, les bras croisés ? »

« Je n’ai pas dit cela, Manelena. Je ne l’ai pas dit. Juste que voilà, des fois, certaines choses sont prioritaires … selon la personne. Je sais que pour toi, c’est le royaume de Shunter qui t’inquiète le plus mais personnellement … c’est la dernière créature légendaire. Je n’ai pas envie que l’on force les autres à choisir pour l’un ou non. Si tu veux vraiment que l’on aille à Shunter, on le fera, qu’est-ce que tu en dis ? »

« Que tu joues sur les mots et mes sentiments pour me faire culpabiliser. Nous allons aller à Claudiska et dès que nous aurons trouvé ce foutu piaf, on le déplume et on ne se préoccupe pas de la double porte sous la tour des Archimages. »

« Ca me semble être une bonne proposition. Qu’est-ce que vous en pensez, vous autres ? » demanda Tery en regardant Elen et ses compagnons.

« Que l’on fasse l’un ou l’autre, à la base, ça ne changera rien donc bon … »

« Pour notre part, nous vous accompagnons, qu’importe l’endroit où vous rendez. Ainsi, c’est vite résolu de notre côté mais après … »

D’abord Elen puis ensuite Séran. Royan et Elise se regardèrent avant de signaler qu’ils suivaient le groupe. Bien entendu, aucun ne voulait vraiment se mettre en avant pour choisir l’un ou l’autre. Ses épaules s’affaissèrent avant que Manelena ne déclare :

« Visiblement, une belle bande de suiveurs. On comprend comment quelqu’un comme Tery a put finir chef du groupe non ? N’est-ce pas ? »

« Qu’est-ce qu’elle raconte exactement ? Je peux savoir ? » demanda Tery en regardant les autres bien qu’il reprenait aussitôt : « Je me suis jamais réellement considéré comme ça hein ? Enfin, comme un chef et tout le reste. »

« Bien entendu, bien entendu, on sait tous et toutes que ce n’est pas ton caractère mais c’est venu naturellement, Tery. Si tu avais continué dans l’armée, il y aurait eut de fortes chances que tu sois devenu un haut gradé. »

« Un haut gradé ? Comme maréchal ? » déclara le jeune homme en rigolant avant que Manelena ne lui donne un coup derrière le crâne en soupirant :

« Imbécile, peut-être pas car il m’a fallut un bon nombre d’années, une rigueur et un entraînement constants. Tu n’aurais pas réussi alors. Mais au moins, tu aurais peut-être été … hum, je ne sais pas trop. Peut-être dans la même tente que moi lors des réunions militaires. »

« Oh rien que ça ! Cela me rappelle quelques bons souvenirs. Du genre, quand Tery était blessé ou inconscient Il paraitrait qu’une personne venait le voir chaque nuit pour vérifier son état et être sûr qu’il ne soit pas convalescent. »

« Clari … » murmura Manelena sur un ton bien vite agacé.

« Oh bien entendu, il y avait moi aussi. Je n’allais pas rester là sans rien faire non plus ? Voyons ! Un peu de sérieux ! On parlait de l’état de Tery ! »

« Ce n’est pas là où je veux en venir. Tu deviens insupportable. »

« Je le deviens ? Ou alors, je le reste ? Hum ? La question est légitime, n’est-ce pas ? » dit-elle tout en souriant envers Manelena.


Celle-ci craqua les os de ses poings, Tery se relevant presque aussitôt avant de s’exclamer :

« S’il vous plaît, on évite de se disputer, ça ne mènera à rien de bon, d’accord ? »

« Si elle me provoque, je réplique, c’est aussi simple que ça, que ça plaise ou non. »

« Ce n’est pas là où je veux en venir, arrêtez vos bêtises. Bref, je suis plutôt content que l’on ait trouvé une solution. On fait quelques achats avec l’argent que Manelena et moi nous avons récupéré et ensuite, nous pourrons partir le plus tôt possible pour Claudiska. Aucun problème à cela, n’est-ce pas ? Bon … Pfiou … Je suis un peu épuisé, je dois l’avouer. »

« Fatigué ? » demanda Manelena presque aussitôt, levant un sourcil vers lui.
Elle s’était relevée, à la grande surprise de tout le monde avant de placer une main sur son front. Elle émit un grognement, déclarant :

« Tu n’as pas l’air d’avoir de la fièvre mais tu as le regard évasif. Imbécile ! Vas donc te reposer et tout de suite ! Je me doutais bien que tu n’étais pas en pleine forme ! »

« Hey, hey, pas besoin de crier non plus, je ne suis pas au meilleur de ma forme mais il ne faut pas exagérer quoi ! Ce n’est pas comme si, je ne sais pas, j’allais mou … »

Il s’arrêta dans ses propos car le regard furieux d’Elen vint se joindre à celui de Manelena. Il fallait dire que l’une comme l’autre se rappelaient parfaitement ce qui s’était passé dans le Colisée. Bon, d’accord, il avait parfaitement compris. Si elles se mettaient à se liguer contre lui, il voyait mal comment faire hein ? Pfff !

« Je vais aller me reposer un peu, le message est bien passé. Je vous jure. »

« Bonne nuit … même si nous sommes en pleine journée. Je passerais te voir, Tery. »

Elen vient déposer un baiser sur ses lèvres avant de tapoter tendrement le sommet de son crâne comme on le ferait à un enfant. Il monta à l’étage, laissant le reste du groupe tandis que Manelena retournait s’asseoir comme si de rien n’était. Pourtant, les regards se posèrent sur elle, comme s’ils attendaient quelque chose de sa part, quelque chose qui n’arriva pas.

« Hmmm ? Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi est-ce que vous me regardez tous ? »

Elle cligna des yeux pendant plusieurs secondes. Ils avaient un problème ? Si c’était le cas, qu’ils s’expriment car elle n’avait pas de temps à perdre avec de telles sottises, c’est aussi simple que ça ! Visiblement agacée à force d’être observée, elle s’exclama :

« Vous parlez ou quoi ? Car j’aime pas que l’on tourne autour du pot, compris ? »

« Rien du tout, simplement que l’on a trouvé très touchant le fait que tu te préoccupes de l’état de santé de Tery et cela sans même que l’on te prévienne ou autres. »

« Je me préoccupe de son état de santé comme je le ferais pour une autre personne. »

« Ooooooooooo ? C’est vrai ce mensonge ? » demanda Clari une nouvelle fois, un grand sourire aux lèvres alors qu’elle avait toujours la petite parole qui faisait mouche.

« Comme ce n’est pas un mensonge, je ne vois pas pourquoi je mentirais. Simplement, en vue de ce qui s’est passé depuis cet incident et aussi la découverte par rapport … à Tery et Elise, il vaut mieux surveiller l’état de santé et psychologique de Tery, rien de bien compliqué. S’il ne va pas bien, je ne vais pas le laisser se détruire tout seul. Je ne suis pas stupide. »

« Oh ? Je n’ai jamais dit que tu étais stupide ! Loin de là ! C’est touchant. »

« Je déteste quand tu parles ainsi, compris ? Alors ne recommence pas sinon … »

« Pourquoi autant de violence verbale, Manelena ? Bon ! Je vais vite voir si Tery dort ! »

Clari se leva subitement avant de grimper à l’étage à son tour. Vite arrivée, vite repartie ! Elle avait laissé une Manelena de plus en plus énervée par ses propos tandis qu’Elen passait une main sur son front en marmonnant :

« Je déteste vraiment quand elle s’amuse à ça. Ca a le don de me mettre hors de moi. Encore que je ne le montres pas, tant mieux. »

« Toi ? Hors de toi ? Bien entendu, tu comptes effrayer qui ? »

« Oh … Si tu savais, Manelena, le carnage qu’elle a fait à Mékalarma, tu ne dirais pas ça. »

La femme aux cheveux argentés cligna des yeux vers Royan. C’était si « effrayant » que ça quand Elen se mettait en colère ? A part le fait qu’elle était étrange à posséder les lignes d’Alzar et Zélisia, difficile d’être réellement inquiète hein ? Pas que c’était mécant ou autre mais bon, si elle voulait se montrer impressionnante, elle allait devoir faire beaucoup mieux que de vouloir la terroriser de la sorte.

« Dommage, je ne tomberais pas dans un piège aussi grossier. »

« Si seulement c’était un piège, n’est-ce pas ? Mais après, le mieux est de le voir pour comprendre. Je ne pense pas me tromper en disant cela, Elen ? »

« Je préférerais éviter que tu me fasses passer pour un … monstre, c’est mieux. Je ne suis pas si dévastatrice non plus. Ce n’est pas comme si … je ne sais pas, moi ! Si j’avais mis la capitale à feu et à sang hein ? Ce n’est pas de ma faute s’ils n’ont pas voulu comprendre. »

« On ne va pas dire qu’ils étaient innocents ces soldats mais … tu ne t’es pas vraiment préoccupée de savoir s’ils avaient une famille ou non, voilà tout. »

« Ils m’attaquent, je réplique, c’est aussi simple que ça. »

Elle croisa les bras. Que Manelena lui dise cela, ça la faisait doucement rire bien qu’elle évitait de le montrer ouvertement. Après, Manelena n’était pas du genre à vouloir être très douce et gentillette donc bon … quelle moquerie venant d’elle !

« Ne me prends pas pour une idiote non plus, Manelena. Tu n’es pas une blanche colombe. »

« Je n’ai jamais déclaré cela, c’est bien toi qui t’imagine des choses à ce sujet. »

« Mouais. Bon, qu’est-ce que Clari est en train de faire ? Elle en met du temps elle aussi. Je vais aller la rejoindre. »

Et pendant ce temps ? Elise comme le couple d’Honoros et Claudiska n’avaient pas ouvert la bouche. Pourquoi se mêler de cette histoire non ? Ce n’était pas comme si cela les concernait. C’était une habitude après tout ce temps. Ce n’était pas leur affaire bien qu’Elise ne pouvait s’empêcher de sourire. S’ils avaient le temps de se disputer pour de si petites choses, cela voulait dire qu’ils allaient bien, tous les trois. Car oui, Clari n’était pas reliée à ça.

« Qu’est-ce que tu fais, Clari ? Est-ce que je peux le savoir ? »

« Il se repose. Ne parle pas trop fort, Elen. Tu as vu comme il dort paisiblement ? C’est pour ça que j’adore Tery. Il est si mignon quand il dort. On dirait un enfant. »

« Humpf … Oui, c’est vrai. Mais depuis le Colisée, il a eut quelques cauchemars. Il n’arrive pas à s’en rappeler exactement et cela ne me rassure pas du tout. »

« Je me doutes, je me doutes. Mais ça va, il n’est pas fièvreux ou malade, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Qu’est-ce que je l’adore, mon petit Tery. »

La femme aux couettes blondes déposa un baiser sur le front de Tery avant de se redresser. Tout en souriant à Elen, elle passa à côté d’elle jusqu’à ce que celle-ci l’arrête en parlant :

« J’aimerai vraiment comprendre … par rapport à toi. Comment est-ce que je dois te considérer ? Dis-moi tout, s’il te plaît. Est-ce que je dois m’inquiéter ? »

« Hum ? T’inquiéter ? Et de quoi donc, Elen ? Qu’est-ce qui t’effraie tant que ça ? »

« S’il te plaît. Je ne plaisantes pas, j’ai déjà tellement de mal avec Manelena alors si en plus, toi aussi, tu t’y mets, je crois bien que … »

« Oh mais ça ne date pas d’hier ce que j’éprouve pour Tery hein ? Mais bon, tu peux considérer que c’est autre chose comme amour. Je ne te le volerais pas. »

« Tant mieux … Pfiou car cela m’épuise tellement mais … plus le temps passe, plus j’ai peur. J’ai tellement peur au final de le voir partir. »

« Je ne pense pas qu’il partira et puis bon, la différence entre éprouver des sentiments envers quelqu’un et les assumer est tellement grande que tu n’auras rien à craindre. Ce que je veux dire, c’est que tu n’as pas à t’en faire puisque Tery a assumé ses sentiments envers toi et qu’il n’y a rien d’anormal à ce qu’il regarde une autre fille et inversement. Tu ne comptes quand même pas l’enfermer sous une cloche en verre pour qu’il ne voit personne, n’est-ce pas ? »

« Des fois, l’idée me titille, je dois t’avouer mais ensuite … je sais que je ne peux pas faire ça mais en même temps, je ne peux pas … Enfin … Comment dire … »

« Juste de la peur, une peur qui te consumera si tu ne fais pas attention ! Après, je préfère te prévenir pour que tu n’aies pas de problèmes hein ? Tu fais ce que tu veux … »

« Je m’en doute, je m’en doute. Juste que Manelena, je me rappelle de ses paroles et ensuite, je commence à éprouver quelque chose de malsain en moi. »

« Fais attention à ce que cette chose reste tapie en toi au plus profond de ton être et ne te dévore pas, c’est un conseil que je te donnes. Je te laisses seule avec lui. »

Clari tapota dans ses mains avant de quitter la chambre, Elen venant prendre la place de la demoiselle aux couettes, regardant Tery. Bien entendu qu’elle était … jalouse. Mais voilà, cette situation était trop ambiguë et cela commençait à lui peser lourd.

Chapitre 8 : Souvenir d’enfance

Chapitre 8 : Souvenir d’enfance

« J »ai l’air d’un véritable espion à me comporter de la sorte. Je suis risible. »

Mais tout cela le dérange complètement. Il y a une chose qu’il n’arrive pas à comprendre et cela l’embête. Il n’aime guère quand il n’a pas toutes les informations en main. C’est pourquoi il se trouvait une nouvelle fois à observer le jeune garçon aux cheveux blonds pendant son travail mais maintenant discrètement, pour que nul ne le remarque. Il n’avait pas besoin de se montrer aux autres, il travaillait en catimini.

« Rien de spécial pendant son travail. Alors où est le problème ? »

« HEY ! Earnos, l’heure de la pause, tu peux aller prendre une heure pour toi ! »

« Comme vous le voulez, je reviendrais alors. » déclara l’enfant aux cheveux blonds, arrêtant sa foreuse qui avait toujours une sale mine. Jusqu’au bout, il n’utiliserait pas la nouvelle, n’est-ce pas ? Malgré tous les efforts de Terria pour cela. Car oui, la jeune fille avait continuer à vouloir se faire pardonner.

« Autant d’efforts qui ne seront jamais récompensés, c’est désolant … vraiment désolant. »

Mais ce n’est pas à lui de faire justice, loin de là. Peut-être qu’en sachant ce qui se passait réellement, il pourrait alors savoir si la raison qui poussait Earnos à ne pas apprécier la princesse était légitime ou déplacée. Et quand il la saurait ? Il la garderait pour lui-même. Ce n’était pas à lui de décider ou de dire exactement ce qui s’était passé.

« Je vous jure … elle va encore venir me déranger, hein ? »

« Earnos, est-ce que … je peux parler ? »

La princesse Terria était cette fois-ci accompagnée par quelques gardes. Elle tenait toujours cette foreuse en main. La mine était attristée et dépitée. C’est vrai, il s’en voulait. Il n’était pas là pour elle dans ces moments plus que difficiles.

« Je n’ai rien à vous dire. Je n’ai pas de temps avec ces bêtises. »

« Mais est-ce que je peux dire quelque chose ? Laisser la foreuse ? S’il te plaît ? »

« Hors de question, tu risquerais de soulager ta conscience. Je m’en fiche, tu n’as qu’à la garder, c’est aussi simple que ça ! Maintenant, je retourne au travail ! »

« Princesse Terria, les ouvriers nous regardent. Vous devriez arrêter de venir, même si la reine Seiry elle-même vous y autorise. Cela ne sert à rien. »

« Oui mais non ! Je reviendrais, encore et encore ! Pourquoi est-ce qu’Olistar n’est plus là ? Au moins, il m’aurait aidé à comprendre … mais il a complètement disparu. »

Il la voyait passer à côté de lui alors qu’il évitait de se faire remarquer. Bête, c’est terriblement bête mais il ne veut pas revenir auprès d’elle tant qu’il ne sait pas. Mais cette fois-ci, il est bien décidé à découvrir la vérité … aujourd’hui !

« Je vous jure, elle va me coller encore longtemps ou quoi ? Si elle voulait vraiment se faire pardonner, elle n’avait alors qu’à se rappeler de tout ça et rien d’autre. »

Mais se rappeler de quoi ! C’est ça qu’il veut savoir ! Pourquoi est-ce que l’enfant fait autant d’efforts pour ne pas apprécier ceux de la jeune fille insecte ? Finalement, la réponse ne tarde pas à arriver, l’enfant murmurant :

« Si seulement elle se rappelait … qu’elle me connaissait depuis … autant de temps … depuis toutes ces années. Et cette promesse que j’ai faite à sa mère et à elle-même ? Ca montre qu’elle en avait vraiment rien à faire de moi. »

Hein ? Il connaissait la princesse depuis des années ? Mais il est si jeune ! Mais surtout, il est sûr que l’enfant dit la vérité. Pourquoi mentirait-il alors qu’il est seul ? Il n’est pas au courant qu’il est là, lui. Olistar se chuchota à lui-même :

« Donc … Earnos et la princesse se connaissent depuis tout ce temps. Ce n’est pas seulement l’acte en lui-même qui force Earnos à ne pas pardonner à Terria mais cet oubli. »

« Pfff, de toute façon, elle va finir par abandonner, ça sera mieux. »

L’enfant aux cheveux blonds tape dans le sol d’un petit geste du pied avant de se remettre au travail. La pause était terminée et il ne devait pas trop en profiter ! Il prit une profonde respiration, puis sa foreuse avant de l’activer. Pendant ce temps, Olistar s’était éloigné avec discrétion : il avait finalement obtenu ce qu’il désirait. Nul besoin de rester.

« Princesse Terria ? Je suis de retour. »

« Snif … Ah ! Te voilà! Tu disparais comme ça, sans même prévenir, et pendant des semaines ! Ma maman m’a prévenu à ce sujet mais ça change pas que ça se fait pas ! Pas du tout, Olistar ! Vraiment vilain ! »

Il avait remarqué les yeux rouges de la jeune fille mais il préféra ne pas en parler, il valait mieux. Pourquoi avoir plus de problèmes qu’il n’en faut ? Il s’inclina respectueusement, murmurant d’une voix lente et calme :

« Je tiens à m’en excuser mais je peux vous affirmer que je suis revenu … et que je ne comptes pas repartir à nouveau. Si cela peut vous rassurer dans mes intentions. »

« Snif, tu peux rester, je t’y autorise, oui. Mais la prochaine fois, tu me dis aussi pourquoi est-ce que tu pars ! Car là, même maman m’a dit que je devais pas te demander. »

« Je vous le promets, encore une fois, je peux me répéter si cela s’avère nécessaire. »

« Alors fais-le, maintenant ! S’il te plaît … snif. »

« Je vous le promets une nouvelle fois, princesse Terria, je vous servirais, comme le veut mon peuple et le royaume. Je continuerais de vous protéger qu’importe l’endroit où … »

« C’est bon, c’est bon ! N’en dit pas plus ! Je … désolée … je vais pas bien. »

« A cause d’Earnos, n’est-ce pas ? Cet enfant-Aspicot. Je sais que vous allez le voir tous les jours, avec cette foreuse. Vous êtes remarquable. »

« Je sais pas pourquoi je le fais, je sais pas du tout mais … j’ai l’impression que si je me fais pas pardonner par lui, je le regretterais toute ma vie. »

Et c’est chose normale mais il ne peut pas se résoudre à le dire à la princesse Terria. Il n’a pas à jouer les entremetteurs entre elle et le garçon-Aspicot. Il reprit d’une voix calme :

« Continuez sur cette voie, ne soyez pas la première à abandonner et je suis sûr qu’alors Earnos reconnaîtra tous vos efforts et qu’ils payeront un jour. »

« Tu le crois vraiment ? Vraiment de vrai ? Tu le crois, Olistar ? Merci … Ca me rassure un peu, j’ai toujours l’impression que tout ce que je fais est vraiment inutile, snif. »

« Ca ne l’est pas et ne laissez personne vous dire cela, est-ce bien compris ? Vous faites des efforts pour vous excuser et cela est juste remarquable. »

« Mais si lui-même ne le remarque pas … ça ne sert à rien, snif. »

Visiblement, elle est déboussolée et décontenancée. La petite Apireine humanisée a les yeux baissés tandis qu’elle serre la foreuse contre elle. Rien n’y fait, n’est-ce pas ? Il n’y a donc aucune solution pour la sauver ? Du moins, l’aider ?

« Mais promis ? Tu restes à mes côtés maintenant, c’est vrai ? »

« Bien entendu, princesse Terria. Est-ce que vous pensez que je serais du genre à renier mes promesses inutilement ? »

« Tu me fais penser à Holikan quand tu parles comme ça, c’est assez drôle, faut avouer ! »

« Oh ? Ce garçon-Yanma ? Il ne m’apprécie guère mais qu’importe, ce n’est pas un souci, princesse Terria. Néanmoins, séchez vos larmes. Voulez-vous peut-être venir en cours avec moi ? Même si je pense que les autres élèves vous dévisageront … sauf si on vous cache le front et aussi votre tenue ! Hmm … Non ? »

« Tu ferais vraiemnt ça ? C’est vrai que j’ai des professeurs particuliers mais c’est pas pareil que d’être entourée par d’autres garçons et filles ! On essaie, dis ? »

« On va essayer, princesse mais pour cela, il faudrait une cape et surtout que le professeur soit d’accord, je ne promets pas que ça sera simple, attention. »

« Ca ne fait rien, je te fais confiance pour que tu essaies, on va essayer ! »

Elle a retrouvé le sourire bien rapidement et cela lui suffisait. Bon, puisqu’elle allait mieux pour les prochaines heures et qu’il avait vraiment des cours d’ici une demie-heure, il pouvait utiliser ce temps pour trouver un déguisement pour la petite princesse. Il lui demanda de bien vouloir le suivre, chose qu’elle fit avec du zèle. Voilà, une capuche, de quoi cacher son front et aussi ses vêtements et c’était parfait. Elle était impossible à repérer pour les enfants.

Voilà. Quelques minutes plus tard, ils étaient tous les deux dans une salle de classe. Le professeur n’avait rien remarqué, surtout qu’ils avaient préparé un petit message écrit par la reine elle-même, qui semblait être amusée par l’idée.

« Ahem. Aujourd’hui, nous accueillons brièvement un nouvel élève dans notre classe. Je vous demanderais de ne pas trop le déranger et l’interroger, merci bien. »

Un message préventif qui n’était pas forcément très utile en ces moments puisque c’était sûrement une occasion unique qui n’allait pas se reproduire. Pourtant, elle s’installa à côté d’Olistar, celui-ci sortant ses livres.

« Tu sais écrire, n’est-ce pas ? Alors, si tu veux, tu prends des notes. »

Elle était d’abord surprise par le ton employé par Olistar, surtout le tutoiement mais comme elle comprenait que c’était principalement pour ne pas qu’elle ne soit pas repérée, elle ne vint rien dire. Elle ne fît qu’hocher la tête avant de prendre les affaires qu’Olistar lui tendait.

« Bonne chance, je suis sûr que cela te plaira. »

Peut-être était-ce le début d’une nouvelle chose pour Terria ? Mais celle-ci était déjà pensive sous sa capuche : et Earnos ? Est-ce qu’il pouvait avoir des cours lui aussi ? Elle n’y avait jamais pensé avant maintenant. S’il travaillait, il ne pouvait pas aller en cours alors non ? Il ne savait donc ni lire, ni écrire. C’était vraiment dommage ! Elle devait arranger ça !

Chapitre 20 : Plus dure sera la chute

Chapitre 20 : Plus dure sera la chute

« Essaie de tenir bon, c’est tout ce que je te demande, tu penses y arriver ? »

« Tu ne fais que me poser la même question depuis plusieurs minutes, Ryusuke. »

« Je veux juste que tu sois en sécurité, rien de plus, rien de moins. »

Elle a un petit sourire tandis qu’elle hausse les épaules. Qu’il ne se préoccupe pas trop d’elle, il avait déjà beaucoup à faire de son côté hein ? Mais bon, pour ça, il fallait alors se concentrer un peu plus car elle n’avait pas l’impression d’avoir l’ascendant à l’heure actuelle. Il fallait changer cela et de façon assez vive ! Hmm … Ses pokémon pouvaient se battre mais elle n’avait pas encore d’idée pour se surpasser.

« Dérangez les pendant que je réfléchis, d’accord ? »

Les pokémon crient en même temps, signe qu’ils sont coordonnés pour exécuter les consignes de l’adolescente aux cheveux verts. Cela ne serait pas bien difficile mais ça ne voulait pas dire qu’il ne fallait pas faire d’effort ! Surtout qu’il y avait un Drakkarmin en face ! Et ça, c’est difficile à ne pas remarquer !

« Ils sont tous … prêts à se battre pour elle, sans réticence. Comment est-ce possible ? »

Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’ils se battent avec autant d’ardeur ? Est-ce que Sirénia en serait capable elle aussi s’il le décidait ? C’est vrai qu’il s’agit de pokémon, de créatures surnaturelle. Parfois, il l’oublie …

Enfin, non, il ne l’oublie pas, c’est juste que … il ne veut pas les considérer comme ce que Naro est en train de faire : des monstres qui sont juste bons à se battre. C’est parfaitement stupide, il sait, mais voilà, c’est comme ça qu’il les voie à l’heure actuelle. Bon, une solution. Il entend la cascade, est-ce qu’il peut imaginer quelque chose lié à ça ?
Ca ne serait pas une mauvaise idée. S’il trouvait un moyen de pousser Naro là-bas, il pourrait peut-être se fracasser le crâne ou autre, non ? Ça ne serait pas une mauvaise chose, oh que non. Un rapide coup d’oeil et cela fût un soupir de dépit qui sortit de ses lèvres.

« Aucun rocher en bas malheureusement. »

« Ryusuke, est-ce que tu peux faire attention s’il te plaît ? Je te demande juste de faire gaffe à ce que Naro ne t’attaque pas hein ? Tu penses y arriver ? »

« Je le pense, oui .Mais bon, je cherchais une solution ! Je veux pas rester là sans rien faire ! »

« Arrête donc de te préoccuper de ça pour une fois … Ça sera bien mieux hein ? » dit l’adolescente aux cheveux verts, tout sourire aux lèvres.

« Pas vraiment … et j’ai assez mal, vraiment mal en fait, j’ai l’impression que je me suis encore plus cassé la jambe à cause de toutes ces bêtises. Et sérieusement, ça me fait super mal … j’ai l’impression que l’on m’a arraché chaque lambeau de chair de ma jambe. »

« Ca, par contre, ce n’est pas normal. Bon, je vais me dépêcher maintenant. »

Elle tape dans ses mains avant d’ouvrir son sac. Elle en sort un tube de métal, appuyant sur un bouton qui se trouve sur le côté du tube, celui-ci s’allongeant avant qu’elle ne fasse un petit sourire amusé, reprenant la parole :

« Bon bon bon … Qui a été un vilain bonhomme ? Que je lui apprenne les bonnes leçons hein ? Alors ? Qui a été très vilain ? »

« Euh, évites de parler de la sorte, Kasiopé, tu es plus … tordue qu’inquiétante. »

Tordue ? Elle fait une moue boudeuse avant de tapoter le sol. L’adolescent la regarde avec un peu d’étonnement. Pourquoi est-ce qu’elle a ça avec elle ? Elle a vraiment tout préparé au cas où ? Mais si les pokémon s’en prennent à elle, ça ne sera pas suffisant pour les battre.

« Sois encore plus sur tes gardes ! Sincèrement ! Bon sang … »

« Je t’ai dit que j’allais gérer tout ça, tu veux une démonstration ? Je vais t’en faire une ! »

Et voilà qu’elle se déplace avec vélocité parmi ses pokémon. L’adolescent aux cheveux bruns est statufié, même le Drattak n’arrive pas à la toucher ! Comment est-ce qu’elle … non, elle peut agir de la sorte pour une seule et unique raison : elle n’a pas peur. Elle ne craint pas ce qui se trouve en face d’elle. Ca lui permet alors de lutter facilement contre un tel adversaire.

« Génial. » chuchote Ryusuke. Il ne doit pas se mentir : il est admiratif de voir qu’elle ne craint pas la mort. Comment est-ce qu’elle … est capable de ça ?

Il aimerait pouvoir faire de même. Il aimerait pouvoir remarcher correctement mais avec les actes commis par Naro, il avait peur que cette séquelle à son pied risque d’être à vie. Cela voulait dire qu’il allait devoir marcher avec une béquille à jamais.

« Et voilà le travail ! J’espère que tu apprécies les décharges électriques. »

« NE TE FOUS PAS DE MOI ! Reptincel ! Arrêtes-la maintenant ! »

Le pokémon arrive rapidement à la hauteur de Naro, se plaçant devant lui au moment où le bâton de Kasiopé vient le frapper. Une puissante décharge électrique parcoure le corps du pokémon, celui-ci poussant un hurlement avant de s’écrouler au sol, le corps fumant.

« Et de un, quel est le suivant ? On ne sait jamais sur qui on risque de tomber dans les rues. Quelques tordus ou détraqués ont besoin d’une certaine leçon. »

« Je retire ce que j’ai dit. Tu fais peur aussi. »

« Oh ? Merci de me le signaler, Ryusuke. Grâce à toi, me voilà bien plus rassurée sur mes capacités à effrayer les autres ! Pfiou, j’avais peur de ne pas y arriver. »

Comment est-ce qu’elle fait pour être aussi insouciante ? Comme Junon, elle est totalement différente des autres filles, du moins, celles de sa classe. Peut-être que s’il avait connu ces dernières bien plus tôt … non, à quoi est-ce qu’il pense ? Quel idiot.

« Hahaha ! BORDEL ! BORDEL ! BORDEL ! »

Naro enrage sur place et cela se voit : il frappe du pied au sol avec énervement avant de pousser un cri. Subitement, il plonge une main dans sa veste, en extirpant un pistolet avant de le pointer en direction de Kasiopé.

« Alors, tu vois, sale gamine ?! A vouloir te prendre pour une grande, on finit toujours par le payer un jour ou l’autre ! Crève ! »

Une balle part mais Kasiopé fait un geste sur le côté pour l’éviter. Elle est déjà en train de courir en direction de Naro pour le stopper, devant le regard stupéfait de Ryusuke. Comment … est-ce qu’elle fait ça ? Est-ce qu’elle n’a pas peur ? Pourquoi ? Comment ?

On parle d’une arme à feu, capable de tuer mais Kasiopé ne craint rien. Pire ! Elle donne l’impression que cela est habituel chez elle. C’est ça qui est le plus effrayant. Le fait de ne rien craindre, de sembler invincible à ses yeux.

« Ah ouais ?! T’es plutôt agile mais tes pokémon, tu en penses quoi ? »

Elle s’immobilise sur le moment, voyant que l’homme pointe maintenant l’arme vers la Roselia, tirant dessus. La pokémon se retrouve touchée au niveau du bras, tombant au sol, du sang s’écoulant de sa blessure. Kasiopé s’écrit :

« Zut, zut et zut ! Ca ne devait pas se passer comme ça ! »

« Kasiopé ! FAIS GAFFE ! » hurle Ryusuke, se jetant sur elle au même moment où elle rappelle sa pokémon dans sa sphère. Un tir passe au-dessus des deux personnes.

« Ryusuke ? Mais … AH ! Chlorobule ! Ludicolo ! Aveuglez-les ! »

Qu’importe la méthode utilisée ! Les deux pokémon comprennent difficilement mais la Chlorobule crée une poudre que le Ludicolo disperse avec ses propres pouvoirs. Kasiopé finit par se relever, aidant Ryusuke avant de se mettre à marcher vivement.

« VOUS NE POURREZ PAS VOUS ENFUIR ! JAMAIS ! »

Un autre cri de la part de ce fou mais Kasiopé préfère jouer la sécurité. Ses pokémon la suivent alors qu’elle évite de montrer l’inquiétude. Elle ne sait pas combien de temps est-ce qu’ils vont gagner mais elle n’a pas le temps d’y réfléchir justement !

« Comment tu vas, Ryusuke ? Et zut, ta béquille ! »

« On s’en fout de ma béquille pour le moment ! Tu n’es pas blessée ? Comment est-ce que tu as fait ça ? Réussir à éviter ses balles et le reste ! »

« Je ne peux pas te l’expliquer pour le moment car on a un type cinglé qui nous suis. Mes pokémon n’ont pas servi à grand-chose et dans le fond, avec mon arme, j’ai réussi à en mettre un hors d’état de nuire mais c’est tout. »

« Oui, j’ai put voir cela … tant mieux mais il en reste deux et lui … »

« On est trop loin du campement. Mais quelle idée que de s’être éloigné autant aussi hein ? Ryusuke, tu es parfois un vrai imbécile ! »

« Le fait que tu m’insultes montre que tu perds ton sang-froid. Reste calme comme tu l’as fait face à Naro et tout se passera bien. »

« Bien entendu … désolée, je devrais me calmer, oui, tu as parfaitement raison. Pardon. » chuchote t-elle avant de passer ses doigts de sa main libre sur la joue de Ryusuke. « Au final, tu es très prévenant comme garçon, n’est-ce pas ? Je ne comprends pas pourquoi tu fais tout pour que les autres te détestent, Ryusuke. »

« J’ai pas vraiment envie d’en parler, Kasiopé. C’est pas comme ça que ça se passe. Nous sommes vraiment proches de la cascade … tu as vu comme elle est assez profonde et grande. Il doit bien y avoir une trentaine de mètres de hauteur je dirais, voire même plus.

« Oui mais où est-ce que tu veux en venir, Ryusuke ? Tu n’as quand même pas … »

« Ca dépend si tu me fais confiance ou non en fait. Est-ce que tu me fais assez confiance pour me confier ta vie comme je te confies la mienne ? »

« Arrête tes sottises. Quand tu parles comme ça, on pourrait presque croire à une déclaration amoureuse. Tu sais parfaitement qu’il y a aucune chance que nous nous en sortions. »

Il garde le sourire aux lèvres, un sourire franc alors qu’elle voit aussi la douleur peinte sur son visage. Il souffre, il souffre terriblement à cause de sa jambe et de ses blessures. Elle pousse un petit soupir amusé avant de rappeler ses deux pokémon dans ses sphères.

« Est-ce que c’est à cause de ce que je t’ai dit que tu comportes de la sorte, Ryusuke ? »

« Je ne vois pas le moins du monde où tu veux en venir, Kasiopé. »

« Où est-ce que vous êtes bande d’enfoirés ?! Si je mets la main sur vous, vous êtes finis tous les deux ! Vous vous en tirerez pas à si bon compte ! »

Voilà qu’il s’emporte et s’énerve mais surtout, le plus inquiétant est que sa voix est proche, terriblement proche et ça, ni Ryusuke, ni Kasiopé ne peuvent l’ignorer. Finalement, ils arrivent à la hauteur de la cascade. En bas, il est impossible de voir quelque chose … sauf un léger brouillard. Il n’a aucune explication à cela.

« Il semblerait que l’eau touche quelque chose qui produit ce brouillard. On ne voit pas vraiment ce qui se s’y trouve. Même les arbres autour ! Tu ne vois que leurs sommets. »

« Est-ce que je suis plutôt fou à tes yeux, Kasiopé ? »

« Pas vraiment fou … mais avec des idées assez surprenantes, ça peut plaire à beaucoup de filles. Tu sais que tu as d’ailleurs pas mal de fans dans le lycée ? Le garçon intouchable, le combattant solitaire, tu as même des petits surnoms. Bon, j’avoue, ils sont tous plus ridicules les uns que les autres et si j’étais toi, j’irais me terrer pour ne pas les entendre. »

Il hausse les épaules mais cela lui arrache un petit cri de douleur, un cri qui suffit pourtant à voir un homme avec son Rapasdepic et son Drakkarmin apparaître devant eux, entre les arbres, sourire mauvais aux lèvres, pistolet en main.

« Fini la plaisanterie, vous n’avez plus aucun moyen de vous enfuir. »

« Oh que si, nous en avons toujours un, n’est-ce pas, Kasiopé ? »

C’est lui qui tient maintenant l’adolescente par les hanches. Avec ses lunettes qui cachent ses yeux rouges et ses cheveux verts, il la fixe doucement. Elle chuchote :

« Je suis vraiment stupide que de te faire confiance, Ryusuke, tu le sais ? »

« Oui mais bon, c’était ça dès l’instant où tu as décidé de vouloir me sauver non ? »

« Sûrement, je ne vois que cette explication, ah … Bon ? Qu’est-ce que l’on fait ? Il pointe son arme vers nous deux et en même temps, il a ses pokémon présents. »

« Comment est-ce que vous pouvez rester aussi calme tous les deux ? Vous n’avez aucun moyen de vous en sortir. Vous n’avez pas vraiment le choix : Soit vous mourrez par moi et mes pokémon, soit vous vous jetez dans le cascade et vu la hauteur, on peut considérer que vous êtes morts et … non ? »

Ryusuke fait un pas vers Kasiopé, son corps la recouvrant complètement. Lui-même rouge aux joues, il voit qu’il fait le même effet pour Kasiopé. Il lève les yeux au ciel en disant :

« C’est pas si déplaisant comme contact dans le fond. »

« Vous ne me ferez pas croire que vous allez sauter… JE VAIS VOUS TUER AVANT ! »

Une balle part du pistolet mais les deux corps sont déjà penchés en avant, tombant dans le vide. Kasiopé garde son sourire tandis que leurs lunettes quittent leurs visages sous la vitesse à laquelle ils tombent. Ryusuke fait un demi-tour sur lui-même, murmurant :

« Je ne suis pas bête … vu mon état, je ne m’en sortirais sûrement pas … mais si on doit rencontrer des rochers en bas, ça sera mon corps qui les réceptionnera, Kasiopé. Quant à toi, tu as une chance de vivre, profitons-en. »

« Ryusuke ? Qu’est-ce que tu … marmonnes là ? »

Elle a fermé les yeux depuis le moment où elle a perdu ses lunettes. Il fait de même, c’est mieux que de voir le sang gicler dans tous les sens. Ils disparaissent tous les deux au fond de la cascade, couverts par le brouillard alors que Naro s’approche du bord à son sommet :

« Tsss, ces foutus gamins, trop lâches pour mourir d’une balle. Mais je ne me ferais pas avoir deux fois. On descend, on va vérifier jusqu’à voir leurs cadavres. »

Un mouvement de sa part et il s’immobilise subitement, se retrouvant à genoux sur le sol comme ses pokémon. Cette décharge psychique ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

Dans un petit campement, les jumeaux et la présidente des élèves dorment chacun dans leur tente. Mais surtout, une ombre est en-dehors de celle de Ryusuke. Une ombre de petite taille, aux yeux roses. Un autre cri silencieux, renvoie alors une nouvelle décharger psychique au loin, comme un sonar pour réussir à trouver la présence de Ryusuke.
Rien du tout. Elle ne ressent rien. Elle ne ressent aucune préence. Encore une décharger psychique avant que son corps ne disparaisse, téléporté. Qu’importe la distance, qu’importe l’endroit, qu’importe ce qui se trouverait en face d’elle, elle allait tout faire pour mettre la main sur Ryusuke.

Chapitre 55 : Sans réelles informations

Chapitre 55 : Sans réelles informations

« Le plus important à noter, c’est qu’il ne reste plus que lui. »

« Oui, c’est ça, Elise. Comme il ne reste plus que cet aigle bicéphale, il faut envisager que celui-ci vienne s’en prendre à notre groupe pour venger ses congénères. » déclara Manelena, Tery répondant aussitôt sur un ton qui se voulait neutre :

« Non, il n’en fera rien. Les créatures légendaires sont au courant si d’autres se font tuées mais je ne pense pas qu’elles s’entraident. Aucune n’a réagit pour les autres. »

« Donc notre seul moyen de rentrer en contact, c’est d’aller le chercher à Claudiska. Mais pour Claudiska, est-ce que vous avez eut des informations ou autres ? Des rumeurs ? » demanda Elen en regardant Tery et Manelena. Même si elle désapprouvait le fait qu’ils aient été seuls pendant plus d’un mois, si cela avait put leur être utile …

« Pendant que Tery s’amusait seul dans son coin dans la bibliothèque, j’en ait recherché. Les résultats font que les citoyens de Claudiska n’ont rien aperçu. Pourtant, beaucoup recherchaient la présence de leur créature légendaire mais contrairement aux autres, il n’est jamais apparut. Ils en sont inquiets. »

« Ah oui … Visiblement, Manelena a vraiment fait beaucoup de travail. »

Il eut un petit rire qui se voulait rassurant et surtout rassuré tandis qu’il regardait la jeune femme aux cheveux argentés. Celle-ci resta de marbre bien que ses lèvres émirent un fin sourire en direction du jeune homme. Et oui, il était bien loin d’en savoir à son sujet.

« Par contre, je vais vous laisser tranquille pendant quelques heures. »

« Hein ? Qu’est-ce que tu vas faire exactement ? » demanda Tery, un peu surpris par la réplique de la jeune femme aux cheveux argentés.

« Me promener. Et seule, bien compris ? Que je ne vois aucun d’entre vous tenter de me suivre par derrière, je risquerais de TRES mal le prendre, compris ? »

« D’accord ma maréchale, oui ma maréchale. »

Tery et Clari avaient fait le mouvement ensemble du salut militaire, rigolant en même temps tandis que Manelena fermait le poing droit en émettant un long grognement de mécontentement. Elle vint ensuite soupirer :

« Je vais éviter de me concentrer sur vous, ça sera mieux. J’aimerai ne pas commettre de massacres en vous regardant, d’accord ? »

« D’accord ma maréchale. Vous pouvez partir le coeur léger, ma maréchale. »

« Tsss ! J’ai vraiment envie de vous cogner tous les deux. Ça me démange plus que de raison mais je vais me retenir, ça sera mieux pour vous tous. » termina de dire la femme aux cheveux argentés avant de tout simplement quitter le reste du groupe. Finalement, Tery arrêta de sourire, se reconcentrant sur le livre alors que Périk arrivait, accompagné par sa femme.

« Maintenant, qu’est-ce que nous faisons exactement ? AH ! Madame Jésiana ! »

Le jeune homme s’était relevé en même temps qu’Elen, les autres restant assis. Le couple s’approcha de la vieille femme, Tery n’arrivant pas à cacher son visage inquiet. Avec vivacité et sans même laisser aux autres le temps de réagir, il vient baiser les joues de la dame âgée.

« Vous allez bien ? Vous savez, monsieur Périk m’a fait vraiment peur sur le coup ! »

« Oh, Tery, tu exagères un peu. Je n’ai pas dit que ma femme était à l’article de la mort non plus. Mais oui, elle avait besoin de se reposer. Jésiana ? »

« Hein ? Oh … Hum … Tery, pas autant de familiarités, merci bien. Je me suis levée pour vous saluer mais je repartirais d’ici une dizaine de minutes. J’ai put entendre au sujet du Colisée et cela me fait penser … »

« AIE AIE AIE ! Ça fait mal ! Ça fait mal, madame Jésiana ! » s’exclama Tery alors qu’elle venait de lui tirer son oreille droite, répondant :

« Ah bon ? Cela te fait si mal ? Pourtant, moins que de te prendre une attaque d’un cyclopocus n’est-ce pas ? Ou alors, je me trompe ? »

« Non mais ça fait mal ! Mais pourquoi surtout ? Qu’est-ce que j’ai fait ? »

« Tout simplement une bêtise énorme ! Est-ce que tu comptes recommencer ? Savoir si je tire encore plus fort sur ton oreille ou non. Tout dépendra de ta réponse, fais attention ! »

« Je ne compte pas ! Aie aie aie ! Je n’aime pas le Colisée ! Je voulais juste montrer mes pouvoirs comme me l’avait demandé Ernold, rien de plus ! On peut me lâcher ? J’ai mal aux oreilles, j’ai l’impression qu’elles vont se décirer ! »

« Humpf ! Il vaut mieux pour toi que je te ne revois plus dans le Colisée, oui. Ou alors comme simple spectateur. Est-ce que je me suis bien faite comprendre ? »

« Oui oui ! C’est bon ! Le message est très bien passé ! Ne me faites pas plus mal s’il vous plaît, j’ai super mal aux oreilles là ! Aie aie aie ! »

Elle relâcha finalement son oreille, passant une main sur son front tout en soupirant alors qu’Elen demandait à Tery s’il allait bien. Celui-ci avait un petit sanglot de douleur bien que ce n’était pas de réelles larmes.

« Ça aurait put aller mieux hein ? Enfin bon … Pourquoi avoir fait ça ? »

« Cela me tiraillait depuis ta présence dans le Colisée. Maintenant, je sens que je vais aller beaucoup mieux. C’est une bonne nouvelle non ? Je vais retourner me reposer. Faites attention à vous si vous partez vers Claudiska. Perik, n’oublies pas les livres qui sont dans la troisième rangée du côté gauche, ce sont ceux qui risquent de les intéresser. »

« Hein ? Ah oui ! Bien entendu ! Pourquoi je n’y ait pas pensé ? Merci ! Maintenant, retournes donc te reposer, ça sera mieux. Je me charge de tout ça ! » s’exclama le vieil homme.

« Soignez vous bien, madame Jésiana. »

Il avait salué la vieille femme, les autres personnes faisant de même tandis que Tery ouvrait les différents livres déposés sur la table. Avec lenteur, il observa les pages tandis qu’il désignait du doigt plusieurs d’entre eux :

« Bon, hmm … Comment dire exactement ? On va encore se séparer, qu’est-ce que vous en pensez exactement ? Je veux dire, pour la lecture, pas en vrai hein ? »

« Bon bon bon, encore du travail ? » fit Clari en le regardant avec de petits yeux.

« Exactement, encore du travail. Pour la peine, Clari, tu prendras ce livre. » dit-il en désignant celui qui semblait le plus épais. Elle émit un petit gémissement plaintif.

« Vraiment, Tery ? Tu es un tortionnaire ! Je n’ai rien fait pour mériter un tel traitement. »

« Non mais tu me seras très utile alors si tu veux bien m’aider, je ne serais pas contre ça. »

Il rigola légèrement tandis qu’il passait une main sur son front pour l’éponger. Les autres firent moins de réticence, Elise et Royan travaillant ensemble tandis que Sérest et Séran firent de même de leur côté. Bien entendu, Elen était avec lui et Clari marmonna :

« Au moins, je vais travailler avec toi, tu peux pas me faire ça hein ? »

« Non, c’est bon, tu peux venir. Mais il vaut mieux que tu te taises, compris ? «

« D’accord, d’accord, chef ! Je vous écouterais, chef ! »

Voilà qu’elle imitait maintenant Tery lorsqu’il s’était adressé à Manelena. Bon … Ils purent enfin se mettre au travail ! Le jeune homme se concentra sur son propre livre, commençant à le parcourir. Bon, il y avait un petit problème : cela parlait de toutes les créatures légendaires, pas forcément que celle qui les intéressait.

« Y a vraiment rien à sauver, j’ai l’impression. Y a aucune donnée sur l’endroit où il pourrait se trouver. Ca parle bien du fait qu’il est le gardien de Claudiska mais à part ça … »

« Tu sais bien que c’était pareil pour les autres. Néanmoins, dans mon livre, on évoque souvent le fait qu’il était invisible ou presque. Peu de personnes ont put le voir et c’est donc ça le plus gros problème dans l’histoire. »

« C’est vraiment ainsi ? On a rien d’autre comme information ? »

« Peu ou pas. Je ne suis pas sûre que ce livre nous servira vraiment à grand-chose malheureusement. Qu’est-ce que l’on va faire, les gens ? »

« Pour ma part, à part quelques descriptions physiques et comportementales, il n’y a rien de bien transcendant dans le livre que je possède. Je ne suis pas sûr que ça soit vraiment utile. »

« Hmm … Je me demande ce que fait Manelena. »

Il a encore changé de conversation juste après sa discussion avec Royan, bien qu’elle était très brève. Le jeune homme aux cheveux bruns était maintenant songeur, caressant le livre du bout des doigts avant de reprendre :

« J’espère juste qu’elle n’est pas partie chercher des informations et se mettre en danger. »

« Je ne pense pas, ce n’est pas du tout son genre, tu le sais bien, non ? »

Clari rigola légèrement avant que Tery ne replonge dans le livre. Bon ! D’après ce qu’il avait compris, il valait mieux ne pas se déconcentrer mais c’était étrange. Pourquoi il ne trouvait rien ou presque rien ? POURQUOI ? C’était absurde non ? Vraiment absurde !

« Voulez-vous que je vous aide ? Il n’y a que peu de personnes actuellement dans la bibliothèque donc je peux me permettre de perdre dix minutes. »

Périk était revenu alors que cela faisait déjà une bonne heure qu’ils étaient plongés dans les livres. Tery fit un hochement de tête pour le remercier de ses paroles. Mais ce n’était pas suffisant, loin de là ! Il fallait se concentrer !

« Je vais bien finir par trouver un petit indice ou autre, non ? »

« On ne peut pas forcément tout avoir, Tery. Ne perd pas patience, c’est mieux. »

C’est mieux ? Bah, le vieil homme avait sûrement raison. A force de vouloir absolument trouver un indice, il allait en louper d’autres. C’était donc une bonne chose que Périk cherche alors à le concentrer. Il devait le remercier.

« Bon, il va falloir que je retourne à l’accueil. Désolé de ne pas pouvoir rester plus longtemps. Si vous avez encore des choses à faire, vous me le dites et on verra pour vous laisser continuer quelques heures après la fermeture officielle. »

« Merci pour tout, messire Périk. On va éviter ça néanmoins. Je ne suis pas sûr que ça soit très bon de vouloir autant travailler. Il nous reste quelques heures, on va donc en profiter. » déclara Elen avec un léger sourire au vieil homme.

« Si vous voyez que Tery fait trop de zèle, calmez-le, d’accord ? Ma femme était du genre à le stopper net dans ses efforts car il ne s’arrêtait jamais. »

« Ça sera fait ! Il n’y a pas Manelena mais Elen est aussi très douée pour calmer Tery. »

Clari avait répondu à la place de l’autre demoiselle aux cheveux blonds. Ce n’était pas vraiment la personne à laquelle il s’attendait pour la confiance mais bon, il savait qu’il ne fallait pas se fier aux apparence. Il rigola faiblement et remercia Clari tandis qu’il félicitait Elise et Royan pour leurs efforts. Sérest et Séran, quant à eux, étaient visiblement autant concentrés que Tery sur leurs livres.

« Même après toutes ces années, j’ai l’impression de découvrir de nouvelles choses. »

« C’est le cas, Sérest, c’est le cas. » répondit son mari. « Surtout les créatures légendaires. »

« Disons qu’il y a quelques années, je ne pensais pas les rencontrer. Comme quoi, tout un futur peut changer si on a les bonnes rencontres. »

Elle lui fit un petit sourire tandis que l’imposant homme le lui rendait. Pour les deux héros de ce monde, la rencontre avec Tery et Elen avait été le début de tout ou presque. Grâce à eux, ils étaient alors sûrs de pouvoir réaliser ce qu’ils désiraient.

Ailleurs, au beau milieu d’une rue marchande, Manelena ne semblait pas être dérangée par la foule présente. Elle eut quelques regards masculins tournés vers elle mais ses yeux rubis suffisaient rapidement à les faire se détourner.

« Encore avec Claudiska, Claudiska. Et pendant ce temps, je suis sûre qu’il a déjà oublié complètement ce que nous devions faire quand les autres seraient rentrés. »

Non, elle savait parfaitement que ce n’était pas le cas mais … elle voulait le considérer comme un coupable. C’était tout simplement stupide de sa part de penser de la sorte mais pourtant, elle s’y faisait pleinement.

« Je ne devrais pas penser ça. Il doit s’en rappeler mais … il a tellement d’autres choses sur lesquelles il est concentré. »

Elle n’allait pas oser demander d’où provenait cette voix qu’il avait cru entendre dans son rêve. Ce rêve dont il ne se rappelait rien. C’était étrange d’ailleurs, vraiment très étrange. Pourquoi est-ce que cela se produisait que maintenant ? Auparavant, malgré l’utilisation de ses pouvoirs démoniaques, il n’y avait pas eut de séquelles non ? Est-ce que l’influence des sceaux de la double porte était en train de s’amoindrir à chaque sceau brisé ? Si tel était le cas, cela voulait dire que Tery allait se faire de plus en plus enveloppé par ça et … NON !

« Hors de question que je laisse cela se produire. Hors de question. »

Elle allait tout faire pour empêcher une telle chose se produire. Mais pour ça, il fallait que Tery comprenne qu’elle agissait pour le défendre. Sauf qu’avec sa fierté mal-placée, elle n’arrivait pas à le lui dire. Résultat ? Il pensait qu’à chaque fois, elle voulait le tuer.

« Peut-être pas physiquement mais il doit vraiment croire que je le hais. »

Voilà qu’elle se mettait à se parler toute seule. Elle poussa un soupir en levant les yeux en l’air. Quelle idiote mais quelle idiote ! Pourquoi est-ce qu’elle se comportait toujours ainsi ? Surtout que plus elle passait de temps avec eux, plus elle sentait qu’elle perdait le contrôle de ses émotions. Depuis combien de temps avait-elle décidé de ne plus en vouloir à autrui ?

Depuis combien de temps n’avait-elle pas eut de penées néfastes envers son père ? Oh … Maintenant, ça lui revenait bien vite. Elle voulait retourner à Shunter. Retourner à Shunter dans les plus brefs délais pour aller régler cette histoire une bonne fois pour toutes. Lui faire face et lui parler … c’est ce qu’elle voulait.

« Mais ça, Tery et les autres n’ont pas besoin de le savoir. Ils n’ont pas besoin de comprendre cela. Ils n’ont rien besoin … de saisir » se murmura t-elle, une main sur le front en gémissant un peu de douleur. Pourquoi est-ce qu’elle se faisait autant souffrir ?

Elle avait assez vagabondé, elle avait mieux à faire maintenant. Il était temps de retourner auprès des autres et de voir ensuite ce qu’il fallait faire. Ils parlaient d’aller à Claudiska mais elle-même en avait rien à faire. Rien du tout !

« Je veux juste retourner à Shunter. »

Encore une fois, elle se parlait seule. Voilà ce que ce résultat donnait : elle avait l’impression de devenir folle ou cinglée. Du moins, de ne pas paraître normale aux yeux des autres. La normalité ? AH ! Elle ne l’avait jamais été pour tous ces soldats, généraux et autres gradés militaires. Même pour les nobles. Le premier à la considérer pour ce qu’elle était … était juste un imbécile qui n’avait jamais rien compris.

« Qu’importe ce que je lui disais, ce que je lui faisait, il gardait cette même absurdité en terme de comportement. Pourquoi est-ce qu’il n’avait jamais saisi cela ? »

Pourquoi est-ce qu’elle se faisait encore plus souffrir à se remémorer le temps où elle était une maréchale ? Ce temps là était révolu et elle ne pouvait pas revenir en arrière.

Impossible de revenir en arrière. C’était le maître mot. Tery aurait sûrement voulu revenir avant le moment où il avait appris qu’il était un démon. Non ? Elle était convaincue que non. Sans lui, elle serait morte. Elle plaça une main sur son cœur, le pressant légèrement. Voilà qu’elle venait d’avoir un petit soubresaut envers lui. Un soubresaut de quelle sorte ? Elle ne savait pas vraiment … mais ce n’était pas … déplaisant. Un peu nostalgique. Peut-être parce qu’elle savait qu’elle pouvait compter sur Tery depuis le début … et qu’elle …


Qu’elle … était prête à mourir pour lui comme lui n’avait pas hésité un instant. Mourir pour une autre personne, cela ne lui serait jamais venu à l’esprit auparavant. Pour Shunter ? Peut-être. Pour le roi qui était son père ? Non.

Il n’y avait qu’une personne dans sa tête. Une seule et unique personne. Cette personne l’attendait à l’auberge, avec d’autres. Même Elen qui la détestait cordialement, elle savait à quel point elle était devenue une part importante de sa vie. Sa vie ? A quoi est-ce qu’elle consistait exactement ? Avant cet instant face aux armées ?

Rien du tout. Voilà, c’était la réponse qu’elle connaissait. Rien du tout. Il n’y avait rien qui avait d’importance avant cette première rencontre. Rien … qui ne valait la peine d’être retenu. Seule quelques brides de son passé et encore, elles servaient juste à se rappeler de la haine qu’elle forgeait envers son père.

La mort de sa mère, ce dégoût lorsqu’il avait su pour les lignes d’Alzar. TOUT ! Tout ce qu’elle avait fait pour lui et qui n’avait jamais été récompensé ! Avec Tery et les autres, elle avait l’impression … d’être quelqu’un ? Pourquoi est-ce qu’elle pensait de façon mélodramatique ? Pourquoi est-ce qu’elle pensait ainsi ?

Tout ça à cause de Tery ou alors d’elle-même ? Elle prit une profonde respiration avant de se masser le front. Assez de pensées de la sorte pour la journée. Elle avait décidé : elle retournerait à Shunter et elle allait en parler avec les autres auparavant. Son but n’était pas de s’enfuir comme une criminelle, loin de là mais ainsi, ils ne se poseraient pas de questions à son sujet, c’était aussi simple que ça. Mais pour ça, il fallait se rendre à l’auberge.

« Ah ? Ils ne sont pas encore là, désolé. Vous voulez manger un morceau en attendant ? »

« Je pense que je vais faire cela pour patienter. Et n’oubliez pas la consommation, merci. »

Voilà. Elle était installée à une table isolée, assez grande pour accueillir les autres quand ils arrivaient. Le bras gauche déposé sur le sommet de sa chaise, elle fixait les personnes présentes. Bien entendu, quelques regards se tournaient vers elle mais aucun n’osait s’avancer. C’était logique, elle était effrayante. Elle impressionnait et effrayait. C’était d’ailleurs ce qu’elle cherchait.

« Dommage que ça ne fût jamais réellement efficace pour Tery. »

AH ! Ele ramena sa chope au niveau de ses lèvres. De toute façon, cet alcool n’était pas très fort et le repas servi avait plus une allure d’apéritifs qu’un véritable dîner. Mais cela lui permettait de se sustenter donc elle n’allait pas s’en plaindre. Qu’est-ce que les autres faisaient ? Il était assez tard non ? Pas qu’elle était inquiéte.

« Manelena ? Tu es là ? Pourquoi tu n’es pas revenue à la bibliothèque ? »

« Hein ? Hum ? » dit-elle, rouvrant ses yeux alors qu’elle s’était visiblement assoupie sur la chaise, les bras croisés. Le visage de Tery était la première chose qu’elle vit.

« Enfin, tu es là, c’est le plus important. Tu as put faire ce que tu voulais ou non ? Savoir si on peut évoquer ce que l’on a trouvé ou non ? Mais d’abord … »

« Nous mangeons ! Je meures de faim ! » s’écria Clari avant d’héler une serveuse pour qu’elle puisse prendre leur commande à tous.


Voilà, c’était ainsi. Avant, elle était seule mais maintenant, ceux qui étaient les plus importants à ses yeux se trouvaient devant elle, discutant entre eux. Les plus importants ? Ses yeux se posèrent pendant quelques secondes sur Tery. Humpf. Non

« Dire que tu nous as attendue pendant tout ce temps, tu n’étais pas obligée, Manelena. »

« Il le fallait bien. Par contre, je préfère vous prévenir, je comptes … »

« Si c’est important, ça ne te dérange pas d’attendre que l’on parle d’abord de ce que l’on a trouvé ? Comme ça, on garde le meilleur pour la fin. »

« Le meilleur pour la fin ? Comme tu veux. »

Elle haussa les épaules aux propos de Tery. Visiblement, comme bien souvent, il ne comprenait pas grand-chose mais voilà, c’était habituel chez lui. Ce n’était pas comme s’il était réellement possible de changer le comportement du jeune homme, non ?

Elle fit tourner son doigt le long du bord de la chope alors que les plats étaient servis. Partir vers Shunter, n’est-ce pas ? C’était une hypothèse maintenant, plus une conviction. Peut-être qu’après avoir réglé ce souci de créature légendaire sous la forme de l’aigle bicéphale, elle envisagerait … un endroit où se reposer avec eux … avec Tery.

Chapitre 19 : La raison de la rôdeuse

Chapitre 19 : La raison de la rôdeuse

« Qu’est-ce que tu dis encore ? Me protéger ? T’occuper de Naro ? Non ! »

« Oh ? Tu n’es pas vraiment en état de répliquer, Ryusuke. Néanmoins, ne t’en fait pas, ça ne sera pas vraiment difficile de toute façon. »

« Visiblement, j’ai l’impression que l’on me prend pour un imbécile ! Et je déteste ça ! »

L’homme s’exclame avec une pointe de rage tandis que Ryusuke pousse un profond soupir. Qu’est-ce que ça veut dire ? Depuis quand est-ce qu’elle est là ? Et surtout, pourquoi est-ce qu’elle est réveillée maintenant ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Ce n’est pas normal ! Ça ne lui plaît pas du tout ce qui se passe ! Il n’apprécie pas !

« Vas plutôt prévenir les autres au lieu de te mettre en danger, idiote ! »

« Me mettre en danger ? Ryusuke, je dois te rappeler une chose : je suis la vice-présidente et en tant que telle, cela veut dire que je possède quelques pokémons. Tu oublies aussi que tu es bien l’un des rares à ne pas avoir de pokémon ou à n’en avoir qu’un seul. Reste en retrait et regarde donc ce qui se passe, d’accord ? »

« Nullement ! Ne te moque pas de moi ! Je ne suis pas aussi … »

« Arrête de faire le mâle viril et admets juste que tu as besoin de toi, Ryusuke. Il n’y a rien de mauvais ou nul à être inapte au combat pour quelques heures. Allez … Tu peux regarder. »

Mais regarder quoi ? Qu’est-ce qu’elle compte faire ? Surtout que Naro est comme fou furieux par rapport à la situation ! Enfin, lui-même l’est tout autant . Ce n’est pas le fait qu’il soit aidé par une fille, il vaut mieux que ça . C’est juste que c’est dangereux !

« Kasiopé, il risque de te tuer si tu fais une erreur ! Ne commet pas de bêtises ! »

« Je ne commettrais pas de bêtises, fais moi donc un peu confiance, bon sang ! »

« Mais comment je pourrais le faire alors que tu te mets en danger bêtement hein ? Comment ? Tu peux me le dire ? C’est juste … »

« ASSEZ RYUSUKE ! MAINTENANT TU TE TAIS ET TU REGARDES ! »

Un léger souffle se soulève au moment où elle crie, très agacée par les propos de Ryusuke. Même le Reptincel de Naro a reculé ainsi que son Rapasdepic. Les deux pokémon sont légèrement effrayés par cela alors que Kasiopé fait rouler une sphère rouge et blanche entre ses doigts, émettant un petit sourire :

« Maintenant que tout est bien plus calme, nous allons pouvoir réellement commencé non ? »

« Kasiopé, s’il te plaît … Fais au moins attention à toi, c’est tout. »

« Ne t’en fait pas, Ryusuke. Tu seras avec les autres d’ici quelques minutes. Quant à Naro, il sera tout simplement bon pour la prison après que j’en ait terminé avec lui. »

Mais comment est-ce qu’elle comptait faire ? Il eut rapidement la réponse lorsqu’elle vint faire apparaître une petite Chlorobule. Vraiment ? Avec ça ? Elle oubliait une chose et …

« HAHAHAHAHA ! Mais quelle idiote ?! Mais quelle idiote ! »

« Kasiopé, tu es la vice-présidente, je considère donc que tu es assez intelligente mais … »

« Une pokémon plante face au feu et à un oiseau ne peut rien faire, je le sais. »

Alors pourquoi est-ce qu’elle venait de commettre une erreur de débutante ? Il n’eut pas trop de temps à attendre avant d’avoir une réponse :

« Ne t’en fait donc pas. Je sais ce que je fais. Bon ! Alors, nous commençons, c’est bien ça ? »

« Et de quoi est-ce que tu penses être capable, fillette ? »

Un claquement de doigts et voilà que plusieurs poudres sortent du corps de la Chlorobule pour venir asperger l’oiseau et le lézard enflammé. C’était tout simplement parfait pour ce qu’elle comptait faire. Rapidement, les yeux des pokémon commencent alors à se fermer à moitié alors que leurs corps sont parcourus de spasmes.

« Est-ce que tu as un problème avec tes pokémon ? Je pense que oui. »

« Qu’est-ce que tu as fait petite garce ?! REPTINCEL ! RAPASDEPIC ! »

« Tout simplement les endormir et les paralyser. Il ne faudrait pas qu’ils fassent trop de zèle lorsqu’ils se réveilleront non ? D’ailleurs, à ce sujet, pour être sûre qu’ils ne causeront pas trop de problèmes, tu ne vois aucun problème à cela ? »

« LA FERME ! BON SANG ! BOUGEZ VOS CULS SALES POKEMON INUTILES ! »

Il hurle et il hurle. Il ne comprend pas qu’il risque d’attirer l’attention ici ? Quel imbécile ce Naro. Enfin, il ne peut pas trop fanfaronner vu son état. Oui, il ferait mieux de se taire pour ne pas paraître trop stupide. Mais une question le taraude :

« Pourquoi est-ce que tu es là, Kasiopé ? »

« Oh ? Cela te perturbe, n’est-ce pas ? Je me doutes que cela t’embête un peu mais tu n’as pas à t’en faire, je te répondrais après si tu veux bien. »

« J’aimerai plutôt une réponse dès maintenant s’il te plaît. Pourquoi ? »

« Disons que … hum … c’est assez embêtant. Laisses-moi d’abord m’occuper d’eux ! »

Elle semble gênée comme si la vérité n’est pas assez belle pour être révélée Il ne voit pas vraiment de quoi mais bon … peut-être qu’il y a quelque chose qu’il ne devrait pas savoir ? Il y a de fortes chances que ça soit cela.

« Fais comme tu peux. J’attendrais, Kasiopé, mais dépêches-toi alors. »

Il ne peut que regarder ce qu’elle allait faire. Mais il n’en avait aucune idée. Est-ce qu’elle se rend compte qu’elle se mettait en danger ? Pourquoi est-ce qu’il pense de la sorte ? Pourquoi faut-il qu’obligatoirement que cela se passe ainsi ? Stupide, c’est désespérément stupide.

« Fais attention à toi, Kasiopé. Je ne peux qu’à peine me lever. »

« Tu te répètes, Ryusuke mais ne t’en fait pas, tu n’as aucun souci à te faire. Tout cela ne sera bientôt qu’un simple et mauvais souvenir. »

Un simple et mauvais souvenir ? Ah … Si c’était aussi simple que cela, il n’aurait aucun problème, n’est-ce pas ? Une second pokéball tombe au sol, dévoilant une Roselia tout ce qu’il y avait de plus splendide. Encore un pokémon plante ?

« Je ne savais pas que tu étais spécialisée là-dedans, Kasiopé. »

« Oh ? Il y a tellement de choses que tu ne sais pas, Ryusuke mais pour ça, il faut que tu t’ouvres aux yeux et que tu te rapproches d’eux. Mais nous allons rattraper tout ce temps perdu dès que nous en aurons terminé avec Naro. »

« Ah oui ? Je te trouve bien présomptueuse, gamine ! Tu n’as pas l’air de saisir à qui tu as affaire hein ? Je vais t’arranger le portait ! »

« Comme celui de nombreux élèves qui contestaient vos méfaits, Naro ? Vous savez parfaitement que vous avez dépassé les limites mais cette fois, nous ne vous laisserons pas faire. Il fallait juste attendre le bon moment avec vous, n’est-ce pas ? »

« C’était un piège en fait ! Vous vous êtes servis de Ryusuke pour m’attraper ?! »

« Je ne dirais pas que nous nous sommes servis de lui. »

Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il écoute la conversation mais Kasiopé semble un peu embêtée par les propos de Naro. Celui-ci, dans son zèle habituel, s’exclame avec colère :

« Vous foutez pas de ma gueule ! Je me disais aussi que je trouvais ça bizarre que ta chère et foutue présidente des élèves traîne avec Ryusuke ! Depuis le départ, vous m’observiez ?! »

« Non, nous savions simplement qu’il serait ta cible, c’est différent. Nous n’avons fait que le protéger, de toute façon, rien de plus, rien de moins. »

« Donc au final, toutes ces gentilles attentions envers moi de la part de Junon n’avaient pour but que de m’attirer dans les gueules de l’ennemi, c’est ça ? »

« Hein ? Mais qu’est-ce que tu racontes, Ryusue ? Ce n’est pas ça du tout et … AH ! »

« Restes concentré, n’en fait pas, je ne le prends pas mal. » déclare l’adolescent avec lenteur.
En fait si … mais qu’importe, ce n’était pas le moment de flancher et de se laisser créer des problèmes à cause de ses sentiments personnels. Bon … Mais ça faisait assez mal. Quel idiot que d’être tombé dans ce piège aussi grossier Il s’en voulait … au final.

« Pardon, Ryusuke. Je t’expliquerais tout dès que ça sera fini, promis. »

Elle avait réussi à esquiver un coup de poing de la part de Naro, celui-ci se retrouvant au tapis à cause de l’adolescente. Elle semblait tellement bien se battre que ça en était effarant. Est-ce qu’au final, il arriverait à lui tenir tête s’il décidait de l’affronter ?

« BORDEL ! REVEILLEZ VOUS TOUS LES DEUX ! »

Un cri et voilà que le Reptincel ouvre faiblement les yeux, crachant une flamme en direction de l’adolescente qui se voit obligée de l’esquiver. Tout le corps du pokémon est alors parcouru de spasmes bien qu’il reste conscient et Naro a put se relever pour le combat, ce qui était la raison première de cette attaque en direction de Kasiopé.

« Maintenant, on va passer aux choses sérieuses, gamine. »

« Ah bon ? Tes pokémon sont toujours à moitié endormis et surtout bien paralysés. »

« Mais à côté, tu ne peux pas les vaincre car ils sont d’élément contraire aux tiens. »

« Ce n’est pas totalement faux mais ça peut facilement s’arranger ! »

Elle tapote dans ses mains avant de montrer une troisième sphère rouge et blanche. D’un geste nonchalant, elle l’envoie en avant pour qu’apparaisse un Ludicolo. Celui-ci commence à danser sur place alors que Naro hausse un sourcil :

« Bien entendu, l’un des rares pokémon aqueux et végétal. »

« Oh ? Tu ne pensais pas que je n’avais rien prévu pour protéger mes pokémon non ? »

« AH ! Mais ça ne changera rien par rapport à mon Rapasdepic et … »

« Hum ? Ah oui ? Tu peux lui faire une démonstration ? » demande Kasiopé alors que dans le poing droit du Ludicolo apparaît de petits éclairs. Dans l’autre, ce sont des pointes de glace. Naro semble maintenant incontrôlable avant d’éructer :

« SALOPE ! SALOPE ! SALOPE ! Ça ne se passera pas comme ça ! »

« J’aimerai bien dire de déguerpir mais je sais que tu ne m’écouteras pas et de toute façon, après ce que tu as fait à Ryusuke, je ne peux pas laisser cela impuni, n’est-ce pas ? »

« Et tu penses que je n’ai pas prévu le coup ? Tu vas être déçue »

Hmm ? Le ton qu’il emploie est vaniteux mais non-craintif. Il a sûrement un autre atout dans sa manche même si elle ne peut pas le remarquer. Il vaut mieux pour elle qu’elle joue la prudence et qu’elle se prépare à riposter si nécessaire.

« Vous êtes prêts alors ? On va finir par rire, vous et moi ! Vous allez vite comprendre à qui vous avez affaire ! Voilà mon dernier pokémon ! » hurle Naro alors qu’il sort lui aussi une troisième pokéball pour la lancer en avant.

Cette fois-ci, ce n’est pas la même chose. Kasiopé émet un petit rictus de dépit en remarquant l’imposante créature qui fait son apparition devant Naro : Un Drakkarmin. Rien que ça. Un dragon ?! Comment est-ce qu’un type comme lui peut en posséder un ?

« Hmmm, Ryusuke, il se peut que je prennes plus de temps que prévu. Même si mon Ludicolo est capable d’utiliser de la glace, ça ne sera pas simple. »

« Fais surtout … attention à toi, rien de plus. Je me répètes encore … mais je ne peux pas t’aider. Je peux peut-être gagner du temps si tu le désires, qu’est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu considères que c’est une bonne idée ? Ou alors, j’évite d’y penser ? »

« Je préfère que tu ne fasses aucune folie en vue de ton état. Je vais réussir à trouver un moyen de m’en occuper, tu n’as rien à craindre, promis. »

Promis, promis, ce n’est pas ça qui va le rassurer sur le fait qu’elle-même est en grand danger hein ? Ses épaules s’affaissent tandis qu’il prend une profonde respiration. Oui … rester calme et patienter, ça sera bien mieux.

« Je me demande comment va Sirénia. » se chuchote t-il à lui-même alors qu’il tente de rester conscient. Ce n’est pas que ça ne lui plaise pas … mais il a du mal à garder les yeux ouverts. Est-ce que les blessures n’ont pas arrangé son état et donc, ceci explique la fatigue qu’il ressent ? Ah … Vraiment … Il est usé, particulièrement usé à cause de tout ça.

Il passe une main devant ses yeux comme pour les frotter. Concentration, il vaut mieux qu’il soit concentré mais ses pensées sont fixées sur tout qu’il a appris depuis quelques minutes. Naro le suivait depuis des semaines, depuis cet incident. Il voulait se venger et il avait presque réussi si Kasiopé n’était pas intervenue. Le problème était plutôt Junon.
L’adolescente avait joué impunément avec ses sentiments et cela, il n’allait pas lui pardonner, qu’importe les excuses qu’elle allait lui donner. Mais pour ça, il fallait survivre … survivre, ce n’était pas encore à sa portée à l’heure actuelle. Tant que Naro n’était pas hors d’état de nuire, il valait mieux alors ne pas considérer cela comme possible.

« GRAAAAAAAAAH ! DRAAAAAAA ! »

Un cri vient la tirer de là. Le Drakkarmin a poussé un hurlement strident avant de se jeter tout simplement sur les pokémon de Kasiopé. Celle-ci ordonne aux trois pokémon plante d’esquiver les attaques griffues avant de se concentrer à projeter de la poudre sur leur adversaire commun. Néanmoins, celui-ci vient battre des ailes pour projeter la poudre hors de son chemin. Kasiopé soupire avant de faire un geste de la main :

« Bien entendu, il faut s’en douter que ça ne suffirait pas. C’est dommage mais j’y aurais cru pourtant ! Bon ben, on va y aller plus franchement alors ! N’hésitez pas à utiliser toutes les racines possibles pour les paralyser ! Même le Rapasdepic ! »

Trois plantes et en face … trois pokémon des plus impressionnants. Pourtant, il voit que Kasioipé n’a nullement peur de ce qui l’attend. Elle est prête, plus que prête et il doit avouer qu’il la trouve un peu audacieuse. Elle a sûrement une idée en tête mais il ne voit guère quoi. Qu’est-ce qu’elle peut manigancer dans le fond ?

« Bon ! Marre que le Rapasdepic dorme ! Reptincel, réveilles-le ! D’un petit coup de griffe quoi ! Essaies malgré la paralysie ! »

Le pokémon s’exécute sans réticence, filant un bon coup de patte sur le bec du Rapasdepic, celui-ci secouant la tête vivement, n’ayant guère apprécié de se prendre un coup en plein sur le crâne. Il émet un piaillement de colère, se tournant vers le Reptincel.

« REP ! » répond le pokémon feu en levant les griffes en l’air comme si de rien n’était.

Trois contre trois. Deux pokémon de Naro sont affaiblis mais à côté, ceux de Kasiopé n’ont pas vraiment l’air très puissants. Il n’est pas rassuré … il n’aime pas être spectateur. Celui lui donne l’impression d’être inutile. Il doit trouver une solution pour aider Kasiopé. Mais il n’a aucune idée en tête ! Aucune ! C’est le vide le plus complet dans son esprit.